3 OCTOBRE 2018
MAGAZINE DES PME ET DES ENTREPRENEURS
Pulse JEROEN VAN DEN BOSSCHE, BURO INTERNATIONAL
Qui finance la chaise circulaire ? RH
Le prix du bruit en open space
IT
Tout entrepreneur doit songer à l’Internet des objets
Comme François Fornieri, vous méritez d’être sur ce mur.
L’Echo est fier de ces PME qui innovent et qui font de la Wallonie un acteur économique fort. C’est pourquoi nous nous sommes lancés dans la réalisation de trois fresques monumentales à l’image de trois entrepreneurs qui bougent en Wallonie. Vous aussi, vous êtes entrepreneur wallon et votre entreprise participe au développement de notre région ? Alors, votre place est aussi sur ce mur. Créez votre portrait sur lawallonieentreprend.be
Prenez de l’avance. Il y a quelques jours, l’artiste belge Spear a débuté la réalisation de trois portraits. Les deux premiers sont ceux de Virginie Dufrasne, CEO de Lixon, une entreprise de construction, et François Fornieri, CEO de Mithra, une entreprise spécialisée dans la santé au féminin. Les oeuvres mesurent 15 mètres de haut et recouvrent un vestige de l’industrie wallonne, l’ancienne tour Inter-Béton, visible depuis le ring de Charleroi. Une dernière fresque verra bientôt le jour : le portrait de Jean-Pierre Lutgen.
PULSE 3 OCTOBRE 2018
SOMMAIRE
Circulaire L’économie circulaire, tout le monde y gagne. Comment financer ce nouveau business model?
4 ENVIRONNEMENT & ÉNERGIE
10 Investir dans une machine peu énergivore n’est pas suffisant. Pour faire des économies tangibles, c’est toute la chaine qu’il faut optimiser.
FLEET
4
Le financement d’une chaise “circulaire”
28
L’ECAR333, la première citadine électrique 100% belge
10
Il ne suffit pas de s’équiper de machines peu énergivores
31
Éco-conduite, est-ce que ça marche?
“Less paper”: lors du déménagement, notre imprimante n’a pas suivi
IT-TÉLÉCOMS
14
16
Connect2Move, le meilleur itinéraire, et sur mesure
32
Même un boucher devra se convertir à l’Internet des Objets
35
Gadgets
RESSOURCES HUMAINES
22
22
Un potager d’entreprise
25
Le prix du bruit
200 kilos de légumes et de fruits récoltés dans un potager d’entreprise: tout le monde y gagne.
Idées et conseils aux entrepreneurs Pulse paraît quatre fois par an. Chaque numéro propose des informations concrètes sur l’actualité en matière de télécoms, IT, RH, internationalisation, finances, énergie, administration, immobilier, innovation, marketing et technologie.
Ours Pulse est un supplément gratuit de L’Echo du 3 octobre 2018 et une initiative d’Echo Connect. L’Echo est édité par Mediafin Product Manager: Helena Wilmet, Florence Thibaut Rédaction: Dimitri Dewever, Wouter De Broeck, William Visterin, Timothy Vermeir Rédaction finale: Natacha Boulvain Photo et illustration: Studio Dann, Frédéric Raevens Lay-out: Christine Dubois Direction: Frederik Delaplace, Arnaud Delmarcelle Adresse: Tour & Taxis, avenue du Port 86c bte 309, 1000 Bruxelles Abonnements et distribution: Tél. 0800/55 150, E-mail: abo@lecho.be Annonceur Trustmedia: Tél. +32(0)2 422.05.11, E-mail info@trustmedia.be Éditeur Responsable: Frederik Delaplace, avenue du Port 86c bte 309, 1000 Bruxelles
Prochain numéro 12 décembre 2018
Aucun élément de cette publication ne pourra être reproduit que ce soit électroniquement ou par tout autre moyen sans autorisation préalable introduite par écrit à l’éditeur © Mediafin
CONNECT
ENVIRONNEMENT & ÉNERGIE
Le financement d’une chaise “circulaire” Le mobilier de bureau peut être vu comme la carte de visite de la société MC-Square, une société spécialisée dans la location de mobilier de bureau, de salles de réunions et d’espaces de coworking à Bruxelles, Louvain et Malines. Même s’ils sont loin d’être abîmés, les meubles sont régulièrement remplacés par d'autres, répondant aux nouvelles tendances. «Pour améliorer et financer ce système, depuis le début de l’année, nous louons notre mobilier dans le cadre d’un modèle calqué sur l’économie circulaire», témoigne Richard Van der Linden, fondateur et CEO de MC-Square. «En d’autres termes, nous louons le matériel pour une durée déterminée et le reprenons ensuite pour le remplacer par du neuf.» Grâce à ce système, MC-Square est toujours en mesure de proposer les
Nous pouvons, en moyenne, doubler la durée de vie de nos produits ou chercher de nouveaux utilisateurs. Jeroen Van den Bossche, Buro International
Jeroen Van den Bossche, Buro International
5 PULSE
3 OCTOBRE 2018
De plus en plus d’entreprises optent pour des modèles qui misent sur l’économie circulaire, mais un nombre croissant de fournisseurs de services ne souhaitent plus être propriétaires des produits qu’ils mettent en location. Des solutions de financement intelligentes apportent une réponse à ce problème.
tout derniers modèles, tant au niveau du design que de la technologie. Richard Van der Linden: «Nous pouvons fournir rapidement et à prix abordable des meubles avec des capteurs de présence et un mécanisme de réservation permettant de vérifier à distance et en ligne si un espace de travail est disponible.» La société ItnetX Belgium, spécialisée en informatique et en transformation numérique, loue ses équipements de bureaux dans un modèle de location que appelé “circulaire”. «Cela nous permet de nous adapter rapidement et de manière flexible à l’augmentation rapide du nombre de nos collaborateurs», explique son CEO, Kurt van Poecke. «Pour nous, la location est plus intéressante que l’achat. Nous évitons ainsi que nos équipements de bureaux se retrouvent sur le bilan. Nous examinons également si nous pouvons louer d’autres produits au lieu de les acheter, comme les voitures de société.»
© Frederic Raevens
LE FOURNISSEUR MC-Square et ItnetX ont tous deux trouvé en Buro International le fournisseur idéal de mobilier de bureau dans le cadre de ce modèle circulaire. Ils louent le matériel pour au moins trois ans. À l'échéance du contrat, le mobilier a une nouvelle destination. Après avoir été nettoyé et rénové, il va chez un nouveau client: une startup, un particulier ou un indépendant
qui travaille à domicile. Ou encore, il est recyclé en mobilier neuf. «Nous avons vu une opportunité dans le passage d’un modèle de vente à un modèle de service», explique Jeroen Van den Bossche, CEO de Buro International. «Certains départements travaillent soit avec 10 personnes, soit 20 personnes. Les sociétés internationales dépendent de leur siège social à l’étranger pour les décisions en matière d’achat, ce qui peut être un parcours du combattant sur le plan administratif et financier. En d’autres termes, les entreprises ont plus que jamais besoin de flexibilité: un “Model as a service” est une bonne solution.» Cette solution circulaire permet aussi de réduire les déchets. Jeroen Van den Bossche: «Un nouveau look, un nouveau patron, une nouvelle mode et hop!, les meubles filent à la déchetterie. C'est du passé: nous leur donnons une nouvelle vie. La durée économique théorique de nos meubles est de cinq à dix ans. Grâce à notre modèle de service, nous pouvons, dans certains cas, doubler leur durée de vie ou trouver de nouveaux acheteurs dans des segments où nous n’étions pas encore actifs.» D’autre part, les fournisseurs de services circulaires souhaitent de moins en moins être propriétaires des produits qu’ils mettent en location. Pourquoi? Conséquence de ce modèle, ils ne perçoivent pas le paiement en une fois, mais en mensualités. Leurs
produits doivent donc être comptabilisés à l’actif du bilan et la TVA doit être préfinancée. Ce problème augmente proportionnellement avec le nombre de clients. Une PME qui propose ce type de service à un ou deux clients ne risque pas d’être en difficulté; mais si le nombre de clients augmente, ça peut peser sur la solvabilité de l’entreprise et constituer un obstacle à sa croissance. Buro International a résolu ce problème en recourant à un modèle de financement intelligent pour les prestataires de services circulaires. «Les banques ne sont pas enthousiastes en ce qui concerne la location de biens mobiliers. Vous mettez en place avec vos clients un crédit à long terme, mais le montant total de l’achat des meubles est repris à l’actif du bilan. J’ai contacté toutes les grandes banques. Conclusion ? Elles ne sont pas encore prêtes pour ce concept car elles ne sont pas en mesure d’évaluer les risques avec précision et elles pensent en termes de modèles opérationnels classiques, sans tenir compte du “return on investment”. Au début, je pensais donc qu'il serait très difficile de proposer nos meubles dans le cadre d’un modèle de service circulaire.”
© Frederic Raevens
6 ENVIRONNEMENT & ÉNERGIE
Pour que ce modèle soit un succès, il faut que les entreprises collaborent.
solutions de financement, les sociétés qui proposent des produits ou des services circulaires peuvent se développer plus rapidement. Elles n’ont pas besoin de se préfinancer. Nous le faisons à leur place.»
LIGNES DE CRÉDIT UN LEVIER IMPORTANT Suite à une discussion avec un ami entrepreneur, Jeroen Van den Bossche a franchi le pas. «Il loue depuis plusieurs années ses photocopieuses. Dans ce secteur, le modèle circulaire fonctionne depuis longtemps: pratiquement plus aucune entreprise n’achète ses photocopieuses. Pour le financement de notre modèle circulaire de mobilier de bureau, nous avons entamé une collaboration avec Econocom: ils deviennent propriétaires des meubles et traitent la relation de leasing avec nos clients. Pour nous, ce partenariat est un levier incontournable pour le développement de notre concept.» Depuis l'an dernier, le groupe francobelge Econocom (coté en Bourse et spécialisé entre autres dans la distri-
Hilde Janssens, Econocom
bution et le financement indépendant de matériel informatique, ndlr), propose ce modèle de collaboration original aux entreprises de services circulaires. «Le passage de la propriété à l’utilisation ne réussit que si le projet est basé sur la cocréation», estime Hilde Janssens, responsable du Marketing et de la Communication chez Econocom. «Pour que ce modèle soit un succès, il faut que les entreprises collaborent. Et, grâce à nos
Econocom travaille avec le secteur bancaire pour assurer ce financement. L’entreprise peut, en collaboration avec la banque du fournisseur de services circulaires, trouver des solutions et accéder à des lignes de crédit alternatives. Nous soulageons également nos clients sur le plan administratif, explique Hilde Janssens. “Dans la pratique, une facture par article et par client est gérable pour une PME. Par contre, s’il s’agit d’émettre 36 factures intermédiaires par article pour chaque client, cela devient un véritable défi administratif.” La logistique peut également représenter un problème: que faites-vous des produits repris après la période de location? Où et par qui les faitesvous restaurer? Comment accéder au marché de la seconde main? «Nous
7 PULSE
600 milliards d’euros C’est le montant total que les entreprises européennes pourraient économiser si l’Europe adoptait l’économie circulaire.
6,4% Taux de croissance des entreprises de production de l’industrie technologique belge, lorsqu’on mise sur la réutilisation des équipements et matériaux.
477.0000 voitures Il est possible d’économiser l’équivalent des émissions de 477.000 voitures en Europe en augmentant la durée de vie des imprimantes, des ordinateurs portables, et des lave-linge en optant pour l’économie circulaire.
3% C’est l’augmentation de la “productivité” du secteur des matières premières européennes grâce à l’économie circulaire. Pour les 27, il s’agit d’une économie de 1,8 milliard d’euros par an.
3.000.000 Nombre de nouveaux emplois qui seront créés en Europe dans les prochaines année
pouvons les aider. Cela permet à nos clients de passer d’un modèle transactionnel à un modèle circulaire.»
FACILITER ET ACCÉLÉRER Econocom participe au “Green Deal Circulair Aankopen” en tant qu’acheteur et facilitateur. Cette initiative collective (autorités flamandes, VVSG, The Shift et Bond Beter Leefmilieu) contribue à accélérer le passage à l’économie circulaire. Hilde Janssens: «Notre mission? Partager nos connaissances, accélérer le processus d’innovation et offrir de meilleures chances de réussite tant aux startups qu'aux entreprises déjà implantées dans ce secteur. Nous sommes également membres d’un groupe de travail sur le financement de l’économie circulaire sous l’égide de Febelfin. Et nous faisons partie du réseau d’apprentissage sur l’économie circulaire chez Agoria. Les possibilités sont légion: en plus du mobilier de bureau, nous travaillons avec des entreprises qui proposent la location des tapis, des consignes intelligentes et des trolleys de catering pour le secteur de l’aviation. Vu notre spécialisation en informatique, nous n’aurions jamais envisagé de tels contrats, mais nous voyons aujourd’hui les opportunités à nous implanter sur de nouveaux marchés. L’avenir est à l’économie circulaire.» «Sans partenaire financier, nous n’aurions jamais pu matérialiser notre projet», conclut Jeroen Van den Bossche. «Pour nous, ce fut un apprentissage avant tout. Et nos clients ont dû convaincre leur management des avantages du système circulaire. J’ai constaté que tout le monde était gagnant: nous pouvons servir plus de clients et nous touchons un nouveau public. Nous réduisons la quantité de déchets et des nouveaux emplois sont créés pour les personnes qui rénovent les meubles. Nos clients sont plus flexibles grâce à ce système et dégagent plus de cash flow. Et ça reste abordable grâce à la collaboration avec un partenaire financier externe. Je n’y vois que des avantages.»
© Frederic Raevens
L’ÉCONOMIE CIRCULAIRE EN CHIFFRES
3 OCTOBRE 2018
10 ENVIRONNEMENT & ÉNERGIE
© Studio Dann
Il ne suffit pas de s’équiper de machines peu énergivores «C’est un travail de longue haleine qui exige une attention quotidienne, mais les résultats sont à la hauteur», témoigne David Vander Linden, superviseur de la maintenance chez Samsonite, la PME qui produit les célèbres bagages. En quatre ans, l’entreprise d’Oudenaarde a réduit de 38% sa consommation d’énergie, ce qui représente une économie de plusieurs centaines de milliers d’euros. «Nous devions faire quelque chose. Notre position concurrentielle en Belgique se trouvait de plus en plus sous pression en raison des coûts salariaux élevés», ajoute-til. «Quand la crise de 2011 fut plus ou moins digérée, nous avons retrouvé une marge de manœuvre pour investir. Nous nous sommes alors focalisés sur l’énergie. Pour une entreprise de plasturgie comme la nôtre, l’énergie représente un coût très élevé.» Lors d’une journée thématique organisée par Sirris, le centre de connaissance de l’industrie technologique en Belgique, Samsonite a compris qu’elle pouvait réaliser de belles économies dans ce domaine. La société a alors décidé de faire appel à Sirris pour réaliser un audit énergétique au sein de l’entreprise. «Ce fut un choc salutaire. Nous avons relevé et analysé notre consommation mensuelle afin d’avoir une vue détaillée de la situation par processus et par département. Ce suivi est devenu une pratique standard dans notre entreprise.»
David Vander Linden, Samsonite
11 PULSE
3 OCTOBRE 2018
Sirris a développé une méthodologie qui permet à terme aux PME de réduire nettement leur consommation d’énergie. «Il ne suffit pas d’investir dans une machine qui ne consomme pas beaucoup d’énergie: il faut optimiser et améliorer l’efficience de l’ensemble de la chaîne de production.»
Un des principaux investissements a été consacré à une toute nouvelle installation de refroidissement, moins gourmande en énergie. «Nous utilisons beaucoup d’eau froide pour refroidir les moules et les machines et solidifier les matières synthétiques liquides. L’investissement a sensiblement fait baisser la consommation. Mais une véritable politique énergétique va bien plus loin. Chez nous, il s’agit, par exemple, de la consommation des machines qui sont en veille, mais auxquelles peuvent être connectés des équipements périphériques. Parallèlement, nous avons recherché des techniques innovantes pour réduire la consommation de nos processus de fabrication. Nous avons
C’est un travail de longue haleine. David Vander Linden, Samsonite
également réduit nettement notre consommation grâce à la mise au point de nos machines: il est tentant d’augmenter légèrement la température ou la pression un peu plus que nécessaire. Désormais, dès que les paramètres sont optimalisés, nous ne les modifions généralement plus.» «Ces facteurs font réellement la différence, et ce sujet fait désormais partie de nos priorités. Aujourd’hui, nous sommes en phase de sensibilisation du personnel. Dans un avenir proche, nous souhaitons également réduire la consommation énergétique liée au transport de matériel. À terme, tous ces changements devraient se traduire par un système complet de gestion énergétique, où toutes les phases de notre processus de production seront suivies en temps réel», conclut le superviseur.
© Studio Dann
SCANS ÉNERGÉTIQUES CLASSIQUES La plupart des PME n’ont ni le temps ni les moyens d’assurer elles-mêmes le suivi de leur politique énergétique, et encore moins d’étudier les moyens de faire des économies. C’est pourquoi Sirris a développé ces dernières années une méthodologie propre permettant de cartographier l’efficacité énergétique des entreprises. Des études antérieures menées par l’organisation flamande des entrepreneurs indépendants Unizo démontrent que les PME pourraient en moyenne économiser 20% de leur
© Studio Dann
12 ENVIRONNEMENT & ÉNERGIE
Samsonite a investi dans une nouvelle installation de refroidissement sur son site de production d’Oudenaarde.
facture énergétique. «Et dans les entreprises dont les processus de production sont énergivores, il serait même possible de réduire la consommation de 30% à long terme», confirme Luc Coppers de Sirris. «L’idée de notre méthodologie vient d’Allemagne, où depuis longtemps déjà, les entreprises qui utilisent des processus analogues sont encouragées à se comparer et à optimiser ensuite un maximum de processus», explique-t-il. «C’est là qu’on atteint les limites des scans énergétiques génériques classiques: dans chaque entreprise, vous arrivez à réaliser quelques économies relativement limitées, mais cela n’a pas de sens de comparer la consommation énergétique d’une entreprise de traitement des métaux avec celle d’une entreprise alimentaire.» «Ces scans classiques sont donc une première étape utile, mais notre approche va plus loin. De plus, aujourd’hui, les entreprises sont plus flexibles et produisent souvent de plus petites séries. Et, dans ce cas, il est plus difficile de réaliser d’importantes économies d’énergie que dans
Tant que vous n’optimiserez pas la chaîne de A à Z et que vous n’augmentez pas son efficience, votre rendement restera limité. Luc Coppers, Sirris
avons remarqué que de nombreuses entreprises pouvaient réaliser des gains sensibles, y compris lors de la production de petites séries. De nombreuses PME partent trop facilement du principe qu’en investissant dans une machine qui consomme moins d’énergie, elles verront tout d’un coup baisser leur facture énergétique. C’est faux: un processus de production est une chaîne complexe de nombreuses machines et systèmes. Tant que vous n’optimisez pas la chaîne de A à Z et que vous n’augmentez pas son efficience, votre rendement restera limité. Vous devez donc réexaminer l’ensemble du processus et le remettre en question.»
DONNÉES HISTORIQUES
des processus de production longs et continus.» «Notre méthodologie ne se concentre pas tellement sur les économies, mais sur l’augmentation de l’efficience d’un maximum de processus. Et nous
La méthode de Sirris se base sur un certain nombre de facteurs de performance que l’entreprise peut contrôler tous les mois, ce qui lui permet aussi de fixer les priorités. «Nous nous basons en premier lieu sur les données historiques et sur un maximum d’éléments disponibles: factures, régimes de travail, données de consommation, etc. Ensuite nous
13 PULSE
regardons principalement le bilan énergétique. La plupart du temps, nous constatons que les PME ne disposent même pas de bilan énergétique», détaille Coppers. «Il est, bien entendu, difficile d’économiser de l’énergie si vous n’avez aucune idée de la manière dont vous l’utilisez. Ensuite, nous faisons le relevé des performances de l’appareil de production et nous examinons la consommation énergétique pour un certain nombre de processus. Nous les comparons ensuite avec plusieurs benchmarks de sociétés analogues. L’ensemble de la méthodologie dépend donc fortement du processus et tient compte de la production globale.» Cela peut sembler compliqué, mais, en réalité, ce n’est pas le cas. «Dans
la plupart des PME, l’audit nous demande une demi-journée sur site. Nous rassemblons un maximum de données et, ensuite, deux jours sont nécessaires pour les analyser et élaborer notre rapport.» «Nous avons déjà analysé 150 entreprises. Plus nous réalisons d’analyses, plus nous identifions de modèles récurrents et mieux nous pouvons comparer. Parallèlement, nous déterminons aussi progressivement certains benchmarks pour des groupes d’entreprises dont les processus sont similaires.» Pour Coppers, notre pays a besoin d’un changement de mentalité. «La plupart des entreprises se focalisent trop sur les investissements, pensant que si elles investissent suffisamment,
3 OCTOBRE 2018
leur efficacité énergétique augmentera automatiquement. C’est un raccourci trop facile: les PME doivent être sensibilisées à la nécessité d’analyser leurs processus de fabrication. Car vous aurez beau avoir le frigo le plus économique au monde, si vous laissez la porte ouverte en permanence, vous aurez du mal à rentabiliser votre investissement.» «L’énergie n’est apparemment pas un sujet très sexy. Les choses ne bougent pas suffisamment. Dès que vous allumez un appareil ou une machine, vous êtes satisfait, car vous produisez et vous rentabilisez vos équipements. La question devrait être: quelles sont machines et quels sont les processus pouvant être éteints ou arrêtés et à quel moment?»
IDÉES POUR RÉDUIRE SA CONSOMMATION D’ÉNERGIE o Commencez par le commencement. À l’instar du bilan financier, chaque entreprise devrait disposer d’un bilan énergétique. Ce bilan consiste en une liste des consommateurs pouvant être facilement répartis en segments fixes (cf. graphique). Sur base des factures d’électricité, vous pouvez identifier les coûts énergétiques qui sont à mettre sur le compte de la production. Il est nécessaire de faire un relevé annuel en fonction des opérations de maintenance et des nouveaux investissements. Ce bilan énergétique représente la base qui permet d’aller plus loin, qu’il s’agisse d’échantillonnages ou de suivi permanent. o Analysez certaines consommations spécifiques. Votre SEC (Specific Energy Consumption) peut être définie sur base de votre facture énergétique mensuelle. Il s’agit du ratio kWh par pièce transformée/produite (exprimé en kg, tonne, nombre de pièces, litre, m2). La valeur SEC est une indication de la quantité d’énergie utilisée pour produire quelque chose. Grâce à un suivi mensuel, vous
quée à l’ensemble de l’entreprise ou à un processus déterminé.
EXEMPLE DE BILAN ÉNERGÉTIQUE
6%
5%
3%
10%
10% 66% Production. Processus de chauffage et de refroidissement Air comprimé Pompes de circulation Eclairage Chauffage/air conditionné + consommation des bureaux
pouvez remettre en question certains processus, et par conséquent, l’impact de certaines modifications peut être suivi mensuellement. La SEC peut être appli-
o Éteignez autant que possible les appareils dont vous n’avez pas besoin (dans l’immédiat) dans le processus de production. De nombreux processus (bandes transporteuses, ventilateurs, compresseurs) sont mis en veille ou continuent à tourner pendant les pauses, ce qui provoque beaucoup de gaspillage. Autre avantage? Cela réduit le bruit et la chaleur et améliore le confort des travailleurs. À l’ère numérique, on trouve de nombreux systèmes simples permettant d’allumer et d’éteindre facilement ces machines. Ces systèmes peuvent être amortis en à peine quelques mois. o Recherchez le fournisseur le moins cher. De nombreuses entreprises pensent qu’elles paient leur énergie un bon prix alors que, dans des sociétés comparables (même taille, mêmes processus), souvent encore de grandes différences de prix, parfois de plus de 15%.
14 ENVIRONNEMENT & ÉNERGIE
Lors du déménagement, notre imprimante n’a pas suivi Willemen Groep est la plus grande entreprise familiale de construction en Belgique. Elle vient de déménager son “shared service center ICT” et l’équipe “business transformation” du groupe. Ils ont été déplacés du siège social de la banlieue de Malines dans un bâtiment du centre ville, à proximité de la gare. Dans une première phase, 12 collaborateurs ont déménagé. «Quelques mois plus tard, l’équipe s’est étoffée et compte aujourd’hui près de 30 personnes. Cette augmentation programmée fut aussi à l’origine du déménagement», explique Kris Mampaey, qui a supervisé l’ensemble du processus. Un bureau sans papier commence par l’absence d’imprimante. Et celle-ci n’a pas suivi l’équipe lors du déménagement. «Les premières semaines, nous avons dû nous habituer et nous avons appris à mieux utiliser les fonctionnalités offertes par nos outils numériques», explique Mampaey. «Pendant ces semaines d’adaptation, nous avons recherché ensemble les solutions alternatives numériques chaque fois que nous avions envie de cliquer sur le bouton imprimer. Dans pratiquement tous les cas, il existait une solution plus efficace, les rares exceptions étant les importants process flows dont nous avons parfois besoin sous forme papier pour avoir une vue d’ensemble. Vu que notre public était déjà “digi-minded”, nous n’avons pas rencontré de trop grandes difficultés.»
«Les habitudes ont été l’obstacle le plus important. J’ai cependant appris plusieurs choses. Je pensais qu’un scanner de réseau était un must, mais dans la pratique, cela s’est révélé faux: un ordinateur portable avec écran tactile est en réalité fortement recommandé, de préférence avec un second écran, ainsi que le logiciel Office et l’app gratuite Office Lens sur les smartphones pour scanner rapidement des documents. C’est plus que suffisant. La technologie est donc aussi simple qu’avec un bureau “papier”», conclut Mampaey. «Même si vous devez équiper vos collaborateurs d’écrans de qualité, tant pour les ordinateurs portables que pour les écrans supplémentaires.»
PHILOSOPHIE «Par ailleurs, le bureau numérique est aussi une question de vision de la gestion des informations. «Un document papier est un contenu de données fermé, il n’est pas réutilisable: la source numérique peut être modifiée, mais le document doit être à nouveau imprimé. Cela augmente le risque d’erreurs à cause d’informations papier obsolètes», souligne Mampaey.
L’objectif n’est pas d’éliminer le papier à tout prix mais de travailler plus efficacement.
15 PULSE
3 OCTOBRE 2018
Les imprimantes sont mortes, vive le numérique! Le bureau “less paper” est devenu une réalité. Au sein de l’entreprise de construction Willemen Groep, Kris Mampaey, ex-directeur du Shared Service Center ICT, a géré l’installation de deux départements qui travaillent désormais à 100% en numérique.
Il est donc essentiel d’avoir une vision claire. «La stratégie doit définir la meilleure façon de générer, de consulter et de modifier les données. Vu que ces informations sont capitales dans un processus et qu’un processus doit être autant que possible
automatisé, il faut des arguments solides pour décider de conserver certaines choses sur papier.» «Je ne comprends pas si peu d’entreprises décident de jouer la carte de la numérisation», poursuit Mampaey. «Les obligations légales sont
bien entendu en partie responsables, mais heureusement les pouvoirs publics essaient également de passer au numérique. Même si je ne me prononcerai pas aujourd’hui sur le succès de leur démarche.»
COMMENT PASSER AU “LESS PAPER” AVEC SUCCÈS?
1
Lead by example. «J’étais le responsable du département et je crois à 100% au concept “less paper”, en particulier parce que cela permet des gains d’efficacité, mais aussi d’un point de vue écologique», explique Kris Mampaey.
2
Don’t push. «Je n’ai obligé personne à renoncer au papier, même si j’ai demandé à chacun, dès le début du processus, quelles étaient leurs raisons d’imprimer des documents. Dès le premier jour, j’ai indiqué que si l’impression de documents avait des avantages irréfutables, nous aurions vite à nouveau une imprimante.»
3
Utilisez les applications adéquates et croyez-y. Les départements “numérisés” de Willemen Groep, sont équipés entre autres de OneNote, OneDrive, de la fonction “révision” en Word et Win 10 ink, pour les ordinateurs portables avec écran tactile. «Les progrès sont rapides. Je vous donne un exemple concret avec nos procès-verbaux de réunions dans OneNote: en utilisant correctement les tags “to do”, vous économisez beaucoup de temps et vous simplifiez grandement le suivi de la mise en œuvre des décisions.»
4
Choisissez le bon public. Les informaticiens seront probablement plus faciles à convaincre que les juristes ou les comptables. «J’ai bien entendu de la chance avec mon public qui est digital aware. Mais je ne vois aucune raison pour laquelle d’autres départements ne passeraient pas au numérique.»
5
Ne soyez pas trop rigide sur les principes. «Le geste qui consiste à prendre un dossier ou à feuilleter un classeur est tellement ancré dans nos habitudes qu’il n’est pas toujours simple de passer sans transition à un bureau sans papier. Soutenez suffisamment le changement et, surtout, accordez assez de temps aux équipes pour qu’elles s’adaptent.»
6
Comparez. «Placez chaque solution numérique en regard de son équivalent papier pour vérifier s’il s’agit ou non d’une amélioration», conseille Mampaey. «L’objectif n’est pas de supprimer le papier à tout prix, mais de travailler plus efficacement.»
7
Choisissez un sponsor de poids. En réalité, ce n’est en rien différent des autres projets IT. «Dès le premier jour, la réussite du changement dépendra du sponsor, soit du directeur ou du chef du département, qui doit soutenir le projet à 100%, et adopter une stratégie push and pull si nécessaire.»
16 ENVIRONNEMENT & ÉNERGIE
Connect2Move, le meilleur itinéraire, et sur mesure Mis au point à Liège, Connect2Move est un logiciel de géomatique destiné aux sociétés qui gèrent le transport de personnes et/ou de colis. Il est loué ou vendu à des entreprises qui développent des projets de smart mobility et ont besoin d'un calculateur d'itinéraire dans leur application. À l'origine du projet, Mathieu Jaspard et Pierre Renson, respectivement CEO et CTO de Connect2Move, sont chercheurs au service géographie économique de l'Université de Liège quand ils décident de mettre leurs compétences en géomatique au service des entreprises. Ils décident, dans un premier temps, de développer une application de covoiturage pour les trajets domiciletravail.
Nous avons pu constater que l’itinéraire proposé est souvent le plus “durable”. Mathieu Jaspard, Connect2Move
Mathieu Jaspard et Pierre Renson, Connect2Move
17 PULSE
3 OCTOBRE 2018
Votre entreprise développe des projets liés à la mobilité intelligente et vous souhaitez être encore plus performant? Le calculateur d'itinéraire innovant Connect2Move tient compte des différents modes de transports existants pour vous proposer le meilleur, établi en fonction de vos besoins.
Nous souhaitons devenir incontournables pour la navigation des véhicules autonomes.
Mathieu Jaspard: «Nous étions au début du développement de l'application de covoiturage, lorsque nous avons suivi, Pierre et moi, la formation FR2B From Research to Business proposée par Venture Lab (un incubateur de start-up de la HEC Liège, en partenariat avec Smart City Institute). Cette formation nous a permis de démarrer le projet et de valider notre app auprès d'experts, de coaches et du marché. Suite à cette formation, notre projet a été incubé pendant deux ans dans le Venture Lab. Nous sommes sortis de l'incubateur à la fin du mois d'août, confiants pour l'avenir de notre projet.»
© Frederic Raevens
© Frederic Raevens
Mathieu Jaspard, Connect2Move
18 ENVIRONNEMENT & ÉNERGIE
151.000 euros
PARTENAIRE INDISPENSABLE
ITINÉRAIRE SUR MESURE L'entreprise apporte des solutions de smart mobility, "smart" dans le sens technologique, mais aussi dans le sens d'intelligence, de performance. «En terme de planification d'itinéraires, nos clients ont chacun des besoins spécifiques. Si nos projets sont basés sur une technologie identique, avec la même architecture informatique, nous ne proposons pas de solutions standards mais bien des solutions sur mesure, adaptées à chaque client.» S'il ne devait y avoir qu'un petit bémol à la mélodie de Connect2Move, c'est le nombre d'intervenants. «Notre logiciel n'est pas une solution allin-one. Nous avons décidé de travailler sur un service back-end spécifique qui vient s'intégrer à d'autres partenaires IT. Cela complexifie la tâche, mais nous avons les compétences nécessaires dans ce domaine. Cette manière de travailler peut paraître moins risquée d'un point de vue extérieur,
son, tous deux employés, le font sur fonds propres. «Jusqu'en 2016, nous avons travaillé sur ce projet sans compter nos heures. L'aventure devenant de plus en plus prenante, nous avons décidé de nous consacrer fulltime à notre projet.» Pour consolider celui-ci, les deux associés font une levée de fonds en décembre 2017 d'un montant de 151.000 euros qui leur permet d'engager un premier employé et de continuer le développement. «À l'heure actuelle, le financement se fait grâce à nos quatre clients. Bien sûr, si une opportunité se présente pour une deuxième levée de fonds, nous y répondrons.»
mais il y a toujours un danger que le projet n'aboutisse pas. Venir se greffer à des projets existants ou travailler à plusieurs sur un besoin spécifique, c'est plus compliqué que de proposer une solution tout en un.» Quand ils ont démarré leur projet, en 2015, Mathieu Jaspard et Pierre Ren-
La philosophie de Connect2Move améliore le monde de demain, pour preuve, l'entreprise a remporté le ‘Sustainable IT Award’ lors du dernier prix belge de l'énergie et de l'environnement. Si, aujourd'hui, le logiciel s'adapte aux besoins spécifiques de chaque client, à l'avenir, les deux associés ambitionnent de sortir un logiciel plus générique qui pourra être utilisé par d'autres sociétés. «Nous sommes actuellement leader en Belgique. Notre souhait est de continuer à investiguer le calcul d'itinéraire pour devenir un partenaire indispensable dans la navigation des véhicules autonomes, un objectif qu'on souhaite attendre d'ici 5 à 10 ans. Plus près de nous, nous engagerons un deuxième employé à l'automne.»
Plus d’infos sur Connect2Move: www.connect2move.be Hytchers: www.hytchers.com/fr/
© Frederic Raevens
Ces deux ans d'incubation ont permis de faire évoluer une application de covoiturage vers un outil plus performant. «Notre logiciel est destiné à deux types d'entreprises. Celles actives ou liées à des projets dans le transport de personnes, où nous allons plutôt travailler le MAAS (Mobility as a service) pour informer ou réserver un déplacement, et les entreprises actives dans le transport de colis dans les villes. Les initiatives de ce type ne cessent d'augmenter. Connect2Move propose la meilleure route selon vos besoins. Nous avons pu constater que l’itinéraire proposé est souvent le plus "durable", celui qui va polluer le moins et être le plus économe en terme de carburant.»
grâce à cette somme, les entrepreneurs ont pu engager leur premier employé.
19 PULSE
3 OCTOBRE 2018
L'AVIS D'UN UTILISATEUR La start-up Hytchers, qui révolutionne la livraison de colis, a été le premier client de Connect2Move. Hytchers propose aux particuliers de devenir livreur le temps d'un trajet domicile-travail, par exemple. Les points de retrait/dépôt des colis se trouvent dans les stations Total. L'enjeu est de rentabiliser le trajet des conducteurs en leur proposant une livraison qui y correspond. Ceux-ci ne roulent plus à vide et, en contrepartie, ils reçoivent du crédit qu'ils peuvent échanger contre du carburant. 4.000 personnes ont téléchargé l'application (disponible sur iPhone ou Android) et 10% l'utilisent fréquemment. Pour Antoine Dessart, co-fondateur d'Hytchers, la solution apportée par Connect2Move répond parfaitement à leurs besoins. «Comme Connect2Move, nous sommes issus du Venture Lab. Nous avions un mentor commun, Hubert Brogniez, qui nous a mis en contact. Nous recherchions une solution de géomatique entre les entreprises d'e-commerce, leurs colis et les livreurs et eux avaient la solution presque toute faite. Pas à pas, ils ont adapté leur solution à nos besoins. Nous avons travaillé main dans la main. Aujourd'hui ils ont développé leur offre et sur base de l'algorithme qu'ils ont élaboré pour nous, et peuvent adapter leur offre à différents types de clients.» Cette collaboration des premiers instants permet également à Connect2Move d'avoir un interlocuteur qui lui permet d'améliorer son produit. «Ils nous arrive de trouver l'une ou l'autre erreur qui nécessite une intervention directe. Pendant la phase de test de l'application par exemple, nous avons eu le feedback d'utilisateurs que nous avons transmis à l'équipe de Connect2Move qui a fait un gros travail en termes d'optimisation. Nous avons toujours eu de très bonnes réactions, rapides. Nous sommes plus que ravis de cette collaboration qui devrait perdurer pendant de longues années», témoigne Antoine Dessart, utilisateur satisfait de Connect2Move.
RESSOURCES HUMAINES
Un potager d’entreprise
COACH PLUTÔT QUE FERMIER Le Français a été pendant des années consultant en informatique, mais a
© Studio Dann
«Notre concombre jaune a des moisissures. Qui veut couper les feuilles atteintes ? Et qui va arroser les feuilles saines avec notre pesticide maison?» Après quelques minutes, une odeur de lait caillé et d’ail se répand dans le jardin intérieur du siège d’ENGIE Electrabel à Bruxelles. Une dizaine de collaborateurs consacrent leur temps de midi à jardiner dans le potager de l’entreprise. Mieke Deceuninck les accompagne. «Nous n’utilisons aucun pesticide chimique synthétique, ce qui explique ce mélange de lait et d’ail. Eh oui, il y a une petite odeur». La ferme urbaine d’ENGIE Electrabel compte 17 jardinières en bois avec quelques sacs de terre où poussent des plantes et des fleurs, soit un total de 25 m2 de permaculture.» Nous récoltons ici 200 kg de fruits et de légumes: tomates, salades, haricots, betteraves, fruits des bois, etc. Avec les fortes chaleurs de l’été dernier, la récolte a été moins bonne, même si les résultats sont meilleurs en ville qu’à la campagne. Les jardinières ne sont pas exposées toute la journée au soleil et nous plaçons systématiquement une couche de paille sur la terre pour éviter qu’elle se dessèche. «Heureusement, les employés d’ENGIE Electrabel ont arrosé pendant les journées les plus chaudes», témoigne Augustin Nourissier, cofondateur de Skyfarms.
Mieke Deceuninck, Skyfarms
23 PULSE
3 OCTOBRE 2018
Réunir des travailleurs, des étudiants ou des voisins pour jardiner, c’est la mission de Skyfarms. La jeune entreprise bruxelloise cultive des fruits et des légumes bio en ville et leur apprend à transposer ces techniques chez eux. Chez le producteur d’électricité ENGIE-Electrabel, la moitié des revenus est versée à l’association Vluchtelingenwerk Vlaanderen.
Il vaut mieux dépendre de clients que de subsides. Augustin Nourissier, Skyfarms
choses. Difficile de les trouver: alors j’ai décidé de commencer à jardiner et à suivre des cours. Nous ne prétendons pas être des spécialistes, mais, si nécessaire, nous faisons appel à des experts. Chez nous, l’accent est mis sur le coaching et le partage des connaissances.» La jeune entreprise compte-t-elle prendre la direction de la culture de fruits et de légumes bio ou celle du coaching? Là, Nourissier n’a pas encore de réponse.
© Studio Dann
changé d’orientation en 2015 pour fonder l’entreprise d’agriculture citadine durable Skyfarms. «Nous avons préféré créer une entreprise. Il vaut mieux dépendre de clients que de subsides. La première année, nous avons dû, ma partenaire et moi, nous contenter d’un petit salaire, mais, cette année, nous pouvons nous permettre une rémunération normale. Et, grâce à une bourse, nous avons pu recruter notre première employée, Mieke. Nous sommes bénéficiaires depuis le début et nous voulons nous développer.» Skyfarms s’adresse surtout au secteur B2B. «Nos clients sont de grandes institutions - entreprises, services publics et écoles. Les particuliers ne sont pas intéressants, car l’activité doit se faire à grande échelle. Il nous arrive de créer un potager pour des familles, sans plus. Notre stratégie est axée sur le long terme -formation, coaching, team building, etc.»
© Studio Dann
SOCIALEMENT RESPONSABLE Nourissier aimerait développer Skyfarms à Anvers, Gand ou Liège, mais ce n’est pas encore possible sur le plan commercial et opérationnel. Pour l’instant, l’entreprise n’est active qu’à Bruxelles. «Au Luxembourg, cette année, nous avons lancé un projet avec l’administration de la ville, la chaîne de supermarchés Auchan et les riverains. Nous avons transformé une pelouse entre des bâtiments en potager. Nous aimerions transposer ce concept à Bruxelles.» «Comment ai-je commencé à jardiner? Eh bien, j’aime manger de bonnes
Pour un potager comme celui d’ENGIE Electrabel, une entreprise paie entre 15.000 et 30.000 euros la première saison. Ensuite, les coûts diminuent car l’installation n’est plus à refaire. Une saison s’étend de mars-avril à novembre. «En hiver, les collaborateurs n’ont pas envie de se retrouver dans le froid ou sous la pluie. Durant cette période, nous envisageons de donner des conférences», ajoute Nourissier. Jacques Spelkens, Head of Corporate Responsibility (CR) chez ENGIE Electrabel, fait partie des jardiniers amateurs. «ENGIE Electrabel est un acteur clé de la transition énergétique en
24 RESSOURCES HUMAINES
5 RAISONS D’INSTALLER UN POTAGER D’ENTREPRISE
1
Dans les grandes entreprises, les collaborateurs des différents départements ne se connaissent pas toujours. Dans un potager, ils apprennent à se connaître, ce qui améliore leur collaboration au travail.
2
Dans un potager, les collègues partagent des connaissances, en marge de la gestion de projets et de la comptabilité.
3
Les collègues qui entretiennent le potager échappent à la routine. Ils profitent d’un moment sans stress. © Studio Dann
4
Dans un potager, il n’y a pas de hiérarchie: tout le monde se salit les mains. Des semailles à la récolte, c'est un travail d’équipe. Tout le monde doit désherber, biner, mettre du paillis, arroser.
5
Belgique. Dans notre stratégie, il est explicitement prévu que nous produisions de l’énergie durable grâce aux possibilités offertes par le renouvelable. C’est ce qui explique notre choix de partenariats durables, comme celui qui nous lie à Skyfarms. L’entrepreneuriat socialement responsable va plus loin qu’un chèque en faveur d’une bonne œuvre. Nous encourageons nos collaborateurs à faire du bénévolat, dans et à l’extérieur de l’entreprise. Bon nombre d’entre eux viennent avec leurs propres initiatives.» «Grâce à notre potager d’entreprise, nous contribuons à la lutte contre le déclin de la biodiversité. Skyfarms concrétise les principes de l’économie circulaire. Les coachs apprennent d’une façon ludique à nos collaborateurs les gestes adéquats pour jardiner de manière durable. Par ailleurs, le potager améliore l’ambiance au travail. Des
© Studio Dann
Avec un bon accompagnement, tout le monde peut cultiver des fruits et des légumes. Le choix des variétés est essentiel. Il suffit d’une dizaine de mètres carrés au soleil et c’est parti.
contacts s’établissent entre les collaborateurs de différents départements et à tous les niveaux de la hiérarchie. Ils se sentent mieux et peuvent être fiers de leur entreprise.» Nourissier est convaincu par les nobles intentions affichées par ENGIE Electrabel. «Vous savez très vite à qui vous avez affaire. Certaines entreprises viennent nous trouver pour faire du “greenwashing”. Mais ici, nous avons créé un vrai potager, avec de vraies cultures et de vrais revenus qui sont versés à une association. Et ce sont les employés qui travaillent dans le potager. Ce sont les faits.»
MAINS SALES Chez ENGIE Electrabel, 25 collaborateurs peuvent participer aux sessions de Skyfarms, deux fois par semaine. L’intérêt est grand: il y a même une liste d’attente. Pour la plupart des col-
Dans un potager, il n’y a pas de hiérarchie: tout le monde se salit les mains. laborateurs, apprendre à jardiner est la principale motivation. La moitié des revenus est versée à l’association Vluchtelingenwerk Vlaanderen, qui prépare du potage pour les réfugiés du parc Maximilien, en face du siège social d’ENGIE Electrabel. «Le versement d’une partie des revenus de la récolte à une association caritative a été bien accepté. En ce qui me concerne, je viens surtout pour apprendre. Je viens d’acheter une maison avec un grand jardin et j’ai envie de cultiver un potager. C’est pour cette raison que je me suis inscrit», explique Bruno. «Mes collègues me taquinent parce que j’ai les doigts verts, mais en même temps, je sens qu’ils sont un peu jaloux. Et les mains sales qui suivent les séances de jardinage? Au début, je m’en fichais un peu, jusqu’à ce que je me retrouve devant mon ordinateur…»
25 PULSE
3 OCTOBRE 2018
Le prix du bruit Les bureaux bruyants et les open spaces représentent un important facteur de stress: aujourd’hui, seulement 1% des employés - contre 20% en 2015- peuvent se protéger des perturbations sonores sur leur lieu de travail. Pourtant, il existe des solutions adaptées.
À cause du bruit, les bureaux ouverts et les open spaces sont la cause de problèmes de plus en plus importants. Au début de l'année, Oxford Economics a interviewé 500 personnes dans 10 pays: 63% déclarent ne pas avoir accès à des espaces leur permettant de travailler au calme et estiment que cet environnement a un impact négatif sur leur productivité, leur satisfaction et leur santé. Une situation qu’a connu l’entreprise de logiciels Wieni, comme le témoigne son CEO, Jelle Van den Bergh: «Nous employons une vingtaine de personnes. Une dizaine de collaborateurs travaillent souvent en groupe, avec les clients et les utilisateurs. L’autre moitié sont des développeurs qui font de la programmation intensive. Comme un espace de travail ouvert ne convient donc pas à notre entreprise, nous y avons mis fin suite à un incident: un de nos collaborateurs s’est levé et a claqué la porte. Il était sensible au bruit, souffrait du stress et avait du mal à se concentrer. C’est à ce moment-là que nous avons décidé de prendre les choses en main.»
«Wieni a commencé par encourager ses employés à faire du télétravail, mais ce n’était pas la bonne solution pour tout le monde: l’interaction entre collègues manquait à certains d’entre eux. C’est alors que nous avons décidé d’équiper nos bureaux de solutions acoustiques», explique Jelle Van den Bergh. «Aujourd’hui, nous disposons de
© Studio Dann
INTERACTION VS CONCENTRATION
Jelle Van den Bergh, CEO Wieni
MONOCULTURE DE L'OPEN SPACE Une conversation téléphonique d’un collègue peut déjà suffire à en déconcentrer un autre: c’est une des plaintes les plus fréquentes dans les bureaux ouverts. Lode Godderis: «Les open spaces ont été mis en place pour des raisons d’économie. Ils permettent d’installer un plus grand nombre de collaborateurs sur une plus petite surface. Un autre argument est que ce type d’implantation favorise la collaboration entre collègues, mais cela ne s’applique pas à tous les métiers. Cela peut se justifier pour les créatifs qui ont besoin de se concerter régulièrement; pour d’autres, le calme est nécessaire.» D’après de récentes enquêtes, 95% des employés déclarent souffrir régulièrement de bruit, à des niveaux différents, dans les open spaces. Par
Le jour où un de nos collaborateurs s’est levé et a claqué la porte, nous avons décidé de changer les choses. Jelle Van den Bergh, Wieni
ailleurs, de nombreuses entreprises ont constaté une hausse de l’absentéisme pour maladie de près de 50% après l’installation de ces bureaux. Conclusion: en réduisant la surface, on fait des économies à court terme, mais cela ne compense pas la baisse de productivité à long terme due à l’augmentation de l’absentéisme. «Les entreprises sont en train de changer leur fusil d’épaule», remarque Matthias Aerts, patron de iDealAcoustics, qui a amélioré l’acoustique dans près de 80 bureaux en quatre ans. «La tendance que nous constatons actuellement consiste à combiner les bureaux ouverts avec des espaces flexibles, où il est possi-
© Studio Dann
quatre espaces de travail. Le premier est une salle de réunion fermée, où huit personnes peuvent discuter en toute tranquillité. Une partie de l’espace est située au calme et permet de travailler de manière concentrée. Nous avons également installé un paysager isolé par des triples vitrages acoustiques, où les collaborateurs peuvent par exemple écouter la radio. Enfin, nous avons fait construire une véranda en verre pour des réunions debout: elle est isolée phoniquement, mais n’est pas séparée visuellement du reste de l’entreprise.» Au début, l’objectif était que chacun choisisse librement son poste de travail en fonction des tâches à accomplir, mais nous avons constaté que les collaborateurs de Wieni avaient leur place préférée. «C’est logique», souligne Lode Godderis, professeur au Centre pour l’environnement et la santé de la KU Leuven. «Le niveau de perturbation par le bruit est très personnel et dépend du contrôle que chacun peut exercer. Pour l’un, ce sera de la musique, et pour un autre, le bruit ambiant. Pour certains, le bruit commence à être dérangeant à partir de 35 dB, ce qui correspond aux chuchotements que l’on entend dans une bibliothèque.»
© Studio Dann
26 RESSOURCES HUMAINES
ble de travailler ou de téléphoner au calme.» Son confrère, l'acousticien Hans Hantson qui travaille pour BeComfort, renchérit: «Les bureaux paysagers réduisent la productivité. Notre solution? Des panneaux isolants fabriqués avec des bouteilles en PET recyclées. Cela permet de transformer les espaces de travail d’une manière très simple. Et la demande est en nette augmentation.» L’entreprise d’autocars Multiobus a
27 PULSE
© Studio Dann
3 OCTOBRE 2018
Le niveau de perturbation en fonction du bruit est très personnel.
aussi fait intervenir iDealAcoustics pour équiper ses bureaux. Autre problème spécifique à l’entreprise: chez Multiobus, plusieurs bureaux sont installés à proximité d’un atelier de maintenance très bruyant. C’est pourquoi le traitement acoustique a nécessité l’installation de panneaux anti bruit internes et externes. «Notre espace de réception résonnait terriblement», témoigne Bernard Vandereyken, responsable Communication et Marketing chez Multiobus. «Les collègues qui travaillaient là devenaient fous. Nous avons aussi installé des cloisons spéciales pour les isoler du bruit des hangars situés à côté de nos bureaux. Aujourd’hui, tout est réglé: nous avons restreint les nuisances sonores.» Pour Hans Huybrechts, administrateur du courtier d’assurances Aertsen & Partners, qui a fait aménager deux de ses trois implantations par BeComfort, le traitement acoustique n’est pas du luxe. «Nous avons installé des panneaux mobiles pour réduire le bruit car il était devenu de plus en plus difficile de se concentrer. Cela commençait à peser sur l’ambiance et sur le niveau de stress. On a tout intérêt à prendre ce problème à bras le corps, car il a un impact sur l’absentéisme et sur le nombre de burnout. En matière de bruit aussi, il vaut mieux prévenir que guérir.»
Lode Godderis KU Leuven
© Studio Dann
3 IDÉES POUR AVOIR UNE ACOUSTIQUE OPTIMALE
1
Prévoyez la possibilité de travailler au calme, en dehors des heures habituelles. «Oubliez les horaires 9-17 dans un bureau et donnez à vos collaborateurs le choix du lieu et de l’horaire de travail pour éviter que tout le monde se retrouve en même temps sur le même lieu. Cette simple mesure permet déjà de réduire sensiblement le niveau de bruit.»
2
Les open spaces ne sont pas toujours la meilleure solution, au contraire. «Ceux qui ont besoin de se concentrer pour accomplir leur travail – et c’est le cas de la plupart des professions – auront plus de mal à être efficaces dans un open space que dans un bureau individuel.»
(Lode Godderis, KU Leuven) (Jelle Van den Bergh, Wieni)
3
Contrôlez l’acoustique dans vos espaces de bureaux. «Cela vous permet de cartographier le niveau de bruit ou de l’anticiper, de manière à pouvoir agir en conséquence. Il suffit le plus souvent d’installer des matériaux absorbants sur les murs, les plafonds ou le sol, ou même de modifier tout simplement l’implantation des meubles pour obtenir des résultats probants.» (Mattias Aerts, iDealAcoustics)
FLEET
L’ECAR333, la première citadine électrique 100% belge L'ECAR333 vous permettra de parcourir 150km en autonomie réelle. Xavier Van der Stappen, manager et créateur d’ECAR Belgian Green Vehicle précise: «Nous souhaitons mettre sur le marché un véhicule simple, évolutif, économique, reconnaissable au premier coup d’œil.» En prévoyant de la recharger sur n'importe quelle prise domestique sécurisée, le débat sur les équipements collectifs de recharge est clos. «Il ne faut pas que la voiture électrique s’enferme dans le débat sur une masse critique de bornes nécessaire pour que la voiture électrique émerge ou l’inverse.» Le projet est né il y a plus de 15 ans, alors que son créateur parcourt le monde avec des expositions itinérantes sur les enjeux environnementaux de demain. De prototypes en prototypes, comme en 2012 avec l'ICAR Racing et sa carrosserie en lin et bois, l'ECAR évolue. Une première présentation du véhicule a eu lieu au Salon de l'Auto de Bruxelles en 2015 dans la section Dream Cars, avant d'être présentée à nouveau en 2017. «Je veux prouver qu'il est économiquement viable de fabriquer un véhicule électrique en Belgique, en petite série, pour un marché local, avec des ressources locales et de la main-d'œuvre locale en simplifiant le concept. Les batteries, par exemple, sont made inBelgium' - issues d’un partenariat entre ECAR, la société NLAB et
Xavier Van der Stappen, ECAR
VITO, un centre belge de recherche.» Derrière ce concept, on retrouve une vision globale et humaniste où la mobilité, l’énergie, l’habitat et le bien-être au sens très large sont liés.
SOYEZ CONVAINCU Pour atteindre l'objectif des 500 premiers véhicules sur le marché d'ici 2020, il faut convaincre de la fiabilité économique d'un tel projet. «Nous avons approché des personnes concernées par le domaine
Je veux prouver qu’il est économiquement viable de fabriquer un véhicule électrique en Belgique. Xavier Van der Stappen, ECAR
29 PULSE
3 OCTOBRE 2018
© Olivier Polet
La première voiture électrique conçue et créée en Belgique, l’ECAR333, devrait être commercialisée d'ici 2020. Les pouvoirs publics ont déjà marqué leur intérêt.
Soulignons toutefois la difficulté dans la recherche de fonds. «Beaucoup de projets de ce type n'ont pas abouti. En Belgique, les projets dans le secteur automobile sont très rares, et plutôt dans le secteur des supercars. Souvent, les expériences menées par de petits constructeurs se soldent par un arrêt d'activité à 6 ans et 10 millions d'euros d'investissement. Sans parler du durcissement des règles en vigueur pour homologuer un véhicule depuis 2016, notamment au niveau des tests électromagnétiques. Être un petit fabricant parmi des géants suréquipés peut être un handicap, d'autant plus qu'en Belgique les compétences sont rares et que peu de sociétés ont tenté d’homologuer des véhicules électriques.»
APPEL AUX INVESTISSEURS
de développement. Quatre actionnaires principaux nous soutiennent, dont certains depuis le début comme Thierry Deflandre, grand promoteur de la mobilité électrique. Nous pouvons compter sur le soutien du fond d'investissement flamand Adoxa, le directeur de NLAB qui développe nos batteries et une société d'investissement wallonne active dans les nouvelles technologies, IMG. Pour être convaincant, il faut être convaincu.»
Ces contraintes ne douchent pas son enthousiasme. Depuis 2015 et sa première levée de fonds, la société ECAR Belgian Green Vehicle a investi 700.000 euros dans ce projet et la société est en quête d'investisseurs pour la phase industrielle, qui joueront un rôle actif dans la société, notamment dans la distribution, le service après-vente et les développements techniques futurs. «Nous voulons assembler des véhicules avec un coût de main d’œuvre équivalent à 10% du prix du véhicule et, ce, sans délocaliser l’assemblage. C'est tout le défi de créer un biotope
UN VÉHICULE, PLUSIEURS CRITÈRES o 100% électrique et 100% belge o carrosserie en fibres naturelles o câblage du véhicule: 200m (3km pour un véhicule thermique) o ergonomique et légère o rechargeable sur toutes prises domestiques sécurisées
30 FLEET
L'ECAR se recharge sur n'importe quelle prise domestique sécurisée.
où clients, sous-traitants, fournisseurs et actionnaires sont proches.» L'entrepreneur a pu bénéficier de partenariats avec des sociétés belges pour la conception et le développement du design, de la carrosserie ou de l'électronique. «Bien sûr, nous ne trouvons pas tout sur le marché belge: la réalité économique nous oblige à acquérir des composants à l'étranger, mais nous veillons à ce que l'approvisionnement soit de proximité.»
Xavier Van der Stappen, ECAR
© RV
Le salon de l’auto a permis de déterminer le profil de la clientèle, dont les pouvoirs publics qui ont marqué un grand intérêt pour l'ECAR333. «Notre véhicule a été conçu pour un usage intense et son ergonomie suit le cahier des charges d'utilisateurs tels que Bpost. Nous avons adapté et développé le produit à l'intention des services et flottes de collectivités avant le marché privé.» Xavier Van der Stappen ne vise d'ailleurs pas exclusivement le marché belge. L'ECAR a été conçue pour que le concept puisse être exporté et être adapté aux différents marchés pour devenir une solution locale à une problématique locale. «Les véhicules électriques offrent une grande opportunité: pouvoir adopter des technologies différentes très rapidement, sans changer le moteur ni la carburation.
© Olivier Polet
L'INTÉRÊT DES POUVOIRS PUBLICS
On sort du business model classique.» Conscient des enjeux environnementaux, Xavier Van der Stappen va jusqu'à trouver une solution au recyclage de la batterie lithiumion. «Dans notre cas, elles seront reconditionnées et utilisées pour d'autres applications moins sollicitées. Par exemple une réserve d'énergie à demeure alimentée en photovoltaïque. Cela portera à plus de 20 ans la durée de vie des composants.» Les centres urbains commencent à limiter l'accès des véhicules les plus polluants. «Notre pays est un pays de traditions liées à l'automobile; le changement va se faire car, le véhicule électrique s'imposera pour 80% des transports parce qu’il sera performant, moins coûteux, moins bruyant et moins polluant. Le lancement des ventes est prévu pour 2020. Nous voulons mettre toutes les chances de notre côté.»
31 PULSE
3 OCTOBRE 2018
Éco-conduite: est-ce que ça marche? De plus en plus d’entreprises souhaitent rendre leur flotte automobile plus respectueuse de l’environnement et investissent dans des outils permettant de contrôler le comportement au volant de leurs collaborateurs. Mais ces outils tiennent-ils leurs promesses?
La conduite responsable réduit le nombre d’accidents, les émissions de CO2 et la consommation de carburant. D’après DrivOlution, une organisation qui conseille et forme les conducteurs, un changement de comportement au volant peut réduire la consommation de 15% et, dans certains cas, le nombre d’accidents de plus de 25%. La plupart de ces entreprises utilisent un “eco-driving tool”, qui contrôle le comportement au volant. Cet outil enregistre non seulement les distances parcourues et la vitesse du véhicule, mais vérifie aussi si le conducteur dépasse les vitesses autorisées ou freine trop brutalement. Il est également possible de connecter au système la consommation en carburant, les dépassements des limites de vitesse et la fréquence des accidents. Le système établit ensuite un score personnel qui pourra être comparé, via une plate-forme, à celui des collègues.
TEST PRATIQUE La société RAM Mobile Data commercialise ces outils de monitoring. Steve Tambuyser, Product Manager de l’entreprise, a voulu savoir s’ils généraient
LES RÉSULTATS DE L’ÉCO-CONDUITE POUR UNE DISTANCE DE 60.000 KM PAR AN:
euros par an. Mes émissions de CO2 ont également baissé de 2,8 tonnes par an.»
FINE TUNING Consommation avant l’installation de l’outil: 7 l/100 km. Consommation actuelle: 4,9 l / 100 km. Gain: 30%. Économies de carburant: 1.600 euros. Réduction des émissions de CO2: 3,3 tonnes.
des résultats tangibles. Avant le début de l’enquête, sa BMW consommait environ 7 litres/100 km, contre les 4,6 litres annoncés par le fabricant pour une conduite mixte en ville et sur autoroute. Le premier changement de Tambuyser fut de respecter systématiquement les limitations de vitesse. «Je n’ai pratiquement rien remarqué en termes de temps de déplacement», souligne-t-il. «Mais ma consommation moyenne a baissé de plus de 25%, pour passer de 7 à 5,2 litres/100 km. Résultat: une économie de 1.400
Les outils d’éco-conduite contrôlent également les dépassements de la vitesse autorisée et les freinages trop brusques.
Tambuyser a utilisé l’outil d’écoconduite dans sa voiture pour optimiser son comportement au volant. «Il a fallu que je me concentre sur d’autres types de paramètres qui apparaissaient à l’écran», poursuit-il. «En changeant de vitesse au moment idéal, en accélérant et en freinant de manière raisonnable, en prenant les virages avec prudence et en roulant défensivement, j’ai pu réduire encore ma consommation à 4,9 litres.» Tambuyser a même réussi à atteindre les chiffres officiels annoncés par BMW. «Un trajet de 57 km dans les embouteillages du soir, dont 90% sur l’autoroute, m’a permis de réduire ma consommation à 4 litres/100 km. Rien qu’en mesurant et en visualisant mon comportement routier, je consomme aujourd’hui 30% de carburant en moins.»
IT-TÉLÉCOMS
Même un boucher devra se convertir à l’Internet des Objets «Si les entreprises veulent survivre pendant les dix prochaines années, elles ne peuvent faire l’économie d’analyser ce que l’Internet des Objets peut signifier pour elles», déclare Harold Grondel, Business Development Executive chez Bagaar. «Nous sommes entrés dans une nouvelle ère économique, où l’on se focalise de plus en plus sur les solutions. Le produit en soi n’est plus si important: ce qui compte, c'est le résultat qu’il permet d’obtenir. Une voiture est confortable, mais si on atteint sa destination trois fois plus vite en vélo électrique, le choix sera vite fait. Qu’il s’agisse de qualité, de rapidité ou de coûts, l’Internet des Objets jouera un rôle important à l’avenir.» «Prenons le secteur de la boucherie, qui se trouve dans une spirale négative à cause des supermarchés», poursuit Grondel. «Un boucher innovant pourrait améliorer son offre de service, par exemple en faisant ses livraisons directement dans le frigo de ses clients, en contrôlant automatiquement la fraîcheur de la viande grâce à des appareils connectés, ou en proposant des solutions qui génèrent automatiquement des recettes et indiquent sur la liste de courses les ingrédients nécessaires.» Bagaar aide les entreprises à développer des innovations liées à l’Internet des Objets. «Nous nous considérons comme une équipe SWAT. Nous ne sommes pas des consultants: nous
Le produit en soi n’est plus si important: ce qui compte, c’est ce qu’il permet d’obtenir. Harold Grondel, Bagaar
montrons à nos clients ce qui est possible sur le plan technologique», ajoute-t-il. «Ils ne disposent pas de toutes les connaissances requises, en particulier dans la première phase. Notre valeur ajoutée consiste à tester les idées, à réaliser des expériences à petite échelle et à donner au produit une forme commercialisable.»
DÉVELOPPEMENT DE PRODUIT Quelques exemples? June, qui permet de changer automatiquement de fournisseur d’énergie, Water-link, un capteur qui détecte les fuites d’eau, Cowboy, un vélo intelligent connecté. «En Belgique, nous sommes très en retard», conclut Grondel. «Nous nous occupons surtout de logiciels et de services. Je vois peu de startups dans le segment du développement de produits. Et c’est dommage, car nous
Harold Grondel, Bagaar et Adrien Roose, Cowboy
33 PULSE
3 OCTOBRE 2018
© Frederic Raevens
L’Internet des Objets est une tendance qui va durer. «Tous les entrepreneurs devraient se demander ce que cela peut leur apporter», déclare Harold Grondel de l’agence de création de produits Bagaar.
sommes dépassés sur de nombreux plans. La création de hardware n’est pas facile, mais elle en vaut la peine. Et c’est amusant! Les gens aiment les produits tangibles. C’est un univers qui a un grand potentiel.»
VÉLOS ÉLECTRIQUES INTELLIGENTS Adrien Roose, Karim Slaoui et Tangui Goretti ont bien compris le message. Deux ans après la faillite de leur entreprise de service de livraison Take Eat Easy, les trois entrepreneurs sont de retour avec Cowboy. «Nous voulions lancer un nouveau projet, avec un produit tangible», explique Adrien Roose. «Un produit que j’aimerais utiliser, et qui soit positif pour la société. J’habite à Bruxelles où il est très difficile de se déplacer en voiture et, en tant que dirigeant de Take Eat Easy, un service de livraison en vélo, nous avons des liens avec les deux roues. L’étape vers la conception de vélos électriques était donc logique.» «Nous avons remarqué que les marques traditionnelles ne créaient pas beaucoup de valeur: elles se contentent de prendre un vélo classique et de chercher les pièces pour le transformer en vélo électrique», poursuit Roose. «Le résultat? Des vélos lourds, chers, et souvent laids. Nous pensions qu’il était possible de faire mieux et nous souhaitions contrôler un maximum de choses sur le plan de la conception du produit et de l’expérience des utilisateurs, © Studio Dann
34 IT-TÉLÉCOMS
mais nous n’y connaissions rien en électronique, et encore moins en production. Nous avons donc dû analyser le marché. Sur Internet, dans les salons, et chez des fabricants. Nous nous sommes même rendus chez un constructeur en Pologne.» Fin 2016, les fondateurs de Cowboy avaient une idée claire de ce qu’ils voulaient fabriquer et ils ont eu le soutien d’investisseurs. «C’était nécessaire car sans cela, nous n’aurions pas pu développer notre produit en collaboration avec Bagaar.» «Produire du matériel est particulièrement stressant. Dès que vous le lancez, il se trouve sur le marché. Et en cas de problème, vous devez organiser son rappel. Nous voulions éviter cela à tout prix. Nous souhaitions développer une solution de mise à jour à distance pour notre vélo. Nous voulions intégrer le cerveau du vélo dans l’ordinateur que nous avons toujours sur nous: le smartphone. Grâce à l’app, nous ajoutons des services en permanence et nous avons une idée des performances du vélo: après chaque utilisation, le vélo Cowboy fait un autodiagnostic du système, ce qui nous permet de signaler un problème éventuel à nos clients, avant même qu’ils ne s’en aperçoivent. C’est une belle valeur ajoutée.» Bagaar a été un partenaire précieux dans l’aventure. «Après deux jours, nous disposions déjà du prototype d’une première pièce. Selon moi, la force de notre collaboration est dans la diversité de nos expertises et dans notre objectif commun: produire un “product market fit”.
© Studio Dann
Nous voulions intégrer le cerveau du vélo dans l’ordinateur que nous avons toujours sur nous: le smartphone. Adrien Roose, Cowboy
au client de disposer d’un produit auquel il a participé. Les principaux soucis dans le développement de produit, c’est quand le client briefe une agence, n’en entend plus parler pendant des mois et se voit alors proposer un produit que plus personne n’attend.» Le marché des vélos électriques explose: aujourd’hui, la moitié des vélos vendus sont électriques. C’est logique, car c’est le moyen de transport le plus efficace dans les villes encombrées. «Cowboy se focalise surtout sur la Belgique, que nous considérons comme un marché test. Cela nous permet de vérifier si notre produit répond aux attentes des utilisateurs», ajoute Adrien Roose. «Nous avons lancé nos premiers vélos en avril et, en septembre, nous avions vendu un premier lot de 1.000 vélos. Nous espérons vendre le second lot d’ici la fin de l’année. L’an prochain, nous avons l'ambition d'en vendre 10.000.»
UN MARCHÉ EN EXPLOSION Nous voulions réduire les risques autant que possible. Le développement d’un hardware coûte cher, c’est pourquoi nous optons systématiquement pour le moindre effort capable de produire le meilleur résultat. Nous nous focalisons sur un composant ou sur un problème spécifique. Nous divisions le projet en petits éléments que nous validons chacun séparément. Nous exerçons ainsi un contrôle permanent, ce qui permet © Studio Dann
35 PULSE
3 OCTOBRE 2018
Gadgets Gadgets pour nerds ou applications incontournables qui augmentent la mobilité et la productivité de votre entreprise? Découvrez ici notre sélection de gadgets informatiques dernier cri.
1
ORDINATEUR PORTABLE DE LUXE
L’Envy 13 de HP combine élégance et puissance, mais ce qui est le plus frappant, c’est le poids de ce petit bijou équipé d’un microprocesseur Intel Core i5-7200U et d’un écran 13,3 pouces: à peine 1,23 kilos. Les hautparleurs ont été conçus en collaboration avec Bang & Olufsen. Prix indicatif: 1.150 à 1.250 euros.
2
4 CASQUE AUDIO DE BUREAU Pour de nombreux ‘knowledge workers’, les vidéoconférences, par exemple via Skype, dont devenues quotidiennes. Dans la plupart des cas, des oreillettes suffisent, mais des solutions comme le Sennheiser SDW 5016 offrent plus de possibilités. Ces casques ont été conçus pour ceux qui utilisent plusieurs appareils pour travailler et téléphoner. En plus de gadgets intégrés comme ‘super wideband et noise cancelling,’ l’utilisateur peut également porter le casque de différentes manières. Prix indicatif: 399 euros.
1
2
PRÉSENTATIONS MOBILES
3
Il existe deux catégories de projecteurs: fixes et mobiles. Le modèle Epson EB-U42 est un projecteur mobile très pratique pour faire des présentations en déplacement. Il peut se connecter de différentes manières: HDMI, VGA, USB 2.0 (Type A&B) au wifi et Miracast. L’Epson EB-U42 offre cinq réglages d’image, comme Cinéma et Présentation, ce qui semble être le meilleur choix en termes de netteté et de contraste pour des applications professionnelles.
5 WIFI AU JARDIN Ce Devolo DLan Outdoor Adapter vous permet d’accéder au wifi depuis votre jardin ou votre terrasse. À l’extérieur, l’appareil utilise le Powerline protocol, qui répartit la connectivité Internet via le réseau électrique. Le boîtier noir et gris foncé est top design et peut résister à quelques gouttes de pluie, mais en cas de fortes averses, il est conseillé de le mettre à l’abri. Prix: 169 euros.
4
3 LE COME-BACK DE NOKIA Avec le Nokia 8 Sirocco, la marque de GSM emblématique fait son grand retour. Le Sirocco embarque une caméra double de qualité (objectifs Zeiss) et une interface conviviale Android One. Le top, c’est son beau design épuré. Prix conseillé: 750 euros.
6 PORTABLE AVEC ÉCRAN E-INK 5
6
Le Yoga Book C930 de Lenovo est un ordinateur dont le clavier est remplacé par un écran e-Ink qui permet de lire un livre ou de dessiner. Il est à peine plus épais que 1 cm. Prix indicatif: 999 euros.