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BNQ quarterly (20/12/2017) - Les données rendent votre vie meilleure

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Quarterly Dialogue “Nous pouvons être fiers de ce nouveau standard européen”

Business De jeunes entreprises développent de nouveaux modèles d'affaires grâce aux données intelligentes

PERSPECTIVES ON BANKING

Les données rendent votre vie meilleure Débat sur les possibilités infinies d’une économie basée sur les données Une initiative de BNP Paribas Fortis en collaboration avec Echo Connect.


4 Essai “L’Europe doit avoir prise sur la pâte à pizza”

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La terminologie du data

16 Steven Van Belleghem: “Plus de données, plus de profit!”

18 Comment les données intelligentes transforment chaque activité

28 Öykü Isik et Jo Coutuer: "Soyons fiers de ce nouveau standard européen"

Ours Une initiative de BNP Paribas Fortis en collaboration avec Echo Connect. Coordination : Alexia Mangelinckx. Lay-out : Christine Dubois, Marise De Maeyer. Photos : Frank Toussaint, sauf mention contraire. E.R. : WalterTorfs, Montagne du Parc 3, 1000 Bruxelles.

Echo Connect offre aux entreprises, organisations et organismes publics l’accès au réseau de L’Echo, pour partager leur vision, leurs idées et leurs solutions avec la communauté de L’Echo. Les partenaires impliqués sont responsables du contenu.

CONNECT


Débat “Le principal défi? Apprendre à gérer cette nouvelle richesse”

Peter Hinssen, entrepreneur technologique et spécialiste du numérique

B NQ B NQ est une plateforme de contenu de cross médias consacrée à la banque socialement responsable et moderne. Au travers de la diffusion d'informations, B NQ entend ouvrir le débat et le dialogue sur la base de récits remarquables, innovants et concrets. Ce magazine a été imprimé le 21/12/2017 www.lecho.be/bnq

édito

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J’étais parmi les premiers utilisateurs des MagicBands à Disneyworld, ces bracelets qui vous permettent d’ouvrir la porte de votre chambre d’hôtel, de pénétrer dans le parc et de payer vos dépenses pendant votre séjour. En moyenne, les visiteurs qui portent un MagicBand dépensent 17% de plus que les autres. C’est bien pour Disney. Mais aussi pour les visiteurs, puisque le MagicBand accroît manifestement la satisfaction des clients. L’utilisateur, en effet, est suivi en permanence. S’il décide de se rendre au Space Mountain, il recevra un avertissement: attendez un peu, il y a trop de monde pour l’instant… Disney capte énormément de données mais offre immédiatement une valeur ajoutée au client. Et dans ce cas, la question de la vie privée ne fait plus débat. Les nouveaux acteurs numériques disposent d’une quantité considérable d’informations. Mais trois en savent probablement plus que les autres sur le consommateur: les entreprises d’utilité publique (gaz, eau, électricité), les opérateurs mobiles et les banques. Et ce sont peut-être ces dernières qui possèdent le plus de données sur le consommateur et la manière dont il organise sa vie et ses achats. Une grande partie de ces informations, d’ailleurs, se révèlent particulièrement pertinentes pour l’utilisateur. Mon fournisseur GSM me coûte-t-il trop cher? Suis-je sous-assuré? N’ai-je pas intérêt à changer de compagnie d’électricité? Tout cela, ma banque le sait. Mais me le dit-elle? Non. Les banques se cachent derrière les interdits du régulateur. C’est pourquoi il convient d’adopter un nouveau mode de pensée par rapport à ce qui est autorisé et ce qui ne l’est pas. Les autorités qui définissent ce que l’on peut faire ou non sur les marchés financiers évoluent très lentement. Or, les nouveaux acteurs, comme Uber, n’attendent pas qu’elles se prononcent. Ils contournent les règles. Et s’ils sont parfois rappelés à l’ordre, ils n’en continuent pas moins d’opérer. On est alors confronté à une situation absurde: les acteurs traditionnels, ceux en qui nous, consommateurs, avons confiance, et qui craignent le régulateur, ne sont presque plus compétitifs. Pourtant, la banque qui gère intelligemment les informations pertinentes sortira gagnante de la disruption. À cet égard, la confiance du client est indispensable. Mais il faut prouver que l’on mérite cette confiance. Reconnaissons-le, cependant: après la crise bancaire, nous ne nous sommes pas détournés massivement des banques. Elles ont continué de jouer un rôle crucial. Elles pourraient donc en faire bien plus. Il faut relever le niveau dans tous les domaines: investir dans la technologie et dans des profils qui maîtrisent les sciences des données. Les banques sont en train d’aiguiser leurs compétences, certes, mais elles devraient davantage réfléchir à leurs objectifs. Veulent-elles s’améliorer en tant que banques? Ou faire la différence pour le client? Le RGPD, le règlement européen sur la protection des données, relève à nouveau d’une stratégie défensive. Pour les banque, la question sous-jacente est pour l'instant la suivante: comment faire pour ne pas se mettre en tort? En réalité, il faut regarder audelà. La principale question deviendrait plutôt: comment rester pertinent? Et c’est la seule qui importe. Le RGPD est une amorce de débat. Avec le RGPD, il n’est pas encore question d’analyse, d’algorithmes, d’intelligence et de conclusions – bref, de ce que l’on fait des données. Ce débat, beaucoup plus profond, est à lancer d’urgence.


“L’Europe doit avoir prise sur la pâte à pizza” Wil van der Aalst


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Après l’enthousiasme suscité par les Big Data, le Data Science Winter plane comme une menace: une résistance contre les données, qui nous prive de ses avantages. Comment l’éviter? Non par la législation, estime le professeur Wil van der Aalst, mais en encourageant les "données vertes".

vec l’initiative Responsible Data Science, nous voulons collecter des ressources financières et attirer l’attention sur des solutions de données positives et technologiques. De la même manière qu’on ne lutte pas contre le transport polluant en arrêtant de rouler mais à l’aide d’une technologie plus propre, nous voulons protéger les consommateurs contre la "pollution de données". Et ce, en faisant la promotion des "données vertes". Des données sont vertes si elles respectent des critères fixés dans quatre domaines: Fairness, Accuracy, Confidentiality et Transparency, soit FACT, en abrégé.

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Dépassé par les États-Unis

© Belga

Voyez la situation actuelle sur internet. Spotify est la seule entreprise européenne qui génère des données d’une valeur et d’une taille significatives. Les Google et autres Facebook sont toutes américaines. Les pays asiatiques – la Chine en tête – se montrent beaucoup plus actifs que nous pour s’offrir une partie du gâteau. Que fait l’Europe contre la domination américaine? Très peu. Elle semble se résigner à rester à la traîne des entreprises américaines. Je compare parfois les solutions basées sur les données à une pizza. Dans ce domaine, on peut dire que l’Europe se concentre sur la garniture: un petit projet en healthcare par-ci, un autre petit projet smart par-là... Mais nous partons chaque fois du principe que la pâte à pizza proviendra des États-Unis. Conséquence? Peu, voire aucun contrôle sur la base. La liste des 10 scientifiques ICT les plus cités, mise à jour automatiquement par Google, se compose exclusivement de chercheurs américains. Les Américains ne sont pourtant pas plus intelligents que les Européens! Ils travaillent simplement dans un climat plus favorable. Ici, on investit trop peu et à mauvais escient. En outre, nous vivons dans une société ouverte. Dès que mûrit quelque part une idée à même de prendre de l’envergure, il est très aisé pour les géants américains de racheter la start-up qui en est à l’origine. Nous devons créer un écosystème qui puisse engendrer des percées significatives. Pensez aux fondateurs de Google, Larry Page et Sergey Brin, qui étudiaient à Stanford lorsqu’ils ont créé leur entreprise. Nous devons nous aussi développer un climat de recherche dans lequel de bonnes idées récoltent suffisamment d’argent pour se déployer et ne soient pas immédiatement rachetées.

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L’État comme protecteur Quel est le danger? Que nous devenions une espèce d’"économie de la garniture". Que nous nous concentrions sur des niches et nous intéressions trop peu à la base. La solution ne réside pas dans une législation plus laxiste. L’Europe veut protéger ses citoyens. Mais les pouvoirs publics qui désirent jouer ce rôle actif de protecteur doivent avoir prise sur la pâte à pizza, pas uniquement sur la garniture. Tout va désormais si vite qu’il est impossible de remédier à des lacunes avec des lois – on court sans cesse derrière les faits. Comme dans la mobilité, ce n’est pas à la circulation qu’il faut s’attaquer, mais à la pollution. Dans la loi, cette séparation n’est pas toujours claire. Elle n’incite pas à réfléchir à des solutions technologiques positives. Les dirigeants politiques ne connaissent pas suffisamment les armes à leur disposition. Alors que nous avons précisément besoin d’investissements dans l’infrastructure pour créer des entreprises capables de jouer dans la cour des grands. Il ne faut pas brider le pouvoir de Facebook et de Google par la législation, mais chercher des alternatives. Et celles-ci doivent provenir de nouvelles entreprises.

Wil van der Aalst, Professeur à l'Université technique d'Eindhoven

IL NE FAUT PAS BRIDER LE POUVOIR DE FACEBOOK ET DE GOOGLE PAR LA LÉGISLATION. Wil van der Aalst


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La terminologie du data Les Data sont l'avenir : nous n'y couperons pas. Les nouveaux phénomènes s'accompagnent cependant souvent de mots et concepts neufs. Ce cours accéléré vous familiarisera très rapidement à la terminologie propre aux data.

Analyse comportementale

Intelligence artificielle

Cette technique vise à comprendre les comportements humains "en collectant et en analysant des données spécifiques des consommateurs, par exemple géographiques, démographiques ou transactionnelles", précise le professeur Philippe Baecke, expert en données à la Vlerick Business School. Les banques et les assureurs emploient aujourd’hui cette méthode pour réagir de manière plus précise et proactive aux besoins de leurs clients.

Elle a pour but d’égaler voire dépasser le comportement humain à l’aide d’algorithmes complexes. Un nombre croissant d’acteurs financiers, banques et assureurs notamment, utilisent cette science pour épargner des tâches opérationnelles et de routine à leurs collaborateurs. Ceux-ci peuvent ainsi se concentrer sur un service de meilleure qualité et plus personnalisé.

Big data

Datamining "Le datamining est une méthode analytique qui tente de déduire des liens statistiques à partir de grandes quantités de données pour mieux comprendre le comportement des clients", éclaire Philippe Baecke. "Le résultat? Une base de données autoapprenante aux possibilités révolutionnaires. Cette technique est pratiquée pour établir des profils de clients, mais aussi pour prévoir des tendances et des actions de consommateurs."

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Ce terme générique désigne la masse de données sur les consommateurs, en croissance exponentielle. "Ces données proviennent de sources diverses: e-mails, sites Web, médias sociaux, capteurs utilisés dans l’internet des objets, etc.", énumère Philippe Baecke. "Une nouvelle technologie développée récemment améliore encore la collecte et l’analyse de ces données." Les acteurs financiers se forgent ainsi une meilleure idée des habitudes des consommateurs, mais aussi de leurs besoins.


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PSD2

Cookies Ces petits fichiers de données sont stockés dans un ordinateur à chaque fois que l’on visite des pages web. L’objectif est surtout d’accroître la convivialité: en identifiant les visiteurs d’un site à l’aide d’un cookie, on ne l’oblige plus à réintroduire systématiquement les mêmes données pour se connecter. La législation exige cependant que l’utilisateur donne préalablement son consentement.

PSD2 est l’abréviation de Payment Services Directive. Cette directive européenne a été rédigée pour permettre à de nouveaux acteurs de pénétrer l’univers des solutions de paiement. La libéralisation du marché du paiement engendre en effet de nouvelles opportunités. La PSD2 oblige les banques à prévoir une plateforme autorisant à des parties tierces d’accéder aux comptes bancaires dès 2018. Elles doivent cependant porter toute l’attention nécessaire à la sécurité et à la convivialité.

Smart data "Les smart data ne sont encore qu’une expression vague", affirme Philippe Baecke. "L’idée sous-jacente: il n’est pas seulement important de collecter de grandes quantités de données – les Big Data – mais aussi d’en filtrer des informations utiles, que l’on peut exploiter pour prendre les décisions intelligentes."

RGPD Le Règlement général sur la protection de données est un ensemble de règles censées mieux protéger les données des citoyens européens. La nouvelle législation, qui entrera en vigueur en mai 2018, contraint les banques et les compagnies d’assurances, ainsi que d’autres organisations, à pouvoir démontrer les données personnelles qu’elles collectent, la manière dont elles les utilisent et les protègent, et l’endroit où elles les conservent. Les données des clients doivent être transférées ou effacées sur simple demande. Le RGPD introduit également une nouvelle obligation de notification des fuites de données.

Biométrie La biométrie utilise des propriétés physiques, psychologiques ou comportementales pour identifier des personnes. Le test ADN est sans doute la méthode biométrique la plus connue, même si la reconnaissance d’une empreinte digitale, d’un iris, d’une voix ou d’un visage gagne en popularité. Les banques utilisent ces technologies pour accélérer et sécuriser l’accès de leurs clients à leur application de mobile banking.

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Deep learning Le deep learning est une forme d’intelligence artificielle qui se rapproche de l’intellect humain. La technique contient une foule d’algorithmes capables d’apprendre de manière autonome de nouvelles aptitudes au système sous-jacent, tel qu’un ordinateur ou un robot. Le fonctionnement est basé sur celui du cerveau humain et n’est pas soumis à des limitations théoriques. Les possibilités sont inédites.


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Apprendre à gérer une nouvelle richesse Nous laissons une quantité de traces numériques sans précédent. Ces traces ouvrent un éventail de possibilités inédites pour les consommateurs, les entreprises et les pouvoirs publics. Nous devons apprendre à gérer cette richesse nouvelle.

La nouvelle économie numérique ne tourne pas au charbon, à l’acier ou à l’électricité, mais aux données. Celles-ci permettent aux entreprises de rationaliser leurs processus, placent l’accent sur la convivialité pour le client et offrent aux services publics la possibilité de mieux adapter leurs décisions politiques aux citoyens et aux entreprises. Toutefois, ces informations engendrent également de nouveaux défis. "Nous ne devons pas nous laisser porter par les données mais nous appuyer sur elles", a-t-on pu entendre durant un débat sur le potentiel des données, qui réunissait Michael Anseeuw (General Manager Retail Banking de BNP Paribas Fortis), Olivier Delangre (CEO d’Amoobi), Pierre-Nicolas Schwab (fondateur de l’agence

LES ORGANISATIONS NE DOIVENT PAS SE LAISSER DIRIGER PAR LES DONNÉES, ELLES DOIVENT S’APPUYER SUR ELLES. Barbara Van Den Haute, administratrice générale à l’Agentschap Informatie Vlaanderen

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De gauche à droite: Michael Anseeuw (BNP Paribas Fortis), Olivier Delangre (Amoobi), Toon Vanagt (data.be), PierreNicolas Schwab (IntoTheMinds), Barbara Van Den Haute (Agentschap Informatie Vlaanderen).

IntoTheMinds, Head of Big Data à la RTBF), Toon Vanagt (CEO de data.be) et Barbara Van Den Haute (administratrice générale à l’Agentschap Informatie Vlaanderen). L’attention pour les analyses de données à grande échelle n’est pas née du jour au lendemain. Quelles évolutions l’ont rendue possible? Schwab: "Les possibilités des Big Data se sont multipliées ces dernières années sous l’effet de plusieurs évolutions. Pour commencer, nous sommes beaucoup plus connectés à l’internet. Voyez la manière dont nous utilisons nos smartphones, ou le nombre de personnes qui portent déjà une smartwatch. La disponibilité des données a considérablement augmenté. Simultanément, le coût de stockage et d’analyse des données s’est effondré." Anseeuw: "Les appareils mobiles ont autorisé un glissement fondamental. Car l’analyse de données n’a rien de neuf, si ce n’est qu’elle concernait auparavant des données statiques. Grâce à la technologie mobile, nous évoluons vers une gestion des données en temps réel. De ce fait, les entreprises comprennent mieux leurs clients et tout à la fois anticipent certains de leurs besoins. Cela ouvre des horizons totalement inconnus. Le principal défi? Apprendre à gérer la richesse ainsi créée." Vanagt: "Sans oublier le fait que nous achetons de plus en plus d’appareils avec l’autorisation implicite de transférer nos données de l’utilisateur au constructeur. Nous n’en sommes pas toujours suffisamment conscients. Comparez cela à une voiture qui enregistre une foule de données via de nombreux capteurs. Une portion de ces informations s’affiche sur notre tableau de bord, mais une très grande partie d’entre elles restent invisibles, bien qu’elles soient également très utiles. Cela nous amène immédiatement au champ de tension qui subsiste autour des Big Data. Sommes-nous prêts à partager ces >


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> données avec le constructeur automobile pour que celui-ci produise des voitures plus sûres? Acceptons-nous de le faire si nous en tirons nous-mêmes profit, par exemple afin que la voiture nous aide à rouler de manière plus économique ou à trouver des itinéraires plus courts?" À quels problèmes et défis concrets les analyses de données apportent-elles une réponse? Delangre: "Mieux comprendre le client et adapter les processus opérationnels internes en fonction de cette compréhension: tel était l’objectif premier des Big Data. En raison de la grande disponibilité des données, nous évoluons vers une situation où les actions manuelles et les décisions deviennent superflues. Dans le secteur du retail par exemple, la gestion des stocks prend énormément de temps, car cette tâche est généralement assurée par un individu qui contrôle lui-même les rayons du magasin. Avec une analyse poussée des données, il est désormais possible de détecter automatiquement qu’un produit n’est plus en rayon. Vous pouvez même anticiper le fait qu’un produit sera bientôt épuisé. De telles possibilités naissent dans de nombreux secteurs." Van Den Haute: "Partout, les tâches basées sur des données rendent certains processus invisibles, ce qui améliore le confort du client. Il n’en va pas autrement dans le secteur public. Les données offrent une meilleure idée des besoins des citoyens et des entreprises. Ainsi une administration pourra-t-elle adapter plus efficacement ses décisions politiques, mieux les évaluer et éventuellement les rectifier pour en accroître la pertinence." Les données sont-elles le saint Graal qui résoudra tous nos problèmes?

DE NOMBREUSES ENTREPRISES TOMBENT DANS LE PIÈGE CONSISTANT À CONSIDÉRER LEURS DONNÉES COMME UNE VÉRITÉ SUPÉRIEURE. Pierre-Nicolas Schwab, IntoTheMinds

Olivier Delangre

Schwab: "C’est malheureusement ce que pensent la plupart des entreprises. Comme si collecter les données et développer quelques algorithmes permettaient de sortir des solutions magiques de son chapeau. Ce n’est pas le cas. De nombreuses entreprises tombent dans le piège consistant à considérer leurs données comme une vérité supérieure. Elles oublient qu’une analyse des données à grande échelle permet de trouver des corrélations qui sont parfois statistiquement représentatives, mais pas d’établir des liens de cause à effet." "En définitive, il s’agit d’une méthode quantitative comme toutes les autres. La seule différence réside dans le fait que les Big Data font abstraction des modèles économétriques du passé. En outre, ces données ont surtout été exploitées à des fins commerciales ces dernières années. Le moment est venu de les utiliser également à des fins plus nobles, par exemple pour mieux informer les citoyens ou pour transformer des consommateurs en citoyens plus impliqués." Van Den Haute: "Les organisations ne doivent pas se laisser diriger par les données, elles doivent s’appuyer sur elles. Surtout pour le secteur commercial, il s’agit d’un équilibre à surveiller de près. Dans le secteur public, la situation est un peu différente, car celui-ci n’est pas suffisamment porté par les données – il lui reste donc un long chemin à parcourir. On attribue encore de très nombreux droits et devoirs sur la base de critères binaires: le citoyen livre ses données, l’administration

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LES ORGANISATIONS DOIVENT CRÉER DE NOUVEAUX EMPLOIS INTÉRESSANTS POUR CEUX QUI EXÉCUTENT DES TÂCHES MANUELLES. Toon Vanagt, data.be

historiques. Cela exige à la fois une gestion du changement et de la culture de l’organisation. De plus, les organisations doivent créer de nouveaux emplois intéressants pour ceux qui exécutent des tâches manuelles. Cela ne se fera pas du jour au lendemain."

Michael Anseeuw

Les consommateurs sont-ils tout à fait prêts à embrasser les possibilités des données? Anseeuw: "Les utilisateurs ont des visions très divergentes de ce que l’on peut faire ou non de leurs données. Certains attendent d’une banque qu’elle protège leurs informations personnelles de la même manière que leurs économies. D’autres acceptent de mettre leurs données à la disposition de tierces parties tant qu’ils obtiennent quelque chose en retour. Par ailleurs, une très large portion de citoyens n’a encore aucune idée de ce que représentent les Big Data, mais ils sont appelés à rejoindre un des deux camps. Le grand défi consiste à concilier ces deux extrêmes."

Toon Vanagt

les contrôle puis donne une réponse. Pourtant, le partage de données pourrait grandement simplifier ces tâches fastidieuses, avec des processus presque automatiques qui mettraient tout en ordre pour le citoyen avec beaucoup moins de frictions." Vanagt: "Les pouvoirs publics ne sont pas les seuls à avoir du pain sur la planche. Ce constat vaut pour tout le monde. Tant dans le secteur public que dans le privé, il reste des processus que nous traitons toujours manuellement pour des raisons

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Le Règlement général sur la protection des données (RGPD) entrera en vigueur courant 2018. Peut-il accroître la transparence et ainsi dissiper la méfiance d’une partie de la population vis-à-vis des données? Schwab: "Ce nouveau réglement européen n’apportera aucun changement fondamental en Belgique. Elle instaure certes un nouveau système d’amende, mais il existe depuis 1992 une législation sur la protection de la vie privée dans notre pays. Les entreprises qui la respectent n’ont aucune inquiétude à avoir. Pour ce qui concerne la transparence, c’est bien sûr extrêmement important. Ceci étant, la transparence ne sert à rien sans éducation: ce sont les deux faces d’une même médaille. Le problème avec le RGPD est notre croyance dans le fait qu’il créera automatiquement plus de transparence.

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> Or, interrogez n’importe qui sur le nouveau réglement: personne n’en a entendu parler. La transparence n’augmentera pas si nous ne commençons pas par tout expliquer." Delangre: "Les nouvelles règles européennes devraient malgré tout favoriser une prise de conscience sur ce qu’il advient de nos données. Prenez le secteur du retail. Il utilise énormément de données, dont une grande partie échappe complètement à l’attention du consommateur. Et le client ne bénéficie pas toujours d’avantages en contrepartie. Une remise à plat dans ce domaine ne pourra pas faire de mal. Tous ceux qui utilisent les Big Data ont également la responsabilité d’expliquer à quelles fins les données sont exploitées et quel en est l’impact positif. Car cet impact est réel. Dans le commerce de détail, les données devaient essentiellement mener à une progression des ventes; les choses sont en train de changer. On nous interroge désormais surtout sur les possibilités de mesurer les temps d’attente aux caisses et de développer des outils pour le raccourcir. Le commerçant n’a rien à y gagner de prime abord, mais de telles initiatives ont un impact très positif pour le client." Anseeuw: "L’approche européenne des données diffère énormément de celle qui a cours aux États-Unis, et le chemin à parcourir est encore long pour parvenir à ce qui se pratique en Asie. Le consommateur chinois est prêt à sacrifier toutes ses données en échange de n’importe quel avantage. Chez nous, ce ne sera jamais le cas. Il ne faut pas sous-estimer l’impact de la culture dominante sur une économie et une société." Van Den Haute: "Bien sûr, une culture se crée, du moins en partie. Dans le cadre du RGPD, la Région flamande investit massivement dans la

LE CHINOIS EST PRÊT À SACRIFIER TOUTES SES DONNÉES EN ÉCHANGE DE N’IMPORTE QUEL AVANTAGE. CHEZ NOUS, CE NE SERA JAMAIS LE CAS. Michael Anseeuw, BNP Paribas Fortis

Pierre-Nicolas Schwab

transparence. Les citoyens et les entreprises ont accès aux données dont nous disposons à leur sujet. Non pas d’une manière très complexe, avec des informations cachées sous des codes incompréhensibles, mais en privilégiant la convivialité. C’est déjà un mérite de la nouvelle réglementation. De cette manière, nous plaçons en outre la barre à la même hauteur partout en Europe." Dans quelle mesure existe-t-il un écart entre les possibilités technologiques et les contraintes juridiques de l’utilisation des données? Vanagt: "Cet écart existe, c’est incontestable. Dans les entreprises, on observe de vives tensions entre le département marketing qui veut mettre sur pied toutes sortes de projets, les scientifiques des données qui développent les solutions et le département compliance qui freine des quatre fers sur la base d’arguments juridiques. De ce fait, de grandes entreprises – les banques, notamment – se montrent très conservatrices avec les données dont elles disposent. Elles veulent avant tout éviter de recevoir des amendes et de voir leur réputation ternie." Anseeuw: "Cette tendance à adopter une attitude conservatrice au départ est propre à toute nouvelle évolution. Personne ne veut commettre d’erreur. C’est pourquoi les arguments juridiques ont souvent plus de poids que les arguments technologiques dans la décision de déployer ou non certaines applications." Van Den Haute: "Il n’en va pas autrement dans le secteur public. L’aspect juridique est très important partout. En optant systématiquement pour une interprétation très stricte, nous ratons parfois des occasions de mener une politique de grande qualité vis-à-vis des citoyens et des entreprises. Nous laissons ainsi passer des opportunités, car l’accent est davantage placé sur la sécurité juridique et technique que sur la convivialité."

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Barbara Van Den Haute

Philippe De Backer © Photonews

TROIS QUESTIONS À PHILIPPE DE BACKER, SECRÉTAIRE D’ÉTAT À LA LUTTE CONTRE LA FRAUDE SOCIALE, À LA PROTECTION DE LA VIE PRIVÉE Une analyse de données à grande échelle est-elle également une arme contre la fraude sociale? "Absolument. Aujourd’hui, nous faisons déjà largement appel au datamining et au datamatching pour développer des profils de risque très concrets dans la lutte contre la fraude sociale. Les inspecteurs réalisent ainsi des contrôles nettement plus ciblés. C’est pourquoi le plan d’action contre la fraude sociale impose que la sélection des contrôles s’effectue pour au moins 10% à l’aide de techniques comme le datamining et le datamatching. L’analyse des données accroît les chances de les identifier. Nous sommes d’ailleurs leaders dans ce domaine en Europe."

Comment basculer de la gestion de données à grande échelle à l’intelligence artificielle? Anseeuw: "Données, intelligence artificielle et robotique sont indissociablement liées. En principe, une banque sera à même d’identifier qu’un client paie des factures d’énergie plus élevées que d’autres dotés d’un profil comparable. À partir de données en temps réel, la banque pourrait également évaluer à l’avance la solvabilité de ses clients: il n’y aura donc plus rien à faire au moment où ceux-ci auront besoin d’un prêt, tandis que la banque pourra avertir beaucoup plus rapidement des clients menacés par des problèmes de paiement." "De la même manière que Facebook affiche une ligne du temps de toutes vos activités, les banques proposeront un aperçu tout aussi convivial de vos transactions. Bien entendu, le particulier devra donner son consentement. Mais de telles nouveautés constitueront un élément essentiel de l’interaction entre les banques et leurs clients. Une interaction que l’intelligence artificielle et le machine learning porteront à un niveau supérieur." ll

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Le 25 mai 2018, ce sera le jour J pour le nouveau règlement européen sur la vie privée, le RGPD. Apportera-t-il d’importants changements? "Par rapport à notre propre législation belge sur la protection de la vie privée, c’est une évolution, pas une révolution. Les modifications sont limitées pour les entreprises qui ont toujours respecté la législation belge. Nos entreprises ne doivent pas se laisser abuser par des avocats qui veulent gagner un peu d’argent! Tant pour les grandes que pour les petites sociétés, les nouvelles règles européennes sont surtout l’occasion de cartographier les données dont elles disposent et d’établir si elles les conservent correctement et si elles en tirent suffisamment profit. Ce n’est pas uniquement une question de rapport coût/efficacité. Dans l’économie numérique du 21e siècle, la notion de vie privée tourne entièrement autour de la confiance. Des clients qui font confiance à une entreprise pour leurs données lui feront confiance pour lui acheter un produit ou un service." Les données sont un phénomène mondial auquel nous nous attaquons avec des législations locales. Cette fragmentation est-elle tenable? "Le RGPD n’est pas une directive que tous les États membres devront transposer dans une législation locale et qui laisse des marges d’interprétation. C’est un règlement, ce qui signifie que les mêmes règles s’appliqueront partout en Europe. Cela évite la fragmentation par des législations locales. On constate déjà que toutes les grandes multinationales qui désirent poser le pied en Europe se plient aux règles européennes, y compris pour leurs activités non européennes. En outre, elles incitent leurs propres fournisseurs à les imiter. Cela crée un effet domino qui fait du RGPD un standard mondial."


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Comment tirer profit des données? La véritable force de la collecte de données réside dans un certain équilibre: en partageant des informations personnelles et en les combinant avec les données d’autres usagers, nous arrivons tous plus rapidement à destination.

Tout le monde utilise une application de navigation intelligente dans sa voiture.

50° 38’ 28” N, 4° 40’ 05” E 50° 51’ 52” N, 4° 20’ 53” E 51° 02' 18'' N, 3° 42' 46” E

Grâce à vos traces GPS et à celles des autres conducteurs, la carte reste en permanence correcte et à jour. Vous ne vous perdez plus jamais.

40,00 L | 42,34 EUR 42,00 L | 44,46 EUR 44,50 L | 47,10 EUR

À la pompe à essence, l’application enregistre le prix que vous payez au litre. Une base de données collecte tous les prix des carburants. L’application vous guide vers la station-service la moins chère à proximité.

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02/12/2018 | 47KM 03/12/2018 | 24KM 04/12/2018 | 48KM

Vous partagez vos données de parcours avec votre agent d’assurance. Vous recevez ainsi une formule d’assurance sur mesure, où vous ne payez que les kilomètres effectivement parcourus.


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L’application synchronise les infos trafic actuelles. Un accident s’est produit? Vous êtes bloqué dans un embouteillage qui n’a pas encore été signalé? L’application transmet les données.

L’application communique les données collectées aux pouvoirs publics. Il est ainsi possible de calculer une taxe de circulation juste et adaptée à l’usage.

Des experts analysent les données et recherchent des modèles. Ils donnent des conseils sur les aspects de mobilité.

02/12/2018 | E40 | 41,75 KM 03/12/2017 | N8 | 32,33 KM

E40 | 99,36 KM/H E17 | 75,36 KM/H E19 | 99,36 KM/H

L’application connaît parfaitement les trajets que vous effectuez avec des amis ou des collègues. Vous pourrez ainsi recevoir une solution de covoiturage si vous devez laisser votre voiture au garage pour un entretien.

Un itinéraire alternatif vous est proposé pour éviter les obstacles. L’application vous conseille une heure de départ pour arriver à temps à la réunion importante qui figure à votre agenda.

07:00

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“Plus de données, plus de profit” Les entreprises se trompent encore trop souvent de priorités lorsqu’elles exploitent leurs données, estime l’expert en technologie Steven Van Belleghem. "Des gains d’efficacité? Oui, mais en fin de compte, le potentiel le plus important réside dans l’amélioration de l’expérience client."

Voici trois ans déjà, dans ce magazine, vous appuyiez là où cela faisait mal: dans la plupart des entreprises, les données ne sont pas liées entre elles; chacun opère de son côté. Comment voyez-vous la situation actuelle? Les entreprises ontelles progressé? Steven Van Belleghem: "Je crains qu’il y ait toujours beaucoup de pain sur la planche, même si la prise de conscience a eu lieu. À l’époque, l’idée était de gagner autant d’argent que possible avec les Big Data. Désormais, les entreprises savent qu’elles doivent surtout exploiter les données pour améliorer le service aux clients. Ce qui aura indirectement un impact sur les résultats financiers."

LES ENTREPRISES SAVENT QU’ELLES DOIVENT SURTOUT EXPLOITER LES DONNÉES POUR AMÉLIORER LE SERVICE AUX CLIENTS. Steven Van Belleghem, expert en technologie

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"Concrètement, de très nombreuses entreprises recherchent aujourd’hui des plateformes de gestion de données appropriées, ou sont en train de modifier leur propre infrastructure. Or, il faut aller plus loin. Les entreprises doivent réellement investir dans l’utilisation concrète des données dans le cadre de leurs activités." Finalement, qui profitera le plus de l’exploitation "utile" de toutes ces données: l’entreprise ou le client? "Les deux, et c’est la bonne nouvelle. Une plus grande quantité de données sera déployée en arrière-plan afin d’accroître l’efficacité de toute une série de processus. En outre, les entreprises peuvent cartographier puis automatiser leurs processus répétitifs, notamment grâce au potentiel croissant de l’intelligence artificielle. Les consommateurs ne remarqueront guère de changement dans un premier temps. Mais cette évolution leur apportera peu à peu des services toujours plus personnalisés. Une enseigne gigantesque comme De Bijenkorf envoie aujourd’hui plusieurs dizaines de milliers d’e-mails par jour à ses clients. Et chaque e-mail est différent, adapté au profil du client. À plus long


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TANT QUE LES ENTREPRISES PROPOSENT DES SERVICES DE QUALITÉ, LE RESPECT DE LA VIE PRIVÉE NE SEMBLE PAS UN PROBLÈME. Steven Van Belleghem, expert en technologie

cette mine de données d’utilisateurs: c’est sa raison d’être et sa source de revenus. Si nous, consommateurs, lui tournons le dos, elle peut mettre la clé sous la porte. Je pense que nous devons évoluer vers un scénario où les consommateurs ont un contrôle sur leurs propres données et sont, le cas échéant, à même de fermer les vannes pour certaines entreprises. Mais les consommateurs qui en sont conscients ne représentent pour l’instant qu’une niche très étroite."

terme, l’entreprise en tirera également profit, parce que les clients recevront des offres pertinentes et passeront donc plus rapidement à l’achat." Il y a trois ans, vous disiez aussi: "Les consommateurs ne se soucient guère de leur vie privée, mais la situation pourrait évoluer rapidement en cas d’incident grave." On a recensé plusieurs incidents depuis lors, mais ils ne paraissent pas avoir radicalement modifié l’état d’esprit du consommateur… "C’est vrai. Une poignée de géants des technologies ont encore étendu leur domination. Et la majorité des consommateurs n’y trouvent manifestement rien à redire. Apple, Facebook et Amazon mobilisent 80% du temps que nous passons en ligne sur notre smartphone. Les consommateurs jugent apparemment que ces entreprises sont très orientées client, que leur technologie fonctionne bien et qu’ils ne rencontrent guère de problèmes. Par conséquent, le fait de mettre un maximum de données personnelles à leur disposition ne les dérange absolument pas – du moins leur comportement n’en laisse-t-il rien paraître. Tant que les

entreprises proposent des services de qualité, le respect de la vie privée ne semble pas un problème." Ne faut-il pas s’inquiéter de cette énorme centralisation des données auprès d’un nombre très limité d’acteurs, sur lesquels même les États n’ont guère de prise? "Je crains que l’avance que se sont constituée cette poignée d’acteurs dominants ne se creuse encore au cours des années à venir. Ils sont généralement plus rapides que les gouvernements, et nous ne changerons pas les choses en leur infligeant çà et là des amendes salées. Je crois beaucoup plus dans la concertation que dans une réglementation imposée d’en haut. Asseyonsnous autour d’une table avec ces entreprises. Analysons les questions éthiques que soulève l’utilisation massive des données. Et tentons de trouver ensemble des solutions à ces problèmes. Nous restons encore trop confinés dans le discours ‘nous et eux’." Les consommateurs sont-ils totalement démunis? "Absolument pas! Une entreprise comme Facebook sait pertinemment qu’elle tire toute sa valeur de

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L’année à venir sera riche en nouvelles législations destinées à encadrer plus strictement l’utilisation des données par les entreprises. Ces dernières sont-elles suffisamment au fait de leur impact potentiel? "Je note une vive inquiétude au sein des grandes entreprises en Europe. Elles craignent que les législateurs leur imposent des restrictions excessives. Je peux suivre leur raisonnement: l’intelligence artificielle (IA) peut permettre aux entreprises de réaliser de substantielles économies tout en les aidant à être plus orientées client, mais l’IA exige énormément de données. Nous devons réaliser que nous sommes entrés dans une ère totalement inédite, et que l’objectif n’est pas que les nouvelles réglementations sapent la compétitivité de nos entreprises. Demandez à des firmes comme Bol.com et Coolblue à quel point il est difficile de lutter contre Amazon." Comment le secteur bancaire peut-il tirer profit de l’utilisation des données? "En adoptant une approche beaucoup plus individualisée de ses clients, car la plupart des banques travaillent toujours avec des segments relativement larges. Toutes les banques disposent désormais de très belles applications, mais elles devraient investir davantage dans une interface one-button, notamment pour les produits et services un peu plus complexes." ll

Steven Van Belleghem, Customers the day after tomorrow.


Kristof Mertens

Matthias Dobbelaere-Welvaert

© Sofie Van Hoof

© Dries Luyten

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Les données intelligentes transforment chaque activité Le traitement intelligent des données bouleverse un nombre croissant de modèles d’affaires. Et de plus en plus fréquemment dans des secteurs où l’on ne s’y attendait pas.

e secteur de la volaille gère ses données: la success-story de Porphyrio est l’illustration parfaite de l’impact qu’ont déjà les données et l’intelligence artificielle dans les secteurs les plus divers. Et l’histoire

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de Kristof Mertens, cofondateur et directeur général de Porphyrio, démontre que les entreprises qui investissent massivement dans le traitement des données voient souvent naître de nouveaux modèles économiques.

VOICI QUELQUES DÉCENNIES, UN ÉLEVEUR DE VOLAILLES POUVAIT GÉRER 10.000 POULETS, CONTRE 50.000 AUJOURD’HUI. Kristof Mertens, Porphyrio

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"L’entreprise a vu le jour en 2013 en tant que spin-off de la KULeuven", raconte Kristof Mertens. "Et ce, autour d’une idée: avec les bonnes données dans le cloud, vous avez entre les mains tous les éléments nécessaires pour optimiser un processus de production aussi complexe que l’élevage de volailles. Ce processus implique en effet de nombreux acteurs, de l’éleveur proprement dit au vétérinaire en passant par le producteur d’aliments pour volailles et l’entreprise génétique qui met les jeunes animaux sur le marché. Tous ces acteurs fournissent des fragments d’informations qui se révèlent particulièrement


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LES CHATBOTS DE CE TYPE NE PEUVENT ENCORE RÉPONDRE QU’À UN NOMBRE RELATIVEMENT LIMITÉ DE QUESTIONS JURIDIQUES. Matthias Dobbelaere-Welvaert, lesJuristes

Olivier Ysewijn

pertinents si l’on veut optimiser l’ensemble du processus." "Il en va de même pour la production d’œufs, avec des entreprises spécialisées dans l’élevage de poules pondeuses, des fermes et les sociétés qui commercialisent les œufs proprement dits. Ces dernières années, on a lourdement investi dans le ‘hardware’ technologique de tous ces processus. Et les résultats sont au rendez-vous: voici quelques décennies, un éleveur de volailles pouvait gérer 10.000 poulets, contre 50.000 aujourd’hui." "En outre, les capteurs se sont multipliés sur ce hardware, qui fournissent une mine de données intéressantes. Notre cœur d’activité consiste à extraire ces données, à les placer dans le cloud et à relier entre eux tous les maillons du processus de production. Nous pouvons ainsi accroître de manière gigantesque le rendement du secteur et en éliminer autant que possible les inefficacités."

Chatbot juridique Le chatbot Lee & Ally, lancé il y a quelques mois par le cabinet de conseil juridique lesJuristes, représente un exemple relativement innovant de données intelligentes dans le secteur juridique. Cette sorte de conseil juridique en ligne, disponible jour et nuit, gagne chaque jour

en intelligence grâce aux nouvelles données dont il est alimenté constamment. "Nous croyons énormément dans le potentiel de l’intelligence artificielle, surtout dans un secteur plutôt conservateur dans son fonctionnement", indique le juriste Matthias Dobbelaere-Welvaert, fondateur et Managing Partner de lesJuristes. "C’est vrai, les chatbots de ce type ne peuvent encore répondre qu’à un nombre relativement limité de questions juridiques. C’est la raison pour laquelle nous ne sommes qu’en phase bêta. Le véritable lancement suivra sans doute mi-2018." Avec son chatbot, lesJuristes vise surtout les starters et les PME qui disposent rarement des quelques milliers d’euros nécessaires pour un conseil juridique spécialisé. "En tant que cabinet de niche, notre tarif horaire fluctue rapidement aux alentours de 200 euros", chiffre Matthias Dobbelaere-Welvaert. "Un abonnement à Lee & Ally ne coûte que 99 euros par mois, tarif qui comprend un support humain en cas de besoin." "L’aspect financier est donc un atout non négligeable. Cependant, ma vision est plus large. Je remarque une insatisfaction croissante parmi de très nombreux jeunes avocats. Ils ont conscience que nous évoluons vers un nouveau monde où la technologie occupera une place centrale. Mais ils constatent que l’on y réagit encore beaucoup trop peu dans leur branche."

Bornes de recharge intelligentes De très nombreuses start-up actives dans la mobilité électrique misent pleinement, dans le développement de leurs activités, sur la plus-value de l’enregistrement intelligent de données. Blue Corner, par exemple, travaille depuis plusieurs années

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avec un réseau de bornes de recharge intelligentes. "Avec, à la clé, des solutions sur mesure pour les entreprises et les particuliers, mais aussi pour les centres commerciaux, les hôtels et les parkings publics", énumère son CEO, Olivier Ysewijn. "Nous développons à la fois le hardware – les bornes de recharge proprement dites – et le software. C’est surtout dans ce domaine que les données intelligentes sont utiles." Chacune des bornes de recharge Blue Corner est connectée à une plateforme centrale. Les données de recharge de chaque utilisateur peuvent ainsi être enregistrées et facturées précisément. “Généralement, nous travaillons selon une formule d’abonnement, mais des rechargements occasionnels par SMS sont également possibles. Cet enregistrement central est important pour les utilisateurs qui disposent d’une voiture de société qu’ils rechargent à domicile: ils peuvent ainsi se faire rembourser leur électricité par leur employeur. Mais il profite aussi aux entreprises qui bénéficient du calcul exact de l’électricité consommée pour leur parc de véhicules – pour leur déclaration fiscale, notamment." "Nous évoluons vers des systèmes de recharge intelligents qui permettent, entre autres, de suivre en temps réel la quantité d’énergie disponible à un endroit et d’anticiper le fait qu’un grand nombre de voitures veuillent recharger leur batterie simultanément. Nous pouvons alors piloter ce comportement à distance." “Bientôt, nous pourrons utiliser les batteries de véhicules électriques comme lieu de stockage d’électricité pour un réseau intelligent local, au niveau d’une entreprise par exemple. À ce moment, les voitures électriques ne se contenteront plus de prélever de l’électricité sur le réseau: elles pourront y réinjecter de l’électricité si nécessaire." ll


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Faites quelque chose de vos données Collecter des données: la pratique est courante dans bon nombre d’entreprises. En revanche, centraliser ces données, les optimiser et les interpréter… Cinq jeunes entreprises se sont fait une place sur ce marché.

LA FIN DES NOTES DE FRAIS PAPIER Rien n’est plus ennuyeux que le traitement de notes de frais et de souches papier récurrentes. L’entreprise malinoise Xpenditure, qui a déjà des bureaux à Amsterdam, Londres, New York et São Paulo, a développé un système numérique basé sur des processus entièrement automatisés qui mettent fin à la corvée des souches TVA et autres fichiers Excel. Souches et tickets sont scannés et les dépenses approuvées en temps réel, intégrées dans un rapport puis exportées vers la comptabilité de l’entreprise. La croissance rapide de Xpenditure démontre que cette technologie répond à un besoin: l’entreprise malinoise compte désormais plus de 250 travailleurs et fournit ses services à des PME et des indépendants dans plus de 60 pays.

S’attaquer aux problèmes avant qu’ils n’apparaissent uand TrendMiner est sorti des starting-blocks en 2013, personne n’attendait nos analyses", se rappelle Bert Baeck, son CEO et cofondateur. "La situation a changé: ces trois dernières années, nous avons enregistré une croissance de 100%. Nous nous concentrons sur les processus industriels dans une série de grands secteurs, tels que la chimie, l’industrie pétrolière et gazière et le secteur pharmaceutique. De très nombreuses entreprises industrielles disposent d’énormément de données qu’elles ont collectées ces 10 à 15 dernières années dans leurs usines et unités de production. Elles ne les ont jamais vraiment exploitées. Or, nous sommes désormais capables de les connecter à l’aide de notre moteur de recherche." "Au début, nous nous concentrions sur la possibilité d’effectuer des recherches

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sur des données à partir d’une reconnaissance de modèles: certains problèmes sont-ils précédemment apparus? Progressivement, nous avons élargi notre champ de vision. Dorénavant, nous faisons également du diagnostic. Nous identifions la cause exacte d’un problème donné, notamment sur la base du machine learning et d’algorithmes auto-apprenants." "Aujourd’hui, nous avons franchi une étape supplémentaire: nous aidons les entreprises à prévoir des problèmes et des irrégularités grâce aux quantités gigantesques de données dont nous disposons. De la panne de machine aux problèmes de qualité dans les processus de production. Nous soutenons nos clients dans l’optimisation de leurs processus en attirant leur attention sur des irrégularités. Et l’évolution est très rapide: nous comptons déjà près de la moitié des 50 plus grandes entreprises chimiques mondiales parmi nos clients." ll


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LE SUIVI DES DONNÉES ALLÈGE VOTRE FACTURE D’ÉNERGIE

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Des données pour gérer intelligemment votre bâtiment d’entreprise n 2017, les immeubles de bureaux modernes sont bourrés de données collectées par des compteurs énergétiques intelligents et autres capteurs divers. La start-up wallonne Opinum a développé une plateforme performante qui non seulement collecte la plus grande quantité possible de données, mais les utilise ensuite pour gérer plus efficacement les bâtiments d’entreprise. "Grâce à ces données, nous réduirons également, dans une phase ultérieure, la consommation d’énergie de ces bâtiments", ajoute son CEO et cofondateur, Loïc Bar. "Nos clients sont surtout des administrations publiques et de grandes entreprises de services aux collectivités, qui possèdent une mine de données et ont tout intérêt à suivre de plus près leur consommation d’énergie. La concurrence croissante pèse sur les tarifs et la législation environnementale se fait de plus en plus stricte. Simultanément, les clients finaux de ces grandes entreprises de services aux collectivités et fournisseurs d’énergie profiteront eux aussi de ces nouvelles informations, parce qu’elles leur permettront d’économiser de l’argent."

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Où se situait l’opportunité d’affaires? "Un grand nombre de ces données étaient disponibles il y a quelques années déjà, mais elles étaient généralement éparpillées en plusieurs endroits ou dans plusieurs fichiers. Via notre plateforme, nous pouvons centraliser et optimiser ces données. Et cette plateforme s’améliore chaque jour grâce aux données qui l’alimentent." Forte de 18 collaborateurs, Opinum n’existe pourtant que depuis trois ans. Et cette croissance rapide n’est pas près de se tarir. "Nous ne sommes actifs qu’en Belgique et dans quelques pays voisins, mais les analystes s’attendent à ce que ce marché grandisse d’un facteur sept dans les trois prochaines années", affirme Loïc Bar. ll

GRÂCE AU SUIVI ACTIF DES DONNÉES, UN MÉNAGE ÉCONOMISE AISÉMENT 250 EUROS PAR AN. I 21 I

Comparer et suivre les prix de l’énergie reste souvent une tâche fastidieuse. La très jeune startup June Energy veut y mettre fin grâce à un lecteur intelligent de compteurs, une application et une plateforme en ligne. Pendant trois mois, le lecteur intelligent cartographie très précisément votre consommation, après quoi le prestataire de services part à la recherche des meilleurs contrats d’énergie en fonction de votre profil de consommateur. Pour cela, June suit nuit et jour toutes les fluctuations de prix. En outre, l’entreprise prend en charge les formalités administratives des clients qui changent de fournisseur. Les utilisateurs particuliers qui s’engagent avec June paient 4,99 euros par mois. Avec une garantie de prix: après un an, l’entreprise calcule l’économie réalisée. Ceux qui n’ont pas économisé au moins 60 euros, soit le prix d’un abonnement annuel, se voient rembourser la différence. June affirme que le suivi actif des données permettra rapidement à un ménage moyen de réaliser une économie de 250 euros par an.

TRAITER PLUS INTELLIGEMMENT LE CANCER GRÂCE À UN CUMUL D’EXPERTISE Pourquoi ne pas utiliser les données pour lutter contre le cancer? À ses débuts en 2012, la startup wallonne OncoDNA voulait surtout miser sur un traitement très personnalisé des patients souffrant du cancer. Ce printemps, elle a présenté la toute nouvelle plateforme OncoKDM, qui collecte des données de spécialistes du cancer et de centres de traitement du monde entier. La plateforme met également en avant les traitements possibles. Ces traitements personnalisés sont élaborés à partir d’une combinaison intelligente d’outils de diagnostic, de bases de données de connaissances et de thérapies de médication. OncoSHARE réunit aujourd’hui la plus grande communauté en ligne dans le domaine du cancer, avec plus de 10.000 utilisateurs, des oncologues aux patients en passant par des membres de l’entourage de ces patients. OncoDNA collabore déjà avec plus de 3.000 oncologues et une centaine d’institutions dans plus de 50 pays. L’équipe d’OncoDNA comptait 35 collaborateurs fin 2016, un nombre en croissance rapide.


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“Le médecin ne veut pas faire de l’administratif: il veut aider ses patients” Gestionnaires de données à grande échelle, les administrations belges possèdent de nombreuses informations à même de faciliter la vie des citoyens. Désenclaver ces bases de données, surtout à l’égard des acteurs privés, exige cependant des garanties. Pas question de mettre en péril la vie privée des Belges.

i quelqu’un, en Belgique, jouit d’une vision précise des données que détiennent les différentes administrations et de ce qu’elles pourraient en faire, c’est bien Frank Robben, à la fois fondateur de la BanqueCarrefour de la Sécurité sociale, directeur de la plateforme eHealth et administrateur délégué de Smals, organisation de services informatiques à but non lucratif qui s’adresse aux institutions publiques. "L’État organise deux grandes formes d’échanges de données", détaille-t-il. "La première porte sur des données qui sont en réalité publiques. Il s’agit d’informations anonymes et agrégées qui peuvent être utilisées pour effectuer des recherches ou étayer des politiques. La pyramide des âges d’une commune donnée, par exemple, ou le nombre de bénéficiaires du revenu d’insertion qui y résident. La seconde forme d’échange de

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VOUS N’AVEZ PAS NON PLUS DE BOÎTE AUX LETTRES DISTINCTE POUR L’ADMINISTRATION À VOTRE DOMICILE, N’EST-CE PAS? Frank Robben, Banque-Carrefour de la Sécurité sociale

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données porte sur de véritables données personnelles. Les informations que peut consulter un médecin de garde, notamment. Naturellement, ces données doivent être parfaitement sécurisées. Il ne faut pas que votre employeur ait accès à la liste des maladies dont vous souffrez."

Vie privée L’attention pour la sécurité ne fait que s’accroître. Le Règlement général européen sur la protection des données (RGPD), qui limite grandement l’échange de données clients, entrera en vigueur au printemps prochain. "Ces nouvelles normes sont adaptées à des plateformes comme Facebook et Google, et ne sont pas négligeables", observe Frank Robben. "Ceci dit, les petites organisations y sont également confrontées. Nous leur conseillons de respecter scrupuleusement les principes suivants: sachez à quelles fins vous utilisez des informations, veillez à ce que ces objectifs soient légitimes, ne stockez pas plus de données que nécessaire plus longtemps que nécessaire, et veillez à ce que vos données


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"NOS DONNÉES OUVERTES PEUVENT CRÉER 1.500 EMPLOIS"

Frank Robben

soient bien sécurisées, surtout si vous les mettez à la disposition de tiers." Le secteur de la santé possède déjà une grande expérience en la matière, remarque-t-il. Depuis 2009, eHealth fournit des services de base pour un envoi sécurisé de données de santé entre deux parties, sans avoir elle-même accès à ces données. Durant la seule année 2016, elle a traité 8 milliards de transactions: prescriptions électroniques, consultations d’examen, etc. Cette formule présente de nombreux avantages, souligne Frank Robben. "Pour les patients et la qualité des soins, mais aussi pour les prestataires. Car que veulent les médecins? Passer chaque fois 10 minutes à se connecter à des plateformes pour consulter les résultats d’une prise de sang ou d’un scanner? Ou tout retrouver au même endroit en une minute? Saupoudrez ces systèmes

© Emy Elleboog

Les pouvoirs publics soutiennent également au niveau régional les possibilités des données ouvertes. Avec Opendatastore.brussels, Bruxelles a lancé en mars de l’an dernier le premier portail régional de données ouvertes. Chacun peut y consulter et utiliser gratuitement les données librement disponibles de la Région. L’initiative s’inscrit dans une stratégie visant à faire de Bruxelles une Smart City, selon Bianca Debaets, secrétaire d’État bruxelloise (CD&V) à la Numérisation. "Depuis le lancement du projet, 130 data sets sont disponibles, et ce nombre va croissant", indiquet-elle. "Les ensembles de données les plus consultés sont ceux de Bruxelles Mobilité, l’administration publique en charge de la mobilité, de la sécurité routière et des travaux publics."

d’un peu d’intelligence artificielle et vous améliorerez encore la qualité des soins. Quand vous prescrivez un médicament donné, un pop-up indique que le patient est allergique à l’une des substances qu’il contient. Et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres."

Une seule boîte aux lettres L’échange de données doit également favoriser la convivialité. Alexander De Croo, ministre fédéral (Open VLD) de l’Agenda numérique, veut créer une boîte aux lettres électronique personnelle pour chaque citoyen et entreprise. Ils pourront ainsi recevoir et gérer toutes leurs communications numériques en un lieu central et sécurisé. Pensez aux fiches de paie, aux attestations, aux factures, aux contrats, etc.

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L’ambition du projet? Inciter entreprises et start-up à innover et à développer de nouveaux services. "Les données ouvertes revêtent une grande importance pour les start-up technologiques", souligne Bianca Debaets. "Elles recèlent également un vaste potentiel économique. Selon la fédération des entreprises technologiques Agoria, une politique de données ouvertes à Bruxelles pourrait créer 1.500 emplois et générer un chiffre d’affaires de 180 millions d’euros." La Région de Bruxelles-Capitale soutient également des hackathons qui incitent des organisations à travailler de manière créative avec les données disponibles. "L’un des résultats concrets en fut notamment la mise à disposition de défibrillateurs à certains endroits de Bruxelles", illustre Bianca Debaets.

On recense déjà plusieurs initiatives numériques qui facilitent l’accès aux données, comme My Minfin pour les attestations fiscales, My Pension pour les données liées aux pensions et My Career pour un aperçu de carrière. La nouvelle eBox doit permettre d’y accéder à partir d’un seul emplacement électronique, et réduire à la fois "la paperasserie, les formalités et les pertes de temps", selon Alexander De Croo. "Vous n’avez pas non plus de boîte aux lettres distincte pour l’administration à votre domicile, n’est-ce pas?", interroge Frank Robben. "Avec cette boîte aux lettres électronique, nous voulons fournir la même expérience. Vous y trouverez autant de documents que possible, tant en provenance de boîtes de messagerie que de bases de données. Pour réussir, tous les fournisseurs de données devront ouvrir leurs systèmes sous-jacents à l’aide d’un logiciel – après avoir reçu l’autorisation de l’utilisateur, bien entendu. Ce dernier choisira d’ailleurs le canal par lequel il souhaite avoir accès à son eBox. Il pourra s’agir du front office de son gestionnaire de documents comme Doccle et Zoomit, d’une mutuelle voire de l’administration." ll


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Sous la pression européenne, les banques devront bientôt partager de nombreuses données clients avec des parties externes si les clients en question le leur demandent. Cette plus grande ouverture recèle également de belles opportunités, en permettant aux banques de créer elles-mêmes de la valeur pour le client grâce à une meilleure gestion des données.

L’échange de données fera naître de nouveaux services bancaires de meilleure qualité our l’avenir des banques, rien n’est peut-être plus crucial que les Application Programming Interfaces (API)", peut-on lire dans un rapport publié récemment par le consultant Capgemini. Encore un truc de geek? Certainement… mais cela n’en annule absolument pas l’importance. "Les API, ou interfaces de programmation applicative, fonctionnent en arrière-plan", poursuit Capgemini. "Elles spécifient la manière dont les logiciels doivent interagir. À ce titre, elles sont vouées à devenir rapidement les outilsphares qui aideront les banques à renforcer

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et dynamiser les relations avec leurs clients." Les API sont essentielles à plusieurs niveaux pour les banques qui refusent de rester embourbées dans l’ancienne économie. Elles contribuent par exemple à désenclaver les legacy systems. Souvent écrits voici fort longtemps, ces "programmes hérités" n’ont pas été pensés pour faire circuler les informations entre les systèmes logiciels de la banque, un élément pourtant incontournable à l’ère numérique. "Imaginez que vos systèmes hérités soient désormais reliés entre eux par des tuyaux et des conduites afin d’en exploiter les

LE CLIENT S’ATTEND À CE QUE NOUS PROTÉGIONS SES DONNÉES COMME NOUS PROTÉGEONS SES ÉCONOMIES. Michael Anseeuw, BNP Paribas Fortis

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données", avance Michael Anseeuw, General Manager Retail Banking chez BNP Paribas Fortis. "Avec les API, vous n’avez pas besoin de liaisons physiques, puisque les systèmes sont à présent en relation via le cloud. Un peu comme le Wi-Fi remplace les câbles de connexion internet."

Mieux anticiper Comment les banques tireront-elles profit de cette meilleure gestion des données? "Dans une première phase, nous devons mieux anticiper les besoins et attentes de notre client dans nos services", répond Michael Anseeuw. "Nous lui faciliterons la vie en ne le sollicitant pas pour des données que nous possédons déjà. Pensez à un service comme la gestion des finances personnelles, qui permet à un client d’épargner automatiquement selon son profil, ou encore à des lignes de crédit proposées de manière proactive à des entreprises." Les API révèlent également toute leur utilité dans l’échange de données avec le monde extérieur. La directive européenne


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de paiement PSD2, qui doit être transposée dans la législation nationale au début de l’an prochain, contraint les banques à une plus grande ouverture. Si le client l’autorise, des tierces parties auront accès à des informations sur ses comptes et à des données de paiement. Les entreprises fintech qui disposent d’un agrément de paiement pourront ainsi proposer des services autrefois réservés aux banques.

AVEC LES API, LES BANQUES POURRONT PROPOSER DES IDÉES INNOVANTES Michael Anseeuw, BNP Paribas Fortis

Collaborer Les banques peuvent voir en cet échange de données une menace pour leur modèle économique… ou l’occasion d’élargir leurs services et de s’adjuger un rôle central dans le nouvel écosystème financier. Acteurs traditionnels, elles disposent de vastes ressources financières, d’une taille considérable et de la confiance de leurs clients. Des atouts que ne possèdent pas les entreprises fintech, qui, de leur côté, jettent dans la balance leurs nouveaux systèmes, leur innovation et leur agilité. Les deux parties ont donc tout intérêt à collaborer. "Avec les API, les banques pourront proposer des idées innovantes à leurs clients plus rapidement et à moindre coût, sans devoir déployer une infrastructure informatique propre", souligne Capgemini. De nombreuses institutions financières l’ont bien compris. Selon une enquête menée par le consultant, 91% des banques prévoient des collaborations avec des entreprises fintech.

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Consentement explicite Grâce à l’open banking, les banques ont également la possibilité d’enrichir leurs propres informations de données externes et ainsi de développer de nouveaux services. "Nous pouvons par exemple proposer, à des clients, d’autres fournisseurs d’énergie si notre analyse de leurs données indique qu’ils en obtiendront un meilleur service ou un meilleur prix", illustre Michael Anseeuw. "Le client reste cependant maître de ses données. Nous ne lui offrirons de tels services que s’il y consent explicitement. Le client s’attend à ce que nous protégions ses données comme nous protégeons ses économies. Et que nous ne mettions ses données à la disposition de parties tierces que s’il nous en


“SUR LES MÉDIAS SOCIAUX, LA VANITÉ PREND LE PAS SUR LA PROTECTION DE LA VIE PRIVÉE – PAS DANS LES BANQUES” Les banques doivent accepter que de plus en plus d’entreprises technologiques fournissent des services de paiement. Pas uniquement des réseaux sociaux comme Facebook, d’ailleurs, mais aussi un géant tel que le groupe chinois Tencent, surtout connu pour son application allin-one WeChat. L’entrepreneur technologique Peter Hinssen a pris conscience de l’importance de cette application dans la vie quotidienne des Chinois. "Je suis allé acheter une crème glacée dans un Häagen-Dazs à Shenzhen, et j’ai sorti ma carte de crédit", écrivait-il voici quelques mois dans une tribune publiée par De Tijd. "Ils ont éclaté de rire. Payer avec du plastique en Chine, c’est comme essayer de payer en chèvres ou en chameaux." "Les Chinois s’intéressent à tout ce qui accroît leur efficacité ou leur permet de se distinguer, et n’ont aucun scrupule à partager leurs données en échange", expliquait récemment Medha Samant, spécialiste de l’Asie chez Fidelity. "Les entreprises obtiennent ainsi une mine d’informations grâce à laquelle elles améliorent leurs produits. En Occident, on est plus attentif à la protection de la vie privée." Michael Anseeuw, General Manager Retail Banking chez BNP Paribas Fortis, le reconnaît aisément: "Des entreprises comme Tencent et Alibaba, se fondent sur l’autorisation implicite donnée par le client d’utiliser ses données. En Europe, il faut un consentement explicite." La population européenne est partagée quant aux limites de la vie privée et de la gestion des données, remarque-t-il. "Certains sont prêts à échanger leurs données contre un avantage, d’autres veulent voir leurs données totalement protégées, quel que soit l’avantage qu’ils peuvent en tirer. C’est le grand écart! Si vous souhaitez satisfaire tout le monde, les deux groupes de clients doivent vous faire confiance et pouvoir compter sur votre discrétion." Et dans ce domaine, les banques affichent toujours une longueur d’avance sur les médias sociaux, affirme Michael Anseeuw. "Le comportement des clients est déterminant. Sur les médias sociaux, la vanité prend le pas sur la vie privée, mais ce n’est pas le cas pour les services bancaires. Là, les utilisateurs veulent de facto divulguer moins d’informations."

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donne l’autorisation, tout comme nous ne devons virer de l’argent sur un autre compte que s’il nous l’ordonne." Voilà qui met en évidence l’importance du respect de la vie privée. Le Règlement général européen sur la protection des données (RGPD) entrera en vigueur en mai 2018. Il doit permettre aux clients de savoir à quelles fins leurs données sont utilisées et garantir que celles-ci ne soient pas partagées sans leur consentement. Les acteurs financiers qui ne respecteraient pas ces règles peuvent s’attendre à des amendes salées en plus d’une détérioration de leur image. "Il sera nécessaire pour l’industrie de veiller à ce que les différentes parties prenantes puissent travailler en pleine collaboration via des standards API communs", conclut le consultant. C’est logique. Car des API mal sécurisées ouvrent la porte à des vols de données et des cyberattaques. ll

PAYER AVEC DU PLASTIQUE EN CHINE, C’EST COMME ESSAYER DE PAYER EN CHÈVRES OU EN CHAMEAUX. Peter Hinssen, entrepreneur technologique

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“Les prémices d'une lame de fond” Suivre les conseils d'un robot pour ses investissements ne va pas forcément de soi. Pourtant, le robo-advising, en tirant le meilleur parti des data, cible très efficacement le portefeuille adapté à chacun. Et cette révolution n'en est qu'à ses balbutiements, assurent les fondateurs de Swanest et de Gambit, spécialisés dans ce domaine.

n robot-conseiller est une plateforme qui intègre plusieurs moteurs", résume Geoffroy de Schrevel, CEO de Gambit, créateur de logiciels de conseil en investissement. "L'un des moteurs traite les données propres au client, le deuxième construit et optimise le portefeuille, le troisième analyse le ratio risque/performance." Ces dernières années, ces plateformes étaient uniquement utilisées par les conseillers financiers. Elles sont désormais accessibles au grand public, fort demandeur de davantage de mobilité – on peut tout gérer depuis son GSM –, d'immédiateté, d'indépendance et de transparence. "Le robo-advising est encore marginal: peutêtre une dizaine de milliards de dollars aux États-Unis, sans doute moins en Europe, marché plus fragmenté", souligne Nicolas Bindels, cofondateur de Swanest, start-up proposant aux particuliers du conseil automatisé. "Ce marché n'explosera pas en 2018, mais une lame de fond se prépare." À moyen terme, les robotsconseillers détiendront l'énorme majorité du marché. "Comme en photo, quand le numérique a supplanté l'argentique, l'industrie financière va radicalement se transformer", ajoute Geoffroy de Schrevel. "Arrêtons de croire que la confiance ne peut se bâtir qu'à travers une interface humaine! Une récente étude de Natixis(1) montre que 40% des Millennials sont prêts à investir via des outils totalement numériques." La question du rôle des humains est souvent posée aux deux entrepreneurs. "Les robots traitent énormément plus de données et éliminent les émotions qui parasitent la prise de décision", reprend Geoffroy de Schrevel. "Comme des moteurs de Formule 1, il faut cependant des humains

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pour les construire, les calibrer, les entretenir. Le métier est donc appelé à changer." Et le réglement européen dit "RGPD", avec ses exigences de transparence, fournit un cadre qui forcera les grandes institutions à simplifier leur offre et améliorera à terme la confiance du public, estiment les deux experts. Parallèlement, le développement de l'intelligence artificielle (IA) accentuera la mutation du secteur, juge Nicolas Bindels: "Les robots-conseillers des banques se contentent de vous assigner celui des 10 portefeuilles-types qui correspond à votre profil. Notre plateforme vous aide à construire votre portfolio, ou à appliquer votre stratégie d'investissement à vos placements existants. L'IA poussera plus loin encore cette logique. Cela dit, certains auront toujours besoin de parler à une personne." ll

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"Soyons fiers de ce nouveau standard européen" Le très controversé Règlement général sur la protection des données (RGPD) entrera en vigueur fin mai 2018. Ces nouvelles règles européennes relatives aux données et au respect de la vie privée suscitent de nombreuses inquiétudes parmi les entreprises. Pourtant, Jo Coutuer, Chief Data Officer chez BNP Paribas Fortis, et Öykü Isik, professeur de Data Privacy à la Vlerick Business School, y voient surtout des avantages: "La privacy by design devient la nouvelle norme. C’est une bonne chose!"

Dans le scénario minimal, les entreprises devront adapter leurs processus de traitement des données à ce nouveau règlement européen d’ici à la mi-2018. N’existe-t-il pas un fossé énorme entre cette obligation purement légale et l’utilisation intelligente des données? Jo Coutuer: "Mon avis n’est pas aussi tranché. Je pense que le RGPD est une bonne chose pour nous tous, et je considère surtout cette nouvelle réglementation comme une sorte de fil directeur, d’outil pour les entreprises. Je suis convaincu que l’utilisation intelligente des données crée une situation gagnantgagnant pour les banques – ainsi que les autres entreprises – et pour le consommateur." "Cette nouvelle réglementation est un bon résumé de ce qu’est une utilisation intelligente des données, alors que chacun avait jusqu’à présent sa propre interprétation et sa propre façon de mettre en œuvre cette ‘intelligence’. On dispose enfin d’une référence. Ceci dit, très honnêtement, les banques se préoccupaient de la question depuis bien plus longtemps que cela. " Öykü Isik: "À plus long terme, les entreprises qui gèrent intelligemment les données se constitueront une marque forte. Le

JE PENSE QU’À TERME, CE SONT SURTOUT LES ÉTATSUNIS QUI SOUFFRIRONT D’UN HANDICAP COMPÉTITIF. Öykü Isik, Vlerick Business School

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RGPD se concentre sur une transparence accrue et sur la protection de la vie privée de l’utilisateur et du client, mais il recèle une vraie opportunité pour les entreprises. Celles qui l’appliqueront géreront automatiquement les données de leurs clients de manière éthique, ouverte et transparente." Le respect de la vie privée comme avantage concurrentiel: cela ne va-t-il pas complètement à l’encontre de l’idée selon laquelle la vie privée ne constituerait plus du tout une préoccupation pour la plus jeune génération? Öykü Isik: "Je n’en suis pas du tout convaincue. Pour les Millennials, il est très important de pouvoir s’identifier aux marques et entreprises dont ils sont fans ou clients. Le respect de la vie privée fait largement partie de l’image de ces marques. Mes recherches révèlent que la plus jeune génération leur accorde une certaine valeur: je vous fournis mes données, donc j’attends quelque chose en échange. À leurs yeux, il faut surtout que le deal soit honnête. En ce sens, les entreprises ont tout intérêt à faire preuve de diligence et de respect dans la gestion des données." Jo Coutuer: "Auparavant, la question portait principalement sur le produit ou service fourni par une entreprise, au regard de l’expérience utilisateur. À l’avenir, éthique et transparence joueront un rôle croissant dans la perception d’une entreprise par le client."


L’écrasante majorité des consommateurs n’ont aujourd’hui aucune idée de la nature et du volume des données qu’ils mettent à la disposition des entreprises. Le RGPD peut-il changer la donne? Öykü Isik: "Je ne pense pas que le RGPD apportera une révolution dans ce domaine, même si, indirectement, la nouvelle réglementation pourrait changer certaines choses. Dans la mesure où de plus en plus d’entreprises, comme les banques, investissent davantage de temps et d’énergie dans la sensibilisation du consommateur, on pourrait assister à terme à une certaine prise de conscience." Jo Coutuer: "Cela illustre parfaitement la manière dont la politique peut apporter une réelle valeur ajoutée dans certains domaines. Cette nouvelle législation donne le ton et crée des possibilités inédites. En tant qu’Union européenne, nous définissons une nouvelle norme, ici et maintenant."

Öykü Isik, professeur de Data Privacy à la Vlerick Business School, et Jo Coutuer, Chief Data Officer chez BNP Paribas Fortis

Les banques peuvent-elles jouer un rôle dans cette sensibilisation du grand public? Jo Coutuer: "Elles le feront quoi qu’il arrive. En premier lieu parce que nous touchons de très nombreuses personnes et que nous avons donc un impact important. Ensuite parce que les banques, précisément du fait de leurs activités, placent déjà la barre très haut: nos règles et normes en matière de respect de la vie privée et de traitement des données sont particulièrement strictes. Nous définissons ainsi une espèce de référence pour les entreprises d’autres secteurs."

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JE CONNAIS PLUSIEURS ACTEURS D’ENVERGURE MONDIALE QUI SONT EN TRAIN DE CHANGER LEUR APPROCHE INTERNE PARCE QU’ILS NE VEULENT PAS PERDRE LEURS CLIENTS EUROPÉENS. Jo Coutuer, BNP Paribas Fortis

Öykü Isik

Jo Coutuer

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Les consommateurs disposeront désormais d’un droit à l’oubli sur l'internet. Vu les nombreuses données qui ont déjà été réunies ces dernières années, n’est-ce pas un défi gigantesque pour la plupart des entreprises? Jo Coutuer: "Il me semble plus facile d’atteindre une meilleure transparence en matière de traitement des données et de vie privée que d’‘oublier’ des gens. Nous devons en effet tenir compte de près de 50 ans d’histoire informatique, et cela ne se fait pas en un claquement de doigts. Il convient donc de bien réfléchir à la manière dont nous pouvons organiser ce droit à l’oubli dès la conception des nouveaux systèmes. Et, à terme, à la manière de l’introduire également dans des systèmes existants. Mais cela prendra encore un peu de temps." Öykü Isik: "La privacy by design, soit le respect de la vie privée dès la conception, est un principe primordial. Il doit devenir un nouveau point de départ, et exige un changement de mentalité fondamental. La date-limite pour l’introduction du RGPD se rapproche, même si personne ne sera prêt à 100% à cette date, précisément en raison de ce lourd héritage du passé. Est-ce un problème? Je ne le pense pas: pour cette date, toutes les entreprises et les organisations devront avoir élaboré une feuille de route qui les met sur la bonne voie." Devons-nous nous inquiéter, en Europe, d’un handicap compétitif induit par la sévérité du RGPD par rapport aux États-Unis ou aux grandes puissances asiatiques? Öykü Isik: "Les entreprises américaines ont un état d’esprit

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très différent de leurs consœurs européennes en matière de vie privée, mais c’est un héritage historique. Je vois plutôt les choses dans l’autre sens: je pense qu’à terme, ce sont surtout les États-Unis qui souffriront d’un handicap compétitif. Car ils devront parcourir un chemin beaucoup plus long pour atteindre le nouveau standard européen, qui à mes yeux est le bon." Jo Coutuer: "Tout à fait. Nous, Européens, pouvons être fiers de disposer d’une sorte de boussole morale qui assure une meilleure protection aux consommateurs. En outre, une entreprise chinoise qui traite avec des clients européens devra elle aussi respecter cette réglementation. L’endroit où est établie l’entreprise n’a donc aucune importance. En revanche, il est vrai qu’un actionnaire du groupe chinois Alibaba tendra à privilégier ses clients chinois – pour lesquels il ne doit pas respecter de normes strictes en matière de données et de vie privée – par rapport à un client européen." Croyez-vous qu’avec cette nouvelle réglementation, l’Europe puisse ouvrir la voie à un changement mondial? Jo Coutuer: "Je connais plusieurs acteurs d’envergure mondiale qui sont en train de changer leur approche interne parce qu’ils ne veulent pas perdre leurs clients européens. Il est impossible de dire s’ils vont faire tache d’huile, mais peut-être sera-t-il moins cher, à terme, d’évoluer vers la norme la plus élevée. Comparez cela à la législation plus stricte en matière d’environnement: aujourd’hui, ce qui coûte cher, c’est de ne pas y satisfaire." Öykü Isik: “Des recherches ont déjà démontré que les engagements positifs gagnent presque toujours en popularité à terme, pour se transformer finalement en obligations." ll


Les données, le nouveau pétrole Comme le pétrole fut jadis surnommé le "nouvel or", les données peuvent aujourd’hui être qualifiées de "nouveau pétrole". Lorsqu’elles sont extraites et raffinées avec le soin nécessaire – donc pas uniquement collectées massivement, mais aussi et surtout partagées généreusement et soumises à une analyse pointue – elles créent des possibilités presque infinies. De nouveaux médicaments particulièrement efficaces, une mobilité plus sûre et fluide, une gestion plus intelligente et économe de nos précieuses matières premières… Les informations que fournissent les données font croître et multiplier les innovations révolutionnaires. Nous améliorons chaque jour la manière dont nous lisons les données et les traduisons en solutions concrètes. Pourtant, nous sommes encore à l’aube de la véritable révolution des data. Les pouvoirs publics disposent eux aussi d’une mine d’or de données constituée décennie après décennie. Même en ne les regroupant et en ne les exploitant qu’au compte-gouttes, ils gagneront en efficacité. Et seront à même d’allouer plus efficacement les ressources limitées dont ils disposent. Le datamining constitue une arme importante dans la lutte contre la fraude fiscale et la fraude sociale, et son importance ne cesse de croître. Les données peuvent libérer les fonctionnaires de tâches administratives répétitives afin qu’ils aient davantage de temps à consacrer à des activités plus utiles et passionnantes. Les données permettent aux entreprises d’optimiser leur orientation client. Quand elles connaissent nos besoins et nos souhaits, voire ceux d’individus qui nous ressemblent, elles sont en mesure de mieux nous servir. Bonne nouvelle pour elles, bonne nouvelle pour nous! Et ce, même si une brève poussée d’angoisse nous envahit à chaque fois que nous constatons qu’une entreprise sait quelle paire de chaussures nous avons achetée et à quel concert nous avons assisté la veille. C’est le revers de la médaille : l’abandon de toute vie privée. Dans quelle mesure acceptons-nous que des entreprises et des administrations publiques connaissent le moindre de nos faits et gestes ? Bien entendu, cette question se révèle particulièrement délicate pour les banques. Surtout en Belgique, où les affaires d’argent, dans la plupart des ménages, relèvent presque du secret d’État. Les géants technologiques Facebook, Google et Amazon forment en quelque sorte la Sainte Trinité des données. Ils savent ce que l’on partage, ce que l’on recherche et ce que l’on achète. Mais les algorithmes particulièrement opaques qu’ils utilisent pour collecter leurs données soulèvent de plus en plus de questions. Notamment sur l’usage qu’ils font de ces données. Il est certain que d’autres entreprises et secteurs suivront. L’Europe a pris l’initiative avec les nouvelles règles du RGPD; d’autres pays s’inscriront dans son sillage. Sous cet aspect aussi, les données sont le nouveau pétrole. Car cette fantastique source de prospérité, de croissance et de progrès est parsemée de pièges et de dangers, de la pollution atmosphérique aux marées noires en passant par le changement climatique. Dans le domaine des données, il s’agira de trouver un bon équilibre entre les opportunités et les menaces. Et de détecter ces dernières pour s’y attaquer suffisamment tôt, sans freiner les solutions révolutionnaires. ll Peter De Keyzer, managing partner de Growth Inc.


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