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BNQ quarterly (13/03/2018) - La fin de la société du jetable

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Quarterly Interview croisée Caroline Ven et Max Jadot discutent des défis et des opportunités de l'économie circulaire

Table ronde L'économie circulaire contribue à notre avenir écologique et financier

PERSPECTIVES ON BANKING

La fin de la société du jetable Vincent Quidousse et Caroline Craenhals (BST) pratiquent l'économie circulaire au quotidien Une initiative de BNP Paribas Fortis en collaboration avec Echo Connect.


4 Essai "Oui, la banque peut contribuer à un avenir meilleur"

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D'une économie linéaire vers une chaîne circulaire

10 Table ronde "Dans l'économie circulaire, il y a surtout beaucoup d’économie"

28 Pour Caroline Ven et Max Jadot, "il manque surtout une large adhésion à l’économie circulaire"

16 En pratique "Nous recyclons déjà 97% d'une carcasse de voiture"

Ours Une initiative de BNP Paribas Fortis en collaboration avec Echo Connect. Coordination : Frederic Eelbode et Tim De Geyter. Lay-out : Christine Dubois. Photos : Frank Toussaint, sauf mention contraire. E.R. : WalterTorfs, Montagne du Parc 3, 1000 Bruxelles.

Echo Connect offre aux entreprises, organisations et organismes publics l’accès au réseau de L’Echo, pour partager leur vision, leurs idées et leurs solutions avec la communauté de L’Echo. Les partenaires impliqués sont responsables du contenu.

CONNECT


Marie Christine Marghem, ministre du Développement durable: "Je veux lancer un indice de réparabilité"

Wouter De Geest, CEO de BASF Anvers

B NQ B NQ est une plateforme de contenu de cross médias consacrée à la banque socialement responsable et moderne. Au travers de la diffusion d'informations, B NQ entend ouvrir le débat et le dialogue sur la base de récits remarquables, innovants et concrets. Ce magazine a été imprimé le 13/03/2018 www.lecho.be/bnq

édito

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Un nouveau mode de pensée? "Jein" serait la réponse unanime au sein du groupe BASF. Autrement dit, "oui et non". Non, quand je réfléchis à ce que nous avons entamé voici plusieurs décennies avec le développement de notre site "Verbund". Ainsi, la cinquantaine d’installations de production exploitées sur notre terrain sont toutes interconnectées. Cela nous permet de récupérer quelque 90% de notre énergie thermique. Avec, à la clé, des économies en termes de matières premières et d’énergie primaire sur l’ensemble de la chaîne de production et de la chaîne logistique. Notre propre économie circulaire étendue, en quelque sorte, dont les racines remontent aux années 70 et qui reste la clé de notre avenir. Nous continuons à rechercher à améliorer notre Verbund selon deux principes majeurs: closing the loops (boucler les boucles) et keeping it smart (rester intelligent). En outre, BASF développe depuis 20 ans des instruments de mesure de la durabilité. Nous évaluons l’impact de nos produits sur l’ensemble de leur cycle de vie, afin de réorienter activement notre portefeuille en fonction des résultats. Prochaine étape: l’approche value to society. Il s’agit ici de quantifier la manière dont nos activités influent sur le bien-être de nos concitoyens. La priorité évolue de la mesure de la production à la mesure de l’impact. De cette façon, nous apportons une contribution essentielle à la résolution des défis qu’apporte la croissance démographique mondiale en matière d’alimentation, d’eau, d’énergie, de mobilité… Avec, comme fil conducteur, les objectifs de développement durable des Nations unies. Tout le monde ou presque en est conscient: l’économie circulaire est la seule solution pour préserver notre prospérité. Il convient à présent d’exploiter cette adhésion et de franchir des étapes supplémentaires vers des réalisations concrètes. Dans un monde réellement circulaire, nous "louons" des molécules et les réintégrons dans la chaîne après utilisation. Et nous y adaptons la conception de nos produits: votre téléphone mobile, votre voiture voire votre maison seront conçus dans l’idée qu’il sera aisé d’en échanger ou d’en réutiliser les composants. L’idée de durabilité doit imprégner l’ensemble de la chaîne de valeur. Cela exige une synergie inédite entre les États, les instituts de connaissances et les entreprises. Mais aussi entre la production, les services et les financements. Par-delà les frontières nationales et les barrières entre les secteurs. La connexion est la clé. L’économie circulaire nous extrait de nos petits compartiments et nous introduit dans une ère de la collaboration. Un âge où l’humain devient central dans sa relation à l’environnement, et qui voit la collaboration s’accompagner d’une numérisation avancée. Cette approche sera essentielle pour répondre aux défis de la croissance démographique mondiale, grâce à la mobilité intelligente, aux villes intelligentes, aux réseaux énergétiques, etc. La réunion de tous les acteurs fait émerger un climat d’innovation qui contribue à otre bien-être et à notre prospérité. Ce n’est pas un hasard si le 17e objectif de développement durable des Nations unies porte sur les partenariats.


Oui, la banque peut contribuer Ă un avenir meilleur


l Économie circulaire l

“Les banques dont le public aura besoin demain seront différentes de celles qui existent aujourd’hui. Leur modèle doit évoluer en devenant à la fois plus digital et plus centré sur les clients. Cette transformation est pour les banques l’occasion de régénérer le contrat qui les lie non seulement à leurs clients mais aussi à la société dans son ensemble”, estime Antoine Sire, directeur de l’Engagement d’entreprise de BNP Paribas.

pparu à l’époque où les Grecs ont commencé à sillonner le bassin méditerranéen, le métier de financier n’a cessé de se réinventer. La banque s’est développée à travers les âges pour faire face aux besoins qui apparaissaient avec l’entrée du monde dans la modernité: développer les entreprises et les infrastructures, permettre au plus grand nombre d’accéder au confort et au logement, circuler toujours plus librement en effectuant des paiements, préparer sa retraite, faire face aux imprévus… Le métier des banques a toujours été – ou aurait toujours dû être – de repérer les nouvelles attentes de la société pour aider celle-ci à y faire face. Or nous vivons aujourd’hui une période de forte mutation. D’un côté, le développement du digital a contribué, après la révolution des transports, à ouvrir de nouvelles frontières et à créer des modes de collaboration plus larges et plus immédiats entre les acteurs économiques. D’un autre côté, les inquiétudes collectives s’accumulent, liées à la montée des inégalités, au risque climatique, à la fragilisation du lien social dans les territoires. Après une période consacrée à exalter l’individu, nous entrons dans une période où le client se vit à la fois comme un consommateur exigeant et comme le membre d’un écosystème fragile. Il est temps pour les banques de trouver des solutions nouvelles à ce défi inédit, dans lequel demande de personnalisation et besoin de solidarité avancent d’un même pas. Chez BNP Paribas, nous sommes résolument engagés, non seulement pour aider nos clients à améliorer leur vie, mais à contribuer à un avenir meilleur pour la société dans son ensemble. Nos collaborateurs sont au contact de l’économie réelle. Par nature, ils aident les femmes et les hommes, les entreprises, les associations et les institutions à construire leurs projets et à résoudre leurs problèmes concrets. Il s’agit désormais d’aller plus loin, en allant à la rencontre d’attentes de la société qui ne sont pas satisfaites et que la banque est en mesure de contribuer à traiter. Le monde qui nous entoure sait que nous avons les moyens technologiques, humains et financiers d’établir de nouvelles références. Il veut que nous les mettions au service d’un progrès plus authentique et mieux partagé.

© ID/ Hubert Raguet

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Innovation et responsabilité Au cœur de cette exigence renouvelée se trouvent d’abord les notions de responsabilité sociale (RSE) et environnementale, d’éthique, de diversité, de promotion des droits humains. En tant que groupe bancaire majeur, nous voulons exceller dans chacun de ces champs, en prenant des décisions qui contribuent à “faire bouger les lignes” dans le sens attendu par la société, depuis nos politiques de financement jusqu’à nos règles en matière de ressources humaines. Il est essentiel de veiller à la bonne mise en œuvre de ces choix stratégiques, ce qui passe par exemple par une intégration renforcée des critères RSE dans le processus d’analyse des risques, ou encore des formations et outils digitaux permettant à l’ensemble des collaborateurs de maîtriser au mieux ces enjeux. Au-delà de ces décisions, nous devons mobiliser toute l’intelligence de la banque pour développer >

ÊTRE LA BANQUE D’UN MONDE QUI CHANGE, C’EST ÊTRE UNE BANQUE QUI CONTRIBUE À CHANGER LE MONDE, POUR UN AVENIR MEILLEUR.

Antoine Sire, directeur de l’Engagement d’entreprise de BNP Paribas


© ID/ Hubert Raguet

> la finance à impact positif. Quelquefois, il s’agit d’accélérer les dynamiques de financement d’infrastructures, de services ou d’objets qui contribuent à rendre le monde plus écologique ou plus équitable. Mais parfois, la solution se trouve à l’intérieur même du produit financier, comme c’est le cas des crédits à impact social ou des plateformes permettant de mettre les ressources des investisseurs au services de micro-projets qui peuvent changer des milliers de destins individuels. La caractéristique de ces produits est presque toujours d’être co-construits avec des clients, des partenaires du monde associatif ou des organismes publics. S’engager aujourd’hui, c’est comprendre que la bonne volonté n’a pas de frontières.

4 thèmes pour faire la différence Cette économie d’un nouveau genre recèle de nombreuses dimensions. Nous avons identifié quatre thèmes, sur lesquels nous sommes décidés à mobiliser tous les leviers dont nous disposons. La transition énergétique, tout d’abord. Nous nous employons déjà à l’accélérer, à la fois par nos politiques de financement, par les produits que nous proposons à nos clients particuliers

S’ENGAGER AUJOURD’HUI, C’EST COMPRENDRE QUE LA BONNE VOLONTÉ N’A PAS DE FRONTIÈRES.

ou encore par nos décisions d’employeur. La jeunesse, ensuite. S’il est un domaine dans lequel la banque peut jouer un rôle de redistribution tout en faisant faire de bonnes affaires à ses clients, c’est en soutenant les meilleurs projets portés par les générations futures. Nous devons favoriser l’inclusion des jeunes dans la société, en rendant possibles les projets qui comptent le plus à leurs yeux et en renforçant la solidarité entre les générations. Troisième thème, l’émergence de nouvelles formes d’entrepreneuriat, qui contribuent déjà à transformer la société sur le terrain et que nous devons soutenir, qu’il s’agisse du social business, des start-up les plus innovantes ou de celles portées par des personnes issues de la diversité. Enfin, nous sommes très implantés dans de nombreuses localités, où nous sommes à la fois employeur, banquier, financeur d’infrastructures, sponsor, sans parler des actions de volontariat et de mécénat de compétences menées par la banque et ses collaborateurs. En “pensant” de manière cohérente l’ensemble des composantes de notre empreinte dans les territoires, nous pouvons régénérer l’utilité de tous ces moyens d’intervention traditionnels. Être la banque d’un monde qui change, c’est être une banque qui contribue à changer le monde, pour un avenir meilleur. Antoine Sire, directeur de l’Engagement d’entreprise de BNP Paribas

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Pour BNP Paribas Fortis, la durabilité n’est pas un mot vide de sens. Dans ce numéro de B NQ, vous découvrirez plusieurs récits de transition d’une économie linéaire à une économie circulaire, mais aussi – et surtout – les conséquences positives que cette évolution peut avoir sur la société et sur nos entreprises. Et ce thème de la durabilité sera à nouveau abondamment traité dans nos prochains numéros. © Shutterstock

© Shutterstock

© Shutterstock

Capital humain

Smart cities En juin, nous approfondirons le thème des smart cities. Les villes du futur doivent être durables. Sous l’impulsion des innovations technologiques, l’industrie et l’infrastructure subissent une transformation. Ce paramètre n’est pas sans conséquences pour les communautés au sein de la ville. À terme, les inégalités se réduiront.

Décarbonisation Une énergie abordable et propre est peut-être la principale condition à une économie et une société durables. Les mesures visant à freiner le changement climatique et à produire l’énergie nécessaire de manière propre ne doivent en aucun cas faire obstacle à la croissance de notre économie. Vous lirez davantage à ce propos en octobre.

Ce magazine est-il durable ? Au sein de l’économie circulaire, le papier a lui aussi sa place. La Belgique est pionnière dans l’enlèvement sélectif de vieux papiers et cartons. Ces déchets sont transformés en papier extrêmement durable, comme celui utilisé pour produire ce magazine. Il est recyclé à 100% et dispose du certificat FSCrecycled ainsi que de l’écolabel EU. Son impact sur l’environnement est dès lors réduit au maximum.

Matières premières Fibres de papier recyclé Bois durable

Normes de production Limitation émissions CO2 Économies d’eau Moindre consommation énergétique

Nous clôturerons cette série consacrée à la durabilité en décembre, avec un numéro dédié au capital humain. Dans une économie durable, chacun a droit à un emploi digne. Un enseignement de qualité et riche en défis est le moteur de la croissance. Cela favorise également l’égalité des genres et garantit un toit pour tous les individus, quelles que soient leurs différences. Des soins de santé performants et l’attention portée au bien-être en constituent les piliers.


l Économie circulaire l

Depuis la révolution industrielle, nous vivons dans une société de consommation. Une nouvelle révolution s’impose: celle de l’économie circulaire. Bénéfique à l’environnement et à la société, mais aussi à l’économie.

D’une économie linéaire Le principe de l’économie linéaire est simple: des matières premières brutes sont exploitées, des produits sont fabriqués à partir de ces matières premières, puis jetés après usage.

PROBLÈMES

Les prix des matières premières augmentent de MATIÈRES PREMIÈRES

6% par an

EXTRACTION

et voient leur volatilité s’accroître.

L’extraction de matières premières

INDUSTRIE

a triplé en

40 ans au niveau mondial. Conséquence de l’augmentation de la population mondiale et de la classe moyenne.

PRODUITS

80%

DÉ

CH

ET S

des produits deviennent des déchets dans un délai de six mois.

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l Économie circulaire l

vers une chaîne circulaire De nouveaux matériaux sont fabriqués à base de matériaux recyclés. AVANTAGES

Compétitivité

accrue Les importations de matières premières brutes baissent. Ce qui nous rend moins dépendants d’autres pays.

RESSOURCES

60% ENRICHISSEMENT

des déchets ménagers sont recyclés en Belgique.

Émissions

Les matériaux biologiques recyclés sont utilisés pour enrichir les sols.

réduites La production à partir de matériaux recyclés est plus écologique que celle qui utilise des matières premières primaires. La consommation d’énergie et les émissions de CO2 sont moindres.

Plus

d’emplois Le tri et le recyclage de 10.000 tonnes de déchets occupent 11 emplois à temps plein. Un basculement vers l’économie circulaire fournirait à l’économie belge entre 15.000 et 100.000 emplois.

DÉCHETS

80%

ÉCODESIGN

des déchets industriels sont recyclés en Belgique.

Les déchets sont évités dans la mesure du possible. Les produits non recyclables sont incinérés et la chaleur produite récupérée.

Les produits sont conçus pour être démantelés et réutilisés ensuite. Ils ont une durée de vie maximale.

Sources: Agoria, SPF Santé publique, Sécurité de la chaîne alimentaire et Environnement, ADEME et Go4Circle

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“Dans l'économie circulaire, il y a surtout beaucoup d’économie” Oubliez cette notion de "durable" dont on use et abuse: nous sommes à la veille de la percée de l’économie circulaire, appelée à bouleverser à peu près tous les modèles économiques existants. La bonne nouvelle? À terme, nous en tirerons profit tant sur le plan écologique qu’économique.

e principe de l’économie circulaire semble relativement simple. Ce modèle se fonde sur une boucle économique dans laquelle la plus grande quantité possible de matières premières et de produits est soit réutilisée, soit biodégradée. L’objectif est d’assurer la croissance du bien-être social et économique sans forcément exploiter les ressources limitées de notre planète.

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L’économie circulaire diffère fondamentalement de l’approche classique du développement durable, qui recherche avant tout à diminuer l’impact des systèmes existants. Révolutionnaire? Sans doute. Les six experts belges et étrangers qui se sont penchés pour nous sur cette innovation radicale en sont fermement


De gauche à droite: Brigitte Mouligneau (OVAM), Nicolas Nélis (Befimmo), Sandra Wilikens (BNP Paribas Fortis), Isabelle Delannoy (L’Atelier Symbiotique), Matthieu Leroy (STRATA) et Steven Beckers (Lateral Thinking Factory)

convaincus: ce modèle recèle au moins autant d’opportunités que de défis. L’économie circulaire implique une transformation profonde de notre modèle économique. Pourquoi le développement durable doit-il s’effacer devant elle? Brigitte Mouligneau: "La Région flamande voit l’économie circulaire comme un moyen de trouver un juste équilibre entre une économie dynamique, une gestion intelligente des matières premières et un bien-être social pour chacun. Les matériaux et les matières premières doivent conserver le plus longtemps possible une valeur maximale dans le circuit économique. Ce n’est pas toujours le cas dans une approche purement durable. Par exemple, un produit bio peut avoir été conçu de manière durable mais, si on le jette à la poubelle après utilisation, la valeur ajoutée à plus long terme sera très limitée." Matthieu Leroy: "J’ai travaillé très longtemps sur la durabilité et l’économie circulaire chez IKEA. Je suis parti lorsque j’ai constaté qu’ils n’étaient pas prêts à passer rapidement en phase de test en condition réelle de modèles économiques circulaires. Je remarque cela dans la plupart des grandes entreprises. Elles se concentrent sur une réduction à la marge des impacts de leurs modèles linéaires (take-make-waste), accomplissent quelque pas hésitants dans la bonne direction, mais le changement n’est pas suffisamment prompt et radical. La plupart des scientifiques s’accordent à dire que nous avons 15 à 20 ans au maximum pour opérer une transition franche. La plupart des dirigeants d’entreprise et des responsables

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politiques n’en ont pas suffisamment conscience." Steven Beckers: "Tout à fait! Développement durable et économie circulaire sont deux concepts différents. Dans l’économie circulaire, il s’agit d’avoir un impact positif; la durabilité revient surtout à avoir un impact un peu moins négatif. À mes yeux, il est essentiel de comprendre que la notion d’économie circulaire

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NOS INTERVENANTS Outre Sandra Wilikens, secrétaire générale (également compétente pour les activités CSR & Public Affairs) et membre du comité exécutif de BNP Paribas Fortis, Brigitte Mouligneau, conseillère stratégique à la transition vers l’économie circulaire à l’OVAM (la Société publique des déchets de la Région flamande), et Nicolas Nélis, Head of Project Development au sein du promoteur immobilier Befimmo, ont participé aux débats. Nous avons également accueilli Steven Beckers, du bureau d’études et de conseil Lateral Thinking Factory, et Matthieu Leroy, un expert en économie circulaire qui a fondé STRATA et SunriseHQ après une longue carrière chez IKEA. Enfin, nous avons invité l’experte française Isabelle Delannoy, auteure de L’Économie symbiotique et cofondatrice de L’Atelier Symbiotique.


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NOTRE PREMIÈRE MISSION, EN TANT QUE SECTEUR PUBLIC, EST DE SENSIBILISER À L’URGENCE DE LA TRANSFORMATION. Brigitte Mouligneau, OVAM

> comporte beaucoup d’économie. C’est une recherche de rendement économique et social qui se rentabilise d’elle-même. La durabilité s’apparente trop souvent à du ravalement de façade: certes, nous agissons, mais pas trop, parce que cela s’avère compliqué ou que cela coûte de l’argent." De combien de temps avons-nous besoin pour opérer la transition? Isabelle Delannoy: "L’appel des scientifiques est clair. Il nous faut changer de paradigme économique dès aujourd’hui pour transformer l’économie dans ce délai de 15 à 20 ans. L’économie circulaire, quand elle se fonde sur des modèles économiques d’accès à l’usage, divise par dix la consommation de matière dans de nombreux secteurs. Elle est complémentaire à une autre révolution, l’ingénierie écologique, qui produit en restaurant des écosystèmes vivants. Associer les deux est la seule manière de rétablir l’équilibre de la planète et de l’ensemble de notre écosystème." Matthieu Leroy: "La 'classe moyenne mondiale', utilisateurs majoritaires de produits de grande consommation, compte environ 2 milliards d’êtres humains, auxquels devraient s’ajouter 3 milliards d’individus d’ici à 2030. La biosphère est incapable de supporter une telle augmentation en un temps si court. Nous devons donc dissocier la croissance du bien-être social, économique et financière de l’utilisation des matières premières. Et ce, sans attendre." Tout le monde, autour de cette table, semble s’accorder sur l’urgence de la situation. Mais comment sortir du modèle économique actuel? Nicolas Nélis: "Nous devons oser insister sur le fait que l’économie circulaire est porteuse d’opportunités. C’est une source d’innovation et de création de valeur partagée dans une entreprise ou un secteur. Je remarque par ailleurs que ces nouveaux modèles sont souvent très stimulants sur le plan intellectuel parce qu’ils imposent une véritable cocréation."

Nicolas Nélis

Sandra Wilikens

Sandra Wilikens: "C’est une aventure et une mission qui réunissent toutes les parties prenantes, en effet. À commencer par vos propres collaborateurs, que vous devez absolument intégrer dans ce scénario inédit et passionnant. En tant qu’entreprise, il vous faut rechercher une sorte de transformation culturelle. Au sein de la banque, j’ai introduit le principe selon lequel il convient d’éviter d’acheter un mobilier de bureau neuf. Si de nouveaux meubles sont indispensables, nous collaborons avec une entreprise qui collecte des meubles usagés pour les réparer ou les rénover et les remettre sur le marché. Sans doute cela représente-t-il un surcroît de dépense par

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l Économie circulaire l

Brigitte Mouligneau

TROP PEU DE GENS RÉALISENT QUE LES MODÈLES CIRCULAIRES PEUVENT RAPIDEMENT DEVENIR PLUS RENTABLES QUE LES MODÈLES LINÉAIRES TRADITIONNELS. Isabelle Delannoy, L’Atelier Symbiotique

rapport à l’achat de meubles neufs. Et dans un environnement concurrentiel, c’est bien entendu un sujet sensible. Mais pourquoi ne pas imaginer des incitants fiscaux pour mettre les entreprises sur la bonne voie? Ou d’autres mesures imposées par l’État, afin de contraindre les entreprises à passer à la vitesse supérieure? Seuls, nous n’y parviendrons pas. Tout le monde doit assumer ses responsabilités. C’est pourquoi nous essayons de sensibiliser nos clients et de créer aussi ce nouvel état d’esprit chez eux."

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Il semble logique que le secteur public soit pionnier, mais n’est-ce pas aussi un peu trop facile? Brigitte Mouligneau: "Notre première mission, en tant que secteur public, est de sensibiliser tout un chacun à l’urgence de la transformation. C’est pourquoi nous avons décidé, à la Région flamande, de créer une antenne qui centralisera le plus grand nombre possible de chiffres et d’indicateurs. Nous voulons ainsi montrer à toutes les parties en jeu ce qui nous attend si nous continuons à nous accrocher au modèle linéaire. Simultanément, nous espérons indiquer où réside le potentiel des modèles d’affaires circulaires, et nous tentons d’encourager la collaboration dans certaines filières. Une seule entreprise qui bouleverse son modèle d’affaires ne nous mènera pas très loin. Nous devons développer une chaîne complète de fournisseurs et d’entreprises de production. Dans le même temps, il nous faut sensibiliser les citoyens et tirer des enseignements de toutes les initiatives qui existent déjà. Donc oui, le secteur public a une mission importante de coordinateur et de facilitateur à remplir dans ce domaine." Steven Beckers: "L’Europe aussi peut jouer les locomotives. Notre modèle démocratique nous positionne idéalement pour mettre sur pied une collaboration étroite entre les secteurs public et privé. Le public doit donner le bon exemple, alors qu’à mes yeux, c’est surtout au privé qu’il revient d’apporter des solutions innovantes. Je planche depuis des années sur des modèles et des solutions circulaires dans le secteur de la construction. Et les choses évoluent très vite. En Europe du Nord, mais aussi en Afrique, où certains ont l’intelligence de ne pas commettre les erreurs que nous avons accumulées chez nous." Matthieu Leroy: "L’exemple néerlandais illustre à merveille la façon dont le secteur public peut être le moteur du changement. Au moins la moitié de tous les produits achetés par les services publics d’outre-Moerdijk devront être des produits 'circulaires' d’ici à 2030. Les entreprises qui n’adhèrent pas à cette évolution ne pourront plus compter les autorités publiques parmi leurs clients. Un bon moyen de motiver les acteurs économiques, n’est-ce pas?" La grande question reste de savoir si ce nouveau modèle recèle déjà suffisamment de "business" et de valeur ajoutée pour l’entreprise moyenne… Isabelle Delannoy: "Trop peu de gens réalisent que les modèles économiques circulaires peuvent rapidement devenir plus rentables que les modèles linéaires traditionnels. Autre aspect intéressant: il s’agit presque toujours de modèles collaboratifs, dans lesquels plusieurs acteurs de secteurs différents se retrouvent pour créer ensemble un nouvel écosystème extrêmement efficace. Il s’agit avant tout de développer et de stimuler ces réseaux. J’aime comparer leur impact à celui de l’internet. L’économie collaborative modifiera notre manière de penser et d’agir avec la même amplitude que le Web. Mais dans de nombreux domaines, les réglementations ne sont pas adaptées. Nous avons besoin de zones franches économiques où nous pourrons tester ces modèles et établir de nouveaux indicateurs adaptés à cette économie régénérative." Steven Beckers: "Là, vous marquez clairement un point. Prenez

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Steven Beckers

Matthieu Leroy

Isabelle Delannoy

> le secteur de la construction, où les normes des produits sont souvent le résultat d’un processus étalé sur plusieurs années. Nous n’avons tout simplement pas le temps de refaire cet exercice pour l’économie circulaire. Il faut aller plus vite. Pour cela, je me tourne vers les banques. Via leurs services de leasing et de financement notamment, elles disposent de tous les instruments pour encourager la transition vers une nouvelle économie. Et croyez-moi, la jeune génération de consommateurs est prête. Elle réfléchit déjà de façon très collaborative. Pour elle, il n’y a plus d’autre voie." La construction, précisément, a la réputation d’être parmi les secteurs où la consommation de matières premières est la plus élevée. Voyez-vous de la lumière au bout du tunnel? Nicolas Nélis: "Je pense que notre secteur a surtout besoin d’un large cadre de référence légal, comparable aux labels énergétiques qui ont provoqué un important changement de mentalité ces dernières années. Pourquoi n’envisagerions-nous pas d’adapter la fiscalité et d’imposer les entreprises en fonction de leur utilisation et réutilisation de matériaux plutôt

CE QUI SEMBLAIT INFAISABLE VOICI DEUX ANS DEVIENT RÉALITÉ AUJOURD’HUI. L’IMPOSSIBLE EST TEMPORAIRE! Matthieu Leroy, STRATA

que sur leurs seuls revenus? J’entrevois un important changement de mentalité chez les architectes. L’évolution est plus lente chez les producteurs de matériaux de construction, mais dans ce domaine aussi, je pense que les clients et les grands maîtres d’ouvrage, comme le secteur public, pourraient donner un coup de pouce. Le principal problème est qu’il n’existe pas encore d’estimation de la valeur des matériaux lors de la démolition d’un bâtiment. En ce sens, un 'cadastre des matériaux' (le 'madaster', lire l’interview de Thomas Rau en p. 27), tel celui qui a été récemment établi aux Pays-Bas, serait un grand pas dans la bonne direction. Mesurer, c’est savoir. À terme, il sera essentiel de connaître la valeur précise stockée dans un bâtiment." Steven Beckers: "Généralement, les architectes n’ont pas la moindre idée de la quantité de matériaux ou de matières premières intégrée dans un bâtiment. Le passeport des matériaux pour les bâtiments est une très bonne idée, et je suis presque convaincu qu’il deviendra obligatoire dans notre pays dans les cinq ans à venir. Pour une banque, il est particulièrement intéressant de connaître la valeur exacte d’un immeuble." Le secteur financier est-il prêt à passer à la vitesse supérieure? Sandra Wilikens: "En Belgique aussi, BNP Paribas Fortis est à l’initiative, notamment avec la signature de la charte belge pour les objectifs de développement durable. Celle-ci traduit les objectifs des Nations unies en initiatives pour le secteur privé de notre pays. La banque veut être à l’avant-garde de la lutte pour une planète durable, et a déjà lancé plusieurs programmes concrets à la fois en interne et en externe. Plus de 98% des matériaux de l’ancien siège social ont été recyclés, et l’un de nos nouveaux immeubles de bureaux a reçu du gouvernement bruxellois le label trois étoiles d’entreprise écodynamique." "En outre, le message que nous transmettons à nos clients s'applique aussi à la banque. Nous réformons notre modèle économique selon le principe du développement durable. L’objectif est de mettre sur pied des modèles collaboratifs avec des entreprises afin de réduire les aspects négatifs de

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DANS L’ÉCONOMIE CIRCULAIRE, IL S’AGIT D’AVOIR UN IMPACT POSITIF; LA DURABILITÉ REVIENT SURTOUT À AVOIR UN IMPACT UN PEU MOINS NÉGATIF. Steven Beckers, Lateral Thinking Factory

leurs activités, comme la destruction de matières premières, et d’amplifier les facteurs positifs, tels que la remise en état de l’environnement, la création d’emplois locaux, etc. C’est pourquoi les projets destinés à transformer des processus de production industriels linéaires en processus circulaires peuvent compter sur notre soutien." Brigitte Mouligneau: "Un nombre croissant de banques s’adressent à nous pour la recherche d’informations. Elles ne soutiendront un projet donné qu’après une analyse des risques. En ce sens, il importe de développer le plus rapidement possible de nouveaux indicateurs et modèles qui autorisent une telle analyse. Nous pourrons ainsi donner un énorme coup de fouet à des projets radicalement novateurs. Un exemple concret: aujourd’hui, nous finançons généralement une entreprise, mais comment procéder pour financer toute une chaîne d’entreprises?"

Jamie Butterworth

TROIS QUESTIONS À JAMIE BUTTERWORTH Comment les modèles économiques circulaires peuvent-ils générer une plus-value financière à terme? "La création de valeur économique reste essentiellement linéaire, mais la durée de vie des produits ne cesse de raccourcir. Dans 15 ans, ce modèle sera remis en cause de deux côtés. D’une part, nous accueillerons au moins 3 milliards de nouveaux utilisateurs de produits de grande consommation; de l’autre, nous traversons une transition technologique considérable. De ce fait, nous avons l’obligation d’utiliser les matières premières et les produits de manière beaucoup plus intelligente et efficace. L’optimisation de ces processus permet d’exploiter des produits et services nettement plus longtemps et dans différents cycles de vie, et donc d’en tirer un rendement financier accru." La transition vers un modèle circulaire estelle déjà une décision rentable pour tous les secteurs? "Cela varie énormément d’un secteur à l’autre. Dans les soins de santé et l’industrie automobile, la transition d’un modèle basé exclusivement sur les ventes vers un modèle de récupération – as a service – a déjà un sens. Les choses sont beaucoup plus compliquées dans le secteur de l’emballage, par exemple."

Comment déterminez-vous qui crée quelle valeur dans un modèle circulaire ou sur une plateforme collaborative? Isabelle Delannoy: "C’est l’un des défis majeurs auxquels nous sommes confrontés. Lorsqu’on travaille au cœur d’un vaste écosystème, il faut partager la valeur. Actuellement, ce sont essentiellement des tiers – ceux qui déploient et organisent des plateformes de partage de type Facebook ou Uber – qui empochent l’argent. Cela doit changer. Les grandes entreprises doivent avant tout organiser leur propre concurrence et développer peu à peu un nouveau modèle rentable. Cela se fait déjà. BMW a fondé une start-up pour tester de nouveaux modèles d’affaires. Simultanément, le constructeur automobile allemand veut aider ses collaborateurs à négocier ce virage." Matthieu Leroy: "C’est exact, nous n’avons plus le temps de convaincre tout le monde. Les pionniers du secteur privé entraîneront donc les autres dans leur sillage, du consommateur aux responsables politiques. On peut toutefois se montrer relativement optimiste. Ce qui semblait complètement infaisable voici deux ans devient réalité aujourd’hui. L’impossible est temporaire!" ll

Certaines entreprises continuent de miser obstinément sur un modèle purement linéaire. Les grands acteurs du même secteur qui optent pour un modèle circulaire pourraient-ils les évincer du marché? "Ce risque est bien réel. Lorsqu’ils s’avèrent nettement plus rentables, les modèles économiques circulaires deviennent carrément disruptifs et les entreprises qui les appliquent gagnent naturellement des parts de marché."

Jamie Butterworth est partner chez Circularity Capital, un acteur anglais du private equity axé sur l'économie circulaire.

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“Nous recyclons déjà 97% de la carcasse d’une voiture” L’économie circulaire peut être rentable: Belgian Scrap Terminal le démontre chaque jour. Depuis quatre générations, cette société familiale transforme la ferraille en matières premières qui peuvent être utilisées dans la fabrication de nouveaux produits.

ulle part ailleurs, le concept d’économie circulaire n’est aussi concret que sur le site BST de Waaslandhaven, à Anvers. Au milieu de gigantesques montagnes de ferraille, de carcasses de voitures rouillées et de grues impressionnantes, des camions remplis de débris ferreux vont et viennent sur le site. Un peu plus loin, des cubes de métal attendent d’être embarqués; ils serviront de matière première aux usines métallurgiques des quatre coins du monde.

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“Lorsque j’étais étudiante, notre entreprise familiale était rangée dans la catégorie des ferrailleurs douteux”, se souvient Caroline Craenhals, qui représente la quatrième génération. “Cette perception a totalement changé: nous pratiquons une activité de croissance verte et nous sommes considérés comme un pilier de l’économie circulaire.” Cette image respectueuse de l’environnement est naturellement liée à l’intérêt accru pour le recyclage et les modèles économiques circulaires. Ces dernières


l Économie circulaire l

AUTREFOIS, NOUS ÉTIONS DES "FERRAILLEURS DOUTEUX". DÉSORMAIS, NOUS SOMMES UN PILIER DE L’ÉCONOMIE CIRCULAIRE. Caroline Craenhals, BST

Caroline Craenhals et Vincent Quidousse (BST) © Studio Dann

années, cependant, BST a beaucoup investi dans l’amélioration de son image. “Nous transformons exclusivement des métaux ferreux et non ferreux”, précise Vincent Quidousse, membre de la direction. “Il y a 20 ans, nous pouvions recycler environ 75% de ces flux de déchets et les réinjecter dans le cycle économique. Aujourd’hui, ce pourcentage dépasse les 90%. Et pour les voitures, il atteint même 97%. C’est en grande partie le résultat de nos lourds investissements dans une technologie toujours plus efficace et perfectionnée. Ce n’est pas un hasard si le slogan de l’entreprise est The art of recycling.” “Mon arrière-grand-père a créé cette entreprise voilà 90 ans”, rappelle Caroline Craenhals. “À l’époque, le concept circulaire était déjà au centre de sa réflexion. Avec sa charrette tirée par un cheval, il ramassait les objets jetés pour les recycler et les réutiliser. Aujourd’hui, c’est devenu une activité industrielle importante. Tout le monde parle d’écodesign. Or, on oublie parfois que nous traitons ici des produits qui sont en circulation depuis 15 ou 20 ans déjà. Ces machines à laver, vélos et carcasses de voitures n’étaient pas conçus pour trouver une deuxième vie ou être totalement recyclés. Il nous revient alors, avec l’aide d’une technologie moderne, de démanteler aussi complètement que

possible ces produits et de rendre les matières premières réutilisables. Nous sommes au début du processus, et nous devons investir lourdement en R&D pour permettre au reste de la chaîne d’exister.”

Broyeuse La ferraille qui arrive chez BST à Kallo – soit 1,5 million de tonnes provenant d’entreprises et de particuliers – finit dans la cisaille, dans la presse ou dans la broyeuse. Ces broyeuses, qui sont plutôt utilisées pour les déchets moins homogènes, séparent automatiquement les matières premières et les déchets non réutilisables. Les métaux sont transformés en pièces énormes qui sont à nouveau fondues dans le haut-fourneau et l’électro-four. “Beaucoup de choses ont changé en 20 ans”, affirme Caroline Craenhals. “Une carcasse de voiture était alors réduite à un petit paquet ou totalement broyée. Désormais, nous pouvons d’abord en extraire toutes les matières dangereuses ou plastiques et les traiter séparément. L’approche circulaire est donc bien plus ancrée aujourd’hui dans la totalité du processus, ce qui nous permet de recycler 97% de toute cette ferraille.” “Pour une part importante des déchets

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de ferraille, nous arrivons même à 100%: tout retourne donc à l’industrie métallurgique pour donner naissance à de nouveaux produits. Certains plastiques complexes, en particulier, ne sont pas encore totalement recyclables. Dans ce cadre, nous sommes constamment à la recherche d’une technologie encore plus efficace pour boucler la boucle.” Parmi les clients de BST, on retrouve évidemment l’industrie métallurgique mondiale, mais aussi l’industrie cimentière et les entreprises de transformation de plastique. “Au moins la moitié des voitures en casse de notre pays n’atterrissent pas ici mais embarquent vers l’Afrique – cela reste notre plus grand problème», déplore Vincent Quidousse. “Parfois, ces voitures reçoivent une deuxième vie, mais c’est justement pour cela qu’elles atterrissent là, car cela reste une activité lucrative. C’est une grosse faille du cycle circulaire. Pour résoudre le problème, une approche européenne est nécessaire.” BST se trouve au tout début de la chaîne qui doit devenir, à terme, un cycle économique circulaire complet, et rencontre déjà un succès impressionnant. Entrevoient-ils encore une marge de croissance dans leur modèle circulaire? “J’y crois dur comme fer”, sourit Caroline Craenhals. «Ces derniers pour cent sont généralement les plus difficiles à obtenir. Mais c’est là tout le défi de notre activité.” ll


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DHK, l’économie circulaire appliquée à l’alu et aux plastiques Les plastiques et l'aluminium sont recyclables et peuvent servir de socle à une économie circulaire créatrice d'emploi, assure Philippe Dubois, CEO de DHK. Au sein de son entreprise spécialisée dans ces matières, tout le personnel s'implique dans cette voie.

© Studio Dann

uand on commence à réfléchir sur l'économie circulaire, cela crée une prise de conscience collective", témoigne Philippe Dubois. "Les collaborateurs s'interrogent, proposent des solutions. Et on en arrive à avoir un potager et un verger collaboratifs dans l'entreprise." Pour les frères Dubois, la réflexion a commencé voici environ quatre ans, après une réunion sur l'économie circulaire organisée par une intercommunale. Ils se sont demandé comment, à leur échelle, ils pouvaient s'engager dans ce mouvement. Ils ont sollicité leur personnel, interrogé leurs clients et leurs fournisseurs. Après avoir déterminé les besoins et les possibilités, la décision a été prise de collecter et de trier l'aluminium et certains plastiques. Ils ont trouvé les machines, l'espace, et recruté la personne ad hoc.

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QUAND ON COMMENCE À RÉFLÉCHIR SUR L'ÉCONOMIE CIRCULAIRE, CELA CRÉE UNE PRISE DE CONSCIENCE COLLECTIVE. Philippe Dubois, DHK

L'aluminium, recyclable à l'infini L'aluminium, très utilisé dans un grand nombre de secteurs (automobile, construction, etc.), souffre d'une mauvaise réputation du point de vue environnemental. Philippe Dubois la juge exagérée: "Certes, la première utilisation de l'alu

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se révèle énergivore, comme pour la plupart des métaux. Par la suite, cependant, il fond à basse température et est recyclable à l'infini. Même les alliages très spécifiques, comme ceux utilisés dans l'aéronautique, sont réutilisables en gardant de la flexibilité et de la résistance." L'industriel en conclut que grâce à l'alu recyclé, viser l'autosuffisance en


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Une ferme urbaine de 2.800 m² à Anderlecht

© Doc

Belgique, voire en Europe, n'est pas utopique. Ceci dit, souligne-t-il, il manque encore une volonté politique forte. DHK collecte, trie et traite également les plastiques: le PMMA (mieux connu sous le nom de plexiglas) et le polycarbonate. "Les plastiques perdent en performance au fil de leur réutilisation", précise Philippe Dubois. "Mais si la collecte est bien effectuée et le tri très strict, on leur trouve des utilisations, par exemple dans des mélanges où même 4 à 5% de plastique suffisent pour en conserver les qualités." DHK assure le broyage en microbilles, ce qui permet un transport beaucoup plus rationalisé. L'étape suivante sera de transformer ces produits à l'échelon local, pour créer des emplois sur place. "On pourrait imaginer une économie collaborative et circulaire. Mais il faudra sensibiliser le consommateur final, afin qu'il cesse d'acheter des produits chinois sur internet." ll

aquaponie, c'est la conjonction de l'hydroponie, une culture hors-sol, et de l'aquaculture, c'est-à-dire l'élevage de poissons", résume Thierry de la Barre, directeur financier de BIGH (Building Integrated GreenHouses), opérateur de la ferme urbaine d'Anderlecht. Ses 2.000 m2 de serres se trouvent sur le toit du marché Foodmet, sur le site Abattoir. Un potager suspendu de 800 m2 complète l'installation. "La pisciculture ouverte fournit plus de 50% de la consommation mondiale de poisson", rappelle Thierry de la Barre. "Elle est souvent polluante, consommatrice d’eau et elle recourt aux antibiotiques. La culture horssol 'classique' est énergivore et tend à utiliser des pesticides et engrais de synthèse. L’aquaponie unit les deux en un système vertueux, économe en ressources, sans déchets – les dé-

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jections des poissons, bio-filtrées, servent de fertilisant naturel – et en l’intégrant aux bâtiments, c’est la quintessence de l’économie circulaire." Un écosystème naturel sous surveillance high-tech, qui profitera de l'énergie générée par les chambres frigorifiques du Foodmet. ll

C'EST UN ÉCOSYSTÈME NATUREL SOUS SURVEILLANCE HIGH-TECH. Thierry de la Barre, BIGH


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© Veronique Wielemans

“Dans les Repair Cafés, on ne répare pas que les objets” a Belgique francophone compte aujourd'hui 124 Repair Cafés, soutenus par l'asbl Repair Together. Son chargé de mission, Jonathan Vigne, témoigne: "En 2017, sur les 46.000 objets apportés dans les Repair Cafés, 27.000 ont pu être réparés, soit environ 60% d'entre eux. La plupart des Repair Cafés ouvrent mensuellement alors qu’en Flandre, il s’agit d’événements ponctuels – 400 l'an dernier." Les Repair Cafés évitent le gaspillage, sont un lieu de rencontre et d'échange où on "répare aussi un peu la solitude", assure Jonathan Vigne. Et on y forme les personnes à réparer elles-mêmes, "même si quelques fabricants nous compliquent la tâche. Par exemple, les vis ovales de certaines machines à café ou celles en forme d'étoile perforée des enceintes hi-fi: il faut soit les commander sur internet à grands frais, soit faire fondre un stylo à bille pour le mouler dans la vis afin de la dévisser...Vivement une loi contre ces dérives." ll

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EN 2017, 27.000 OBJETS – ÉLECTROMÉNAGER, VÊTEMENTS, VÉLOS – ONT ÉTÉ RÉPARÉS EN BELGIQUE FRANCOPHONE. Jonathan Vigne, Repair Together

Montagne du Parc: faire du neuf avec du vieux Bruxelles, l’ancien siège de BNP Paribas Fortis, qui datait des années 70, a été démoli afin de laisser place à un immeuble qui devrait être terminé mi-2021. "Les tours Montagne du Parc recelaient de nombreux éléments conçus par les designers belges Jules Wabbes et Christophe Gevers", indique Charles de Bueger, Execution Manager au sein de la banque. "Nous avons confié à l’association Rotor le soin de les démonter avec précaution. Nous en avons conservé certains, d’autres ont été proposés à des associations à but non lucratif

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ou vendus par Rotor. Par ailleurs, d’autres initiatives de recyclage ont été menées, telles que du 'cradle to cradle' pour des panneaux de gyproc et les tapis. Ainsi, l’entreprise Desso a récupéré nos 30.000 m2 de moquette pour en faire de nouveaux tapis." Plus de 98% des matériaux (hors produits toxiques) ont été recyclés. "Pour le béton armé, les aciers ont été renvoyés en aciérie, tandis que le béton a été réutilisé pour des travaux d’infrastructure, par exemple." Les travaux de démolition de l’immeuble Montagne du Parc et le


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Didier Beauvois

"L'ÉCONOMIE CIRCULAIRE ENTRAÎNE UN CHANGEMENT RADICAL DE PARADIGME"

© Manu Thibaut

© Manu Thibaut

PLUS DE 98% DES MATÉRIAUX ONT ÉTÉ RECYCLÉS

recyclage de tous les matériaux issus de cette démolition ont été assurés par l’entreprise De Meuter: "Nous avons besoin de récupérer dans nos centrales de recyclage le béton le plus pur possible depuis le chantier pour travailler de manière optimale", précise Sven De Meuter, directeur du site. "En effet, pour pouvoir récupérer ces bétons, nous devons nous assurer de leur parfaite qualité après recyclage. Ainsi, notre laboratoire est soumis à des exigences très strictes. Il est 16 fois plus contrôlé qu’une pharmacie." ll

Comment BNP Paribas Fortis est-elle arrivée à la conclusion que des écosystèmes circulaires sont nécessaires pour soutenir une croissance plus juste? De plus en plus d'entreprises s'interrogent - et nous interrogent - sur la durabilité de leur modèle. Et dans ce questionnement, l'économie circulaire suscite de plus en plus d'intérêt. Et pour cause: les enjeux sont immenses! Le boom démographique dans les pays émergents et le modèle linéaire de consommation - à savoir extraire, produire, consommer, jeter ont mené à une surexploitation des ressources naturelles. Regardez l’iridium, l’indium, le platine ou encore le cobalt: ces métaux aux noms parfois méconnus sont essentiels. Ce sont les vitamines de la transition énergétique et numérique. Sans eux, point de batteries électriques, de smartphones, de fibre optique, d’éoliennes ni de panneaux photovoltaïques. Le revers de cette croissance verte se situe dans les dégâts environnementaux liés à l'extraction de ces métaux. D’où la nécessité d’en prélever moins et de leur imposer un nouveau cycle de vie. C’est la règle des 4R: réduire, réutiliser, recycler et réparer. Ce chemin vers la circularité est jalonné de défis pour les entreprises, mais je reste convaincu qu’il recèle de nouvelles sources et de valeur partagée. L’économie circulaire implique-telle de changer les business models? Cela entraîne un changement radical de paradigme. L'économie circulaire va de pair avec l’économie de la fonctionnalité: la propriété est remplacée par l'utilisation. Les modèles d’activités reposent sur la fourniture de services rendus par un bien, et non sur la fourniture du bien lui-même. Ce

modèle de “consommation” va générer de nouveaux besoins en financement, de nouvelles solutions bancaires et de nouvelles gestions des risques. Et quelle est la contribution de BNP Paribas Fortis en faveur de la transition durable? D’abord, BNP Paribas Fortis reste fidèle à sa vocation: collecter l’épargne et la mettre au service des projets professionnels et personnels de ses clients. En tant que courroie de transmission de l'économie, la banque a un impact énorme de par sa taille, ses compétences et ses moyens. Nous ne partons pas de zéro puisque depuis 2009, avec notre Green Desk, nous aidons les PME désireuses d’investir dans une infrastructure d’énergie renouvelable ou d’améliorer l’efficacité énergétique dans leurs bâtiments. L’an dernier, ce service a fourni des conseils à plus de 300 entreprises. C’est un pas dans la bonne direction mais nous voulons contribuer davantage à cette transition en analysant les projets de nos clients dans leurs aspects de durabilité. Aujourd’hui, nous consacrons 8 milliards d’euros d’encours à la finance durable dans des domaines relevant des objectifs de développement durable tels que définis par l'ONU. Notre objectif est d’accroître substantiellement ce montant dans les années à venir. C’est pourquoi, nous venons de créer un Sustainability Competence Center. Celui-ci va capitaliser sur nos atouts et développer notre expertise dans les domaines suivants: l'économie circulaire, la décarbonisation, le capital humain et les smart cities.

Didier Beauvois, membre du comité de direction et responsable du Corporate Banking chez BNP Paribas Fortis


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“Nous devons profiter de ce momentum pour intégrer le thème de la responsabilité sociale dans l’ensemble de nos activités et produits”, affirme Wilfried Remans, directeur CSR & Public Affairs de BNP Paribas Fortis. “Et cela ne relève plus du simple ravalement de façade. Il s’agit d’un business réel, avec un impact positif. Pour nous comme pour nos clients.”

Durabilité rime avec compétitivité omment entreprendre de manière rentable tout en ayant un impact positif sur la société? Pas en mettant sur pied quelques projets çà et là, mais en se basant sur son cœur de métier. "Impossible de le nier: nous sommes l’une des plus grandes banques d’Europe. Et nous avons, à ce titre, une responsabilité particulière", reconnaît Wilfried Remans. "Chez BNP Paribas Fortis, nous partons de notre rôle dans la société. Nous sommes une banque qui fait circuler 100 milliards d'euros dans l’économie." "Notre impact sur la société se marque à plusieurs niveaux. En premier lieu, nos activités purement caritatives, via le soutien que nous apportons à des projets sociaux. En outre – et cela a un effet considérable – la première proposition de notre département Private Banking pour ses clients, depuis quelques années, est un fonds ISR. L'impact social de ces investissements est considérable, alors que le rendement est aussi élevé que pour un autre investissement. Ces fonds reçoivent de plus en plus d’écho. Nous y privilégions les entreprises ‘best in class’, celles qui font partie du top

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mondial du point de vue sociétal ou environnemental." "Simultanément, nous sommes parfaitement conscients du fait que notre cœur de métier, les placements et investissements, peut avoir un impact négatif. Pensez aux investissements dans des entreprises actives dans l’industrie minière ou le commerce d’armes, aux effets de l’huile de palme sur l’environnement, etc. C’est pourquoi, depuis 2005, nous développons une série de politiques sectorielles via lesquelles nous imposons des conditions strictes aux entreprises actives dans des secteurs donnés. Certains acteurs de ces secteurs se retrouvent ainsi sur une liste noire." "Récemment, nous avons décidé de ne plus investir le moindre euro dans les entreprises pratiquant des forages pétroliers au pôle Nord ou actives dans le secteur du tabac. Cette dernière décision a surtout été prise sous la pression de nos collaborateurs, qui estimaient que notre positionnement de banque socialement responsable nous empêchait de soutenir les plus grands producteurs mondiaux de tabac. La pression vient de plusieurs côtés, et plus exclusivement des ONG."

RÉCEMMENT, NOUS AVONS DÉCIDÉ DE NE PLUS INVESTIR DANS LES ENTREPRISES DU SECTEUR DU TABAC. Wilfried Remans, BNP Paribas Fortis

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Surenchère Wilfried Remans ne nie pas être parfois confronté à des arbitrages délicats. Lorsqu’une grande banque décide de sortir complètement d’un secteur, elle perd l'influence qui pourrait lui permettre d’infléchir ou de mettre un terme à de mauvaises pratiques. "Il s’agit de choisir entre soutenir et encourager des évolutions et transitions favorables dans des secteurs critiques – pensez à celui de l’énergie – et perdre des contrats et de l’impact financier." Les plus cyniques affirmeront sans doute que le vide laissé par un investisseur majeur comme BNP Paribas Fortis sera très vite comblé par d’autres. Cet argument, néanmoins, tient de moins en moins la route. Car on assiste aujourd’hui à une surenchère: les entreprises de tous les secteurs sont de plus en plus évaluées en fonction de leurs performances ESG (environnementales, sociétales et de gouvernance). Celles qui obtiennent le meilleur score dans leur secteur sont


LOIN D'ÊTRE UN SIMPLE RAVALEMENT DE FAÇADE, IL S’AGIT D’UN BUSINESS RÉEL, AVEC UN IMPACT POSITIF. Wilfried Remans, BNP Paribas Fortis

plus souvent reprises dans les grands fonds des investisseurs institutionnels. En revanche, celles qui négligent ces aspects éprouvent des difficultés accrues à trouver de l’argent. "Une grande banque ou un fonds d’investissement important peut vraiment aider l’investisseur individuel à obtenir un impact social croissant."

Centre de compétence Limiter l’impact négatif en mettant un terme à certains investissements ou en excluant certains secteurs est une chose. Avoir soi-même un impact positif, c’est encore mieux. "Nous avons formé une équipe de trois personnes qui accompagnent des entrepreneurs sociaux et sensibilisent nos propres collaborateurs à cette dimension", indique Wilfried Remans. "Ce sont des entreprises qui appliquent un modèle d’affaires différent parce qu’elles poursuivent en premier lieu un objectif social. L’idée est de créer un écosystème et de mettre les entrepreneurs sociaux en relation avec nos grands clients. Cette approche distinctive nous permet également d’attirer davantage d’entrepreneurs sociaux comme clients." "Un autre exemple de l’impact positif que peut exercer une banque est à trouver du côté du corporate banking. Désormais, nous accordons aux grandes entreprises des crédits dont le taux dépend en partie de leurs performances ESG. Si le score

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augmente, une fraction du taux du crédit diminue. Et inversement. Nous pouvons ainsi exercer peu à peu une influence positive sur nos clients à partir de notre cœur d’activité." "En complément, nous disposions depuis quelques années d’un Green Desk qui conseillait les clients en matière d’énergie renouvelable et d’efficacité énergétique. Ce Green Desk a depuis pris de l'ampleur: il s’agit désormais d’un centre de compétence pour tout ce qui touche à l’économie circulaire et aux villes intelligentes, notamment. Nous voulons partager plus souvent et plus largement notre expertise étendue dans ces domaines avec tous nos clients, par exemple via des ateliers pour PME consacrés à la durabilité. Parfois, nous trouvons dans les entreprises sociales des solutions que recherchent de plus grands groupes. Ou nous remarquons que des administrations publiques sont confrontées à des problèmes auxquels des entreprises clientes répondent déjà par des solutions très innovantes. En tant que financier, nous pouvons jouer un rôle plus important. Nous renforçons alors non seulement la durabilité de nos clients, mais aussi, à terme, leur compétitivité." ll


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“Je veux lancer un indice de réparabilité”

Que représente l'économie circulaire en Belgique aujourd'hui? Elle se développe très rapidement. Notre pays était déjà en avance en matière de recyclage et de traitement des déchets. Depuis des années, des initiatives fleurissaient à l'échelon local pour limiter le gaspillage, favoriser la réparation, la réutilisation, etc. En fait, de nombreuses personnes pratiquaient l'économie circulaire sans le savoir, un peu comme le Monsieur Jourdain de Molière faisait de la prose. Les filières industrielles et commerciales avaient commencé à réfléchir à l'impact de leurs produits et services sur l'environnement. Mon rôle est de repérer les initiatives, de fédérer les énergies, de

fournir un cadre, d'encourager ce mouvement par des actions volontaristes, en concertation avec tous les acteurs. Pour ce qui concerne l'évaluation chiffrée, j'ai commandé en 2016 une étude à la firme PwC. Sa conclusion: en Belgique, l'économie circulaire pourrait créer plus de 11.000 emplois directs dans les quatre secteurs sur lesquels portait l'étude (industrie chimique, alimentaire, machines et équipements, automobile) à l’horizon 2030. Pour l’ensemble de l'économie, PwC estime que 40.000 à 100.000 emplois pourraient être créés, selon les hypothèses retenues, et toujours à l’horizon 2030. À l'échelle mondiale, l'économie circulaire pourrait peser 12.000 milliards de dollars.

L'ÉCONOMIE CIRCULAIRE POURRAIT CRÉER 100.000 EMPLOIS EN BELGIQUE. Marie Christine Marghem, ministre du Développement durable

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Sur le terrain, quelles initiatives vous ont paru les plus porteuses? Impossible d'être exhaustive parmi les centaines de personnes, d'entreprises et d'ASBL que j'ai rencontrées. Je suis allée, par exemple, voir des fermiers qui cultivent sans pesticides, d'autres qui ont fondé des fermes urbaines où les riverains font pousser leurs propres légumes, les échangent ou les vendent, partagent des semences, etc. J'ai visité, à Tournai, une épicerie "zéro déchet", La Petite Constance, où tout est vendu en vrac, la pâte dentifrice sur des bâtonnets de bois notamment, et où les clients viennent avec leurs contenants. Les entreprises ne sont pas en reste. Le 9 janvier dernier, j'ai conclu un accord sectoriel avec les représentants des fabricants de cosmétiques afin qu'ils n'utilisent plus de microbilles de plastique dans les produits de soin à rincer, tels que les gommages et certains produits d'hygiène bucco-dentaire. Cet accord sera d'application fin 2019. Cela va bien plus loin que certaines interdictions qui visent uniquement les nouveaux produits. Il s'agit d'un accord évolutif, non d'un corset légal:

© Dieter Tielemans

La ministre fédérale de l'Énergie, de l'Environnement et du Développement durable veut “que la Belgique reste un moteur en matière d'économie circulaire”. En 2016, Marie Christine Marghem et le ministre de l'Économie, Kris Peeters, ont proposé 21 mesures pour soutenir cette transition de notre économie en pleine expansion. Avec, pour corollaire, une augmentation de l’emploi local et du pouvoir d’achat des ménages.


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l'idée est de favoriser les bonnes pratiques, de créer un mouvement où les plus vertueux influent sur les autres. Justement, les chartes et autres engagements non contraignants suffisent-ils, à l'heure où les océans étouffent sous le plastique? Nous avons fait le choix de la concertation, des contrats, des chartes. Mais si les avancées s'avèrent insuffisantes, il faudra peut-être opter pour une législation contraignante. Je compte m'appuyer sur la présidence belge du Benelux, entamée le 22 janvier dernier, pour passer à l'étape suivante: la définition de critères de réparabilité. Une étude est en cours, ses résultats arriveront en juin et l'Union européenne les attend aussi, car elle prépare la révision de la directive "Éco-conception" de 2009. Mon but? Lancer un indice de réparabilité, à l'image de l'indice de consommation d'énergie présent sur les équipements électroménagers: au premier coup d'œil, le consommateur voit si son frigo a obtenu un triple A, garantie d'une sobriété énergétique. Par leurs achats, les citoyens inciteront alors les industriels à se rapprocher le plus possible de l'écoconception, qui me paraît centrale. Pouvez-vous décrire ce concept? Comme le préconise l'échelle de Lansink, il s'agit de maintenir les produits manufacturés, leurs composants et les matériaux en circulation le plus longtemps possible à l’intérieur du système, tout en veillant à garantir la qualité de leur >


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PARTENAIRES RÉGIONAUX DES ENTREPRENEURS DURABLES BRUXELLES ENVIRONNEMENT

© Dieter Tielemans

Avec le label Entreprise Écodynamique, Bruxelles Environnement récompense les entreprises, associations et institutions qui lancent des actions pour réduire leur impact sur l’environnement. Ce label valorise les initiatives environnementales dans la gestion et la prévention des déchets, l’utilisation rationnelle de l’énergie et la gestion de la mobilité des travailleurs, notamment. Avec circulareconomy.brussels, l’institution incite les entreprises à récupérer et réutiliser davantage de matières premières. Le gouvernement a approuvé le Programme régional en économie circulaire (PREC) à cet effet. En outre, Bruxelles Environnement participe à de nombreux projets destinés à imaginer des écoinnovations techniques et managériales pour les acteurs bruxellois.

NOUS AVONS CHOISI LA CONCERTATION ET LES CHARTES. MAIS SI LES AVANCÉES SONT INSUFFISANTES, IL FAUDRA PEUT-ÊTRE OPTER POUR UNE LÉGISLATION CONTRAIGNANTE. Marie Christine Marghem, ministre du Développement durable

L’OWD EN WALLONIE L’Offıce wallon des déchets (OWD) fournit aux entreprises les informations et l’accompagnement nécessaires pour demander l’Écolabel européen. Les consommateurs savent que les produits portant ce dernier sont meilleurs pour l’environnement, sans perdre en qualité. Avant de décrocher le label à la fleur, tous les produits et services sont contrôlés par des instances indépendantes.

L’OVAM EN FLANDRE

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utilisation. Pour cela, la question du devenir du produit et de ses composants en fin de vie doit être posée dès la conception et guider l'ensemble des décisions de fabrication. Selon l'échelle de Lansink, l'idéal est d'éviter de générer de nouveaux déchets: c'est la prévention. Et, à défaut, de réutiliser ou recycler le produit. Les solutions les moins souhaitables sont le compostage et, pire encore, l'incinération et l'enfouissement en décharge. Pour moi, les marques les plus audacieuses ont saisi qu'elles avaient tout intérêt à emprunter cette voie. Elles comprennent où va le monde et s'adaptent aux nouvelles attentes des consommateurs. En novembre 2015, la FEB a élaboré un numéro entier de son magazine Reflect autour des 17 objectifs de développement durable (ODD) définis en 2015 par l'ONU, et de la meilleure façon, pour les entreprises, de les mettre en œuvre. ll

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Via un guichet Web très pratique, l’OVAM (Société publique des déchets de la Région flamande) met à disposition des dizaines d’applications numériques qui visent à rendre les entreprises flamandes plus durables. En outre, le scan éco-efficacité indique comment les entreprises peuvent accroître leur efficacité écologique, via des interventions qui leur procurent à la fois un gain environnemental et un profit financier. Vlaanderen-circulair.be est une source d’inspiration pour l’économie circulaire. L’OVAM y réunit et y offre un accompagnement actif à des chefs d’entreprise, des associations et des administrations locales. Les organisateurs d’événements, de marchés et de festivals ont la possibilité d’exécuter un GroeneVENTscan pour rendre plus durables les mesures qu’ils prennent en matière de déchets, d’énergie, de restauration, d’exploitation de l’espace, de mobilité et d’utilisation des matériaux. Et via Ecolizer, les entreprises calculent rapidement et aisément l’impact environnemental de leurs produits.


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“La durabilité relève davantage du report d’exécution” n le qualifie parfois de "maître architecte le plus radical des Pays-Bas". En quelques années, Thomas Rau est devenu l’un des conférenciers les plus demandés et influents outre-Moerdijk. Un architecte et penseur visionnaire, dont le plaidoyer en faveur d’une économie circulaire convainc un nombre croissant de grandes entreprises.

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Depuis de nombreuses années, vous étiez connu comme le grand défenseur de la construction durable. Aujourd’hui, vous voyez surtout la durabilité comme une partie du véritable problème. Comment êtes-vous parvenu à cette conclusion? Thomas Rau: "C’était en 2009. Mon bureau d’architectes existait depuis 15 ans. Un beau jour – nous venions d’emménager dans de nouveaux locaux – j’ai jeté un coup d’œil

par la fenêtre et j’ai vu des dizaines de chaudières déclassées dans la rue. Elles n’avaient été utilisées que quelques années mais, manifestement, on les trouvait déjà bonnes pour la décharge. Je me suis dit: bon sang, qu’est-ce que nous sommes en train de faire? J’ai compris alors que la durabilité ne changerait pas le monde. Elle représente tout au plus un report d’exécution, parce qu’elle n’est rien d’autre qu’une optimisation de systèmes existants. C’est une perte de temps et d’argent." Pourtant, le secteur de la construction nous rebat les oreilles avec ses produits durables et autres écolabels… Thomas Rau: "Absolument. En réalité, c’est l’une des industries les plus conservatrices que je connaisse. Les architectes aussi ont longtemps pensé que la durabilité était une mode passagère. Lorsqu’ils se sont

rendu compte que ce ne serait pas le cas, ils ont imaginé une foule de certificats et de labels pour se donner bonne conscience. En 2010, j’ai compris qu’il fallait procéder autrement et j’ai fondé Turntoo, un bureau de recherche et de conseil pour développer des modèles d’affaires circulaires." Comment un tel modèle circulaire innovant fonctionne-t-il dans la pratique? Thomas Rau: "Prenez une entreprise comme Philips. Pour certains projets, j’ai pu les convaincre de ne plus vendre d’armature d’éclairage mais de la lumière, sur la base d’un contrat pour un nombre d’années précis. C’est le light as a service: le constructeur ou le fournisseur d’un produit s’engage à reprendre ses produits (ampoules et armatures usagées) au terme du contrat. Ensuite, soit ils seront réutilisés ailleurs, soit les matières premières serviront à fabriquer de nouveaux produits. Cela change radicalement le modèle économique d’un secteur. Car une entreprise a alors tout intérêt à fabriquer des produits qui durent suffisamment longtemps et qui peuvent être réutilisés ou faire office de matières premières." Pourquoi une entreprise comme Philips adhère-t-elle à ce concept? La vente de produits neufs leur rapporte plus et minimise leur responsabilité, non? Thomas Rau: "Vous appuyez là où cela fait mal. Si toute la division Éclairage d’un géant comme Philips a abandonné un modèle linéaire au profit d’un modèle circulaire, c’est parce qu'à terme, cette approche leur rapporte davantage. L’aspect financier est donc le catalyseur que nous devons exploiter. Car il faut en être bien conscient: le modèle économique circulaire remet totalement en question tous les modèles d’affaires existants." ll

© Hans Lebbe

L’ASPECT FINANCIER EST LE CATALYSEUR QUE NOUS DEVONS EXPLOITER. Thomas Rau, Turntoo

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“Il manque surtout une large adhésion à l’économie circulaire” L’économie circulaire n’en est qu’à ses balbutiements. Max Jadot et Caroline Ven le reconnaissent volontiers. Ceci étant, le CEO de BNP Paribas Fortis et l’économiste qui conseille entreprises et pouvoirs publics en matière de stratégies nouvelles et durables croient fermement dans la faculté d’adaptation humaine, ainsi que dans l’importance d’exemples inspirants.

L’économie circulaire s’impose un peu plus chaque jour. Avezvous le sentiment que les entreprises, les pouvoirs publics et les consommateurs sous-estiment l’impact et l’ampleur de la transition qui nous attend? Caroline Ven: "C’est possible. Observez les prix actuels d’un grand nombre de matériaux et de matières premières rares: ils sont vraiment trop bas. En outre, la grande transition n’interviendra sans doute que dans quelques décennies. Cela explique pourquoi de nombreuses personnes ne se sentent pas concernées, pour l’instant." On peut comprendre que le consommateur moyen ne saisisse pas l’importance et l’effet réel de cette transition économique. Mais la donne n’est-elle pas totalement différente pour les pouvoirs publics et les entreprises? Max Jadot: "Je pense que nous traversons aujourd’hui une première phase. On constate une prise de conscience, nous dépassons peu à peu le stade du buzz, mais il est nécessaire de mieux définir les concepts. Simultanément, il apparaît de plus en plus clairement, pour tous ceux qui travaillent dans les entreprises, qu’un modèle social qui ne profite qu’à une très petite minorité tandis que les autres se partagent des miettes n’est plus tenable. Toutes les parties prenantes recherchent désormais des concepts et des solutions à même d’élever le débat."

TOUT LE MONDE DOIT Y ADHÉRER: NOUS N’INTRODUIRONS PAS L’ÉCONOMIE CIRCULAIRE EN BELGIQUE D’UN CLAQUEMENT DE DOIGTS. Caroline Ven, économiste

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Dans cette discussion, quel rôle envisagezvous pour une grande banque comme BNP Paribas Fortis? Max Jadot: "Ce rôle ne saurait être surestimé. Notre taille nous permet d’avoir un énorme impact, certes, mais il faut être réaliste: ce processus durera plusieurs années." Où se situent les principaux obstacles? Caroline Ven: "Je citerais avant tout la dimension globale du modèle circulaire. Tout le monde doit y adhérer: nous n’introduirons pas l’économie circulaire en Belgique d’un claquement de doigts. Pour autant, certaines entreprises peuvent déjà franchir, individuellement, des étapes importantes. Umicore en est un très bon exemple dans notre pays, même s’il s’agit du domaine où la transition s’avère la plus aisée. Ces entreprises sont actives dans des secteurs qui incluent l’horizon temporel de la disponibilité des matières premières dans le nouveau modèle qu’elles créent." "Dans d’autres secteurs, les choses sont souvent nettement plus compliquées. Prenez un matériau aussi utilisé que le béton. Son recyclage se révèle à ce point polluant et énergivore que nous allons droit dans le mur. Nous devons repenser l’ensemble du système. Çà et là, nous devrons aussi rechercher des solutions et des matériaux radicalement différents. Vous le voyez: il reste du pain sur la planche en matière d’innovation, de recherche et de développement!" Max Jadot: "Il est extrêmement important de provoquer sans attendre une prise de conscience et une adhésion plus larges. Et l’on y parviendra avec des exemples concrets, qui démontrent que l’on peut procéder autrement. Si vous m’au-


torisez à prendre un exemple de notre propre maison: tout près d’ici, notre banque vient de démolir un gigantesque bâtiment. Quelque 98,5% des matériaux de construction seront recyclés. Cette exigence en termes de recyclage était d’ailleurs l’une des conditions d’attribution du marché. L’entreprise De Meuter y a parfaitement répondu. Jusqu’il y a deux ans, j’ignorais que c’était faisable. Le fait que nous y réussissions pourrait convaincre d’autres entreprises de se lancer sur cette voie. Avec à la clé, potentiellement, l’établissement d’un nouveau cadre réglementaire à plus long terme."

Caroline Ven et Max Jadot

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Les recherches sur de nouveaux modèles d'affaires et les innovations technologiques coûtent extrêmement cher. Cet argent est-il disponible, par exemple pour les entreprises? Caroline Ven: "C’est un point délicat. Les entreprises qui portent un certain héritage du passé, notamment, ne trouvent pas assez facilement ce type de capital-risque. Dans ce domaine, je vois un levier possible pour le secteur financier. La dimension purement économique de l’économie circulaire exige toujours un important travail d’analyse." Max Jadot: "Il y a quelques années, dans le monde financier, le concept de durabilité occupait une place beaucoup moins avantageuse qu'aujourd'hui. Et qu’observe-t-on désormais? Les prêts verts coûtent moins cher que les crédits traditionnels. Leurs charges de financement sont inférieures à celles des prêts ordinaires: dans la mesure où le coût d’une approche non durable atteint peu à peu des niveaux excessifs, les banques ont l’obligation d’intégrer ce facteur dans leur modèle de risque.

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l Économie circulaire l

LE COÛT D’UNE APPROCHE NON DURABLE ATTEINT DES NIVEAUX EXCESSIFS. IL DOIT ÊTRE INTÉGRÉ DANS LES MODÈLES DE RISQUE.

Caroline Ven

Max Jadot, BNP Paribas Fortis

Max Jadot

> Nous devons tabler sur une évolution similaire pour le modèle circulaire." Concrètement, existe-t-il déjà des incitants favorisant des modèles circulaires? Caroline Ven: "Depuis peu, les grandes entreprises, et notamment les entreprises cotées en Bourse, doivent publier des informations non financières parallèlement au reporting purement financier. Ce peut être un excellent instrument pour celles qui souhaitent mettre en valeur leur stratégie en matière de durabilité. Cela peut aussi aider les financiers de ces entreprises à mieux appréhender leur 'potentiel vert' à plus long terme. Une transparence accrue est indispensable et peut faire office de catalyseur." "Nous devons oser être honnêtes: pour l’essentiel des fonds ISR, on pratique trop souvent le picorage. Seuls les meilleurs élèves de la classe sont pris en considération. De très nombreuses entreprises et activités échappent aux radars des spécialistes. Or, elles aussi doivent être convaincues." Max Jadot: "Je suis totalement d’accord. Nous avons besoin de beaux exemples et de projets pilotes innovants qui suscitent l’adhésion. Quand une banque comme la nôtre en parle – une banque qui, rien qu’en Belgique, dispose de 120 milliards d’euros de liquidités et peut donc injecter énormément de moyens dans l’économie – cela a un impact. Mais c’est naturellement une responsabilité partagée: le monde politique, les entreprises et les citoyens doivent participer à l’écriture de cette histoire."

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Vous accuse-t-on encore de greenwashing et de window-dressing lorsque vous véhiculez un tel discours? Max Jadot: (Il rit) "J’ai appris à composer avec cela. Car, quel que soit notre discours, nous entendrons toujours ces critiques! À long terme, cependant, la perception change, croyez-moi." Caroline Ven: "Je vois surtout un risque de window-dressing lorsque des entreprises limitent leur approche durable à une série de phénomènes périphériques, sans toucher à leur activité principale. Je n’ai rien contre le mécénat, mais les modèles circulaires doivent pénétrer jusqu’au cœur de l’entreprise. Pour une banque, il s’agit par exemple de la manière dont elle analyse les dossiers de financement. Si des changements interviennent à ce niveau, la banque aura réellement un impact." En tant que première banque du pays, quand vous rencontrez de grandes entreprises, sortez-vous de ces discussions avec le sentiment que la perception de la durabilité et des modèles circulaires est fondamentalement différente d’il y a cinq ans? Max Jadot: "Non, ce changement n’est pas encore intervenu. Mais on en parle de plus en plus. Certaines entreprises sont très avancées dans leur réflexion, d’autres ont trop peur de la réaction de leurs clients ou de leur banquier. Il existe néanmoins des exemples parlants comme Philips, qui a équipé la ville de Madrid d'une technologie d'éclairage LED très économique et a ainsi rendu l'éclairage des rues parfaitement efficace d'un point de vue énergétique. Cette intervention, qui a entraîné une réduction significative des coûts d'utilisation, présente un intérêt considérable du point de vue économique. Ce projet a été financé par le Groupe BNP Paribas. J’en suis convaincu: si l’on met ce thème sur la table de manière cohérente, et suffisamment souvent, nous pourrons lentement mais sûrement virer de bord." ll


Notre ego peut sauver les océans D’ici à 2050, les océans contiendront davantage de plastique que de poissons, selon une étude de la Fondation Ellen MacArthur. Contre cette fatalité, on peut lutter de plusieurs façons. Pourquoi ne pas transformer ce plastique en matière première afin de fabriquer de nouveaux biens de consommation? Cela éviterait qu’il parte au large et alimente le fameux "septième continent", cet immense amas de déchets couvrant plusieurs millions de kilomètres carrés. Ce type de projet exige la collaboration de tous les acteurs. C’est ce que nous avons fait avec Sea2See à Barcelone: nous avons rencontré les autorités locales, les agences régionales chargées du recyclage, les autorités portuaires… Notre idée? Fabriquer des lunettes à partir de ce plastique marin recyclé, issu des filets de pêche usagés, des plastiques jetés par les pêcheurs eux-mêmes, etc. Un filet de pêche abandonné dans l’océan met 400 ans à se désintégrer. Entre-temps, il produit des microplastiques qui se mêlent à la nourriture des poissons. Il n'est pas étonnant, dans ces conditions, qu’un quart des poissons qui aboutissent dans nos assiettes contiennent du plastique. Pourquoi des lunettes? Nous vivons dans une société qui "bouge" par les réseaux sociaux, c’est-à-dire par l’ego. Dans une "société du like", jouons sur cette dimension égotiste: rendons les gens heureux d’avoir fait un achat positif, bénéfique pour l’environnement, et permettons-leur d’afficher ce bonheur sur les réseaux sociaux. Le consommateur est de plus en plus demandeur d’informations sur les biens qu’il achète et leur mode de fabrication. Et il aime en parler à ses amis, à ses friends sur Facebook ou à ses followers sur Twitter. Les lunettes sont un objet commode et plutôt bon marché. Elles se voient, littéralement, comme le nez au milieu du visage. Et c'est parfait pour ce projet. Et puis, l’économie circulaire s’impose dans les débats. En moyenne, 70% des déchets mondiaux aboutissent dans des décharges. Or, la mode est la 2e industrie la plus polluante au monde, derrière le gaz/pétrole. Il nous paraissait donc pertinent de s’attaquer en priorité à la question du recyclage du plastique dans ce secteur. Plus encore, nous voulions prouver qu’il était possible de créer, à partir de matériaux recyclés, des lunettes qui présenteraient une qualité au moins égale, en termes de design et de technicité, à celle des meilleures lunettes non recyclées. Et de montrer ainsi que l’on peut éviter d’exploiter des ressources naturelles qui s’épuisent. La mode représente également une porte d’entrée idéale pour sensibiliser le grand public aux questions environnementales. Car il est difficile d’imposer d’en haut un changement de comportement. Il faut générer un réflexe dans le chef du consommateur. Quoi de mieux que de passer par l’exemplarité d’un objet de mode? Cela ne signifie pas que nos autorités n’aient aucun rôle à jouer en la matière. S’il est sans doute impossible d’interdire totalement le plastique, on pourrait commencer par supprimer les single-use plastics, ces éléments qui ne sont utilisés qu’une fois avant d’être jetés ou recyclés. Savez-vous qu'un mégot de cigarette se compose d’acétate de cellulose, autrement dit de plastique? Or, un mégot pollue jusqu’à 500 litres d’eau et met plusieurs années à disparaître. Le projet Sea2See suffira-t-il à sauver les océans? Bien sûr que non. Mais il y contribue, à sa façon.

LA MODE EST UNE PORTE D’ENTRÉE IDÉALE POUR SENSIBILISER LE PUBLIC AUX QUESTIONS ENVIRONNEMENTALES.

François van den Abeele, CEO de Sea2See

© Doc


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