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DESIGN
D E S I G N E R À S U I V R E : E L I A S V A N O R S H A E G E N S O R T D E L’ A N O N Y M A T
Le magazine du week-end de
L’ E C H O
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L’ H O M M E D U M O M E N T: H A N N E S P E E R N O U S O U V R E L E S P O R T E S D E S A P A L A Z Z I N A
SABATO
SABATO
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J’ai dormi sur la lune. Enfin, pas vraiment «sur la lune», évidemment, mais tout près. Bon d’accord, disons plutôt: à côté de quelques fragments lunaires. Le rendez-vous avait lieu dans la suite «Luna Aurea» de l’hôtel La Butte aux Bois. Une chambre luxueuse qui semble sortie d’un film de James Bond: moquette rouge sang, courbes assumées, coin salon en contrebas et, vue sur un paysage lunaire. Le propriétaire, Jochen Leën, nourrit une véritable fascination pour l’espace, et plus particulièrement pour ces pierres venues du grand néant. Créateur de bijoux, il en fait de précieuses pièces ou alors les expose à la Granada Gallery, qui possède des implantations à Anvers, à Knokke et à Tucson aux États-Unis, qu’il a fondée avec son associé Rüdiger Pohl. En ce moment, tout ce qui touche à l’espace a le vent en poupe. Et lorsque je rapproche cela des tendances d’intérieur que j’ai pu repérer la
semaine dernière au Salone del Mobile à Milan, la grand-messe annuelle du design, une évidence s’impose: voilà comment les gens de ce monde s’accommodent de l’incertitude que l’on connaît en ce moment. À mes yeux, seuls deux scénarios se dessinent. Option 1: ce que nous appelons dans ce numéro le «nouveau cocooning», soit se réfugier dans des matières douces et des formes rondes afin de recréer un sentiment de sécurité, du moins chez soi. Option 2: déguerpir d’ici au plus vite et filer vers les étoiles. À vous de choisir.
AN BOGAERTS RÉDACTRICE EN CHEF
R ETOUR DU SALONE
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LA TABLE D ’ELIAS De fils de menuisier à figure montante du design.
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CR ÉDIT: WOUTER M A E CK EL B E R GH E , COU RT E SY OF E LI A S VA N ORS HA EG EN .
SA BATO
À Milan, les Belges s’imposent et en imposent.
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DE LA GRANGE À SINGAPOUR Rayah Wauters, la promesse belge du Loewe Prize.
H A NN ES P E E R
SOMMAIRE
HON ORÉ E DE BALZAC Chrysoline de Gastines s’installe à Lille avec sa tribu.
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LOWIE IS IN THE AIR: LE BELGE LOWIE VERMEERSCH INAUGURE UNE NOUVELLE C AT É G O R I E D E V É H I C U L E S
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É L É G A N C E D A N S L ’ E S PA C E : À L’INTÉRIEUR DE LA PREMIÈRE S TAT I O N S PAT I A L E M Ê L A N T BOIS ET CUIR DE VEAU
RECETTE DE LA SEMAINE: LA CHEFFE ALICE POLLET R É G A L E L E S PA P I L L E S A V E C UNE GLACE FAÇON SNICKERS
CR ÉDIT: WOUTE R M A E CK EL B E R GH E , HE L E NIO B A RB E T TA / LI VING I N S I D E, J U S TI N PAQ UAY.
L’homme du moment ouvre les portes de son repaire milanais.
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Le samedi du Milanais d’adoption Kenny Spooren: petit-déjeuner dans un lit à baldaquin, virée à vélo dans Milan et chasse aux antiquités. Reportage: Jorik Leemans Photo: Alberto Bernasconi
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K E N N Y SP O OREN
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◆ S O C I A L M E D I A M A N A G E R P O U R , N O TA M M E N T , 5 V I E , T H E C L O I S T E R , K I R A A . P R I N C E S S O F P R U S S I A F O U N D AT I O N E T 1 4 S E P T E M B R E . ◆ A G R A N D I À L O M M E L . ◆ VIT ET TRAVAILLE À MILAN.
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C’est par amour que Kenny Spooren (45 ans) a quitté le Limbourg pour Milan, il y a dix ans. «J’ai rencontré Andrea sur l’application Instagram», nous avoue-t-il. «Le suivre jusqu’ici, c’était une grande étape. En même temps, je me suis immédiatement projeté ici: y vivre m’a paru une évidence. Je connaissais déjà bien Milan grâce à mon précédent job dans l’entreprise de mobilier 108 Agency, avec laquelle nous allions chaque année au Salone del Mobile.» Le célèbre salon reste l’un des grands rendez-vous de son année. Social media manager, Kenny Spooren accompagne depuis neuf ans le quartier 5VIE. Dans ce cœur historique de la ville, c’est surtout le nouveau «collectible design» qui s’y donne rendez-vous. «Pendant le Salone,
l’énergie est dingue. Milan devient soudain une ville très internationale, alors qu’au quotidien, je la décrirais plutôt comme une ville de province calme. C’est la seule période de l’année où je décolle de mon ordinateur pour retrousser mes manches. L’an dernier, par exemple, je me suis retrouvé à peindre, à l’improviste, une petite plinthe pour l’un des stands. En chaussures DriesVan Noten... c’était pas très réfléchi», dit-il en riant. 7 H 4 5 - «Notre matinée se cale sur notre boulanger: Oro Nero, un nom inspiré de la vanille qu’il utilise pour ses viennoiseries. Andrea est accro à leurs pains au chocolat. Après avoir acheté récemment un lit à baldaquin lors d’une vente aux enchères, on s’est dit que, le week-end, on prendrait le petit-déjeuner au lit. J’en profite pour feuilleter de vieux numéros de The World of Interiors, de préférence des années 1980 ou 1990. Ils m’inspirent davantage que les intérieurs très épurés que l’on voit partout aujourd’hui.» 11H00 - «On enfourche nos vélos et on part en ville. Chez Montalcino Caffè, on s’arrête pour le deuxième café
À DROITE KENNY SPOOREN SAVOUR E S ON DEUXIÈME CAFÉ DE LA JOUR NÉE CHEZ MONTALCINO CAFFÈ. UN E PAREN THÈS E DE CALME AU PIED DE L’UNE DES P LUS ANCI EN NES ÉG LI SES DE LA VILLE, OÙ MI LAN P REN D DES ALLURES DE VILLAGE.
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1 5H 0 0 - «La Fondazione Luigi Rovati a ouvert ses portes, il y a quatre ans. Dans un palazzo historique, on découvre une collection privée dominée par l’art étrusque. Super «nerd», je sais. (rires) Je suis aussi un grand fan de l’installation permanente qui y est accrochée, avec entre autres un beau miroir de l’artiste britannique Marianna Kennedy.» 1 7 H 0 0 - «J’ai toujours été collectionneur. Enfant, c’étaient les petites voitures Matchbox. Puis, à trente ans, je suis passé au «mid-century modern». J’ai fini par m’en lasser: c’était devenu omniprésent. Depuis, je me concentre sur les antiquités, qui offrent des pièces bien plus uniques. Nos dimanches, surtout, sont dédiés à la chasse aux antiquités. On part tôt en voiture vers des marchés à Borgo d’Ale ou Castelleone. Et, à Milan, je passe souvent chez M.V.D. Antichità di Maria Vittoria Doronzo, un véritable cabinet de curiosités.» 18H00 - «Il est encore trop tôt pour l’«aperitivo» qui commence plutôt vers 19 heures. Alors on se pose au bar à vins Cru Isola, pour déguster bon verre. Et si vous avez faim: on y savoure des classiques revisités.» 2 0 H 0 0 - «Dans le coin de Corso Como se trouve l’une de mes «trattorias» préférées: La Pesa. C’est le tout premier restaurant où Andrea et moi sommes allés dîner ensemble. Un vrai classique local. Et l’un de mes plats favoris, c’est l’«ossobuco con risotto alla milanese». Quand on est à Milan, le mieux est de faire comme les Milanais...»
de la journée. C’est dans les Navigli, sur une petite place, près de l’une des plus anciennes églises de Milan. Pendant un moment, on ne se sent plus du tout en ville. Astuce: revenez le soir pour le meilleur Campari Spritz.» 1 1 H 3 0 - «Trois minutes de marche et nous voilà chez Settantaventidue. La galerie a ouvert il y a deux ans, le jour de mon anniversaire. Depuis, j’ai un peu l’impression d’y entrer comme chez moi. Les gérants y montrent une esthétique audacieuse, minimaliste. Il y a quelques mois, il y avait encore une expo du regretté Guy Mees.» 12H3 0 - «Li-Sei Deli est un établissement tenu par un couple de Japonais d’adoption, avec des racines venant de Corée. Résultat: on y goûte des classiques comme le «bibimbap» ou le «japchae». Et, depuis peu, ils ont ajouté à la carte un hamburger irrésistible.» 1 4 H 0 0 - «Daniela tient, avec The Cloister, la plus chouette boutique vintage de Milan. Elle a toujours de belles pièces d’archives de Margiela ou de Comme des Garçons. Moi, j’aime énormément l’ancienne marque française Le Garage. Mon dressing en est rempli.»
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La nouvelle habitude du samedi:
« APRÈS L’ACHAT RÉC ENT D’ UN LIT À BALDAQU IN, NOUS PREN ONS DÉSORMAIS L E PETIT-D ÉJEUNER AU L IT LE WEEK-END. »
TROIS BONS PLANS
01. TRAT TORIA DELLA
AVEC DES OS ET DES
GLORIA
CRÂN ES . À LA FOIS MACABRE
«UN RES TAURANT DE
ET SEREIN E.»
QUARTI ER INFORMEL , AVEC
PI A ZZ A SANTO STEFANO À
UNE JEUNE ÉQUIPE ET UNE
MILAN.
AMBI ANCE DÉCONTRACTÉE. LA CARTE EST P LUTÔT
03 . MARCHÉ AUX
MODER NE, TOUT EN RES TANT
ANTIQUITÉS NAVIGLIO
ANCR ÉE DANS UNE CUIS INE
GRANDE
ITALI ENN E ACCESSI BLE.»
«CH AQUE DERNI ER DIMANCH E
VIA MARIO PI CH I 5 À MILAN.
DU MOI S, ON PEUT Y CH INER
WW W.
LE LONG DU PLUS ANCI EN
TR AT TORIADELLAGLORIA .COM
CANAL DE MILAN, LE NAVIGLIO GR ANDE. C’EST UN
02 . SAN BERNARDINO
PEU PLUS CHER, MAIS ON Y
ALLE OSSA
TR OUVE DE BEAUX OBJETS.»
«UN E P ET ITE ÉGLI SE,
DE VIALE GORIZI A JUSQU’AU
PR ES QUE CACHÉE. ON Y
PONT PRÈS DE VIA VALENZ A ,
ENTRE DANS UNE CH AP ELLE
À MILAN.
PARTI ELLEMENT CONST RUITE
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1 6 — U N P E U D E D O U C E U R E N T E M P S I N C E R TA I N S : L E R E T O U R D U M O B I L I E R C O C O N 2 6 — L’ O F F E N S I V E B E L G E : M I L A N N E P E U T S E PA S S E R D E N O S D E S I G N E R S 3 0 — S A N S G ÂT E AU N I B O U G I E : L E S C É L É B R AT I O N S D E S M A R Q U E S D E D E S I G N 3 6 — D U T H É P R A DA AU X F Ê T E S B A R B I E : L E S N O U V E AU X « H O T S P O T S » M I L A N A I S
SÉLECTION: IRIS DE FEIJTER & AN BOGAERTS
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Même lorsque l’actualité mondiale est dominée par les guerres, les tensions géopolitiques et l’incertitude économique, le salon du design, lui, poursuit imperturbablement son ballet. Avec son lot de festivités, des litres de negroni et des présentations somptueuses. Pourtant, le «vrai» monde s’invite malgré tout entre les stands. On y décèle une soif de réconfort, de douceur, de lien et de moments partagés. On remarque des fauteuils bien dodus, des canapés en demi-lune ou en forme de S, qui semblent vous enlacer et inviter à l’interaction. Beaucoup de rideaux aussi, pour transformer un volume en cocon. «L’état du monde transpire évidemment dans l’univers du design. Tout le monde est réveillé par les mêmes messages catastrophistes», confie la designer Stine Gam, l’une des moitiés du studio GamFratesi. «L’intimité est de toute façon dans notre ADN. Nous avons toujours eu une approche très douce: autant dans les formes que dans les matériaux. L’aspect humain est crucial. Notre nouveau canapé «Ruffle» chez Minotti est extrêmement doux. C’est ce vers quoi nous tendons aujourd’hui, et nous constatons que le marché suit cette direction.»
Partout, des matières veloutées, des textures qui appellent la main. Lors d’une conférence, le designer Jay Osgerby, qui forme un duo avec Edward Barber, a mis des mots sur ce basculement: «À force de regarder en permanence un écran, on voit trop d’images en deux dimensions.Tout est plat et relégué derrière du verre. Le design s’est ainsi «dématérialisé». Il ne restait surtout que la forme. Je ressens maintenant un changement profond: une faim de tactilité. Elle naît du besoin humain fondamental de sentir, toucher et vivre les choses.» À côté des assises ultra-confortables, les tables s’imposent aussi comme les stars du moment, et plus encore tout ce qui gravite autour: vaisselle, accessoires, décors. Le repas devient un acte collectif. Pour la présentation d’Ikea, l’architecte d’intérieur indienne Mehek Malhotra a imaginé une salle à manger bariolée. «Pour moi, la table à manger est un endroit où l’on oublie tout un instant et où l’on est simplement ensemble avec ses amis. J’ai disposé des chaises toutes différentes autour de la table; une manière de montrer que tout le monde est le bienvenu, qui que l’on soit, quoi que l’on pense et quelle que soit son apparence.»
R E P O R TA G E : I R I S D E F E I J T E R E T A N B O G A E R T S
S U I TE D R EA M S P O U R S O N 12 5 È M E A N N I V E R SA IR E , L E FA B R I CA N T B R I TA N N I Q U E D E L IT S H AUT D E GA M M E E T FO U RN ISS E U R D E L A C O U R V I S P RI N G A D E M A N D É À TO M D I XO N D E C O N C E VO I R U N E C O L L E CT I O N . À L’ H ÔT E L M UA M UA , Q U I O UV R E B I E N TÔT S E S P O RT E S , I L A P RÉ SE N T É Q UAT RE TÊ TE S D E L I T, D O N T C E L L E - C I I N S P I RÉ E D E S A C H A I S E « FAT » ( À GAU C HE )
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« W I N G B AC K » ( À D RO I TE ) .
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CR ÉDIT: EZIO MAN CIU CCA .
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Toujours et partout
Dure à cuir
Invitation bouclée
Que faire quand une marque compte déjà dans son offre une pléthore de classiques du canapé? Elle lance un nouveau modèle qui rassemble le meilleur des précédents. C’est, à peu près, la stratégie du label de luxe Edra, qui a dévoilé pendant la design week l’«Anywhere», un canapé signé Francesco Binfaré. En reprenant le dossier réglable du «Standard», mais aussi la modularité de l’«On The Rocks» et la douceur du «Pack», surnommé «l’ours couché», il en résulte ce qui ressemble fort au canapé ultime. www.edra.com
Avec ses franges en cuir, cette console Knoll invite au toucher Au moindre effleurement, elles bougent et dévoilent le contenu de l’armoire, dont le dessus est lui aussi fini en cuir. «Une référence à un tambour africain», explique le designer Dozie Kanu. «Les franges renvoient aux vêtements cérémoniels africains traditionnels, mais aussi à la culture cowboy.» Il y entremêle ainsi ses racines texanes et nigérianes. La série comprend aussi une table basse et une petite table d’appoint. www.knoll.com
Volumineux, moelleux, arrondi: le fauteuil «Jeffa» de la marque italienne Mogg a tout de l’invitation, du confort et de la protection. Le tissu bouclé en rajoute une couche. La pièce est signée par le studio Debonademeo. Pour ces formes affirmées, le duo a surtout regardé du côté du «pop art», tout en revendiquant aussi une inspiration puisée dans le mythe de Junon. Mogg n’existe que depuis 2012 et vient de l’abréviation de «MObili e OGGetti», l’italien pour meubles et objets. www.mogg.it
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theory . Dans le monde du design, une règle comparable semble s’appliquer: plus le monde paraît fou, plus les canapés se font réconfortants.
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Cocooning Plus la conjoncture est mauvaise, plus la longueur des jupes s’allonge: c’est la prémisse de la Hemline
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Rencard sur le canapé
Sofa couverture
Pour du beurre
Tête-à-tête, vis-à-vis, face-à-face: quel que soit l’angle, dans ce «Rondevù», on se fait face. Comme le nom l’indique, le rendez-vous a servi d’idée de départ à Monica Armani, la designer qui a façonné une forme sculpturale invitant deux personnes à partager un espace, tout en gardant chacune son propre point de vue. Le canapé courbé «Fedrigo» (ci-dessus) est lui aussi une nouveauté de la collection Zanotta. Le canapé modulaire a été conçu par Vincent Van Duysen. www.zanotta.com
«Fabriquez un canapé italien dans un esprit scandinave»: c’est la consigne que la marque danoise Muuto a confiée à Studiopepe. Le fruit de cette collaboration s’exprime dans un canapé modulaire, composé de neuf volumes différents, présenté ici dans un tissu Kvadrat rose poudré. Son nom: «Coltre», qui signifie couverture en italien, vient de ses surpiqûres et de son look «puffy», matelassé, qui lui donnent des airs de couverture. La présentation de Muuto était entièrement centrée sur le «sentiment d’être chez soi» et sur l’impact de notre maison sur ce que nous ressentons, sur nos relations et sur nos vies. www.muuto.com
Croyez-le ou non: la designer britannique Faye Toogood a dessiné un canapé en pétrissant une plaquette de beurre.Vu comme ça, difficile de ne pas y voir un manifeste de douceur. Elle l’a confirmé avec la scénographie imaginée pour Casa Tacchini. Le showroom de la marque italienne avait des allures d’intérieur habité: des pièces drapées de rideaux, des tapis à poils longs et, bien sûr, des canapés tout doux. Toogood a lancé son canapé «Butter» l’an dernier, mais elle a présenté cette fois de nouveaux éléments: un fauteuil, un canapé trois places, des poufs et une armoire de rangement. www.fayetoogood.com
CR É DIT: JO N AS JACOB SV EN SS ON, TOOG OOD.
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Talk of the town Alors, qu’as-tu vu? Pendant la Design Week, à Milan, c’est sans doute la question qui
revient le plus souvent. Et presque systématiquement, quelqu’un dégaine son GSM pour faire défiler sa galerie photos. Sur Instagram, les listes de «must-see» débordent de posts. Voilà le vrai «talk of the town».
Mur de fleurs La tapisserie de Bayeux, version «fashion». Demna, directeur artistique de Gucci, a retracé les 105 ans d’histoire de la maison italienne à travers une série de tapisseries à l’allure médiévale. Dans le cloître des Chiostri di San Simpliciano, on suivait ainsi la métamorphose de Gucci: d’une marque de maroquinerie à une maison de mode. Dans la cour, des fleurs de saison, spécialement cultivées, faisaient écho au célèbre imprimé «Flora» de Gucci. Et, détail savoureux, des distributeurs de boissons étaient remplis de canettes... remplies des cocktails du fameux bar florentin Gucci Giardino.
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EXTRASOFT PIERO LISSONI
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Talk of the town Gardiens de tour
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Plongée en profondeur La marque de verre 6:am, de Murano, s’était notamment fait remarquer avec les cubes en verre réalisés pour le défilé BottegaVeneta en septembre dernier. Cette fois-ci, 6:am a investi la Piscina Guido Romano, une piscine abandonnée logée dans un bâtiment rationaliste de 1929. Dans les couloirs, les cabines et le hall de l’ancien bassin intérieur, la marque a déployé tout son savoir-faire: des colonnes de cinq mètres de haut, jusqu’à un mur composé de panneaux de verre martelés, issus du lustre imaginé pour elle par le designer Hannes Peer. Dans le hall principal, une accumulation de plusieurs mètres des cubes BottegaVeneta dominait l’espace. L’ensemble avait été baptisé «Over and Over and Over and Over», pour souligner combien la répétition compte dans l’artisanat verrier. L’idée est simple: c’est à force de refaire un geste, encore et encore, que l’on finit par atteindre la maîtrise.
CR E DIT: XX XX XAN ACH A R D, MIC HA L LU K A SIK , ME L A NIA DA L L E G RAV E / D S L S TU D I O. ÉDIT: BASTI
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Une homologue britannique m’avait glissé: «Rien que pour la vue, l’expo vaut le détour.» Elle avait tout à fait raison. Depuis le seizième étage de la Torre Velasca, le panorama est splendide. Dans cette tour brutaliste, la Visteria Foundation a installé deux expositions consacrées au modernisme polonais. La fondation, qui promeut l’art, l’artisanat et le design polonais, proposait d’abord une rétrospective consacrée au célèbre designer de mobilier Jorge Zalszupin, un Polonais ayant fait carrière au Brésil. En parallèle, une présentation collective associait des pièces historiques majeures à des œuvres d’artistes polonais contemporains, comme la «Phantom Chair» en métal de Mati Sipiora (ci-dessous). Une manière de rappeler qu’en Pologne, le modernisme ne relevait pas seulement d’un choix esthétique, mais aussi d’un acte de résistance culturelle.
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Carrousel de mode Il y a quelques semaines, vous lisiez dans Sabato que Laila Gohar, artiste égypto-américaine, avait eu carte blanche pour concevoir une collection de vêtements pour Arket. Créative tout-terrain, elle cumule une marque de vaisselle, des installations culinaires et un statut d’icône de style. Une prescriptrice, au sens le plus large du terme.À Milan, elle ne pouvait pas manquer à l’appel. Pour mettre en scène son projet Arket, elle a installé un vieux manège dans un jardin caché. Évidemment, Gohar n’aurait pas été Gohar sans faire un pas de côté: les chevaux traditionnels ont été remplacés par des fruits et légumes surdimensionnés. Et pour parfaire l’effet «WTF», un orchestre londonien a donné un concert sur des instruments fabriqués... à partir de légumes. «Je veux donner aux gens un sentiment de joie au moment où nous en avons le plus besoin.» Mission accomplished.
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Le prix du succès le plus inattendu revient à l’Ouzbékistan. Dans le Palazzo Citterio, le pays a présenté un projet consacré à des tampons traditionnels pour le pain, originaires de la région du Karakalpakstan rural confrontée à des changements climatiques profonds et à des défis majeurs, dont l’assèchement de la mer d’Aral est l’un des signes les plus visibles. D’après le curateur, le rituel artisanal de la cuisson du pain offre à la population un repère, une forme d’ancrage, et de la résilience. Pour l’exposition, douze designers ont été invités à créer un tampon de ce type, accompagné d’une planche à pain assortie. Et pas des inconnus: l’excentrique Britannique Laura Bethan Wood, notamment, faisait partie de la sélection. Portée par une scénographie immersive, la présentation s’est imposée, elle aussi, comme un vrai «talk of the town». CR EDIT: XX XX X
CR ÉDIT: TO N YA MAT YU, COU RT E SY OF ACD F.
Du pain et des jeux
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Hormones du bonheur
Nuage rose C I- D E SS U S D E G R A N D ES FO R M E S G O N F L ÉE S CHERCHAIENT À D É C L E N C H E R U N E S E N S AT I ON D E B I E N - Ê T R E C H E Z LE S A M AT E U R S D E D E S I G N .
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CR É DIT: TAKUMI OTA .
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Dans la cour du Palazzo Litta, l’architecte Lina Ghotmeh a déployé un immense labyrinthe rose, pensé pour que les visiteurs s’y perdent... et ralentissent par la même occasion. «J’espère que des surprises, des rencontres et des moments de calme en surgiront», explique l’architecte d’origine franco-libanaise. «J’ai choisi le rose parce que cette couleur dégage douceur, bienveillance et chaleur; quelque chose dont nous avons bien besoin en ce moment. Le rose est souvent associé au soin, à l’empathie et à la tendresse, mais je trouve qu’il symbolise aussi l’audace.» Elle a baptisé l’installation «Metamorphosis in Motion», parce que l’architecture se transforme au rythme des mouvements de celles et ceux qui la traversent. Le labyrinthe a également été conçu pour pouvoir être démonté puis reconstruit ailleurs: il continuera donc sa route.
Toutes sortes de marques se greffent à la Design Week pour y capter un peu de lumière. Des labels de mode aux constructeurs automobiles, tout le monde veut en être. Même American Express. L’entreprise a d’ailleurs demandé à l’artiste et designer Sara Ricciardi de créer une installation dans la «loggia» de la Pinacoteca di Brera. Avec «Serotonin - the chemistry of happiness», elle a transformé le concept scientifique de l’hormone du bonheur en expérience visuelle et sensorielle. En tant que visiteur, on circulait entre d’immenses formes gonflables aux couleurs de l’arc-en-ciel, invité à ressentir les réactions émotionnelles et physiques que la beauté peut déclencher. Reste une question: que cherche à nous dire American Express? Que ce n’est pas l’argent, mais la beauté, qui fait le bonheur?
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Huis onder de Notelaar Stationsstraat 10, Destelbergen +32 (0)9 3729959 welkom@huisonderdenotelaar.be
Stolz Interieur Leuvensesteenweg 80 3070 Kortenberg +32 (0)2 7598564 sales@stolz.be
PHILIA, design Rodolfo Dordoni rodaonline.com
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Les Belges Près de cent marques et designers belges étaient présents à Milan, sur le salon officiel comme aux quatre
coins de la ville. Sabato en a sélectionné quelques-uns.
JOV X Bieke Casteleyn
Trèfle à quatre feuilles La designer de mobilier Bieke Casteleyn et la marque de tapis JOV ont pris la route de Milan main dans la main. À deux, elles ont orchestré une présentation rêveuse, sous la curation la styliste d’intérieur danoise Pernille Vest, sous l’intitulé «In Clover», qui signifie en anglais «être sur un petit nuage». Bieke Casteleyn y dévoilait de nouvelles pièces inspirées par les formes douces d’un trèfle à quatre feuilles: tables de salle à manger, de salon et d’appoint, mais aussi une table de nuit, un porte-revues, un plateau et un miroir. JOV a, de son côté, joué avec des géométries souples et une palette seventies. www.biekecasteleyn.com
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CR É ÉDIT: DIT: XX XX X
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Baptiste Vandaele
New kid
Jeroen De Ruddere
SA BATO
Voici un nom à suivre: BaptisteVandaele. Depuis son studio à Courtrai, il a déjà imaginé une table basse en verre pour Ligne Roset, un panier en textile pour Normann Copenhagen, une table d’appoint pour Ferm Living et une patère pour Schönbuch. Plutôt remarquable pour un jeune homme de 26 ans qui n’a son propre studio que depuis trois ans. Durant cette Design Week, il a également présenté sa collection «Dora» pour la marque italienne EMU: une chaise de salle à manger avec ou sans accoudoirs, un tabouret et une chaise «lounge» un peu plus large. Le tout est empilable, entièrement en aluminium, et inspiré des chaises de bistrot scandinaves classiques. www.baptistevandaele.com
Lu dans Sabato S A N O UV E L L E C O L L E CT I ON E N A LU M I N IU M P O U R E M U, B A P T I S TE VA N DA E L E CR ÉDIT: CO URTESY OF L IG NE R OSE T.
S ’ I M PO S E C O M M E U N TA LE N T
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À SUIVRE DE PRÈS. C I- D E SS U S AV E C S A N O UV E L L E L A M P E E N BRONZE, JEROEN DE R U D D E R E P U I S E DA N S L’U N I V E RS D É CA L É D E S « PA S TA F RE A K S » D E PA S TO LO GY.
Jeroen De Ruddere crée depuis des années des lampes sculpturales hors du commun, le plus souvent avec des pieds en bois. Pour une version spéciale en bronze, il cherchait une inspiration culinaire, afin de tisser un lien avec cet autre monde créatif. Il l’a trouvée dans les pages de Sabato. L’histoire de Pastology, les deux passionnés de pâtes Bruna Bonaca et Emanuele Mazzaroppi, qui alimentent les chefs étoilés en pâtes faites main, l’a marqué. Pastology a d’ailleurs aidé le designer à réaliser un moule à partir de pappardelle fraîches, et De Ruddere en a tiré une lampe au joli nom de «Pappardelle». www.jeroenderuddere.com
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À GAU C H E AV E C « D O R A» ,
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Les Belges
Alain Gilles
We can be heroes Le Bruxellois Alain Gilles a débarqué à Milan avec une série de nouvelles créations, dont cette table «Hero» pour Mogg. Un design nourri de contrastes: le plateau semble presque flotter malgré de larges pieds, et les rondeurs douces du dessus entrent en tension avec les angles géométriques plus tranchants du piètement. Pour Mogg également, le designer a conçu la «Jumbo»: un meuble tubulaire, massif et graphique, adouci par une assise rembourrée. Pour Bonaldo, qui fête son 90e anniversaire, il a présenté la nouvelle console «Blocco», disponible en deux hauteurs. Gilles, qui a travaillé dans une autre vie dans la finance, dessine des meubles pour Bonaldo depuis 2008 et est devenu l’un des designers réguliers de la maison. www.alaingilles.com
Valerie Objects
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CR É DIT: EZIO MAN CIU CCA .
Qui a déjà pris le métro à Milan a sans doute emprunté la ligne M1. Tous les arrêts, y compris Duomo et San Babila, ont été dessinés par Franco Albini et restent immédiatement reconnaissables, avec leurs accoudoirs rouge vif et leurs murs façon terrazzo. Ce radicalisme a inspiré, en 2018, le bureau milano-bruxellois Piovenefabi pour une collection de mobilier destinée à la galerie Maniera. En plus de tables basses en silipol (ces panneaux muraux en béton moucheté), on y trouvait une lampe sur pied inspirée de la rampe d’escalier rouge. Bonne nouvelle: elle est désormais produite par Valerie Objects. Le duo, fondé par Giovanni Piovene et Ambra Fabi, a par ailleurs élargi la collection avec des lampes de table, des appliques murales et de nouvelles couleurs. www.valerie-objects.com
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Métro-boulot-dodo
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B&B Italia, Gaetano Pesce, 1969
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B&B Italia, Paolo Piva, 1980
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Anniversaires Au salon du meuble, les anniversaires de marque sont généralement célébrés en grande pompe.
Le gâteau n’est pas systématiquement au programme; les lancements pour l’occasion, en revanche, le sont toujours.
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Taille au-dessus
Carrière en duo
Pourquoi acheter un gâteau avec quinze bougies quand on peut fabriquer quinze chandeliers en aluminium aussi hauts qu’un homme, coiffés de bougies monumentales? C’est l’idée de Muller Van Severen. Voilà précisément quinze ans que la photographe Fien Muller et l’artiste Hannes Van Severen ont signé ensemble leur première collection de meubles. Né d’un projet sur invitation de la galerieValerie Traan, l’aventure s’est traduite par un succès fulgurant. Les grands chandeliers sont disponibles à la galerie Tim Van Laere, pour la coquette somme située entre 20.000 et 30.000 euros. Ils ont aussi conçu de plus petites versions, entre 60 et 90 euros, pour BD Barcelona. Pour revenir sur ces quinze années, ils ont publié avec la maison d’édition Apartamento un ouvrage rétrospectif réunissant l’ensemble de leurs travaux. Leur œuvre d’artistes, antérieure à l’époque MVS, y est aussi abordée. www.mullervanseveren.be
«C’est la toute première fois que nous consacrons une exposition à notre travail. C’était comme feuilleter un album de famille. Quand nous avons commencé, nous avions à peine une vingtaine d’années», raconte Jay Osgerby, qui a fondé il y a 30 ans son studio de design avec Edward Barber. L’exposition rétrospective «Alphabet» se tient jusqu’au 6 septembre à la Triennale di Milano. Barber Osgerby était partout cette année: une collection de robinets pour Axor, une chaise de bureau pour Kettal, une table de salle à manger pour Hermès, des chaises de salle à manger pour Kartell, une collection «outdoor» pour Dedon et un tapis pour Kasthall. www.barberosgerby.com
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Match parfait
Atteindre les soixante ans dans le secteur du design mérite une exposition, une sorte de «best of». C’est ainsi que des pièces emblématiques issues des archives de B&B Italia, comme le fauteuil «Up» conçu par Gaetano Pesce (photo), ont été présentées dans le showroom milanais de la marque. Mais réussir à se réinventer avec succès, voilà qui est encore plus remarquable. C’est précisément ce qu’a prouvé la marque avec une présentation de ses nouvelles créations signées Ronan Bouroullec, Michael Anastassiades et Vincent Van Duysen. www.bebitalia.com
Pour son anniversaire, Rimadesio s’est offert un nouveau siège. La marque italienne, connue pour ses systèmes de rangement chics, a demandé à Antonio Citterio de lui concevoir un tout nouveau campus à Giussano, actuellement en construction. Les réjouissances ne s’arrêtaient pas là: une exposition dans un palazzo médiéval, le Palazzo Isimbardi (photo), et de nouvelles pièces pour la collection. Parmi elles, «Ascot», une chaise en bois habillée de cuir, signée par leur designer maison Giuseppe Bavuso. www.rimadesio.it
«Psst, je vais être annoncé dans un instant comme le nouveau directeur créatif.» Nous sommes en 2016, et nous n’en croyons pas nos oreilles: un Belge à la tête créative d’un grand label italien de luxe. Dix ans plus tard, la collaboration ressemble plus que jamais à un match «made in heaven». Vincent Van Duysen enchaîne les collections à succès chez Molteni&C. Cette année encore, avec le canapé «Julian», plein de caractère. Et lorsqu’on les interroge sur ce partenariat, les Italiens sont catégoriques: «L’histoire de Vincent n’est pas terminée chez Molteni&C.» www.molteni.it
SA BATO
Sortir du placard
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CR ÉDIT: CAM IL LE VI VIE R.
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Se réinventer
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Nouvelles têtes À Milan, les valeurs sûres ne manquent pas. Tous les poids lourds sont au rendez-vous,
mais on y voit aussi émerger une belle génération de jeunes talents, dont un Italien nostalgique et un nouvel arrivant japonais qui a réussi à attirer quelques-uns de ces grands noms.
Homo Nostalgicus Les intérieurs de Giuseppe Porcelli, architecte et designer, surprennent autant que captivent. Sa signature? Un mélange de pièces historiques, d’esthétique classique et de touches contemporaines. Et il n’hésite pas à afficher ses convictions. L’an dernier, au Salone déjà, il avait dynamité le concept genré du «bachelor pad» en transformant son propre studio en «garçonnière» à rebours du stéréotype masculin. Cette année, il vient de dévoiler un appartement entièrement décliné en nuances de rouge: une scène nocturne glamour, écrin de sa nouvelle collection de mobilier. www.giuseppeporcelli.com
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CR É ÉDIT: DIT: XX XX X
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Homme à la mode
C I- D E SS U S AV E C L A C O L L E CT I O N « H IN O D E » , V I N C E N T VA N D UYS E N A P P O RT E S A S I G N ATU R E É P U R É E À L’ E S T H É T IQ U E JA P O N A I S E . À GAU C H E D E LO R O P I A N A À LO U I S VU I T TO N , C R IS T I Á N M O H A D E D FA I T AU J O U R D’ H U I PA R L E R D E LU I AV E C S A C H A I S E « C O R SE T TO » .
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Cette année, la marque japonaise de mobilier Koyori s’est offert quelques signatures de poids. Au Salone, elle a notamment présenté la chaise «Hinode», signée Vincent Van Duysen (photo). Dans cette collection de six pièces, le designer belge a également dessiné un tabouret, une table basse, une table d’appoint et une «lounge». Le duo GamFratesi a, de son côté, créé la table d’appoint «Kinomi», perchée sur de fines jambes, et imaginé la scénographie du stand. Koyori a aussi dévoilé une nouvelle chaise de Ronan Bouroullec, ainsi qu’un design déjà existant de Michael Anastassiades. Fondée en 2022 par plusieurs fabricants japonais, Koyori est née avec l’ambition de produire des meubles haut de gamme, raffinés, ancrés dans l’esthétique japonaise. Le designer britannique Jasper Morrison en a défini l’identité de marque. www.koyori-jp.com
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Big in Japan
SA BATO
Si le designer argentin Cristián Mohaded a fondé son propre studio à Buenos Aires en 2008, la percée n’est arrivée que quelques années plus tard, lorsqu’il a transposé l’univers de la marque de mode Loro Piana dans des objets d’intérieur. Entre-temps, il a signé des créations pour la ligne baptisée «Objets Nomades» de Louis Vuitton. Son travail se reconnaît à des techniques et des matériaux artisanaux, qui renvoient à ses racines sud-américaines, ainsi qu’à un sens très sûr du style et de l’élégance. Cette année, Cristián Mohaded fait sensation avec le fauteuil lounge «Corsetto» pour Molteni&C, ce qui lui vaut immédiatement le titre de «designer of the year» pour le magazine Elle Decoration. www.cristianmohaded.com
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Nouvelles têtes
Indispensable
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Quelques années après avoir été diplômées de la Design Academy d’Eindhoven, les françaises Sidonie Lepetit, Léa Bardin et Lucile Barbier ont fondé ensemble Studio CoPain. Un nom à prendre presque au pied de la lettre: elles font réellement du design à partir de pain. Pour elles, le pain (et surtout la baguette) est une icône politique et culturelle. Leur travail se situe à la croisée de l’alimentation, de l’artisanat et du storytelling. Leur portfolio va du catering» et du food design au design produit et au set design. www.studiocopain.com
Décor sous dopamine C I- D E SS U S L’ I N D I E N N E M E H E K M A L H OT RA , FO N DAT RI C E D E G I G G L I N G M O N K E Y, A SS O C I E C O U L E U R S É C L ATA N TE S E T T R A D I T IO N S I N D I E N N E S . S O N A M B I T IO N : C O N C E VO I R D E S E S PAC E S Q U I RE N D E N T H E U RE UX . À GAU C H E S TU D I O C O PA I N FA I T D E L A B AG U E T T E
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U N V É R ITA B L E SY M B O L E
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C U LTU R E L .
Coloré, folk, optimiste, assumé: difficile de trouver qualificatifs plus justes pour décrire l’univers de la designer indienne Mehek Malhotra. Avec son studio créatif Giggling Monkey, elle mêle esthétique contemporaine et traditions indiennes, une formule qui lui a déjà valu des apparitions dans des magazines comme AD et une place dans la liste Forbes «30 under 30». Ses intérieurs ressemblent à un kaléidoscope de couleurs et de motifs, toujours portés par des récits. Son objectif ultime? «Créer des lieux où les gens se sentent bien.» Formée au graphisme, Mehek Malhotra travaille aussi comme artiste visuelle, notamment pour Google et Adidas. Elle est également «creative lead» pour l’Inde au sein de la plateforme de design Canva. www.gigglingmonkey.studio
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magnitude.be
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Carnet d’adresses Après la Design Week de Milan, des centaines d’expositions, de présentations et
d’événements, il ne reste souvent que des souvenirs, des images de presse et des stories Instagram. Heureusement, certains hotspots jouent les prolongations.
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Casa Fornasetti
Apero’ clock
À l’occasion du Salone, Fornasetti a rouvert sa boutique, flambant neuve. Car si la marque italienne de déco occupe ce lieu depuis des années, l’immeuble d’angle du CorsoVenezia a, lui, été entièrement repensé par le studio Tutto Bene. L’objectif: nous plonger dans l’univers Fornasetti, au point que l’endroit ressemble parfois davantage à un musée qu’à une boutique. Comme une promenade dans une archive vivante. Et c’est bien de cela qu’il s’agit: tout ce qui s’y trouve est issu de l’œuvre de Piero Fornasetti, transmise à son fils Barnaba, qui dirige aujourd’hui la marque et la fait évoluer. Pour la présentation de cette année, il a sollicité CC Tapis afin de créer ensemble une collection de tapis, forte de quarante designs différents. www.fornasetti.com
À mi-chemin entre bar à vin, «listening bar» et club de danse, Fiorin Fiorello change de visage au fil de la soirée: on commence par boire, on finit par danser. Ce tout nouveau hotspot s’est doté d’un intérieur soigné signé par le studio Parasite 2.0: rideaux drapés avec générosité, mobilier tubulaire en inox, comptoir accueillant et grande «lightbox», dont la lumière glisse du jaune au rouge au cours de la nuit. Via Fratelli Bronzetti 38 à Milan.
CR É DIT: LU DOVI C B A L AY.
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Voisins de La Scala
Autour du pot
Palais somptueux
Le label italien de luxe Poliform a inauguré un showroom flambant neuf à une adresse iconique: Piazza della Scala, à deux pas du célèbre Duomo, et juste à côté du Teatro alla Scala. Déployé sur trois étages, l’espace a été dessiné par Stefano Belingardi Clusoni, architecte milanais. Une mission confortable, puisqu’il pouvait puiser pour l’aménagement dans une collection immense de meubles Poliform. Le concept: une urban villa, pensée pour découvrir les nouveautés dans un contexte domestique. www.poliform.it
À quelques pas de la boutique Prada de la Via Montenapoleone, le premier magasin Prada Home a ouvert ses portes pendant la Design Week. Ici, pas de sol en damier ni de vert menthe emblématique: place à une ambiance japonaise «wabi-sabi». Le pavillon de thé niché dans le jardin à l’arrière renforce cette sérénité orientale. Ce n’est pas un hasard si, pour l’ouverture, Prada a programmé une exposition du céramiste américain Theaster Gates, proche de Miuccia Prada et très actif au Japon. Dans la boutique, il a présenté une vaste collection de «chawans»: des bols traditionnels utilisés pour le thé. www.prada.com
La soirée la plus mondaine de la semaine? Sans doute l’opening party du nouveau showroom du groupe américain RH, à Milan. Même l’actrice Margot Robbie, éternelle Barbie, a dansé dans le jardin du magnifique palazzo, dessiné par Giorgio Pellini, l’architecte qui a aussi conçu la Galleria Vittorio Emanuele II. «The Gallery», nom donné au siège italien de RH, est bien plus qu’un showroom: une galerie d’art, un bureau d’architecture d’intérieur, une agence immobilière à grande échelle, mais aussi un restaurant, un bar et un lounge. www.rh.com
CR É DIT: AN DR EA BR E DA .
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4 0 — L A M A I N D ’ E L I A S : C O M M E N T U N F I L S D E M E N U I S I E R C O N Q U I E R T L A S C È N E I N T E R N AT I O N A L E D U D E S I G N 5 0 — D E L A G R A N G E À S I N G A P O U R : R AYA H WAU T E R S , E S P O I R B E L G E D U L O E W E C R A F T P R I Z E 5 8 — S U V À D E U X R O U E S : L OW I E V E R M E E R S C H D O T E L A M O T O D ’ U N C O F F R E 8 0 — B A S L E S M A S Q U E S : H A N S C O R A J O U E D E L’A N O N Y M AT D E S E S I N V I T É S P O U R L E S D É VO I L E R DAVA N TA G E
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IL FIGURE DANS LE CARNET D’ADRESSES DE VINCENT VAN DUYSEN, A CONTRIBUÉ À DONNER UN VISAGE AU NOUVEAU THE JANE ET, AU SALONE DEL MOBILE, A RÉCEMMENT AFFICHÉ SES AMBITIONS I N T E R N AT I O N A L E S . M I E U X V A U T R E T E N I R L E N O M D ’ E L I A S V A N O R S H A E G E N . R E N C O N T R E A V E C L ’ U N D E S J E U N E S D E S I G N E R S L E S P L U S P R O M E T T E U R S D U M O M E N T . « J ’ A I L O N G T E M P S S A V O U R É L ’ A N O N Y M AT . »
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as besoin d’être un chiromancien chevronné pour deviner la passion d’Elias Van Orshaegen. Ses doigts et ses paumes tachés de noir parlent d’eux-mêmes. «Désolé, ce sont des restes de colle à bois», sourit-il. «Je n’aime pas travailler avec des gants. Le contact avec le matériau est trop important.» Pour Elias Van Orshaegen (30 ans), les derniers mois ont été denses. Il vient de présenter de nouvelles pièces lors du Salone del Mobile à Milan. L’an dernier, il a intégré plusieurs meubles et sculptures dans le nouvel intérieur du restaurant deux étoiles The Jane. Au mois de septembre, il enchaînera avec une expo en solo chez Obumex, à Knokke-Heist. Quant aux commandes privées, elles sont légion. «Tout va soudain très vite», acquiesce l’Anversois. «Qu’on se comprenne: je vis cette effervescence de façon positive. Pouvoir s’arrêter de temps en temps reste essentiel.» Le décor s’y prête: un mercredi matin tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Il est 8h30 quand une tasse de café fumant atterrit sur la table. D’habitude, à cette heure-là, Elias Van Orshaegen est déjà en route pour son atelier à Herentals. «Vous savez que je me suis longtemps senti coupable de ne commencer à travailler qu’à 9 heures», confie-t-il. «Mon père est menuisier, donc j’étais habitué aux horaires du secteur de la construction. Si vous arrivez à 9 heures là-bas, on vous dit «goedemiddag». (rires) Mais je sais aussi que je ferais ça 24/7, si je ne me retenais pas. Même si, parfois, on ne peut pas faire autrement. Il y a trop de choses cool auxquelles je devrais renoncer sinon.»
P H OTO D’O UV E RTU R E L E D E S IG N E R E L I A S VA N TOT E M D E T R O IS M È T RE S D E H AUT QU’ I L A C O N Ç U P O U R
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D E UX É TO IL E S , TH E JA N E .
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C I -D E SS U S DA N S S ON AT E L I E R D E H E R EN TALS, E LI AS VA N OR S H AE GEN T R AN S FO R M E D ES MATÉRI AUX B R UT S CO M M E LE BÉTON E T L’A LU M I N I UM E N OBJETS S C U LP TU R AUX .
SA BATO
ELIAS VAN ORSHAEGEN: «Prenez le projet que j’ai pu faire, fin de l’an dernier, pour Vincent Van Duysen. Pour la rénovation du flagship store de Zara, à Barcelone, il a commandé trois sculptures. J’ai eu carte blanche, mais elles devaient être prêtes quatre semaines plus tard. En clair: bosser du matin jusque tard dans la nuit. Impossible de refuser, non? Heureusement, j’ai désormais un collaborateur à l’atelier pour l’exécution. Si je devais tout fabriquer seul, je ne pourrais jamais être aussi flexible.» «En parallèle, il y a beaucoup de commandes personnelles. Elles sont très variées, parce que ces dernières années j’ai travaillé aussi bien le béton, le bois de récupération que l’aluminium. C’est amusant: certains clients, des années plus tard, continuent à demander mon tout premier design.» On se souvient notamment de la «Love Seat» (2021): un petit banc en aluminium dont la surface courbée fait, presque malgré vous, glisser deux personnes vers le centre. Un meuble ludique, poétique. Vous aviez 25 ans. Est-ce encore représentatif de votre style? «Aujourd’hui, je cherche à me distinguer autrement. Je reste totalement derrière l’objet, mais avec ce langage formel épuré, j’y imprimais moins ma patte. Un ami a même repéré un «lookalike» sur un site américain. Aujourd’hui, plus que jamais, j’essaie de montrer ma patte de designer dans mes créations. Avec des textures uniques et le processus de fabrication, je veux susciter la curiosité.» Vous rentrez tout juste de Milan. Sur place, avec l’architecte d’intérieur Maarten Van Meerbeeck, vous avez conçu une installation dans une galerie du centre-ville. «Milan est une carte de visite internationale très inté-
À D R O I TE AU S A LONE DEL M O BI LE D E M I LA N , ELIAS VAN O R S H AE G E N A N OTAMMENT P R ÉS EN T É CE T T E TABLE.
Je sens que j’ai enfin trouvé ma voix en tant que designer.
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CR ÉDIT: AN TO N FAYL E , COU RT E SY OF E LI A S VA N ORS H A E GEN.
CR ÉDIT: XX XX X
Sabato: Dites-nous en plus.
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«Une fois cet étage réduit à un vaste plateau de béton brut, j’ai été séduit par la beauté de cet espace ouvert et j’ai choisi de conserver l’appartement entièrement décloisonné.»
À GAU C H E L A TA BL E «C UR OS O» , C ON Ç U E PA R E LI AS VA N OR S H AE G EN P O U R L E L AB E L M I N I M A LI ST E L EI BA L , E S T R ÉA L I S É E D E M A N I È R E ART I S A N A LE EN A LU M I N I UM C O UL É , FAÇ ONN É ET POLI.
ressante. Une galerie de Los Angeles est venue découvrir mon travail et fera bientôt transférer quelques sculptures vers Venice Beach. J’étais ravi de mener ce projet avec Maarten. Nous nous sommes rencontrés lorsque j’ai réalisé une pièce pour un de ses intérieurs en Écosse, et nous rêvions depuis longtemps d’un projet commun. Milan était l’occasion idéale. Le Salone avait à la fois un parfum d’aboutissement, celui vers lequel je travaillais depuis plusieurs années, et de nouveau départ. J’ai le sentiment d’y avoir trouvé ma voix de designer.» DE L’ÉPÉE AU TOTEM
Il devait avoir une dizaine d’années lorsqu’il a réalisé ses premières créations dans l’atelier de son père. Sur l’établi deVan Orshaegen senior, le jeune Elias s’intéressait moins aux portes et fenêtres qu’aux épées et boucliers en bois. «C’était une sorte de terrain de jeu», se souvient-il. La suite semblait toute tracée. Adolescent, il étudie le travail du bois. «Je n’étais pas vraiment un bon élève», rit-il.
À D R O I TE LO R S D E W E E K D E M I LA N , VA N O R S H AE G E N A P R É S E N T É, E N CO L LA B OR AT I ON AV E C L’A R CH I T ECT E D’ I N T É R I E UR M A ART E N VA N M EE R B E ECK , L E P R O JE T « GA R ÇO N N I È RE». C ELU I - CI CO M P R EN D N OTA M M EN T UN DAY B E D E N P I N ET EN S O I E , LA « CU R I OS A F LO OR LA M P I I», A I N S I Q U’U N E TA BL E E T UNE C ON S O LE «KU R A ».
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«L’école me semblait trop facile. Je m’ennuyais, je comptais les heures avant de rentrer. Mais à 16 ans, j’ai eu un professeur qui me donnait régulièrement des exercices, plus difficiles. Pendant que le reste de la classe devait faire un châssis droit, moi je devais en produire une version arrondie. Je le maudissais, tout en étant complètement happé.À partir de là, j’arrivais toujours le premier en classe pour continuer mes projets. Il avait compris que ce qui me manquait, c’était le défi.» À 18 ans, l’étape logique est d’entrer dans une menuiserie. «J’ai vite compris que ce n’était pas ma place. Dès la première semaine, mon collègue et mentor m’a dit: «Tu n’es pas à ta place ici.» Il voyait mon potentiel, mais il constatait aussi à quel point la routine me rendait malheureux. Il y a deux ans, il m’a écrit qu’il avait vu juste en pensant que son ancien collègue deviendrait artiste. Après une formation complémentaire en design d’intérieur, vous décidez de vous lancer comme designer. Non sans quelques heurts, apparemment? «Après ces études, je me suis tout de suite lancé comme indépendant à titre complémentaire. Je travaillais dans un bureau d’architecture d’intérieur et, après mes heures, je fabriquais mes premiers meubles. J’ai tenté
À GAU C H E P O U R L E R E S TAU R A N T T H E JA N E, E L I A S VA N OR S H AE G EN N ’A PA S S E U L E M E N T C ON ÇU L E S TA B L ES ( P H OTO D U
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H AUT ) , M AI S AU SS I UN E
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M O N U M E N TA LE «C H E F ’ S TA B L E » ( P H OTO D U B A S ) .
à quatre reprises de devenir designer à temps plein, mais je me heurtais invariablement au même obstacle financier: les fonds étaient tout simplement épuisés.À un moment, je suis allé travailler chez Ben Storms (designer anversois, connu pour son «collectible design», NDLR). Il m’a dit: «Continue tant que la combinaison tient. Et quand ça ne marche plus, il faut sauter.» J’ai fini par le faire en 2024. Et je ne me suis plus retourné.» Parmi les projets prestigieux qui jalonnent déjà votre CV, il y a le nouvel intérieur de The Jane. L’architecte bruxellois Nicolas Schuybroek vous a sollicité l’an dernier pour y créer plusieurs pièces. Il salue votre combinaison singulière de brutalité élégante, de chaleur et de précision. «Ses pièces ont quelque chose de monolithique et d’élémentaire, presque une forme de force primordiale, tout en restant raffinées et tactiles», écrit l’architecte à votre sujet. «Waouh, c’est magnifiquement formulé. Et je me retrouve à 200% dans le style de Nicolas. The Jane, c’était encore un projet impossible à refuser. C’est un nom international, mais surtout, ça a fait que les gens du village où j’ai grandi ont soudain compris ce que je
CR É DIT: PI ETER D’HO OP, R OMA IN L A PR A DE .
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«Je me suis longtemps senti coupable de ne commencer à travailler qu’à 9 heures. J’étais habitué aux horaires du secteur du bâtiment.»
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Photos Flavien Carlod, Baptiste Le Quiniou, non contractuelles. TASCHEN, Architecte Georges Vandenbussche pour Konstrukto, Restauration Edward Weysen pour WE-S architecten et Lore De Baere..
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DESIGNER SANS NOM
Rares sont les marchés qui semblent avoir autant gagné en importance ces dernières années que celui du «collectible design». Pourtant, Elias Van Orshaegen a longtemps refusé d’étiqueter ainsi son travail. «Peut-être par modestie?», hausset-il les épaules. «Qui suis-je pour dire que mon travail est collectionnable? Je suis très fier de ce que je fais, mais mes objets se situent peut-être davantage entre art et fonctionnalité. Ils gardent une forme d’humilité.» Osez-vous aujourd’hui parler de «collectible design»? «Je réalise régulièrement des pièces spécifiques à la demande d’architectes. Grâce à leur caractère unique, ce sont peutêtre elles qui se rapprochent le plus du «collectible design». Comme les objets et meubles que l’architecte Robert Mallet-Stevens a conçus pour laVilla Cavrois, à Croix, en France. Bien sûr, moi aussi je fais parfois des pièces en édition limitée, y compris tout récemment pour Milan. Je constate qu’une certaine rareté compte, surtout aux yeux des clients potentiels. Mais si je réalise une lampe en 25 éditions, je ne veux pas automatiquement l’appeler un «collectible». J’y vois plutôt une délimitation. Et, après un temps, travailler toujours le même design, j’en ai simplement fait le tour: je me concentre déjà sur le suivant.» Les collectionneurs ne seront pas d’accord. «Quand on me disait autrefois qu’on achetait une de mes pièces comme investissement pour l’avenir, je n’arrivais pas à y croire. Je n’ai commencé à faire des certificats que parce que la demande existait, pas parce que je voulais absolument faire circuler mon nom. J’ai justement longtemps savouré l’anonymat. Être un designer inconnu a son charme. J’ai toutefois fini par comprendre que, paradoxalement, connaître la personne derrière peut rendre le travail encore plus précieux.Vos objets ont plus de chances de traverser le temps. Et à quel point ce serait chouette si, un jour, le petit-enfant de quelqu’un avait toujours plaisir à vivre avec mon œuvre chez lui?» ◆ EX POSITIO N ELIAS VAN ORSHAEGE N: DU 14 AOÛT AU 26 SEP TEMBRE CHE Z OBU MEX , À KNOKKE-HEIST. WWW.E LIASVO.COM
«Qui suis-je pour prétendre que mon travail mérite d’être collectionné? Mes objets se situent peut-être davantage entre art et fonctionnalité.»
CR É DIT: AN TON FAYL E .
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fabrique dans mon atelier. Longtemps, mes autres clients étaient trop abstraits pour eux. Le restaurant de Nick Bril, en revanche, tout le monde le connaît.» Vous y avez notamment réalisé une «chef’s table» de trois mètres de long et plusieurs tables de bistrot en béton. «The Jane a été une étape clé à plusieurs égards. Le but était de créer des choses qui n’existaient pas dans mon portfolio. Nick Bril m’a, par exemple, demandé si je pouvais développer quarante assiettes de présentation en aluminium. Et j’ai aussi réalisé, pour la première fois, une sculpture de trois mètres de haut près du hall.» Ce totem, Thijs Demeulemeester, journaliste pour Sabato, l’a comparé à Constantin Brancusi. Le sculpteur est-il une source d’inspiration? «Je m’efforce de ne pas penser à lui quand je conçois. Je suis un grand admirateur de son œuvre, donc je prends ça comme un très beau compliment. Je pense apporter une réponse contemporaine à son travail. Mon rêve, c’est de transformer, comme lui, mon atelier en une sorte de jardin de sculptures. Brancusi m’inspire autant humainement qu’artistiquement, même s’il était aussi une sorte d’homme des cavernes, toujours dans son studio. Moi, je trouve important de continuer à sortir suffisamment de ma grotte. (rires) J’aime trop le contact avec mes clients pour y renoncer. En général, j’installe moi-même mon travail le week-end.Cela donne une dimension supplémentaire à mon travail, tant pour eux que pour moi. Je sais ainsi où mes objets atterrissent. Même si je devrai sans doute y renoncer un jour.»
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DANS SA GRANGE À VELM, UN HAMEAU PRÈS DE SAINT-TROND, RAYAH WAUTERS ÉCOUTE CHANTER SON CISEAU. A I L L E U R S , D E S C O N N A I S S E U R S M U R M U R E N T S O N N O M . S E S P I È C E S F A Ç O N N É E S D A N S D U B O I S L O C A L D E R É C U P É R AT I O N L U I V A L E N T A U J O U R D ’ H U I U N E P L A C E S U R L A « S H O R T L I S T » D U L O E W E F O U N D AT I O N C R A F T P R I Z E 2 0 2 6 , L A R É F É R E N C E I N T E R N AT I O N A L E E N M AT I È R E D ’ A R T I S A N AT C O N T E M P O R A I N . A V A N T D E S ’ E N V O L E R P O U R S I N G A P O U R , O Ù E L L E S E R A L A S E U L E F I N A L I S T E B E L G E À L A R E M I S E D U P R I X , S A B AT O A R E N C O N T R É L ’ H A S S E L T O I S E D A N S S O N AT E L I E R .
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EN BAS À DRO ITE POUR SES OBJET S, RAYAH WAUTERS UTI LI SE EXCLUSIVEMENT DES DÉCH ET S DE BOIS DE LA RÉGION, COMME DU BOIS DE PEUPLIER PR OVENAN T DES ENVIRONS DE S AI NT-TR ON D. EN BAS À GAUCHE POUR RAYAH WAUTERS , LES MOTI FS SONT UN E MANIÈRE DE TR OUVER DE LA ST RUCTURE DANS LE CHAOS DE SES PENS ÉES
ayah Wauters (37 ans) tressaille quand je la retrouve dans sa grange pleine de chutes de bois, au milieu d’un paysage composé de vaches au pâturage et de fleurs de poirier. «À l’atelier, j’ai presque toujours de la musique dans mes oreilles», sourit-elle. «Ici, personne ne me dérange. Je peux m’y retirer, travailler avec une concentration totale, loin du tumulte de mes trois enfants.» Ils ne sont pourtant jamais très loin: la grange fait partie de son petit paradis vert à Velm, près de Saint-Trond; ce coin du Limbourg où elle vit et travaille depuis huit ans.
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TIM BR
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Avec son mari, elle a entièrement reverdi le site. L’entreprise d’entretien des arbres de ce dernier traverse d’ailleurs son travail comme un fil rouge: «Je fabrique tous mes objets à partir de ses déchets de bois, venant du Brabant flamand ou du Limbourg. Pour ma toute première pièce, j’ai travaillé un morceau de chêne américain. Depuis, nous continuons à récupérer des morceaux d’arbres; aujourd’hui, nous en avons une centaine en réserve dans laquelle je peux aller puiser.» Parce qu’elle dispose d’un hangar rempli de bois et que l’usage de matériaux locaux lui semble aller de soi, elle lance en 2020 l’app Timbr. Les utilisateurs peuvent y inventorier leur stock de bois; la plateforme
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J’ai arrêté ma machine et j’ai soudain vu du potentiel dans une fibre de bois arrachée. Ce petit incident , je ensuite essayé de le reproduire des dizaines de milliers de fois. de vente suivra bientôt. «Ainsi, d’autres artistes et designers auront accès à du bois de leur quartier, ou à des alternatives intelligentes, avec les mêmes qualités que l’essence qu’ils recherchent.»
semble à de l’argile. Qu’est-ce que je peux en faire?» Je pense souvent de façon un peu folle, presque enfantine. J’attrape quelque chose sans réfléchir et j’en fais autre chose. Cela vous emmène vers des territoires inattendus.»
LA SÉREN DIPITÉ
L’un de ces endroits, c’est la National Gallery Singapore, où elle est attendue le 12 mai, seule finaliste belge, pour la remise du Loewe Foundation Craft Prize 2026. Cette récompense internationale consacrée à l’artisanat contemporain a été créée il y a dix ans par le directeur artistique Jonathan Anderson. Parmi plus de 5.000 candidatures, un panel a retenu trente finalistes, dont Rayah Wauters. «C’est ma quatrième œuvre, et de mon tout premier objet en 3D dont j’ai estimé qu’il était terminé. En fait, j’avais presque renoncé à m’inscrire. Je me disais: laissez-moi expérimenter ici sans fin, commencer quelque chose pour ensuite ne pas le finir. Parce que c’est quoi, «terminé», au juste? Autour de moi, on insistait pourtant: «Rayah, c’est terminé, inscris-toi!» Quand j’ai appris la nouvelle au téléphone, j’ai repensé aux quinze dernières années. Même si c’est ce que j’aime faire plus que tout, et si possible jusqu’à un âge très avancé, mentalement c’était parfois lourd. Je ne peux pas en vivre.» «Après cet appel, j’ai rameuté toute la maison, j’ai crié, j’ai pleuré: rien que la perspective de voir des portes s’ouvrir me rend heureuse (en juin, elle décroche pour la première fois une présentation en solo dans une galerie à Hasselt, NDLR). J’ai travaillé si dur pour en arriver là. Je suis reconnaissante d’avoir la chance, aujourd’hui, de montrer mon travail dans un contexte plus large (jusqu’ici, elle n’avait exposé que dans peu d’endroits, sauf parfois en groupe à Hasselt et à Courtrai, NDLR).» Après la cérémonie, son œuvre sera exposée à la National Gallery, avec celles des 29 autres finalistes, jusqu’au 14 juin, avant de retourner à Velm. Détail singulier: ce petit hameau compte désormais deux finalistes du Craft Prize. L’artiste philippino-belge Racso Jugarap (sélectionné en 2024) y est lui aussi établi.
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DE LA CHARGE MENTALE
PHOTO D U H AUT RAYAH
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E X P É RI M E N T E R.
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Pendant des années, elle a créé des meubles sur commande à partir de ce bois, jusqu’au moment où l’étincelle a jailli. «Même si je ne savais pas que c’était ce que je recherchais. Pendant mes études d’architecture d’intérieur à l’UHasselt, je sentais déjà que je ne dessinerais pas des intérieurs. Dans le cadre de ma formation Vomo (formation continue en design de mobilier) à Thomas More, j’ai fait un stage chez un facteur d’orgues. Là, j’ai découvert la beauté d’un artisanat. Ce n’est qu’il y a quatre ans que quelque chose a vraiment cliqué en moi, quand, au tour à bois, j’ai fait une erreur. J’ai arrêté la machine et j’ai soudain vu du potentiel dans une fibre de bois arrachée. Entre deux commandes, j’ai disséqué ce «petit accident»: j’ai essayé de le reproduire, d’expérimenter, de m’exercer, de chercher, des dizaines de milliers de fois. J’ai modifié mes ciseaux et inventé mon propre système de serrage pour rendre ces «cheveux» réguliers, essence par essence. Même si la première phase d’essais est derrière moi, il reste tant de paramètres avec lesquels jouer que j’obtiens chaque fois un résultat totalement neuf.» Cette démarche d’exploration, elle la pousse partout. «Pendant mes études, par exemple, j’ai fabriqué un tabouret avec le fumier des vaches de mes beaux-parents, qui sont éleveurs laitiers. Je me disais: «Ça res-
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La perspective de voir enfin des portes s’ouvrir me rend intensément heureuse. J’ai travaillé si dur pour en arriver là.
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S U R H U M A I N E . D U RA N T C E
DU BOIS.
P RO C E SS U S , R AYA H WAUT E R S N ’ É C O UT E Q U E L E « C H A N T » D E S E S C I S E AUX .
ENFIN LES ÉT INCELLES
La pièce avec laquelle elle concourt est née d’une de ces expériences qui restent parfois des semaines dans l’attente, «inachevées», jusqu’à ce qu’elle y pose un regard neuf. «C’est du bois de peuplier, une essence qu’on voit partout à Velm, mais que le secteur sous-estime souvent. Là, quelque chose s’allume en moi: j’ai envie d’en montrer le meilleur. C’est aussi le message de mon travail: tout et tout le monde a du potentiel, mais il faut prendre le temps et faire l’effort de continuer à chercher. Je trouve qu’aujourd’hui on abandonne trop vite; pas seulement les matériaux, mais aussi, par exemple, les relations humaines.» Elle travaille avec plusieurs techniques de coloration, comme la peinture, l’huile et la teinture. Sur le peuplier, une encre de Chine locale donne, dit-elle, le meilleur résultat. «Elle apporte au bois une magnifique scintillation. À l’inverse, sur du tilleul, par exemple, l’encre pénètre tout autrement.» «Comme toujours, j’ai divisé ma planche en fragments, j’ai créé les «cheveux», puis j’ai réassemblé les fragments en un motif. Souvent dans un ordre complètement différent, en trempant certaines pièces dans l’encre. Ensuite, je les ai sciés à nouveau et j’ai recomposé un autre motif, jusqu’à obtenir ma première forme en 3D. Je ne savais donc pas, à l’avance, à quoi ressemblerait le résultat: la forme dépend des motifs que je crée au fil du processus.» Construire des motifs en puzzle, expérimenter, recommencer: sa grange, dit-elle en souriant, ressemble à un terrain de jeu. EN PLEINE M ÉDITATIO N
Nous laissons derrière nous les pièces «work in progress» du rez-de-chaussée et montons vers une petite pièce de travail fermée. Ici, entre ses objets de design terminés et son tour familier, ses créations prennent forme. Tout en haut du mur, une inscription attire le regard: «introverted entity». «Le chaos dans ma tête se retrouve, d’une manière ou d’une autre, dans le résultat final. Dans les motifs où je parviens à trouver une structure, mais aussi dans le
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processus: je suis très introvertie et ma tête peut ressembler à un flipper qui s’emballe. Pourtant, le travail répétitif, faire les «cheveux», me calme. J’écoute toujours de la musique, sauf quand je fais ça. Là, je dois écouter le son de mon ciseau pour déterminer la profondeur. Je fais ça au maximum vingt minutes d’affilée: je suis tellement hyperfocalisée que je ne peux penser à rien d’autre. Ma respiration change, mon corps se tend, c’est presque méditatif. C’est exactement ce qui m’y attire: ça apaise mon esprit.» CHÈRE MÈRE NATURE
Les motifs nourrissent aussi son imaginaire. «Je les vois partout autour de moi, y compris en dehors de la nature: dans la construction d’un chardon boule, dans la structure d’un toit. Je garde en mémoire ces fragments du réel, et ils finissent par se déposer dans mon travail.» «Mon mari et moi nous sommes entraînés l’un l’autre dans notre passion pour la nature, et nous allons toujours plus loin. Chaque année, nous plantons encore un arbre dans notre cour. Et même en dehors de notre petit domaine, nous avons beaucoup d’idées pour l’avenir, au bénéfice de la nature. Quoi, exactement, je ne le sais pas encore, mais j’ai l’impression que cela annonce une prochaine étape. Ce n’est pas parce que j’utilise du bois que, face à chaque arbre, je me dis: ah, ce serait un beau bois de design. Je préfère vraiment le voir debout plutôt que couché.» ◆ WWW.RAYAHWAUTERS.COM LE LOE WE FOUNDATION CRAF T P RIZ E 2026 SERA REMIS LE 12 MAI. WWW.CRAF TPRIZE .LOE WE .COM
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«À la vue de ce véhicule, je me suis demandé: «Comment cela n’existait pas déjà?»
DESIGN
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ors de la dernière Design Week de Milan, un seul objet attirait tous les regards. ANY a tout pour devenir la coqueluche du public. Dans la cour du Palazzo Reale, non loin de la Piazza del Duomo, l’enthousiasme était palpable. Le magazine Wallpaper lui-même, référence en la matière, s’est invité au petit-déjeuner réservé à la presse et aux influenceurs. «Plutôt cyberpunk», glissait-on, admiratif, devant ce design qui fait un clin d’œil aux motos du jeu vidéo du même nom. Ce succès n’a rien d’un hasard. Pour Sabato, l’histoire d’Any commence à l’été 2024, lors d’un roadtrip autour de Granstudio, le studio turinois de LowieVermeersch (51 ans). C’est là que nous avions découvert la «Rise», ancêtre du modèle actuel. LowieVermeersch parlait alors du «premier beau scooter cargo électrique». Depuis, à coups de présentations au Wintercircus de Gand et au festival technologique et d’innovation SuperNova, le projet a pris de l’ampleur et est devenu une catégorie de véhicule à part entière. Aux côtés de Granstudio, deux autres cofondateurs portent l’aventure: Erik de Winter (45 ans), à l’origine (en 2019) du système de vélos e-cargo partagés Cargoroo, et Chris Poulissen (62 ans). Architecte de formation, ce dernier est passé de projets internationaux d’infrastructure et de «masterplanning» à la mobilité urbaine durable. La ligne, comme la finition des matériaux, accrochent immédiatement l’œil. Pas de carénage en plastique: ici, le cadre en aluminium reste visible. Il structure l’objet, signe le design et, au passage, respire la qualité. On note aussi un textile en microfibre à l’allure d’alcantara. Le point focal: un espace de 120 litres à la place du moteur.
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C I- C O N T RE A N Y S E P E N S E C O M M E U N E P L AT E FO R M E A DA P TA B L E À D I F F É R E N T S M O D E S D E V IE : V E RS I O N FA M I L I A L E , D É C L I N A IS O N «O UT D O O R» O U M O D È L E D É D I É À L A L I V RA IS O N D E C O L I S, S O N C H Â SS I S S E P RÊ TE À D E M U LT I PL E S C O N F I G U RAT I O N S .
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LIFE UTILITY VEHIC LE
ANY ne se limite pas à un seul véhicule: quatre configurations sont proposées. L’une cible les familles, avec de la place, par exemple, pour un panier pour chien et un coffre supplémentaire à l’arrière. La variante destinée aux navetteurs mise sur des rangements compartimentés. La version «outdoor» adopte une autre fourche avant, un porte-bagages et des panneaux réglables pour y glisser du matériel de camping. Enfin, la déclinaison «business» se dote de plusieurs compartiments permettant, par exemple, d’empiler des colis.
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CI-DESSOUS AVEC ANY, LE BELGE LOWI E VERMEER SCH IN TRODUIT UNE NOUVELLE
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Le besoin est évident et la mobilité urbaine représente un marché gigantesque.»
CATÉGORIE DE VÉH ICULES: LE «LIFE UTI LI TY VEH ICLE » (LUV), UN DEUX-R OUES ÉLECTR IQUE OFFR ANT UNE LARGE CAPACITÉ DE CHARGEMENT.
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GIGAMARCHÉ
Au cours des 18 derniers mois, ANY a considérablement développé Rise Global en tant qu’entreprise. Les trois fondateurs ainsi que l’équipe de direction conservent une participation majoritaire au capital, mais une augmentation de capital a été réalisée à la fin de l’année dernière, principalement grâce à des investisseurs privés, accompagnée d’un renforcement des effectifs. PieterVan deVelde est entré au capital et a pris les fonctions de CEO. Il avait auparavant fondé Bundl, une agence de «product design» devenue par la suite un «start-up studio», avant de créer son propre fonds de capital-risque, Ninepointfive. «J’ai moi-même roulé à moto et j’ai regardé le projet à la fois avec un prisme émotionnel et celui d’un investisseur», explique-t-il. «Quand j’ai vu le produit, je me suis dit: comment est-ce possible que cela n’existe pas encore? Le besoin est évident et la mobilité urbaine est un gigamarché. Nous lançons en Europe, mais nous regardons aussi ailleurs, comme en Amérique latine.»
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VITESSE DE POINTE
Dès à présent, un configurateur en ligne permet de réserver son ANY pour 49 euros, somme récupérable. Lowie Vermeersch et son équipe discutent avec des producteurs potentiels; dès qu’un contrat sera signé, la réservation pourra être convertie en précommande. Les premières livraisons sont annoncées pour fin 2027.Avec un prix compris entre 7.000 et 10.000 euros (TVA comprise), ANY se positionne juste au-dessus des scooters et des cargo-speedpedelecs, mais sous les motos, et loin sous les microcars. Nous avons pu réaliser quelques tours avec l’engin au Palazzo Reale. ANY paraît léger, tout en se comportant comme une vraie moto. Dans le premier des trois modes de puissance, l’accélération est franche, sans être excessive. Le dispositif est maniable, agréable, et cela reste, pour Lowie
Vermeersch, une condition non négociable. Avec une vitesse de pointe de 100km/h, on rejoint facilement le ring. L’autonomie annoncée, 140 kilomètres, dépasse en outre largement l’usage quotidien moyen. La batterie se compose de deux modules amovibles, rechargeables sur une prise domestique classique.
TOP 5 MON DIAL
Rise Global s’est entouré de noms connus, comme Uri Levine, cofondateur de Waze, en tant que conseiller externe. Le Sarde Alessandro Mangano (37 ans) a été nommé «head of engineering». Formé à Modène, il a travaillé chez Ferrari sur le développement
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La dénomination «cargoscooter» a cédé la place à LUV, pour «Life Utility Vehicle». «C’est le SUV des deux-roues, une nouvelle catégorie qui peut devenir énorme», estime Erik de Winter. «Quand les premiers SUV sont apparus, personne ne se doutait que, trente ans plus tard, ils représenteraient la moitié du marché automobile. Côté deux-roues, ce vide n’était pas comblé. Sur une moto, presque tout le monde porte un sac à dos.» Le choix de la Design Week de Milan, pour le lancement, ne doit rien au hasard. «ANY se situe au croisement de la fonctionnalité et du design. Ici, il est plus à sa place que dans un salon de la moto ou lors d’un événement tech», poursuit Erik de Winter. «Et, d’après les études, la majorité des clients potentiels se trouvent à Milan.Viennent ensuite Rome, Barcelone, Madrid, Paris et Berlin.» «ANY est un objet qui s’intègre naturellement au quotidien et qui veut avoir un impact positif sur la ville», ajoute LowieVermeersch. «Quel meilleur décor que l’épicentre du design? Et puis, nous voulons attirer des personnes qui n’ont pas encore de deux-roues, ou n’en veulent pas, tout simplement parce qu’elles pensent que ce n’est pas pratique ou parce qu’elles ne s’y voient pas.» ANY vise ce que le CEO Pieter Van de Velde (40 ans) appelle la «classe créative». «Pensez aux architectes, aux designers et aux journalistes: exactement le type de personnes qui se retrouvent ici.»
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de la «SF90», première hybride rechargeable de la marque. Le deux-roues restant sa vraie passion, il a ensuite rejoint Piaggio Group. Comme «program manager», il y était responsable de la «Vespa Primavera» et impliqué dans l’Aprilia RS 600. Rejoindre Rise Global relevait du saut dans l’inconnu. «Chez Piaggio, je travaillais sur des mises à jour. Ici, j’ai une responsabilité de bout en bout sur la partie technique d’un véhicule nouveau», confie-t-il. «Ça devient un peu mon truc. La première fois que j’ai découvert ANY chez Granstudio, j’ai tout de suite compris que c’était différent. Nous ne concurrençons pas les deux-roues à moteur thermique classique. Le cœur n’est pas le moteur, mais le châssis et le volume de chargement. C’est un changement total de logiciel.» La personnalité de Lowie Vermeersch a aussi pesé dans sa décision. «Lowie est philosophique quand il parle de véhicules, mais aussi très concret. Travailler avec lui est un privilège et c’est un motivateur incroyable. Ce projet prouve une fois de plus qu’en tant que designer, il figure dans le top 5 mondial.» «Le Raf Simons de la mobilité», glisse Pieter Van de Velde à voix basse. «Les idées les plus fortes naissent quand on touche un besoin non satisfait», dira plus tard LowieVermeersch lui-même. «Dès que quelqu’un apporte la solution, tout le monde prend soudain conscience du besoin. Et puis, dans l’histoire des transports, il y a parfois un saut technologique: du cheval au moteur thermique, et aujourd’hui vers la chaîne de traction électrique.ANY utilise intelligemment cette dernière étape. Il rend possibles des solutions impensables ces 140 dernières années, simplement parce que le moteur occupait toute la place. Les schémas de pensée s’étaient figés.»
DESIGN
UN PAR COUR S BRILLANT
Ces 25 dernières années, Lowie Vermeersch a signé un parcours remarquable. Chez Pininfarina, il a contribué à créer des modèles iconiques comme la Ferrari «458 Italia» et la «FF», et dessiné des «concept cars» marquants, dont font partie la Maserati «Birdcage 75th» et l’Alfa Romeo «2uettottanta». Depuis 2011, via Granstudio (65 personnes désormais) il a élargi le champ du design automobile pur vers une mobilité plus vaste. Il a dessiné des supercars comme la «Dallara Stra-
dale» et la «Lightyear 0», avec ses panneaux solaires intégrés à la carrosserie. En parallèle, il a joué un rôle crucial dans une vision de la mobilité à Liège, à l’horizon 2050. ANY, dit-il, synthétise cette trajectoire. «Beaucoup retiennent que j’étais patron du design chez Pininfarina. Mais ce qui m’a toujours porté, c’est la recherche de solutions nouvelles. ANY se situe précisément entre les deux: un potentiel réel pour améliorer la mobilité et une force émotionnelle. Les véhicules sont comme les vêtements: on s’y identifie. Encore aujourd’hui. Un véhicule n’est pas une machine à laver, c’est quelque chose par lequel on communique en permanence avec son environnement.» «Mais le style, à lui seul, c’est trop étroit», poursuit-il. «C’est pour cela que j’ai quitté Pininfarina à l’époque, aussi fantastique que c’était, et aussi fier que je sois d’y avoir travaillé. J’ai besoin de nouveautés en continu. Elles me rechargent, elles me donnent de l’énergie. Sans cela, je m’arrête.» BIENTÔT U N TROIS-ROU ES?
«Le fil rouge de ma carrière, c’est l’émerveillement pour tout ce qui bouge. Quand, petit, j’essayais de construire une voiture en bois dans le jardin, c’était déjà ma motivation. Dans ce cadre, j’ai toujours cherché l’évolution. Le nouveau.» Il n’en reste pas moins attaché aux classiques: «Les gens sont attirés par le progrès, et, pendant des décennies, la voiture en a été le symbole.Aujourd’hui, c’est moins le cas, mais ANY l’est, selon moi.» Rêve-t-il d’avoir créé une icône? «On ne peut pas planifier ça. Ce qu’on peut faire, c’est créer une forme qui exprime quelque chose d’essentiel. Un classique n’est pas juste une forme bien définie: c’est un objet pleinement lui-même. Ce qu’il dégage, ce qu’il est au fond, reste précieux au fil des années. La Citroën «2CV» en est un exemple, tout comme la Ferrari «Dino»: c’était la première voiture de son segment à moteur central, ce qui a apporté une bien meilleure tenue de route. Dans un vrai classique, fonctionnalité exceptionnelle et design ne font qu’un.» Et, avec ANY, le rôle de LowieVermeersch est loin d’être terminé. «C’est une plateforme pour tout un portefeuille de LUV. Pensez, par exemple, à un trois-roues», conclut le maître. ◆
CI-DESSU S L E S CONCE PTE U R S D E C E NOUVEAU «L IF E UT IL IT Y VEHICLE »: E R I K D E WI N TE R, À L’ORIG IN E D U SYS TÈ M E D E VÉLOS- CAR G O S PA RTAG É S CAR GOROO, P IE TE R VA N DE VE LDE , E T L E PAT R ON
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DE G RANS TU D IO, LOW IE VER MEERS C H.
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«C’est le SUV des deux-roues: une nouvelle catégorie appelée à connaître un essor considérable.» 5/4/2026 2:32:34 AM
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01. CHAISE «A P S IS» D E KO N STA N T IN G RC IC PO U R M AT T I A Z Z I 0 2. A R M O I RE «OT TO» D E S TU D I O M IS T - O P OU R M D F I TA LI A 0 3 . B UF F ET D E BELL AVISTA & PI C C IN I PO U R M O G G 04. V I T RI N E «A D M I R A» D E S I LV I A GA LOT T I PO U R GA L LOT T I & RA D I C E 0 5 . PA P I E R P EI N T «C OR I U M CASSONE » DE ARTE 06. CHAISE «EBI» DE FRANCES CO MEDA & DAV I D LO PE Z PO U R AC E R B I S
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CR ÉDIT: STU DIO AK FB, CA R LOT TA M A NA IG O, LOR EN ZO CA PP E L L INI BA I O.
A P R È S A V O I R D O M I N É L E S PA L E T T E S P E N D A N T P L U S I E U R S S A I S O N S , L E B U R G U N D Y , O U R O U G E BORDEAUX, S’EFFACE AU PROFIT D’UN BRUN-ROUGE AUX TONS BRIQUE, AUSSI PRISÉ E N M AT Q U ’ E N F I N I T I O N B R I L L A N T E .
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0 7. C O N S O L E ‘ ST E N D H A L’ D E D R AGA & AU R E L P O U R T H E C O L L E CT I O N A L 0 8 . CA N AP É ‘ F R E E SYS T EM ’, UNE R É É D I T IO N D U M O D È L E D E 19 7 3 D E C L AU D I O SA LO C C H I P O UR AC E R B I S
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CR ÉDIT: LO RE NZO CA PPE L L INI B A IO.
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I N S TA L L É D E P U I S P L U S I E U R S S A I S O N S A U C Œ U R D U D E S I G N , L E M É TA L , D U L A I T O N À L ’ A L U M I N I U M E T A U C H R O M E , SE RÉINVENTE CETTE ANNÉE DANS UNE ESTHÉTIQUE PLUS BRUTE: SOUDURES VISIBLES, FINITIONS BROSSÉES À VIF ET SURFACES MARTELÉES.
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01. CHAISE « WOV E N » E N A LU M IN I UM D E S I X D OT S D E S IG N 0 2 . CA R A F E «PA L A D IO N D’ H E R M E S» E N PA L L AD I UM M A RT E L É D E H E R M È S 0 3 . CHAISE «S3 » DE GIOT TO PAGIN I VIA P HILIA GALLERY 04 . LA MPE «A M B IT » D E TA F S TU D IO PO U R M U UTO, D I S PO N I B L E E N AC I E R B R O SS É 0 5 . C H A I S E E N AC I E R M ART E L É D E J ESS E B UT T E R F I ELD 06. LOUN GE «DREAM VI EW» EN ACIER BR OSSÉ
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DE L ISE VE S TE R PO U R M U UTO
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CR É DIT: H ERME S / S TU DIO DE S FL E UR S, G IOT TO PAGA NI .
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01. COMM O D E E N A LU M IN I UM A N O D IS É N O I R PO U R L E R A N G E M E N T D E VA L I S E S , C O L L A B O RAT I O N E NT R E LE H N I E T R I M OWA 0 2 . « R U BBER TABLES » DE L’ATELIER FOMENTA 03 . TAB L E D’A P P OI N T ‘ TA M A R I N’ D E V I TO B O OX PO U R VA N R O SS U M 0 4 . C H A I S E D E L A C O L L E CT I O N «D E S I G N E D OB J ECT S » PA R CJ A SLAN 05 . VASE ‘ S T E M ’ E N R É S IN E I M P R I M É E E N 3D D E GA S T S TU D I O
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C E T T E A N N É E , L E D E S I G N R É V È L E A U S S I S O N V E R S A N T O B S C U R . A U X Q U AT R E C O I N S D E S E X P O S I T I O N S , U N E ESTHÉTIQUE «KINKY» S’IMPOSE, FUSIONNANT INFLUENCES INDUSTRIELLES ET PUNK AVEC UN RAFFINEMENT ASSUMÉ: STUDS AUDACIEUX, CAOUTCHOUC, CLOUS EN ACIER ET CUIR NOIR AU PROGRAMME.
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Nous sommes Juntoo. Polis par la discipline du nord, réchauffés par l’intuition du sud. C’est ainsi que nous concevons des intérieurs avec savoir-faire et matériaux sincères. Une beauté qui ne crie pas, mais qui rayonne. Un design intemporel, fait pour durer. Passez à mieux. Juntoo. Design belge raffiné.
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01. TAB L E D’A P P OI N T «S L I C E M E N I C E» PA R S TU D I O PE PE PO U R Z A N OT TA 0 2 . L A M P E « F I L I G R A N A » D E S E BA S T I A N W R ON G P O UR ES TABLIS HED & SONS 03. PANIER «CONF ET TI S» EN CUIR DE VEAU DE H ER MÈS 04. « R U B B E R L A M P S» D’AT E L I E R FO M E N TA 0 5 . S E R V IC E D E M A R N I P O U R L’ I C O N I QU E PA S T I C C E R I A C UC CHI , À M I L AN 0 6 . TA BL E «E QUI LI BRI UM» DE GUGLIELMO P OLET TI POUR MDF ITALI A 07. TAB L E «B U B B L E G U M D IN I N G » D E J O B S M E E TS ( A K A S TU D I O JO B ) PO U R M O U R O M T S E V D E S I G N ED I T I ON S
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CETTE ANNÉE, LE «CIRQUE DU DESIGN» DEVIENT RÉALITÉ: TENTES RAYÉES, FORMES CLOWNESQUES, COULEURS É C L ATA N T E S E T C L I N S D ’ Œ I L A C R O B AT I Q U E S S ’ I N V I T E N T D A N S L E S C R É AT I O N S .
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CR É DIT: ESTABL ISHE D A ND S ONS / PE T E R GU E NZ EL , H ER ME S / S TU D I O D ES F L EU R S , A R S E NI K HA M ZI N , LC B S TU D I O.
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AT T E N T I O N , F R A G I L E ! L E T E M P S D ’ U N S H O O T I N G , P H O T O G R A P H E E T S C É N O G R A P H E S E S O N T AT TA C H É S L E S S E R V I C E S D E D É M É N A G E U R S P O U R M E T T R E E N S C È N E , L O I N D E L E U R H A B I TAT N AT U R E L , D E G R A N D E S P I È C E S D U D E S I G N E U R O P É E N . HORS DES MURS, CES ICÔNES PRENNENT UNE AUTRE DIMENSION. MAJESTUEUSE.
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C I- D E SS U S C H A I S E « M O N K», E N C U I R, AC I E R E T B OI S M A SS I F, D E S I G N AF R A E T TOB I A S CARPA , MOLTENI&C.
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D E GAU C H E À D RO IT E TA B L E D’A P P O I N T «P I VOT » , E N V E RR E L AQ U É , B O Î T E RO N D E P I VOTA N T E EN BU G I ( CÈ D R E DU JAPON), GALET TE IN TÉRIEURE EN CUIR, DESIGN TOMÁS ALONSO, HERMÈ S. VA S E «D O U B L É », E N V E RR E S O U F F L É À L A B O U C H E , E T M A N C H E T T E E N CU IR, H E R M È S. P I CH ET «DOUBLÉ », EN VER RE SOUF FLÉ À LA BOUCH E, HERMÈ S .
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À GAUCHE FAUTEUIL « DURET », EN ACIER ET TI SSU, DESIGN PATR ICIA UR QUI OLA , CASSINA . À DROITE FAUTEUIL « CAMALEONDA » , EN VELOUR S CÔTELÉ,
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À GAU C H E P O U F «L E S L I» , E N C U I R, D E S I G N K E N S A KU O S HI R O, P O LT R O N A F R AU . À D R O I T E FAUT E U I L «OZ Z Y », EN CUIR ET EN TISSU, DESIGN PATR ICK NORGUET, FLEX FORM .
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INCO GNITO C A C H O N S - N O U S N O T R E V É R I TA B L E I D E N T I T É O U RÉVÉLONS-NOUS, AU CONTRAIRE, NOTRE ESSENCE LA PLUS INTIME? DANS SA SÉRIE «INCOGNITO», L'ARTISTE HANS CORA CONVIE CHAQUE SEMAINE UNE PERSONNE À FAIRE L ’ E X P É R I E N C E R A R E D E L ’ A N O N Y M AT . D E R R I È R E L E M A S Q U E S E RÉVÈLE SOUVENT PLUS QU’UN VISAGE À DÉCOUVERT.
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«Alors? Vous croulez sous le boulot?», lance notre invité masqué, comme s’il comptait mener l’entretien lui-même. Nous acquiesçons. «Ah, tant mieux. Il faut rester occupé, hein. Il faut rester en mouvement.» Une tasse de café à la main, il s’avance. «Nous sommes à un point charnière, sur tous les plans. Il y a tout simplement trop de tout. L’abondance d’influences, c’est un monde par rapport à avant. À l’époque, on arrivait avec des plans et des idées; aujourd’hui, tout se compare en continu via les réseaux sociaux. Comme si tout le monde était devenu semi-professionnel. Je ne trouve pas ça évident.» Il est vif, manifestement très cultivé. Ça s’entend, ça se voit. Plus loin dans la maison, une pièce entière, du sol au plafond, croule sous les livres. Il a une vision tranchée, et surtout l’art de la défendre, sans détour, avec une précision quasi chirurgicale. La maison est sublime. Un lieu où l’on pourrait revenir dix fois et continuer d’y découvrir de nouveaux détails.Tout est coloré, éclectique, singulier, plein de caractère. Les innombrables œuvres de Florian Tomballe suffisent à dire l’admiration qu’il lui voue. Ici, on sent quelqu’un qui, quoi qu’il entreprenne, part toujours de ce qu’il est. Et c’est justement ce fil-là qu’il entend développer. «On fait l’interview à l’étage? Je vous explique volontiers les miroirs concaves et convexes.» Le miroir creux, la version concave, explique-t-il, est un symbole de l’art dans la culture indienne. L’art n’a pas vocation à copier la vie à l’identique: il doit la présenter autrement, de façon stimulante, pour toucher le spectateur. Et puis ce miroir a un autre pouvoir: il amplifie des détails que l’on ne perçoit pas d’ordinaire. Une méthode, en somme, pour examiner ses zones d’ombre avec lucidité, en invitant à l’introspection plutôt qu’à la distraction extérieure.
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CONCEPT & PHOTO: HANS CORA R E P O R TA G E : LISE D’HAEYER
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«Vous savez, il y a tellement d’exposition. On est tout le temps tournés vers dehors; alors que ce serait délicieux, parfois, de partir davantage de ce qu’on ressent. C’est formidable que tant d’informations soient accessibles, mais c’est comme avec un livre: il faut parfois le poser un instant, pour recommencer à partir de soi. L’originalité est essentielle. Sinon, au bout du compte, tout le monde ne veut plus que ce qu’il a déjà vu, et tout devient pareil. La vie serait tellement plus passionnante si on pouvait davantage se l’approprier.» «À force de toute cette histoire de factures Peppol, je me sens presque fonctionnaire; tout le monde tourne dans le même carrousel. Mais bon, je ne veux pas m’arrêter au négatif. Mon histoire, c’est l’art, l’introspection, le «sense of place», l’originalité, le caractère. Des miroirs convexes, on en voit déjà partout; moi, je veux raconter le mouvement inverse, celui qui ramène vers l’intérieur.» Il enchaîne sur les villes, sur les pays, sur cette uniformité qui s’installe: partout, les mêmes enseignes, les mêmes lieux. «Ça ne me parle pas. Si je suis à New York, je n’ai pas envie de retomber sur un concept italien connu. Je veux découvrir. Avant, je pouvais parler pendant des années d’un voyage en Asie, et du goût du thé là-bas. Ces cultures uniques s’effacent.» Nous circulons d’une pièce à l’autre au fil de l’entretien. Dans le salon, une bibliothèque impressionnante: l’ancêtre d’Instagram, à ses yeux. «Les gens font encore ça?», se demande-t-il à voix haute. «Feuilleter un livre pour s’inspirer?» Tout en laissant courir nos yeux, il détaille sa manière de travailler. «Je dois toujours sortir les gens de leur zone de confort. Peu osent proposer quelque chose de vraiment audacieux; au début, tout le monde doit un peu s’y faire. Secouer les vaches sacrées et les intérieurs prémâchés, c’est ça que j’essaie de faire. Mais il faut qu’ils embarquent dans mon histoire. Que ce soit vert, jaune ou bleu, ça m’est égal. Souvent, les gens pensent trop petit, trop étroit. J’entends régulièrement: «Oui, mais ça, ce n’est pas moi», et au final on aboutit à une cuisine blanc cassé. Nous sommes tous pleins d’incertitudes.» Son conseil: «Go in unknown corners, corners to discover. Prenez le temps de regarder dans le miroir creux et partez autant que possible de vous-même. Laissez-vous inspirer, mais surtout, gardez-vous de copier.» ◆
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INCOGNITO
«Regarde dans le miroir et prends pour point de départ qui tu es. Inspire-toi des autres, mais garde-toi de copier.»
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@ H AN S .C O R A @ M YO M S E R IE S
L A S E MA IN E D E R N IÈ R E IL PARCOURT LE MON DE À LA R ECHERCHE DE LA FÈVE DE CACAO ULTI ME, DE L’IN DE ET DE MADAGASCAR JUS QU’AUX HAUTS PLATEAUX D’ÉQUATEUR ET DU PÉROU. CES EXPÉDIT IONS , IL LES MÈNE LUI-MÊME, CONVAINCU QUE LE TERROIR ENVIRONN ANT FAÇONN E L’ÂME DE LA FÈVE. «EN RÉALIT É, S UR PLACE, JE SAIS DÉJÀ CE QUE JE VAIS EN FAIRE», RACONTAIT-IL . «J’ESSAIE DE CAPTURER, DANS LE CHOCOLAT, LE S OUVENIR DE CET INS TANT P RÉCI S.» CE N’ÉTAIT PAS BIEN DIFF ICILE: DANS LE NUMÉR O DU 2 5 AVRI L , NUL AUTR E QUE LE CHOCOLATI ER BR UXELLOIS P IERRE MARCOLINI SE CACHAIT DERR IÈRE LE MASQUE DE FÈVE. P IONNI ER DU PR INCIP E «BEAN-TO-BAR » EN BELGIQUE, IL A ÉTABLI LA R ÉF ÉRENCE: UN P ROCESSUS OÙ LA TRANSPAREN CE ET UN ARTI SANAT AUTH EN TIQUE SERVEN T DE SOCLE À DES JOYAUX CH OCOLATÉS UNI QUES. CONNAISSEZ -VOUS LA PE RSONNE QUI SE CACHE DERRIÈRE CE MASQUE OU DEMEU RE -T-E LLE PO UR L’INSTANT INCOGNITO? PO UR DÉ COUVRIR SON IDE NTITÉ , RENDEZ -VOUS SAME DI P RO CHAIN.
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SA BATO
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R E P O R TA G E : M A R Z I A N I C O L I N I P H O T O : H E L E N I O B A R B E T TA / L I V I N G I N S I D E
U N PA Y S A G E E N T I È R E M E N T E N C É R A M I Q U E , U N M U R D E V E R R E P O É T I Q U E D A N S U N E P I S C I N E DÉSAFFECTÉE, ET DE TOUTES NOUVELLES COLLECTIONS DE MOBILIER POUR SEM MILANO ET MINOTTI: UNE FOIS E N C O R E , H A N N E S P E E R É TA I T PA R T O U T D U R A N T L A D E S I G N W E E K D E M I L A N . À Q U O I R E S S E M B L E , C H E Z L U I , L E Q U O T I D I E N D U N O U V E A U P R O D I G E D U D E S I G N I TA L I E N ? « J ’ A I U N E F A S C I N AT I O N T R È S M A R Q U É E P O U R L E B R U TA L I S M E D E S C R É AT R I C E S D E S A N N É E S 1 9 7 0 . »
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rchitecte et designer, Hannes Peer nous accueille dans son appartement: un lieu aux allures assumées de galerie, niché dans un quartier verdoyant et calme de Milan. La ville l’a inspiré pour ce projet intime: un hommage aux grands maîtres d’hier, relevé d’accents très personnels. Avec un parcours jalonné de collaborations prestigieuses avec les bureaux d’architecture de Rem Koolhaas et de Zvi Hecker, Hannes Peer a aujourd’hui toutes les cartes en main pour rejoindre, lui aussi, ce panthéon. Depuis 2024, il assure en outre la direction artistique de la maison de luxe Minotti. Lors de la Design Week milanaise, il était omniprésent. Pour Minotti, il a signé une série de nouvelles pièces: la table «Blaine», le canapé «Softcase», les chaises «Elyne» et «Lilliam», ainsi que la table basse baptisée «Aurore». Pour la marque «collectible» SEM, il a décliné sa vision à une échelle plus intime: des meubles en bois massif, ornés d’une sculpture décorative d’une grande finesse. Hannes Peer est toutefois bien plus qu’un designer de mobilier: c’est un scénographe dans l’âme, comme en témoignent ses installations pour Margraf, spécialiste de la pierre naturelle, et le paysage tout en céramique conçu pour Officine Saffi Lab. UN E LON GUE QU ÊTE
C I -C O NTRE HANNES P EER S ’ I M P OSE SANS CONTEST E C OM M E LA FI GUR E DU M O M ENT DANS LE MONDE DU D E S I G N . SON APPARTEMENT M I L A N AI S S E R ÉVÈLE À L’ I M AG E DE S ON TRAVAIL : S T R AT I FIÉ, COMP LEXE ET FA S C I NANT.
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Hannes Peer a étudié au Politecnico di Milano, une institution incontournable dans l’univers de l’architecture et du design. Il a ensuite choisi d’ancrer sa vie à deux pas de l’université, au cœur de «Città Studi», un quartier à la fois vert et paisible. «J’aime cette partie de la ville.Tout le quartier a été pensé comme une cité-jardin autour du Politecnico, avec de petites villas aux styles très variés, des influences néo-mauresques à l’art déco.» Le logement qu’il partage avec son partenaire, le créateur de mode Philippe Rinaudo, prend place dans un immeuble néoclassique, entouré de rues silencieuses
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CI -D E SS O US DA N S L A SA L L E
À D R O I T E C E Q U I F RA PP E
À MA N G E R, L A SU S PE N SI O N
D’ E M B L É E DA N S L E S A LO N ,
A É TÉ D E SS IN É E PA R HA NN E S
C E S O N T L E S CA R RE AUX
PEER LU I- M Ê M E . TO UT
M U R AUX B L E U C O B A LT D E
COM M E L A TA B L E E N AC I E R
FO R N AC E B E RN A S C O N I . L E
INOX Y DA B L E E T SO N P L AT E AU
S O L A É T É C O N Ç U DA N S L E S
EN C ON T R E P L AQ UÉ L AQ UÉ
A N N É E S 19 60 PA R E M I L I O
ROUG E .
TA D I N I E T B O B O P I C C O L I .
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À GAUCHE LA CHEMINÉE EN GRANIT DATE DE 1965. LA «LOUN GE CHAIR » DE CHARLES ET RAY EAMES ES T UN PR OTOTY PE, HABI LLÉ D’UN VELOUR S À MOTI F TI GRE.
bordées de vieux peupliers, un paysage typique de la ville. Trouver l’appartement idéal a demandé du temps: «Nous avons fait des visites pendant plus de trois ans.» Puis est venu le déclic, dans ce lieu où avait vécu le peintre Emilio Tadini. Cet artiste métaphysique renommé des années 1960, proche de figures comme Lucio Fontana et Giorgio de Chirico, a laissé une empreinte très concrète dans l’appartement. On y retrouve les couleurs qui ont fait sa signature: un cobalt éclatant, du rouge, du jaune et du vert. Ces primaires franches ressurgissent dans le sol en céramique, véritable œuvre à part entière. Tadini l’a imaginé avec Bobo Piccoli, céramiste de la période dorée, qui a également collaboré de près avec Giò Ponti. DES CHOIX IN AT TEN DUS
Pour Hannes Peer, ce projet avait quelque chose de grisant; il le vivait presque comme une carte de visite. Il aime les intérieurs en strates successives, les atmosphères qui s’affirment. «J’aime faire des choix inattendus:
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09.05.26 SA BATO À DROITE LE MOBILIER
CUISI N E , L E S IC ON I QU E S
D E C U I SI N E « F R E E S T E E L»
CHAI S E S «S UP E R L E G G E R A»
D’ E U RO M O B I L D I A LO G U E
DE G IÒ P ON T I D I A LO G U E N T
AV E C L E S A P PL IQ U E S
AVEC U N TA P I S
M U R A L E S E N L A I TO N SI G N É E S
BOUC H E R O U IT E .
H A N N E S P E E R.
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«J’aime faire des choix inattendus: je conserve les éléments existants et y superpose des détails contemporains et des trouvailles éclectiques.»
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je conserve certains éléments existants et je superpose par-dessus de nouveaux détails modernes et des trouvailles éclectiques.» Dès l’entrée, l’intention saute aux yeux. Le regard ne sait où se poser tant chaque recoin raconte quelque chose. «Je voulais respecter la structure d’origine, tout en étant radical dans mes choix de matériaux.» Cette radicalité se matérialise, par exemple, dans les carreaux émaillés qui habillent le salon, un revêtement qu’on attendrait plutôt dans une salle de bains. Entre la cuisine et l’espace repas, une double porte vitrée, délicate, rend hommage aux entrées typiquement milanaises que Peer a découvertes en arpentant la ville. Quant aux plafonds en stuc décoratif, ils saluent la Villa Necchi Campiglio, chef-d’œuvre résidentiel de Piero Portaluppi dans la chic Via Mozart, un lieu qui, durant la Design Week de Milan, sert de décor aux fêtes les plus exclusives.
«Pendant plus de trois ans, nous avons visité des appartements, jusqu’à ce que le déclic se fasse devant celuici, autrefois habité par le peintre Emilio Tadini.»
PA R O L E S
UN E DIVERSIT É ASSUM ÉE
C I- D E SS U S DA N S L A SALLE DE BAINS, HANNES P E E R A SS O C I E UN E L AM P E F R A N ÇA I S E D U X I X E S I È CL E AUX A P PL IQ U ES « B I D O N E » D E LU I G I CAC C I A D O M I N I O N I .
C I- D E SS O U S D E LA N É O - R E N A I SS A N C E AUX A N N É E S 1 9 8 0 , L E S É P O Q UE S
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D I A LO G U E N T EN T R E EL L ES
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Et le mobilier? Bien sûr, le maître des lieux en a dessiné l’essentiel, fidèle à son éclectisme assumé. «J’aime faire dialoguer différentes époques et styles: par exemple la néo-Renaissance avec les années 1970, les années 1980 avec le néoclassique. J’ai aussi une fascination particulière pour le brutalisme des créatrices des années 1970, comme Maria Pergay, Nanda Vigo, Antonia Astori et Gabriella Crespi.» Au final, l’espace de vie n’a rien de banal: les matières et les teintes, pourtant contrastées, s’y mêlent avec une facilité déconcertante. La force du lieu tient à sa cohérence. Malgré leurs tempéraments distincts, les éléments semblent se répondre, comme s’ils conversaient sans cesse. L’endroit préféré de Peer chez lui? Il n’hésite pas: la bibliothèque, entre le salon et la salle à manger. «En réalité, je l’utilise rarement, faute de temps pour lire ou me reposer», sourit-il. «Ce n’est pourtant pas l’envie qui manque.» ◆
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R E T O U R A U X S O U R C E S P O U R C H R Y S O L I N E D E G A S T I N E S , L A F O N D AT R I C E D E L A M A R Q U E D E P R Ê T - À - P O R T E R B A L Z A C PA R I S Q U I A Q U I T T É L A C A P I TA L E F R A N Ç A I S E P O U R S ’ I N S TA L L E R À L I L L E A V E C S A T R I B U . D A N S C E T T E M A I S O N E N T I È R E M E N T R E P E N S É E , L U M I È R E , C I R C U L AT I O N E T M AT I È R E S N AT U R E L L E S D E S S I N E N T U N I N T É R I E U R À L A F O I S STRUCTURÉ ET VIVANT. ICI, L’ARCHITECTURE SERT AVANT TOUT UN ART DE VIVRE PROFONDÉMENT FAMILIAL.
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«Pour moi, un intérieur en dit autant sur une personne que sa garde-robe. Il révèle qui l’on est et la manière dont on regarde le monde.» 5/4/2026 2:29:44 AM
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PAR IS-LILLE
Après plus de vingt ans passés à Paris, Chrysoline et son mari Victorien ont fini par revenir là où tout avait commencé. Tous deux Lillois d’origine, ils savaient qu’un retour finirait par s’imposer. «Nos cœurs balançaient entre les deux villes», raconte-t-elle. L’arrivée de leur quatrième petit a accéléré le mouvement, avec l’envie très concrète d’offrir à leurs enfants une vie plus simple, plus vaste, plus fluide: un jardin, des activités accessibles, une forme de liberté que la capitale rend plus difficile au quotidien. À Paris, lance-t-elle, «aller au tennis ou au hockey, c’est compliqué. La vie parisienne a plein d’aspects positifs, mais on avait envie de les voir grandir dans l’univers dans lequel nous avons grandi». À Lille, la vie s’ouvre autrement.
Le choix de Marcq-en-Barœul s’est imposé pour des raisons à la fois pratiques et instinctives. Le couple continue de faire des allers-retours très réguliers à Paris, et la proximité avec la gare était essentielle. Mais au-delà de la logistique, il y avait surtout cette maison, longtemps habitée, restée «dans son jus», et donc riche de promesses. «Une belle page blanche», résume-t-elle. Avec son mari, elle aime partir de zéro, reprendre une structure existante pour la réinventer à leur image. Ici, tout a été repensé, du jardin aux volumes intérieurs, avec l’aide de l’architecte d’intérieur Cyrielle Wattinne, qui avait déjà accompagné leurs précédents appartements parisiens. LA CUISINE AU CENT RE
Le brief était limpide: faire une maison pour six, vivante, accueillante, traversée par des flux naturels. «On voulait que ça circule hyper bien», insiste Chrysoline. Il fallait penser à tout: les retours d’école, les allées et venues par le garage ou l’entrée principale, les grandes tablées, les week-ends avec la famille, les amis qui passent. La cuisine s’est donc imposée comme le cœur battant de la maison. Ouverte sur la salle à manger et le salon, elle agit comme point de ralliement, presque comme une place centrale. «On adore recevoir, en plus de nos quatre enfants, nous avons également chacun une grande famille: j’ai cinq sœurs,Victorien en a trois, nos parents vivent aussi à Lille. Il fallait que ce soit accueillant et facile à vivre. J’aime que la cuisine soit un élément central. C’est une clé pour créer la convivialité. » ENTRE BOIS ET IMPR IMÉ LÉOPARD
Cette recherche de fluidité se lit aussi dans le traitement de la lumière. Chrysoline voulait un intérieur presque monochrome, «un écrin plutôt blanc, du sol au plafond», capable de capter chaque variation du ciel du Nord. Le parti pris est radical mais chaleureux: les surfaces claires diffusent la lumière hiver comme été, et donnent à la maison une sensation immédiate d’apaisement, presque comme une maison de vacances. «C’est confortable de rentrer chez soi et que ce soit immédiatement lumineux», dit-elle.
À GAU C H E C H RYS OL IN E D E
CI-DESSUS LES LI VRES
GAST IN E S, FO N DAT R IC E D E
ET MAGA ZI NES Y FONT
BA L Z AC PA R IS , A I M AG I N É
OFFI CE D’ULTI ME S OURCE
À MA R C Q - E N- B A R Œ U L U N
D’IN SPI RATI ON , MÉMOIR E
INTÉR IE UR M O N O C H R OM E
TANGIBLE DES ANNÉES
FAISA N T OF F I C E D E C O C ON
PASSÉES PAR CH RYSOLINE
FAMI L I A L .
DE GASTI NES CHEZ MAR IE CLAIRE MAIS ON.
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l est 11 heures un mercredi quand nous arrivons chez Chrysoline de Gastines. «Le petit jour» en langage de maman, juste le temps de se poser avant l’arrivée de ses quatre enfants âgés de 18 mois à 11 ans. On imaginait déjà une arrivée en fanfare, mais bien loin de là, la tribu déambule tranquillement dans cette maison du Nord, particulièrement solaire. On comprendra d’emblée que ses enfants, son enfance et la famille sont au centre de sa maison et de sa vie. Puisque c’est aussi en famille qu’est née Balzac Paris, la marque qu’elle a cofondée avec son mari, Victorien de Gastines, et son beau-frère, Charles Fourmaux. Une dynamique collective que l’on retrouve ici, dans cette maison pensée pour six, ouverte, vivante, et tournée vers les autres.
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LA MAISON FAIT LE M OINE
Ce goût pour les intérieurs habités ne date pas d’hier. Chrysoline a grandi entourée d’art, sensibilisée très tôt par un père col-
À GAU C H E P OU R
C I- D E SS U S L E S R AYU R E S
CHRYS OL IN E D E GA S T IN E S,
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LE B L A N C N ’ E ST PA S U N E
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COUL E UR, M A I S UN CA N E VA S
N ATU R E L L E M E N T I N V I T É E S
QUI CA P T E L A LU M IÈ R E E T
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CE 20 MAI, BAL Z AC PARIS FRANCHIT LES F RO NTIÈ RE S ET S’INSTALLE AU CŒUR DE LA CAPITALE BE LGE: 90 AVENU E
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AFFIC HE SIGNÉE
Côté déco, on vogue entre pièces rapportées de Paris, mobilier chiné, objets de famille et quelques signatures de design. «Un doux mélange», résume-t-elle. Dans les pièces de vie, les couleurs restent discrètes, presque retenues. Les chambres des jeunes, en revanche, s’autorisent davantage de fantaisie, avec des papiers peints choisis avec chacun d’eux. «Chaque enfant a son papier peint spécifique, choisi ensemble. C’est gai et lumineux.» Et à la question, que sauverait-elle si elle devait quitter les lieux «illico presto», «la question est difficile: mes enfants? ma peau (rires)?». Mais nous voulons un objet: «une affiche signée de l’artiste Peter Klasen qui trône dans le salon, reçue de mon père. Elle date du jour où il m’a emmenée à Drouot pour la première fois, quand j’étais étudiante.»
lectionneur instinctif, amateur de salles de vente et de trouvailles parfois inattendues. Plus tard, elle travaillera chez Marie-Claire Maison avant de lancer Balzac Paris. La décoration, pour elle, dit autant d’une personne que sa manière de s’habiller. «La déco est au moins aussi importante qu’un dressing: ça en dit long sur qui tu es, comment tu vis, comment tu aimes vivre avec les autres.» Chez elle, selon les humeurs, un objet peut changer (régulièrement) de pièce, un meuble se réinventer selon les usages. Cette souplesse se retrouve dans le rapport à l’extérieur, pensé comme un prolongement naturel de l’intérieur. Leur chambre, installée au rez-de-chaussée, s’ouvre directement sur le jardin. Un choix nourri par un souvenir d’enfance très précis: celui de ses parents ouvrant leurs volets sur la terrasse, dans une continuité simple et heureuse entre la maison et dehors. Elle voulait retrouver cela ici: «ouvrir les volets et être directement sur le jardin». Le jardin, justement, est devenu une vraie pièce en plus. Au retour de Paris, il les a «bluffés». Aux premiers rayons de soleil, tout s’y déplace: les enfants, les repas, les fins de journée. «On vit très famille, portes ouvertes, tout le monde débarque.» L’ordre existe mais sans obsession. «On n’est pas maniaques: ordonnés, mais pas crantés du rangement. Il faut que la maison reste facile à fermer, facile à ouvrir, facile à vivre.» Elle nous confie (et nous voilà rassurés) qu’un grand placard accueille parfois en vrac le trop-plein du quotidien, avant qu’un regain d’énergie ne remette tout en place. À l’image de son vestiaire, l’intérieur de Chrysoline mêle rigueur et douceur, lignes nettes et souvenirs, blanc lumineux (comme sa jupe portée ce jour-là) et matières chaudes. Une maison pensée pour accueillir, circuler, grandir, et surtout pour être vécue. Sans effet de manche, bien sûr. ◆
LOUISE, 10 50 BRUXE LLE S, WWW.BAL Z AC-PARIS.COM
«Il y a de l’ordre, mais sans que cela devienne une obsession. Nous ne sommes pas maniaques. Une maison doit avant tout être simple à vivre.»
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Pour réchauffer cet ensemble très clair, le bois intervient comme une ponctuation. On le retrouve en boiseries autour des portes, dans la cuisine, par touches structurantes. «Ça apporte de la couleur, de la texture et du volume.» Ce vocabulaire matériel, elle le connaît bien: c’est aussi celui des adresses Balzac, où le bois occupe une place importante. Comme les rayures, disséminées un peu partout, ou encore le léopard, «mon motif depuis toujours», ajoute-t-elle.
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POUR UN COLLECTIONNEUR D’ART NEW-YORKAIS, NICOLAS SCHUYBROEK A TRANSFORMÉ L’ANCIENNE RÉSIDENCE DE LARRY GAGOSIAN DANS L’UPPER EAST SIDE. PLUTÔT QUE DE CÉDER À L’ESBROUFE, L’ARCHITECTE A FAIT LE CHOIX D’UNE R A D I C A L E R E T E N U E . U N G E S T E F O R T D A N S U N E M É T R O P O L E O B S É D É E PA R L E S P E C TA C U L A I R E .
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R E P O R TA G E : THIJS DEMEULEMEESTER PHOTO: ADRIAN GAUT PORTRAIT: M AT T H I E U S A L V A I N G
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out commence par un e-mail. Puis arrive un «DM» sur l’application Instagram: «If you’re in New York, I’d like to meet you for a renovation project.» «Le hasard a voulu que je sois à New York quand ce message est tombé», raconte Nicolas Schuybroek. «J’avais un agenda très serré, pourtant je tenais à trouver un moment pour rencontrer cet homme. Je n’ai reçu l’adresse qu’à la dernière minute. Autant dire que je n’avais quasiment pas pu me préparer à ce rendez-vous, ce qui n’est pas dans mes habitudes. Dès la visite de la maison, dans l’Upper East Side, j’ai compris qu’il pouvait devenir un projet tout à fait singulier. Quelque chose qui n’arrive pas tous les jours, ni même chaque année, mais plutôt de façon exceptionnelle.» UN LIEU MYT HIQU E
Le mot n’est pas excessif. L’emplacement, l’histoire, ses habitants, les œuvres déjà accrochées aux murs: pour tant de raisons, la «townhouse» de l’East 69th Street est mythique. Si les murs pouvaient parler, ils raconteraient des histoires fabuleuses de dîners somptueux et de soirées réunissant artistes, mondains et collectionneurs. «Lorsque le mégamarchand Larry Gagosian s’y installe dans les années 1990, il confie la transformation de la maison à l’architecte François de Menil, héritier de la célèbre dynastie de collectionneurs à l’origine de la Menil Collection, l’une des plus impor-
C I -C O NTRE PLUTÔT QUE D’O P T ER P OUR LE « BLI NGB LI N G» AMÉRI CAIN, NI COLAS S C H UY BROEK A I NTR ODUIT U N E S OBRI ÉT É EUROPÉEN NE. AU P R EMIER ÉTAGE, DES Œ UV R ES MA JEURES DE R A S H I D JOHNS ON.
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L’END U I T À L A C HAUX
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D O N N E L E TO N M O N U M E N TA L
ENVE LO PPA N T D E S C O C O N S
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UN PENTHO USE PRESQUE IN VISIBLE
1.000 mètres carrés, trois niveaux, plus un penthouse presque «invisible»: l’ampleur de la mission reste exceptionnelle, même à l’échelle de New York. Que le client, un collectionneur d’art américain, ait choisi précisément Nicolas Schuybroek peut, de prime abord, surprendre. Mais cela ne rend évidemment pas justice au niveau international de l’architecture de Schuybroek. «Dans certains cercles de collectionneurs, on aime aussi miser sur un nom inattendu, qui surprend», glisse-t-il, modestement. Son geste s’inscrit-il, lui aussi, avec humilité dans l’histoire du lieu? Et sur quelle couche travaille-t-il au juste? Nicolas Schuybroek voit son intervention comme une prolongation subtile du travail de François de Menil. «Nous n’avons pas imité son langage, nous en avons respecté l’audace. Notre réponse est plus silencieuse, plus radicale.» Plutôt que de souligner le caractère domestique, Nicolas Schuybroek et son équipe imaginent la «townhouse» comme une séquence spatiale, presque cinématographique. Le plan ne se résume pas à une simple enfilade de pièces. Il dessine une chorégraphie intérieure: les espaces s’enchaînent par les matériaux et les émotions, plus que par les fonctions. Chaque étage devient un chapitre: un espace d’exposition public pour dîners, événements et expositions; des zones de réception semi-privées; puis, tout en haut, un penthouse intimiste. Si chorégraphie il y a, elle relève du pas de deux entre art et architecture. Les deux avancent ensemble, indissociables.«L’art n’est jamais un accessoire, il a déterminé l’architecture de l’intérieur», insiste l’architecte. «La maison n’est pas un podium de trophées, mais un support d’émotions et de sens.»
«Lorsque j’ai visité cette maison pour la première fois, j’ai ressenti un mélange d’ambition, de décadence feutrée et de glamour assumé.»
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LE GLAMOUR DÉCOMPLEXÉ
Face à un tel pedigree et à une histoire aussi stratifiée, n’a-t-il pas été intimidé? «Je ne peux pas nier que j’ai été impressionné, au fil du déploiement de cette histoire. Cela ajoutait un poids certain sur mes épaules. Cette maison est chargée d’une grande conscience culturelle. Elle a été tant de fois observée, admirée, commentée. Elle n’a jamais été un lieu neutre», reconnaît-il. «Quand je l’ai visitée pour la première fois, j’ai ressenti un cocktail d’ambition, de décadence silencieuse et de glamour sans complexe. Comme si l’on se promenait dans un décor de cinéma vide, en attente d’un nouveau dialogue.» À l’époque, Nicolas Schuybroek juge l’architecture «très américaine», d’une certaine façon. «Beaucoup de «blingbling», peu de sens des proportions ou de la symétrie», tranche-t-il. «Une succession de petites pièces et de recoins, avec peu de cohérence. Il fallait une intervention en profondeur. Nous avons restructuré tous les étages, redessiné les cheminements, et
ajouté un nouveau penthouse. Une extension délicate, car nous construisions dans une zone classée particulièrement sensible.»
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tantes collections privées des États-Unis», explique Nicolas Schuybroek. Pour cette commande, il aurait, selon toute vraisemblance, été préféré à Annabelle Selldorf, une figure incontournable du monde de l’art. Elle a notamment rénové la bien connue Frick Collection, la National Gallery et le Rubell Museum, tout en travaillant pour des galeries telles que Gagosian, Hauser & Wirth, David Zwirner, Gladstone Gallery et Christophe Van de Weghe.
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CI-DESSU S N O N PA S
SUR LA PAGE DE DROITE
DU MOB IL IE R, M A I S D E
UN MATÉRI AU ES T CENT RAL
VÉR ITAB LE S « P R OTAG O N IS T E S
DANS CE P ROJET: LE
SPATIAUX»: D E S P IÈ C E S
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DE DE SIGN D E J E A N
TACTI LE ET MONUMENTALE,
PROUVÉ D I A LO G U E N T AV E C
CET TE PI ER RE NATURELLE
L’AR CHITECTU R E .
ITALI ENN E DONNE LE TON..
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UN ESCALIER SCULPTURAL
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Dans une ville aussi bruyante que New York, l’architecture de Nicolas Schuybroek est un murmure. Mieux encore: elle tient l’agitation à distance, sans hésiter. La rupture se joue dès l’entrée, dans le nouveau hall: une antichambre carrée inspirée de l’architecte italien Carlo Scarpa. «Un lieu qui filtre la ville, ralentit le tempo et aiguise les sens», décrit-il. «Les matériaux, les proportions et la lumière font le travail.» Un matériau s’impose comme fil rouge: le travertin. Intemporel, tactile, monumental, il donne le ton à l’ensemble de la maison, dès l’escalier sculptural du rez-dechaussée. Autre motif clé: des contrastes clair-obscur très marqués, perceptibles d’emblée. «L’obscurité concentre le regard et crée de la convivialité. Elle affine la perception de l’espace. Non pas pour créer du drame mais pour installer la concentration», explique-t-il. Le suède et l’enduit à la chaux, matériaux tactiles par excellence, accentuent encore l’effet «psychologique» de refuge que procurent ces cocons sombres. Le premier étage s’apparente davantage à un espace de vie sobre, où l’art et le design tiennent un rôle structurant. Au centre: une série d’œuvres monumentales de
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«L’avant-gardisme réside dans la retenue, dans le refus de performer dans une ville obsédée par le spectacle.»
l’artiste américain Rashid Johnson, dont le propriétaire compte parmi les premiers collectionneurs. Quant aux pièces sculpturales de Jean Royère, Jean Prouvé et Pierre Paulin, Nicolas Schuybroek refuse d’y voir un simple «mobilier poliment posé» dans un intérieur. Il parle de «protagonistes spatiaux» en dialogue avec l’architecture. L’ANTI-SPECTACLE
C I -C O N T R E L E P EN T H O USE, P R ES Q UE I N V I S I BL E, C ON S T I TU E U N E EX T EN S I ON V E RT I CA LE Q UI R E S P E CT E L A FAÇA D E H I S TO R I Q U E DE L’A N CI EN N E D E M E UR E D E
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L AR RY GAG O S I AN .
Plus on monte, plus l’architecture se fait intimiste et contemplative. C’est particulièrement flagrant dans le tout nouveau «penthouse», extension verticale du bâtiment historique. Même si «net» n’est pas forcément le mot le plus juste pour qualifier Nicolas Schuybroek. Sa force tient à une signature contenue, et c’est précisément ce retrait qui rend le projet si affirmé, surtout à New York. «J’ai pris le risque de rendre quelque chose volontairement silencieux. Quelque chose de suffisamment sûr de soi pour ne pas devoir crier. L’avant-gardisme se trouve dans cette retenue», explique-t-il. «Dans le refus de performer, dans une ville tellement obsédée par le spectacle.» Et c’est précisément ce qui rend l’ensemble d’autant plus spectaculaire. Pour cette demeure mythique à New York, l’architecte belge Nicolas Schuybroek signe un projet «anti-spectacle» radical: le luxe se loge dans la justesse des proportions et dans une lenteur assumée. ◆
À D R O I TE P O U R C E B ÂT I M EN T M Y T H I Q UE À N EW YO R K C I T Y, L’A R CH I T ECT E
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Le Déjeuner sur l’herbe - Édouard Manet
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N I G A L E R I S T E , N I C U R AT R I C E : P I L I C O L L A D O S U I T S E S I N T U I T I O N S E T O U V R E D É S O R M A I S L E S P O R T E S D E S A M A I S O N P O U R PA R TA G E R S E S C O U P S D E C Œ U R A R T I S T I Q U E S . U N E A P P R O C H E L I B R E E T I N T I M E , G U I D É E U N I Q U E M E N T PA R L ’ É M O T I O N E T L E S E N S D U B E A U . U N E I N V I TAT I O N R A R E , E N T R E A R T , O B J E T S E T V I E P R I V É E , A U C Œ U R D E B R U X E L L E S .
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R E P O R TA G E : MARIE HOCEPIED PHOTO: JAN VERLINDE
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«J
e ne suis pas galeriste: suivre les artistes, ce n’est pas mon truc. Ce sont des coups de cœur sur un travail que j’ai envie de montrer et de raconter.» Il est difficile de ranger Pili Collado dans une case. Encore moins de lui coller une étiquette. Très certainement parce que la belle Espagnole au franc-parler cultive une part de mystère, qui fait toute sa poésie. On l’a connue à ses débuts, sous le nom Les Précieuses, avec ses bijoux-sculptures. On a ensuite continué à la suivre pour sa sélection d’objets délicats au sein de sa boutique place Brugmann, à Ixelles. Le tout ponctué de rendez-vous artistiques toujours très justes.Aujourd’hui, elle revient avec une proposition plus intime, presque confidentielle: montrer les artistes qui l’animent, non seulement dans son espace ixellois, mais surtout chez elle, dans la maison qu’elle partage avec son mari, le chef doublement étoilé Pascal Devalkeneer. Car chez Pili, il n’y a pas de règle, si ce n’est celle du beau. LOIN DES WHITES CUBES
C I -C O NTRE IL Y A DIX ANS, P I LI COLLADO ET SON ÉP OUX , L E C H EF DOUBLEMENT É TO I L É, PASCAL D E VA LKENEER DÉCOUVRAIENT C ET T E MAISON D’ANDRÉ JAC QMAIN . AUJOURD’HUI, E LL E E ST DEVENUE LE LI EU O Ù A RT ET GASTR ON OMI E S E R E N C ON TRENT.
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L’idée lui trotte en tête depuis longtemps: «Rassembler, à partir d’un lieu, une sélection de personnalités, d’objets, de bijoux ou de mobilier». Mais surtout, déplacer le regard. Sortir du «white cube», de ses codes figés. «Je me sens moins en phase avec les espaces de galerie. La façon dont les objets y sont présentés, parfois détachés de leur réalité, me laisse souvent à distance.» Ce qu’elle cherche est ailleurs, dans une forme de vérité: «ce qui me touche, c’est de voir comment les œuvres
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TO U C H E NT, LO I N D U « W H I TE
LA PE R S ON N E I D É A L E «P O UR
CUBE» IMPERSONNEL DES
VEILL E R S U R L’Â M E D U L I E U ».
GA L E RI E S T RA D IT I O N N E L L E S .
prennent place dans une maison, et comment elles ressemblent aux gens.» Alors, elle ouvre les portes de la sienne. Une maison d’André Jacqmain, construite en 1961, découverte il y a dix ans au moment où elle décide de vivre avec Pascal. «Tout était dans son jus: les vêtements dans le dressing, la vaisselle dans les armoires. Mon cœur battait la chamade.» Le coup de foudre est immédiat. «On n’a pas visité une maison, on a rencontré un lieu.» Jusqu’à cette phrase, glissée par l’ancienne propriétaire au moment décisif: «je pense que vous avez l’élégance pour reprendre la maison.» Une transmission, autant qu’une évidence. Longtemps, pourtant, l’idée d’y exposer est restée en suspens.Trop intime, peutêtre. «J’aime la scène, mais quand je n’y suis pas. Me montrer, ce n’est pas mon truc.» Et puis, il y a eu l’élan. Celui de l’artiste Prince of Sun, de son vrai nom Dominique Masullo, qui, en découvrant les lieux, pose une condition simple: «je fais une expo avec toi uniquement si c’est dans cette maison.» Il sera le premier artiste invité. «Chez lui, je ressens une fougue sauvage et vibrante, et en même temps un côté très sophistiqué dans les formes et le rapport aux couleurs.» UNE A FFAIR E DE VIBRATIONS
Chez Pili Collado, tout commence par le ressenti. «Si je ne vibre pas, il m’est impossible de travailler.» Pas de stratégie, encore moins de calcul. Elle revendique une approche instinctive, presque viscérale: «je ne regarde jamais un artiste en me disant que je vais gagner de l’argent avec lui.» Ce qu’elle cherche, ce sont des écritures sensibles, souvent à la fron-
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«Je ne suis pas galeriste; gérer des artistes n’est pas mon affaire. Ce qui m’importe, ce sont les pièces dont je tombe amoureuse.»
tière entre art et création, portées par des artistes ou artisans encore discrets. «Je suis attirée par des choses peu connues, avec une forme d’humilité, sans clinquant.» Et surtout, une rencontre. «S’il ne se passe rien humainement, je n’ai plus envie. Si un artiste me dit:«Contactez mon agent»,je lâche immédiatement.» Concernant les rencontres, elles se font très spontanément: dans une exposition, via quelqu’un, ou même sur Instagram. «Si j’ai un coup de cœur, je prends contact tout de suite, même si je suis assez timide. Ensuite, ça se construit. Les portes ne s’ouvrent pas toujours immédiatement: certains ne répondent pas, et parfois je relance. Il faut que cela mûrisse, des deux côtés.» Dans cette nouvelle configuration, les expositions deviendront des moments de vie. Les vernissages se prolongeront autour de dîners très intimes, une dizaine de convives tout au plus. On apercevra Pascal Devalkeneer cuisiner, puis s’attabler avec les invités. «Comme lorsqu’on reçoit des amis.» Une gastronomie dépouillée de toute étoile: «plus brute, plus sauvage et ça m’émeut davantage.» Le dialogue entre leurs deux univers se fait là, naturellement. «J’ai toujours aimé embarquer mes amoureux dans mon travail. J’ai sans doute un fantasme du couple Eames», sourit-elle. Cette fois, les rôles s’inversent. Elle lui ouvre son terrain de jeu. «J’aime beaucoup son regard: il a un œil très frais. Il apporte quelque chose d’instinctif, assez juste. Ça me fait du bien, ça remet un peu de réalité et m’évite d’être trop influencée par tout ce qu’on voit.»
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Ce qui me touche, c’est de voir comment les œuvres trouvent leur place dans un intérieur et deviennent le reflet de ceux qui l’habitent.
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UN E NÉCÉSSITÉ IN TÉRIEURE
Ce qui l’anime? La mise en scène, avant tout. Créer des correspondances, faire dialoguer les pièces, révéler une atmosphère. «Je commence à jouer, à assembler, à chercher un lien entre les objets.» Une approche instinctive, nourrie par son regard d’architecte. Lors de projets comme The Rooms, au Mix Brussels, elle transforme des chambres d’hôtel en véritables décors habités. «Mon travail pourrait presque s’arrêter là.» Mais il y a aussi l’autre dimension: celle de donner une place aux artistes, de raconter leurs œuvres autrement. En parallèle, son espace place Brugmann évolue. Moins boutique que laboratoire. «On ferme les volets, on prépare. On rouvre: on découvre une nouvelle proposition.» Un lieu en mouvement, à son image, qui devient à la fois vitrine, studio et terrain d’expérimentation. C’est aussi là qu’elle développe ses missions de direction artistique, accompagnant d’autres projets avec ce regard précis et sensible. «J’aime imaginer un projet dans sa globalité, créer une cohérence.» Ce qu’elle a fait avec brio pour Atelier II de Natan, ou encore Amen, le deuxième restaurant du chef Devalkeneer. Au fond, tout la ramène à cette même nécessité intérieure. «Je m’exprime à travers ce que je fais.» Chez elle, la beauté n’est jamais décorative: elle est vitale. «Quand je ne vais pas bien, je regarde mes objets, je prends des livres... c’est ma thérapie.» Une manière de respirer, tout simplement. ◆ EX POSITIO N «PRINCE OF SU N»: À PARTIR DU 21 MAI, SU R RENDEZ -VOUS. DU 4 AU 7 JUIN, PILI COLLADO P RÉ SENTE QUE LQUE S-UNS DE SE S ARTISTES FAVORIS LORS DE THE ROOMS, LA FOIRE D’ART E T DE DESIGN ORGANISÉ E AU MIX BRUSSELS. @THE RO OMS.BRUSSELS EN AOÛT, ELLE S’INSTALLE À MAHÓN, SUR MINORQUE, OÙ ELLE DÉVOILE U NE SÉLECTION PE RSO NNE LLE DANS UN CADRE INTIMISTE. @PILICO LLADOSTUDIO
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1 1 2 — L’A S T R O N AU T E E T L E C O U T U R I E R : L E VOYA G E D E M AT T H I E U B L A Z Y V E R S L E S É T O I L E S 1 1 6 — L E C O S M O S C O M M E O B S E S S I O N : P O U R Q U O I C H A Q U E C O L L E C T I O N N E U R D ’A R T R Ê V E D ’ U N E P I E R R E V E N U E D E L’ E S PA C E 1 2 0 — L E « E L O N M U S K B E L G E » : C O M M E N T M A X H A O T O F F R E À L A C O N Q U Ê T E S PAT I A L E U N E M I S E À N I V E AU C I N Q É T O I L E S
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vec la broche «Comète», Coco Chanel signait, dès 1932, une pièce mythique sertie de diamants. En 2017, Karl Lagerfeld faisait décoller une fusée de 35 mètres sous la verrière du Grand Palais, à Paris. En 2025, la première mise en scène de Matthieu Blazy pour Chanel (un cosmos noir, brillant, peuplé de planètes en suspension) est devenue, du moins dans le petit monde de la mode, un objet de culte. Lors du défilé automne-hiver 2027, en mars dernier, les étoiles ont de nouveau scintillé au firmament du Grand Palais. Chanel n’a jamais cessé de regarder vers le ciel. Et pour le créateur belgo-français, lever les yeux vers les astres ne date pas de son arrivée rue Cambon. Il y a vingt ans, pour sa collection de fin d’études à La Cambre, à Bruxelles, Matthieu Blazy puisait déjà son inspiration dans les accomplissements de la Française Claudie Haigneré. Première femme astronaute de l’Agence spatiale
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À GAU CHE IL Y A TR EN TE A N S , C LAUDIE HAIGNERÉ C ON T EMP LAI T NOTR E P L A N ÈT E PAR UN HUBLOT. S O N AUDACE ET S ON C OU R AGE ON T IN SPI RÉ LE J EU N E DES IGN ER MAT TH IEU B LA Z Y.
C I -D E SSOUS CLAUDIE H A I G N ER É FUT LA PREMIÈRE F E M M E AST RONAUTE DE L’ E UR OP EAN SPACE AGENCY LO R S Q U’ELLE PARTI CI PA ,
européenne (ESA), elle prenait part, en 1996, à la mission «Cassiopée» vers la station spatiale «Mir», à bord du vaisseau «Soyouz TM-24». Cette collection, centrée sur l’idée de repousser les limites, a impressionné l’un des jurés, Raf Simons, au point qu’il lui a proposé de venir travailler à ses côtés. Le véritable point de départ de la carrière de Matthieu Blazy. Voilà aussi ce qui explique la présence, lors du précédent défilé au Grand Palais, de Claudie Haigneré, astronaute, médecin, ancienne secrétaire d’État et exministre, au milieu de stars internationales comme Tilda Swinton et A$AP Rocky. Saviez-vous que Matthieu Blazy, le nouvel homme de Chanel, s’est inspiré de vos accomplissements pour sa collection de fin d’études? C L AU D I E H A I G N E R É : «Non, pas du tout. Il m’a contactée pour me le dire. Ensuite, nous nous sommes rencontrés et nous avons discuté plus d’une heure. De la façon dont il va chercher l’inspiration dans l’inaccessible, dans la légèreté, dans le cosmos. J’ai découvert que, petit garçon, il passait des heures au Palais de la Découverte (musée des sciences à Paris, NDLR), à scruter les étoiles. J’étais si impressionnée par son parcours et sa créativité; lui écoutait, avec tant d’émerveillement, ce que j’avais à
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raconter. Nous avons parlé de cette nécessité: réveiller les gens, élargir le regard, montrer autre chose.» Dans le monde, très peu de personnes ont vécu ce que vous avez vécu. Comment avez-vous traversé cette expérience, et comment continue-t-elle d’influencer votre vie aujourd’hui? «J’ai appris que, dans l’espace, on ne peut rien faire seul. La seule chose sur laquelle on puisse compter, ce sont les autres: on fait partie d’un ensemble plus vaste, avec une mission commune et solidaire, pour garantir la sécurité de chacun. Car au-dehors, il n’y a que le grand vide.» «Tout repose sur la collaboration si l’on veut être ambitieux et atteindre des objectifs lointains. Sur Terre, c’est pareil. Regardez Matthieu Blazy, ses collections, les équipes avec lesquelles il travaille: les plumes, les brodeurs, les tweeds, ce dialogue entre toutes ces mains.»
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«J’ai appris que, dans l’espace, on ne peut rien faire seul.
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Pour vous, y a-t-il une vie avant et une vie après l’espace? «Ce qui a surtout changé, c’est le regard des autres. Ils savent que vous avez fait quelque chose de rare. Dans le monde, il n’y a que 640 astronautes.» «C’est vrai: on acquiert un point de vue singulier sur le monde après l’avoir observé à travers un hublot. On comprend alors, vraiment, que toute notre vie est là, sur cette planète. Et qui est responsable de cette vie, de la protection de cette planète? Nous, les êtres humains. Cela m’a amenée à réfléchir à cette responsabilité, individuelle et collective. Nous sommes tous un petit maillon de la chaîne qui doit protéger cette magnifique planète.» «Cette expérience a aussi nourri mon engagement autour de tout ce qui touche à l’enseignement (elle a été secrétaire d’État française à la recherche et aux nouvelles technologies de 2002 à 2004, NDLR). Peu à peu, j’ai réalisé que ma génération, celle du siècle dernier et
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L’unique chose sur laquelle on puisse compter, ce sont les autres.» du début du XXIe siècle, a commis des erreurs, et qu’il nous revient aussi d’apprendre aux plus jeunes qu’ils doivent construire l’avenir. Qu’ils restent curieux, qu’ils aient envie de découvrir et qu’ils réfléchissent à leurs responsabilités ainsi qu’à l’impact de leurs actes.» Parmi ces 640 astronautes, seules quelques-unes étaient des femmes. Vous considérez-vous comme un modèle pour elles? «Parmi les 640 personnes qui sont allées dans l’espace, il y a, à ce jour, 84 femmes. Katy Perry? C’est une autre histoire. Nous allons dans l’espace pour la recherche scientifique, pour mieux comprendre, et pour aller plus loin au nom de l’humanité. Nous n’y sommes pas pour un enrichissement individuel.» «Le mot «modèle» est un terme que je n’aime pas, je le trouve trop réducteur: tout le monde ne deviendra pas ingénieur, médecin, chercheur, astronaute ou ministre, à chacun son chemin. Si je peux, parfois, inspirer et donner du courage pour explorer des voies encore inconnues, alors j’accepte volontiers ce rôle. Je sais que Sophie Adenot, qui se trouve en ce moment à bord de l’ISS, avait 14 ans lorsqu’elle m’a vue voler et s’est dit: si elle peut le faire, pourquoi pas moi? «J’ai vu comment vous avez ouvert des portes vers un autre monde», m’a confié, dans la même idée, Matthieu Blazy lorsque je l’ai rencontré.» ◆
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AVEC LES RÉCENTES MISSIONS VERS LA LUNE ET MARS, LES MÉTÉORITES ET AUTRES CURIOSITÉS D E L ’ E X P L O R AT I O N S PAT I A L E D E V I E N N E N T D E S O B J E T S D E C O L L E C T I O N P O U R U N P U B L I C P L U S L A R G E . L ’ U N I V E R S S E R A I T - I L L E NOUVEAU TERRITOIRE DES COLLECTIONNEURS? COMBIEN COÛTE UN FRAGMENT DE MARS? POURQUOI LES OBJETS D’APOLLO 11 AT T E I G N E N T - I L S D E S P R I X S I S T R AT O S P H É R I Q U E S ? « L E S M É T É O R I T E S L U N A I R E S N E S O N T , A U F O N D , QUE DE VILAINES PETITES PIERRES.»
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vez-vous déjà touché un fragment de la Lune?» Des centaines de fois, Roy Masin a abordé les visiteurs ainsi sur son stand à la Brafa. Et à chaque fois, le copropriétaire de Stone Gallery retrouvait la même lueur dans les yeux. Il faut l’avouer: nous non plus, nous n’y sommes pas restés insensibles. Tenir un objet venu de l’espace déclenche instantanément une forme d’émerveillement enfantin. Comme si d’un coup, on tenait l’univers au creux de la main. Mais 350.000 euros? Nous n’étions pas prêts à mettre une telle somme pour cette imposante pierre lunaire d’1,5 kilo. «Nous l’avons toujours en notre possession», confirme Masin. «Avez-vous remarqué que la pierre présentait un petit trou de forage? Elle a été examinée et certifiée, à l’intérieur comme à l’extérieur, par la spécialiste Audrey Bouvier.À l’Université d’Arizona, elle a analysé les échantillons de matériaux rapportés par les missions Apollo. Les certificats sont essentiels si l’on veut être sûr de la qualité.»
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CONVERSATIO N PIECE
Longtemps, les météorites et les souvenirs de l’espace sont restés réservés aux connaisseurs. Depuis quelques années, le phénomène se démocratise. Là où l’on ne trouvait jadis que des ventes aux enchères spécialisées et des marchands de niche, de grandes maisons comme Christie’s ou Bonhams entrent désormais dans la danse. Même sur eBay, on tombe aujourd’hui sur des trésors spatiaux: une combinaison spatiale soviétique a été proposée à 350.000 dollars, conçue pour le programme lunaire secret de l’URSS. Les foires d’art voient elles aussi surgir des artefacts venus du cosmos. Non sans quelques réticences. À la Brafa, le débat a longtemps porté sur la légitimité de Stone Gallery dans une foire classique d’art et d’antiquités. «Nous nous heurtons souvent à ce mur. D’accord: les fossiles rares, minéraux et météorites que nous proposons sont façonnés par la nature, pas par l’homme. Mais ils fascinent et émeuvent autant que l’art. Et ils attirent des collectionneurs du monde entier. Notre stand a été l’un des plus visités de la Brafa», affirme Roy Masin. «Stone Gallery existe depuis 1963. Avant, nous vendions des tranches de météorites à des «nerds» et à des scientifiques. Aujourd’hui, notre public est bien plus large et aussi plus amateur d’art. Les réactions sont enthousiastes. Les gens ne veulent plus des fragments, mais des pierres spatiales entières, comme «conversation piece», dans une résidence privée ou une entreprise.»
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LE PRIX À PAYER
Roy Masin le constate: les missions martiennes, mais aussi la récente mission lunaire Artemis II (un vol de dix jours autour de la Lune, en préparation d’un atterrissage en 2028) ravivent l’intérêt pour les météorites. Et l’essor du spatial commercial, avec des acteurs comme Elon Musk et Jeff Bezos, joue indéniablement un rôle. «Nous voyons surtout les jeunes accrocher», confie-t-il. «Et
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l’avantage, c’est qu’il ne faut pas des budgets énormes pour acheter un morceau de l’espace.» On trouve déjà un petit fragment de Lune à partir de 1.000 euros. Les météorites de fer ou de pierre sont nettement moins chères. La pierre de Mars, elle, reste de loin la plus onéreuse: entre 500 et 5.000 euros le gramme, selon la taille, la forme, la composition et le lieu de découverte. La météorite martienne «NWA 16788» a été vendue en 2025 sur un record à 5,3 millions de dollars. Certaines météorites lunaires exceptionnelles franchissent parfois, elles aussi, la barre du million. Les curiosités issues de l’histoire de l’exploration spatiale atteignent également des prix astronomiques, surtout quand elles ont voyagé lors d’une mission iconique. Ainsi, un drapeau américain ayant effectué une orbite autour de la Lune a été vendu 47.500 dollars. Les pièces les plus convoitées restent, bien sûr, les effets personnels des astronautes. Une veste de l’astronaute Buzz Aldrin, portée lors du légendaire vol Apollo 11, s’est vendue pour 2,8 millions de dollars chez Sotheby’s, en 2022.
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EN APESENTEUR
UN A NTIQUAIRE SPATIAL
Luca Cableri connaît trop bien cette nouvelle génération de collectionneurs et de millionnaires désireuse de se distinguer par des objets spatiaux ultra-rares. Depuis 1999, l’Italien flamboyant achète lui-même météorites, pallasites, chondrites et autres pierres extraterrestres. «Les météorites sont souvent sciées en tranches, parce que c’est plus facile à vendre et parce que cela permet d’en voir la composition. Mais moi, mon intérêt n’est pas scientifique. Je vends, dans ma galerie Theatrum Mundi, des objets spatiaux entiers, capables d’envoûter les gens.» Il a déjà donné corps à cette vision en 2019 avec son livre «The Space Cabinet of Curiosities»: un catalogue de vente d’objets spatiaux, publié exactement cinquante ans après le premier alunissage habité. «Enfant, je fantasmais déjà sur le jour où je pourrais voyager vers la Lune», écrit-il en introduction. «Quand les enseignants me demandaient ce que je voulais devenir, je répondais sans hésiter: astronaute.» Luca Cableri a ouvert sa galerie à Arezzo et est finalement devenu antiquaire, mais d’un genre résolument spatial. «À la Renaissance, les cabinets de curiosités étaient remplis d’animaux naturalisés, de coquillages, de minéraux, d’objets scientifiques et de souvenirs exotiques du Nouveau Monde. Aujourd’hui, l’espace est le dernier terrain des explorateurs. Les objets spatiaux ont donc toute leur place dans une chambre des merveilles actuelle», affirme-t-il. Lui-même se comporte comme un explorateur des temps modernes lorsqu’il part, par exemple, au Mali, en Mauritanie ou au Maroc, à la recherche de météorites tombées sur le sol africain. «Il faut énormément négocier avec les
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C I- C O N T R E L ES C O M B I N A I S O N S S PAT I AL E S E T L E S M É T É O R I T E S T R OUV E N T N ATU R E L L EM E N T LE UR P L AC E DA N S U N CA BI N ET D E C U RI O S I T ÉS M O D ER N E.
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EN H AUT U N E M É T É O R I TE VENU E D E M A R S . EN BA S L A SU I TE «LU N A AURE A » À L A B UT T E AUX BOIS.
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DE LA POU SSIÈRE D’ÉTOILES
Jochen Leën dirige, avec son associé Rudiger Pohl, Granada Gallery, spécialisée dans les objets d’histoire naturelle: météorites, fossiles, minéraux et pierres précieuses. «Nous avons des pierres lunaires et des fragments de Mars, mais aussi une météorite vieille de 7 milliards d’années qui contient de la poussière d’étoiles: le matériau le plus ancien jamais trouvé sur Terre.» La galerie opère dans le monde entier, de Tucson à Anvers, de Genève à Ostende. Jochen Leën est également créateur de bijoux et propriétaire de l’hôtel de luxe La Butte Aux Bois, à Lanaken. D’où la présence, dans l’hôtel, de pièces d’histoire naturelle issues de la Granada Gallery. D’où aussi ses bijoux, où il intègre des fragments de pierre lunaire ou de météorite. «Nous faisons également travailler des artistes.Yann Dessauvages a encore créé des lampes dont la texture rappelle la surface lunaire.» Dans son hôtel aussi, cette passion spatiale est palpable. Jochen Leën a fait transformer l’ancienne piscine de l’établissement en paysage lunaire de béton, intégrant de véritables météorites.Autour, il a fait construire l’an dernier une nouvelle suite baptisée «Luna Aurea». «Un double appartement avec une fosse de salon «seventies» et un espace «wellness» privé donnant sur un paysage lunaire. Parfait pour une lune de miel sous les étoiles, si vous voulez mon avis.» ◆
«Tenir un objet venu de l’espace entre ses mains suscite instantanément une émerveillement enfantin. Comme si l’infini de l’univers tenait soudain dans le creux de la paume.»
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CR ÉDIT: CO URTESY OF T H EAT R UM MUN DI / COU RT E SY OF G R A N A DA GA LL E RY / C O URTE SY L A BUT TE AUX BO I .
UNE EXPOSITION VIP
Entre-temps, la collection de météorites de Luca Cableri est devenue l’une des plus importantes d’Europe. Plus fascinantes encore sont les combinaisons spatiales qu’il rassemble depuis des années. De rares artefacts des années pionnières du spatial. Des objets de collection captivants, parce qu’ils se situent à la croisée de la science, de l’histoire, de la technologie et de la géopolitique. «Quand je participais à la Brafa, j’ai vendu trois combinaisons spatiales à des collectionneurs belges. L’un d’eux possède une collection très importante d’armures de samouraïs japonais. Il voyait dans une combinaison d’astronaute une sorte d’armure contre un ennemi inconnu: l’espace. Un autre collectionneur belge a intégré une combinaison, chez lui, avec un masque original du film Batman et de grands fossiles.À mes yeux, ce sont autant d’éléments qui ont leur place dans une chambre des merveilles contemporaine.» Dans sa galerie privée, Luca Cableri expose actuellement une collection phénoménale de météorites et d’objets spatiaux. Des roches lunaires aux fragments de Mars, des surbottes d’Apollo 11 aux photos originales de la Nasa. «Je le précise d’emblée: l’exposition n’est accessible qu’à mes clients et aux grands collectionneurs. Je ne veux pas une ruée de touristes dans ma galerie», annoncet-il. «L’intérêt est énorme. C’est d’ailleurs pour cela que je travaille à la mise en place
d’une exposition itinérante, qui s’appellera «Touching Universe». Les visiteurs pourront toucher toutes sortes d’objets extraterrestres originaux. Même des météorites de Mars.» Il n’existe que deux types de météorites dont l’origine peut être identifiée avec certitude: celles de Mars et celles de la Lune. Toutes les autres sont bien extraterrestres, mais on ignore d’où elles proviennent. «À l’œil nu, il est difficile de distinguer les météorites les unes des autres. Les météorites lunaires ne sont, en réalité, que des pierres disgracieuses», explique Roy Masin. «Mieux vaut n’acheter que des météorites enregistrées et certifiées auprès de la Meteorological Society. Elle tient une base de données de toutes les découvertes. Du moins celles qui sont déclarées.»
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locaux pour obtenir ces pierres. Mais l’expédition sur le terrain, c’est la partie la plus fun. Je me sens alors comme Indiana Jones.»
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PROGRAMME O U B L I E Z L E S C A P S U L E S É T R I Q U É E S E T L E S PA R O I S D ’ A L U M I N I U M G L A C I A L E S . L’ASTRONAUTE DE DEMAIN VOYAGERA DANS UN DÉCOR FAIT DE BOIS D’ÉRABLE, DE TEINTES CRÈME, DE CUIR DE V E A U B L A N C Q U I N E F E R A I T PA S TA C H E A U S A L O N E D E L M O B I L E . S I L ’ O R B I T E D U F U T U R R E S S E M B L E D É J À À U N H Ô T E L C I N Q É T O I L E S , C ’ E S T G R Â C E A U « E L O N M U S K B E L G E » D E L ’ E N T R E P R I S E S PAT I A L E C A L I F O R N I E N N E V A S T . AT TA C H E Z V O S C E I N T U R E S : DÈS 2027, ON FILERA VERS LES ÉTOILES AVEC AUTREMENT PLUS D’ALLURE.
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C I -C O N T R E AV E C LE L AN C E M EN T D E L A STATI ON S PAT I AL E CO M M E R CI ALE « H AV E N -1 » E N 2 0 2 7, LE VOYAG E S PAT I AL D EVRAIT PA SS E R D’U N E LO G IQUE D E S I M P LE S U R V I E À UNE V É R I TA BL E E X P É R I ENCE HUMAINE.
«Voici le Mission Control Center», annonce Michael, ingénieur en aéronautique et en astronautique. Devant nous, une salle immense avec des rangées d’ordinateurs, de téléphones et des écrans muraux. Partout, des milliers de boutons et de leviers auxquels il vaut mieux ne pas toucher. «Vous pouvez comparer ça au Johnson Space Center de la Nasa, à Houston», explique-t-il. «C’est ici que les opérateurs de mission pilotent et surveillent le vaisseau. C’est aussi par cette salle que passe le contact avec l’équipage: la ligne directe entre les astronautes et la Terre.» Nous sommes au siège de Vast, à Long Beach, en Californie. Dans la salle de contrôle, les images affichées ont des airs de science-fiction. «Toutes les vidéos que vous voyez sont en direct depuis l’espace», précise le jeune ingénieur, formé en tant que logic operator. «Je suis responsable des systèmes logiciels et de la navigation du vaisseau. C’est un job très intense: il faut prendre des décisions rapides en permanence, en temps réel.» Un pilote de Formule 1 dans l’espace? Il sourit: «Je pilote le véhicule, oui.» LE TOU RISM E SPATIAL
Aujourd’hui, la salle de contrôle est plutôt calme. «Il n’y a pas de mission à accompagner pour l’instant, mais nous préparons déjà la suivante. Nous rédigeons des procédures et, sur nos bancs d’essai, nous simulons chaque situation possible dans l’espace.» L’enjeu est majeur: au premier trimestre de l’an prochain, «Haven-1» doit décoller. Ce serait la première station spatiale commerciale au monde. Une version compacte et contemporaine de l’actuelle Station spatiale internationale (ISS), entièrement financée et construite par l’entreprise privéeVast. Ce lancement s’inscrit dans une «race to space» de plus en plus féroce, où les entre-
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prises privées se défient entre elles et bousculent les États. Alors que la fin de l’ISS se rapproche, des acteurs comme Vast, Axiom Space, Blue Origin et Airbus veulent être les premiers à rendre opérationnelles des stations commerciales. Le but? Mettre en orbite une station qui peut s’agrandir, et ainsi peser sur l’avenir du spatial, autant que sur le tourisme spatial et la recherche scientifique. LE «ELON MUSK BELGE»
Le cryptomilliardaire Jed McCaleb a crééVast en 2021 avec une vision de long terme: «permettre à des milliards de personnes de vivre et de s’épanouir dans l’espace». Pour concrétiser ce rêve, il s’est entouré d’un Belge: Max Haot. CEO deVast, il est décrit par plusieurs médias comme le «Elon Musk belge». Max Haot a fait carrière dans la tech à l’international. Il a fondé Launcher, une entreprise qui veut placer de petits satellites en orbite autour de la Terre. L’entrepreneur francophone a quitté la Belgique en 1995 et s’est fait naturaliser Américain, condition nécessaire pour être actif dans le secteur du spatial. En 2023, il a vendu son entreprise à Jed McCaleb et a pris la tête deVast. Vast construit des stations spatiales luxueuses, résolument orientées design, destinées à remplacer l’ISS à terme. L’entreprise a déjà réussi plusieurs missions d’essai: début 2026, le satellite «Haven Demo» est revenu après trois mois passés en orbite. «La prochaine grande percée du spatial, ce n’est pas d’y aller, mais d’y rester», résume KrisYoung, chief operating officer deVast. UN E MONT RE PO UR L’ESPACE
«Vast tente de répondre à la grande question: à quoi ressemblera la prochaine ère spatiale?», enchaîne Chris Grainger-Herr, CEO d’IWC.Avec Vast, la maison horlogère suisse
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C I -C O NTRE «HAVEN-1» DE L’ E N T R EPR IS E S PATI ALE CA LI FORNI ENN E VAST N ’ E S T PAS QU’UNE S TATI ON S PAT I ALE: C’EST UN TOUR D E FO RCE T ECHNOLOGIQUE, AV E C L’ALLURE D’UN B OUT I QUE-HÔTEL .
a développé son dernier modèle, la «Pilot’s Venturer Vertical Drive», qu’ils présentent aujourd’hui à un groupe restreint de journalistes internationaux. «C’est la toute première montre-bracelet qui n’est pas une variation d’une montre spatiale existante, mais un modèle entièrement nouveau, conçu pour les besoins spécifiques des astronautes.» Le design a été testé dans les installations de Vast. La montre a passé les mêmes essais de simulation que le reste de l’équipement spatial. Elle a décroché la qualification pour le vol avec «Haven-1». L’an prochain, elle sera portée par les quatre astronautes à bord du vaisseau. «Dans le cadre de la mission, IWC est l’official timekeeper. Cela nous aidera à rester sur la trajectoire et dans le timing tout au long des opérations de vol», assureYoung.
À GAU CHE L’IWC «P ILOT ’S V E N TU RER VERTI CAL D R I V E» SERA PORTÉE L’AN P R OC H AIN PAR LES QUATR E A S T R ON AUTES À BOR D DU VA I SS EAU «H AVEN-1».
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INCLUSIF ET ACCESSIBLE
«Nous entrons dans une nouvelle ère», poursuit Grainger-Herr. «Il ne s’agit plus de projets gouvernementaux, mais d’une approche commerciale et privée qui rendra l’exploration spatiale plus inclusive et plus accessible. Pendant longtemps, l’espace a été réservé à une poignée d’astronautes. Cela change: des voyageurs privés peuvent désormais, eux aussi, partir.» À la clé, «bien plus de possibilités de recherche médicale et scientifique de rupture», menées par «un groupe de personnes beaucoup plus large». «C’est cette nouvelle réalité qui nous inspire au moment de concevoir cette montre», dit-il.
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UNE PR EMIÈRE ABSOLUE
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Si IWC a choisiVast, ce n’est pas un hasard: les deux maisons partagent un goût affirmé pour le design. Depuis la salle de contrôle, on surplombe l’atelier où l’on assemble les éléments de «Haven-1». Pour des raisons de sécurité, impossible d’y entrer. Dehors, en revanche, une réplique parfaite nous attend. Au premier regard, difficile d’y voir un vaisseau spatial. La capsule, longue et cylindrique, évoque plutôt une chambre d’hôtel design haut de gamme.Vast a tourné le dos
POUR UNE MEILLEURE SANT É
«Ce vaisseau est une plateforme de recherche conçue pour améliorer le confort des missions de longue durée», explique Hillary Coe, chief design & marketing officer deVast.Avant de rejoindre l’entreprise spatiale, elle a fait carrière chez SpaceX comme chief design et travaillé comme designer pour des entreprises de premier plan, de Starlink à Google et Apple. L’intérieur porte la signature de Peter Russell-Clarke, connu pour avoir participé au design de plusieurs produits emblématiques d’Apple. «Nous ne concevons plus seulement pour survivre dans l’espace, mais pour l’expérience humaine», insiste Hillary Coe. «L’espace doit rester un lieu où l’on se sent relié à laTerre. Nous ne voulions pas copier les décors des films de science-fiction mais bâtir un futur réellement agréable pour celles et ceux qui y séjournent longtemps.» Pour elle, le choix des matériaux naturels et de la lumière n’a rien d’anecdotique: c’est une question de bien-être. «Il est scientifiquement prouvé qu’un environnement calé sur un rythme naturel et des matériaux terrestres rend plus heureux. Cela améliore la santé des astronautes, qui peuvent alors mieux mener la science innovante et la recherche qui les ont amenés là-haut. Ce n’est pas du design pour le design: c’est une poignée de main entre l’ingénierie et une approche centrée sur l’humain.» UNE ÉTREIN TE EN APESANT EUR
Les lattes de bois sont là pour l’esthétique, certes, mais le confort physique a aussi été travaillé.Vast a même développé un «duvet spatial»: une couverture gonflable, conçue pour exercer une pression uniforme sur le corps. Nous l’essayons. Il faut le reconnaître: la sensation s’apparente à celle d’une étreinte
«L’éclairage naturel et les matériaux terrestres sont essentiels au bien-être mental de l’équipage.»
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à l’aluminium froid. À bord: bois d’érable, tons crème et cuir blanc. Un style prisé par les designers d’intérieur à L.A., inédit dans le spatial.
EN HAUT PAS DE MÉTAL
EN BAS CHAQUE DÉTAIL
FR OI D: LE BOIS D’ÉRABLE ET
DE L’IN TÉRIEUR ES T P ENS É
LE CUI R DONNENT LE TON
POUR ADOUCIR L’EXP ÉR IENCE
À BORD. LES RANGEMENT S
HUMAINE EN OR BI TE AUTOUR
DISSI MULÉS, RECOUVERTS
DE LA TERRE.
DE CUIR DE VEAU, GARDEN T L’ESPACE DE VIE «CLEAN» ET APAISANT.
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La montre est massive, taillée pour l’usage. Le boîtier en céramique blanche tranche avec le cadran noir mat. «Il a été pensé pour éviter les reflets gênants face au soleil intense au-dessus de l’atmosphère.» Autre détail marquant: l’absence de couronne traditionnelle. «Nous avons choisi une lunette en ceratanium, un matériau ultraléger et indestructible, et deux grands poussoirs, à gauche, pour commander la montre», précise Grainger-Herr. Ce parti pris n’est pas un caprice. Les astronautes doivent pouvoir manipuler l’objet avec des gants, notamment lors d’une sortie extravéhiculaire. «En orbite autour de laTerre, vous traversez toutes les 90 minutes huit à neuf fuseaux horaires et vous voyez seize levers et couchers de soleil par jour», expliquet-il. «Cette montre devient un instrument de navigation essentiel. Elle vous donne non seulement l’heure, mais vous dit aussi où vous êtes et comment vous orienter.»
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chaude et ferme. Un effet proche d’une couverture lestée, ou d’un partenaire qui vous serre dans ses bras. «Cette couverture procure un sentiment de sécurité et un sommeil confortable, très difficile à obtenir dans l’espace», explique Hillary Coe. En avançant dans le vaisseau, elle nous révèle une série de rangements dissimulés, habillés évidemment de cuir de veau doux. Pour garder l’espace de vie «clean» et apaisant, chaque centimètre carré a été exploité. «Notre plus grand défi, c’était de stocker tout l’équipement et les provisions nécessaires de manière intelligente et modulaire», explique-t-elle. «Il faut que l’intérieur paraisse rangé pour apporter du calme aux astronautes, tout en gardant tout à portée de main. C’était un puzzle énorme, et nous y sommes arrivés.» Par «nous», elle parle de son équipe pluridisciplinaire. «Chez nous, «storytelling», design et design industriel cohabitent sous un même toit. Des spécialistes des couleurs aux designers produits: tout le monde travaille ensemble. C’est notre force.» UN TICK ET POUR LA LUNE
La question n’est donc plus de savoir si l’on ira dans l’espace, mais quand. «Les premiers voyageurs privés pourront déjà
«La prochaine grande percée du spatial, ce n’est pas d’y aller, mais d’y rester.» embarquer en 2027», annonce-t-elle.Avec une précision, toutefois: cela vaut, pour l’instant, uniquement pour des personnes disposant de moyens financiers importants. Le prix exact d’un ticket ne nous sera pas communiqué, mais la liste d’attente s’allonge déjà fortement, quel que soit le montant. Bien qu’il ne faille pas avoir une expérience de la Nasa pour décrocher un siège, nul n’est envoyé là-haut comme un simple touriste. «Vous n’avez pas besoin d’être astronaute au moment où vous vous inscrivez sur la liste d’attente, mais vous le devenez. Chaque passager reçoit une formation complète pour mener la mission à bien», assure Hillary Coe. Partir dans l’espace serait-il le nouveau luxe ultime? «Bien sûr, c’est une expérience unique. Mais pour nos voyageurs, l’enjeu dépasse largement cela. Il s’agit de construire un héritage porteur de sens. Les gens veulent surtout contribuer aux percées scientifiques et aux innovations qui s’y produisent. Nous allons dans l’espace pour trouver des solutions à la vie sur Terre. Pour beaucoup, c’est ça, le vrai luxe.» ◆
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C I- D E SS U S L’ E N TR E P R IS E S PAT I A L E CA L I FO R N I E N N E VA S T C O N S TR U I T AV E C « H AV E N - 1» L A P R E M I È RE S TAT I O N S PAT I A L E P E N SÉ E COMME UN OBJET DE DESIGN. À D R O I T E L E « D UV E T S PAT I A L » R E P R O D U I T L A S E N S AT I O N D E SÉ C U R I TÉ D’U N E C O UV E RTU R E L E ST É E , O U C E L L E D’U N PA RT E N A IR E Q U I VO U S SE RR E DA N S S E S B R A S , P O U R M I E UX D O R M IR E N A P E S A N T E U R.
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Dans notre rubrique Kitchen Roulette, un chef dévoile quatre recettes avant de passer le relais au chef suivant, ce qui donne lieu à un menu surprenant et varié. Pour sa quatrième et dernière apparition, Alice Pollet bascule du côté du péché sucré avec un dessert au chocolat et au caramel. Dans son restaurant Brut, à Ixelles, la cheffe signe une cuisine guidée par le végétal. Une ode élégante aux producteurs locaux et bio.
BON APPÉTIT
«J’ai un faible pour le chocolat en dessert. L’association avec le caramel au beurre salé est absolument divine. Je me suis inspirée de la glace Snickers; au lieu de la cacahuète, je cherchais une alternative plus légère et plus locale. C’est ainsi que m’est venue l’idée de caraméliser des graines de tournesol. Et ça marche: on croirait du beurre de cacahuète. Pour une touche plus fraîche et subtile, j’ai aussi ajouté un biscuit à la sarriette. Au restaurant, je sers également une tuile au chocolat; à la maison, je me dispenserais de cette étape.»
Kitchen Roulette ALICE POLLET G L AC E FAÇ O N S N I C K E R S VERSION ALICE
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R E P O R TA G E : J A N S C H E I D T W E I L E R
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RECETTE: ALICE POLLET PHOTOGRAPHIE ET STYLISME: STEFAAN TEMMERMAN
INGRÉDIENTS (4 personnes) Pour la glace aux graines de tournesol ◆ 330 g de graines de tournesol grillées ◆ 1.020 g de lait d’avoine ◆ 75 g de sucre impalpable ◆ 18 g de sel Pour la mousse au chocolat ◆ 95 g de chocolat noir ◆ 45 g de beurre ◆ 45 g de jaune d’œuf ◆ 135 g de blanc d’œuf ◆ 45 g de sucre ◆ 100 g de crème à 40% de matière grasse Pour le caramel au beurre salé ◆ 200 g de sucre ◆ 80 g de beurre demi-sel ◆ 20 cl de crème entière ◆ Fleur de sel Pour les sablés à la sarriette ◆ 300 g de beurre ◆ 3 g de sel ◆ 165 g de sucre impalpable ◆ 11 g de sarriette ◆ 30 g de jaune d’œuf ◆ 375 g de farine de froment ◆ Un peu de beurre supplémentaire pour la finition Pour les graines de tournesol caramélisées ◆ 250 g de graines de tournesol ◆ 125 g d’eau ◆ 350 g de sucre cristallisé ◆ 25 g d’huile de tournesol
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◆ Matériel nécessaire: un pinceau de cuisine, un
blender, un mixeur ou un robot de cuisine, un thermomètre de cuisine et une sorbetière. J’utilise la marque Pacojet; vous pouvez aussi opter pour une sorbetière plus classique. Autre possibilité: mixer les ingrédients de la glace puis laisser simplement prendre au congélateur. PRÉPARATION Glace ◆ Mixez tous les ingrédients puis turbinez jusqu’à obtenir une glace (ou laissez prendre dans un récipient au congélateur). Mousse au chocolat ◆ Laissez le beurre revenir à température ambiante. ◆ Faites fondre le chocolat au bain-marie, incorporez le beurre en remuant, puis mélangez avec les jaunes d’œuf. ◆ Montez les blancs avec le sucre: ils doivent être fermes, tout en restant souples. ◆ Faites chauffer la crème, puis ajoutez-la petit à petit au chocolat. ◆ À la spatule, incorporez ensuite les blancs montés (commencez par un quart puis ajoutez le reste progressivement). ◆ Versez la mousse à la cuillère dans des moules préalablement badigeonnés d’huile. ◆ Laissez prendre au congélateur.
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«À la place du beurre de cacahuète, je voulais une alternative plus légère et locale. C’est ainsi que m’est venue l’idée de caraméliser des graines de tournesol.»
À D R O I T E L A M O U SS E AU C H O C O L AT E T L E C ÔT É S A L É D U CA R A M E L AU B E U R RE S O N T É QU I L I B RÉ S PA R U N BISCUIT CROUSTILLANT À LA S A R RI E T T E .
◆ Préchauffez le four à 150 °C. ◆ Étalez la pâte sur 4mm d’épaisseur, puis découpez des
disques de 4cm de diamètre. ◆ Enfournez pour 24 minutes. ◆ Laissez refroidir. Quand les biscuits sont tièdes, badigeonnez-les d’un peu de beurre fondu. Graines de tournesol caramélisées
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BON APPÉTIT
◆ Huilez légèrement une plaque de cuisson ou un tapis en
Caramel au beurre salé ◆ Faites fondre le sucre dans une casserole sèche, sans remuer. Pendant ce temps, faites chauffer la crème à feu doux. ◆ Coupez le beurre en dés. Dès que le sucre devient doré (il commence à caraméliser), ajoutez le beurre. ◆ Remuez délicatement. ◆ Ajoutez la crème chaude, portez à ébullition, puis mélangez jusqu’à obtenir un caramel homogène, légèrement coulant. ◆ Retirez du feu, ajoutez une pincée de fleur de sel et laissez refroidir. En refroidissant, le caramel va s’épaissir. Sablés à la sarriette ◆ Battez le beurre avec le sucre et la sarriette jusqu’à obtenir une masse homogène. Cette étape peut se faire au robot, à la main ou au mixeur avec l’accessoire adapté. ◆ Ajoutez les jaunes d’œuf, puis la farine, et battez à nouveau jusqu’à obtenir un mélange homogène.
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silicone. ◆ Chauffez l’eau et le sucre jusqu’à 118°C (contrôlez au
thermomètre). ◆ Ajoutez les graines de tournesol, baissez le feu et mélangez sans arrêt, pour que le sirop de sucre enrobe bien les graines. ◆ Continuez à remuer jusqu’à ce que le sucre caramélise. ◆ Versez sur la plaque huilée puis ajoutez encore un filet d’huile. Cela vous aidera à décoller les graines caramélisées. FINITION ◆ Sortez la mousse au chocolat du congélateur 30 minutes à l’avance, pour qu’elle décongèle lentement. ◆ Disposez trois biscuits à la sarriette dans l’assiette. Démoulez la mousse, posez-la dessus, puis ajoutez à la cuillère un peu de caramel au beurre salé. ◆ Émiettez un biscuit par-dessus, afin de pouvoir y déposer une quenelle de glace. ◆ Terminez avec les graines de tournesol caramélisées. L A SE M A I N E P RO CH A I NE , A L I CE P O L L ET PA SS E L E R E L A I S À T H O M AS LO C U S , D U R E STAU R A N T AG N ES , À DI L B E E K . P E NDA N T Q UAT R E SE M A I N ES , L E C H EF P R É S E N T E R A D E S P LAT S AC CE SS IB L E S ET É LÉ GA N T S.
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Carte sur table
R E P O R TA G E : J A N S C H E I D T W E I L E R
C H E Z E D DY
Nous connaissons tous la recette d’une brasserie nostalgique: un décor un brin suranné et, dans l’assiette, une cuisine simple, puisée dans la tradition belgo-française, servie avec le sourire. Succès assuré! Chez Eddy fait partie de ces rares adresses qui cochent toutes les cases. Sol en carrelage vintage, banquettes bordeaux, long comptoir, éclairage chaleureux: on se croirait dans une brasserie parisienne animée... à seulement quinze kilomètres au sud de Bruxelles. Dans ce décor d’époque, un magnétophone apparaît encore. Habillés de noir et blanc, les serveurs slaloment entre des tables serrées, aussi à l’aise avec un classique vol-au-vent (24 euros) qu’avec des boulettes sauce tomate (14 euros), l’un des plats pour enfants les plus demandés. Même s’il n’est plus aux commandes, le prénom «Eddy» renvoie à Eddy Baerten, figure joviale de la maison, de l’ouverture en 2014 jusqu’en 2023. Cette année-là, les frères Jérôme et Jonathan Blanchart, du groupe horeca Art Blanc, reprennent l’établissement. Ils semblent n’avoir que peu
touché à l’ADN du lieu, tout en offrant un sérieux coup de frais à l’intérieur. Chez Eddy, nouvelle formule, a rouvert en février. Le début de soirée est prometteur: quel plaisir de lire que le chef XavierVan Ro sert encore des plats de grand-mère, comme les rognons de veau à la sauce moutarde (24 euros) ou la saucisse stoemp (20,5 euros). Chez Eddy est l’un de ces endroits où l’on peut encore commander un œuf à la russe et sa macédoine de légumes (11 euros). Les prix restent sages. Une généreuse assiette de cervelle de veau meunière (15 euros), nappée d’une sauce au beurre et aux herbes vertes, procure beaucoup de plaisir sans se ruiner. Le tartare de bœuf à assaisonner soi-même (24 euros) tient, lui aussi, ses promesses. On sent toutefois rapidement que la maison se laisse quelque peu déborder. La salle comble ralentit le ballet des serveurs et met la cuisine sous pression. Au final, le vin arrive trop tard, les asperges à la flamande (25 euros) sont trop cuites, les frites ont passé trop de temps dans l’huile. Dans la blanquette de veau (27 euros), la viande se révèle
coriace, même si la sauce et les boulettes sont, elles, impeccables. Reste une impression regrettable: les repreneurs semblent vouloir avant tout rentabiliser leur investissement en entassant trop de couverts dans l’espace au décor nos-
talgique. Avec un volume plus raisonnable, cette équipe enthousiaste pourrait offrir une expérience de meilleure qualité.
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À Rhode-Saint-Genèse, Chez Eddy a fait peau neuve. Dommage que cette adresse pleine de charme pâtisse d’une salle surchargée.
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