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L E M A G A Z I N E D U W E E K - E N D D E L’ E C H O

SABATO LUXURIOUS LIVING

EUROPEAN MAGAZINE OF THE YEAR

04 04 26

M A I SO NS D’ I NSP I R AT I O N D U CH IC PA R I SI E N À L’A MB IA N CE L A ID - BACK CO OL À LO S A NG E L E S

SABATO L UXU R I O U S L I V I N G

04 04 26

LE MAGAZINE DU WEEK-END DE

L’ECHO


En savoir plus

Le vrai luxe, c’est jouer avec votre artiste préféré, chez vous L’AD R ES S E D E L’ I M M O B I LI ER HAU T D E G AM M E

B E LG I Q U E Belgium@engelvoelkers.com | engelvoelkers.be


E

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ÉDITO

DI TO

«Le meilleur du monde». Quel titre à porter. Nous en savons quelque chose: Sabato est encore aujourd’hui «le meilleur magazine d’Europe». Une sacrée responsabilité. À Lima, le restaurant Maido est officiellement «le meilleur restaurant du monde» jusqu’en novembre prochain. Le meilleur. Du monde entier. À ce niveau, on se dit que la déception guette forcément. Le journaliste Jorik Leemans est donc allé goûter. Il en est revenu avec une quête nouvelle: retrouver les ingrédients secrets qui font de Lima un véritable paradis culinaire. Car la capitale péruvienne n’abrite pas seulement le numéro un: les numéros 9, 26 et 39 mondiaux se trouvent, eux aussi, dans le même quartier. En comparaison, la Belgique n’apparaît même pas dans la liste des «50 Best». Malgré la mondialisation, les cuisines de Lima, Tokyo, Stockholm et Bruxelles ne racontent pas

CRÉDIT: WO UTER MAECKELBERGHE .

04.04.26

la même histoire. Pour les intérieurs, il en va de même. Les canapés gris et les rideaux beiges ont beau s’imposer partout, une identité nationale, une manière d’habiter résiste encore. Des appartements parisiens artistiques et raffinés aux villas futuristes et spectaculaires de Los Angeles, en passant par des maisons mexicaines qui semblent se fondre dans la nature: cette semaine, nous vous les présentons tous. À vous de choisir, parmi ces styles, ces architectes et ces lieux, ce qui constitue, à vos yeux, le «meilleur du monde». Cet automne, nous nous prêterons à nouveau à l’exercice, avec les Sabato Design Awards. Et pour récompenser le meilleur projet d’intérieur belge, nous lançons un appel à candidatures.Alors, chers architectes (d’intérieur) et décorateurs: faites-nous rêver avec vos projets. AN BOGAERTS RÉDACTRICE EN CHEF

Des appartements artistiques à Paris aux villas futuristes de Los Angeles, jusqu’aux maisons au Mexique: cette semaine, nous les passons tous au crible. À vous de composer, parmi ces styles et ces destinations, votre propre palmarès.


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SOMMAIRE

04.04.26

S A B ATO S ’O F F R E U N E C O U RT E PA U S E D’U N E S E M A I N E . D’ I C I AU 1 8 AV R I L , W W W. S A B ATO. B E E T I N S TAG R A M ( @ S A B ATO M AGA Z I N E ) C O N T I N U E N T D E VO U S I N S P I R E R E T D E VO U S T E N I R I N F O R M É .

P. 2 6

CREDIT: XX XJUSTIN PAQ UAY, CO URTESY OF JENN Y WALTON / PHAIDO N, JOE FLETCHER, CH RISTO PHE CO ËNO N , RICHA RD POWERS / LI V I N G I N SI DE.

VAL SAINT-LAMBERT: TROIS OBJETS, TROIS REGARDS

P. 3 8

P. 5 6

P. 7 8

GO FOR GOLD: VISITE DE LA MAISON LA PLUS ICONIQUE DE LOS ANGELES

VISITE PRIVÉE: T R O I S I N T É R I E U R S PA R I S I E N S À DÉCOUVRIR

L’ART DU CAMOUFLAGE: QUAND ARCHITECTURE ET N AT U R E S E C O N F O N D E N T

P. 9 6 VOYAGE AU MOZAMBIQUE: LA MAGIE DE L’ÎLE DE BENGUERRA

P.1 0 4 ERREUR OU CHEF-D’ŒUVRE: IVREA, LA VILLE UTOPIQUE D’OLIVETTI

P.1 1 6 SAVEURS DE LIMA: DANS LES COULISSES DU MEILLEUR R E S TA U R A N T D U M O N D E


Basalte Home, l’avenir de la maison moderne Imaginez que d’un simple effleurement, les lumières se tamisent comme vous le souhaitez, la musique se lance et les rideaux se ferment. Le décor est planté pour une agréable soirée cocooning. L’intégration de toutes ces fonctionnalités en un système intelligent et convivial donne naissance à Basalte Home. design for your intelligent home


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M O N SA BATO

04.04.26

Le samedi du chanteur Milow à Venice, Los Angeles: manger des gaufres belges au petit-déjeuner, admirer les dauphins et les baleines à l’horizon et savourer la prise du jour au dîner. Reportage: Laura Keersmaekers Photo: Scott Hutchinson

M O N SA BATO

MILOW C H A N T E U R - C O M P O S I T E U R . N O M O F F I C I E L : J O N AT H A N V A N D E N B R O E C K . PA R TA G E S O N T E M P S E N T R E L A B E L G I Q U E E T V E N I C E , À L O S A N G E L E S . E N T O U R N É E EN EUROPE AVEC UN SHOW ACOUSTIQUE.

«J’ai toujours rêvé de m’installer aux ÉtatsUnis», confie Milow (44 ans), de son vrai nom Jonathan Vandenbroeck. Il en a fait l’expérience une première fois en 1999, lorsqu’il a passé un an à San Diego comme étudiant, au sein d’une famille d’accueil. Le déclic est immédiat. En 2012, il franchit le pas et s’installe à Los Angeles avec sa famille. À Venice Beach, station balnéaire à part, il retrouve surtout le calme. «De ma percée en 2007 à 2011, j’ai travaillé en continu, sillonné le monde et composé sans arrêt. Ici, à L.A., je peux profiter de ma famille et avancer sereinement sur de nouveaux projets musicaux.» Le chanteur-compositeur reprend aujourd’hui la route vers l’Europe. Au programme: ses grands classiques «You Don’t Know», «Ayo Technology» et «You and Me», ainsi que des titres de son dernier album, «Boy Made Out of Stars». «On joue dans des salles plus petites, en acoustique. L’ambiance est incroyable. Ces concerts me

donnent une satisfaction énorme. C’est mon carburant, mon énergie pour écrire. Mes meilleurs morceaux sont encore à venir», dit-il en riant. 6 H 0 0 - «À Los Angeles, la ville s’éveille tôt et tout le monde est déjà dehors aux premières lueurs. Ici, j’ouvre toujours les yeux avant 8 heures; entre le décalage horaire de neuf heures avec la Belgique et le fait qu’à L.A., je ne monte pas sur scène le soir.» 6 H30 - «Depuis qu’on vit aux États-Unis, on s’est créé une tradition: «Belgian waffles for breakfast!» Ce n’est pas une recette familiale secrète mais celle d’une icône américaine: Martha Stewart.Tout est parti d’une blague. Il nous fallait, à la dernière minute, une douceur faite maison pour l’anniversaire de notre fille. On a décidé de faire des gaufres. Les enfants, comme les parents, ont adoré. Depuis, le samedi matin, on en mange souvent au petit-déjeuner, ce qui serait impensable en Belgique.» 7H30 - «Pendant les mois d’été, mes enfants

À D R OI T E C E Q UI FA IT L E C H A R M E D U Q UA RT IE R D E V E N IC E , S E LO N M ILOW, C’ E S T Q U’O N PE UT TO UT Y FA IR E À PIE D O U À V É LO.


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M O N SA BATO

04.04.26

J E FAI S GR I LLE R LE P OISSON QUE J’AI MOI-MÊME P ÊCHÉ, AVEC D ES TORTI L LAS ET DU GUACA MOLE FAITS M AISON.

Le samedi soir:

et moi aimons surfer. Mais en ce moment, l’océan est encore trop froid.Aujourd’hui, place à la pêche.À dix minutes de chez moi, un bateau sort chaque jour, à 7h30 pile. Avec d’autres pêcheurs sportifs, on passe des heures à dériver et à lancer la ligne. Entre-temps, des dauphins surgissent et, au loin, on aperçoit même des baleines. Cela me détend totalement. Enfant, j’allais souvent pêcher et j’essaie de transmettre cet amour à mes enfants.» 9 H00 - «Ça mord! L’objectif, c’est d’attraper le plus gros poisson possible. Pour 2 dollars, les marins lèvent les filets de notre prise qu’on fera griller au barbecue ce soir.» 1 1 H 0 0 - «Mon fils de huit ans joue au Venice Beach Football Club. Il adore ce sport et le courant passe bien avec l’entraîneur et ses coéquipiers. Ici, le football n’est pas aussi populaire qu’en Belgique. Ma femme et moi regardons le match au parc, on discute avec les autres parents, on boit un café. C’est un vrai moment de joie.» 13H00 - «Pour le lunch, on se rend chez The Win-Dow, à côté du steakhouse American Beauty. On y trouve les meilleurs hamburgers de Venice.» 1 5H 00 - «Ce qui est chouette à Venice, c’est qu’on peut tout faire à pied ou à vélo. Les chemins piétons et les pistes

C I - D ESS OU S M ILOW S ’A R R Ê T E C H E Z M E N OT T I’ S C O F F E E S TO P. « L’A M É R IQ UE N ’ E S T PA S UN E T E R R E D’ E S PR E SS O M A IS , À L . A . , O N T R O UV E D E B O N S C O F F E E B A R S PA RTO UT. »

cyclables sont bien entretenus et il y a l’immense plage, avec une grande digue. L’après-midi, on aime aller marcher avec un café glacé de chez Menotti’s Coffee Stop à la main, le meilleur de Venice. L’Amérique n’est pas un pays d’espresso mais, à L.A. en revanche, il y a partout de très bons coffee bars.» 18H0 0 - «On admire le coucher de soleil sur la plage. Même au printemps, on se croirait dans l’une de ces nuits d’été sans fin.» 19H0 0 - «Pendant que notre poisson fraîchement pêché grille au barbecue, je prépare les tacos pour faire des «fish tacos». Je fais mes propres tortillas, j’écrase quelques avocats pour le guacamole, je prépare une salsa de tomates, je hache la coriandre et je termine les «fish tacos» avec de la sauce piquante. Ce qui me manque le plus quand je suis en Belgique, c’est l’excellente cuisine mexicaine.» 2 1H0 0 - «Ce soir, ma femme et moi allons au Blue Note Jazz Club sur Sunset Boulevard. À Los Angeles, on peut choisir parmi une trentaine de concerts chaque soir. Je choisis le jazz, parce que c’est un univers complètement différent du mien.» 2 3 H3 0 - «Avant de dormir, je lis encore quelques pages de «Project Hail Mary», d’Andy Weir. Je ne me couche pas plus tard que minuit car demain, la ville se réveillera tôt.»

T R OI S B ON S PL A N S

0 1 . T H E OR I G I N A L

L E B ÂTIM ENT ES T U NE

FA R M ER S M A R K ET

PERL E A RCH ITECTU RA L E

« UN E N D R O IT SY M PA

ET, RIEN Q U E POU R ÇA ,

E T PO PUL A IR E PO UR

IL VAUT L E D ÉTOU R.»

D ÉJ E UN E R. DA N S L A

221 S GRA ND AV E À LOS

H A L L E H IS TO R IQ UE ,

A NGEL ES , ÉTATS -U NIS .

VO US T R O UV E Z PLUS D E

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C E N T PR O D UCT E UR S , É PIC E R IE S , PE T IT E S

03. TH E TRO U BAD O U R

B O UT IQ UE S E T

«U NE S A L L E D E

R E S TAUR A N T S . »

CONCERT CH A RGÉE

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D’H IS TOIRE. AU M OINS

A N G E L E S , É TAT S - UN IS .

U NE FOIS DA NS VOTRE

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FA R M E R S M A R K E T L A .

CONCERT.»

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H OL LYWOOD, ÉTATS -

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M O D E R N E A UN E

WWW.TROU B A D OU R.COM

C O L L E CT IO N FO R M IDA B L E E T S E V IS IT E G R ATUIT E M E N T.


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SA BATO

SÉLECTION: INGE RYLANT

Çà & Là

04.04.26

14 — 24

Des Sabato Design Awards à la nouvelle vague de brunchs à Bruxelles: jeunes talents, figures établies, meubles-sculptures, verre en mouvement et même chaises signées Gaudí, certificat à l’appui. Autant de nouveautés à découvrir, à éprouver et parfois même à savourer.


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Paroles

SA BATO

04.04.26

26 — 34

La fierté cristallière belge Val Saint-Lambert, entreprise historique, souffle ses 200 bougies, avec des expositions de Bruxelles, Gand ou Seraing. Trois collectionneurs dévoilent leur pièce fétiche: patrimoine et jeunesse, dialoguent ici avec élégance.


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SA BATO

L.A. at large

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36 — 54

D’un chef-d’œuvre architectural niché sur les collines de Beverly Hills au sur mesure belge en laiton qui s’invite dans les intérieurs de stars comme Jennifer Lopez et Katy Perry: voici Los Angeles dans toute sa splendeur.


55

SA BATO

04.04.26

56 — 76 Paris is a Match Les mètres carrés y sont hors de prix, les logements ultracompacts, et la vie sociale se joue dans les cafés et restaurants. Pourtant, Paris continue de dicter les tendances en matière d’intérieur. Trois architectes d’intérieur évoquent leurs projets favoris dans la Ville Lumière.


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SA BATO

Más Mexico

04.04.26

78 — 94

S’extraire de l’agitation et du bruit de la ville pour se laisser envelopper par la nature: tel est le point de départ de ces deux espaces intérieurs. Une maison à Mexico City qui respire librement, et une résidence de vacances à Morelia réduite à l’essentiel, dans une volonté non pas de dominer, mais de s’intégrer.


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Voyage

SA BATO

04.04.26

96 — 114

Envie de lieux qui surprennent, émerveillent et invitent à ralentir? De l’île paradisiaque de Benguerra, au Mozambique, avec ses plages immaculées et ses «sirènes», au fascinant héritage moderniste d’Olivetti, dans une Italie délicieusement décalée.


115

SA BATO

04.04.26

116 — 129 Bon Appétit De la Belgique au Pérou: partout où se rencontrent saveurs et créativité, il y a quelque chose de singulier à découvrir. À Lima, biodiversité et tradition propulsent la cuisine au plus haut niveau mondial. À Bruxelles, Alice Pollet revisite la salade César avec audace. Et à Thuillies, La Petite Gayole nous ramène dans une cuisine pleine de nostalgie.


ÇÀ & LÀ

04.04.26

T O PA R T I C I PAT E

AVI S DE R E C H E R C H E : I N T É R I E UR S D E CA R ACT È R E H O R S PA I R Sabato lance la seconde édition des Sabato Design Awards. Comme l’an dernier, le magazine du week-end de L’Echo et de De Tijd part à la recherche de jeunes et prometteurs designers et architectes, mais aussi des remarquables réalisations dans les intérieurs belges. «La première édition, nous l’avions imaginée comme un début modeste, une manière de tester le terrain et d’en mesurer l’intérêt. Elle a finalement pris une tout autre tournure», explique Gerda Ackaert, directrice créative de Sabato. «Les lauréats affichaient un niveau exceptionnel et la cérémonie est devenue, pour le secteur du design, un rendez-vous incontournable. Au départ, nous envisagions d’en faire une triennale, mais nous avons finalement abandonné l’idée. Les réactions ont été dithyrambiques: nous avons immédiatement programmé une deuxième édition.Avec quelques ajustements certes, pour faire évoluer la formule.» Avant la remise des prix prévue fin octobre, le jury est déjà à pied d’œuvre: il établit une liste pour le «Lifetime Achievement Award» (destiné à un designer qui inspire la génération actuelle), ainsi que pour les catégories «Product Design», «Public Project» et «Jeune Talent». Parallèlement, Sabato dévoile deux nouveautés importantes.

À D R OI T E AV E C L’A J O UT D’UN N O UV E AU PR IX D É D IÉ AUX TA L E N T S É M E R G E N T S D E L’A R C H IT E CTUR E , L E S S A B ATO D E S IG N AWA R D S É L A R G ISS E N T L E UR PO RT É E .

également mis à l’honneur. Pour ces deux prix, un vote du public sera organisé en septembre, permettant à nos lecteurs d’élire leur candidat favori. Et ce n’est pas tout. Les lauréats bénéficieront également d’une vitrine prestigieuse lors de l’édition 2027 de Collectible, la plateforme bruxelloise de référence dédiée au design et à l’art. Difficile d’imaginer meilleur tremplin. AWARD SIGNÉ VICTOR VERHELST

Fin octobre, une cérémonie exclusive sur invitation dévoilera les lauréats, qui repartiront avec une œuvre de Victor Verhelst, le «SabatoYoung Talent Award 2025». Envie d’y assister? Suivez-nous sur Instagram et tentez de remporter l’une des dix invitations destinées aux lecteurs.

APPEL À PROJETS

Cette année, Sabato entend célébrer l’excellence du design d’intérieur belge. Notre magazine lance ainsi un appel pour le prix «Belgian Residential Interior Project». Architecte d’intérieur, designer ou décorateur: votre dernière réalisation sort des sentiers battus? Si tel est le cas, soumettez votre travail à notre jury professionnel. Pour participer, il suffit de scanner le QR code ci-dessous. JEUNES TALENTS BELGES

ÊTES - VO US A R C HI T E CT E D’ I NT É R I E UR, DES IGNE R O U DÉ C O R AT E UR, E T AVE ZVOUS R É C E M M E NT R É A L I SÉ UN P R O JE T RÉS IDE NT I E L? P R É SE NT E Z-L E À NOT R E JURY D’ E XP E RT S: L E S P LUS B E AUX INTÉRIE UR S M É R I T E NT D’ Ê T R E M I S E N LUMIÈR E . SA BATO.B E /O P E NCA L L

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CRÉDIT: MATHIEU RIDELLE.

Autre nouveauté: la catégorie des jeunes talents et talents émergents s’enrichit d’un prix supplémentaire. En plus de la distinction qui récompensera le designer de mobilier le plus prometteur du moment, un jeune architecte à suivre de près sera


CRÉDIT: MATHIEU RIDELLE.

SA BATO 04.04.26


ÇÀ & LÀ

04.04.26

TO DISCOVER

O BJ E T S C ULP TURAL Leur dernier chapitre commun s’intitule «Voyage»: une collection en édition limitée d’une dizaine de pièces. Lampes, assises, accessoires et même un secrétaire: tout se construit autour de cylindres et de triangles. Le zebrano, essence rare aux veines graphiques, dialogue avec l’acier poli. Des tonalités velours, comme le vieux rose, apportent une douceur inattendue. Avec «Voyage», la fonction s’efface là où elle le peut, au profit de la forme. À tel point que certains objets utilitaires prennent des allures de sculptures.

W W W. A X ELC H AY.C OM

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L’ŒUF D E K IN G Z A R A H O M E S ’ASS OCIE AU S TYL IS TE C O L IN K IN G. POU R L A M A RQ U E E S PAG N O L E , L E NEW-YORK A IS A IM AG IN É UN E S ÉRIE D E PETITS O B J E T S : D E S C OU PES EN ONYX , D ES B O UG E O IR S E N B RONZE, D ES VA S ES EN V E R R E O PA L IN . NOTRE PIÈCE FAVORITE E S T S A N S C O N TES TE L A L A M PE «PETIT E G G » E N L A ITON; ÉGA L EM ENT L A PR É F É R É E D E KING. L A M PE «PET I T EGG», 1.300 EU RO S. W W W. Z A R A H OME.CO M

CRÉDIT: AX EL CHAY AN NEMARIEKE VAN DRIMMELE N.

Axel Chay ne suit pas les itinéraires balisés du design. Ce créateur marseillais a forgé, sans formation officielle, un langage très personnel. Autodidacte, il construit son univers en acier, en bois et en formes abstraites. Parmi ses influences revendiquées, celles de Donald Judd,Tom Wesselmann et du mouvement Memphis. Chez Axel Chay, le design est aussi une affaire de famille. Sa femme, Melissa, signe la direction artistique tandis que son frère Aimeric, passionné de métal depuis l’enfance, participe aux prototypes à l’atelier.


ÇÀ & LÀ

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TO VISIT

LA MÉ THOD E D’ HE LLA avait délaissés pendant longtemps, et s’est ellemême étonnée des résultats obtenus. Ici, l’expérimentation, l’enquête sur la matière et l’artisanat passent avant tout. Hella Jongerius semble moins se demander ce que le design doit être que ce qu’il peut encore devenir. H EL L A J ON G ER I U S : « W H I SPERI NG TH I NGS», D U 1 4 M A R S AU 6 SEPTEMBRE I NCLU S, V I T R A D ES I G N M U S EU M , C HARL ES-EAMES-STR. 2 À W EI L A M R H EI N . W W W.D ESI GN-MU SEU M.D E

CRÉDIT: RO EL VAN TOU R, NICOLAS POLLI.

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Depuis des décennies, Hella Jongerius rappelle que le design ne se résume pas à fabriquer de beaux objets. La designer néerlandaise, connue pour ses canapés «Polder» et «Vlinder» pour Vitra, ses intérieurs pour KLM et sa porcelaine pour Nymphenburg, privilégie résolument la recherche à la logique commerciale. Elle a fait don de l’intégralité des archives de son studio au Vitra Design Museum, qui ouvre ce printemps la première grande rétrospective de son travail. Et non, Hella Jongerius n’en profite pas pour se reposer sur ses lauriers. Ces dernières années, elle s’est replongée intensément dans l’argile et l’émail, des matériaux qu’elle


ÇÀ & LÀ

04.04.26

SUR LE CAR R E AU SABI N E MARCE L I S T RAN S FO R M E S O N OBSE SSI O N P O U R L A LU M IÈ R E E T L A CO U L E U R E N CARRE AUX D E V E R R E P O U R BL Ē O. T RE I ZE COLO R IS , D E UX F I N I T I O N S, MAT E S OU BRIL L A N T E S , E T U N E I N F I N I T É D’U SAG E S . E N PLUS D’ Ê T RE FO N CT I ON N E LS, I LS S O N T SU RTOUT T E RRI BL E ME N T S É D UIS A N T S . « SA M A T I L E » DE SA B I N E M A R C E L I S, À PA RT I R D E 7, 9 5 E UR O S PA R CA R R E AU. WWW.B L E O C O L L E CT I V E.C OM

TO D E C O RAT E

LUXE FEUT R É

TO WEAR

AR R I VE R À L A C H E V I L L E

Alessandro Moriconi a grandi en Toscane, s’est formé à Central Saint Martins à Londres, et vit aujourd’hui à Paris. Ce cocktail d’influences affleure dans tout ce qu’il crée. Architecte d’intérieur et directeur artistique, il a travaillé pour Chloé, Nina Ricci, JW Anderson et Lemaire. Il a également été styliste pour Vogue Italia. Moriconi conçoit des intérieurs en partant à la recherche d’objets singuliers, chargés d’un récit, et se laisse guider autant par l’intuition que par le sens des matières. Chez lui, styles et époques peuvent se télescoper, pour autant que la sensation soit juste. Pour Palatino Hospitality, marque de luxe d’accessoires hôteliers qui fête cette année ses dix ans, il signe une capsule de quatre pièces: une boîte en bois laqué faisant aussi office de vide-poche, un vase sculptural en cuir, une boîte en métal coiffée d’un couvercle en pierre, et un plateau miroir à la surface ondulée. Subtil, impossible à ignorer. Ce que tout objet design devrait être.

BRACE L E T DE C HE VI L L E , 1 8 0 E UR O S. WWW.C H Y L A K .C OM

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CRÉDIT: BLEO, CHYLAK , MATH ILDE HILEY.

W W W. A L ESSAND RO MO RI CO NI .CO M

Zofia Chylak a d’abord étudié l’histoire de l’art, avant de lancer en 2014, depuis sa ville natale de Varsovie, sa marque éponyme. Elle y dessine des sacs et des chaussures intemporels, réalisés en cuir italien. Avec le temps, le label s’est taillé un statut culte à l’international. Elle compte parmi ses fans des célébrités, d’Alexa Chung à Margot Robbie. Sa nouvelle collection remet en scène le bracelet de cheville, et on ne va pas s’en plaindre. D’accord, «anklet» sonne mieux que «bracelet de cheville». Quel que soit le terme, ces perles apportent une touche d’élégance, à laquelle s’ajoute un petit parfum de nostalgie.


CRÉDIT: CO URTESY O F PAPERBOY.

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SA BATO

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TO E AT

PAP E R B OY PA R I S À B R UXE L L E S Du 11 avril au 3 mai, Paperboy Paris investit le restaurant Double Standard de l’hôtel bruxellois The Standard. Au menu? Les plats signature de l’adresse de brunch la plus célèbre de la capitale française: sandwiches au poulet, au bœuf ou au pastrami, brioches, «breakfast muffins» et limonade au gingembre. James Dridi, fondateur, pose le décor: «En 2026, il existe tellement de «concepts». Paperboy Paris s’adresse à ceux qui ont envie de plats simples et bons, préparés avec des produits frais d’exception, selon des recettes authentiques, sans saveurs spéciales ni autres surprises.Tout le monde doit en être heureux, moi compris; donc, par exemple, pas de champignons dans ma cuisine.» Depuis l’école de cuisine, et tout au long d’une décennie passée dans la mode, le Français se répétait sans relâche qu’un jour, il ouvrirait une sandwicherie. Depuis 2014, il garnit généreusement des sandwiches «à la new-yorkaise». Enfant des années 1990, il a grandi avec la culture américaine et ses «paperboys», qu’il teinte d’influences japonaises. «Très vite, le projet a pris une tout autre ampleur. Pour le plaisir, j’ai aussi lancé du «merchandising», jusqu’au jour où, en 2018 à Tokyo, le fondateur du label Beams me propose une collaboration. Le pop-up s’est écoulé en moins d’une journée, ce qui a mené à une deuxième édition.» Peu à peu, Paperboy Paris s’est mué en marque créative, connue dans le monde entier pour sa «comfort food», ses pop-ups et ses événements, ainsi que pour son concept de «catering», notamment sur des défilés et des shootings, et pour ses collabs avec Nike et Dr. Martens. Prochaine étape:The Standard, à Bruxelles et à Londres. Sur place, on trouvera également du «merch» Paperboy Paris x The Standard, comme un «hoodie» signature en édition limitée et une casquette «’47». «Faire des sneakers, j’adore. Dans mes collabs, je tiens aussi à revenir aux racines de Paperboy Paris à savoir: manger et boire. Je séjourne régulièrement dans différents hôtels The Standard, et j’espère pouvoir découvrir cet été celui de Bangkok. En juillet, j’ouvre d’ailleurs une

À GAUCHE JA ME S DR I DI A T ROQU É L E MONDE DE LA MODE P O U R P O U RSU I VRE SON RÊ VE : CRÉ E R LE SAN DW I CH PARFA IT. CE QUI N’É TAI T AU DÉ PART QU’UN HOMMAGE À L A CU LTU RE NE W-YORKAISE DE S « PAP E RBOYS» E ST DE VE NU UN PHÉ NOMÈ N E MON DI AL .

implantation permanente de petit-déjeuner Paperboy à Tokyo.» Bruxelles, Paris ou Londres? Il tranche: «Paris est numéro un, pour mon appartement et les brasseries traditionnelles, ainsi que pour les petits restos méditerranéens et asiatiques où j’aime me retirer, loin de l’agitation, après une journée de travail. En deux, Bruxelles, avec ses chouettes «coffee shops» et ses restaurants autour de la place Sainte-Catherine, où j’ai beaucoup d’amis à qui je rends souvent visite. Londres, je trouve ça trop chargé. Même si c’est agréable d’y passer un week-end.» Quand on lui demande ce qui ne peut jamais manquer à un brunch organisé chez lui, il répond: «Des œufs brouillés, du jus de fruits frais, des fruits et du pain, évidemment, en tant que bon Parisien.» L E C OU P D’EN VOI OF F I C I EL ES T D O NNÉ L E 12 AVRI L AVEC U NE «C OM M U N I T Y R U N » OR GA N I S ÉE EN CO L L ABO RATI O N AVEC L E «R U N N I N G C R EW » CA D EN C E, S U I VI E À L’ARRI VÉE D’U NE PR EM I ÈR E D ÉG U S TAT I ON D U M EN U. D OU B L E S TA N DA R D, B OU L EVA R D D U RO I AL BERT I I 30 À B R UX EL L ES . W W W. S TA N DA R D H OT ELS.CO M

À D R OI T E L A CA RT E FA IT L A PA RT B E L L E AUX C L A SS IQ UE S D E PA PE R B OY: S A N DW IC H E S GA R N IS D E B Œ UF, D E PO UL E T O U D E PA S T R A M I, B UN S B R IO C H É S , « B R E A K FA S T M UF F IN S » E T L IM O N A D E AU G IN G E M B R E .

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ÇÀ & LÀ

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TO REDISCOVER

GAU D Í C H EZ VO US Aujourd’hui, BD Barcelona réédite ces pièces sous forme de répliques exactes, réalisées en chêne verni selon des techniques traditionnelles. Chaque objet est accompagné d’un certificat d’authenticité, signé par le directeur de la Sagrada Família. Après tout, tant qu’à acheter une chaise, autant la faire bénir par le plus grand chantier inachevé du monde. Les originaux, eux, sont désormais conservés en sécurité au musée Gaudí du parc Güell. W W W. B D BA R C ELON A .C OM

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CRÉDIT: CO URTESY O F BD BARCELON A .

Antoni Gaudí n’a pas seulement dessiné des bâtiments iconiques: il a aussi pensé le mobilier qui les habite. Pour la Casa Calvet, son premier projet résidentiel (1898), il a conçu des chaises de bureau et des banquettes en chêne destinées aux bureaux du rez-de-chaussée. Pour la salle à manger de la Casa Batlló, site classé au patrimoine mondial de l’Unesco sur le Passeig de Gràcia, il a ensuite créé une deuxième série de meubles.


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DES APPARTEMENTS D’EXCEPTION DANS LE PROJET LE PLUS PRESTIGIEUX DE BRUXELLES Le redéveloppement du domaine historique de la famille princière de Merode prend place au coeur de l’un des quartiers les plus prisés et exclusifs d’Ixelles – entre le quartier du Châtelain, la Place Brugmann, l’Avenue Lepoutre et juste en face du Parc Tenbosch. Avec sa collection d’appartements de une à quatre chambres, de 60 à 327 m², de Mérode redéfinit les standards du luxe résidentiel et du raffinement au coeur de Bruxelles.

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L ’ E M B L É M AT I Q U E F A B R I Q U E B E L G E V A L S A I N T - L A M B E R T E N T E N D B I E N F A I R E DU BRUIT À L’OCCASION DE SON BICENTENAIRE. LA MAISON S’OFFRE ET SE VOIT OFFRIR UN FLORILÈGE D ’ E X P O S I T I O N S , É V É N E M E N T S E T E X P É R I E N C E S I M M E R S I V E S É PA R P I L L É S A U X Q U AT R E C O I N S D U PA Y S . L ’ O C C A S I O N D E D O N N E R L A PA R O L E À T R O I S D E S E S C R É AT I O N S E T L E U R S P R O P R I É TA I R E S .

VAL SAINT LAM BERT 200 ANS

R E P O R TA G E : MARIE HOCEPIED PHOTO: J U S T I N PA Q U A Y


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Marine Vincent,

Marine Vincent a grandi entourée d’objets, de formes et de couleurs, dans un environnement où le design faisait partie du quotidien. Formée à l’Académie des Beaux-Arts puis à La Cambre, Marine Vincent développe très tôt une sensibilité à l’image comme vecteur d’idées. Cofondatrice de l’agence Bonjour, elle met depuis plus de quinze ans la communication au service de causes sociales et environnementales. À côté de cela, elle est aussi cofondatrice de Crocodile, un pain sans farine, sans levure, sans gluten, bon pour la santé. Et enfin, elle est également l’heureuse propriétaire d’un petit plat Val Saint-Lambert posé sur la table de sa salle à manger. Le Val Saint-Lambert, cela vous parle? M A R I N E V I N C E N T: «Je dois avouer que ce qui me parle avant tout, c’est la couleur. J’ai toujours rêvé de devenir Oliviero Toscani, le publicitaire de la marque Benetton, pour utiliser le système afin de faire passer des idées. Je fais donc naturellement le lien avec United Colors of Benetton. Je pars du principe que la vie, ponctuée de couleurs, est plus joyeuse et plus vivable pour tous. Que ce soit à travers des objets ou des personnes hautes en couleur, tout devient plus beau. Et pour moi,Val Saint-Lambert, c’est la couleur!» Quel objet nous montrez-vous? «Un petit plat qui appartenait à Julien et à Marie, qui étaient les arrière-grands-parents de mes enfants. Ils étaient fleuristes. C’est l’arrière-grand-père, Julien,

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L ’ A M AT R I C E

qui adorait les objets et qui était artiste à ses heures perdues. À l’époque, dans les années 1950 ou 1960, lorsqu’on parvenait à acquérir une pièce Val Saint-Lambert, cela représentait beaucoup. C’était symbolique du beau, du belge, de la brillance, d’une certaine réussite. Tout le monde avait envie de posséder du Val Saint-Lambert, mais tout le monde ne pouvait pas se le permettre. En revanche, ce plat n’était pas là pour décorer, il était utilisé. Il a toujours fait partie de leur quotidien.» Et chez vous, qui côtoie-t-il? «Beaucoup de monde (rires)! J’ai toujours été baignée dans une présence constante d’objets, en mélangeant tout. À la maison, il peut y avoir un Alvar Aalto en verre soufflé qui trône à côté du plat Val Saint-Lambert. Ensuite, je découvre un Maxence de Bagneux sur Instagram ou un vase en papier mâché de Frankie Flower. Pour moi, c’est la base: réussir à mêler notre passé, notre présent et notre vision du futur pour accompagner nos enfants et nos petits-déjeuners avec des objets qui nous rassurent et nous font du bien. Toujours à travers la couleur. Notre maison est blanche de la tête aux pieds, comme un musée, et je viens y déposer des pièces colorées.» Quelle est votre perception de cette maison belge? «C’est un symbole.Au même titre que Dandoy, Natan, Delvaux ou encore le Roi et la Reine, cela fait partie de l’histoire belge. Cela dit, je dois reconnaître que je connais sans vraiment connaître: on m’a transmis cet objet, mais pas toute son histoire. C’est un peu comme le spéculoos ou la Saint-Nicolas, cela fait partie de nous.» Que leur souhaitez-vous pour leurs 200 ans? «Rester dans le quotidien des Belges. Cela apporte à la fois de l’utile et de l’amour, puisqu’il s’agit de pièces qui peuvent être transmises. Et aussi développer des collaborations avec de jeunes artistes pour continuer à grandir, même à 200 ans!»

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Je suis convaincue qu’une vie baignée de couleurs est plus joyeuse et plus agréable à vivre pour tous. Pour moi, Val Saint-Lambert est indissociable de la couleur.


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Le vase Kaléido rend hommage à l’art cinétique des années 1950 et aux reflets envoûtants du kaléidoscope.

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CI- DESS US LE VASE KAL É I DO (2 010) , CONÇU PA R CHA RLE S KAI SI N LU I MÊ ME , ASSOCIE DE S T E CH N I QU E S DE TAILLE T RA DIT IONNE L L E S À U N MOT I F CONT E MPORAIN E T RYT H MÉ .

CI- CONTRE POUR CH ARL E S KAI SI N , QUI FUT DIRE CT E UR ART I ST I QU E DE VAL S AINT -LAMBE RT E N T RE 2 010 E T 201 2, L’OB JE T CON ST I TU E U N RAPPE L QUOT IDIE N DE «L’ÂME DE L A MANUFACTURE » .

Charles Kaisin,

Charles Kaisin, designer belge et artiste éclectique, a collaboré avec les plus grandes maisons de luxe: Hermès, Delvaux, Rolls-Royce, Pierre Marcolini, entre autres. De la création d’objets aux défilés de mode, en passant par l’aménagement d’espaces, il s’est également fait connaître pour ses dîners surréalistes, mêlant haute gastronomie et scénographies spectaculaires, sans oublier ses célèbres origamis déployés pour de bonnes causes. Il a occupé le poste de directeur artistique du Val Saint-Lambert de 2010 à 2012. Quel est votre lien avec le Val Saint-Lambert? CHARLES KAISIN: «J’y ai travaillé pendant deux ans en tant que directeur artistique. J’y ai dessiné trois collections en cristal: des verres, des vases et divers objets d’art de la table. À l’époque, la famille Onclin, qui venait de reprendre la cristallerie, m’a approché pour recueillir mon avis. Je suis finalement resté afin d’apporter une nouvelle impulsion, un souffle moderne. J’étais ravi de relever ce défi, même si notre collaboration a dû s’arrêter faute de moyens suffisants. J’en garde néanmoins un très bon souvenir.» Que nous montrez-vous aujourd’hui? «Je présente un vase issu de la série «Kaléido», que j’ai conçue en 2010 pour le Val Saint-Lambert. Cette collection rend hommage aux mouvements et à l’art cinétique des années 1950. Elle s’inspire également des reflets scintillants d’un kaléidoscope. Le vase évoque le travail de facettage des tail-

LE DESIGNER

leurs de cristal: j’ai voulu célébrer ce savoir-faire artisanal de manière contemporaine, en répétant à l’infini une même taille sur toute la surface de la pièce.» Comment vivez-vous avec cet objet? «Le vase est posé sur un meuble de Le Corbusier, provenant de la Cité radieuse, dans un petit salon que mon mari et moi avons aménagé. Parfois, nous y déposons une fleur, selon l’humeur.» Le Val Saint-Lambert a-t-il toujours fait partie de votre vie? «Absolument, depuis toujours. Ma mère et mes grands-parents possédaient déjà des vases colorés taillés, typiques des cadeaux de mariage ou de naissance de l’époque. C’était l’objet emblématique à offrir. J’ai d’ailleurs hérité d’une collection de verres colorés de ma mère. Sur une grande table, cela apporte toujours énormément de caractère.» Quelle est votre perception de la maison belge aujourd’hui? «C’est une grande dame qui a connu plusieurs vies, avec un parcours remarquable à travers différentes époques, ponctué d’épreuves. Au début du XXe siècle, plus de 1.600 personnes travaillaient à la manufacture. Il y avait une école, une nurserie pour les enfants des artisans... C’était une véritable fourmilière, un lieu où le site et les savoir-faire étaient pleinement valorisés. Ils resteront toujours dans l’histoire, on ne pourra jamais leur enlever cela.» Que souhaitez-vous à cette maison belge pour ses 200 ans? «Qu’elle continue à transmettre son savoir-faire, véritable patrimoine. Lorsque l’on découvre les archives, les anciens moules, on mesure toute sa richesse, c’est ce qui m’a le plus surpris à l’époque. Je souhaite aussi que des designers continuent à créer en cristal et que l’entreprise développe des collaborations et concours avec des écoles comme La Cambre ou Eindhoven, afin de perpétuer et valoriser cet héritage.»


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PA R O L E S

María Alonso,

María Alonso Pérez-Villanueva incarne un parcours profondément européen, à la croisée des cultures espagnole et belge. Née à Madrid et installée en Belgique dès l’enfance, María Alonso Pérez-Villanueva a grandi entre ces deux pays avant de s’ancrer durablement à Gand. Juriste de formation, elle évolue au cœur des institutions européennes. Parallèlement, elle s’investit dans la valorisation d’une collection familiale, aujourd’hui connue sous le nom d’Alonso International Glass Collection, constituée par son père, le diplomate Antonio Alonso Madero: près de 300 pièces en cristal, dont le noyau dur est constitué des pièces Val Saint-Lambert de l’entre-deux-guerres. Comment le Val Saint-Lambert est-il entré dans votre vie? MARÍA ALONSO: «LeVal Saint-Lambert est dans ma vie d’aussi loin que je m’en souvienne. J’ai grandi avec cette collection et, aujourd’hui, j’en suis l’ambassadrice. C’est une partie du patrimoine belge et européen qui m’est confiée. Je la gère avec le souhait de la transmettre un jour. Pour moi, l’objectif actuel de cette collection, c’est qu’elle

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LA COLLECTIONNEUSE

soit montrée au public. Que les Belges puissent être fiers de ce fleuron. Que les universités puissent faire des recherches sur les arts appliqués des pays et époques représentés. C’est dans cette optique que j’ai participé à plusieurs expositions à travers toute l’Europe.À l’occasion du bicentenaire, je prends part activement à la coordination de plusieurs projets. En collaboration avec la Foundation Madeleine 7, nous prêtons des pièces à plusieurs expositions. Plus récemment, j’ai aussi réalisé un dépôt au Musée duVerre de Charleroi: mon rêve était de ramener ces pièces dans les régions où elles ont été produites.» Quelle pièce nous présentez-vous aujourd’hui? «Il s’agit du vase «Antony», datant de 1938, représentant le courant constructiviste et dessiné par le grand Charles Graffart. Ce que j’aime dans le Val Saint-Lambert, c’est qu’il y a énormément de diversité. Certaines pièces me touchent plus que d’autres. J’aime cette pièce en particulier, car elle a une beauté intemporelle. Elle est à la fois organique par sa couleur et constructiviste comme un immeuble en forme de tour.» Un souvenir particulier lié à la maison belge? «En 1999, quand nous avons dévoilé notre collection au public pour la toute première fois. Je me souviens encore de tous ces visages remplis d’admiration, collés aux vitrines. Quelque chose s’est produit en

À GAU C H E E N TA NT Q U’A M B A SS A D RICE D E L’A LO N S O INTERNATIONA L GL A SS C O L L E CT IO N , M A RÍA A LONS O S ’ES T D O N N É PO UR M ISS ION D E FA IRE R AYO N N E R À NOUV EAU L E CRIS TA L B E LG E DA N S L E M OND E.

Pour moi, ce vase incarne une beauté intemporelle: sa couleur me rappelle l’huile d’olive de ma région natale.


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nous: nous avons compris que la collection prenait son envol. Que ce n’était plus seulement «notre» collection. Qu’elle devenait une entité à part entière. Il y a eu, pour moi, une sorte de lâcher-prise très bénéfique. Un autre souvenir plus récent: en 2016, une expérience exceptionnelle avec Astrid Maton, maître d’ikebana de l’école Saga Goryu. Une composition florale a pris place dans des pièces Art nouveau, dans un contexte très soigné, pendant très peu de temps, pour éviter les dépôts de calcaire. C’était extraordinaire.» En dehors de votre collection, pouvons-nous retrouver des pièces Val Saint-Lambert dans votre salon? «Très peu. Il m’est arrivé d’acheter encore trois ou quatre pièces dans ma vie. Je ne mets pas cela au centre de ma décoration: mon bonheur n’est pas d’amasser des objets dans ma vie privée. Ma joie consiste à gérer cette collection, de lui donner vie et de faire en sorte qu’elle serve à ses objectifs: être montrée au public, nourrir la recherche, susciter aussi bien de l’émoi que de la fierté.» Quelle est votre perception de la maison belge aujourd’hui? «Le Val Saint-Lambert a une histoire prestigieuse, mais celle d’une autre époque, qui ne reviendra jamais telle quelle. Nous sommes dans un autre paradigme de société. Le monde change très vite. Mais justement, il faut s’enraciner dans l’histoire pour mieux vivre le présent et se projeter dans l’avenir. L’histoire récente du Val Saint-Lambert, c’est aussi une histoire de résilience. J’ai vu défiler diverses personnes à sa tête, beaucoup de projets, beaucoup d’espoirs, parfois aussi de grandes déceptions. Récemment, il y a eu une excellente nouvelle: laVille de Seraing a racheté le Val Saint-Lambert et mise sur ce fleuron de la Belgique.Tout le travail accompli autour du bicentenaire contribue à lui redonner de la visibilité. Et moi, je vais vivre beaucoup d’émotion!»

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LOS ANGELES

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À D R OI T E EN H AUT Q UA ND L’A R C H IT E CT E J OH N L AUTNER A D E SS IN É C E T T E M A IS ON EN 19 6 3, IL A M Ê L É M O D E R NIS M E ET FUTU RIS M E. L E R É S ULTAT ? UN CA S D’ÉCOL E D E CE Q UE L’O N A PPEL L E AU J OU RD’H U I L E S PE CTAC UL A IR E S TYL E GOOGIE.

Les futurs projets? Un théâtre, une terrasse sur le toit et une maison d’amis. es carpes koï nagent ici depuis trente ans, presque aussi longtemps que je travaille pour James», sourit Roberta Leighton, manager de la John Lautner’s SheatsGoldstein Residence à Los Angeles. Elle veille au quotidien sur la maison pour James Goldstein (86 ans). Il a bâti sa fortune en investissant dans des parcs de mobile homes en Californie. James Goldstein est surtout connu pour ses tenues de cuir colorées, son chapeau de cowboy, sa crinière grise indomptable et un agenda rythmé par plus d’une centaine de matchs de NBA par an. Il partage son temps entre l’Europe et cette demeure suspendue au-dessus d’un ravin, qui semble en lévitation sur Beverly Hills. On l’aperçoit, le plus souvent dans une silhouette en peau de serpent multicolore, à tous les grands défilés de Paris, Londres et Milan. Lors de notre passage à Los Angeles, il est malheureusement à Paris pour la Fashion Week.

ils y travaillaient déjà, alors qu’ils étaient encore employés par l’architecte Duncan Nicholson.Ancien élève de Lautner, ce dernier avait poursuivi l’œuvre après la mort de celui-ci, en 1994. À son décès, en 2015, Kristopher Conner et James Perry ont fondé leur propre bureau. En 2016, James Goldstein a fait don de l’ensemble de la propriété, ainsi que de son imposante collection de mode et d’art, au Los Angeles County Museum of Art (Lacma). «Pour l’instant, il en reste propriétaire, mais après son décès, le tout passera officiellement au musée. Pour James Goldstein, il est essentiel que le bâtiment demeure accessible aux étudiants en architecture, aux designers et au grand public. Il veut inspirer les générations futures. Il est d’une générosité incroyable avec sa maison: il laisse aux visiteurs l’espace de la ressentir pleinement. C’est du jamais-vu pour une résidence privée à L.A.», souligne Kristopher Conner.

ARCHITECTURE GOOGIE «THE BIG LEBOWSKI»

La maison, fascinante, a servi de décor à des films comme «The Big Lebowski» et «Charlie’s Angels», mais aussi à des émissions de téléréalité comme «Selling Sunset» et à d’innombrables clips. Des marques de luxe comme IWC Schaffhausen et des célébrités telles que les Kardashian y organisent également événements et fêtes. Pour ces moments-là, le duo a imaginé un complexe de divertissement: le «Club James». La maquette originale de ce projet, réalisée de la main même de Lautner, trône toujours dans la salle à manger rétro de la maison.

C I - C ON T R E L’ I NTÉRIEU R RES PIRE L E S S IX T IE S : MOQ U ET TE M U R À M U R, C UIR C H A L E UR EUX ET CU IS INE EN AC IE R IN OX Y DA B L E.

CRÉDIT: DRIS ERBA .

Roberta Leighton nous guide dans la Sheats-Goldstein Residence, construite en 1963 par l’influent architecte américain John Lautner. Le bâtiment mêle modernisme et futurisme, dans un langage qui entrera plus tard dans l’histoire sous le nom d’architecture Googie. Ses signatures? Des toits courbes et inclinés, une profusion de verre, d’acier et de néon. Difficile d’imaginer portrait plus fidèle de ce monument de Lautner. Et pourtant, malgré un chantier lancé au début des années 1960, le projet n’est toujours pas terminé. Depuis 2015, les architectes Kristopher Conner et James Perry, de Conner + Perry Architects, en assurent l’entretien et pilotent les extensions. «Le projet ne cesse d’évoluer», résume d’ailleurs James Perry. Ils connaissent les lieux dans leurs moindres détails. Dès 2007,


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SA BATO

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À DRO IT E L’A RCHIT E CTURE PU I SSAN T E , FAI TE D’ANGLE S VIFS E T DE B É TO N STR U CTURÉ , CONT RA ST E VIVE ME N T AV EC LE JA RDIN LUXURIANT. CI-DE SS OUS DA NS LE BURE AU DE JAM ES GOLDST E IN, UNE IMME N SE BOÎ TE D E VE RRE OFFRE UNE VU E P LON GEANT E S UR LOS ANGE L E S.

La philosophie était de ne jamais faire deux fois la même chose. «Pour nous, le plus gros projet a été la construction du «Club James» évidemment», explique James Perry. «Mais la majeure partie de notre travail est en réalité invisible.» Il parle de la résidence principale, érigée en 1963 pour Helen et Paul Sheats, une artiste et un médecin, et leurs enfants. James Goldstein l’a achetée en 1972 pour, selon The New York Times, 182.000 dollars. «Une grande partie de notre temps est consacrée à l’entretien du bâtiment et de la piscine. Et la maison regorge d’éléments mobiles: des verrières coulissantes, un téléviseur qui descend du plafond... Même les ajouts modernes, comme la machine à café, sont dissimulés pour ne pas altérer la pureté de l’architecture d’origine.» SENSATION DEDANS-DEHORS

On le comprend dès que l’on pénètre dans les espaces privés de Goldstein: on se retrouve plongé dans les années 1960, entre larges canapés de cuir, moquette mur à mur, cuisine en acier inoxydable, panneaux de plafond en bois et discothèque intégrée. «Le salon donne l’impression que la maison flotte au-dessus des collines de Beverly Hills», note Kristopher Conner. «Lautner voulait que l’on se sente dehors», précise Roberta Leighton. À mesure que l’on avance, les frontières s’estompent: architecture, mobilier et paysage se fondent en permanence. Le passage de la salle à manger à la suite parentale rend cette sensation presque littérale. «C’est mon endroit préféré dans toute la maison: la transition entre ces deux espaces», confie Kristopher Conner. «On a l’impression de devoir sortir pour rejoindre les chambres.Visuellement, la limite entre intérieur et extérieur s’efface, spatialement aussi. C’est un lieu qu’on néglige souvent, alors que, pour moi, c’est le plus impressionnant. Il y a une dramaturgie immense, comparable à l’énorme toit en béton qui semble glisser depuis le sommet de la colline, comme une vague profilée.» Ici, pas de climatisation. «Avec ces grandes verrières, elle n’est tout simplement pas nécessaire», explique Roberta Leighton. «En été, on ouvre tout pour laisser circuler l’air naturellement. Entre le jardin-jungle luxuriant, l’eau fraîche de la piscine et le


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toit en béton, qui se déploie comme un auvent au-dessus du balcon et du bassin, l’ombre et la fraîcheur sont largement suffisantes.» UNE BOÎTE D E NUIT AVEC PISCINE

Nous rejoignons ensuite l’annexe futuriste dont le toit fait office de terrain de tennis. À l’intérieur, le béton, le verre et l’acier inoxydable dominent. Ce «complexe de divertissement Goldstein» abrite une boîte de nuit, une bibliothèque, un cinéma, des bureaux, une terrasse gigantesque avec cuisine extérieure, un jardin spectaculaire et une piscine tournée vers la «skyline» de L.A. «Nous avons livré «Club James» en 2023, et pourtant, nous continuons à dessiner et à construire», explique Kristopher Conner. «Nous achevons le plan original de Lautner, tout en y intégrant de nouveaux éléments.» Cette soif de renouvellement vient de James Goldstein. «Un client particulièrement intéressant», s’accordent à dire James Perry et Kristopher Conner. Depuis des décennies, il réinvente son domaine, avec des idées qui évoluent, grandissent, se transforment. «Il arrive avec de grandes visions. Et parfois commence la discussion, pas toujours simple, sur ce qui est réellement possible», raconte Conner. Les plans sont rarement figés. «Au fil des années, et même pendant le chantier, James aime encore bouleverser les intentions. Il faut toutefois le reconnaître: il a un sens esthétique exceptionnel et comprend immédiatement ce qui fonctionne ici. Depuis l’achat, il a collaboré de près avec Lautner, et les travaux n’ont jamais cessé.»

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L’ADN DE LAUTNER

CUBE DE VERRE

Pour rénover et mener la maison à son achèvement, Kristopher Conner et James Perry n’ont pas besoin d’aller chercher loin. «C’est une évolution du langage que John Lautner a développé ici. Son ADN reste présent, adapté à un nouveau contexte et à des usages contemporains», explique James Perry. «Il existe donc des différences subtiles entre «Club James» et la maison d’origine», complète Kristopher Conner. «Dans le club, nous avons choisi un autre type de béton, laissé le bois de côté et opté pour un cuir plus robuste, argenté, plutôt que le cognac chaleureux de la maison.» Et, en effet, l’habitation paraît plus enveloppante. «Dans le club, nous avons volontairement privilégié des tons froids, comme l’argent. Ce n’est pas une maison, c’est un lieu de divertissement. Nous ne voulions pas en faire une copie», insiste-t-il. «La philosophie de Lautner, c’était de ne jamais faire deux fois la même chose. Il cherchait toujours de nouvelles solutions. Notre intention n’est donc jamais de copier, mais de rester en lien avec son œuvre, dans le même esprit expérimental», poursuit-il.

Ce qui revient partout, en revanche, ce sont les vastes parois vitrées. Pour le bureau de James Goldstein, les architectes ont dessiné une immense boîte de verre. «C’est mon espace préféré», confie James Perry. «Le plafond à caissons en béton et ces fenêtres qui avancent vers l’extérieur créent une sensation de liberté incroyable, comme un espace sans limites.» «Beaucoup considèrent cela comme le test ultime en architecture: entrer dans un lieu et ne plus vouloir en sortir. Quand un endroit provoque cela, on sait que le design est réussi. Pour moi, c’est ce bureau», affirme Kristopher Conner. Nous devons l’admettre: nous ressentons la même chose. Et pas seulement dans cette pièce, mais dans toute la maison Goldstein. C’est la première fois qu’un monument architectural habité nous frappe avec une telle force. Angles vifs, béton structuré, puissance des lignes, jardin-jungle et vue sur L.A.: l’ensemble compose un chef-d’œuvre. Nous en restons presque silencieux, fait suffisamment rare pour être souligné. Comme l’avait annoncé le duo: chez Goldstein, le travail ne s’arrête jamais. Les projets les plus récents prévoient un théâtre, une terrasse sur le toit avec vue sur le terrain de tennis et un logement d’invités supplémentaire. Quand tout cela sera-t-il terminé? «Eh bien, il faudra certainement encore cinq ans. Construire va vite; ce sont les permis qui exigent de la patience.» Dans ce cas, rendez-vous dans cinq ans pour découvrir le résultat.

Quand les travaux seront-ils achevés? Pas avant au moins cinq ans.


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Le luxe de vivre, réinventé Pendant des décennies, la résidence secondaire a été le symbole ultime de réussite. Une villa en Toscane, une maison en Provence ou un pied-à-terre sur la Côte d’Azur représentaient à la fois l’accomplissement et l’évasion — un lieu où revenir année après année. Pourtant, l’idée même du luxe évolue. De plus en plus, il ne se définit plus uniquement par la propriété, mais par la liberté et la qualité de vie qu’elle permet. Pour de nombreuses familles à l’esprit international, le véritable luxe réside dans la possibilité de découvrir différents lieux et cultures tout au long de l’année — sans la complexité qui accompagne traditionnellement la possession d’un bien immobilier à l’étranger. Dans ce contexte, un nouveau modèle de propriété émerge.

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Une nouvelle approche de l’art de vivre, et de posséder, à travers l’Europe

Au-delà de la résidence secondaire traditionnelle

campagne, des fermes historiques, des chalets alpins ou encore des appartements élégants en ville.

Acheter une maison de vacances signifiait longtemps s’engager dans une seule destination. Si cela peut sembler idyllique au départ, cela conduit souvent à revenir au même endroit chaque année, tout en gérant à distance l’entretien et les aspects logistiques.

Une collection de résidences soigneusement sélectionnées

Aujourd’hui, certaines familles choisissent une approche différente : l’accès à plusieurs résidences exceptionnelles à travers l’Europe, chacune offrant son propre paysage, sa culture et son rythme de vie.

Les collections August sont conçues pour différents styles de vie. La Pied à Terre Collection propose des appartements élégants dans des capitales culturelles telles que Londres, Paris, Rome, Cannes et Barcelone, tandis que la Grand Pied à Terre Collection comprend des résidences plus spacieuses, idéales pour recevoir famille et amis.

C’est la philosophie d’August, qui sélectionne, restaure et gère des collections de résidences remarquables dans certaines des destinations les plus prisées d’Europe. Une collection typique réunit environ 21 propriétaires qui possèdent ensemble cinq maisons, permettant à chaque famille de profiter de huit à douze semaines par an réparties entre les différentes propriétés.

Pour les escapades à la campagne ou en bord de mer, les Signature et Premium Collections incluent des maisons dans des destinations telles que la Toscane, le sud de la France, Majorque, les Alpes françaises et les Cotswolds. Au plus haut niveau, la Prime Collection propose quatre résidences exceptionnelles partagées entre un nombre limité de propriétaires.

Les parts commencent à partir de 405 000 € et donnent accès à un portefeuille soigneusement sélectionné pouvant inclure des villas à la

Chaque maison est soigneusement restaurée et conçue, alliant caractère architectural et confort contemporain.

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PUBLIREPORTAGE - Excluant la responsabilité de la rédaction de Sabato.

Grand Pied á Terre Collection, Cannes

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Le luxe d’une vie sans contraintes Posséder une propriété à l’étranger implique traditionnellement de naviguer dans des systèmes juridiques étrangers, de gérer des rénovations à distance et de coordonner l’entretien tout au long de l’année. Avec August, ces complexités disparaissent. L’acquisition, la restauration, la décoration intérieure et la gestion continue sont assurées par une équipe dédiée, permettant aux propriétaires d’arriver simplement et de profiter de leur résidence. Le résultat est une forme de luxe définie moins par l’excès que par la simplicité : entrer dans une maison parfaitement préparée et s’installer immédiatement dans le rythme d’un lieu.

Une nouvelle manière de vivre l’Europe Pour un nombre croissant de familles belges, le luxe aujourd’hui est une question de temps, de beauté et de liberté — et la découverte que la propriété, lorsqu’elle est repensée avec soin, peut ouvrir la porte à bien plus qu’une seule maison.

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R E P O R TA G E : LAURA KEERSMAEKERS PORTRAITS: JONES CROW

SA BATO

04.04.26

C

ette étagère, on vient juste de la terminer pour J.Lo. Elle est prête à être livrée.» Voilà comment Martin De Winter (39 ans) nous accueille, à peine entrés dans son atelier d’El Monte, à l’est de Los Angeles. J.Lo... Jennifer Lopez? Nous osons la question, un brin incrédules. «Oui. Un nouveau rangement pour chaussures et sacs à main, pour son dressing», répond-il, sans sourciller. Ici, les célébrités ne sont pas des icônes inaccessibles: ce sont des clientes. «Pour J.Lo, on a aussi réalisé des éléments de cuisine et la porte de sa shower room.» «Shower room?», bien sûr.À L.A., une simple douche à l’italienne ne suffit pas. Dans les villas des «rich and famous», on parle de pièces entières consacrées à la douche, souvent aussi vastes qu’une salle de bains, entièrement gainées de marbre. «On peut y entrer à dix», s’amuse-t-il. Et dans ce décor, une porte de douche en «brass» s’impose. Du laiton, donc. Cet alliage jaune doré de cuivre et de zinc, Martin De Winter le connaît sur le bout des doigts. Il nous montre la vidéo d’un bar à cocktails entièrement réalisé en laiton. «Du 100% sur mesure: l’équipe y a travaillé pendant deux ans.» La propriétaire? La chanteuse Katy Perry. «C’est dans sa maison à Montecito», précise-t-il avec fierté. «Le bar est taillé dans une seule pièce massive de laiton. Quel soulagement quand, après deux ans de boulot, il a enfin trouvé sa place dans sa villa. Mission accomplie.» ACCORD DE CONFIDENTIALITÉ

Travailler pour des célébrités, est-ce plus compliqué? «Il arrive qu’on ne connaisse même pas le nom du client. On nous demande généralement de signer un accord de confidentialité», explique Margaux De Winter (35 ans), l’épouse de Martin et la cheville ouvrière de De Winter Metalworks. Sur le projet Jennifer Lopez, le couple échangeait avec Pierce & Ward, studio de design d’intérieur internationalement salué. «Les architectes d’intérieur nous apportent une idée, une vision ou leur propre dessin. À partir de là, on teste, on cherche,

Heavy metal à L.A. LES BELGES MARTIN ET MARGAUX DE WINTER ONT POSÉ LEURS VALISES À LOS ANGELES P O U R Y D É V E L O P P E R D E W I N T E R M E TA L W O R K S , U N AT E L I E R Q U I N E F A I T Q U ’ U N E C H O S E , E T L A F A I T A U P L U S H A U T N I V E A U : D U S U R - M E S U R E E N L A I T O N P O U R D E S I N T É R I E U R S D ’ E X C E P T I O N . L E U R S P I È C E S , R E L A Y É E S PA R D E S A R C H I T E C T E S D ’ I N T É R I E U R I N T E R N AT I O N A L E M E N T P R I M É S , S E R E T R O U V E N T D A N S L E S M A I S O N S D E S TA R S M O N D I A L E S . S A B AT O A P O U S S É L A P O R T E D E L E U R AT E L I E R .


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PA R O L E S

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on expérimente, jusqu’à ce que la pièce nous paraisse juste, puis on la développe. Ce n’est que lorsque le design est au point et validé par le client que l’on lance la production.» La production se fait dans cet atelier de 1.000 mètres carrés. «Tout ce qui sort d’ici est sur mesure et fait main. Chaque pièce est unique. Nous gardons une certaine distance avec les tendances: ces formes organiques sont faites pour durer», explique Martin De Winter. TRAITEMENT À L’ACIDE

Musique mexicaine à plein volume, dans l’atelier, l’ambiance est à la fois concentrée et vivante. Une dizaine d’artisans enchaînent les gestes: soudure, découpe laser de motifs, sciage au millimètre de panneaux de cuivre.À côté d’une poignée de porte minuscule, un miroir attend son tour; un peu plus loin, une table de salle à manger gigantesque prend forme. «Cette porte de douche part pour le Colorado, ce projet-ci en Oregon, et celui-là à Nashville, en Arizona, dans l’Utah et à NewYork. On travaille partout aux États-Unis», déroule Martin en avançant entre les établis. Leur terrain de jeu ne se limite pas aux portes de douche. L’atelier s’est aussi fait un nom avec des îlots de cuisine et des cheminées en laiton poli d’un éclat remarquable. «Notre finition platine antique est très demandée. En traitant le laiton à l’acide, on peut en modifier la couleur de manière naturelle, exactement comme le client le souhaite: du jaune doré à l’argent, et même jusqu’à un vert très sombre, profond.» En ce moment, il planche sur l’un de ses projets les plus ludiques: un meuble bar inspiré des chevaux. «Ce n’est pas un projet où l’argent compte: c’est le plaisir, la créativité. Ça va être extrêmement kitsch», s’amuse-t-il. «On va pousser si loin que cela redeviendra beau.» Le meuble prendra la forme d’une étagère suspendue, avec des tablettes qui évoquent un hippodrome, et des chevaux abstraits, presque à la Alberto Giacometti, en bronze coulé, comme lancés au galop sur la structure. «Dit ainsi, c’est absurde. Et c’est justement ça qui est fun.» «RUSH FEES»

À DR O I T E L’AT E L I E R DE W IN T E R S ’ E S T CI-DE SS US LE B E LGE MA RT IN DE

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CRÉDIT: COU RTESY OF DE WINTER METALWO RKS .

Comment ces stars finissent-elles par contacter «le petit Belge»? «Parfois via les réseaux sociaux, le plus souvent par le bouche-à-oreille», répond Martin. «Les designers et les architectes d’intérieur se connaissent, c’est un petit monde, surtout à L.A. On nous recommande beaucoup parce qu’on maîtrise le laiton, et ce n’est pas évident. C’est un matériau très spécifique, pas simple à travailler ni à souder. Spécialisés dans ce domaine, nous sommes souvent le premier choix des designers.» Les demandes affluent, au point de dépasser leurs capacités.


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SA BATO

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«On refuse beaucoup de projets», admet Margaux De Winter. «Parfois, on n’a tout simplement pas envie: ça ne colle pas à notre style, à notre ADN. On est arrivés à un stade où l’on ne fait plus que ce que l’on aime, et où l’on peut dire non.» Combien de projets en cours? Martin tranche net: «Notre carnet de commandes est plein.» Et les stars, ont-elles la patience d’attendre? «Pas vraiment», sourit-il. «Elles règlent ça avec des «rush fees»: si vous voulez que ça aille plus vite, vous payez plus.» «Nos clients doivent réapprendre la patience. On vit à l’ère des livraisons en moins de 24h, c’est impossible pour nos créations. Le savoir-faire demande du temps. En général, nos délais sont de dix-huit semaines: sur une seule paroi de douche et sa porte, deux hommes travaillent une semaine entière», détaille Martin. Il forme lui-même tous ses collaborateurs. «La plupart des gars qui arrivent ici n’ont pas les compétences. On part de zéro. Notre travail est précis, tout doit s’emboîter parfaitement.» MALENTENDU TENACE

«Beaucoup de métiers risquent de disparaître sous la pression de l’automatisation. Nous sommes peut-être l’une des dernières générations à vraiment travailler avec les mains», craint Martin. Sans pour autant céder au pessimisme: «Je ne pense pas que notre business va disparaître, mais on devra faire avec moins d’artisans. Il existe un malentendu tenace: on croit que le travail manuel, les «blue collar jobs», n’existe que dans des environnements de production standardisés. C’est faux. Il y a au contraire énormément de place pour la créativité. Les possibilités du fait main sont infinies. J’espère que les jeunes le verront.» Créer du sur-mesure ne relève jamais de la simple exécution. «Les designers arrivent avec une idée, rarement avec une solution. À nous de traduire, de résoudre techniquement, et de faire en sorte que cela fonctionne.» Pour lui, la difficulté est là. «Tout ce que nous fabriquons est un prototype, tout simplement parce que cela n’a jamais été fait avant.» Et cette logique du prototype complique tout, du montage en atelier à l’installation chez le client. «Faire toujours le même produit, c’est facile. Ici, chaque pièce est unique. Même quand c’est similaire, ce n’est jamais identique. Chaque design a ses propres défis.» Pour contenir cette complexité, l’atelier mise désormais aussi sur une forme de standardisation. «Nous lançons une ligne de portes de douche avec des dimensions fixes et différents designs. Et une collection de déco arrive prochainement: miroirs, tables d’appoint, petites étagères, porte-clés, beaux porte-savons. La demande est forte», explique Margaux De Winter.

Tout ce que nous créons est en réalité un prototype, simplement parce que cela n’a jamais été fait auparavant.


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MOMENT CLÉ

À peu près au même moment, Margaux tombe enceinte et la pandémie du Covid éclate. Elle décide de rejoind-

C I - D ESS OU S À LO S A N G E L E S , L E S D O UC H E S S O N T AUSS I VA S T E S Q U’UN E S A L L E D E B A IN S , E T S ’AC C O M PAG N E N T D E PO RT E S S UR M E S UR E E N « B R A SS » , AUT R E M E N T D IT E N L A ITO N .

W W W. D EW I N T ER M ETA LWORKS.CO M

Aux États-Unis, un diplôme n’est pas indispensable pour réussir. CRÉDIT: COU RTESY OF DE WINTER METALWO RKS .

LA CAMBRE

Après la visite, retour au bureau. Sur la table: une boîte de donuts multicolores et quelques canettes de La Croix Sparkling Water. Difficile de faire plus américain. «Le quartier regorge de bonnes adresses de donuts», glisse-t-elle. Née aux États-Unis, Margaux De Winter a grandi à Liège avant de repartir à 15 ans. C’est en Belgique qu’elle a rencontré son mari. L’étincelle, pourtant, ne jaillira que plus tard; lorsqu’elle a 20 ans et étudie à Oxford. «Je rentrais souvent en Belgique pour un week-end, pour passer du temps avec ma mère. Martin et moi avons repris contact, et c’est là que je me suis dit: «Oh my god», en fait il n’est pas du tout aussi énervant que dans mon souvenir.» À l’époque, il a 24 ans et travaille en Belgique comme constructeur de décors de cinéma. «J’ai toujours aimé créer. Et, presque en jouant, fabriquer des objets et des meubles.» Il passe par l’école d’art La Cambre, à Bruxelles, sans terminer sa formation. «Ensuite, je me suis retrouvé dans plusieurs entreprises de travail du métal, notamment ArcelorMittal. J’étais malheureux à en mourir.Alors j’ai arrêté et j’ai suivi Margaux.» Avant leur mariage et leur installation à Long Beach, en Californie, Martin vit un temps au Canada. «Mon premier boulot, c’était dans un restaurant français. C’est ce que vous faites quand vous êtes immigrant aux États-Unis: vous travaillez dans un restaurant, surtout si vous avez un accent. Et ça payait bien», se souvient-il. «Surtout grâce aux pourboires généreux», ajoute son épouse. «Tout le monde adorait son accent français», rit-elle. Martin enchaîne ensuite un job dans un «community shop», où l’on loue un espace de travail, et où il anime des ateliers. «Je leur apprenais à souder, à travailler le métal, et même à construire leur propre cadre de vélo. Puis les gens ont commencé à me demander si je ne pouvais pas simplement fabriquer les pièces pour eux», se souvient-il. Ces demandes lui donnent l’élan pour se lancer avec un petit atelier. «Trois ans plus tard, on était à l’étroit. C’était le moment de devenir totalement indépendants et de déménager ici, à El Monte.»

re l’entreprise. «Martin avait tellement de travail qu’il allait se noyer dans l’administratif et la relation aux clients», explique-telle. «Tout se faisait encore à la main: les devis, les factures, et même le suivi des commandes sur un grand tableau.» Elle remet de l’ordre, structure, organise. De Winter Metalworks grandit. «Le Covid a été le moment charnière. Notre boîte mail a explosé. Nous avons reçu énormément de demandes de designers incroyables, nous avons fait des choses super cool que personne ne nous avait jamais demandées avant, accepté des projets dont on ne savait pas si on pourrait les réaliser techniquement en laiton... mais on y est arrivé!» «À Liège, on n’aurait jamais atteint ça», avoue Martin De Winter. «Je connais beaucoup de gens talentueux capables de faire ce que nous faisons, mais en Belgique, c’est compliqué. En Amérique, vous n’avez pas besoin de diplôme pour vous lancer. Si vous savez où vous voulez aller, vous pouvez y arriver. C’est ça l’Amérique.» L’«American dream», ils ne le poursuivent plus: ils le vivent. «Les foires Collectible à New York et la L.A. Design Week sont nos grands objectifs cette année. De nouvelles collaborations intéressantes se profilent aussi avec différents artistes, entreprises et marques», lance Margaux De Winter. «Et moi, j’espère encore plus de projets pour des fans de chevaux», lance-t-il en riant. Revenir un jour en Belgique? La réponse tombe, nette: non. «Enfant, je n’ai jamais rêvé de partir vivre aux États-Unis», confie Martin De Winter. Aujourd’hui, il ne se voit plus ailleurs. «Pour le monde du design, c’est un endroit incroyable. Il y a toutes ces maisons magnifiques, des gens qui adorent nos créations et veulent y consacrer du budget. Ici, le design est tout simplement beaucoup plus fun qu’en Belgique.»


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R E P O R TA G E : THIJS DEMEULEMEESTER PHOTO: MONICA SPEZIA LIVINGINSIDE

DANS L’OMBRE DU BOULEVARD DE SÉBASTOPOL, L’ARCHITECTE D’INTÉRIEUR BELGE M A X I M E D E C A M P E N A E R E A M I S E N S C È N E U N I N T É R I E U R A U X A L L U R E S C I N É M AT O G R A P H I Q U E S . I N S P I R É PA R L E S J E U X D E L U M I È R E D E « B L A D E R U N N E R 2 0 4 9 » , I L A M É TA M O R P H O S É U N E S PA C E E X I G U ET SOMBRE EN UNE BULLE SENSUELLE DÉDIÉE À LA NUIT.

MISE EN


CI-CO N TRE L’A RCHIT E CT E D’I N T É RI E U R BELG E M AX IME DE CA MPE NA E RE S’ E ST, P OU R C ET A PPART E ME NT, INS P I RÉ DE C LU BS PARISIE NS E MBLÉ MAT IQU E S C OM M E «LE S B AINS DOUCHE S » O U «LE PALACE » .


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Un paravent en pavés de verre jaune filtre la lumière du jour pour la transformer en une lueur chaude, presque cinématographique.

L A M I S S I O N : Concevoir un appartement compact, destiné à de courts séjours, situé boulevard de Sébastopol, dans les environs des Halles, du Centre Pompidou et de la Bourse de Commerce. Un emplacement parfait, mais une petite surface (64m2) et une lumière naturelle rare; de quoi corser le jeu.

ma a également joué un rôle remarquable.Très cinématographique, par exemple, cette suspension ronde en toile: un astre artificiel dont on peut ajuster l’intensité lumineuse, comme en plein jour. «On a l’impression d’être sur un plateau. Les effets lumineux puisent directement dans l’esthétique dorée et voilée du film «Blade Runner 2049» de Denis Villeneuve. Sur le «moodboard» figurait aussi «Self 05», le court-métrage de Wing Shya pour Yves Saint Laurent.»

L E S PA RT I E S : L’architecte d’intérieur Maxime de Campenaere a reçu carte blanche d’un investisseur français pour imaginer un deux-chambres à l’esthétique affirmée, installé au premier étage d’un sombre immeuble haussmannien. «L’appartement n’est pas conçu pour y séjourner toute l’année, mais plutôt pour y vivre un séjour mémorable à Paris», explique le Bruxellois. «Il n’était pas question de faire du neutre ou du conventionnel. Le propriétaire nous a justement contactés pour notre audace dans l’utilisation des couleurs et des matières.» L A V I B E : «L’ambiance s’inspire de la nuit parisienne

et de clubs légendaires comme «Les Bains Douches» ou «Le Palace» notamment», poursuit Maxime de Campenaere. «On est dans une sensualité presque cinématographique. La lumière, chaude et gorgée d’éclat, vous embarque dans un univers à part.Vous avez immédiatement envie de vous préparer pour la soirée et la nuit. Je voulais un lieu très suggestif: un monde où l’on s’évade.» L’ I N S P I R AT I O N : Maxime de Campenaere n’est pas seulement designer d’intérieur: c’est aussi un cinéphile passionné et un photographe. Un rocher en lévitation, une échelle face à une mer déchaînée, une plantation de bananiers: trois de ses propres clichés, pris aux îles Canaries, ont donné le ton. «Je les ai fait imprimer en grand format pour les accrocher dans l’appartement», confie-t-il. Le ciné-

C I - D ESS U S UN PIE D - À - T E R R E

L A PA L E T T E : Maxime de Campenaere a assumé les tons sombres, tout en les mettant en tension avec des matériaux transparents et réfléchissants, comme l’inox. «Le paravent semi-circulaire en pavés de verre jaune filtre la lumière du jour et installe une lueur chaleureuse.» Dans le sur-mesure, il a multiplié courbes et diagonales, pour souligner la géométrie du lieu. «La zone centrale circulaire fait à la fois office de cuisine, de salle à manger et de salon. Les trois fonctions sont réunies au même endroit: dans ces logements parisiens ultra-compacts, c’est une nécessité.»

AUDAC IE UX IM AG IN É PA R M A X IM E D E CA M PE N A E R E : UN D E UX - C H A M B R E S AU CA R ACT È R E A F F IR M É , PE N S É PO UR O F F R IR UN E E X PÉ R IE N C E PA R IS IE N N E IN O UB L IA B L E .

L E D É C L I C : «Je ne pourrais pas vivre moi-même dans cet appartement, parce que je suis habitué au luxe de l’espace à Bruxelles. En


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CI-CO N TRE ET CI- DESS OUS AVE C C E P R OJE T PA RISIE N, LE B RUXE L LO I S M AXI M E DE CA MPE NA E RE DÉ MON T RE SA CAPACIT É À S UBLIME R L’E SPACE E T LA LU M I È RE , MÊ ME S UR UNE S U RFACE C OM P LEX E .

La nature est pleine de couleurs: pourquoi nos intérieurs devraient-ils être neutres? Prendre des risques rend la vie plus colorée. Belgique, on ne me confie presque jamais des logements aussi restreints. En revanche, j’ai beaucoup d’expérience dans des projets hôteliers et de «co-living» où optimiser de petites surfaces est un impératif», explique Maxime de Campenaere. Avec ce projet parisien, le Bruxellois a montré qu’il savait métamorphoser l’ambiance et la lumière sur une superficie extrêmement complexe. «Le projet Sébastopol m’a déjà ouvert beaucoup de portes. Depuis, les clients me contactent pour des missions où je peux exprimer toute mon audace.» L’ADN: «Mon goût pour l’architecture d’intérieur, je le tiens de ma mère», confie-t-il. «Elle est très joyeuse, elle aime la couleur et elle adore recevoir. J’ai grandi dans cet univers. La nature est pleine de nuances: pourquoi nos intérieurs devraient-ils être neutres? Prendre des risques, c’est donner de la couleur à l’existence.» W W W. M A X I M ED ECA M PEN A ER E.C OM


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R E P O R TA G E : T H I J S D E M E U L E M E E S T E R P O R T R A I T : F L O R I A N T H O U Z E T P H O T O : C H R I S T O P H E C O Ë N O N


Je ne réduis absolument pas l’art à une décoration. Je ne ferai jamais correspondre une œuvre au canapé.

PAGE D’OUVERTURE LO RSQU E L E U RS E NFANT S ONT QUIT T É L A MAI SON , UN COUPLE DE COLLECT I ON N E U RS A E NT IÈ RE ME NT FA IT RÉ N OVE R SON T RIPLE X - PE NT HOUSE. À GAUCHE POUR LA N I CH E SE MI CIRCULAIRE , UNE TAP I SSE RI E

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LA MISSION: Quand leurs trois enfants ont quitté le nid, un couple de collectionneurs parisiens a envisagé de vendre son triplex-penthouse, à deux pas des Tuileries. «Mais impossible de trouver mieux. Surtout avec des terrasses aussi vastes. Mes clients ont donc choisi de tout rénover», explique Sophie Dries. Le bien se situe dans un immeuble historique du XVIIIe siècle et l’architecte d’intérieur ne boude pas son plaisir: elle travaille presque exclusivement pour des collectionneurs. «En ce moment, je rénove une maison de 430m2 près de la tour Eiffel pour des collectionneurs dont le répertoire est de qualité muséale», confie-t-elle. «Je me rends dans beaucoup de galeries et, grâce à ma formation à l’École du Louvre, j’ai développé un vaste réseau dans le monde de l’art. Même mes clients plus jeunes viennent de ce milieu.» LA C OLLE CTION: Les propriétaires constituent depuis trente ans une collection d’environ 300 œuvres, où l’on croise notamment des réalisations de Pablo Picasso, Jannis Kounellis ou encore Marc Leschelier. «Ils sont actifs dans l’immobilier, mais siègent aussi au conseil d’administration de plusieurs institutions culturelles parisiennes. Ils ont également été parmi les premiers à repérer Claire Tabouret: l’artiste française qui expose actuellement en solo au MuseumVoorlinden, à Wassenaar, aux Pays-Bas, et à qui l’on a confié la création des nouveaux vitraux de Notre-Dame, à Paris», précise Sophie Dries. «Une seule œuvre contemporaine a été créée spécialement pour leur logement: une tapisserie murale de Laure Prouvost, destinée à la niche semi-circulaire. Celle-là restera en place. En tant qu’architecte d’intérieur, je crée avant tout des zones pour accrocher l’art et le fait que les œuvres changent ne me pose aucun problème. Je ne réduis absolument pas l’art à une décoration et je

CI-DE SS US LE S COLLE CT IONN E U RS C OM P TAIE NT PA RMI LE S PRE M I E RS AD M I R ATEURS DE S PORT RAIT S DE C LAI R E TA BOURE T, ACTUE LLE M E N T À L’AFFI CHE D’UNE E X POS IT ION P ER SON NE LLE AU MUS E UM VOOR LI N DE N. À DRO IT E DU VINTAGE DU X XE SI È CL E , C OM M E CE T T E PIÈ CE DE JOE CO LOMBO OU LE VASE DE GAE TANO PE S CE , D I ALOGU E AVE C LA COLLE CT ION D’ART ET L’AR C HIT E CTURE INT É RIE UR E SI G N É E SOP HI E DRIE S .


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Plutôt que de déménager, mes clients ont choisi de transformer en profondeur leur triplex au sein de cet immeuble historique du XVIIIe siècle.

ne ferai jamais correspondre une œuvre au canapé. Une collection, je la considère avant tout comme le portrait de ceux qui la constituent.» L’A P P R OC H E: Au fil du temps, les propriétaires avaient racheté des étages. La surface avait donc augmenté mais au prix d’un plan devenu brouillon. «Le bâtiment était découpé en une multitude de pièces. La circulation était complexe, avec toutes sortes de petits escaliers», explique-t-elle. Un nouvel escalier central remet aujourd’hui de l’ordre et clarifie les parcours.Au dernier étage, un espace de réception réunit cuisine et coin salon. L’étage intermédiaire est réservé aux invités. Le niveau inférieur accueille la suite, avec la chambre principale et le dressing. «Il y a aussi un ascenseur, puisque les habitants sont déjà un peu âgés», ajoute-t-elle. Depuis cette rénovation totale, le triplex autrefois fragmenté se lit d’un seul regard: plus logique, plus lisible. Les formes rondes apportent une sensualité nouvelle. Les nouveaux axes de vue cadrent à la fois la ville de Paris et les pièces majeures de la collection. L E D É F I : Le nouveau plan du penthouse compte bien moins de murs qu’avant les travaux, il a donc fallu trier parmi les 300 œuvres. «Je ne connais évidemment pas l’ensemble des artistes,

CI- CONTRE SOPHIE DRI E S A I NT RODUIT DE S FORM E S RO N DE S P OU R APPORT E R CALME E T DO U CE U R DAN S CE S GRA NDS E SPACES. L E TABOU RE T E N BÉ TON E ST SIGNÉ MARC L E CH E L I E R.


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À GAU C H E L E D E R N IE R N IV E AU ES T A M É N AG É E N E S PAC E D E R É C EPTION, O Ù L A C UIS IN E E T L E S A LO N OCCU PENT UN E PO S IT IO N C E N T R A L E . S O P H IE D R IE S Y A E L L E - M Ê M E D E SS IN É L A TA B L E À M A N G E R.

cela a demandé du travail et des recherches», explique-t-elle. «Je n’ai pas eu carte blanche pour choisir dans la collection; tout s’est fait en dialogue avec les collectionneurs. En revanche, je tenais à composer des ensembles intéressants, des œuvres qui se répondent sur le fond.» L A S U R P R I S E : «Le seul élément conservé de l’intérieur d’origine, c’est la cheminée: une œuvre que l’artiste grec Philolaos Tloupas a créée spécialement pour cet endroit il y a trente ans», raconte-t-elle. «C’est autour d’elle que nous avons aménagé le coin salon au dernier étage.» L’AMÉ NAGE ME NT: Sophie Dries est aussi designer de mobilier, et cela se sent: pour cet appartement, elle a notamment dessiné le lustre, la table de salle à manger et un canapé. «Les propriétaires possédaient déjà plusieurs pièces importantes, dont une commode en bronze de Garouste & Bonetti et une table basse de Wonmin Park. Nous les avons intégrées.» Se considère-t-elle comme une artiste? «J’ai énormément de respect pour les artistes mais je ne me considère pas comme telle. En architecture d’intérieur, nous rendons un service, nous ne créons pas une œuvre d’art.» W W W. S OPH I ED R I ES .C OM , @SO PH I ED RI ES_

J’ai beaucoup de respect pour les artistes mais je ne me considère pas comme telle. En tant qu’architecte d’intérieur, je rends un service, je ne crée pas une œuvre d’art.

CI-DE SS US LE NIVE AU INFÉ RI E U R DU TR I P LEX ABRIT E LE S E S PACE S P RI VÉ S: ON Y TR OUVE LA S UIT E PA RE N TAL E , L A SALLE D E BAINS E T LE DRE SSI N G.


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R E P O R TA G E : THIJS DEMEULEMEESTER PHOTO: ALICE MESGUICH

LE

EN SEULEMENT 63M²

L ’ A R C H I T E C T E D ’ I N T É R I E U R M A R I E S TA D S B A D E R N O U R R I T D E P U I S T O U J O U R S U N E V É R I TA B L E PA S S I O N P O U R PA R I S . SON PIED-À-TERRE DU MARAIS, À L’ÉLÉGANCE RÉSOLUMENT FRANÇAISE, LUI A D’AILLEURS DÉJÀ OUVERT LES PORTES D’UN PREMIER PROJET SUR PLACE.


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À DRO IT E LE S ALON S ’OUVRE SU R L A C OU R D U MUSÉ E D’ART E T D’H I STO I RE D U JU DAÏSME , AVE C UNE SCUL P TU RE D E SER G IO S TORE L , UN FAUT EU I L DE R EN É GABRIE L (HA BILLÉ D’UN T I SSU P I ER R E FRE Y) E T UNE CONSOL E DE JEAN TOURE T.

LA MISSION: Transformer un appartement d’angle de 63m2, fatigué et mal compartimenté, en pied-à-terre à l’agencement ouvert. «Nous avons tout vidé et inversé les fonctions afin de profiter au maximum, depuis chaque angle, de la vue sur le Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme. Même depuis la baignoire de la chambre, on voit le musée. En réalité, concevoir un petit appartement est un défi aussi exigeant que les grands projets. Chaque élément doit trouver sa place, comme dans un puzzle. C’est un plaisir de réorganiser de petits espaces et de donner à chaque fonction la bonne place. Ici, chaque centimètre carré est utilisé.» L’AG E N C E M E N T : «Cet appartement ressemble à une suite d’hôtel privée, dans un immeuble haussmannien typique. À première vue, on découvre un espace ouvert, fluide, structuré par des panneaux textiles japonais. La suite principale peut toutefois réellement se fermer grâce à une porte coulissante dissimulée, épaissie et finie comme un pan de mur. Derrière le mur d’armoires, d’autres fonctions pratiques se dévoilent: un bar, une possibilité de couchage supplémentaire et une kitchenette.»

En réalité, concevoir un petit appartement est un défi aussi exigeant que les grands projets. Chaque élément doit trouver sa place, comme dans un puzzle.

À GAUC H E D È S S O N PLUS J E UN E ÂG E , MAR IE S TA D S B A D E R R Ê VA IT D’UN P I E D-À-T ER R E DA N S L A CA PITA L E F RAN ÇAI S E . N IC H É DA N S L E M A R A IS , CE LU I -CI S ’ IM PO S E AUJ O UR D’ H UI COMME L A V IT R IN E ID É A L E D E S E S AMBI T I ON S PA R IS IE N N E S . SUR L A PAG E D E D R OI T E DA N S SA SÉ L E CT IO N D E M O B IL IE R, M A R IE STADSBAD E R R E N D H O M M AG E À S E S G RAN DE S S O UR C E S D’ IN S PIR AT IO N AVE C DE S PIÈ C E S F R A N ÇA IS E S , N OTAMMEN T D E PIE R R E C H A PO.

L E CA D R E : «Paris m’a toujours fascinée. J’aime venir ici pour me nourrir de nouvelles impulsions et découvrir des expos», confie Marie Stadsbader. «J’ai longtemps rêvé d’avoir un point d’ancrage ici. Surtout pas un appartement traditionnel, avec des pièces en enfilade. Après de longues recherches, nous avons trouvé cet appartement d’angle, avec de la lumière et une vue. L’adresse, dans le Marais, est idéale: il suffit de sortir pour tomber sur un quartier commerçant où l’on trouve des délicatesses françaises. On est immédiatement plongé dans la vie parisienne, pleine effervescence.» L’A M B I A N C E : «Je voulais que l’appartement ait une allure très française. D’où le parquet Versailles, classique, associé à des matériaux aux tonalités du calcaire français, dont sont faites tant de façades», explique-t-elle. Les tissus français, notamment de Pierre Frey, et le mobilier, signé par des designers tels que Andrée Putman, mais aussi Pierre Chapo, Jean Touret, Robert Mallet-Stevens, Christian Liaigre et René Gabriel, affirment


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À DRO IT E L’A PPART E ME NT S E DÉ P LO I E EN U N SE UL E SPACE OUVE RT, DON T C ERTAI N ES ZONE S PE UVE NT Ê T RE C LOI SONNÉ E S PAR DE S PANNE AUX TEXTI LES JA PONAIS.LE TOUT PE N SÉ AU SER V I C E DE LA LUMIÈ RE , DE L’ E SPACE ET D ES VUE S .

Ce lieu ressemble à une suite d’hôtel privée, dans un immeuble haussmannien typique. davantage ce caractère. Le projet devait aussi servir de carte de visite: une manière d’interpeller le public français. Objectif atteint: l’appartement a été publié récemment dans le magazine français de décoration AD et lui a déjà permis de décrocher une belle mission à Paris. LA C OLLE CTION: «Je ne me considère ni comme une grande collectionneuse ni comme une vraie connaisseuse, mais l’art m’inspire. C’est aussi pour cela que je viens si volontiers dans la capitale française: l’offre culturelle est immense. La Bourse de Commerce et, bien sûr, le Centre Pompidou sont tout près de l’appartement», souligne-t-elle. Dans ce pied-à-terre parisien, l’architecte d’intérieur a notamment intégré un luminaire de Franz West, ainsi que des œuvres de Günther Förg et d’Edith Dekyndt. L’ADN: «Je suis devenue architecte d’intérieur grâce à mes parents. Ils ont la passion de construire et de rénover. À l’époque, ils ont travaillé avec l’architecte d’intérieur française Andrée Putman pour leur maison privée. Petite, j’étais réellement captivée par son style avant-gardiste. Aujourd’hui encore, elle continue de me fasciner. J’apprécie son travail d’autant plus.» W W W. S TA D S BA D ER M A R I E.CO M @ M A R I E_S TA D S BA D ER

À GAU C H E PO UR S TA D S B A D E R, UN E B A IG N O IR E DA N S L A C H A M B RE S ’ IM PO S A IT. M Ê M E À C E T E N D R OIT, L E R E GA R D S E PO RT E S UR L A FAÇA D E D U M US É E J UIF À PA R IS .


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08.03.25

L’ART

R E P O R TA G E , S T Y L I S M E E T P R O D U C T I O N : TA M I C H R I S T I A N S E N PHOTOGRAPHIE: RICHARD POWERS / LIVING INSIDE

DU

DEPUIS LA RUE, RIEN NE TRAHIT SA PRÉSENCE. UN MUR AVEUGLE, UNE PORTE SANS FIORITURES. ET P O U R TA N T , D E R R I È R E C E T T E F A Ç A D E D I S C R È T E À M E X I C O S E N I C H E « L A P L ATA N E R A » , L A M A I S O N D E S GALERISTES MÓNICA MANZUTTO ET JOSÉ KURI. UNE FOIS LE SEUIL FRANCHI, LE DÉCOR BASCULE: L’EXTÉRIEUR I N T R O V E R T I S ’ O U V R E S U R U N M O N D E L U M I N E U X E T V É G É TA L , F A I T D E PAT I O S , D E P I È C E S E T D E L I G N E S D E F U I T E , O Ù L ’ A R C H I T E C T U R E E T L A N AT U R E S ’ I M B R I Q U E N T A V E C U N E É V I D E N C E R A R E .

CAMOUFLAGE


PH OTO D’OUV ERTU RE D ERRIÈRE U NE FAÇA D E A N O N Y M E À M EXICO CITY S E CAC H E L A R É S I D ENCE D ES GA L ERIS TES M Ó N ICA M A N ZUT TO ET J OS É KU RI. S U R L A PAG E D E D RO I TE L ES B A N A N IE R S , AUXQ U ELS L A M A IS ON D O IT S O N N O M, S TRU CTU RENT L E PAT IO IN T É R IE U R ET EN FAÇONNENT L’AT M O S PH È R E .

Dedans et dehors se fondent en un tout; une manière d’habiter dictée par le climat.

À GAU C H E L’A RCH ITECTE A L B ERTO K A L AC H A L A R GEM ENT PRÉS ERV É L ES M UR S H IS TO R IQU ES EN B RIQ U ES D E L’A N C IE N C O UV ENT DATA NT D E 18 9 9 .


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Une maison qui ne cherche pas à impressionner, mais qui convainc par sa précision et sa cohérence.

04.04.26


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L

a maison porte la signature d’Alberto Kalach, figure majeure de l’architecture mexicaine contemporaine. Son approche est résolument contextuelle: le paysage, l’eau et la végétation y occupent le premier rôle. Kalach s’est imposé sur la scène internationale avec des projets comme la BibliotecaVasconcelos, à Mexico. Depuis, il poursuit une même ambition: réconcilier la ville et la nature. À La Platanera, cette vision se déploie avec une rigueur et une finesse extrêmes. Le projet est traversé par l’histoire. Tout part d’un ancien monastère de 1899, à proximité de l’église San Miguel Arcángel. Plutôt que de raser l’existant, Kalach choisit la voie de conserver et d’ajouter. Les murs en briques d’origine sont préservés autant que possible, rejoints par des interventions franches en béton, acier et verre. Il n’en résulte pas un ensemble lisse mais une composition stratifiée, où plusieurs époques cohabitent. LE RÔLE CLÉ DES BANANIERS

Impossible de résumer la maison à un plan au sol classique. Elle s’organise comme un ensemble libre d’espaces disposés autour d’un jardin central. Ici, pas de circulation traditionnelle. On se déplace au fil des extérieurs, par des chemins et des pas japonais, au cœur de la végétation. Les bananiers, à l’origine du nom de la maison, ne sont pas qu’un détail décoratif: ils structurent la parcelle et imposent, en creux, le rythme de toute l’habitation. Dès l’entrée, le ton est donné. Une porte percée dans le mur aveugle mène à un patio qui fait aussi office de salon. À l’extérieur, un sofa et un hamac reposent sur la lave noire, parmi des plantes tropicales. Intérieur et extérieur s’y confondent, non comme un geste d’architecte mais comme la manière la plus logique de vivre sous ce climat. Le long des limites du terrain, les fonctions se dispersent: la cuisine, la salle à manger, le bureau, un coin lecture. Chaque espace s’ouvre directement sur le jardin. Aucune hiérarchie, aucun parcours imposé: la maison se lit comme une constellation de lieux qui se prolongent les uns dans les autres, disponibles, souples, changeants.

S U R L A PAG E D E GAU C H E DA N S

À GAU CH E ET CI -D ESSO U S NICH ÉE

C E T T E M A IS O N , L A C O L L E CT IO N D’A RT

AU FO ND D E L A PA RCEL L E, D ISS IM U L ÉE

N E S E D O N N E PA S À VO IR C O M M E

DA N S UN ÉCRIN D E B A M B OU S , S E

DA N S UN M US É E ; E L L E S ’ IN S C R IT

D R E SSE U NE S TRU CTU RE EN B OIS ,

S IM PL E M E N T DA N S L E C O UR S D E L A

V É R ITAB L E H AV RE D E PA IX AU S EIN D E

V IE Q UOT ID IE N N E .

L’ E N S EM B L E.


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CI-DE SS OUS MÓNICA MA NZUT TO ET JOSÉ KURI COMPT E NT PA RMI LES FI G URE S MA JE URE S DU M O N DE D E L’ART. AVE C LE UR GA LE RIE KU R I M ANZUT TO, ILS ONT RÉ VÉL É TOUTE U NE NOUVE LLE GÉ NÉ R AT I ON D’ARTI STES ME X ICAINS .

Les œuvres se glissent parmi les plantes ou s’adossent à des murs bruts; elles s’intègrent à l’espace plutôt que de le dominer.

UNE RUINE AU JARDIN

Partout, la stratification historique reste lisible. Certaines portions de l’ancien monastère demeurent intactes; ailleurs, des fragments se comportent comme une «ruine» dans le jardin. Kalach revendique cette fragmentation comme outil de projet et se garde de toute reconstruction artificielle ou de toute stylisation. L’ancien et le nouveau se laissent déchiffrer sans se faire concurrence, sans s’écraser l’un l’autre. Tout au fond, l’architecte n’ajoute qu’un seul volume nouveau: un pavillon indépendant en bois abritant la chambre principale, dissimulé entre les bambous. Il s’ouvre sur un patio compact, centré sur un tepozán, point d’ancrage de la composition. L’ART AU QUOTIDIEN

Mónica Manzutto et José Kuri sont des figures influentes de la scène artistique internationale. Avec leur galerie Kurimanzutto, fondée en 1999, ils ont contribué à façonner une nouvelle génération d’artistes mexicains, dont Gabriel Orozco, Damián Ortega et Gabriel Kuri. Leur rejet des formats traditionnels se ressent jusque dans leur manière d’habiter. Ici, la collection n’est pas une couche muséale, elle fait partie de la vie. Les œuvres surgissent dans les perspectives, au milieu des plantes, contre des murs bruts; elles s’inscrivent dans l’espace. La Platanera se détourne de la ville et se tient à distance de tout «statement». Dehors, l’anonymat; dedans, toute la richesse. La qualité réside dans la lenteur avec laquelle la maison se révèle, dans la tension entre ouvert et fermé, dans l’entrelacement profond de l’architecture et du paysage. Une maison qui ne cherche pas à impressionner, qui convainc par sa précision et sa cohérence. Et c’est justement dans cette modestie que se niche le luxe ultime.


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04.04.26

R E P O R TA G E , S T Y L I S M E E T P R O D U C T I O N : TA M I C H R I S T I A N S E N

PHOTO: RICHARD POWERS / LIVING INSIDE

UN SANCTUAIRE

POUR L’ESPRIT

PA S D E T É L É V I S I O N . PA S D ’ I N T E R N E T . A U C U N A P PA R E I L S U P E R F L U . U N C H E M I N D ’ A C C È S S I É T R O I T Q U ’ U N E S E U L E P E R S O N N E P E U T S ’ Y E N G A G E R À L A F O I S , TA N D I S Q U E L A N AT U R E R E P R E N D PAT I E M M E N T S E S D R O I T S . Q U A N D L E C O M M A N D I TA I R E D E C E R E F U G E M E X I C A I N A F O R M U L É S O N D É S I R D E C A L M E A B S O L U E T D E SOBRIÉTÉ, LES ARCHITECTES DE HW STUDIO L’ONT PRIS AU MOT.


CI- CONTRE LA MA ISO N SE SI TU E À PROX IMIT É DU PARQU E N ACI ON AL INS URGE NT E JOSÉ MARÍ A MORE LO S. FACE À LA LA DÉ FOR E STAT I ON , L E PROJE T A VOLONTA IRE ME N T É T É CONÇU E N RE T RA IT, E N FOU I DAN S L E PAYSAGE .


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SA BATO

C’

est dans le relief montagneux autour de Morelia, dans l’État mexicain du Michoacán, que HW Studio a signé «The Hill in Front of the Glen»: une habitation pensée pour se fondre dans son décor. Sous la direction de Rogelio Vallejo Bores, accompagné d’Oscar Didier Ascencio Castro et Nik Zaret, l’intention est limpide: ne pas s’imposer mais s’intégrer. Le mot «maison» est d’ailleurs soigneusement évité. Les architectes préfèrent parler d’un abri, intégré au lieu qui l’accueille. Tout le concept en découle: le volume a été pensé pour que, si le site venait un jour à être délaissé, il puisse redevenir sans effort un fragment de l’écosystème, quitte à se transformer en refuge pour les animaux. PÈLERINAGE SOLITAIRE

Le projet est né d’un dialogue soutenu avec le terrain et avec des commanditaires prêts à s’écarter des solutions convenues. Une question traverse l’ensemble: que signifie encore, aujourd’hui «se protéger»? Comment offrir un toit sans couper le fil qui relie au paysage? La réponse est architecturale, presque évidente: un volume bas, partiellement enterré, qui suit les lignes du relief. Le béton y règne, choisi pour sa robustesse et sa capacité à ancrer littéralement le bâtiment dans la terre. De cette masse naît aussi un geste sculptural, une intervention qui brouille la frontière entre nature et architecture. L’arrivée, elle, obéit à un protocole précis. Entre des parois de béton aux courbes souples, un sentier étroit mène à l’entrée et force le visiteur à ralentir. Il est idéal pour une personne mais trop étroit pour avancer côte à côte. Les architectes y voient un «pèlerinage en solitude».

PAG E D’OUV ERTU R E UN É T R O IT PA SS AG E , PR IS E N T R E D E S M UR S D E B É TO N , M È N E AU B ÂT IM E N T. À GAU C H E À L’ IN T É R IE UR, D E N O M B R E UX É L É M E N T S N ATUR E LS O N T É T É IN T É G R É S , C O M M E D E S T R O N C S

C I - D ESS U S L E S A R C H ITECTES D E

D’A R B R E S T R O UV É S S UR PL AC E . L’UN

H W S TUD IO É V IT E N T L E TERM E D E

D’ E UX FA IT O F F IC E D E TA B L E B A SS E ,

« M A IS O N » E T E N V IS AGENT PLUTÔT

PO S É D E VA N T UN E B A N Q UE T T E

C E T T E R É A L IS AT IO N , À M OREL IA ,

IN T É G R É E .

C O M M E UN « R E FUG E » .


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C I - D ESS OU S L’ÎLOT D E CU IS INE, AUX L IG N E S É PUR É ES ET M ONOL ITH IQ U ES , C R É E UN C O N TRA S TE S A IS ISS A NT AV E C L E S R A N GEM ENTS EN B OIS , Q U I A PPO RT E N T AUSS ITÔT CH A L EU R ET D O UC E UR À L’ ES PACE.

Les architectes envisagent le bâtiment comme un refuge, parfaitement intégré au site. GROT TE CIVILISÉE

Le bâti s’interdit de bousculer la nature en place. Devant un vieil arbre qui se dresse sur le passage, l’architecture s’incline même, en un détour respectueux. À l’intérieur, le ton change sans bruit: quiétude, dépouillement, clarté. Les espaces, ouverts et presque cavernicoles, cadrent une vue panoramique sur la pinède environnante. La palette reste volontairement pure: béton, bois, acier. Parce que presque tout le mobilier a été dessiné sur mesure ou réalisé localement, l’intérieur apparaît comme le prolongement naturel de l’extérieur. Dedans et dehors s’enchaînent sans rupture. Patios et grandes ouvertures laissent entrer la lumière du jour, offrent des vues saisissantes et assurent une ventilation naturelle, renforçant encore la relation au paysage. Même dans les pièces privées, la nature demeure l’interlocuteur principal.


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SA BATO

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À DRO IT E DANS LA CHA MBRE , I N TÉR I EUR E T E X T É RIE UR S E C ON FON DE NT GRÂCE À UNE B AI E V I TR ÉE COURA NT SUR TOUT E L A LAR G EU R. LE S OCLE DE LIT E N BÉ TON , M ASSI F, AFFIRME LE CA RACT È RE BRUT D E L’EN SE MB LE .

Le volume est conçu de manière à pouvoir se réintégrer à l’écosystème. Le projet, enfin, a été conçu pour vieillir avec dignité. Le béton peut se patiner; la mousse et la végétation sont invitées à s’accrocher aux façades. Avec le temps, le bâtiment se fondra toujours plus dans son environnement, jusqu’à s’effacer. PLAIDOYER POUR LA SOBRIÉTÉ

Sans télévision, sans internet et même sans appareil électroménagers encastrés, le lieu respire comme un monastère contemporain. C’est précisément l’échappée hors de la frénésie urbaine que le maître d’ouvrage était venu chercher. «The Hill in Front of the Glen» n’est pas un manifeste tapageur mais un plaidoyer retenu pour la sobriété, la matérialité et le respect du contexte. Une réponse actuelle à la question d’habiter un paysage fragile. Ce n’est pas un hasard si HW Studio a été fondé en 2018, une période turbulente pour le Mexique. Rogelio Vallejo Bores et son équipe veulent que leur architecture incarne le calme et la paix. Leur ambition: créer des lieux qui favorisent l’harmonie, avec les habitants, avec l’environnement et avec les idées de l’architecte. Cette philosophie est inscrite dans le nom même du studio: HW. En espagnol, le «H» est une lettre muette, qui ne se prononce pas. Le «W» renvoie à «Wabi Cha», un concept japonais que les architectes préfèrent ne pas définir, estimant que «le langage est l’ennemi d’une compréhension véritablement profonde». Tentons néanmoins: «Wabi Cha» évoque une attitude faite de simplicité, de respect et de beauté silencieuse. Au risque, peut-être, d’en altérer le sens en le formulant ainsi.


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P LU S STAB LE .

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J

e prends mon petit-déjeuner sur la terre insulaire de Benguerra, au large du Mozambique, face à une immense plage découverte par la marée basse. Un alizé tiède fait frissonner les palmiers. Entre les bancs de sable et le pli des vagues, des hautsfonds turquoise dessinent des motifs qui s’assombrissent, virant à l’azur profond. Au-dessus d’un bol de fruits, dont certains trop exotiques pour que je leur trouve le moindre nom, mes pensées glissent vers la lente valse des hippocampes, les tortues de mer qui tracent leur route à travers les océans... et les sirènes. Les sirènes: voilà l’une des raisons de ma venue. Sur cette plage, peu de choses ont changé depuis le passage, tout près d’ici, de Vasco de Gama, l’explorateur portugais, en 1498, lors de son voyage fondateur vers l’Inde. Des garçons courent au ras de l’eau, silhouettes sombres sur le sable blanc. Deux femmes passent, des ballots colorés posés sur la tête. Un bateau de pêche a été tiré sur la grève; les villageois se rassemblent autour d’un filet lourd de prises. Dans le canal du Mozambique, deux voiles rouges d’un dhow penchent sous le vent. Au-delà se devine la masse du continent, des collines rugueuses dont le relief évoque le dos des éléphants. Les terribles inondations qui ont récemment frappé une grande partie du Mozambique ont laissé ces îles intactes; elles vivent à part, dans leur propre monde.

Grâce à un tourisme à échelle humaine, l’authenticité de la vie insulaire est préservée.

CRÉDIT: ALISTAIR TAYLO R-YO UN G.

FONDAMENTALEMENT DIFFÉRENT

L’océan Indien ne manque pas d’îles tropicales glamour, souvent saturées de resorts de luxe: Maldives, Seychelles, île Maurice. Pourtant, les cinq îles de l’archipel de Bazaruto ont un autre ton.À Benguerra, on sent qu’on arrive en Afrique, pas dans une oasis incongrue de transats et de piscines à débordement. Certes, il existe des hôtels de luxe, six dans l’archipel, dont le splendide (et splendidement cher) Kisawa Sanctuary. Ils restent toutefois discrets, presque effacés. Ils laissent les îles être pleinement ellesmêmes. Benguerra, deuxième plus grande île de l’archipel (4 kilomètres de large pour 7 kilomètres de long), se rejoint en environ 40 minutes de bateau rapide depuis le port continental de Vilankulo. Ici, pas de routes, seulement des pistes de sable. Pas de marinas, pas de yachts au mouillage, pas de jet-skis. Pas non plus de boutiques qui débordent de tenues de plage et de souvenirs kitsch. On n’a pas l’impression d’avoir emporté avec soi, à l’autre bout de la planète, les marques, les lunettes hors de prix, l’encombrement, le bruit et le mercantilisme du monde. Ma première matinée, une courte marche depuis Azura Marlin ne m’a pas mené vers un restaurant flottant éclairé sous l’eau avec une carte de sushis, mais vers le village accueillant de Chirringome. Le village s’éparpille en tukuls ronds, en terre et en chaume. Des femmes passent, des bébés attachés dans le dos, tandis que des oies hautaines patrouillent en petits convois. Au coin d’un chemin, une vieille femme brasse une bière de manioc dans un tonneau gigantesque, sous un arbre; elle remue la mousse comme une potion de sorcière. Plus loin, des pêcheurs raccommodent leurs filets. Des garçons se bousculent, hilares. Des femmes âgées veillent sur des marmites du déjeuner qui bouillonnent sur des feux. Dans un espace de terre battue, une douzaine de jeunes


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C I - D ESS U S ET D ESS OU S A ZUR A M A R L IN B E AC H E S T UN E C R É AT IO N M O D E R N IS T E D E S E UL E M E N T D IX V IL L A S ; S O N CA M A ÏE U D E B L E U E T D E B L A N C R E F L È T E AV E C J US T E SS E L’ IM M E N S IT É D E S PAYS AG E S M A R IN S .

FESTIVAL DE MANGUES

Le propriétaire du bar voisin, construit en tôle ondulée, vient discuter et m’invite à déjeuner. Sur un banc, une demi-douzaine de pêcheurs se gavent de mangues mûres sorties d’un seau plein à ras bord. Je me joins à l’orgie: le jus me coule au menton et nous parlons pêche. Leurs plaintes sont universelles: les stocks diminuent. Les îles semblent flotter comme des bancs de sable dans l’étreinte du canal du Mozambique. L’océan est partout: décor de chaque panorama, il change d’heure en heure au rythme de la lumière, des vents qui se lèvent et retombent. Il est aussi bandeson: murmure du ressac, reflux des marées. La nuit, il arrive que le fracas d’une vague me réveille; une seconde, j’ai l’impression d’être sur un navire. Puis, juste avant l’aube, des cris d’oiseaux inconnus me ramènent à la terre. Les îles abritent plus de 150 espèces. Le matin, je marche sur les plages, heureux de ramasser des coquillages, de tomber sur des morceaux de bois flotté, de surprendre des hérons sentinelles, immobiles comme des statues sur la ligne d’eau, dans l’attente patiente du petit-déjeuner. La nuit, je m’allonge sur les pentes de sable et je regarde les constellations étranges de l’hémisphère sud. Je me sens naufragé sur une île déserte, sans les disques. ROYAUME SOUS-MARIN

Peu d’infrastructures, peu de terres propices à l’agriculture, une population réduite: l’archipel tout entier est fragile, presque insubstantiel. Ces dernières décennies auraient pu provoquer un lent départ de ses habitants vers la sécurité et les opportunités du continent. Mais la conservation et le tourisme contribuent à maintenir la vie insulaire. Deux initiatives de conservation sont actives ici. La première: le Parc national de l’archipel de Bazaruto, une réserve marine gérée par African Parks, une ONG qui administre des parcs naturels vulnérables à travers le continent. L’organisation protège

PARADE D’HIPPOCAMPES

Un après-midi, je pars à la rencontre des hippocampes. Sara Vital, guide de plongée chez Azura, a pris conscience de l’existence des populations d’hippocampes dans le canal du Mozambique le jour où elle a surpris un pêcheur en train d’en prélever pour le commerce lié à la médecine chinoise (ces animaux, au même titre que tout ce qui va de la bile d’ours aux pénis de tigre, sont considérés comme un remède contre l’impuissance). Pour aider à préserver cette espèce unique, Sara Vital a créé une zone marine protégée dans des herbiers peu profonds, habitat vulnérable des hippocampes. Tuba et masque en place, je regarde sous la surface: les longues lames d’herbe ondulent dans le courant comme un ballet. Et soudain, je les vois. Minuscules, la queue enroulée autour d’une tige. Parmi les créatures les plus surréalistes de l’océan, les hippocampes sont de piètres nageurs: leur vitesse de pointe atteint à peine 1,5 mètre par heure. Ils préfèrent donc rester ainsi, ancrés, attendant qu’un en-cas passe à portée, le plus souvent de minuscules crustacés. CRÉDIT: COU RTESY OF A ZU RA RETREATS, ALISTAIR TAYLOR-YO UN G.

filles répètent une chorégraphie sous l’œil attentif d’un professeur qui frappe des mains et compte les pas. L’accompagnement? Une percussion furieuse: un garçon débordant d’énergie, un bâton, un tambour africain et une cymbale bricolée maison.

les habitats marins, patrouille les eaux pour tenir à distance les grands chalutiers internationaux et encourage des pratiques durables auprès des pêcheurs locaux. En complément, le Bazaruto Center for Scientific Studies (BCSS), fondé par Nina Flohr, la créatrice de Kisawa Sanctuary. Sa mission: collecter les données susceptibles d’orienter des solutions de conservation durables, tout en offrant aux insulaires une source de revenus alternative et plus fiable que la pêche. Près de 80% du personnel du BCSS provient des villages locaux. À Benguerra, les resorts se sont associés pour bâtir la première école de l’île et sa première clinique. Ils ont aussi amélioré les liaisons avec le continent, autrefois souvent longues et difficiles en dhow. Un projet de panneaux solaires est évoqué: l’île ne dispose pas d’électricité au-delà de petits panneaux solaires domestiques. Le bénéfice majeur, toutefois, c’est l’emploi. Parmi les mangeurs de mangues, tous avaient des proches qui travaillaient dans les resorts. La pêche reste centrale, bien sûr, mais c’est le tourisme, et les initiatives qu’il finance, qui ont ouvert davantage de perspectives sur ces îles.


À Benguerra, on a le sentiment d’être véritablement en Afrique, loin d’une oasis déplacée de transats et de piscines à débordement.


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É VA S I O N

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Leur parade nuptiale est une affaire minutieuse, étalée sur plusieurs jours. Ils nagent côte à côte, la queue accrochée. Ils changent de couleur. Ils frissonnent, tremblent, tournent en rond à l’unisson. Puis vient le point d’orgue: ils dérivent vers le haut, museau contre museau, en spirale, dans une lente valse. Quand la femelle dépose ses œufs dans la poche du mâle, celui-ci les féconde, puis les porte jusqu’à l’éclosion.Alors, il met au monde des petits bien vivants au terme d’une série de contractions. DAUPHIN EN SURPOIDS

Un autre jour, je plonge sur Two Mile Reef. Je m’enfonce dans l’abîme bleu et je glisse au-dessus de récifs coralliens impeccables, où poissons-anges, idoles maures, labres-lunes et gaterins à points noirs traversent des couloirs de lumière liquide. Une tortue imbriquée surgit.Après avoir parcouru des milliers de miles, traversé des océans entiers en se guidant seule, elle rentre chez elle, vers la plage où elle est née, pour y pondre. Pourtant, je n’étais pas venu pour les hippocampes. J’étais venu pour les sirènes. Les eaux autour de l’archipel de Bazaruto abritent les derniers dugongs de l’ouest de l’océan Indien, une population d’environ 200 individus. Les efforts de conservation se concentrent ici sur leur survie. Dans de nombreuses cultures, l’apparition de ce mammifère marin étrange a nourri des légendes de sirènes. Certainement pas à cause de son physique. Dans un monde sous-marin d’élégance fuselée, le dugong détonne: maladroit, presque pataud. Face aplatie, yeux en bouton, museau épais tourné vers le bas. Parent de l’éléphant, il peut atteindre 300 kilos et ressemble à un dauphin qui aurait un problème de poids. Et pourtant, où qu’on les trouve, les dugongs gardent une aura mythique. Christophe Colomb a rapporté avoir vu des sirènes dans les Caraïbes; on pense qu’il avait en réalité aperçu des lamantins, proches cousins du dugong. Le long des côtes d’Asie de l’Est, la légende affirme que les dugongs étaient autrefois humains, et l’on considère comme un mauvais présage qu’ils soient capturés par inadvertance dans des filets. Dans les États du Golfe, leurs défenses servent de poignées à des sabres cérémoniels. Au Vietnam et au Cambodge, on prête à leurs larmes des vertus aphrodisiaques. Dans les minuscules îles Aragusuku, au large du Japon, des crânes de dugongs sont conservés comme objets rituels. Chaque jour, au large, sur des mers d’un bleu si intense qu’il me donnait le vertige, nous scrutions les vagues à la recherche des sirènes. MA JORDOME PERSONNEL

CI-DE SS US EN HAUT L’OCÉ AN SE RT

C I -DE SSUS E N BA S AU K IS AWA

C I - C ON T R E L’U NE D ES H U IT

D E TOI LE DE FOND: IL E NCA DR E

SAN CTUARY, CH AQU E VI L L A D IS PO S E

R É S ID E N C E S D U K IS AWA S A NCTUA RY,

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ET D ES VE NT S QUI SE LÈ VE NT.

CRÉDIT: ELSA YO UNG.

J’ai séjourné dans les deux resorts Azura, chacun posé sur des plages de sable blanc qui crisse sous les pas. Azura Marlin est plus mo-


CRÉDIT:ELSA YO UN G, 2026, ‘SWIMMIN G W ITH SEAHO RS ES ON MOZ AMBIQ UE’S BA Z ARUTO ARCHIPELAGO’. © FIN ANCI AL TI MES / F T.COM. TOUS DROI TS RÉSERV ÉS. MEDI AF I N EST RESPON SABLE POUR LA TRADUCTI ON . LE FINANC IAL TIMES LIMITED N’ACC EPTE AUC UNE RE SP ONS AB ILITÉ QUANT À L’E XACTITU DE OU À LA Q UALITÉ DE LA TRADUCTI ON .

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derne, avec seulement dix villas et une combinaison de bleu et de blanc saisissante, à l’image des paysages marins qu’il surplombe. Azura Benguerra propose une atmosphère plus traditionnelle: vingt villas spacieuses au toit de chaume, toutes dotées d’une piscine privée, à quelques pas d’une plage interminable. Le bar principal et le restaurant y évoquent un charmant «clubhouse» nautique. Les romantiques y dînent sur la plage, à la lueur des lanternes, au bord du clapotis des vagues. Le centre de plongée, lui, organise des excursions et des tours de l’île: dunes colossales pour le sandboard ou lac abritant une population relictuelle de crocodiles et de flamants roses. La vedette de Benguerra est sans aucun doute Kisawa Sanctuary, le projet de Nina Flohr, fille du fondateur suisse de la compagnie de jets privés VistaJet (et, par son union légale avec le prince Philippos, membre des familles royales grecque et danoise). Le resort compte huit villas, de une à trois chambres, réparties sur 300 hectares de forêt et de dunes, ceinturés par des plages sauvages. Chaque villa, ou «résidence», dispose de sa piscine privée, d’un majordome, d’un bar gratuit et d’une «Mini Moke» électrique à conduire jusqu’au lieu du dîner: l’élégant restaurant Main Terrace ou le Baracca, plus funky, sur la plage. Dans une palette de tons amande et paille, Kisawa se met au diapason de son décor. Le tout est souligné par des détails de design sophistiqués: paniers africains raffinés, portes monumentales de la côte de Malabar, baignoires et chaises sculpturales. Bazaruto m’a pourtant laissé un regret.Tout le monde semblait avoir eu ses dugongs. Si Colomb, qui savait rarement ce qu’il regardait, a cru voir des sirènes, j’aurais bien dû en apercevoir une? Elles ne se sont pourtant jamais montrées. Les mythes sont parfois insaisissables. Une raison, s’il m’en fallait une, de revenir. S ÉJOUR DE CINQ NU I T S À A ZUR A M A R L I N, À PARTIR DE 4.486 DO L L A R S PA R P E R SO NNE , EN PENS ION COMPL È T E , VO LS DE JOHANNES BURG À VI L A NKULO I NC LUS, A I NSI QUE LE TRANS F ERT E N HÉ L I C O P T È R E VE R S BENGUERRA . À PART I R DE 21 .98 3 DO L L A R S P O UR CINQ NUITS À KIS AWA SA NCTUA RY AVE C L E S MÊMES PRES TATIONS. WWW.JOURNEYS BYDE SI G N.C O M

Archipel Bazaruto

Bazaruto

Sur l’île de Benguerra, les resorts ont uni leurs forces pour construire la toute première école et clinique de l’île.

MOZAMBIQUE

Benguerra

Vilanculo

Maputo

10 km

Canal du Mozambique


R E P O R TA G E : HANS DIERCKX PHOTO: NICK BALLON

IVREA,


LA PERLE MODERNISTE

L A T E C H N O L O G I E D E P O I N T E D ’ H I E R D E V I E N T L E PAT R I M O I N E D E D E M A I N . À I V R E A , L E S U S I N E S E T B U R E A U X Q U ’ O L I V E T T I A F A I T É R I G E R P O U R I N C A R N E R L ’ I N N O V AT I O N S O N T A U J O U R D ’ H U I P R E S Q U E S I L E N C I E U X . P R E S Q U E . C A R L E S I T E , C L A S S É A U PAT R I M O I N E M O N D I A L D E L ’ U N E S C O , E N P O R T E E N C O R E L ’ E M P R E I N T E : D A N S C E T T E P E T I T E V I L L E D U N O R D D E L ’ I TA L I E , O N PA S S E D ’ U N J O Y A U M O D E R N I S T E À L ’ A U T R E .


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PH OTO D’OUV ERTU R E L E S E X T E N S IO N S D E L’US IN E , C O N Ç UE S PA R LUIG I F IG IN I E T G IN O PO L L IN I, É TA IE N T E N AVA N C E S UR L E UR T E M PS . C E D UO M IL A N A IS , PIO N N IE R D U M O D E R N IS M E ITA L IE N , A É D IF IÉ L E C O M PL E X E AUTO UR D’UN E S T R UCTUR E E N B É TO N ARMÉ.

A

driano Olivetti est mon héros», lance Luca, artiste et propriétaire d’une galerie dans le centre ancien d’Ivrea. Dans ses œuvres, il convoque le graphisme emblématique du fabricant de machines à écrire, parfois surnommé «l’Apple du XXe siècle». Ce type de clins d’œil à Olivetti se retrouve partout à Ivrea, une ville de province située à quelque 50 kilomètres au nord-est de Turin, au pied des Alpes. Dans presque chaque vitrine, qu’il s’agisse d’une boutique de vêtements ou d’une pasticceria , trône une vieille Lettera 22 ou une affiche publicitaire de la marque. On y trouve même un magasin de souvenirs entièrement dédié à Olivetti: T-shirts, posters, sacs en tissu, mugs et tout ce qu’on peut imaginer, habillés de cette identité graphique soignée qui a fait la réputation de la maison. Le centre, cosy et élégant, évoque celui de tant d’autres bourgs italiens. Puis vient la Dora Baltea, nerveuse, bruyante. Il suffit de la traverser pour découvrir l’autre visage d’Ivrea. PATRIMOINE MONDIAL

De ce côté-là s’étend la «città dell’uomo», la «ville humaine» qu’Adriano Olivetti a façonnée autour de son entreprise. Usine historique, siège, centrale électrique, centre de recherche, maisons et immeubles destinés au personnel: chez Olivetti, pas une brique ne se posait sans vision. L’infrastructure ne servait pas seulement à fabriquer des machines à écrire et des machines à calculer. Elle était le fondement d’une communauté dont l’industriel se sentait responsable. Il ira jusqu’à imaginer, pour l’après-guerre, un modèle de société humaniste via son Movimento Comunità, qui mêlait idées libérales et socialistes. D’où ce choix, singulier pour un patron: employer des psychologues et des philosophes, et inviter poètes et connaisseurs d’art afin de nourrir, pendant les pauses de midi, l’esprit du personnel. Son credo tenait en une phrase: «L’usine doit être au service de l’homme, et non l’inverse.» Pour donner corps à cette cité-modèle, Olivetti fait venir à Ivrea des architectes de premier plan de toute l’Italie.

S U R L A PAG E D E D R OI T E D E PUIS 20 1 8 , L’A R C H IT E CTUR E S IN G UL IÈ R E D’ IV R E A F IG UR E AU PAT R IM O IN E M O N D IA L D E L’UN E S C O, AUX C ÔT É S D E S IT E S E M B L É M AT IQ UE S C O M M E L E C O L IS É E E T V E N IS E .

Depuis 2018, leur œuvre figure, pour sa «qualité architecturale exceptionnelle», sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, aux côtés de monuments tels que le Colisée,Venise ou la tour de Pise. La ville piémontaise mérite que l’on s’y attarde, le temps d’un parcours dans le patrimoine Olivetti. BIBLIOTHÈ QUE AUDACIEUSE

Le long de la Via Guglielmo Jervis, plus simplement Corso Jervis , se lit presque, bâtiment après bâtiment, la chronologie de l’entreprise fondée en 1908 par Camillo Olivetti, le père d’Adriano. Le bâtiment principal d’origine, agrandi ensuite par étapes, constitue un excellent point de départ. La partie en briques, la plus ancienne, passe plutôt inaperçue. Beaucoup plus audacieuses, surtout pour l’époque, sont les trois extensions ajoutées méthodiquement par Luigi Figini et Gino Pollini. Les deux architectes milanais, pionniers du modernisme italien, imaginent une usine structurée en béton armé, précédée d’une façade vitrée au châssis d’acier, bordée de carreaux de céramique beige. Symbole parfait de ces technologies de pointe devenues, à une vitesse folle, patrimoine. Aujourd’hui, le bâtiment accueille un centre de visiteurs où l’on peut réserver une visite guidée ou récupérer une carte de promenade. De l’autre côté de la rue, se trouve l’ancienne bibliothèque de l’entreprise, elle aussi signée par Figini et Pollini. Épurée, anguleuse, et pourtant étonnamment chaleureuse, elle met en scène les techniques modernes des années 1950. Dans les voûtes hexagonales en béton, des ouvertures laissent entrer la lumière du jour et font place aux arbres. En contrebas, des bancs attendent les promeneurs, dimensionnés pour la «passeggiata», flânerie du soir qui rythme la journée italienne.


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en demi-cercle autour d’un jardin. Le meilleur point de vue se trouve sur le toit, facilement accessible par la Via Miniere. On peut même y louer un appartement. Borgo 229T constitue une base idéale pour cette balade moderniste. Dans l’une des unités, un entrepreneur nostalgique a installé un musée domestique, rempli de mobilier «mid-century» et d’objets Olivetti. Ces pièces méritent d’être montrées. Quant à Adriano Olivetti, il ne s’est pas contenté de s’entourer d’architectes: il a aussi fait appel à des designers de premier plan, dont Marcello Nizzoli, Ettore Sottsass ou Mario Bellini, pour dessiner des produits devenus iconiques, comme les machines à écrire «Lettera» ou «Valentine».À la clé, un record: à seize reprises, un design signé Olivetti a remporté le prix Compasso d’Oro.

S U R L A PAG E D E D RO I TE AUTO U R D E S O N US IN E D’ORIGINE, OL IV ET TI A FA IT É GA L E M ENT CONS TRU IRE D E S LO G E M E N TS ET D IV ERS ES IN F R A S T R UCTURES POU R S ES E M PLOY É S , E N FA IS A NT A PPEL À PLUS IE UR S D E S A RCH ITECTES ITA L IENS D E S A N N É E S 1 95 0 ET 19 6 0.

COMPLÈTEMENT DÉJANTÉ

BIG DATA

La promenade se poursuit sur quelques kilomètres, en légère montée. Un peu plus loin, partiellement cachée, apparaît l’ancienne installation de chauffage de l’usine, due à l’architecte napolitain Eduardo Vittoria. Au rez-de-chaussée, des carreaux rouges luisants; au-dessus, du bleu: une allusion à la chaleur et à la vapeur produites sur le site. On peut en faire le tour et, par le parking, rejoindre l’arrière pour profiter d’un point de vue saisissant sur les deux tours de refroidissement. Pas besoin d’avoir une âme d’urbexeur. Et encore moins pour Casa Blu, le centre de recherche et actuel siège, de l’autre côté du Corso Jervis. Ici encore, Vittoria signe un bâtiment des années 1950, bardé de carreaux bleus brillants relevés de châssis rouges. L’ensemble a visiblement besoin d’attention: sur une nacelle, deux ouvriers décrochent des carreaux qui se sont détachés. À l’intérieur, les bureaux vivent encore, même s’il faut avouer que l’Olivetti d’aujourd’hui n’est plus que l’ombre de ce qu’il fut au siècle dernier. Le site évoque pourtant bien «l’internet of Things», le big data et la 5G, mais la domination technologique d’autrefois, celle des machines à écrire et d’Adriano Olivetti, mort en 1960 à 58 ans, appartient à l’histoire. «Dans les années 1980 et 1990, nous avons encore réussi la transition vers l’ère informatique mais nous n’avons pas tenu face aux grands groupes américains et asiatiques», confie un ancien. Avec les machines à écrire, la prospérité a également disparu. En 1994, l’entreprise a fabriqué son dernier exemplaire mais, depuis longtemps déjà, ce n’était plus sur le Corso Jervis: la production avait été déplacée vers de nouvelles usines, plus pratiques et situées juste à l’extérieur de la ville.

Au numéro 60 du Corso Jervis, on tombe sur un brutalisme d’une élégance rare. L’aile droite, la plus visible de l’ancien bureau d’ingénieurs, avec sa cage d’ascenseur fine et ses coursives ouvertes, est l’œuvre d’Ezio Sgrelli. Le bâtiment se déploie sur la pente et a encore été rafraîchi l’été dernier. Un peu plus loin se dresse un autre immeuble de bureaux, toujours propriété d’Olivetti. Encore une fois, du Nizzoli, ici avec Annibale Fiocchi et Gian Antonio Bernasconi. Le vigile est consciencieux, mais en Italie, on finit souvent par s’entendre: nous obtenons quelques minutes à l’intérieur, juste le temps d’admirer l’impressionnante cage d’escalier. Puis retour de l’autre côté de la rivière, pour passer la nuit dans l’Unità Residenziale Est, surnommée «La Serra». À la fin des années 1960, Olivetti a implanté cet édifice déroutant au cœur

ET TORE SOT TSASS ET MARIO BELLINI

Dans la «città dell’uomo», les travailleurs avaient droit à des logements dignes. Exemple frappant: l’Unità Residenziale Ovest, surnommée «Talponia», qu’on peut traduire par «terrier de taupe». Le complexe, conçu par Renzo Gabetti, avec Aimaro Oreglia d’Isola et Luciano Re, compte 82 appartements simples et duplex, à moitié enfoui dans une colline

C I - C ON T R E L ES D U PL EX D E LA S E R R A É VO Q U ENT D E LUXU EU S ES CA B IN E S D E N AV IRE, AV EC L EU RS A M É N AG E M E N TS EN A LU M INIU M S U R M E S UR E E T L E U R TOIT CA B RIOL ET E S CA M OTA B L E .


«Olivetti ne se contentait pas de recruter des ouvriers: l’entreprise s’entourait également de psychologues et de poètes pour nourrir le bien-être de sa communauté.»


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Avec la disparition des machines à écrire, la prospérité s’est elle aussi évanouie: en 1994, Olivetti produisait le dernier exemplaire.

du centre historique, à côté du petit parc. L’ancien hôtel, avec salle de congrès, piscine et cinéma, a été dessiné par Iginio Cappai et Pietro Mainardis.Vu du ciel, il évoque une machine à écrire: chaque studio ressort comme une touche. L’aluminium a perdu de son éclat, la peinture a pâli mais la plupart des espaces sont encore utilisés. Mieux encore: on peut y louer un studio. La version duplex, elle, est un paradis pour les amateurs d’intérieur moderniste. Comme sur un bateau, les espaces s’empilent avec intelligence: tout en haut, une terrasse privée; en dessous, une chambre et une petite salle de bains façon cabine; au niveau central, une salle à manger et une cuisine dotées d’astucieux aménagements sur mesure en aluminium, Formica et bois. Le clou du spectacle: le salon côté rue, dans la «touche» de la machine. Le capot en aluminium glisse vers le haut, en biais, comme un toit de cabriolet. On prend l’apéro, baigné par le soleil du soir. Un endroit extraordinaire et une chance unique de dormir dans un morceau d’architecture délicieusement déjanté. Le propriétaire, qui gère un centre de fitness au rez-de-chaussée, observe l’enthousiasme de ses hôtes avec un sourire laconique. Ivrea n’a pas encore la notoriété qu’elle mérite. La perle moderniste du Piémont vaut pourtant la visite. Rarement le patrimoine industriel aura été aussi élégant.

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«Tout s’est enchaîné de façon assez improbable.» Ils savaient depuis un moment qu’ils mettraient leur marque de mode belge en pause, mais ce qu’ils allaient faire ensuite demeurait un mystère total. Rendez-vous est donné dans un atelier de verre; au milieu des fours ardents, des sifflements et d’imposantes tables de travail. Entre quelques exemplaires carbonisés de De Tijd, utilisés ici comme protection pour manipuler le verre chaud, notre invité refait surface. Impossible de ne pas le remarquer: il semble presque étrangement à sa place dans cet environnement. Debout devant le four ardent pour réchauffer le verre, ses bijoux scintillent, tout comme la fermeture éclair de sa salopette verte. Il est en pleine concentration. Pendant le soufflage, nous n’apprendrons pas grand-chose, sinon ce que nos yeux peuvent observer. «Il était temps de faire autre chose», raconte-t-il un peu plus tard. Une nouvelle page blanche s’ouvrait alors, prête pour de nouveaux dessins, de nouvelles idées, de nouvelles réalisations. «L’idée de «Nightfall» est venue en premier. Après une longue période de croquis, d’étude des matériaux et de réflexion autour de la commercialisation, quatre produits uniques ont vu le jour: une collection de sextoys haut de gamme, qui a d’ailleurs été lancée dans Sabato.» Même si la commercialisation s’avère moins évidente que prévu, il présente la collection avec fierté. Chaque pièce est une œuvre en soi, un véritable plaisir pour les yeux, soigneusement présentée dans un livre accompagné d’un magazine exclusif dans lequel sept photographes de mode internationaux livrent leur vision de l’érotisme. «Mais tout s’est en réalité passé de manière assez folle.» C’est un conteur hors pair; nous sommes suspendus à ses lèvres, même lorsqu’il s’égare constamment. «Nous étions chez des amis qui avaient des abeilles. Leur enthousiasme était irrésistible, ils expliquaient à quel point c’était fantastique. Ils nous ont fait découvrir cet univers très organisé des reines, des ouvrières,

CONCEPT & PHOTO: HANS CORA R E P O R TA G E : LISE D’HAEYER

INCO GNITO C A C H O N S - N O U S N O T R E V É R I TA B L E I D E N T I T É O U R É V É L O N S NOUS, AU CONTRAIRE, NOTRE ESSENCE LA PLUS INTIME? DANS SA SÉRIE «INCOGNITO», L’ARTISTE HANS CORA CONVIE CHAQUE SEMAINE UNE PERSONNE À FAIRE L’EXPÉRIENCE RARE D E L ’ A N O N Y M AT . D E R R I È R E L E M A S Q U E S E R É V È L E S O U V E N T PLUS QU’UN VISAGE À DÉCOUVERT.

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Au Japon, j’ai vu de petits casques de scooter en plastique pour chiens et chats; c’est génial, non? Cela m’a immédiatement inspiré. Je m’entraîne encore à les souffler en verre. Les histoires qu’on peut en tirer sont infinies.

L A S E M A IN E DE RN IÈ RE M É D E C IN L É G IS TE OU A RTIS TE? B A B E T T E VA N R A F ELGH EM ES T L ES D E UX . DA N S L E NU M ÉRO D U 28 M A RS D E R N IE R, E L L E S ’ÉTA IT D ISS IM U L ÉE D E R R IÈ R E UN M A S Q U E Q U’EL L E AVA IT D E SS IN É E L L E -M ÊM E: U NE COU PE A N ATO M IQ UE TRA NS V ERS A L E D’U NE

des gardiennes et des faux-bourdons. Je savais déjà qu’Anneke voudrait aussi avoir des abeilles. Elle adore ce genre d’histoires.» Elle a commencé une formation d’apicultrice et s’est plongée dans le processus fascinant de la fabrication du miel, tandis que lui s’immergeait dans l’art du soufflage de verre. Du miel récolté soi-même et stocké dans un pot en verre particulier: une belle idée pour tester de nouvelles techniques. «Le cours d’Anneke a été interrompu à cause du Covid. Ensuite, elle a reçu une offre exceptionnelle pour devenir directrice de la section mode de Polimoda, à Florence. Moi, je suis resté complètement fasciné par la complexité et la beauté du soufflage de verre. Aujourd’hui, sept ans plus tard, je souffle mes propres cloches en verre et j’essaie maintenant aussi de souffler des casques de moto.» C’est au Japon qu’il a découvert ce casque, devenu son masque. «Des casques en plastique pour des chiens et des chats transportés en scooter; c’est génial, non? Ça m’a immédiatement inspiré. Je m’entraîne encore à les souffler en verre car ce n’est pas évident, mais j’adore cette forme. Peut-être que je travaillerai avec les couleurs nationales ou que j’ajouterai des lettres. Mais c’est tout simplement un objet remarquable.» Que notre invité se consacre pleinement à l’expérimentation saute immédiatement aux yeux. L’an dernier encore, il a transformé une caravane en chapelle roulante remplie de ses propres pièces en verre soufflé: un lustre avec un chapelet en verre, une cage à oiseaux en verre, une tête de Jésus faisant office de feu arrière et une montagne de fleurs en verre sculptées sur lesquelles repose Jésus. «Je veux en faire une procession. Je ne suis pas croyant mais le langage visuel de la religion et les rituels me fascinent. Souffler de simples verres, ce n’est pas pour moi. Je le ferai le jour où je m’ennuierai.» Nous terminons en lui demandant quelle serait sa couleur de ceinture en soufflage de verre, clin d’œil au judo même si, à vrai dire, aucun de nous ne sait vraiment quelles sont les couleurs ni dans quel ordre elles se succèdent. «Je dirais peut-être orange. J’ai du talent, mais sept ans de soufflage de verre, ce n’est finalement pas si long.» Quelques recherches nous apprennent qu’au judo, la ceinture orange correspond encore à un niveau débutant. Et même si, au regard des défis que pose l’art du verre, il reste sans doute un élève extrêmement talentueux et prometteur, nous préférons le considérer comme un maître. Donnez à cet homme une galerie de design, que le monde découvre son travail remarquable, inspirant et artistique. @H A N S .C OR A @ M YOM S ER I ES

T Ê T E , C L IN D’Œ IL À S ON TRAVA IL ET À S A FA S C IN ATION POU R L E CORPS H UM A IN . S A PA SS ION POU R L’A RT A N ATO M IQ UE A CU L M INÉ DA NS L E L IV R E « PO S T M ORTEM – ATL A S VA N D E AUTO PS IE » , PA RU AUX ÉD ITIONS L A N N O O. C ON N A I SS EZ - VO U S L A PERSO NNE QU I S E CAC H E D ERRI ÈRE CE M A S QU E OU D EMEU RE-T-EL L E POU R L’I N S TANT I NCO GNI TO ? POU R D ÉC OUVRI R SO N I D ENTI TÉ, R EN D EZ - VOU S SAMED I PRO CH AI N.

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R E P O R TA G E : J O R I K L E E M A N S

B IE N PLUS QU E D U CEV ICH E

CRÉDIT: CAMILA NOVOA .

P O U R L A D E U X I È M E F O I S E N T R O I S A N S , U N R E S TA U R A N T D E L I M A S ’ I M P O S E C O M M E L E M E I L L E U R É TA B L I S S E M E N T A U M O N D E . Q U ’ E S T - C E Q U I F A I T D E L A C A P I TA L E P É R U V I E N N E U N T E R R E A U A U S S I P R O P I C E À L ’ E X C E L L E N C E G A S T R O N O M I Q U E ? N O T R E J O U R N A L I S T E S ’ E S T AT TA B L É C H E Z M A I D O , S A C R É NUMÉRO UN MONDIAL, POUR PRENDRE LE POULS D’UNE SCÈNE CULINAIRE EN PLEINE EFFERVESCENCE. «RARES SONT LES ENDROITS OÙ LA BIODIVERSITÉ EST AUSSI FOISONNANTE QU’AU PÉROU.»


CI-CO N TRE CHE Z MAIDO, LA FU SI ON N ’A R I EN D’UN MOT À LA MODE : C OQ U I LLAGE S AU PONZU, DE SSE RT M ÊLAN T MANGUE , CIRUE LO (UN E P R U N E LOCA LE ) E T WA SA BI, OU EN C OR E UN PLAT RE LE VÉ DE TU CU P I , C ET TE SAUCE JAUNE ISSUE D’U N E VAR I ÉTÉ TOX IQUE DE MA NIOC.

BON APPÉTIT

I

l y a une première fois à tout. Je n’avais encore jamais vécu une telle scène: toute la brigade d’un restaurant gastronomique réunie à l’entrée pour accueillir les convives. «Maido!», scande en chœur l’équipe de l’établissement éponyme à Lima lorsque j’arrive avec mon groupe pour le lunch. Le chef Mitsuharu Tsumura (44 ans) parlera plus tard à notre table du brise-glace parfait. «Ma famille vient d’Osaka», explique-t-il. «Maido signifie en japonais «bienvenue» ou «merci d’être ici». De quoi imprimer d’emblée une tonalité singulière à l’expérience.» Dans son restaurant, Mitsuharu Tsumura célèbre ce qu’on appelle la cuisine Nikkei: une rencontre entre traditions nippones et péruviennes, née lorsque des travailleurs migrants japonais, à la fin du XIXe siècle, ont appliqué leurs techniques à des ingrédients locaux. Cet après-midi, chez Maido, nous mangerons notamment des coquillages venus de Huarmey, petite ville côtière péruvienne, accompagnés de ponzu, l’assaisonnement japonais populaire à base de sauce soja, d’agrumes et de dashi. Nous goûterons aussi un dessert associant de la mangue, à la prune locale ciruelo et à du wasabi. Ici, la fusion n’est pas un vain mot. NUMÉRO UN ABSOLU

Décrocher une table pour un lunch n’avait rien d’évident. Pour le dîner, n’en parlons même pas. Depuis la publication de «The World’s 50 Best Restaurants» en juin dernier, Maido tourne à plein régime: des experts culinaires internationaux l’ont couronné numéro un absolu.Avant même ce sacre, le restaurant affichait complet; depuis, la liste d’attente est devenue interminable. À peine un verre de vin mousseux chilien servi, le premier des douze services arrive. Une bouchée de paiche, poisson d’eau douce d’Amazonie, avec de l’ají dulce, un piment qui rappelle davantage le poivron, se révèle une interprétation élégante de

CI-CO N TRE MIT SUHARU T S UMU RA , C HEF D E MA IDO. SOUS SA DIRE CT I ON , TEC HN I QUE S JA PONAISE S E T I N GR ÉD I E NT S PÉ RUVIE NS SE SON T M ÊLÉS EN L’UNE DE S E X PÉ RIE N CE S GASTR ONOMIQUE S LE S PLUS ABO UT I E S AU M ON DE .

1 7.0 5 . 2 5

la célèbre «butifarra», ce sandwich de street food que l’on commande à presque chaque coin de rue. Depuis l’annonce, l’ambiance en cuisine a encore gagné en légèreté, confie Mitsuharu Tsumura. «Être numéro un, c’était un rêve. Et je vois bien l’effet que cela produit quand je viens saluer les clients à leur table. Il y a quelque temps, quelqu’un m’a dit qu’ils avaient d’abord fait leur réservation, et seulement ensuite acheté leurs billets d’avion. J’ai déjà rencontré des gens très nerveux, certains pleurent même. Ils me disent qu’ils suivent mon restaurant depuis l’ouverture en 2009. Évidemment, pour un chef, ça fait plaisir.» «Ce n’est pas seulement un honneur pour notre restaurant, c’est aussi une belle reconnaissance pour la région et pour le pays», poursuit-il. «Surtout parce que c’est déjà la deuxième fois en peu de temps qu’un restaurant de Lima prend la première place.» LA RICHESSE DES ANDES

Ces dernières années, Lima connaît une effervescence culinaire remarquable. En 2023, Central, du chef Virgilio Martinez, avait déjà raflé le titre de meilleur restaurant du monde. Si l’on regarde le classement «The World’s 50 Best» de l’an dernier, on trouve encore trois autres adresses de Lima dans le top 50: Kjolle, Mérito et Mayta.Autant que Paris, et même davantage que d’autres capitales culinaires comme Londres (2) ou NewYork (1). Seule la ville de Bangkok fait mieux, avec six adresses. Pour mémoire: les premiers restaurants belges,Willem Hiele et Bozar, ne figurent «que» aux places 62 et 63. D’où vient ce succès liménien? «Si notre ville est aujourd’hui sous les projecteurs, c’est avant tout parce qu’à l’échelle mondiale, notre regard sur l’alimentation a profondément évolué», estime Virgilio Martinez (48 ans), chef de Central. «Les gens veulent à nouveau savoir d’où vient ce qu’ils mangent. Lima devient un nouveau type d’épicentre gastronomique grâce à cette authenticité. Nous honorons nos producteurs et nos agriculteurs. Et la cuisine péruvienne est un creuset de cultures: des techniques héritées des Incas mais aussi l’influence de colons comme les Espagnols et les Français, puis plus tard des Japonais et des Chinois.» Autre atout décisif: il existe peu d’endroits où la biodiversité est aussi riche qu’au Pérou. Avec un littoral généreux, les Andes et la forêt amazonienne comme arrière-cour, les restaurants de Lima peuvent composer une liste d’ingrédients

Même les stars internationales ajustent délibérément leur tournée pour s’y arrêter le temps d’une parenthèse culinaire. La densité de restaurants et de bars d’exception y est tout simplement sans égale. MITSUHARU TSUMURA (MAIDO)

CRÉDIT: COU RTESY OF MAIDO.

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C I - D ESS OU S LA CU IS INE D U KJ OL L E, S IG N É E PÍA L E ÓN, ES T U N H OM M AGE À L A F IE RT É PÉ R UV IENNE.

V I R G I LI O MART ÍNE Z VOUS E MMÈ N E À TR AV ERS LE S DIFFÉ RE NT S ÉC OSYSTÈ ME S DU PÉ ROU, DES P R OFON DE URS MA RINE S AUX SO MME T S AN D I N S À PLUS DE 4.000 MÈ TRE S D’ALTI TU DE .

hors norme. Cela s’accompagne toutefois de défis, comme le souligne Virgilio Martínez. «Certains endroits dans les Andes ne sont accessibles qu’au terme de trois jours de voyage, idem pour l’Amazonie. Cela oblige à réfléchir autrement à la manière d’utiliser ces produits dans leur intégralité, de la tête à la queue, de la graine à la peau. Les clients savent qu’à Lima, ils goûtent des choses qu’ils n’ont jamais mangées auparavant.» UN ADORABLE PIRANHA

«Notre prochain service est un plat à base de paiche, de yuca et de piranha. Bon appétit.» Quelques jours plus tard, lorsque Virgilio Martinez nous invite à déjeuner, il tient parole d’emblée. Outre le piranha, il nous servira plusieurs produits inconnus à nos papilles. Mieux: la plupart des ingrédients nous sont totalement étrangers, de la variété de courge loche à la cherimoya, fruit tropical des hauts plateaux andins. Virgilio Martinez propose un menu en douze services qui fait voyager à travers les altitudes. Ici, un plat né à 4.200 mètres, avec du maïs, la variante de quinoa kiwicha et du cushuro, une algue surnommée le «caviar des Andes». Là, des préparations qui plongent sous le niveau de la mer, avec des préparations raffinées de langoustine et de mérou.Au final: un menu ludique, instructif, et surtout intensément savoureux. Au-delà de son rôle de chef,Virgilio Martinez est aussi l’une des forces motrices de Mater, un centre de recherche consacré à l’étude et à la protection de la biodiversité péruvienne. «Nous travaillons avec des communautés locales dans les Andes et en Amazonie», explique-t-il. «Comme un sommelier parle du goût d’un raisin, ces agriculteurs racontent la complexité de certaines racines, tubercules ou fèves de café. Nous allons chercher notre savoir auprès des premiers concernés.» UNE RACINE TOXIQUE

Retour chez Maido. Nous venons d’engloutir notre dernier plat salé: une préparation de joues de veau, macambo (de la famille du cacao) et tucupi (une sauce jaune obtenue à partir de racine de manioc sauvage). Il reste trois services et trois boissons en accord.À force de verres de saké ou de vin à base de raisins locaux de pisco, difficile de savoir si notre espagnol limité progresse… ou s’effrite.

«Le tucupi est en réalité fabriqué à partir d’une plante de yucca toxique de la forêt amazonienne», précise Mitsuharu Tsumura quand nous lui demandons ce que nous venons de manger. «Mais si l’on sait comment la fermenter et la cuire, on obtient une sauce délicieuse, très umami.» Le chef travaille avec des ingrédients que même beaucoup d’habitants de Lima ne mangent pas au quotidien. «Certains produits ne sont connus que des populations locales des Andes ou de l’Amazonie. Je trouve important de les partager avec le monde. Les gens doivent comprendre à quel point l’écosystème amazonien est précieux. On ne peut pas continuer à déforester, sans conséquences.» Mitsuharu Tsumura défend aussi une utilisation intégrale des produits. «Prenez le macambo ou le cupuazú, un autre parent du cacaoyer. Nous utilisons les graines, la pulpe et la noix elle-même…» UNE GASTRONOMIE DU COEUR

Même vision chez Pía León (39 ans), cheffe de Kjolle, neuvième au classement mondial. Son restaurant occupe le premier étage du même bâtiment que celui de son mari,Virgilio Martinez. Dans le magnifique jardin d’herbes et de plantes spécialement aménagé pour les restaurants, l’un

CRÉDIT: GU STAVO VIVANC O, CAMILA NOVOA .

CI-DE SS US AU CE NT RAL , LE CH E F


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SA BATO

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Les gens veulent à nouveau savoir d’où vient leur alimentation. Portée par cette quête d’authenticité, Lima s’impose peu à peu comme un nouveau foyer majeur de la gastronomie. VIRGILIO MARTINEZ, CENTRAL

des cuisiniers de son équipe cueille rapidement du chincho, une herbe aromatique qui pousse dans les Andes, mais qui a été modifiée pour ce jardin. Et puis, place à un lunch en neuf services, encore. Comment dit-on indigestion en espagnol? D’un plat à base de mamey, fruit local, et de kjolle, l’arbre indigène éponyme aux fleurs orange des Andes, jusqu’au homard avec piment charapita, porc séché d’Amazonie et herbe de montagne muña, je découvre à nouveau une succession de goûts et de textures inédits. Pour Pía León, une certaine fierté nationale joue dans le succès de la gastronomie péruvienne. «Ces développements sont en cours depuis vingt ans, mais c’est surtout au cours des cinq dernières années qu’on a vu un mouvement puissant, qui nous a vraiment mis sur la carte», confie-t-elle. «La gastronomie péruvienne part vraiment du cœur, c’est notre force.» «On trouve du ceviche partout aujourd’hui, mais notre cuisine, c’est bien plus que cela. L’un de nos plats signature, par exemple, est une petite tartelette à base de tubercules et de racines des Andes. Délicieux! Ces couleurs, ces textures… Nous avons à nous seuls plus de 4.000 variétés de pommes de terre et des centaines de variétés de maïs, ce qui nous permet de continuer à inventer de nouveaux plats. Le monde a encore beaucoup à découvrir ici.»

CRÉDIT: KEN MOTO HASI.

DE LA DICTATURE À LA GARNITURE

Le Belge Bruno Rouffaer (71 ans) abonde dans ce sens. Ancien sociologue et hôtelier, il s’est installé à Lima par amour. Aujourd’hui, il est ambassadeur sud-américain pour We’re Smart World, le projet du chef de légumes Frank Fol qui rassemble personnes et entreprises engagées dans une alimentation saine, écologique et durable. Il organise également des «food tours» privés à Lima. Il


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a déjà monté des voyages culinaires, notamment Michaël Vrijmoed (Vrijmoed). Cet automne, à l’occasion d’un événement We’re Smart World, il amènera notammentVirgilio Martinez et Pía León à Bruges. «Jusque dans les années 1980, le Pérou était une dictature, sans aucune forme de tourisme», raconte Bruno Rouffaer. «Après la chute de ce régime, le pays a commencé à fleurir. Il accueille 24 millions de touristes chaque année, et ils ne vont pas uniquement au Machu Picchu. Il y a deux ans, le touriste moyen dépensait en moyenne 1.500 dollars, aujourd’hui c’est 2.000 dollars. Le secteur culinaire a donc connu, lui aussi, un essor incroyable.» Il qualifie Lima de grande capitale gastronomique d’Amérique du Sud. «On trouve ici un creuset de cultures qui, avec la richesse des produits locaux, entraîne une énorme envie d’innover. Au Chili, en Argentine ou en Uruguay, on le voit beaucoup moins, parce que ces pays ont été plus isolés. Les Belges que j’ai déjà guidés ici ont à chaque fois été impressionnés, surtout quand il y a des accords avec des boissons locales.»

À elle seule, notre terre compte plus de 4.000 variétés de pommes de terre et des centaines de types de maïs. Le monde a encore tant à y découvrir. C I - D ESS U S L E PÉ R O U C O M PT E PLUS

PARADOXE DU CHOIX

D E 4. 0 0 0 VA R IÉ T É S D E PO M M E S D E

Des ingrédients emblématiques comme le piment jaune ají amarillo ou le maïs violet apparaissent d’ailleurs peu à peu dans nos restaurants. Sur le toit-jardin du site Pakt à Anvers, on cultive même du huacatay (menthe noire péruvienne) pour le restaurant gastronomique Camionette. La cuisine péruvienne s’imposera-t-elle davantage à l’international? «Absolument», estime Pía León, de Kjolle. «La passion et la conviction des Péruviens sont bien là. On le voit aussi dans des capitales culinaires comme Londres ou Barcelone. La combinaison d’une innovation audacieuse et d’un respect profond des techniques de nos ancêtres attise la curiosité pour ce que nous avons à offrir.» Mais selon Mitsuharu Tsumura, il faut surtout continuer à venir à Lima. «Parfois, la ville peut sembler un peu écrasante à cause du trafic, mais il y règne une énergie incroyable. Même des stars mondiales font délibérément halte ici pour une étape culinaire. La quantité de bons restaurants et de bars est inédite: on se retrouve vite face au paradoxe du choix. Il y en a littéralement pour tous les goûts. Et aussi pour tous les budgets.» Et surtout, pour celles et ceux qui ont de l’appétit. Un convive bien préparé en vaut deux.

T E R R E E T D E S C E N TA IN E S D E T Y PE S D E M A ÏS , « C E Q UI N O US PE R M E T D E C O N T IN UE R À IM AG IN E R D E N O UV E AUX PL AT S » , E X PL IQ UE L A C H E F F E PÍA LEÓN.

À GAU C H E PÍA L E Ó N , C H E F F E D E KJ O L L E : « L’A L L IA N C E D’UN E IN N OVAT IO N AUDAC IE US E E T D’UN PR O FO N D R E S PE CT PO UR L E S T E C H N IQ UE S D E N O S A N C Ê T R E S É V E IL L E L A C UR IO S IT É . »

CRÉDIT: CAMILA NOVOA .

PÍA LEÓN, KJOLLE


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I S YO UR PASS PO RT READY ?

NAGER DANS LES NUAGES Quand la célèbre et tenace brume de «garúa» drape Lima de son voile mystérieux, le 11e étage du Belmond Miraflores Park, l’un des hôtels les plus en vogue de la capitale péruvienne, prend des allures de décor de cinéma. Un plongeon dans la piscine plus tard, le ciel s’éclaircit déjà, et le panorama se dévoile, grandiose, avec l’océan Pacifique en vedette. Avec ses 87 suites, l’adresse fait figure de refuge au cœur d’une ville qui ne s’arrête jamais. Les chambres, spacieuses, donnent sur Lima ou sur la côte et ont été remises au goût du jour il y a cinq ans. Rien que pour l’imposant buffet du petit-déjeuner, la nuit sur place vaut déjà le détour. Le Belmond Miraflores Park est situé à Miraflores, non loin de Barranco, l’un des quartiers les plus dynamiques de la ville. Pour une expérience gourmande: tout se joue au rez-de-chaussée.Au Tragaluz, le chef Ricardo Ehni signe une cuisine qui capture toute la variété culinaire du Pérou. On y retrouve des classiques, comme le plat de viande local saltado, ainsi qu’un tataki de bœuf japonais ou des agnolotti italiens à la ricotta, au potiron et au huacatay, la menthe péruvienne. On recommande vivement le «smoked ceviche», avec des haricots zarandaja, du piment jaune et des croustillants de maïs. Pour un cocktail, direction le Belo Bar, où des ateliers autour du pisco révèlent les nuances de l’alcool local et où l’on apprend à réussir le Pisco Sour parfait. Un verre qui se savoure d’ailleurs très bien au bord de la piscine. De quoi, une fois encore, avoir la tête dans les nuages. À PARTIR D E 560 D OLLARS L A NUI T E N JUNI O R SUI T E . WWW.B E L M ON D.C OM

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PARFAI T.

CRÉDIT: FRAN PARE NTE.

Le Belmond Miraflores Park offre un décor presque cinématographique.


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Dans notre rubrique Kitchen Roulette, un chef dévoile quatre recettes avant de passer le relais au chef suivant, ce qui donne lieu à un menu surprenant et varié. Pour sa première apparition, Alice Pollet revisite la salade César, dans laquelle le poulet laisse sa place à des nuggets de tofu marinés. Dans son restaurant Brut, à Ixelles, la cheffe signe une ode élégante aux producteurs locaux et bio. Une cuisine guidée par le végétal et qui met le printemps dans l’assiette.

«Voici notre version végétarienne de ce grand classique qu’est la salade César. Au restaurant, la présentation s’achève par une quenelle de sorbet au persil, mais même sans cette touche finale, la recette a déjà fait ses preuves: c’est un favori du public.»

INGRÉDIENTS (4 personnes) 1 tête de chicorée frisée 500 g de roquette 1 botte de cresson (ou de pourpier) 2 brins de persil plat Quelques tranches de focaccia au romarin (ou un autre pain) Quelques gousses d’ail (selon le goût) Huile de tournesol 4 ou 5 cornichons aigres-doux

Un chef joue à la Kitchen Roulette et c’est vous qui raflez la mise.

KITCHEN ROULETTE ALICE POLLET SALADE CÉSAR AU TOFU, ALGUES ET CROÛTONS DE FOCACCIA PRODUCTION: JAN SCHEIDTWEILER RECETTE: ALICE POLLET PHOTOGRAPHIE ET STYLISME: STEFAAN TEMMERMAN

Pour les nuggets de tofu 500 g de tofu ferme 50 cl de sauce soja 40 cl de mirin (vin de riz doux, en vente en supermarché asiatique) 20 cl de vinaigre balsamique foncé 1 gousse d’ail finement hachée 2 œufs 200 g de chapelure 200 g de cornflakes 100 g de farine Pour la sauce 2 œufs mollets 500 ml d’huile de tournesol 5 g de sel 25 g de moutarde 60 g de jus de citron (de préférence un citron bergamote parfumé) 20 g de câpres et 10 g de leur liquide de conservation 25 g de parmesan râpé 30 g d’algues (laitue de mer ou une autre variété) 25 g d’eau froide Matériel de cuisine: blender et, éventuellement, friteuse


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Passez les blocs dans la farine, puis dans les

œufs battus et enfin dans un mélange de chapelure et de cornflakes (légèrement émiettés). Ces derniers apportent une croûte particulièrement croustillante. FINITION Faites chauffer une généreuse quantité d’hui-

le de tournesol dans une poêle à fond épais. Saisissez les nuggets à feu vif 2 à 3 minutes par face, jusqu’à ce qu’ils soient bien dorés. (Avec une friteuse: 3 minutes à 180°C.) Assaisonnez la salade avec une partie de la sauce, puis répartissez dans les assiettes. Hachez finement quelques cornichons aigres-doux et ajoutez-les, avec quelques croûtons croustillants. Terminez avec le tofu frit. Servez le reste de sauce dans un bol, à table. CONSEIL VIN À GAU C H E L A C H E F F E PO L L E T C O N S E IL L E D E PA N E R L E S B LO C S E N L E S PA SS A N T S UC C E SS IV E M E N T DA N S L A FA R IN E , L E S Œ UF S B AT TUS PUIS UN M É L A N G E D E C H A PE LUR E ET DE CORNFLAKES LÉGÈREMENT É M IE T T É S , PO UR O BT E N IR UN E C R O ÛT E PA RT IC UL IÈ R E M E N T C R O US T IL L A N T E .

PRÉPARATION Faites mariner le tofu (commencez bien à temps) Coupez le tofu en blocs d’environ 6 cm de long et 2 à 3 cm de large. Préparez la marinade: mélangez sauce soja, mirin, vinaigre balsamique et ail finement haché. Plongez-y le tofu et laissez mariner au moins 8 heures (une nuit entière donnera encore plus de goût). Préparez la sauce César Dans le blender, mixez tous les ingrédients de la sauce, sauf l’huile, l’eau et le parmesan. Mixez à vitesse lente: versez ensuite l’huile en filet, comme pour une mayonnaise. Terminez en incorporant le parmesan et l’eau, jusqu’à obtenir l’épaisseur souhaitée. Préparez les croûtons Préchauffez le four à 170°C. Coupez le pain en dés. Faites infuser quelques gousses d’ail écrasées dans l’huile de tournesol, puis enrobez les dés de pain de cette huile parfumée. Enfournez 5 à 10 minutes, jusqu’à ce qu’ils soient dorés. Remuez toutes les 3 minutes. Composez la salade Lavez et séchez les salades et le persil, puis mélangez pour obtenir une salade mélangée. Panez les nuggets de tofu Égouttez le tofu.

Botanicals sans alcool, Far & Søn, Danemark

Citronnelle et citron vert thaï: le pétillant sans alcool du fabricant danois Far & Søn est frais, peu sucré, dominé par les agrumes et facile à boire. Il fonctionne aussi bien à l’apéritif qu’avec des plats légers, dont cette salade. Quelques herbes, ajoutées sans plus de précision par le producteur, apportent une complexité supplémentaire. 1 6 , 5 EU R OS .

POU R S A D EUX I ÈM E A PPA R I TI O N, AL I CE PO L L ET PR ÉPA R ER A D ES A S PER G ES AVEC D E L A RI COT TA M A I S ON ET U N PES TO À L’A I L D ES O U RS.


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CARTE SUR TABLE

R E P O R TA G E : JAN SCHEIDTWEILER

L A P E T I T E G AYO L E

À Thuillies, dans le Hainaut, cette adresse chaleureuse sert des plats d’antan dans une ambiance bistro pleine de nostalgie.

EN FILIGRANE DU ME NU, DE S P RÉ PARAT I O N S D’ANTAN RE NDE NT HOMMAG E AUX «MÈ RE S» DE LA CUISINE FR AN ÇAI SE .

«Elle me l’avait toudi promi. E’n belle petite gayole...» Sur la place communale de Thuillies, section de Thuin, la chanson wallonne du canari et de sa cage a inspiré l’univers de ce bistrot. Dès l’entrée, derrière le comptoir en bois et ses chaises hautes, une cage rouge trône près de la cuisine. L’oiseau, lui, s’est envolé depuis longtemps. Une grande banquette en bois, de vieilles affiches au mur, une playlist de classiques de la chanson française: tout concourt à créer ici la douce impression de faire un bond dans le passé et à envelopper les clients dans la convivialité d’une autre époque. La Petite Gayole est passée, fin 2024, aux mains de Fabrizzio et Sanae Chirico, à la tête du restaurant gastronomique Le Délice du Jour situé dans la commune de Chapelle-lez-Herlaimont. En avril 2025, le bistrot a été distingué d’un Bib Gourmand, qui récompense un «excellent rapport qualité-prix». Les prix inscrits sur le tableau confirment la promesse. Le lunch en deux services revient à 32 euros. Pour 45 euros, chacun compose son menu en trois services. À la carte aussi, les tarifs restent raisonnables, avec des entrées à moins de 20 euros. Au menu? Des préparations d’antan, avec,

en filigrane, l’hommage à quelques célèbres «Mères» de l’histoire de la cuisine française, à l’instar du bar Mère Castaing (28 euros) ou des rognons de veau à la Mère Adrienne, nappés d’une sauce moutarde dijonnaise (26 euros). On trouve aussi des cuisses de grenouilles (22 euros), des escargots (26 euros les 12) et un cassoulet (32 euros). Un boudin noir bien onctueux, accompagné de pommes poêlées et de calvados (16 euros), a également toute sa place dans ce décor. Ensuite, arrive une copieuse cocotte de bœuf bourguignon (26 euros). La viande, cuite à cœur tout en douceur, se love dans une sauce profonde, relevée de petits oignons grelots et de tendres dés de carotte. À part, mais toujours avec générosité, on sert un aligot, cette purée de pommes de terre élastique au fromage, venue de l’Aubrac. Le dessert, un Colonel où la vodka a cédé la place à la liqueur locale de citron, l’Eau deVillée, n’était pas indispensable: le sorbet citron semblait tout droit sorti d’une boîte industrielle. La Petite Gayole reste pourtant une adresse réjouissante, où l’on se laisse volontiers enfermer, le temps d’un repas, dans cette cage pleine de nostalgie. C ET T E EN S EI G N E A FA I T L’O BJ ET D’U NE VI SI TE A N ON Y M E, F INANCÉE PAR SABATO.

A DRE SS E

DÉ C I B E LS

B OI SS ON S

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LA P ETI TE GAYOLE

PAR U N AP RÈ S-MI DI CAL M E , L’ E N D R O IT

CA RT E C O URT E , AV E C S E UL E M E N T

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DÉC EVANT

C OR R E CT

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CRÉDIT: CO URTESY O F LA PE TITE GAYO LE.

Ici, tout invite à un voyage dans le passé, baigné de la convivialité d’une autre époque.


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SA BATO

04.04.26

Le paradoxe du quotidien selon Anton Gudim.

@_YE S_BUT

CO LLA B ORATEURS : ST E LLA BO U DE N S, TAMI CH RI ST I AN SE N , L I SE D’ HA E Y E R, IR IS D E F E IJT E R, T H IJ S D E M E UL E M E E S T E R, J O R IK L E E M A N S , A L IC E PO L L E T, I N GE RY L A NT, JA N SCHE IDT W E I L E R, STAN L E Y ST E WART R É DACT E UR S: E L IN E B R O E C K X , N ATA L IE H E LS E N , M A R IE H O C E PIE D, L AUR A K E E R S M A E K E R S PH OTO GRAPH I E: N I C K BALLON, CHRIS TOPHE COË N ON , H AN S CO RA , J ON E S CROW, J OE F L E TC H E R, S C OT T H UTC H IN S O N , A L IC E M E S G UIC H , J US T IN PAQ UAY, R IC H A R D POW ERS , M ONICA S PEZIA , STEFAAN T E MME RMA N, FLORIAN T H OUZE T P HOTO DE C O UVE RTUR E : J O E F L E TC H E R I L LU S T R AT I ON S : A N TO N G UD IM C H EF D I G I TA L : D R IE S C E UPPE NS TRAD U CTI O N: ÉM I LI E VAN DE POE L RELECTUR E FI NA L E : MARI E -N OË L L E VE KE MAN S RÉDACTION P H OTO : S T E L L A B O UD E N S R ÉDACT I ON PH OTO & C OOR D I N AT I ON : NATH A L IE WA RNY M ISE E N PAGE: CHRIST INE D U BOI S, DAVI D ST E E N H UYSE A RT DI R E CTOR : PH IL IP VA N B A S T E L A E R E R ÉDACT R I C E EN C H EF A D J OI N T E: E LS M A E S C REATI VE D I RECTO R: G ER DA ACKAE RT ABONNEMENT S: T É L . 0800/55.150, ABON N E ME N T @L E C H O. B E A N N ON C EU R S : T R US T M E D IA , AV E N UE D U PO RT 8 6C, BT E 30 9, 1 0 0 0 B R UXEL L ES , TÉL . 02 / 422.05.1 1 SA BATO@T RU ST ME DI A . BE É DI T E UR R E SP O NSA B L E: PE T E R Q UAG H E B E UR S A BATO ES T I M PR I M É C H EZ R OU L A RTA PR I N T I N G.


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