SABATO
EUROPEAN MAGAZINE OF THE YEAR
EUR OPEAN MAGA ZI NE OF TH E YEAR
21 03 26
P O RTRA ITS ET P OÉS I E: LE CO UP L E D E PHOTO GRAP HES I NEZ & V IN O ODH IMMORTALI S E L’A M O U R D EVAN T ET DER R I È R E L’O B J ECTI F
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CRÉDIT: MICHAËL SMITS, INEZ & VINO ODH, SHUT TERSTOC K , WO UTE R MA ECKELBERGH E.
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SOMMAIRE
21.03.26
P. 2 0
P. 2 6
P. 5 8
FRISSON DANS LA POP: DEUX BRUXELLOISES CHANGENT LA DONNE
INEZ & VINOODH: LA BEAUTÉ D’UN BAISER POUR L’ÉTERNITÉ
FOU DE SINGAPOUR: ENTRE LA JUNGLE ET LES G R AT T E - C I E L S
Le luxe, c’est la liberté d’exercer un métier que l’on aime. C’est voyager, se réjouir d’un bel achat, profiter d’un intérieur inspirant, d’une exposition marquante ou d’un grand dîner. Mais le luxe, c’est surtout la possibilité de partager tout cela avec quelqu’un à ses côtés. Quelqu’un qui croit en vous à 100%, qui atténue vos défauts et met vos talents en lumière. C’est ce luxe qui traverse ce numéro de Sabato comme un fil rouge. Nous y rencontrons le duo de photographes d’origine néerlandaise Inez & Vinoodh, qui célèbre quarante ans de carrière, nous rendons visite à Marie et François de Limburg Stirum, qui partagent leur passion pour les maîtres anciens, et nous poussons la porte du coiffeur Rachid Ibrahimi qui a trouvé en l’architecte Arnout De Sutter le parfait «partner in crime» pour réaliser une œuvre aux allures internationales.
P.4 6 JEUNE GARDE ET MAÎTRES ANCIENS: LE MÉLANGE DES GENRES RÉUSSI
P. 5 2 BUNKER DE RÊVE: LA VILLA ULTIME DU BRILLANT JULIAAN LAMPENS À EKE
La vraie tension naît quand deux personnes qui se connaissent à peine se rencontrent, mais dont nous sommes convaincus qu’elles vont s’entendre. C’est exactement ce qui s’est produit avec Camille Yembe et Gala Dragot, deux jeunes femmes qui insufflent un nouvel élan à la scène musicale bruxelloise. Deux personnalités affirmées, portées par de grandes ambitions. Elles se sont totalement laissées aller lors de l’interview et de la séance photo, dont vous découvrirez le résultat dans les pages qui suivent. Ce que l’on ne voit pas, en revanche, c’est qu’au fil de ces moments est aussi née, discrètement, une belle amitié.
AN BOGAERTS RÉDACTRICE EN CHEF
P. 6 6 VOYAGES VOYAGES: TOUT CE QU’IL Y À VOIR ET AVOIR POUR S’ÉVADER
P. 74 L’ART AU TRAVAIL: PLONGÉE DANS LA COLLECTION D’AXA BELGIQUE
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M O N SA BATO
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Le samedi de Tom Ieven: remplacer 30.000 pas par un tour à vélo, savourer un plat de pâtes régressif signé Sergio Herman et profiter d’un repas maison autour d’un Rouge de Flandre-Occidentale. Reportage: Jorik Leemans Photo: Alexander D’Hiet
M O N SA BATO
TO M I E V E N C O N S U L TA N T E N V I N C H E Z C H Â T E A U X V I N I À T E R N AT . A N C I E N S O M M E L I E R D A N S D E S R E S TA U R A N T S D E R E N O M T E L S Q U E M A I S O N C O L E T T E , H O F V A N C L E V E E T Z I L T E . F O N D AT E U R D E L A M A R Q U E S A N S A L C O O L A L F R I E . RÉSIDE À GROBBENDONK.
«Pour la première fois depuis des années, j’ai des week-ends libres», confie avec le sourire Tom Ieven, 35 ans. «C’est encore un peu nouveau pour moi.» En décembre dernier, il a quitté son poste de chef sommelier au prestigieux restaurant deux étoiles Maison Colette, à Westerlo. Désormais, il exerce comme consultant indépendant pour le négociant en vins Châteaux Vini à Ternat. «Être sommelier a toujours été une passion, c’est l’un des plus beaux métiers du monde», affirme-t-il. «J’avais néanmoins besoin de relever un nouveau défi. L’arrivée de notre fils Pierre, qui a maintenant seize mois, se conciliait difficilement avec les horaires exigeants d’un restaurant étoilé.» Si la vie de sommelier va lui manquer? «Absolument», répond-il sans hésiter. «Créer des moments inoubliables pour les convives procure un plaisir incomparable. Cette satisfaction immédiate est unique. Je continuerai néanmoins
à contribuer autrement: lorsque les restaurants passent commande chez ChâteauxVini, je les aide à élaborer leur carte des vins. D’une certaine manière, je travaille désormais pour plusieurs établissements à la fois», ajoute-t-il avec un clin d’œil. 7H3 0 - «Avec un bébé à la maison, on ne choisit pas vraiment son heure de réveil», plaisante-t-il. «Ma femme et moi avons décidé d’attendre avant d’avoir des enfants afin de nous consacrer d’abord à nos carrières. Je tenais à être un père présent. Pendant que ma femme se rend à la salle de sport, je passe du temps avec Pierre.» 9 H0 0 - «En tant que sommelier, je n’avais jamais vraiment éprouvé le besoin de faire du sport, puisque je franchissais déjà le cap des 30.000 pas par jour. Désormais, je m’efforce de faire du vélo chaque samedi. L’année dernière, j’ai découvert cette passion: à l’occasion de l’événement caritatif Bike to Care, j’ai parcouru 200 ki-
À D R OI T E A PR È S D E S A N N É E S À D IR IG E R L E S S E R V IC E S D U S O IR E N TA N T Q UE C H E F S O M M E L IE R C H E Z M A IS O N C O L E T T E , TO M IE V E N PR O F IT E D É S O R M A IS D E S E S PR E M IE R S W E E K - E N D S L IB R E S D E PUIS B IE N LO N GT E M PS .
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lomètres à travers la région viticole de Bordeaux avec neuf autres sommeliers et chefs belges. Ici, dans la commune de Grobbendonk, les paysages se prêtent également à merveille au cyclisme. Le long du canal, je parviens vraiment à faire le vide.» 1 0 H 00 - «Nous essayions déjà de prendre le petit-déjeuner ensemble le week-end, même si c’était souvent à la hâte. Aujourd’hui, ma femme et moi prenons le temps de savourer ce moment et de lire L’Echo. Je suis toujours curieux de découvrir les pages culinaires de Jan Scheidtweiler.» 1 1 H 0 0 - «Pendant la sieste de mon fils, je consacre un moment à ma propre marque de boissons sans alcool, Alfrie, lancée il y a un an et élaborée à base de pommes belges. Mon objectif n’est pas de réduire la consommation de vin mais d’offrir une alternative savoureuse à celles et ceux qui choisissent de ne pas boire d’alcool.» 12H30 - «Nous avons habité à Anvers pendant des années et nous aimons y retourner. Pour le déjeuner, nous nous rendons au Pristine Café. Je succombe souvent à la «pasta du mois», même si je reste un grand amateur de leur pasta al ragù.» 1 4 H00 - «Une visite à Caffenation relève de la nostalgie. Quand ma femme et moi étions étudiants, nous venions ici presque tous les jours;
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c’est toujours notre halte incontournable en ville.» 1 6 H 0 0 - «Beaucoup m’ont pris pour un fou, pourtant j’ai toujours rêvé d’un grand jardin. Jardiner est pour moi la meilleure manière de décompresser. Prochain projet sur ma liste: un nouveau cabanon de jardin.» 18H00 - «Après un tour chezVan Eccelpoel à Herentals, un marché réputé pour la qualité de ses produits frais, je me mets aux fourneaux. J’ai toujours admiré les chefs avec lesquels j’ai travaillé et j’ai beaucoup appris à leurs côtés. Pour comprendre quel vin accompagnerait le mieux leurs plats, je les suivais en cuisine. C’était une position privilégiée. Ce soir au menu: entrecôte de Rouge de Flandre-Occidentale, chicons, frites fraîches et sauce béarnaise. Avec cela, je sers un Barbaresco «Marcorino» 2021 de Guido Rivella.» 2 1 H0 0 - «N’ayant pas eu le temps de lire pendant des années, je rattrape aujourd’hui le temps perdu. En ce moment, je lis «Unreasonable Hospitality» de Will Guidara. Il raconte comment, avec le chef Daniel Humm, il a hissé le restaurant new-yorkais Eleven Madison Park au rang des meilleurs au monde. C’est passionnant, même si le service en salle n’est plus mon activité principale.»
«J’ai toujours aimé être sommelier, M AIS L’ARRIVÉE DE NOTRE FILS P IERR E S E
CO N C I L I A IT D I F F I CI LE ME NT AVE C LES SERVICES D’UN RESTAURANT.
T R OI S B ON S PL A N S
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V E R LOOY, D U PÂTISS IER
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H E RENTA LS ET DA NS L E
« L’ É TA B L ISS E M E N T D U
C E NTRE D’A NV ERS .»
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W WW.B ROOD B OETIEK .B E
L IJ C O PS , DA N S L E Q UA RT IE R S UD D’A N V E R S . UN E CA RT E D E S V IN S
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P.1 2 FAUTEUIL COLLECTOR: LE «BIBENDUM» D’EILEEN GRAY SOUFFLE SES CENT BOUGIES
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P.1 3 DESIGN COLLECTIBLE: LE PRODIGE LAURIDS G A L L É E AT T E R R I T A U SABLON, À BRUXELLES
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P.1 6 SNACK CHEZ LE CROCODILE: LACOSTE OUVRE UN C A F É À PA R I S
P.1 8 MARQUE À SUIVRE: B O N N E T J E S É D U I T PA R SES PRISES DE POSITION ANTI-FAST FASHION
12 _ 18 SÉLECTION: INGE RYLANT
Çà & Là
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P. 2 0 FRISSON DANS LA POP: DEUX BRUXELLOISES D A N S L A V I N G TA I N E CHANGENT LA DONNE
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P. 2 6 UN BAISER POUR L’ÉTERNITÉ: QUARANTE ANS DE TENSION SIGNÉS INEZ & VINOODH
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P. 3 6 BAS LES MASQUES: L’ARTISTE HANS CORA RÉVÈLE L’ÊTRE HUMAIN DANS TOUTE SA VÉRITÉ
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Paroles
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P.4 0 MAISON MANIFESTE: COMMENT UN COIFFEUR A TRANSFORMÉ SA DEMEURE EN GALERIE
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P.4 6 MAÎTRES ANCIENS, NOUVELLE GARDE: CINQ SIÈCLES DANS UN MÊME SALON
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P. 5 2 BUNKER DE RÊVE: LA VILLA ULTIME DE JULIAAN LAMPENS, À EKE
P. 5 8 FOU DE SINGAPOUR: À LA RECHERCHE DE LA JUNGLE ENTRE LES G R AT T E - C I E L
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S’inspirer
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P. 7 3 L’HEURE DU BULLETIN: L U M A N E C O N V A I N C PA S , MALGRÉ LE POTENTIEL DES CHEFS
P. 7 0 RECETTE DU MOMENT: LES COQUILLES SAINTJACQUES FAÇON O R I E N TA L E
70 _ 73
Bon appétit
ÇA & LÀ
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EXTR A ADDICT I F QU E FAI RE D’U N PARFU M D O N T L E P U BL I C N E SE L ASSE PA S ? E N AU G ME N T E R L A DOSE . L E « B A L D’AF RI QU E » DE BYRE DO R E V IE N T E N ABSO LU DE PARFU M, AV E C UN E CO N CE N T RAT I ON P LU S P R O FO N D E E T P LU S RI CH E . L E F L ACO N R E S T E FAMI L I E R MAI S SE DI ST I NG UE PA R UN BOU CH O N T E XTU RÉ , I N SPIR É D E L’A RT DU BO I S CARBON I SÉ . «BA L D’A FR I Q UE » , A B SO LU DE PA R FUM , 2 1 0 EU R OS L E S 5 0 M L , DI SP O NI B L E C H EZ SE NT E UR S D’A I L L E UR S . WWW. SE NT E UR SDA I L L EU R S .C OM
TO C E L E B RAT E
P LACE LIM I T ÉE
TO VISIT
N O UV E L L E A D R E SS E
Pour marquer le centenaire du légendaire fauteuil «Bibendum» d’Eileen Gray, la marque de mobilier Aram dévoile une édition limitée d’exception. Créé en 1926, ce modèle a immédiatement séduit par son allure audacieuse: un fauteuil généreux dont le dossier est composé de coussins cylindriques empilés sur une structure en acier tubulaire. Son nom? Un clin d’œil malicieux au célèbre Bibendum de Michelin. Comme quoi, même les plus grands designers savent puiser leur inspiration dans des références familières. Présenté pour la première fois dans la galerie parisienne Jean Désert d’Eileen Gray, le fauteuil a ensuite trouvé sa place dans différents projets d’intérieur.Aujourd’hui, les exemplaires d’origine sont devenus des trésors rares, avec seulement deux pièces encore détenues par des particuliers. Pour cette édition anniversaire, Aram s’est associé à l’allemand ClassiCon. Le fauteuil arbore un élégant cuir nubuck doré signé Sørensen, qui se patine au fil du temps, et repose sur une base nickelée, hommage aux premiers modèles. Chaque pièce est numérotée, garantissant son exclusivité. . «B I B EN D U M , ÉD I T I O N L I MI TÉE 100 ANS»,
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CRÉDIT: CELIA SPENARD-KO, OLIVER TOMLIN SON.
La galerie de design de collection Spazio Leone s’agrandit avec une nouvelle adresse à East London. L’esthète italien Gennaro Leone a choisi de déménager dans une ancienne usine textile victorienne sur Shacklewell Lane. Le charme industriel du lieu a été soigneusement préservé: planchers en bois, piliers imposants et lumière abondante composent une atmosphère singulière. L’intérieur, volontairement sobre, met en valeur les œuvres exposées, allant des créations de Carlo Scarpa et Alvar Aalto aux talents contemporains tels que Grace Atkinson.
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LU M I È R E P RO D I G I E USE Laurids Gallée, prodige du design collectible, s’offre enfin sa première exposition solo à la galerie bruxelloise Objects With Narratives. Cet Autrichien installé à Rotterdam a créé pour son exposition «Lima Charlie», clin d’œil au jargon radio «Loud and Clear», cinq sculptures lumineuses en résine ainsi qu’une sélection raffinée d’œuvres en aluminium. «Nous avons consacré un an à préparer cette exposition et la production a démarré il y a six
mois», confie Laurids Gallée. «C’est l’une des expositions les plus complexes et coûteuses que nous ayons jamais réalisées», ajoute RobbeVandewyngaerde, cofondateur de la galerie. «C’est l’événement phare de 2026 pour nous.Travailler avec Laurids, c’est un retour aux sources. Il fait partie de nos premiers partenaires: il y a quatre ans, nous avons collaboré avec lui lors de l’ouverture de la galerie. La boucle est bouclée», sourit Robbe Vandewyngaerde. «L I M A C H A R L I E», J U S QU’AU 3 1 M A I , C H EZ OB J ECT S W I T H N A R R AT I V ES , PL AC E D U G R A N D S A B LON 4 0 À B R UX EL L ES . W W W.OB J ECT S W I T H N A R R AT I V ES .C OM
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TO WEAR
P O UR LE P LAI SI R robes, nouent des rubans, jouent avec les superpositions. Les nœuds, signature emblématique de Cecilie Bahnsen, se retrouvent partout, tandis que les coupes, à la fois amples et élégantes, insufflent une touche festive. Cecilie Bahnsen voit cette collection comme une ode à la joie de se parer, non par nécessité, simplement pour le plaisir de se sentir belle. W W W.CECI L I EBAH NSEN.CO M
CRÉDIT: NADINE IJEWERE.
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Après avoir fait ses armes au Royal College of Art de Londres ainsi que dans des maisons de couture parisiennes, Cecilie Bahnsen a lancé son propre label à Copenhague en 2015. Son univers se situe entre haute couture et prêt-à-porter, avec des silhouettes généreuses, des détails marquants et des tissus qu’elle développe elle-même chaque saison. Pour sa collection pré-automne 2026, Cecilie Bahnsen célèbre le rituel intime de l’habillement. Capturée par l’œil artistique de Nadine Ijewere, la campagne met en scène des amies partageant un moment complice: elles essaient des
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TO VISIT
CA F É L AC O STE l’univers du tennis. Côté menu, on retrouve des incontournables comme les clubs sandwiches et les salades, ainsi que des cafés de spécialité et «L’eau de Croco», un cocktail rafraîchissant à base d’eau de coco, de matcha et de gingembre. Le dessert star? Le «polocake», bien sûr. Pour prolonger le plaisir, une petite boutique conceptuelle propose de la porcelaine française et une sélection textile raffinée, idéale pour un shopping post-café. L E CA F É L AC OS T E, 1 6 AV EN U E F R A N K L I N D EL A N O R OOS EV ELT À PA R I S , F R A N C E. W W W. L AC OS T E.C OM
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PA SS E R U N S AVO N M AT IA S M O E L L ENB ACH PA RV IENT À T R A N S FO R M E R U N S IM PL E S AVON E N UN E V É R ITA B L E Œ UV RE D’A RT. S A C O L L E CT IO N OB A D ÉCL INE D E S S PH È R E S ET D ES CU B ES AUX N UA N C E S S E M I-TRA NS PA RENTES , S O IG N E US E M E NT FAÇONNÉS À L A M A IN E T D É L ICATEM ENT PA RFU M ÉS . C E S C R É AT IO N S S ONT PRES Q U E TROP B E L L E S PO UR ÊTRE UTIL IS ÉES , TA NT L E UR E S T H É T IQU E RA FF INÉE S ÉD U IT AU PR E M IE R R E GA RD. S AVON POU R L ES MAI NS «O BA», M AT I A S M OELL ENBACH , 4 9 , 9 5 EU R OS . W W W. M AT I A SMO EL L ENBACH .CO M
CRÉDIT: CASPAR MISKIN PHOTO GRAPHY, CO URTESY O F MATIAS M OELLE NBACH.
Après le succès de son pop-up monégasque, Lacoste s’installe désormais à Paris avec son tout premier Café Lacoste, à quelques pas de sa boutique emblématique. Désormais, le célèbre crocodile s’affiche aussi sur votre cappuccino. Pour donner vie à ce projet, la marque s’est associée au Groupe Giraudi, un expert de la restauration qui multiplie les adresses prisées à travers le monde depuis plus de vingt ans. Le Café Lacoste incarne parfaitement l’esprit de la marque: des touches de vert, de blanc cassé, de terracotta et des références discrètes à
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PA L L I N O AU S ALO N E UN M O IS AVA N T Q U E L E GRA ND C IR Q UE D U D E SIGN Q U’ES T L E S A LO N E D E L MOB IL E NE S ’INS TA L L E À M IL A N , E N VO ICI D ÉJÀ U N PREM IER A PE R Ç U. L’ ITA L IEN M A RTINEL L I LU CE R É É D IT E E N E F F ET U NE PETITE L A M PE IC O N IQ UE D E S A NNÉES 19 70: L A PA L L IN O ( L E MOT ITA L IEN POU R D IRE PE T IT E B A L L E ) , D ESS INÉE PA R EL IO M A RT IN E L L I ( 1 9 21-2004) EN PERS ONNE. W W W. M A RT I N EL L I LU CE.I T
TO WEAR
À Copenhague, la marque Bonnetje s’est fait un nom en réinventant les costumes d’antan. Les modèles masculins sont déconstruits puis réassemblés selon une approche novatrice. Cette déconstruction n’est pas seulement un style affirmé, elle constitue aussi une prise de position contre la fast fashion. Les silhouettes de Bonnetje, à la fois strictes et pleines d’assurance, s’adressent aux femmes qui ne se laissent pas facilement impressionner. Pour la collection printemps-été 2026, Anna Myntekær et Yoko Maja Hansen, le duo créatif derrière la marque de mode, choisissent d’adoucir leur approche. Inspirées par la fragilité, elles conservent l’essence du costume tout en l’enri-
chissant d’éléments inattendus comme la lingerie et les anciennes combinaisons. Le message est clair: sous cette armure protectrice se cache une vulnérabilité. La collection cultive les contrastes: une coupe rigoureuse dialogue avec des détails en dentelle, la laine robuste côtoie des doublures légères et les finitions impeccables se confrontent à des bords effilochés. Certaines silhouettes semblent presque drapées autour du corps, telles une protection délicate pour ce qui est fragile. En parallèle, Bonnetje s’engage sur le terrain pratique de la mode. Le jersey de «deadstock» est transformé en pièces modulables, capables de s’adapter à diverses morphologies. Une mode à la fois conceptuelle et portable, alliant réflexion et confort. @ B ON N ETJ E.OF F I C I A L
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CRÉDIT: JAMES COCHRANE, MARTINELLI LUCE.
C O S TUM E F RAG I LE
G R E E N A BYSS
CRÉA TION EN TANDEM 16
R E P O R TA G E : I R I S D E F E I J T E R ET JAN SCHEIDTWEILER
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PHOTO: ALEXANDER D’HIET ET WOUTER MAECKELBERGHE
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SA BATO
Florian Pierre: «J’ai grandi près du restaurant. Depuis tout petit, je rêvais de travailler à L’Air du Temps. J’aimais que le chef s’inspire de son terroir, du jardin qui entoure l’établissement. Mais je savais qu’il me fallait d’abord acquérir de l’expérience ailleurs pour enrichir mes compétences. J’ai donc travaillé chez Apicius à Paris, un restaurant étoilé. En novembre 2023, j’ai postulé spontanément à L’Air du Temps. Je ne savais pas s’il y avait une place mais j’ai tenté le coup. J’ai eu la chance de commencer en janvier 2024.» Sang Hoon Degeimbre: «Florian est rapidement devenu sous-chef. Dans un grand restaurant comme le nôtre, cela signifie diriger une partie de la cuisine. J’ai remarqué qu’il avait des compétences en gestion et une autorité naturelle. Au début de cette année, je l’ai promu chef exécutif. Cela implique de diriger les douze cuisiniers et de participer au développement du restaurant. Il faut de l’intelligence et de la créativité pour comprendre et enrichir l’ADN du restaurant. Florian a ce talent. Il ressent notre style culinaire. Il sait pourquoi il est ici. Ce n’est pas pour exécuter des plats comme un robot, mais pour réfléchir avec nous. Je veux une personnalité à mes côtés. Un restaurant comme le nôtre grandit grâce à la diversité des opinions, aux essais et aux discussions.» Florian Pierre: «Le chef et moi nous voyons tous les jours. Je n’ai pas de poste fixe en cuisine. Je supervise la mise en place, veille au bon déroulement des opérations, vérifie l’assaisonnement et analyse les éventuels problèmes. Je reste disponible pour le chef.» Sang Hoon Degeimbre: «Officiellement, Florian et moi n’avons qu’une réunion par semaine, pour planifier et anticiper. Mais on apprend surtout en travaillant ensemble; en cuisine, beaucoup de choses ne s’expliquent pas avec des mots. Nous goûtons, nous essayons. J’ai découvert que Florian est un excellent saucier.» Florian Pierre: «Nous nous voyons aussi en dehors du travail. Le chef et moi jouons parfois au tennis, une façon agréable de se détendre et de s’apprécier autrement. Nous sommes aussi joggeurs. Nous essayons d’entraîner le reste de l’équipe avec nous. Nous prévoyons de courir les 20 kilomètres de Bruxelles avec une dizaine de nos collègues.»
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QUI? MALGRÉ LES TRENTE ANS D’ÉCART,
Sang Hoon Degeimbre, C H E F D U R E S TA U R A N T DEUX ÉTOILES L’AIR DU TEMPS À ÉGHEZÉE, A PROMU , SON JEUNE C O L L A B O R AT E U R , A U P O S T E D E C H E F EXÉCUTIF.
Florian Pierre
Florian capte l’essence de l’Air du Temps SANG HOON DEGEIMBRE
C I - C ONTRE TRENTE A NS L ES S É PA R ENT, ET POU RTA NT U NE S EU L E E T M Ê ME V IS ION D E L A CU IS INE L ES A N IM E . FLORIA N PIERRE, AUX CÔTÉS D E S A NG H OON D EGEIM B RE, PROJ ET TE L’ E S PRIT D E L’A IR D U TEM PS V ERS L’AV E N I R.
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PA R O L E S
Tom De Poortere
QUI? , DIRECTEUR ARTISTIQUE ET RESPONSABLE DU DESIGN CHEZ ESSENTIEL ANTWERP, EST DEPUIS PRÈS DE VINGT ANS L’ALTER EGO D’ , DIRECTRICE C R É AT I V E E T C O F O N D AT R I C E .
Inge Onsea
Notre collaboration relève presque du mariage. TOM DE POORTERE
CI-DE SS US ILS S ONT LE RE F L E T L’U N D E L’AUTRE : TOM DE POORT E R E E T I N GE ON S E A FORME NT DE PUIS P RÈ S D E V I N GT ANS LE MOT E UR CRÉ AT I F D’ESSEN T IE L A NT W E RP.
Tom De Poortere: «Je n’ai jamais vraiment postulé. Un jour, Inge m’a appelé pour m’inviter chez elle. Nous avons bu un café, j’ai joué avec ses enfants et nous avons discuté de tout sauf du travail. En partant, elle m’a demandé si je voulais travailler pour elle. Je n’ai pas hésité une seconde, même si mes débuts ont été difficiles: mon rôle n’était pas clairement défini et j’ai dû trouver ma place parmi des personnalités fortes. C’était nager ou couler.» Inge Onsea: «J’ai rencontré Tom grâce à ma belle-mère, Nicole Cadine, pour qui il travaillait. Lors des recrutements, je me fie à l’intuition plutôt qu’au CV. Il doit y avoir une connexion, sans quoi je ne peux pas travailler avec quelqu’un. Avec Tom, la relation est si étroite qu’elle relève presque du mariage. Nous faisons tout ensemble, même si nous avons chacun notre bureau. Nous voyageons souvent ensemble: je me souviens d’un voyage en Inde où nous avons roulé en scooter jusqu’à Goa pour un week-end de fête. En Belgique, nous passons aussi beaucoup de temps ensemble, parfois même en vacances.» Tom De Poortere: «Nous sommesVerseaux tous les deux et sommes très organisés. Nous analysons les chiffres et savons ce qui se vend bien, même si créer une collection reste un processus émotionnel. Nous partons toujours des couleurs, choisies par Inge, et des imprimés que nous concevons ensemble. Inge pense en images, tandis que je m’attarde sur les détails techniques. Je m’occupe aussi du marketing et de l’image.» Inge Onsea: «Tom est bien plus créatif et cultivé que moi. Il court les théâtres, les expositions et les concerts. Il est en phase avec la génération Z grâce à son groupe d’amis éclectique et avant-gardiste. Cela lui correspond: il veut toujours être à la pointe de la nouveauté.» Tom De Poortere: «Nos goûts se rejoignent souvent. Si nous choisissons dix pièces dans une boutique vintage, sept seront identiques. Dans nos similitudes, nous sommes très proches mais nos différences sont marquées. Cela peut mener à des disputes car nous sommes tous deux passionnés et têtus. Quand je crois en quelque chose, je me bats. Les tensions peuvent être vives mais elles s’estompent vite, sans qu’il soit nécessaire de s’excuser.» Inge Onsea: «Nous nous comprenons sans mots. Lors de grandes réunions, même à distance, nous savons ce que l’autre pense grâce à la communication non verbale. Autrefois, nous restions au bureau jusqu’à minuit. Mais, ce temps est révolu. Nous produisons plus de collections, mais plus petites, et travaillons aujourd’hui plus efficacement.»
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Karen Vanslambrouck: «Enfant, mon père m’emmenait souvent à l’arrière de sa moto le week-end. Il était architecte paysagiste et nous nous arrêtions parfois chez ‘t Huis Van Oordeghem. Je connaissais donc déjà le magasin lorsque je suis tombée sur une offre d’emploi. Le timing était parfait: je venais d’obtenir mon diplôme de designer graphique. Lors de l’entretien d’embauche, je suis restée trois heures, jusqu’à ce que mon père appelle pour vérifier si tout allait bien.» Saskia De Mits: «On pourrait dire qu’il y a deux versions de Saskia et Karen: en contact avec les clients, nous sommes calmes et serviables, mais en coulisses, nous formons une machine bien huilée. Nous sommes pragmatiques et rationnelles. Nous n’aimons pas les fioritures, nous communiquons directement et exprimons notre opinion sans détour. Les autres nous trouvent dures l’une envers l’autre, mais pour nous, c’est naturel. Nous partageons la même éthique de travail. Comme moi, Karen a fait un job de vacances dans une boulangerie. Ceux qui sont prêts à travailler tous les dimanches à 5 heures savent ce que signifie travailler. Nous allons de l’avant, même quand la vie est difficile.» Karen Vanslambrouck: «Saskia et moi travaillons de la même manière. Si nous reprenons un projet l’une de l’autre, le résultat est identique à 95%, même sans concertation. C’est comme ça, tout simplement. Nous avons les mêmes goûts et le même sens du détail, nous voyons immédiatement si un coussin est mal placé. Laissez-nous aller séparément à un salon et nous choisirons à coup sûr les mêmes meubles, objets et tissus. Nous sommes aussi toutes les deux très ambitieuses. Chaque jour, nous cherchons comment faire les choses différemment, mieux et plus joliment. Quand nous travaillons, notre contact est très intense: nous partageons un bureau et déjeunons toujours ensemble. Mais en dehors de cela, nous ne nous voyons jamais. Nous savons presque tout de la vie privée de l’autre, mais nous n’en faisons pas partie.» Saskia De Mits: «Quand on travaille si étroitement ensemble, on se connaît par cœur. On sait exactement ce qu’on peut attendre de l’autre. Mais les choses changent aussi: Karen s’est adoucie depuis qu’elle a des enfants, et moi-même je suis moins radicale en prenant de l’âge. Nous sommes tellement à l’aise l’une avec l’autre que nous pouvons passer des heures en silence sans que cela ne devienne gênant. Mais nous avons aussi souvent des fous rires. L’humour est très important pour nous et nous n’hésitons pas à nous moquer des petites manies de l’autre.»
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Q U I ? I L Y A T R E N T E A N S , Saskia De Mits E T Guy Vermeirsch O N T F O N D É L A B O U T I Q U E D E LUXE EN PLEIN AIR ‘T HUIS VAN OORDEGHEM.
Karen Vanslambrouck E S T D E P U I S D E U X
DÉCÉNNIES LE BRAS DROIT DE SASKIA DE MITS.
Aux yeux des autres, nous pouvons paraître dures l’une envers l’autre, mais pour nous, c’est naturel. KAREN VANSLAMBROUCK
C I - C ONTRE LU CID E, RATIONNEL L E E T R É S OLU M ENT A M B ITIEU S E: S A S K IA D E M ITS ET S ON B RA S D ROIT K A R E N VA NS L A M B ROU CK FORM ENT D E PUIS V INGT A NS U NE M ÉCA NIQ U E PA R FA ITEM ENT H U IL ÉE CH EZ ’ T H UIS VA N OORD EGH EM .
L’aventure présente
d’une Vie
CE N’EST PAS UN FILM, MAIS VOTRE FUTUR VOYAGE CLUB MED EN AFRIQUE DU SUD NOUVEAU RESORT ALL INCLUSIVE
D È S
J U I L L E T
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CAMILLE YEMBE
Q U A N D S T R O M A E O U Z W A N G E R E G U Y C O M P T E N T PA R M I V O S P R E M I E R S F A N S , V O U S Ê T E S C L A I R E M E N T S U R LA BONNE VOIE. C’EST CE QUI ARRIVE AUX JEUNES BRUXELLOISES CAMILLE YEMBE ET GALA DRAGOT. EN MAI, ELLES LANCERONT LEURS PREMIERS ALBUMS, AVANT DE QUITTER LES STUDIOS POUR LES GRANDES SCÈNES ET LES FESTIVALS. RENCONTRE AVEC DEUX VOIX PROMETTEUSES QUI FAÇONNENT LA SCÈNE MUSICALE BRUXELLOISE À LEUR IMAGE.
R E P O R TA G E : ELINE BROECKX PHOTO: MICHAËL SMITS MAQUILLAGE ET COIFFURE: SABINE PEETERS
GALA DRAGOT «LA PO P EN PÉRIL? NOUS S OM M ES LÀ POU R LA RÉ I N V E NTE R ! »
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vingt ans, Camille Yembe, d’origine albanaise, a grandi à Grimbergen et peut déjà compter Zwangere Guy parmi ses premiers fans. Gala Dragot, 29 ans, belgo-congolaise et provenant de Molenbeek, a remporté en janvier le prestigieux prix «Music Moves Europe» à Eurosonic, une distinction qui a déjà propulsé des artistes comme Stromae et Rosalía. Derrière ces CV modestes se cachent des personnalités singulières. Plongez dans leur univers et vous les connaîtrez sur le bout des doigts. Nous les avons rencontrées à La Cantine du Bota, le café du Botanique, centre culturel bruxellois. Elles y reviendront en mai, juste avant de monter sur scène pour la 33e édition du festival Les Nuits Botanique. Les prochains mois marquent plusieurs «premières» dans leur agenda. Camille Yembe donnera son premier concert parisien à la Maroquinerie en avril et sortira son premier EP «Plastique» en mai, avec le titre «Je ne l’ai jamais dit à personne» en avant-goût. Sa saison des festivals culminera aux Ardentes, avant de commencer sa tournée. gala dragot (son nom de scène s’écrit en minuscules), après avoir assuré pendant des mois et dans toute l’Europe la première partie de Tsar B, sortira son premier EP le 5 juin. En juillet, elle se produira au Gent Jazz, avant de partir en tournée pour la première fois. «Hello, good morning!» Avec son jogging rose et ses bottes en caoutchouc rouges, l’exubérante Gala Dragot donne immédiatement le ton. Sabato: Assez flashy pour quelqu’un qui, début mars, a assuré la bande-son du défilé Dries Van Noten à Paris. GA L A D R AG OT: (rires) «Dries Van Noten, c’est le sommet de l’art; j’étais extrêmement honorée. Je m’exprime à travers la musique mais ne pouvant pas toujours me promener avec une enceinte, je montre qui je suis à travers mes vêtements.» CAM ILLE YEMB E: «Personne n’entend la musique qui sort de vos écouteurs mais tout le monde voit votre tenue. C’est là que réside le dilemme: «comment je veux m’habiller» versus «comment je veux que les autres me voient». Surtout en tant que femme, c’est difficile: nous devons être sexy, mais pas trop; nous devons nous maquiller mais rester naturelles. Ce n’est jamais assez bien.» D RAG OT: «Il ne faut pas céder à la pression sociale: la mode va au-delà de l’apparence.» D RAG OT: «En réalité, la musique est l’art le plus puissant: on n’a même pas besoin de l’écouter pour l’entendre.» Vous peignez aussi? D R AG OT: «Oui, mes parents surtout. Je peins aussi pour eux, pour leur montrer combien je les aime. Parce qu’il m’arrive d’être assez arrogante.» (rires) Votre père, l’artiste Robert Aliaj Dragot, est votre mentor, n’estce pas? DR AG OT: «Absolument. Il m’a appris à être une bonne personne et à rester fidèle à moi-même dans ma pratique créative. Et à être «delulu» mais sainement.» Quand vous avez gagné «The Voice Kids» à quatorze ans, vous avez signé un contrat avec Universal. Avez-vous eu besoin de lui pendant ces cinq années où vous avez été coincée là-bas? D R AG OT: «Énormément. Lors de ma première réunion, ils m’ont envoyé des chansons écrites par des «ghostwriters». J’ai tout de suite senti qu’elles ne me correspondaient pas vraiment, et la petite voix dans ma tête était déterminée: je voulais écrire mes propres morceaux. Mais expérimenter n’était pas possible. Je me suis retrouvée créativement bloquée et découragée. Pourquoi continuer à faire des efforts si l’on me répétait sans cesse que la radio ne diffuserait pas mon travail? Il m’a aidée à continuer à croire en ce que je fais.» «Le résultat, c’est mon premier EP, réalisé avec Pieterjan
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Quitter mon label a finalement été une décision saine pour moi. GALA DRAGOT
À D R OI T E PO UR L E S V IN GT E N A IR E S CA M IL L E Y E M B E E T GA L A D R AG OT, D E UX J E UN E S VO IX D E L A S C È N E M US ICA L E B R UX E L LO IS E , L E S M O IS À V E N IR S ’A N N O N C E N T R IC H E S E N « PR E M IÈ R E S FO IS » .
Maertens, également le producteur de Tamino. Quand Universal a demandé d’examiner encore quelques ajustements, il s’est avéré que nos visions différaient. Finalement, nous avons décidé de suivre chacun notre chemin. Avec le recul, ce moment a été important pour moi, car j’ai compris la valeur de la liberté créative et de mes propres choix. Quand j’ai sorti mon premier single de manière indépendante, j’ai immédiatement reçu des réactions de labels aux États-Unis et au Royaume-Uni. Cela m’a confirmé que ma musique pouvait trouver son public» YEMBE: «Ça me touche la façon dont tu parles de ton père. Des parents comme ça sont une bénédiction; tout le monde n’est pas aussi impliqué dans la vie de ses enfants.» Qui joue ce rôle pour vous? YEMBE: (montre son manager, l’ancien rappeur Gandhi) «Il y a dix ans, nous nous sommes rencontrés par hasard à Kinshasa, au Congo. Je rendais visite à mon père, il travaillait sur son album. Ma musique n’avait pas encore quitté les murs de ma chambre et pourtant je voulais devenir une star. Ma façon naïve d’y parvenir? Lui envoyer une vidéo dans l’espoir de collaborer avec lui. Je lui ai raconté mon histoire et il a dit: «C’est impossible que tu aies déjà autant à dire à ton âge et que tu n’écrives pas là-dessus.» Jusqu’à ce moment-là, je pensais que l’écriture était réservée aux intellectuels. Il m’a poussée et n’a cessé de me répéter que mes textes étaient forts, jusqu’à ce que j’en sois moi aussi convaincue. De retour en Belgique, nous avons fait de la musique ensemble sans arrêt. Depuis, il me rappelle que je suis la capitaine de mon propre navire. Quand je travaille avec d’autres, j’ai parfois tendance à penser qu’ils en savent plus que moi, parce qu’ils ont étudié pour ça. En théorie, ils ont sans doute raison, mais qu’est-ce que je veux dire? Comment je veux m’exprimer? C’est ce qui reste le plus important, je le sais aujourd’hui grâce à Gandhi.Tout le reste est un bonus, mais pas la priorité.» D R AG OT: «Que tu aies rencontré quelqu’un quelque part dans le monde qui a changé ta vie, avec qui tu travailles encore dix ans plus tard... c’est spirituel! Nos rencontres ne sont vraiment pas si aléatoires.» YEMBE: «Juste parce que ce jour-là, j’ai ressenti le besoin de lui envoyer une vidéo, nos vies ont pris
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J’écris pour toutes ces petites Camille qui veulent entendre dans la musique pop l’histoire d’une femme noire issue d’un quartier populaire. CAMILLE YEMBE
une tournure totalement différente. C’est comme si c’était écrit.» Qu’en est-il des icônes de la musique qui vous ont donné un coup de pouce? YEM B E: «C’était comme un rêve, jusqu’à ce que je réalise: Stromae, que je suis depuis mon plus jeune âge, vient de prononcer mon nom, en direct à la télévision. Il m’a donné un énorme coup de pouce et a dissipé mes doutes quant au fait de partager ma musique avec les autres. S’il y croit autant que moi, alors personne ne peut prétendre que mon travail est mauvais. Parce que c’est un sceau d’approbation, n’est-ce pas: Stromae qui dit que c’est bon. Nous avons continué à faire circuler cet extrait pendant longtemps.» (rires) Gala, pour vous, c’était Zwangere Guy. Comment vous connaissez-vous? DRAGOT: «Quand il n’était pas encore très connu, il m’a castée pour jouer dans l’un de ses clips. À Bruxelles, nous avons continué à nous saluer dans la rue.À quatorze ans, j’ai gagné «The Voice Kids», et à 18 ans j’ai enregistré avec lui le duo «Equinox». J’apprécie énormément son soutien.» Que diriez-vous à votre moi de seize ans? D R AG OT: «Aie confiance en ton intuition sinon ça va mal tourner.Tu sais ce qui est bon pour toi.» Y E M B E: «À seize ans, j’ai été mise à la porte, donc je dirais: «Je sais que ce qui t’arrive aujourd’hui ressemble à un cauchemar mais c’est une bénédiction. Crois en toi, tu y arriveras.» J’avais peur de rester pauvre toute ma vie mais finalement, je me suis trouvée en me détachant de ma famille. Parce que j’ai dû me débrouiller tôt, j’ai un peu manqué ma jeunesse. Mais si je devais avoir de nouveau seize ans, je referais tout, car cela m’a tant appris. Oui, j’ai volé et triché, j’ai été expulsée de l’école, j’ai essayé des choses que je n’aurais pas dû, mais c’est ainsi que je suis devenue celle que je suis aujourd’hui.» Ce printemps, Gala sortira son premier EP et Camille son premier album. Comment espérez-vous que le public les accueille? Y E M B E : «L’année dernière, j’ai sorti mes premiers morceaux où je raconte mes histoires personnelles en toute intimité, aussi douloureuses, gênantes ou scandaleuses soient-elles. J’ai remarqué comment ma musique touche les autres, quel que soit leur âge ou leur couleur de peau. Je n’écris pas seulement pour moi mais aussi pour tous ceux qui s’y reconnaissent, pour toutes ces petites Camille qui veulent entendre dans la musique pop l’histoire d’une femme noire qui a grandi dans un quartier populaire. L’art est plus que simplement écrire quelque chose: mes mots ne guérissent peut-être pas mais ils font en sorte que les gens se sentent connectés, compris et réconfortés. Durant les concerts, tout le monde crie mon morceau «J’tlai ptete pas dit mais j’en voulais encore»: «J’en voulais encore, j’en voulais encore!» Cela en fait plus qu’une simple chanson. Je veux ancrer mes mots dans cette industrie et déclencher quelque chose. Parce qu’il faut l’avouer: en général, la musique pop n’est pas très profonde; la profondeur se trouve surtout dans le rap.» D R AG OT: «Quand j’écris, je ne me demande jamais si les autres s’y reconnaîtront. Je fais ce que j’aime et en quoi je crois; le
À GAU C H E CA M IL L E YEM B E S ’ E S T T R O UV É E EN PRENA NT S ES D IS TA N C E S AV EC S A FA M IL L E. «DA NS M E S PR E M IÈ R ES CH A NS ONS , J E R AC O N T E E N TO UTE INTIM ITÉ D ES H IS TO IR E S T R ÈS PERS ONNEL L ES , AUSS I D O ULO U REU S ES , GÊNA NTES OU S CA N DA L E US E S S OIENT-EL L ES . J’A I C O N S TAT É Q UE M A M U S IQ U E TOU CH E L E S AUT R E S , QU EL Q U E S OIT L EU R ÂGE O U L A C O UL E UR D E L EU R PEAU.»
reste m’importe peu. Écrire est pour moi presque une nécessité vitale, une raison de vivre. J’essaie de le faire chaque jour, que ce soit une chanson ou un paragraphe dans mon journal. Je compte sur le fait que lorsque je crée quelque chose, les bonnes personnes le trouveront un jour.» Des histoires comme celle de Camille, on en entend rarement dans la musique pop. Qu’est-ce que cela dit sur le genre? DR AGOT: «Qu’il est presque mort. Le rap fait aujourd’hui des choses beaucoup plus intéressantes, mais regardez-nous! Les stations de radio passent constamment la même chose, «parce que ça marche», alors que chaque œuvre qui compte vraiment a commencé comme un risque. Les gens sont conditionnés à se comporter bêtement, à avoir peur de tout ce qui est différent. Si la radio était un peu plus ouverte d’esprit, le public le serait aussi.» Cela nous amène à l’importance des réseaux sociaux? DR AGOT: «C’est comme ça que j’ai découvert Camille, via un «reel». J’ai tout de suite pensé: cette pépite belge, je dois la suivre. Depuis, j’écoute sa musique. Et récemment, j’ai vu que tu me suivais en retour!» YEMBE: «Il y a une semaine, je t’ai croisée, mais je ne savais pas encore que nous ferions cet entretien ensemble. Plus que ta musique, j’aime ton authenticité.» D R AG OT: «Après «The Voice Kids», j’ai été
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La musique est la forme d’art la plus élevée: on n’a même pas besoin de l’écouter pour l’entendre. GALA DRAGOT
À D ROITE A PRÈ S AVO I R RE MP ORT É « T HE VOICE KIDS» À Q UATOR ZE AN S, GALA DRAGOT S’E ST BAT TU E P E N DAN T CINQ ANS POUR S ON AUTON OMI E ART IS T IQUE . AUJOURD’ H U I , E L L E P E RCE E N TANT QU’ART IS T E IN DÉ P E N DAN T E , SOUT E NUE PA R DE S N OMS CO MME Z WA NGE RE GUY E T L’ICÔN E DE L A MODE DRIE S VAN NOTE N .
obligée de beaucoup m’occuper d’Instagram mais au fil des années, j’ai commencé à aimer ça. Je suis devenue très personnelle et j’ai construit une communauté sympa en spammant mes stories. C’est pour ça que j’y suis aujourd’hui presque tout le temps.» YEMBE: «Je trouve ça cool que grâce à mes réseaux sociaux, je ne dépende plus de la radio ou d’autres médias traditionnels pour diffuser ma musique et mon discours et gagner en notoriété. Je partage ce que j’ai à dire, à ma manière, sans que mes mots soient déformés. Pour moi, ce sont les médias les plus sincères.» DRAGOT: «On peut aussi s’y connecter de manière incroyable en tête-à-tête avec les gens. «Wow, cette personne me suit», je pense parfois, comme Blood Orange: il réagit à mes stories sur la musique classique. La vie!» «Quels artistes t’influencent le plus, en fait?», demande Gala Dragot endossant le rôle d’intervieweuse. Y E MBE : «Ce n’est pas un artiste en particulier qui m’a donné envie de faire de la musique, mais plusieurs petites expériences. J’ai été amoureuse de plusieurs artistes pendant longtemps. Ils m’ont touchée et influencée dans ma musique et ma performance, dans leur être à 360 degrés: comment ils chantent, parlent, s’habillent, se tiennent sur scène... J’ai pris quelque chose de chacun d’eux et je l’ai mélangé. Dans le résultat, chacun entend quelque chose de différent.» «Ce mélange va de l’ancienne rappeuse francophone Diam’s et du groupe de rap français Sexion d’Assaut à l’Anglais Aphex Twin, en passant par Aretha Franklin, Michael Jackson, Rihanna et Beyoncé, jusqu’au Français du cabaret Raymond Devos. Et découvrir Radiohead a certainement tout changé.» D R AG OT: «Je suis moi-même une véritable station de recyclage: j’écoute le travail des autres et j’en fais quelque chose moimême. Je suis à fond dans le jazz et la musique classique. Pensez: beaucoup de Puccini et Billie Holiday, Duke Ellington et Keith Jarrett, avec mon faible pour le son du piano. Mais aussi du rap que j’aime, du rap que je n’aime pas, et beaucoup de pop. Oh, je t’envoie mes morceaux préférés de Swans, Camille! Et connais-tu Cameron Winter, de Geese? Je trouve même son projet solo de heavy metal meilleur que la musique de Geese. Björk m’a inspirée adolescente, tout comme Mina et Lucio Dalla, mes parents albanais ont grandi avec la musique italienne. Nina Simone et Marvin Gaye sont mes GOAT personnels. Et l’album «Motomami» de Rosalía.» (elle mime un «chef’s kiss») Y E M B E : «En parlant de Rosalía: en tant qu’artiste complète, son dernier album m’a fait l’aimer, elle et son genre. Si quelqu’un avec moins d’aura l’avait porté, je ne l’aurais pas écouté; tout comme un professeur spécifique peut vous faire aimer les mathématiques, un personnage peut faire la différence, plus encore que sa musique.» Y a-t-il une collaboration en vue? (en chœur) «Oui!» D R AG OT: «Mais je veux d’abord sortir cet EP.» YEMBE: «Je comprends. Ça ressemble un peu à un accouchement.Toutes les collaborations ne doivent pas être pleines d’op-
portunités; parfois, il faut les faire parce qu’on ressent quelque chose.» D R AG OT: «Avec l’IA et l’accent mis sur le meilleur résultat possible, nous oublions souvent la valeur des expériences que ces collaborations apportent et comment elles vous enrichissent en tant que personne.» Y E MBE : «Dans l’industrie musicale, tout doit avoir un but. En tant qu’artiste, et femme d’affaires (rires), je vais dans ce sens, parce que je veux gagner de l’argent, mais l’art et la créativité doivent en être indépendants. Ils doivent être purs et sincères: faire de la musique est quelque chose de spirituel, les chansons naissent presque naturellement, je ne sais même pas comment je fais.» DR AGOT: «Ce n’est pas nécessaire. J’ai écrit il y a longtemps une chanson sans raison qui figurera bientôt sur mon EP. À l’époque, je ne me reconnaissais pas dans le texte. Un an plus tard, j’ai eu une expérience avec un garçon: ce n’était pas de l’amour romantique, plutôt de l’admiration. En écoutant la démo, je me suis sentie exactement comme ça. J’ai eu la même chose avec plusieurs chansons, ça sortait de moi et l’explication est venue à moi. La musique est prophétique.» CA M I L L E Y EM B E S E PRO D U I RA L E 24 MAI LO RS D ES N U I T S B OTA N I Q U E, GAL A D RAGOT L E 29 MAI . W W W. L ES N U I T S . B E
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«CAN LOVE BE A PHOTOGRAPH» EST LE TITRE DE L’AMBITIEUSE RÉTROSPECTIVE QUI CÉLÈBRE L E S Q U A R A N T E A N S D E C A R R I È R E D U D U O D E P H O T O G R A P H E S I N E Z V A N L A M S W E E R D E E T V I N O O D H M ATA D I N . F O R M U L É E C O M M E U N E Q U E S T I O N , E L L E N ’ A P P E L L E P O U R TA N T A U C U N E R É P O N S E . « P O U R N O U S , C E N ’ E S T PLUS UNE QUESTION MAIS NOTRE RÉALITÉ», CONFIENT-ILS DANS UN ENTRETIEN FASCINANT AVEC L’ACTRICE T I L D A S W I N T O N , P U B L I É D A N S L E L I V R E P H O T O A C C O M PA G N A N T L ’ E X P O S I T I O N . « C ’ E S T N O T R E M A N I È R E D E VIVRE. NOUS AIMONS LES GENS. ET NOUS AIMONS LES «COLLECTIONNER» À TRAVERS L’OBJECTIF.»
R E P O R TA G E : E L S M A E S P H O T O : I N E Z & V I N O O D H
VINOODH L’A M O U R C A P T U R É PA R L’ O B J E C T I F
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S’INSPIRER
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La photographie est une manière de retenir tout ce que nous aimons. C’est une collection de choses que nous admirons, qui nous inspirent.
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PHOTO D’OUVERTUR E KAT E MO SS POUR HA RPE R’S B A Z AAR, 19 9 9 . ALORS QUE LA PHOTOGRA PH I E DE MO DE MISE SOUVE NT S UR L E MO UVE ME N T E T LE SPE CTACLE , INE Z & VI N OODH RE CHE RCHE NT PLUTÔT L E SI L E N CE . CI- DESS US LA DY GAGA & I N E Z VAN LAMSWE E RDE POUR V MAGA ZI N E , 2 015.
SA BATO
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nez van Lamsweerde et nul autre que Vinoodh Matadin, qui ont étudié dans la même académie de mode à Amsterdam, partagent leur vie et leur travail depuis quatre décennies. Rien d’étonnant dès lors à ce que l’intimité, la connexion et la fusion constituent des thèmes récurrents dans leur œuvre, tout comme l’image, souvent reprise, du baiser. Leur célèbre autoportrait «Me Kissing Vinoodh (Lovingly)» de 1999 montre Inez van Lamsweerde embrassant tendrement son partenaire Vinoodh Matadin, illustrant leur lien personnel et leur synergie créative. Un quart de siècle plus tard, ces thèmes résonnent dans la série «Think Love» (2025), avec des images de leur fils Charles embrassant son bien-aimé. Dans l’exposition, ces deux œuvres s’imposent comme une preuve éclatante que l’amour est une énergie qui ne s’épuise pas, pour qui douterait encore de la pertinence du titre.
CREDIT: JEREMIE CARRON .
LA PUISSANCE DU SILENCE
À GAUCHE DE PUIS PRÈ S DE QUARAN T E ANS , INE Z VA N LAMSWE E RDE E T VINOODH MATADIN FORME N T U N DU O I NS É PARABLE : E N COU P L E , MAI S AU SSI DE RRIÈ RE L’OB JE CT IF («ME KI SSI N G VINOODH (E T E RNALLY ) », 2 010).
S’ils sont devenus mondialement célèbres comme photographes de mode, leur travail dépasse largement cet univers pour se concentrer sur l’humain. Leurs innombrables collaborations avec de grandes maisons de luxe et des magazines prestigieux mettent certes en scène des visages connus, mais l’image finale n’est pas le vrai sujet. Ce qui compte, pour le duo, c’est le processus: ce moment intense qui lie pour l’éternité ceux qui se trouvent de part et d’autre de l’objectif. L’énergie. L’échange. «La photographie est notre façon de nous accrocher à ce que nous aimons», disent-ils.
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«C’est une collection de ce que nous admirons, de ce qui nous inspire: une simple chaussure, un visage, ou même toute l’histoire d’une personne, quelque chose que chacun peut ressentir à sa manière, rien qu’en regardant l’image.» Là où la photographie de mode est souvent synonyme de mouvement et de spectacle, Inez & Vinoodh cherchent le silence. Pour eux, la vivacité se loge dans les nuances les plus infimes: un mouvement à peine perceptible d’une épaule, un regard. Ce silence confère à leurs images une qualité presque méditative. Les sujets semblent introspectifs, plutôt que posant pour le spectateur. Il en résulte une image qui ne semble jamais tout à fait «finie», plutôt une ouverture, une invitation à chercher soi-même le sens. Et à chaque photographie, la même question surgit: «Et après? Que s’est-il passé ensuite?» UN LANGAGE SECRET
En feuilletant les 250 pages du livre, on découvre que leurs images ne sont pas seulement élégantes et poétiques, elles sont aussi étranges, parfois légèrement troublantes. Inez & Vinoodh jouent avec la frontière entre réalité et fantaisie. Leurs images semblent souvent spontanées. Derrière cette apparente naturalité se déploie pourtant un univers soigneusement construit, traversé de références subtiles à l’histoire de l’art, au cinéma ou à la culture pop. C’est un langage secret: nous reconnaissons des échos du passé sans savoir exactement d’où ils proviennent. Cette fausse nostalgie, le sentiment qu’une image est à la fois nouvelle et familière, rend leurs photographies intrigantes. DE VRAIS PIONNIERS
Très tôt, Inez & Vinoodh ont expérimenté des techniques numériques, bien avant que des programmes informatiques comme Photoshop ne deviennent monnaie courante. Leur travail de pionnier fut souvent mal compris: leurs interventions numériques, la manière dont ils déformaient les corps, étaient perçues par certains comme étranges ou artificielles.
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À GAUC HE AL E XAN DE R MCQU EE N , 2 004.
C I - C ONTRE ET CI -D ESSU S PRINCE, 20 1 3, ET CH RIS TY TU RL INGTON POU R UN E CAM PAGNE B A L ENCIAGA , 2001.
L’intimité, la connexion et la fusion traversent leur œuvre comme un fil rouge, tout comme l’image récurrente du baiser.
CI-DE SS US POUR LA S É RIE « T H I N K LOV E» (2 025), INE Z & VINOODH ON T P HOTOGRA PHIÉ LE UR FILS C HAR LES, UN É CHO À LE UR CÉ L È BRE AUTOP ORT RA IT DE 1 999. À DRO IT E « ROLLE RGIRL» , UNE P U BLI C I TÉ POUR YVE S S AINT L AU RE N T, 2 01 7.
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INSPIRE
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Dans l’exposition, organisée par thèmes plutôt que par chronologie, on découvre comment ces premières expérimentations ont posé les fondations d’une œuvre qui transcende la mode, l’art et la photographie de portrait. Le livre éponyme «Can Love Be a Photograph» offre un aperçu unique de leur processus créatif, des premières séries expérimentales aux campagnes glamour. «Votre monde semble fluide», résume Tilda Swinton avec justesse. «C’est comme si le spectateur était invité à relier les points par lui-même et à poursuivre le voyage.»
L’EX POS I T I ON «CA N LOV E B E A PH OTOG R APH , 40 YEARS O F I N EZ & V I N OOD H » C OU RT J U S QU’AU 6 S EPTEMBRE AU MU SÉE D’A RT D E L A H AY E. W W W. KU N S T M U S EU M .NL «CA N LOV E B E A PH OTOG R A PH » D’I N EZ & VI NO O D H , PU BL I É PAR H A N N I BA L B OOK S . T EX T ES EN A N G L A I S . 69,95 EU RO S.
Ils sont devenus mondialement célèbres comme photographes de mode, mais leur travail parle davantage des personnes que de la mode. CI-DE SS US ET À D ROITE « ROOS AN D AN N CATHE RINE » , PUBLICIT É P O U R BALEN C I AGA , 1 999. E T « ON LIBE RT Y», U N E CAMPAGNE POUR VIVIE NNE WEST WOOD, 1 994.
P HOTOGRA PH» RA SSE MB LE QUAT RE D ÉC EN N I E S DE POÉ SIE VISUE L L E , EN TR E I MAGE S DE MODE , PORT RAI T S ET EXP ÉRIME NTAT IONS NUMÉ R I QU E S.
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INCOGNITO
À notre arrivée, nous nous demandons un instant si nous sommes bien au bon endroit. Le magnifique site, autrefois siège de la Fédération flamande des sports nautiques, a été transformé en Instroom, le restaurant où ce grand chef et sa partenaire Charuwan Pauwels travaillent avec une dizaine de réfugiés, aux huit langues maternelles et aux six convictions religieuses différentes; un lieu où l’échange culinaire et l’intégration sociale constituent le plat principal. L’accueil est chaleureux. Nos boissons sont déjà servies avant même que nous ayons le temps de commander. Nos cœurs sont déjà réchauffés avant même de savoir à qui nous avons affaire. À la question de savoir comment c’est de travailler ici, la réponse est unanime: une main sur le cœur et un sourire sincère. Les réponses viennent dans un néerlandais encore hésitant, aussitôt suivies d’excuses parfaitement inutiles. Le voilà: le cerveau derrière ce concept. «J’aime tellement être ici. Regardez cette vue!» Les conteneurs qui avaient autrefois abrité des réfugiés ukrainiens ont trouvé une nouvelle fonction. Dans cet espace, avec peinture et pinceaux, musique et silence, mots et regards, temps et patience, chutes et recommencements, on cherche une manière d’exprimer la douleur, de porter ce bagage, de traduire les émotions sur la toile. «Au moins aussi important que l’échange culinaire est le fait d’offrir cet endroit à nos participants.» Une équipe de bénévoles s’engage chaque jour à trouver un langage commun, aussi poignants que soient les récits, aussi différentes que soient les langues. Ce qui se passe ici est magnifique, et tout cela depuis un conteneur avec la plus belle vue du monde. On ne comprend vraiment ce lieu qu’en y étant.
CONCEPT & PHOTO: HANS CORA R E P O R TA G E : LISE D’HAEYER
INCO GNITO CACHONS-NOUS QUI NOUS SOMMES, OU RÉVÉLONS-NOUS A U C O N T R A I R E N O T R E V É R I TA B L E N AT U R E ? D A N S L A S É R I E «INCOGNITO», L’ARTISTE HANS CORA OFFRE CHAQUE SEMAINE À U N B E L G E C O N N U L A L I B E R T É U L T I M E D E L ’ A N O N Y M AT . REGARDEZ AU-DELÀ DU MASQUE POUR DÉCOUVRIR UN PORTRAIT QUI EN DÉVOILE PLUS QU’UN VISAGE NE POURRAIT JAMAIS LE FAIRE.
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INCOGNITO
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Pour mon masque, je suis parti d’une œuvre que j’ai réalisée avec Fred Bervoets: L’Escaut. Deux petites têtes. Du sperme au-dessus du fleuve. Tu voulais bien quelque chose sur la connexion, non? m’a-t-il dit.
L A S E M A IN E PA SS É E DA N S L E S A B ATO D U 07.03.26 , L A M US IC IE N N E S TEFA NIE M A NNA ERTS S ’ E S T G L ISS É E D ERRIÈRE U N M A S Q U E D O R É , FA B R IQ U É À PA RTIR D’U N B A L LO N H O E R A . CET OR SYM B OL IS E S O N B O N H E UR ACTU EL , S U R S CÈNE C O M M E E N D E HORS . ET ON NE PEUT G UÈ R E LUI D O NNER TORT: EN TA NT Q U E B AT T E US E E T C H A NTEU S E D E B RUTU S , E L L E PR O UV E SA NS CESS E Q U’EL L E A PPA RT IE N T AU S OM M ET D E L A S CÈNE R O C K B E LG E .
Le masque est à l’origine une œuvre qu’il a réalisée avec l’artiste Fred Bervoets. «Atypique, atypique, c’est bien ça, non? Je suis en fait un incroyable narcissique. Je ne peux rien faire pour une bonne cause. Eh bien regarde: l’Escaut. Deux petites têtes. Du sperme au-dessus de du fleuve. Tu voulais bien quelque chose sur la connexion, non?», dit-il en citant Bervoets. Plus tard, l’œuvre sera baptisée Liefde boven’t Scheld (L’amour au-dessus de l’Escaut), un lien évident avec l’endroit préféré de ce chef. Le plus difficile dans cette rencontre? Tout résumer en à peine 2.500 signes. Ni l’homme ni le concept ne se laissent enfermer si facilement. Il est artistique (dans et au-delà de l’assiette), empathique, entreprenant, sensible et infiniment passionné. Le concept lui-même est sublime: il crée des opportunités et des possibilités. Il donne une direction à ceux qui ont perdu leur chemin. Et il apporte une qualité de vie inédite. Au cours de notre rencontre, beaucoup de choses sont partagées qui ne peuvent être écrites, et peu qui peuvent réellement être couchées sur le papier. Mais ce n’est pas un problème, car l’essentiel est clair comme de l’eau de roche: réservez, garez-vous sur la rive droite, traversez le plus beau tunnel piétonnier de Belgique, suivez les flèches invisibles vers Instroom, profitez de ce lieu singulier, des rencontres sincères et de l’expérience culinaire exceptionnelle. Et faites-le savoir à tous ceux que vous connaissez, et aussi à ceux que vous n’avez pas encore rencontrés.
@H A N S .C OR A @ M YOM S ER I ES
C ON N A I SS EZ - VO U S L A PERSO NNE QU I S E CAC H E D ERRI ÈRE CE M A S QU E OU D EMEU RE-T-EL L E POU R L’I N S TANT I NCO GNI TO ? POU R D ÉC OUV RI R L’I D ENTI TÉ D E C ET T E PER S O NNE, REND EZ-VO U S S A M ED I PR OCH AI N.
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MANIFESTE
R E P O R TA G E : T H I J S D E M E U L E M E E S T E R P H O T O : C A F E I N E
POUR SA MAISON PRIVÉE À BONHEIDEN, LE COIFFEUR RACHID IBRAHIMI S’EST RÉVÉLÉ AU MOINS AUSSI DÉTERMINANT QUE LE STUDIO D’INTÉRIEUR CONTEKST ET L’ARCHITECTE ARNOUT DE S U T T E R . L E R É S U L TAT D E C E M É N A G E À T R O I S ? T O U T S A U F « S A L O N F Ä H I G » .
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SA BATO
À GAUCHE DANS LA MAI SO N DE S
C I - D ESS OU S PA S D’A R M O IR E S F IX E S ,
ANNÉ E S 1 930 DU COIF F E U R RACH I D
M A IS UN E M IS E E N S C È N E D IG N E
I BRAHIMI, LE BÉ TON, L E S BAI E S
D’UN E GA L E R IE , PL E IN E D E S O UV E N IR S :
D’ANGLE E T LE S PE RS P E CT I VE S
A N T IQ UIT É S , T E X T IL E S M A R O CA IN S
RAFFINÉ E S S ’E NCHAÎN E N T AVE C U N E
ET T R O UVA IL L E S D E S IG N C O M M E L E
GRANDE FLUIDIT É .
CA N A PÉ C O R .
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I
nformation importante: l’entrée «rouge sang de bœuf» de la maison de Rachid Ibrahimi est réservée aux clients de son Salon R. Les visiteurs de sa maison privée à Bonheiden trouvent la sonnette dissimulée sur l’entrée latérale. Il faut d’ailleurs avoir un peu de chance pour tomber sur le coiffeur marocain chez lui ou dans son salon. Rachid Ibrahimi est souvent en Suisse, où son compagnon travaille dans le secteur pharmaceutique. Depuis quatre ans, il se rend une semaine par mois à Marrakech, où il rénove actuellement un riad avec l’architecte belge Steven Van Diest. «À terme, j’aimerais peut-être y vivre. Même si mon plus grand rêve est d’y créer une école pour des enfants défavorisés», confie-t-il. «À Marrakech, je ne marche jamais main dans la main avec mon partenaire. Je dis simplement que c’est mon frère, nous nous ressemblons beaucoup.» UN ESPACE OUVERT
Des clients venus de tout le pays trouvent le chemin du Salon R à Bonheiden. «Avant, j’avais un salon de coiffure dans le centre de Malines, en face de la cathédrale Saint-Rombaut, mais la plupart de mes clients venaient déjà de ce côté-ci de la ville. De plus, l’un d’eux habitait cette maison. S’installer ici s’est donc imposé comme une évidence.»
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S’INSPIRER
Il se trouve que l’architecte d’intérieur Sam Peeters, cofondateur de Contekst, avait déjà rénové il y a des années le premier salon de coiffure de Rachid Ibrahimi, un bâtiment datant de 1740.Transformer cette maison des années 30 en salon de coiffure avec habitation privée nécessitait toutefois une approche encore plus radicale. C’est alors qu’entre en scène Arnout De Sutter, un architecte qui conçoit régulièrement des maisons privées avant-gardistes pour des créatifs issus du monde du design et de la mode. Personne ne sait mieux que lui combien d’espace il faut leur accorder pour qu’ils puissent imprimer leur propre signature à un projet. «Je crée les espaces, la lumière, les vues et une circulation logique. Dans ce cadre, nous laissons toutefois beaucoup de liberté.» Peeters aussi a laissé à Rachid toute latitude pour marquer l’intérieur de sa propre empreinte. Et non, cela ne l’a absolument pas dérangé. «Notre philosophie consiste à concevoir pour et avec notre maître d’ouvrage», explique l’architecte d’intérieur. «Nous recherchons des solutions adaptées au bâtiment, à l’utilisateur et à l’environnement. Ici, nous avons volontairement prévu des zones «vides», où l’habitant peut s’exprimer librement.» Le coiffeur a rempli ces espaces ouverts avec beaucoup de sensibilité, au moyen de beaux objets, d’antiquités et de textiles rapportés de ses nombreux voyages. «À Marrakech, j’aime faire réaliser des tables d’appoint ou des socles en pierre naturelle, mais j’y achète tout aussi bien des chemises ou des tissus pour rideaux», raconte-t-il. «L’escalier berbère ancien en bois vient également de là-bas, tout comme la vaisselle et la plupart des céramiques dans la cuisine, à l’endroit où se trouvait autrefois le débarras.» UN INTÉRIEUR MOUVANT
Les zelliges qui recouvrent les salles de bains et la cuisine sont également fabriqués à la main au Maroc. Ces carreaux irréguliers et émaillés connaissent un retour remarqué, à condition de les utiliser avec mesure: placés en excès, ils peuvent involontairement donner à un intérieur un air de hammam. «Pour éviter cela, nous les avons fait fabriquer dans un format plus élégant de 7 x 7, au lieu du format standard 10 x 10. Cela nous a permis de les intégrer facilement dans des façades d’armoires et des passages de porte, sans que cela devienne kitsch.» Bien que de nombreux objets proviennent du Maroc, l’intérieur du coiffeur n’a rien d’un souk amélioré. Rachid Ibrahimi associe des objets ethniques à du design scandinave, japonais et suisse, comme le canapé «Cor» et des œuvres d’art, notamment de Pierre Alechinsky, KarenVerlinden et KickVeldman. «L’intérieur change souvent en fonction de ce que je collectionne. La maison se prête parfaitement à une présentation de type galerie: les objets et les meubles y sont presque disposés comme des sculptures autonomes dans l’espace. J’ai volontairement voulu introduire le moins possible de mobilier sur mesure: pas d’armoires dans
CI-DE SS US L’ÎLOT DE CUISINE E N
E N HAUT PAG E DE DR OI T E L E S
I N OX EST B IE N PLUS QU’UN E SPACE
CO N T RAST E S N O I R E T BL A N C
FON CTI O NNE L POUR CUISINE R: C’ E ST
DOMI N E N T L A MAI SON , N OTA M M E N T
LE C ŒU R S OCIAL DE LA MA ISON .
DAN S L E S SAL L E S DE BA IN S .
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ma maison. Une fois sorti du placard, je n’en ai plus ressenti le besoin», dit-il en riant. Avec toutes ces pièces expressives, on en oublierait presque combien le rôle de Contekst et de De Sutter a été crucial. En étroite concertation, l’architecte d’intérieur et l’architecte ont transformé une maison Art déco fermée en une habitation lumineuse et clairement structurée, avec des baies vitrées en angle, des murs arrondis, des perspectives intéressantes, des jeux de niveaux et un mobilier sur mesure savamment dosé. Mention spéciale pour l’îlot de cuisine en inox, «auquel tout le monde s’attarde comme s’il s’agissait d’un comptoir». Il en faut une également pour le béton apparent, coffré dans de fines planches. La manière dont la cheminée sculpturale relie le sol en béton au plafond en béton, avec seulement une petite ouverture pour le feu ouvert, est particulièrement remarquable. À l’étage, l’atmosphère est nettement moins brutaliste. Le plan d’origine a laissé place à une aile de nuit digne d’un hôtel, avec des encadrements de porte laqués noir et de vastes chambres. En supprimant les anciennes toilettes situées sur le demi-niveau, davantage de lumière pénètre désormais dans la cage d’escalier. La chambre d’amis est digne d’un riad. Mais c’est surtout la chambre principale, avec son dressing et sa pièce à chaussures «walk-in», qui attire l’attention. Sans parler des salles de bains. «Notre carreleur a sérieusement transpiré sur le dessin graphique du carrelage», raconte Rachid Ibrahimi. «Le motif noir et blanc n’était pas simple à réaliser. Sam l’a redessiné au moins six fois. Le résultat final s’inspire de l’art minimaliste de Sol LeWitt.» UN SOUVENIR DU MUSÉE DE L’AFRIQUE
Les clients qui ne voient pas la partie privée de la demeure de Rachid Ibrahimi et entrent donc dans le salon par la porte «rouge sang de bœuf» découvrent eux aussi un aperçu de la collaboration avec Arnout De Sutter et le studio Contekst. Ensemble, ils ont créé une palette signature de matériaux industriels comme l’inox, le verre et le béton, complétée par des accents chaleureux tels que le bois et les zelliges jaunes. Le cadre idéal pour les trouvailles éclectiques de Rachid Ibrahimi venues du monde entier. «Ce bar vintage, je l’ai acheté à Hambourg chez une vieille dame», raconte-t-il. «Et ces grands vases? Ils sont extrêmement populaires auprès de mes clients. Je les fais fabriquer sur commande au Maroc.» Les lanternes en laiton très remarquées dans le salon et la maison ont également une histoire particulière: «C’était l’ancien éclairage de jardin du Musée de l’Afrique situé à Tervuren. Il a été remplacé par de banals spots de jardin.Avouezle: ces lampes ont tout de même bien plus d’allure.» Sans couper les cheveux en quatre, on peut dire qu’elles semblent faites pour cet intérieur de salon de coiffure. WWW.SA LO N-R.B E , WWW.C O NT E K ST.B E , WWW. A DSA R C HI T E CTUUR.B E
Pas d’armoires dans ma maison: une fois sorti du placard, je n’en ai plus ressenti le besoin.
D A N S U N M A R C H É D E L ’ A R T D O M I N É PA R L E S C O N T E M P O R A I N S , M A R I E E T F R A N Ç O I S D E L I M B U R G S T I R U M , T R E N T E N A I R E S A U D A C I E U X , M I S E N T S U R L E S T R É S O R S D U PA S S É . A V E C L E U R G A L E R I E S T I R U M A R T , C E D U O D É M O N T R E Q U E L E S CHEFS-D’ŒUVRE DES XVIE ET XVIIE SIÈCLES SÉDUISENT ENCORE LES COLLECTIONNEURS D’AUJOURD’HUI.
R E P O R TA G E : LAURA KEERSMAEKERS PHOTO: NICOLAS SCHIMP
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PAG E D E D R OI TE POU R L E S A LON, M A R IE E T F R A NÇOIS D E L IM B U RG S T IR UM O N T C H OIS I D ES TONS CH AU D S D E T E R R AC OT TA . «NOU S VOU LONS Q U E N OT R E A PPA RT EM ENT-S H OWROOM D É GAG E C H A L EU R ET CA RACTÈRE.»
CI-DE SS US DA NS LE SA LON E ST AC C R OC H É LE DRIE KONINGE N F E E ST D E JAC Q UE S DE L’A NGE . CE T T E P I È CE M AÎ TR ESSE DE L’APPART E ME NT F E RA PARTI E DE LA PROCHAINE E X POSI T I O N C ON SAC RÉ E AUX CA RAVAGE SQ U E S FLAM AN DS .
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hez Stirum Art, la discrétion est reine. La galerie internationale de Marie (39 ans) et François (37 ans) de Limburg Stirum se développe loin des feux de la rampe. Frère et sœur vivraient-ils leur âge d’or? Tout porte à le croire. À la foire d’art Brafa, ils ont cédé une œuvre majeure du XVIe siècle du maître anversois Willem Key au Fonds Charles Vreeken de la Fondation Roi Baudouin, destinée au Musée M à Louvain. Actuellement, ils préparent une exposition consacrée aux caravagesques flamands dans leur showroom bruxellois, qui est aussi l’appartement de François. Aujourd’hui, nous sommes leurs invités. Non pas dans le château ancestral de Huldenberg, mais dans un élégant immeuble bruxellois de style Beaux-Arts, construit en 1923. La façade en pierre crème, les balcons en fer forgé et l’entrée cochère confèrent à l’édifice une allure parisienne. Dans le hall, un ascenseur Otis d’époque, avec sa cabine en chêne, nous conduit lentement au quatrième étage. François et Marie nous accueillent avec un sourire chaleureux, accompagnés de Rita, leur labrador noir.
salon, Milan Henderickx gère sa galerie Cour Space. Marie et François de Limburg Stirum suivent cette approche, invitant régulièrement un cercle restreint de collectionneurs et d’amateurs d’art à des dîners conviviaux, au cours desquels les œuvres sont présentées avec l’aide d’un expert. À Bruxelles, François vit dans l’appartement, tandis que Marie est installée à Rome. C’est elle qui a conçu l’aménagement intérieur. «J’ai déniché les meubles chez des antiquaires, sur des marchés aux puces et dans des boutiques vintage, de la France à l’Italie. Je déteste Ikea», s’amuse-t-elle. «Je suis toujours à l’affût de trouvailles, de trésors cachés, de pièces anciennes avec une âme et une histoire. Cela vaut pour mon intérieur comme pour l’art que nous vendons.»
SALON INTIME
Nous pénétrons dans un appartement de 200 mètres carrés. Les hauts plafonds, le parquet en chevrons et les cheminées en marbre s’harmonisent parfaitement avec l’art des XVIe et XVIIe siècles. Sur les murs, peints en terre cuite et vert sauge, des œuvres dignes de musées: portraits de nobles, paysages romantiques, scènes bibliques. «Tout est à vendre ici», précise François. Stirum Art fonctionne selon le principe du salon privé: une galerie où l’art est présenté dans un cadre chaleureux et luxueux. Dans le monde de l’art, l’expérience occupe désormais une place centrale, à l’image de l’achat d’un sac Birkin ou d’une montre Audemars Piguet, souvent proposés dans des salons exclusifs. Cette tendance internationale voit les galeristes délaisser leurs espaces traditionnels pour recevoir chez eux, permettant aux collectionneurs de vivre l’art dans un cadre familier. En Belgique, ce concept gagne du terrain. À Anvers, Scott Lippens vit entouré de son art, tandis que, depuis son
C I - D ESS U S DA N S L E B UR EAU, À GAU CH E, ES T AC C R O C H É UN TA B L E AU D E GÉRA RD D OU FF ET, L’U N D E S PLUS IM PO RTA N T S PEINTRES B A ROQ U ES L IÉ G E O IS D U X VIIE S IÈCL E.
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Les œuvres anciennes ont une histoire, une vie et une âme. Quelque chose qui me manque parfois dans l’art contemporain.
Pourquoi une jeune femme se passionne-telle pour l’art ancien? «Les maîtres anciens recèlent de véritables trésors. Ils permettent de protéger et d’enrichir notre patrimoine belge. Ces œuvres ont une histoire, une vie, une âme, ce qui manque parfois à l’art contemporain.» NOBLESSE ANCIENNE
Cette passion s’ancre dans l’histoire familiale puisque la famille de Limburg Stirum compte parmi les plus anciennes d’Europe, précédée en Belgique seulement par la maison royale de Saxe-Cobourg. Leur grand-père, le comte Thierry de Limburg Stirum, historien et bourgmestre de Huldenberg, a transmis l’écharpe de bourgmestre durant trois générations. Leur vocation s’est dessinée dès l’enfance. «L’histoire et l’art ont toujours été présents», confie Marie. «Notre père a étudié l’art à Florence, et depuis notre enfance, nous visitions des musées.» François ajoute: «Je continue de visiter un musée toutes les deux semaines. Lorsque je pars en city-trip, je planifie mes voyages autour des musées. C’est une obsession saine.» Il y a sept ans, Marie a fondé Stirum Art. Forte de dix ans d’expérience chez Sotheby’s et dans les galeries londoniennes Colnaghi et Moretti Fine Art, elle a été rejointe par François il y a trois ans. Bien qu’il n’ait aucune expérience dans le monde de l’art, il possède une formation commerciale. «Je ne cherche pas à vendre, mais à partager ma passion pour l’art.» «François n’est pas un vendeur classique», ajoute Marie. «C’est un conteur et un réseauteur né, quelqu’un avec qui l’on se sent à l’aise. Le meilleur exemple? Son labrador Rita. Dix-sept personnes ont déjà adopté un chiot du même élevage grâce à lui. Il sait si bien expliquer que tout le monde veut aussi un labrador après coup.»
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Que vous viviez dans une maison de maître classique ou dans un penthouse moderne: si vous tombez amoureux d’une œuvre, elle y trouvera toujours sa place. COUP DE FOUDRE
FESTIN VISUEL
Chez Stirum, les rôles sont clairs: Marie déniche les chefs-d’œuvre, François les présente aux collectionneurs. «Je parcours les ventes aux enchères, des grandes maisons aux petites salles régionales», raconte Marie. «On y découvre encore des véritables trésors.» Récemment, elle a trouvé une œuvre de Catharina van Hemessen, l’une des premières artistes féminines des Pays-Bas méridionaux. «C’est un sentiment grisant», dit-elle. «C’est pour cela que nous le faisons: découvrir ou redécouvrir un morceau d’histoire de l’art.» Les achats impulsifs sont exclus. Il leur arrive de discuter durant des heures via FaceTime pendant que Marie assiste à une vente. «L’œuvre doit nous parler à tous les deux. La qualité doit être irréprochable, elle ne doit pas être trop restaurée et elle doit s’intégrer dans notre collection. Mais surtout, elle doit nous toucher. Un peu comme un coup de foudre.» Stirum Art opère à petite échelle. Chaque année, ils ne vendent que cinq à dix œuvres. Cela peut sembler peu, mais les montants varient de dizaines de milliers à des millions d’euros. Certains tableaux sont exposés dans l’appartement, d’autres sont conservés dans des dépôts, des coffres-forts ou chez les propriétaires. Dans ce dernier cas, ils travaillent avec un mandat de vente. «Nous convenons d’un prix avec le propriétaire et nous recevons un pourcentage sur le prix de vente.»
La pièce maîtresse du salon est une peinture de Jacques de l’Ange, un caravagesque anversois du XVIIe siècle. Redécouvert dans les années 1990, ses œuvres furent longtemps attribuées à tort à d’autres caravagesques du Nord, principalement de l’école d’Utrecht. La toile représente une célébration exubérante de l’Épiphanie: on y mange, boit et rit, tandis qu’un convive porte la couronne. «C’est typiquement le genre d’œuvre que nous recherchons», observe Marie. «Des artistes autrefois renommés, aujourd’hui tombés dans l’oubli. Nous voulons les remettre en lumière.» L’œuvre de De l’Ange est rare. Le prix n’est pas communiqué, mais en 2021, une toile similaire a été vendue pour 125.000 euros.À de tels montants, l’authenticité est cruciale. Qu’en est-il des contrefaçons et des copies? «Nos yeux et notre nez sont formés par des années d’expérience», confie Marie. «De plus, nous travaillons toujours avec des experts.Aucune œuvre n’est vendue sans la documentation et la garantie appropriées.» Leur clientèle est un mélange de musées, de collectionneurs expérimentés et de particuliers désireux de constituer une collection. «Le monde des grands collectionneurs est petit; ils connaissent le marché sur le bout des doigts. Il existe aussi des organisations comme la Fondation Phoebus de Fernand Huts, qui s’engagent à protéger l’art et le patrimoine flamands.» À GAUC H E AU- D E SS US D E L A PE T IT E TABL E ANC IE N N E E S T S US PE N D UE U N E SCÈ N E PA S TO R A L E D U PE IN T R E DE S PAYS - B A S M É R ID IO N AUX J E A N DU CAMP S , PLUS C O N N U S O US S O N N O M I TAL IE N G IOVA N N I D I F IL IPPO D E L CAMP O.
REFUGE SÛR
Ils constatent également un intérêt croissant de la part d’un public plus jeune. «Beaucoup de collectionneurs d’art contemporain découvrent aujourd’hui la valeur des maîtres anciens», explique Marie. «C’est une façon de diversifier leur collection, tout en offrant une forme de sécurité. Ces œuvres ont résisté à l’épreuve du temps. Elles constituent une valeur refuge et restent un bon investissement.» Les musées remettent également les maîtres anciens à l’honneur.Ainsi, plus tôt ce mois-ci, le Musée des Beaux-Arts de Gand a ouvert l’exposition «Inoubliable», mettant en lumière le travail de plus de quarante artistes féminines des Pays-Bas, du XVIIe siècle et du début du XVIIIe siècle. Cependant, les jeunes collectionneurs doivent parfois d’abord être sensibilisés, remarque François. «Nous le voyons même chez nos amis. Mais l’histoire fait vraiment la différence. Une fois que vous expliquez ce qui se joue dans un tableau et quelle symbolique s’y cache, les gens le regardent différemment. Les maîtres anciens ont tant de strates; on y découvre toujours quelque chose de nouveau.» Leur grand rêve? Que chaque maison élégante possède un maître ancien. «Beaucoup de gens ont encore peur du baroque, de la Renaissance ou du rococo dans leur intérieur, alors que ces œuvres apportent justement beaucoup de vie et de couleur dans un espace.» Un maître ancien s’intègre-t-il dans un intérieur moderne? «Bien sûr», rit François. «Le bon art est intemporel. Que vous viviez dans une maison de maître classique ou dans un penthouse contemporain: si vous tombez amoureux d’une œuvre, elle y trouvera toujours sa place.» W W W. S T I R U M . A RT
THE DINING ROOM REFINED RHYTHM LUNCH MON - FRI DINNER THU - SAT
CORRESPONDANCE GARE MARITIME - BRUSSELS
THE LIVING ROOM SOCIAL SPACE LUNCH MON - FRI DINNER & AFTERWORK THU
BOOK YOUR TABLE
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Bunker de rêve C O N S I D É R É C O M M E L E C H E F D E F I L E D U B R U TA L I S M E E N B E L G I Q U E , J U L I A A N L A M P E N S C O M P T E PA R M I L E S F I G U R E S L E S P L U S R E C O N N U E S D E L ’ A R C H I T E C T U R E D U PA Y S , B I E N A U - D E L À D E N O S F R O N T I È R E S . C E T T E A N N É E M A R Q U E L E S C E N T A N S D E S A N A I S S A N C E , L ’ O C C A S I O N P O U R S A B AT O D E V I S I T E R L ’ U N E D E S E S M A I S O N S , H A B I T É E PA R U N E S T H È T E PA S S I O N N É E T S A F A M I L L E .
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Lampens a balayé la hiérarchie bourgeoise des petites PAGE D’OUVERTURE FRE DE RI C R OZI ER, COFONDAT E UR D’AR C HI T E CT E NWONING, E S T L’ACTU E L P R OP R I ÉTAIRE DE LA VILLA LA MP E N S, À EK E. CI-DE SS OUS LE CONT RA ST E E N T RE LE BÉTON GRIS E T LE S PAROIS E N BO I S C ON STI TUE LA COLONNE VE RT É BRAL E D U P R OJET DE LAMPE NS .
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pièces cloisonnées. Tout tourne autour de la vie familiale. C I - D ESSU S CONTRA IREM ENT À L A FAÇA D E AVA NT FERM ÉE, L’A RRIÈRE D E L A M A IS ON S ’ÉFFACE ENTIÈREM ENT DA N S LE V ERRE. C I - D ESSO U S M ÊM E L A CH EM INÉE G É O M ÉTRIQ U E A ÉTÉ D ESS INÉE PA R L E M A ÎT R E LU I-M ÊM E. DA NS S ON U NIV ERS , TO UT, D E L A S TRU CTU RE AU M OB IL IER, FO R M E U NE Œ UV RE COH ÉRENTE.
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ituée face à un champ dans la commune d’Eke près de Gand, la maison s’apparente à un bunker côté rue, dont la façade fermée semble se protéger du regard.À gauche de la façade, une rampe en béton sculpturale laisse s’écouler l’eau de pluie dans un petit bassin circulaire, apportant une touche de zen. En passant la porte, on est saisi par l’espace entièrement ouvert côté jardin, évoquant les maisons de Mies van der Rohe. Un volume simple et de plain-pied, scandé par quelques parois en bois ou en béton savamment disposées. Celles-ci ne montent pas jusqu’au plafond, mais forment des sortes de paravents qui séparent les différentes zones de la villa. Conçue par l’architecte Juliaan Lampens (1926-2019) dans les années 1970, la villa emploie la palette de matières qui lui est chère: béton, brique, bois et verre. Dans son architecture, Lampens recherchait une forme d’équilibre entre la rigueur contrôlée de Mies van der Rohe et la liberté plastique de Le Corbusier, tout en admirant les bunkers de l’Atlantic Wall qu’il considérait comme l’expression la plus pure du brutalisme. «Plusieurs bunkers de la Seconde Guerre mondiale sont présents dans la région, ils l’ont sûrement inspiré», explique Frederic Rozier, le propriétaire de la maison. Co-fondateur de l’agence immobilière ArchitectenWoning, spécialisée dans la vente de biens patrimoniaux, il est un passionné de Juliaan Lampens qu’il a même rencontré, peu avant son décès. Le plan ouvert est aussi une signature Lampens. Pour lui, il ne s’agit pas seulement d’un geste formel: il remet en question la hiérarchie bourgeoise des pièces fermées et privilégie une vie familiale, plus collective. «En ce moment, avec notre petite fille de deux ans, on découvre parfois les limites de cette disposition ouverte...» 50 NUANCES DE GRIS
Construite pour un notaire en 1974, la maison comporte dès l’entrée une alcôve circulaire en bois,
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où se situait son bureau. «Il n’a vécu que deux ans ici. Probablement que la maison ne lui convenait pas vraiment», poursuit l’hôte. Outre l’espace ouvert, un autre caractère majeur de la maison est sa qualité organique. Le béton porte les empreintes du bois de coffrage faisant écho aux veines du pin d’Oregon des portes et des cloisons. L’expression brute des matériaux invite à une expérience presque spirituelle du lieu.Au salon, nous découvrons un étonnant mur en béton abritant le feu ouvert, dont les découpes géométriques composent une véritable sculpture autant qu’une prouesse constructive. «Lampens dessinait tout, également des meubles intégrés ou non.À cette époque, il y avait beaucoup moins de magasins de design qu’aujourd’hui, les architectes créaient souvent leurs propres meubles.» Plus loin, une cloison ondulante en béton abrite la suite parentale, apportant une transition douce entre l’espace jour et l’espace nuit. Au sol, un béton lissé gris anthracite a été placé par Frederic Rozier. «Quand nous sommes arrivés, le sol avait été couvert par le précédent propriétaire d’un parquet Quick-Step qui jurait avec la maison. À l’origine, Lampens avait prévu un tapis plain vert, qui couvrait également le mur en forme de vague, comme un prolongement du jardin.» En effet, le concepteur avait le goût de faire entrer la nature dans ses maisons, qui dialoguaient toujours avec leur environnement. «Tous les temps sont agréables ici, du soleil à la pluie battante: c’est vraiment le point fort de cette maison» poursuit Rozier. Dans l’œuvre de Lampens, le béton acquiert un caractère sculptural: si les façades sont souvent fermées côté rue, elles s’ouvrent généreusement vers la nature, transformant des volumes simples en lieux d’ouverture et de protection. DE EKE AU JAPON
Né en 1926 à De Pinte près de Gand, Juliaan Lampens y fonde son bureau à Eke en 1950, après
S’INSPIRER
C I -DE SSOU S PO UR L E S PO RT E S E T L E S PARO IS , L A M PE N S A R É S O LUM E N T OP T É P OUR L E B O IS .
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des études à Sint-Lukas. Ses premières constructions sont plutôt classiques. Mais il opère un tournant radical au début des années 1960, suite à la visite de l’Expo 58 qui le marque profondément. Il développe une architecture en matériaux bruts, fondée sur le plan ouvert et le dialogue avec le paysage. Sa visibilité débute véritablement avec l’exposition «Juliaan Lampens 1950-1991» à deSingel à Anvers, en 1991. Cette rétrospective, volontairement sélective, a été conçue avec l’architecte lui-même, qui tria les projets. Cette sélection partielle a longtemps contribué à une perception fragmentaire de son œuvre, pourtant beaucoup plus vaste. Lampens a fait de la commune d’Eke son terrain de jeu, en construisant de multiples maisons, dont la sienne, en 1960. Bâtie aux abords d’un étang, elle incarne l’un des manifestes de son architecture ouverte et sans hiérarchie, en symbiose avec la nature.Tout près de là, Lampens conçoit également les maisons de ses frères et d’autres membres de sa famille. Il se charge aussi de la bibliothèque communale (1970), un petit cube de béton entaillé par une grande faille oblique. Actuellement en cours de restauration par le bureau Callebaut & associés, elle sera entièrement rénovée fin 2026. «Et puis il y a eu le don de la maisonVan Wassenhove à l’université de Gand, largement relayé dans les médias», évoque Frederic Rozier. Construite entre 1972 et 1974, la villaVanWassenhove est considérée comme l’un des chefs-d’œuvre du créateur. Il la dessine pour Albert Van Wassenhove, un professeur célibataire, passionné d’art moderne et d’architecture. Un programme qui a permis un projet particulièrement audacieux, conduisant vers la renommée de Lampens. Après le décès de Van Wassenhove en 2012, la maison est léguée à l’université de Gand et prêtée à long terme au Museum Dhondt-Dhaenens. Des visites, des expositions et un programme de résidences y sont régulièrement organisés, permettant d’expérimenter les lieux. La villa a même fait la couverture du fameux magazine japonais d’architecture et d’urbanisme a+u, en 2024. «C’est pour cela que l’on voit régulièrement des Japonais en visite à Eke» poursuit Rozier. Longtemps enseignant à Sint-Lukas Gand, Lampens a inspiré d’innombrables étudiants. Il a influencé plusieurs générations d’architectes et d’artistes, comme Marie-JoséVan Hee, Robbrecht & Daem ou encore Jo Taillieu. Son sens de la spatialité, son souci du détail et son dialogue constant avec le paysage sont unanimement reconnus. LAMPENS DE A À Z
Pour célébrer les 100 ans de l’architecte, plusieurs activités seront proposées sous la houlette de Laure Messiaen, experte culture à Nazareth-De Pinte. Les célébrations s’articuleront autour de la bibliothèque Lampens avec l’exposition «Dîner à Dix», curatée par l’historienne de l’art Angelique Campens, spécialiste reconnue de Lampens et des croisements entre architecture et sculpture. L’expo présentera un dialogue entre Lampens et dix personnalités -artistes, architectes, photographes- qui réactiveront l’espace par leurs interventions contemporaines. Parmi eux: Jo Taillieu, Richard Venlet, Aglaia Konrad ou encore le musicien Huisklank, qui donnera une performance lors du vernissage, le 2 avril. Conçue comme un cadavre exquis, chaque créateur apportera sa pierre à l’édifice: dessin, maquette, photographie, texte... «Elle s’accompagne d’une série de podcasts ainsi que d’un cycle de visites guidées à vélo autour de 20 bâtiments de Lampens, visitables de l’extérieur.» témoigne la curatrice.À Eke, le bunker est devenu manifeste. Et l’utopie, toujours habitable. W W W. B I B - L A M PEN S . B E
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À GAU CH E L ES CLOIS ONS EN B OIS D E L A M A IS ON NE TOU CH ENT NU L L E PA RT L E PL A FOND. EL L ES ÉVOQ U ENT PLUTÔT D’ É L É GA NTS PA RAV ENTS . C I - D ESSO U S PROF ESS EU R À S INTLUCA S GA ND, J U L IA A N L A M PENS ( 19 26 20 1 9) A M A RQ U É D ES GÉNÉRATIONS D’A R C H ITECTES D E PREM IER PL A N. AUJ O U RD’H U I, S ON Œ UV RE ES T A D M IR ÉE J U S Q U’AU JA PON.
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C E I N T PA R L A J U N G L E , L E M A N D A I R A I N F O R E S T R E S O R T B Y B A N Y A N T R E E S ’ A F F I R M E C O M M E L ’ E S C A L E I D O I N E P O U R E X P L O R E R L E V E R S A N T VERDOYANT DE SINGAPOUR, À MILLE LIEUES DE L’EFFERVESCENCE DE LA MÉGALOPOLE.
CRÉDIT: COU RTESY OF BANYAN TRE E.
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CRÉDIT: CO URTESY O F BAN YAN TREE.
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e crépuscule s’insinue sur la jungle, exhalant une moiteur de sauna. Les grenouilles ponctuent le silence de leurs appels rythmés. Au-dessus de ma tête, des macaques ricanent sous la canopée. Devant moi, un lac se dissout dans les ténèbres. Des lucioles errent dans la pénombre. C’est le genre de tableau forestier que tout habitué de l’Asie du Sud-Est saurait identifier; pourtant, ce soir, pour une fois, je ne repose ni dans un hamac moite, ni dans une tente infestée d’insectes. Je suis attablé au bord d’une piscine à débordement, sirotant un Singapore Sling. «Monsieur désirerait-il autre chose?» s’enquiert le serveur. Il s’éloigne d’un pas feutré pour servir un autre convive, tandis que je me laisse distraire de la carte des cocktails par le vol furtif d’une chauve-souris et les lumières du quartier financier de Singapour, qui scintillent par-delà la cime des arbres.
L’idée est que, d’ici quelques années, les lianes rendront le bâtiment presque invisible, le fondant dans la forêt. UN CŒUR D’ÉMERAUDE
À GAU C H E L A CA R ACT É R IS T IQ UE L A PLUS M A R Q UA N T E D U TO UT N O UV E AU M A N DA I R A IN FO R E S T R E S O RT BY B A N YA N T R E E E S T S A N S D O UT E S E S CA B A N E S A R B O R IC O L E S E N FO R M E D E CA PS UL E , PE R C H É E S S UR PILOT IS AU- D E SS US D E L A CA N O PÉ E .
La «nature» est un terme que peu de gens associeraient d’emblée à Singapour. Il s’agit, après tout, de l’un des États les plus densément peuplés au monde (dépassé seulement par Macao et Monaco). Pourtant, enserrés entre gratte-ciel, voies rapides et autoponts, se nichent des jardins botaniques, des avenues bordées de palmiers, des parcs publics et des promenades littorales, ainsi que quatre réserves naturelles et vingt espaces préservés. Au total, ces sanctuaires couvrent 3.300 hectares, soit 5% de la superficie de l’île, ou l’équivalent de 23 fois Hyde Park. Je me suis rendu à Singapour pour séjourner au nouveau Mandai Rainforest Resort. Établi à la lisière de la réserve faunique de Mandai (126 hectares) et jouxtant le zoo de la ville, cet établissement marque un jalon historique pour le groupe hôtelier de luxe Banyan Tree. Il s’agit non seulement de leur centième propriété mais aussi d’un retour aux sources pour les propriétaires Ho Kwon Ping et Claire Chiang, natifs de Singapour, trois décennies après avoir fondé l’enseigne en 1994. De prime abord, l’esthétique de béton et de verre de l’hôtel semble jurer avec le décor de la réserve. Mais, à l’instar de Singapour, ce design austère dissimule un cœur d’émeraude. Des empreintes d’écorces et de feuillages sont gravées
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PAG E D E D R OI TE EN H AUT S IN GA PO UR C O M PTE PA RM I L ES E N D R O IT S L E S PLU S D ENS ÉM ENT PE UPL É S AU M O ND E. POU RTA NT, L A V IL L E A B R IT E DES PA RCS ET D ES PR O M E N A D E S AU B ORD D E L’EAU, A IN S I Q U’UN E V INGTA INE D E ZONES N ATUR E L L E S E T Q UATRE RÉS ERV ES . PAG E D E D R OI TE EN BAS L E CŒ U R V E RT B AT TA N T D E L A V IL L E ES T L E C E N T R A L WAT ER CATCH M ENT: U NE VA S T E É T E N D UE S AUVAGE Q U I A B RITE Q UAT R E R É S E RVOIRS D’EAU POU R S IN GA PO UR E T REL IE PLU S IEU RS R É S E R V E S N ATU REL L ES .
LON G D U « T RE E TOP WA LK» (EN T RE L A C EN TR AL CATCHME NT NATURE RE SE RVE ET WI N D S OR NATURE PARK), O N P E UT AP ER C EVOIR DE S SINGE S: CE RTAI N S TR AV ER S E NT LE SE NT IE R, D’AUT RE S P R ÉFÈR E NT RE S T E R DISSIMUL É S DAN S LA C I M E DE S A RBRE S.
dans le béton. Les vitres sont mouchetées d’une matrice de points afin de prévenir les collisions aviaires. Les 338 chambres sont dotées de panneaux de contrôle thermique qui surveillent la consommation énergétique minute par minute. Le plus saisissant demeure toutefois ces rideaux de lianes qui recouvrent la façade, ornent les balcons, voilent les fenêtres et drapent le toit. «Les architectes l’ont conçu pour qu’il s’insère parmi les arbres déjà présents», explique Yenny Jenny, responsable des programmes pédagogiques du complexe. «L’idée est que, d’ici quelques années, la croissance des lianes rende l’édifice invisible, le laissant se fondre dans la forêt.» Les éléments les plus spectaculaires du complexe sont ses maisons sylvestres en forme de capsules, suspendues sur pilotis pile au-dessus de la canopée, tels les envahisseurs martiens de «La Guerre des Mondes» de H.G.Wells. Nous accédons à la terrasse de l’une d’elles, embrassant du regard la cime des arbres vers le réservoir d’Upper Seletar, dont les eaux ceignent le domaine. Des volutes de brume s’élèvent de la forêt et un drongo bavarde bruyamment à proximité. «Il est inspirant de voir avec quelle célérité la nature reprend ses droits si on lui en laisse l’opportunité», confie Jenny. UNE FORÊT SINGAPOURIENNE DÉCIMÉE
Pour les colons hollandais qui débarquèrent ici au début du XVIIe siècle, Singapour dut paraître un fragment de paradis. Des fourrés de mangroves s’entremêlaient sur le littoral; à l’intérieur des terres, l’île était drapée d’une forêt primaire vierge. Mais à la fin du XIXe siècle -particulièrement après que l’île fut devenue un comptoir britannique en 1819 sous l’égide de Stamford Raffles- le couvert forestier fut décimé. Les écologistes estiment que 99% de la forêt singapourienne a disparu au cours des deux derniers siècles, entraînant avec elle 40% de sa biodiversité. Des vestiges de cette sylve perdue subsistent néanmoins. Le plus vaste est la réserve naturelle de Bukit Timah, fondée en 1883 par Nathaniel Cantley, un botaniste formé aux jardins de Kew à Londres, futur surintendant des Jardins botaniques de Singapour. Horrifié par la destruction des essences indigènes, Cantley fut le fer de lance de la création de réserves forestières sur toute l’île.
UN SUPERCONTINENT
Explorer la réserve aujourd’hui suscite des émotions ambivalentes: de la gratitude pour sa préservation et de l’affliction pour ce qui fut sacrifié. Quittant le Banyan Tree, je prends un taxi via la Bukit Timah Expressway, l’une des artères les plus encombrées de la cité, puis j’entame une randonnée matinale au cœur des bois, troquant le vacarme des klaxons pour le chant des oiseaux. Les arbres s’élancent le long du sentier tels les piliers d’un temple, leurs cimes occultées par la brume, leurs racines contreforts serpentant sur le chemin. Voici les géants de la forêt de diptérocarpes: terap, keranji, meranti, seraya. Pris isolément, ils sont centenaires, mais leur lignée est bien plus auguste; les ancêtres des diptérocarpes ceinturaient autrefois le supercontinent du Gondwana, ce qui explique la présence de membres de cette famille sur des terres aujourd’hui séparées par des océans. Je grimpe jusqu’au faîte de la réserve. Culminant à 164 mètres, c’est le point le plus élevé de Singapour, aujourd’hui coiffé d’une tour radio clignotante. Au sommet, je prends la mesure de l’exiguïté de Bukit Timah -un timbre-poste de verdure de 1,7km2 éclipsé par l’étalement urbainet je tente d’imaginer l’aspect de l’île lorsque ces arbres majestueux la recouvraient à perte de vue.
CRÉDIT: SH UT TE RSTO CK .
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Il y a des raisons d’être optimiste, notamment grâce au succès des programmes de restauration de la nature.
Si la majeure partie de la forêt primaire a disparu, des zones de forêt secondaire ont survécu et se sont même étendues ces dernières décennies. Le Central Water Catchment est une traînée verdoyante au cœur de la ville, englobant plusieurs réserves forestières, dont la réserve de Mandai, les parcs naturels de Windsor,Thomson et Chestnut, ainsi que quatre réservoirs.
CRÉDIT: GET TY IMAGE S.
DES AUTOROUTES DE VERDURE
Ces dernières années, la ville a déployé des efforts concertés pour relier ces zones par des «connecteurs de parcs», véritables corridors pour la faune. Depuis Bukit Timah, j’emprunte l’une de ces autoroutes vertes vers l’est sur huit kilomètres. La majeure partie du temps, je quitte rarement l’ombrage des bois. Par intermittence, le sentier débouche sur une voie rapide bourdonnante de trafic méridien, avant de s’enfoncer à nouveau dans la jungle, où les seuls sons audibles sont le murmure des ruisseaux et le crissement des grillons. En chemin, je gravis la tour Jelutong, un poste d’observation à structure d’acier, pour contempler un autre panorama urbain insolite: un tapis forestier encadré, à l’horizon, par des gratte-ciel vaporeux. Plus à l’est, je franchis le «TreeTop Walk», un pont suspendu de 250 mètres de long surplombant la canopée. À mi-parcours, je rencontre une famille de macaques crabiers, se prélassant sur les câbles tout en dégustant leur déjeuner de fruits glanés. «En tant que citadins, surtout depuis la pandémie, je pense que nous avons réalisé l’importance de nos espaces sauvages», explique Jack Yam, passionné de faune et moniteur d’escalade qui organise des marches naturalistes guidées. «Singapour a tant changé au cours des deux derniers siècles, mais nous faisons de notre mieux pour restaurer ce qui a été perdu.» Il me conte ses récentes rencontres: avoir évité des cobras royaux et des sangliers sur l’île de Pulau
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Ubin (au nord de l’aéroport de Changi), ou aperçu un insaisissable chevrotain en plein jour dans le parc naturel de Thomson. «Je ne suis pas certain que ce soient des expériences auxquelles les gens s’attendent en venant à Singapour», glisse-t-il dans un rire. Comme toutes les métropoles, Singapour devra trouver un équilibre ardu dans les années à venir. La demande foncière est insatiable et les défis environnementaux -gestion de l’eau, pollution, changement climatique- se profilent à l’horizon. Il existe pourtant des motifs d’espoir, notamment le succès des programmes de rétablissement des espèces, axés sur la réintroduction d’animaux endémiques tels que le bulbul à tête jaune, le crabe d’eau douce, la grenouille cannelle et le langur de Raffles, en danger critique d’extinction.Après des années de déclin vertigineux, ils semblent, un à un, faire leur retour.
des tours d’observation; je le parcours alors qu’un soleil rose et duveteux s’élève sur le détroit. Des varans paressent sur le rivage. Un héron pourpré déambule fièrement dans les vasières. Un martin-pêcheur d’Asie file comme un éclair bleu. Alors que je m’installe avec mon panier-repas, je réalise que je ne suis pas seul. Deux yeux reptiliens m’épient depuis les eaux peu profondes: un crocodile marin, songeant sans nul doute à son propre petit-déjeuner. En dégustant mon «roti prata», observant les hirondelles de Tahiti et les couturières à tête rousse voleter dans les palétuviers, j’ai peine à croire que de l’autre côté de l’île, le reste de Singapour s’apprête à entamer une nouvelle journée d’affaires. À PA RT I R D E 3 58 EU R OS L A N U I T EN C H A MBRE D O U BL E, PETI TD ÉJ EU N ER I N C LU S . L ES EXC U R S I ON S D E JACK YAM PEUVENT ÊT R E R ÉS ER V ÉES PA R C OU R R I EL ( N ATU REGU I D E.SG@GMAI L . C OM ) OU V I A L E S I T E D ES PA R C S N AT I ON AUX D E SI NGAPO U R. W W W. N PA R K S .G OV. S G
C I -DE SSU S L E S PO S T E S D’O BSE RVAT IO N D E L’ É TA N G AUX MART I N S- PÊ C H E UR S , DA N S L A R É S E R V E H U MI DE D E S UN G E I B ULO H , R A R E VE ST I G E D E L A M A N G R OV E O R IG IN E L L E . À DR O I T E L E C R O C O D IL E M A R IN N AG E DAN S L E S E AUX PE U PR O FO N D E S D E L A RÉ SE R V E M A R É CAG E US E D E S UN G E I BU LO H .
CRÉDIT: GET TY IMAGE S, JEREMY KWOK / U NSPLASH.
DEUX YEUX IMPERTURBABLES
Avant de quitter Singapour, je suis un conseil de Jack et me rends à la réserve de zones humides de Sungei Buloh, l’un des derniers vestiges de la mangrove indigène. Durant des millénaires, les mangroves furent l’un des écosystèmes clés de l’île, abritant une myriade de plantes, d’insectes et d’oiseaux, mais elles ont presque totalement disparu en deux siècles. Sungei Buloh s’étend sur 202 hectares le long du détroit de Johor, le bras de mer séparant Singapour de la Malaisie. Un sentier sur pilotis longe les rives, passant devant des affûts ornithologiques et
O LIVER BERRY, 2026, ‘THE RAINFO RE ST RE TREAT IN THE MIDST OF A M EGACITY’. © FINANC IAL TIMES / F T.COM . TOU S DROI TS RÉSERV ÉS. MEDI AF I N EST RESPON SABLE PO UR LA TRADUCTIO N. LE FINANC IAL TIME S LIMITED N’ACCE PTE AUCU NE RESP ONSABILITÉ QUAN T À L’EXACTITU DE OU À LA QUALI TÉ DE LA TRADUCTI ON .
Il semble presque irréel que, de l’autre côté de l’île, l’ autre Singapour s’éveille et se prépare déjà à une nouvelle journée de travail effrénée.
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E X P L O R E R , D É C O U V R I R E T PA R T I R VOYAG E S , VOYAG E S
* C ITY -TRIP
Entre remparts et horizon
Cadix, c’est l’anti-Barcelone. Du moins, pour ceux qui fuient les destinations de sur-tourisme. Coincée sur une presqu’île au sud de l’Andalousie, celle que l’on surnomme «Tacita de Plata» (la petite tasse d’argent, ndlr.) pour sa forme et sa lumière diaphane, surplombe l’Atlantique depuis son promontoire rocheux. Ancien port d’attache de Christophe Colomb, cette cité -l’une des plus vieilles d’Occidentse déguste à pied. On se perd avec bonheur dans le labyrinthe du Casco Antiguo (le cœur de la Vieille Ville) avant de déboucher sur le front de mer. Là, face à l’Atlantique, les dômes dorés de la Cathédrale scintillent au-dessus des remparts comme un mirage. Sherry on the cake ? Histoire millénaire donc, plages urbaines, bars à tapas à foison et leur pescaíto frito et verre de vin de Jerez... si cette année, le Lonely Planet en fait son alternative préférée à Séville, c’est qu’il y a ici un secret bien gardé. Plus qu’une étape, c’est une claque visuelle et iodée, portée par l’énergie débordante des gaditanos (les habitants de Cadix) et l’air du large.
C I - D ESS U S E N T R E L E D Ô M E D ORÉ D E L A CAT H É D R A L E Q UI CA PT E C HAQ U E R AYO N D E S O L E IL E T L E L A BY RINTH E D E S E S V IE IL L E S R UE L L E S , L A «TACITA D E PL ATA » E S T L’A N T I- T H È S E À L A TRÈS ( T R O P) C O UR UE B A R C E LO N E .
CRÉDIT: SH UT TE RSTO CK .
CAP SU R CADI X
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* B UC K E T L I ST L’ART DE LA SP ONTA NÉITÉ
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C OMPAGNON DE R OUTE
Certains d’entre nous ont une sainte horreur des circuits organisés: sensation d’être un mouton, de ne pas être maître de ses mouvements et de ses envies, prix pas forcément avantageux. Le circuit traditionnel, c’est simple: you hate it or you love it . Voyageurs du Monde coupe la poire en deux avec son esprit de «voyage désorganisé». On peut partir explorer de nouvelles contrées comme si l’on partait avec son sac à dos avec, toutefois, la sécurité d’une agence haut de gamme. L’agence redonne ses lettres de noblesse à l’imprévu, où l’intuition dicte le mouvement. Sous cette liberté apparente bat le cœur d’une logistique invisible et infaillible; l’itinéraire s’appuie sur la présence discrète d’un concierge dédié, véritable architecte de l’instant. Étapes, hébergements, expériences, tout peut évoluer en temps réel. Prévoir de ne rien prévoir, c’est ça le véritable luxe, non? I N FOS S U R WW W.VOYAGEU RSD U MO ND E.BE
Ceci n’est pas un sac. Enfin si, mais pas tout à fait. Maître incontesté de la papeterie de luxe et de la maroquinerie de voyage depuis 1887, Smythson collabore avec Sacai pour une micro collection d’accessoires. ÉTUI POUR PA SSE P O RT E N C UI R PA NA M A , 4 3 0 E UR OS . WWW.SM YT HSO N.C O M
CRÉDIT: ROBERTO N IC KSON / U NSPLASH .
* L’APPLI DU MOIS DUOLINGO Oui, ChatGPT permet de communiquer dans toutes les langues, en une poignée de secondes. Mais rien n’efface le charme d’apprendre quelques mots d’une langue étrangère. Konnichiwa! , Un tinto de verano por favor! ou encore Al-fatura,choukran!
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Is yout passport ready?
SIXIÈME SENS
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charte stricte: aucun ingrédient transformé, aucun additif, et une priorité absolue aux produits locaux et saisonniers. Au sein de l’ancien magasin Whiteley, le Six Senses London n’y coupe pas: le spa monumental se déploie sur 2.300m2, avec la première piscine au magnésium de la capitale qui favorise la récupération musculaire et la régulation du système nerveux. On peut également compter un centre de remise en forme de 325m2, treize espaces de bien-être et six salles de soins proposent des traitements de cryothérapie, de flottaison, de lumière rouge mais aussi un Biohack Recovery Lounge , conçu comme un raccourci pour la performance et la récupération. Bref, ici, le bien-être ne se mesure pas, il se ressent comme un sixième sens retrouvé.
L A TE N DANC E DU MOMENT GLOWCATION Et si le véritable luxe du voyage ne réside plus dans la destination, ni l’hôtel mais l’éclat qu’il nous procure? Exit la fatigue postvacances, place aux glowcations . Ce concept en plein essor redéfinit le voyage comme une parenthèse de beauté où chaque rituel -du soin de la peau aux thérapies ancestralesdicte le choix de la destination.
Que l’on s’envole vers Séoul pour ses innovations technologiques, vers le Maroc pour la chaleur de ses hammams ou vers les lagons islandais, l’objectif reste le même. On délaisse les souvenirs matériels pour investir dans son propre bienêtre. À la clé: une peau transformée, un esprit apaisé et un véritable second souffle.
À PA RT I R D E 8 0 1 EU R OS L A N U I T EN C H A M B R E D O U BL E. W W W. S I XS EN S ES.CO M
CRÉDIT: COU RTESY OF SIX S ENSES, SHUT TE RSTO CK .
Certains diront que Six Senses, c’est un peu comme la Formule 1 comparée au reste du secteur automobile. Par exemple, la marque a été pionnière dans l’élimination du plastique à usage unique bien avant que cela ne devienne une norme. Avec 27 établissements aux quatre coins du monde, Six Senses se distingue réellement dans sa capacité à fusionner un luxe extrême avec une approche scientifique et holistique du bien-être, le tout ancré dans une durabilité radicale. Le groupe intègre notamment des technologies de pointe au sein de ses retraites et, plus spécifiquement le biohacking (optimisation biologique par la technologie), des chambres hyperbares,... jusque dans la cuisine. Eat with Six Senses impose une
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Dans notre rubrique Kitchen Roulette, un chef dévoile quatre recettes avant de passer le relais au chef suivant, ce qui donne lieu à un menu surprenant et varié. Pour sa troisième apparition, Jason Spinoy propose des coquilles SaintJacques sublimées par une association surprenante de sauce XO végétarienne, de sauce à l’oignon et de kimchi maison. Une expression de son talent qu’il cultive au sein de son restaurant Atelier Gist, niché dans une grange magnifiquement restaurée à la campagne, près de Grammont, où le chef excelle dans l’art de la cuisine au feu de bois et des fermentations.
Un chef joue à la Kitchen Roulette et c’est vous qui raflez la mise.
KITCHEN ROULETTE JASON SPINOY COQUILLES SAINT-JACQUES, XO, OIGNONS ET KIMCHI R E P O R TA G E : J A N S C H E I D T W E I L E R RECETTE: JASON SPINOY PHOTOGRAPHIE ET STYLISME: EVA BEEUSAERT
«Nos clients nous disent souvent que c’est l’un de leurs plats préférés», confie le chef Spinoy. «C’est une préparation très pure, composée de seulement quatre éléments. Notre sauce XO est une version végétarienne de la sauce umami cantonaise épicée: nous remplaçons les coquilles séchées par de la citrouille. Ne vous sentez toutefois pas obligé de tout faire maison: vous pouvez acheter la sauce XO et le kimchi déjà prêts et obtenir un résultat tout aussi savoureux.»
INGRÉDIENTS (4 personnes) 4 à 8 coquilles Saint-Jacques fraîches
(selon la taille), rincées à l’eau froide et séchées 75 g de sauce XO, disponible dans les épiceries asiatiques 75 g de tomates séchées au soleil 120 g de kimchi (de préférence non pasteurisé pour un goût plus intense et plus sain) 1 kg d’oignons 1 l de bouillon de poulet 75 g de beurre 25 g de crème entière Beurre clarifié ou beurre noisette, pour la cuisson Poivre et sel
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BON APPÉTIT
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En réalité, cette préparation se distingue par une grande épure: elle ne compte que quatre éléments. C I - C ON T R E L E S S TA R S D E L A R E C E T T E : D E S C O Q UIL L E S S A IN T JAC Q UE S F R A ÎC H E S , S IM PL E M E N T R IN C É E S PUIS B A D IG E O N N É E S D E B E UR R E FO N D U, G R IL L É E S J US Q U’À UN E B E L L E CA R A M É L IS AT IO N AVA N T D’ Ê T R E T R È S B R IÈ V E M E N T S A IS IE S S UR L’AUT R E FAC E .
pas à les badigeonner à nouveau de beurre fondu pendant la cuisson. Retournez-les et faites cuire l’autre côté très brièvement. Versez la sauce XO sur les coquilles. Disposez-les sur la tapenade et le kimchi et versez un peu de sauce à l’oignon autour. CONSEIL VIN Devon,Toni Jost, Mittelrhein, Allemagne, 2021 Le nom «Devon» évoque le sol de schiste autour de Bacharach. Sur ces pentes escarpées le long du Rhin, Cecilia Jost produit un riesling aux acides délicats et aux saveurs pleines et profondes. Agrumes et fleurs se mêlent à des notes minérales puissantes. Ce vin accompagne parfaitement les fruits de mer et les ingrédients asiatiques. Lorsque ces deux univers se rencontrent, comme dans ce plat, l’accord devient tout simplement parfait. 1 2 , 9 0 EU R OS .
L A S EM A I N E PR OC H A I N E, JASO N SPI NOY PR ÉPA R ER A U N E C ÔT E D E BŒU F AVEC C H A M PI G N ON S ET TOPI N A MBO U R.
PRÉPARATION Sauce à l’oignon (à préparer de préférence la veille) Épluchez les oignons et coupez-les en quartiers. Placez-les dans une grande casserole avec un couvercle et recouvrez-les complètement de bouillon de poulet. Portez à ébullition, couvrez et laissez mijoter pendant huit heures à feu très doux. Filtrez le liquide à travers un tamis fin et réduisez-le jusqu’à un quart du volume initial afin d’obtenir une saveur caramélisée. Incorporez la crème et le beurre en dés tout en mixant la sauce. Assaisonnez de poivre et de sel. Garnitures Hachez finement les tomates séchées afin d’obtenir une tapenade grossière. Coupez le kimchi en fines tranches. FINITION Réchauffez la sauce à l’oignon et mixez-la à nouveau afin d’obtenir une sauce bien mousseuse. Déposez une cuillère de tapenade et un peu de kimchi au fond des assiettes. Badigeonnez un côté des coquilles avec du beurre fondu. Grillez-les (au barbecue ou dans une poêle à griller) du côté beurré jusqu’à ce qu’elles soient bien caramélisées; n’hésitez
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CARTE SUR TABLE
R E P O R TA G E : JAN SCHEIDTWEILER
LUMA
Malgré le talent des deux chefs de ce charmant gastro-bistrot de Nalinnes, le résultat laisse un goût de déception.
Fritapapa, Monsieur Spoon, Sushi World...À sept kilomètres au sud de Charleroi, Nalinnes aligne les enseignes peu engageantes et s’impose comme un petit paradis du fast-food. Plutôt que de céder à la tentation d’un concept «fast-casual» de plus, Lucas Vanderschueren et Maxime Urbain ont choisi, depuis l’année dernière, de se lancer dans une cuisine plus ambitieuse, en baptisant leur établissement des deux premières lettres de chacun de leurs prénoms. Nichée dans une petite maison de maître, à l’écart de l’agitation de la route principale, Luma est une oasis de tranquillité. L’ambiance y est chaleureuse et accueillante. Nous sommes installés dans la véranda, qui offre une vue apaisante sur le jardin. À travers les vitres, nous apercevons la cuisine et la seconde salle. Avec des chefs comme Lucas Vanderschueren (ancien de Tribeca) et Maxime Urbain (ancien de l’Atelier de Bossimé), tous deux passés par des maisons de renom, on s’attend à une expérience culinaire de qualité. Le menu, concis et intriguant, se décline en quatre services pour 65 euros (cinq services pour 75 euros). Des prix raisonnables, même si, à ce tarif, il ne faut pas s’attendre à des produits de luxe. La carte reste sobre, avec des plats autour du cabillaud (32 euros), du porc (36 euros) et de la truite (24 euros).
À L’É CA RT DE L A ROUT E P RI N CI PAL E , LUMA OCCUPE UNE P E T I T E MAI SO N DE MAÎ T RE E T CULT IVE UNE AT MOSP H È RE PAI SI BL E .
Le tataki de chinchard (24 euros) accompagné d’un bouillon thaï semble prometteur. Dans l’assiette, la magie n’opère hélas pas. Les morceaux de poisson, à peine grillés, manquent de saveur, tout comme le bouillon. Les cubes de carottes croquants ne parviennent pas non plus à égayer le plat. Le ris de veau (26 euros), servi avec des crevettes visiblement sorties d’un paquet, déçoit aussi: poché, accompagné de panais trop peu cuits, il n’est sauvé que par la sauce hollandaise. Les plats principaux relèvent quelque peu le niveau. Un filet de cabillaud repose sur un risotto lourd au parmesan, qui étouffe quelques feuilles de chou frisé. En revanche, une généreuse portion de filet de porc, légèrement fumée est bien accompagnée d’une espuma de pommes de terre et de topinambour. Malheureusement, des tranches de truffe insipides, tout droit sorties d’un pot, gâchent l’ensemble. Le dessert est finalement le moment le plus réussi avec une tartelette à la pistache (13 euros) qui s’accorde parfaitement avec la cardamome et une crème de yuzu.
C ET T E EN S EI G N E A FAI T L’O BJ ET D’U NE VI SI TE A N ONYME, FI NANCÉE PAR SABATO.
La carte est sobre, avec des plats autour du cabillaud, du porc et de la truite. AD RESS E
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W W W.LUMA -NALINNE S. BE FE RMÉ LE DIMA NCHE E T L E LU N DI .
DÉ CE VAN T
C O R R E CT
BON
E XC E L L E N T
CI-CO N TRE LA SCULPTURE E N BRO N ZE D E M AR CA NT SE T ROUVAIT AUT RE FOI S AU SI ÈG E D’AX A À WAT E RMAE L BOI TSFORT, AVANT DE SUIVRE L E D ÉM ÉN AGE ME NT VE RS LE NOUVE AU Q G, EN PLE IN CŒ UR DE B RUXE L L E S. À DRO IT E APRÈ S PLUS DE VIN GT AN S D E CAR RIÈ RE , MA RT INE S CHE P E RS FAI T SES ADIE UX À LA COLLE CT I O N Q U’ELLE A CONT RIBUÉ À FAÇO N N E R. LE PAYSAGE DE RRIÈ RE E LLE EST SI GN É JE AN-MARIE BYT E BIE R.
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Vous avez joué un rôle clé dans la création de la collection d’art contemporain d’Axa Belgique. Comment cette aventure a-t-elle commencé? M A RT I N E S C H E P E R S : «Tout a débuté en 1998 à La Royale Belge, au moment de la fusion avec le groupe Axa. Avant cela, j’avais consacré dix ans à enrichir la collection d’art de la maison de la culture De Warande. En 1999, Alfred Bouckaert, le nouveau CEO belge, a souhaité rafraîchir l’image de l’assureur en constituant une collection d’art contemporain.À l’époque, le siège situé à Watermael-Boitsfort, aujourd’hui occupé par le Mix Brussels, était décoré de tapisseries et de peintures classiques.» «Nous avons choisi de mettre en avant des artistes belges et internationaux, déjà reconnus et présents dans de grandes collections. La sélection a été transférée au siège central lorsque nous avons déménagé au cœur de Bruxelles, en 2017. J’ai eu la chance de proposer des artistes et des œuvres, ce qui m’a permis de visiter de nombreuses expositions, ateliers et foires. Une passion que je continue de cultiver à l’approche de ma retraite.» Avez-vous choisi des œuvres en lien avec les activités d’Axa? «Pas nécessairement, mais des correspondances se dessinent toutefois naturellement. Par exemple, l’œuvre «Now, Soon, and Coming Soon» de Marijke van Warmerdam, exposée dans la cantine, évoque la fugacité et la beauté de la nature à travers des magnolias en pleine floraison. Un clin d’œil à notre rôle d’assureur, qui consiste à offrir une sécurité à chaque étape de la vie. La sculpture «Les Lettres Voilées» de Jaume Plensa, composée entièrement de lettres, m’a aussi touchée. Elle symbolise la communication humaine, essentielle dans un environnement de travail.»
Cette semaine, Martine Schepers, conseillère artistique sortante chez Axa Belgique, évoque l’impact des œuvres sur le lieu de travail, les fissures parfaites et ses réunions inspirantes avec Anish Kapoor.
ART R E P O R TA G E : T H I J S D E M E U L E M E E S T E R
WORKS PHOTO: WOUTER MAECKELBERGHE
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ART
Nous avons aussi soutenu la restauration de Notre-Dame, acquis des œuvres pour le Louvre et financé le nouveau musée égyptien du Caire. Les œuvres d’art ne sont-elles pas vulnérables dans un bureau de 2.000 employés? «Le tableau de Daan van Golden dans le restaurant est effectivement fragile. Avec des centaines de personnes qui passent chaque jour, j’ai pris soin de le protéger par un boîtier en plexiglas. L’artiste néerlandais a réduit le monde à l’essentiel, influencé par son séjour au Japon. Son point de départ était une sculpture représentant un couple enlacé, qu’il a transformée en une abstraction colorée en laque japonaise. C’est magnifique, et extrêmement délicat.» «Quand la sculpture en bois de David Nash, l’une de nos premières acquisitions, a commencé à se fissurer, j’étais inquiète. L’artiste anglais m’a rassurée: «C’est une fissure, et elle est belle.» Le bois sèche, la nature suit son cours, l’œuvre évolue avec le temps.» Comment le personnel réagit-il à cette présence artistique? «Je suis ravie de répondre aux questions de fond sur les œuvres. Sculptures, peintures, photographies, gravures: l’art fait partie intégrante de notre environnement de travail. Nos équipes se réunissent entourées d’œuvres d’Anish Kapoor, Johan Creten, Charlotte Beaudry, Massimo Vitali, Marthe Wéry ou Jan Vanriet. Les deux œuvres de Sol LeWitt dans le hall ont été choisies pour leurs couleurs, le bleu et le rouge, qui correspondent à celles d’Axa.» Quel avenir voyez-vous pour la collection? «La majorité des acquisitions datent de 1999 à 2015. Les murs disponibles sont limités et je
ne souhaitais pas surcharger l’espace. Lors de l’ouverture du nouveau siège en 2017, l’artiste Denis Meyers a créé une œuvre en six parties avec des bombes aérosol, en interaction avec les employés. Il y a intégré des mots clés de notre entreprise, tels que inclusion, protection, pension, confiance, garantie, responsable et cœur. Cette œuvre constitue pour l’instant le point final de notre collection.» «Aujourd’hui, notre philosophie s’oriente davantage vers la responsabilité sociale des entreprises. Nous réfléchissons à la manière de redonner à la société: encourager le bénévolat, soutenir les arts visuels et appliqués, enrichir le champ culturel, protéger les trésors artistiques du passé et rendre l’art accessible au plus grand nombre. La Fondation Axa y consacre près de 60 millions d’euros par an. Nous avons soutenu la restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris, acquis des œuvres pour le Louvre et parrainé la construction du Grand Musée égyptien au Caire. Notre parrainage de la foire d’art et d’antiquités Tefaf à Maastricht, où nous assurons de nombreux exposants, s’inscrit également dans cette démarche.» Des œuvres d’art de l’ancien bâtiment de La Royale Belge ont-elles été transférées ici? «Tout à fait. Les sculptures en bronze d’Ernest Wijnants et de Mimmo Paladino,qui se trouvaient autrefois dans le hall de La Royale Belge située à Watermael-Boitsfort, ont été déplacées. Un autre bel exemple est la sculpture installée dans la cage d’escalier de l’artiste français Marcant, qui représente l’espace négatif entre les mains lors d’un salut oriental.» Les œuvres voyagent-elles au sein du bâtiment? «Oui, absolument. Notre CEO apprécie particulièrement le travail de Bernard Frize et, à sa demande, ce tableau a été déplacé jusqu’au sixième étage, offrant une vue imprenable sur la «skyline» bruxelloise.» «La complexité urbaine se reflète dans l’un de mes tableaux préférés, là-haut: un paysage d’Alex Katz. Elle apparaît également dans l’œuvre «Axa-bleue» de Bart Stolle, qui évoque les réseaux et le chaos. Au même étage, on trouve des sculptures de Mark Manders, Barry Flanagan et Tony Cragg. Sa sculpture, déjà dévoilée à notre stand Tefaf, représente un visage de profil composé de couches de marbre. Elle dégage une véritable dynamique et semble orienter son regard vers la ville.»
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EN H AUT D E L A PAGE L E B RONZE D E M IM M O PA LA D INO S E TROUVA IT AUT R E FO IS AU S IÈGE D E L A ROYA L E B E LG E À WAT E R M A EL -B OITS FORT. EN BA S D E L A PAGE L’OD E PE IN T E À L A N ATU RE D E H A NS VA N D E R K E R C K H OV E.
À GAU C H E L E TA B L EAU D E DA A N VA N G O L D E N E N L AQ U E JA PONA IS E: L A PIÈ C E M A ÎT R E SS E D U RÉF ECTOIRE. 0 1 UN FAVO R I D U PU B L IC DA NS L A S A L L E D E R É UNION: L E B RONZE OD ORE D I F E M M IN A D E J OH A N CRETEN. 0 2 L E S C O L L E CTIONS D’A RT D’A XA E T D E W IN T E RTH U R — D ONT CET A L E C H IN S K Y — ONT FU S IONNÉ LORS D E L’ IN T É G R AT ION AU GROU PE A XA EN 1 999. 0 3 L A DY N A M IQU E D E L A S C UL PTUR E D E TONY CRAGG FACE À L’ E F F E R V E S C E NCE D E B RUXEL L ES . 0 4 LO R S D E L’ INAU GU RATION D U N O UV E AU S IÈ G E EN 201 7, D ENIS M E Y E R S A R É A LIS É U NE Œ UV RE T Y PO G R A PH IQ UE AUTOU R D ES VA L EU RS FO N DA M E N TA L ES D’A XA .
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