SABATO
ART & DESIGN
DA N C EU R D E BALLET D EV EN U C R ÉATEUR JOAI LLIER , D RI E S CRI E L FA IT S E S D ÉBUTS À LA TEFAF
DE TIJD L’ECHO
WEEKENDMAGAZINE LE MAGAZINE DU WEEK-END DE
EUR E U ROPEAN OPEAN MAGA NE M A G A ZI ZIN E OOF F TH T HE E YEAR YEAR
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BÉZIER DESIGN MARCIO KOGAN / STUDIO MK27 MINOTTI.COM
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SOMMAIRE
21.02.26
CRÉDIT: WO UTER MAECKELBERGHE , STEFA AN TEMME RMAN, STAN HUAUX , TIJS VERVECKE N.
La curiosité de ma nièce avait été piquée: «Il y a des poules ici?» Sa question a déclenché un éclat de rire général. Dans son innocence désarmante, elle a mis le doigt sur ce que bien des néophytes en design pensent de notre cuisine. Pourquoi diable ranger des verres à vin dans un enchevêtrement de fils de fer? Ils prennent la poussière, manquent de stabilité et, avouons-le, cela ressemble... à une cage à poules. Et pourtant, il s’agit de la fameuse armoire «Wire C # 2» de Muller Van Severen: une pièce murale que je n’hésite pas à classer parmi les classiques modernes du design. Non pour sa facilité d’entretien, ni pour son sens pratique en matière de rangement des ustensiles de cuisine, et encore moins pour sa grande capacité de stockage. Sa force, au contraire, tient justement dans sa singularité. Cette structure compartimentée évoque pour
moi les motifs des années 1990, tandis que dans le monde de l’art, le grillage est depuis longtemps un emblème du modernisme. Quoi qu’il en soit, le motif quadrillé connaît un véritable engouement dans les intérieurs contemporains, surtout décliné en version métallique. Dans ce numéro spécial art et design, plongez dans l’univers des grillages.VincentVan Duysen les adopte, Nicolas Schuybroek également, et le cabinet portugais AB+AC Architects a récemment conçu un superbe appartement doté d’une porte grillagée séparant la cuisine du salon. «Le client estil un oiseau?», plaisante-t-on sur Instagram. Un bel exemple de pensée cloisonnée, tiens.
AN BOGAERTS RÉDACTRICE EN CHEF
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LA TEFAF 2026: TROIS JEUNES BELGES À L’ASSAUT DU BASTION DES MAÎTRES ANCIENS
LE CASSE DU SIÈCLE: LIONEL JADOT OFFRE À L A V I L L A E M PA I N U N E M É TA M O R P H O S E R E B E L L E
LA CAVERNE D’ARCHIBABA: THE HUB, LA FABRIQUE À IDÉES SECRÈTE DES ARCHITECTES D’INTÉRIEUR
P. 0 8 M O N S A B AT O : 24 HEURES DANS LA VIE DE L’ENTREPRENEUSE JESSICA LEFEVERE
P.4 0 LA VISITE PRIVÉE: OOSTDUINKERKE ACCUEILLE UNE MAISON AUX MURS ONDOYANTS
P.4 6 LA CUISINE CAMÉLÉON: D É C R Y P TA G E , D U S Y M B O L E D E S TAT U T À LA NICHE DISCRÈTE
P. 7 6 LE MUSÉE SECRET D’ING: LE COFFRE S’OUVRE, DE PICASSO À BROODTHAERS
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M O N SA BATO
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Le samedi de Jessica Lefevere, CEO de RVB: applaudir avec ferveur ses enfants au bord d’un terrain de hockey, enchaîner avec un cours de sport donné par Sacha et conclure la soirée par un tête-à-tête dans un comedy club . Reportage: Jorik Leemans Photo: Alexander D’Hiet
M O N SA BATO
JE SS ICA L E FE V E R E APRÈS DES ÉTUDES DE PSYCHOLOGIE, A DÉCROCHÉ UN MASTER EN COMMERCE À E S C P B U S I N E S S S C H O O L À PA R I S . A T R A V A I L L É C H E Z G D F S U E Z E T A U S E I N D E S E N T R E P R I S E S F A M I L I A L E S K A R T O N N A G E L E F E V E R E - B E E L E T C R E A PA C K . A P R O C É D É , EN SEPTEMBRE DERNIER, À LA REPRISE DU FABRICANT DE ROBINETS RVB.
Le samedi révèle sans doute la facette la plus détendue de Jessica Lefevere (42 ans). Les derniers mois ont pourtant été particulièrement intenses pour l’entrepreneuse de Linkebeek: il y a six mois, elle a repris RVB, une entreprise bruxelloise connue depuis 1935 pour ses robinets design destinés aux salles de bains et aux cuisines. «Je veux faire connaître notre marque comme une sorte de missionnaire», sourit Jessica Lefevere. «RVB est une véritable maison bruxelloise, tout comme Pierre Marcolini.Tout est fabriqué dans notre atelier à Anderlecht. En Belgique, de nombreux architectes nous connaissent déjà mais beaucoup moins le grand public. J’ai aussi des ambitions internationales: nous participons cette année pour la première fois au Salone del Mobile à Milan.» Elle l’assume pleinement: son entreprise l’accompagne du réveil au coucher. «C’est constamment dans ma tête. En tant qu’entrepreneuse, on est forcément fière de son produit, ce qui me donne envie d’en parler à toutes les personnes que je croise. Avec mon mari, nous échangeons en permanence des idées, même si, le week-end, nous essayons autant que possible de nous concentrer sur nos proches.» 8 H 20 - «Le vendredi, je travaille souvent très tard afin de préserver un maximum mon week-end. Idéalement, j’aimerais dormir jusqu’à 9 heures mais ce n’est pas toujours compatible
À D R OI T E R E PR IS E IL Y A S IX M O IS PA R J E SS ICA L E F E V E R E , R V B, M A IS O N B R UX E L LO IS E FO N D É E E N 1 935 E T R É PUT É E PO UR S E S R O B IN E T S D E S IG N , VO IT AUJ O UR D’ H UI S A N OTO R IÉ T É ACT IV E M E N T D É V E LO PPÉ E PA R S A N O UV E L L E D IR IG E A N T E .
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Le week-end de Jessica Lefevere: LE DIMANCHE, JE M’ACCORDE QUELQUES H EUR ES
AU BU R E AU ; LE SA ME DI , J E ME CONSACRE DAVANTAG E À LA M AISON. avec les matchs de hockey des enfants. Heureusement, mon mari est déjà allé chercher le petit-déjeuner. Il est français et reste fidèle à ses habitudes: il se rend tôt chez le boulanger pour être certain d’avoir des croissants aux amandes. Ses préférés viennent de chez Gâteau à Drogenbos.» 9 H00 - «Le hockey fait partie intégrante de nos samedis, puisque nos trois enfants de douze, dix et sept ans le pratiquent. Je me prends complètement au jeu pendant leurs matchs; j’adore les voir évoluer. Je suis aussi manager de l’équipe de ma plus jeune fille, ce qui signifie que je m’occupe notamment des arbitres et de l’organisation pratique. Être impliquée est important pour moi.» 1 2 H 0 0 - «L’aîné ayant encore un match l’après-midi, je vais déjeuner avec mes deux autres enfants au Café Le Refuge à Uccle. C’est une adresse conviviale où l’on peut même jouer à des jeux de société. J’essaie de commander quelque chose de différent à chaque fois car je n’aime pas la routine.» 1 4 H00 - «Le dimanche, je passe généralement quelques heures au bureau pour réfléchir à des questions stratégiques auxquelles je n’ai pas le temps de me consacrer durant la semaine. Le samedi, en revanche, je m’occupe souvent de la maison. Ce que j’aime particulièrement, c’est faire mes courses à La Grande
C I - D ESS OU S L E H O C K E Y RY T H M E L E S S A M E D IS FA M IL IAUX D E J E SS ICA L E F E V E R E , Q UI S UIT AV E C F E R V E UR L E S M ATC H S D E S E S T R O IS E N FA N T S D E PUIS L E B O R D D U T E R R A IN .
Épicerie à Fort-Jaco. C’est un supermarché version premium, avec sa propre boucherie, poissonnerie, fromagerie... Mon mari raffole de leurs escalopes de veau panées.» 1 7H00 - «Quand je trouve un moment, j’essaie de réserver une séance de Pilates Reformer ou de yoga avec des amies chez Yoga Room à Uccle. Nous suivons toujours les cours de Sacha, notre instructrice préférée. On peut annuler jusqu’à trois heures à l’avance, ce qui est très pratique avec mon agenda chargé. J’essaie néanmoins d’y aller le plus souvent possible; cela m’aide à me détendre. Mes amies occupent une place centrale dans ma vie. Nous faisons aussi régulièrement des sorties culturelles, comme récemment à la Brafa.» 19H0 0 -«Mon mari et moi nous sommes rencontrés il y a 17 ans à Paris, grâce à des amis communs. Nous essayons régulièrement de nous ménager un moment à deux. Ce soir, nous allons dîner au Boaboa Records Café, un «listening bar» situé à Uccle. L’ambiance y est plus décontractée: il y a toujours un DJ et des assiettes soignées à partager. J’aime retrouver de temps en temps cette atmosphère urbaine.» 2 1H0 0 - «Nous terminons la soirée au Petit Kings, un club de «stand-up» à Saint-Gilles. C’est un lieu très intimiste, avec à peine une vingtaine de places. Plusieurs humoristes débutants montent chacun sur scène pour un quart d’heure. C’est une expérience.»
T R OI S B ON S PL A N S
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PA SS IO N N É S PA R L A
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V INTAGEM A RK ET.B E
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P.1 2 OBJET DE COLLECTION: MOLTENI&C RÉÉDITE LA CÉLÈBRE «HAND» À SIX DOIGTS DE GIÒ PONTI
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P.1 4 MISE À L’HONNEUR: THOMAS ROGER M É TA M O R P H O S E D E S DÉCHETS DE BOIS
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P.1 6 I N S P I R AT I O N M I C H E L I N : KNOLL DONNE VIE AU DESIGN MODULAIRE DU FAUTEUIL «BIBONI»
12 _ 16 SÉLECTION: INGE RYLANT
Çà & Là
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P. 2 0 NOUVELLE GARDE: TROIS JEUNES BELGES IMPOSENT LEUR VISION À LA TEFAF 2026
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Art
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P. 2 6 CASSE DU SIÈCLE: LIONEL JADOT OFFRE U N E M É TA M O R P H O S E À L A V I L L A E M PA I N
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P.4 0 VISITE PRIVÉE: OOSTDUINKERKE ACCUEILLE UNE MAISON AUX MURS MOUVANTS
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P.4 6 CUISINES CAMOUFLÉES: L’ART DE L’INVISIBLE QUI SÉDUIT CEUX EN Q U Ê T E D E P R AT I C I T É
P. 6 2 D E S T I N AT I O N M A L M Ö : UNE DEMEURE HISTORIQUE RÉNOVÉE AVEC SENSIBILITÉ
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Design
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P. 8 1 L’HEURE DU BULLETIN: WINE IN THE CITY VAUTIL ENCORE LE DÉTOUR APRÈS SA REPRISE?
P. 7 2 RECETTE GOURMANDE: LE CHEF JASON SPINOY MARIE L’ANGUILLE ET L’AIL NOIR
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Bon appétit
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C OULEUR MYTH I QUE L A COL L E CT I ON RO U G E NO IR D E CH AN E L CÉ L È BRE L’ I CON IQ UE T E I N T E G RE N AT N É E E N 1 994, E N L A DÉ CL I N AN T AU SE I N D’U N E S É R IE DE CRÉ AT I ON S MAQU I L L AG E E N É DI T I ON L I MI T É E . E L L E E N E X PLO R E L E S N UAN CE S P RO FO N DE S E T CO N T RAST É E S À T RAVE R S D IF F É R E N T S P RODU I T S P OU R L E T E I N T, L E S L È V R E S E T L E RE GARD, P ROLO N G E A N T L’AUR A SO P H I ST I QU É E DE CE T T E C O UL E UR D’AN T H O LOG I E . WWW.C HA NE L .C O M
TO REDISCOVER
Molteni&C dévoile huit pièces emblématiques de Giò Ponti, issues directement de ses archives. L’architecte italien, célèbre pour ses meubles, a également laissé derrière lui des sculptures et de petits objets utilitaires, aujourd’hui réédités en acier poli. Parmi ces trésors, «La Mano» attire tous les regards. Cette main à six doigts, née d’une correspondance avec l’orfèvre Lino Sabattini, incarne parfaitement l’esprit de Ponti. Refusant de choisir entre esthétique et fonctionnalité, il considérait la beauté comme une fonction à part entière. Et parfois, cette fonction exigeait un doigt supplémentaire. W W W.MO LTENI .I T
TO WEAR
C E R I S E S U R L E GÂTE AU Weekend Max Mara, la ligne la plus décontractée de la maison italienne, lançait il y a dix ans le modèle «Pasticcino». Son nom, qui signifie «petit gâteau» en italien, ne doit rien au hasard: avec ses fermoirs ornés de larges sphères et ses proportions presque cartoonesques, ce sac s’impose comme la touche finale idéale pour insuffler à une garde-robe une note de fantaisie. Chaque année a vu naître une nouvelle déclinaison, dont une version vénitienne en verre soufflé. Pour célébrer cet anniversaire, la tradition se poursuit entre rééditions des premiers imprimés Vichy et interprétations tout en douceur. À PA RT I R DE 27 5 E UR O S, WE E K E N D M A X M A R A , WWW.B E .WE E K E NDMA X M A R A .C OM
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CRÉDIT: LA MANO, DESIGN GIÒ PON TI, CO URTESY O F GIÒ PO NTI ARC HIV ES, CREATIV E DIRECTIO N ELISA O SSI NO S TUDIO, AARON TI LLEY.
SI X D OI GT S
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TO VISIT
CRÉDIT: LUDOVIC BALAY.
MAGASI N D E SI G N Le prestigieux grand magasin Globus de Bâle a récemment fait l’objet d’une métamorphose complète, orchestrée par le cabinet de design suisse Tutto Bene, fondé par Felizia Berchtold et Oskar Kohnen. Leur ambition? Effacer la frontière entre le magasin et la galerie d’art. Dans cette ville où Art Basel et l’architecture contemporaine règnent en maîtres, le duo a choisi de traiter la mode en œuvre d’art. Chaque étage a été repensé dans un esprit minimaliste: sols en béton, détails en acier et palette chromatique dominée par le noir et le blanc. Pour
adoucir cette rigueur, des rideaux transparents, du papier japonais et quelques touches de couleur ont été ajoutés. La pièce maîtresse de cette transformation est un mur lumineux continu, qui transpose de manière abstraite le rythme de la façade art nouveau de 1904 à l’intérieur du magasin. Pour celles et ceux qui souhaitent s’extraire de cette galerie de mode, «The Collector’s Apartment» offre une retraite élégante: une suite privée où le bois et les nuances de bleu créent une ambiance chaleureuse. Ici, faire du shopping devient un art en soi. G LOB U S BÂ L E, M ARKTPL ATZ 2 À BÂL E, SU I SSE. W W W.GLO BU S.CH
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TO VISIT
M A I S O N GALE RI E cherché à créer un espace de vie plutôt qu’un cube blanc. La lumière naturelle, filtrée par de grandes fenêtres à double hauteur, met en valeur les matériaux utilisés. Une table monumentale en bois de douglas noirci signée Paul Boucher, une lampe de sol à abat-jour expérimental à base d’algues de Macheia et un paravent en pâte à papier recyclée de Sofia De Francesco captent ici la lumière. La maison demeure volontairement inachevée. Ni galerie, ni «showroom», c’est un lieu où le design prend vie. Ici, la maison elle-même devient un objet de collection. Tandis que les autres résidences du projet «Alba» sont à vendre, celle-ci ne l’est pas. WW W. LU S O.WOR K S , W W W.T H EM OD ER N S PAC ES .C OM /A L BA
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A RT S I N G U LIE R L E D E S IG N E R FRA NÇA IS TH OM A S R O G E R T R A N S FORM E L ES D ÉCH ETS D E B O IS D E S VO S GES EN Œ UV RES D’A RT. IL A SS E M B L E L ES PL A NCH ES POU R C R É E R PA N IE R S ET OB J ETS , M ÊL A NT E S T H É T IQ UE B R UTE ET GRA ND E F IN E SS E . S O N TRAVA IL A NOTA M M ENT S É D UIT N IC O L A S GH ES Q U IÈRE, D IR E CT E UR A RTIS TIQ U E D E LOU IS VUIT TO N . W W W.T H OM A SRO GER-SH O P.CO M
CRÉDIT: IN ES SILVA , CO URTESY OF THO MAS RO GE R.
À Lisbonne, le collectif de design Luso a transformé une maison en véritable galerie habitable. «The Collector’s Residence» illustre la manière dont le design de collection peut s’intégrer harmonieusement dans la vie quotidienne. Située à Marvila, ancien quartier industriel en pleine mutation vers un pôle artistique et gastronomique, cette maison s’inscrit dans le projet «Alba», où un entrepôt a été métamorphosé en cinq habitations disponibles à la location ou à la vente. Luso a investi «The Collector’s Residence», conçue par Quiet Studios, avec des œuvres de créateurs portugais émergents. Les fondateurs, Natasza Grzeskiewicz et Tomàs Fernandes, ont
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TO LOUNGE
BON HOMME MI CHE LI N Johnston et Lee ont abordé la conception du «Biboni» avec la même rigueur que celle d’un bâtiment, veillant à l’équilibre des proportions. En collaboration avec Knoll, ils ont mis au point un tissu extensible qui épouse parfaitement les lignes. Il n’est pas seulement un meuble à admirer, il est fait pour être utilisé. Avec son caractère ludique, il réunit toutes les qualités pour devenir un classique intemporel. CA N A PÉ B I B ON I , J O H NSTO N MARKL EE POU R K N OL L . W W W.KNO L L .CO M
CRÉDIT: JAN NA IRELAND FOR KNO LL .
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Le duo d’architectes Sharon Johnston et Mark Lee, du cabinet Johnston Marklee, a donné vie au fauteuil «Biboni» pour Knoll, en puisant dans le large héritage des grands classiques du design. Ils se sont inspirés de pièces iconiques comme le fauteuil «Bibendum» d’Eileen Gray, le «Soriana» d’Afra et Tobia Scarpa, le «Camaleonda» imaginé par Mario Bellini et l’«ABCD» de Pierre Paulin des années 1970. Le célèbre «bonhomme Michelin», avec ses courbes généreuses et ses formes rebondies, a lui aussi nourri leur imaginaire créatif, donnant naissance à un design modulaire aux courbes sculpturales.
Volvo EX60 Conçue pour aller plus loin. Jusqu’à 810 km d’autonomie sur une seule charge. Repoussez vos limites. En électrique.
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LA TEFAF RAFLE LA MISE 18
ART
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R E P O R TA G E : I R I S D E F E I J T E R
PHOTO: STEFAAN TEMMERMAN
D A N S D E U X S E M A I N E S , M A A S T R I C H T R E D E V I E N D R A L ’ É P I C E N T R E D U M A R C H É I N T E R N AT I O N A L D E L ’ A R T . DIRECTEURS DE MUSÉES, GALERISTES DE PREMIER PLAN ET GRANDS COLLECTIONNEURS CONVERGERONT VERS LA TEFAF, LA FOIRE D’ART LA PLUS PRESTIGIEUSE AU MONDE. AU CŒUR DE CE CÉNACLE DE MARCHANDS A G U E R R I S , U N E N O U V E L L E G É N É R AT I O N A F F I R M E S A L É G I T I M I T É .
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CRÉDIT: COU RTESY OF N OÉMIE GOLDMAN.
Vous souvenez-vous de votre première TEFAF? «À peine deux mois après avoir rejoint la galerie, Eric Gilles, le fondateur, m’y a emmenée. Il faisait ses débuts dans la section «Showcase» pour jeunes marchands. Nous sommes arrivés un jour trop tôt pour l’accrochage: le hall n’était encore qu’un vaste chantier. C’est fascinant de voir comment, en 48 heures, l’ensemble se transforme en la foire la plus luxueuse du monde.» Quelles œuvres présentez-vous cette année? «Parce que nous faisons partie de la section «Works on Paper», nous présentons principalement des dessins, aux côtés de quelques sculptures. Outre des artistes belges tels que Spilliaert, nous exposons également plusieurs noms français et scandinaves. Nous proposons aussi une aquarelle remarquable de Paul Klee.» Quel est le plus grand malentendu à propos de la TEFAF? «On imagine souvent qu’il faut être riche pour acheter de l’art. Or notre stand propose une gamme de prix très variée, de mille euros à un million d’euros.Toutes les œuvres d’art ne sont pas aussi onéreuses qu’on le croit. De nombreux marchands acceptent également des paiements échelonnés. Lorsqu’un coup de cœur se présente, il existe souvent une solution.» Y a-t-il des idées reçues sur l’art ancien? «Il est frustrant de constater que l’art abordable est immédiatement associé à l’art contemporain. Pour le prix d’une édition d’un artiste contemporain, il est possible d’acquérir un dessin ou une peinture du XIXe siècle. Une pièce porteuse d’histoire.» Êtes-vous prise au sérieux par les anciens du milieu? «Lors de ma première foire, cela a été un vrai défi. Les collectionneurs me prenaient pour une hôtesse. Dès que j’entamais la conversation, ils demandaient Eric Gilles. J’ai alors changé de stratégie en me présentant comme directrice de la galerie. Tout a changé. Avec de la qualité, les collectionneurs vous prennent au sérieux.» Avez-vous une tenue spéciale pour la TEFAF? «Je préfère laisser les œuvres s’exprimer et je m’habille donc sobrement. Élégante et simple mais vous ne me verrez pas en baskets.» Pouvez-vous convaincre vos amis de visiter la TEFAF? «Aucun amateur d’art ne devrait manquer cet événement. C’est comme visiter 200 musées en un seul lieu, tout près de la Belgique. De nombreuses œuvres y sont visibles pour la première et la dernière fois, avant de rejoindre des collections privées.» Et de franchir le pas de l’achat? «Les collectionneurs jouent un rôle essentiel dans le monde de l’art, alors que ma génération privilégie souvent les voyages et les restaurants. Posséder une œuvre chez soi est pourtant profondément enrichissant. C’est pourquoi j’étais ravie de pouvoir contribuer au programme «Emerging Collectors». Les galeries y signalent les œuvres dont le prix est inférieur à 20.000 euros. L’objectif est de réduire la peur de l’achat.» Passer plus d’une semaine sur une foire, est-ce éprouvant? «Lors de ma première expérience, j’ai découvert à quel point j’aimais cela. Cela contraste avec mon travail en coulisses le reste de l’année. Bien sûr, l’enjeu commercial est réel et vendre reste essentiel. Ce sont néanmoins les échanges avec les collectionneurs et les collègues qui me passionnent le plus. Partager cette ferveur me donne des ailes. Avant la foire, je suis toujours un peu nerveuse, puis l’impatience de dévoiler nos trésors prend le dessus.»
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Noémie Goldman
DEPUIS 2015, , 40 ANS, EST À LA TÊTE D’AGNEWS BRUSSELS, ANCIENNEMENT GILLIS GOLDMAN FINE ART, UNE GALERIE S P É C I A L I S É E D A N S L E S Œ U V R E S S U R PA P I E R DE LA FIN DU XIXe ET DU DÉBUT DU XXe SIÈCLE. F I D È L E À L A T E F A F , E L L E Y PA R T I C I P E C E T T E ANNÉE POUR LA DOUZIÈME FOIS.
Lorsqu’on défend l’excellence, les collectionneurs vous accordent leur pleine considération. NOÉMIE GOLDMAN
À GAU CH E À M A A S TRICH T, N O É M IE GOL D M A N PRÉS ENTERA PR IN C I PA L EM ENT D ES D ESS INS , M A IS AUSS I CE PAYS AGE F LUV IA L S U ÉD OIS S IG N É H EL M ER OSS LU ND ( 18 6 6 -19 38 ) .
Dries Criel
ART
EN 2018, , AUJOURD’HUI ÂGÉ DE 33 ANS, FONDE SA PROPRE MAISON DE JOAILLERIE. S E S C R É AT I O N S P R É C I E U S E S T R A D U I S E N T À L A F O I S S O N PA S S É D E D A N S E U R D E B A L L E T E T S A F A S C I N AT I O N P O U R L ’ A R C H I T E C T U R E , D A N S U N E ALLIANCE SUBTILE ENTRE FLUIDITÉ DU GESTE ET RIGUEUR DES LIGNES GRAPHIQUES. CETTE ANNÉE, IL FAIT SES DÉBUTS À LA TEFAF.
Je suis un rêveur animé par l’ambition. DRIES CRIEL
À DRO IT E POUR S E S DÉ B UT S À L A TEFAF, D RIE S CRIE L A CONÇU T RE N T E P I ÈC ES UNIQUE S SPÉ CIALE ME N T P O U R L’OC CASION, E X PLORANT LA FRO N T I È RE EN TR E BIJOU E T S CULPTURE .
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Où étiez-vous quand vous avez appris votre sélection? Dries Criel: «En vacances en Italie. Le voyage était déjà magnifique mais cette nouvelle l’a rendu inoubliable. Je suis un rêveur ambitieux et participer à la TEFAF est l’un de mes grands rêves. L’an dernier, je me sentais prêt et j’ai postulé. Être sélectionné me confirme que je suis sur la bonne voie. Je participe à la section «Showcase», dédiée aux nouveaux venus avec de petits stands. L’année prochaine, j’espère accéder à la foire principale. Je rêve déjà de TEFAF New York. L’Amérique est mon plus grand marché: les collectionneurs y sont plus aventureux qu’en Europe.» Que peut-on attendre de votre stand? «J’ai fait appel au bureau anversois Merckx/Holvoet pour concevoir mon stand. Il s’agit d’un espace entièrement monochrome aux textures et matériaux variés, dont le bois de palmier et le raphia. J’y expose trente «pièces uniques» spécialement conçues pour TEFAF. Je n’emporte pas mes pièces de collection.» Que porterez-vous de la soirée d’ouverture? «Je n’adapte pas mon style vestimentaire. Je reste moi-même et j’aime les looks de caractère. Dans ma garde-robe, on trouve beaucoup de vintage Haider Ackermann et Dries Van Noten. Bien sûr, je porterai aussi des bijoux. J’en porte depuis toujours, cela fait partie de moi. Les pièces que je crée s’adressent aux femmes comme aux hommes, mais je n’aime pas les qualifier d’unisexes.» Êtes-vous pris au sérieux par les anciens du milieu? «La joaillerie de créateurs haut de gamme contemporaine est une petite niche, avec une atmosphère très ouverte et amicale entre les différents acteurs. Il y a un respect mutuel. La concurrence directe est limitée car nous sommes suffisamment différents les uns des autres. Chacun a sa propre signature.» Quel est votre plus beau souvenir à la TEFAF? «Il y a dix ans, je suis venu pour la première fois avec des amis. L’énergie unique qui régnait m’a profondément marqué. Elle naît de la passion des exposants, du niveau des œuvres et de l’idée que le monde entier se réunit ici pour admirer la beauté. Le fait que ce soit si proche de chez moi est un atout. Pour moi, c’est la foire la plus inspirante: un rendez-vous annuel avec 7.000 ans d’histoire de l’art.» Cherchez-vous à renouveler le secteur en tant que jeune force? «Je suis porté par le changement et toujours en quête de nouveauté. Cependant, je crois aussi qu’il faut respecter les traditions qui fonctionnent, comme la TEFAF, tout en les infusant d’une énergie contemporaine, notamment en accueillant de jeunes galeries.» Qu’est-ce qui pourrait mal tourner? «Pas grand-chose.Tout est préparé dans les moindres détails. Je n’ai pas peur de ne rien vendre. Bien sûr, il y a du stress mais c’est plutôt une tension positive.»
CRÉDIT: COU RTESY OF DRIES CRIEL .
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Pour une première, il convient de déployer tous ses atouts. GEORGES VAN CAUWENBERGH
Georges Van Cauwenbergh, 3 5 A N S , R E P R É S E N T E L A T R O I S I È M E G É N É R AT I O N À L A T Ê T E D E L A G A L E R I E D’ANTIQUITÉS ARTIMO, SITUÉE AU SABLON À BRUXELLES ET SPÉCIALISÉE DANS LES SCULPTURES E N M A R B R E D E L A F I N D U X I X e S I È C L E . I L A P PA R A Î T ÉGALEMENT DANS L’ÉMISSION FRANÇAISE «AFFAIRE CONCLUE» ET RÉUNIT PRÈS DE 20.000 ABONNÉS SUR S O N C O M P T E I N S TA G R A M . C E T T E A N N É E M A R Q U E S E S DÉBUTS À LA TEFAF, D’EMBLÉE AU SEIN DE LA FOIRE P R I N C I PA L E .
Avez-vous été surpris que la TEFAF approuve votre demande? Georges Van Cauwenbergh: «J’avais déjà postulé l’an dernier mais j’étais trop pressé. Artimo fêtait ses quarante ans et je visais un stand de 100m2. C’était prématuré. Cette année, tout s’est aligné. J’étais initialement prévu dans la section «Showcase» mais ces stands sont trop petits pour nos sculptures monumentales. Nous avons donc obtenu une place sur la foire principale.» Qu’allez-vous exposer? «Pour un début, il faut sortir le grand jeu et montrer ce que l’on a dans le ventre. Ce que nous emmenons exactement reste secret jusqu’au jour de l’ouverture. Je peux toutefois déjà révéler qu’il y aura une sculpture en marbre de la fin du XIXe siècle, présente dans notre stock depuis huit ans et jamais exposée. Je l’ai trouvée chez un collectionneur privé français et je l’ai conservée pour un moment particulier, comme celui-ci.» Vous sentez-vous prêt pour la TEFAF? «Ces dernières années, j’ai vendu quinze sculptures à la foire par l’intermédiaire d’autres marchands. Je me suis demandé: pourquoi ne pas y être moi aussi? Mon père n’a jamais participé à des foires; il considérait un tel investissement, sans garantie de rendement, comme risqué. Pour moi, en revanche, les foires sont essentielles pour grandir et rencontrer de nouveaux clients. Il y a dix ans, j’ai repris la galerie. Aujourd’hui, me voici à la TEFAF.» Ressentez-vous du scepticisme en raison de votre jeune âge? «Non. Notre galerie existe depuis plus de quarante ans et dispose d’une solide expertise.
J’ai aussi prouvé mon sérieux lors de foires précédentes, en exposant des pièces de qualité et en investissant beaucoup dans la présentation.» Souhaitez-vous renouveler le secteur? «Certainement. Contrairement à mon père, qui travaillait discrètement en coulisses, j’assume pleinement un rôle public d’ambassadeur de l’antiquité. C’est pourquoi je participe à «Affaire Conclue». Remettre l’art ancien sous les projecteurs est devenu une mission. À travers la télévision et les réseaux sociaux, je touche un public bien plus large qu’avec la galerie ou une foire d’art. À la TEFAF, je m’adresse peut-être à mille personnes déjà passionnées par l’antiquité. À la télévision, je touche quotidiennement deux millions de téléspectateurs, toute l’année. En partageant mes connaissances avec enthousiasme, je veux éveiller leur intérêt pour la qualité, la beauté et l’artisanat.» Parvenez-vous à convaincre vos amis de venir? «Leur première réaction est souvent la même: «Je n’aime pas les vieilles choses». Ma femme le pensait aussi autrefois. Mais dès que l’on raconte les histoires, le contexte, la symbolique et le savoir-faire qui se cachent derrière les sculptures, celles-ci prennent soudain vie. Aujourd’hui, ma femme collectionne et s’implique activement dans la galerie. Plusieurs amis sont également devenus clients.» Quel est votre plus beau souvenir à la TEFAF? «Il y a quelques années, j’ai eu l’occasion d’assister les experts lors des contrôles d’authenticité. C’était extrêmement instructif et inspirant. L’expérience avait aussi une dimension personnelle car mon père a été expert à la TEFAF pendant dix ans pour les sculptures, les horloges et les pendules.» Adaptez-vous votre tenue pour le public conservateur de la foire? «Je tiens à faire bonne impression et j’évite toute prise de risque vestimentaire. Pour le vernissage, je porterai un smoking; les autres jours, ce sera un costume classique avec des chaussures habillées. Grâce à mon travail à la télévision, j’ai au moins quarante costumes dans mon dressing.» Qu’est-ce qui pourrait encore mal tourner? «Le transport reste mon plus grand facteur de stress. Les sculptures en marbre sont complexes à déplacer en raison de leur taille et de leur poids. Les caisses étant très chères, nous transportons les œuvres sur des palettes, ce qui comporte des risques. Je ne serai rassuré que lorsque tout sera en sécurité sur le stand. Pour le reste, je suis extrêmement bien préparé; tout doit être parfait.»
À L A T EFA F , 2 72 M A RCH A ND S V ENU S D U M O N D E E N TIER S ONT RÉU NIS , D ONT 27 B E LG E S . AUX CÔTÉS D E VA L EU RS S ÛR E S C O M M E A XEL V ERVOORDT ET M A R UA N I M E R CIER, ON COM PTE CINQ N O UV E AUX V E NU S , PA RM I L ES Q U ELS D E S M E T F IN E A RT ET GA L L ERY S OF IE VA N D E V E L D E . D U 1 2 AU 1 9 MARS (L ES 12 ET 1 3 M A R S U N I QU EMENT SU R I N V I TAT I ON ) . W W W.TEFAF.CO M
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R E P O R TA G E : IRIS DE FEIJTER PHOTO: S TA N H U A U X
EMPRISE SUR LA
VILLA DANS QUELQUES SEMAINES, LE COLLECTIF Z A V E N T E M AT E L I E R S V A I N V E S T I R L A S O M P T U E U S E E T T R È S E X C L U S I V E V I L L A E M PA I N . À L ’ O C C A S I O N D E S F O I R E S T E F A F E T COLLECTIBLE, LIONEL JADOT Y PRENDRA SES QUARTIERS, AUX C Ô T É S D E 3 5 D E S I G N E R S E T A R T I S T E S , O C C U PA N T L E S F A S T U E U X SALONS ART DÉCO DU MUSÉE BRUXELLOIS. «NOUS Y CUISINERONS, Y MANGERONS, Y VIVRONS ET Y TRAVAILLERONS.»
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n groupe d’hommes vêtus de «hoodies» noirs s’approche furtivement de la porte d’entrée de laVilla Empain. Armés de lourdes pinces, ils sectionnent les chaînes et s’introduisent dans l’élégante demeure art déco bruxelloise. Les images évoquent celles d’une caméra de surveillance, mais il s’agit en réalité d’un film ludique annonçant un nouveau rendez-vous imaginé par Zaventem Ateliers. «De grâce, n’appelez pas cela une foire», lance le designer bruxellois Lionel Jadot en souriant. «Il s’agit d’une performance; une forme de révolution destinée à réinventer ce concept classique.» Pour ce faire, le créateur occupe une majestueuse villa musée. «Voilà deux ans que je mûris l’idée d’une prise de possession de la Villa Empain», confie Jadot. «Ce projet s’inscrit dans l’histoire du lieu. Cette demeure de prestige, édifiée en 1930 pour le baron Louis Empain, est restée inoccupée durant des décennies et à plusieurs reprises squattée. Lorsqu’en 2006, la Fondation Boghossian l’a acquise pour la restaurer et la transformer en musée, la villa était couverte de graffitis. Par notre intervention, nous souhaitons restituer à la maison sa fonction originelle. Nous nous éloignons de l’atmosphère muséale pour adopter l’attitude de véritables occupants. Nous pousserons la porte du musée, apporterons nos effets personnels et viendrons y vivre, y travailler, y cuisiner, y manger, et peut-être même y dormir.» Sabato: Au total, 35 designers présenteront, et vendront, leurs créations. S’agit-il d’une foire alternative à Collectible? L I ON EL JAD OT: «Absolument pas.Vous ne verrez nulle part de cartels indiquant des prix. La vente est véritablement secondaire. Notre ambition première est de raconter une histoire et d’affirmer une position. C’est pourquoi nous avons rédigé un manifeste intitulé «Prototype of Reality». Quiconque franchit le seuil de la villa est plongé dans un univers parallèle: un monde dans lequel nous souhaiterions vivre. Et nous l’habiterons réellement.Tant la Villa Empain que notre mobilier prendront vie. Ce sera, l’espace d’un instant, notre maison: nous marcherons en chaussettes, pré-
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Chez nous, ni dress code ni dîner mondain: les collectionneurs ont déjà leur lot d’événements figés et prévisibles.
C I - D ESS OU S D U 1 1 AU 1 9 M A R S , L E D E S IG N E R L IO N E L JA D OT, AC C O M PAG N É D E 35 AUT R E S E S PR IT S C R É AT IF S , IN V E S T IR A L A L É G E N DA IR E V IL L A E M PA IN .
parerons un café, cuisinerons une soupe pour les visiteurs. En somme, nous ferons comme si nous étions chez nous.» Que s’y passera-t-il précisément? «Je ne le sais pas encore avec exactitude. C’est ainsi que Zaventem Ateliers fonctionne: j’aime entreprendre des choses inédites dont je ne connais pas l’issue. Ce risque m’attire. J’ai une intuition mais aucun plan rigoureusement établi. Personne ne disposera d’un espace isolé, comme dans une foire traditionnelle; personne à Zaventem Ateliers ne trouve cela intéressant. Nous mêlerons les pièces de tous les designers pour composer un ensemble novateur. Même durant l’événement, nous pourrons modifier l’installation. Outre nos meubles, nous apporterons nos livres favoris et divers objets personnels. Le musicien Eyeveyes a d’ailleurs enregistré des sons d’atelier à Zaventem et en a composé une bande-son que nous diffuserons.» Qu’évoque pour vous la figure du squatteur? «Cette prise de possession s’inscrit dans la continuité de tout ce que réalisent les Zaventem Ateliers. Tant dans notre lieu fixe que lors de présentations à Paris ou à Milan, notamment à Baranzate. Nous découvrons une ancienne usine, en poussons la porte et nous nous y installons. Nous voulons transmettre l’énergie des véritables créateurs.À mes yeux, cela ne peut se faire par une exposition stérile mais en bouleversant l’ordre établi et en proposant quelque chose de radicalement nouveau.» Une idée aussi rebelle dans un cadre aussi bourgeois: n’y a-t-il pas là une dissonance? «Nous voulons être disruptifs, presque punk. La perturbation est un choix assumé. Ajouter une couche supplémentaire de «beauté» à un tel monument n’aurait aucun intérêt. La rupture de style humanise le lieu et le rend captivant. Par cette exposition, nous souhaitons désacraliser le «collectible design», l’arracher à l’idée qu’il ne serait qu’un ensemble de pièces monumentales et sculpturales réservées à une élite de grands collectionneurs. Il n’est pas conçu pour être placé sous cloche; il est fait pour être utilisé. Il est social et dynamique. L’essentiel ne réside pas dans la table en tant qu’objet mais dans ce qui advient autour d’elle. C’est là que se loge la véritable valeur. En présentant les objets dans une maison, nous répondons également à l’une des questions cruciales du «collectible design»: «Comment vit-on avec ces pièces?»
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À l’ère numérique, le besoin de s’asseoir à table avec des inconnus, pour imaginer, rêver et fantasmer ensemble de nouvelles réalités, se fait plus pressant que jamais: telle est aussi l’ambition de l’exposition à la Villa Empain.
Vous renversez totalement l’idée de ce que devrait être une foire, tout comme celle du musée et de l’exposition. Qu’est-ce qui vous anime? «Nous souhaitons démontrer qu’une autre voie est possible. C’est pourquoi nous fissurons les codes existants afin d’inventer des modèles nouveaux et plus dynamiques. Cette exposition vise à susciter des interrogations et à initier des discussions philosophiques et réflexives sur le monde du design. Comment procédons-nous? Peut-on agir autrement? Faut-il agir autrement? Et comment? Même le concept de vernissage mérite d’être repensé. Chez nous, ni «dress code» ni dîner mondain. Nous servons des pâtes dans une grande casserole. Nous mangeons debout, utilisons des assiettes toutes différentes et servons le vin dans des verres plats. Pour moi, c’est la vie réelle. Je veux instaurer une atmosphère domestique, comme lors d’une visite chez des amis. Les collectionneurs ont déjà suffisamment d’événements figés et prévisibles.» L’exposition à la Villa Empain se veut une ode à la vie authentique. Est-ce aussi un commentaire sur notre monde numérique? «Tout ce que nous présentons est fabriqué à la main et, par conséquent, profondément humain. C’est, selon moi, ce dont nous avons besoin aujourd’hui dans un univers toujours plus digitalisé, où l’intelligence artificielle bouleverse tant de domaines et des professions, les unes après les autres. Plus que jamais, les individus recherchent la connexion et les rencontres véritables. L’objectif est de créer un moment agréable où collectionneurs, artistes et amateurs se retrouvent dans une atmosphère inspirante et détendue.»
C I - D ESS U S UN E V IL L A - M US É E O Ù L’O N C IR C UL E E N C H AUSS E T T E S , O Ù F LOT T E L E PA R FUM D E S O UPE F R A ÎC H E M E N T PR É PA R É E E T O Ù D E S D E S IG N E R S PA RTAG E N T D E S PÂT E S S E R V IE S DA N S UN E UN IQ UE G R A N D E CA SS E R O L E ; L E C O L L E CT IF Z AV E N T E M AT E L IE R S E N T E N D A IN S I R A M E N E R L E C O L L E CT IB L E D E S IG N L À O Ù IL D E V R A IT S E T R O UV E R, DA N S L A V R A IE V IE .
N’y a-t-il pas déjà suffisamment de meubles dans le monde? Comment, en tant que designer, donnez-vous du sens à votre pratique? «Tout ce que nous concevons finit un jour chez quelqu’un. Et ce ne sera pas dans un «showroom» immaculé mais dans une maison avec des chiens, des enfants et du désordre. La valeur d’un meuble ne réside pas en lui-même mais dans ce qui s’y déroule. Une table peut être belle, mais elle n’acquiert sa signification que lorsqu’elle rassemble des personnes et fait naître des conversations stimulantes ou des idées nouvelles. Le design peut instaurer l’atmosphère adéquate pour que les individus se sentent bien et libres. C’est exactement ce que nous voulons faire à la Villa Empain: créer des liens entre les gens et générer de l’énergie. Peutêtre cela débouchera-t-il sur une collaboration ou une vente, mais ce ne sera qu’un surplus, jamais l’essentiel.» L’intelligence artificielle menace-t-elle également votre profession? Comment envisagez-vous l’avenir? «Le monde traverse une mutation profonde. Absolument tout se transforme. On perçoit des fissures dans toutes les directions; c’est manifeste. Les individus aspirent eux aussi à ce changement.» De quoi les êtres humains ont-ils besoin dans un monde en perpétuelle accélération? «De lieux
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où ils puissent se nourrir. Pas uniquement de nourriture ou de boisson mais aussi de rencontres et d’échanges. C’est pourquoi j’admire tant les projets d’hospitalité de Lionel Bensemoun, tels que «La Folie Barbizon», nichée dans la forêt de Fontainebleau: des espaces accueillants où il se passe mille choses. Il y invite des artistes, des musiciens et des designers en résidence. Mais des hôtes plus traditionnels y séjournent également, et ses propres amis y gravitent fréquemment. Le soir, tous dînent ensemble, formant un groupe, presque une famille. À l’ère numérique, nous avons besoin de nous asseoir à table avec des inconnus et, ensemble, d’imaginer, de rêver et de fantasmer de nouvelles réalités.Telle est aussi l’ambition de l’exposition à laVilla Empain.» En tant que designer, inventez-vous également de nouvelles manières de créer des objets? «Il y a deux ans, alors que j’exposais avec quelques designers des Zaventem Ateliers lors d’une foire au Mexique, le conteneur transportant nos meubles s’est égaré. En 24 heures, nous avons recréé toutes nos pièces en carton, à l’échelle réelle. Notre stand a rencontré un immense succès, ce qui m’a profondément fait réfléchir. Lorsque la foire m’a réinvité cette année, j’ai décidé de réaliser l’ensemble de mon travail sur place. Je suis parti les mains vides et j’ai recherché mes matériaux dans la rue et parmi les rebuts d’ateliers de production. En trois semaines, j’ai ainsi conçu une lampe, une table et un ensemble de chaises. J’y ai, par la même occasion, découvert un mot magnifique: «Mexicanada», qui désigne une solution improvisée et artisanale à un problème; par exemple une fourchette courbée faisant office de poignée de porte. Cette notion est très proche de mon univers, elle correspond exactement à ma manière d’envisager le design.» Qu’est-ce qui vous attire tant dans cette méthode? «J’aime le hasard. L’idée que cette œuvre n’aurait pu voir le jour nulle part ailleurs. Ce nomadisme créatif engendre en outre de magnifiques rencontres qui rendent mon travail plus juste et plus authentique. En entrant en relation avec d’autres personnes durant le processus de création, on dépasse le stade où l’on travaille simplement pour vivre. Cela confère un sens à l’ensemble.» «Z AV EN T EM AT EL I ER S À L A V I L L A EM PA I N », D U 11 AU 19 MARS. W W W.V I L L A EM PA I N .C OM , W W W. Z AV EN T EMATEL I ERS.CO M
C-DE SSUS À LA VILLA E MPA IN , ON N E SE C ONT E NT E RA B IE NTÔT P LU S D’EXP OSER: ON Y CUISINE RA , O N Y D ÉBAT TR A E T ON Y VIVRA .
conçu en France
fabriqué en France
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L E S G R I L L A G E S M É TA L L I Q U E S ÉVOQUENT VOLONTIERS LES PLAFONDS INDUSTRIELS OU LES ESCALIERS DE S E C O U R S . P O U R TA N T , I L S S ’ I M P O S E N T DÉSORMAIS DANS DES PROJETS HAUT DE GAMME. DE VINCENT VAN DUYSEN À N I C O L A S S C H U Y B R O E K , E N PA S S A N T PA R C O N T E K S T E T O N B E TA A L B A A R , NOUS AVONS INTERROGÉ DES ARCHITECTES D’INTÉRIEUR SUR CETTE ÉVOLUTION.
R E P O R TA G E : THIJS DEMEULEMEESTER
CRÉDIT: XXX XX
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i vous avez la chance de dîner à la table du restaurant étoilé The Jane, demandez à choisir une bouteille avec le sommelier. Point de cave à vin à proprement parler, plutôt un «espace de conservation» situé au premier étage. Derrière une double porte faisant face à la cuisine ouverte, un escalier en inox vous y conduit. La pièce n’est pas très haute, or grâce au plafond en grillage noir, cela passe presque inaperçu. Ce plafond austère confère à cet espace de stockage une allure audacieuse et semi-industrielle. Un contraste de matériaux intéressant que l’architecte Nicolas Schuybroek a également exploité dans le restaurant, un étage plus bas. Nicolas Schuybroek n’est pas le seul à intégrer des grillages métalliques dans des réalisations haut de gamme. Longtemps cantonnés aux escaliers de secours et aux passerelles industrielles, les grillages métalliques connaissent une seconde vie, réinventés dans des projets contemporains et audacieux. Horizontaux ou verticaux, sophistiqués ou avant-gardistes, résidentiels ou professionnels, ils s’infiltrent désormais partout. Les magasins s’en sont naturellement emparés, terrain privilégié de l’expérimentation avec des matériaux surprenants.À Gand, Stockholm ou Los Angeles, de la boutique de cosmétiques Ray au concept store EYTYS en passant par Departamento, les grillages s’imposent comme un élément à part entière du langage architectural.
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À D R OI T E L E CA IL L E B OT IS C O N N A ÎT AUJ O UR D’ H UI UN R E GA IN D’ IN T É R Ê T DA N S D E S A PPL ICAT IO N S IN AT T E N D UE S . IL S UF F IT D’O B S E R V E R L A B O UT IQ UE D E C O S M É T IQ UE S R AY À GA N D PO UR S ’ E N C O N VA IN C R E .
CALME VISUEL
Ceux qui ont découvert la carte de vœux deVincentVan Duysen Architects l’an dernier y ont peut-être remarqué un plafond en grillage, issu de l’aménagement des bureaux de Greenpanel, projet de M. Mittal récemment achevé à New Delhi. «Tout est parti d’un système de plafond à grillage standard», explique Kristof Geldmeyer, partenaire et COO. «À l’origine, il s’agissait d’une solution économique pour un plateau de 2.500m2. Comme M. Mittal travaille le bois, le grillage a finalement été réalisé sur mesure en 15 x 15 cm. Ce plafond est devenu la référence pour toute la disposition du bureau: murs, cloisons, joints et lignes de vue y sont alignés. Peu d’architectes peuvent nous imiter», dit-il en souriant. «Dans les espaces de bureaux, le grillage est blanc, tandis que dans la zone du CEO et le «family office», il est en bois de chêne fumé. L’effet architectural, lui, demeure inchangé: rythme, abstraction et calme visuel.» Ce n’est pas la première fois que le bureau d’architectes recourt à des structures en grillage. Rarement toutefois cet élément
PAG E EN OUV ERTU R E ET À GAU C H E L A PO RT E E N G R IL L AG E IM AG IN É E PA R A B +AC A R C H IT E CT S PO UR UN A PPA RT E M E N T À L IS B O N N E O S C IL L E E N T R E L’ E S T H É T IQ UE D’UN E CAG E E T C E L L E D’UN E « L IN G E R IE S PAT IA L E » . À D R OI T E DA N S UN B ÂT IM E N T M IL A N A IS , CA L ZO N I A R C H IT E T T I FA IT D IA LO G UE R UN G R IL L AG E JAUN E AV E C L E S M O ULUR E S D’O R IG IN E .
aura occupé une place aussi centrale dans l’architecture. «Pour la boutique Ferragamo à Chengdu, nous avons conçu une façade en grillage métallique qui raconte une histoire différente de jour comme de nuit», précise-t-il. «Dans le deuxième immeuble de bureaux pour Capco New York (2012), nous avons opté pour un plafond en grillage plutôt qu’en plâtre: une solution économique, esthétique et facile pour intégrer les techniques. C’est cependant au siège de Tonickx à Courtrai (2011) que les grillages noirs s’imposent avec force, à l’intérieur comme à l’extérieur. Ils évoquent les claustras des monastères ou l’architecture traditionnelle des temples japonais. J’y vois aussi des résonances avec le Convento de las Capuchinas de Barragán à Mexico, et bien sûr, avec le modernisme de Ludwig Mies van der Rohe. Le grillage métallique, caractéristique du Neues Museum à Berlin ou du Seagram Building à New York, se distingue par son élégance architecturale.» ESPRIT CONFESSIONNAL
En Inde,VincentVan Duysen a fait réaliser des plafonds entiers en grillage sur mesure en bois local. Ailleurs, de nombreux architectes préfèrent partir de grillages standard galvanisés, tels que ceux de la marque Stacco. Koen Pauwels, cofondateur de i.s.m. Architecten, en fait partie. Pour la nouvelle brasserie du Château de Gaasbeek, conçue en collaboration avec Origin, son bureau a utilisé les grillages Stacco à la verticale. Le matériau industriel dialogue avec la forme archétypale de la grange. «Il est fascinant d’extraire ces grillages de leur contexte industriel. Ce qui nous a séduit avant tout, c’est leur transparence, leur translucidité», explique Koen Pauwels. «À Gaasbeek, le paravent Stacco crée à la fois séparation et intimité, malgré l’ouverture qui y est découpée. L’intervention évoque presque la cloison d’un confessionnal.» Dans d’autres projets, i.s.m.Architecten a également utilisé des grillages dans des auvents, des brise-soleil, des meubles et des séparateurs de pièces. «Nous finalisons l’hôtel au-dessus du restaurant Kapitein Zeppos à Anvers, et là aussi, nous utilisons les grillages de diverses façons.»
CRÉDIT: HANNELO RE VEELAERT.
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CRÉDIT: FILIPPO BAMBE RGHI.
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Un tel grillage ne constitue pas un élément intérieur standard et pourtant il fonctionne parfaitement en intérieur.
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E N BA S D E LA PAGE CE QUI A
C I -DE SSO US AU SI È G E D E TO N IC K X
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VI SU E L L E . CE T T E ST RU CTUR E E N
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D I SP OSI T ION.
DUYSE N ARCH I T E CT S.
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ÉLOGE DE L’ABUS
Studio Contekst en est l’illustration parfaite. Depuis ses débuts, le bureau d’intérieur anversois excelle dans l’art de faire dialoguer matériaux industriels et registres plus chaleureux. Rien d’étonnant, dès lors, à ce que les grillages métalliques fassent partie de leur vocabulaire. «Chez moi, j’ai conçu des étagères et une balustrade en grillage, et nous avons également dessiné une porte de garage», explique Sam Peeters, cofondateur. «J’aime «abuser» des matériaux. Un grillage n’est pas un élément standard, pourtant il fonctionne parfaitement dans un intérieur. Ce qui m’attire surtout, c’est le rapport entre la masse et la stabilité: avec très peu de matériau, on obtient une structure d’une grande solidité.» Le bureau d’intérieur gantois Onbetaalbaar adopte lui aussi les grillages Stacco de manière constructive et décorative. Pour une chambre d’enfant à Gand, les architectes d’intérieur ont conçu un escalier et un séparateur de pièce porteur en structure de grillage métallique. Laqué en jaune canari, l’ensemble est à la fois ludique et résolument «funky». «En se tenant de face, on peut voir à travers.Vu de biais, le grillage devient une surface de couleur unie. Derrière se cache un coin secret pour les enfants; ils adorent ça», déclare Erjen Gregoire de Onbetaalbaar. «Les grillages intègrent progressivement notre palette de matériaux. Nous les utiliserons bientôt aussi comme étagères dans l’aménagement du premier café Oxfam à Gand.» LINGERIE SPATIALE
Le retour des plafonds et des murs en grillage s’inscrit dans une renaissance internationale des matériaux industriels dits «froids», comme l’inox, l’éclairage au néon et les pavés de verre. C’est dans le design de magasins et d’habitations que ces dispositifs révèlent leur potentiel le plus troublant, là où ils prennent le plus de libertés avec les attentes. À Milan, le bureau Calzoni Architetti a ainsi expérimenté des murs en grillage dans un appartement de style liberty datant de 1908. «Vitraux, moulures, portes intérieures décorées: nous voulions conserver les éléments existants tout en les rehaussant par des interventions contemporaines», explique Sonia Calzoni. Entre la cuisine et la salle à manger, les architectes ont installé un mur en grillage jaune au format de 4 x 4 cm, avec une ouverture de porte découpée. «Le jaune est un clin d’œil aux vitraux originaux. Le mur sépare les deux pièces tout en les reliant. La perception de l’espace évolue selon l’angle de vue. Ces grillages nous intéressent énormément: ils sont standard et pourtant flexibles; fins et légers, tout en restant solides; capables d’offrir à la fois intimité et vue. Cette dualité est fascinante.» Cette ambiguïté se retrouve également dans la cuisine de l’appartement de 75 m2 récemment livré à Lisbonne par le bureau portugais AB+AC Architects. Inspirés par l’architecture japonaise et minimaliste, les architectes Arianna Bavuso et Andre Chedid ont intégré une porte en grillage strict comme séparation entre la cuisine et l’espace de vie. Le grillage métallique y devient un élément clé de l’expérience spatiale dans cet appartement épuré. «Le client est-il un oiseau?», s’est amusé un commentateur sur Instagram. Fermée, la double porte ressemble effectivement à une cage. À demi ouvert, le grillage agit comme une lingerie spatiale: attirant à contempler, dissimulant et révélant dans un même mouvement.
CRÉDIT: KO EN VAN DAMME, PIET-ALBERT GO ETHALS.
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OFF THE GRID
SÉLECTION: IRIS DE FEIJTER
MÊME SANS PLAFOND SUSPENDU NI CLOISON GRILLAGÉE, ON PEUT ADOPTER LA TENDANCE DES MOTIFS À CARREAUX CHEZ SOI, GRÂCE À CES MEUBLES ET OBJETS RÉSOLUMENT ORIGINAUX.
0 1 Le designer canadien Will Choui crée le Squarehead Mirror , un miroir autoportant, prix sur demande, www.willchoui.com 0 2
Os and Oos a également réalisé une version grand public de leur lampe Matrix pour FontanaArte, en blanc et or mat, à partir de 1.080 euros, www.fontanaarte.com 0 3 Ces séparateurs de pièce colorés ont été conçus par les frères Bouroullec pour Established & Sons, prix sur demande, www.establishedandsons.com 0 4 La marque danoise Kalager ne fabrique que des meubles en grillage métallique, y compris cette chaise Grid avec accoudoirs amovibles, 484 euros, www.kalagerdesign.com 0 5 Matrix est une collection de meubles en grillage du duo de designers néerlandais Os and Oos comprenant notamment une grande lampe sur pied et un canapé, prix sur demande, www.osandoos.com. 0 6 Ce transat d’extérieur WireS #1 est une création du duo belge derrière Muller Van Severen, à partir de 3.600 euros, www.mullervanseveren.com 0 7 Résistant aux intempéries, ce fauteuil en grillage est conçu par le studio berlinois Komplot Design, 2.100 euros, www.nola.se 0 8 Avec Trama , le studio d’intérieur parisien Haddou-Dufourcq présente sa première collection de meubles dont une lampe sur pied, prix sur demande, www.monde-singulier.com
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VA G U E DES DUNES D’OOSTDUINKERKE ÉMERGE UNE DEMEURE QUI SEMBLE SUSPENDRE LES LOIS M Ê M E S D E L A G R A V I T É . L ’ A R C H I T E C T E M A G A L I E M U N T E R S L A Q U A L I F I E D E « M A Q U E T T E À L ’ É C H E L L E 1 » , TA N D I S QU’ELLE S’IMPOSE COMME UNE EXPÉRIENCE RÉSIDENTIELLE SINGULIÈRE, POUSSANT TOUJOURS PLUS LOIN LES FRONTIÈRES DU CONCEVABLE. BIENVENUE DANS LA «NOUVELLE VAGUE» DE L’ARCHITECTURE BELGE.
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Je jouis d’une liberté égale à celle d’un sculpteur,
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est une évidence que l’on ne se lasse pourtant pas de rappeler: Magalie Munters occupe une place à part dans l’architecture belge. Si son nom ne vous dit encore rien, sa maison MQ à Tremelo vous est sans doute familière. Il y a huit ans, elle faisait le tour du monde grâce à un langage formel organique inédit, jamais vu jusqu’alors dans l’architecture résidentielle, ni en Belgique ni ailleurs. La fluidité avec laquelle Magalie Munters orchestre la fusion des espaces évoque l’œuvre de Zaha Hadid; quand cette dernière dessinait aéroports et musées, la première choisit le territoire plus intime des résidences privées. Peut-on réellement habiter une architecture aussi «souple»? Peut-elle même être construite, voire autorisée? À ces trois questions, la réponse est sans ambiguïté: «oui».
P H OTO DE COUVERTURE À OOSTD U I NKE RKE , MAGALIE MUN T E RS A C R ÉÉ UN VOLUME ORGANIQ U E O Ù LES AN G LE S DROIT S CÈ DE NT L A P L ACE À D ES C OURBE S SCULPTURA L E S E T D ES TEC HNIQUE S DE CONS T RU CT I O N I N N OVAN T E S. CI-DE SS OUS DE LA RGE S BAI E S V I TR ÉES INVIT E NT LE S DUNE S À P ÉN ÉTR ER JUS QUE DA NS LE SÉJ O U R, ABOLI SSANT LA FRONT IÈ RE E N T RE I N TÉR I EUR E T PAYSAGE .
PIONNIERS AUDACIEUX
Les clients de Magalie Munters affichent de réelles ambitions architecturales et se montrent ouverts à l’expérimentation. «Nos conceptions sont souvent inédites, et notre manière de construire l’est tout autant», explique-t-elle. «Tous les projets n’exigent pas un langage formel affirmé. Mais lorsqu’une conception est complexe, le défi ne réside pas dans l’effet spectaculaire, plutôt dans la façon de la réaliser avec simplicité.» «Le secteur de la construction recourt encore trop souvent à des méthodes développées il y a plusieurs décennies. Les
architectes conçoivent leurs projets dans le cadre de ces structures existantes, ce qui freine toute véritable innovation. Dans mon travail, j’explore comment actualiser ces procédés. J’y consacre beaucoup de temps, d’énergie et de ressources en recherche et développement.À mes yeux, l’innovation naît lorsque la conception et la logique constructive évoluent de concert. Seule l’expérimentation permet d’ouvrir la voie à de nouvelles avancées.» IMPOSSIBLE OU PRESQUE
Plutôt que de s’en tenir à la brique, au béton et aux angles droits, Magalie Munters laisse libre cours à sa fantaisie. À travers des rendus et des techniques 3D, elle imagine de nouvelles formes d’habitat, pour lesquelles elle a développé, en collaboration avec son partenaire d’exécution habituel, une méthode spécifique. «Nous avons mis au point un procédé constructif capable de concrétiser, sur le plan technique, des formes libres et sculpturales. Mais ce système s’adapte tout aussi bien à des volumes plus conventionnels.» Elle a ainsi élaboré un système sur mesure où exigences structurelles, contraintes physiques et logique constructive s’intègrent au détail architectural en un seul mouvement, composant un tout parfaitement cohérent. Sur le chantier, les pièces réalisées à la demande s’assemblent tel un puzzle. «Cela me permet de dessiner des courbes dites «impossibles» ou des détails complexes, comme un toit ondulant ou un débord invisible. Je bénéficie de la même liberté qu’un sculpteur, tout en respectant les normes de construction. Nous flirtons avec la frontière entre maison et sculpture; ces habitations n’en restent pas moins parfaitement fonctionnelles. Le confort, l’usage, la lumière et la vue comptent autant que la qualité sculpturale.» PATIENCE ET INNOVATION
Sa maison rouge, Villa Sigma à Rupelmonde, attendue depuis une décennie dans les cercles architecturaux, a même fait la couverture de Plan Magazine avant sa livraison. «Le maître d’ouvrage a eu la chance de disposer de temps et de patience», explique Magalie Munters. Cette latitude lui a permis de donner corps à un projet ambitieux. Aujourd’hui, elle se dit presque prête, forte des enseignements tirés de sa propre maison à Oostduinkerke. «Ma maison est le laboratoire
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tout en respectant les normes de construction.
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de ma nouvelle manière de concevoir et de construire, que je souhaite breveter.» Magalie Munters envisageait d’abord de s’installer à Coxyde, où elle a érigé une maison haute et étroite, semblable à un phare. Le destin en a décidé autrement: un terrain exceptionnel s’est libéré à Oostduinkerke, à proximité de la mer. Ces parcelles étant particulièrement convoitées, elle n’a pas laissé passer l’occasion. «Chaque nouveau projet s’appuie sur les acquis du précédent. Avec chaque maison, je veux placer la barre plus haut.»
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surenchère de créations sur mesure. L’espace ne devait pas être surconçu, ni afficher une esthétique ostentatoire «à la Dubaï» ou trop artificielle», précise-t-elle. Elle a choisi des meubles en chêne massif signés Guillerme & Chambron et Kunstmeubelen De Puydt. «Ces pièces prolongent les éléments en béton brutaliste de la maison. J’aime la tension entre ce processus de construction «high-tech» et la qualité artisanale de ces meubles des années soixante.» SOLARIUM SUR LE TOIT
Magalie Munters a baptisé sa maison d’Oostduinkerke (ODK pour les initiés): «Villa Nouvelle Vague». Son architecture ondulante constitue une expérience singulière, dedans comme dehors. À l’intérieur, en particulier dans le salon du premier étage, s’impose une véritable sensation de «coquille». Les murs organiques vernis captent la lumière et offrent une intimité rare. Cette spatialité fluide évoque l’architecture organique de Jacques Couëlle et, dans un registre plus proche, la Maison Roelants de Willy Van Der Meeren, qualifiée de «coquille de béton». Magalie Munters mentionne également le travail de l’architecte espagnol Miguel Fisac ainsi que le modernisme de Le Corbusier. Le toit conçu comme un solarium, la succession d’espaces tantôt implosifs, tantôt expansifs, les puits de lumière sculpturaux: autant de principes corbuséens traduits ici avec une sensibilité contemporaine. Le parallèle le plus saisissant avec Le Corbusier tient sans doute à cette ambition commune: transformer l’industrie de la construction en rêvant de maisons produites avec l’efficacité de l’automobile. «Les maisons organiques de la NouvelleVague ne doivent pas nécessairement être issues d’une production en série. Mais je veux que la technique ne soit plus un frein à l’imagination.»
HOMMAGE AUX ROMAINS
«La maison est un vaste laboratoire, réalisé à l’échelle réelle.», confie Magalie Munters en contemplant la façade voûtée à Oostduinkerke. Même la porte du garage épouse parfaitement la courbe de la façade, détail jusqu’ici inédit. Ici, tout relève de l’expérimentation, jusqu’à l’allée. «Je ne voulais pas d’une surface massive en pavés. Nous avons donc opté pour des pierres mises en œuvre selon différentes techniques, mêlant béton lavé, chaux-trass et pouzzolane, un mélange antique employé par les Romains pour ériger des aqueducs.» La façade extérieure est habillée d’une teinte personnalisée, fruit de multiples essais menés à l’aide d’une technique de spatule expérimentale. «Cela a fait naître des nuances de texture qui rappellent les ondulations du sable mouillé à marée basse.» BÉTON ET COQUILLAGES
À Oostduinkerke, l’attention se porte sur une architecture extérieure ondulante, qui se replie telle une coquille avant de s’ouvrir sur le paysage. Magalie Munters a incorporé des coquillages au béton de galets utilisé pour l’escalier sculptural, la douche et l’îlot de cuisine. «À l’intérieur, je ne voulais pas céder à la
W W W. M AGA L I EM U N T ER SARCH I TECTU RE.CO M
C I -C O NT R E À L’ IN T É R IE UR, M AGA L IE MU N T E RS N E VO UL A IT PA S C É D E R À L’ E XCÈ S D E S UR - M E S UR E . « L’ IN T É R IE UR N E DE VAI T PA S V E R S E R DA N S UN E E ST H É T I Q UE ‘À L A D UB A Ï’ » , PR É C IS E T -E L L E . E L L E A D O N C C H O IS I DE S ME U B L E S E N C H Ê N E M A SS IF SI G N É S G UIL L E R M E & C H A M B R O N E T KU N ST MEUB E L E N D E PUY DT.
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Le secteur de la construction est assez inerte; presque tout le monde bâtit encore exactement comme il y a cinquante ans.
C I - C ONTRE D E V ÉRITA B L ES C O Q UILL AGES ONT ÉTÉ INCRU S TÉS DA N S LE B ÉTON D E GA L ETS D E L’ E S CA L IER INTÉRIEU R, D E L A D OU CH E E T D E L’ÎLOT D E CU IS INE.
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CRÉDIT: KHU ONG NGUYEN - COU RTESY OF JU NG, DEVELO PER @FANTASTICFRANKBERLIN , INTERIOR DES IGN @KOZYSTU DIOBERLIN .
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Cuisines cachées
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R E P O R TA G E : E L I S A B E T H C L A U S S
ALORS QUE, DANS LES VILLAS RURALES, LES CUISINES À VIVRE NE CESSENT DE S’AGRANDIR, U N E C O N T R E - T E N D A N C E M A J E U R E S E D E S S I N E A I L L E U R S : D E S M A I S O N S D E V I L L E E T D E S A P PA R T E M E N T S D O T É S D E C U I S I N E S Q U I B R I L L E N T PA R L E U R S I M P L I C I T É E T L E U R E F F I C A C I T É , V O I R E Q U I N ’ E N POSSÈDENT PLUS DU TOUT.
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D E V I LLE E T LE S A PPART E ME NT S C OM PACTS, LA CUISINE DISPA RAÎ T DE P LU S EN PLUS DU RE GARD. FAÇADE S SAN S P OIGNÉ E S E T APPARE ILS I N TÉGR ÉS LIB È RE NT UN PLAN D E TR AVAIL MULT IFONCT IONNE L , P ER M ET TANT À L’E NS E MBLE D E SE FON D R E NATURE LLE ME NT DAN S L’ESPAC E DE VIE .
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’époque où nous nous réunissions en nombre autour d’un ragoût fumant appartient définitivement au passé. Les chiffres de Statbel ne mentent pas: au 1er janvier 2025, pas moins de 36,3% des ménages belges étaient composés de personnes seules; à Bruxelles, cette proportion atteint même près de la moitié. Si l’on y ajoute les couples sans enfants et les familles monoparentales, on constate que trois quarts des Belges vivent dans une configuration familiale compacte. Une tendance qui se renforce. Il est donc logique de moins sortir casseroles et marmites pour une ou deux personnes, surtout en ville, où la livraison et les adresses de proximité offrent une véritable alternative. Francis Metzger, président du Conseil francophone de l’Ordre des Architectes, observe également cette évolution. «Bruxelles s’est historiquement construite autour de maisons bourgeoises destinées à de grandes familles disposant de personnel», explique-t-il. «La cuisine était alors un espace vaste et fonctionnel, à l’écart des pièces nobles , mais facilement accessible pour les domestiques. Aujourd’hui, ces concepts ont totalement disparu.» La plupart de ces imposantes demeures ont depuis été divisées en appartements. «Mathématiquement, la surface dédiée à la cuisine est dès lors simplement répartie entre les différentes unités d’habitation», précise Metzger. Le même phénomène s’observe dans d’autres capitales européennes. Sous l’effet de la flambée des prix de l’immobilier, les appartements deviennent de plus en plus compacts. «Lorsque l’espace est limité, il faut faire des choix rationnels», conclut-il. «La cuisine est alors souvent la première pièce à être réduite.» GRANDES VILLES, PETITS ESPACES
Cet architecte réputé vit à Bruxelles depuis toujours mais il a récemment investi dans un studio à Paris. «Je disposais de 30m2, j’ai donc réduit la cuisine à son très strict minimum. La plupart du temps, je dîne dehors ou je prends à emporter. Je n’ai qu’une toute petite gazinière à deux becs, un mini lave-vaisselle et un frigo de table que je n’utilise presque jamais. J’ai préféré consacrer de l’espace à d’autres priorités».
Optimiser le potentiel de surfaces d’habitations millimétrées est l’une des spécialités de Gilonne Kervella, architecte parisienne qui a fondé son bureau en 2020 et dont la clientèle se compose régulièrement de jeunes adultes de 25 à 30 ans qui signent leur premier achat d’appartement, d’une surface moyenne de 35m2. «Ils veulent quand même pouvoir recevoir leurs amis dans leur petit living. Il faut donc que la cuisine se fasse en quelque sorte oublier, avec des modules conçus sur mesure, ce qui implique de dégager un certain budget. Elle est présente, mais une fois qu’on ne l’utilise plus, elle se fond dans la partie séjour. Concrètement, les façades des placards sont conçues sans poignées et tout l’électroménager est intégré dans des caissons: machine à café, bouilloire ou grille-pain, rien ne traîne après utilisation sur le plan de travail, qui peut également devenir un bureau. Par exemple sur un de mes projets qui concernait une petite maison, l’îlot
À GAU C H E S UR U NE S U RFACE À PEINE PLUS G R A N D E QU’U N FAUTEU IL M OYEN, L A « K ITC H O O » RÉU NIT U N ÉQ U IPEM ENT C UL IN A IR E C O MPL ET, D E L A PL AQ U E À IN D UCT IO N AU L AV E-VA ISS EL L E. C O N Ç UE PO UR D IS PA RA ÎTRE D ÈS Q U E L’O R D IN AT E UR P ORTA B L E S ’OUV RE.
CRÉDIT: COU RTESY OF KITCH OO, AN NIC K VE RNIMMEN .
À DRO IT E DA NS LE S MA ISON S
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central, qui avait aussi la fonction de table, continuait le long du mur et devenait un escalier pour accéder à l’étage». La cuisine moderne idéale serait donc minimaliste et utilitaire à plusieurs titres, tout en fusionnant avec le décor.
OUT OF THE BOX
CUISINES COUTEAUX SUISSES
CRÉDIT: CO URTESY O F V-ZU G.
Ultra compact, le concept Kitchoo développé par Peter Locher en Suisse séduit toute l’Europe avec ses cuisines toutes équipées et prêtes à être installées. Elles mesurent 126 x 66cm pour les plus concentrées et touchent une clientèle exigeante aux habitudes cosmopolites: «on me commande des Kitchoo pour des petits châteaux ou pour des résidences secondaires tout autant que pour des pied-à-terre à Londres ou à Zurich. Ce n’est pas vraiment le budget qui motive ce choix, c’est plutôt le design et les fonctionnalités. Les voyages en avion sont devenus très abordables, alors les gens bougent tout le temps, ils passent d’un habitat réduit mais qui doit être très fonctionnel, à un autre. C’est vraiment la caractéristique des petits logements, quand c’est un choix de praticité: ils sont très agréables. De plus en plus d’actifs préfèrent posséder plusieurs petits appartements bien localisés qu’une grande maison dans laquelle ils restent toute leur vie». Il y a vingt ans, Peter Locher a eu cette idée d’intégrer tous les éléments d’une cuisine dans 1m3. «Nous avons développé un design différent, conçu pour être dissimulé, avec des abattants qui non seulement «avalent» le coin repas mais dont les fermetures ne grignotent aucun espace, visuel ou physique». Ces cuisines resserrées peuvent disposer d’une plaque de cuisson, d’une hotte, d’un frigo, d’un lave-vaisselle, d’un four et d’un éclairage modulable, avec une emprise au sol équivalant à un grand fauteuil. L’ingénierie suisse s’adapte aux nouvelles mœurs et le marché du mini grandit.
C I - D ESS U S L E S A PPA R E ILS D U FA B R ICA N T S UISS E V - ZUG E XC E L L E N T DA N S L’A RT D E L A D IS C R É T IO N , G R ÂC E À L E UR S FAÇA D E S M IN IM A L IS T E S E T À L E UR F IN IT IO N S A N S PO IG N É E S .
Xavier de Breucker, associé dans la société belge Cubex, a également analysé en profondeur la place socio-historique de la cuisine: «en Europe, il existe deux acceptions assez distinctes de la place du repas. Dans les pays latins, on admet volontiers que le repas partagé reste un pilier culturel. En revanche, contrairement aux clichés, c’est aussi vrai dans une grande partie des pays nordiques: le dîner y demeure un moment social important, structuré, protégé. À l’inverse, dans les cultures dites anglo-saxonnes, ce temps de partage est plus fréquemment maltraité : plus court, plus fragmenté, plus fonctionnel. Mais ces facteurs culturels n’expliquent pas tout. L’urbanité, la surface disponible, les rythmes de travail, l’omniprésence des écrans, le snacking et la livraison pèsent tout autant sur la manière dont on mange... et avec qui. » La façon dont on investit la cuisine serait selon lui un marqueur social déterminant: «au XXe siècle, la cuisine est devenue rationnelle, symbole de modernité. L’électroménager, dans les années 60, en a progressivement libéré les femmes. La cuisine américaine, qui fusionne avec le séjour, défendue et illustrée notamment par Charlotte Perriand et Frank Lloyd Wright, s’est généralisée. Puis, dans les années 2000, on a vu émerger une cuisine totem avec îlot central.» Aujourd’hui à Londres, à New-York, à Tokyo, à Séoul ou à Hong-Kong par exemple, où 20% de la population vit dans moins de 18m2, même les classes moyennes à hautes n’ont pas de cuisine et prennent leurs repas dehors. Pièce emblématique de l’espace-temps dévolu au vivre ensemble, la cuisine se réinvente constamment, à l’image d’une société qui adapte ses rituels de partage. Le monde change et quelle que soit la forme de la cuisine: something is cooking .
La cuisine est toujours bien présente, mais dès qu’elle n’est plus utilisée, elle se fond naturellement dans l’espace de vie.
CI-CO N TRE CA MILLE VE RS T RAE T E , C EO D E T HE HUB, A FAIT D’UNE BI BLI OTH È QUE DE MAT É RIAUX U N E V ÉR ITA BLE COMMUNAUT É I N TER N AT IONALE D’A RCHIT E CT E S.
LA CAVERNE R E P O R TA G E : L A U R A K E E R S M A E K E R S PHOTO: TIJS VERVECKEN
D’ARCHIBABA O N A I M E I M A G I N E R L ’ A R C H I T E C T E F A C E À L A PA G E B L A N C H E , F R A P P É PA R L ’ É C L A I R D U G É N I E . E N R É A L I T É , L A C R É AT I V I T É S E C O N S T R U I T . S O N A L L I É S ’ A P P E L L E T H E H U B : U N L I E U O Ù L ’ I N S P I R AT I O N N A Î T A U TA N T D E L A C U R I O S I T É Q U E D E L A M AT I È R E E T O Ù P R È S D E 5 . 0 0 0 É C H A N T I L L O N S S E P R Ê T E N T À L ’ E X P L O R AT I O N . L A TROISIÈME ANTENNE VIENT D’OUVRIR À BRUXELLES. DÉCOUVERTE EN AVANT-PREMIÈRE.
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P H OTO DE COUVERTURE NIKOL AAS VAN D E LOOCK (À GAUCHE ) E T FR ED ER I K RE YNDE RS , LE DUO D’EN TR EPRE NE URS À L’ORIGIN E DE T H E C HAP EL QUI OUVRE S E S PORT E S.
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maginez une table de travail en fibre de verre de quinze mètres de long, un coin salon dissimulant une piscine et une pièce rose ornée d’une immense boule à facettes. «Bienvenue à The Hub», sourit Camille Verstraete, en présentant le nouvel espace spectaculaire de Zaventem. Derrière ces murs se déploie un véritable paradis pour architectes: une bibliothèque de matériaux de 1.000 mètres carrés où les textures de demain sont à portée de main. L’effervescence est palpable: des ouvriers s’affairent à installer un tapis de plus de 300 kilos et à appliquer les dernières couches de peinture. «Nous sommes dans la phase la plus excitante», confie la CEO de 35 ans, en servant du café dans une tasse réalisée en acier inoxydable de l’atelier Soos d’Amsterdam. «Choisir la décoration, assembler la vaisselle et peaufiner les derniers détails avant l’ouverture officielle.» Bruxelles marque la troisième et la plus ambitieuse étape de l’aventure The Hub. Lancé il y a huit ans à Gand à l’initiative de Woodstoxx, spécialiste du parquet, le concept a progressivement pris de l’ampleur sous l’impulsion de CamilleVerstraete, séduisant aussi bien les architectes belges qu’internationaux.Après l’ouverture d’une bibliothèque à Anvers en 2021, la première pierre a été posée à Bruxelles en mars 2025. Moins d’un an plus tard, leur plus vaste showroom ouvre ses portes.
concept unique en Belgique, même si des initiatives similaires commencent à apparaître.
UN ESPACE D’EXPLORATION
DES JOYAUX BELGES
«The Hub est avant tout un laboratoire d’expériences», explique Camille Verstraete. «Les architectes découvrent des produits et matériaux innovants en se promenant. L’inspiration vient naturellement.» Le slogan «Where materials shape design» prend ici tout son sens. «Pour un architecte, voir les matériaux et sentir les textures est essentiel», poursuit-elle. «Le temps où les représentants passaient leurs journées sur la route appartient au passé.» Ouvrir un showroom représente souvent un investissement lourd pour les marques, tandis que les architectes manquent de temps pour multiplier les visites chez les fournisseurs. The Hub propose un espace partagé, accessible sur rendez-vous, où architectes et designers d’intérieur peuvent venir seuls ou accompagnés de leurs clients. Les particuliers n’y ont pas accès. Les marques s’acquittent d’une redevance annuelle pour leur espace, tandis que les architectes en bénéficient gratuitement. Un
Chaque site de The Hub s’entoure d’une sélection rigoureuse de partenaires choisis pour l’excellence de leur savoir-faire et la pertinence de leurs innovations.À Zaventem, plus de quarante marques sont représentées, avec une attention particulière portée aux matériaux belges de qualité: revêtements muraux haut de gamme d’Arte, tissus de Designs of the Time ou encore éclairage de Deltalight. Quelques exceptions internationales, à l’instar de la marque suisseV-Zug, y exposent également leurs produits premium. CamilleVerstraete nous guide à travers la vaste bibliothèque bordeaux, déployée sur deux étages. «Nous comptons ici plus de 5.000 échantillons», souligne-t-elle avec fierté. «Cet espace est deux fois
À GAU C H E T H E H U B OFF RE AUX A R C H IT E CT E S LA POSS IB IL ITÉ D E D É C O UV R IR Q U ELQ U E 5 .000 É C H A N T IL LO N S IN S ITU , D ES R E V Ê T E M E N T S M U RAUX D E LUXE AUX T E X T IL E S , EN PA SS A NT PA R L ES LUM IN A IR E S
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plus grand qu’à Anvers.» Nous découvrons les poignées de porte de Maison Vervloet, à Molenbeek, et la pierre naturelle de Van Den Weghe, à Zulte. Chaque marque dispose de son propre espace personnel d’exposition.
gestionnaire de showroom est toujours présent.» Peut-on emprunter les matériaux, à la manière de livres? «Non, nous ne disposons que d’un seul exemplaire pour la plupart des pièces. En revanche, notre plateforme en ligne permet aux architectes de consulter leurs sélections par projet.»
UN CADRE ADAPTÉ
Au centre de l’espace, une table de travail en fibre de verre de quinze mètres, conçue par Polywave, permet aux architectes d’exposer leurs sélections, de composer des «moodboards» et d’étudier des plans. «Cette table est modulaire», précise Camille Verstraete. «Elle peut être transformée en tables individuelles lors d’événements.» The Hub ne se réduit pas à une simple bibliothèque. Des ateliers et des événements y sont organisés régulièrement et le lieu fait aussi office d’espace de «coworking». «Tous les architectes ne disposent pas d’un cadre adapté pour recevoir leurs clients. Certains travaillent depuis leur salon. Ici, ils peuvent organiser des réunions et présenter immédiatement «moodboards» et matériaux.» «La force de ce concept réside dans sa communauté soudée», poursuit Camille Verstraete. «Marques et architectes s’entraident, collaborent sur des projets. Rassembler des personnes pour créer quelque chose de beau: c’est ce que j’aime.» The Hub se positionne aussi comme une plateforme pour les jeunes designers de matériaux et de mobilier, un lieu où ils peuvent présenter leurs créations et rencontrer des talents émergents de l’architecture belge. De jeunes architectes comme Simon de Burbure, Merijn Degraeve ou encore Justine Kegels et Jonathan Beeckmans viennent régulièrement y puiser l’inspiration. Chaque année, les sites accueillent environ 600 architectes. Et si un maître d’œuvre est à la recherche d’un matériau très spécifique ou vraiment exclusif? «Nous l’accompagnons dans sa démarche», promet Camille Verstraete. «Nous sollicitons des partenaires ou trouvons de nouveaux fournisseurs. Un
NE BOULE À FACET TES... CARRÉE
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En traversant la bibliothèque, un bar étincelant se dévoile, accompagné d’une cuisine ouverte bleu clair. «C’est le fruit d’une collaboration entre nos fournisseurs. Les panneaux muraux proviennent d’Orac, le bois de Decospan et le robinet d’Aqualex.» On se surprend déjà à imaginer l’ensemble dans notre intérieur. «C’est envisageable», sourit CamilleVerstraete. «Un architecte devra toutefois le dessiner pour vous. Nous conseillons sur les matériaux, sans concevoir nous-mêmes. Nous montrons simplement ce qui est possible.» CamilleVerstraete a collaboré avec quatre designers pour imaginer un «village» composé de coins salons, de salles de réunion et même d’une piscine. Chaque espace invite à se retrouver et à accueillir des clients. Onze salles de réunion, toutes distinctes, se succèdent: de la «velvet room» dorée tapissée de papier peint d’Arte à un coin salon vert et rose qui se révèle être une piscine signée Ceci n’est pas une piscine. Camille Verstraete nous entraîne vers sa pièce favorite: une salle rose, dominée par une boule à facettes carrée et une table ronde en terrazzo de Liz Tables. «Tout est sur mesure et issu de notre propre conception.» L’ensemble est audacieux, hors des sentiers battus et résolument instagrammable. En parcourant le showroom, une joie presque enfantine nous envahit. Le souvenir de ces mercredis après-midi chez Ikea nous revient: déambuler, découvrir des pièces de vie et des chambres reconstituées. L’ambition deThe Hub s’inscrit dans un registre similaire: inspirer et révéler des créations inventives, portées par des marques et des matériaux premium de la plus haute qualité.
Le temps où les représentants allaient de cabinet d’architecte en cabinet d’architecte appartient désormais au passé.
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La salle de sport privée adopte désormais les codes d’un studio boutique. UNE SALLE DE SPORT PREMIUM
Nous faisons une halte dans l’espace fitness signéTechnogym, équipé des derniers appareils couleur «Sand Stone». Une machine Reformer, un tapis de course et des poids donnent presque envie d’enfiler une tenue de sport. «Le bien-être et l’activité physique occupent une place de plus en plus centrale dans la conception des nouvelles habitations», explique CamilleVerstraete. «Une salle de sport privée n’est plus reléguée à une cave sombre mais s’apparente désormais à un studio boutique, doté d’équipements de pointe, de prises intégrées au sol et de vastes miroirs. L’architecte Mieke Van Herck plaisantait récemment en disant qu’elle aimerait suivre des cours de pilates ici.» Après la salle de sport, place à la cuisine professionnelle.À Anvers, CamilleVerstraete avait opté pour une cuisine rose; ici, elle se décline en orange. L’imposant îlot de cuisine, taillé dans une pierre de lave orange, s’accompagne d’un réfrigérateur américain, de caves à vin et de cinq fours différents, dont un four à pizza. L’objectif est clair: démontrer les possibilités des appareils colorés deV-Zug. Le résultat évoque une cuisine de rêve, digne d’un restaurant étoilé comme Misera ou The Jane. Cette orientation vers l’hôtellerie marque un tournant récent pour CamilleVerstraete. «À Bruxelles, nous accordons davantage d’attention à l’hospitalité et aux bureaux qu’à Anvers et Gand. Nous y présentons notamment des revêtements muraux ignifuges et des panneaux acoustiques, et Bulo est notre partenaire pour le mobilier de bureau design.» La localisation centrale de Zaventem facilite l’accès aux architectes de toutes les régions. L’an prochain, une implantation à l’étranger pourrait s’ajouter. Camille Verstraete regarde du côté de Paris et d’Amsterdam. «Nous collaborons déjà avec des architectes internationaux; récemment, nous avons même accueilli des architectes mexicains. La Belgique jouit d’une solide réputation pour son design de qualité et ses projets primés, et de nombreux architectes belges choisissent ici leurs matériaux pour des réalisations allant de Dubaï à Ibiza.» Une chose est certaine: The Hub affiche d’ores et déjà une envergure résolument internationale.
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A R C H I T E C T E H U M A N I S T E , A R T I S T E P R O T É I F O R M E , C R É AT E U R D ’ U N TA L E N T R A R E , J A C Q U E S D U P U I S DEMEURE UNE FIGURE BELGE ENCORE TROP MÉCONNUE DU GRAND PUBLIC. À REBOURS D’UN MODERNISME D O G M AT I Q U E , I L É L A B O R E U N E A R C H I T E C T U R E D ’ U N E R E M A R Q U A B L E O R I G I N A L I T É , À L A F O I S P O É T I Q U E E T T H É Â T R A L E . U N N O U V E L O U V R A G E , C O N S A C R É À S E S R É A L I S AT I O N S B R U X E L L O I S E S E T D I R I G É PA R MAURIZIO COHEN, LUI REND AUJOURD’HUI HOMMAGE.
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P H OTO DE COUVERTURE JACQU E S D U P U I S MONT RE COMME NT C OU LEU R, LUMIÈ RE E T MAT É RI AUX TR AN SFORME NT UNE MODE S T E MAI SO N M I TOY EN NE E N UN UNIVE RS LU MI N E UX ET OP TI MIST E . À DRO IT E ET CI- DESS OUS L E AUVE N T SC U LP TURA L DE LA VILLA E VERAE RT, À U C C LE, AT T IRE IMMÉ DIAT E ME N T L E R EGAR D.
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ontraste du blanc et du noir, refus de l’angle droit, lignes obliques, autant de récurrences dans l’architecture de Jacques Dupuis (1914-1984). Des tensions formelles qui font écho à une personnalité en clair-obscur, traversée de contradictions. Parler de l’architecture de Dupuis ne peut se faire sans évoquer son parcours intime. «J’aime des maisons logiques, saines et simples. Je les aime «pauvres» aussi et aux lignes épurées. Si je ne craignais pas de tomber dans le paradoxe et de mettre la confusion dans les esprits, je dirais que le style, c’est l’absence de style», déclarait-il en 1952, dans Le Peuple. «Tout comme la femme véritablement distinguée est celle que l’on ne remarque pas, tout comme l’homme qui sent bon est celui dont le parfum ne s’impose pas.» MAISONS-PORTRAITS
SU R LA PAGE DE DROITE DES M U R S AU MOBILIE R, DA NS « LE PAR AD OR» , INFLUE NCE S CA STI L L AN E S ET C LASSICIS ME S CA NDINAVE FU SI ON N E NT E N UN MONUME N TAL «GESAM T KUNS T WE RK» .
Entre les années 1940 et 1970, Jacques Dupuis construit une œuvre dense, disséminée sur l’ensemble du pays, dont une quinzaine de projets est classée au patrimoine. Mais ce sont ses maisons qui incarnent le plus son esprit libre, voire rebelle. Elles s’apparentent à des coquilles, des refuges conçus sur mesure pour leurs habitants, comme un portrait. Elles opposent la modernité de leur époque à la tradition des matériaux et de l’artisanat, dans une approche similaire à Alvar Aalto ou Gio Ponti. Son premier projet réalisé en solo est une maison, la seule qu’il baptisera: «Le Parador». Il la construit en 1948 à Woluwe-Saint-Pierre pour son frère ainé Paul-Victor, un éminent chirurgien qui lui donne carte blanche. Outre l’architecture, allant des influences castillanes au classicisme scandinave, il conçoit le mobilier, les jardins et le décor intérieur: volutes décoratives, stucs de plafond abstraits ou encore ferronneries. Un édifice qui a atteint un statut mythique, témoignage de son génie singulier. Avenue de Sumatra à Uccle, une façade interpelle par sa porte sommée d’un auvent sculptural. Jacques Dupuis avait le goût de la mise en scène. Trop petit pour offrir un réel
abri contre la pluie, il projette des ombres sur la façade, dans un jeu de lumière savamment orchestré. Construite en 1954 pour Madeleine Everaert, collectionneuse passionnée d’art moderne, la villa est aujourd’hui reconnue comme l’une des réalisations les plus audacieuses de l’architecte. À l’époque pourtant, elle suscite de vives réactions. Ses propriétaires actuels en sont tombés amoureux. «Cette maison force à réfléchir tout le temps. Elle intrigue. Il n’y a pas de matériaux luxueux mais un luxe de pensée hors du commun», évoque le propriétaire. Avec son épouse, il l’habite depuis 30 ans et confie faire «ménage à trois» avec elle. L’intérieur, dominé par le contraste du blanc et du noir cher à Jacques Dupuis, apporte une tension quasi dramatique. «Nous adorons y recevoir nos amis. Mais quand ils viennent on se demande si c’est pour nous ou pour voir la maison», sourit l’hôte. À Molenbeek, une joyeuse façade bleue et blanche brise la monotonie d’une petite rue. C’est une des rares maisons de Dupuis entre mitoyens, qu’il réalise pour l’ingénieur Durieu et sa femme enseignante, en 1954. Très imprégnée des «fifties», elle abrite un univers coloré qui détiendrait le pouvoir secret de la joie, selon Pascale Durieu, son occupante actuelle et fille des commanditaires. «Cette maison me régénère, c’est mon paradis retrouvé! Je suis toujours heureuse d’y rentrer, même après les vacances», avoue-t-elle. Pour répondre aux desiderata de ses clients, Jacques Dupuis s’écarte ici de ses habitudes et conçoit une maison résolument placée sous le signe de la couleur. DANDY MULTI-TALENT
Jacques Dupuis naît en 1914 à Quaregnon dans le Hainaut, d’un père chirurgien et d’une mère
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Dandy élégant et cultivé, Jacques Dupuis explore avec aisance le dessin, la musique, la peinture et l’architecture.
journaliste et artiste, qui lui transmet le goût pour les arts et la création. Il grandit au sein d’une famille bourgeoise, catholique fervente, dans une grande maison intimidante. Sixième enfant d’une fratrie de neuf, marqué par une enfance austère et par la disparition prématurée de sa mère, il développe très tôt une personnalité sensible. En 1934, il réussit à convaincre son père d’étudier à l’Institut supérieur des arts décoratifs de La Cambre, bastion progressiste, où il acquiert une vision transversale des arts. Dandy séducteur, élégant et cultivé, Jacques Dupuis touche à tous les arts: dessin, musique, peinture et architecture, au travers desquels il navigue avec autant d’aisance que de talent. Il fait de nombreux voyages, notamment au Japon et en Scandinavie, qui influencent toute son œuvre. Sans jamais fonder de véritable bureau, il s’entoure de nombreux collaborateurs et compagnons de route unis par le goût du beau comme: l’artiste Zéphir Busine, l’architecte Roger Bastin, Simone Guillissen-Hoa, Lou Bertot ou encore Albert Bontridder, avec lequel il conçoit l’immense cape lumineuse constellée d’étoiles du Palais 5, lors de l’Expo 58. Derrière une personnalité douce et discrète, Jacques Dupuis reste habité par une profonde inquiétude qu’il tente d’oublier dans les excès. Tout au long de sa vie, il cherchera à échapper aux cadres rigides, jusque dans ses constructions, où il s’emploie à ouvrir les angles. DE FIL EN AIGUILLE
«J’ai découvert Jacques Dupuis par hasard», se souvient Maurizio Cohen, architecte, historien et enseignant aux Facultés d’architecture de l’ULB La Cambre-Horta et de l’ULiège. Il travaille depuis quasi 30 ans sur Dupuis et a dirigé ce nouvel ouvrage initié en 2020, qui rassemble douze auteurs.
«En 1995, j’ai découvert le plan de la maison Everaert dans un guide d’architecture des années 1980. Il m’a intrigué», poursuit-il. «Personne ne connaissait Jacques Dupuis à l’époque. Puis j’ai rencontré Jan Thomaes, architecte et professeur à Anvers, qui a réalisé une thèse sur lui. Nous avons commencé à travailler ensemble, ce qui nous a conduits partout en Belgique, à la rencontre des commanditaires des maisons. Mais aussi, parfois, à assister à la destruction de certains projets…» Dans le prolongement de l’ouvrage publié avec Jan Thomaes en 2000, ce nouvel opus se concentre sur les réalisations bruxelloises, tout en consacrant une section à la Flandre et à la Wallonie, ainsi qu’aux projets transformés ou disparus. Sûrement trop libre pour son époque, l’architecture de Jacques Dupuis trouve aujourd’hui un nouvel éclairage. Longtemps restés confidentiels, ses projets apparaissent comme des lieux de pensée, des théâtres intimes, parmi les plus originaux de l’architecture belge d’après-guerre. «JAC QU ES D U PU I S À B R UX EL L ES », D I R. MAU RI ZI O CO H EN, FON D S M ER CATOR, 6 0 EU R OS .
C I -DE SS U S E N T R E 1 94 0 E T 1 97 0 , JACQU E S D UPUIS A L A ISS É UN E E MP RE I N TE R E M A R Q UA B L E DA N S L E PAYSAG E B E LG E . IC I, L A M A IS O N WAUT E RS À B R UX E L L E S . À DR O I T E DA N S L’ É G L IS E S A IN T E AL È N E À S A IN T - G IL L E S , JAC Q UE S DU P U I S E T R O G E R B A S T IN O N T O PT É P OU R U N E S O B R IÉ T É A SS UM É E .
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À MALMÖ
R E P O R TA G E : K L A A R W A U T E R S P H O T O : B I R G I T TA W O L F G A N G
L O R S Q U E U N C H E F D ’ O R C H E S T R E D E R E N O M M É E I N T E R N AT I O N A L E E T U N C H A N T E U R D ’ O P É R A C O N J U G U E N T L E U R S S E N S I B I L I T É S P O U R R E S TA U R E R U N E D E M E U R E H I S T O R I Q U E , L ’ H A R M O N I E S’IMPOSE D’ELLE-MÊME. APRÈS PLUSIEURS ANNÉES DE QUÊTE, THOMAS SØNDERGÅRD ET ANDREAS LANDIN ONT DÉCOUVERT LEUR REFUGE DANS UNE VILLA ÉDIFIÉE EN 1912, ŒUVRE DE L’ARCHITECTE SUÉDOIS RAGNAR ÖSTBERG. ORNÉE DE FENÊTRES EN VERRE SOUFFLÉ ET DOTÉE D’UNE ACOUSTIQUE REMARQUABLE, LA MAISON S’AFFIRME COMME UN ÉCRIN D’EXCEPTION POUR LEUR STEINWAY.
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our Thomas Søndergård, il existe un parallèle fascinant entre la rénovation d’une maison et la composition musicale. «Tout comme je cherche à déchiffrer les intentions d’un compositeur du XIXe siècle, je m’efforce de retrouver les idées originales de l’architecte lors d’une rénovation.» Le chef d’orchestre danois et son partenaire, le baryton suédois Andreas Landin, partagent une fascination commune pour l’histoire enfouie derrière les murs des bâtiments anciens. Redonner vie à une vieille demeure était pour eux une évidence, une partition à suivre naturellement. Dans le monde de la musique classique, leurs noms résonnent avec prestige. Thomas Søndergård est à la tête du Royal Scottish National Orchestra et du Minnesota Orchestra. En tant que chef invité très sollicité, il parcourt le globe avec des orchestres tels que les Berliner Philharmoniker, le London Symphony Orchestra, le Koninklijk Concertgebouworkest et le Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks. Son époux, quant à lui, a interprété des dizaines d’opéras contemporains, dont beaucoup ont été spécialement composés pour lui. Le couple passe plus de temps sur les scènes internationales que dans sa maison de Malmö. Lorsque nous parlons avec Thomas Søndergård, il se trouve aux États-Unis. Il évoque leur maison en Suède avec une douce nostalgie mais surtout avec amour et poésie. «Comme nous travaillons et voyageons énormément, nous voulions un lieu où nous aurions vraiment envie de revenir. Avoir la mer pour voisine est un cadeau inestimable. Nous nageons toute l’année et le spectacle du coucher de soleil continue de nous émerveiller.»
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Les fenêtres sont les yeux d’une maison: elles traversent le temps et durent toute une vie.
dant à des critères bien précis. Leur exigence première? Des fenêtres d’origine. «Les fenêtres sont les yeux d’une maison», explique Thomas Søndergård. «Bien entretenues, elles durent toute une vie. Leur valeur culturelle et esthétique est indéniable. La lumière qui traverse le verre soufflé est magique: c’est comme vivre dans une bulle de savon.» Après de nombreuses visites, ils ont trouvé, il y a un an, une maison de 1912, à Malmö, qui cochait toutes les cases: fenêtres d’origine, orientation réfléchie, espace pour la famille et les amis, un jardin romantique et vue sur la mer. S’y ajoute un argument de taille: la villa a été construite par Ragnar Östberg, architecte du célèbre hôtel de ville de Stockholm où se tient chaque année le banquet du Prix Nobel. La rénovation est devenue un voyage au cœur de la pensée de cet homme. SUIVRE LA LUMIÈRE
Le couple s’est plongé dans les archives pour retrouver les plans d’origine, presque aussi beaux que la maison elle-même. Peu de changements avaient été apportés au fil des ans. «Beaucoup de grandes maisons ont été défigurées par des rénovations radicales, mais ici, les idées de Ragnar Östberg étaient intactes», raconte Thomas Søndergård. «Notre mission est de restituer ce qui a été «volé» au design original. Nous ne croyons pas à l’idée d’adapter une maison à son image. Une maison comme celle-ci ne vous appartient pas, vous l’empruntez aux générations futures.» Avec treize pièces et trois salles de bains, la maison s’étend sur environ 500 mètres carrés. Le style? Une interprétation suédoise du mouvement Arts and Crafts. Ragnar Östberg accordait une attention particulière à l’orientation des espaces. Ainsi, la cuisine, orientée nord-est, est baignée de soleil le matin et reste fraîche le
PRIX NOBEL DE L’ARCHITECTURE
Thomas Søndergård et Andreas Landin ont longtemps cherché une maison de caractère, chargée d’histoire et répon-
PH OTO EN OUV ERTU R E AV E C S E S 8 2 M È T R E S CA R R É S E T S O N AC O US T IQ UE R E M A R Q UA B L E , L E S ÉJ O UR FA IT É GA L E M E N T O F F IC E D E S A L L E D E C O N C E RT PR IV É E . À GAU C H E C E T T E V IL L A D E T R E IZ E PIÈ C E S , É D IF IÉ E E N 1 91 2, C O N S T ITUE UN H O M M AG E S UÉ D O IS AU M O UV E M E N T A RT S A N D C R A F T S .
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soir venu. Le salon, orienté plein sud, et la salle à manger, à l’est, sont inondés de lumière grâce à de grandes portes-fenêtres. ARTISANAT SENSUEL
Dans cette rénovation, «authentique» est le mot d’ordre. Les parquets en chêne ont été conservés. Certaines modifications, telles que les cloisons dans la bibliothèque et les sols des années 60, ont été retirées afin de retrouver l’état d’origine. À ce jour, 80 % de l’intérieur est achevé; seules la cuisine et deux salles de bains restent à finaliser. Le couple prend son temps: «Les bons artisans sont un trésor. Ceux qui travaillent chez nous allient savoir-faire, réflexion et amour de la maison. Cela nous permet de savourer pleinement le processus de rénovation. Nous avons la chance de pouvoir leur accorder ce temps. La qualité et le savoir-faire relèvent pour nous d’une expérience presque sensuelle. Lorsque l’on ressent à la fois la pensée du concepteur et la main de l’artisan, une symbiose merveilleuse s’opère.» TOUCHES DE COULEUR
La maison mêle héros scandinaves, clarté, chaleur et couleur, antiquités et art. Pourtant, l’ambiance est le fruit d’une décoration spontanée. «C’est un mélange éclectique qui raconte notre histoire», confie Thomas Søndergård. «Nous ne cherchons pas à faire correspondre les éléments, cela se fait naturellement.Après tout, rien dans la vie ne s’accorde vraiment, n’est-ce pas?» Des espaces lumineux aux murs blancs immaculés se prolongent dans des pièces chaleureuses habillées de bois de chêne et de sapin teinté sombre, très prisés à l’époque en Scandinavie. La couleur n’est jamais loin: dans la bibliothèque, les murs vert émeraude et les rideaux rose vif apportent une touche joyeuse. Au rez-de-chaussée, les papiers peints luxueux attirent l’œil: une scène animée de singes signée Fornasetti côtoie un élégant entrelacs de feuilles, d’oiseaux et de grenades de William Morris & Co. Des artistes scandinaves, dont certains amis du couple, laissent leur empreinte colorée dans la villa,
CI-DE SS US DA NS LA B IBLIOT H È QU E ,
À DR O I T E DE S I CÔN E S D U D E S IG N
D ES M U RS VE RT É ME RAUDE E T DE S
T E L L E S QU E L A CH AI SE « S E AG UL L »
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D’ARN E JACOBSE N ( E N H AUT ) , L A
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P K14 DE P O U L KJÆRH OL M ( E N B A S À
D ESI G N DU MÊ ME E S PRIT. LA CH AI SE
GAU CH E ) E T L A «E G G CH A IR » S IG N É E ,
LON GU E « PK24» , DE SSINÉ E PAR P OU L
U N E FO I S E N CO RE , JACO B S E N ( E N B A S
KJÆR HOL M E N 1 956, Y OCCUPE U N E
À DRO I T E ) T RO UVE N T I CI UN É C R IN À
P LAC E D E CHOIX .
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avec par exemple des peintures d’Anette Harboe Flensburg et de Håkon Gullvåg, des sculptures signées par Bjørn Poulsen et Axel Petersson, sans oublier un mur de portraits de Henry Heerup et Axel Bentzen, entre autres. ICÔNES DU DESIGN
La plupart des meubles appartenaient déjà au couple, comme les grands classiques de Hans J. Wegner, Arne Jacobsen, Poul Kjærholm et Bernt Santesson. Parmi eux, la «Egg Chair» d’Arne Jacobsen et la «Pelican Chair» de Finn Juhl. Deux icônes du design que le propriétaire compare volontiers à la musique: on peut les interpréter sans en perdre l’essence. «Certains affirment qu’on ne se lasse jamais de la bonne musique. Nous ne sommes pas d’accord. Même des œuvres formidables qui ont résisté à l’épreuve du temps peuvent parfois nous lasser. C’est un peu comme avec les amis et les partenaires: on peut se disputer mais tant que l’amour demeure, on se souvient toujours de la raison pour laquelle cette personne ou cet objet est entré dans notre vie.» AU NOM DE LA ROSE
Il faudra patienter avant que le jardin ne fleurisse à nouveau. Alors, le romantisme de la villa s’épanouira pleinement, grâce aux innombrables rosiers, pour beaucoup d’origine et devenus géants avec le temps. Une autre touche de poésie: le pavillon de jardin et son ancien étang où flottent des nénuphars pourpres. Déjeuner au milieu de tant de beauté, dehors comme dedans, nourrit inévitablement les conversations. Reste une question essentielle: comment «sonne» la maison? Un musicien écoute sans doute une maison avec une autre oreille. «Le grand salon blanc possède une acoustique fantastique», confie Thomas Søndergård. «Avec ses 82m2, il ressemble à une petite salle de concert. Notre «Steinway B» de 1918 y sonne magnifiquement. Nous prévoyons bientôt quelques concerts privés pour la famille et les amis. C’est simple: les choses perdent leur valeur et leur sens si on ne les partage pas. Cela vaut pour la musique, mais aussi pour les maisons.»
Avoir la mer pour voisine est un privilège inestimable. Nous nous y baignons toute l’année et le spectacle du soleil couchant ne cesse de nous émerveiller.
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Avant même d’avoir achevé ses études, notre invité voyait déjà éclore, çà et là, des foyers de création. Entrepreneur né, il arpentait la ville avec son vélo à crêpes, prétexte gourmand à des rassemblements artistiques spontanés. Très vite, des lieux aux noms devenus presque mythiques comme «In de Frigo» et «In de Ruimte» ont surgi. L’enthousiasme était contagieux, à l’exception notable des riverains. Car ces espaces éphémères se refermaient invariablement sur une ultime fête, aussi vibrante que mémorable. Mais l’élan entrepreneurial ne s’émousse jamais. En quête d’un ancrage durable, il s’installe à Anvers avec un concept audacieux, à la croisée des chemins entre «trattoria» et «white cube»: mi-pizza, mi-art. Si l’ordre naturel veut que la mère engendre l’enfant, ce curateur atypique a inversé le récit. Ainsi naît «Pizza Gallery»: un lieu-refuge où de nombreux artistes trouvent un écrin pour des expositions temporaires, à la fois modestes dans leur format et ambitieuses dans leur propos. Ici, la pizza finance l’art. Grâce à cette alchimie singulière, l’enfant a pu s’enraciner à Anvers et croître sereinement. Puis vint la mère. Une nouvelle «Pizza Gallery», plus vaste et mieux structurée, ouvrit ses portes à Gand, offrant un écrin à des artistes permanents et à des expositions inscrites dans le temps long. «Je me sens en profonde affinité avec certains artistes», confie-t-il. «Prenez Jonas Dehnen ou Kasper De Vos; je discerne chez eux un avenir des plus prometteurs. Les accompagner ici, dans la galerie mère, serait un privilège. Feue Louise Delanghe comptait également parmi mes «high fives». Elle devait présenter sa première exposition personnelle ici en mai 2026; son absence nous est douloureuse.»
CONCEPT & PHOTO: HANS CORA R E P O R TA G E : LISE D’HAEYER
INCO GNITO
C A C H O N S - N O U S N O T R E V É R I TA B L E IDENTITÉ OU RÉVÉLONS-NOUS, AU CONTRAIRE, NOTRE ESSENCE LA PLUS INTIME? DANS SA SÉRIE «INCOGNITO», L’ARTISTE HANS CORA CONVIE CHAQUE SEMAINE UNE P E R S O N N E À F A I R E L ’ E X P É R I E N C E R A R E D E L ’ A N O N Y M AT . DERRIÈRE LE MASQUE SE RÉVÈLE SOUVENT PLUS QU’UN VISAGE À DÉCOUVERT.
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Feue Louise Delanghe comptait également parmi mes high fives . Elle devait présenter sa première exposition personnelle ici en mai 2026; son absence nous est douloureuse.
L A S E M A IN E DE RN IÈ RE DA N S L E N UM ÉRO D U 14 F ÉV RIER 20 26, L E C R É ATEU R ED OUA RD V E R M E UL E N S E D ÉVOIL A IT D ISS IM U L É D E R R IÈ R E UN M A S Q U E A RTIS A NA L . F IG UR E E M B L É M ATIQ U E D E L A M A IS ON N ATA N , IL IN CARNE U NE ÉL ÉGA NCE IN T E M PO R E L L E, FA ITE D E S IL H OU ET TES F É M IN IN E S AUX L IGNES PU RES , D E M AT IÈ R E S PR É CIEU S ES ET D’U N M IN IM A L IS M E D’U NE RA RE S U BTIL ITÉ; UN S T Y L E Q UI SÉD U IT, D EPU IS D ES A N N É E S , D E N OM B REU S ES FA M IL L ES R OYA L E S .
Un ancien entrepôt laissé à l’abandon, une poignée d’amis loyaux et talentueux: il n’en fallait pas davantage pour faire éclore, en un temps record, une galerie d’une rare élégance. «Je suis infiniment reconnaissant envers mon cercle d’amis fidèles», confiet-il. «Leurs compétences et leur engagement rendent ces projets possibles.» Même au cœur de l’hiver, le lieu laisse déjà deviner ce qu’il deviendra aux beaux jours: une perle dissimulée, aux accents méridionaux, digne du sud de la France. Gastronomie et art y renoueront leur dialogue, comme à Anvers, mais selon une dynamique inversée: à l’extérieur, un four à pizza monumental patiente, prélude à la construction du futur restaurant. En traversant la galerie, nous gravissons quelques marches vers un vaste espace ouvert qu’il occupe aujourd’hui par nécessité mais qu’il ambitionne d’investir demain par conviction. C’est ici que prendra forme son futur lieu de travail: un bureau, une réserve et trois ateliers généreux. Pour l’heure, la surface sous toiture demeure brute, envahie par les installations chromatiques et expérimentales d’Ian De Weerdt. Des dizaines de créations formant les mots «Say Yes» encerclent notre hôte; un écrin idéal pour la série «Myom» de l’artiste Hans Cora, qui invite chaque semaine son modèle choisi pour Sabato à concevoir son propre masque avant de l’intégrer au portrait par un subtil travail de retouche. «Je ne savais pas trop quoi faire pour le masque», admet-il avant d’ajouter: «À vrai dire, la création artistique n’est pas le rôle premier d’un galeriste. Alors je me suis dit: pourquoi ne pas simplement prendre une boîte à pizza, si cela vous convient?» Nous le rassurons: l’idée est parfaite. Nous nous réjouissons déjà de sa participation. Et, à bien y réfléchir, après cet article, ce masque à la fois prosaïque et révélateur n’exigera sans doute plus la moindre explication. @H A N S .C OR A @ M YOM S ER I ES
C ON N A I SS EZ - VO U S L A PERSO NNE QU I S E CAC H E D ERRI ÈRE CE M A S QU E OU D EMEU RE-T-EL L E POU R L’I N S TANT I NCO GNI TO ? POU R D ÉC OUVRI R L’I D ENTI TÉ D E C ET T E PER S O NNE, REND EZ-VO U S C E J EU D I S U R NOTRE CO MPTE I N S TAG R A M E T SAMED I PRO CH AI N DA N S L E M AGA ZI NE. @ S A BATOM AGA ZI NE
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Dans notre rubrique Kitchen Roulette, un chef dévoile quatre recettes avant de passer le relais au chef suivant, ce qui donne lieu à un menu surprenant et varié. Cette semaine, c’est au tour de Jason Spinoy de proposer sa première recette. Dans son restaurant Atelier Gist, niché dans une grange magnifiquement restaurée à la campagne près de Grammont, il déploie toute la richesse de la cuisine au feu de bois. Chaque plat porte l’empreinte de la fumée ou des braises, à l’image de cette gaufre salée à l’anguille.
«L’association de l’anguille, du lardo et de l’ail noir est devenue ma signature. Je l’ai longtemps intégrée dans une meringue avant de la proposer en accompagnement d’une gaufre salée. Ne vous laissez pas impressionner par certains ingrédients ni par l’évocation du feu ouvert: vous constaterez que ce hors-d’œuvre se prête aisément à une préparation plus simple.»
INGRÉDIENTS (pour 4 personnes) Sauce teriyaki (la meilleure alternative à
Un chef joue à la Kitchen Roulette et c’est vous qui raflez la mise.
KITCHEN ROULETTE JASON SPINOY G A U F R E À L’A N G U I L L E F U M É E , AIL NOIR ET OIGNON BRÛLÉ R E P O R TA G E : J A N S C H E I D T W E I L E R RECETTE: JASON SPINOY PHOTOGRAPHIE ET STYLISME: EVA BEEUSAERT
mon glaçage maison) 120 g d’anguille fumée, en morceaux ainsi que 100 g pour la crème 16 tranches très fines de «lardo di colonnata», un lard blanc affiné dans des bassins de marbre à Colonnata, en Toscane. Disponible chez les meilleurs bouchers. 2 oignons 100 g de jaune d’œuf (soit environ 5 à 6 œufs, selon la taille) 25 g de lait 100 g de crème (elle peut déjà être infusée des restes d’anguille mais de la crème ordinaire offre un résultat similaire) 100 g d’ail noir (un ail lentement maturé, disponible dans les magasins asiatiques ou les épiceries fines) 50 g de bouillon de poulet Pour les gaufres 1 œuf 100 g de farine (de la T65 qui est une farine de blé dur légèrement tamisée) 10 g de sucre 170 g de lait 33 g de beurre noisette fondu (obtenu en faisant fondre du beurre à feu doux jusqu’à ce qu’il prenne une teinte noisette) 0,5 g de levure sèche (en poudre) Sel 67 g de levain (optionnel: sans levain, le résultat est également délicieux) Équipement nécessaire Thermomètre de cuisine (numérique), poches à douille, pinceau de cuisine, gaufrier
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Anguille laquée Badigeonnez délicatement les morceaux d’anguille fumée de sauce teriyaki. FINITION Faites cuire les gaufres au gaufrier jusqu’à ce
À GAU C H E L A C UISS O N D IR E CT E D E L’O IG N O N DA N S L E S B R A IS E S IN CA N D E S C E N T E S C O N F È R E AU PL AT UN E N OT E IN T E N S É M E N T FUM É E , TO UT E N E N E X A LTA N T UN E D O UC E UR N ATUR E L L E . C I - D ESS OU S L’A N G UIL L E , L E L A R D O E T L’A IL N O IR C O N S T ITUE N T L E C Œ UR D E C E T T E PR É PA R AT IO N D É L ICAT E M E N T D É PO S É E S UR UN E GAUF R E S A L É E .
PRÉPARATION Pâte à gaufres Fouettez le lait et l’œuf. Ajoutez la levure sèche et éventuellement le levain, puis laissez reposer deux minutes. Incorporez ensuite le sucre et une pincée de sel.Tamisez la farine sur la pâte et mélangez à nouveau. Enfin, ajoutez le beurre noisette fondu. Laissez reposer la pâte pendant deux heures jusqu’à ce qu’elle ait bien levé: des bulles d’air doivent être visibles à la surface. Oignon brûlé Laissez un feu de bois se consumer jusqu’à obtenir des braises
incandescentes. Enfouissez l’oignon dans les braises et laissez cuire environ 20 minutes. Vous pouvez également le cuire au four: comptez alors 25 minutes à 240°C. Laissez refroidir, épluchez et coupez en lanières. Crème d’ail noir Mixez l’ail noir avec le bouillon dans un mixeur jusqu’à obtenir une purée lisse. Assaisonnez de sel et de poivre, puis versez éventuellement dans une poche à douille. Crème d’anguille fumée Mettez le jaune d’œuf, le lait et 75 grammes de crème dans une casserole à feu doux. Chauffez en remuant jusqu’à 83°C, puis mixez. Retirez du feu et ajoutez les 25 grammes de crème froide restants ainsi que les 100 grammes d’anguille fumée. Mixez jusqu’à obtenir une crème lisse. Assaisonnez de sel et de poivre. Versez dans une poche à douille et réservez au réfrigérateur pour rendre la crème plus consistante. Chauffez en remuant jusqu’à 83°C, puis mixez. Retirez du feu et ajoutez les 25 grammes de crème froide restants ainsi que les 100 grammes d’anguille fumée.
qu’elles soient dorées. La pâte permet de réaliser quatre gaufres ou plus. Je les cuis sur des braises chaudes mais tout gaufrier suffisamment puissant convient. Déposez un peu de crème d’anguille sur chaque gaufre chaude et garnissez de morceaux d’anguille laquée ainsi que de quelques lanières d’oignon brûlé. Ajoutez quelques points de crème d’ail noir et terminez par quelques tranches de lardo, qui fondront joliment sur l’ensemble. Saupoudrez éventuellement de poudre d’oignon. CONSEIL BOISSON Balade Minérale, blanc, Cul Sec, 2025 La marque néerlandaise Cul Sec propose des boissons sans alcool (<0,5%), proches du vin. Le jus non fermenté de raisins müller-thurgau et bacchus sert de base à cette cuvée. Il est infusé avec des coquilles d’huîtres, du sapin de Douglas et de la rhubarbe fermentée. Le résultat est un verre frais et minéral qui rappelle le vin naturel. La belle acidité salée du jus se marie bien avec le gras de l’anguille et de la crème. 1 5 EU R OS ( 7 5 C L ) C H EZ W W W. B R A N D S TOF S H OP. B E
L E 7 M A R S , JA S ON S PI N OY MET TRA L E CA B I L L AU D À L’H ON N EU R E N L E TRAVAI L L ANT AV EC D U FOI N .
ART, ANTIQUITÉ & CULTURE
CI-CO N TRE LA COLLE CT ION D’ART D’I N G C OMPT E QUE LQUE 2.50 0 ŒUV R ES. AU S IÈ GE PRINCIPA L , EST N OTAMME NT E X POS É E UNE P HOTOGRA PHIE DU BRITANNIQU E C R AI G I E HORS FIE LD. À DRO IT E LA CONSE RVAT RICE E N C HEF, ANNE PE T RE , AUX CÔT ÉS DE L’Œ UV R E « MARABOUT » DE PHIL I P AG U I R R E Y OT E GUI.
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Pourquoi l’art est-il omniprésent au siège bruxellois d’ING? ANNE PETRE (conservatrice en chef): «À l’emplacement actuel de notre siège, sur l’avenue Marnix, se dressait autrefois l’Hôtel Lambert, à la fois siège social et résidence privée de la famille Lambert. Ils y recevaient leurs clients bancaires en toute discrétion.Après l’incendie de cette maison, Johanna Lambert, alors à la tête de la Banque Lambert, a cherché un architecte international capable de concevoir un nouveau siège intégrant un appartement privé. Le courant n’étant pas passé avec Le Corbusier, elle s’est tournée vers New York et l’architecture bancaire de Gordon Bunshaft. Sa manière d’intégrer l’art à l’architecture a séduit cette famille de banquiers, très attachée à la culture.» «Au début des années 1960, Gordon Bunshaft conçoit pour les Lambert un bâtiment moderniste, pensé pour accueillir l’art. Il encourage le jeune Léon Lambert à découvrir l’avant-garde dans les galeries, ateliers et musées, élargissant son goût classique. Conseillé par Bunshaft, puis par Pierre Apraxine, conservateur de photographies à New York, Léon Lambert définit la vision de la collection. Renilde Hammacher, ancienne conservatrice du musée Boijmans Van Beuningen de Rotterdam, accompagne ensuite la banque. Portée par cette passion et une expertise internationale, la collection d’entreprise se développe dès 1965 pour réunir aujourd’hui 2.500 œuvres, dont environ 1.300 sont exposées au siège et en région.» La politique artistique a-t-elle évolué après la fusion avec la BBL en 1975 et l’acquisition par le groupe ING en 1998? «Non. L’art a toujours fait partie de notre ADN. Certaines années, la banque a peu acquis, privilégiant les expositions à l’ING Art Center entre 1986 et 2022. En 1987, une partie de la collection Lambert a été vendue: des œuvres d’Alberto Giacometti, Mark Rothko et Francis Bacon ont trouvé de nouveaux propriétaires.
Cette semaine, Anne Petre, conservatrice en chef de la Collection ING, nous ouvre les portes de la collection du baron Henri Lambert: un art enfoui sous terre et l’expérience singulière de travailler au milieu de chefs-d’œuvre, de Picasso à Muñoz.
ART R E P O R TA G E : T H I J S D E M E U L E M E E S T E R
WORKS PHOTO: WOUTER MAECKELBERGHE
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ART
Pour les œuvres fragiles ou précieuses, nous aurions pu installer des barrières mais nous privilégions la proximité avec nos collaborateurs. «Le reste demeure omniprésent dans nos bâtiments, des paravents japonais aux expressionnistes flamands jusqu’à l’art contemporain. Nous ne distinguons ni grands noms ni artistes oubliés: chaque œuvre, même jugée «mauvaise acquisition», a sa place et raconte une histoire. Nous ne sommes pas un musée, même si certaines pièces sont de qualité muséale.» Exposer les collaborateurs à l’art au quotidien peut-il être perçu comme une démarche paternaliste? «Le baron Lambert a dispersé la collection dans tout le bâtiment, non par paternalisme, mais par manque de place. Il partageait sa collection par passion, offrant à ses employés une ouverture sur le monde à travers l’art.» De quelle manière l’art influence-t-il le personnel? «Je suis souvent interpellée au sujet des œuvres exposées. De nombreux employés sont fiers de travailler dans un environnement où l’on trouve des réalisations d’Andy Warhol, Robert Rauschenberg, Joseph Beuys, Sol LeWitt, César Baldaccini, Michelangelo Pistoletto, Juan Muñoz, Marc Chagall, Pablo Picasso, et bien d’autres. Nous ne cherchons jamais à provoquer avec l’art mais nombre d’œuvres invitent à la réflexion.» «Il arrive que certaines questions surgissent. Dès que l’on apporte un peu de contexte, la compréhension des choix artistiques suit rapidement. Pour les œuvres les plus fragiles ou précieuses, nous aurions pu installer des barrières de protection mais nous préférons maintenir la proximité des créations avec nos collaborateurs.» «C’est l’artiste Pierre Bismuth qui a imaginé
le programme «Collection Connection», où les employés sont associés aléatoirement à une œuvre de la collection. Leur nom est alors affiché à côté, ce qui leur donne une visibilité supplémentaire. Lors du dernier appel à parrainage, nous avons déjà reçu 200 candidatures.» Les œuvres sont-elles accrochées selon une chronologie d’acquisition ou organisées en ensembles thématiques? «Nous mélangeons les œuvres de la collection Lambert avec des acquisitions plus récentes. Nous aimons associer des noms connus à de jeunes talents. En collaboration avec Laurence de Failly et Kathleen Weyts, nous avons aménagé les huit étages de manière thématique, chacun lié au rôle de la banque dans la vie des gens.À chaque niveau, un écran présente un texte introductif sur le thème global et les œuvres choisies.» L’argent, l’inflation ou le monde bancaire occupent-ils une place centrale dans la collection? «ING envisage l’art sous un angle sociétal, non financier. Certaines œuvres traitent de la notion de valeur, comme celles de Marcel Broodthaers, mais nous ne les collectionnons pas intentionnellement pour cette raison. Cadine Navarro, par exemple, a créé une œuvre poétique avec des graines recouvertes d’une feuille d’or. Un exemplaire est accroché au mur, un autre a été planté dans le jardin. Entre-temps, les graines ont germé: une autre forme de rendement qu’un compte épargne.» L’art facilite-t-il les échanges avec vos clients ou peut-il parfois faire obstacle? «En entrant dans le bâtiment par le parking, on découvre immédiatement les affiches historiques des expositions de galeries que Léon Lambert a visitées à l’époque. Elles témoignent de sa passion et de son parcours dans le monde de l’art. Pour nous, elles revêtent autant d’importance que les œuvres elles-mêmes.» «Notre bâtiment est, surtout depuis la dernière rénovation, encore plus en dialogue avec son environnement urbain. Les étages sont davantage connectés visuellement grâce à des puits de lumière supplémentaires, qui laissent entrevoir des œuvres d’art accrochées à d’autres niveaux. La colonne d’Arnaldo Pomodoro sur l’esplanade de l’avenue Marnix devait déjà accueillir tous les voyageurs et aujourd’hui, le rez-de-chaussée ressemble à un hall d’hôtel rempli d’art. Depuis l’esplanade, on peut apercevoir des œuvres réalisées par Giuseppe Penone, Antony Gormley, Richard Deacon,AnnVeronica Janssens ,Valérie Mannaerts et Laure Prouvost. L’oiseau bleu-vert de son installation brûle jour et nuit, tel un phare pour l’art.»
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EN H AUT D E CET TE PAGE J UA N M UÑ OZ E N S E NTINEL L E, V EIL L A NT S U R L A « S K Y L IN E » BRUXEL LOIS E. EN BA S D E C ET TE PAGE U NE S C UL PTUR E D E S OL L EWIT T.
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R E P O R TA G E : JAN SCHEIDTWEILER
WINE IN THE CITY
Avec quelques ajustements judicieux, cette adresse emblématique pourrait retrouver son statut d’incontournable.
CONCE NT RÉ E N CUISI N E , ART H U R SABBE CON F I E L E S E X PLICAT IONS À L’ É QU I P E DE SAL L E .
Les nouveaux propriétaires, Patrick Wilikens et John Haijen, ont fait le choix de ne rien changer à l’intérieur de Wine in the City. En franchissant le seuil du restaurant, on pourrait croire que le temps s’est arrêté il y a près de vingt ans: le couloir étroit menant à la salle à manger, les meubles familiers, la cuisine ouverte, et même les grandes photographies couleur sont toujours là. Seules les étagères à vin semblent moins garnies qu’à l’époque d’Isabelle Tillemans et Eddy Münster, qui ont transféré leur cave à Sancerre, en France. Wine in the City, l’un des rares restaurants de qualité du nord de Bruxelles, a une réputation à défendre. Les nouveaux propriétaires semblent déterminés à relever le défi en confiant les fourneaux à Arthur Sabbe, un chef talentueux ayant fait ses armes dans des établissements prestigieux tels que Le Chalet de la Forêt et Fico. Concentré dans sa cuisine ouverte, Arthur Sabbe laisse au service le soin des explications. La carte, volontairement réduite, joue la sécurité avec un déjeuner trois services à 50 euros et un menu de cinq ou sept services à 65 ou 85 euros. À noter que les amuse-bouches
comptent comme un service, une astuce pour maîtriser les coûts. Sur les trois proposés, deux sortent du lot: un carpaccio en bouillon de bœuf et un sashimi de dorade. La tempura de shiso, en revanche, déçoit par sa texture quelque peu grasse et froide, masquant la délicatesse de la feuille de shiso. La coquille SaintJacques grillée accompagnée d’une crème de céleri-rave et salicorne aurait pu être plus aboutie, les coquilles étant de qualité moyenne et la crème manquant de goût. Heureusement, la suite se révèle plus convaincante: un généreux filet de bar accompagné de crème de fenouil et de fines tranches de fenouil râpé, sublimé par un léger jus de bouillabaisse. Le filet de coucou de Malines, farci de légumes, avec oignon caramélisé, jus savoureux et croquant de sarrasin soufflé, est un délice. Le dessert, autour de panna cotta, orange sanguine et argousier, élève la note finale au-dessus de la moyenne. Wine in the City fait un démarrage prudent mais pourrait, avec un peu plus d’effort, redevenir une référence. C ET T E EN S EI G N E A FAI T L’O BJ ET D’U NE VI SI TE A N ONYME, FI NANCÉE PAR SABATO.
Le chef Sabbe joue la prudence avec une carte restreinte et exclusivement francophone. AD RESS E
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Le paradoxe du quotidien selon Anton Gudim.
@_YE S_BUT
CO LLA B ORATEURS : E LIS ABE T H CL AU SS, L I SE D’ H AE YE R, I RI S DE F E I JT E R, T H IJ S D E M E UL E M E E S T E R, JAC IN T H E G IG O U, J O R IK L E E M A N S , IN G E RY L A N T, JAN SC HE IDT WE ILE R, JA SON SP I N OY, KL AAR WAUT E RS R É DACT E UR S: E L IN E B R O E C K X , N ATA L IE H E LS E N , L AUR A K E E R S M A E K E R S PH OTOG R A PH I E: E VA B EEU S A ERT, HAN S C O RA , A LE X A NDE R D’HIE T, STAN H UAUX , WO UT E R MAE CKE L BE RG H E , N IC O L A S S C H IM P, S T E FA A N T E M M E R M A N , T IM VA N D E V E L D E , T IJ S V E R V E C K E N , B IRGIT TA WOL FGA NG CO UVE RTURE: S T E FA AN T E MME RMAN I L LUST R AT I O NS: AN TO N G U DI M C H EF D I G I TA L : D R IE S C E UPPE N S T R A D U CT I ON : É M IL IE VA N D E PO E L R EL ECTU RE FI NAL E: M AR I E- N O Ë LLE VE KE MA NS RÉDACTION P H OTO : ST E L L A BO U DE N S R É DACT I ON PH OTO & C OOR D I N AT I ON : N AT H A L IE WA R N Y M I S E EN PAG E: C H R IS TINE D U B OIS , DAV I D ST E E NHUYS E ART DIR E CTO R : P H I L I P VAN BAST E L AE RE R É DACT R I C E EN C H EF A D J OI N T E: E LS M A E S R ÉDACT R I C E EN C H EF : A N B O GA E RT S CREATI VE D I RECTO R: G ER DA ACKA E RT ABONNEMENT S: T É L . 0800/55.150, ABO N N E ME N T @L E C H O. B E A N N ON C EU R S : T R US T M E D IA , AV E N UE D U PO RT 8 6C, BT E 30 9, 1 0 0 0 B R UXEL L ES , TÉL . 02 / 4 2 2 .05.1 1 S ABATO@T RUST M E DI A . BE É DI T E UR R E SP O NSA B L E : P ET E R Q UAG H E B E UR S A BATO ES T I M PR I M É C H EZ R OU L A RTA PR I N T I N G.
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