JUIN 2020
NO 3089 – JUIN 2020
GRAND FORMAT
GUINÉE Interview exclusive Alpha Condé : « Mes adversaires ont une mentalité de putschistes » ALGÉRIE Tebboune et l’armée : l’heure de la reprise en main
SOPHIE GARCIA/HANSLUCAS.COM
Pour tout comprendre de l’évolution d’un pays
BURKINA FASO Mobilisation générale
S’il maintient un haut niveau de vigilance face à la pandémie, mais aussi contre le terrorisme, le pays tout entier se concentre désormais sur la relance de l’activité économique et la préparation de la présidentielle et des législatives du 22 novembre. no3089H
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BURKINA FASO Spécial 30 pages
BTP
CES GRANDS
CHANTIERS QUI VONT CHANGER LE CONTINENT
CAMEROUN Le crépuscule des Fotso
JEUNE AFRIQUE N ° 3 0 8 9
Si la pandémie est encore loin d’être vaincue, le continent, contrairement aux prévisions catastrophistes, s’est distingué dans bien des domaines. Réactivité, solidarité, élaboration de solutions locales, implication de ses élites… En ces temps où tous les sujets sont sur la table et où le monde entend se réinventer, l’« Afrique d’après » semble porteuse de promesses.
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Une nouvelle Afrique ?
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SPÉCIAL COVID-19
France 7,90 € Algérie 420 DA Allemagne 9 € • Belgique 9 € Bénin 7,32 € • Congo 7,30 € • DOM 9 € Espagne 9 € • Guinée 7,30 € Italie 9 € Maroc 50 DH • Pays-Bas 9,20 € • RD Congo 10 $ US Royaume-Uni 8,5 £ Rwanda 7,30 € • Sénégal 2000 XOF Suisse 15 CH • Tunisie 8 DT • Zone CFA 4800 F CFA ISSN 1950-1285
RD CONGO Marthe Tshisekedi, la gardienne du temple
Marwane Ben Yahmed
ÉDITORIAL
@marwaneBY
JA de retour en kiosque… dans une nouvelle Afrique
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epuis maintenant dix semaines, les dispositifs de confinement adoptés en France, où se trouve notre siège, mais aussi dans de nombreux pays africains, nous ont imposé une décision inédite : la suspension, le temps que ces mesures soient levées, de la publication de l’édition papier de Jeune Afrique. Que nos fidèles lecteurs et abonnés se rassurent, ce numéro spécial, en vente quatre semaines, consacré essentiellement à la crise engendrée par le Covid-19, à ses conséquences pour l’Afrique et aux leçons que nous devons en tirer, signe le grand retour de JA en kiosque. Une édition repensée, dans son contenu comme dans la forme, avec une nouvelle maquette, et particulièrement riche (196 pages). La crise sanitaire qui s’est subitement abattue sur nos têtes, faisant voler en éclats nos certitudes, nos habitudes et nos repères, a mis en lumière un fait nouveau, source d’espoir : contrairement à ce que nous annonçaient les habituels haruspices des temps modernes, qui n’aiment rien tant que prévoir le pire pour l’Afrique, notre continent s’est illustré positivement dans bien des domaines. Il a fait preuve d’une résilience incontestable et d’une réactivité que nous ne lui connaissions guère. À l’exception de l’Asie, il s’en tire mieux sur le plan sanitaire que la plupart de ses prospères partenaires
internationaux, qui en ont subitement oublié leur pavlovienne condescendance. Mieux, tout le monde a pu constater que, une fois n’est pas coutume, l’Afrique a su se mobiliser tout entière pour parler d’une même voix, faire preuve de solidarité, explorer ses solutions, ouvrir le débat, y compris sur des sujets jusqu’ici tabous, par exemple celui de la dette. Last but not least, l’implication inédite de nos experts et de nos intellectuels. Qui
CETTE PÉNIBLE ET ÉTRANGE PARENTHÈSE A ÉTÉ UNE VÉRITABLE LEÇON D’HUMILITÉ POUR TOUS. n’ont cessé de remettre en question les dogmes jusqu’ici en vigueur et de pousser nos dirigeants à chercher des réponses sur le continent, sans attendre que le reste du monde nous vienne en aide. Pour faire émerger du cloaque dans lequel nous avons été précipités une Afrique nouvelle, souveraine, innovante et responsable. Tous les sujets sont sur la table, de la démocratie au rôle des femmes, de l’apport des nouvelles technologies à l'élaboration d'un modèle de développement qui nous soit propre. Débarrassée des fers aux pieds et des carcans qui l’ont trop longtemps contrainte à l’inertie, cette « Afrique
d’après » qui s’esquisse semble riche de promesses. Il nous a donc semblé indispensable, notamment pour que cette dynamique se poursuive et s’étende à d’autres champs, de lui consacrer une large part de ce numéro de reprise. Cette pénible et étrange parenthèse, véritable leçon d’humilité pour tous, a été l’occasion d’une réflexion globale. Pour revenir à l’essentiel. S’interroger sur la place de notre entreprise dans la société, de manière concrète (son utilité) mais aussi plus émotionnelle (les liens que nous tissons avec vous). Repenser notre mission. Mais aussi notre engagement à vos côtés qui, évidemment, ne peut plus être identique à celui qui présida, il y a soixante ans de cela, à la création de votre hebdomadaire. L’Afrique évolue, Jeune Afrique aussi. Depuis l’émergence de cette crise, nous avons mis en place un dispositif online de grande envergure, à la mesure de notre audience, en forte croissance: 2,3 millions d’utilisateurs, 5,3 millions d’abonnés sur les réseaux sociaux (2,5 millions sur Facebook et 2,8 millions sur Twitter). Ce faisant, nous accélérons un mouvement stratégique – notre transformation digitale – lancé il y a déjà plusieurs mois. Malgré la pandémie et les contraintes qu’elle impose, l’ensemble de la rédaction de Jeune Afrique est pleinement mobilisée pour vous offrir en temps réel, sur notre site et notre application mobile,
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SOMMAIRE 3
Éditorial par Marwane Ben Yahmed
PROJECTEURS 6
L’homme du mois Akinwumi Adesina sur la sellette 8 10 choses à savoir sur… Moncef Slaoui 10 Comme le temps passe… 19 Le match Idriss Déby Itno vs Abubakar Shekau 20 Esprits libres
en accès totalement gratuit, l’information la plus complète et approfondie possible sur une crise qui nous concerne tous.
L’ENQUÊTE 22
Offre éditoriale renforcée
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AFRIQUE SUBSAHARIENNE
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Guinée Interview du président Alpha Condé 56 Côte d’Ivoire Beaux-frères jumeaux, beaux-frères rivaux? 60 RD Congo « Maman Marthe », gardienne du temple 67 Cameroun Le crépuscule des Fotso 70 Gabon L’enfant déchu de la République
MAGHREB & MOYEN-ORIENT
74 80 86 88
Algérie Valse militaire Tunisie On l’appelle Robespierre Arabie saoudite MBS, modèle réduit Maroc Z comme Zaoui
DOSSIER
116 BTP & infrastructures Ces grands chantiers qui doivent changer la donne
CULTURE
128 Science-fiction Ils nous disent l’avenir 134 Interview Abdennour Bidar, philosophe 138 Médias Scénaristes en série 140 Histoire Mis sous l’éteignoir par le FLN 142 Cinéma Le Normand et le Guinéen
GRAND FORMAT
143 Burkina Faso Mobilisation générale
VOUS & NOUS
192 Le courrier des lecteurs 194 Post-scriptum
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INTERNATIONAL
92 Union européenne-Union africaine D’égal à égal
ÉCONOMIE
102 Finance Les sentinelles du Trésor 107 L’infographie Hydrocarbures: 30 projets à l’épreuve de la crise
ILLUSTRATION RAFAEL RICOY POUR JA; VINCENT FOURNIER/JA
Ce n’est bien sûr pas tout, car l’actualité du continent ne se limite évidemment pas aux affres du Covid-19. Les enjeux politiques et économiques, dans les jours et les semaines à venir, sont légion. D’Alger au Cap, en passant par Abidjan, Dakar ou Kinshasa, notre réseau de correspondants et nos spécialistes continueront de vous informer, de vous dévoiler l’envers du décor, de décrypter les trajectoires de nos pays et de nos dirigeants. Dans ce contexte, nous renforçons notre offre éditoriale. Nos abonnés ont bien évidemment accès à l’intégralité de nos contenus et, surtout, aux plus exclusifs d’entre eux. Ils sont d’ailleurs de plus en plus nombreux à nous rejoindre : + 50 % de nouveaux abonnements sur le seul mois d’avril. Votre fidélité et votre confiance sont les moteurs de notre engagement, notre raison d’être. La pratique d’un journalisme rigoureux et indépendant, qui prenne du recul et privilégie le temps long, celui de l’enquête, du reportage et de l’analyse, en ces temps troublés où il devient de plus en plus ardu de démêler le vrai du faux alors qu’il est essentiel de savoir et, surtout, de comprendre ce à quoi nous sommes confrontés et ce qui nous attend, est un impératif. Hier, les fake news brouillaient votre compréhension des vrais enjeux et votre lucidité de citoyens du monde. Aujourd’hui, dans un tel contexte, elles vous intoxiquent, au sens littéral du terme. Notre mission en devient, plus que jamais, indispensable. Et le lien qui nous unit chaque jour, plus fort.
Coronavirus Et si l’Afrique en sortait renforcée?
108 Transport aérien Interview de Tewolde GebreMariam, DG d’Ethiopian Airlines 111 Tech Andela à la recherche d’un nouveau modèle 112 Décideurs Isabel dos Santos mobilise son dernier carré de fidèles 114 Débats
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Directeur de la publication: Marwane Ben Yahmed mby@jeuneafrique.com
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PROJECTEURS
10 choses à savoir sur…
MONCEF SLAOUI
Ce chercheur d’origine marocaine s’est vu confier par le président américain, Donald Trump, la direction scientifique d’un ambitieux programme destiné à trouver un vaccin contre le Covid-19.
SAUVEUR DE L’AMÉRIQUE?
C’est à cet homme de 61 ans, détenteur de la triple nationalité, marocaine, belge et américaine, que Donald Trump vient de confier la direction scientifique de l’opération Warp Speed. Son but? Développer rapidement un vaccin contre le coronavirus, de manière à ce que des millions de doses soient disponibles avant la fin de l’année.
MILLIONNAIRE
Après près de trente ans au sein du groupe pharmaceutique GSK, il est entré au conseil d’administration de Moderna en 2017. Cette société mène aujourd’hui des essais cliniques pour un vaccin contre le Covid-19. Pour éviter tout conflit d’intérêts, il a dû vendre, pour plus de 10 millions de dollars, les 156000 stockoptions de Moderna qu’il détenait encore.
MENTOR ET CONCURRENT
HISTOIRE BELGE
médecine de l’ULB se souviennent du jeune docteur brillant et avenant qui leur a rendu de nombreux services.
Après avoir obtenu son bac au lycée Mohammed-V, à Casablanca, il tarde trop à s’inscrire à la faculté en France et doit donc se résoudre à rejoindre l’Université libre de Bruxelles (ULB). Il ne pense alors rester qu’une année, mais il achèvera finalement ses études dans le pays et obtiendra la nationalité belge.
VIRUS DE L’AMOUR
À la fin des années 1990, alors qu’il est enseignant universitaire en Belgique, il décide de suivre aux États-Unis la virologue qui deviendra son épouse, Kristen Belmonte (recrutée outre-Atlantique pour travailler sur un vaccin contre le sida). Les premières années, il en profite pour approfondir ses études post-doctorat à Harvard puis à l’université de Boston.
ESPOIRS DÉÇUS
En 1986, il tente de revenir s’installer au Maroc, mais les facultés de médecine de Rabat et de Casablanca se montrent peu intéressées par sa spécialisation en immunologie et en biologie moléculaire. Dès lors, il comprend que sa place est ailleurs.
UNE POINTURE
Chercheur de renom, il compte une centaine d’articles et de présentations scientifiques à son actif. Il est également membre de plusieurs conseils d’administration et de comités consultatifs de différentes fondations s’intéressant à la recherche médicale. Parmi elles, le National Institutes of Health américain.
SOLIDARITÉ
De retour en Belgique, il ne rompt pas les liens avec son pays d’origine. Les nombreux étudiants marocains de
Chez GSK, il présidait le département vaccins – un poste auparavant occupé par Jean Stéphenne, son mentor – avant de devenir numéro deuux du groupe. Figure du monde pharmaceutiqque, Stéphenne dirige actuellement CureVac, un laboratoire allemand qui cherche égaleement un vaccin contre le coronavirus.
Natif d’Agadir, il assiste, enfantt, au décès de sa sœur, qui a succcombé à la coqueluche. C’est à ce moment-là que naît sa vocation. Son paalmarès en recherche et développement est impressionnant: il a contribué au dévelloppement de quatorze vaccins, y compris coontre le cancer de l’utérus ou la gastro-entéritee infantile à rotavirus.
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ALEX BRANDON/AP/SIPA
SUPERCHERCHEUR
FUTUR PRIX NOBEL?
En 2016, le magazine Fortune le plaçait déjà 29e dans son top 50 des « personnalités qui changent le monde ». En 2021, le prix Nobel de médecine lui serait tout destiné s’il parvenait à être le premier à mettre sur pied un vaccin contre le coronavirus. FAHD IRAQI, à Rabat
COMMUNIQUÉ
AVIS D’EXPERT
Union Européenne En savoir plus sur :
ec.europa.eu/eu-eip
Plan d’investissement externe de l’Union européenne Faire face à la crise du Covid-19 en Afrique
L’
Union européenne soutient la lutte contre la pandémie du Covid-19 en Afrique. L’un des principaux moyens mis en œuvre a consisté à réorienter les 4,6 milliards d’euros du Plan d’investissement externe (PIE) pour permettre notamment de maintenir à flot les petites et les moyennes entreprises ou d’installer des laboratoires d’essais contre le coronavirus. Stimuler l’investissement et l’emploi Nous avons conçu ce Plan pour aider les pays africains à attirer davantage d’investissements qu’ils ne pourraient le faire autrement, en particulier en provenance du secteur privé, local et international. Il s’agit de favoriser la création d’emplois et la croissance économique, tout en créant de nouvelles opportunités pour les individus comme pour les investisseurs. Une approche en trois volets Avec ce Plan, nous fournissons un appui financier, nous apportons notre expertise et nous soutenons la mise en place d’un climat favorable aux investissements. 1. Finance Nous apportons deux types d’appuis financiers, susceptibles de générer davantage d’investissements que l’argent de l’Union européenne ne pourrait le faire seul. Le premier appui est une garantie. Nous partageons le risque d’investir pour que les banques de dévelop-
pement et les investisseurs privés prêtent aux entrepreneurs locaux ou financent les projets de développement. Le second appui est constitué de subventions. La plupart combine les aides européennes avec des prêts ou d’autres apports financiers d’investisseurs privés ou publics. La subvention couvre une partie des coûts qui va permettre à un projet de voir le jour. Ces financements ciblent essentiellement les secteurs de l’énergie, des transports, de l’eau et de l’assainissement, ainsi que le soutien aux petites entreprises. Par exemple, nous aidons à : • créer/soutenir 5 millions d’emplois ; • prêter 2 milliards d’euros aux petites entreprises ; • produire chaque année 15 000 gigawatts d’énergie renouvelable. 2. Expertise Nous fournissons également une assistance technique. Nos experts, en ingénierie comme en comptabilité, aident les promoteurs à développer des projets de qualité ou les gouvernements avec leurs réformes. 3. Soutenir un climat favorable aux investissements Les gouvernements d’Afrique améliorent le climat des investissements pour renforcer l’attractivité de leurs pays aux yeux des investisseurs et des entrepreneurs. Nous les aidons
Kay Parplies Chef de l’Unité investissements et financements innovants, Direction générale de la coopération internationale et du développement, Commission européenne, Bruxelles
dans ces efforts. Nous réunissons également les pouvoirs publics et le secteur privé pour échanger sur les défis liés aux investissements. Faire face ensemble à la crise L’UE a déjà alloué 4,6 milliards d’euros à ce Plan pour mobiliser à terme jusqu’à 47 milliards d’euros d’investissements. A présent, pour faire face au Covid-19, nous recentrons les garanties vers les chefs d’entreprises, les femmes et les jeunes. Nous encourageons les banques locales à prêter davantage aux petites et aux microentreprises pour les aider à surmonter leurs difficultés. Nous contribuons à améliorer les conditions financières qui leur sont faites pour leur faciliter les emprunts auprès des banques locales, y compris en devise locale. Nous redoublons également d’efforts pour investir dans la santé, en particulier dans les laboratoires d’essais. Ces évolutions reflètent notre souplesse et notre détermination à aider à protéger les populations dans toute l’Afrique et à rester à leurs côtés pour faire face à cette crise sans précédent.
INTERNATIONAL UNION EUROPÉENNEUNION AFRICAINE
D’égal à égal Prévu en octobre, le 6e sommet UE-UA devait entériner un partenariat renouvelé entre l’Europe et l’Afrique. Mais la crise du Covid-19 est venue perturber le calendrier… et les relations entre Bruxelles et Addis-Abeba.
F OLIVIER CASLIN
idèle à son agenda, l’UE avait prévu de consacrer l’année 2020 à ses relations diplomatiques, politiques, économiques et culturelles avec l’Afrique. La nouvelle Commission a pris ses fonctions le 1er décembre 2019. Une semaine plus tard, sa présidente, l’Allemande Ursula von der Leyen, se rendait à Addis-Abeba pour rappeler devant Moussa Faki, son homologue de la Commission de l’UA, à quel point « le continent africain compt[ait] pour l’UE ». Dès le 13 mars, Josep Borrell, vice-président de la Commission et haut représentant de l’Union pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, présentait, avec la commissaire aux Partenariats internationaux, Jutta Urpilainen, la nouvelle stratégie européenne pour l’Afrique, censée dépoussiérer la précédente, datant de 2007. Juste avant cette communication, une vingtaine de commissaires n’avaient pas hésité à faire un déplacement inédit jusqu’à la capitale éthiopienne pour s’enquérir des attentes et des propositions africaines. Les négociations promettaient de durer au cours de l’été avant qu’un accord émerge avec l’automne et qu’un « nouveau partenariat d’égal à égal » soit adopté en octobre lors du 6e Sommet UE-UA, organisé à Bruxelles.
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La fin d’année pouvait même se conclure en beauté avec la signature des accords Afrique-Caraïbes-Pacifique (ACP), destinés à prendre la suite de ceux de Cotonou – signés en 2000 entre l’UE et 79 pays – et objet d’âpres négociations depuis plus de deux ans.
Rencontres annulées
Mais la crise du Covid-19 a grippé le calendrier européen et bouleversé l'ordre des priorités chez les deux partenaires. Épicentre de la crise sanitaire dès avril, l’UE post-Brexit a dû faire face à l’urgence de sa propre situation, ainsi qu’à la remise en question de certains principes de solidarité interne par quelques-uns de ses pays membres. L’Afrique, de son côté, continue de se mobiliser en attendant un possible pic à venir. Les rencontres prévues sont annulées les unes après les autres, et, même si les vidéoconférences se multiplient, « les discussions n’avancent pas », regrette un négociateur africain. Au point de se demander, aussi bien au siège de l’UE qu’à celui de l’UA, « s’il est bien nécessaire d’organiser un sommet qui n’aurait qu’une valeur symbolique ». Le sujet est pour l’instant tabou à Bruxelles, où l’on attend toujours de connaître la vision africaine pour donner un contenu « au cadre général » dévoilé dans la capitale belge en mars.
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TIKSA NEGERI/REUTERS
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, au côté de Moussa Faki, son homologue de l’UA, le 7 décembre 2019, à Addis-Abeba.
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INTERNATIONAL
UNION EUROPÉENNE-UNION AFRICAINE
La Commission n’en démord pas: son document n’a rien perdu de sa pertinence, et les cinq axes de sa stratégie – transition verte, transformation numérique, croissance soutenable et emploi, paix et gouvernance, migration et mobilité – demeurent prioritaires sur le continent. Les circonstances rendent le discours inaudible en Afrique et renforcent l’impression héritée du sommet de 2017 à Abidjan d’une Europe déconnectée de ses réalités. D’autant que l’UE n’a pas su profiter de la crise pour souligner la particularité de ses relations avec le continent. Elle s’est même fait ravir la vedette par la Chine, qui, pendant quelques semaines, semblait voler au secours de l’Afrique quand Bruxelles peinait à rassembler une quinzaine de milliards d’euros pour parer au plus pressé. « Une bataille des narratifs » qui a mis dans une colère noire Josep Borrell à mesure qu’elle soulignait les limites politiques de l’UE. Justement, l’Afrique aussi entend changer de discours et
LA MISE EN PLACE DE LA ZLECA VA ÉLARGIR LE POUVOIR DE NÉGOCIATION DE L’UA, QUI POURRAIT ÊTRE TENTÉE D’ALLER VOIR AILLEURS.
semble prête à prendre au mot son partenaire lorsqu’il lui propose de sortir de la traditionnelle relation donneur-receveur. Le camp africain n’a peut-être pas encore présenté sa stratégie, mais il fait entendre ses arguments, comme la mise en place de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zleca), « qui va nous donner le pouvoir de négocier avec tous les partenaires du monde », estime la présidence de l’UA. Lassée d’attendre le partenariat équilibré que l’Europe lui promet depuis des années, l’Afrique pourrait être tentée d’aller voir ailleurs. « L’UE prendrait alors le risque de n’apparaître que comme un bailleur de fonds ou un opérateur sécuritaire », craint déjà l’un de ses diplomates. Une éventualité dont ne veut pas entendre parler Ursula von der Leyen, qui va devoir convaincre les pays membres et l’institution communautaire de lui accorder les moyens de « faire plus pour l’Afrique ». Si l’Europe ne veut pas voir quelqu’un d’autre s’en charger à sa place.
Jutta Urpilainen
Commissaire aux Partenariats internationaux de l’Union européenne
« L’Afrique veut un partenariat équilibré, c’est ce que nous lui proposons »
S RONI REKOMAA/BLOOMBERG VIA GETTY IMAGES
Propos recueillis par OLIVIER CASLIN
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i elle n’est pas officiellement la « Madame Afrique » de la Commission von der Leyen, Jutta Urpilainen est au cœur de nombreuses négociations avec le continent, à commencer par celles qui concernent les accords commerciaux post-Cotonou avec les pays ACP. C’est également cette Finlandaise de 44 ans, ancienne vice-ministre, qui a présenté, le 13 mars, la très attendue nouvelle stratégie européenne pour l’Afrique. Quelques jours seulement avant l’arrivée de la pandémie…
Jeune Afrique: Quelle est la principale évolution apportée par la nouvelle stratégie européenne?
Jutta Urpilainen: Avec seulement trois mois pour préparer ce document, nous n’avions pas l’ambition de tout réinventer. Les priorités définies lors du sommet d’Abidjan de 2017 restent valides, qu’il s’agisse de la transition écologique, de la transformation numérique, de la croissance soutenable et de l’emploi, de la paix et de la gouvernance, et enfin des questions de migration et de mobilité, qui sont les cinq domaines clés, identifiés par la Commission, de notre future coopération avec l’Afrique. Le principal changement vient peut-être du discours lui-même. Nous voulons faire comprendre en Afrique, mais également en Europe, qu’il est temps de sortir du prisme donneur-receveur pour mettre en place des partenariats équilibrés dans le monde en général et avec l’Afrique en particulier.
TASK FORCE DE CHOC Personne ne sait encore si le prochain sommet UE-UA pourra avoir lieu physiquement à la date prévue, mais tout le monde s’accorde à dire que l’Afrique n’a jamais semblé aussi bien préparée que pour ce 6e rendez-vous. « La présidence de l’UA joue toujours un rôle majeur dans ces rounds de négociations », précise l'un de ses conseillers, et beaucoup reconnaissent aujourd’hui le leadership de Cyril Ramaphosa en la matière. « La voix de l’Afrique du Sud porte beaucoup plus que celle d’autres pays à Bruxelles », confirme un diplomate africain. Le président en exercice depuis le 10 février peut compter sur le soutien de celui qui a occupé la fonction en 2018, Paul Kagame, aujourd’hui président du comité d’orientation de la future agence de développement de l’UA – créée sur
La pandémie actuelle ne rend-elle pas déjà cette nouvelle stratégie caduque?
Le contexte a significativement changé ces deux derniers mois, mais cette stratégie n’a rien perdu de sa pertinence. Les tendances de fond concernant les questions climatiques ou l’innovation digitale restent les mêmes. Bien entendu, l’urgence de la situation nous demande de nous concentrer sur la lutte contre le virus, mais les besoins d’une politique de coopération au sens large demeurent en Afrique. La présentation de notre stratégie n’est que le début du processus, et nous avons lancé de vastes consultations auprès de nos partenaires africains, de nos pays membres et de nombreuses organisations présentes en Afrique et en Europe. Malgré les difficultés liées à la pandémie, ces consultations se poursuivent, et nous attendons de connaître les positions africaines pour pouvoir présenterunelignepolitiquecommune lors du sommet que nous prévoyons toujours de tenir à Bruxelles en octobre. Cette pandémie n’aurait-elle pas été l’occasion pour l’UE de confirmer qu’elle est bien le partenaire particulierqu’elleprétendêtrepourl’Afrique?
L’A f r i q u e e s t u n e p r i o r i t é pour Bruxelles, et nous sommes
les cendres du Nepad – et grand architecte des réformes en cours au sein de l’organisation panafricaine. Moussa Faki, le président de la Commission de l’UA, profite justement de ces changements profonds pour mieux mobiliser son administration. Les dirigeants de l’UA n’ont pas hésité cette fois à faire appel aux meilleurs économistes du continent. Carlos Lopes conseille depuis deux ans les présidents qui se sont succédé. Et si la mission officielle des « envoyés spéciaux » nommés le 12 avril par Cyril Ramaphosa porte sur les conséquences de la pandémie en Afrique, Ngozi Okonjo-Iweala, Donald Kaberuka, Tidjane Thiam et Trevor Manuel ne manqueront pas de porter à Bruxelles les propositions de l’UA. O.C.
entièrement mobilisés, aux côtés de nos partenaires africains, pour traverser cette crise ensemble, sur le court terme, le moyen terme et le long terme. Je rappelle que nous avons distribué, depuis 2014, un total de 1,1 milliard d’euros pour renforcer les systèmes de santé dans quinze pays du continent. Et je considère personnellement que les 15 milliards d’euros que nous venons de réorienter pour aider en urgence l’Afrique sont un exemple significatif de notre solidarité envers nos pays partenaires. Avez-vousdéjàuneidéedesattentesdu côté africain?
Avant de présenter notre stratégie, l’ensemble ou presque du collège de commissaires s’était rendu à Addis-Abeba pour justement écouter les propositions de l’UA. Nous nous entretenons beaucoup avec les différents leaders du continent ces derniers mois, et leur attitude me semble très constructive envers cette nouvelle stratégie. Ils veulent un partenariat équilibré, et c’est ce que nous leur proposons. Beaucoup demandent une simplification des instruments de financements européens pour plus de clarté et d’efficacité.
C’est en effet nécessaire. Le budget européen en cours de négociation pour le prochain cycle financier de sept ans contient justement la proposition émise par la Commission en 2019 de regrouper onze instruments financiers existants en un seul. Si le principe de cet Instrument de voisinage, de coopération au développement et de coopération internationale (Ndici) est accepté, ce sera une énorme évolution dans le financement de notre coopération extérieure, dont l’architecture deviendra ainsi plus lisible pour nos partenaires. Le Ndici pourrait voir le jour dès la confirmation du nouveau budget et démarrer l’année prochaine. Faut-il s’attendre également à une réorientation des investissements européens en Afrique ?
Nous sommes un investisseur de premier plan sur le continent et nous voulons le rester. Notre objectif est de développer l’investissement privé en Afrique. Nous ne pourrons pas atteindre les Objectifs de développement durable (ODD) sans le secteur privé. Pour investir plus, dans davantage de projets, il nous faut le soutien des entreprises, en Europe comme en Afrique.
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UNION EUROPÉENNE-UNION AFRICAINE TRIBUNE
Cinq axes pour une refondation
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LES DIRECTEURS DES ORGANISATIONS MEMBRES DU EUROPEAN THINK TANKS GROUP (ETTG)
actuelle crise sanitaire représente un défi extraordinaire pour notre monde globalisé. À commencer par l’Union européenne (UE), qui, face à cette pandémie, doit impérativement regarder au-delà de ses frontières, en direction notamment de son partenaire le plus proche, l’Afrique. Au nom de la réciprocité des intérêts. Juste avant la pandémie, en mars, l’UE avait dévoilé sa nouvelle stratégie africaine, bâtie justement avec l’ambition de forger « un partenariat d’égal à égal ». L’apparition du Covid-19 risque déjà de la rendre obsolète, et la lutte contre le virus constitue même un test majeur quant à la volonté européenne de respecter ses orientations. « Si nous ne réglons pas le problème en Afrique, nous ne pourrons pas le régler en Europe », affirme Josep Borrell, le chef de la diplomatie européenne. L’Europe doit donc penser à sa sortie de crise en se préparant à accompagner l’Afrique dans la sienne. L’UE doit travailler avec l’Afrique dans sa lutte contre le virus, mais également dans l’élaboration d’un nouveau partenariat sur le long terme. Les crises majeures sont propices aux changements historiques et peuvent être un formidable accélérateur de réformes sociales, économiques et politiques. Cette crise nous fournit l’occasion de sortir de notre politique d’aide traditionnelle pour inaugurer un modèle de coopération sincère entre l’Europe et l’Afrique. Pour poser de telles fondations, l’UE doit: 1 Appuyer les programmes de reprise économique de l’Afrique Le coût de la pandémie s’annonce déjà très lourd pour les économies africaines. Les ministres des Finances du continent doivent trouver plus de 100 milliards de dollars pour espérer réduire l’impact du virus. Les 15 milliards d’euros annoncés récemment par le Conseil européen des Affaires étrangères ne peuvent constituer dans ce contexte qu’un premier pas. L’UE devra faire beaucoup plus et s’associer aux efforts multilatéraux entrepris par le G20, le FMI et la Banque mondiale. Soutenir pleinement les initiatives de l’Union africaine (UA) et de la Banque africaine de développement (BAD). 2 Participer à la reconstruction d’une économie plus respectueuse de l’environnement Il est de notre devoir et de notre responsabilité envers les générations futures d’avancer vers un avenir écologicocompatible. Les programmes de relance économique à venir doivent tenir compte d’objectifs environnementaux. Réconcilier
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impératifs climatiques, croissance économique et politiques de développement, la tâche s’annonce compliquée pour l’Afrique. À trop vouloir imiter la Chine, l’UE a surtout investi ces dernières années dans les industries extractives et les infrastructures en Afrique, accroissant l’endettement des pays et leur vulnérabilité. Il faut désormais investir dans la diversification des économies locales, dans la recherche de nouvelles chaînes de valeur écologiquement acceptables. Porter une attention particulière aux PME, génératrice d’emplois. Soutenir l’innovation en généralisant l’accès digital pour les populations et éviter de nouvelles inégalités. 3 Agir contre les aspects négatifs de la mondialisation La crise actuelle nous a rendus conscients des vulnérabilités créées par la globalisation de l’économie. Malgré ses réussites incontestables, elle n’a pas pu empêcher les pénuries de matériel sanitaire de première nécessité constatées dans de trop nombreux pays. L’intégration économique semblant devoir se poursuivre, il pourrait être sage pour l’Europe et l’Afrique de développer une approche plus régionale, moins liée aux dépendances externes. 4 Investir dans des secteurs publics efficaces et performants Les difficultés affichées par de nombreux systèmes de santé à travers le monde soulignent l’importance de secteurs publics efficaces. Certaines questions de gouvernance ayant été négligées ces dernières années, elles doivent retrouver leur place dans l’agenda des relations entre l’Afrique et l’Europe. L’UE devra avoir une approche plus sensible des réalités et des différents contextes politiques locaux. Avec la réciprocité comme modèle à suivre. 5 En finir avec la relation de dépendance entre le Nord et le Sud L’Afrique et l’Europe doivent rééquilibrer leur relation. C’est en partageant les connaissances et les expériences qu’ensemble elles réduiront l’impact sanitaire et économique de cette pandémie. Le soutien financier européen et l’annulation de la dette sont cruciaux pour l’Afrique, mais les élites du continent doivent éviter de tomber dans le piège de l’aide extérieure. L’UE doit les aider à mobiliser leurs ressources domestiques et à lutter contre les flux financiers illégaux. Sur les cendres de cette crise doit émerger un partenariat d’un nouveau genre entre l’Afrique et l’Europe.
COMMUNIQUÉ
AVIS D’EXPERT
Proparco
151, rue Saint-Honoré - 75001 Paris - FRANCE Email : severacc@proparco.fr
www.proparco.fr
Grâce à son partenariat avec l’UE, Proparco diversifie ses activités et augmente ses impacts D ans les pays en développement et émergents, les petites et moyennes entreprises (TPME) constituent 90% du tissu entrepreneurial et créent 60 % des emplois formels. Ces acteurs clés ont besoin de ressources financières pour développer leur activité mais leur accès au financement reste très limité, souvent parce qu’ils sont perçus comme une clientèle risquée par les banques.
Pour faciliter l’accès au crédit des TPME dans les pays en développement ou émergents, le Groupe AFD a lancé en mars 2019 avec le soutien de l’Union européenne (UE) et du Groupe des États d’Afrique,des Caraïbes et du Pacifique, un nouveau mécanisme de garantie : Euriz. Sur le terrain, les banques, vers lesquelles les PME s’adressent pour obtenir un prêt en monnaie locale, peuvent désormais faire appel à Proparco pour garantir une partie du risque lié au prêt. Proparco a ainsi signé en mai 2019 une opération avec la United Bank for Africa (UBA), afin d’accroître l’accès au crédit des TPME opérant dans des secteurs à fort impact social et sociétal au Nigéria. Ce projet soutient notamment des start-up - dans le cadre de Choose Africa, une initiative de la France mise en œuvre par le Groupe AFD pour accompagner et financer 10 000 start-up et TPME africaines d’ici 2022- et finance des projets d’énergies renouvelables et d’efficacité
énergétique.Un autre projet ayant bénéficié de la garantie Euriz a été signé en Mauritanie,en décembre 2019,avec un acteur majeur du financement de l’entrepreneuriat, Attijari Bank Mauritanie (ABM).Proparco a octroyé une garantie de portefeuille qui cible les secteurs de l’agriculture, de la pêche, de l’éducation et de la santé.
Proparco parvient ainsi, grâce à l’UE qu’elle mobilise depuis son accréditation en 2015, à soutenir davantage d’opérations que ce que sa propre structure financière et organisationnelle lui permet. Proparco peut ainsi aujourd’hui appuyer le financement de nouveaux types de clientèles, plus risquées pour les banques mais porteuses d’impacts positifs majeurs.
Camille Severac, Responsable de la cellule Accompagnement Technique et mixage des ressources
Groupe AFD soutenu par l’UE dédié au financement des énergies renouvelables hors réseau en Afrique. En investissant dans Rensource,Proparco grâce à l’appui de l’UE contribue à faciliter l’accès à l’énergie dans un contexte de déficit énergétique important et croissant au Nigéria, une priorité commune.
Grâce à Euriz, un nouveau mécanisme de garantie mis en place avec l’Union Européenne (UE), plus de 6 200 PME africaines - dont 1 200 dans les pays fragiles - devraient bénéficier dans les prochaines années de prêts pour créer leur projet ou développer leur activité. C’est aussi avec le soutien de l’UE que Proparco a investi en fonds propres dans la société Rensource, une entreprise spécialisée dans les énergies renouvelables au Nigeria. Une opération réalisée dans le cadre de la facilité Africa Renewable Energy Scale-up (ARE Scale-up), un outil du
Pourl’accès à ces outils,pourla mise en place de mécanismes innovants mais aussi pour la richesse des échanges techniques et la complémentarité de nos différentes actions, Proparco souhaite poursuivre et approfondirson partenariat avec l’UE afin de renforcer l’impact de ses activités.
INTERNATIONAL
UNION EUROPÉENNE-UNION AFRICAINE
Carlos Lopes Conseiller à la présidence de l’UA
D
ERIC PIERMONT/AFP
« L’Europe doit traiter l’Afrique en adulte » Propos recueillis par OLIVIER CASLIN
epuis le 2 juillet 2018 et le sommet de Nouakchott, l’Union africaine (UA) a t rè s o f f i c i e l l e m e n t appointé Carlos Lopes pour l’épauler lors des délicates négociations avec la Commission européenne. En tant que conseiller à la présidence, l’économiste bissau-guinéen dispose de l’oreille attentive de Cyril Ramaphosa et travaille en étroite collaboration avec la commission dirigée par Moussa Faki.
Un avis qui compte à Addis-Abeba et irrite parfois Bruxelles. Jeune Afrique: Qu’attend aujourd’hui l’Afrique de l’Europe ? Carlos Lopes : Nous voulons sortir
d’une relation asymétrique, entre une partie qui a les moyens, et donc décide des priorités, et une autre qui doit s’adapter. La relation doit changer de mode de fonctionnement. Et nous attendons pour cela de disposer d’un instrument de gouvernance de
continent à continent qui aujourd’hui n’existe pas. Nous ne voulons plus d’une relation centrée sur l’aide mais sur les intérêts communs en matière de commerce, de paix et de sécurité, de migration et de changement climatique. Dans ces quatre domaines sur lesquels nous pouvons introduire des conditionnalités nouvelles, nous devons pouvoir discuter en direct, sans intermédiaire, dans un cadre aux responsabilités bien établies, avec des obligations de part et
VERS UN REGROUPEMENT DES INSTRUMENTS FINANCIERS Contrairement aux idées reçues, l’UE reste bien le premier partenaire économique de l’Afrique. Le rythme n’est peut-être pas aussi soutenu qu’avec Pékin, mais Bruxelles fait toujours la course en tête (voir infographie). C’est justement pour accélérer la cadence et « inverser les narratifs », explique un fonctionnaire européen, que les deux dernières Commissions tentent d’accorder les nombreux instruments financiers à leur disposition pour mettre en musique la politique d’action extérieure communautaire. En 2018, l’UE a débloqué, tous mécanismes et tous pays confondus, plus de 74 milliards d’euros, soit 57 % du montant total investi dans la coopération, contre à peine 10 % pour la Chine. Et personne ne le sait. Alors, pour apporter un peu de cohérence, comme demandé par le « comité des sages » en décembre 2019, et tisser « ce nouveau partenariat avec l’Afrique », la Commission a repris à son compte la proposition émise en juin 2018 de regrouper ses instruments financiers de coopération extérieure en un seul. Si son principe était entériné lors des négociations en cours sur le prochain budget communautaire 2021-2027, ce nouvel Instrument de voisinage, de coopération au développement et de coopération internationale (Ndici) disposerait
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d’une enveloppe globale de 32 milliards d’euros pour l’Afrique subsaharienne, plus 22 milliards pour la politique de voisinage, qui concerne le nord du continent. Cette possible réorganisation des fonds a déjà rallumé la vieille querelle institutionnelle entre la Banque européenne d’investissement (BEI) et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) que certains rêvent d’éteindre avec la création d’une « super-banque européenne de développement », également suggérée par les sages. L’arrivée d’un tel bras financier permettrait de renforcer le volet externe de l’ambitieux Plan européen d’investissement (PIE), adopté en 2017 par la Commission Juncker, qui, pour la première fois, place le secteur privé au rang des priorités. En plus de vouloir contribuer à l’amélioration du climat des affaires dans les pays partenaires, le PIE apporte la garantie communautaire aux projets soutenus par les agences de développement des différents pays membres, ainsi que par les institutions financières internationales. Doté d’un fonds de démarrage de 4,1 milliards d’euros dès cette année, il doit permettre de mobiliser jusqu’à 44 milliards d’euros. O.C.
COMMUNIQUÉ
African Trade Insurance Agency (ATI) /Assurance
AVIS D’EXPERT
Kenya ReTowers, 5th Floor, Off Ragati Road, Upperhill P.O. Box 10620, G.P.O. 00100 - Nairobi, Kenya Tél. : +254 (0)20 272 6999 Email : info@ati-aca.org
www.ati-aca.org
Promouvoir l’énergie propre en Afrique en encourageant l’investissement privé L
a population en Afrique augmente rapidement ; elle attein-
Ici, l’assurance a un rôle à jouer. Les
dra deux milliards d’habitants en
investisseurs privés peuvent être at-
2040.La faim d’énergie augmente en
ténués par l’Agence pour l’Assurance
conséquence.Aujourd’hui, 600 mil-
du Commerce en Afrique (ATI). L’ATI
lions d’Africains n’ont pas accès à
est une institution panafricaine d’as-
un approvisionnement énergétique
surance contre les risques d’entreprise
Obbie Banda,
Thomas Pohl,
moderne. Souvent l’électricité est
en Afrique, entre autres dans le sec-
Assurance du Commerce en Afrique (ATI-ACA)
KfW Banque de Développement Projets d’énergie Afrique australe
risques auxquels sont confrontés les
disponible quelques heures par
teur de l’énergie. Fondée en 2001, elle
jour seulement. L’Afrique est donc
compte aujourd’hui 17 États membres,
déjà confrontée à un grave déficit
dont l’Éthiopie, le Kenya, le Nigeria et
énergétique et la demande va encore
le Rwanda, et 10 actionnaires institu-
augmenter. Cette demande supplé-
tionnels dont la Banque africaine de
mentaire peut et doit être couverte
développement.
par des sources d’énergie largement renouvelables.
L’ATI ne peut cependant pas prendre
Toutefois, cela nécessite des investis-
qui surchargerait son bilan.Pour cette
sements d’environ 20 milliards USD
raison elle collabore avec des compa-
par an, qui ne peuvent être couverts
gnies de réassurance et des donateurs
par les seuls budgets publics. Mais
publics pour transférer le risque. La
l’intégralité du risque des projets, ce
« Nous fournissons des solutions innovantes permettant davantage d’investissements dans les énergies renouvelables en Afrique. » John Lentaigne, Directeur Général Intérimaire, ATI-ACA
l’engagement des investisseurs privés dans des projets d’énergie renouvelable est souvent entravé par des restrictions de la capacité de crédit des gouvernements et opérateurs africains. Les risques entrepreneuriaux sont donc perçus comme élevés. Pour lever cet obstacle structurel, une action vigoureuse s’impose.
KfW, banque de développement allemande,ensemble avec Munich Re et la Banque européenne d’investissement, permet à l’ATI d’offrir exactement les régimes d’assurance requis pour des investissements privés à long terme. La KfW apportera 50 millions USD comme garantie de deuxième perte pour couvrir des projets d’une valeur
supérieure à 1 milliard USD. Ceci est rendu possible par une garantie de l’Union européenne, à savoir le Fonds européen pour le développement durable. Ainsi, des risques sont éliminés qui freinent les investissements privés dans l’expansion des énergies renouvelables. En fait, le potentiel est gigantesque : l’Afrique vient juste de commencer à utiliser ses vastes ressources. En outre, le projet approfondit le partenariat entre les institutions et les investisseurs européens et africains - un objectif déclaré de l’UE et du gouvernement allemand. Une atténuation adéquate des risques décide souvent de la réussite d’un projet.Or,l’ATI et ses partenaires fournissent des solutions innovantes pour promouvoir les investissments dans les énergies renouvelables en Afrique.
INTERNATIONAL
UNION EUROPÉENNE-UNION AFRICAINE
d’autre selon des engagements mutuels. Et je constate avec satisfaction qu’après avoir longtemps résisté la Commission européenne semble prête à en accepter le principe. Que pensez-vous justement de cette nouvelle commission ?
Les positions prises par Ursula von der Leyen sont très encourageantes. Elle a réservé son premier déplacement officiel à l’UA et elle est venue à Addis-Abeba avec 23 commissaires, ce qui n’était encore jamais arrivé, pas même à Bruxelles. Les déclarations de Josep Borrell vont également dans le bon sens en ce qui concerne la mobilité et la relation politique entre les deux continents. Maintenant, il reste à mesurer cette évolution de manière concrète. Et la stratégie africaine présentée à Bruxelles au début de mars ?
Ils ont fait leurs propositions, nous ferons les nôtres, et nous trouverons le meilleur chemin entre les idées des uns et des autres. L’histoire entre nos deux continents est toujours très émotionnelle. Et cela peut rapidement provoquer un déficit de confiance. Pour éviter cela, il faut traiter l’Afrique en adulte, et j’espère que la nouvelle commission le fera. L’Afrique peut-elle se passer du soutien de l’UE ?
Les Africains ont toujours regardé ailleurs. C’est dans leur intérêt. L’Afrique a actuellement de fortes relations d’un point de vue économique avec la Chine. Et il est dans son intérêt de maintenir ces relations fortes qui injectent beaucoup de capital et provoquent donc d’importantes transformations à travers le continent. Mais cela ne se fait pas au détriment de l’Europe. Au contraire, nous
aimerions qu’elle soit, en matière de progression de ses investissements et de ses échanges commerciaux, au même niveau que la Chine. Qu’est-ce que l’Europe devrait faire pour redonner confiance à l’Afrique et montrer qu’elle est bien le partenaire particulier qu’elle assure être ?
Elle semble déjà ne pas saisir l’opportunité apportée par la pandémie pour voir au-delà. Peut-être devrait-elle simplement écouter les dirigeants de certains de ses pays membres, partager par exemple l’enthousiasme pour l’Afrique que semblent vouloir communiquer Mme Merkel et M. Macron aux acteurs économiques de leurs pays. Même si le rôle le plus important reste tenu par la Commission. C’est la direction que prendra Bruxelles qui permettra de combler ou non ce déficit de confiance.
UE, premier partenaire de l’Afrique 235 Échanges commerciaux avec l’Afrique en 2018 (en milliards d’euros)
222
Stock des investissements directs étrangers en 2017 en Afrique (en milliards d’euros)
125
Aide publique au développement en 2018 (en milliards d’euros)
19,6
Union européenne
Part des échanges commerciaux (en %)
38 46 % du total reçu par l’Afrique
Chine
32 %
46
42
États-Unis 6%
SOURCE : UE
100
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17 %
COMMUNIQUÉ
AVIS D’EXPERT
Banque européenne d’investissement (BEI) 98-100, boulevard Konrad Adenauer L-2950 Luxembourg, Luxembourg E-mail : barragam@eib.org
www.eib.org
La crise du Covid-19 est une opportunité pour relancer une économie plus verte Quelle a été la réponse de la Banque européenne d’investissement (BEI) à la crise sanitaire liée au Covid-19 en Afrique ? La réponse de la BEI a été rapide et d’envergure. L’objectif est de lutter à la fois contre la crise sanitaire et la crise économique qui en découle. Dès le 8 avril, nous avons annoncé une enveloppe de 5,2 milliards d’euros consacrée aux pays situés en dehors de l’UE, dont 3 milliards pour l’Afrique. Il s’agit d’une première réponse destinée à : • soutenir les États africains en matière de santé mais également d’eau et d’assainissement ; • appuyer ces États pour leur permettre d’aider les entreprises victimes de la crise et ainsi préserver les emplois ; • travailler étroitement avec les banques et les institutions financières africaines avec la mise en place de nouvelles lignes de crédit destinées principalement aux PME et un mécanisme renforcé de partage des risques. Nous accélérons également le déboursement de lignes de crédits existantes pour donner de la liquidité aux entreprises en difficulté ; • prêter directement aux grandes entreprises locales des secteurs de la santé et du digital. Nous accordons une attention particulière à la question du genre afin
de soutenir les entreprises dirigées par des femmes et/ou employant un nombre élevé de femmes. Comment intervenez-vous dans la lutte contre le changement climatique ? En tant que banque du climat,le développement durable et la lutte contre le changement climatique sont au cœur des priorités de la Banque de l’Union européenne. D’ici 2025,nous y consacrerons 50 % de nos financements. Nous intervenons dans des projets en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre (transports urbains, énergies renouvelables, systèmes solaires off-grid, etc.) et d’adaptation au changement climatique (agriculture, prévention des crues, etc.).
Maria Shaw Barragan, Directeur des Prêts Afrique, Caraïbes, Pacifique,Asie et Amérique latine à la Banque européenne d’investissement (BEI)
Comment voyez-vous l’avenir du partenariat avec l’Afrique ? Nous sommes tous confrontés aux mêmes défis. L’UE et la BEI souhaitent travailler avec l’Afrique pour élaborer ensemble des réponses communes. Ce partenariat se traduit par une coopération étroite avec
Nous apprenons beaucoup des Africains grâce à leur dynamisme et à leur capacité à nous aider à trouver des solutions concrètes. C’est un partenariat dans les deux sens. Le Covid-19 ne doit pas conduire à relâcher nos efforts dans ce domaine. Bien au contraire. La crise sanitaire doit être une opportunité pour agir autrement, intensifier la lutte contre le changement climatique et promouvoir un développement durable et responsable.
toutes les parties prenantes (gouvernements, entreprises privées, etc.) dans la mise en œuvre des projets. En retour, nous apprenons beaucoup des Africains grâce à leur dynamisme et à leur capacité à nous aider à trouver des solutions concrètes. C’est un partenariat dans les deux sens.
DOSSIER BTP & INFRASTRUCTURES
LIONEL MANDEIX/PRÉSIDENCE DU SÉNÉGAL
Visite du chantier de la gare du TER, à Dakar, en février 2018.
Ces grands chantiers
qui doivent changer la donne JA a sélectionné huit projets d’envergure en cours de construction qui, demain, structureront et développeront les économies de l’Afrique francophone.
C CHRISTOPHE LE BEC
e sont des infrastructures cruciales dont les économies de l’espace francophone ont instamment besoin. Pas des « éléphants blancs », ces mégaprojets si monstrueux qu’ils ne voient pas le jour, faute de financement, de stabilité politique ou de constructeur compétent et persévérant. JA a sélectionné huit projets majeurs de BTP déjà engagés, ayant un impact économique structurant pour leur pays et l’ensemble de la région. Du ferroviaire au portuaire, en passant par les villes nouvelles, les barrages, les axes routiers ou les pipelines, ces chantiers mobilisent des consortiums, souvent menés par des groupes internationaux, principalement chinois et européens. Mais ces derniers font tous appel à des partenaires et à des sous-traitants locaux, dont l’expertise
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technique a fortement progressé au cours des cinq dernières années. Les plus expérimentés de ces groupes africains de BTP – tels le marocain SGTM, l’algérien Cosider ou encore le burkinabè CGE – sont désormais eux aussi « chefs d’orchestre » de grands programmes d’infrastructures. L’épidémie de Covid-19, qui continue de sévir, a ralenti mais pas stoppé l’avancement de ces projets. Confinement, couvre-feu et limitation de déplacements ont entravé leur progression entre mars et mai 2020, mais aussi et surtout leur approvisionnement en matériaux et équipements, en particulier quand ceux-ci devaient être fournis par la Chine. Aujourd’hui, les ouvriers ont repris le chemin des chantiers, un retour le plus souvent facilité par le soutien des autorités locales, bien conscientes que ces infrastructures leur permettront de mieux faire face aux difficultés économiques qui s’annoncent.
GABON
La Transgabonaise, nouvel axe logistique crucial
SÉNÉGAL
Dakar-Diamniadio, un TER tant attendu • Date de démarrage du chantier décembre 2016 • Date de livraison prévue début 2021 • Coût total du projet 1 milliard d’euros • Entreprises impliquées Eiffage, CSE, Yapi Merkezi, Getran, CDE, Sertem
RÉSUMÉ La première phase du Train express régional (TER) de 36 km relie le centre de Dakar à la ville nouvelle de Diamniadio, traversant toute la grande banlieue de la capitale. Un second tronçon, de 18 km, partira de Diamniadio vers l’aéroport international Blaise-Diagne (AIBD). IMPORTANCE STRATÉGIQUE D’une capacité de transport de 115 000 voyageurs par jour, le TER va constituer un axe d’urbanisation crucial et contribuer à réduire les congestions asphyxiant Dakar. Selon une étude de la Banque mondiale, ces dernières coûteraient quelque 150 millions d’euros par an à l’économie du pays.
RÉSUMÉ Le projet de la Transgabonaise, qui doit relier par voie rapide Libreville (Ouest) et Franceville (Est), prévoit la réhabilitation de 780 km des routes nationales 1 et 3 pour en faire un axe logistique plus efficace. Alors que le projet était initialement piloté par l’État, qui lançait des appels d’offres de marchés publics, celui-ci a finalement opté pour un partenariat public-privé avec la SAG, détenue par Arise (groupe Olam) et le fonds d’investissement français Meridiam. La SAG finance désormais le chantier, et des péages seront installés pour en financer l’entretien. IMPORTANCE STRATÉGIQUE Avec ce projet, il s’agit non seulement de désenclaver la capitale, dont la seule voie de sortie est une RN1 mal bitumée et peu praticable, mais aussi de construire un axe logistique hautement stratégique pour écouler la production de grumes et de produits agricoles. La route desservira entre autres la Zone économique spéciale de Nkok – lieu de transformation des grumes – et le futur aéroport international de
• Date de démarrage du chantier décembre 2020 • Date de livraison prévue juillet 2023 • Coût estimé 915 millions d’euros • Entreprises impliquées Société autoroutière du Gabon SAG (Arise + Meridiam), Colas
Libreville. Elle est complémentaire au train transgabonais, exploité par Setrag (groupe Eramet), dont le principal objectif est le transport de minerai de manganèse et qui doit être lui aussi remis à niveau. AVANCEMENT DU CHANTIER Des appels d’offres sont en cours : cinq sociétés internationales ont été sélectionnées. En attendant, Colas, spécialisé dans la construction et l’entretien d’infrastructures de transports et d’aménagements urbains, exécute des travaux d’urgence entre les kilomètres 24 et 105 de la RN1. La filiale de Bouygues, qui travaille sur cet axe depuis des années, avait déjà, par le passé, dû stopper des travaux faute de financement de l’État. En 2017, par manque de budget, les autorités avaient résilié plusieurs autres contrats sur la RN1 avec le gabonais Socoba-EDTPL et les espagnols Ceddex-Entraco et Acciona. CAROLINE CHAUVET
• Date de démarrage du chantier février 2019 • Date de livraison prévue 2023 • Coût 1,2 milliard d’euros • Entreprises impliquées NGE, Besix, SGTM, General Electric, Bouygues Énergies & Services
AVANCEMENT Après deux années de travaux, les deux voies ferrées aller et retour Dakar-Damniadio, bâties par le français Eiffage, le turc Yapi Merkezi et le sénégalais CSE, sont désormais terminées. Toutes les rames du train, fabriquées par Alstom, sont arrivées à Dakar, où des essais de vitesse ont commencé. Mais le TER n’est pas encore prêt à ouvrir ses portes aux passagers. Initialement prévue en janvier 2019, son entrée en exploitation commerciale a été fixée à avril 2020, puis reportée au début de 2021. En cause, les retards sur l’aménagement des 14 gares desservies et sur la sécurisation de l’infrastructure, pour séparer la voie des habitations et de la circulation piétonne et automobile.
AVANCEMENT Un quart des travaux a été réalisé, dont la base-vie des ouvriers et les installations industrielles de fabrication de béton et de concassage. L’aménagement d’un bras de la Sanaga et le creusement du canal ont démarré en décembre 2019, comme le chantier d’installation de la ligne à haute tension.
AMADOU OURY DIALLO, à Dakar
OMER MBADI, à Yaoundé
CAMEROUN
Barrage de Nachtigal, indispensable électricité à bas coût
RÉSUMÉ Ce projet hydroélectrique, qui apportera au pays une capacité de 420 MW, est constitué d’un barrage principal, sur le fleuve Sanaga, qui permet de dériver l’eau vers un canal jusqu’à l’usine. L’énergie qui sortira des sept turbines fournies par GE, dès 2023, sera transportée par une ligne construite par Bouygues Énergies & Services.
IMPORTANCE STRATÉGIQUE À 6 centimes d’euro le kWh, soit presque moitié moins qu’actuellement (11cents), ilseracapable à luiseulde couvriruntiersdes besoins du pays, dont la région de Yaoundé, où la demande croît de 7 % chaque année.
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DOSSIER BTP &
INFRASTRUCTURES CÔTE D’IVOIRE
Port de San-Pédro, une plateforme pour rééquilibrer la logistique nationale
FRANCK AKPOUE POUR JEUNE AFRIQUE
RÉSUMÉ Ce chantier doit permettre à la deuxième plateforme portuaire ivoirienne, nœud de la logistique du cacao et des minerais, de doper sa capacité annuelle, • Date de démarrage du de 5 à 10 millions de tonnes chantier fin de 2019 de marchandises, et de • Date de livraison pré500 000 à 1 million de vue à la fin de 2021 conteneurs EVP (équivalent • Coût 1,37 milliard d’euros vingt pieds). Deux nouvelles • Entreprises impliinfrastructures sont préquées China Harbour vues: un terminal industriel Engineering Company polyvalent et l’extension du (CHEC), Arise (Groupe terminal à conteneurs. Olam), Snedai Energies
IMPORTANCE STRATÉGIQUE Le développement du port de SanPédro va permettre d’augmenter sa capacité, de le diversifier et de rééquilibrer les flux logistiques du pays. San-Pédro doit être relié par route bitumée au port sec de Ferkessédougou, dans le nord du pays, destiné à être une grande plateforme logistique de plus de 700 ha pour les pays de l’hinterland. Les nouveaux terminaux pourront aussi servir de hub de transbordement
pour Abidjan et les pays côtiers. AVANCEMENT Le chantier, démarré à la fin de 2019, en est à ses débuts. Le chinois CHEC, chargé du gros œuvre de l’extension et des voiries associées du terminal à conteneurs – la part la plus importante du projet, représentant 921 millions d’euros –, avait commencé à déployer ses équipes
BURKINA FASO
Yennenga, ville nouvelle attractive aux portes de la capitale RÉSUMÉ À 15 km au sud de Ouagadougou, Yennenga – ainsi baptisée en hommage à la célèbre princesse guerrière fondatrice du royaume mossi –, mégaprojet immobilier sur 700 hectares, mené par le burkinabè CGE, doit accueillir 100 000 habitants dans dix ans. Cette agglomération, divisée en 20 000 parcelles, comprendra trois offres de logements – sociaux, économiques et haut de gamme – disponibles à des prix compris entre 8,5 millions et plus de 30 millions de F CFA (entre 13 000 et 46 000 euros), mais aussi un centre commercial, un parc d’attractions et un complexe hôtelier. Certaines parcelles sont vendues à des entreprises et à des particuliers qui mènent leurs chantiers, d’autres à la branche immobilière de CGE, qui construit et commercialise.
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et sa logistique quand est survenue la crise du Covid-19 et l’interruption de l’approvisionnement du chantier. La construction et la gestion des infrastructures du terminal industriel polyvalent – représentant 140 millions d’euros d’investissement – ont été confiées à la coentreprise entre Snedai Energies et Arise. BAUDELAIRE MIEU, à Abidjan
• Date de démarrage du chantier juin 2018 • Date de livraison prévue 2030 • Coût 1 milliard d’euros environ • Entreprise impliquée CGE
IMPORTANCE STRATÉGIQUE Yennenga entend pallier le déficit de logements, estimé par CGE à 200 000 unités à Ouagadougou. Ce chantier permet de maîtriser le développement urbain de la capitale burkinabè en planifiant bien en amont réseaux et types de bâtiment, en évitant les installations informelles mal connectées à l’eau ou à l’électricité, et en gardant le prix de l’immobilier abordable. AVANCEMENT La ville nouvelle a déjà accueilli ses premiers habitants. « Les 2600 premières parcelles viabilisées ont trouvé preneur. Désormais, la zone est en plein chantier », indique Brahima Ouattara, directeur général de CGE Immobilier. La viabilisation de la phase 2 (1500 parcelles) ainsi que les travaux de bitumage de la voie d’accès doivent démarrer dans les prochaines semaines. NADOUN COULIBALY, à Ouagadougou
NIGER-BÉNIN
Le pipeline de la croissance RÉSUMÉ L’oléoduc est destiné à faciliter l’exportation du pétrole du Niger, produit dans la région de Diffa (Sud-Est) par la China National Petroleum Company (CNPC), qui finance le projet. Il reliera les champs pétrolifères nigériens d’Agadem au port en eau profonde de Sèmè-Podji, au Bénin, suivant un parcours de 1982 km – 1298 km en territoire nigérien et 684 km sur le sol béninois. D’une capacité de transport de 4,5 millions de tonnes par an, soit 35 millions de barils, l’ouvrage comportera huit stations de
pompage, six au Niger et deux au Bénin. IMPORTANCE STRATÉGIQUE L’infrastructure devrait permettre au Niger de sextupler sa capacité actuelle d’exportation d’or noir, qui est de 20000 barils par jour, et de toucher quelque 610 millions d’euros de recettes fiscales à l’horizon 2025. Le Bénin tirera de l’exploitation de l’ouvrage plus de 300 milliards de F CFA (460 millions d’euros) comme droit de transit et recettes fiscales pour les vingt premières années d’exploitation
du pipeline. À l’instar du Niger, le Bénin bénéficiera de la construction d’infrastructures sociocommunautaires (salles de classe, centres de santé, etc.) dans les 17 communes et 152 villages et quartiers que traversera le projet sur son territoire. Dans les deux pays, environ 3 000 emplois seront créés durant la construction de l’ouvrage, et la phase de son exploitation mobilisera entre 350 et 500 agents AVANCEMENT DU CHANTIER Mis en œuvre par CPPE, filiale de CNPC, le
« NOUS PARTAGEONS VOTRE PASSION »
ITAK Spécialiste de la distribution de Machines Agricoles de qualité, à faible consommation, ainsi que des Pièces de Rechange. En plus de l’excellente notoriété de son matériel, ITAK s’est dotée d’un service après- vente de proximité et toujours à l’écoute des Agriculteurs. Depuis 2015, ITAK a initié la mise en place d’un Réseau de Distribution en Afrique de l’Ouest. Fort de son succès au Togo, ITAK cherche des partenaires sur les autres pays de la CEDEAO.
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INSURES THE FUTURE
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• Dates de démarrage du chantier septembre 2019 • Date de livraison prévue janvier 2022 • Coût 4,5 milliards d’euros • Entreprise impliquée CNPC
chantier est en phase de démarrage depuis son inauguration officielle, en septembre 2019. Après une première livraison de tuyaux pour le pipeline, à la fin de février 2020, l’approvisionnement en matériel depuis la Chine a été interrompu par la pandémie de Covid-19. Les études ont été finalisées, mais les travaux, qui devaient commencer le 15 mars, n’en sont qu’à leurs balbutiements. FIACRE VIDJINGNINOU, à Cotonou
DOSSIER BTP &
INFRASTRUCTURES
MAROC
Nador West Med, nouveau port à la croisée des routes maritimes
ALGÉRIE
Métro d’Alger, une extension capitale RÉSUMÉ Entré en exploitation en novembre 2011, le métro d’Alger a vu sa fréquentation exploser, passant de 11,3 millions à 45,3 millions de passagers annuels entre 2012 et 2019, avec 19 stations en service actuellement. Trois chantiers d’extension sont en cours : deux vers l’est, d’El-Harrach à l’aéroport HouariBoumédiène (9,5 km, 9 stations), l’autre d’Aïn Naadja à Baraki (6 km, 6 stations) ; et une vers l’ouest, de la place des Martyrs à Bab el-Oued (1 station, 1,5 km). L’Entreprise du métro d’Alger (EMA, publique) en est le maître d’ouvrage, Cosider (public) le principal maître d’œuvre, avec notamment ses sous-traitants italiens Trevi Group et Seli Overseas, tous deux spécialisés dans l’ingénierie du sous-sol. IMPORTANCE STRATÉGIQUE Le métro est devenu un moyen de transport essentiel pour les Algérois,
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• Date de démarrage du chantier novembre 2019 • Date de fin attendue 2023 • Coût environ 1,45 milliard d’euros • Entreprises impliquées Cosider, Trevi Group et Seli Overseas
dont le réseau de bus privé, majoritaire, est atomisé et défaillant. L’extension vers l’ouest, traversant des quartiers densément peuplés et actuellement mal reliés au centre, est très attendue. À l’est, qui bénéficie de lignes de tramway, les interconnexions entre métro, tramway et train seront efficaces pour fluidifier le trafic. Ce qui désengorgera aux heures de pointe la capitale des bus, qui devraient davantage se consacrer à la desserte des stations de métro depuis les quartiers résidentiels, qui en sont éloignés.
ALEXANDRE DUPEYRON POUR JA
• Date de démarrage du chantier 2017 • Date de livraison prévue 2022 • Coût 932 millions d’euros • Entreprises impliquées Société Générale des Travaux du Maroc (SGTM), STFA, et JDN
RÉSUMÉ La première phase du chantier de Nador West Med, à 20 km de la ville éponyme, dans le nord-est du Maroc, vise à construire un terminal à deux quais, l’un de 4300 m, l’autre de 1200 m, où les plus grands porte-conteneurs pourraient accoster, ainsi que trois postes pétroliers. Outre les quais, érigés par un consortium mené par le marocain SGTM, le projet prévoit une plateforme logistique, une zone franche industrielle, et une autre réservée aux entreprises de services. En tout, une fois achevée, cette première partie de la plateforme pourra accueillir jusqu’à 3 millions de conteneurs. IMPORTANCE STRATÉGIQUE Après le port Tanger Med, le Maroc veut renforcer sa position sur le bassin méditerranéen en construisant à 350 km plus à l’est un nouveau terminal pouvant drainer le développement industriel de la région marocaine de l’Oriental, à la croisée des routes logistiques entre l’Europe et l’Afrique.
AVANCEMENT Lancé en 2015, puis suspendu en 2016 pour des raisons budgétaires, le chantier d’extension vers l’est a redémarré en 2018, et s’est accéléré en octobre 2019. Celui de l’extension vers l’ouest doit reprendre prochainement, selon l’EMA.
AVANCEMENT DU CHANTIER Au début de mars, 45 % des travaux ont été accomplis, selon Abdelkader Amara, ministre de l’Équipement, qui, à l’occasion d’une visite du chantier, avait aussi annoncé le lancement imminent des travaux d’une voie ferrée et d’un réseau autoroutier pour compléter l’offre.
SAÏD AÏT-HATRIT
EL MEHDI BERRADA, à Casablanca
Vivre le progrès.
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DOSSIER BTP
INFRASTRUCTURES EIFFAGE
T
Ludovic Duplan Directeur général international à l’énergie
JEAN CHISCANO/EIFFAGE
Présent au Sénégal depuis 1926, le groupe français a étendu sa présence en Afrique de l’Ouest, sa principale zone d’activité à l’international. Il vise particulièrement les chantiers liés à l’énergie.
OLIVIER SEIGNETTE/EIFFAGE
« Nous devons bâtir des consortiums compétitifs face aux groupes chinois »
Guillaume Sauvé Président de la branche génie civil
RÉMY DARRAS
roisième groupe français de BTP derrière Vinci et Bouygues, Eiffage a étendu son empreinte ouestafricaineàpartirduSénégal, où il est établi depuis près d’un siècle. Alors qu’il achève les travaux du TER Dakar-Diamniadio, il commence ceux du mégaprojet gazier de Grand-Tortue, au large du Sénégal et de la Mauritanie. À Abidjan, il poursuit ceux du pont Félix-HouphouëtBoigny, après avoir livré, à la fin de 2019, le terminal portuaire ghanéen de Tema. Pour poursuivre sa croissance, le groupe mise sur le développement d’infrastructures liéesàl’électrification, indiquent à JA les deux dirigeants.
Le Sénégal constituait, il y a quelques annéesencore,leseulbastiond’Eiffage en Afrique. Estimez-vous avoir réussi votre développement au-delà? Guillaume Sauvé : La majeure par-
tie de nos revenus à l’international est réalisée en Afrique. Ces marchés sont complexes et de plus en plus concurrentiels. C’est projet par projet que nous nous développons dans les pays, chaque fois sur des ouvrages
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qui nous permettent de combiner une technicité particulière avec du génie civil : usines de dessalement, de traitement d’eau et de déchets, barrages hydrauliques… Les projets prospectés sont représentatifs de ceux sur lesquels nous avons déjà travaillé. Après le barrage ivorien de SingroboAhouaty, nous regardons de près tous les projets liés à l’hydroélectricité. Notre développement dépend de notre capacité à, chaque fois, associer des équipes locales avec des experts venus d’ailleurs. C’est ce que nous réalisons avec succès sur le chantier de la digue du projet gazier Grand-Tortue, pour laquelle nous devons immerger
CHIFFRE D’AFFAIRES ANNUEL EN AFRIQUE (estimation en millions d’euros)
350
Génie civil
150
Énergie
à 10 km en mer une vingtaine de caissons aussi gros que l’Arc de Triomphe. Ludovic Duplan : Les États veulent densifier les réseaux de transmission d’énergie et accélérer la distribution dans les villages. Le Sénégal, où nous venons de livrer l’une des premières fermes éoliennes d’Afrique de l’Ouest, est très avancé dans le domaine ; la Côte d’Ivoire s’est mise en ordre de marche ; le Bénin et le Togo suivent. Avec nos centrales clé en main, nous sommes bien positionnés. Pensez-vous qu’après la crise la commande publique se maintiendra? G.S. : Nous ignorons ce qui se pas-
sera dans les prochains mois et s’il y aura toujours des projets sur la table. Nous espérons qu’il n’y aura pas de pause dans les investissements. Nous cherchions à construire des hôpitaux: l’importance de ce marché va peut-être grandir. L.D. : À la différence de ce qui s’est passé en France, où l’activité s’est complètement arrêtée, nous avons maintenu nos chantiers africains, ce qui facilite le redémarrage. Nous ne sommes que sur des projets liés à
l’électricité, à l’eau, au traitement de déchets et qui, au plus fort de la crise, ont été considérés d’utilité publique. Vous avez commencé en avril le chantier de Grand-Tortue. Son entrée en exploitation devrait être retardée. Cela en affecte-t-il la construction? G.S.: Le projet continue. Nous nous
adaptons aux décisions prises par BP, notamment aux ajustements demandés. L’économie du gaz et du pétrole n’est plus ce qu’elle était. Quand vous perdez trois ou quatre mois dans un projet maritime, vous vous retrouvez avec des conditions météorologiques bien moins favorables. Et il faut attendre encore plusieurs mois. Vous détenez pour vingt ans la concession de l’autoroute DakarDiamniadio.Lesautoritéscomptaient renégocier à la baisse le prix du péage. Allez-vous accéder à leur demande?
G.S. : Il peut toujours y avoir des ajustements, mais il faut que cela soit équilibré. Rien n’interdit que les deux parties fassent évoluer leur contrat, c’est habituel pour ce type de concession.
G.S.: Ce secteur est encore plus compliqué que ceux des autoroutes et de la construction. Le trafic aérien est l’une des activités qui souffre le plus de la crise. On se demande si l’équilibre économique de ce projet peut être tenu.
Regardez-vous d’autres dossiers autoroutiers? G.S. Nous serons attentifs aux oppor-
Vous avez concouru l’an dernier pour des barrages au Gabon et en GuinéeBissau remportés par Sinohydro. Comment vous positionnez-vous face à la concurrence de ces géants qui bénéficient des aides d’Eximbank? G.S . : Nous devons bâtir des
tunités dans les pays où nous sommes déjà intervenus. Cela ne peut fonctionner que si la confiance et le dialogue avec les autorités sont au rendez-vous. Le fait que nous soyons présents sur l’ensemble des segments de la chaîne de valeur, en matière de conception, de construction et d’exploitation, nous permet d’être compétitifs. Le nom d’Eiffage circulait pour une entrée au capital de l’aéroport international Blaise-Diagne, de Dakar. Êtes-vous intéressés?
consortiums capables de mobiliser des financements et d’être compétitifs. Eximbank constitue un vrai outil pour les groupes chinois. Côté français et européen, d’autres instruments peuvent être mobilisés. Mais répondre à une offre coûte plusieurs millions d’euros à chaque fois. Nous ne le ferons que si nous avons nos chances.
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DOSSIER BTP
TRANSSAHARIENNE wilayas de Blida et de Médéa, a été ouvert au public en juillet 2019.
Changement de paradigme
ANDBZ/ABACA
L’autoroute de 4500 km permettra d’augmenter sensiblement le volume des échanges intra-africains. Ici, près de la wilaya d’Aïn Defla, en Algérie.
L’Algérie ouvre la voie L’achèvement d’un tronçon stratégique dans les gorges de la Chiffa donne un coup d’accélérateur décisif au projet – né il y a plus de cinquante ans – de route reliant Alger et Lagos. En voiture!
S
SAÏD AÏT-HATRIT
ept petits kilomètres. C’est la taille du segment de l’autoroute situé entre Haouch Messaoudi et Médéa qui doit être livré dans les prochaines semaines. Si cette section focalise autant l’attention, c’est qu’elle est la dernière du tronçon Chiffa-Berrouaghia (53 km), le plus stratégique de la voie rapide en cours de réalisation entre Alger et El Menia, sur plus de 800 km, essentiellement en doublant la route nationale 1. Se ferme ainsi un chantier important de la Transsaharienne, qui doit un jour relier Alger à Lagos, grâce à une autoroute de 4500 km, dont 2500 en Algérie. Traverser cette région montagneuse, où les routes sinueuses des gorges de la Chiffa ont toujours constitué un goulot d’étranglement entre l’Algérois et le sud du pays, représentait un grand un défi technique. Pour y parvenir, 5 km de tunnels et 14 km de ponts et viaducs, dont les piles les plus hautes atteignent 70 m, ont été réalisés depuis avril 2013 par China State Construction Engineering Corporation, notamment associé aux groupes publics algériens Sapta et Engoa. Habitué de l’Algérie, le géant chinois du BTP y a conçu depuis 1982
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des dizaines de milliers de logements, des barrages, des portions d’autoroute, la grande mosquée d’Alger ou encore l’extension de l’aéroport de la capitale. Le délai de réalisation du tronçon entre Chiffa et Berrouaghia, fixé à l’origine à trente-six mois, a depuis longtemps été dépassé. Le coût du chantier – 608 millions d’euros initialement – a aussi été revu à la hausse, même si le montant de la nouvelle enveloppe n’est pas connu. Les retards et surcoûts ont régulièrement provoqué l’ire des autorités, obligeant depuis 2017 les constructeurs à livrer les segments dès leur achèvement. L’un des plus importants, entre Sidi Madani et Hamdania (12,5 km), dont les tunnels font la jonction entre les Alger
Tunis TUNISIE
1 000 km
ALGÉRIE
Bamako
Tamananrasset NIGER Agadez TCHAD
MALI Gao
N’Djaména NIGERIA
Lagos
L’achèvement du projet est une bonne nouvelle pour l’Algérie, notamment pour les automobilistes de la vallée de la Chiffa – environ 20 000 par jour –, qui vont y gagner près d’une heure. Comme prévu dans le Schéma national d’aménagement du territoire (Snat), l’autoroute nord-sud, dont 300 km sont encore en travaux, rejoint à Alger l’autoroute est-ouest (1 216 km), livrée depuis 2008, et les ports que cette dernière dessert. C’est aussi une bonne nouvelle pour l’Afrique, assure Mohammed Ayadi, secrétaire général du Comité de liaison de la route transsaharienne (CLRT), qui compte six pays, puisque si l’artère principale de cette voie traverse l’Algérie, le Niger et le Nigeria plusieurs embranchements rejoignent le Mali, la Tunisie et le Tchad. « Une étude de faisabilité montrait il y a dix ans que les opérateurs du nord du Niger et du nord du Mali, qui feraient passer leurs marchandises par la transsaharienne depuis les ports méditerranéens plutôt que par le golfe de Guinée, feraient l’économie de onze jours », indique-t-il. Le Nigeria et la Tunisie ont achevé leurs portions, parfois en double voie, et « en général sur leurs propres budgets », comme l’Algérie (où il reste 200 km de routes à bitumer en direction du Mali), précise Mohammed Ayadi, alors que le Mali, le Niger et le Tchad ont recours à des institutions financières internationales. Parmi les dernières à devoir être achevées, la section Arlit-Assamaka (225 km, Niger) devrait être livrée cette année par ETPBHGT (Algérie) et Gepco (Niger). Tout cela, veut croire Mohammed Ayadi, « vient accompagner la volonté des chefs d’État d’augmenter le volume des échanges intra-africains, qui demeure faible (3 %), au moment où l’accord portant création de la Zleca est entré en vigueur et où l’Algérie, soucieuse de changer de paradigme dans son approche du développement économique, donne les signaux d’une plus grande ouverture vers le continent ».
PORTRAIT
Mohamed Ali Hachicha, un Aigle à la conquête de l’Ouest Installé à Abidjan depuis treize ans, le dirigeant des activités internationales de Soroubat a fait de sa branche subsaharienne le vaisseau amiral du groupe familial tunisien.
n Côte d’Ivoire, le Tunisien Mohamed Ali Hachicha, directeur général de Soroubat International, est connu comme le loup blanc. Ce diplômé en génie civil de l’école polytechnique de Montréal a gagné en popularité depuis que le FC San Pedro, qu’il a racheté en 2015, vole de victoire en victoire. Promu en première division en 2016, le club de football de la capitale du Sud-Ouest a su, en seulement deux ans, se stabiliser dans le top 3 de l’élite et a, pour la première fois de son histoire, remporté la finale de la Coupe de Côte d’Ivoire et participé à la Coupe de la confédération africaine. Selon les supporters, les investissements du mécène sportif dans les infrastructures et le centre de formation du club, doté d’un budget de 1,1 million d’euros, ont changé la face du club. Mais Mohamed Ali Hachicha est d’abord un entrepreneur de BTP bien établi à Abidjan depuis 2007. Il doit cette installation à son père, Noureddine, originaire de Sfax et fondateur en 1974 du Groupe Soroubat (Société de routes et de bâtiments), implanté à Tunis, qui s’est tourné vers les marchés ouest-africains à partir de 2004. « Avec deux autoroutes et un maillage routier assez faible, le marché tunisien était devenu trop étroit pour une entreprise en plein développement », commente un spécialiste du secteur. Depuis le quartier de Cocody, où il s’est installé avec sa femme et ses trois filles, Mohamed Ali Hachicha, 45 ans, pilote la branche subsaharienne (les seize filiales que compte le groupe
familial, toujours présidé par son père, à Tunis). « Abidjan joue un rôle pivot pour l’implantation de nouvelles sociétés dans d’autres pays en Afrique de l’Ouest, mais aussi en Afrique centrale », explique le dirigeant, dont le groupe a bâti plus de 3000 km d’autoroutes sur le continent et revendique près de 10 000 salariés. Avec le génie civil routier comme métier d’origine, le dirigeant tunisien a développé ses activités depuis la métropole ivoirienne dans la fabrication de béton préfabriqué, les carrières de pierres et la construction, avec une expertise sur les bâtiments à fondations profondes. Comme son père en Tunisie, il s’est également lancé dans l’immobilier. Le patron de Soroubat International est désormais présent dans six pays subsahariens : Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Bénin, C a m e r o u n , To g o et Tchad. Dans ces États, il gagne régulièrement les appels d’offres de construction de voirie, d’ouvrages d’art et d’autres projets d’aménagement routier. Après avoir remporté en février 2020 un marché de 31 millions d’euros pour la construction et le bitumage du boulevard des Tansoba, à Ouagadougou, il vient de livrer, au début de mai, un pont à Tovegbamé, au Bénin. Il s’active aussi sur l’aménagement de 135 km de route entre SAAD POUR JA
E
FRIDA DAHMANI, à Tunis
Fadia Dougou et Boundiali, en Côte d’Ivoire, et le prolongement de 170 km de la N19 au Burkina Faso, près de la frontière avec le Bénin.
Homme d’influence
En Côte d’Ivoire, il s’est diversifié en dehors du BTP en reprenant et en développant plusieurs sociétés : dans le tourisme, avec Madaly Tours ; la santé, avec Madaly Santé; l’imprimerie et l’édition, avec SIAG CI; l’immobilier, avec La Foncière ivoirienne; et même la distribution de produits pétroliers, avec Sadep. « Nous avons profité d’opportunités, sans négliger un développement intégré pour la partie BTP », commente Issam B en Youssef, directeur général de la branche internationale. Passionné de football et pilier de la petite communauté tunisienne implantée en Côte d’Ivoire, il a, à la fin de mars, mis des logements à la disposition de ses compatriotes bloqués à Abidjan par la fermeture des frontières tunisiennes liée à l’épidémie de Covid-19. Mohamed Ali Hachicha fait jouer discrètement, mais régulièrement, ses bons offices entre son pays d’origine et les États ouest-africains. « C’est un homme d’influence ; ses amitiés avec des chefs d’État sont très utiles à la Tunisie », estime l’un de ses proches.
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République de Guinée
Infrastructures routières en Guinée
EXPÉRIENCES ET PERSPECTIVES À l’heure où tous les acteurs du développement intégré de la Guinée s’accordent sur la nécessité de soigner les secteurs
( Moustapha Naïté, Ingénieur en Génie Civil, Ministre des Travaux Publics de la République de Guinée.
Une ère d’espérance Le Programme National de Développement Economique et Social (PNDES) du Chef de l’État a fait son chemin. Lorsque nous considérons le secteur des infrastructures à portée socioéconomique, laissant volontairement de côté la locomotive minière, l’espérance d’un renouveau se traduit entre autres dans l’énergie. De 75 MW avant 2010, l’accès à l’électricité est amélioré avec la construction du barrage de Kaleta qui fournit 240 MW.
sociaux et d’assurer une plus grande inclusivité dans le partage de la prospérité, je m’en voudrais de ne pas opiner sur les réalités positives de la Guinée « physique », celle des infrastructures utiles et durables, amorcées durant la décennie écoulée.
(
Barrage de SOUAPITI
ñ Le Pr. Alpha Condé sur le chantier de Coyah Mamou Dabola le 6 janvier 2020.
Le barrage de Souapiti, en cours de construction, va doubler la production énergétique. Au total, 700 MW en attendant très prochainement Amaria (300 MW). La production d’électricité a cru de 13 %, et le réseau de distribution a été développé. L’objectif du Gouvernement reste d’atteindre 1 200 MW. Dans le secteur des transports, l’impact se manifeste par la modernisation et l’extension du Port Autonome de Conakry avec des investissements à hauteur de 200 millions de dollars (dans un premier temps) dont un nouveau quai en eaux profondes. À terme, plus de navires gros porteurs pourront joindre Conakry et les revenus douaniers passeront à 13 millions de dollars par an, contre 4,5 millions de dollars en 2017. La modernisation et l’extension de l’Aéroport International de GBESSIA pour lui permettre de se doter d’un nouveau terminal ultramoderne et de devenir
PUBLI-INFORMATION
Sur le plan des infrastructures routières, à l’avènement du Pr. Alpha Condé, plus de 80 % du réseau était en dégradation plus ou moins avancée. Très peu de voiries urbaines étaient construites et la Guinée avait une densité routière en dessous de la moyenne sous régionale. La priorité a été de remettre en état les axes les plus importants via des
ñ Chantier de la route Coyah-Mamou-Dabola, long de 370 km. La fin des travaux est prévue pour 2021.
travaux de réhabilitation et de reconstruction. 10 ans plus tard, le réseau routier est passé de 43 348 km à 48 986,91 km pour 2463,5 km de routes nationales bitumées et 624,45 km de voiries urbaines. En 2018 déjà, on retenait environ 20,26 % de dégradation du réseau et la prise en compte des travaux en cours viendra bien entendu impacter ce taux à la baisse.
Dix ans d’investissement et de mutation Au moins deux-milliards-deux-cents-millions de dollars ont été investis dans le développement des infrastructures routières avec au cœur de la stratégie, la composante « Travaux à Haute Intensité de Main d’œuvre » pour favoriser l’emploi des jeunes. Des réformes ont porté sur la création d’un cadre propice à l’utilisation des financements privés pour la réalisation des infrastructures routières à travers le partenariat public-privé (PPP) avec l’adoption de la Loi N°2017‐32. Nous avons su exploiter tout l’arsenal disponible pour profiter des excellentes relations diplomatiques du Pr. Alpha Condé et les traduire en retombées concrètes : la matérialisation au niveau des travaux publics de l’Accord-Cadre avec la Chine,
le développement sensible des portefeuilles de la BAD, de la BID, de l’UE et du Fonds d’Abu Dhabi sans oublier les interventions directes du Japon, de la France, du Koweït, des Pays-Bas et bien d’autres.
Et des perspectives attrayantes Renforcer la liaison inter-régionale, notamment pour le développement du commerce et la mobilité des populations locales avec la construction et le bitumage de nouvelles routes nationales est un impératif. Ensuite, relier le pays à ses voisins par des routes sûres et praticables. Enfin, il était temps de trouver une solution définitive à ce fléau économique que constituent les embouteillages effroyables dans Conakry avec ses effets sur la mobilité et le rendement des usagers. En l’inscrivant dans la vision du Grand Conakry et du corridor Conakry-Bamako, le projet « Route du Littoral », première autoroute à péages du pays, dont la conclusion prochaine n’est qu’une question de méthode et de temps, desservira Conakry et Kindia via la Corniche Sud de Kaloum et le kilomètre 36. Cette infrastructure d’un coût global de 1,3 milliards de dollars sera entièrement portée dans le cadre d’un partenariat-public-privé innovant présentant un équilibre financier et un impact économique appréciable. La construction à venir des échangeurs du km 36 et de Kagbelen rentre dans le cadre de cet ambitieux projet. Dans un futur très proche, la nouvelle épine dorsale des transports (Port, Routes, Ponts), symbolisée par l’axe Conakry-Kourémalé vers le Mali, consacrera Conakry comme la meilleure desserte maritime en distance comme en qualité pour Bamako au Mali.
Dans un monde bouleversé par la Covid-19 Si les grands travaux se poursuivent (en respectant les consignes sanitaires), les effets pervers de cette pandémie devraient donner un coup de frein aux investissements. Encore plus accentué que l’épidémie d’Ebola que le pays a subi, l’impact sur le financement des infrastructures devra néanmoins trouver parade via des approches nouvelles comme celle déjà implémentée avec l’Accord-Cadre avec la Chine. Plus que les mécanismes traditionnels, ce type de financement devrait permettre d’injecter rapidement des fonds dans les projets d’infrastructures en latence. C’est en cela que la pandémie du Covid-19 constitue un nouveau défi pour nos pays : s’adapter, adopter ou consolider de nouveaux partenariats pour les infrastructures surtout dans une logique d’accélération de la reprise socioéconomique.
Moustapha Naïté
E D
@MoustaphaNaite @NaiteMoustapha
JAMG - Photos : D.R.
un hub régional avec une capacité d’1 million de passagers par an à l’horizon 2030, doublant la capacité actuelle.
POST-SCRIPTUM
Fouad Laroui
Les saboteurs de la 5G
L
e mot français « saboteur » existe tel quel dans plusieurs langues. En anglais, en afrikaans (mais oui), en allemand (avec une majuscule), en néerlandais, etc., et même dans des idiomes extraterrestres comme le basque ou le hongrois (szabotőr). Parfois, il est légèrement modifié, comme en espagnol (saboteador) ou en italien (sabotatore). Idem pour l’amharique et le grec (σαμποτέρ). Maintenant qu’on a épuisé les dictionnaires, voyons à quoi est due cette unanimité. Elle tient à une circonstance historique : des ouvriers jetèrent un jour leurs sabots dans des machines pour les détruire. Il s’agissait des fameux canuts lyonnais, d’où l’origine française du terme. (En fait, il y a tout un débat à ce sujet. On ne sait pas vraiment si l’anecdote est authentique ; et si elle l’est, on n’est pas sûr qu’il s’agissait vraiment des canuts. Mais bon, se non è vero…) D u temp s que je vivais en Angleterre, je tombais parfois sur le mot « luddite » pour exprimer la même idée. Il fait référence à un conflit violent qui opposa dans les années 1810 des artisans à des industriels qui commençaient à installer des métiers à tisser. En somme, les luddites (les artisans, donc) refusaient le progrès. Comme chacun sait, on ne l’arrête pas ; les artisans ont perdu cette bataille.
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Vous me demandez maintenant, le sourcil froncé, qu’est-ce qui a bien pu déclencher cette fureur étymologique en ce joli mois de mai où tout le monde semble n’avoir qu’un seul sujet de conversation – et ce n’est pas celui-ci. Eh bien, c’est que j’ai pêché hier dans ma boîte aux lettres un appel à refuser la 5G, un tract imprimé en lettres géantes vibrantes d’indignation. NON À LA 5G ! Le même jour, j’ai vu en ville des affichettes portant le même message. C’est un mouvement massif de protestation qui s’amorce, semble-t-il.
DES CANUTS, DES LUDDITES, DES DRUIDES… Mon premier réflexe a été de hausser les épaules. Encore des ennemis du progrès! Des canuts, des luddites, des druides… Ils veulent nous ramener à l’âge de la pierre (c’est-à-dire à la 2G). Ce sont des végans new age en sandales qui s’endorment en écoutant le chant de la baleine sur une cassette audio datant d’il y a trois papes. Tout de même, par acquit de conscience, j’ai appelé mon collègue Pieter, spécialiste de la question. Après avoir écouté calmement mes
moqueries et sarcasmes, il entreprit de m’instruire, point par point. La 5G reliera des voitures autonomes, des écrans, des drones, etc., d’où une prolifération d’objets, plus de deux cents milliards, communiquant entre eux en temps réel… Les stations de la nouvelle génération émettront des faisceaux d’ondes électromagnétiques focalisées, orientables vers tous les appareils des environs. Aucun être humain, aucun animal, aucun insecte, aucune plante sur Terre ne pourra éviter l’exposition constante, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, à des niveaux de rayonnement dix fois plus élevés que ce qui existe aujourd’hui. Quel effet aura la 5G sur le monde vivant? On n’en sait rien, au fond.
Je me suis vu en szabotőr
Pendant que Pieter déversait sur moi ces tombereaux d’informations, je me faisais la réflexion que tout cela est vraiment inquiétant ; mais surtout : ça va servir à quoi ? Encore plus de jeux abrutissants ? Plus de vidéos d’adorables chatons ? Plus de données sur l’anatomie fabuleuse de Kim Kardashian ? À quoi bon ? Bref, je ne sais plus quoi penser. Pour la première fois de ma vie, je me suis vu en saboteur, en szabotőr, en saboteador. Quelle que soit la langue utilisée, c’est profondément troublant pour un ami de la science et de la technique.
MERCI
À TOUS NOS
Dans le contexte inédit de la crise sanitaire actuelle, les collaborateurs de Bolloré Transport & Logistics ont su s’adapter pour assurer la continuité des activités et maintenir la cohésion au sein du réseau. Merci à tous nos héros du quotidien pour leur implication, leur motivation et leur efficacité malgré les conditions de travail complexes liées au Covid-19.
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HÉROS DU QUOTIDIEN