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Koreana Spring 2007 (French)

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BEAUTÉS DE CORÉE

Coffret de maquillage en céladon Coffret de maqu illag e en céladon à motifs ajourés d'éca illes de tortue et incrustations Musée national de Corée

s

i depuis des temps anciens, les femmes recourent au x

L'intérieur en est séparé en deux compartiments par une

produits de beauté pour se mettre en valeur, d'aucuns

cloison médiane tandis que la partie supérieure se dote d'un

imaginent que ces derniers étaient jadis en nombre limité,

plateau rectangulaire pareillement subdivisé, cinq petites boîtes

mais les riches articles d'alors auraient de quoi les surprendre

se fixant latéralement à l'ensemble. Le haut et les côtés du cou-

par leur originalité et leur valeur artistique surpassant parfois

vercle, tout comme la base du coffret, s'agrémentent de gravures

ceux d'aujourd 'hui en termes esthétiques.

ajourées représentant des écailles de tortue et motifs d'éclairs,

Véritable chef-d'œuvre datant de la dynastie Goryeo (918-

ces derniers figurant aussi sur les boîtes, au x côtés d'arabesques

1392]. ce coffret en céladon destiné à recevoir des produits de

incrustées. Malgré ses dimensions assez réduites, cette pièce

beauté se compose, outre les petites boîtes à maquillage, d'un

élaborée témoigne avec réalisme du sens artistique des Coréens

miroir oblong en cuivre et d'un étui à aiguilles en argent, le corps

anciens et du haut degré de perfection de la porcelaine céladon

s'ornant de gravures ajourées et d'incrustations.

qui se trouvait alors à son apogée.

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Koreana Arts et Culture de Corée

Vol. 8, N' 1 Print e mp s 2007

Publication trimestrielle de la Fondation de Corée 1376-1 Seocho 2-dong, Seocho-gu, Séoul 137-863 Corée du Sud www.kf.or.kr

ÉDITEUR Yim Sung-joon REDACTRICE EN CHEF Chai Jung-wha . DIRECTEUR ARTISTI QUE Chai Seang-su DESIGNER Kim ln -sook, Song Hye-ran

RÉDACTEUR EN CH EF ADJO INT Park Ok-soon, Park So-young

COM ITÉ DE RÉDACTION Chai Jaan-sik Han Kyung-koo, Han Myung-hee. Kim Hwa-young. Kim Moon - hwan, Kim Young-na, Rhee Jin- bae

ABONNEMENTS Prix d'abonnement annuel: Corée 18 000 wons Asie [par avion) 33 USD. autres régions \par avion) 37 USD Prix du numéro en Corée 4 500 wons

Abon neme nt et correspondance : Fondation de Corée 1376-1 Seocho 2-dong. Seocho-gu, Séoul 137-863 Corée du Sud

Tél, 82-2-3463-5684 Fax , 82-2-3463-6086 PUBLI CITÉ CNC ad . 4F, Corner Building, 202 Nonhyeon-dong, Gangnam-gu, Séoul. Corée du Sud

Tel, 82-2-511-6001 Fax, 82-2-511-6010 CONCEPTION ET MISE EN PAGE Kim's Commun ication Associates 504-5 Munbal-ri, Gyoha-eup, Paju, Gyeonggi -do. Corée du Sud

Tel , 82-31-955-7421 Fax, 82-31-955-7415 www.gegd.co.kr

IMPRIMÉ AU PRINTEMPS 2007 PAR Samsung Moonwha Printing Co. 274-34, Seongsu-dong 2-ga, Seongdong-gu. Séoul, Corée du Sud

Tél , 82-2-468-0361/5 Fax , 82 - 2-461-6798

Terre de dolmens

Koreana sur Internet

httpJ/www.kareana.ar.kr

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Le dolmen coréen, composante originale du mégalithisme mondial Ji Gon-gil

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Panorama de la culture dolménique coréenne Lee You ng -moon

22 Continuité de la tradition dolménique coréenne Ji Geun-hwa

© Fondat ion de Corée 2007 Tous droits réservés. Toute reproduction intégra le. ou partielle, faite par quelque procédé que ce soit sans le consentement de la Fondation de Corée, est illicite. Les opinions exprimées sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles des édi teurs de Koreana ou de la Fondation de Corée. Koreana. revue trimestrielle enregistrée auprès du Ministère de la Culture et du Tourisme !Autorisation n° Ba-1033 du 8 août 1987), est aussi publiée en chinois, anglais, espagnol. arabe, russe, japonais et allemand.


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DOSS I ER

Succès international des spectacles non verbaux I

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Kim Jong whee

ENTRETIEN LEE AE-JOO

Une danseuse hors pair en prise avec les hommes et l'histoire 1

La Corée est véritablement terre de dol mens , pu isqu·eue possède à elle seule près de la mo itié de ces imposants monuments préhistoriques qui peuplent le monde depuis la nuit des temps. Situé près du village de Bugeun- ri, sur l'ile de Ganghwado. le rema rquable spécimen figurant en couverture compte parmi les 29 510 vestiges mégalithiques répertoriés à ce jour sur la péninsule. Photographie : Joo Byoung-soo

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Kim Moon-hwan

ARTISAN OH OK-JIN

Un maître graveur de caractères au savoir-faire accompli

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CHEFS-D'ŒUVRE

De puissantes compositions au pinceau et

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I choiTae-won

à l'encre

I Hong sun-pyo

CHRONIQUE ARTISTIQU E

Quatrième Biennale internationale des arts des médias de Séoul, SOUS le signe de la « double réalité » I YooJin-sang

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À LA DÉCOUVERTE DE LA CORÉE RAIMUND ROYER

Le médecin traditionnel coréen aux yeux bleus I

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whee Min

SUR LA SCÈNE INTERNATIONALE

Le Professeur Kang Hyo, formateur de génie des jeunes virtuoses 1

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Park Yongwan

ESCAPADE

Namhae au printemps, une lumineuse île au trésor

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I Ko ooo-hyun

CUISINE

Le « ssuk », aromate classique aux multiples usages

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REGARD EXTÉRIEUR

Nouvelle vague

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I chun Hui-iun 9

I Ph ilippe u

VIE QUOTIDIENNE

Les premiers spationautes coréens prêts pour le départ I

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APERÇU DE LA LITTÉRATURE CORÉENNE

LEE HYE-KYUNG Une exploration des fissures d'où se détachent CeS Îles dérivantes de la Cité

Clai r-obscu r

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I Hwang Do-kyung

Tr aduction: Kim Jeong -yeon et Suzanne Salinas

umso-hyun 9


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Alignement de pierres levées de Carnac. Répartis su r une diza ine de rangées de quatre kilo mètres , ces quelque trente mille me nhirs offrent un impress ionn ant spectacle. Certa in es des Moaïs , ces 550 statues monume ntales de l'île de Pâq ues , pèsent jusq u'à qu atre-ving t-dix to nn es. Dans la pla in e de Sa lisbury, le cé lèbre site de Stonehenge se distin gue par l'a lig nement circula ire de ses menhirs. Le mégalithi sme s·est particulièreme nt développé su r les îles et littoraux, notamme nt le long des côtes est de l'océa n Atlanti que et ouest de l' océan Pacifique, de ce lles de l'océan Indien , ain si que de la Médi te rranée. Près de la moitié des dolmens se trouven t en Corée .

10 Koreana I Pri ntem ps 200 7

e terme culture mégalithique désigne différents rites et coutumes consistant à ériger, dans le cadre de pratiques funéraires et sacrificielles, des monuments composés de gros blocs de pierre dont de multiples vestiges émaillent le continent eurasiatique, notamment dans ses régions côtières et insulaires de l'Atlantique Est, de la Méditerranée, de l'Océan indien et du Pacifique Ouest, tandis qu'ils sont absents des zones septentrionales froides. Les mégalithes se divisent en menhirs, en alignements formant des rangées ou des cercles appelés cromlechs et en dolmens, ces derniers ayant plus particulièrement vocation de tombes.

Diversité mégalithique Le plus simple de ces monuments préhistoriques est le menhir, qui se compose d'un monolithe de un à trois mètres de hauteur dressé verticalement. Comme dans toute l'Asie du Nord-Est, il n'existe sur la péninsule coréenne que de rares spécimens de cette forme d'art phallique associée au culte de l'appareil génital masculin, symbole de fertilité et d'abondance. En Bretagne, ces énormes pierres peuvent dépasser

dix mètres de hauteur. Comprenant une ou plusieurs rangées de menhirs et situés pour la plupart dans des pays d'Europe occidentale comme la France ou l'Angleterre, les alignements mégalithiques représentaient, selon toute vraisemblance, une forme de vénération dédiée au culte du soleil, car leur disposition correspond souvent à la position de cet astre au solstice. Ceux de Carnac s'établissent sur une dizaine de rangées totalisant quelque trois mille pierres levées qui offrent un impressionnant spectacle. Les cromlechs ou cercles de pierre auraient assuré la fonction d'autels ou de lieux de culte consacrés au soleil, à l'instar du célèbre site de Stonehenge qui, dans la plaine de Salisbury, en offre le meilleur spécimen. Fouilles archéologiques et recherches ont permis de dater à environ 2800 avant J.-C. le début de sa construction, qui se serait poursuivie durant mille deux cents ans. Les dolmens abritent des chambres sépulcrales rectangulaires dont les parois latérales sont généralement composées de monolithes dressés verticalement et surmontés d'une dalle hori-


régions, il peut aussi s'agir de cavités recouvertes d'une pierre placée légèrement au-dessus ou au ras du sol. Contrairement aux autres monuments mégalithiques européens destinés aux rites relatifs au culte du soleil ou à d'autres croyances, les dolmens remplissaient uniquement un rôle funéraire, mais leur importance quantitative, ainsi que leurs morphologies variées, font que l'essentiel de la recherche y est consacré. Ils témoignent en outre de la diversité des pratiques funéraires et tandis que sur la péninsule coréenne, comme partout ailleurs en Asie du Nord-Est, ils eurent vocation de tombes individuelles, ils constituaient des sépultures collectives sur certains sites d'Europe occidentale, à l'instar de cette chambre sépulcrale de l'Eure, qui, sur une superficie de 1,65 mètre carré, renfermait les restes humains d'une vingtaine de personnes.

Origines du mégalithisme À quelques différences près en fonction des régions, les vestiges mégalithiques remontent pour la plupart à la période de la préhistoire comprise entre l' Âge néolithique et l' Âge du bronze, l'établissement de ceux d'Europe occi-

dentale, où se concentrent les études dans ce domaine, s'étendant du cinquième au deuxième millénaire avant Jésus-Christ. En Asie du Nord-Est, en particulier sur la péninsule coréenne, dans les provinces chinoises du Liaoning et du Jilin, ainsi que sur l'île de Kyushu, ces monuments semblent dater du premier millénaire avant Jésus-Christ correspondant à l'Âge du bronze de ces régions, mais les premières formes d'art mégalithique leur seraient antérieures, comme en atteste la survivance de telles coutumes, il y a encore peu, en Asie du Sud-Est et en Océanie.

Les archéologues s'intéressent depuis longtemps aux analogies morphologiques et structurelles qu'offrent ces vestiges en dépit de la distance spatiale et temporelle qui les sépare. Jusqu'au milieu du XX' siècle, plusieurs archéologues européens affirmaient ainsi qu'un lien aurait existé entre les orthostates dolméniques du plateau indien du Dekkan et du Caucase occidental qui se retrouvent en Europe de l'ouest, notamment dans la région de l'Oise. Au tournant du siècle dernier, de tous les vestiges historiques présents sur le sol national, ce sont d'innombrables dolmens qui retiendront le plus l'atten-

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tion des diplomates et missionnaires européens à leur arrivée en Corée, nombre de ces mégalithes présentant des similarités de structure avec leurs équivalents d'Europe, et c'est donc par eux que le monde occidental découvrira les richesses archéologiques coréennes.

Les dolmens du nord se compose nt de gros blocs monolithes dressés sur le sol et forma nt la chambre à laquelle se superpose une dalle de couverture de proport ions souvent imposantes. En raison de leur morpho logie, ils sont souve nt désignés par l'expression« dolmens en table». 2 La plupart du temps. les dolmens du sud sont const itués de plus ieu rs supports mono lithes recouverts d'une dalle, ce lle-ci étant parfo is placée à même le sol.

12 Koreana I Printemps 2007

Coutumes mégalithiques en Asie du Nord-Est Caractérisé par la prédominance de structures dolméniques aux côtés d'un petit nombre de menhirs, le mégalithisme coréen constitue le principal foyer de cet art préhistorique en Extrême-Orient et plus précisément à l'intérieur d'une zone s'étendant de la Chine du Nord-Est à l'île japonaise de Kyushu. Les plus grandes concentrations se situent dans le nord-ouest de la péninsule, plus exactement dans les

provinces de Pyeongannam-do et Hwanghae-do, ainsi qu'à l'ouest, dans les provinces côtières de Jeollanam-do et Jeollabuk-do, ces régions fournissant autant de sites adaptés au peuplement préhistorique par les attraits d'une topographie faiblement accidentée et de larges voies d'eau, caractéristiques qui ont par la suite également présidé à l'installation des centres urbains. Hormis quelques cas isolés, les dolmens sont pour la plupart regroupés par dix à plusieurs dizaines, voire des centaines. Dans la province de Jeollabukdo, la commune de Sanggap-ri, près de Gochang, n'en compte pas moins de quatre à cinq cents disséminés sur une bande de terre de deux kilomètres de long, tandis que dans celle de Hwanghae-do, près de huit cent cinquante ont été dénombrés à proximité de Yeontan


et Hwangju. Si l'absence de données statistiques est à déplorer quant à la répartition exacte de ces mégalithes sur la péninsule coréenne et dans les régions environnantes, les différentes recherches entreprises dans certaines zones ont permis de localiser plus de vingt mille d'entre eux jusque dans la province de Jeollanam-do, aujourd'hui au centre d'importantes études dans ce domaine car fournissant un aperçu de leur configuration sur l'ensemble du territoire péninsulaire puisqu'elle en rassemble le plus grand nombre. Une typologie nord-sud Présents en Corée plus que partout ailleurs sur le continent eurasiatique, les dolmens s'y répartissent, comme dans les régions voisines, en deux catégories méridionale et septentrionale, en fonc-

tion de leurs caractéristiques structurelles et selon que la chambre sépulcrale en est souterraine ou bâtie au-dessus du niveau du sol. Dans ce dernier cas, propre au dolmen du nord, la chambre comprend quatre petites parois constituées de blocs de pierre verticaux qui supportent une dalle horizontale de plus grandes dimensions que la chambre, tandis qu'au sud, elle est enterrée, entourée de blocs de pierres disposés sur son pourtour et flanquée de piliers soutenant une dalle horizontale qui peut être placée à même le sol en l'absence d'orthostate. Comme leur nom l'indique, les mégalithes de la première catégorie se dressent dans le nord péninsulaire, ainsi qu'au nord-est limitrophe de la Chine, tandis que ceux de la seconde s'y trouvent au sud, de même que sur l'île japonaise de Kyushu,

le fleuve Hangang du Nord délimitant géographiquement les deux zones correspondantes. Contrairement à l'art mégalithique d'Europe occidentale, celui d'ExtrêmeOrien t se caractérise par la prépon dérance des dolmens, à l'exclusion de tout alignement ou cromlech et tandis que les seconds se répartissent selon une typologie nord-sud reposant sur leurs caractéristiques structurelles, les premiers peuvent être à couloir ou simples, mais aussi d'autres types tels que l'allée couverte ; enfin, alors qu'ils abritent une sépulture individuelle en Asie du Nord-Est, leurs homologues d'Europe de l'ouest peuvent accueillir des sépultures collectives, autant de caractères distinctifs issus d'un environnement spécifique sur les plans géographique et historique. i.:.t

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i---~sur les échanges culturels de la préhistoire extrême-orientale, l'origine et l'essor de ces monuments funéraires, ainsi que l'organisation sociale mise en place à l' Âge du bronze coréen. En consé-quence, les spécimens découverts dans les communes de Gochang, Hwasun et Ganghwa ont globalement été classés bien n° 977 du Patrimoine culturel mondial.

1, 2 Dans un dolmen« en table », la chambre sépulcrale comprend deux ou quatre grands blocs verticaux surmontés d'une dalle large et plate. Ici, la dépouille funèbre devait reposer dans la chambre sépulcrale aménagée sur le sol. 3, 4 Sur le site de Chilgok situé dans la province de Gyeongsangbuk-do, la réalisation d'une liaison ferroviaire à grande vitesse a révélé la présence de nombreux dolmens, aujourd'hui en cours de fou ille , dont les chambres sépulcrales renfermaient lames et po in tes de flèche en pierre.

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onument le plus caractéristique d'une culture mégalithique commune aux peuples préhistoriques de plusieurs régions, notamment en Corée, le dolmen se compose en règle générale d'une chambre sépulcrale aux parois formées de monolithes et surmontées d'un gros bloc formant dalle de recouvrement. Leur édification, qui s'étend du premier millénaire avant JésusChrist à l'an deux cents de notre ère, correspondait à une pratique cultuelle ou à la volonté d'honorer de hauts personnages. En Corée, ces mégalithes se distinguent par leur nombre, morphologies variées et dimensions importantes. Leur comparaison à ceux de Chine et du Japon apporte un important éclairage

Diversité des formes et structures En fonction de leurs morphologies variées, les dolmens coréens appartiennent à différents types dits « en table », « en échiquier », « couvert » et « fermé ». Constitué le plus souvent d'une chambre sépulcrale délimitée par quatre gros blocs dressés à la verticale sur le sol et couverts d'un monolithe formant dalle faîtière, le premier présente l'aspect d'une table rudimentaire, comme son nom l'indique. Évoquant une sorte de plateau, le deuxième possède une dalle de couverture reposant sur quatre à dix piliers, tandis que le troisième comprend quatre dalles dressées et recouvertes d'une grande dalle, un peu comme un cercueil, les offrandes funéraires qu'il renferme souvent attestant de sa vocation de tombe. Enfin, les dalles de couverture et latérales du quatrième délimitent une enceinte entièrement close et sont également dits « de Jeju » en raison de leur importante présence dans c~tte île. Alors que la forme « en table » est très répandue dans le monde, la morphologie « en échiquier » ne se rencontre qu'en Corée. Les mégalithes coréens se singularisent aussi, à de nombreux égards, par la structure sous-jacente à la dalle de couverture, notamment de vastes chambres latérales pouvant atteindre plusieurs dizaines de mètres de côté et la forme rectangulaire ou ovale des dalles, ainsi que des supports monolithes adaptés aux contours de celles-ci et des chambres sépulcrales de conception évoluée.


Les offrandes funéraires Les vestiges dolméniques coréens comprennent les offrandes funéraires déposées dans les chambres et les objets rituels dispersés autour de la structure mégalithique. Dans le premier cas, il s'agit soit d'armes, faïences et articles personnels, soit, la plupart du temps, de lames et pointes de flèche en pierre, les premières de celles-ci étant souvent enfouies en un seul exemplaire auprès de la dépouille mortelle et parfois accompagnées d'une douzaine des secondes, tandis que dans le sud du pays, près de la péninsule de Yeosu et le long du littoral méridional, les chambres dolméniques renfermaient des objets en bronze tels que des épées en forme de luth alors réservées aux personnes d'une certaine condition. Quant à la céramique, elle est représentée par des faïences rouges polies ou à motifs peints. Par ailleurs, des perles de jade en forme de croissant ou cylindriques, probablement constitutives de boucles

d'oreille, accessoires décoratifs et ornements vestimentaires, figuraient parmi les articles personnels mis au jour en grand nombre sur différents sites. Enfin, étaient présents quantité d'objets rituels, aujourd'hui endommagés et qui semblent avoir été placés à l'écart des offrandes funéraires, aux côtés d'articles courants de pierre ou terre cuite délibérément brisés lors de cérémonies funéraires ou de l'établissement du dolmen. La faïence rouge polie se détache des autres offrandes, en raison de sa couleur évoquant le sang et le pouvoir de chasser les mauvais esprits, par la symbolisation de la résurrection dans un autre monde et de l'é loignement des malheurs . Qu'elles soient en pierre ou en bronze, les lames indiquaient le rang social du défunt, la croyance voulant qu'elles s'avéreraient utiles à celui-ci dans l'audelà, ce qui en fait une offrande funéraire dolménique spécifiquement coréenne.

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Étapes supposées de l'établissement d'un dolmen

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Creusement de trous pou r assu rer la stab ilité des s up ports monolith es. Recouvrement des supports par un monticule de terre et des dé blais conso lida nt l·emplacement de la dalle de couverture. Dispos ition de rondins sur le montic ule pour effectu e r la pose de la dalle de co uverture sur les supports mo nolithes au moyen de cordages et leviers. Déblaiement du monticule.

18 Koreana I Pri nte mps 2007

Une véritable prouesse de construction Des diverses opérations concourant à l'édification du monument, la plus importante et pénible résidait dans l'extraction et le transport du bloc constitutif de la dalle de couverture. Il est à supposer que les constructeurs s'aidaient de leviers et cales qu'ils plantaient dans les failles ou anfractuosités rocheuses de montagnes ou falaises pour en détacher des pans qu'ils taillaient en forme rectangulaire ou ovale. L'établissement du dolmen exigeait ainsi la mobilisation d'un grand nombre

de techniciens et exécutants, l'organisation de type agraire permettant de disposer d'une main-d'œuvre aussi abondante que qualifiée. En outre, la hiérarchie sociale dominée par la figure du chef influait fortement sur le travail, de même qu'elle déterminait la décision d'élever le dolmen ]:>Our telle personne ou telle autre. Cette construction mettait en œuvre de complexes opérations de maçonnerie pour l'extraction des blocs de pierre à flanc de rocher et la taille à la forme adéquate, ainsi qu'une ingénierie civile évoluée pour leur transport, puis leur positionnement adéquat sur les supports monolithes. Si le poids d'une telle dalle n'excédait pas le plus souvent dix tonnes, il pouvait en atteindre trente à quarante, voire une centaine, dans le cas des plus gros spécimens et, eût-on disposé d ' engins tels qu'en emploie aujourd'hui la construction lourde, il n'aurait pas été chose aisée de déplacer pareille masse de pierre. Ainsi, l'édification des grands dolmens releva d'une véritable prouesse de construction que les Coréens préhistoriques accomplirent sans le moindre appareil. Dolmens de Gochang C'est à Gochang, ville de la province


de Jeollabuk-do, sur le sol des communes de Jungnim-ri, Gochang-eup et Sanggap-ri situées dans l'arrondissement d'Asan-myeon, qu'a été découvert, dans les années soixante, le plus important groupe de dolmens du pays. Le long du versant sud d'une chaîne de montagnes abritant Jungnim-ri en son centre, se dressent, en parfaite harmonie avec le relief environnant, non moins de quatre cent quarante-deux mégalithes répartis sur dix ensembles dans cette première commune et quatre à Sanggap-ri, qui se dote, entre de petites hauteurs bordant la rivière de la Gochanggang, d'une vaste plaine favorable à l'agriculture. Passé ce cours d'eau, les collines s'étendant du nord au sud accueillent, sur les terres de Dosan-ri, la plus grande concentration de dolmens « en table » de toute la Corée du Sud. Les dolmens de Gochang offrent la particularité d'être présents au nombre de quatre cent quarante-deux sur une Un dolmen couvert comp rend souvent une chamb re sépulcrale placeé sur le sol et surmontée d' une dalle la rge et plate fermant l'ense mble à l'i nstar d'u n ce rcue il. Des st ru ctu res de ce type ont livré différen ts objets funéraires. 2 Sur un dolmen« en éc hiqu ier», la da lle de couverture , énorme, repose su r quatre à dix suppo rts monolithes.

superficie d'à peine 1,8 kilomètre carré, une densité sans pareille en Corée qui vaut à la région le titre bien mérité de trésor mégalithique. Alors que les mégalithes « en table » de Dosan-ri sont pourvus, comme leurs équivalents nord-coréens et chinois de la province du Liaoning, de dalles de couverture de faible épaisseur, mais largement couvrantes, ceux de Jungnim-ri, du même type, se démarquent néanmoins des spécimens classiques de celui-ci par leurs chambres peu élevées et recouvertes d'épaisses dalles. Prédomine toutefois sur ce site le type « en échiquier » aux faîtes rectangulaires si caractéristiques du mégalithisme et, sur la plus grande de ces structures, la dalle atteint 5,8 mètres de long sur cinq mètres de large et deux mètres d'épaisseur, tandis que leurs supports rappellent de véritables colonnes et que leur faîte crée une impression de splendeur irréelle, l'ensemble surpassant nettement en cela les autres sites. Enfin, les dolmens de Gochang se signalent également par une quantité assez limitée d'offrandes funéraires, voire leur absence totale sur beaucoup d'entre eux, alors que des débris de faïence ordinaire ont parfois été retrouvés à leur proximité. À l'intérieur

d'une chambre à parois dépourvue de dalle, a été mis au jour dernièrement un récipient en faïence dont l'embouchure circulaire s'orne d'une bande et qui ne s'accompagnait d 'a ucun des objets funéraires usuels, lames ou pointes de flèche en pierre, par exemple. Les dohnens de Hwasun Découverts en 1995 dans les communes de Hyosan-ri, Dogok-myeon et Daesin-ri, qui s'étendent, au sein de l'arrondissement de Chunyang-myeon, dans la province de Jeollanam-do, les 596 dolmens de Hwasun se divisent en dix groupes situés dans la partie est d' une vallée s'étendant, sur dix kilomètres, de Hyosan-ri à Daesin-ri. Leur emplacement au cœur d'une épaisse forêt que le pied de l'homme avait rarement foulée, avant que l'on ne décèle leur présence, leur a permis de demeurer en bon état de conservation. Plusieurs mégalithes se dressent également au creux d'une vallée distante d'environ un kilomètre de la large plaine qui borde la Jiseokgang, ainsi qu'à la sortie des villages et sur les collines toutes proches. Il est à noter que les blocs de pierre de ces mégalithes proviennent d'une montagne de la région dont la roche principalement composée de tuf volcanique et striée de failles verticales bien formées se prêtait parfaitement au prélèvement de dalles. L:ans cette carrière et à ses confins, subsistent des traces manifestes de cette activité extractrice et des pierres partiellement taillées qui fournissent de précieuses indications sur l'expansion dolménique de Hwasun, dont la diversité est en outre attestée par les spécimens découverts au sud de ces carrières. Cette région a aussi pour spécificité d'abriter un nombre considérable de dolmens de grande dimension du type « en échiquier » et de dolmens sacrés érigés à des fins rituelles, notamment le premier en Corée par son poids évalué à deux cents tonnes, un spécimen situé à Daesin-ri dont la dalle de couverture Printemps 2007

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Découve rts par le professe ur Lee You ng- moo n en décembre 1995, les dolmens de Hwas un se situ ent dans un e épaisse forêt qui les a conservés en exce lle nt état. Comme ici , à Gocha ng, de mag ni fiques supports monolithes rappelant piliers et da lles crée nt une impress ion irréelle qui différencie ces dolmens« en éc hiqui er » de ceux des autres rég ions. Solita ires, les dolmens de Gang hwa so nt · dissémin és su r les ve rsants et crêtes des mon tagn es. ai nsi qu'au flanc des co llin es et da ns les plaines. Des leviers et cales pla ntés dans les failles ou anfractu os ités roc heuses de montagnes ou fala ises au raien t permi s d'en détacher des pans pour y tailler des dalles. Les pierres découvertes près de Sun cheo n, site limi troph e de Hwasun , attestent de l'emplo i de cales lors de l'ext raction.

mesure 7,3 mètres de longueur sur cinq de largeur et quatre d'épaisseur. Certains d'entre eux sont ceints de blocs de pierres plats disposés selon un tracé carré ou ovale qui délimite une enceinte funéraire ou sacrée, les dolmens sacrés ayant vocation de monuments, et non de tombes. Variée, la structure dolménique tantôt comporte une dalle, tantôt se limite aux supports monolithes. Elle abritait diverses offrandes funéraires telles que les rouets découverts sur deux sites et des fragments de faïence rouge ou ordinaire, tandis que de part et d'autre des chambres, gisaient pointes de flèche en pierre, burins, herminettes, épées, gâchis et pilons, ainsi que de nombreux débris de faïence ordinaire ou rouge polie. Effectuée au radiocarbone, pour les fragments de charbon, et par thermoluminescence, pour les débris de faïences, la datation de ces vestiges découverts dans l'enceinte funéraire situe respectivement leur origine à 555 et 770 avant Jésus-Christ. Les dolmens de Ganghwa Au sein des communes de Bugeunri, Samgeo-ri, Gocheon-ri, Osang-ri et Gyosan-ri qui forment l'arrondissement de Hajeom-myeon rattaché au canton de Gwanghwa-gun, dans la zone métropolitaine d'Incheon, cent vingt-sept dolmens s'éparpillent sur la face nord du Mont Goryeosan, sans l'ébauche d'un regroupement. En raison de l'importance historique de cette région, leur présence y est connue de longue date. Près de la seule ville de Ganghwa, on en dénombre soixante-six en bon état de conservation et répartis à raison de seize à Bugeun-ri, neuf à Samgeo-ri, dix-huit à Gocheon-ri, douze à Osang-ri et onze à Gyosan-ri, l'ensemble de ces spécimens étant classé au Patrimoine culturel mondial. Les dolmens de Ganghwa se dressent sur des crêtes ou versants montagneux, comme à Gyosan-ri et Gocheon-ri, au flanc des collines, ainsi qu'en plaine où ils sont clairsemés à

l'instar de ceux de Bugeun-ri et Samgeo-ri. Sur un plateau que surplombe la face nord du Mont Goryeosan, le célèbre dolmen « en table » de Bugeun-ri, le plus volumineux des spécimens coréens en son genre, élève à une hauteur de 2,6 mètres une dalle de couverture de 6,5 mètres de long sur 5,2 mètres de large et 1,2 mètre d'épaisseur. Seuls deux des supports monolithes demeurant en place, la chambre dolménique présente l'aspect d'un couloir. À en juger par l'imposante stature qui le rendait visible à partir d'un point éloigné, ce dolmen servit probablement aux riverains de monument ou d'autel rituel. Au flanc des montagnes de Gyosanri et Gocheon-ri, furent respectivement découverts onze spécimens alignés sur la face nord du Mont Bongcheonsan, à deux cents mètres d'altitude, et dix-neuf au pied du Mont Naktabong, qui s'élève à l'ouest de celui de Goryeosan. Enfin, dans la commune d'Osang-ri rattachée à l'arrondissement de Naegamyeon situé dans la ville de Ganghwa, les archéologues ont mis au jour et restauré treize dolmens, ainsi qu'un groupe de douze petits dolmens « en table » se dressant à l'ouest du Mont Goryeosan et qui renfermaient divers objets en pierré tels que des lames, pointes de flèche, haches discoïdales et couteaux, auxquels s'ajoutaient des fragments de faïence rouge polie._ Le plus souvent du type « en table », les dolmens de Ganghwa ont vocation de tombes ou de monuments, les premières étant presque toujours de petite dimension, à l'exception des grands spécimens de Bugeun-ri et Samgeo-ri. Ces mégalithes se distinguent aussi par un emplacement au flanc de hautes montagnes, comme cela est notamment à Gyocheon-ri où ils se dressent même au sommet, contrairement aux autres mégalithes en leur genre, qui se trouvent en majeure partie en plaine, le long des cours d'eau, au pied des montagnes ou sur des collines. t...t Printemps 2007 1 Koreana 21


Dolmen situé dans la cour d'une maison de Gochang , commune rurale de la province de Jeollabuk-do. Les méga lithes sont souvent vénérés à l'égal d'objets sacrés car la croyance ve ut qu 'ils alimentent les esprits divins et possèdent des pouvoi rs magiques. 2 Les fêtes consac rées aux dolmens permettent de mie ux connaître le mégalithisme coréen. comme à Ganghwa où un spectacle reconstitue l'édification d'un dolmen.

E

n Corée, le dolmen a longtemps suscité le respect, voire la vénération des milieux populaires, puisque la croyance voulait qu'il possédât une âme, de même que le pouvoir sacré d'exaucer les voeux humains, et que celui qui l'endommageait ou en faisait un mauvais usage exposait aux pires infortunes sa personne, mais aussi ses descendants. Ces idées expliquent en grande partie l'excellent état de conservation de ces mégalithes après des millénaires. Des objets de culte Voilà encore peu, les habitants de Jangsan-ri, commune du canton de Taean-gun situé dans la province de Chungcheongnam-do, déposaient encore des offrandes devant les sept dolmens qui se dressent côte à côte sur

24 Koreana I Pri ntem ps 2007

l'une des collines et, un jour avant la première pleine lune de l'an lunaire, les femmes venaient y prier pour que celuici leur soit favorable . Dépourvus de pierre d'assise et surmontés d'une simple dalle de couverture partiellement enterrée dans la fosse, ils ne sont pas identifiables comme tels au premier coup d'oeil, mais les riverains, au vu de l'étrange disposition de ces sept mégalithes, les dénom-mèrent les « pierres des sept étoiles de la Grande Ourse » en leur attribuant des pouvoirs divins. Dans ce même canton de Taeangun, la commune de Gonam-ri abrite le « Rocher du général », autre dolmen célèbre auquel les visiteurs de passage adressent une prière dans l'espoir d'un exaucement dont la croyance lui prête le pouvoir. Quant au « Rocher de Pingmae » du canton de Hwasun-gun, qui se trouve dans la province de Jeollanamdo, il tient son nom de la légende dite de la Grand-mère, selon laquelle cette dernière, à la nouvelle de la création de mille images de Bouddha et de mille pagodes au temple Unjusa tout proche, s'y rendit après s'être munie d'une énorme pierre qu'elle abandonna en chemin en apprenant que les travaux s'étaient déjà achevés. En outre, le large trou situé au sommet de ce mégalithe a engendré la croyance que si une femme enceinte parvient à lancer une pièce _de monnaie dans cet orifice, elle donnera naissance à un fils ou en cas contraire, une fille et de même, que se réalise l'union matrimoniale, pour un couple ayant habilement visé cette cible. Par superstition ou simple plaisir, d'aucuns viennent encore sacrifier à la coutume du Rocher de Pingmae, montrant ainsi qu'au-delà de sa signification historique, le dolmen possède une dimension légendaire inspiratrice, ainsi qu'une valeur propitiatoire en vue de solliciter santé et prospérité. Un contenu éducatif Le dolmen constitue également le


thème de différents parcs de loisirs de qualité et de festivités à la riche programmation intégrant ce monument préhistorique au monde moderne. Dans la province de Jeollanam-do, la ville de Suncheon s'est ainsi dotée du parc du même nom en vue de préserver des mégalithes menacés par l'édification d'un barrage et à cet effet, la municipalité a fait rassembler tous ceux des quarante-neuf sites répertoriés dans neuf communes des environs de Suncheon, Boseong et Hwasun afin de les sauver de l'inondation. Aux côtés de monolithes, ils se dressent maintenant sur leur nouvelle terre d'accueil de Suncheon qui compte de ce fait cent quarantesept dolmens restaurés, cinq de types divers, deux monolithes, six cavités et un abri paléolithique. Le canton de Yanggu-gun, dans la province de Gangwon-do, accueille le Musée de la préhistoire de la ville de Yanggu, qui expose des dolmens en plein air, tandis que ceux de Gochang-

gun et Hwasun-gun, qui appartiennent respectivement aux provinces de Jeollabuk-do et Jeollanam-do, ont ouvert des parcs rassemblant ces mégalithes. Enfin, dans celui de Ganghwa-gun, non loin de la ville d' Incheon, différents projets sont à l'étude en vue de l'aménagement d'un parc de grande dimension destiné à mettre en valeur les monuments préhistoriques de l'île de Ganghwa, qui sont classés biens culturels du Patrimoine mondial et site historique n° 137 au plan national. Outre un musée archéologique centré sur la préhistoire, ce vaste espace comportera une zone d'exposition à ciel ouvert reconstituant en modèle réduit les dolmens du monde entier et une seconde présentant les procédés d'établissement des dolmens, ainsi que la vie des hommes préhistoriques, afin de fournir une vision d'ensemble du contexte culturel propre à ces mégalithes. Les installations existantes offrent également zones de loisirs boisées, sen-

tiers de promenade et commodités qui en font la destination de prédilection des sorties en famille, ainsi que des activités éducatives de connaissance de la nature et d'aspects connexes tels que la vie quotidienne en Corée pendant la préhistoire. Fêtes consacrées au dohnen Depuis quelque temps, dans le cadre du développement touristique, apparaissent ici et là des fêtes à thème portant sur les mégalithes régionaux tels que celui de Ganghwado, mondialement célèbre par ses richesses dans ce domaine. Créée en 1998, cette manifestation remporte d'autant plus de succès que les dolmens de cette île ont été classés au Patrimoine culturel mondial en l'an 2000, accroissant de ce fait son envergure et diversifiant sa programmation. Parmi ses multiples possibilités, elle propose notamment au public de partir à la découverte d'aspects de la vie primitive tels que l'établissement des

Printemps 2007 1 Koreana

25


2

Dotés de supports monoli thes de faib le ha uteur et d'une da lle de co uve rtu re plate caractéristi ques des dolm ens du sud , ceu x de Hwasun serve nt opport unéme nt au séc hage des pi m ents rouges. Dans la province de Jeollanam -do , les localités voisines de Hwasun et Gurye conservent à travers champs de grands dolme ns don t l'in fluence sur le quotid ien se fait ain si se ntir auj ourd 'hui enco re.

26 Koreana I Pri ntem ps 2007

dolmens, la taille des pierres et le façonnage de la terre, la manière de faire du feu, l'habitation en cavité, le maniement des haches de pierre et la chasse, ainsi que de nombreuses activités permettant de tirer pleinement parti des innombrables attraits historiques de l'île. Dans le canton de Hwasun-gun, la ville de Hwasun organise également une fête visant à faire apprécier à leur juste valeur ses dolmens eux aussi classés au Patrimoine culturel mondial. Première en son genre dans la province de Jeollanam-do, cette manifestation s'accompagne d'un symposium qui fournit l'occasion aux chercheurs, membres du comité de l'UNESCO et autres spécialistes, de s'entretenir des moyens de protéger les dolmens tout en les exploitant à des fins touristiques. Il convient enfin de signaler que des dolmens sont également exposés dans le canton de Gochang-gun, dans le Jeollabuk-do. Afin de replonger leur public dans la vie quotidienne à l'Âge du bronze, ces

manifestations mettent aussi l'accent sur la participation des visiteurs à des activités comme la pêche, le lancer de la hache de pierre ou l'édification de dolmens et les riverains eux-mêmes, bien qu'ayant vécu toute leur vie aux côtés des dolmens, y trouvent une occasion de mieux comprendre les coutumes qui se rattachent à ce mégalithe et y vivent des moments dont ils conserveront de merveilleux souvenirs tout en offrant à leurs enfants la possibilité d'acquérir un précieux savoir. Ces fêtes du dolmen s'emploient enfin à mettre en avant les spécialités et particularités de leurs régions respectives afin d'en rehausser la couleur locale et le visiteur qui se rend à l'une d'elles pourra constater de visu que ces monuments d'un autre âge trouvent encore leur place dans la vie moderne par les croyances religieuses qui s'y rattachent et par leur contenu éducatif, mais aussi par l'énergie et l'inspiration qu'ils apportent à l'homme moderne. t.t


C

Park Chang-bom

Près d'une décennie d'études approfondies consacrées aux dolmens allait conduire un chercheur coréen à l'étonnante conclusion que ces mégalithes constituaient, outre des monuments préhistoriques, des dispositifs astronomiques.

Ces marques ne sont pas le fait du hasard, mais constituent des gravures réalisées par les constructeurs aux fins de l'expression, voire de la représe ntation symbolique, selon toute vraisemb lance, de constellations.

'est en 1997 que le professeur Park Chang-bom commence à s'intéresser aux dolmens et, lors des visites de sites mégalithiques qui l'ont amené à sillonner tout le pays, des marques en forme de coupe gravées dans la pierre n'ont pas manqué d'éveiller sa curiosité. Il émet à ce propos l'hypothèse que les dolmens qui en comportaient représentaient non seulement des monuments, mais aussi des dispositifs astronomiques. Loin de résulter d'un phénomène naturel, ces marques furent délibérément tracées par les constructeurs aux fins de la symbolisation ou de l'expression, mais on ignore quel en fut l'objectif précis. Le terme coréen qui désigne ces « marques en coupe » signifiant littéralement « trous de fertilité », les scientifiques s'accordent à penser qu'elles devaient symboliser fécondité et abondance et si le professeur Park se rallie à l'idée qu'elles procédaient de croyances religieuses axées sur le bien-être et la prospérité, il évoque des éléments supplémentaires : « En ces temps reculés, les hommes s'interrogeaient sur leur existence et ce qui survenait après la mort. Les constellations représentées sur les parois tombales d'époque Goguryeo et Silla, c'est-à-dire respectivement de 37 av. J.C. à 668 et de 57 av . J.-C. à 935, témoignent de l'existence de l'idée de vie et de mort, puisque la Grande Ourse symbolise par exemple la mort et la résurrection. Cependant, de telles notions ne sont certainement pas apparues tout de suite et il paraît vraisemblable qu'elles aient procédé d'une tradition transmise de génération en génération. » Au vu de ces constellations ornant les tombes de Goguryeo et Silla, mais aussi de la fonction funéraire des dolmens dans la préhistoire, tout porte à croire que ces marques représentaient des constellations. Plusieurs spécimens

épousent en effet cette forme, notamment sur un dolmen situé à Yegok-ri, une commune du canton de Hamangun qui se situe dans la province de Gyeongsangnam-do, où figure entre autres le « Milk Dipper », une partie du sagittaire ». « Partout dans le monde, le sud-est était l' orientation privilégiée des sépultures mégalithiques et, s'il ne fut pas toujours retenu pour les dolmens coréens eux-mêmes, il le fut systématiquement pour leurs marques en coupe, ce qui démontre que celles-ci étaient l'expression de sentiments. » Si ces marques représentaient les constellations, quelle pouvait en être la signification ? En premier lieu, elles sont le reflet d'une société agraire, ainsi que d'une croyance religieuse affirmant que les hommes montaient au ciel après la mort, mais elles revêtent un sens plus profond : « L'avènement de la science coréenne moderne s'est produit à l'époque coloniale japonaise, entre 1910 et 1945, alors que celle de !'Antiquité avait été introduite par la Chine au temps des Quatre Commanderies des Han, c'est-à-dire les quatre districts administratifs que la Chine des Han avait établis en Corée en 107 avant Jésus-Christ, or, l'une et l'autre demeurent indissociables . En conséquence, ces marques de constellations témoignent de l'existence parallèle d'une science indigène en Corée. » Le professeur Park défend ainsi le point de vue selon lequel les gravures dolméniques en coupe offrent une nouvelle voie à la recherche sur l'histoire des sciences coréennes et à ce propos, l'article traitant de « l'astronomie dolménique » qu'il projette de publier à l'achèvement de ses travaux consacrés à la cosmologie coréenne devrait en effet ouvrir un nouveau chapitre historique dans ce domaine. t;,t

Pri nte mps 2007 1Koreana 27


DOSSIERS

Succès international des spectacles non verbaux Nouveau domaine du théâtre d'avant-garde né de la fusion de plusieurs genres, le spectacle non verbal séduit indéniablement les publics du monde. Kim Jong Whee Critique culturel I Ahn Hong-beom Photographe

28 Koreana I Printemps 2007


Inspiré du genre musical traditionnel coréen dit« samulnori », le spectacle Nanta prend une cuisine pour décor de son exubérant récit conté au rythme d'une musique endiablée. En septembre 2006, un million de personnes y ont assisté à l'étranger.

L

ancé par le groupe Nanta, ég.alement dénommé « Cookin ' », voilà à peine une dizaine d'années, le spectacle non verbal coréen fait donc ses premiers pas, mais ce retard sur de grandes formations situées en marge du théâtre conventionnel comme STOMP, Blue Man Group et le Cirque du Soleil, n'enlève rien à son succès considérable au plan national comme international. Tandis que cet ensemble franchissait en septembre 2006 le cap du million de spectateurs sur des scènes étrangères, un second, appelé Jump, créait sa propre salle entièrement consacrée à la progammation à long terme de ses spectacles. L'analyse de ce triomphe à l'avant-garde du nouveau théâtre coréen permet de découvrir quelques points commun . Diffusion de la culture coréenne Plus que tout, ces deu x formations ont su mettre en valeur les attraits et intérêts de la culture traditionnelle sur les scènes mondiales, la première, en se centrant sur un genre pour percussion, plus précisément tambour et gong , dit « samulnori » et la seconde, en développant des thèmes relatifs aux arts martiaux . Outre qu'elles se démarquent de leurs homologues étrangers par cette vulgarisation des traditions culturelles, leur représentations artistiques font aussi une place, sous forme de comédies dramatiques animées, aux joies

et peines qui émaillent le quotidien familial, comme les cuisines ou autres lieux ordinaires en sont parfois le théâtre. Leur modèle de réussite repose sur l'adaptation d'une thématique traditionnelle en un spectacle non verbal recourant à l'affabulation. En outre, elles ont toutes deux posé des jalons pour la diffusion des arts du spectacle coréens à l'étranger, car après des débuts sur le sol national, leur franc succès au célèbre Edinburgh Fringe Festival les a incitées à s'orienter au-delà des frontières. Recueillant une véritable ovation à chaque étape de leurs tournées mondiales , elles allaient mettre cette dynamique à profit pour ouvrir des salles assurant la continuité de leurs spectacles en Corée et les actions de marketing entreprises dans un cadre touristique allaient se traduire par un gain de popularité national et international. Par la suite, plusieurs nouveau x groupes allaient s'engager sur la voie ouverte par Nanta avec des fortunes diverses, tels Tokebi Storm et DoodRock Printemps 2007 1 Koreana 29


Le succès que remportent depuis peu les B-boys coré_ens suscite un véritable enthousiame au répertoire du spectacle non verbal, puisque leurs chorégraphies et gestuelles caractéristiques sont adaptées à des formes artistiques telles que ballet, mime et danses d'autrefois.


dont les spectacles, certes divertissants,

musicale intitulée « La ballerine

autres à l'échec, une impitoyable réalité

n'allaient pas parvenir, à s'émanciper de

amoureuse d ' un B-boy » se heurte

dont les agents artistiques sont bien cons-

leur inspirateur contrairement à Jump,

aujourd'hui à la concurrence toujours plus

cients et face à laquelle ils diversifient

qui s'était créé une image spécifique pri-

forte de productions telles que « B-Boys

autant que possibles leurs stratégies de

vilégiant les arts martiaux au détriment

Korea » et « Picnic » , respectivement

marketing.

des percussions. Dix ans d'évolution du

montés par les agences de Nanta et

spectacle non verbal coréen ont jeté les

Jump.

Forte de son expérience de pionnier du nouveau théâtre coréen à l'international, l'agence du groupe Nanta s'at-

bases d'un renouvellement sous lïmpul-

Ce dernier a d'ailleurs fortement con-

si on de l 'extraordinaire et récent

tribué au succès phénoménal des B-boys

tache aujourd'hui

phénomène des B-boys.

par la gestuelle rigoureuse de ses experts

compétiti vité du spectacle« B-Boys

en arts martiaux, tandis que le premier se

Korea ». En règle générale, elle recher-

Potentiel artistique des « B-boys »

consacre au x sonorités caractéristiques

che le perfectionnement à long terme des

à renforcer la

Longtemps ramenés à un sous-pro-

du « samulnori », puisque c'est préci-

spectacles présentés en Corée pour par-

duit de la culture jeune, les « B-boys »

sément aux évolutions spectaculaires et

venir à des produits très concurrentiels destinés au marché international, plutôt

coréens se sont imposés il y a peu sur les

parfois physiquement plus éprouvantes

scènes mondiales en y remportant

que les sports de combat, que tient la

que de les lancer d'emblée sur celui-ci .

diverses compétitions de danse et, après

réussite des B-Boys coréens . Si ces

Après y avoir fait plus tard son entrée,

avoir pris la mesure de cet exploit, les

derniers ne se rattachent en rien à la .tra-

l'agence de Jump prend à l'inverse

agences de spectacle rivalisent aujour-

dition coréenne, ils ont conféré à leurs

l'initiative de mettre en scène une version

d' hui d'imagination pour proposer de

danses la dimension d' un nouvel art

étrangère de son premier spectacle en

nouvelles créations au public coréen .

théâtral par leur éblouissant succès

Après avoir conquis les spectateurs dans un théâtre situé face à l'Université Hongik, cœur du quartier artis-

visant d'abord un succès étranger.

international qui les désigne en dignes successeurs des Nanta et · Jump.

À plus long terme, les spécialistes des arts du spectacle émettent toutefois des avis réservés quant à l'avenir des « B-boys » sur un marché offrant d'énormes possibilités de réussite, ·mais dès le départ extrêmement concurrentiel et donc susceptible de ne retenir que les plus brillants . Au final, il est vraisemblable que seul subsistera un nombre infime de spectacles condamnant tous les

Pri ntem ps 2007 1 Koreana 31


Présenté en 2005 à l'Ed inburgh Fringe Festival et arrivant en tête au box-office, le spectacle Jump associe les arts martiaux orientaux du taekwondo, kung tu et taekkyeon à des éléments com iques pour créer un divertissement tonique sur le thème de ces sports de combat.

le succès des débuts, d'autres encore craignant que si cet engouement ne débouche sur aucun renouvellement artistique, la possibilité soit perdue à jamais d'exploiter ces talents exceptionnels pour offrir des spectacles à haute valeur ajoutée sur les scènes du monde.

L'impératif de satisfaction

du public D'aucuns remettent toutefois

Alors que la brillante réussite

brefs délais. De même que les autres

de Nanta et Jump a considérable-

formes nouvelles d'art théâtral, celui des

ment favorisé la diffusion des spec-

« B-boys » doit venir à maturité en

en question la compétitivité des

tacles non verbaux coréens au

puisant ses sujets d'inspiration dans la vie

spectacles de B-boys, ainsi que la

cours des dix dernières années,

quotidienne et en poursuivant une activité

cohérence de leur style. Si cer-

l'adaptation de la « break dance »

expérimentale constante.

tains d'entre eux mettent déjà en

à d'autres formes de divertisse-

Aujourd'hui arrivé à un tournant, l'art

œuvre des concepts créatifs décli-

ment en est encore à ses balbu-

du spectacle non verbal coréen s'apprête

nant cette danse au son d'instru-

tiements. Le savoir-faire acquis

à entamer une nouvelle décennie de pro-

ments de musique traditionnels ou

dans le domaine du marketing et

ductions auxquels il est à espérer que

sur la trame d'une comédie drama-

de la réalisation devrait toutefois

l 'apport original des B-boys fournira

tique, les professionnels doutent

permettre de présenter ces nou-

diversité

que ces efforts puissent réitérer

velles productions dans les plus

théâtrale. i..t

32 Korea na I Pri ntemps 2007

artistique

et

nouveauté


E

n ce jour de juin 1987, des étudiants de l'Université nationale de Séoul se rassemblent dès midi sur la place de l'Acropole avant d'entreprendre leur fameuse

« Marche du 29 juin pour la paix » et l'impatience est à son comble lorsque circule la rumeur que l'un de leurs professeurs va danser en signe de solidarité avec leur mouvement.

c·est

alors que monte sur scène une petite femme exhalant un charisme hors du commun et le spectacle commence ...

Le feu sacré de la démocratie

Lee Ae-joo Une danseuse hors pair en prise avec les hommes et l'histoire

Débutant par un acte intitulé « Germes » qui évoque les origines de la vie, la représentation se poursuit par ceux del'« Eau » et du « Feu », qui marquent un fort contraste entre les hommes et les forces destructrices de la vie, pour se terminer par un appel au renouveau dans « La fleur de l'espoir », l'ensemble de ce « Barammaji chumpan » (salut du vent) étant interprété par le professeur Lee Ae-joo. Celle-ci s'en souvient encore en ces termes : « Le martèlement des pas des manifestants et le claquement des banderoles de la Marche pour la Paix me rappelaient le son d'un cor annonçant les avancées ennemies. Comme j'esquissais un pas, l'exaltation qui me gagnait imprima à mon corps des mouvements inattendus et, tandis que mes pieds nus bondissaient vers

Tout au long de sa carrière, Lee Ae-joo a laissé

le ciel, je me sentis planer dans les airs de manière absolument

s'exprimer dans son art les joies et peines des hommes.

libre et naturelle, l'âme complètement absorbée par la danse,

Animée plus que tout par la passion de la danse, témoin de toutes les vicissitudes de l'histoire coréenne

encore et toujours. À la fin, les étudiants m'ont applaudie et acclamée avant de se disperser, mais le lendemain matin, j'ai eu la surprise de voir dans le journal une photo comme je n'en avais

moderne, elle mène une inlassable croisade pour le

jamais vue auparavant sur la danse, ou plutôt, sur le ri;ouvement.

devenir de la danse traditionnelle coréenne.

Corps tendu vers le ciel, poings serrés, je m'élançais sans

Kim Moon-hwan Professeur d'esthétique à l'Université nationale de Séoul Lee Eun-joo Photographe

entrave .. . Par leur position, les mains et pieds, dont la coordination joue un rôle essentiel dans la danse coréenne, évoquaient la forme de la péninsule coréenne, mon corps se transformant ainsi en carte de Corée ». Repris par la presse étrangère, ce cliché allait acquérir une importance historique en sensibilisant le monde entier au combat des Coréens pour la démocratie et en accélérant le processus menant à celle-ci. C'est le décès d'un étudiant de l'Université nationale de Séoul, le 14 janvier 1987, suite au x tortures et mauvais traitements infligés pendant un interrogatoire de police, qui avait mis le feu aux poudres, le mouvement s'amplifiant encore le 9 juin suivant, après qu'un autre étudiant, de l'Université Yonsei eut été tué par une bombe lacrymogène lors de la répression d'émeutes anti-gouvernementales qui réunissaient plusieurs milliers de manifestants devant cet établissement. Par la suite, la Pri ntemps 2007 1 Ko reana 35


Ancrée dans la tradition bouddhique, la danse en solo dite

« seungmu » , dont Lee Ae-joo représente l'une des plus grandes figures, constituerait l'expression parfaite de cette

« immobilité du mouvement » propre à la danse coréenne.

danseuse Lee Ae-joo allait prendre la tête d'un cortège d'un million de personnes convergeant vers l'Hôtel de Ville.

Une volonté trempée par les épreuves L'octroi à cette danseuse du titre de maître du« seungmu », cet Important bien culturel immatériel exigeant un haut degré

Une grande figure de la danse traditionnelle

de savoir-faire technique, témoigne de La perfection de son ta-

Pour tâcher de comprendre d'où provient une telle énergie, il

lent d'artiste, mais il est plus remarquable encore que l'exercice

convient de revenir sur La Longue carrière de cette danseuse. Née

du métier se double chez elle d'une aspiration à combattre

en 1947 à Bongsan, dans La province de Hwanghae-do, Lee Ae-

l'oppression. Aussi s'inscrivit-elle, aussitôt après avoir terminé

joo suit des cours de danse depuis l'âge de sept ans et ses études

ses études d'éducation physique à l'Université nationale de

sous La direction de Kim Bo-nam [1911-1964). professeur au

Séoul, au département de Langue et littérature coréennes pour

Centre national des arts traditionnels coréens du spectacle ,

y appréhender La danse d'un point de vue plus académique,

l'amèneront à rencontrer en 1969 Han Yeong-sook [1920-1990).

mais aussi pçirce que ce cursus attirait des dirigeants du mou-

qui l'initiera au « seungmu », un genre de danse bouddhique.

vement étudiant pro-démocratique poursuivant une carrière

Cette formatrice n'était autre que La petite-fille de Han Seong-jun

artistique tels que Kim Ji-ha, Chae Hee-wan, Kim Min-gi et Lim

(1874-1942). un grand maître du « pansori » qui contribua par

Chin-tack, qui allait plus tard devenir son beau-frère. De même

ses représentations artistiques à l'essor des arts traditionnels

qu 'elle les formera à La danse traditionnelle, ils Lui enseigneront

coréens de la danse et du chant.

Les préceptes de l'idéologie populaire dite « minjung ».

D'aucuns pensent que Le « seungmu » est interprété par Les

En outre, Lee Ae-joo travaillera avec ardeur à perfectionner

bonzes Lors de certaines cérémonies religieuses, ce qui n'est pas

encore la technique de la danse d'exorcisme traditionnelle appelée

exactement Le cas, puisque ce solo est exécuté à l'occasion de

« salpurichum » et en approfondir le sens, poursuivant en cela

banquets ou fêtes profanes par des danseurs portant une tunique

l'œuvre entreprise par Han Seong-jun. Destinée à apaiser l'âme

à manches Longues d'un blanc immaculé, une écharpe rouge

des défunts et à réjouir celle des vivants, le « salpurichum » com-

et un chapeau de forme conique . S'inspirant certes de la

porte une grande part d'improvisation et subit donc de cons-

danse bouddhique, mais aussi du folklore et en particulier de

tantes transformations de nature spatiale et temporelle tout en

La danse des masques, ainsi que de la musique paysanne et du

visant à élever les aspirations identitaires du peuple. L'action

« hallyangmu » des nobles ou « hallyang », elle s'est répandue

réalisée dans ce domaine allait aboutir, en 1974, à la création du

par Le biais de spectacles donnés en privé et ce n'est qu 'à la fin de

spectacle « Chumpan de Lee Ae-joo ».

La dynastie Joseon [1392-1910] qu 'en ont commencé des

Les activités militantes de la danseuse lui vaudront d'être

représentations, notamment sous l'impulsion de Han Seong-jun.

constamment placée sous surveillance par un régime militaire

Elle se décline en plusieurs variantes régionales, dont celle de

avant tout soucieux d'industrialisation, ce qui motive~a son départ

Gyeonggi-Chungcheong, qui se vit classer La première au Patri-

pour les États-Unis en 1978 où, dans la ville de New-York, elle

moine culturel immatériel après avoir été créée en grande partie

vivra d'activités peu rémunérées telles que la vente dans un

par ce même maître Han, dont La petite-fille allait entreprendre

supermarché ou dans la rue, sans rien perdre pour autant de son

d'enseigner cet art à Lee Ae-joo, Le 31 décembre 1976.

appétit de connaissances. En effet, elle suit alors un cursus de

Après un début où il semble quasiment immobile, à L'instar du rythme musical très Lent, Le danseur de « seungmu »

doctorat à l'Université de New York tout en apprenant la danse moderne aux côtés de Martha Graham.

déploie soudain l'une de ses Longues manches blanches

« De l'œuvre « Release and Contraction », de Martha

appelées « hansam » et La fait onduler en l 'air, après quoi

Graham , j'ai appris que les techniques respiratoires

retentit Le son agréable d'un tambour de forme droite, d'abord à

employées en danse provenaient en fait d'Asie», fait-elle

la cadence de quelques battements, puis de six et lorsque

observer. « Après l'avoir compris, j'ai estimé que mieux valait

l'accélération porte ceux-ci à quatre, le danseur tournoie gra-

améliorer mon « seungmu » que m'évertuer à apprendre ce

cieusement plusieurs fois sur lui-même, sort Les mains de ses

que je savais déjà faire par des méthodes différentes. J'ai alors

manches pour battre son propre tambour à un rythme Lent qui

commencé à initier des élèves coréens et américains à cette

suit un crescendo en se faisant envoûtant, pour s'établir à quatre

danse jusqu'à mon départ, en 1982, lorsque l'Université nationale

temps jusqu'à un impressionnant finale où les manches

de Séoul [SNU] m'a offert une chaire ».

s'ouvrent en grand. 36 Koreana I Pri ntemps 2007


Soif de justice L'attribution d'un tel poste avait de quoi surprendre sous la

Toute à la recherche de moyens adaptés à l'expression de ces sentiments, Lee Ae-joo tantôt sent brûler en elle le feu de la

présidence de Chun Doo-hwan, qui avait succédé à la dictature

passion , tantôt pleure le sort des victimes d'injustices . Sa

militaire de Park Chung-hee, et démontrait incontestablement

décision d'accepter le poste que lui propose dans ses instances

que l'artiste était appréciée à sa juste valeur. Tout en se con-

dirigeantes le Minjung, parti politique qui a nommé _Paik Ki-wan

sacrant pleinement à sa tâche d'enseignante dans un établisse-

candidat à l'élection présidentielle, lui vaudra les critiques impi-

ment à la morale conservatrice, Lee Ae-joo allait se joindre à des

toyables de ceux qui comptaient sur ses ambitions politiques,

activités de promotion de la culture populaire traditionnelle et

alors que le soutien d'une formation ayant aussi peu de chances

monter dans ce cadre les spectacles « Nanumgut » et « Dora-

de sortir victorieuse de cette consultation représentait mani-

jikkot », le premier appelant à une juste répartition des richesses,

festement un signe de protestation contre le pouvoir autoritaire

tandis que le second narrait les souffrances de ces « femmes de

d'a lors.

réconfort » que le Japon impérial réduisit à l'état d'esclaves atteindre son apothéose en 1987 avec l'œuvre intitulée« Baram-

Aux sources de la danse coréenne Suite à cet incident, Lee Ae-joo semble s'être quelque temps

majichum».

retirée de la vie publique, ce qui ne signifiait en rien qu'elle avait

sexuelles livrées à ses militaires. Cette création artistique allait

« Ce vent, que désigne le vocable « baram », revêt ici une

renoncé à danser, puisqu'elle se produisit successivement en

double signification en faisant référence à la résistance à ce

1988, au Japon, lors d'une conférence internationale sur le

phénomène, lorsqu'il est susceptible de provoquer des ravages,

désarmement nucléaire, en 1995, au Festival du folklore asia-

mais aussi à l'exploitation de sa force, quand il a le pouvoir

tique qui se déroulait également dans ['Archipel et à la première

d'e ncourager les opprimés, voire de ressusciter les morts »,

édition du Festival folklorique mondial qu'accueillirent les Pays-

explique l'artiste.

Bas en 1996. Depuis les années quatre-vingt-dix, elle donne en

38 Korea na I Printemps 2007


outre un concert annuel de commémoration en l'honneur de celle qui fut son maître, Han Yeong-sook, ainsi que diverses autres représentations . Après tant d'années consacrées à rechercher les origines de la danse coréenne, elle croit aujourd 'hui pouvoir les situer dans le « yeonggamudo », expression artistique alliant chant et danse. « Le « yeonggamudo» fait appel au chant, à la danse et au saut, car il vise à atteindre un état où ciel, terre et hommes ne forment qu'une seule et même entité », précise-t-elle. « Ce n'est que quand l'homme vit en harmonie avec la nature que les lois qui régissent celle-ci peuvent entièrement se révéler par le son et le mouvement humains. Si aucune règle n'est artificiellement applicable au chant et à la danse, une certaine part de méthode et d'ordre lui est essentielle, notamment sous la forme des cinq voyelles principales« eum », « ah », « eo », « i »et « u » correspondant aux cinq grands organes du corps. C'est en les enfilant à la suite comme des perles, en les élevant ou en les abaissant, en les tordant ou en les allongeant, que se crée une chanson .» La danse étant un mouvement corporel exécuté en cadence, au son d'une musique, l'allongement du deu xième entraîne l ' affaiblissement du premier, alors quïnversement, son accélération en phrases musicales ou en rythme engendre l'animation et la gesticulation. Ainsi , avec l'intensification du rythme, gestes et musique parviennent à leur plus haut degré et provoquent la chute de l'exécutant, tandis qu'une mélodie apaisante le renvoie à son point de départ. Le corps comme l'esprit s'en trouvent purifiés et régénérés, aussi Lee Ae-joo considère-t-elle le « yeonggamudo » comme une forme de méditation. Au mois d'avril 2005, lors d'une tournée qu 'elle avait effectuée dans six grandes universités américaines pour y prononcer des conférences sur la culture coréenne accompagnées

Plus que les autres danses coréennes, le« taepyeongmu »

d'ateliers, j'avais eu l'occasion de constater, pour y avoir assisté

exige un jeu de jambes extrêmement précis dans des

moi-même, l'enthousiasme et l'intérêt considérable manifestés

évolutions tout aussi disciplinées que gracieuses (ci-contre).

par l'auditoire, à chaque séance, tant pour le « yeonggamudo »

Danse du sabre invoquant l'esprit d'un guerrier, le« geommu »

que pour le « salpuri ». Le spectacle « Danses et récits de Lee Ae-joo », mis en scène

se caractérise paradoxalement par une gestuelle douce (ëi- dessus).

par l 'artiste en février dernier sous le patronage du Centre d'études coréennes, avait pour objectif, sur le thème del'« Influence des di x mille ans d'histoire du mouvement spirituel qu 'est la danse traditionnelle coréenne », selon sa propre définition, de mettre en lumière la dimension de « néant » que comporte la danse par une gestuelle ascétique unissant corps, esprit et respiration pour mener à un état d'illumination analogue à celui que procure la méditation . Après les gracieuses évolutions du « yeonggamudo » de ses débuts, l'artiste a réaffirmé par cette œuvre les fondements de la danse rituelle et de celle du sabre, ainsi que du « salpuri », du « taepyeongmu » folklorique, du « seungmu » et du « barachum » accompagné aux cymbales , tout en y exposant les résultats de ses travau x de recherche sur les peintures murales des tumulus de Goguryeo recouvrant la tombe Muyongchong, c'est-à-dire des danseurs. L;t Pri ntemps 2007 1 Ko reana 39


ARTISAN

Oh Ok-jin Un maître graveur de caractères au savoir-faire accompli Entre les mains d'Oh Ok-jin, la moindre pièce de bois prend aussitôt vie et, revêtue d'une majestueuse calligraphie, se transforme en un élégant écriteau signalant palais et sanctuaires grandioses. Choi Tae-won Écrivain occasionnel

I

Seo Heun-kang Photographe

epuis l'aube de l'humanité, le désir instinctif de postérité n'a cessé de s'exprimer par les traces laissées sur des supports successifs allant de la caverne des origines à la microdisquette, en passant par l'indispensable papier. Si l'apparition de la typographie métallique a sonné le glas de la gravure de caractères, c· est avec une véritable ferveur que le maître artisan Oh Ok-jin, répondant au pseudonyme de Cheoljae et classé Bien culturel immatériel n° 106, a consacré sa vie à cet art tenu pour mort. Ce courageux combat pour perpétuer un métier pourtant voué à disparaître lui confère assurément la stature d'un héros digne de figurer dans un musée. Initiation à la gravure de caractères

Le terme « gakja » désigne l'art de graver des lettres sur des blocs typographiques ou des pancartes placées à l'entrée des principaux édifices, mémoriaux familiaux et sanctuaires. La disparition de la gravure sur bois dans le domaine de l'imprimerie limite aujourd'hui l'application de ce procédé à une fabrication d'écriteaux et plaques s'avérant tout juste suffisante pour maintenir l'activité que poursuit avec une véritable passion le maître Oh Ok-jin, septuagénaire dont seule la frêle physionomie trahit l'âge. Cet ancien combattant invalide de la Guerre de Corée avait été envoyé au front en 1953, en tant que commis des postes, alors qu'il n'était encore qu'un adolescent, et il y reçut une blessure qui amoindrit sa vision à l'œil droit, notamment par la 40

Korea na I Print emps 2007

profondeur de champ, mais nullement découragé pour autant, il travailla à parfaire son art pendant plus d'un demi-siècle. « Une fois démobilisé, je voulus approfondir mes études, mais ma famille n'ayant pas les moyens de les financer, je dus me former à la charpenterie à l'Institut national de formation professionnelle. Le simple apprenti que j'étais devait avoir quelque talent, puisque le chef d'État 0 major de la Marine me remit un prix. » Après avoir travaillé chez un fabricant de meubles, Oh Ok-jin entrera au quotidien Dong-A /Ibo pour s'y former à ~a gravure de lettres et suivre ainsi la voie toute tracée par une tradition familiale remontant à son grand-père, artisan relieur qui exerçait aux registres de l'état civil. Ce faisant , le jeune homme embrassait donc la carrière à laquelle il était prédestiné. Résolu à surmonter son handicap visuel, il suit alors les enseignements du célèbre artiste graveur Sin Hak-gyun , qui l'initie aux subtilités des procédés traditionnels sans que le néophyte s'en tienne à leur acquisition : « Pour exécuter un travail de qualité, le graveur ne peut se contenter de recopier un texte car il lui faut acquérir des connaissances poussées en calligraphie dont il doit lui-même exercer l'art ». Fidèle à ces principes, il se formera auprès des deu x éminents calligraphes que sont Kim Chung-hyeon et lm Changsun tout en perfectionnant son savoir-faire professionnel en « gakja » grâce à son oncle Oh Geum-seok. « Le principal n'est pas la technique, mais la raison d'être du travail. Il faut sïnter-


La maîtrise de l'art du « gakja » exige une connaissance approfondie des lettres, une forte capacité de concentration et une créativité alliant tradition et modernité.

rager sur la finalité et Le fruit du Labeur », explique l'homme de

pavillons des Palais de Gyeongbokgung et Changgyeonggung,

métier.

ainsi que les célèbres sanctuaires bouddhiques de Songgwangsa et Hwaeomsà, ou encore des hauts lieu x culturels tels que Le

Acquisition d'un style Après toute une existence passée au contact du bois, Oh Ok-

Mémorial de l'indépendance, Le temple de Hyeongchungsa et Le Centre national des arts du spectacle traditionnels.

jin se refuse à ne voir en celui-ci qu'une matière inerte car il est capable de lui redonner vie, même si l'arbre dont il est issu a

L'œuvre de restauration

depuis Longtemps disparu, par ce que Les professionnels appel-

Le maître Oh Ok-jin assure également La restauration de

lent « dressage », c·est-à-dire la coupe et la taille manuelles.

pièces réalisées par Les graveurs d'antan, notamment sous La

L'inscription de Lettres sur les pièces ainsi obtenues confère à

dynastie Joseon (1392-191 Dl. et a ainsi reconstitué des blocs

celles-ci la qualité de nobles œuvres d'art agrémentant l'entrée

typographiques en bois destinés à des documents d'une valeur

d'édifices tels que les pavillons du Palais de Gyeongbokgung ou

inestimable tels que le « Hunminjeongeum » (sons corrects

Les mémoriaux des familles illustres. L'assimilation des rudi-

pour instruire Le peuple). Le « Nonggawollyeongga » !chants de

ments de La charpenterie et de la menuiserie allait aussi permet-

l'almanach des agriculteurs). Le« Goryeogayo » (anthologie des

tre à l'homme de cultiver un style propre dans son métier.

chants de Goryeo) et des réalisations du célèbre cartographe Kim

Son père l'ayant initié dès son plus jeune âge à la gravure des

Jeong-ho comme le « Suseonjeondo » (1824) et Le « Dae-

sceaux, ainsi qu'à la coupe du bois de jujubier, et remarquant un

dongnyeojido » (1861). qui sont respecti vement Les cartes de

jour, alors qu'il travaillait dans une scierie, une éclisse faisant

Séoul et de La péninsule coréenne représentée en détail. Ses

cale sous les roues d'un camion, il s'en saisit, puis y grava un

travaux remarquablement exécutés sur ces véritables chefs-

motif avec art après l'avoir rapidement examinée . Il venait à sa

d'œuvre lui ont valu de se voir décorer de l'Ordre du mérite civil.

manière de découvrir la valeur cachée d'une pièce passant inaperçue, car apparemment quelconque.

Désignant Le « Suseonjeondo » qui s'étend au mur derrière lui, Oh Ok-jin formule le commentaire suivant : « Le fin tracé de

Comme autant de témoignages de sa maîtrise technique, ses

cette carte rend merveilleusement Le relief et surpasse de Loin

œuvres constellent aujourd'hui le sol national, tel ce panneau de

toutes Les autres par sa précision, ce qui a rendu son exécution

sept mètres de longueur se dressant devant Le temple de Jogye-

d'autant plus complexe. Si le bois dur n'est pas facile à graver, le

sa situé au centre de Séoul, ceu x qui ornent en grand nombre les

tendre répand des bavures sur les petites inscriptions lors de Printemps 2007 1 Koreana

43


8.

Par son art, le maître graveur de lettres Oh Ok-jin sait fa ire

prendre vie à une simple pièce de bois, comme en attestent ses

magnifiques réalisations allant de sceaux miniature et plaques commémoratives à des écriteaux de sept mètres de longueur annonçant l'entrée du temple Jogyesa, au · ·. centre de Séoul.

1(.

· ~

l'impression, d'où la nécessité absolue d'un« dressage » immédiat » . Le profond respect que lui inspirent ses talentueux prédécesseurs l'a incité à s'atteler à la difficile tâche de restaurer leurs œuvres avec une passion dont atteste son généreux don au Musée national d'art populaire de blocs du « Suseonjeondo » gravés de ses mains.

Un modèle pour ses fidèles étudiants L'art du« gakja » comprend la gravure de blocs typographiques, ainsi que celle d'écriteaux et plaques, selon les trois principales étapes suivantes. La première consiste, après sélection et dressage d'une pièce adéquate, le plus souvent en bois de bouleau ou de ginkgo, à la faire tremper dans de l'eau de mer, puis sécher. L'artisan procède ensuite à la composition du texte, suivie de la réalisation de l 'ébauche sur_bois, cette opération exigeant une grande précision en vue de la gravure ultérieure des blocs, puisque ceux-ci devront reproduire les images aussi fidèlement qu 'un miroir. En troisième et dernier lieu, la gravure des lettres est réalisée sur la pièce avec une précision et une concentration maximales. Arrivé à l'âge adulte, le maître graveur Oh Ok-jin s'est pleinement consacré à son art en y mettant tout son cœur, sans pour autant se laisser accaparer par une activité en voie de disparition. L'action qu'il a accomplie en tant que gardien de la tradition coréenne a porté ses fruits et fourni des gratifications en tout genre, puisqu'après avoir formé plus de trois cents artisans, il a aujourd'hui pris sous son aile trente étudiants qu'il considère comme son bien le plus précieux et avec lesquels il a mis sur pied, en 1980, une exposition d'une périodicité annuelle intitulée « Cheoljaegagyeonjeon » afin de faire découvrir au grand public l'univers méconnu de la gravure de lettres. t;t 44

Korea na

I Printemps 2007


CHEFS-D'ŒUVRE

De puissantes coinpositions au pinceau et à l'encre S'attachant à exprimer avec justesse sa personnalité et sa sensibilité d'artiste, Kim Myeong-guk sut entièrement affranchir sa création des normes et conventions en tout genre, comme en témoigne ce portrait de Bodhidharma. Hong Sun-pyo Professeur d'histoire de l 'a rt à l'École des beaux-arts de l'Université féminine d'Ewha

ses œuvres reco1vent

..

P.Ortent un succès croissant au JaP.on, lors des VOY.ages officiels qu'effectue le 46 Koreana I Printemps 2007


--

Bodhidharma de Kim Myeong-guk. 1643. encre sur papi er, 83 x 58cm . Musée national de Corée

Printemps 2007

1

Ko reana

47


Avec un simple pinceau trempé dans l'encre de Chine, Kim Myeong-guk réalisait de main de maître de véritables œuvres d'art en d'audacieuses touches auxquelles il semblait communiquer tout l'élan de son infatigable dynamisme.

Autre chef-d'œuvre de Kim Myeong-guk. le« Dalmajeolrodogangdo » représente Bodhidharma franch issant une rivière sur un roseau. 97,6 x 48,2 cm , encre sur papier, Musée national de Corée

48 Koreana I Printem ps 2007


Une beauté suggérée

Printemps 2007 1 Koreana 49


galement dénommée « Media City Séoul », la Biennale

damentale de ce qu'il convient d'appeler« réalité », mais qui est

internationale des arts des médias de Séoul, l'une des

devenu complexe et multiple à l'ère des technologies modernes.

plus importantes manifestations du domaine en Corée qui

C'est pourquoi l'exposition comportait plusieurs productions

se déroulait du 18 octobre au 10 décembre derniers au Musée

exemptes de tout recours à la technologie numérique et con-

d'art métropolitain de Séoul, était consacrée aux relations entre

trastant fortement avec celles qui représentaient une réalité

art et technologie dans le monde contemporain envisagé sous

virtuelle créée par des moyens informatiques et d'art interactif

l'angle de sa dualité. Désormais entré dans l'usage courant, le

permettant aux visiteurs de manipuler des détecteurs. Leandro

terme « art des médias », parfois qualifié de numérique ou

Erlich y présentait notamment sa « Boutique de verre

technologique, tend aujourd'hui à englober des œuvres faisant

« Ecléctica » » (2005) entièrement composée d'objets de la vie

appel à du matériel vidéo ou informatique et comportant de ce

quotidienne, tandis que la maîtrise technique dont témoignaient

fait une part virtuelle, notamment graphique.

les images représentant l'intérieur de la « boutique de verre» se reflétant dans un miroir conféraient au virtuel une signification

Multiples réalités Sur le thème de la « double réalité » qui caractérise

supérieure à une simple surface réfléchissante. Toutefois, une composante technique était présente dans la plupart des cas,

l'époque actuelle, les pièces exposées procédaient d'un ques-

notamment par les procédés de diffusion en flux continu,

tionnement sur la frontière ténue qui sépare le quotidien de la

d'oculométrie et de réalité augmentée, puisque les expositions

réalité virtuelle fondée sur les applications informatiques et sur

consacrées aux arts des médias ont principalement pour voca-

Internet. À l'instar de l'ensemble des arts contemporains, celui

tion de faire découvrir au public comment la technologie mo-

des médias s'intéresse néanmoins aussi à la problématique fon-

derne peut se mettre au service de l'art.

52 Koreana I Printemps 2007


Jardin » [2006, insta llation interactive). Créée par Kohe i Asano et Kosuke Matsuura , cette composition invite les visiteurs à lancer en l'a ir des morceaux de pap ier disposés au sol pour qu'ils s'ouvrent co mme la corolle d'une fle ur en retombant. 2 « Dual Trance », de Lee Ha n- su [2006, installation interactive) explore les dichotomies entre cultures ori entale et occide ntale . passé et avenir. tra di tion et techno log ie. 3 « Sma ll Caps Came ra » , de Liu Wei [2006, installation vidéo). Cette oeuvre représente différe ntes expressions d'un visage face aux situations et inc idents du quotidien. «

Le Musée d'art métropolitain de Séoul avait déployé cette manifestation sur ses deux étages et son rez-de-chaussée, qui

sorielle à une autre dimension créant un effet inattendu compte parmi les principales techniques dans l'art des médias.

accueillait le volet intitulé « Rencontres et collisions » évoquant la « double réalité » des mondes réel et virtuel dont les limites s'estompent peu à peu, en mettant l'accent sur la diversité et

Une réalité restructurée À r étage supérieur, une salle consacrée à des « Prolonge-

l'influence réciproque des perceptions multiples et changeantes

ments de réalité » favorisait la participation directe du public

de cette réalité par les hommes.

comme l'i ndiquait le sous-titre « Transmission de l'expérience

Une création de Byun Ji-hoon, « Le vent » (2006]. affichait en

et du jeu ». Œuvre interactive créée principalement à l'intention

temps réel la vitesse atteinte par celui-ci sur les plages de Busan

des enfa nts, le « Jardin » (2005] de Kohei Asano invitait ceu x-ci à

distantes de quelque quatre cents kilomètres et créant au mur

projeter en l'air de petits morceaux de papier qu i s'ouvraient

l'illusion d'un rideau agité par ce souffle. Si elle permet surtout

comme des fleurs en retombant au sol, tandis que la « Drama-

de suivre les cours de la bourse et d'émettre des bulletins

tique » d'Oh Yong -seok permettait au visiteur d'effectuer le mon-

météorologiques en temps réel, la technologie de diffusion en

tage d'une scène de leur vie passée à partir de petits extraits

flux continu, appelée « data streaming » en anglais, se révélait

découpés dans des films célèbres.

ici sous un tout nouveau jour. Quant à l'œuvre « Blow Up »

Au deuxième et dernier étage, la salle intitulée « Réalité

(2005] de Scott Snibbe, elle conviait les visiteurs à souffler sur de

compéti tive » dévoilait une grande variété d'œuvres résultant de

minuscules ventilateurs disposés sur une table et produisant un

nouveau x procédés de création et d'expression reposant sur

mouvement d'air quasiment imperceptible par comparaison à un

l'emploi créatif de la technologie.

appareil de taille normale. Cette confrontation de la réalité sen-

Dans ses « Signaux ambigus » mettant en œuvre la tech Printemps 2007

1Ko reana 53


Alliant créativité artistique et haute technologie, quatrevingt-une œuvres provenant de dix-neuf pays interpellaient les visiteurs sur les rapports toujours plus ambigus des univers réel et virtuel.

2

3

nique de l'oculométrie, [2005/06). Axel Roch avait composé un

Par ces images d'un personnage déambulant dans un dédale, le« Labyrinthe humain» de Jin Siyon 12006, installation vidéo} nous incite à un questionnement sur nos propres errances dans une réalité à multiples facettes. Dans son« Prologue de la fin » 12006, animation en papier}. Park Seong-hoon a rassemblé plusieurs dessins au crayon en une sorte d'échantillon du temps qui met en lumière la dualité du réel. Recourant à des images vidéo au contenu symbolique et dramatique, l' œuvre de Pipilotti Rist intitulée« Stir Heart, Rinse Heart » 12006, installation vidéo multimédia} défie l'entendement et la perception habituelle de la réalité.

Si le niveau d'avancement des œuvres présentées à la Biennale

impressionnant ensemble de scènes aériennes que découvrait le

de Séoul n'égalait naturellement pas celui de la recherche scien-

visiteur à l'aide de lunettes spéciales. Enfin, les « Chemins de G »

tifique, il en allait tout autrement pour ce qui est d~ la mise en

[2005). des coauteurs Dietmar Offenhuber, Sam Auinger et

œuvre des techniques au x fins de la création artistique.

Hannes Strobl proposaient, au moyen de rouleau x de pellicules

L'avenir de l 'art des médias se trouve entre les mains de

de film, de monter une séquence d'événements faisant appel à la

quelques groupes d'artistes et ingénieurs menant une impor-

mémoire du public et suivant un agencement linéaire dans le

tante activité d'expérimentation dans différents pays. Le fruit de

domaine virtuel. En montrant que si les faits se rappellent à la

cette recherche orientée vers les réseau x témoigne d'efforts

mémoire sous forme de souvenirs ponctuels, ils se présentent,

constants mettant en application des sciences et technologies en

quand ils sont rassemblés, comme une succession d'images

vue de l 'amélioration de la production industrielle, mais aussi

faisant apparaître des liens de causalité, une œuvre de ce type

culturelle. Conformément à cette tendance, la Corée entend non

élève la « virtualité » vulgarisée par l'internet au rang d'innova-

seulement développer son potentiel dans le secteur des tech-

tion artistique.

nologies de l'information et de la communication centrées sur les semi-conducteurs et l'internet, mais aussi promouvoir les mani-

Création et technologie L'évolution fulgurante des technologies actuelles modifie

festations qui, à l'exemple de « Media City » , permettent d'informer le grand public des innombrables possibilités d'appli-

considérablement notre perception de la réalité, notamment

cations technologiques de haut niveau dans les domaines artis-

dans le domaine des images virtuelles en trois dimensions qui

tique et culturel et fournissent aussi d'importantes indications en

influencent le quotidien tant intérieurement qu 'extérieurement.

vue de l'orientation future de ces efforts.~

54

Koreana

I Pri ntem ps 2007


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Rain1und Royer Le médecin traditionnel coréen aux yeux bleus Encore méconnue du grand public, la médecine traditionnelle coréenne fait aujourd'hui un adepte autrichien en la personne du Docteur Raimund Royer, qui exerce lui~même cette science ancestrale en qualité de praticien agréé. Whee Min Poète

E

I

Ahn Hong-beom Photographe

n entrant dans le cabinet médical, me parvient l'odeur si

Après ce premier contact avec une science qui, si elle fut

particulière, mais agréable et subtile, des médicaments

introduite par les Chinois en Corée, allait par la suite trouver sa

orientaux, ce parfum bienfaisant que la pollution des villes

voie dans ce pays, Raimund Royer fait un second voyage deux ans

ne permet pas d'apprécier pleinement, mais qui semble main-

plus tard, en 1989, dans le but de s'initier cette fois-ci à la

tenant soulever l'espèce de couvercle qui pesait sur mon crâne,

médecine coréenne . La réalisation de cet objectif exigeant aupa-

une impression que beaucoup disent partager en pareil cas.

ravant de maîtriser la langue, il s'inscrira à un cours d'une durée

C'est alors que fait son entrée un homme de haute taille et aux

d'un an proposé par l'Institut coréen de l'Université Yonsei, tout

yeux bleus d'une quarantaine d'années, qui me salue d'un joyeux

en menant de front des études de philosophie orientale et de

? » parfaitement prononcé et n'est autre que

littérature chinoise afin de se familiariser avec les idéogrammes

le Docteur Raimund Royer, patron de la clinique internationale de

et la culture d'Extrême-Orient. C'est en 1991 qu'il fera ses pre-

« Anyeonghaseyo

l'Hôpital de médecine orientale Jaseng.

miers pas en médecine traditionnelle en entrant à l'Université Haany de Daegu .

La médecine traditionnelle coréenne À l'Université de Graz, Raimund Royer poursuit des études en

Plus vrai que nature

sciences économiques qui l'amènent à travailler pour une société

Dix-neuf années ont passé depuis l'arrivée de Raimund Royer

d'import-export quand, sans la moindre idée de sa destination, il

en Corée et s'il faut en croire le dicton selon lequel « une

entreprend de visiter l'Asie en quête de mysticisme oriental. Au

décennie, c'est une éternité », alors son séjour le serait presque

Japon déjà assez connu des Occidentaux et à la Chine commu-

doublement, d'où cette aisance d'expression et ce sens de

niste imposant beaucoup de restrictions sur les déplacements, il

l'humour qui semblent si spontanés à ses interlocuteurs

préfère la Corée où il se rendra pour la première fois en 1987.

coréens. Cette facilité d'élocution vient d'ailleurs conforter son

« Afin de mieux connaître la Corée, j'ai suivi des cours de

impression que le coréen est devenu sa langue maternelle et

taekwondo pendant trois mois, tout en parcourant le pays. Un

après une longue conversation, je me demandais moi-même si

jour que je m'étais tordu la cheville à l'entraînement, on m'a

j'avais bien devant moi un ressortissant autrichien. J'ai donc

emmené dans une clinique de médicine orientale située dans le

voulu savoir à quel point il se sentait coréen.

quartier de Jongno, à Séoul, et j'ai subi des séances d'acupunc-

« Je crois que je le suis presque en tout, mais parti-

ture. Le médecin a planté des sortes d'aiguilles à l'endroit de la

culièrement dans le domaine culinaire. Mon épouse étant

blessure et la douleur s'en est allée comme par enchantement.

coréenne, je mange de la cuisine coréenne à la maison , ce qui est

Tout cela était pour le moins nouveau».

un luxe. Dernièrement, je suis tombé amoureux du « mugeun Printem ps 2007 1 Korea na 57


kimchi », c·est-à-dire le kimchi mûr. Après avoir employé celui-

conseil suivant quant à l 'exercice physique, très en vogue

ci pour préparer le kimchi d'hiver ou « gimjang », ma femme

actuellement, et notamment à l'emploi de machines à courir dont

voulait en jeter quelques morceaux de reste, alors j'y ai goûté et

sont équipées les salles de sport, mais dont l 'effet n'est pas

l'a i aussitôt trouvé très savoureux ... Maintenant, je m'en contente

forcément bénéfique à ses yeux, bien que préférable à l'absence

tout à fait pour finir un fond de riz».

totale d'activité. La frénésie sportive peut transformer l'exercice

Quand j'ai demandé à l'homme quel éta it son plat préféré, il a cité sans hésitation le« cheonggukjang », ce qui m'a laissé sans

en corvée, alors que, comme tout dans la vie, il doit se pratiquer avec un état d'esprit positif.

voix car cette préparation à base de soja fermenté déplaît par sa

« En médecine traditionnelle coréenne, les relations

forte odeur à bien des Coréens, notamment les enfants et ado-

humaines entre médecin et patient revêtent une grande impor-

lescents habitués à la restauration rapide. Il n'en reste pas moins

tance. C'est un art médical qui met en premier lieu l'é!_ccent sur la

que ce médecin l'apprécie, démontrant par là le côté coréen de

guérison de l'esprit, avant de traiter l'affection corporelle, cette

sa personnalité et j'ai alors sollicité l'avis de ce professionnel sur

première tâche s'avérant d'autant plus essentielle face au stress

la gastronomie coréenne .

croissant de la vie moderne. »

« Elle ne se limite pas à des sensations gustatives, car, en

Le docteur Royer porte un grand intérêt à la musique médita-

vertu de la notion d' « eumyang ohaeng », c·est-à-dire le principe

tive, qu'il a découverte il y a peu, et notamment à l'é nigmatique

du yin et du yang associé aux cinq éléments de l'univers que sont

« gayageum », cette cithare à douze cordes qui le soulage de

le bois, le feu , la terre, le métal et l'eau, cinq saveurs sont per-

ses soucis et purifie son esprit lorsqu'il en écoute un récital, con-

ceptibles par le corps tout entier. Cette idée est corroborée par

fortablement installé dans un auditorium. L'idée lui est donc

les préceptes de la médecine traditionnelle, qui considère le

venue de diffuser cette musique au sein de sa clinique interna-

corps humain comme un microcosme. Ainsi, l'absorption des ali-

tionale afin de créer une atmosphère apaisante à l'intention de

ments engendre une énergie que l'on sent de ses papilles

ses patients.

jusqu 'au bout de ses orteils car ils ne font appel qu ' à des ingrédients de qualité et sont exempts d'additifs. »

Mondialisation de la médecine orientale

Apaisement spirituel

médecine orientale coréenne, Raimund Royer se rend

Dans le cadre du suivi promotionnel de l 'Association de En tant que médecin spécialisé, Raimund Royer formule le 58

Koreana

I Printemps 2007

régulièrement en Europe et l'occasion m'est ainsi donnée de


2

3

Recherchant équi libre et harmonie du corps, la médecine traditionnelle coréenne adapte à chaque maladie sa pha rm acopée à base de s ubsta nces natu re lles tirées d'herbes, feuilles et raci nes, ainsi que de certaines parties du corps des a ni maux co m me la corne de daim. Face a ux affections de la colo nne ve rtéb ra le, la médeci ne trad itionnelle coréenne fait appel au procédé thérapeutique dit« chunayobeop » , c'est-à-d ire la chiropractie, qu i consiste à exe rce r des tractions et compressions sur les os . En complément des potions traditionnelles à base de simples, il est envisagé de proposer de nouveaux produ its sous forme de comp rimés ou poud res à l'in tention des consommateurs étrangers encore réticents.

3

l'interroger sur la vision de la médecine traditionnelle coréenne qui y prévaut. « Les Européens s'intéressent beaucoup au x effets

Un deuxième Raimund Royer Nombre d'ambassadeurs étran-

de l'acupuncture, qu'ils associent à la médecine chinoise, alors

gers en poste à Séoul fréquentent la

qu'en réalité, une étude réalisée auprès de vingt à trente mille

Clinique internationale de [' Hôpital de

médecins allemands a révélé qu'un sixième d'entre eux y avaient

médecine orientale Jaseng pour y recevoir

recours. Il s'agit d'un chiffre considérable si l'on pense que le

les soins du docteur Royer. Au nombre de ces

nombre de spécialistes du domaine est inférieur à vingt mille. En

inconditionnels, figurent MM. les ambassadeurs Alfredo

fait, celui-ci est méconnu en Europe » .

Ungo, de la République du Salvador, l'éminent doyen du corp s

À ce propos, le docteur Royer déplore sa faible diffusion

diplomatique étranger en Corée, Daniel Abrego, de la République

internationale, car il œuvre depuis longtemps en ce sens, alors

du Panama, et Leandro Arellano, du Mexique. À l'occasion de cet

que cette science a selon lui atteint un degré d'évolution plus

entretien, j'y ai aussi rencontré M. l'ambassadeur Wilhelm

élevé que ses variantes chinoise ou japonaise, ainsi que toutes les

Donko, de la République d'Autriche, qui y suivait un traitement.

autres formes de médecine alternative. « Je pense que ce

S'ajoutent à ces diplomates des travailleurs ou étudiants

malencontreux état de choses provient d'un certain manque

étrangers qui seraient réticents à se rendre dans un établisse-

d'intérêt des pouvoirs publics pour cette discipline, mais aussi

ment de médecine orientale ordinaire en raison des barrières de

d'une information insuffisante. Toutefois, je peu x personnelle-

langue, d'où il résulte que près de cinquante pour cent des

ment témoigner de l'impression très favorable qu 'elle laisse chez

patients sont de nationalité étrangère.

nombre de gens lorsqu'ils la découvrent, tout comme moi. »

Le docteur Royer projette d'ouvrir une telle clinique à Vienne

Rappelant que la médecine orientale n'est connue des pays

d'ici à trois ans. Il est à souhaiter qu'il puisse réaliser ce rêve et,

occidentau x que pa r l'acupuncture, il estime que l'adoption d'une

qui sait, dans quelques années, peut-être l'un des lecteurs de cet

stratégie de marché visant à développer le créneau correspon-

article, après s'être tordu la cheville lors d'un voyage en Autriche,

dant à ce nouveau secteur entraînera une forte hausse de la

y sera-t-il soigné par ce médecin. D'aucuns pourraient aussi à

demande génératrice de profits, à condition, toutefois, que l'on

leur tour venir se former en Corée à cette discipline après en

puisse proposer les médicaments coréens les plus courants

avoir découvert la nouveauté et alors, un deuxième « Raimund

sous forme de comprimés ou gélules pour les substituer aux

Royer » pourrait bien voir le jour. l.t

solutions liquides boudées par les consommateurs étrangers. Printemps 2007 1 Ko reana 59


SUR LA SCÈNE INTERNATIONALE

Le Professeur

KangHyo formateur de génie des jeunes virtuoses

u plus chaud de l'été coréen, me revient toujours en esprit la figure de Kang Hyo, car celui-ci assure la direction artistique du Festival international de musique des hautes montagnes se déroulant au mois d'aoû t dans la province de Gangwon-do. À chacune de nos rencontres désormais annuelles, je lui demande en le saluant s'il a fait quelques progrès en langue coréenne et cet homme discret, peu disert, qui naquit en 1945 , garde quelques secondes le silence en m'observant avec un sourire légèrement crainti f avant de lancer un : « Qu'en pensez-vous vous-mêmes ? »

Les violonistes Sarah Chang , Gil Shaham et CheeYuna appartiennent à cette nouvelle génération de

Une tâche gratifiante La lenteur de son élocution en dit long sur ses

musiciens talentueux qui se sont imposés sur les

séjours loin du pays natal, puisque, encore étudiant à

grandes scènes du monde après avoir été initiés à

l'Université nationale de Séoul, il quitte celle-ci dès

la carrière musicale par le Professeur Kang Hyo

1964 pour les États-Unis et commencent alors qua-

dans le cadre de la Juilliard School. Park Yongwan Journa liste à l' Auditorium Kim Yun-bae Photographe

rante années d'expatriation. Dans son pays d'accueil, il étudiera à la Juilliard School, puis au Conservatoire de Musique Peabody, avant de revenir à ce premier établissement au x fins d'une formation de troisième cycle qui lui permettra par la suite d'y enseigner en tant que chargé de cours. Titulaire, à partir de 1985, d'un poste de professeur à la Juilliard School, il y formera les prestigieu x violonistes que sont Sarah Chang, Gil Shahamet Chee-Yun . On imagine aisément le travail achar né qu'exige une telle réussite ! Lauréat du Grand Prix du Festival international de musique des hautes montagnes [FIMHM). dans la catégorie violonistes, lors du premier concours organisé dans ce cadre en 2004, Kim Gyeongjun se souvient de celui dont il fut l'élève à la Juilliard School au x côtés d'une quinzaine de personnes, un effectif plutôt élevé pour l'enseigneme nt de la musique . À cette précision, je me suis souvenu qu'il se disait, à l'époque lointaine de la création de l' Université nationale des arts de Corée , que l'homme allait être nomm é à l 'Université nationale de Séoul, mais il n'en était rien , pour la bonne raison qu'il

60 Ko reana I Pri ntemps 2007


se trouvait encore à l'étranger. « Je n'éprouve pas le moindre regret, car mon

travail à la Juilliard pour des compatriotes m'apporte bien des s9tisfactions en me rendant plus utile à mon pays. Il me permet en effet d'apporter personnellement mon aide aux plus brillants éléments à leur arrivée sur le sol américain. Je profite aussi de ma présence sur place pour inciter de grands musiciens à se rendre au FIMHM . » . Qu'ils soient musiciens ou professeurs, les participants à ce Fest ival, ainsi que les intervenants à l'École qui s·y associe, possèdent sans exception un haut niveau de compétence et sont issus du réseau

I

[

relationnel que s'est constitué le maître en quarante années au cours desquelles il s'est intégré avec enthousiasme au milieu musical américain . C'est aussi pour cette raison que les organisateurs

/

coréens de grandes manifestations le sollicitent systématiquement à cet effet, comme en témoignent ses relations privilégiées avec le groupe Samsung. Ce dernier assure le soutien des Solistes internationau x de Sejong, ensemble rattaché au FIMHM et auquel la formation rigoureuse assurée par le maître permet

aujourd ' hui

de

se

produire

régulièrement à New York, depuis le dixième anniversaire de sa création au mois de mai 2005. Tous les jeudis, au Time W_arner Center, le public accourt au deuxième étage abritant

l 'espace

appelé

«

À la

découverte de Samsung » pour y assister aux spectacles que donne gratuitement cet ensemble.

De l'interprète au mentor Débordant déjà de travail par le passé, Kang Hyo vit aujourd'hui à un rythme effréné du fait d'incessants voyages entre la Corée et les États-Unis et lorsque j'ai voulu savoir s'il ne regrettait pas d'avoir mis un terme à sa carrière d'interprète, c· est par un « Non ! » catégorique, geste à l'appui, qu'il m'a répondu dans un éclat de rire. « S'il est vrai que j'étais avant tout interPrinte mps 2007 1 Koreana 61


C'est grâce aux enseignements du Professeur Kang Hyo que l'ensemble de musique ~e chambre des« Solistes internationaux de Sejong », ainsi que le Festival international de musique des hautes montagnes, allaient s'acheminer sur la voie du succès, le maître rêvant aujourd 'hui encore d'un monde où la musique serait source de joie et de félicité pour tous les hommes.

Formation de m usique de chambre créée en 1995, les Solistes internationaux de Sejong allient à des interprètes corée ns de souche une deuxième génération venue de l'étranger, ainsi que de jeunes musiciens en provenance des États-Unis, d'Australie, du Japo n, de Ta'ii.van , de Chin e, d'Allemag ne, du Canada et de Roumanie . 2

Doublé de l'éco le du même nom , le Festiva l de mus ique des hautes montagnes est une man ifestation annuelle au cours de laquelle les So li stes de Sejong proposent au public fidèle ou occasionnel une programmation musicale variée déclinée chaque année sur un nouveau thème.

prète à mes débuts, je me suis peu à peu mis à

jeunesse, il était naturel que Kang Hyo prenne la

l'enseignement, en partageant d'abord mon temps

dir.ection artistique du Festival de musique des

entre ces deux activités. Par la suite, c'est la seconde

hautes montagnes et de l'École qui lui est associée. Si

qui a pris le dessus au fil du temps, m'amenant

des activités telles que l'initiation musicale conjugu.ée

même à prendre la tête des Solistes internationaux

à la relaxation dans la nature ou le développement et

de Séjong, pour monopoliser aujourd'hui mon temps

le perfectionnement du goût musical figurent au pro-

et mon énergie».

gramme de nombreuses grandes manifestations

En 1969, le musicien entre à ['Orchestre de

internationales. le cadre estival de la chaîne des

chambre du Kennedy Center de Washington, où il

Daegwallyeong, qui dresse ses cimes dans la

restera trente ans et côtoiera sur scène les plus

province de Gangwon-do, semblait particulièrement

grands maîtres du moment. Le pianiste Lean Fleisher

apte à séduire tant les professionnels que le grand

assurait alors la direction artistique de cette forma-

public.

tion car l'engourdissement dont il souffrait à la main

Centrée chaque année sur un thème différent, la

droite l'avait contraint à s'orienter vers cette fonction .

programmation du Festival des hautes montagnes

« J'ai énormément appris d'un tel directeur ! »,

opte pour la diversité des genres et des époques. À

rappelle Kang Hyo en évoquant ses jeunes années,

Yongpyong, station de sports d'hiver qui accueille

époque à laquelle chaque concert lui laissait

cette manifestation, les écrans géants d'auditoriums

l'impression d'avoir considérablement progressé sur

à ciel ouvert attirent à des concerts vacanciers et

le plan musical, ce qui allait l'amener à accorder une

riverains, même vêtus de tee-shirts et chaussés de

grande valeur à l'expérience acquise dans la

tongs.

jeunesse.

« J'aimais tant les jours de neige, dans ma

« Ce que L"on ressent dans son jeune âge ne dis-

jeunesse ! Un rien me rendait heureu x à cette

paraît jamais. Je n'ai rien oublié de mon passé et il

époque, mais en prenant de l'âge, nous sommes de

semble reprendre vie quand nous l'évoquons entre

moins en moins sensibles à ces choses-là .. . Peu à

amis. Un jour que nous passions devant le Théâtre

peu, tout nous semble triste et alors, nous perdons

Daehan et qu 'un ami me demandait si j'y avais déjà

notre joie de vivre. mais il nous suffit d'entendre un

joué, je me suis même rappelé que c'était en été, de

air mélodieux qui attendrit notre cœur, et le monde

même que c·est à l 'auditorium de l ' Université

en est transfiguré, le ciel semble plus bleu, l'air, plus

féminine d'Ewha que s'est produit pour la première

pur, les gens, plus aimàbles et nous-mêmes, plus

fois le quatuor à cordes Juilliard, ou que j'ai fait le

libres. N'avez-vous pas déjà ressenti cela? »

voyage de Daegu à Susan dans le seul but d'entendre

Si la musique semble posséder ce fugace et

la célèbre contralto noire Marian Anderson ... Autant

mystérieux pouvoir de changer le monde, cela n'est

de souvenirs d'une grande fraîcheur ! »

quïllusoire. mais qu'importe pourvu que nous soyons heureux par le seul effet de la magie musicale, été

Le Festival des hautes montagnes et son école Avec un tel attachement à ses souvenirs de

comme hiver. sur les hautes montagnes de Gangwon -do, à Séoul ou à New York. t.t Printemps 2007 1 Ko reana 63


66 Koreana I Printemps 2007


tacle changeant du Mont Geumsan, thème et décor de prédilection de la littérature coréenne, tandis que côtes attrayantes, temples anciens, villages pittoresques et forêts classées au patrimoine naturel incitent tous à qualifier ce site de « bomulseom », c'est-à-dire d' « île au trésor ». Des« daraengi » pleins de vitalité

Quatre heures de route séparent Séoul du Pont de Namhae, un ouvrage suspendu d'une trentaine d'années qui rappelle le Golden Gate Bridge et que l'on considère, dans son genre, premier en Corée par sa beauté évocatrice d'une « fleur sur l'eau ». À sa sortie, une paisible route mène par la côte au village de Daraengi, à Gacheon. Ce dernier toponyme provient des rizières en gradin qui, derrière le village, s'accrochent aux versants du Mont Seolheulsan tombant à pic dans la mer avec une inclinaison de quarante-cinq degrés. Très variées par leur envergure, ces cultures vont du microscopique« satgat baemi » à d'immenses Ouvrage d'art le plus remarquable de Corée, le pont

champs dépassant le millier de mètres carrés et créant l'impressionnant « patchwork » qui résulte

suspendu de Namhae relie depuis 1973 au continent

du déboisement des reliefs et du montage de murets

Namhae, quatrième île coréenne (gauche). Quand

de séparation . Cette dernière opération exigeait le transport d'une grande quantité de pierres et leur

tombe le soir, le Pont de Changseon-Samcheonpo s'illu mine de multiples couleurs sur ses 3,4 km de long (ci- dessus)

colmatage à l'argile pour assurer l'étanchéité, ce véritable exploit représentant une somme d'efforts évidente dès le premier coup d'œil. Figurant parmi les plus rocheuses des innombrables îles que compte la Corée, puisque les montagnes y occupent près des deu x tiers du territoire, Namhae a contraint ses habitants à tirer leur subsistance du moindre lopin de terre en leur possession .

l

Ainsi, les cultures étagées sont à l'image du fort l était une fois un paysan qui, ayant travaillé tout le

instinct de survie d'une population conf~ontée à la

jour et comptant les champs qu'il possédait, eut la surprise que l'un d'un manquât et c·est en vain

rareté des ressources naturelles et procédant à deux

qu'il le chercha du regard en tous sens, mais

rendement agricole. Blotti à l'extrémité sud de l'île, Daraengi reçoit

comme il allait s'en revenir chez lui, il le découvrit sous son « satgat », le chapeau conique en bambou qu'il avait posé à terre. Depuis, on donne le nom de « satgat baemi », ce dernier mot désignant une par- .

récoltes annuelles de riz et d'ail pour optimiser le

très peu de précipitations neigeuses et le printemps venu, se couvre d 'é pinards, armoises et autres

celle de rizière, à ces minuscules lopins pentus qui

plantes plus précoces que sur le continent. Champs d'ail où ruisselle l'eau luisant comme un fil de soie au

sont la particularité des paysages de montagne et

creux des sillons, lis, campanules d'automne et vols

que seuls les plus téméraires s'acharnent à cultiver.

de cormorans achèvent d'embellir ce décor naturel.

Cette ténacité fait d'ailleurs la renommée des

Dans le cadre de diverses manifestations locales, les

habitants de Namhae, quatrième île coréenne par sa

citadins de passage, outre la pêche et le farniente sur

superficie et dont les eaux environnantes appartien-

les plages de sable, se voient proposer d'intéres-

nent au Parc maritime national de Hallyeohaesang

santes activités comme le labourage avec un bœuf de

qui s 'étend au sud de la péninsule. Orgueil de la

trait ou une journée en mer sur un bateau de pêche,

région, les « douze points de vue » déclinent le spec-

ains i que des randonnées sur les montagnes avoisiPrintemps 2007

1

Koreana

67


dynastie Joseon (1392-191 Dl, le gouverneur de cette contrée, en 1751, vit en songe un vieillard venir à lui et déclarer : « Je me suis noyé dans la mer, près de Gacheon , mais vaches et chevau x passent tant par là qu'ils m'empêchent de sortir des flots aussi souvent que je le voudrais pour voir le monde. Que la chance t'accompagne si tu me viens en aide ! ». Hanté par ce rêve, le fonctionnaire se rendit dès le lendemain au lieu désigné en compagnie de l'un de ses hommes pour y faire creuser et trouva deux gros rochers dont il laissa l'un couché sur le côté tandis qu'il redressa l'autre de toute sa hauteur. Depuis lors, les villageois accomplirent chaque année, en souvenir de cette découverte, un rituel dit « Mireukje » au cours duquel ils priaient pour la fertilité des sols ou la fécondité des femmes et ce faisant, ils s'attirèrent à jamais une bonne fortune exceptionnelle. Malgré sa nature Au flanc du Mont Geumsan, le temple de Boriamsa offre une vue

imaginaire, ce récit n'a rien perdu de son pouvoir

spectaculaire des îles du Sud.

puisqu'il attire toujours à cet emplacement fabuleux nombre de femmes qui s'en remettent encore à la bienveillance des rochers pour enfanter, de préférence un garçon. Parmi les hauts lieux historiques et culturels de Namhae figure également le temple Boriamsa, qui s'élève à 681 mètres d'altitude sur le Mont Geumsan. Situé au centre de l'île et point culminant du Parc

nantes où le promeneur est conduit à mi-hauteur par

maritime national de Hallyeohaesang aux nom-

un camion avant de continuer à pied jusqu'au som-

breuses îles et voies d'eau, ce sommet procure aux

met.

promeneurs ses « trente- huit points de vue » sur des rochers aux formes surprenantes. Ayant jadis reçu le

Pays de Légende

nom de Bogwangsan du célèbre bonze Wonhyo, qui

fit édifier le temple de Bogwangsa sous le royaume

Au sud de l 'agglomération, se dressent deu x énormes rochers sur lesquels s·est bâtie une fameuse légende. Dénommés « Amsubawi », c·est-à-dire les pierres de l 'homme et de la femme, en raison de leur ressemblance

de Silla (57 av. J.-C . - 935), c'est lorsque Taejo Yi 1.

+

Seong-gye fonda la dynastie Joseon [1392-191 Dl et

·.~ fut couronné roi après s·y être recueilli pendant cent jours que le nom en devin~ Geumsan ,

avec les parties intimes de ces

c·est-à-dire « montagne de soie »,

derniers, ils portent aussi l'appella-

pour en évoquer l'aspect extérieur.

tion de « Mireukbawi », qui signifie « bouddha de pierre » car les villageoises venaient y prier pour qu 'un

Quant au temple qui s 'y niche, il représente l'un des trois principaux lieux de culte bouddhistes coréens aux côtés de

enfant leur soit donné. Le pre-

celui de Bomunsa, qu'abrite l'île

mier s'élève en une colonne

de Ganghwado, et de l'ermitage

d'environ quatre mètres et demi de hauteur sur un et demi de cir-

bouddhique de Hongnyeonam appartenant au temple de Naksansa .

conférence, tandis que le second, qui lui est adjacent, mesure 3,9 mètres de hauteur sur deu x et demi de circonférence. Selon une légende datant du m ilieu du XVIII ' siècle, c·est-à-dire sous la

ture révèle au regard le spectacle, particulièrement magnifique à l'aube, de la côte et de ses eau x bleues. Ayant moimême passé ma jeunesse à l'ermitage de ce sanctuaire, j'y ai puisé Printemps 200 7 1 Ko reana 69


À proximité du Détroit de Jijok, aux eaux profondes et courants rapides,

Yesulchon », ce village artistique du lever du soleil

sont tendus près de trois cents bâtis de chêne longs de dix mètres et dont

aménagé dans d'anciens locaux scolaires.

les bambous tressés forment une nasse en «V» retenant prisonniers les poissons qu'y amène le flux et qu'il suffit alors de capturer à l'épuisette.

Au-delà du village, se trouve l'île de Changseondo rattachée à celle de Namhae et sous son pont, coulent les eau x du détroit de Jijok d'où l'on a une très bonne vue sur le parc de nasses traditionnelles en bambou dites « jukbangnyeom». À marée montante, quand les flots profonds circulent à vive allure, les pêcheurs viennent poser pas moins de trois cents bâtis de chên e longs de dix mètres et dont les bambous tressés forment une nasse en « V » qui retiendra prisonniers les poissons qu 'y amène le flu x et qu'il suffira alors de ramasser à l'épuisette . Bénéficiant d'eaux très pures grâce au brassage des eaux par des courants rapides, la pêche locale fournit des produits très prisés pour leur exceptionnelle qualité, notamment les anchois considérés ici parmi les. meilleurs de Corée. Par respect pour l'environnement, les pêcheurs se gardent toutefois de surexploiter ces ressources, exprimant ainsi le désir des insulaires de vivre en harmonie avec leur milieu naturel.

Richesses culinaires et touristiques une telle inspiration littéraire que j'en ai planté le

Enjambant le détroit de Jijok pour relier

décor dans mon premier recueil de poèmes intitulé

Changseon à l'agglomération continentale de

« Neutgeon sopo »,c'est-à-dire« un colis en retard ».

Sacheon, le pont de Changseon-Samcheonpo cons-

Des traditions séculaires

avec ses cinq tronçons totalisant 3,4 kilomètres de

titue également un impressionnant ouvrage d'art, En contrebas du temple de Boriamsa, une route

longueur, ainsi que la seule route nationale coréenne

pittoresque longeant la plage de sable fin de la

circulant au-dessus de la mer. Entre autres attraits

première station balnéaire de l'île, Sangju, mène au

insulaires, il convient de signaler le Mont Mangunsan

port de Mijohang, puis au village de Mulgeon.

à la cime souvent voilée de nuages, l'antique temple

Cette agglomération se trouve à la lisière de la

de Hwabangsa, l 'île désolée de Nodo où le lettré

forêt de Mulgeonbangjoeoburim, un exceptionnel

joseonien Kim Man-jung [1637-1692) passa ses

ensemble végétal classé dressant un obstacle

années d'exil à rédiger son roman classi.9 ue intitulé

naturel contre typhons ou marées hautes et attirant

Sassinamjeonggi, les lieu x où l 'amiral Yi Sun-sin

les bancs de poissons vers le littoral. Épousant la

repoussa l'invasion par mer du Japonais Hideyoshi

forme d'un croissant d'une largeur de trente mètres

[1592-1598). ainsi que des sites touristiques aussi

sur un kilomètre et demi de longueur, ses épaisses

appréciés que le Mont Hogusan et le temple Yong-

frondaisons comportent plus de quarante essences

munsa.

différentes, dont le micocoulier de Chine et des chênes à feuilles aiguës trois fois centenaires.

Quand vient la fin octobre, la Fête de Hwajeon propose tout un programme de manifestations cul-

Passé cette forêt, on entre dans un village aux

turelles et de jeu x folkloriques spécifiquement

maisons de style allemand qui furent construites à

régionaux, auxquels succèdent à la mi-novembre, sur

l'intention de retraités ayant exercé le métier d'infir-

le Pont de Namhae et le détroit de Noryang, d'impor-

mière ou de mineur en Allemagne, au lendemain de

tantes festivités commémorant les hauts faits de

la Guerre de Corée. Aujourd'hui, cinéastes et produc-

l 'amiral Yi Sun-sin. Enfin, les gourmets se délec-

teurs de feuilletons télévisés en mal de pittoresque y

teront de fruits de mer à l'exceptionnelle fraîcheur,

effectuent des tournages. Le visiteur en conservera le

de fruits tels que le cédrat, les graines de gardénia et

souvenir agréable d'une tasse de thé prise en

la noi x de muscade, ain s i que de différentes

musique dans l 'ambiance paisible de « Haeoreum

spécialités culinaires à base d'ail.~ Prin te mps 2007 1 Koreana 71


CUISINE

Le<< ssuk >> Aromate classique aux multiples usages Odorant, légèrement amer, le « ssuk » possède des vertus apéritives particulièrement appréciables au printemps, sa valeur nutritive et sa souplesse d'emploi en faisant aussi un aromate très prisé quoique tout à fait commun . Chun Hui-jung Professeur à llnstitut de gastr onomie coréenne de l"Université féminine de Sookmyung

I

Bae Jae-hyung Photogra phe

u bord des routes, dans les rizières, près des cultures en

frappait les campagnes, puisque quatre-vingts grammes de cette

terrasse ou des murs d'enceinte, sur les berges des

plante fournissent l'apport quotidien recommandé pour la

fleuves et les rivages maritimes, le « ssuk » [Artemisia

deu xième de ces subst ances, tandis que la première y est

princeps var. orientalis). plante vivace très commune à floraison

présente en quantité suffisante pour la prévention et le traite-

printanière précoce de la famille du chrysanthème, pousse pra-

ment de la grippe. En outre, ses effets antiseptiques peuvent être

tiquement partout en Corée. En outre, son utilisation très ancien-

mis à profit pour purifier l'atmosphère d'un intérieur, de même

ne est attestée par sa présence, au x côtés de l'ail, dans les récits

que son action immunologique antidermatophyte, en ajoutant un

mythologiques relatifs à la fondation de Gojoseon [2333 av. J.-C.-

extrait de sa sève à l'eau du bain, un cataplasme de ses feuilles

108 av. J.-C.l par Dangun, père de la nation coréenne qui serait

pilées permettant d'éliminer les verrues.

né de Hwanung, lui-même fils du Dieu du ciel Hwanin. Celui-ci

Dans le domaine culinaire, il sert à aromatiser de oombreuses

ayant remis ces plantes à l'ourse et au tigre, qui l'imploraient de

préparations telles que différents gâteaux de riz appelés

les changer en hommes, après s'en être nourrie exclusivement,

« jeolpyeon », « gaepitteok » et « ssukbeomuri », des boissons

la première se transforma en une femme qui donna le jour à

comme le « ssukcha » et le « ssukguk », une recette de potage

Dangun, tandis que le second avait pris la fuite.

des plus appréciées au printemps. Sauté, il s'ajoutait autrefois à des légumes variés et, frit, à un plat dénommé « jean ».

Bienfaits nutritionnels Servant autrefois à éloigner les moustiques, le « ssuk » se prête à des emplois variés puisque ses jeunes feuilles four-

des boulettes de viande pour confectionner une soupe. Destinée

nissent en mars l'un des principaux ingrédients de plusieurs

à la cuisine familiale, la première version consiste simplement à

L'une des variantes du « ssukguk » est l '« aetang » , où l'aromate blanchi à l'eau est finement haché, puis incorporé à

recettes et, une fois développées, entrent dans la composition du

enrober les feuilles de farine de soja pour les faire mijoter dans

moxa dit « tteum », qui permet la cautérisation dans différentes

un bouillon de viande ou une soupe au concentré de soja .

maladies, ou de médicaments à base de plantes. D' un arôme agréable et très particulier, il possède des

Tout un choix de« ssukteok »

feuilles vertes dont l'envers tomenteu x est d'un blanc laiteux. Sa

Abondamment pourvu de vitamines et minéraux, le « ssuk »

forte teneur en minérau x et vitamines A comme C en ont

se marie bien avec des produits alimentaires riches en acides

longtemps fait un produit de première nécessité quand la disette

gras, comme les céréales dont il rehausse saveur et couleur.

72 Koreana I Printemps 200 7


Dotée d'une grande valeur nutritive, l' « aetang » contient des boulettes de viande hachée et aromatisée au « ssuk » émincé pour confectionner un bouillon.


Ingrédients

« Ssukguk »

1DO grammes de« ssuk », 1DO grammes de viande hachée. Assaisonnement des boulettes [11.2 cuillerée à café de sel, une cuillerée à café d'ail émincé, 2 cuillerées à café de poireau finement émincé, une pincée de poivre, une cuillerée

[pour quatre à cinq personnes!

à café d'huile de sésame!. Deux cuillerées à soupe de farine . Un _ou deux œufs Huit verres d'eau . Sauce de soja pour la soupe [ « gukganjang

»J

50 à 1DO grammes de viande pour le bouillon. Assaisonnement du bouillon [deux cuillerées à soupe de sauce de soja, une cuillerée à café d'ail émincé, une cuillerée

Préparation

à café d'huile de sésame, une pincée de poivre!

Découper et assaisonner la viande, puis faire bouillir dans huit verres d'eau pour obtenir un bouillon. 2 Blanchir le« ssuk » à l'eau, rincer à l"eau froide, puis sécher en absorbant l'eau par pression et hacher finement. 3 Mélanger la viande hachée à cette préparation et assaisonner. Façonner en boulettes d'un centimètre et demi de diamètre.

4 Enduire les boulettes de farine et d'œuf avant de les immerger dans le bouillon en ébullition. Lorsqu'elles remontent à la surface, servir après avoir ajouté du« ssuk » et du poireau émincé.

74 Koreana I Prin temps 2007


Le« ssukjeolpyeon » constitue l'une des principales variétés du gâteau de riz dit « tteok » auquel on ajoute cet aromate. Tout en étant nutritives, ces pâtisseries se doivent d'être agréables à l'œil et au palais.

Parmi les gâteaux de riz que l'on appelle « tteok », le « jeol-

libère l'air emprisonné dans le « tteok », elle consiste à farcir la

pyeon » sèche moins vite grâce à cet aromate qui prolonge ainsi

pâte de haricots adzuki, puis à la recouvrir d'une mince couche

sa conservation en lui apportant un parfum, des substances ali-

circulaire de « jeolpyeon », avant de la replier et de la façonner

mentaires et une coloration vert jade que les Coréens anciens

en forme de croissant. Enfin, le « ssukbeomuri » se compose de

ne manquèrent pas d'apprécier.

farine de riz mélangée à des feuilles de « ssuk » et cuite à la

Il s'o btient en faisant cuire à la vapeur de la farine de riz

vapeur sans pétrissage, tandis que le « ssukgule » est très

dans un gros récipient, puis à pétrir celle-ci, une fois additionnée

apprécié pour son goût prononcé et son aspect visuel. La

de« ssuk » blanchi à l'eau, à l'aide d'une moulinette à céréales

description de ces différentes pâtisseries, comme des soupes

appelée « jeolgu » ou sur un « anban », une planchette qui

évoquées plus haut, par des traités et autres ouvrages anciens

permet d'écraser les« tteok » pour les rendre gluants. Une fois

atteste que les vertus bienfaisantes de cette plante aromatique

ce résultat atteint, on étend la pâte sur une planche à pâtisserie

sont connues de longue date en Corée.

et après l'avoir aplatie, on y découpe à la main, et non au couteau,

Précieu x accesso ire que se transmettent les familles

des morceaux correspondant à une bouchée que l'on enduira

coréennes d'une génération à l'autre, le « tteoksal » peut être

d'huile de sésame, en pinçant et tirant cette matière pour en

constitué de bois ou, plus souvent, d'argile et celles-ci ayant jadis

façonner les extréminés pointues dites « kkori », c'est-à-dire

coutume de les orner d'un motif caractéristique, chaque pâtissier

« queue », d'où l'ensemble tire son nom de « kkoriteok ».

était alors aisément identifiable. La destination purement ali-

La décoration finale se fait au moyen d'un moule à motifs, le

mentaire du « tteok » ne le privait donc pas d'une préparation

« tteoksal ».

minutieuse, conforme aux traditions, dont l'esthétique est tout

Quant à la préparation du « gaepitteok », aussi connu sous

aussi appréciée des Coréens que la saveur. i.t

le nom de « baramtteok » par référence au coup de dent qui

Ingrédients

« Ssuk jeolpyeon »

Dix verres de riz, une cuillerée à soupe de sel, 100 grammes de ssuk blanchi à l'eau, huile de sésame Pour obtenir plusieurs couleurs. employer des gra ines de gardénia ayant macéré dans l'eau ou du safran , pour le jaune, du jus de fruits de cactus ou de cerises, pour le rouge, en mélangeant à de la farine de riz.

Préparation

Rincer le riz et faire tremper dans de l'eau pendant six heures. Moudre le riz à la moulinette avec du sel et passer au tamis. Tapisser le fond de l'autocuiseur avec un linge humide et recouvrir celui-ci avec le riz broyé. Faire cuire à point. 2 Place r le« tteok » cuit sur un « jeolgu » ou un « anban » en y ajoutant le « ssuk » blanchi à l'eau . Piler jusqu'à obtention d'une couleur vert jade. 3 Placer le « tteok » gluant sur une planche et l'enduire d'huile de sésame. Créer des motifs à l'aide d'un« tteoksal » et découper en morceaux correspondant à une bouchée. 4 Colorer la farine de « jeolpyeon » en jaune ou rouge selon les goûts.

Rassembler les « tteoks » rouges, jaunes et blancs. Décorer avec le « tteoksal ».

Printemps 2007 1 Korea na 75


REGARD EXTÉRIEUR

endant longtemps, je n'ai pas trouvé dans le cinéma coréen la qualité que je souhaitais y trouver. Pour moi, le cinéma coréen était synonyme de films sans moyens,

avec des intrigues stéréotypées, des mélos où la répétition des « La France a connu une forte période

d'épanouissement cinématographique dans les années 60 avec l'avènement de cinéastes tels que Truffaut, Resnais, Bresson .. . Il me semble que la Corée connaît actuellement une période tout à fait comparable et je pense que dans quelques

drames touchait au ridicule ou encore de scènes érotiques sans intérêt, puisqu'elles étaient soigneusement jugulées par la censure. Bien sûr, le contexte politique et les effets de la dictature ne facilitaient pas l'épanouissement de la création et les productions disposaient généralement de très peu de moyens. On avait alors l'impression que les seuls films qui marchaient

années, on parlera peut-être davantage de la

en Corée étaient américains [ arrivant d'ailleurs avec beaucoup

Nouvelle vague du cinéma coréen que de

de retard par rapport aux dates de sortie américaines ou

la Korea Wave. »

européennes) ou qu'ils venaient de Hong-Kong.

Philippe Li Présid ent de la Chambre de Commerce et d'industrie franco-coréenne

La production télévisée, et en particulier les « dramas » , coréens paraissait beaucoup plus intéressante. Les moyens y manquaient également cruellement et les décors sentaient souvent le carton pâte mais on y trouvait de vraies intrigues, des numéros d'acteurs impressionnants et de l'humour, ainsi que des thèmes en phase avec les préoccupations de la société . Le paysage est totalement transformé au début des années 90. Des sociétés de production importantes se lancent dans la production cinématographique ; considérant qu'il s'agit d'une industrie à part entière. Le pays atteint également une certaine prospérité, ce qui amène une nouvelle frange de la population encline à la consommation à s'adonner à davantage de loisirs. On commence à trouver des salles de cinéma avec de vrais fauteuils et une ambiance capitonnée tranchant avec le désordre et l'extrême rusticité des anciennes salles. Par ailleurs, les thèmes des films se diversifient. On découvre de nouveaux genres, notamment les comédies de mœurs ou les drames psychologiques qui se distinguent des mélos d'antan et donnent une bouffée d'oxygène au marché. Ces films incitent les Coréens à renouer avec le plaisir du cinéma . Comme beaucoup, je situe la vraie renaissance du cinéma coréen à l'année 1999 et à la sortie du film « Shiri » du réalisateur Kang Jae Gyu . Ce film est un thriller qui narre la relation entre un homme et une femme, cette dernière s'avérant être une dangereuse terroriste nord-coréenne. Le film a connu un très

76 Koreana I Printemps 2007


grand succès populaire, se situant alors au niveau des grands

cinéastes tels que Truffaut, Resnais, Bresson ... Il me semble que

« blockbusters » hollywoodiens. Beaucoup de spectateurs con-

la Corée connaît actuellement une période tout à fait comparable

quis déclareront d'ailleurs que le film a le niveau d'une très

et il est tout à fait fascinant d'observer que beaucoup des

bonne production d'Hollywood, ce qui est pour eux la manière la

cinéastes coréens les plus talentueux sont très jeunes et appar-

plus simple de traduire leur satisfaction .

tiennent à la même génération. Park Chan Wook est né en 1963,

En ce qui me concerne, ce qui m'avait davantage plu dans ce

Kim Ki Duk en 1960, comme Hong Sang Soo, lm Sang Soo en

film, c'était d'y avoir enfin trouvé ce que je n·avais jusqu'alors

1962, tout comme Kang Jae Gyu. Je pense que dans quelques

jamais vu dans un film coréen : une forte intensité dramatique, de

années, on parlera peut-être davantage de la Nouvelle vague du

l'action haletante et spectaculaire, une intrigue amoureuse dure

cinéma coréen que de la Korea Wave.

mais pas larmoyante. Le cinéma coréen s'est dès lors embarqué dans une spirale à

Je suis également très impressionné par la force de percussion du cinéma coréen à l'étranger et suis toujours surpris et ravi

succès foudroyante et irrésistible, cela se traduisant notamment

de trouver des critiques de films coréens dans des revues

par les nombreuses distinctions reçues par des cinéastes

françaises spécialisées dans le cinéma . Beaucoup de ces revues

coréens dans des festivals de cinéma internationaux. Dans le

me paraissent parfois décrire avec plus de relief et d'attraits les

même temps, le nombre d'entrées dans les salles ne fait

qualités de certains films coréens, que les comptes-rendus que

qu'enfler et dépasse les dix millions d'entrées pour les plus

je trouve de ces mêmes films dans la presse coréenne.

grands succès comme« Silrr;iido » ou « Taekukki ». Ce que j'apprécie aujourd'hui le plus dans le cinéma coréen,

Ce qui fait l'intérêt d'une œuvre cinématographique, c'est qu'elle puisse être appréhendée différemment suivant la natio-

c'est son extrême foisonnement. On y trouve tous les genres: le

nalité ou la sensibilité du spectateur. Je pense que si le cinéma

film d'aventure, historique, comique, le thriller, la comédie

coréen a acquis aussi rapidement ses lettres de noblesse, c·est

romantique, le drame ... Parfois, les genres se mêlent dans un

également parce qu'il a sus ·exposer et se nourrir du regard des

joyeux patchwork, à l'instar des films de Bang Joan-Ho. On trou-

autres et des publics étrangers.

ve dans « Mémoires d'un meurtrier», thriller tout à fait captivant

Il est également certain que l'explosion du marché du DVD

et inquiétant, des scènes poignantes et comiques dignes de

rend l'approche plus aisée pour les amateurs. Franchir les

Comencini .

portes d·un cinéma pour voir un film coréen suppose une cer-

Le cinéma coréen reflète aujourd 'hui pour moi une forme de

taine démarche et une très grande ouverture sur le cinéma et les

cosmopolitisme, en raison non seulement de ses genres, mais

cultures étrangères. Louer ou acheter un DVD est un acte plus

également de l'extrême diversité de ses influences: américaines,

anodin et aisé.

françaises ou de Hong-Kong. Cela ne veut pas dire pour autant

Les jeunes sont également attirés par le cinéma coréen, par

que ces films n'aient pas un fort caractère coréen puisque les

sa vitalité et son originalité, mais également par ses thèmes ;

intrigues se situent presque toutes en Corée et que l'on y trouve

notamment les films d'action ou de gangsters. Je me rappellerai

des thèmes propres à la Corée.

longtemps de ma stupéfaction il y a quelques années lorsque,

Le traitement donné à ces films, la direction artistique, le jeu

fouinant dans une boutique de DVD de la rue Dante dans le 5e

des acteurs ... sont tout à fait uniques. On y trouve créativité, pas-

arrondissement de Paris, je vis un jeune homme français se

sion et fantaisie. Dans certains de ces films, on trouve également

diriger vers la caisse avec une pile de DVD de films coréens. Je

une forme de mordant, d'ironie et de causticité que personnelle-

fus tenté de le rattraper pour lui demander ce qu'il comptait faire

ment, j'aimerais pouvoir trouver plus souvent dans les relations

de ces films et pourquoi il avait porté son dévolu sur des films

sociales en Corée.

coréens. t...t

La France a connu une forte période d'épanouissement cinématographique dans les années 60 avec l'avènement de Printemps 2007 1 Ko reana

77


sélection. Le 22 octobre, les heureux élus allaient encore subir deux journées d'entretiens se déroulant en langues coréenne et anglaise au Korea lnstitute of Science and Technology (KAIST). ainsi qu'un contrôle de leur santé mentale et physique. Dans ce dernier cas , les critères mis en œuvre se sont avérés particulièrement difficiles, y compris pour les plus jeunes, car exigeant de réussir à au moins deux des trois épreuves de course, musculation abdominale et flexions ou « pompes». Une blessure à la cheville aurait pu pénaliser un enseignant de l'Université mondiale de Handong, le Professeur Park Youngchun, s'il n'avait brillamment passé les deux autres, totalisant plus de trente points que le minimum requis.

Une sélection draconienne Cinq jours plus tard, seuls subsistaient trente candidats dont l'aîné était un homme de quarante-neuf ans, le professeur Cho Sung-wook exerçant à l'Université Chung-Ang, et la cadette, une jeune femme de vingt-trois ans nommée Park Ji-young et étudiante en troisième cycle au KAIST. An Hyoung-joon, journaliste au magazine Oonga Science écrit à ce propos : « Comme je travaillais sur un album de bandes dessinées qui raconte l'histoire d'un cosmonaute, l'idée m'est venue de présenter ma candidature pour donner vie à ce héros. L'aptitude à évaluer rapidement toute situation pour y réagir aussitôt me vient du journalisme et constitue l'une des principales qualités du spationaute. » Baek Youn-hyeong, qui appartient à l 'Agence de technologie et de qualité des Armées, confie quant à lui : « J'ai eu beaucoup de mal à perdre sept kilos pour être déclaré physiquement apte, mais en tant qu'ancien pilote de chasse, c'était une question d'amour-propre ! » Parmi les cinq femmes restant en compétition, quatre étaient issues de filières scientifiques, la dernière se consacrant à une activité peu commune de protection des mammifères et, aux côtés des autres candidats, elles ont dû, à cette troisième étape, séjourner au Centre médical aérospatial de l'Arl)l ée de l'air durant quatre jours pour y subir des tests visant à déterminer leurs possibilités d'adaptation à l'environnement spatial, notamment leur capacité à supporter l'énorme force de gravitation qui s'exerce dans les vols spatiaux, puisque celle-ci y est cinq fois supérieure à la normale, réduisant le champ visuel jusqu 'à la perte d'orientation et gênant l'irrigation sanguine du cerveau, d'où une éventuelle cécité momentanée. On comprend donc que la perte de conscience était sanctionnée par une disqualification Les premiers spationautes coréens ont été sélectionnés au

immédiate.

terme d'épreuves qui se sont déroulées sur neuf mois et ont rassemblé 36 206 candidats, notamment une course de 3,5 kilomètres, un test de compréhension écrite, une épreuve physique et une évaluation de la capacité d'adaptation aux conditions de vie dans l'espace, notamment pour l'évolution en apesanteur.

Entraînement poussé en Russie Le 24 novembre, l'annonce des noms des sept hommes et trois femmes sélectionnés suscitait joie et fierté sur leurs lieux de travail respectifs, à l'instar de l'Institut coréen des sciences fondamentales, qui allait fournir à la presse un dossier sur le chercheur Kim Young-min ainsi trié sur le volet aux côtés d'une

80 Korean a I Pri ntem ps 2007


majorité de scientifiques. « Je me suis lancé ce défi par goût de l'aventure » affirme Ryu Jeong-won, consultant en technologie

Étapes de la sélection

dans une jeune pousse. « Je pense que mes connaissances de physique, d'électricité et de médecine m'ont beaucoup aidé. » Lors des nouveaux tests, les candidats devront démontrer

Du 21 avril au 14 juillet: Dépôt de 36 206 candidatures

qu'ils sont capables de consommer un repas coréen classique à

8 août:

base de riz, kimchi et tofu épicé en environnement spatial simulé,

Sélection sur dossier : 10 058 candidats

de piloter un avion école de l'armée de l'air, de subir une force de

2 septembre :

gravitation quatre fois supérieure à leur poids et de résister au x

Test d'aptitude physiqu e [course de 3,5 kml : 3176 candidats

nausées que peuvent provoquer les brusques changements de

12 septembre :

cap d'un appareil se déplaçant à grande vitesse. Seul participant

Examen écrit [culture générale, anglais! : 500 candidats

d'origine militaire, le lieutenant colonel et pilote d'avion de chas-

28 sep. - 2 octobre : .

se Lee Jin-young déclare : « C'était formidable de voler pour la

Examens médicaux complets : 245 candidats

première fois dans un KT-1 1 Je m 'a ppliquais de mon mieux,

31 oct.-13 novembre:

comme à mes débuts ! » Suite à l'élimination de deux candidats, les huit autres partent alors pour le Centre de recherche scientifique Y. A. Gagarine pour y recevoir la même formation que les spationautes russes. Cet

Essai s intensifs [contrôle des capacités d'adaptation à l'environnement spatial et des réflexes en situation, tests psychologiques! : dix candidats

23-25 novembre :

tenue spéciale composée d'un dispositif respiratoire à oxygène,

Évaluation des compétences en vo l [commande des appareils, esprit d'équipe, test de simulation de la force gravitationnelle! : huit candidats

ils restent immergés quatre heures durant dans un réservoir

3-8 décembre :

d'eau d'une profondeur de douze mètres pour apprendre à

Entraînement en Russie [évolution et adaptation en apesanteur! : six candidats

entraînement exigeait notamment qu'après avoir revêtu une

évoluer en apesanteur et, toujours à cet effet, tournoient sur euxmêmes et se déplacent à bord d'un aéronef à« gravité zéro ». Le 11 décembre, est annoncé le choix de six candidats

~~:i

m

25 décembre : Sélection de Ko San et Yi So-yeon

Printemps 2007

1

Koreana 81


Le 25 décembre 2006, étaient annoncés les noms des deux derniers candidats en lice, à savoir Yi So-yeon et Ko San. En ce mois de mars, les deux futurs spationautes allaient se partager entre la Russie, la Corée et les États-Unis pour y suivre diverses formations spécialisées destinées à les préparer à des projets de recherche dans l'espace.

respectivement âgés de trente, vingt-trois, vingt-neuf, vingt-huit,

ment influé sur leur sélection .·

trente-six et vingt-cinq ans. Il s'agit de Ko San, un chercheur du

Dès le mois de mars prochain, ils se partage r ont entre la

Samsung Advanced lnstitute of Technology (SAIT]. Park Ji-young,

Russie, la Corée et les États-Unis pour y recevoir différentes for-

l'étudiante de troisième cycle du KAIST, Yun Seok-oh, un mem-

mations spécialisées qui leur permettront de participer à des

bre du personnel de l'Université Hanyang ; Yi So-yeon, une doc-

projets de recherche dans l'espace. En fonction des résultats

torante du KAIST, Lee Jin-young, un lieutenant-colonel de

qu'ils y obtiendront, ainsi que de leur état de préparation

l'Armée de l'a ir et Jang Joon-sung, un lieutenant de police du

physique et mentale, ces deu x ultimes candidats seront

commissariat de Nambu à Bucheon, qui accueillent cette

départagés pour que l'un d'eux rejoigne l'équipe du Soyuz, dont

décision avec une joie sereine.

le lancement devrait avoir lieu en avril 2008 et un long chemin

En dernier lieu, ce sont le premier et la quatrième d'entre eux

reste donc à parcourir d'ici là . Quant au second spationaute

qui seront jugés les plus aptes des quelque trente-six mille can-

coréen, bien que n'ayant pas été retenu pour cette mission capi-

didats initiaux. Possédant un diplôme de maîtrise en sciences

tale, il sera sans nul doute appelé à jouer un rôle déterminant

cognitives de l'Université nationale de Séoul, Ko San réalise

dans d'autres développements technologiques· du secteur spatial

actuellement des recherches dans le domaine de l'intelligence

coréen . Le retour sain et sauf sur Terre de son compagnon, pre-

artificielle au SAIT, tandis que Yi So-yeon poursuit des études au

mier représentant de la Corée dans l'espace, fera du pays le

KAIST dans le cadre d'un doctorat portant sur les bio-systèmes.

trente-cinquième à y être présent alors que s'intensifie la con-

Outre leur excellente condition physique et l'ensemble de leurs

currence mondiale dans ce domaine. t:.t

capacités, leur exceptionnelle force de caractère a aussi large82 Koreana I Pri nte mps 2007


Aperçu de la littérature coréenne

Lee Hye-kyung

En s'attachant avec talent à sonder les souffrances des êtres blessés et à relater les actes de ceux qui en sont responsables, Lee Hye-kyung sait s'immiscer avec finesse dans les mondes obscurs, mais exprime aussi toute sa tendresse pour ce qui est humain.


CRITIQUE

Une exploration des fissures d'où se détachent ces îles dérivantes de la cité Hwang Do-kyung Critique littéraire

N

ée en 1960, Lee Hye-kyung fera ses débuts littéraires en 1982 avec la parution de la nouvelle Urideurui Tteolkyeo (Notre zone d'abscission) dans la revue Littérature mondiale. L'enseignement du coréen dans un lycée en parallèle avec une activité de journaliste pour un magazine lui laissant fort peu de temps à consacrer à l'écriture, ce n'est qu'en 1995 que commence véritablement, grâce à l' œuvre primée La maison sur la route, une carrière que l'on ne saurait à proprement parler qualifier de féconde eu égard au temps écoulé, puisqu'elle se concrétisera par la production des trois recueils de nouvelles intitulés Geujibap (Devant la maison, 1998), Kkotgeuneurarae (À l'ombre des fleurs, 2002) et Teumsae (Fissures, 2006). Ce long et sinueux cheminement, entrecoupé de grands intervalles d'un ouvrage l'autre, semble s'accorder au caractère opiniâtre et méticuleux de l'auteur qui a su au fil des ans s'imposer dans l'univers des lettres coréen en remportant entre autres les prix Lee Hyo-seok, du Hankook Ilbo, Isu et Dongin. Par des récits qui mêlent une observation attentive des joies et peines du quotidien à celle des aspects plus obscurs de l'existence, Lee Hye-kyung examine les moindres blessures et zones d'ombre que peut dissimuler une vie en s'insurgeant parfois contre l'oppression et la violence latentes de la société. Loin de soumettre tout à une froide réprobation ou une sévère critique, cette étude se double d'une dimension lyrique fondée sur la croyance que l'homme est bon par nature ainsi que sur l'amour de la vie. La narration évoque les souffrances de personnages seuls ou malheureux, mais aussi la propension de certains à engendrer l'ombre et infliger le mal, tandis qu'entre les larmes, transparaissent malgré tout les joies et plaisirs de la vie. Cette vision acérée lui permet de se glisser jusqu'au 84 Korea na I Pr intemps 2007

plus obscur d'une société opprimant les êtres, tout en témoignant d'une compréhension et d'une affection profondes envers autrui. Les écrits des débuts prennent pour thème central la famille, unie par des liens d'affection, mais en même temps pilier de l'ordre social engendrant parfois souffrance et oppression, à l'instar de leurs protagonistes qui, bien qu'ayant de longue date renoncé à toute forme de morale traditionnelle, adoptent des comportements dominateurs ou cruels, soit par autorité soit par nécessité. Ainsi, l' œuvre intitulée La maison sur la route, en dressant un tragique et moderne portrait de famille où les différents personnages s'obstinent à se faire mutuellement du mal, traduit une vision sans complaisance de l'institution familiale actuelle de type patriarcal. Étouffée par un mari et des fils qui s'emploient à maintenir le pouvoir que leur confère la société, la mère, prise de démence, abandonne le foyer à maintes reprises et la protagoniste, après avoir longtemps tu ses griefs, finira par leur en faire part. Ceci dit, l'auteur exprime également des avis très tranchés sur les difficultés quotidiennes qu'affrontent les hommes, sans en minimiser l'importance et tout en posant le problème de la misogynie inhérente à la structure familiale traditionnelle, se garde ainsi de toute partialité et de tout élément fictionnel propre à raviver l'antagonisme des genres en orientant au contraire la narration vers la compréhension et la bienveillance à l'égard d'autrui. Il en résulte un point de vue objectif sur l'homme enrichi d'une forte composante émotionnelle qui suscite chez le lecteur sympathie et indulgence envers ses contemporains. Ces sentiments d'amour de la vie et de compassion avec les souffrances d'êtres fragilisés par le monde actuel se sont intensifiés dans les œuvres plus récentes pour atteindre,


par-delà les difficultés individuelles ou familiales liées à la domination et à l'isolement une problématique plus vaste à l'échelle de la société par le biais d'une diversification des thèmes et personnages. Tour à tour, l'auteur dépeint un électricien exerçant dans une petite ville de province, des travailleurs étrangers en situation irrégulière, un professionnel du tourisme, une caissière de grande surface et la responsable d'un service téléphonique médical d'urgence, comme dans le recueil de nouvelles Fissures, qui conte l'existence et les difficultés relationnelles de telles personnes. Au nom d'un « nous » collectif, les uns exercent consciemment ou inconsciemment une violence sur les autres, victimes qu'ils isolent ou meurtrissent et ce faisant, incitent à s'écarter peu à peu de la cité et errer désespérément comme dans un désert immense. À force de fissures et d'exclusions motivées par le « nous »,ces « autres » sont alors contraints de prendre la fuite et se transforment en autant d' « îles », évitant les humains pour ne pas être traités en chiens, à l'instar de cette phrase de Geurimja (Clair-obscur) : «... c'est ce chien redoutablement fidèle qu'elle me rappelait fâcheusement, cette soumission si absolue à l'homme qui menaçait à tout instant de pousser les crocs acérés à mordre et déchiqueter les chairs des intrus ». En fournissent aussi une illustration les Irlandais du Nord, qui, ayant à subir des discriminations de la majorité protestante, se cantonnent à des conversations banales sur le temps en s'abstenant d'approfondir tout contact avec des inconnus, notamment par des questions sur leur pays d'origine, leurs études ou leur couleur préférée. Tel est le sort affligeant de ces habitants, qui sont pareils à de lointaines îles séparées du continent par le grand large. C'est d'un isolement analogue que traite la nouvelle « Clair-obscur » au sujet de l'homme moderne. Chargée

d'assurer .des contacts téléphoniques entre malades et médecins, sa protagoniste reçoit les confidences des premiers, leur envoie des cartes d'anniversaire, mais dès qu'ils font mine de rechercher des liens plus étroits et personnels, elle fait machine arrière en s'adressant à elle-même la consigne de « penser à l'Irlande ». Tel est le cas lorsque sa collègue Kim Jin-suk l'appelle de nuit pour l'inciter à se livrer, mais qu'elle gronde : « Ne va pas trop loin ! » en montrant les dents, ou encore quand elle apprend qu'une femme vit alitée depuis un accident de voiture survenu il y a huit ans et que la sonnerie d'un passage à niveau imaginaire lui interdit de la rencontrer, ou enfin lorsque Daniel l'invite à le rejoindre à Gyeongju et que retentit encore le signal semblant dire : « Ne va pas trop loin ! Tu oublies notre accord ! » Ce comportement consistant à maintenir une distance de sécurité vis-à-vis des autres en ne franchissant jamais certaines limites constitue pour elle une forme . de défense passive contre des liens ayant engendré la souffrance et si les plaies n'en sont plus apparentes ni douloureuses, la racine du mal y demeure intacte. Aussi gratte-t-elle son crâne irrité par des démangeaisons dans un geste emblématique de sa volonté de comprendre les causes de ses angoisses. En réalité, ce n'est pas seulement à l'existence morne des citadins que s'intéresse Lee Hye-kyung, mais aussi à la source de leurs chagrins et peines. Métaphore de l'isolement de l'homme contemporain, l'île représente aussi ce minuscule espace où trouvent refuge ces « autres » fuyant la violence et l'oppression du « nous », l'auteur œuvrant à combler les fissures qui détachent ces îles dérivantes de la cité afin que les exclus retrouvent leur place au sein du corps social. t.t

Pri ntemps 2007 1 Koreana 85


Abonnement et achat de numéros Fondation de Corée Seocho P.O. Box 227 Diplomatie (enter Building, 1376-1 Seocho 2-dong, Seocho-gu, Séoul 137-863, Corée du Sud www.kf.or.kr

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Koreana

Revue trimestrielle créée en 1987, « Koreana » a pour vocation de contribuer à une meilleure connaissance du patrimoine culturel coréen par la diffusion d'informations à caractère artistique et culturel. Au thème spécial dont traite chaque numéro en profondeur et sous différents angles, s'ajoute une présentation d'artisans traditionnels, d'aspects de la vie quotidienne et de sites naturels, ainsi que de nombreux autres sujets. Tarif des abonnements (frais d'envoi par avion compris) 1 an

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Webzine mensuel (www.koreafocus.or.kr) et revue trimestrielle, « Korea Focus » offre des analyses politiques, économiques, sociologiques et culturelles relatives à la Corée et complétées de questions internationales connexes. Créée en 1993, elle apporte ces informations essentielles selon un point de vue objectif tout en cherchant à favoriser une meilleure compréhension de la Corée sur la scène internationale et l'essor des études coréennes dans les établissements universitaires étrangers à travers une sélection d'articles extraits des principaux quotidiens, magazines d'actualité et revues scientifiques. Tarif des abonnements (frais d'envoi par avion compris) 1 an

2 ans

3 ans

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36 000 wons

Japon, Hong-Kong, Taïwan, Chine

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52$US

· 71$US

Autres

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60$US

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Corée

[Numéros précédents disponibles au prix unitaire de 5$US, plus frais d'affranchissement par avion .)

Korean Cultural Heritage

Il s'agit d'un recueil d'articles et photographies issus des précédents numéros de « Koreana » sous forme de quatre tomes bien distincts. Ceux-ci fournissent une présentation complète et systématique de la culture coréenne par des études fouillées et une photographie en couleur de haute qualité. (Tome I Beaux-arts, Tome II Pensée et religion, Tome III Arts du spectacle, Tome IV Modes de vie traditionnels)

Fragrance of Korea

Rédigé en langue anglaise et abondamment illustré, le catalogue « Fragrance of Korea : The Ancient GiltBronze Incense Burner of Baekje » est consacré à l'Encensoir en bronze doré de Baekje, un chef-cl' œuvre ancien classé Trésor national coréen n° 287 et admiré pour sa délicate beauté qui témoigne d'un savoir-faire accompli dans le travail des métaux tel qu'il fut pratiqué en Extrême-Orient. Cet ouvrage de 110 pages illustrées de photographies et dessins comporte trois essais intitulés : « Signification historique de l'Encensoir en bronze doré de Baekje », « Dynamiques culturelles et diversité : du Boshanlu taoïste à l'encensoir bouddhique de Baekje »et« Le site du temple bouddhique de Neungsan-ri à Buyeo ».

Prix du tome: 40$US [frais d'envoi non compris).

Prix du tome: 25$US [frais d'envoi non compris).


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Koreana Spring 2007 (French) by The Korea Foundation - Issuu