Le magazine officiel de la Fédération
Octobre 2026
Le meilleur télémarkeur du monde · Grazie Lara! · La neige en réserve
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Qu’on le veuille ou non Le changement, c’est agaçant. Surtout quand, au fond, tout fonctionne plutôt bien. Le problème, c’est qu’il se moque éperdument de savoir si nous sommes prêts ou non. Comme maintenant. «Ce fut la deuxième meilleure saison de l’histoire de Swiss-Ski», pouvaiton lire dans l’édition d’avril de Snowactive. La meilleure tout court, c’était un an plus tôt. Les athlètes répondent présents, les structures semblent fonctionner, les résultats sont là. Pas de la même manière dans chaque discipline, bien sûr. Mais dans l’ensemble, tout roule. Au fond, on pourrait simplement continuer ainsi. Au fond. Sauf que le changement a une fâcheuse tendance: il ne se laisse pas impressionner par le succès. Il arrive quand même. Qu’il soit annoncé de longue date, insidieux ou parfois inattendu. Et parfois, il emporte avec lui des choses dont nous espérions qu’elles resteraient simplement comme elles étaient. Le combiné nordique figure au programme olympique depuis les premiers JO d’hiver, en 1924. En juin, la décision est tombée: après plus d’un siècle, ce sera fini. Et cela, précisément au moment où, pour la première fois, Swiss-Ski compte une femme dans ses cadres et où les structures d’entraînement viennent tout juste d’être réorganisées la saison dernière. La suite n’est pas encore arrêtée. Alors même que quelque chose de nouveau est en train de naître, la «fin», elle, est déjà actée. C’est en tout cas le sentiment que cela donne. Le changement ne se manifeste pas seulement dans ce qui «disparaît». Il se voit aussi dans celles et ceux qui partent. Lara Gut-Behrami. Pendant des années, elle n’a pas simplement fait partie du
ski suisse. Elle l’a marqué. Championne olympique, championne du monde, gagnante du général de la Coupe du monde, 101 podiums en Coupe du monde, dont 48 victoires. Des chiffres qui ont presque fini par sembler naturels. Parce que Lara, c’était Lara. Mais même une telle carrière a une fin. Alors il ne reste plus qu’à dire: «Grazie, Lara.» Et d’ajouter: «Ciao, Lara. Prends soin de toi.» Pendant que nous regardons encore en arrière, ce qui arrive toujours est déjà en train de se produire: le changement. À un «au revoir» succède un «bonjour». Bonjour Dania Allenbach. Bonjour Sue Piller. Bonjour Shaienne Zehnder. Trois athlètes qui racontent dans cette édition ce que cela signifie d’être «tout à coup» celles vers qui tous les regards se tournent. La pression, les attentes, l’avenir. Elles grandissent dans un monde du ski qui a changé – et qui continuera d’évoluer. Plus vite que nous ne le voudrions. Car les crêtes rocheuses percent les champs de neige. La roche apparaît là où il y avait autrefois des glaciers. Des sommets comme le Silberhorn, le Weisshorn ou le Schneehorn portent encore bien leur nom. Pour l’instant. La glace fond et s’écoule en torrents vers la vallée. Les domaines skiables suisses ouverts durant l’été ont dû interrompre leur activité, les possibilités d’entraînement ont été réduites, déplacées ou supprimées.
Ça sonne bien. Presque comme un livre de développement personnel. Mais soyons francs: on a aussi parfaitement le droit de trouver un changement franchement regrettable. Inutile, non plus, de faire comme si chaque adieu, chaque perte et chaque incertitude devait forcément avoir un côté positif, pour peu qu’on y ajoute une formule motivante. Ce que nous pouvons faire, en revanche, c’est décider de ce que nous en faisons. Le sport nous le montre finalement tous les jours. Une décision bouleverse toute une discipline. Un départ, toute une équipe. Une nouvelle génération, l’image à laquelle nous nous étions habitués. Et le manque de neige finira, qui sait, par transformer le sport lui-même. Alors peut-être que le courage ne consiste pas à aimer le changement. Peut-être consiste-t-il simplement à ne pas l’esquiver. La nouvelle saison est à nos portes. Nous ne savons pas encore ce qui nous surprendra. Qui reviendra. Qui partira. Quelles histoires s’écriront. S’il neigera. Et il se passera aussi des choses que nous préférerions pouvoir empêcher. C’est ce qu’il y a d’inconfortable dans le changement. Nous ne savons jamais vraiment ce qu’il nous enlève. Et encore moins ce qu’il nous apporte. Alors, allons-y.
Et les sports de neige, justement, ne peuvent échapper au plus grand bouleversement de notre époque. Cela fait peur. Cela fait mal. Et le constat est douloureux. On pourrait dresser ici la liste de toutes les formes que peut prendre le changement. Choisi ou imposé. Un adieu ou un nouveau départ. Une rupture nette ou quelque chose qui se produit si lentement – ou si vite – que l’on ne réalise ce qui a changé qu’une fois que tout est déjà différent.
La saison peut commencer. Et si, au milieu de tous ces changements, vous avez malgré tout besoin de quelque chose de fiable: cet hiver encore, quatre numéros de Snowactive arriveront dans votre boîte aux lettres. Promis. Lia Näpflin, Rédactrice en chef
EDITORIAL
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Impressum
Le magazine officiel de la Fédération Swiss-Ski, paraît quatre fois par an Édition de octobre 2026, 61e année
Editeur Swiss-Ski Home of Snowsports, Arastrasse 6, 3048 Worblaufen T +41 31 950 61 11, snowactive@swiss-ski.ch
Rédaction Lia Näpflin (lia.naepflin@swiss-ski.ch) Roman Eberle (roman.eberle@swiss-ski.ch)
Pigistes
6 Nicolas Michel
Peter Birrer, Benjamin Steffen, Nils Sager, Stephan Bögli, Philipp Schmidli, Silvan Dietrich, Ruedi Flück
Direction artistique/mise en page LS Creative GmbH Leander Strupler, Sandro Reist
Annonces/publireportages Swiss-Ski Matthias Rietschin (matthias.rietschin@swiss-ski.ch) Thomas Huser (thomas.huser@swiss-ski.ch)
Abonnements CHF 49.– pour une année, 4 numéros (TVA incluse)
Impression AVD Goldach AG
Traductions Syntax Traductions SA
Copyright Swiss-Ski Réimpression admise uniquement avec l’approbation explicite de la rédaction.
46 Noémie Wiedmer
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Calendrier suisse de Coupe du monde
22 Commotions cérébrales en freestyle 40 Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver 2038 en Suisse
16 Lara Gut-Behrami
52 Bar de neige Crans-Montana 1987 inoubliable. inédit.
56 Karl Frehsner Dans l’intimité de...
60 Chiara von Moos Qu’est-elle devenue?
64 Colette Roth Notre ski-club
68 SC ELM
Chronique
70 terrain glissant
34 Snowfarming Davos
28 Allenbach, Piller et Zehnder
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Hors cadre Nicolas Michel est double vainqueur du général de la Coupe du monde de télémark, mais aussi chef de projet dans une menuiserie. Portrait d’un sportif d’élite qui peine à se définir comme tel et veut toujours en faire un peu plus. L’entretien avec Nicolas Michel a lieu un mardi matin à 6h30, à Berne. Le spécialiste de télémark est de passage, entre Nyon et Grindelwald. Il habite près de Nyon et, lorsqu’il n’officie pas depuis chez lui, travaille à Grindelwald. Nicolas Michel est chef de projet dans une menuiserie. Il suit les commandes, du devis à la facturation, en passant par les plans et la commande de matériaux. Tout. Officiellement, il travaille à 100%. Selon le volume de mandats, cela peut parfois être un peu plus. Tout et même davantage:
à côté de ça, il pratique le sport d’élite. D’élite ou entre deux. Ou alors… vraiment élite? Nicolas Michel est-il un sportif d’élite? Silence. «J’aurais dit: à moitié. Ou plutôt non.» Depuis 2011, Nicolas Michel a disputé plus de 200 courses de Coupe du monde et remporté six médailles aux Mondiaux. Il compte 86 podiums en Coupe du monde, dont 22 victoires. Il s’est déchiré deux fois le ligament croisé. Et il est revenu deux fois. L’hiver dernier, il a remporté son deuxième classement général de la Coupe du monde – comme un seul autre athlète de Swiss-Ski: Marco Odermatt, skieur alpin connu bien au-delà des frontières suisses. Mais qui connaît Nicolas Michel?
Nicolas Michel
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Photos: Guilla Umeborga
8 Comme un verre toujours plein Nicolas Michel pratique le télémark. Il est né en 1995. Il a grandi à Vex, dans le Valais central, à quelques minutes en voiture du domaine skiable de Thyon. C’était un enfant débordant d’énergie, du matin au soir. Après l’école, il jouait dehors avec son frère ou des copains, bricolait. Jusqu’à ce que ses parents le rappellent à la maison vers 22 heures: fini pour aujourd’hui, «itz isch eis fertig». Une phrase qu’il prononce comme s’il venait de l’Oberland bernois. Ce qui n’est pas le cas. Ou plutôt: uniquement sur le papier. Lieu d’origine: Grindelwald. Son arrière-grand-père avait autrefois émigré en Suisse romande, où la famille Michel est ensuite restée. Mais Nicolas avait aussi de l’énergie pour ça: lorsqu’il a trouvé un emploi à Grindelwald, le Valaisan s’est mis à apprendre le dialecte de ses ancêtres. Il peut très bien ne rien faire pendant une demi-journée. Peut-être même une journée entière. Mais après, ça se complique: «Je m’ennuie». Sa vie, dit-il, ressemble à un verre presque toujours plein. Parfois, le
Vainqueur en Coupe du monde le week-end, chef de projet le lundi: Nicolas Michel travaille à plein temps dans une menuiserie, et souvent bien davantage. Photos: Ruedi Flück
verre déborde un peu. Puis un peu de place se libère. Mais il ne faut jamais longtemps à Nicolas Michel pour trouver comment la combler. Tout et même davantage: Un verre vide? Pas pour tout de suite. Le risque qu’il déborde? Permanent. Le risque d’être dépassé? À peine. Quand on lui fait remarquer qu’il a l’air «détendu», le jeune homme répond: «Oui, bien sûr.» Judo, athlétisme, tennis, basketball, ski alpin. Enfant, il a essayé beaucoup de choses. Et même un peu plus. En ski alpin, il aurait eu le niveau nécessaire pour intégrer la structure régionale de la relève. Mais quelque chose le dérangeait dans cet univers. Aujourd’hui encore, il en parle davantage en termes de ressenti, d’observations que de critique précise ou de reproche appuyé. Les enfants en combinaison de course, avec plusieurs paires de skis. Les parents au bord de la piste, à donner des conseils et peut-être aussi à mettre un peu de pression. «Je ne me sentais pas vraiment à ma place.» Nicolas Michel n’avait qu’une paire de skis et aucune combinaison de course. «Je n’étais plus dans le même schéma que les autres», glisse-t-il presque en passant.
Nicolas Michel
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Double vainqueur du général de la Coupe du monde de télémark, Nicolas Michel ne se considère pourtant pas comme un sportif d’élite.
«Je n’étais plus dans le même schéma que les autres.» Nicolas Michel
Mais qu’il suive le modèle ou non: la vie lui a appris qu’il pouvait faire confiance à son instinct. Lorsqu’il était au cycle d’orientation, ses enseignants l’imaginaient poursuivre au gymnase. Pour Nicolas Michel, en revanche, l’affaire a vite été réglée lors de l’orientation professionnelle: il voulait devenir menuisier. Inutile de prévoir un deuxième rendez-vous. Et aucune envie de passer encore quatre ou cinq ans sur les bancs de l’école. Ce qui le dérangeait, ce n’était pas d’apprendre. C’était de rester assis. Difficile pour lui d’écouter sans bouger et sans rien faire, en tout cas
rien de concret ou de productif. Ses enseignants craignaient qu’il gâche son potentiel. Nicolas Michel a fait un apprentissage de menuisier et une maturité professionnelle, puis des études en technique du bois, dont une année à Los Angeles. Quand quelqu’un lui disait qu’il faisait fausse route, «c’était comme si on appuyait sur un bouton: je vais te montrer.» Là encore, il raconte ça presque en passant. On a l’impression qu’il préfère raconter son ambition que la revendiquer. Et puis, de toute façon: c’est quoi, une mauvaise voie?
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«Pour moi, il n’y a pas de fin.» Nicolas Michel
Un enfant parmi les adultes Sa voie. Ses parents tenaient à ce qu’il fasse du sport, oui, bien sûr. Mais c’était à lui de décider lequel, avec quelle intensité et jusqu’où il irait. Ses parents ont ouvert les portes, sans le pousser à les franchir. Puis le télémark est arrivé. Et avec lui, un nouvel espace dont il n’imaginait pas encore l’ampleur. Tout commence par un cours d’initiation lors d’une semaine sportive en 4 e primaire. Alors que la plupart des autres enfants passent les cinq jours au ski, Nicolas Michel choisit de tester le télémark durant une journée. Et il trouve ça «cool et marrant».
durant les camps: les courses, la cuisine, la vaisselle, tout se faisait ensemble. Nicolas Michel n’était pas seulement là pour faire du sport, progresser, aller plus vite. Il était aussi là pour grandir plus vite. Il fait ses débuts en Coupe du monde peu avant ses 16 ans et se fixe l’objectif de remporter un jour le général de la Coupe du monde. C’est ainsi que l’athlète fonctionne. Et qu’il vit. À peine arrivé quelque part, il repart déjà. C’est aussi sa devise: il avance sur plusieurs voies à la fois, comme il le dit lui-même. Il est heureux de ne jamais avoir tout misé sur un seul domaine. Le sport. Le sport d’élite. Peut-être même le ski alpin.
De retour à la maison, il annonce à ses parents qu’il aimerait louer des skis de télémark. Il poursuit ensuite ses essais de son côté et finit par chercher quelques conseils de pro. Dans son domaine de Thyon, il passe une demi-journée avec un moniteur nommé Bastien Dayer, de huit ans son aîné et lui-même en route vers le plus haut niveau international. Plus tard, Nicolas Michel est ouvreur lors d’une course à Thyon. L’entraîneur national le voit et lui demande s’il aimerait participer à un camp d’entraînement. Il y va... Et ne quittera plus le cercle des meilleurs télémarkeurs suisses. Il avait 12 ans. Il n’existait alors aucune structure comparable à celle qu’il avait entrevue en ski alpin, aucun grand groupe de jeunes de son âge. Ceux qui voulaient s’entraîner au haut niveau se retrouvaient rapidement en équipe nationale. Lorsque celle-ci s’entraînait à une distance raisonnable, Nicolas Michel la rejoignait. Pour les déplacements plus lointains, il s’organisait avec des athlètes plus âgés. Le groupe logeait dans des appartements de vacances
Le bois, c’est bien plus qu’un métier. Ado, Nicolas Michel voulait déjà devenir menuisier.
À 100%, 120% ou 150%. Que se serait-il passé s’il avait dû mettre fin à sa carrière à cause d’une blessure? Professionnellement, il serait loin d’être aussi bien établi qu’aujourd’hui. Nicolas Michel aimerait bientôt prendre plus de responsabilités dans son métier, peut-être un jour diriger une entreprise ou une succursale. Quand il s’est déchiré le ligament croisé pour la deuxième fois, certains se sont beaucoup inquiétés. Bien plus que lui. «Moi, j’étais déjà passé à autre chose. Je savais que j’allais revenir.» Et en attendant, il avait son métier. C’est quoi, une mauvaise voie? Alors que d’autres pensaient que la vie venait de le freiner, Nicolas Michel avait déjà emprunté un autre chemin. «Pour moi, il n’y a pas de fin», ditil. Comme si le but n’était pas le chemin emprunté, mais la vie elle-même. Et c’est pourquoi il se moque bien de savoir si le télémark est un sport d’élite ou non: il fait partie de sa vie. Son objectif n’est pas d’en tirer beaucoup plus d’argent ni de gagner en célébrité. La situation actuelle lui correspond et trouve sa place dans son verre déjà bien rempli.
Nicolas Michel
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Il n’avait pas encore 16 ans et visait déjà le général de la Coupe du monde: Nicolas Michel a su très tôt où il voulait aller. Photos: Sam Decut
«Ce ne serait pas juste de dire simplement: ‹J’arrête, débrouillez-vous›.» Nicolas Michel
500 francs pour une victoire – ou rien En hiver, il se fixe comme objectif de récupérer, grâce aux primes, les 3000 francs de cotisation qu’il verse à Swiss-Ski. Pour sa victoire au général 2026, Swiss-Ski lui a versé 1500 francs conformément à son contrat d’athlète. À cela s’ajoutent 1000 francs par victoire en Coupe du monde. Le reste des primes dépend des organisateurs des épreuves de Coupe du monde. Le règlement de la FIS formule une recommandation, mais n’impose rien. Cette recommandation? 500 francs pour la première place.
L’hiver dernier, Marco Odermatt a empoché 50 000 francs pour sa victoire en descente au Lauberhorn. Pour autant, Nicolas Michel n’aimerait pas que les choses soient différentes. En tout cas pas pour lui. Échanger sa place avec Odermatt? Pas forcément. Bien sûr, il aimerait que le télémark bénéficie de davantage de visibilité. Mais il ne confond pas la reconnaissance de son sport avec celle de sa propre personne. Il sait ce qu’il représente pour le télémark en Suisse. Et, comme il le disait: «Pour moi, il n’y a pas de fin.» Il ne sait pas encore quand il
mettra un terme à sa carrière. Un jour, il le sentira. Et lorsqu’il le sentira, il arrêtera, parce que la vie lui a appris qu’il pouvait se fier à son instinct. Mais il a une certitude: il veut encore transmettre quelque chose à la génération suivante, comme l’a fait avant lui Bastien Dayer, son premier professeur de télémark – quelque chose, ou peut-être même tout et davantage. Jusqu’à ce qu’ils se retrouvent ensemble sur un podium des Mondiaux 2015, Michel 2e et Dayer 3e. Le prochain athlète qui semble réellement capable de marcher dans les pas de Nicolas Michel, Timo Walser, a dix ans de moins que lui. «Quand je partirai, les autres Suisses n’auront plus vraiment de repère. Ce ne serait pas juste de dire simplement: ‘J’arrête, débrouillez-vous’». Nicolas Michel affirme ne pas détenir «toutes les clés» du télémark. «Mais j’ai beaucoup de clés qui ouvrent beaucoup de portes. Et mon rôle, c’est de transmettre ces clés pour permettre à notre sport d’évoluer.»
12 Pour lui, il n’y a pas de fin. Et pour qu’il n’y en ait pas non plus pour le télémark suisse, il veut poursuivre jusqu’à avoir cette certitude. Et si quelqu’un lui dit qu’il n’y arrivera pas? Il lui montrera. Cette fois, pour son sport. En effet: «D’un côté, ça m’agace que ce que nous accomplissons soit si peu reconnu. Mais de l’autre, je peux aller où je veux, faire ce que je veux, sans que personne ne sache qui je suis.» Personne? Le 29 mars 2025, vingt ans après ses tout premiers virages en télémark, Nicolas Michel a remporté sa première course de Coupe du monde chez lui, à Thyon. C’était un samedi. «Tout était réuni ce jour-là», raconte le télémarkeur. «Cette victoire avait probablement autant de valeur qu’un grand globe de cristal.» C’était son 200 e départ en Coupe du monde. Sa famille était là, ses amis, ceux qui l’avaient accompagné au fil des années. Des gens qui le connaissaient bien avant les victoires. Qui avaient parcouru un bout de chemin avec lui. Qui avaient peut-être joué dehors avec lui jusque tard le soir, avant que ses parents ne l’appellent: «itz isch eis fertig». Peut-être aussi des gens qui lui avaient déconseillé de faire un apprentissage. Des gens à qui Nicolas Michel a montré ce dont il était capable.
Nicolas Michel est le doyen de l’équipe. Il compte bien poursuivre sa carrière et transmettre son expérience aux jeunes.
La victoire. Un grand moment. Une scène plus prestigieuse et 20 000 fans auraient-ils rendu ce moment encore plus grand? Nicolas Michel balaie l’idée. Il n’aurait eu aucun lien avec ces 20 000 personnes. Mais avec celles qui étaient là, à Thyon, si. Elles savaient qui il était. Et le lundi matin, il est retourné travailler. Texte: Benjamin Steffen
Une star sur les skis, un parfait inconnu dans la rue: Nicolas Michel apprécie beaucoup ce statut.
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Infographie
53 épreuves en Suisse Davos 11.12. – 13.12. Ski de fond F/H
Adelboden 09./10.01.
Adelboden 09./10.01.
Ski alpin H Slalom géant, slalom
Séries départ en ligne 5 km F, sprint F, sprint par équipes F
St-Moritz 18.12. – 20.12.
Laax 15.01. Freeski F/H Slopestyle
Ski Alpin F 2x super-G, 1x slalom géant
Arosa 15.12.
Laax 16.01. Snowboard F/H Slopestyle, half-pipe (épreuve nocturne)
Skicross F/H
Davos 19.12. Snowboard F/H
Veysonnaz 30./31.01.
Wengen 15.01. – 17.01. Ski alpin H Super-G, descente, slalom
Alpin PSL
Engelberg 19./20.12.
Melchsee-Frutt 22./23.01. Télémark F/H
Veysonnaz 30./31.01.
Saut à ski F/H
2 x sprint parallèle
Skicross F/H
Scuol 09.01.
Silvaplana 22.01. – 24.01.
Lenzerheide 20./21.02.
Snowboard F/H
Ski de fond F/H
Ski Alpin F
Alpin PGS
Relais mixte, sprint F, départ en ligne 20 km F
2x super-G
Engelberg 19./20.12. Melchsee-Frutt 22./23.01.
Davos 11.12. – 13.12.
Davos 19.12. Scuol 09.01.
Laax 15.01.
Arosa 15.12.
Wengen 15.01. – 17.01. Laax 16.01.
Lenzerheide 20./21.02.
Silvaplana 03./04.04.
St-Moritz 18.12. – 20.12. Silvaplana 22.01. – 24.01.
Silvaplana 03./04.04.
Ski alpin
Freeski
Ski de fond
Silvaplana 03./04.04.
Skicross
Freeski F/H Saut à ski
Slopestyle, half-pipe
Silvaplana 03./04.04.
Plus d’informations sur le calendrier des courses:
Snowboard
www.swiss-ski.ch/fr/events/
Snowboard F/H Half-pipe, slopestyle
Télémark
Calendrier suisse de Coupe du monde
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Pendant près de vingt ans, Lara Gut-Behrami a marqué le ski suisse par ses succès, son indépendance et son exigence personnelle. Photos: Keystone-ATS
Je vous embrasse, Lara Lara Gut-Behrami a marqué le ski suisse pendant près de deux décennies. Par son élégance, son exigence implacable et son refus de répondre aux attentes, parce que d’autres les lui imposaient. Hommage à une carrière. Lara Gut-Behrami est partie comme elle était arrivée et comme elle a toujours tout fait. À sa manière. Indépendante. Le 5 août 2026, elle a annoncé sa retraite du ski de compétition. Sans longue tournée d’adieux, sans dernière course, sans mise en scène digne d’une telle
carrière. Sans trop de concertation. Une dernière preuve de son indépendance. Tout va pour le mieux. Tout est simple.
le slalom n’est pas pour moi un caprice absurde.» Et terminait son message par: «Je vous embrasse, Lara.»
Ou n’est-ce qu’une impression?
C’était il y a bien longtemps, lorsque Lara Gut-Behrami cherchait encore à être comprise.
Il y a bien longtemps, à une autre époque, Lara Gut s’adressait à ses fans sur son site Internet et signait ses messages ainsi: «Je vous embrasse, Lara.» C’était en 2011/12. Elle tentait d’expliquer pourquoi elle s’obstinait à disputer des slaloms, alors qu’«on pourrait penser que je n’atteindrai jamais l’arrivée». Avant d’ajouter: «J’espère qu’avec ces lignes, vous avez compris que
Depuis, elle a tout gagné: deux gros globes, deux titres mondiaux, un titre olympique, 48 courses de Coupe du monde, six globes de super-G, un de géant – tout, sauf la compréhension sans réserve du public. Jusqu’au jour où elle n’en a plus voulu.
«Parce que demain, je dois recommencer.»
Ce don ne l’a jamais quittée. Petite et compacte, avec un sens inné de la ligne et du terrain. Certaines skieuses étaient plus puissantes. D’autres plus grandes. D’autres encore plus spectaculaires. Mais lorsque Lara Gut-Behrami skiait un superG comme elle l’avait imaginé, tout semblait si facile.
Lara Gut-Behrami
Aussi grandiose que sombre, aussi douée que travailleuse Une courte phrase dit beaucoup de Lara Gut-Behrami. C’était durant la saison 2016/17. L’hiver précédent, elle avait remporté pour la première fois le général. Son serviceman l’a félicitée après une victoire et lui a demandé: «Pourquoi ne te réjouis-tu pas?» Lara a répondu: «Parce que demain, je dois recommencer.» Le supplément «Das Magazin» a rapporté ces propos en décembre 2025, dans la dernière interview donnée par Lara Gut-Behrami. Parce que demain, elle devait recommencer. Une phrase sombre. Une phrase magnifique.
recul, cette scène dégage une telle insouciance qu’elle paraît presque irréelle. Le 20 décembre de la même année, elle remporte sa première course de Coupe du monde à Saint-Moritz. A 17 ans. Dans le brouillard, sous la neige. La Suédoise Anja Pärson, championne du monde et olympique, et gagnante du général, estime que la course aurait dû être interrompue. L’Américaine Lindsey Vonn, déjà ancienne gagnante du général, réplique: «Pärson a toujours quelque chose à redire.» Et Lara Gut, pas encore mariée, ni championne du monde, ni championne olympique, ni gagnante du général, trouve la ligne idéale comme si tout était facile. Pourtant, ça ne l’a jamais été. Avec Lara Gut-Behrami, cela en avait simplement souvent l’air.
En mars 2025, plus de quinze ans après sa première victoire en super-G, elle remporte celui de Sun Valley avec 1’’29 d’avance. Haut la main, si facilement. Au 2 e rang? Lindsey Vonn. Elle aussi, toujours là. Deux jours plus tard, elle gagne encore, cette fois le géant de Sun Valley. «Je savais au départ que nous étions toutes fatiguées», explique-t-elle au micro de la SRF. «Il fallait simplement me battre, aller jusqu’au bout.» Puis d’ajouter, après avoir repris son souffle: «Là, je suis vraiment fatiguée.» Elle était fatiguée – comme toutes. Elle était toutes les autres. Ce fut sa dernière interview de gagnante. Sept mois plus tard, en octobre 2025, elle dispute encore une course: le géant de Sölden, qu’elle termine 3e.
Sombre, parce qu’elle montre ce que devient le sport d’élite quand le succès n’est plus une délivrance, mais une obligation. Magnifique, parce que ces six mots contiennent tout ce qui a façonné la carrière de Lara Gut-Behrami: demain, tout repart de zéro. Parce qu’elle était une travailleuse, inf lexible, au-delà du talent et des succès. C’est l’un des éléments les plus remarquables de cette carrière. Pas l’or olympique en 2022. Ni les deux titres mondiaux en 2021. Ni les victoires au général en 2016 et 2024. Mais ce lendemain et les pensées qui l’accompagnent. Et le surlendemain. Et le jour d’après encore. Pendant près de deux décennies. Quand Lara Gut dispute sa première descente de Coupe du monde le 2 février 2008, elle a 16 ans. Peu avant la dernière porte, elle perd le contrôle, chute, glisse jusqu’à l’arrivée... et termine 3e. Avec le
16 ans, une chute… et quand même une 3e place: la première historique de Lara Gut en Coupe du monde.
Lara Gut-Behrami
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Tout semblait souvent facile, mais rien ne l’était: Lara Gut-Behrami possédait un sens exceptionnel des trajectoires et du terrain.
La Tessinoise voulait encore vivre une saison, gagner d’autres super-G, participer encore une fois aux JO. Mais moins d’un mois après Sölden, elle se déchire le ligament croisé, le ligament interne et le ménisque du genou gauche. Sölden restera sa dernière course. Les derniers classements de sa carrière: 1re, 1re et 3e. Quand on s’arrête ainsi, nul besoin de mise en scène. Cette 3e place comme ultime message – au fond, cela lui ressemble. Pas seulement des victoires. Aussi des places d’honneur. La carrière de Lara Gut-Behrami ne raconte pas l’histoire d’un seul sommet. Elle raconte combien il est difficile d’y rester. Et d’y revenir, encore et encore. Après sa blessure à la hanche de 2009. Après des hivers sportifs compliqués. Après sa première rupture du ligament croisé en 2017. Après la saison 2018/19 conclue au 21e rang du général. Et après ces périodes où le public et le médias se demandaient si les plus belles années de Lara Gut-Behrami étaient derrière elle. Comme si le public avait droit à l’excellence des sportives et sportifs.
Lara Gut-Behrami s’est opposée de plus en plus fermement à ce genre d’attentes. Aux Mondiaux 2009, elle s’était retrouvée devant tant de médias qu’on aurait dit qu’ils allaient la dévorer. Déjà à 17 ans, on voyait passer dans son regard quelque chose entre l’effroi et l’incompréhension. Plus tard, certaines de ses phrases ont résonné avec fracas. Aux Mondiaux 2013, alors qu’elle croisait des journalistes et toussait, un reporter lui demanda si elle avait mal à la gorge. Elle a répondu: «Non, c’est mon allergie aux journalistes qui se manifeste.»
Garder la maîtrise du récit... et pourtant l’étendre aux autres Plus tard, elle revendiqua le droit de ne pas participer aux rendez-vous médias avec les autres Suissesses, préférant organiser ses propres conférences de presse. Les demandes d’interview restaient souvent sans réponse. Et en 2018, celle qui s’adressait autrefois directement aux fans sur son site se retira des réseaux sociaux. Fini les «Je vous embrasse, Lara».
Cette prise de distance avait un prix. Qui met de la distance, accepte aussi d’être perçu comme distant. On ne peut pas à la fois séduire le public, le contrôler et l’exclure. Mais Lara Gut-Behrami ne courait pas après le public. Ce qui comptait, c’était le lendemain. Rester concentrée sur le sport. Garder la maîtrise du récit sur sa propre personne. Elle a toujours voulu gagner. Mais elle refusait de satisfaire des attentes uniquement parce que d’autres les plaçaient en elle. Ses exigences venaient d’elle-même. Et elle ne voulait pas que d’autres lui expliquent qui elle était. Qui le voudrait? Seulement voilà: il y avait là une contradiction. Et pas la seule. Quand on explique peu, on laisse aux autres le soin d’interpréter. D’autant plus étonnante, alors, la fermeté avec laquelle Lara Gut-Behrami déclara en 2025, lors d’une table ronde à Sölden, qu’elle s’agaçait «encore davantage en voyant de jeunes skieuses arriver, ne pas se qualifier pour la deuxième manche et faire comme si c’était normal. Ça ne l’est pas.» Pourquoi? «C’est de la compétition, c’est la Coupe du monde.» Elle ajouta: «On travaille pour gagner des courses. On ne travaille pas pour finir dixième.»
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On – comme si elle parlait pour toutes. Il n’y a eu que quatre géants de Coupe du monde lors desquels elle a terminé la première manche sans se qualifier pour la seconde; deux étaient ses deux tout premiers géants de Coupe du monde, à cheval sur 2007 et 2008. Inutile de donner à ce chiffre une portée excessive. Mais on peut y voir un symbole. Celui de son exigence. De cette conviction que c’était de la compétition. La Coupe du monde. Qu’elle travaillait pour gagner des courses. Le talent apporte beaucoup. Pas tout. Lara Gut-Behrami ne demandait sans doute pas aux jeunes athlètes d’accueillir l’échec dans une forme d’autoflagellation destructrice. Peut-être visait-elle d’ailleurs autre chose: l’indifférence; le moment où une manière saine d’accepter la défaite se transforme en satisfaction facile. Mais à cet instant, Lara Gut-Behrami semblait étendre au-delà d’elle-même son droit à définir les choses. Comme si ce qui s’appliquait pour elle, devait valoir pour toutes. Et c’était précisément Lara Gut-Behrami qui formulait cela – elle qui avait toujours tant résisté à toute tentative de l’enfermer dans un rôle ou de lui imposer quelconques attentes, quitte à provoquer des conflits, y compris avec Swiss-Ski. Lara Gut-Behrami a suivi sa voie avec un team privé, à une époque où les structures individuelles étaient encore peu répandues en ski alpin. Mais il serait trop simple de transformer chaque conflit en une histoire où une athlète indépendante aurait simplement été en avance sur son temps et où les autres n’auraient rien compris. Chez Lara Gut-Behrami, l’indépendance n’a jamais signifié: je n’ai besoin de personne. Mais plutôt: je décide moi-même de qui et de quoi j’ai besoin. Toutes les critiques à son égard n’étaient sans doute pas injustifiées – mais toutes n’étaient pas justes non plus. Et encore moins suffisamment nuancées, suffisamment complexes pour correspondre à Lara Gut-Behrami.
Elle a gagné beaucoup et souvent: deux gros globes de cristal, sept petits globes et 48 victoires en Coupe du monde.
Lara Gut-Behrami et les médias: une relation qui a marqué sa carrière, avec des hauts et des bas.
20 La compétition? La Coupe du monde? De la douceur! En 2024, lors de l’ouverture de la saison à Sölden, elle se présente au départ en tant que détentrice du gros globe et gagnante de l’année précédente sur le glacier. Le public est nombreux. Les attentes élevées. Mais après la reconnaissance, elle ne se sent pas prête et renonce à prendre le départ. Une sportive d’élite apprend normalement à faire exactement le contraire. Chasser les doutes. S’élancer. Aller jusqu’au bout. La compétition! La Coupe du monde! Encore une contradiction, en apparence. De la douceur. Pas un caprice absurde. Mais cela aussi, relève d’une culture de la performance. Etre d’une exigence implacable envers soi-même ne signifie pas s’aligner à tout prix. Cela signifie aussi savoir se regarder honnêtement et reconnaître le moment où il vaut mieux freiner.
Elle a suivi sa propre voie, entourée d’un team privé et de personnes qu’elle avait elle-même choisies.
Et désormais, elle a dit non une nouvelle fois. Freiné. Stop. Elle est fatiguée. Il est vain de débattre pour savoir qui est la plus grande skieuse suisse de l’histoire. Erika Hess? Vreni Schneider? Lara Gut-Behrami? Les époques se comparent mal. Lara Gut-Behrami a gagné des courses de Coupe du monde sur une période couvrant plus d’une génération de ski. Son importance ne se mesure pas en chiffres. Car peut-être tient-elle aussi aux questions qu’elle laisse derrière elle au ski suisse. Quelle place un système peut-il accorder à l’indépendance? Ou quelle place devrait-il être capable de lui accorder? Apprendre à l’accepter? Oui, considérons l’histoire de Lara Gut-Behrami comme celle d’une rencontre avec une enseignante. On ne la comprend peut-être pas toujours – ce qu’elle est, ce qu’elle fait. Toutes les leçons ne nous plaisent pas. Mais écoutons malgré tout. Regardons. Apprenons quelque chose d’elle. Prenons ce qui peut nous servir. Par exemple, le fait que le talent ne remplace pas le travail. Qu’il ne faut pas enjoliver une défaite, mais que la réussite n’est pas tout. Que l’autocritique n’est pas de l’autodestruction. Que tout conflit n’est pas nécessairement une querelle.
Pas de dernière course, pas de tournée d’adieu. Lara Gut-Behrami tire sa révérence comme elle a mené sa carrière: à sa manière.
Qu’un non peut être aussi fort qu’un oui. Que l’indépendance a un prix. Et que l’on peut choisir de le payer lorsque la liberté compte assez. Lara Gut-Behrami a dit un jour que lorsqu’une courbe était bien tracée, tout paraissait simple et léger. Et que c’était cette sensation de liberté qu’elle avait toujours cherchée. Désormais, elle s’offre cette liberté loin de la compétition et de la Coupe du
monde. Sans dire combien de fois elle l’a trouvée au fil de toutes ces années. Demain, elle n’aura plus à skier. Comme elle l’écrivait durant l’hiver 2011/12, «on dirait vraiment que je n’atteindrai jamais l’arrivée». Où d’autre aurait-elle pu finir? Je vous embrasse, Lara. Mais seulement demain. Ou après-demain. Ou… Texte: Benjamin Steffen
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Combien de chocs la tête peut-elle encaisser? Les landing bags rendent les chutes moins dangereuses à l’entraînement de freestyle. Mais run après run, la tête encaisse elle aussi des chocs, souvent inaperçus. Une étude se penche sur ces contraintes et cherche à déterminer les risques.
Photos: Stephan Bögli
À chaque réception, on croirait entendre gronder un orage au loin. Lors de l’impact, les corps chassent l’air de l’immense coussin gonflable. Sa surface en plastique ondule, tandis qu’un bruit sourd se propage sur toute sa longueur. Nous sommes en plein mois de juillet et l’entraînement bat son plein à Leysin. Les équipes Park & Pipe de Swiss-Ski passent une semaine à s’entraîner sur ce plateau qui surplombe la vallée du Rhône. Run après run, les athlètes s’élancent du tremplin avant d’atterrir sur l’immense coussin gonflable.
De l’air. Un coussin. Tout est moelleux. Et pourtant, Lisa Beck sursaute régulièrement. «J’ai du mal à regarder quand je vois leur tête heurter le coussin», confie-telle. Devant elle, deux caméras sont braquées sur la zone de réception. Lorsqu’un snowboardeur manque sa réception, Lisa Beck se dirige vers lui pour vérifier que tout va bien et que le capteur fixé à son casque est toujours correctement positionné. «Rien de grave», dit-elle avant de regagner son poste et de vérifier que les caméras tournent toujours.
Les landing bags sont devenus incontournables à l’entraînement de freestyle. Ils permettent de travailler de nouvelles figures sans devoir atterrir sur la neige, réduisant ainsi le risque de blessure.
«Vous voyez ces gamins? C’est d’eux que je parle», lance-t-elle en désignant le plus petit tremplin, juste à côté. Ils n’ont probablement même pas 10 ans. Run après run, ils sautent sur le même airbag que les
professionnels qui s’entraînent à leurs côtés. Run après run, leurs réceptions sont hésitantes. Ils manquent encore de tonicité. Leurs corps retombent, leur tête part brusquement en arrière et vient heurter le coussin. Encore et encore. Run après run.
Se relever ne veut pas dire que tout va bien C’est précisément cette répétition qui intéresse Lisa Beck. Pas la grosse gamelle après laquelle on comprend immédiatement que quelque chose ne va pas. Mais cette multitude de petites chutes et d’impacts après lesquels les athlètes se relèvent comme si de rien n’était, avant de
repartir pour le run suivant. Dans d’autres sports, comme le rugby ou le football américain, plusieurs observations suggèrent que les chocs répétés à la tête peuvent altérer temporairement certaines fonctions cérébrales, dont le temps de réaction. L’accumulation d’impacts pourrait également rendre la tête plus vulnérable au choc suivant et ainsi accroître le risque de commotion cérébrale. «Nous ne savons encore presque rien de ce que cela implique en freeski, en snowboard, ainsi que dans les sports de neige en général», explique Lisa Beck. Pourtant, les chutes font partie du quotidien de ces disciplines. Et avec elles, les chocs à la tête. La Zurichoise Lisa Beck a elle-même pratiqué le snowboard à haut niveau, en big air et en slopestyle, avant d’accompagner les équipes de freestyle en qualité de physiothérapeute. Aujourd’hui, elle dirige, pour le compte de la Clinique universitaire Balgrist et de Swiss-Ski, une «étude sur la mesure et l’évaluation des chocs à la tête lors des entraînements de snowboard et de freeski Park & Pipe sur landing bag». Le tout, sous la direction scientifique du professeur Jörg Spörri.
Les signes étaient déjà là, mais on commençait seulement à prendre conscience de leur importance. Grégory Tüscher, aujourd’hui entraîneur en chef de l’équipe de freeski, mais qui faisait alors ses premiers pas chez Swiss-Ski, prenait les douleurs de ses athlètes au sérieux. Il a consacré son travail de diplôme d’entraîneur aux commotions cérébrales et aux landing bags. C’est dans ce contexte qu’il a rencontré Lisa Beck. Cette dernière travaillait alors pour Swiss-Ski afin d’améliorer de la prise en charge des commotions cérébrales. Elle a perfectionné un protocole de rééducation existant après une commotion cérébrale, définissant étape par étape le retour des athlètes à la vie quotidienne, puis sur la neige. Les observations de Grégory Tüscher à l’entraînement ont ainsi rejoint les travaux de Lisa Beck, donnant naissance à l’idée du projet de recherche actuel. Les premiers tests ont débuté il y a deux ans.
«C’est exactement notre mission: identifier les problèmes avec les équipes et les entraîneurs, puis élaborer des solutions concrètes qui leur soient utiles sur le terrain», explique Lisa Beck. Alors que le protocole intervient après la commotion cérébrale, les recherches de Lisa Beck cherchent à agir en amont. Elle souhaite déterminer les contraintes que les entraînements sur airbag font subir à la tête et vérifier s’il existe des indicateurs permettant de savoir quand une pause s’impose ou quand il faut interrompre une séance. À long terme, ces résultats doivent déboucher sur des recommandations concrètes pour les entraînements, des associations régionales jusqu’à la Coupe du monde: combien de runs enchaîner, combien de temps passer sur l’airbag et combien de jours consécutifs s’entraîner. L’une des clés pourrait bien se trouver dans le sang.
Derrière cet intitulé quelque peu rébarbatif se cache un objectif très concret: Lisa Beck veut comprendre les contraintes réelles que les entraînements sur airbag font subir à la tête. Ainsi, des capteurs Bearmind fixés aux casques mesurent les impacts, tandis que des caméras permettent d’analyser les chutes. Giulia Tanno est elle aussi présente à Leysin. Tout en chaussant ses skis, la freeskieuse de 28 ans revient sur ce qu’était la situation en 2018. À l’époque, les équipes de freestyle devaient encore se rendre au Canada pour s’entraîner sur airbag, la seule installation publique de ce type au monde. Les entraînements étaient intensifs: deux séances par jour, soit quatre à cinq heures au total, pendant quatre jours consécutifs. Une pause, puis quatre nouvelles journées au même rythme. Cette accumulation de runs ne restait pas sans conséquences. «Le soir, certains se plaignaient de maux de tête. De tensions dans la nuque», se souvient Giulia Tanno.
Lisa Beck a été snowboardeuse et physiothérapeute chez Swiss-Ski. Aujourd’hui, elle dirige un projet de recherche sur les chocs à la tête en freeski et snowboard.
Commotions cérébrales en freestyle
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24 Ce que le sang peut révéler L’entraînement sur airbag est terminé, le repas de midi aussi. Prochain rendez-vous: une salle de conférence de l’hôtel. Trois collaborateurs de la Clinique universitaire de Bâle participent au projet et ont préparé tout le nécessaire pour les prises de sang. Avant l’entraînement, des prélèvements avaient été effectués au bout du doigt des athlètes. Cette fois, il faut également prélever du sang dans une veine du bras. Run après run, les contraintes subies sur l’airbag se sont peut-être accumulées. Goutte après goutte, les chercheurs veulent désormais savoir si le sang en conserve des traces.
«Peut-être pourrons-nous un jour prélever une goutte de sang au bout du doigt, directement au bord de la piste, et savoir si un athlète a atteint un seuil critique.» Lisa Beck
«Nous recherchons ce qu’on appelle des biomarqueurs», explique Lisa Beck tout en posant un garrot sur le bras d’un snowboardeur. Autrement dit, des substances présentes dans le sang dont la concentration peut varier lorsque le cerveau subit des contraintes ou des lésions. Les chercheurs examinent si de telles variations peuvent également apparaître à la suite de chocs répétés à la tête lors des entraînements sur airbag.
Combien de chocs la tête peut-elle encaisser? Le projet vise à déterminer les effets des impacts répétés sur le cerveau et à identifier le moment où une pause s’impose.
Pour l’heure, une goutte de sang ne permet pas encore de déterminer si un athlète peut poursuivre son entraînement. Mais la perspective est prometteuse: «Peutêtre pourrons-nous un jour prélever une goutte de sang au bout du doigt, directement au bord de la piste, et savoir si un athlète a atteint un seuil critique», explique Lisa Beck. Il serait ainsi possible de détecter le moment où les contraintes subies par le cerveau deviennent potentiellement trop importantes et où une pause pourrait s’imposer, avant même une commotion.
Des symptômes ignorés ou passés sous silence Les couloirs du sous-sol de l’hôtel mènent à une autre pièce, un peu à l’écart. Emilie Benz et Cyril Wyss s’y trouvent. Comme Lisa Beck, tous deux travaillent au sein du département de recherche de Swiss-Ski. Cyril Wyss est également responsable de la préparation physique des disciplines Park & Pipe. Ici, le silence règne. De même que la concentration et la coordination.
«Le fait que les athlètes ne remarquent pas certains symptômes, les ignorent ou les passent même sous silence constitue un véritable problème.» Cyril Wyss
Il reste un peu de temps avant l’arrivée du premier athlète. Cyril Wyss raconte une scène d’une compétition de big air, il y a deux ans. Un athlète avait chuté à la réception et violemment heurté le sol avec la tête. Présent sur place en tant que physio, Cyril Wyss a assisté à la chute et a conseillé à l’athlète de s’arrêter là. Mais celui-ci l’a ignoré et a immédiatement repris le chemin du départ. Ce n’est que plus tard que l’athlète a confié souffrir de vertiges. «Le fait que les athlètes ne remarquent pas certains symptômes, les ignorent ou les passent
Se relever, repartir, puis chuter à nouveau: les chercheurs ne s’intéressent pas tant aux chocs violents isolés qu’à l’accumulation de petits impacts, run après run.
même sous silence constitue un véritable problème», souligne Cyril Wyss. Un dilemme pour les responsables médicaux présents aux entraînements et en compétition. Ils doivent décider si l’athlète peut poursuivre son activité, sans pouvoir se fier uniquement à ses déclarations et à ses propres sensations. C’est précisément là qu’intervient le projet de recherche: des données objectives pourraient fournir des indications sur ce qui se passe dans le cerveau et permettre ainsi de mieux évaluer ce type de situation.
Commotions cérébrales en freestyle
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26 «On peut comprendre qu’il soit parfois difficile de faire preuve de franchise dans ces circonstances», reconnaît Cyril Wyss. Les premiers signes sont souvent difficiles à interpréter: un léger mal de tête, une petite sensation de malaise… Des symptômes qui paraissent vite anodins et dont on a donc tendance à sousestimer la gravité. D’autant que l’adrénaline peut, dans un premier temps,
masquer les douleurs après une chute et que certains symptômes n’apparaissent que plus tard. Parfois jusqu’à 72 heures après la chute.. Sans oublier que les athlètes savent parfaitement qu’une commotion cérébrale peut les contraindre à une longue pause. La porte s’ouvre. Le prochain athlète entre dans la pièce.
Premier examen: les yeux. L’athlète doit suivre du regard une série de mouvements prédéfinis. L’objectif est de déceler d’éventuelles variations par rapport aux valeurs enregistrées avant la semaine d’entraînement. Vient ensuite un test appelé «Instrumented Dual Task Test», qui sollicite simultanément le corps et le cerveau. L’athlète doit marcher sur une ligne tout en comptant à rebours mentalement. Un capteur fixé dans son dos enregistre chacun de ses mouvements, tandis qu’un petit micro accroché à son t-shirt capte sa voix. Ce test doit permettre de déterminer si les entraînements sur airbag influencent la capacité à coordonner les mouvements et la réflexion. Retour dans la salle de conférence. Les échantillons de sang sont posés sur la table. Lisa Beck les prend un à un, vérifie les informations et étiquette les tubes. Eux aussi doivent permettre de mettre en évidence des phénomènes que les athlètes ne ressentent pas forcément ou ne parviennent pas toujours à décrire.
Un capteur embarqué: il mesure les chocs subis par la tête, tandis que des caméras enregistrent les circonstances de chaque impact.
Pour l’instant, les interrogations restent nombreuses. Les hypothèses et les incertitudes aussi. Le projet de recherche n’en est qu’à ses débuts. Il est encore impossible de savoir ce que révéleront les premières données. Ou quand elles permettront de formuler des recommandations concrètes pour les entraînements et les compétitions. Tout en rangeant le matériel, Lisa Beck confie qu’elle a elle-même dû apprendre à composer avec cette incertitude. La recherche prend du temps, explique-t-elle. Des années. Et surtout, elle nécessite davantage de données. Les chercheurs continueront donc de fixer des capteurs, de prélever des échantillons et d’analyser les chutes. Jour d’entraînement après jour d’entraînement, run après run. Jusqu’à mieux comprendre à quel moment les contraintes deviennent un risque. Combien de chocs la tête peut encaisser. Et à partir de quand un choc peut être celui de trop.
Que révèle le sang sur les contraintes subies par le cerveau? Les chercheurs tentent d’identifier des biomarqueurs susceptibles de varier après des chocs répétés à la tête.
Texte: Lia Näpflin
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Génération Z, cap sur l’avenir Elles s’affrontent et apprennent les unes des autres. Les géantistes suisses Dania Allenbach, Sue Piller et Shaienne Zehnder se motivent mutuellement dans leur quête des sommets – depuis si longtemps qu’elles ne se rendent presque plus compte que la performance fait partie de leur quotidien.
«A un moment donné, la nouvelle garde arrive – et apparemment, là, c’est nous trois, à en croire ce qu’on lit un peu partout.» Shaienne Zehnder
A Ushuaia, trois jeunes skieuses suisses dégustent des empanadas et se remémorent leurs souvenirs. Sue Piller, membre du cadre A, ainsi que les deux athlètes du cadre B Dania Allenbach et Shaienne Zehnder sont parties en camp d’entraînement avec l’équipe suisse de ski alpin. Fin août, elles soupent ensemble dans la ville la plus australe d’Argentine et réalisent soudain combien ce passé est déjà loin. Très loin. Les trois skieuses se connaissent depuis les courses pour enfants et juniors; et leur époque des associations régionales, où elles ont aussi commencé à partir ensemble en camp d’entraînement. C’est là qu’est née leur complicité. Elles se sont croisées sans cesse, se sont affrontées, ont gravi les échelons ensemble, étape après étape. Jusqu’à se retrouver
la saison dernière, pour la première fois toutes les trois au départ d’une même course de Coupe du monde, le 3 janvier 2026, lors du géant de Kranjska Gora. 20e place: Sue Piller. 27e place – pour ses débuts: Dania Allenbach. Pas en deuxième manche: Shaienne Zehnder. A Ushuaia, elles prennent conscience de tout ce qui s’est passé ces dernières années. Elles ne sont plus simplement trois jeunes espoirs du ski. Elles font désormais partie de ces talents suisses du géant auxquels on associe de plus en plus souvent des mots comme «potentiel» ou «avenir». Ou «nouvelle génération». Shaienne Zehnder déclare: «A un moment donné, la nouvelle garde arrive – et apparemment, là, c’est nous trois, à en croire ce qu’on lit un peu partout.»
Photos: Stephan Bögli
Dania Allenbach, Sue Piller et Shaienne Zehnder
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30 «Les batteries vides, plus aucune tension»
Dania Allenbach (19 ans) est poseuse de sols et a fait ses débuts en Coupe du monde la saison dernière.
Toutes les trois. Les Bernoises Dania Allenbach et Shaienne Zehnder ont respectivement 19 et 20 ans, la Fribourgeoise Sue Piller a 21 ans. L’hiver dernier a été le théâtre de départs en Coupe du monde, de succès et de déceptions. Sue Piller s’est qualifiée pour les JO, Shaienne Zehnder n’a encore jamais participé à une deuxième manche. Puis est arrivée une pause estivale qui n’en était pas vraiment une: directement après les Championnats suisses, toutes les trois ont rejoint l’école de recrues pour sportifs d’élite à Macolin. Depuis avril, pratiquement aucun jour de congé mais l’hymne national certains matins, puis une semaine de vacances avant que la préparation ne se poursuive en Amérique du Sud. Sue Piller estime qu’elle avait rarement été aussi fatiguée après une saison que l’hiver dernier: «J’avais les batteries vides, plus aucune tension.» La nervosité et l’adrénaline? Envolées. L’envie d’être la plus rapide? Disparue. Encore une nouveauté au terme d’une saison qui en avait apporté tant d’autres – une 6e place à Špindlerův Mlýn, les JO, tout était magnifique, si beau. Mais les beaux moments aussi demandent de l’énergie. Beaucoup ne s’en rendent compte qu’après les avoir vécus.
Les trois se connaissent depuis leurs années juniors. Shaienne Zehnder (20 ans) est la plus ambitieuse du trio, selon ses coéquipières. Photo: Johan Höllmüller
Sue Piller (21 ans) est l’aînée du trio et a déjà participé aux JO. Photo: Stephan Bögli
Dania Allenbach, qui a terminé son apprentissage de poseuse de sols en 2025, a également découvert récemment une autre facette de la vie professionnelle. A Macolin, entourée d’autres sportives et sportifs d’élite, la tentation était grande d’ajouter encore un peu de beach-volley après l’entraînement, ou une autre activité. Mais quand on dispose soudain de toute sa journée pour faire du sport, il ne faut pas seulement apprendre à s’entraîner davantage, mais aussi l’art d’en faire moins. Un enseignement étonnant pour de jeunes adultes dont la progression sportive a jusqu’ici reposé précisément sur l’envie d’en faire toujours un peu plus. Le sport professionnel a tendance à tout charger de sens dès le début. Manger devient nutrition, dormir devient
Dania Allenbach, Sue Piller et Shaienne Zehnder
31 récupérer, musculation devient prévention, une journée de ski devient un bloc d’entraînement. Sue Piller dit considérer sa vie comme un privilège. Pouvoir travailler sur elle-même chaque jour, progresser quotidiennement, s’intéresser à l’entraînement mental et organiser elle-même son quotidien: «Chaque aspect» de sa vie lui plaît et elle a «énormément de chance».
Ce qui fait d’une journée de pro une journée de travail Shaienne Zehnder estime que quelque chose lui manquerait si elle n’avait pas ce quotidien, cette exigence constante envers elle-même, avancer, encore avancer, «et les échecs en font aussi partie». Elle en a besoin. Pas des échecs, mais de ces expériences. Et grâce à l’apprentissage qu’elle a effectué, Dania Allenbach dispose d’un point de comparaison. Elle sait à quoi ressemble un autre quotidien professionnel. C’est justement pour cela qu’elle a dû apprendre qu’une journée de sportive professionnelle ne devient pas une journée de travail uniquement quand on remplit chaque minute d’entraînement. A propos de cet été, Shaienne Zehnder prononce une phrase qui résume beaucoup de choses: «C’est simplement notre vie.» Cette logique permanente de performance leur est devenue si familière qu’elles la remarquent à peine. Sue Piller raconte les compétitions avec ses frères. Qui est le meilleur? Qui le fait le mieux? Ce genre de choses. Elle a toujours voulu être la meilleure version d’elle-même, en famille comme à l’école. Aujourd’hui, la scène a changé, mais le mécanisme reste semblable. Elle veut savoir jusqu’où elle peut aller. Sue Piller a dû apprendre à accepter les erreurs. Sur les skis aussi, elle a compris que «skier proprement» ne suffit pas pour aller vite. Lorsqu’elle cherche à tout faire parfaitement, cela ne fonctionne souvent justement pas. C’est quand elle lâche prise que les choses intéressantes commencent. Et c’est là que les deux autres entrent en jeu.
Elles s’entraînent ensemble, se comparent et se poussent mutuellement à progresser: la nouvelle génération de l’équipe suisse de géant.
Elles s’entraînent ensemble, se comparent et se poussent mutuellement à progresser: la nouvelle génération de l’équipe suisse de géant.
32 Car l’une des forces de cette «nouvelle génération» tient peut-être précisément au fait qu’aucune des trois ne maîtrise tout – mais que chacune possède quelque chose que les deux autres aimeraient avoir. Sue Piller admire chez Dania Allenbach son côté tête brûlée. Elle le dit positivement: elle parle de sa capacité à lâcher prise. Et à Shaienne Zehnder, Sue Piller emprunterait volontiers une petite dose de son ski agressif. Shaienne Zehnder trouve remarquable la façon dont Sue Piller va jusqu’au bout lorsque s’est mis quelque chose en tête – «à n’importe quel prix» –, peu importe ce que les autres peuvent en penser. Chez Dania Allenbach, elle est fascinée par cette décontraction que Sue Piller décrit elle aussi, qui lui permet de s’élancer et de skier tout simplement. Entraînement, course FIS, Coupe d’Europe, Coupe du monde: «elle fait son truc», comme si rien n’avait vraiment d’importance. Shaienne Zehnder appelle cela de l’insouciance. Elle-même en avait davantage autrefois: «plus tu vieillis, plus tu en perds un peu».
L’insouciance de Dania Allenbach impressionne beaucoup ses coéquipières.
Pour Shaienne Zehnder, les revers font aussi partie du parcours vers les sommets, tout comme la volonté de progresser chaque jour. Photo: Stephan Bögli
Et Dania Allenbach? Chez Sue Piller, elle prendrait le calme, l’assurance et ce sens très développé du ski et de la technique.
Chez Shaienne Zehnder, elle admire l’ambition et la concentration: lorsqu’elle se fixe un objectif, elle travaille pour l’atteindre, avec application et assiduité, «Shaienne n’abandonne pas facilement» – tout comme elle, précise Dania Allenbach, qui parle malgré tout d’«admiration».
Shaienne Zehnder confirme qu’il n’y a aucune jalousie. Elle sait tout ce qu’il faut pour atteindre ce niveau de performance. Et le fait que leur histoire commune soit presque plus ancienne que la question de savoir qui sera en tête lors de la prochaine course y contribue peut-être.
Le triangle d’apprentissage est bouclé. Elles courent les unes contre les autres, tout en s’inspirant les unes des autres. Il n’y a là aucune contradiction.
Lors des finales de Coupe d’Europe à Schladming, en mars dernier, Shaienne Zehnder était en tête après la première manche, Sue Piller 2e, Dania Allenbach 4e. Trois jeunes Suissesses aux avant-postes – et au départ, elles se sont dit que cela ressemblait presque à autrefois, à la Bäri-Cup, une course pour la relève dans l’Oberland bernois. La dimension a changé. L’affrontement et la complicité, étonnamment peu. Trois athlètes qui suivent la même route, mais trois trajectoires différentes, dont nul ne sait encore où elles mèneront.
Première, deuxième, quatrième, comme jadis à la Bäri-Cup Sue Piller salue leur «dynamique saine et cool». A l’entraînement, elles se poussent. En course, chacune veut être la plus rapide. Et ensuite, la course est terminée. Dania Allenbach le formule de manière encore plus sobre: si une autre va plus vite, elle n’est pas responsable du fait qu’elle ait été plus lente. Parfois, elle regarde une coéquipière et se dit: «Waouh, j’aimerais savoir faire exactement ça.» Ce n’est pas de la jalousie, mais de l’admiration, presque comme face à un modèle, «pas de stress, juste une motivation mutuelle».
C’est peut-être ce qu’on oublie quand on parle de «nouvelle génération». Une «génération» sonne comme un ensemble cohérent, alors que les carrières sportives ne fonctionnent pas avec autant d’ordre. Sue Piller rappelle qu’elle n’a jamais été systématiquement la meilleure. Un hiver, elle se mesurait surtout à Shaienne
Zehnder, d’un an sa cadette; un autre, à des filles plus âgées. Un jour 4e, un autre première, puis blessée. Elle n’était pas simplement celle qui distançait toutes les autres. Ce nouveau statut lui paraît donc encore un peu étrange. Même quand on la classe parmi les meilleures, elle a parfois l’impression que les autres progressent davantage. Shaienne Zehnder a déjà découvert que la Coupe du monde n’est pas forcément symbole de bonheur. Dania Allenbach sait qu’il y a encore beaucoup de chemin entre l’étiquette de talent et une grande carrière. Peut-être que cette conscience les protège. A Ushuaia, trois jeunes skieuses suisses dégustent des empanadas et se remémorent leurs souvenirs. Aujourd’hui, elles passent davantage de temps ensemble qu’avec leurs familles. Le lendemain matin, elles s’entraîneront à nouveau sur les skis. Elles s’observeront, se compareront, se pousseront. Chacune essaiera d’être plus rapide que les deux autres. Et chacune voit chez les autres quelque chose qui lui manque. Cela pourrait être un problème. Mais c’est davantage une promesse. Texte: Benjamin Steffen
La génération Z et l’avenir: jusqu’où leurs parcours les mèneront-ils? Toutes trois visent les sommets.
Dania Allenbach, Sue Piller et Shaienne Zehnder
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Photos: Andri Reiser
La neige en réserve L’été a été torride. Mais la neige n’en a eu cure. Des milliers de mètres cubes ont passé l’été à l’abri sous une colline brune à Davos, où l’on stocke l’or blanc durant l’hiver pour faire face à ses futurs caprices. «Nous avions trop de neige et ne savions plus qu’en faire.» Werner Putzi esquisse un sourire en prononçant ces mots, à la fin du mois d’août. «Trop de neige.» A une époque où chaque hiver soulève la même question, celle de savoir si la neige sera au rendez-vous, cette phrase semble sortie d’un conte de fées. Werner Putzi évoque l’année 2008. Un immense tas de neige de culture dont personne n’avait plus besoin s’était alors accumulé dans la vallée de la Flüela: la neige naturelle était tombée en abondance cet hiver-là. Il n’y avait qu’à laisser fondre le tout. Une idée qui ferait sans doute bondir les amoureuses et amoureux de l’hiver. Mais pour Werner Putzi et son équipe, il n’en était pas question. C’est ainsi qu’est née une idée qui, à l’époque, devait elle aussi sembler tout droit sortie d’un conte de fées: conserver la neige pendant l’été. Aujourd’hui, près de vingt ans plus tard, le conte de fées est devenu un modèle d’avenir. «Tôt ou tard, toutes les destinations devront recourir au snowfarming», affirme Werner Putzi. Car la neige devient une ressource dont il faut pouvoir planifier la disponibilité.
Snowfarming Davos
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36 A grandes enjambées, Werner Putzi gravit la colline brune qui émerge de la forêt de conifères verdoyante de la vallée de la Flüela. Ses dimensions? Dix mètres de haut, une centaine de mètres de long et trente mètres de large. Une colline imposante qui dissimule une réserve de neige. Car le brun n’est qu’une enveloppe composée d’une couche de sciure de bois de 40 centimètres d’épaisseur. En dessous, depuis le mois de mars, 23 000 mètres cubes de neige sont entreposés.
«Avec cet été caniculaire, nous nous sommes fait du souci pour la conservation de la neige.» Werner Putzi
La colline qui garantit le début de saison Werner Putzi travaille depuis 2003 au des services techniques de la commune de Davos. Il dirige le département Ski de fond depuis 2010. Une fonction qu’il occupe toujours aujourd’hui et à laquelle s’est simplement ajoutée une autre responsabilité: le snowfarming. Une pratique désormais bien établie. Grâce à cette neige, une piste de ski de fond d’environ quatre kilomètres voit le jour à la fin du mois d’octobre, bien avant qu’on puisse seulement songer à chausser les skis de fond ailleurs.
Les clés de l’hiver se cachent sous cette colline brune: environ 23 000 mètres cubes de neige sont entreposés sous une couche de sciure de 40 centimètres d’épaisseur.
Werner Putzi est chef d’équipe au sein des services techniques de la commune de Davos et accompagne le snowfarming depuis 2008.
températures sont trop élevées pour cette solution: la toile protège du soleil, mais isole insuffisamment de la chaleur. Il en va autrement de la sciure. Elle absorbe la chaleur, l’empêche d’atteindre la neige et la restitue pendant la nuit. Même la pluie se révèle bénéfique: la sciure s’imbibe d’eau et l’évaporation produit un effet rafraîchissant supplémentaire.
Elle est ouverte aux amateurs, mais permet également à Swiss-Ski et à différentes équipes nationales de préparer la saison. Photo: Stephan Bögli
C’est ici que débute la saison suisse de ski de fond, tant pour les amateurs que pour l’élite. Les équipes de Swiss-Ski effectuent une partie importante de leur préparation sur la piste grisonne, s’épargnant ainsi des déplacements dans le Grand Nord. La possibilité de skier aussi tôt attire également les équipes nationales d’autres pays dans la vallée de la Flüela. Werner Putzi parcourt la colline en zigzag. Son regard revient sans cesse vers le sol. Une pierre. Il se baisse, la ramasse et la lance d’un geste dans la forêt. Quelques mètres plus loin, une autre pierre. A vrai dire, il n’a plus grand-chose à contrôler là-haut. Après quinze ans de snowfarming, Werner Putzi connaît la colline par cœur. Il sait quelle forme lui donner, quelle épaisseur de sciure prévoir et quelle quantité de neige fond normalement au cours d’un été. Il ne monte désormais que rarement sur cette réserve. Mais cet été, les choses ont été différentes: des semaines de forte chaleur, même à Davos, et sous ses pieds, des milliers de mètres cubes de neige censés résister tout l’été. Cela faisait longtemps que Werner Putzi n’avait pas été un peu nerveux. La réserve allait-elle tenir le coup? Il n’en était pas totalement sûr. «Avec cet été caniculaire, nous nous sommes fait du souci pour la conservation de la neige», explique-t-il. Son
équipe a donc pris les devants en projetant à nouveau sur le sommet la sciure qui avait glissé sur les flancs de la colline. «Mieux vaut prévenir que guérir.» Avec le recul, ces précautions n’auraient sans doute pas été nécessaires. La sciure a fait ses preuves. Même un été aussi torride que celui-ci n’entame étonnamment que très peu la réserve de neige. En temps normal, environ un cinquième de la neige entreposée fond pendant l’été. Sur les 23 000 mètres cubes stockés, il devrait donc en rester cette année encore un peu plus de 18 000. Au début, la fonte était déterminée à l’aide de calculs précis. Aujourd’hui, Werner Putzi se fie à son coup d’œil. La forme de la colline, les photos ou les images de la webcam lui permettent d’estimer la quantité de neige qui a fondu. Cette année, la colline a d’ailleurs évolué à peu près comme les années précédentes.
Werner Putzi pivote sur lui-même et montre les alentours. C’est ici que passera la piste de ski de fond, qui fera pratiquement le tour de la colline. «La réserve est le cœur de la piste», explique-t-il. D’ici, tout est à portée de main: fin octobre, il suffit de transporter la neige sur de courtes distances pour la répartir sur le tracé. Le site présente également d’autres avantages. Dès novembre, le soleil n’atteint pratiquement plus cette partie de la vallée. Aucune habitation ne se trouve à proximité immédiate et le torrent de la Flüela coule juste à côté. Son eau froide est transformée en neige durant l’hiver. Entre décembre et fin janvier, Werner Putzi et son équipe guettent les journées et les nuits froides. Il leur en suffit d’environ cinq pour produire la quantité nécessaire à l’aide de deux machines. Rien ne presse: la neige ne sera utilisée que neuf mois plus tard. «Nous pouvons ainsi attendre que les conditions soient optimales», précise Werner Putzi.
Davantage de réserves face aux hivers incertains
Quand les conditions sont réunies
Il s’agenouille et commence à creuser à deux mains. Plus il descend, plus la sciure devient froide. Soudain, sous le manteau brun dont la colline s’est parée pour l’été, une tache blanche apparaît. De la neige. Werner Putzi écarte encore un peu de sciure. Elle est bien là, en cette fin août, froide et compacte.
A Davos, on sait depuis les premiers essais menés en 2008 que la sciure permet à la neige de bien traverser l’été. A l’époque, des chercheurs avaient testé différents matériaux de couverture, dont une toile géotextile semblable à celles utilisées sur les glaciers. Mais à 1660 mètres d’altitude, les
Tout l’intérêt du snowfarming réside précisément dans cette possibilité de produire de la neige plusieurs mois avant son utilisation. Car si la neige peut être préservée ici, les conditions à l’extérieur deviennent, elles, de plus en plus imprévisibles.
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38 Un été caniculaire, des journées et des nuits froides toujours plus rares en hiver, une neige qui arrive de plus en plus tard: autant de raisons qui confortent Werner Putzi dans ses convictions. «Le snowfarming, c’est l’avenir.» Les périodes où les conditions permettent de produire de la neige de culture sont de plus en plus courtes. Cette réserve apporte donc une ressource qui prend toujours plus de valeur dans les sports d’hiver: la sécurité de planification. Et Davos n’en a pas seulement besoin pour garantir un début de saison précoce. Une portion de la piste fait également partie du parcours de la Coupe du monde. L’élite y a de nouveau rendez-vous du 11 au 13 décembre. Mais les services techniques de Davos entendent renforcer encore cette sécurité. Werner Putzi se redresse et désigne la forêt au-delà de la colline. C’est là que la réserve pourrait être agrandie à l’avenir. L’idée: stocker presque deux fois plus de neige qu’aujourd’hui. A terme, le volume passerait d’un peu plus de 23 000 à environ 43 000 mètres cubes. De quoi enneiger quatre kilomètres de piste supplémentaires en cas d’hiver peu généreux, même si presque aucun flocon ne tombe avant Noël.
La sciure protège la neige des chaleurs estivales et garantit une meilleure sécurité de planification.
C’est encore de la musique d’avenir. Le projet doit obtenir le feu vert des autorités politiques et son financement reste à assurer. Si tout se déroule comme prévu, la population de Davos pourrait être appelée à se prononcer en novembre 2027. Werner Putzi jette un dernier regard sur la colline, puis repousse du pied la sciure dans le trou. La neige disparaît à nouveau sous sa couverture brune. Il y a près de vingt ans, tout a commencé ici avec de la neige dont plus personne n’avait besoin. Aujourd’hui, on la met en réserve pour être sûr d’en disposer plus tard. Même Werner Putzi ignore quelle quantité sera nécessaire dans les années à venir. Mais il est convaincu d’une chose: il veut de moins en moins compter sur le ciel pour que la neige tombe précisément au moment où l’on en a besoin. Texte: Lia Näpflin
Tout est réuni au même endroit: la sciure est stockée à côté de la réserve de neige et la dameuse est prête à intervenir. Une piste de ski de fond voit le jour fin octobre dans la vallée de la Flüela.
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Infos Ski alpin
66 kilomètres de pistes de tous niveaux, 180 canons à neige. Autres possibilités Sterzing-Ratschings-Gossensass offre bien plus que des pistes parfaitement damées. Photo: ©TGossensass / Kottersteger
Un joyau touristique au nord du Tyrol du Sud Domaine skiable de Sterzing-Ratschings-Gossensass
Là où l'hiver ressemble encore à l'hiver: Juste après le col du Brenner, une région de vacances vous attend, alliant à merveille aventures en montagne et art de vivre du Tyrol du Sud. Sterzing, Ratschings et Gossensass: trois localités, un véritable joyau. Ce domaine skiable du Tyrol du Sud est une ode aux pistes enneigées, aux paysages montagneux recouverts de neige, aux ruelles historiques et aux délices culinaires. L'ambiance est particulièrement chaleureuse lorsque Sterzing resplendit de mille feux pendant l'Avent et que son célèbre marché de Noël transforme le centre-ville historique en un véritable conte de fées hivernal. Ce qui, à première vue, semble compact et petit, fait justement la particularité de cette région de vacances: Sterzing, Ratschings et Gossensass forment un mélange insolite entre une ville historique regorgeant de restaurants
raffinés, de bars et de boutiques, des vallées de montagne préservées et trois domaines skiables distincts. Ratschings-Jaufen est axé sur le sport, Ladurns est idéal pour les familles; le Rosskopf surplombe directement Sterzing et allie le ski à la vie urbaine. La station de départ n’est qu’à quelques minutes à pied de la ville médiévale; en douze minutes de téléphérique, on accède directement à la montagne emblématique de Sterzing. À elles trois, ces stations de ski totalisent 66 kilomètres de pistes – et 20 refuges de ski vous invitent à faire une pause. Même en dehors des pistes, cette destination hivernale du nord du Tyrol du Sud a beaucoup à offrir: randonnées hivernales et en raquettes, environ 60 kilomètres de pistes de ski de fond et des possibilités variées de luge. Avis aux amateurs de luge en quête de tranquillité: c'est au Rosskopf que commence la piste de luge de dix kilomètres, enneigée artificiellement et éclairée. Pour les petits amateurs de sports d’hiver, Ladurns propose un espace dédié avec son parc pour enfants. Ceux qui viendront pour l’ouverture de la saison, le 4 décembre 2026, découvriront Sterzing sous son jour le plus festif: le «Sterzinger Glockenweihnacht», l’un des cinq marchés de Noël traditionnels du Tyrol du Sud, sera alors ouvert depuis déjà une semaine. Et c’est précisément là que réside la magie de Sterzing, Ratschings et Gossensass: le matin, les premiers virages dans la neige; à midi, une pause dans un chalet chaleureux; et l’après-midi, une balade dans les ruelles médiévales de Sterzing.
Sensations hivernales au cœur de la ville. Photo: ©IDM Südtirol / Alex Filz
60 km de pistes de ski de fond à Ridnaun, Ratschings, Pfitsch et Pflersch. De nombreuses pistes de luge, dont la plus longue piste de luge enneigée artificiellement du Tyrol du Sud, au Rosskopf. Nouveautés
Coupe du monde FIS de snowboard le 30 janvier 2027 à Ratschings-Jaufen avec plus de 120 athlètes. Réouverture du MonteCherie avec apéritif, dîner en montagne et après-ski à Ladurns. Saison du 04.12.2026 au 04.04.2027. Accès
Train: Brenner, Gossensass, Sterzing et Freienfeld disposent de leur propre gare. Il faut ensuite prendre le bus ou les services de transfert proposés par les hébergeurs. En voiture: depuis la Suisse, l’itinéraire le plus rapide passe par Innsbruck et le col du Brenner. Mobilité sur place
le réseau de transports en commun est très bien développé. Le Südtirol Guest Pass (activeCard) est délivré par les hébergeurs participants et permet, entre autres, l’utilisation illimitée des transports en commun qui mènent directement aux différents domaines skiables. De plus, il donne droit à de nombreuses réductions auprès d’autres partenaires. Temps forts de la saison
Ski au lever du soleil «Early Bird» au Rosskopf: les vendredis (du 25 décembre 2026 au 26 février 2027) et les samedis de mars Noël des cloches de Sterzing: du 27 novembre 2026 au 6 janvier 2027 Fête du ski et des refuges à RatschingsJaufen: du 18 au 21 janvier et du 15 au 17 mars 2027 «January Sounds» à Ladurns: musique live tous les samedis de janvier. Plus d’informations
Texte: JOSEPH WEIBEL
www.sterzing-ratschings.com
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Dario Cologna siège au comité directeur de «Switzerland 2038» en tant que représentant des athlètes. Photo: Switzerland 2038
«Nous devrions à nouveau oser un projet qui fasse la fierté de tous et toutes» Le projet olympique «Switzerland 2038» s’apprête à vivre des mois décisifs dans le cadre du dialogue privilégié avec le CIO. Le quadruple champion olympique Dario Cologna évoque pour nous son rôle au sein du comité de l’association, ses expériences des JO comme athlète et dirigeant, les chances à saisir pour le sport suisse et les atouts qui feraient de notre pays un hôte idéal pour les Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver.
Avec quatre médailles d’or, tu es le Suisse le plus titré aux JO d’hiver à égalité avec Simon Ammann. Mais dès sa toute première participation, Franjo von Allmen a décroché trois médailles d’or. Il pourrait donc te dépasser dès 2030. En toute franchise: cela te ferait-il un petit pincement au cœur? Dario Cologna: Pour la nation de sports de neige qu’est la Suisse, le succès de Franjo a bien sûr été un immense plaisir. Tout s’est parfaitement enchaîné pour lui. Cela ne me contrarierait pas vraiment, mais je dois avouer que c’est tout de même une belle satisfaction d’être le Suisse le plus titré à ce jour. Quels sont tes premiers souvenirs olympiques d’enfant? Quand as-tu découvert les Jeux Olympiques? Enfant, j’ai suivi les JO 1994 à Lillehammer. À l’époque, la victoire de l’Italie face aux Norvégiens lors du relais de ski de fond avait fait beaucoup parler d’elle. Je ne pratiquais pas encore le ski de fond à ce momentlà. Je me souviens davantage des JO d’été à Atlanta, deux ans plus tard. Nous nous étions même levés la nuit pour la finale du 100 m masculin.
Regrettes-tu de n’avoir jamais vécu de JO d’hiver en Europe en tant qu’athlète? Un peu, oui. Avec le recul, il faut toutefois reconnaître qu’en raison de la pandémie, c’était une bonne chose que les JO 2022 aient eu lieu en Chine, et que la Suisse ne les ait pas accueillis cette année-là. Au début de ma carrière, je trouvais sympa de partir loin pour les JO. C’était une expérience à part, qui les rendait encore plus exceptionnels. Le Canada est aussi une nation de sports d’hiver et l’ambiance était vraiment bonne. Sotchi a également été une belle expérience pour moi en tant qu’athlète. L’engouement pour le ski de fond était fort et nos trajets étaient courts. À cette époque, on ignorait encore tout ce qui allait se passer ensuite dans le sport russe et, plus largement, tout ce qui allait concerner la Russie. À Pyeongchang et à Pékin, l’ambiance n’était clairement pas celle dont rêve un athlète. Mais même là-bas, nous sentions que les gens vibraient pour nous en Suisse. Quel moment olympique de ta carrière aimerais-tu revivre? Le plus beau reste le skiathlon de Sotchi, où j’ai remporté l’or dans une course avec départ en ligne. Après ma blessure au pied quelques mois plus tôt et tout ce qui avait précédé,
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42 l’émotion était immense. En revanche, si je pouvais disputer à nouveau une épreuve pour faire mieux, je choisirais le 50 km de Vancouver. J’étais bien placé avant de malheureusement chuter dans le dernier virage. Comment en es-tu venu à t’engager pour le projet olympique «Switzerland 2038»? Urs Lehmann m’a sollicité en 2024, lorsqu’il coprésidait encore l’association porteuse du projet avec Ruth Wipfli Steinegger. Il tenait à ce que le comité puisse bénéficier du point de vue d’un athlète ayant lui-même une expérience olympique. J’ai trouvé cette proposition très intéressante et l’ai assez rapidement acceptée. Découvrir une autre facette du sport, participer aux décisions du comité de ce projet olympique et réfléchir à des questions stratégiques me passionne. Cela me fait aussi avancer sur le plan personnel. Cet engagement me permet de rendre au sport suisse un peu de ce qu’il m’a donné, et je suis convaincu que la Suisse a tout pour réussir des Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver tels qu’ils devraient être à l’avenir. Quelles sont tes tâches concrètes en tant que représentant des athlètes au comité de l’association? Selon les sujets, je peux m’impliquer de manière plus ou moins importante. Mon avis est particulièrement sollicité sur les questions liées aux sites de compétition, à l’hébergement et au transport des athlètes. Et bien sûr, je me considère plus largement comme un ambassadeur de ce projet olympique. J’assume volontiers ce rôle de représentation.
Comme toujours lorsqu’on parle des JO, de nombreuses voix critiques estiment que la Suisse n’a pas besoin de Jeux d’hiver. Que leur réponds-tu? Je constate que certaines personnes se braquent dès qu’elles entendent le mot «JO». Mais je fais également un autre constat: elles ne connaissent pas notre projet décentralisé. Les Jeux Olympiques sont un événement mondial. S’ils n’ont pas lieu en Suisse, ils auront lieu ailleurs. Et nulle part ils ne seront plus durables que chez nous. Nous disposons des infrastructures nécessaires. Notre pays a récemment accueilli les Championnats du monde de biathlon, de ski freestyle et de snowboard, ainsi que de hockey sur glace. Dans quelques mois, ce sera au tour des Mondiaux de ski alpin à Crans-Montana. Le patinage de vitesse a toujours posé problème lors des précédentes candidatures suisses. Avec Palexpo, à Genève, nous avons désormais une excellente solution pour aménager une patinoire temporaire. Autre élément que beaucoup de critiques ignorent: le budget total de 2,2 milliards de francs sera financé en grande partie par les revenus du CIO et des fonds privés. La contribution des pouvoirs publics ne dépassera pas 18%. Qu’est-ce qui t’occupe le plus en ce moment dans le projet olympique? Lors des sessions d’automne et d’hiver, le Parlement se prononcera sur le message du Conseil fédéral relatif à l’arrêté de principe et de planification. Nous voulons saisir la chance du dialogue privilégié pour fournir au CIO toutes les garanties requises au printemps 2027 et déposer le dossier final dans les délais. Dès le 1er janvier 2028, la porte s’ouvrira à nouveau à d’autres candidatures – et tout coûtera plus cher. Il s’agit maintenant de multiplier les échanges directs et de convaincre pour obtenir les décisions politiques souhaitées. En ce qui concerne le financement privé, nous sommes en très bonne voie. En coulisses, nous pouvons compter sur le soutien de Michael Hartweg et d’Urs Wietlisbach, deux personnalités très bien entourées qui mettent leurs réseaux à profit pour nous ouvrir des portes.
Tu étais sur place aux JO de Milan/Cortina en février dernier en tant que membre du comité de «Switzerland 2038». Quels enseignements en as-tu tirés pour le projet suisse? Ces JO d’hiver étaient eux aussi décentralisés: il était donc particulièrement intéressant de les observer dans la perspective de notre projet. Certains sites de compétition étaient très éloignés, une impression accentuée par des liaisons entre les différents sites moins efficaces que celles auxquelles nous sommes habitués en Suisse. En matière de transports publics, nous sommes tout simplement très bien équipés et surtout bien plus efficaces. On peut aisément imaginer que, dans onze ans, l’ensemble du système de transport reliant les différents sites sera encore plus performant. L’absence d’esprit olympique a également suscité des critiques, notamment de la part des athlètes. Cet esprit est essentiel, c’est évident. En ce qui concerne l’hébergement des athlètes, les avis divergent. Certains apprécient de pouvoir préparer leurs épreuves au calme, à l’écart d’un village olympique. D’autres aiment beaucoup l’ambiance du village et les interactions avec les athlètes d’autres sports. La présence de plusieurs villages olympiques n’a toutefois rien de nouveau: c’était déjà le cas lors de précédentes éditions des JO d’hiver. À Milan/ Cortina, les critiques visaient surtout les remises de médailles un peu froides, juste après les épreuves. On se serait cru en Coupe du monde. Les Jeux Olympiques ont quelque chose d’unique et les cérémonies des médailles doivent être à la hauteur. Notre concept s’articule autour de trois pôles, et nous pouvons très bien imaginer que chacun dispose de son propre site dédié aux cérémonies des médailles.
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Photo: Keystone-ATS
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Dans le cadre de «Switzerland 2038», tu as aussi vécu des JO d’été sur place, en 2024 à Paris. Évidemment, la comparaison avec des JO d’hiver a ses limites. Mais y a-t-il une idée de Paris 2024 que tu aimerais reprendre pour le projet suisse? Paris avait tout pour accueillir un événement tel que les Jeux Olympiques d’été. Les critiques en amont ont été nombreuses, comme presque toujours à l’approche d’événements d’une telle ampleur. Mais au final, ce fut un immense succès, qui a renforcé l’image de la ville et du pays. Une ville offre bien plus de possibilités de regrouper les sites de compétition et de les installer aux endroits les plus adaptés. En hiver, il faut en revanche aller là où les infrastructures existent déjà. J’ai trouvé génial que le public puisse courir sur le tracé officiel avant le marathon olympique, sur la distance du marathon ou sur 10 km. Le parcours était déjà fermé à la circulation pour l’épreuve olympique du lendemain.
J’ai d’ailleurs pris le départ d’un 10 km à 23h30. C’était une superbe expérience, d’autant que nous avons franchi la ligne d’arrivée au même endroit que les marathoniens quelques heures plus tard. Associer les sportives et sportifs amateurs aux JO 2038 de cette manière, ou sous une forme similaire, est une idée qui mérite assurément d’être explorée.
C’est l’année prochaine que l’on saura si la Suisse accueillera les Jeux olympiques et paralympiques d’hiver 2038. Photo: Keystone-ATS
Si les JO 2038 étaient attribués à la Suisse l’an prochain, elle aurait onze ans pour les préparer. Quels avantages cela offrirait-il? Nous abordons déjà de très nombreux détails dans les discussions autour du projet. Cela montre à quel point nous serions prêts et organisés. En Italie,
Génération Switzerland 2038: les jeunes athlètes suisses actuels pourraient être au sommet de leur carrière en 2038 et vivre des JO dans leur pays. Photo: Stephan Bögli
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beaucoup de choses n’ont été finalisées qu’à la toute dernière minute. Et pour les Jeux 2030 en France, les sites de compétition ont encore changé à plusieurs reprises ces derniers temps. Mais cette longue période de préparation profiterait surtout au sport lui-même et aux athlètes. Si la Suisse obtenait les Jeux l’an prochain, ce serait une formidable source de motivation pour les enfants et les jeunes d’aujourd’hui. Nous parlons d’ailleurs déjà de la «génération 2038». Des projets à long terme pourraient voir le jour dans tous les sports d’hiver. La GrandeBretagne l’a fait de manière exemplaire à l’approche des JO d’été à Londres en 2012. Tout le sport britannique a bénéficié d’une formidable impulsion et profite aujourd’hui encore de la professionnalisation engagée à l’époque. «Switzerland 2038» dépasse le seul cadre du sport. Comment la société suisse dans son ensemble pourrait-elle profiter de Jeux Olympiques à domicile? Notre pays est sans aucun doute capable de mener à bien un projet d’une telle ampleur. Nous devrions à nouveau oser un projet qui fasse la fierté de tous et toutes et dont on parlera encore des décennies plus tard. Les derniers grands événements organisés chez nous, comme l’Euro masculin de football en 2008, l’Euro féminin en 2025 ou les Mondiaux de hockey sur glace il y a quelques mois, ont été de grands succès et ont suscité l’euphorie et l’enthousiasme dans tout le pays. Les Jeux pourraient aussi accélérer la transition vers une société durable, en faisant avancer les transports, la numérisation, l’accessibilité des infrastructures et l’inclusion. Interview: Roman Eberle
Dario Cologna et la jeune athlète Malena Müller lors de la présentation du projet olympique «Switzerland 2038», en début d’année à Berne. Photo: Switzerland 2038
Switzerland 2038: le calendrier Fin 2025, l’association Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver Suisse 2038 a remis un dossier de projet complet à l’Office fédéral du sport (OFSPO). Sur cette base, le DDPS a élaboré le message relatif à l’arrêté de principe et de planification, dont le Parlement débattra lors des sessions d’automne et d’hiver 2026. L’objectif est de fournir au CIO toutes les garanties requises au printemps 2027. Grâce au dialogue privilégié engagé en novembre 2023, la Suisse bénéficie d’une exclusivité dans ses échanges avec le CIO jusqu’à fin 2027. «Switzerland 2038» mise sur une approche décentralisée, avec des sites de compétition dans toutes les régions linguistiques. Le projet doit par ailleurs être financé principalement par des fonds privés; aucune garantie de déficit de la Confédération n’est prévue.
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Tout sous contrôle Noémie Wiedmer a frôlé son grand objectif dès sa première tentative. À 19 ans, la snowboardcrosseuse sait exactement où elle veut aller, et avance avec une détermination et une autonomie qu’elle a dû acquérir très tôt. La petite fille sait ce qu’elle veut. Quand elle a une idée en tête, elle ne lâche rien. Dans son livre d’amis, à la ligne «Métier de rêve», elle écrit sans hésiter: «championne olympique». Aux agrès comme à la gym, elle ne perd guère de temps à bavarder. Ce qui compte pour elle, c’est s’entraîner et progresser. Le leitmotiv est déjà installé: quand on a un but, on ne s’attarde pas aux futilités. La petite fille est une solitaire qui tient à se démarquer des enfants de son âge. Qui s’habille en garçon
et n’invite que des copains à ses anniversaires. Qui préfère jouer un arbre au théâtre de l’école pour ne pas avoir à parler. Et qui ne perd jamais de vue son objectif: devenir une bonne snowboardeuse. Noémie Wiedmer sourit en évoquant ses souvenirs. Car la fillette obstinée est devenue une jeune femme sûre d’elle et une excellente snowboardeuse. Plus précisément, une snowboardcrosseuse qui a signé son plus grand succès le 13 février 2026, avec une 4e place aux JO à Livigno. À tout juste 18 ans. Aussi beau, inattendu et riche en émotions soit-il, ce résultat ne doit être qu’une étape vers les sommets.
«Le snowboardcross, c’est ma vie.» Noémie Wiedmer
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Photos: Silvan Dietrich
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Entre l’école et le sport Un samedi matin d’été. Noémie Wiedmer est assise sur la terrasse de la maison familiale, à Oey. Ce paisible village aux portes du Diemtigtal se niche dans un splendide écrin de montagnes – ici le Wiriehorn, là le Niesen, plus loin le Stockhorn. Ce coin de l’Oberland bernois est son refuge. C’est là qu’elle puise l’énergie nécessaire pour mener de front ses nombreuses activités. «Le snowboardcross, c’est ma vie», lit-on sur son site Internet. Noémie Wiedmer donne la priorité au sport et cale aussi ses études sur son calendrier d’entraînements et de courses. Elle fréquente le gymnase sportif de Hofwil, à Münchenbuchsee, et loge à l’internat du lundi au vendredi. Deux jours par semaine, elle s’entraîne à Macolin avec le préparateur physique Jan Seiler et l’entraîneur de Swiss-Ski Andreas Fischle; le reste du temps, elle multiplie les séances individuelles à Münchenbuchsee et les longues sorties à vélo ou à pied. Son autre vie est tout aussi exigeante: la gymnasienne passera sa maturité en 2027. Elle considère que le gymnase la plonge dans un autre univers. D’autant plus que sa classe de promotion des talents accueille aussi des musiciens et des artistes. Elle peut compter sur le soutien des enseignants, qui sont habitués à la voir partir quelque part sur la planète durant un mois.
Le snowboardcross, c’est toute sa vie: Noémie Wiedmer a du talent et l’ambition d’atteindre les sommets. Photo: Keystone-ATS
«Un saut à St-Moritz», «un passage à la maison»: à l’entendre, tout paraît simple et évident. Noémie Wiedmer aime prendre le volant et écouter la série audio policière Die drei Ausrufezeichen, qui rend les trajets plus agréables. Pour maîtriser cet agenda chargé, elle s’appuie sur une qualité acquise très tôt: l’autonomie.
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Entre l’école, les entraînements et les compétitions, Noémie Wiedmer est toujours en déplacement. Oey, dans le Diemtigtal, reste sa maison et l’endroit où elle puise son énergie.
L’héritage de son père Toni Wiedmer et sa femme Monika tenaient autrefois une école de snowboard au Wiriehorn. De quoi expliquer le lien de leur fille avec ce sport. Mais pour percer, le talent seul ne suffit pas. Il faut du temps, de la ténacité et de la persévérance. Ces qualités, Noémie Wiedmer dit les tenir de son père Toni. Un drame a aussi profondément marqué son enfance. Elle avait 9 ans lorsque Toni Wiedmer est décédé des suites d’un infarctus. La fillette a appris à se débrouiller sans avoir constamment sa mère à ses côtés. «Je n’étais pas une maman poule», confie Monika Wiedmer. «Quand nous gérions l’école de snowboard, nos filles ont pris l’habitude de s’occuper aussi toutes seules.»
Noémie Wiedmer a appris à trouver la motivation en elle-même et sait gérer la pression. Lorsqu’elle a évoqué son envie d’entrer au gymnase sportif, sa mère l’a prévenue: «Alors il faudra de meilleures notes.» Elle a fourni le double d’efforts et y est parvenue. Monika Wiedmer connaît le moteur de sa fille: «Elle a une grande force intérieure. Quand on la met au défi, elle répond présent.»
Sous le ciel étoilé Cette faculté impressionne aussi Ronja Wiedmer, sa cousine et proche confidente. Leur amitié s’est renforce au secondaire, au point qu’elles n’ont presque plus de secrets l’une pour l’autre. Ensemble, elles parlent aussi de la mort de Toni Wiedmer. Parfois, elles s’installent en pleine nature et contemplent le ciel étoilé. «À
Oey, elle peut déconnecter. Le gymnase et le sport passent alors au second plan», confie Ronja, qui ne manque pas d’adjectifs pour qualifier Noémie: «Spontanée, chaleureuse, aventurière, solide, cool… et adulte. Elle l’est devenue très tôt.» Et d’ajouter: «Elle gère ses mille rendez-vous de manière impressionnante.» Rares sont les jours où l’énergie lui manque. Noémie Wiedmer se donne les moyens de réaliser ses rêves. Mais elle est aussi très attachée à sa famille et adore les soirées jeux de société. C’est même une tradition dans cette maison où la télévision n’est entrée qu’en 2014. Ils trouvent toujours du temps pour une partie de jass, de Skyjo ou de Brändi Dog. Lorsque Monika Wiedmer a rencontré son nouveau compagnon, Noémie s’est réjouie pour sa mère… et de pouvoir à nouveau jouer au jass à quatre.
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Les Mondiaux dans le viseur L’hiver prochain, Noémie Wiedmer sera souvent sur la route, avec un objectif précis: les Mondiaux à Montafon, en mars 2027. Elle entend bien confirmer sa performance olympique. Sa mère et son compagnon seront à nouveau sur place, et sa grand-mère Vreni («ma plus grande supportrice») compte aussi faire le déplacement. Peut-être que la recette des Jeux d’hiver portera encore ses fruits. Noémie Wiedmer avait passé plusieurs jours les nerfs à vif, peinant à fermer l’œil et ne pouvant presque rien avaler. La veille de la finale, elle avait retrouvé sa sœur Léonie, sa grand-maman, Monika et Raymond autour d’un burger. Le lendemain, elle décrochait la 4e place: un coup d’éclat, mais ses ambitions ne s’arrêtent pas là. Son grand objectif reste encore à atteindre. Un jour, Noémie Wiedmer se verrait aussi devenir policière. Mais avant d’en faire son métier, elle a d’autres plans: l’école de recrues pour sportifs d’élite en 2028 et, surtout, celui qu’elle avait inscrit, petite fille, dans son livre d’amis: «championne olympique». Ce n’est toujours pas un métier. Mais pour Noémie Wiedmer, cela reste une description assez précise du «poste» qu’elle entend occuper. Texte: Peter Birrer
Pour ses premiers JO, Noémie Wiedmer a décroché la 4e place. Son prochain grand objectif est déjà fixé: les Mondiaux 2027. Photo: Keystone-ATS
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DEVIENS CHAMPION! SWISS-S N IO T A IC L P P ‘A L S N DA
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Bar de neige 1
1 Prêts pour la prochaine
saison de courses?
Après les OJ, les athlètes qui souhaitent continuer à vivre leur passion pour le ski de compétition peuvent se tourner vers les courses régionales. La Swiss Regio Cup propose un programme varié, composé de journées d’entraînement et de dix courses réparties sur l’ensemble de la saison. Trois disciplines sont au programme: super-G, géant et slalom. Les inscriptions sont ouvertes. Le coup d’envoi sera donné les 17 et 18 décembre 2026 avec deux journées d’entraînement à Davos. La première course de la Swiss Regio Cup suivra le 19 décembre au Rinerhorn. Comme le veut la tradition, la série s’achèvera le troisième week-end de mars avec les Championnats suisses amateurs. (LNN)
Calendrier des courses 2026/27
Photo: Swiss-Ski
Des tests de munitions plus précis au Muotathal En biathlon, chaque détail compte, y compris les munitions. L’objectif est de trouver les cartouches les mieux adaptées à chaque carabine et de connaître leur comportement selon la température. Le froid, notamment, peut modifier leurs propriétés et influencer les performances sur le pas de tir. C’est pourquoi, depuis quatre ans, Swiss-Ski teste les munitions de biathlon à différentes températures au Selgis, dans le Muotathal. L’installation frigorifique a été perfectionnée: un nouveau support de tir et des procédures optimisées permettent d'effectuer des tests encore plus précis et efficaces. Après des essais internes en juillet, l’installation modernisée est officiellement entrée en service au mois d’août. Le choix des munitions pourra ainsi être affiné en fonction de la carabine de chaque athlète et des différentes conditions de tir. (ree)
Les Mondiaux de ski en gare de Zurich Un air de Mondiaux au cœur de Zurich: du 19 novembre au 24 décembre 2026, Swiss-Ski, Stöckli et Crans-Montana 2027 prendront possession du Polarzauber Lounge, décoré aux couleurs des Mondiaux, au marché de Noël de la gare centrale. Le public pourra se plonger dans l’ambiance des Mondiaux de février, suivre en direct les courses de Coupe du monde sur grand écran avant et pendant l’Avent et tenter sa chance à un concours. Un bar complétera l’ambiance hivernale. Le lounge pourra également être réservé pour des événements particuliers. (LNN)
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2 10 courses, quatre organisateurs, un billet
Photo: Loipen Schweiz
3 Le plus grand camp de ski de fond suisse fête ses 30 ans
Le nouveau pass Coupe du monde donne pour la première fois accès à toutes les courses de ski alpin en Suisse. Il couvre dix épreuves sur les quatre sites de St-Moritz, Adelboden, Wengen et Lenzerheide.
Depuis 30 ans, le camp de ski de fond pour la jeunesse suisse («Julala») réunit de jeunes passionnés de ski de fond.. Cet hiver encore, 140 jeunes pourront s’entraîner, vivre de nouvelles expériences et nouer des amitiés lors du plus grand camp de ski de fond du pays. Cet événement est placé sous le patronage de Loipen Schweiz, de Swiss-Ski et de l’Association de sports de neige de Suisse centrale (ZSSV).
Les fans pourront ainsi vibrer sur place et encourager les skieuses et skieurs suisses tout au long de l’hiver. Chaque pass comprend aussi cinq articles de fans: un cadeau de chacun des quatre organisateurs et de Swiss-Ski. (LNN)
L’aventure du Julala a débuté en 1996 au Glaubenberg, au-dessus de Sarnen. Ce camp de sport de loisirs est devenu un rendez-vous incontournable et réunit, certaines années, jusqu’à 250 enfants et adolescents. De futurs athlètes olympiques comme Amy Baserga, Lea Fischer et Janik Riebli y ont aussi participé. L’édition anniversaire se tiendra du 27 au 31 décembre 2026 à Engelberg. Les inscriptions sont ouvertes. (LNN)
Plus d’informations ici
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En savoir plus sur le JULALA
4 On se dit «oui» après la saison
Chez Swiss-Ski, l’été est souvent la saison des mariages. Michelle Gisin a épousé le skieur italien Luca De Aliprandini au mois de juin. Luca Aerni a lui aussi dit «oui» à sa compagne. Fiancés l’an dernier, ils se sont mariés en avril, sur la neige et en chaussures de ski, comme il se doit. Le biathlète Joscha Burkhalter a également passé la bague au doigt de sa fiancée de longue date. En juin, il a épousé Ladina Meier-Ruge, ex-athlète et désormais médecin d’équipe chez Swiss-Ski. Depuis, le couple a eu une autre heureuse nouvelle à célébrer: la naissance de leur fille. (LNN) Photo: Vincent Chaperon
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Crans-Montana 1987 inoubliable. inédit.
Karl Frehsner était l’entraîneur en chef de l’équipe suisse de ski alpin lors des inoubliables Mondiaux 1987. Photos: Keystone-ATS
L’entraîneur de fer des descendeurs en or Karl Frehsner a formé les descendeurs suisses auteurs d’un quadruplé légendaire aux Mondiaux 1987. Le technicien autrichien de 87 ans raconte ce qui faisait la force de cette équipe, comment il a su apaiser ses athlètes avant ces Mondiaux et pourquoi il appréciait tant le controversé Peter Müller. Le rendez-vous est fixé dans un café du centre de Dietikon. Si vous cherchez Karl Frehsner, il y a de fortes chances que vous le trouviez ici. C’est là qu’il prend son «café matinal» et, lorsqu’il se met à refaire le monde, la discussion peut se prolonger.
Cette formule ne détonne guère chez un entraîneur surnommé «Eiserner Karl» («l’homme de fer»), peu enclin à laisser parler ses émotions: «Je n’ai jamais exulté comme un imbécile.» À l’approche des Mondiaux de CransMontana, il est déjà en poste depuis sept ans chez Swiss-Ski. L’équipe de descente réunit des personnalités très différentes. Il y a Pirmin Zurbriggen, «un homme de foi», un athlète qui «savait où il voulait aller»: «Lui aussi défendait ses opinions.» Il y a Karl Alpiger qui, selon l’entraîneur, «avait besoin de beaucoup de confiance et de soutien». Il y a Franz Heinzer, «un
type bien, plutôt taiseux, qui doutait parfois de ses capacités alors qu’il ne manquait pas de talent». Et puis il y a Peter Müller, le Zurichois, «avec son ambition sans bornes».
Il lisait dans les pensées d’un simple regard Peter Müller divise: tous contre lui, lui contre tous. Karl Frehsner voit et entend beaucoup de choses. Observateur acéré, il possède aussi de fines antennes pour prendre le pouls du groupe.. Il raconte avec délectation une anecdote qui illustre ces
Karl Frehsner a aujourd’hui 87 ans.. Il vit depuis 1968 dans ce coin de la vallée zurichoise de la Limmat, toujours dans le même appartement. Bien sûr, tout le monde le connaît et aujourd’hui encore, il ne craint pas d’appeler un chat un chat. Il régale l’assistance de ses anecdotes, souvent avec une lueur malicieuse dans le regard. Ce matin-là, nous revenons sur l’incroyable performance des descendeurs suisses aux Mondiaux 1987 à Crans-Montana: 1er Peter Müller. 2e Pirmin Zurbriggen. 3e Karl Alpiger. 4e Franz Heinzer. 6e Daniel Mahrer. L’homme derrière cet exploit: Karl Frehsner, entraîneur en chef venu... d’Autriche. Ce 31 janvier 1987 restera comme l’un des plus beaux chapitres de l’histoire du sport suisse. «Vous êtes les plus grands!», titre le SonntagsBlick le lendemain. Près de 40 ans plus tard, Karl Frehsner commente: «Je dois reconnaître qu’ils n’ont pas mal skié.» Et le voilà qui rit de sa propre formule: pas mal skié…
L’article du SonntagsBlick du1er février 1987 après le triomphe suisse en descente à Crans-Montana.
Karl Frehsner
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Crans-Montana 1987 inoubliable. inédit. tensions. Silvano Meli, autrefois membre du cadre de descente, était aussi un redoutable karatéka. Un soir à Wengen, Peter Müller l’avait tellement provoqué que Silvano Meli avait demandé à parler au chef: «Dis-lui d’arrêter de me chercher, sinon ça va mal finir pour lui.» Ce genre de friction ne déstabilise pas l’entraîneur. Il règle beaucoup de choses par sa seule présence et «accepte chacun tel qu’il est». Il estime bien connaître la nature humaine: «Il me suffit de regarder quelqu’un dans les yeux pour lire dans ses pensées.» Il apprécie Peter «Pitsch» Müller. «Combien de fois ai-je entendu: ‹Il est fou, ce Müller.› Les journalistes aussi le répétaient sans cesse. Pourtant, Peter Müller n’est pas bête du tout.» Il préfère le définir comme «une figure clivante, mais stimulante». Aux athlètes qui ne supportaient pas leur rival et le critiquaient, il répondait: «Ça ne sert à rien de le démolir, vous devez simplement skier plus vite que lui. Quand quelqu’un est meilleur, il faut tout faire pour le rattraper.» C’est aussi simple que cela. Au fond, peu lui importe qui gagne, «pourvu que ce soit l’un des nôtres».
Pirmin Zurbriggen, le chouchou du public, héros local et favori, s’élance avec le dossard n°1 et reste en tête... jusqu’à ce que le dossard n°7 le détrône: Peter Müller. Parti avec le n°12, Karl Alpiger devance Franz Heinzer et se hisse au 3e rang. Un quadruplé aux Mondiaux! À domicile! La Suisse exulte! Et Karl Frehsner, que fait-il? Il savoure en silence. «Je n’ai compris que plus tard que ce quadruplé nous avait fait entrer dans l’histoire du sport», confie-t-il. «Sur le moment, j’avais l’impression que c’était une journée comme tant d’autres.» L’entraîneur assiste tout de même à la cérémonie des médailles, «l’une des rares fois où je l’ai fait», précise-t-il. Mais il ne s’installe pas au premier rang. «Il y avait toujours assez de monde lors de ces cérémonies. Je ne voulais pas gêner.»
Ce que Karl Frehsner pense du super-G Était-il fier? «Non, mais heureux d’avoir contribué à la réussite des Suisses. C’était la performance des athlètes, pas la mienne.» Et pourtant, on sent poindre une certaine satisfaction. Plus tard, Karl Frehsner regagne l’hôtel de l’équipe, non
loin de l’aire d’arrivée. Impossible pour lui de laisser le travail de côté. Comme après chaque course, il procède à une analyse détaillée. «Entre entraîneurs, nous avons bu un verre ensemble, rien de plus.» Le 1er février, il est de nouveau au bord de la piste pour la descente du combiné, lors de laquelle Pirmin Zurbriggen décroche l’argent derrière le Luxembourgeois Marc Girardelli. Le lendemain se déroule le super-G, une discipline qui ne plaît guère à l’entraîneur. «Elle est inutile», tranchet-il. «Et je le pense encore aujourd’hui.» La Suisse décroche une nouvelle médaille d’or grâce à Pirmin Zurbriggen. Mais durant ces journées de rêve à Crans-Montana, les Suisses font face à une accusation venue d’Autriche après la descente. Dieter Bartsch, l’entraîneur en chef autrichien, déclare: «Mes gars ont tous skié comme des champions du monde.» À ses yeux, il y a donc quelque chose de louche. Il avance alors une théorie: les Suisses auraient utilisé un fart miracle, un mélange de paraffine et de potassium qui chaufferait les skis. Karl Frehsner ne peut qu’en sourire. «Les Autrichiens nous ont aussi reproché de nous être souvent entraînés sur cette piste. C’est une excuse, au même titre que cette histoire de fart.»
Une ambition sans limites anime cette équipe Pour Karl Frehsner, le contexte, le contexte des Mondiaux de Crans-Montana pouvait difficilement être plus favorable. Chaque athlète voulait prouver qu’il est le meilleur: «Ils se disaient: si l’autre peut le faire, moi aussi. Ensuite, ils skiaient comme si leur vie en dépendait. C’est cette volonté sans faille qui faisait notre force.» Karl Frehsner insufflait confiance et sérénité. «Surtout, ne vous crispez pas», dit-il à l’équipe. «Skiez comme à l’entraînement.» Une méthode efficace pour évacuer la nervosité avant ces Mondiaux. Il le sait parfaitement: la Suisse, grande nation du ski, attend beaucoup d’eux. Cette pression ne le dérange pas.
Karl Frehsner (à droite) en pleine discussion avec Pirmin Zurbriggen, double médaillé d’or et double médaillé d’argent devant son public en 1987.
Karl Frehsner
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Un nouveau quadruplé avec les Autrichiennes Au cours de sa carrière, ce technicien de légende a mené bien des athlètes sur le podium. Les protégés de Karl Frehsner ont remporté 53 médailles aux Championnats du monde et aux JO, dont quatre lors de cette journée légendaire du 31 janvier 1987. Et quatre autres en une seule journée: le 7 février 1999, aux Mondiaux de Vail. Alors à la tête de l’équipe féminine autrichienne, Karl Frehsner y a célébré un nouveau triomphe en descente, semblable à celui de 1987: 1ère Renate Götschl. 2e Michaela Dorfmeister. 3e Stefanie Schuster. 4e Alexandra Meissnitzer. «Chaque nation pouvait aligner quatre concurrentes et mes quatre skieuses ont pris les quatre premières places: pas mal», sourit Karl Frehsner. Il est désormais à la retraite. Disons plutôt que Karl Frehsner et la retraite, ça ne va pas vraiment ensemble. Il continue de suivre de près tout ce qui se passe dans le monde du ski, entretient sa forme en faisant régulièrement du vélo – ou refait le monde autour de son café matinal à Dietikon. Il ne sait pas encore s’il assistera aux Mondiaux de Crans-Montana en février 2027. Mais cela ne semble guère le préoccuper. L’homme de fer s’est adouci et semble parfaitement en paix avec luimême et avec le monde: «J’ai vécu à la bonne époque.» Texte: Peter Birrer Les Championnats du monde de ski alpin 2027 à Crans-Montana approchent à grands pas. Dans notre série «CransMontana 1987: Inoubliable. inédit.» nous revenons sur la première édition historique des Championnats du monde organisés sur le Haut-Plateau valaisan, où la Suisse avait décroché huit titres mondiaux et quatorze médailles au total.
Un podium entièrement suisse en descente: l’or pour Peter Müller (au centre), l’argent pour Pirmin Zurbriggen (à droite) et le bronze pour Karl Alpiger (à gauche).
Crans-Montana prépare la grande fête du ski Les plans sont validés, les décisions prises et les infrastructures temporaires sortent progressivement de terre. «Les Championnats du monde prennent forme de semaine en semaine. Toute notre équipe poursuit le même objectif: créer un événement inoubliable qui réunira athlètes, médias, partenaires, bénévoles et public autour d’une passion commune, tout en laissant un héritage durable à notre région», explique Didier Défago, CEO de Crans-Montana 2027. Sur les pistes, les besoins en matériel prennent des proportions impressionnantes: plus de 40 kilomètres de filets de sécurité, 2300 piquets et de nombreux autres équipements techniques devront être livrés, répartis et installés avant les compétitions, soit environ 900 tonnes de matériel au total. Sur le plan humain, l’équipe technique compte une soixantaine de personnes, mobilisées ponctuellement depuis l’été dernier et appelées à intervenir de plus en plus régulièrement dès le début de 2027. En parallèle, les infrastructures sont contrôlées dans les moindres détails – du câblage aux dispositifs de sécurité, en passant par les différentes installations techniques nécessaires à l’organisation. Depuis la mi-septembre, le site des Barzettes change de visage avec la mise en place des infrastructures temporaires: tribunes, zone mixte, tente VIP et bureaux y sont aménagés.
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Dans l’intimité de...
Chiara von Moos est considérée comme l’un des grands espoirs du skicross suisse. Photos: Swiss-Ski
Qu’est-ce qui te rend difficile à vivre? Je fais presque tout à la dernière minute. J’ai tendance à repousser les choses jusqu’à ce qu’il y ait vraiment urgence. Qu’est-ce qui impressionne le plus les autres chez toi? Je suis quelqu’un de positif et je cherche toujours à voir le bon côté des choses, même dans les moments difficiles. Je pense que cela aide aussi à motiver les autres. De quoi es-tu secrètement fière? Je suis très fière d’avoir réussi à concilier mon apprentissage et le sport. Qui t’a dit ses quatre vérités dernièrement? Récemment, j’ai eu une discussion avec mon prof de maths, car j’ai commencé une maturité professionnelle technique. Il m’a dit que cette formation était exigeante et m’a demandé si je voulais vraiment faire ce choix en parallèle du sport.
Sur quel sujet as-tu complètement changé d’avis? Je ne pense pas avoir déjà changé radicalement d’avis sur un sujet. Mais j’aime bien discuter avec des gens qui ne partagent pas mon point de vue. Cela me permet parfois de voir les choses autrement. Qu’est-ce qui sonne complètement faux à tes oreilles? Quand tout semble parfait, j’ai l’impression que c’est un peu déconnecté de la réalité. Qu’est-ce qui t’agace dans notre société? Cela rejoint ma réponse précédente. Sans critiquer la société dans son ensemble, la bulle des réseaux sociaux m’agace parfois: tout y semble toujours parfait, alors que la réalité est tout autre. Quelle règle supprimerais-tu si tu le pouvais? Aucune règle ne me dérange vraiment. Il m’arrive d’en remettre certaines en question, mais je me dis qu’au fond, chacune a sa raison d’être.
Chiara von Moos L’Obwaldienne de 21 ans est considérée comme un grand espoir de Swiss-Ski en skicross depuis plusieurs années. Elle l’a encore confirmé en mars dernier lors des Mondiaux juniors à Saint-Moritz, en décrochant l’or en individuel et par équipe au côté de Célien Crettex. L’hiver dernier, Chiara von Moos a remporté le général de la Coupe d’Europe, grâce notamment à ses six victoires au deuxième échelon de compétition. Elle s’est ainsi assuré une place fixe en Coupe du monde pour la saison 2026/27. Promue dans le cadre B, la skicrosseuse compte quatre top 20 en Coupe du monde à ce jour.
instagram.com/chiara_vonmoos
De quoi n’aimes-tu pas parler? De mes déceptions, que ce soit après une mauvaise course ou une mauvaise note à l’école. Mais le soir, quand j’analyse ma course, j’essaie aussi de relever ce que j’ai bien fait pour aborder la journée suivante dans un bon état d’esprit. Qu’est-ce qui te rend parfois jalouse? Quand mes amis prévoient d’aller à un super concert et que je sais que je serai en déplacement pour un entraînement ou une compétition. Quel est le dernier mensonge que tu as raconté? Sans doute un mensonge à moi-même. Je me suis dit que j’étais très motivée à m’entraîner, alors que ce jour-là, je n’en avais pas du tout envie. J’essayais juste de me motiver en me répétant que je l’étais. Auprès de qui devrais-tu t’excuser? Toutes celles et tous ceux qui m’ont posé une question et à qui j’ai répondu très tard, ou qui attendent encore ma réponse. Désolée, je vais essayer de faire mieux! Devant quoi recules-tu le plus? En ce moment, les devoirs et les cours à rattraper. J’ai de la peine à me motiver, surtout quand j’ai la possibilité de faire quelque chose avec mes camarades ou de m’entraîner en même temps. Combien de temps pourraistu tenir sans smartphone? Sans doute pas très longtemps, car je m’en sers beaucoup. Mais je ne passe pas mon temps sur les réseaux sociaux: j’échange surtout avec mes amis. Je consulte aussi les infos en lien avec l’école ou l’entraînement. Et j’écoute beaucoup de musique sur mon téléphone, cela me manquerait. Quand et pourquoi oublies-tu l’heure? Lorsque je suis très occupée dans une activité et que je ne regarde pas l’heure, le temps passe très vite. Que ce soit à l’entraînement sur les skis, en salle de sport ou avec mes amis.
Chiara von Moos
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62 C’est quoi, le bonheur pour toi? Pour moi, le bonheur, c’est reconnaître les moments où je suis heureuse. Prendre conscience de ce qui me fait plaisir, ce qui me donne le sourire ou me permet de faire sourire quelqu’un. Quel moment de ta vie aimerais-tu revivre? J’ai beaucoup de très beaux souvenirs. L’un d’eux est bien sûr celui des Mondiaux juniors en mars dernier à Saint-Moritz, où j’ai remporté l’or en individuel et par équipe. Ces moments resteront longtemps gravés dans ma mémoire et ce serait génial de pouvoir les revivre. Quelle décision de ta vie regrettes-tu encore aujourd’hui? Aucune. Bien sûr, on se dit parfois qu’on aurait peut-être mieux fait de prendre une autre décision. Mais au fond, je suis heureuse que les choses se soient déroulées ainsi. C’est ce qui m’a menée là où j’en suis aujourd’hui.
«Tout le monde devrait rire au point d’en avoir presque mal au ventre.» Chiara von Moos
À ton avis: le talent est-il surestimé? Je pense que le talent est important. Mais il faut surtout rester concentré sur ses objectifs et donner le maximum à l’entraînement. Est-ce une illusion de croire que le succès ne nous change pas? Le succès peut nous changer, mais aussi en bien. Par exemple, une victoire peut provoquer un déclic ou de nouvelles expériences, nous faire avancer.
En mars, à Saint-Moritz, Chiara von Moos a décroché deux médailles d’or aux Mondiaux juniors.
As-tu parfois peur de rater quelque chose? Je n’ai pas peur de rater quelque chose. Mais j’aimerais parfois être présente à des événements que je rate. Qui serais-tu aujourd’hui si tu n’avais jamais commencé ton sport? Sans le sport de compétition, je ne chausserais pas les skis dès la fin août. Mais je passerais de toute façon beaucoup de temps sur la neige en hiver.
Chiara von Moos
63 Que devrait-on toutes et tous vivre au moins une fois? Tout le monde devrait rire au point d’en avoir presque mal au ventre. Rire aux larmes, c’est un bonheur immense. Que penses-tu que les autres disent de toi quand tu quittes une pièce? J’espère leur laisser une bonne impression, qu’ils pensent à moi avec le sourire et aient un peu plus envie d’aller au bout de leurs propres projets. Propos recueillis par: Roman Eberle
En plus de ses deux titres mondiaux, Chiara von Moos s’est imposée six fois en Coupe d’Europe l’hiver dernier.
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Qu’est-elle devenue?
Colette garde les pieds sur terre
Photos: Philipp Schmidli
Pendant que Michel et Noé Roth parcourent les tremplins d’aerials, Colette Roth-Brand travaille devant son ordinateur. À moins qu’elle ne soit sur son VTT. Les chaussures de ski, elle n’en porte plus. À une exception près.
«Je lui ai dit: ‹Tu peux faire ce que tu veux, mais moi, je vais à Livigno.›» Colette Roth
Colette Roth arrive à vélo. Ce lundi après-midi, à Baar, l’orage menace. Elle sort du travail, heureuse d’avoir évité la pluie à l’aller comme au retour. Si ce n’était pas son trajet professionnel mais son circuit de VTT favori, Colette Roth n’aurait pas enfourché son vélo ce matin. «J’ai dû passer suffisamment de jours dehors par tous les temps. C’est quelque chose que je ne m’inflige plus», dit-elle. De 1987 à 1998, Colette Roth a disputé la Coupe du monde de freestyle sous son nom de jeune fille, Brand. À ses débuts, elle pratiquait le ballet à ski, l’aerials et les bosses. Elle s’est ensuite consacrée au saut, la discipline qui lui procurait le plus de plaisir. Elle a signé 37 podiums. Dont 13 victoires. En 1995/96, elle a remporté le général de la Coupe du monde. Son plus grand succès, selon elle. Pourtant, elle s’est aussi imposée aux JO 1992 à Albertville. Mais à l’époque, l’aerials n’était qu’un sport de démonstration. Il n’est devenu olympique qu’en 1994. En 1998, à Nagano, Colette Roth a décroché le bronze. Puis elle a mis un terme à sa carrière. «J’en avais assez», confie-t-elle.
En 1998, Colette Roth s’est parée du bronze olympique. Vingt-huit ans plus tard, son fils Noé a décroché l’argent. Photo: Keystone-ATS
Tel mère, tel fils Le 20 février 2026, Colette Roth retrouve les JO d’hiver. À Livigno, son fils Noé Roth est en lice pour les médailles. Il est le dernier concurrent à s’élancer. Sa mère se trouve en bas, dans la zone «Friends and Family»; son père Michel, entraîneur national suisse depuis des décennies, est dans celle des entraîneurs. Le saut est réussi. Michel Roth hurle sa joie: après sa femme, il vient de mener son fils à une médaille olympique. Colette Roth pense aussitôt: «Ça va le faire pour une médaille. Incroyable!» Ce sera l’argent. Le lendemain, nouvelle médaille d’argent par équipes. La famille célèbre comme il se doit. Le matin suivant, Colette Roth est de retour au bureau fiduciaire de Baar pour s’occuper des fiches de paie. Depuis 15 ans, elle est spécialiste de la gestion des salaires chez A&O Kreston AG, un prestataire de services pour les PME. C’est entre décembre et février que
Colette Roth considère sa victoire au général de la Coupe du monde 1996 comme son plus grand succès.
le rythme est le plus intense. «J’arrive sur les rotules et je travaille jusqu’à ce que tout soit terminé», raconte-t-elle. Les chiffres ont toujours été son truc. Du sport, elle a gardé la rigueur et la résistance au stress dans sa vie professionnelle. «Colette travaille avec une concentration extrême et ne se laisse pas facilement déstabiliser», observe son supérieur. «Je la réengagerais sans hésiter.» Et pas seulement parce que Colette Roth apporte ses médailles olympiques au bureau sur demande. Lorsque son fils dispute une compétition dans les environs, le travail passe au second plan. Peu avant les JO 2026, sa collègue est tombée malade. Colette Roth a certes emporté son ordinateur portable, mais elle a aussi prévenu son chef: «Je lui ai dit: ‹Tu peux faire ce que tu veux, mais moi, je vais à Livigno.›» Son chef est resté serein. «C’est donnant-donnant», dit-il en évoquant la souplesse des horaires de Colette. Elle a déjà annoncé son absence pour mars 2027. Les Championnats du monde auront alors lieu à Montafon.
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Colette Roth a évolué pendant plus de dix ans sur le circuit de la Coupe du monde d’aerials, pour un total de 13 victoires. Photo: Keystone-ATS
Tantôt proche, tantôt loin De bon augure pour Noé Roth, car il préfère quand sa mère est là. «Entre deux sauts, j’aime bien m’asseoir à côté d’elle», explique-t-il. Parfois, ils parlent de ses sauts. Parfois, ils ne disent rien. «Il aime être près d’elle», observe son père, l’entraîneur en chef Michel Roth. Colette Roth assiste pourtant rarement aux sauts de son fils. Depuis que Noé et Michel parcourent le monde avec un objectif commun, Colette reste seule à la maison. L’hiver, si son travail lui en laisse le temps et que la météo s’y prête, elle fait du ski de fond. Elle ne remet des chaussures de ski qu’une fois par an, pour la journée de ski de son entreprise. «Je suis contente de pouvoir vite retirer ces trucs», dit-elle.
Colette Roth reste pourtant une passionnée de son sport. Elle vibre devant son téléviseur. Et espère que tout se passera bien pour son fils et les autres athlètes suisses. «Le pire, ce sont les compétitions qu’on ne peut suivre que sur le ticker», explique Colette Roth. Elle fixe alors son téléphone en attendant que l’app de la FIS affiche les résultats. En été, elle aime se rendre le samedi au Jumpin, le centre d’entraînement équipé de tremplins aquatiques à Mettmenstetten, que Michel Roth a contribué à bâtir il y a 30 ans. Elle y observe l’équipe nationale. Et donne aussi son avis. «Colette fait toujours preuve de franchise», relève Michel Roth. Elle fait aussi parfois des remarques critiques à son fils. Il n’est pas toujours d’accord, «mais elle n’a généralement pas tort», admet Noé Roth. «Il faut dire qu’elle s’y connaît en sport.» Le métier de coach
ne la tenterait-il pas? Colette Roth balaie l’idée. Et son mari de lancer en riant: «Elle n’a pas la patience nécessaire.»
Débats à la table familiale Mais pour Noé et Michel Roth, sa parole compte. La famille parle beaucoup de sport. Elle discute des défis, des scénarios et des solutions. Lorsque l’équipe nationale d’aerials a failli manquer d’athlètes féminines peu avant les Mondiaux 2025 à domicile, en Engadine, Colette Roth a insisté pour aligner malgré tout un trio mixte pour l’épreuve par équipes. Michel Roth a décidé d’emmener Lina Kozomara (19 ans), qui n’avait encore jamais évolué en Coupe du monde. Et elle a décroché le bronze avec Noé et Pirmin Werner. Un an plus tard, le trio a remporté l’argent olympique.
Colette Roth conserve le palmarès le plus fourni de sa famille. Du moins au nombre de podiums en Coupe du monde. Michel Roth montre fièrement une statistique sur son téléphone. Le classement historique des spécialistes d’aerials. Colette Roth y occupe le 6e rang. «C’était une bonne compétitrice», estime son mari. Noé tient cela d’elle. De même que l’élégance de ses sauts. S’il poursuit sur sa lancée, Noé figurera lui aussi bientôt dans le top 10 de l’histoire. 37 podiums. Et au moins autant de coupes. Récemment, les Roth ont fait du tri dans leur cave. Colette s’est débarrassée de tous ses trophées. «Je n’ai aucun attachement à ces coupes», explique-t-elle. Le Museum Burg Zug a récupéré celle obtenue lors de la Coupe du monde 1993 à La Plagne pour l’exposer. Colette Roth n’a conservé que le globe de cristal du classement
général de la Coupe du monde. Il trône dans le salon, à côté des deux trophées de son fils.
Elle peut encore faire un double salto De temps en temps, Colette Roth saute sur le grand trampoline du Jumpin avec l’Akro-Bungee, un dispositif dans lequel un harnais la relie à deux élastiques. Elle s’envole alors, savoure la sensation d’une bonne impulsion et enchaîne les doubles saltos. «Ça marche presque comme avant», sourit-elle. La compétition n’intéresse plus Colette Roth. Ni en ski de fond ni en VTT, son sport favori. Elle préfère partir seule. Savourer l’effort. Décrocher du travail. Vacances à vélo comprises, elle parcourt
Désormais, Colette Roth roule surtout à VTT, mais elle maîtrise toujours le double salto sur l’acrobungy.
près de 4000 kilomètres par an à VTT. De préférence en montée. Quelques chutes lui ont laissé une certaine appréhension des descentes. Elle préfère éviter de se blesser. Pour la prochaine saison de vélo, Colette Roth veut s’offrir une nouvelle monture. Mais pas question de choisir un vélo électrique. «Tant que je pourrai, je pédalerai sans assistance», affirme-t-elle. Et seulement par beau temps. Lors des épreuves de Coupe du monde d’aerials, elle s’installe devant son écran et regarde ses «garçons» sur le tremplin. Chaussures de ski aux pieds. Parfois sous la neige, par des températures négatives. Tout cela ne manque pas à Colette Roth. Texte: Nils Sager
Colette Roth-Brand
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Notre ski-club
Le tapis roulant d’Ennenda
Virages, condition physique, coordination: le tapis permet de travailler bien plus que la seule technique de ski. Photos: màd
Dans le canton de Glaris, on peut skier en été sur un revêtement inhabituel et dans des conditions qui le sont tout autant. A l’origine du projet, six initiateurs, parmi lesquels l’ancien skieur de Coupe du monde Jürg Grünenfelder, également directeur technique du ski-club Elm. En réalité, tout commence par hasard. Marco Rast, entrepreneur informatique dans l’Oberland zurichois, a une idée qui, de prime abord, n’a pas grand-chose à voir avec son métier. Il souhaite permettre aux jeunes skieuses et skieurs de travailler leur technique durant l’été, en pantalons courts et sur un tapis. Alors qu’il cherche une halle adaptée, il entre en contact avec Jürg Grünenfelder. Une heureuse coïncidence. Ancien skieur de Coupe du monde, ce dernier a signé le meilleur résultat de sa carrière en 1998, avec une 4 e place lors de la descente olympique de Nagano. Lui, dont la carrière a pris fin de manière prématurée
Onze mètres de long, six mètres de large: le tapis roulant permet de s’entraîner à skier sans neige.
en raison de blessures, n’a jamais quitté le monde du ski. Aujourd’hui, il siège au comité du SC Elm en qualité de directeur technique, tout en travaillant en parallèle dans l’immobilier à Glaris. Jürg Grünenfelder aide d’abord à trouver une halle adéquate, avant de s’investir bien au-delà. A l’automne 2025, les six initiateurs décident de concrétiser le projet. Motrain SA est fondée en février 2026. Quelques mois plus tard, un complexe d’entraînement indoor innovant destiné aux skieuses et skieurs ouvre ses portes à Ennenda (GL).
Skier sans neige Une halle de ski? De la neige? En été? Pas du tout! Le revêtement est certes blanc, mais il s’agit d’un tapis. Il mesure six mètres sur onze, coûte 200 000 francs et vient des Pays-Bas. La transformation et l’aménagement de la halle ont nécessité quelque 200 000 francs supplémentaires.
Installé sur une rampe fortement inclinée, le tapis défile en continu vers le haut. La vitesse peut être adaptée individuellement aux capacités et aux besoins de chaque utilisatrice ou utilisateur. Elle peut atteindre au maximum 35 km/h. L’offre entend s’adresser à toutes les tranches d’âge. «En ce qui concerne le ski de compétition, le tapis est idéal pour les jeunes de 12 à 16 ans. C’est à cet âge qu’ils peuvent en tirer le plus grand bénéfice sur le plan technique, optimiser leur position et automatiser beaucoup d’éléments utiles en course», explique Jürg Grünenfelder. Cette halle est une véritable aubaine pour la relève du ski-club Elm. Durant la préparation hivernale, une quarantaine d’enfants viennent régulièrement s’entraîner à Ennenda; les 16 jeunes du groupe de course s’y rendent même chaque semaine. Mais la halle n’est pas réservée aux clubs ou aux centres régionaux de performance. Les débutants y sont également les bienvenus. Certains enfants et adolescents n’ont jamais skié, ou presque
jamais, avec leurs parents: «Peut-être que quelques-uns de ceux qui viennent essayer y prendront goût.» Les initiateurs du projet n’ont cependant aucune ambition de remplacer la pratique sur neige naturelle. Ils considèrent l’entraînement dans la halle comme un complément – et comme une solution idéale pour compenser les entraînements sur glacier qui ne peuvent pas avoir lieu. Le tapis permet lui aussi de travailler les
gestes techniques et les automatismes. La condition physique et la coordination ont également leur importance. Selon les exercices et le niveau, jusqu’à huit athlètes peuvent évoluer simultanément.
Les sceptiques convaincus Jürg Grünenfelder a constaté que certains entraîneurs se montraient réservés à l’égard de l’installation. Mais leur avis
changeait dès leur première visite – «parce qu’ils voyaient à quel point l’entraînement pouvait être intense et ciblé. En relativement peu de temps, on peut enchaîner autant de virages qu’en une journée entière sur un glacier – même si le tapis ne remplace pas la neige. La résistance et les forces centrifuges ne sont pas comparables à celles de la piste.» Pour Jürg Grünenfelder, la durabilité constitue un aspect essentiel. Construire une halle avec de la neige artificielle, comme il en existe par exemple en Allemagne ou aux Pays-Bas, n’a jamais été envisagé. Pour des raisons écologiques d’abord. A Ennenda, il n’est pas nécessaire de refroidir la halle en plein été, tandis que l’arrosage du tapis ne consomme que 15 litres d’eau par heure. Pour des raisons financières également: la construction et l’exploitation d’une halle enneigée auraient largement dépassé le cadre économique du projet.
Motrain cherche du renfort
Six passionnés ont transformé une idée en réalité: le tapis de ski d’Ennenda fonctionne depuis 2026. Il a été inauguré par l’ancien skieur Beat Feuz.
Avec l’augmentation de la demande, l’exploitation de l’installation demande elle aussi davantage de ressources. La jeune entreprise Motrain recherche donc désormais une personne motivée, capable de reprendre au plus tard au printemps 2027 la direction opérationnelle ainsi que la gestion de l’entreprise. En attendant, Romano Tomezzoli et Jürg Grünenfelder assurent l’essentiel du fonctionnement de l’installation. Ils interviennent aussi parfois comme entraîneurs et instructeurs auprès de la clientèle. Les initiateurs sont convaincus que Motrain a encore un bel avenir devant elle. Les premières expériences révèlent que la demande est importante. Cela réjouit Jürg Grünenfelder, sans vraiment le surprendre: «Quand j’étais jeune athlète, j’aurais adoré disposer d’une telle possibilité d’entraînement en été.»
Un autre coureur de Coupe du monde fait partie du projet: Jürg Grünenfelder.
Texte: Peter Birrer
SC Elm
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Chronique
Quand il neige: petit sourire ou joie délirante? Aux JO 2026, Noémie Widmer a terminé 4e en skicross à seulement 18 ans: «un coup d’éclat, mais ses ambitions ne s’arrêtent pas là», comme on peut le lire en page 50 de ce numéro de Snowactive.
Müller, le premier, Pirmin Zurbriggen, le deuxième, Karl Alpiger, le troisième, Franz Heinzer, le quatrième. Et Daniel Mahrer, le sixième? Mutisme. L’homme de fer a de beaux restes!
Où est le début, où est la fin? En prenant sa retraite, la skieuse Lara Gut-Behrami a-t-elle renoncé à ses ambitions (p. 16)? Ou ouvre-t-elle un nouveau chapitre? Conservera-t-elle «la rigueur et la résistance acquises dans le sport» dans sa vie professionnelle, comme l’ancienne skieuse acrobatique Colette Roth-Brand?
Douze ans plus tard, Karl Frehsner a signé un nouveau quadruplé aux Mondiaux avec les descendeuses autrichiennes. «Chaque nation pouvait en aligner quatre. À l’arrivée, ce sont les quatre tiennes aux premières places. Pas si mal», dit-il. Toujours pas de quoi jubiler comme un idiot! Mais peut-être de quoi être heureux? «Pour moi, le bonheur, c’est savoir quand je suis heureuse», confie la skicrosseuse Chiara von Moos (p. 62). «C’est-à-dire me rendre compte quand quelque chose me fait plaisir, me donne le sourire ou me permet de faire sourire quelqu’un.»
Nous ne restons pas toujours tels que nous sommes.. Karl Frehsner, le légendaire entraîneur de ski alpin surnommé «l’homme de fer», se serait ainsi un peu adouci (p. 59). Interrogé sur le bilan des descendeurs suisses aux Mondiaux 1987, où ils avaient fini 1er, 2e, 3e, 4 e et 6e, il dit aujourd’hui: «Je reconnais qu’ils n’ont pas mal skié.» Un coup d’éclat, mais les ambitions de l’entraîneur ne s’arrêtaient pas là. L’enthousiasme semble intact ou presque: «Je n’ai jamais jubilé comme un idiot», dit-il. Quel serait le verdict si Karl Frehsner avait encore eu la même poigne qu’autrefois? Dans l’article, il évoque Peter
Karl Frehsner a-t-il savouré le bonheur de pouvoir être heureux quand ses quatre descendeuses ont pris les quatre premières places? Pas de cinquième skieuse qui ne finit «que» sixième: la perfection, en un sens. Ou pas? «Quand tout semble parfait, je trouve ça un peu déconnecté de la réalité», ajoute Chiara von Moos.
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Amateurs de neige et de sports d’hiver, comprenez par-là: si tout était blanc, tout enneigé, ce serait un peu déconnecté de la réalité. Où est le début, où est la fin? Quand l’été finit-il et où, comment, quand l’hiver commence-t-il? Quand, sous la canicule estivale, on pratique le snowfarming et que la neige tente de rester neige sous la sciure, avec rigueur et résistance (p. 34): est-ce toujours l’hiver sous la sciure? Ce n’est pas si mal, quand tout semble parfait. Et quand tout est parfait, au-delà des apparences, on appelle ça le bonheur. Aurez-vous le sourire quand l’hiver ne semblera plus se cacher uniquement sous la sciure – autrement dit: quand il neigera? Ou laisserez-vous éclater une joie délirante? En voyant tomber la neige, Karl, l’homme de fer qui l’est désormais un peu moins, dirait sans doute: «Pas si mal. Mais gardons les pieds sur terre.» Benjamin Steffen travaille pour l’agence
GECKO Communication ainsi que comme chroniqueur et auteur pour «Snowactive». Jusqu’au printemps 2024, ce journaliste sportif bernois travaillait pour la NZZ, pour laquelle il écrivait notamment sur le ski alpin.
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