
Avril 2026

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Avril 2026


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Au bout du poing
Nous avons observé ce moment d’innombrables fois cet hiver: les dernières secondes avant le départ. Quand les athlètes ajustent encore une fois leurs lunettes. Se parlent à voix basse. Tirent une dernière fois sur les boucles. Tapent leurs spatules, avec une tension presque débordante. Chacune, chacun a sa routine. Et dans chaque discipline, ces rituels prennent une forme différente.
Mais quelque chose revient. Quelque chose que l’on voit à chaque départ de Coupe du monde.
Le «fist bump».
«Fist bump». Définition:
Geste de signification similaire à une poignée de main ou à un high five. Il consiste à se saluer en se cognant légèrement poing contre poing. Ce geste est souvent utilisé dans des situations informelles, notamment dans le milieu sportif, comme dernier signe d’encouragement avant une épreuve.
Même Franjo von Allmen ne jure que par ça. L’un des derniers gestes avant de s’élancer? Un «fist bump» avec son coach. Parfois deux. Un «double fist bump», en quelque sorte. Dans le sujet principal de ce numéro, il est aussi question de ses poings. De ses moufles blanches souvent teintées de bleu et de ce que cela dit de son style de coureur. Nous nous intéressons aussi aux autres parties de son corps.
Mais revenons à ce geste. À ce court instant, toujours le même, si important.
Il y a des athlètes qui jouent plusieurs fois des poings. Pas seulement avec l’entraîneur en chef. Le serviceman. La physio. Toute l’équipe. Un bref contact par-ci, un signe de tête par-là Et soudain, un sport individuel devient une œuvre collective.
Car derrière chaque succès, il y a une équipe. Toujours.
Le «fist bump», c’est est exactement cela: une promesse silencieuse.
«Je suis là.»
«Et tu peux le faire.»
«Allez!»
Comme un dernier lien, juste avant de se lancer – et de se détacher dans le même mouvement.
Des personnes comme Karin Luchsinger incarnent tout ce que ces secondes contiennent. En tant que physiothérapeute de l’équipe de snowboardcross, elle joue un rôle à part. Ni coach, ni concurrente directe. Une interlocutrice neutre. Quelqu’un qui ressent ce qu’il faut, au bon moment. Des mots. Du calme. Ou simplement un «fist bump».
Il y a aussi un côté pratique. Avant et après la course, le geste est la solution à des situations très diverses. Un bonjour, mais aussi un au revoir. Un «donne tout» et un «bravo». Un «tu t’es bien battu».
Une manière de témoigner sa proximité et sa sympathie sans avoir à se toucher trop longtemps.
C’est peut-être pour ça qu’il s’inscrit si naturellement dans cet univers. Parce que, dans le sport d’élite, tout est question d’équilibre. Proximité et distance. Émotion et professionnalisme. S’impliquer et savoir se tenir en retrait.
C’est aussi ce que racontent les responsables de la communication de Swiss-Ski. Ces montagnes russes émotionnelles aux JO. Ces moments où l’on est au plus près, et d’autres où l’on endosse un rôle qui dépasse la fonction. La meilleure réponse?
Elle se trouve dans la main.
Ou plutôt: dans le poing.
Un dernier «fist bump» – non plus comme signal de départ, mais comme au revoir.
Pour l’instant. Pour cet hiver.
Bonne lecture,
Lia Näpflin, Rédactrice en chef
Le magazine officiel de la Fédération Swiss-Ski, paraît quatre fois par an Édition de avril 2026, 60 e année
Editeur
Swiss-Ski
Home of Snowsports, Arastrasse 6, 3048 Worblaufen
T +41 31 950 61 11, snowactive@swiss-ski.ch
Rédaction
Lia Näpflin (lia.naepflin@swiss-ski.ch)
Roman Eberle (roman.eberle@swiss-ski.ch)
Pigistes
Peter Birrer, Benjamin Steffen, Daria Zwahlen, Pascal Amri, Anya Censi, Mine Kasapoglu, Thomas Petit
Direction artistique/mise en page
LS Creative GmbH
Leander Strupler, Sandro Reist
Annonces/publireportages
Swiss-Ski
Matthias Rietschin (matthias.rietschin@swiss-ski.ch)
Thomas Huser (thomas.huser@swiss-ski.ch)
Abonnements
CHF 49.– pour une année, 4 numéros (TVA incluse)
Impression
AVD Goldach AG
Traductions
Syntax Traductions SA
Copyright
Swiss-Ski
Réimpression admise uniquement avec l’approbation explicite de la rédaction.

34 Nadja Kälin



14 Podiums aux Jeux olympiques et en Coupe du monde 16 Bilan de la saison 28 JO d’hiver 2026 à Milan/Cortina 38 Freestyle Arena Airolo 44 Karin Luchsinger
56 Bar des neiges
inoubliable. inédit.
Crans-Montana 1987 58 Joël Gaspoz
Qu’est-elle devenue? 66 Martina Borra-Schild
Notre ski-club
Chronique
terrain glissant


Descente, super-G, combiné par équipes: Franjo von Allmen est devenu le premier athlète suisse de sports d’hiver à décrocher trois médailles d’or lors des mêmes JO. Le pays pense tout savoir de lui. Vraiment? De A à Z? Pas tout à fait.
Passons donc Franjo von Allmen sous la loupe – non pas de A à Z, mais des yeux aux pieds.
Un portrait anatomique. Mais surtout une histoire de vie. Franjo Von Allmen a 24 ans, est originaire de Boltigen dans le Simmental (BE), dit souvent «tu» ou «on» quand il parle de lui-même. Et quand il évoque «le tout», il pense au corps.
Yeux
Couleur des yeux? «Bruns, je crois.» Franjo von Allmen doit se regarder dans un miroir. «Oui, bruns.» Et ces yeux bruns sont selon lui «aussi perçants que ceux d’un aigle». Et cet aigle a-t-il l’œil pour la bonne ligne? «Je crois bien, oui. Je ne prends pas
toujours la même ligne que la plupart des autres athlètes, parfois volontairement, parfois non.» Franjo Von Allmen explique qu’il doit parfois «regarder» la ligne un peu différemment qu’un Marco Odermatt. Pourquoi? Pour des raisons purement techniques – et pour tracer une ligne un peu plus nette afin de pouvoir mieux prendre de l’élan et gagner en vitesse.
A-t-il une boucle d’oreille, à gauche ou à droite? «Non, nulle part.» Jamais eu envie ou jamais eu le droit? «Je ne me suis jamais vraiment posé la question.»
Son bruit préféré? «Un moteur cinq cylindres.» Y a-t-il un son qui l’endort particulièrement bien? «Idéalement aucun. Ou de la musique.» Quel genre de musique? «Peu importe. Je peux m’endormir à peu près partout. Récemment, j’y suis même arrivé pendant le vol en hélicoptère entre Garmisch-Partenkirchen et le studio de télévision à Zurich.» Ses plus longs vols
directs l’ont jusqu’ici mené de la Suisse aux Etats-Unis – «il m’est déjà arrivé de m’endormir avant le décollage et de me réveiller à l’atterrissage».
Son cerveau? «Parfois un peu inactif», dit Franjo von Allmen. Pourrait-il de temps à autre être un peu plus actif? «Quand quelque chose m’intéresse, je suis capable de me renseigner. Mais ne me posez pas de questions de culture générale.» Était-il bon élève? «Je ne me débrouillais pas mal, mais je n’étais pas non plus le premier de la classe» Il faisait ce qu’il fallait faire et disait parfois: «Si ça suffit, ça suffit.»
Et à ski, un cerveau parfois un peu «inactif» peut-il aider, parce qu’on prend alors plus de risques en étant moins dans le contrôle? «Je pense que le risque que l’on prend est tout à fait conscient. Mais l’exécution n’est parfois pas exactement celle que l’on avait imaginée.»

Mentalement, il se dit «plutôt aligné»: il sait laisser de côté tout ce qui n’est pas utile pour l’entraînement ou la compétition. Depuis toujours? Ou grâce à un travail avec un préparateur mental? Franjo von Allmen explique qu’il a surtout travaillé lui-même, grâce aux expériences vécues. «Je n’ai jamais vraiment eu besoin d’aide, je me suis plus ou moins débrouillé seul.»
De quelles expériences parle-t-il?
«Toute mon histoire de vie, dont j’ai tiré quelque chose. Par exemple, le coup du sort dans ma famille: mon père est décédé alors que j’avais 17 ans. Ou les discussions avec des entraîneurs, des collègues ou des personnes plus âgées qui défendent des points de vue intéressants.»
Bouche
En parlant de «discussions»: Franjo von Allmen estime que son dialecte est désormais assez bien compris au sein de Swiss-Ski, à part quelques mots bernois
typiques qu’il faut parfois traduire. Il essaie de rester fidèle à sa nature, y compris dans sa manière de parler. Mais lorsqu’il se retrouve «unterwäge» (unterwegs, «en déplacement») avec des gens venus de toute la Suisse, il adapte automatiquement un peu son langage, pour ne pas devoir tout répéter trois fois. Il utilise, par exemple, moins souvent qu’avant le mot «gugge» («regarder»).
Dents cassées: zéro. Ses blessures à la bouche se limitent jusque-là à quelques éraflures au menton, après des chutes à vélo ou lorsqu’il est tombé sur le visage.
Cou
Il porte toujours deux colliers, chacun avec une signification particulière. Sur l’un pend une pierre brune, un peu comme un œil-de-tigre. Sur l’autre, un petit signe du zodiaque: les Gémeaux. Deux objets chargés de souvenirs qui restent ainsi toujours près de lui.

Nez
Jamais cassé, mais une fois au l’autre un peu mis à mal.
A-t-il du flair pour calculer les gens? «Oui, beaucoup. Et j’essaie de prendre soin des relations avec les personnes avec qui je m’entends bien.» Il estime que ce n’est pas évident d’avoir un cercle d’amis solide, «avec qui les succès passent finalement au second plan et où l’on est toujours vu de la même manière».
Son odeur préférée? «Quelque chose de boisé», dit celui qui a appris le métier de charpentier. «L’odeur quand on entre dans l’atelier le matin.» Et sinon? «Ah, la viande. L’odeur de grillade.»

Un nez fin, jamais cassé, et un certain flair pour lire les gens.

Franjo von Allmen: un concentré de Suisse, un concentré d’Oberland bernois et un langage un peu adapté avec le temps, «pour ne pas devoir tout répéter trois fois». Photo: Keystone-ATS
Fréquence cardiaque au repos: 44.
Qui ou qu’est-ce qui fait battre son cœur plus vite? «Le sport en général, que ce soit le ski, le fait de simplement passer du temps dans la nature, la moto et le vélo.»
A-t-il des épaules larges? «Disons que je ne suis pas le plus mince.»
Et les épaules assez larges pour porter les attentes du public? «Je me préoccupe peu de la pression extérieure, parce que je vis mon propre truc.» Il ne se laisse pas impressionner. C’était déjà le cas, enfant, lors du Grand Prix Migros. «Pendant les courses de qualification régionales, je n’étais jamais le plus rapide à ma connaissance. Mais j’ai gagné la finale deux fois.» Quand ça comptait vraiment, il était là. Et il est toujours là.
Et quand son cœur bat-il vraiment la chamade? «Quand tu as travaillé pour quelque chose et que ça fonctionne le jour J, et que toute la pression que tu t’étais mise disparaît d’un coup.» Quand de telles sensations arrivent-elles? Après quelques minutes, quelques jours, quelques semaines? Aux JO, c’était «assez immédiat» après la descente. D’autres sensations «très intenses» l’ont envahi à Kitzbühel 2026, après la 2 e place en super-G. Avant cela, il avait commis de grosses erreurs course après course, ou avait chuté: «Pour une fois, à Kitzbühel, j’ai vraiment réussi un super-G sans faute. Les émotions à l’arrivée étaient plus fortes que jamais.» Un premier poids quitte alors les épaules. Et bien sûr, il y a encore d’autres étapes: «quand tu rentres à l’hôtel, puis quand tu rentres chez toi après les courses et
que tu réalises tout» (ou quand tu écoutes «Fly With Me to the Angels», voir plus bas: «Poumons»).
On dit que les personnes qui peuvent chanter fort et longtemps ont de bons poumons – chante-t-il fort et longtemps? «Oui, mais pas très bien.» Y a-t-il une chanson qui compte particulièrement pour lui? «Fly With Me to the Angels de Headless.» Ce titre lui rappelle les Mondiaux 2025 et ses deux médailles d’or. «L’entraîneur l’a passé sur le trajet du retour. C’est à ce moment-là que j’ai vraiment réalisé ce qui venait d’arriver.»
Il n’a «en temps normal» pas mal au dos, «même si c’est déjà arrivé». Il fait aussi ce qu’il faut pour que cela reste ainsi. L’entraînement estival «n’est pas là seulement pour s’amuser un peu, mais aussi pour prévenir les blessures». Pendant la saison également, il fait chaque matin une demiheure de renforcement sur le tapis, «pour mettre un peu tout en route».
Franjo von Allmen
Adolescent, avait-il réussi à tenir la planche durant quatre minutes lors du Swiss-Ski Power Test? «Même pas, c’était l’exercice qui me terrifiait le plus. Rien que le bruit de ce bip toutes les secondes, c’était insupportable.» Il n’a longtemps pas été très fort au niveau du tronc, sans tablettes de chocolat. «Mais j’ai quand même progressé ces dernières années.» Aujourd’hui, il apprécie l’entraînement physique, parce qu’il constitue aussi un équilibre avec le ski. «Et je sais pourquoi je le fais.»
Est-il bon au bras de fer? «Ça fait longtemps que je n’en ai plus fait.» Quand il se mesurait aux copains plus jeune, lors d’une soirée tranquille ou parfois simplement par ennui, il ne gagnait pas toujours. «Mais je n’étais pas mauvais.» Peut-être que les garçons ne faisaient pas ça seulement par ennui, mais aussi, en soirée, pour impressionner les filles (dans l’optique d’une éventuelle danse de couple, voir ci-dessous: «Hanches»)? «Non, pas du tout.» Vraiment? «Vraiment!»
Il est nettement meilleur au développé couché qu’aux tractions. Avant, il aimait faire beaucoup de pompes – et aujourd’hui encore, il ajoute parfois un «Bring Sally Up» après un entraînement physique. Volontairement ou par obligation? «Volontairement.»
Ses bras l’aident-ils à bien sortir du portillon? «Oui, tant que je ne m’emmêle pas les pinceaux. Je ne suis pas le plus rapide, Stefan Rogentin l’est souvent davantage, mais je ne fais sans doute pas partie des plus lents.»
Pourquoi porte-t-il des moufles, alors qu’on dit que cela rend la prise des bâtons plus difficile? «Je déteste vraiment avoir froid aux doigts. Et oui, avec des moufles, j’ai clairement moins froid aux doigts.»
Il arrive aussi que ses gants blancs deviennent bleus, parce que Franjo von Allmen touche la piste balisée avec la main. «Ma foi, ça fait partie du jeu, parfois comme un troisième point d’appui.» Bien sûr, il essaie toujours d’améliorer sa
technique. «Quand tu es bien centré sur tes skis, tu n’as pas besoin de poser la main sur la neige. Mais c’est quelque chose qui s’est installé avec les années.» Il n’est pas toujours facile pour lui de rester parfaitement centré. «Mais évidemment, ce serait mieux de ne pas toucher la neige de la main.»
Qu’aimerait-il mieux maîtriser techniquement sur les skis? «Faire moins d’erreurs. Je n’ai pratiquement jamais réussi une manche où tout était parfait.» Est-ce dû à la technique ou au mental? «Un peu des deux. L’idée est claire dans la tête, mais l’exécution ne suit pas toujours. En ski de compétition, tout va très vite. Il faut s’adapter rapidement, et cette adaptation n’est pas toujours simple.»

Sa préférence va aux moufles blanches pour protéger ses mains – «je déteste vraiment avoir froid aux doigts», confie l'athlète.

Von Allmen, le gagnant – aujourd’hui comme hier: il n’était jamais le plus rapide lors des qualifications régionales du Grand Prix Migros, «mais j’ai gagné la finale deux fois». Photos: Keystone-ATS
Déjà cassé? «Pas le poignet, mais plusieurs métacarpiens, et aussi le pouce, si je me souviens bien. La plupart du temps après avoir tapé une porte avec la main.» Jamais eu de souci à moto. «Je touche du bois», dit-il.
Et roulait-il plus jeune à scooter, avec une tendance à jouer avec l’accélérateur? «Non, je n’en ai jamais eu. Je roulais beaucoup à vélo, ce qui m’a aussi aidé physiquement.»
Doigts
Droitier. Pas de bague. A-t-il une belle écriture? «Si je veux, oui.» Il ne maîtrise plus l’écriture cursive. La plupart du temps, il écrit tout en lettres majuscules – «c’est une habitude». Avec un stylo-bille, parce que ça va plus vite qu’au crayon.
Des doigts longs? A-t-il déjà volé quelque chose? «Non, jamais.» Vraiment? «Vraiment! J’ai toujours été un garçon sage.»
D’un point de vue technique: «Les hanches jouent un rôle relativement important en ski. Avec leur position, de petits mouvements suffisent à faire une grande différence, selon la manière dont on déclenche le virage.» La manière d’initier le virage est d’après lui essentielle. «Mais tout le corps doit suivre, c’est un mouvement global. Il ne suffit pas de pousser les hanches vers l’avant. Et cela ne sert pas à grand-chose si on pousse les hanches vers l’avant, mais que les bras tombent en arrière.» Ou si la main touche la neige (voir plus haut: «Mains»).
Et sinon: sait-il danser, par exemple une danse de couple? «Oui, un peu.» Simplement en sortant le soir, pas grâce à des cours de danse.
Il n’a jamais eu de retenue à l’école. Plutôt des devoirs supplémentaires, surtout
lorsqu’il oubliait ses devoirs. «Rien de dramatique. Comme je l’ai dit: J’ai toujours été un garçon sage.»
A-t-il un banc préféré où il aime s’asseoir pour se reposer? «Oui.» Où? «Je préfère ne pas le dire.»
Et a-t-il un caleçon porte-bonheur qu’il porterait par superstition à chaque course? «Non. Je ne fais pas partie de ces coureurs-là.» A-t-il un autre rituel? «Le petit check du poing avec l’entraîneur avant le départ. C’est important. Très important.» Pourquoi? «C’est la dernière fois que tu es en contact avec quelqu’un avant de te retrouver seul. Comme une conclusion: ça y est, c’est parti.»
Force maximale à la presse à cuisses? 190 kilos, «à peu près». Sait-il combien soulèvent les autres? «Non. Au final, chacun sait ce qui est sain pour lui et ce qui ne l’est pas.» Aime-t-il la sensation de brûlure dans les jambes? «Ça fait partie de mes sensations préférées… Non, je plaisante, je déteste ça. Il arrive toutefois qu’on recherche volontairement cette sensation à l’entraînement à sec: on atteint ses limites, on sait qu’on ne peut presque plus continuer... et pourtant, on poursuit. «Mais sur les skis, je n’aime vraiment pas cette sensation.» Même si on peut la supporter étonnamment longtemps? «Oui, tant bien que mal.»
Genoux
Aucune rupture des ligaments croisés! Il a eu des contusions osseuses, des ligaments étirés, plusieurs métacarpiens cassés (voir plus haut: «Poignet»), un pouce fracturé – si ses souvenirs sont bons – mais jamais de rupture des ligaments croisés. «Là, je peux parler de chance, d’un côté. Mais de l’autre, on va à la salle, on s’étire, on travaille la mobilité pour que tout soit le plus solide possible – afin que le corps puisse aussi encaisser une chute qui ne pourrait ne pas forcément bien se terminer. Mais bien sûr, ça reste imprévisible et un accident peut arriver très vite.»

Quand il dit qu’il peut se considérer chanceux. Est-il né avec un trèfle à quatre feuilles dans la main? Ou pense-t-il que quelqu’un qui connaît son histoire familiale et pose une telle question est, contrairement à lui (voir plus haut: «Cerveau»), complètement à côté de la plaque? «Qu’estce que la chance?», répond Franjo von Allmen. «Chacun a son fardeau à porter. Mais globalement, je ne peux pas me plaindre: je suis en bonne santé, je peux vivre ma passion et en plus, j’ai du succès. Ce sont des choses qu’on oublie facilement au quotidien. Ma vie m’apporte énormément.»
Il a conservé d’anciennes protections de slalom pour les tibias, qui prennent la poussière quelque part. D’ailleurs, était-il un bon slalomeur? «Oui, carrément.» Estce de l’ironie? «Non, je n’étais vraiment pas mauvais.» Sérieusement? «Sérieusement! Je n’étais vraiment pas mauvais.»
Jusqu’au jour où il a commencé la vitesse. Un parcours typique pour les jeunes qui finissent par se tourner vers la vitesse: ils commencent par les bases, le géant et le slalom. Puis à l’âge FIS arrivent les premiers entraînements de vitesse. Franjo von Allmen se souvient encore du plaisir qu’il y prenait, «même si j’étais très lent». Les
possibilités d’entraînement augmentent, on se rend compte qu’il est relativement facile de progresser, les entraîneurs poussent, on réduit un peu le slalom... et c’est ainsi que le slalomeur disparaît peu à peu.
Il avait presque oublié qu’il était monté sur le podium d’un slalom FIS en novembre 2021, avec une 2e place à la Diavolezza. «Oui, dingue», dit Franjo von Allmen. Et il ne se souvenait pas non plus avoir carrément gagné un slalom FIS. «Quoi? Vraiment?» Février 2021, à San Bernardino. «Eh bien», s’exclame-t-il.
Lors des finales de Coupe du monde 2025, il aurait volontiers disputé le slalom. «Mais si tu ne t’entraînes plus jamais en slalom, ça n’a plus vraiment de sens vu le risque de blessures.»
Franjo von Allmen estime que ses mollets ne sont pas particulièrement impressionnants. Il n’a pas de chaussettes préférées. Il porte parfois des modèles unis, mais aussi des chaussettes à thème, un peu fantaisistes» – par exemple, avec un hamburger ou des frites. Et qui lave les chaussettes? «La machine à laver.» Et qui les met dans la machine? «Moi.»
À quoi ressemblent ses pieds aujourd’hui, après quinze ans passés dans des chaussures de ski? «Ils vont bien.» Très peu d’excroissances. Il a eu la chance d’avoir souvent des chaussures qui lui allaient très bien. Et lorsque ce n’était pas le cas, il a toujours réagi assez tôt. «Oui, pour un skieur, j’ai des pieds plutôt présentables.»
On raconte que Didier Cuche veillait sur ses chaussures de ski comme sur un bébé pour être sûr de ne jamais les perdre. «Oui, on essaie vraiment d’en prendre particulièrement soin, surtout quand on utilise la même paire toute la saison. C’est un outil très important», explique Franjo von Allmen. Tout le reste – casque, bâtons – peut toujours être remplacé d’une manière ou d’une autre. Mais il explique qu’on ne trouve pas facilement les bonnes chaussures dans le magasin de sport du coin. C’est aussi pour ça qu’il ne les a encore jamais oubliées quelque part.
Texte: Benjamin Steffen, Lia Näpflin

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Les athlètes de Swiss-Ski ont pu se réjouir l’hiver dernier d’un total de 17 médailles olympiques et de 111 podiums en Coupe du monde.
Coupe du monde et Jeux olympiques
Depuis six mois, Peter Barandun est le seule président à la tête de Swiss-Ski. Dans cet entretien, le Grison évoque les potentiels de croissance, ses rencontres olympiques et les bases du succès des sports de neige suisses.
Après de nombreuses années comme vice-président puis coprésident, tu es président de Swiss-Ski depuis octobre dernier. Quelles nouvelles facettes de Swiss-Ski as-tu découvertes depuis?
Peter Barandun: La nouveauté, c’est la direction opérationnelle de la Fédération avec Claudia Lämmli ainsi que les co-CEO Walter Reusser et Diego Züger. Pouvoir influencer plus directement la stratégie, l’impact et la culture de Swiss-Ski est un privilège. Aux JO, j’ai pu rendre visite à toutes nos équipes sur place, ce qui a renforcé le lien avec elles. J’ai été profondément impressionné par l’esprit d’équipe et le professionnalisme du travail accompli. L’attention portée à ma personne a changé et ma responsabilité au sein de la Fédération a nettement augmenté. Mais assumer des responsabilités a toujours été un plaisir pour moi.
Le chiffre d’affaires de SwissSki a fortement progressé ces dernières années. Où vois-tu encore un potentiel de croissance?
Un élément clé est notre projet D2C – Direct-to-Consumer. Grâce à une communication numérique connectée, nous voulons accompagner nos membres et les fans de sports de neige depuis chez eux jusqu’au cœur des événements. Les contenus numériques nous permettent de créer des points de contact ciblés et de renforcer le lien avec la marque Swiss-Ski. Le marketing sportif est en pleine mutation, sous l’effet des nouvelles technologies, des nouveaux canaux et de l’évolution des usages. Cela nous permet d’interagir directement avec nos fans et nos membres. L’attention est essentielle pour nous: sans portée suffisante, les revenus issus du sponsoring et des droits


«Assumer des responsabilités a toujours été un plaisir pour moi.» Peter Barandun est le président unique de Swiss-Ski depuis octobre dernier. Photos: Keystone-ATS

Renforcer le lien avec les fans et consolider l’attachement à la marque Swiss-Ski est un objectif de longue date.
médiatiques diminuent. C’est pourquoi nous voulons activer davantage notre public via de nouveaux canaux et l’amener vers nos propres plateformes. Notre objectif est d’avoir environ 500 000 personnes en Suisse directement connectées à Swiss-Ski. Cela crée une réelle valeur ajoutée pour la Fédération, pour nos partenaires et pour les fans des sports de neige. Avec ce projet, nous avons une longueur d’avance sur d’autres fédérations, mais aussi sur de nombreuses entreprises privées.
Quels nouveaux secteurs d’activité faut-il développer pour poursuivre l’évolution de la Fédération?
La vraie question n’est pas tant ce qu’il faut ajouter, mais plutôt ce à quoi nous devrions éventuellement renoncer. Nous devons sans cesse remettre en question nos activités. Nous avons beaucoup grandi ces dernières années – notre besace n’a jamais été aussi remplie. Il faut régulièrement analyser si des ajustements de notre offre sont nécessaires. Il serait, par exemple, intéressant d’étudier des
modèles de fondations supplémentaires destinés à notre relève. Notre travail avec nos partenaires en innovation dans les domaines de la recherche et du développement peut nous offrir ces fameux centièmes décisifs sur la neige. Ces collaborations doivent être renforcées, notamment avec les hautes
écoles et universités. Nous en sommes convaincus: le développement ciblé des domaines de la recherche, de la médecine et de l’innovation est une clé du succès durable. Je vois notamment encore un potentiel important au niveau de la prévention des blessures et des maladies – dans tous nos sports.

Avec ses partenaires d’innovation, Swiss-Ski investit dans la recherche et le développement, avec l’objectif de gagner des centièmes décisifs sur la neige. Photo: Florence Gross
Sur le plan sportif, SwissSki connaît une dynamique très positive depuis plusieurs années. Cet hiver, cela s’est traduit par plus de 100 podiums en Coupe du monde et 17 médailles olympiques. N’as-tu pas peur parfois de te réveiller d’un rêve?
Non, pas du tout. Nos médailles et nos résultats ne doivent rien au hasard. Nous sommes très ambitieux et très exigeants envers nous-mêmes, et nous cherchons en permanence de nouveaux leviers. Nous analysons et remettons en question nos actions au quotidien, ce qui est indispensable pour durer au plus haut niveau. Notre objectif est aussi d’avoir une base large afin de pouvoir compenser d’éventuelles absences.
Tu as vécu les JO de l’intérieur. Qu’est-ce qui t’a le plus marqué?
Ce ne sont pas les médailles qui m’ont le plus impressionné, mais les personnes. Celles qui prennent des responsabilités au sein des équipes, qui se soutiennent et qui visent ensemble quelque chose de grand. Partout, j’ai ressenti un formidable esprit d’équipe, qui s’exprime différemment selon les sports. Le moment qui m’a le plus marqué reste ma visite chez les sauteurs à ski. Aucun des responsables ne croyait sérieusement qu’une médaille était possible. Et quelques heures plus tard, à Predazzo, Gregor Deschwanden se retrouve avec le bronze autour du cou. Ce qui s’est passé là-bas est difficile à décrire. Cette joie immense au sein de l’équipe, c’était merveilleux. J’avais rarement vécu une telle explosion d’émotions positives. Nos athlètes sont formidables et m’ont profondément impressionné aux JO. Comme tout au long de l’hiver, ils et elles ont pour la plupart répondu aux attentes, voire les ont dépassées.

17 médailles l’hiver dernier et plus de 100 podiums en Coupe du monde: Swiss-Ski connaît une dynamique sportive très positive depuis plusieurs années.

Avec Marco Odermatt, Franjo von Allmen et Loïc Meillard, Swiss-Ski dispose de plusieurs figures majeures en ski alpin. Quelle est leur importance pour la Fédération, au-delà des médailles olympiques et des succès en Coupe du monde?
Nous vivons une période exceptionnelle. Et oui, il y a aussi une part de chance. Avoir trois athlètes de ce niveau en même temps est
un cadeau. L’Autriche a eu Marcel Hirscher. Autour de telles personnalités, de futurs talents peuvent se développer sereinement, sans pression. Car ils n’ont pas besoin d’être tout de suite prêts à combler un vide en Coupe du monde. Des athlètes comme Odermatt, von Allmen et Meillard offrent une visibilité médiatique considérable à Swiss-Ski par leurs performances et leur aura. Cela rend la Fédération extrêmement attractive pour les sponsors.
Malgré des absences de taille au sein de l’équipe féminine, Swiss-Ski est parvenue à remporter la Coupe des nations en ski alpin pour la sixième fois en sept ans. Quels sont les éléments clés de cette réussite?
Nous voulons être structurés de manière à pouvoir absorber des absences majeures, comme celle de Lara GutBehrami cet hiver. Comme je l’ai dit, notre ambition doit être d’être présents au sommet avec une certaine profondeur. Nous faisons actuellement un excellent travail dans la promotion des talents. La décision stratégique d’intégrer 30% d’athlètes en plus dans les cadres Swiss-Ski porte ses fruits. La flexibilité, qui était autrefois quasi inexistante, est aujourd’hui bien réelle. Sandro Simonet est un bon exemple: bien qu’il ne fasse plus partie des cadres, il a pu s’aligner en Coupe du monde grâce à ses performances en dehors des structures de la fédération. Par ailleurs, nous avons aujourd’hui davantage de courage pour donner leur chance à de très jeunes athlètes au plus haut niveau. Je pense notamment à Sue Piller et Dania Allenbach. Ce qui porte également ses fruits depuis plusieurs années, c’est la grande stabilité du personnel dans le domaine alpin. Nous avons les meilleures personnes aux postes clés et ça fait la différence.
Le snowboard est le deuxième sport olympique le plus performant de Swiss-Ski, cependant il n’y a, pour la première fois, eu aucun podium aux JO. Quelles en sont les raisons?
Il faut d’abord rappeler qu’en snowboard, il n’y a qu’une seule épreuve olympique par discipline, que ce soit en snowboard alpin ou en half-pipe. Il y a également une épreuve par équipes en boardercross. Cela signifie qu’il n’y a qu’une ou deux chances au maximum. Noémie Wiedmer est passée près d’une médaille et elle est montée pour la première fois sur un podium en Coupe du monde quelques semaines plus tard. En freestyle, on disait encore il y
a quelques années que nous n’avions quasiment plus aucune chance face aux Japonais et aux Chinois. Mais on constate aujourd’hui qu’une nouvelle génération de freestylers émerge également en Suisse. Lura Wick et Mischa Zürcher ont même remporté deux médailles en half-pipe aux Championnats du monde juniors. Et j’aimerais souligner un point en particulier dans le pôle freestyle: en aerials, nous avons pour la première fois remporté deux médailles lors des mêmes JO. Noé Roth m’a énormément impressionné lors de ma visite à Livigno. Il fait preuve d’une solidité mentale remarquable et répond toujours présent aux grands événements. Il en va de même pour Mathilde Gremaud. C’est une athlète hors norme dans le sport freestyle. Elle a remporté au moins une médaille lors de trois JO consécutifs, dont deux fois l’or, à seulement 26 ans. En skicross, notre grande densité au sommet s’est une nouvelle fois confirmée cet hiver, couronnée par les podiums olympiques de Fanny Smith et Alex Fiva. Tous deux ont fait preuve d’un grand sang-froid dans des conditions difficiles, au moment décisif.
Il faut également des nerfs solides au tir en biathlon. Swiss-Ski a beaucoup investi dans ce sport ces dernières années. Dans l’ensemble, la saison reste toutefois décevante. Le constat est clair: tant au tir que sur les skis, les performances ont globalement reculé par rapport à l’hiver précédent. Nous disposons d’athlètes capables d’évoluer au plus haut niveau, comme ils l’ont prouvé à plusieurs reprises par le passé. Pourtant cet hiver, certains sont restés nettement en dessous des attentes. Il s’agit désormais d’analyser avec précision les causes de cette situation et d’en tirer les mesures adéquates. Au niveau de la relève, plusieurs talents prometteurs émergent dans toute la Suisse. Mais il faut du temps pour construire, à la base – dans les ski-clubs –, une densité suffisante de jeunes biathlètes. Nous espérions que cette évolution serait plus rapide.
Cela dit, je tiens à souligner que je crois toujours fermement au biathlon.
L'hiver dernier a marqué l'histoire du ski de fond avec des moments riches en émotions, dont un exploit historique sans précédent. Je suis particulièrement impressionné par la force mentale dont nos athlètes ont fait preuve aux JO. Nadine Fähndrich s’est relevée d’une immense déception lors du sprint individuel, pour réussir à décrocher l’argent avec Nadja Kälin en sprint par équipes. La manière dont cette dernière a abordé l'ultime course, le 50 kilomètres, où elle a conquis une sensationnelle médaille de bronze, était aussi impressionnante. Elle s'est dit qu’elle voulait imiter Kläbo dans la dernière montée avant l’arrivée. Au moment décisif, elle s’est inspirée de la référence absolue. On m’a beaucoup reparlé de cette phrase. Pour moi, elle reflète un état d’esprit de gagnante absolue.
Ces succès ne seraient pas possibles sans des bases solides. Le sport de loisirs constitue le fondement de toute la structure de Swiss-Ski. C’est pourquoi il a été renforcé de manière ciblée ces dernières années. Comment cela se voit-il concrètement?
Nous avons perfectionné nos offres de formation destinées aux entraîneurs, en les axant davantage sur la pratique et avec des contenus numériques. Les clubs bénéficient désormais de structures plus claires, de concepts d’entraînement modernes et d’un accompagnement renforcé par les associations régionales. Nous nous sommes rapprochés. La promotion de la relève est aujourd’hui plus systématique, et davantage de moyens financiers parviennent à la base, directement ou indirectement. Les échanges entre les clubs, les associations régionales et Swiss-Ski en tant qu’organisation faîtière se sont intensifiés. La mise en réseau est nettement plus forte qu’auparavant, notamment grâce à des événements comme le
President’s Day. Cela crée de la proximité et de la confiance entre les clubs, leurs responsables et nous chez SwissSki. Le transfert de connaissances est lui aussi plus structuré: les modèles exemplaires et les bonnes pratiques sont partagés, plutôt que développés en vase clos. Tout le monde en bénéficie.
Les séries d’événements destinées à la relève et au sport de loisirs rencontrent un grand succès. Ces événements organisés chaque hiver, avec beaucoup d’engagement par le département du sport de loisirs de Swiss-Ski, sont de véritables aimants. Toutes séries confondues, ils rassemblent chaque année environ 50 000 personnes sur la neige. Au final, tout se résume à un mot: durabilité. Comme je l’ai dit, le succès en sport d’élite n’est
d’un mouvement solide et largement ancré. Investir dans nos jeunes talents, c'est assurer la pérennité et le rayonnement des sports de neige helvétiques.
Interview: Roman Eberle
La version intégrale de cet entretien est disponible sur swiss-ski.ch.



Bronze! Aussi inattendue que soudaine, la réussite de Gregor Deschwanden aux JO a tenu à un alignement parfait: les skis, la combinaison, les sensations et sa confiance en lui. Le facteur temps s’est révélé précieux à plus d’un titre.
Le 1er février, à Willingen, lorsque Gregor Deschwanden assiste en observateur discret à la manche finale du concours de Coupe du monde sur le tremplin de la Mühlenkopfschanze, toutes sortes de pensées lui traversent l’esprit. Celles d’une médaille olympique n’en font clairement pas partie. Il vient en effet de terminer la dernière compétition avant les JO au 33e rang, une nouvelle fois hors des points, comme la veille (31e).
L'athlète décrit cette période préolympique comme «pas très positive», voire «laborieuse». Il était si loin de la forme espérée, que les JO ne pouvaient plus représenter qu’une seule chose: l’occasion d’un redémarrage complet, comme quand on appuie sur le bouton «reset» de la machine. Malgré ces détours et ces turbulences, le sauteur de Suisse centrale est parvenu à aborder les défis olympiques avec confiance.
Le fait que la première compétition olympique à Predazzo se dispute d’abord sur le petit tremplin a favorisé ce sentiment de renouveau. La prise de vitesse étant

Gregor Deschwanden est entré dans un cercle illustre: il est devenu le troisième médaillé olympique suisse après
inférieure à celle des grands tremplins, cela convient bien aux grands sauteurs puissants à l’impulsion, comme lui. Depuis quelques années, les petits tremplins sont devenus rares en Coupe du monde; la saison dernière, Falun a fait office d’exception à la fin novembre. Martin Künzle, entraîneur des sauteurs suisses en Coupe du monde et compagnon de route de longue date de Gregor Deschwanden, explique avec le recul: «Quand on vient du grand tremplin et qu’on n’est pas au sommet de sa forme, cette rupture est la bienvenue.»
Et de toute façon, aux JO, tout repart de zéro. «D’autres athlètes avaient davantage de pression et étaient donc plus nerveux. Gregor, lui, n’avait rien à perdre.»
Pour trouver les derniers réglages et prendre ses marques sur le tremplin, les athlètes disposaient de deux journées d’entraînement avec trois sauts chacune à Val di Fiemme – et non d’une seule séance comme en Coupe du monde. Gregor Deschwanden n’a toutefois pas eu le temps de s’y mettre progressivement, comme lors

des Mondiaux un an plus tôt, car «avant cela, je sautais trop mal. Je devais savoir exactement ce que j’avais à travailler à quel moment à l’entraînement.» Le Lucernois explique qu’il est d’abord parvenu à progresser sur le plan technique, puis au niveau du matériel. Peu à peu, les derniers pourcentages décisifs se sont additionnés. Ce sont eux qui ont finalement rendu possible, le 9 février 2026, ce qui paraissait inimaginable au vu des semaines et des mois précédents: la conquête d’une médaille olympique.
Si le sauteur avait signé trois top 15 au cours des cinq premières compétitions de l’hiver, sa courbe de forme n’avait ensuite cessé de plonger jusqu’aux JO. À Engelberg, six Suisses différents avaient marqué des points en Coupe du monde. Lui, pourtant leader de l’équipe et encore sur le podium à domicile l’année précédente, avait dû passer les fêtes de Noël avec le sentiment de rater sa saison et une incompréhension grandissante.
Après une Tournée des Quatre Tremplins elle aussi décevante, Gregor Deschwanden a décidé de faire l’impasse sur l’étape de Coupe du monde de Sapporo à la mi-janvier pour laisser place à un bloc d’entraînement à Planica sous la direction de l’entraîneur en chef Bine Norčič. La confiance retrouvée à l’entraînement s’est toutefois aussitôt dissipée en compétition. Plusieurs erreurs flagrantes ont certes pu être corrigées au fil des manches, mais au niveau des résultats, il continuait à faire du surplace hors du top 30.
«Cela ne pouvait pas continuer comme ça»
Avec Roger Kamber, responsable des combinaisons de saut de l’équipe suisse, Gregor Deschwanden a alors procédé à un «changement radical» dans la composition et la coupe de sa combinaison, car «cela ne pouvait pas continuer comme ça». Dans leur recherche de solutions, Roger Kamber et lui se sont concentrés sur le haut du corps et se sont inspirés du modèle de combinaison de l’année précédente – tout en respectant bien sûr les nouvelles directives de la FIS, qui imposent des combinaisons plus ajustées afin de réduire la portance. La nouvelle combinaison a été utilisée pour la première fois à l’entraînement à Predazzo et Gregor Deschwanden s’est directement senti plus à l’aise sur le tremplin. «Une bonne sensation t’apporte plus de relâchement et de décontraction.»
Mais un nouveau chantier s’est aussitôt ouvert. Après la première journée d’entraînement (avec les 22e, 22e et 14e rangs), Martin Künzle a estimé qu’en début de phase de vol, le sauteur recevait trop peu de soutien de ses skis – ou, dans le jargon du saut: trop peu de «feedback». Le Toggenbourgeois a donc proposé de tester le deuxième jour un modèle particulier, plus souple, parmi les skis disponibles. Un type de ski qui se plie plus facilement, capte davantage le vent et pousse ainsi l’athlète vers le haut. Il s’agissait de trouver le bon compromis entre un maximum de vitesse et un soutien suffisant des skis. «Nous n’avions rien à perdre. J’ai donc dit qu’il fallait saisir cette dernière chance de changer de skis», relate Martin Künzle. En comptant le saut d’essai, il ne restait plus que quatre sauts d’entraînement avant la compétition.
Or, juste avant le départ pour Predazzo, le technicien Björn Schneider avait
justement choisi de laisser chez lui, en Thuringe, ce modèle sur lequel reposaient désormais les nouveaux espoirs, plutôt que de l’emporter dans le bus de service. Il faut dire que Gregor Deschwanden n’avait donné aucun signe, dans les semaines précédentes, qu’il souhaitait encore utiliser prochainement cette paire. Björn Schneider a donc immédiatement pris la route et parcouru au total près de 1500 kilomètres afin que les skis soient à disposition pour la deuxième journée d’entraînement à Val di Fiemme.
Un temps précieux grâce à la cérémonie d’ouverture
Le fait que, pour la première fois dans l’histoire olympique, une cérémonie d’ouverture décentralisée ait été

organisée s’est finalement révélé une aubaine pour l’équipe suisse de saut à ski. L’un des trois sites prévus pour le défilé des nations se trouvait à Predazzo – et pas n’importe où: au bas des tremplins. L’installation a donc été provisoirement fermée, ce qui fait que les deux entraînements n’ont pas pu avoir lieu sur deux jours consécutifs, mais avec un intervalle de deux jours. Davantage de temps pour les analyses, donc. Et surtout assez de temps pour faire venir le fameux modèle de ski jusqu’au Trentin.
Avec ce nouveau matériel aux pieds, Gregor Deschwanden n’a que légèrement progressé au classement lors de la deuxième séance d’entraînement (18e, 14 e et 18e). En revanche, il a reçu un bien meilleur feedback de ses skis. De nouveaux ajustements apportés aux fixations se sont également révélés payants.


«Le timing a été tout simplement parfait: les éléments décisifs ont été réunis au bon moment.»
Gregor Deschwanden
L’analyse de ces sauts d’entraînement, la veille de la compétition, a montré qu’un saut jusqu’à la hill size était possible pour Gregor Deschwanden, à condition qu’il parvienne à gagner davantage de hauteur au début de la phase de vol. Cette consigne formulée par l’encadrement, le sauteur de 35 ans l’a exécutée à la perfection lors du saut d’essai précédant la compétition, avec le 4 e meilleur résultat à la clé.
Moins d’une heure avant le début du premier concours olympique, un sentiment qu’il cherchait en vain depuis des semaines est soudain revenu: la confiance. «Le timing a été tout simplement parfait: les éléments décisifs ont été réunis au bon moment.» La confiance, enfin. Mais aussi des pensées intérieures positives. Ce lundi-là,
Gregor Deschwanden s’était rendu au tremplin avec l’objectif d’entrer dans le top 10 et de signer ainsi son meilleur résultat de la saison. Mais désormais, ses pensées tournaient autour de quelque chose de bien plus grand: une véritable chance de décrocher son premier podium de l’hiver aux JO, pile au bon moment.
Et effectivement: après la première manche, Gregor Deschwanden occupait le 4e rang, à 0,1 point du bronze. Malgré cette position prometteuse, il avait désormais les idées plus claires qu’avant le premier de ses deux sauts de compétition. «Je savais une chose: j’avais réussi un très bon saut d’essai et je l’avais encore refait en première manche. Pourquoi cela ne marcherait-il pas à nouveau lors de la manche finale?»
Un nouveau record du tremplin avec une aisance nouvelle
Entre ses deux sauts de compétition, il a brièvement pensé au fait qu’il n’avait pas emporté avec lui la tenue de Swiss Olympic pour monter sur le podium. Mais c’est surtout la réception qui le préoccupait. Il savait qu’un léger déséquilibre pouvait coûter une médaille, car sur le petit tremplin, les notes de style pèsent bien plus lourd que sur le grand. Que faire, alors, pour convaincre les juges? «Sauter loin. Cela aide toujours à obtenir de bonnes notes», résume Martin Künzle.
Sauter loin? Sauter loin! Gregor Deschwanden a atterri à 106 puis à 107 mètres, soit deux fois le record du tremplin. Il a ainsi obtenu exactement le même total de points que le Japonais Ren Nikaido, finalement synonyme de médaille de bronze olympique. «Avant le dernier saut, j’ai senti qu’il n’y avait plus grand-chose qui pouvait me dévier de ma trajectoire. En deux sauts, j’avais retrouvé une forme d’évidence qui me donnait la certitude que le troisième saut de la soirée serait lui aussi réussi.»
Après trois participations olympiques et six Championnats du monde le plus souvent marqués par des déceptions, la balance a cette fois penché du bon côté pour Gregor Deschwanden. Persévérance, discipline, patience, travail d’équipe et confiance retrouvée au bon moment l’ont porté encore plus haut: jusqu’à sa première victoire en Coupe du monde, sur le tremplin de Holmenkollen à Oslo, seulement 33 jours après son exploit italien.
Texte: Roman Eberle
«Avant le dernier saut, j’ai senti qu’il n’y avait plus grand-chose qui pouvait me dévier de ma trajectoire.»
Gregor Deschwanden














Les JO sont une véritable effervescence. Médailles, larmes, joie: tout se produit en même temps. Et au milieu de tout cela, les responsables de la communication de Swiss-Ski doivent décider: filmer ou détourner le regard?
Nous nous sentions comme dans une boule de neige. Du côté de Livigno, où se déroulaient les compétitions de freestyle, c’était l’hiver profond, la vallée recouverte de blanc – et nous, en plein cœur de la bulle olympique. Pendant trois semaines et demie, tout a tourné autour du plus grand événement de sports d’hiver au monde. Autour du prochain post sur les réseaux sociaux, de la prochaine compétition, du fait d’être au bon endroit au bon moment. Quand publier? Que peut-il se passer? A quelles situations devons-nous nous attendre? Autant de questions que doivent se poser les responsables de la communication de Swiss-Ski.
Nous sommes six sur place, deux pour le ski alpin, deux pour les disciplines nordiques et deux pour le freestyle – répartis sur cinq sites différents dans le nord de l’Italie. Nous nous déplaçons entre disciplines et compétitions, entre aire d’arrivée et zone médias – avec l’ordinateur portable sur les genoux en plein dans la neige et les doigts gelés après huit heures passées sur le smartphone. Nous accompagnons les équipes pour toutes les questions liées aux médias et à la communication, racontons leurs histoires et réagissons à ce qui se passe sur la neige – parfois en l’espace de quelques minutes.
Pendant 20 minutes, Noé Roth ne sait pas si sa compétition continue ou si elle est terminée. En tant que douzième et dernier, il pourrait tout juste se qualifier pour la super finale. Ou non. Comme un tigre en cage, il fait les cent pas. Il revient sans cesse vers le live timing, jette un coup d’œil au classement. Filmer et publier? Ou attendre encore... cela pourrait devenir émotionnel.
Si les deux Kazakhs réussissent leurs sauts, Noé Roth est éliminé. Adieu le rêve d’une médaille olympique individuelle en aerials. Pirmin Werner se trouve à ses côtés. Il a réussi ses sauts, il est en tête après les qualifications.
Les Kazakhs échouent. Noé Roth est qualifié pour la super finale. Il s’allonge dans la neige, submergé par le soulagement. Pirmin Werner est immédiatement à ses côtés, lui parle, le réconforte. Coéquipiers. Amis.
Filmer? Publier? Peut-être que l’histoire ne fait que commencer.
Et effectivement, la situation bascule complètement. Noé Roth réussit son saut en finale et remporte l’argent. Pirmin Werner, lui, se manque et termine 5 e . Triomphe et déception, au sein de la même équipe, dans la même compétition. Pour les réseaux sociaux, nous retenons leur étreinte. Mais une autre image reste:


une émotion devient-elle privée?
e

le moment où Pirmin Werner se détache de l’étreinte et doit brièvement ravaler sa déception.
Chaque discipline fonctionne différemment, chaque équipe a sa propre dynamique. Et c’est précisément pour cela que les responsables de la communication vivent les JO sous un angle que peu de gens voient: nous faisons en quelque sorte partie de l’équipe, nous accompagnons les athlètes dans leurs hauts et leurs bas... tout en restant à côté, dans un rôle à part. Nous ne faisons pas partie de l’encadrement, et pourtant nous sommes souvent les premiers à les retrouver à l’arrivée – quand la joie ou la déception est la plus intense. Au cœur des montagnes russes émotionnelles qui caractérisent ces JO.
Les JO étaient tout aussi extrêmes entre deux compétitions. Lors du sprint par équipes en ski de fond, il ne s’écoule que 10 minutes entre l’arrivée des femmes et le départ des hommes. Pour
les femmes, c’est l’argent. Pour les hommes, la «médaille en chocolat». Un post avec des visages souriants. Le suivant avec des têtes basses.
Publier ou non?
Huit jours plus tôt, en ski de fond, il y a eu la désillusion du sprint individuel. Dans les rares coins du stade d’arrivée de Val di Fiemme, quelqu’un pleure. Filmer et montrer aussi ces émotions? Ou est-ce trop intime? Brève hésitation. Peut-être filmer, au cas où... On décidera plus tard de publier ou non. D’abord répondre aux demandes d’interview de la veille – pour le saut à ski, alors que les larmes coulent toujours le long de la piste de ski de fond.
La veille, Gregor Deschwanden a décroché le bronze sur le petit tremplin, à la surprise générale. Et le même jour, Mathilde Gremaud a remporté l’or en slopestyle. Pendant sa célébration, la nouvelle
de la médaille du sauteur tombe. Encore plus de joie. Mais tout le monde n’en profite pas. Certains sont à l’étage, en quarantaine: suspicion de norovirus. Officiellement. Officieusement, nous accusons les concombres du buffet.
La fête a quand même lieu. «Limoncello per tutti». Rien de tout cela ne finit sur les réseaux sociaux – contrairement à la vidéo des nouvelles coiffures. Cheveux, moustaches et barbes tombent. Nous aussi devons passer par là. Après tout, nous faisons aussi partie de l’équipe – d’une certaine manière.
Il se passe tellement de choses en même temps, en parallèle, tout s’enchaîne. De la joie ici, de la déception là, et au milieu, nous essayons de capter tous ces moments. Et toujours ces questions: Le monde du sport doit-il voir cela? Doit-il vraiment le voir? Est-ce une émotion privée? Et une émotion olympique peut-elle rester uniquement privée? Si oui – à quel moment?


Sans doute lorsque la personne n’est plus un athlète, une prétendante aux médailles ou une figure publique. Mais simplement quelqu’un qui a tout consacré pendant quatre ans à cet instant –et qui réalise que, cette fois encore, cela ne suffit pas.
Finale du slopestyle masculin. Andri Ragettli termine 4 e . Comme quatre ans auparavant. Pendant une demi-heure, il reste assis au sol, la tête entre les genoux, les bras croisés dessus. Chaque fois qu’il relève la tête, les larmes sont encore plus visibles.
Regard vers l’équipe TV. Le journaliste de la SRF tapote sa montre, hausse les épaules – presque désolé. Cela fait partie du sport. Comme l’interview après la «défaite».
«Je dois vraiment la faire?»
La réponse tombe: «Oui, tu dois.»
Avaler. Respirer. Répondre.
Andri Ragettli se relève. Sur le chemin vers la zone médias, il essaie de ne regarder personne. Personne ne doit lui parler, personne ne doit le toucher. On le sent: un geste de trop – et tout basculerait. Puis il est là. Devant le micro. Devant la caméra. Il tient bon, répond aux questions et explique qu’il aurait voulu gagner cette médaille pour son père décédé. Ensuite: continuer le plus vite possible. Encore une interview, puis une autre. Puis directement rejoindre sa famille. Pour ne pas porter ce moment seul.
Filmer?
Cette fois, non. Les photos d’agence de la compétition suffisent.
Peut-être que c’est précisément le moment où une émotion peut rester privée. Même si des millions de personnes regardent. Même si le sport est devenu une scène. Là, il y a une personne, sous ce dossard, qui ne pense ni à l’audience, ni aux clics, ni aux vues. Ni aux photos, ni aux titres. Mais simplement au fait qu’un rêve vient de se briser.
Et c’est précisément là que commence notre rôle. Celui des responsables de la communication. Nous nous tenons entre ces moments et le public. Nous devons sentir quand une image peut être racontée et quand ce n’est pas le cas. Quand une interview peut être sollicitée et quand une athlète ou un athlète doit simplement pouvoir être humain.
C’est un équilibre permanent.
Car certains moments sont comme une boule à neige. Tout tourbillonne, rien n’est clair. Il faut d’abord la laisser se poser un instant, pour que la neige retombe. Ce n’est qu’ensuite que l’on voit ce qui s’est réellement passé et ce qui est important.
Texte: Lia Näpflin
Un projet familial de ski à Engelberg
Au pied du Titlis, au cœur de la Suisse centrale, Engelberg est un lieu qui, avec des altitudes dépassant les 3’000 mètres et son exposition nord, compte parmi les régions les plus ennei-gées de Suisse. C’est ici qu’une famille hors du commun a réalisé un projet de construction tout aussi exceptionnel : trois maisons étroitement liées – sur le plan architectural comme familial. Pour la famille de skieurs Gisin, avec Dominique, Marc et Michelle, ce projet concré-tise un souhait de longue date : construire et s’ancrer là où leur propre histoire a commencé.
« Pouvoir encore construire aujourd’hui, et en plus à l’endroit où l’on a grandi, est une chance rare », explique Dominique Gisin. « Pour nous, c’était comme un rêve. »
Le projet a donné naissance à un ensemble de trois maisons individuelles qui allie architecture, mise en œuvre des matériaux et conception lumière. Plusieurs générations ont été impliquées : frères et sœurs, partenaires et parents. Dans un projet conçu sur un terrain en pente, avec des visions parfois différentes au sein de la maîtrise d’ouvrage, de nombreuses déci-sions se sont révélées difficiles à anticiper.

Un accompagnement étroit par l’architecte Florian Rickenbacher, associé de RBA Architekten GmbH ETH SIA, ainsi que par différents partenaires de planification et spécialistes – dont TRILUX AG en tant que partenaire lumière – a permis de trouver la solution la plus adaptée à chaque situation. Avec le recul, la famille retient avant tout une expérience très positive.
« Nous avons dû rester flexibles », ajoute Michelle Gisin. « Mais au final, nous avons toujours trouvé une solution. »


Une architecture entre «chalet» et «modernité»
Chaque maison possède sa propre identité tout en s’inscrivant dans une vision architecturale commune. L’architecture s’inspire de l’environnement alpin et réinterprète le chalet traditionnel dans un langage contemporain. Avec vue sur le Titlis, les maisons offrent un panorama spec-taculaire sur les montagnes.
Le bois, la pierre et le béton apparent définissent le caractère des bâtiments. Ce choix de ma-tériaux fait écho à la topographie en pente du terrain et confère à l’ensemble une expression alpine, presque minérale. À l’intérieur également, les matériaux naturels et chaleureux jouent un rôle central. Les sols et plafonds acoustiques sont majoritairement réalisés en matériaux d’aspect bois ou en parquet rustique, contribuant à une atmosphère accueillante.
Bien que les trois maisons reposent sur une même idée architecturale, chaque famille déve-loppe sa propre interprétation de l’habitat et de la lumière. Tandis que l’une met l’accent sur des espaces de vie généreux et des ambiances lumineuses chaleureuses, les autres privilé-gient des lignes épurées et une utilisation ciblée de la lumière naturelle.
La lumière comme élément architectural
Un élément commun aux trois maisons est la conception lumière. Le concept d’éclairage a été développé en collaboration avec TRILUX et considère la lumière non pas comme un simple aspect technique, mais comme une composante intégrale de l’architecture.
Parmi les solutions utilisées figurent notamment des familles de luminaires du portefeuille TRILUX telles que Sonnos, Olisq, Invego et Skeo. Elles sont complétées par des luminaires design de Monolicht AG, filiale de TRILUX AG et membre du groupe TRILUX. Des modèles comme Boya, Matua ou Lucid Mini apportent des accents architecturaux ciblés et contribuent fortement à l’atmosphère des espaces.
Pour la famille, la lumière joue également un rôle essentiel au quotidien. Séverine Gisin décrit parfaitement son importance :

Cage d’escalier avec Boya Variation, ainsi que cuisine avec suspensions TRILUX Sonnos.

La lumière devient ainsi un élément central de l’architecture et contribue de manière décisive à ce que ces maisons ne soient pas seulement fonctionnelles, mais de véritables lieux de vie.
Pour TRILUX, ce projet est particulier. Les projets résidentiels privés ne font pas partie du quotidien d’une entreprise internationale spécialisée dans l’éclairage commercial. C’est d’autant plus précieux lorsqu’un partenariat avec Swiss-Ski donne naissance à une histoire aussi authentique.
Les maisons de la famille Gisin représentent ainsi bien plus qu’un projet architectural : elles incarnent une relation unique entre famille, sport de haut niveau et lumière. Un projet qui montre comment les partenariats peuvent rayonner bien au-delà du sport.
La qualité invisible de la lumière
« On ne remarque généralement la lumière que lorsqu’elle ne fonctionne pas ou qu’un espace est mal éclairé. Dans un projet comme celuici, sans un bon éclairage, on perd probablement un tiers de la qualité de vie. »

Nadja Kälin (24 ans) est entrée dans l’histoire du sport suisse en remportant le bronze sur 50 kilomètres et en offrant à notre pays une première médaille olympique individuelle en ski de fond féminin. Qui est la fondeuse de St-Moritz, qui doit composer avec un asthme d’effort et ne veut pas être une star?
Soudain, ce n’est plus un rêve. L’athlète au dossard 13 lève les bras. Sur son visage, se dessine un sourire qui exprime une profonde satisfaction... et sans doute aussi un peu d’incrédulité. Du bronze sur 50 kilomètres aux JO? Est-ce vraiment possible?
Oui!
Lors du sprint final, Nadja Kälin affiche une maîtrise impressionnante. Ces poussées de bâtons! Cette détermination! Ce rythme! Un effort colossal, qui la propulse sur le podium. Après 2h23’09’’7, le plus beau résultat de sa carrière est acquis. Et ce qui ressemblait à un rêve devient réalité. «C’est un peu surréaliste», confiera-t-elle quelques jours plus tard. «Tout cela est difficile à réaliser.» Ce 22 février, seules la Suédoise Ebba Andersson et la Norvégienne Heidi Weng sont plus rapides qu’elle.
Dans l’aire d’arrivée de Tesero, elle confie: «Quand on est enfant, on rêve de
ça. Mais en grandissant, on se dit que tout cela est tellement loin.» Et pourtant, aux JO 2026 de Milan/Cortina, la fondeuse de 24 ans signe un succès aussi retentissant qu’inattendu. Nadja Kälin ne ramène pas seulement une médaille de bronze, mais aussi une médaille d’argent remportée lors du sprint par équipes avec Nadine Fähndrich. Sans oublier sa 4e place lors du skiathlon, pour sa toute première épreuve olympique.
Pas une star – et encore moins une héroïne
Jamais auparavant, une fondeuse suisse n’avait remporté une médaille olympique individuelle. De quoi lui donner l’étoffe d’une héroïne. Ou d’une star. Mais ces mots ne correspondent pas à Nadja Kälin. Elle est plutôt mal à l’aise lorsque les projecteurs se braquent sur elle. «Star» ou «héroïne», cela ne lui parle pas. «Cette course était certes incroyable, mais elle ne fait pas de moi une meilleure personne.»
Des mots qui ne surprennent pas sa sœur. Marina Kälin, médaillée aux Championnats du monde juniors et U23 et elle aussi olympienne, explique: «C’est tout à fait Nadja. Elle ne s’emballe pas facilement et préfère savourer les choses en silence plutôt que de crier sur tous les toits.» Marina a suivi le 50 km à la télévision, à la maison, et a souffert avec sa sœur. Lors du final, elle n’en a pas cru ses yeux: «Nadja a gagné une médaille olympique individuelle. Elle l’a vraiment fait – incroyable!»
Ce qui réjouit particulièrement Nadja Kälin, c’est de pouvoir inspirer positivement les jeunes. «C’est une bonne chose que les enfants suisses ne soient pas toujours obligés de regarder vers la Norvège», dit-elle en référence à la nation dominante du ski de fond. Et Nadja Kälin est sans aucun doute un modèle pour la relève suisse – un statut qui lui convient bien mieux que celui de star.
Respirer devient soudain difficile
Retour en arrière. Pendant longtemps, Nadja Kälin est considérée comme un grand talent et brille plusieurs fois au niveau international chez les jeunes. En 2020, elle remporte l’or en relais aux Championnats du monde juniors à Oberwiesenthal. Quatre ans plus tard, elle décroche l’argent sur 10 km classique aux Mondiaux U23. Mais en Coupe du monde, elle ne parvient pas tout de suite à rentrer dans le top 10.
Cela change la saison dernière, après un déclic en lien avec un problème de santé. L'athlète commence à avoir des difficultés à respirer. Elle n’en trouve pas d’explication. L’altitude ne peut pas être en cause, pense-t-elle: «car en tant qu’Engadinoise, j’y suis habituée.» Dans un premier temps, la fondeuse – qui vit désormais à Davos – pense simplement être en mauvaise forme.
Mais cela ne suffit pas à expliquer ce qu’elle ressent. Les symptômes apparaissent régulièrement, avec une intensité variable. Elle décide donc de se soumettre à des examens médicaux. Après des tests approfondis, le diagnostic tombe: asthme d’effort. Le volume pulmonaire est réduit, ce qui influence naturellement la condition physique.
Cela pourrait sembler grave, mais la fondeuse ne s’inquiète pas outre mesure. «Beaucoup de fondeuses et de fondeurs sont confrontés à ce défi», explique-t-elle. Parmi eux, figure un compatriote célèbre: le quadruple champion olympique Dario Cologna, lui aussi touché par l’asthme d’effort.
Un spray permet d’y remédier. Et Nadja Kälin franchit un cap.
Abandonner n’a jamais été une option
Il serait toutefois trop simple d’expliquer ce déclic uniquement par ce spray. Pour la jeune femme, ce n’est qu’un élément parmi d’autres. La clé reste le travail assidu de ces dernières années. Sa sœur Marina la décrit comme «résiliente» et ajoute: «Nadja a traversé plusieurs périodes où les choses ne se passaient pas comme elle le souhaitait. Mais abandonner n’a jamais été une option pour elle.»
Une fois la solution trouvée, Nadja Kälin réalise des performances impressionnantes. Aux Championnats du monde 2025 à Trondheim, elle se classe 6 e du skiathlon, 8e sur 10 km et sur 50 km, ainsi que 5e avec le relais. La Grisonne est elle-même surprise que tout fonctionne aussi bien. Elle y voit la confirmation que ses efforts portent leurs fruits et qu’elle se rapproche de l’élite mondiale. Mais une pensée lui traverse aussi l’esprit: les toutes premières places restent encore un peu loin.
Nadja Kälin analyse toujours ses performances avec rigueur et esprit critique. «Je suis rarement contente de moi», dit-elle. Son perfectionnisme la pousse à avancer. Et elle veille à ne pas s’exposer inutilement au risque de tomber malade. «Un simple rhume peut déjà ruiner une partie de la saison.»
«Super happy» – et ce n’était que le début
Aux JO 2026, dont les épreuves de ski de fond se déroulent à Val di Fiemme, Nadja Kälin vit les plus beaux jours de sa carrière. Après sa 4e place lors du skiathlon, elle se dit «super happy». Après l’argent du sprint par équipes, elle se dit: «Il ne sera plus possible de faire mieux.» Ses pensées à ce moment-là: «Il reste encore une course.» Aujourd’hui, elle raconte avec un sourire: «Et puis il se passe ça…»
Elle esquisse une stratégie pour la dernière montée du 50 km. Elle veut si possible éviter un sprint groupé avec ses

L’argent


Un bref regard vers l’arrière sur la piste: Nadja Kälin devine-t-elle déjà qu’un exploit est en train de se dessiner?

Deux médailles et un diplôme: Nadja Kälin vit les plus beaux jours de sa carrière aux JO 2026.
adversaires. «Bon, maintenant tu fais comme Kläbo», se dit-elle. La veille, elle avait observé comment le Norvégien Johannes Kläbo – la grande star de Milan/ Cortina 2026 avec six médailles d’or –franchissait ce passage difficile.
Le plan fonctionne. Et Nadja Kälin joue les prolongations en dehors de la piste. Une interview ici, des photos là: c’est le lot d’une athlète à succès. Elle y voit aussi l’occasion de donner davantage de visibilité au ski de fond. «Nous ne sommes jamais aussi présents dans les médias que les skieurs alpins, qui passent logiquement en premier durant l’hiver», dit-elle. «Mais je pense que le ski de fond mérite aussi une certaine attention.»
Nadja Kälin n’est pas du genre à parler fort, mais elle n’hésite pas à défendre ses idées et ses coéquipières. En tant que représentante des athlètes, elle défend par exemple les intérêts de l’équipe auprès de la fédération nationale et de la fédération internationale. «Quand quelque chose me préoccupe, je le formule clairement et je m’engage pour mes coéquipières.»
On pourrait presque penser que la saison 2025/26 n’aurait jamais dû se terminer pour la Grisonne. Une semaine après son exploit olympique, elle dispute le skiathlon de Falun et égale son meilleur résultat en Coupe du monde avec une 7e place. Juste après les JO, son programme est si chargé qu’elle affirme un jour: «Je n’ai pas le temps d’être fatiguée.» Mais elle a dû puiser très loin cet hiver, tant physiquement que mentalement. Quelques semaines de vacances ne feront donc pas de mal. Et dès le mois de mai, la préparation reprendra en vue de la saison prochaine, avec en point d’orgue les Championnats du monde de Falun. C’est bien connu, l’appétit vient en mangeant. Nadja Kälin conclut: «Je n’ai pas l’intention de m’arrêter là.»
Ou, formulé autrement: elle a encore de grandes ambitions.
Texte: Peter Birrer
Airolo abrite la principale installation d’entraînement et de compétition pour les disciplines aerials et bosses en Suisse. Relève et élite mondiale s’y entraînent côte à côte. L’exploitation est assurée par Deborah Scanzio, ancienne médaillée aux Mondiaux et véritable moteur du projet. Mais l’installation n’est que le début.
Un samedi matin de mars, dans le domaine skiable d’Airolo. La neige scintille au soleil. En haut de la pente, de jeunes spécialistes d’aerials attendent, dossards sur la combinaison, ajustant une dernière fois leurs gants avant de s’élancer vers le tremplin; les autres répètent leur saut dans leur tête en attendant leur tour, puis s’élancent et tourbillonnent dans les airs.
Plus bas sur la pente, là où les tremplins se dressent côte à côte comme trois frères, Deborah Scanzio se faufile entre les visages bronzés et les lunettes de soleil aux verres miroirs. La responsable des événements d’aerials échange quelques mots avec un homme qui tient un micro dans la main. Il doit commenter la compétition, mais n’a jusqu’ici assumé cette tâche que lors d’un seul concours de bosses. En arrière-plan, de grandes enceintes noires balancent du punk-rock.
A côté des trois tremplins, se dresse une construction en bois élancée, aussi neuve qu’elle en a l’air. L’étage supérieur est réservé aux juges. Des photos de Noé Roth couvrent les murs de l’étage inférieur. Noé Roth dans les airs, Noé Roth champion du monde. Assis à une table, un homme et une femme fixent trois écrans: ils font partie de la délégation canadienne et ont démarré le live streaming. Ils zooment sur la piste de bosses, puis sur l’élan des tremplins d’aerials, demandent à Deborah Scanzio si cela convient. Elle acquiesce et se lève. Sur le toit du bâtiment, des coaches filment leurs athlètes – mais pour y monter, il faut porter un harnais de sécurité, pour des questions de responsabilité. Deborah Scanzio grimpe pour le leur rappeler; plus tard, elle le répétera aussi au caméraman d’une chaîne de télévision.
C’est week-end de Coupe d’Europe à Airolo: les femmes et les hommes disputent deux compétitions jusqu’au dimanche après-midi. L’équipe mixte suisse, récente médaillée d’argent olympique, est également présente au complet: Noé Roth, Pirmin Werner et Lina Kozomara. Noé Roth est double champion du monde, double vainqueur du classement général de Coupe du monde, Primin Werner médaillé de bronze aux Mondiaux, auxquels s’ajoutent de nombreux succès collectifs.
Et pourtant, plus tard, alors qu’ils signent des autographes au pied du tremplin, quelqu’un s’approche, regarde la médaille et demande: vous étiez vraiment aux JO?
De la peur des débuts à la médaille olympique
Mais c’est une exception. Car ici, on connaît les trois athlètes. En matière d’aerials, il existe deux sites principaux en Suisse: Mettmenstetten, dans le canton de Zurich, où les athlètes s’entraînent l’été sur le tremplin aquatique, et Airolo, où ils perfectionnent leurs sauts sur neige. C’est à Airolo que Lina Kozomara a vécu toute sa carrière: de sa première compétition, à 8 ans, où elle n’osait pas s’élancer, jusqu’à la préparation en vue des JO, où elle a décroché l’argent. «Cela fait 15 ans que nous venons ici», explique son coéquipier Pirmin Werner. «Et ça commence gentiment à payer», ajoute-t-il dans un sourire. Les télévisions sont là, RSI et Tele Ticino; la discipline n’a peut-être jamais été aussi suivie.
Les conditions à Airolo sont uniques en Suisse, notamment grâce au plus grand des trois tremplins: 4,10 mètres de haut, 71° d’inclinaison au sommet. Jusqu’à trois saltos et cinq vrilles pour celles et ceux


Pour Noé Roth (à g.) et Pirmin Werner, Airolo est bien plus qu’un site d’entraînement: c’est ici qu’ils ont perfectionné leurs sauts et entamé leur parcours vers l’élite mondiale.
qui s’y élancent. Il n’existe qu’une poignée d’installations comparables en Europe, une douzaine à l’échelle mondiale. Autrefois, il fallait aller en Finlande ou en Biélorussie. «Notre ambition était de disposer d’une installation d’entraînement hivernale permanente pour les bosses et l’aerials. C’est ainsi que le projet est né», explique Christoph Perreten, Chef Freestyle de Swiss-Ski. Au-delà du tremplin pour les triples saltos, ce sont les détails qui «font» Airolo: pour permettre de s’entraîner avec moins de neige, des terrassements ont été réalisés, des conduites pour l’enneigement ont été installées et un bâtiment en bois a été construit pour que les juges notent les sauts.
Deborah Scanzio, responsable des événements, sort justement de ce bâtiment. Cheveux bouclés bruns, piercing au sourcil droit, elle travaille au marketing des remontées mécaniques d’Airolo et organise les événements freestyle de la

Avec ses trois tremplins, ses infrastructures modernes et ses installations pour les bosses et l’aerials, la Freestyle Arena Airolo fait partie des sites les plus importants d’Europe.
station. Dire qu’elle connaît chaque bosse de la pente n’est pas exagéré: elle est née dans la vallée et est une ancienne spécialiste de bosses, médaillée de bronze aux Mondiaux 2007.
Plus tard, elle racontera combien les dernières semaines ont été intenses. Elle a non seulement organisé l’étape de Coupe d’Europe, mais aussi un camp de préparation FIS en vue des Mondiaux juniors, ainsi que ces mêmes Mondiaux juniors. Et pourtant, lorsqu’elle parle, elle paraît sereine. «Une fois sur la montagne, mon travail est assez tranquille – tout tourne, je vérifie simplement s’il y a des problèmes», dit-elle. C’est peut-être cette touche méridionale qui lui donne l’air si joyeux, ou alors son accent italien. Le speaker assure pour sa première compétition d’aerials, Deborah Scanzio rigole. Il lui avait demandé les informations suffisamment tôt, dit-elle, mais elle ne les lui a envoyées que la veille. Mais c’est un professionnel, il a de la bouteille. «Le plus important, c’est qu’il cite les sponsors», ajoute-t-elle dans un nouveau rire. Elle salue une femme, remercie un homme, passe de l’italien au français puis revient à l’anglais. Plus tard, le speaker passera de la musique à la station inférieure pour l’après-ski. Deborah Scanzio aurait pu engager un DJ professionnel plus coûteux, mais elle préfère investir cet argent dans la compétition.
En tant qu’ancienne athlète, elle connaît exactement les conditions nécessaires à la performance – et combien il est difficile de les réunir dans un sport de niche. «Certes, nos athlètes sont moins connus que les descendeurs. Certes, les moyens sont plus limités dans notre sport», dit-elle. «Mais chez nous, il y a énormément de gens avec un grand cœur et une passion incroyable.» Elle désigne un homme en combinaison verte. Le bronzage de quelqu’un qui passe plus de temps sur les pistes qu’à l’intérieur et deux barres métalliques à la main. «Tu vois», dit Deborah Scanzio, «c’est le meilleur coach du pays… et il est en train de monter un mât de drapeau.» Il

Ici, tout le monde travaille main dans la main pour rendre possibles les entraînements et compétitions d’aerials et de bosses.
s’agit de Michel Roth, père et entraîneur de Noé Roth. Ils sont rentrés de Livigno avec deux médailles d’argent. Papa Roth perce la neige, fixe le support et visse le drapeau, déjà balayé par le vent.
L’aerials est une discipline spectaculaire, mais encore un peu mystérieuse pour beaucoup. On regarde, fasciné – et parfois un peu perplexe – ces équilibristes qui s’élancent comme sur des rails, on tente de suivre les saltos et les vrilles, mais même au ralenti, tout va souvent très vite. Mais à Airolo, en voyant l’engagement de chacun, en constatant ce qui devient possible et la joie que cela procure, même si chaque compétition n’attire pas un million de spectateurs, alors cette fascination devient soudain palpable.
Plus haut sur la pente, les qualifications battent leur plein, tandis qu’en bas, près des gradins, une vingtaine d’enfants se pressent autour du trio olympique composé de Noé Roth, Pirmin Werner et Lina Kozomara. Ils se mettent en place pour la photo de groupe, les photographes accourent, les smartphones brandis en l’air. Puis les trois stars s’installent à une table,
avec devant elles les médailles d’argent, quelques feutres et des cartes d’autographes. Une fillette d’une dizaine d’années saisit la médaille d’argent de Noé Roth et lance: «Salut Noé, je viens de gagner une médaille d’argent aux JO, tu veux un autographe?» «C’est clair», s’amuse l’athlète. La fille prend une carte et écrit soigneusement son nom. Noé Roth connaît beaucoup de ces enfants, par le biais des entraînements et des camps. Dans le milieu de l’aerials, tout le monde se connaît et s’entraide –même au-delà des frontières.
Une femme vient chercher Lina Kozomara pour une interview avec la télévision tessinoise. Deborah Scanzio apporte à Pirmin Werner la saucisse qu’elle lui a promise. «Elle prend vraiment soin de nous », sourit Pirmin Werner. Le fait qu’elle connaisse parfaitement ses besoins en tant qu’ancienne athlète est selon lui extrêmement précieux; quand on ne vient pas du sport d’élite, c’est parfois plus difficile Puis le directeur de l’office du tourisme arrive, serre la main de Noé Roth, le félicite pour sa médaille olympique et le remercie chaleureusement pour la visibilité offerte à Airolo. Grazie mille.
Les enfants montrent la voie
Noé Roth lève les yeux vers la pente, où la compétition se déroule et où son père se tient à côté des tremplins. «Sans tout l’engagement de tant de personnes ici, une telle infrastructure n’existerait pas –et notre sport n’en serait jamais là.» Entre deux signatures, il inscrit son nom sur un casque de ski. «Ici, c’est chez nous. Je ne connais pas de montagne sur laquelle j’ai passé plus de temps.» Les souvenirs affluent, il se met à raconter: «Tu t’élances sur le tremplin, tu tombes, tu te relèves, et ça
repart.» Quelques jeunes athlètes passent à côté, Lina Kozomara regarde leur classement sur son téléphone, se réjouit de la 6 e place provisoire d’une jeune, encourage une autre: «C’est votre première Coupe d’Europe: profitez, tout simplement.»
Noé Roth sourit, le regard tourné vers la pente d’atterrissage. «C’est génial de voir tous ces enfants sauter. C’est vraiment un plaisir de les regarder.» Il ajoute que cela lui rappelle ses débuts, lorsqu’il était luimême un petit garçon. «Quand je vois ces enfants, ils me rappellent que je devrais moi aussi prendre davantage de plaisir.»

Ici, on ne fait pas que s’entraîner:
les Mondiaux juniors cette année.
Deux garçons arrivent avec leurs parents. «Ciao zäme, buongiorno.» Noé Roth écrit deux fois son nom en lettres capitales, puis rit: c’est la signature qu’il a créée lorsqu’il était enfant.
Ce sont ces enfants et ces ados qui s’élancent sur le tremplin avant de venir chercher un autographe – ce sont eux que l’on veut encourager et garder sur la durée. C’est pour eux que cette installation a été construite, explique Christoph Perreten. «Même les plus jeunes s’entraînent sur les mêmes sites que leurs grands modèles, tant à Mettmenstetten qu’à Airolo. Cela les rend accessibles pour la relève.»
Deborah Scanzio acquiesce. A midi, elle est assise au restaurant de montagne devant un plat de poulet et de pommes de terre; derrière elle, les cabines montent vers le Sasso della Boggia, à plus de 2000 mètres. Son objectif, comme celui de Christoph Perreten, serait un jour d’organiser une étape de Coupe du monde à Airolo. Mais pour l’instant, elle a largement de quoi faire. Ce soir, après la remise des prix, dit-elle, elle va s’asseoir et boire une bière – une seule. Parfois, elle se dit qu’elle ne prend pas assez de temps pour les gens qui l’entourent, car elle est toujours pressée. Et pourtant, elle lance sans cesse de nouveaux projets. «Mais c’est peut-être mon caractère», dit-elle en se levant. «Peut-être que j’en ai besoin.»
Ou peut-être est-ce la scène freestyle qui a besoin d’elle.
Texte: Pascal Amri


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Karin Luchsinger prend soin de l’équipe de snowboardcross depuis 16 ans. On fait appel à ses services pour des épaules contusionnées et des muscles contractés, mais aussi pour des maux de ventre ou des pensées invasives. Voici le portrait d’une femme qui est bien plus qu’une physiothérapeute.
«Ce sont les petites choses qui font la différence», glisse Karin Luchsinger au téléphone. À Erzurum, en Turquie, le soleil de mars entre de biais par la fenêtre de l’hôtel. «Parfois, les athlètes viennent me voir et me disent: “Ça va déjà beaucoup mieux qu’hier.”»
C’est la quatrième fois que Karin Luchsinger se rend à Erzurum, une ville située tout à l’est du pays, connue pour sa poudreuse, ses sommets de 3000 mètres et ses longues descentes abruptes. L’équipe suisse de snowboardcross y dispute des épreuves de Coupe du monde. Avant cela, elle s’entraîne et dispute les qualifications. Les journées sont longues pour Karin Luchsinger, qui accompagne l’équipe en tant que physio depuis 16 ans. Le matin, avant le petit-déjeuner, elle pose déjà un ou deux straps à des chevilles, parfois davantage. Puis, à 10h00, elle rejoint l’équipe en montagne, observe le parcours, assiste à l’entraînement... Elle est présente partout. Et lorsque les athlètes enlèvent leurs boots vers 16h00, son véritable travail commence. Elle soigne les épaules, les poignets, les genoux – et très souvent aussi les cervicales, mises à rude épreuve après les chutes. Mais les athlètes s’adressent aussi à elle lorsqu’ils et elles ne trouvent pas le sommeil ou ont mal au ventre.

Karin Luchsinger a 43 ans. Elle est physiothérapeute de formation et thérapeute craniosacrale. Dans son travail, elle combine différentes techniques, y compris issues d’autres branches de l’ostéopathie. Et si ces deux aspects suffisaient à la définir, Karin Luchsinger serait déjà une physiothérapeute brillante, forte d’une solide expérience. Mais elle est davantage que cela.
En 2009/2010, elle a accompagné pour la première fois l’équipe de snowboardcross en tant que physio, à l’époque sur le circuit de Coupe d’Europe. Elle a officié aux JO d’hiver de PyeongChang, puis tout récemment à Livigno. Elle a exulté lorsque Kalle
Koblet a remporté sa première victoire en Coupe du monde en 2023 ou quand Sina Siegenthaler est montée sur la plus haute marche du podium. Elle a vu passer un grand nombre d’entraîneurs... et elle est toujours restée. Certains disent que Karin est la seule constante de l’équipe. Lorsqu’on lui demande ce dont elle a besoin pour vivre, elle répond: «L’essentiel, c’est la variété.»
Le lendemain, Karin Luchsinger est toujours à Erzurum. Nouvel appel WhatsApp, sans caméra cette fois, car la connexion est mauvaise. Quelle est l’ambiance au sein de l’équipe, si peu de temps après les JO et, si près de la fin de saison? «Aujourd’hui,

ce n’était pas terrible», dit-elle. Les hommes n’ont pas obtenu les résultats espérés, les femmes non plus. Elle connaît toutes les difficultés: les longs voyages, le décalage horaire, les athlètes malades, les bagages perdus, les revers. Et malgré tout, on remonte toujours sur la montagne, par tous les vents, par tous les temps. Pourquoi fait-elle tout cela?
Karin Luchsinger aime le snowboard. Originaire du canton de Glaris et aujourd’hui installée dans les Grisons, elle l’a même enseigné un temps comme monitrice. Aujourd’hui encore, entre les entraînements, les courses et les épaules meurtries, il lui arrive de trouver un moment – comme l’avant-veille – pour glisser dans la poudreuse.
Le fait que le sport rythme encore sa vie n’a rien d’un hasard: son père était un passionné de ski de fond, sa mère aussi, et elle-même a fait partie d’un cadre régional. «J’ai compris très tôt à quel point le sport pouvait rapprocher les gens», dit-elle. «Les émotions que l’on ressent, la passion que l’on partage... cela va bien au-delà de sa propre équipe, au-delà même des frontières.» Et quand elle parle ainsi des déplacements, de la vie de groupe, des frissons des jours de course, de cette tension partagée, des bons résultats que l’on fête ensemble, on mesure tout l’attachement qu’elle porte aux personnes qui l’entourent. «Pouvoir vivre tout cela de l’intérieur», dit-elle en marquant une pause, «cela compte beaucoup pour moi.»
Elle ne le formule pas aussi directement, mais on le sent: elle apprécie aussi les moments difficiles. Quand un athlète perd ses nerfs parce qu’une blessure le fait souffrir, parce qu’il a mal dormi, ou parce qu’il attend le repas de midi depuis plus d’une heure. Peut-être bien que Karin Luchsinger n’est jamais aussi importante que dans ces moments-là. Parce qu’elle sait que faire quand quelqu’un craque. S’il faut distraire la personne ou la laisser tranquille. Parce qu’elle sait comment chacun fonctionne. Parce qu’elle est là depuis plus
longtemps que tout le monde dans cette équipe, athlètes et entraîneurs confondus. Quand on se renseigne auprès de celles et ceux qui la côtoient, on comprend à quel point elle porte l’équipe.
Coup de fil à Kalle Koblet, qui a rencontré Karin Luchsinger pour la première fois aux Mondiaux juniors en Slovénie. C’était en 2016. «Depuis toutes ces années, je n’ai jamais entendu quelqu’un dire du mal de Karin», dit le spécialiste de snowboardcross. Selon lui, elle fait le lien entre tout le monde et entretient des contacts avec chacun. Comme physio, en plus de tous les athlètes, elle soigne également les servicemen et les entraîneurs. Et beaucoup se confient une fois allongés sur sa table.
«Karin a clairement une part dans mes succès.»
Noémie Wiedmer

«Je pense qu’il n’y a personne dans le staff qui nous connaît aussi bien qu’elle», estime Kalle Koblet. Il dit que par son attitude positive, elle marque chaque personne individuellement. Et donc l'ensemble de l’équipe. Sans oublier son expérience, dont toutes et tous profitent. «Karin sait exactement ce qu’elle doit faire. Elle connaît les dynamiques, elle connaît toutes les histoires, elle a déjà tout vécu – son rôle est très important pour nous.» Et l’inverse vaut tout autant. Le 23 décembre dernier, date anniversaire du décès de Sophie Hediger, toute l’équipe s’est
rendue à Arosa pour faire du snowboard ensemble – dans ce domaine que Sophie aimait tant – et y allumer une bougie. «C’est ça qui est beau», déclare Karin Luchsinger. «Le fait que j’en fasse aussi partie. Qu’il était évident que Karin viendrait aussi.»
On dit de Karin Luchsinger qu’elle est particulièrement importante pour les jeunes athlètes. Noémie Wiedmer (18 ans), brillante

Elle soigne les épaules, apaise les nerfs et sait d’expérience ce qu’il faut faire: Karin Luchsinger fournit un précieux soutien aux athlètes.

4e à Livigno, raconte: «Durant les JO, j’étais vraiment nerveuse. Karin pratiquait chaque soir sur moi une sorte de détente du système nerveux – on sent vraiment que cela t’apaise – ce qui m’a permis de très bien dormir.» À Erzurum, moins d’un mois après les JO, Noémie Wiedmer a signé son premier podium de Coupe du monde. «Karin a clairement une part dans mes succès », estime la Bernoise. «La relation de confiance que j’ai avec elle est particulière», poursuit-elle. «Quand des pensées tournent en boucle dans ta tête le soir, tu peux lui ouvrir ton cœur. Et ensuite, tu te sens mieux.» Elle rigole. Certaines de ses coéquipières disent qu’elles n’auraient même pas besoin de physiothérapie, mais qu’elles y vont pour passer une demiheure à discuter avec Karin.
«On dit toujours qu’elle a des magic hands», raconte Kalle Koblet, l’athlète de Winterthour qui la connaît depuis dix ans. «Je ne sais pas comment elle fait. Ce sont des gestes très fins, on sent à peine une pression –mais le lendemain, quand tu remontes sur la planche, la douleur a disparu.» Alors, quelle est la recette? Karin Luchsinger rit. «On dirait que je pratique simplement l'imposition des mains.» Kalle Koblet a d’ailleurs déjà envoyé sa mère, sa copine ou encore la mère de celle-ci dans son cabinet à Coire. «Cela montre sa valeur. Si elle n’était pas aussi forte, je ne dirais à personne de faire deux heures de route jusqu’à Coire pour un rendez-vous de physio.»
Karin Luchsinger, elle, estime que «les athlètes survivraient aussi sans physio, il ne faut pas surestimer ce rôle».
Avant que Noémie Wiedmer ne décroche la médaille d’argent aux Mondiaux juniors à la mi-mars à St-Moritz – moins d’une semaine après son premier podium en Coupe du monde, deux mois et demi après s’être fracturé le poignet –, la jeune athlète saluait la disponibilité de Karin Luchsinger. «Quand tu es au départ et que tu lui dis: “Oh, j’aurais besoin d’un mouchoir” – elle part le chercher en courant.»
Ce sont les petites choses qui font la différence.
Texte: Pascal Amri
De grandes premières, des comebacks bouleversants et des histoires impressionnantes: la saison d’hiver 2025/2026 a été riche en émotions pour la Team Helvetia sports d’hiver. En tant que sponsor, Helvetia partage les émotions de ses athlètes et ouvre elle-même un nouveau chapitre.
En 2025, Helvetia et Swiss-Ski ont fêté leurs 20 ans de partenariat. Outre son engagement comme partenaire premium, Helvetia accompagne, en tant que sponsor individuel, des athlètes triés sur le volet au sein de la Team Helvetia sports d’hiver. Avec Malorie Blanc, Lenz Hächler, Isabelle Lötscher et Noémie Wiedmer, une nouvelle série d’athlètes a rejoint l’équipe cette saison.
Convaincre les jeunes talents
Les «nouvelles recrues» de l’équipe ont déjà brillé par leurs performances: Noémie Wiedmer, âgée de 18 ans, est montée pour la première fois sur un podium de Coupe du monde, peu après sa quatrième place aux Jeux olympiques. Isabelle Lötscher est aussi montée sur le podium pour la première fois en Coupe du monde et s’est qualifiée pour les Jeux olympiques.
Quant à Malorie Blanc, elle nous a livré l’un des moments les plus émouvants de la saison: la jeune femme de 22 ans a remporté sa première victoire en Coupe du monde alors qu’elle venait tout juste d’arborer le logo

d’Helvetia sur son casque! Et quelle victoire: une consécration à domicile, à Crans-Montana, à quelques kilomètres seulement de sa ville d’Ayent.
Un choc et de puissants come-backs
Les échecs aussi ont dû être surmontés et ont donné lieu à des moments riches en émotions. Après sa terrible chute lors d’un entraînement de descente à Saint-Moritz en décembre dernier, Michelle Gisin a été contrainte de mettre un terme prématuré à sa saison. Depuis, elle se consacre à sa rééducation, avec patience mais aussi avec détermination. Nous souhaitons à Michelle beaucoup de résilience et de confiance sur le chemin de la guérison.

Saskja Lack a fait un grand retour en skicross: après sa grave chute à Arosa en 2024, elle est montée sur le podium de la Coupe du monde en février dernier. Après avoir remporté d’autres places de podium, elle s’est qualifiée pour les Jeux olympiques de Milan-Cortina.
Après cette saison palpitante, place au retour au calme. Avant d’attaquer leur entraînement d’été, les athlètes recevront le nouvel équipement estival de leurs sponsors. Et le nouveau logo d’Helvetia ne passera pas inaperçu: après la fusion d’Helvetia avec Baloise, une nouvelle marque a vu le jour. Elle porte le nom d’Helvetia et s’affiche en caractères bleus dans le design de Baloise.
Helvetia poursuit son développement en collaboration avec les athlètes. Nous nous réjouissons d’ores et déjà d’entamer la prochaine saison avec ce nouveau look et souhaitons un bel été à notre Team sports d’hiver.





Julie Zogg et Ladina Caviezel font partie des visages du snowboard suisse. Après plus de deux décennies, leur parcours commun touche à sa fin, marqué par des succès, attentes et expériences qui les ont transformées.
Au début de la fin, il y a eu un long texte. Un article paru dans le Liechtensteiner Vaterland. Lorsque Julie Zogg est rentrée à Mels – canton de Saint-Gall, près du Liechtenstein – à la mi-février 2026 après les JO d’hiver, sans médaille, elle a déclaré en référence aux dernières courses de sa carrière: «Si je pouvais encore remporter une victoire, ce serait énorme pour moi, une belle manière de clore un chapitre en paix.»
Une athlète de ce niveau a-t-elle besoin de «faire la paix»? Après une carrière ponctuée de deux titres mondiaux, de deux victoires au classement général de la Coupe du monde, de cinq succès consécutifs en slalom parallèle et de quatre participations aux JO? Après plus de 18 ans au plus haut niveau? Y a-t-il vraiment besoin de finir en beauté?
Julie Zogg, 33 ans, vit encore tellement dans l’instant, que seul le résultat compte, le sport, le présent, la dernière performance –en l’occurrence cette 11e place aux JO. L’avenir passe au second plan... et le passé encore plus. La date exacte de ses débuts en Coupe du monde? Elle ne s’en souvient plus, «fin 2007, je crois». Elle se rappelle seulement avoir terminé 33e à Nendaz lors de sa première course. C’était le 16 décembre 2007. Aucun article dans la presse à l’époque, ce qui ne l’a guère préoccupée. «Baisse la tête et fonce» était son leitmotiv, dévoile-t-elle aujourd’hui. Ne rien lire, ne rien regarder, «peu importe, je voulais simplement dévaler les pentes en snowboard». Les concurrentes plus expérimentées? Elle essayait «simplement de les dépasser», dit-elle. «Je faisais comme ça venait.»
adversaire, coéquipière, compagne de route, puis amie. Ladina, aujourd’hui Caviezel, se souvient encore moins de ses débuts en Coupe du monde. Le lieu? «Kreischberg, en Autriche.» La course? Presque aucun souvenir. «Aucune idée si j’étais nerveuse. Probablement pas. J’étais tout simplement heureuse.» Le résultat? Aucune idée. La date? Encore moins. Le 6 janvier 2010, en réalité. L’essentiel est que cela ait eu lieu? «C’est l’impression que ça donne», Ladina Caviezel s’en étonne elle-même, «mais c’était il y a longtemps, et depuis, il s’est passé tellement de choses, tellement de départs en Coupe du monde».
Les débuts de la snowboardeuse d’Uznach sont bien documentés – «Entrée réussie chez les ‘grandes’», titrait la Südostschweiz après sa 28e place. Elle disait alors ne pas vouloir se fixer d’objectifs pour la course suivante: «Je veux simplement tout donner. On verra si je peux encore gagner quelques places.»
Et elle en a gagné. Contrairement à Julie Zogg, Ladina Caviezel n’a certes remporté ni globe de cristal ni titre mondial – mais elle aussi a participé à quatre JO, remporté une course de Coupe du monde et décroché deux médailles aux Mondiaux. Ce qui frappe surtout, c’est que deux snowboardeuses issues de la filière de formation de Suisse orientale BASE (Boarding Association Switzerland East) soient devenues aussi performantes presque en même temps – et qu’elles tirent aujourd’hui leur révérence ensemble. Après un parcours similaire durant plus de deux décennies.
À la question de savoir si elles avaient un jeu préféré, Ladina Caviezel répond: «Nous préférions faire des bêtises plutôt qu’un jeu de société. Nous étions bruyantes, pleines d’énergie, pas toujours faciles pour les entraîneurs, nous disions ce que nous pensions.» Aujourd’hui, vingt ans plus tard, le soir, elles aiment s'asseoir pour jouer ensemble, au Skyjo par exemple, un jeu de cartes qui s’est «un peu imposé» au sein de l’équipe. «Comme nous voulons toutes gagner, il nous fallait un jeu qui, dans le pire des cas, ne dégénère pas complètement», explique Ladina Caviezel. «Des sportives, quoi, de mauvaises perdantes.»
Et avec les succès, tout a changé
Adversaires et coéquipières, bêtises et tempêtes
Et puis, à un moment donné, Ladina Jenny est arrivée à son tour en Coupe du monde. D'un an sa cadette, mais déjà
Elles ont disputé de nombreuses courses et engrangé beaucoup d’expérience, parfois l’une contre l’autre, mais surtout ensemble. Jeunes, elles s’entraînaient souvent à Flumserberg, avant que Ladina ne rejoigne le gymnase sportif de Davos. Parfois, elles se rendaient ensemble aux compétitions. «C’est vrai, on a passé beaucoup de temps côte à côte», se remémore Ladina Caviezel. Julie Zogg évoque les camps d’automne à Zermatt, le plaisir, les bêtises, les tempêtes sur le glacier qui ne les perturbaient nullement. «Nous arrivions à peine à tenir debout, tant nous étions petites et légères».
Leur énergie débordante n’a pas disparu chez les deux femmes, mais le moment est venu où elles ne faisaient plus simplement «comme ça venait». L’insouciance s’est peu à peu estompée et les succès leur ont fait perdre une part de légèreté. En 2015, Julie Zogg remporte pour la première fois le classement général de la Coupe du monde, et les souvenirs, ou plutôt les sensations de cette période, sont restés bien plus présents que ceux de ses débuts. En fin de saison, des courses ont lieu au Japon, et l’Autrichienne Marion Kreiner s’assure la victoire au classement du géant; Julie Zogg raconte être allée vers elle et lui avoir dit: «C’est super cool ce que tu fais – et le général, personne ne te l’enlèvera.» Mais comme Julie Zogg termine toutes les courses suivantes devant l’Autrichienne, c’est finalement elle qui lui pique le général sous le nez. «Il y a eu des moments où cela me faisait presque me sentir mal», avoue-t-elle.
Ce qui a suivi a été encore plus difficile. Ou plus lourd, au sens propre. La saison suivante, elle s’est mis énormément de pression, et confirme ce qu’on a souvent tendance à dire. Elle percevait soudain les regards des autres athlètes différemment –des regards qui disaient qu’elle – Zogg! La meilleure! – avait désormais quelque chose à perdre. «On perçoit tout différemment. J’en suis arrivée à passer une heure à midi à analyser les points forts de ma prochaine

«Peu importe, je voulais simplement dévaler les pentes en snowboard.»
Julie Zogg
adversaire, à me dire surtout en quoi elle était meilleure que moi.» Ces pensées ont entraîné une incertitude – «suis-je encore aussi bonne?» – un doute qui pesait davantage que la conviction de pouvoir s’appuyer sur ses propres forces.
Ladina Caviezel a vécu quelque chose de similaire: l’insouciance des débuts s’est peu à peu dissipée – de la joie d’un top 16 à l’envie de confirmer un premier podium, encore et encore. «J’aimais le rôle d’outsider. Mais quand on doit gagner et qu’on
n’a plus simplement la possibilité de gagner, la situation est complètement différente. Il faut apprendre à gérer le fait que les autres savent que tu es rapide.» Avec le temps, elle a trouvé une manière de gérer ce paramètre, grâce au travail avec un coach mental, grâce à la routine, grâce à des «choses et des exercices», comme elle dit, qu’elle a intégrés dans cette routine. Elle dit réfléchir plutôt trop que pas assez, «j’ai donc construit autour de moi un environnement qui me soutient», avec des approches ciblées dans différents domaines: physiothérapie, massage, nutrition, méthode Feldenkrais.
On a presque l’impression que la vie est devenue plus sérieuse, à plusieurs égards. La scène a également évolué. Ladina Caviezel et Julie Zogg le soulignent toutes les deux: les légendaires fêtes de snowboard sont devenues plus rares, plus calmes, plus posées. «Avant, on sortait après chaque course – ce n’est plus le cas», dit cette dernière. Elles racontent une étape de Coupe du monde fin février 2026 en Pologne, où la plupart des nations logeaient dans
le même hôtel: les athlètes n’ont pas dansé sur les tables jusqu’à tard dans la nuit, mais ont simplement joué à Mario Kart en début de soirée. «Et pratiquement personne n’a bu une goutte d’alcool», ajoute Julie Zogg. Avec la pandémie de Covid – avec la distance imposée, en quelque sorte – il y a eu «une coupure»; les liens avec les athlètes d’autres nations sont moins étroits, estime Ladina Caviezel, «mais nous avons aussi vieilli, bien sûr».
Il est difficile de le nier. Julie Zogg a annoncé sa retraite dès août 2025, Ladina Caviezel lui a emboîté le pas trois mois plus tard. Mais aucune n’a surpris l’autre: elles en avaient déjà parlé durant l’hiver 2024/25, «et toi, tu arrêtes quand?» Durant l’été, les choses se sont peu à peu clarifiées. «J’ai senti que ce processus n’était pas simple, mais qu’il était nécessaire», relate Julie Zogg. Ladina Caviezel est «absolument certaine d’avoir pris la bonne décision», même s’il y aura des moments «où tout ça nous manquera». On a presque l’impression que Ladina Caviezel choisit volontairement le mot «nous», pour

garder encore un peu de distance avec ce sentiment et avec la personne qu’elle sera alors.
Un peu d’insouciance avec la «chouette bande»
Le 1er mai, Julie Zogg endossera un poste de responsable marketing à 60% chez un sponsor de longue date. Ladina Caviezel augmentera, quant à elle, son engagement dans l’entreprise immobilière de son père. Comme son mari Dario Caviezel continuera à parcourir le circuit de Coupe du monde, elle restera proche du milieu professionnel. Et au besoin, elle pourra se tourner vers deux anciennes coéquipières si la distance avec ce monde devient difficile à gérer au quotidien. Stefanie Müller et Nicole Baumgartner, deux anciennes athlètes de Coupe du monde, ont pris leur retraite il y a déjà quelques années; elles se retrouvent encore plusieurs fois par an toutes les quatre. «On est une chouette bande», explique Julie Zogg.
«Une chouette bande» – comme si, dans ce groupe, une part de l’ancienne époque du snowboard avait survécu, une part d’insouciance. Et peut-être qu’avec le temps naîtra aussi une autre évidence, après de telles carrières, qui ont tant appris à ces deux femmes: gérer les «tempêtes» sur le glacier de Zermatt; gérer des sportives et sportifs certes mauvais perdants,
mais bons compagnons de route; gérer le succès et l’échec; gérer de nouveaux rôles. Peut-être s’imposera l’idée qu’il n’est pas nécessaire de vivre éternellement la même vie pour continuer à faire partie d’une «chouette bande».
Texte: Benjamin Steffen
«Nous étions bruyantes, pleines d’énergie, pas toujours faciles pour les entraîneurs.»
Ladina Caviezel

Un hiver riche en performances sportives exceptionnelles vient de s’achever. Ce qu’il en reste ? De magnifiques souvenirs que notre programme de fidélité a permis d’offrir aux clientes et clients de Sunrise. Il a permis à d’innombrables fans d’assister à tous les évènements de Coupe du monde en Suisse, toujours un peu plus près de l’action.
Revivez avec nous les plus beaux moments de cette saison de ski. On s’en souvient comme si c’était hier:
• Coupe du monde FIS de ski à Adelboden: une fois de plus, l’histoire s’écrit à Adelboden. Marco Odermatt remporte pour la cinquième fois consécutive le slalom géant, un moment historique auquel nos client-e-s ont pu assister depuis la tribune de la Sunrise Lounge. Le moment le plus fort en émotions du week-end fut la remise des prix au House of Sunrise, où l’ambiance a littéralement explosé.
• Coupe du monde FIS de ski à Wengen: lors de l’afterparty dans la Sunrise Lounge, Marco Odermatt et Franjo von Allmen ont célébré leurs résultats exceptionnels du week-end de Lauberhorn en compagnie des fans.
• Coupe du monde FIS de ski de fond à Davos: un groupe de passionné-e-s de ski de fond ne tarit plus d’éloges. L’ancien fondeur de haut niveau Jonas Baumann a guidé le groupe lors d’une visite privée du parcours original de la Coupe du monde, leur fournissant des informations passionnantes en coulisses.
• Plus proches des stars: dans la Sunrise Loube à Wengen, au House of Sunrise à Adelboden, ainsi que sur les plateformes de Laax et d’Engelberg, les invité-e-s Sunrise ont bénéficié d’une vue imprenable sur les compétitions.

une expérience de niveau mondial.
Les prochains mois ne laisseront pas davantage de place à l’ennui. Le programme de fidélité Sunrise vous le garantit. Voici un bref aperçu de notre offre variée ainsi que de vos avantages:
Partez à la conquête des festivals de Suisse: de l’ambiance rock du Greenfield Festival aux rythmes entraînants de l’Openair Gampel en passant par les spectacles grandioses du Stars in Town, les billets sont disponibles avec jusqu’à 25% de rabais.
Soyez toujours aux premières loges: grâce à nos Priority Tickets, accédez aux billets de concert jusqu’à 48 heures avant la mise en vente officielle. C’est l’idéal pour maximiser vos chances de voir les artistes les plus convoités.
Un upgrade pour les concerts
Apportez une touche unique à votre soirée: réservez gratuitement l’accès à notre lounge exclusif. Vous y profiterez d’un confort optimal et d’une boisson de bienvenue.

Notre lounge vous accueille au Hallenstadion de Zurich, à la Geneva Arena et à la St. Jakobshalle de Bâle.
Sorties familiales à prix réduit
Découvrez les meilleures attractions en famille: que ce soit une visite au Cirque Knie, une journée à Europa-Park, une séance cosy dans un cinéma Pathé ou l’exposition fascinante «Becoming Marilyn Monroe».
En mode sportif
Bénéficiez de tarifs réduits pour tous les matchs à domicile du FC Bâle au Joggeli, ou bien démarrez le printemps avec une randonnée en montagne en profitant de cartes journalières à prix avantageux.
Et ce n’est pas tout: laissez-vous surprendre régulièrement par de nouvelles offres et consultez fréquemment sunrise.ch/rewards pour ne manquer aucun temps fort.
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La fin de carrière ne signifie de loin pas la fin du ski: la Swiss Regio Cup prouve de manière impressionnante que la passion pour les courses de ski n’ont pas d’âge limite. Avec cette série de courses, Swiss-Ski renforce de manière ciblée le ski de compétition régional, dynamise la vie associative et offre une belle opportunité de rester en contact avec la compétition même après la fin de la carrière en sport d’élite.
L’évolution de l’offre est bluffante: 344 athlètes ont pris le départ au total des onze jours de courses, soit nettement plus que les années précédentes (2025: 271; 2024: 143). Quelque 75 coureuses et coureurs s’affrontent lors de chaque événement.
La mixité intergénérationnelle est frappante: la moitié des participants sont nés après l’an 2000, l’année de naissance la plus fréquente est 2009. Mais la fourchette s’étend jusqu’à 1945, ce qui témoigne clairement de l’attrait de la série auprès de toutes les tranches d’âge.
Sur le plan sportif aussi, la Cup a de nombreux atouts: un entraînement officiel est proposé la veille de plusieurs courses, ce qui plaît beaucoup aux participantes et participants et élève la qualité de la compétition. La Swiss Regio Cup s’impose ainsi de plus en plus en tant que rendez-vous incontournable du ski de compétition amateur en Suisse. (LNN)


Réalisez les rêves des talents des sports de neige
La Suisse est une nation de sports d’hiver et les sports de neige font partie intégrante de notre culture. Mais les défis posés aux talents de la relève et à leurs familles ne cessent d’augmenter. C’est là qu’intervient la Fondation Passion Schneesport: elle permet qu’aucun talent ne doive renoncer à sa carrière pour des raisons financières et renforce la promotion de la relève dans les régions.
C’est la seule manière pour que la Suisse reste une nation de sports d’hiver de premier plan à l’avenir, avec des athlètes qui servent de modèles.
Soutenez les jeunes talents des sports de neige dans leur parcours. Avec votre don, vous soutenez la passion, le talent et l’égalité des chances, quelle que soit la situation financière.
Choisissez votre contribution et aidez-nous à réaliser les rêves de la relève des sports de neige. (LNN)
Faire un don
2 L’équipe suisse brille avec six médailles
Frissons, émotions et performances de choix: la Suisse est également parvenue à s’illustrer lors des Jeux paralympiques 2026 de Milan/Cortina avec six médailles, soit nettement au-dessus de l’objectif déclaré de trois médailles. Robin Cuche a été l’homme de cet événement avec deux médailles d’or (descente et super-G), l’argent en géant et le bronze en slalom.
Fabrice von Grünigen a décroché l’argent en banked slalom, tandis qu’Aron Fahrni a écrit un chapitre d’histoire en décrochant la première médaille paralympique de la Suisse en snowboardcross (en bronze). Ce beau résultat d’équipe a été complété par trois diplômes. Swiss-Ski félicite l’ensemble des athlètes de Swiss Paralympic pour ces succès retentissants. (LNN)

3 Passe à l’action pour des sports de neige plus durables
Tu as une idée qui permettrait de rendre les sports de neige plus durables? Alors tu peux nous la transmettre: Snowstainability soutient des projets de la communauté des sports de neige suisses par des ressources financières, un savoir-faire technique ou des prestations en nature.
Que vous soyez un club, une organisation ou que tu sois une personne individuelle motivée: tout le monde peut soumettre des propositions de projet. L’objectif est de développer des solutions concrètes pour l’avenir des sports de neige.
L’accent est mis sur quatre domaines centraux: les solutions durables en matière d’énergie et d’infrastructures, la mobilité respectueuse de l’environnement, une gestion responsable des matériaux et des ressources, ainsi qu’une plus grande diversité dans les sports d’hiver. L’objectif est de concevoir les sports de neige de manière plus durable et de les rendre accessibles à toutes et tous.
Ton moment est donc venu: fais-nous parvenir ton projet et participe activement au futur des sports de neige. (LNN)
Tu peux soumettre ton projet ici

4 Qui est notre fan n°1?
Un selfie avec Loïc Meillard, le casque dédicacé d’Andri Ragettli ou la photo de groupe parfaite à la neige, drapeau suisse et fondue inclus: c’est à vous de jouer!
Pour marquer la fin de saison, un concours est organisé dans l’app SwissSki pour permettre à la communauté des sports de neige de partager ses meilleurs moments de fans. Téléchargez votre photo préférée et montrez ce qui vous réunit aux sports de neige en tant que fan. Des prix attractifs sont en jeu, notamment des billets pour les Mondiaux de ski alpin à Crans-Montana ainsi que des articles dédicacés.
Vos proches peuvent aussi vous aider: les amis et la famille peuvent «liker» leurs photos favorites. Les gagnantes et les gagnants seront ensuite désignés sur la base du nombre de likes et du vote d’un jury.
Participez, partagez votre moment de fan et peut-être serez-vous bientôt le ou la fan de la saison. (LNN)
Télécharger l’app
Crans-Montana 1987 inoubliable. inédit.



Trois portes séparaient Joël Gaspoz de la médaille d’or en géant aux Mondiaux 1987. Puis il y a eu sa chute et une vague d’amour.
Le prochain triomphe suisse des Mondiaux de Crans-Montana semble acquis. Mais cette fois, les cris de joie et l’ivresse de la victoire laissent place à la stupeur et au silence. Même sur le visage du nouveau champion du monde Pirmin Zurbriggen, qui partage l’émotion de la foule présente dans le stade d’arrivée et au bord de la piste face au malheur qui vient de s’abattre sur Joël Gaspoz en ce 4 février 1987 – jour des 24 ans de Zurbriggen.
L’affiche du géant des Mondiaux a des allures de derby valaisan. Deux coéquipiers proches l’un de l’autre, qui ont chacun remporté deux des quatre derniers géants de Coupe du monde avant ce grand événement organisé dans leur canton. Ils viennent même de terminer 1er et 2e à Adelboden. D’un côté, le Haut-Valaisan Pirmin Zurbriggen, de Saas-Almagell, la star de cette génération suisse dorée. De l’autre, le Bas-Valaisan Joël Gaspoz, de Morgins, seul Romand sélectionné pour ces Mondiaux. Et ce duel électrique atteint finalement son paroxysme. En bas, à l’arrivée, Pirmin Zurbriggen mène devant Marc Girardelli et Alberto Tomba. En haut, au départ, il ne reste plus que Joël Gaspoz, leader à l’issue de la première manche. Ce dernier est en passe de décrocher l’or, quand il se fait éjecter à trois portes de l’arrivée. Il chute. Le rêve s’évanouit. Et pendant un instant, le monde semble s’arrêter.
Quand il a vu toutes les larmes
Le réalisateur Pierre Morath a rendu hommage à cette équipe suisse légendaire dans le documentaire «L’épopée des héros – Crans-Montana 87», sorti en 2020. Joël Gaspoz y apparaît en bonne place, en héros tragique. Il y prononce ces phrases bouleversantes: «J’étais triste pour les gens qui étaient venus me voir. Et les gens qui étaient venus me voir étaient tristes pour moi. Quand j’ai vu toutes ces larmes, c’était comme si je recevais une vague d’amour.» Les images d’archives de 1987,
et la manière dont Joël Gaspoz évoque, des décennies plus tard, cette sortie dramatique, sans amertume ni grandiloquence, donnent l’impression que même un échec peut revêtir une beauté parfaite.
Contrairement aux figures omniprésentes que sont Pirmin Zurbriggen, Vreni Schneider ou Maria Walliser, Joël Gaspoz est en quelque sorte ressurgi de l’ombre avec ce film. Après sa retraite en 1989, il s’était retiré de la vie publique. Et plus les années passaient, moins les gens avaient une image en tête lorsqu’ils entendaient ce nom: Joël Gaspoz. Un nom venu d’une époque toujours plus lointaine. Un nom pourtant évoqué chaque année lors des courses du Lauberhorn, car le Valaisan reste aujourd’hui le dernier Suisse vainqueur du slalom de Wengen. C’était en 1987, un peu plus de deux semaines avant le scénario dramatique des Mondiaux.
«J’avais tourné la page», dit simplement Joël Gaspoz lors de notre appel vidéo au mois de mars. Il avait alors fait la paix avec le ski de compétition. Aujourd’hui âgé de 63 ans, l’ancien athlète est assis à la terrasse ensoleillée d’un café parisien lorsqu’il évoque sa carrière et la vie qui a suivi. «Je ne suis pas resté professionnellement dans le domaine du ski, qui était alors un milieu très suisse alémanique. Je n’avais plus de contrats et ne recevais pas beaucoup d’invitations. Au fond, cela me convenait très bien, qu’il n’y ait plus de raison de rester présent. »
Un prodige face aux stars
Son talent propulse très jeune Joël Gaspoz sous les projecteurs. Il n’a pas encore 16 ans quand il fait ses débuts en Coupe du monde. A 17 ans, il participe déjà aux JO d’hiver. A 19 ans, il remporte sa première victoire en Coupe du monde, à Aprica – avec une avance incroyable de 1’’98 sur Phil Mahre et 2’’03 sur Ingemar Stenmark, deux superstars de l’époque. Un journal titre alors: «GASPOZ, LE MOZART DU SKI». «Cela ne te laisse pas indifférent», confie-t-il dans le film de Pierre Morath en repensant à l’intérêt médiatique autour de ses débuts.
Sur les skis, Joël Gaspoz combine une technique raffinée et une audace agressive. Humainement, il a un côté indomptable et excessif, mais aussi une part douce et vulnérable. Après cette ascension fulgurante, couronnée par son succès phénoménal d’Aprica, il s’écarte de la trajectoire idéale et enchaîne trois hivers sans podium. La vie hors du ski prend davantage de place. Joël Gaspoz vit une histoire d’amour tumultueuse, marquée par «plusieurs séparations avec la même femme». «J’étais sensible, le ski n’était plus ma priorité», se remémore-t-il. Mais il se relève et le génie du ski en lui reprend le dessus. En 1986, il remporte la Coupe du monde de géant, un point devant Ingemar Stenmark. En 1987, lui et Pirmin Zurbriggen terminent la saison ex aequo en tête du classement.
Pour Pirmin Zurbriggen, Joël Gaspoz a été un repère important sur le chemin vers la Coupe du monde et l’élite mondiale. Pirmin Zurbriggen était d’un an son cadet et était donc un peu moins précoce dans
Concernant la vente de billets pour les Championnats du monde de ski: Crans-Montana
son parcours vers le plus haut niveau. Il l’a pris pour modèle avant de le dépasser, malgré toute l’estime qu’ils se portaient mutuellement, car le Haut-Valaisan restait avant tout l’antithèse du Bas-Valaisan avec son attitude exemplaire et son sérieux légendaire. Et pourtant, celui-ci affirme que sans Joël Gaspoz, il n’aurait pas accompli le même parcours. Il admirait notamment sa capacité à changer de mentalité en course après de mauvais entraînements.
Joël Gaspoz, lui, s’était surtout inspiré de Jacques Lüthy à ses débuts. Les deux hommes partageaient la même chambre. «Avoir Jacques à mes côtés a été une grande chance», dit-il à propos du Fribourgeois, de trois ans son aîné. Entre les deux athlètes, la communication était simple. Joël Gaspoz ne parlait pas très bien allemand, mais lorsqu’il téléphone aujourd’hui de temps en temps à Karl Frehsner, l’entraîneur de l’époque, «on se comprend très bien, même si je ne parle jamais allemand autrement».
La deuxième phase de prévente pour les Championnats du monde FIS de ski alpin 2027 à Crans-Montana dure encore jusqu’au 31 mai. Pour la première fois, des contingents de billets sont disponibles dans toutes les catégories. Du 1er au 14 février 2027, les stars du ski mondial se disputeront un total de onze jeux de médailles sur les célèbres pistes du Mont Lachaux et de la Nationale. Et le meilleur dans tout ça: 40 ans après la moisson de médailles suisse lors des uniques Mondiaux organisés jusqu’ici à Crans-Montana, Swiss-Ski dispose à nouveau d’une équipe capable de tout. Achetez maintenant vos billets pour les Mondiaux!
«J’ai vécu plusieurs séparations avec la même femme. J’étais sensible, le ski n’avait plus d’importance pour moi.»
Joël Gaspoz
Rast et Meillard
l’ont fait pleurer
Après sa carrière, Joël Gaspoz est resté à Morgins, ce village aujourd’hui intégré à l’immense domaine franco-suisse des Portes du Soleil. Morgins a produit d’autres grands skieurs avant et après lui. A commencer par Martial Donnet, vainqueur du slalom de Coupe du monde de Madonna di Campiglio en 1978 et dont la carrière a brièvement croisé celle de Gaspoz. Puis il y a eu Didier et Daniel Défago. Joël Gaspoz s’est occupé des deux frères lorsqu’il s’est engagé comme entraîneur au sein du ski-club après sa retraite. Daniel Défago a été sacré champion du monde junior de slalom en 2000 et travaille aujourd’hui comme directeur IT à la FIS. Didier Défago, quant à lui, a remporté les descentes du Lauberhorn à
Wengen, du Hahnenkamm à Kitzbühel, de la Stelvio à Bormio, ainsi que celle des JO de Vancouver. Aujourd’hui, il est CEO de Crans-Montana 2027, les prochains Championnats du monde organisés sur le Haut-Plateau, quarante ans après la ruée vers l’or, dont la douloureuse sortie de Joël Gaspoz constitue le contraste le plus saisissant.
Joël Gaspoz n’exclut pas d’assister aux Mondiaux 2027 et de retrouver ce monde dont il s’était détourné après sa retraite. Lorsqu’il a cessé d’entraîner au sein du skiclub et que ses enfants avaient eux aussi appris à skier, Joël Gaspoz a rangé ses skis dans un coin. «Le ski a été ma passion pendant trente ans, c’est déjà beaucoup. J’ai toujours considéré comme un cadeau le fait d’avoir un tel feu.» D’autres passions sont venues s’ajouter, certaines petites, d’autres

plus grandes – comme la moto. Joël Gaspoz a gagné sa vie dans l’immobilier. «Je n’avais pas fait d’apprentissage ni de formation particulière, mais j’avais confiance en la vie.»
Depuis quelques années, Joël Gaspoz vit à Vevey. Il consacre beaucoup de temps à la photographie de rue, sa passion la plus récente. Avec son appareil, il parcourt des villes comme Paris: l’ancien artiste des planches s’exprime désormais autrement. Et son intérêt pour le ski de compétition s’est lui aussi réveillé. Il peut encore le toucher profondément: «L’an dernier, j’ai pleuré lors des titres mondiaux de Camille Rast et Loïc Meillard à Saalbach.»
Joël Gaspoz semble en paix avec luimême, tant avec sa vie actuelle qu’avec son passé. Il porte un regard différent de ceux qui regrettent (ou lui reprochent) de ne pas avoir suffisamment exploité son immense talent, estimant que ses sept victoires en Coupe du monde – celle de Wengen étant la dernière et la seule en slalom – ne reflètent pas vraiment son immense potentiel. Joël Gaspoz voit les choses autrement. D’un côté, il y a le globe de cristal et la victoire en slalom à Wengen, «mon chef-d’œuvre»; et de l’autre, cette chute à Crans-Montana. «Pris ensemble, cela donne une carrière équilibrée.»
Texte: Philipp Bärtsch


Qu’est-ce qui te met en colère?
Ce qui m’énerve le plus, c’est lorsque les choses que j’avais prévues ne fonctionnent pas. Quand un trick n’est pas parfait ou pas assez bon. Ou lors d’un shooting photo, si je n’arrive pas à montrer le niveau de ride dont je suis réellement capable; quand le style n’est pas parfait. Ça me frustre, parce que je suis perfectionniste.
Quand as-tu pleuré pour la dernière fois et pourquoi?
Quand ma grand-mère m’a appelé après les JO. Elle m’a dit qu’elle était fière de moi. C’était un moment très émouvant.
Que dis-tu sur toi quand tu veux impressionner quelqu’un?
Honnêtement, pas forcément quelque chose sur le snowboard, mais plutôt sur ce que je fais en dehors. J’aime monter des vidéos et piloter des drones, ça me plaît beaucoup.
Qu’est-ce qui te dérange le plus chez les autres personnes?
Le manque de ponctualité, clairement. Et encore pire: être en retard sans donner d’explication. Il suffit d’envoyer un petit message pour dire qu’on arrivera plus tard. Je n’aime pas attendre, je suis trop impatient pour ça.
Qu’est-ce qui t’agace dans notre société?
Le fait qu’il y ait encore des guerres dans le monde. Et que nous passions aujourd’hui beaucoup trop de temps sur nos téléphones. Sortez un peu!
À propos de quoi as-tu déjà complètement changé d’avis?
J’ai appris qu’on ne peut ni influencer ni contrôler les autres. On ne peut agir que sur soi-même. Si on cherche toujours la cause chez les autres et jamais chez soi, on n’avance pas. Au final, on ne peut vraiment compter que sur soi-même. Le reste mène souvent à des déceptions.
Jonas Hasler n’a que 19 ans et il figure déjà parmi les snowboardeurs freestyle les plus polyvalents au monde. Le jeune rider thurgovien pratique les trois disciplines de park and pipe et a même été le seul athlète de son sport à s’aligner dans les trois épreuves aux JO.
En Coupe du monde aussi, le jeune homme s’est déjà fait remarquer. Cette saison, il a signé son meilleur résultat avec une 4e place en half-pipe à Calgary (CAN). En slopestyle, c’est à Laax qu’il s’illustre particulièrement: il y a déjà terminé deux fois dans le top 6.
Ses premiers grands succès internationaux remontent toutefois à sa période junior. Aux Championnats du monde juniors, il a remporté l’argent en 2021 à Krasnoïarsk (RUS) et le bronze en 2022 dans le half-pipe de Leysin. Jonas Hasler a remporté le classement général de la Coupe d’Europe de half-pipe lors de la saison 2021/2022, devenant au passage le plus jeune vainqueur de l’histoire.
instagram.com/j0.nash
De quoi n’aimes-tu pas parler?
En tant que sportif, je n’aime pas trop parler de politique, parce que je ne suis généralement pas assez informé. Sinon, il n’y a rien de particulier. Je suis quelqu’un d’assez ouvert.
Quel est le dernier mensonge que tu as raconté?
Lors d’un concert aux Etats-Unis, j’ai récemment menti sur mon âge. J’ai 19 ans et j’ai prétendu en avoir 21. Au final, j’ai quand même réussi à entrer – aussi grâce à mon riders pass.
Auprès de qui devraistu t’excuser?
Auprès de mes parents, parce que je n’aide pas assez à la maison et que, plus jeune, j’ai aussi fait quelques bêtises.
Vaut-il mieux être aimé ou redouté?
Etre redouté. Le fait d’être redouté dure plus longtemps que d’être aimé. De cette manière, tu es perçu comme un vrai concurrent.
Devant quoi recules-tu le plus?
Les tâches ménagères, clairement. En sport, il m’arrive de traîner des pieds avant l’entraînement de condition physique. Et les longues sorties de jogging ne sont pas vraiment ma tasse de thé.
Combien de temps tienstu sans smartphone?
S’il n’est pas à côté de moi et que je suis occupé, je tiens très longtemps. Mais si je n’ai rien à faire, j’ai tendance à le prendre trop souvent.
Si quelqu’un voyait ton historique de recherches: qu’est-ce qui te mettrait le plus mal à l’aise?
Probablement le site sur lequel on peut suivre les avions – un radar en direct qui montre où se trouve chaque avion dans le monde. Je suis un grand fan d’aviation. Quand j’en vois un dans le ciel, je regarde tout de suite où il va. Je suis donc assez souvent sur mon téléphone à l’aéroport.
«Le succès te change forcément. La seule question, c’est dans quel sens. On peut très vite évoluer de manière négative.»
Jonas Hasler
Quelles libertés sont importantes pour toi?
Pouvoir faire ce qui compte le plus pour moi et ce qui me fait le plus plaisir. Par exemple, du snowboard ou du sport en général. Je veux pouvoir bouger quand j’en ai envie.
Quand as-tu eu beaucoup de chance pour la dernière fois?
Récemment, j’ai pu entrer dans le cockpit lors d’un vol retour. J’étais vraiment super heureux (rires). En sport aussi, j’ai parfois de la chance – par exemple, lorsque je rate un trick, mais que j’atterris quand même sur mes pieds.

remarquable :
Est-ce une illusion de croire que le succès ne nous change pas?
Le succès te change forcément. La seule question, c’est dans quel sens. On peut très vite évoluer de manière négative. Mais si l’on garde les pieds sur terre, alors ça va. L’important est de continuer à traiter les autres comme avant le succès.
Quelle décision de ta vie regrettes-tu encore en secret?
Il n’y a rien qui me vient à l’esprit. Je ne regrette rien de mon passé. Je suis en paix avec moi-même.
Qu’est-ce que tu aimerais pouvoir faire, mais que tu ne peux pas faire?
Voler. C’est vraiment ce que je voudrais. J’en ai un avant-goût dans le pipe et sur les sauts, mais ce serait évidemment le super-pouvoir que j’aimerais détenir.

Que penses-tu que les autres disent de toi quand tu quittes une pièce?
Ça dépend de la pièce. Difficile à dire. La plupart du temps, ça ne m’intéresse pas tant que ça de savoir ce que les autres pensent. Il y aura toujours des gens qui me voient plus positivement et d’autres plus négativement. Mais je crois que les gens voient et ressentent surtout mon amour et ma joie pour le snowboard.
Tu as trois vœux à formuler, lesquels choisis-tu?
Pouvoir voler. Rester en bonne santé. Et pouvoir continuer à vivre ma vie comme maintenant. Et garder le plaisir dans ce que je fais. Ça fait quatre vœux, mais pour moi, la joie fait simplement partie de la vie.
Propos recueillis par: Lia Näpflin



Martina Schild mène aujourd’hui une autre vie. Une vie sans descente ni super-G, mais avec des enfants, des vaches et le quotidien d’un magasin de sport. Grindelwald est resté. Beaucoup d’autres choses ont changé. Et pourtant, certains moments restent étonnamment familiers.
Il y a ces instants où elle ressent encore l’esprit de compétition. Près de 13 ans se sont écoulés depuis l’annonce de sa retraite. Aujourd’hui, elle a 44 ans, elle est mère de deux garçons, agricultrice – et ne s’appelle plus Schild, mais Borra.
L’ambition, dit-elle, est presque un mot trop fort. Il s’agit plutôt d’une quête silencieuse de dépassement.
Depuis quelques années, Martina Borra coanime le groupe de gymnastique pour enfants à Grindelwald, sa région d’origine. Par exemple lors des relais, quand les enfants piétinent, rêvassent, au lieu de courir simplement aussi vite qu’ils le pourraient. Alors il revient, cet élan. Très discrètement. «Allez, accélère», pense-t-elle.
Martina Borra intervient lorsqu’un enfant a besoin d’aide. Puis il doit essayer seul. La phrase «Je n’y arrive pas» n’existe pas. Une vraie sportive. Encore et toujours Ou simplement une monitrice qui exige et encourage, même si elle ne fait presque plus de sport pour elle-même.
La santé a motivé sa décision de mettre un terme à sa carrière en 2013. Quand son dos se rappelle à elle aujourd’hui, elle enchaîne quelques exercices de gainage –juste le temps que la douleur disparaisse. «Mon entraînement, c’est monter à l’alpage», dit-elle. Cet été sera le sixième à l’alpage pour la jeune famille.
Les Borra sont en quelque sorte des agriculteurs amateurs. Ils élèvent des vaches d’Hérens – grandes, puissantes, noires. Des animaux qui combattent. Leur passion? Elever cette race particulière et assister aux combats de reines. Le travail à l’alpage – où s’ajoutent environ 120 bovins
d’autres exploitations – relève en revanche d’une activité rémunérée. «Nous sommes un peu des originaux à Grindelwald», estime Martina Borra. Non pas en tant que famille – mais en raison de leur troupeau. Car les 33 vaches d’Hérens sont une race typiquement valaisanne. Cette passion vient de son mari. C’est lui qui les a amenées jusqu’à Grindelwald depuis sa région d’origine.
Claudio Borra travaillait comme serviceman pour Swiss-Ski et il préparait notamment les skis de Martina Schild à la fin de sa carrière. Ils se sont mariés au printemps 2017. Trois mois plus tard naissait Milan, puis Silas deux ans après. Martina Borra, qui est elle-même la deuxième de trois sœurs, a repris l’exploitation familiale durant sa carrière. «C’est sans doute la plus grande surprise de ma vie», dit-elle.
«Nous sommes un peu des originaux à Grindelwald.»
Martina Borra



Elle parle du fait que la vie agricole occupe aujourd’hui une place si importante dans sa vie. La responsabilité de l’étable revient principalement à son mari. Mais dès qu’il s’agit de l’alpage ou des combats de reines, elle s’implique aussi pleinement. Cela demande de la préparation, bien avant le jour de la compétition. Les animaux aussi doivent être en forme. Alors les Borra gravissent la montagne à pied avec leurs vaches. Ce qui est non seulement bon pour le corps, mais aussi pour le lien. «Avec certaines, nous entretenons une relation particulière», confie l'ancienne athlète.
Elever des animaux pour les aligner en compétition... n’est-ce pas le reflet de ses ambitions de sportive? Martina Borra fait non de la main. Les combats peuvent

être controversés, «mais l’affrontement fait partie de la nature de ces animaux». Quand ses vaches gagnent, elle s’en réjouit – rien de plus. Pas de triomphe personnel, pas de retour d’anciennes ambitions. Et pourtant: les succès sont visibles. Dans le salon, de nombreuses cloches sont accrochées, y compris celles symbolisant des victoires. En revanche, sa médaille d’argent n’y figure pas.
Succès, blessure, adieux
JO 2026 à Turin. Martina Schild ne fait pas partie des favorites. Une déchirure du ménisque lors de la préparation estivale a longtemps mis sa participation en péril. Mais elle prend le départ – et décroche, contre toute attente ou presque, l’argent en descente. «Tous les ingrédients étaient réunis. Je garde un beau souvenir de cette journée.» En 2010, la malchance la rattrape. Une semaine avant les JO de Vancouver, elle se déchire le ligament croisé. Trois ans plus tard, elle met un terme à sa carrière. «J’ai toujours aimé skier et ce fut une période incroyable. Pour moi, c’était la bonne décision», dit-elle aujourd’hui.
Skieuse un jour, skieuse toujours?
Pas tout à fait. A peine sa carrière terminée, Martina Borra a rapidement rangé ses skis; et elle ne les sort presque plus. A la place, elle a rejoint le magasin de sport de ses parents. Là où sa médaille d’argent est toujours accrochée, entre les chaussures et les vestes de ski.
Certes, elle skie beaucoup moins souvent. Mais la fascination pour la Coupe du monde est restée intacte. Si elle manque une course à la télévision, elle devient presque «allergique» au moindre commentaire sur le résultat. Elle coupe toutes les sources d’informations pour pouvoir regarder la course en replay chez elle. Martina Borra sourit: «Le ski m’intéresse, tout simplement.»
Lorsqu’il s’agit du ski de ses deux fils, son intérêt est bien là – mais discret. «C’est Claudio qui s’en occupe», dit-elle. Pour de bonnes raisons. À la maison, c’est elle qui
«C’est tout simplement une bonne école de vie.»
Martina Borra

Inspirée par le ski de compétition, cette passion s’est transmise à la génération suivante: la famille Borra avec Claudio, Silas, Martina et Milan.

Maman
sur
se
met volontairement en retrait
les pistes et laisse le ski au papa –«Ils doivent aussi suivre leur propre voie».
organise, rappelle, motive – habille-toi, tu es prêt, tu as tout. Sur les pistes, tout doit être plus relâché. «Ils doivent simplement skier et s’amuser.»
Pour Claudio, qui travaille aussi comme charpentier, le ski est plus qu’un sport. C’est un lien, un moment partagé. «Ils doivent aussi suivre leur propre chemin», estime leur maman. «Et puis, un seul parent suffit pour s’en occuper.»
Milan a 8 ans, Silas a 6 ans. Tous deux évoluent dans la section OJ de Grindelwald, disputent leurs premières courses – et parlent déjà de la saison prochaine. «Bien sûr, cela me ferait plaisir qu’ils fassent de la compétition plus tard», déclaret-elle. Mais une obligation? Certainement pas. Ils doivent en avoir envie. Et pourtant: «C’est tout simplement une bonne école de vie.»
Texte: Lia Näpflin




Des journées de ski aux courses de club: le SC Flims vit grâce à une vie associative active et variée.
Le président Arno Schuoler dirige le SC Flims avec des structures claires. Quelque 180 enfants OJ appartiennent au club, dans lequel les familles doivent aussi s’engager pour que tout fonctionne.
En écoutant Arno Schuoler, on se rend vite compte qu'il a le sens de l'organisation et accorde beaucoup d’importance à une communication claire. Rien d’étonnant, lorsque l’on connaît son métier. Cet homme de 52 ans est pompier professionnel chez Schutz & Rettung, le service de secours de la ville de Zurich.
Depuis bientôt trois décennies, il vit dans la plaine zurichoise. Mais dès que son emploi du temps le permet, il retourne à la montagne. Originaire de Disentis et passionné de ski, il est l’unique président du SC Flims depuis 2024. Auparavant, il avait partagé la fonction pendant trois ans avec Oli Buholzer, qui occupe désormais le poste de vice-président.
Une organisation bâtie sur des bases solides
Concernant le fonctionnement du club, Arno Schuoler se montre aujourd’hui serein: «Nous sommes une organisation qui repose sur des bases financières solides.» Avec environ 800 membres, le SC Flims est l’un des plus grands ski-clubs de Suisse. L’objectif est de proposer une offre attrayante et variée.
La promotion de la relève constitue un axe essentiel. Quelque 180 enfants de l’âge OJ sont encadrés par une soixantaine de monitrices et moniteurs. Plusieurs manifestations rythment également l’année du club. Il y en a pour tous les goûts: fête de début de saison, journées de ski pour femmes et pour hommes, journées snowboard, soirées curling, course et soirée du club, sortie de Pâques dans la cabane du club sur le Crap Sogn Gion, Ski & Golf (une course de ski suivie d’un tournoi de golf) ou encore The
Moonwalk (une sortie de ski de randonnée ouverte au public lors de la pleine lune en février). «Les événements de sports de loisirs et les rencontres conviviales nous tiennent particulièrement à cœur et sont très bien accueillis», explique le président.
La partie compétition a, pour ainsi dire, été externalisée. Avec les clubs de Trin et de Crap Sogn Gion, le SC Flims forme la communauté de course Laax Ski. Dans ce cadre de promotion, les jeunes talents sont développés de manière ciblée pour le compte de leurs clubs d’origine. Pour le président, il est également essentiel que le club respecte en permanence les directives de Swiss-Ski et de Swiss Olympic.
Le club s’essoufflait
La situation s’est heureusement améliorée. Il y a eu une période où Arno Schuoler avait presque l’impression que la vie du
club s’essoufflait. Le SC Flims existait toujours, certes, «mais il ne se passait presque rien». Selon Arno Schuoler, plusieurs personnes venues de la plaine ont apporté un vent nouveau. Après son entrée au comité en 2019, il a lui aussi contribué à remettre le SC Flims sur les rails.
Il souhaiterait toutefois voir davantage d’habitants de la région rejoindre le club en tant que membres et s’engager activement. Comme beaucoup de ses homologues, il sait combien il est difficile de recruter des bénévoles pour les manifestations. À
Flims, on a trouvé la parade en imposant certaines conditions: chaque enfant doit effectuer une journée de bénévolat par saison. Dans le cas contraire, une «indemnité» est facturée. Par ailleurs, toute la gestion administrative passe par le secrétariat. La personne responsable est employée par la sàrl du club.
Arno Schuoler est certes le président du club, mais il ne se considère pas comme un dirigeant qui décide seul. «Nous échangeons régulièrement au sein du comité, car il est important pour moi de recueillir tous

Le SC Flims fait partie des plus grands ski-clubs de Suisse avec ses quelque 800 membres, 180 enfants OJ et près de 60 monitrices et moniteurs.

Actifs même la nuit: des événements tels que «The Moonwalk» apportent dynamisme et convivialité au club.
les avis», explique-t-il. «Au final, la responsabilité m’incombe, bien sûr. Mais les décisions sont prises collectivement. Je suis loin de vouloir diriger le club seul.» Dans tout ce qu’il entreprend, il reste fidèle à ses principes. C’est-à-dire: efficacité, transparence et sens de l’organisation. Le comité se réunit cinq fois par an et un atelier de travail a lieu chaque année en juin.
Les retours positifs comme forme de reconnaissance
Et il a d’ailleurs déjà prévu jusqu’à quand il compte poursuivre son travail. Arno Schuoler souhaite se retirer en 2027. Il a même déjà une idée de la personne qui pourrait poursuivre la voie empruntée par le SC Flims. Avec Paolo Castelli, le candidat serait issu des rangs du club. Actuel responsable OJ, il est en charge du marketing, du sponsoring et de la communication au sein du comité. «On verra», répond l’intéressé lorsqu’on lui demande s’il pourrait imaginer reprendre la présidence, avant d’ajouter: «Il faut des personnes passionnées de ski pour assumer toutes ces tâches.»
Paolo Castelli, dont l’épouse est également monitrice OJ, connaît bien le travail avec les jeunes puisqu’il est directeur d’école. Pour lui, s’engager pour le club est aussi une manière de rendre ce qu’il a reçu. «Mes enfants ont eux aussi profité de l’offre du club et rentraient chaque fois à la maison avec le sourire», raconte-t-il. «Nous avons tous les mêmes intérêts: nous aimons faire du sport.» Mais encore: «Les retours positifs après une journée de ski sont pour moi une magnifique forme de reconnaissance pour notre engagement.»
S’il réfléchit aujourd’hui à la possibilité de succéder ou non à Arno Schuoler, il peut au moins être sûr d’une chose: il n’aurait pas besoin de repartir de zéro.
Texte: Peter Birrer
Dans le bonheur, dans les larmes, à Paris – ou entre rêves et larmes
Vous venez de parcourir un magazine fait d’or et de bonheur, d’histoires et de médailles. Le bonheur de la fondeuse Nadja Kälin qui, après sa médaille de bronze olympique sur 50 kilomètres, confiait: «Quand on est enfant, on rêve de ça. Mais en grandissant, on se dit que tout cela est tellement loin.» (à la page 32 de ce numéro de «Snowactive») Et sa sœur, Marina Kälin, de penser: «Elle l’a vraiment fait – incroyable!»
C’est aussi un magazine de larmes. Celles du freestyler Andri Ragettli, 4 e de la finale du slopestyle des JO 2026 (p. 28).
Celles du public, aussi, ressenties comme une forme d’amour par Joël Gaspoz, après son élimination à trois portes de l’arrivée du géant des Mondiaux 1987.
L’homme, aujourd’hui âgé de 63 ans, se dit «en paix» avec lui-même (p. 58), «avec sa vie actuelle, comme avec son passé». Assis au soleil sur la terrasse d’un café parisien, il raconte «ses» vies. Dans sa vie d’avant, celle de skieur, il y avait aussi une «vie normale» qui, par moments, «réclamait davantage de place», avec «plusieurs
séparations d’avec la même femme». Peutêtre d’une femme qui «sait quoi faire quand quelqu’un craque», comme Karin Luchsinger, la physio de l’équipe de snowboardcross (p. 44)? Ou quand «ça s’est vraiment mal passé»?
Jonas Hasler (19 ans) se dit lui aussi «en paix» (p. 62) avec lui-même: «Il n’y a rien que je regrette après coup», affirme-til. Il estime tout de même devoir s’excuser auprès de ses parents, «parce que je n’aide pas assez à la maison et qu’avant, je faisais souvent des bêtises».
Mais, visiblement, ces «bêtises» ne méritent pas toujours d’être regrettées, surtout quand on sait comment réagir quand elles prennent trop de place et empêchent que tout rentre facilement dans l’ordre.
Quand on est enfant, on rêve de ne jamais devoir aider à la maison. Puis on grandit, on ne fait pas seulement des «bêtises», on les corrige aussi. On remplit soi-même la machine à laver, comme Franjo von Allmen, triple médaillé d’or (p. 6), et l’on se dit peut-être: «C’est fait – incroyable.» On avait «déjà bien assez à faire pour le moment», comme le dit
Deborah Scanzio, responsable de l’installation d’aerials à Airolo (p. 38). Le soir, elle s’assiéra et boira une bière, «juste une».
C’est peut-être cela l’essentiel, au fond, que l’on ait pleuré, gagné des médailles ou rempli des machines à laver: s’asseoir à la fin de la journée ou de la vie, se dire que c’est fait, – incroyable! –, et trinquer, que l’on ait gagné l’or ou tout raté.
Quand on est enfant, on rêve de ça. Puis on grandit, on vit une vie d’avant et une vie «normale», on manque l’or mondial ou le bronze olympique, on grandit encore, on vit sa vie d’aujourd’hui – une seule – et l’on vieillit encore, assis à une terrasse parisienne, au soleil, à penser: tout cela est tellement loin. Les rêves d’enfant. Et ce qu’ils sont devenus.
Profitez de l’été. Ne le laissez pas filer.
Benjamin Steffen travaille pour l’agence GECKO Communication ainsi que comme chroniqueur et auteur pour «Snowactive». Jusqu’au printemps 2024, ce journaliste sportif bernois travaillait pour la NZZ, pour laquelle il écrivait notamment sur le ski alpin.
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