S O C IÉ T É
H A V R A IS E
d
’É T U D E S
D IV E R S E S
Extr ait du Recueil de scs Publi cation s (Anné es 1924-19 25)
DE
LA
E IN
Dll f f l PAR
M . l ’A b b é D A V E R N E
LE HAVRE IM P R IM E R IE M IC A U X F R È R E S 34 bis, rue Jules-Siegfried
1926
N ih il o bs ta t :
ioa die Augusti 1925. L. JOUEN. Can. t
'
I m pr im a t u r .
Ro tom ag i. die 13° A ug us ti 1925. D ELESTRE. V. G.
z
LES MANUSCRITS LITURGIQUES Dl! LA
BIBLIOTHÈQUE MUNICIPALE DU HAVRE
La Bibliothèque municipale de la ville du Havre, sans être aussi riche à ce point de vue que d’autres bibliothèqu es no r mandes, celle de Rouen, par exemple, n ’en possède pas moi ns quelques manus crits liturgiques de grande valeur. Le plus ancien ouvrage de celte classe est certaine ment le Chronicon mains Fontanellæ, catalogué sous le n° 332, ancien A 34. Ce splendide manuscrit, d’une belle calligraphie minuscu le, partie Caroline, partie anglo-normande, se com pose de feuillets de contenu disparate (1), réunis en 1639 par dom Augustin de Broise, bénédictin de la Congrégation de Saint-Maur. Bien qu’elle comprenne surtout l’histoire des abbés qui gouvernèrent Fontenelle et des saints originaires de cette abbaye, cette chronique peut cependant être rangée parm i les manusc rits liturgiques, puisqu’on y trouve les offi ces de saint Wandr ille, fondateur du monastère, de saint Ansbert, troisième abbé de Fontenelle et, plus ta rd, évêque de Rouen, et de sain t W ulfran, moine de Fontenelle, évêque de Sens et apôtre des Frisons , qui, finalement, revint mou rir simple religieux dans l’abbaye d ’où il était sorti. On a beaucoup discuté sur la date de cet ouvrage. Peut-être est-il possible d’arrive r à une approxim ation suffisante. La page 77 nous fournit, en effet, une liste des rois de Franc e, de Clodovée à Charles le Chauve, avec le nombre d’années de leur règne. Or, on y lit, pour Charles le Chauve : 28 ans, alors qu’il fut 37 ans sur le trône, de 840 à 877. C’est donc que cette (1) Ce livre renferme, outre la partie litur giqu e, les Gesta abba tum Fo nta nel lensis coenobii, les Miracles de s aint Wulfran, et un certai n nombre de pièces dive r ses, dont plusieurs en gothique et en cursive du xv® siècle,
— 6 —
par tie du ma nu scr it fut écrite la ving t-hu itièm e ann ée de Char les le C hauve , s oit en 868. D’aut re p art , on trou ve (pp. 118119), une liste des évêque s de Rouen , de sa int Mellon à Adé lard . Or, le p réd éce sse ur de ce d ern ier, We nilo , viv ait enco re en 869. Adé lard lui-m ême ass ista en 871 au Concile de Douzy (1). Il sui t d e là q ue cette par tie du ma nu scr it a pu être écrite v ers 870-871, ce qui conc orde d ’au tan t plu s avec la date déd uite de la liste royal e, que l’on peu t faire com men cer le règne de C harle s le C hauve , soit en 840, à la mo rt de Lou is le Déb onn aire , soit en 843, a u tra ité de Ver dun , qui l’éta blit roi de Fra nce . Dans ce de rni er com put, la v ing t-hu itiè me ann ée de son règn e s era it 871. — Page 140, en fin, on tr ouv e la liste des évêqu es de Sens, ju sq u’au qua ran te-s ixiè me, Év rar d. Or, celui-ci g ouv erna s on diocèse de 883 à 887 (2), n ouve lle pre uve que le m an us cr it pri mi tif est de la fin d u ixe s iècle. L. Delisl e et l’Allem and Lœ wen feld , dan s son éditi on des Gesta abba tum Fonta nellen siiim (3), att rib ue nt le ma nus cri t du Hav re au Xe siècle. Fe rd ina nd Lot, qui, le d ern ier, a étudi é les diffé rent es ver sio ns des Gesta (4), pense que notr e ma nus cri t, du mo ins po ur les 218 p rem ière s pages, sera it une copie é crite ent re 944 et 966. Cette copie au rai t été exécutée à Gand, où les moi nes de Fon ten elle a vai ent suiv i les reliq ues de sai nt W an dr ill e et de sa int An sber t, peu ava nt que cert ains -d’entre e ux ret ourna sse nt rele ver de ses ruin es l’abbaye saccagée par les No r ma nd s en 885. Quoi qu ’il en soit de la ques tion de date s, nou s tro uvons dan s ce m an usc rit plu sieu rs hym nes inté res san tes aux sai nts Pa tro ns du mon astè re, à la Croix et à la Vierge, sur l esqu elles nou s au ron s l’occasion de reve nir. Notons seu lem ent que le lat in n’en es t pas t ouj our s d’une pure té parf aite , car, non se u lem ent o n y r enc ont re des mots inc onn us, même a u glos sair e de du Cange, mai s on a p arfo is la sur pri se d’y voi r un voc a ble grec affublé d ’une dési nenc e lati ne pou r les beso ins de la rim e et d e la m étri que , t el : « cælorum basileo, a u r oi du ciel ». Il ne fa ut pas non plus oub lier les deux belles mi nia tur es (1) Duchesne. — Fastes épiscopaux, II, p. 211. (2) Duchesne. — Fastes épiscopaux, II, p. 422. (3) Dans les Scriptores rerum Germanicarum, Hanovre, 1886, préface, p. 9. (4) Études critiques sur l'abbaye de S aint-W andril le, 1913, pp. cxxxm-exxxiv.
;
11Ä iE
L •'< il î• 41 ?
• ■\
f >
1 I ;' ’
f
7
a
:
Hw t ,*1I g H g ff i 1 ' £§§3§3sâ|g| ?
s •■••■■; • •«;..'■<• • ./ ’••■
'S i . ilb ÿ / - - ' fe k '
e w *« «
;- --> * • * 4 - ^ ƒ/
•5'4?;g>«&éyW ^
^■ ^î ;'^ >V '•'•>.
f l K
i W
-ê/tÿ
' ';'O:'.'H
ïh , w ;Sx ••^äfe&
x -s Ss&k '
w
O
i f jfi/v -î
X<
Wl '‘ j 8 f w '" *
x
'
W
♦*,
•Jw
• "x
W
*
"1»ip^ 'jSB ^*1! B S » -$■ ^ ^ w l .■*> '"z
^
1.Si I
/M < ® §
/W
C W L
f <
K
^ E îx ^ M
j
1
Eb -J8, \M?/iI 4^? i
n
p Ä f Uc W M f i *■}■
r- ’
g t. ;
■x/*w.
/*5^5
rf?2®
#&>
— la -
croix, avec, à ses pieds, les saintes femmes et les gardes. La seconde nous montre, dans un cadre en losange, le Christ, les mains étendues, couronné d’épines et les plaies sanglantes, couvert seulement d’un manteau bleu gris qui laisse voir le côté percé, assis sur un arc-en-ciel d’or, et s emblant présider la résurrecti on des morts. Sous ses pieds, en effet, dans un paysage vert semé de (leurs, des corps nus sortent des tombeaux. Alentour, les quatre symboles des évangélistes dans des médaillo ns, et, entre eux, des anges adorate urs ou portant les instr ume nt de la Passion. De très jolies enlu mi nures xvc siècle entoure nt chacune de ces délicieuses minia tures, peintes avec un soin minutieux et un rare bonhe ur dans l’expression des physionomies. La Bibliothèque municipale du Havre ne possède pas, en fait de manus crits liturgiques proprement dits, que des missels. Voici main tenan t un charm ant bréviaire du début du xve siècle, catalogué sous le titre d’Oflicium Ecclesiæ. (n° 326, ancien A. 29). C’est un minuscule volume de 432 feuillets de parche min à deux colonnes, qui ne mesure que 120 sur 90 mil limètres. Inclus d ans une rel iure du x v ii i® siècle, avec fe rmoir en cuivre, il est beaucoup plus petit que la plupar t de nos bréviaire s modernes, et n’aurait jamais pu constitue r, aux mains des cha noines du « Lu trin », le « tome épouvantable » dont parle Boileau. Difficile à déchiffrer à cause de la petitesse extrême des le t tres gothiques, il l’est davantage encore par l’absence de tout titre sailla nt et par les nombreuses abréviations, caractères commun s à tous les manusc rits d’une époque où le parchemin coûtait cher, et où le copiste avait intérêt à abréger son tra vail en supp rima nt des lettres. Ajoutez à cela que les remarq ues liturgique s, les indica tions de renvois, ce que nous appelons aujo urd’hui rubriques, du fait qu’elles sont imprimées en rouge, sont, dans ce man uscrit comme dans bien d’autres de même époque, écrites en noir et en caractères à peine diffé rents du texte même des prières. Mais ce m anus crit est ren du précieux par les fines enlumin ures qui encadre nt certaines pages, et qui rappell ent tou t à fait, quoique en p lus petit, cel les dont est orné le missel 325 dont j ’ai parlé plus h aut. Le contenu de ce bréviaire nous offre d’abord un calendri er