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P A N O R A M A
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L ’ I M M O B I L I E R
LA NATURE S’INSTALLE EN VILLE
Suisse :
Interviews de : Manuel Tornare, Pierre-André Loizeau, Benoît Genecand, Peter Wullschleger, Olivier Philippe, Natacha Litzistorf, Vincent Desprez, Yves Lachavanne.
Tour du monde :
Lausanne, Royaume-Uni, Mexique, Canada, Japon, Burkina Faso, France.
Editorial
Concourons à embellir la ville !
L
a thématique des espaces verts en milieu urbain peut être abordée de multiples façons différentes, mais cependant complémentaires. Dans nos pays développés, déjà largement urbanisés, apparaît la nécessité de garder ou de recréer un lien avec la nature. De nombreux enfants des villes ignorent tout simplement que les carottes ne poussent pas sur les arbres. Le mouvement Cittaslow (émanation du sympathique Slow Food) vise ainsi à favoriser les cultures individuelles urbaines, la diversité des modes de vie et l’autonomie des populations citadines. Relevons que si Cittaslow compte déjà plus de 100 villes adhérentes dans le monde, on n’en compte qu’une seule en Suisse (Mendrisio). Sans doute sommes-nous trop occupés... ou trop riches ?
Editorial
Une autre approche du sujet tient à la prise de conscience, un peu lente à notre avis, que l’on a passablement négligé la qualité des espaces extérieurs, notamment au moment de construire. Le maître de l’ouvrage et l’architecte ont généralement tendance à considérer que leur mission est achevée lorsqu’un immeuble est construit et occupé, et ne se soucient pas réellement de son environnement. Quant aux collectivités publiques, il leur est sans doute plus facile de faire adopter un crédit pour la construction d’une école, d’une bibliothèque ou d’une station d’épuration, que pour l’embellissement d’une place ou la valorisation d’un terrain vague. Heureusement, la situation évolue – quoique trop lentement à notre goût – et les architectes paysagistes constituent désormais une corporation reconnue, praticiens d’une discipline à part entière. Il convient de promouvoir leur intervention le plus systématiquement possible : ce sont des « rehausseurs » de qualité de vie. Ayons aussi systématiquement le réflexe du concours lorsqu’il s’agit de remanier une zone importante. Un exemple ? A Genève, le très intéressant projet de parking des « Clés de Rive », qui pourrait permettre le réaménagement en zone piétonnière d’un important périmètre (rue Pierre-Fatio – rond-point de Rive – rue d’Italie). L’occasion est trop belle d’organiser un vrai concours international pour l’aménagement des extérieurs, permettant de créer un espace urbain dont nous puissions être fiers et qui contribue au rayonnement de notre Cité. Saisissons-là ! D’ailleurs, les créations des architectes paysagistes prennent aussi des formes ludiques et éphémères, très appréciées du public. Que l’on songe à Lausanne Jardins (www.lausannejardins.ch ; dernière édition en 2009, prochaine en 2014, espérons que la fréquence sera revue à la hausse) ou encore aux créations originales, renouvelées chaque année, présentées dans le cadre du Festival de Chaumont-sur-Loire (www.domaine-chaumont.fr), qui draine un nombre croissant de visiteurs. A quand une manifestation similaire à Genève ? Elle générerait un tourisme de qualité autant qu’elle plairait à la population locale. Enfin, sur un plan plus global et mondial, rappelons-nous que l’urbanisation est un phénomène massif : si 30% de la population mondiale était concentrée dans les villes en 1950, la proportion est passée à 50% actuellement, avec des prévisions dépassant 60% en 2030. C’est dire que le thème de l’amélioration de la qualité de vie, et des aménagements extérieurs en milieu urbain, n’est pas qu’une lubie d’esthète, mais une nécessité vitale. Notre dossier vous apporte non seulement les réflexions d’un certain nombre d’acteurs locaux que nous avons interviewés, mais vous propose aussi un petit tour du monde en accéléré, qui illustre la diversité des initiatives et des propositions - allant de déductions fiscales au Mexique pour favoriser la végétalisation des toits aux « commandos urbains » agissant au Canada et aux USA, en passant par les jardins potagers londoniens ou encore par la mini-tour agricole imaginée pour le Burkina Faso, qui a obtenu la Médaille d’or du Salon des Inventions de Genève.
Thierry Barbier-Mueller Administrateur délégué
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n° 26 - Printemps 2010 -
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dossier
dossier
Immodossier
L’architecture verte, un effet de mode ?
La nature s’installe en ville
Ont répondu à nos questions p. 3 Manuel Tornare Conseiller administratif de la Ville de Genève p. 3 Dr Pierre-André Loizeau Directeur des Conservatoire et Jardin botaniques de la Ville de Genève p. 5 Benoît Genecand Consultant indépendant, président de la Chambre genevoise immobilière p. 6 Peter Wullschleger Secrétaire général de la Féd. suisse des architectes paysagistes à La Chaux-de-Fonds p. 7 Olivier Philippe Architecte paysagiste associé de l’Agence TER, Paris p. 8 Natacha Litzistorf Directrice d’equiterre p. 8 Vincent Desprez Professeur HES, Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève, filière Architecture du paysage p. 10 Yves Lachavanne Responsable du Service des parcs et promenades de la Ville de Lausanne
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La nature s’installe en ville
Espaces verts, espaces libres, espaces urbains : bien plus qu’un poumon dans la ville
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utrefois, il semblait naturel aux premiers lecteurs du « Petit Nicolas » que leur héros et ses copains fissent leurs premières armes dans le terrain vague jouxtant l’école communale. A Genève, dans les années 60, le vieil observatoire abandonné sur la promenade du même nom, en plein centre-ville et face au Musée d’art et d’histoire, servait de théâtre à des jeux d’enfants. Sans surveillance ni précaution, les bambins s’égaillaient dans l’escalier en colimaçon, sautaient par les fenêtres du premier étage, un vieux matelas amortissant leur chute… Aujourd’hui, tout cela ferait rire notre progéniture et trembler nos édiles, à une époque où patrouilleurs scolaires et psychologues encadrent les « activités de temps libre » et où chaque espace vert fait l’objet d’une « gestion ». Reprenons toutefois notre sérieux, pour constater que d’immenses progrès ont été accomplis dans la prise en compte des attentes de toutes les classes d’âge en matière d’environnement urbain. Espaces verts en Romandie, espaces libres en terre alémanique (Freiräume) font l’objet d’une véritable prise de conscience. On veut du convivial, du beau, parfois un zeste d’originalité. La ville doit à nouveau susciter l’affection, sinon l’amour, de ses habitants et de ses visiteurs. L’architecture bassement fonctionnelle n’a plus la cote, les parterres de fleurs crottoirs pour chiens non plus. Ni les donneurs d’ordres, ni les pouvoirs publics, ni les citoyens ne veulent plus de la végétation famélique hâtivement arrimée à un monticule de remblai truffé de déchets de chantier. On se réapproprie les interstices, on réfléchit au-delà du géranium de balcon. Au cœur d’un paysage urbain peu à peu remodelé, nos interlocuteurs offrent aux lecteurs d’Immorama un premier éclairage sur cette révolution verte, aussi tranquille que, fort heureusement, inéluctable. ■
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dossier Par Christine Esseiva et Thierry Oppikofer
1 Est-il possible de créer, d’entretenir et de développer des espaces verts originaux – par leur forme, leur taille, leur variété – dans un univers urbain dense, comme celui de Genève ? Oui. La gestion différenciée dans les espaces verts de la ville de Genève tend à considérer chaque espace comme unique, tenant compte du génie du lieu : son histoire, son aspect, sa situation dans la ville, son utilisation, l’implantation de bâtiments patrimoniaux, le respect de l’environnement, etc. 2 Les maîtres d’ouvrage publics, institutionnels et privés accordent-ils suffisamment d’intérêt aux espaces verts et leur consentent-ils assez d’investissements ? Petit à petit, ils y arrivent, ils ont compris l’importance de ne pas créer des no man’s land sans âme, souvent ingérables, vite en friche autour des constructions. 3
Les espaces verts ont-ils systématiquement, selon vous, une vocation éducative, une vocation sociale (lieux de rencontre), une vocation utilitaire (dépol-lution de l’air, voire culture de fleurs ou de plantes) ? Oui, sur tous les plans. Les arbres (et leur diversité, en privilégiant des essences de nos régions) font partie du patrimoine, ce sont des références tout en étant des poumons sanitaires indispensables. Les parcs sont des lieux conviviaux qui permettent les rencontres, la pratique du sport, le rêve, la réflexion, l’accès à la beauté. Faune et flore doivent aussi être en symbiose pour favoriser la plénitude de leur vocation.
4 Doit-on rendre les parcs et les grands espaces verts plus « vivants », et comment (jeux, spectacles) ? On peut le faire, mais, ces dernières années, on a souvent considéré les parcs comme des places, en oubliant que l’herbe, les massifs ou les arbres ne sont pas du macadam ! Exemple : les Fêtes de Genève au Jardin Anglais. Un parc vit, respire, il est tout « nature », on doit en tenir compte. 5
Placer les espaces verts sous la « sauvegarde du citoyen » est-il suffisant, aujourd’hui, pour assurer le respect de ceux-ci par un public parfois peu civique ? Depuis 1982, la Ville de Genève, grâce à Guy-Olivier Segond, a levé l’interdiction de se prélasser sur les espaces herbeux, dans les parcs. Leur sauvegarde est placée sous la responsabilité des citoyennes et des citoyens. Ils attirent de plus en plus de public, en fonction de la météo et des manifestations. Il est vrai que les incivilités augmentent, la police municipale n’a – hélas ! – pas les forces suffisantes pour empêcher certaines déprédations ou même saccages. Mais on y réfléchit afin de prendre des mesures. « Pour commander à la nature, il faut d’abord lui obéir », dit le philosophe anglais Francis Bacon.
6 Dans ce domaine, faut-il encourager les initiatives individuelles (balcons fleuris, concours d’embellissement, etc.) ? Oui, on le fait. Mais il est vrai qu’on pourrait sensibiliser davantage le public à cette forme de participation citoyenne qui consiste à embellir la ville.
7 Les pouvoirs publics devraient-ils accorder des facilités (déductions fiscales, subventions, etc.) aux maîtres d’ouvrage qui font l’effort de concevoir des espaces verts de qualité ? Etes-vous favorable à un mécénat en la matière ? Oui, car c’est l’ensemble de la collectivité qui en bénéficie. ■ 1 Est-il possible de créer, d’entretenir et de développer des espaces verts originaux – par leur forme, leur taille, leur variété – dans un univers urbain dense, comme celui de Genève ? Oui, c’est tout à fait possible. C’est un concept que l’on appelle gestion différenciée. La gestion des différents espaces est pensée en fonction de leur usage. Des espaces beaucoup parcourus, très visibles, seront beaucoup plus intensément entretenus que d’autres, plus discrets. Ces derniers, laissés dans un état plus « sauvage », peuvent accueillir une biodiversité très intéressante. Mais le niveau d’entretien dépend aussi beaucoup de la perception qu’a le public de son environnement. Le « propre en ordre » est malheureusement souvent synonyme de perte de diversité, d’appauvrissement des milieux. C’est donc aussi au niveau de l’évolution des mentalités qu’il nous faut travailler, et faire passer le message qu’une prairie fauchée tardivement, même si elle donne l’impression d’un certain abandon, est riche d’une vie souvent insoupçonnée. Ne me jetez pas sur la voie publique !
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Manuel Tornare
Conseiller administratif de la Ville de Genève
« Pour commander à la nature, il faut d’abord lui obéir.» Francis Bacon, philosophe anglais (1561-1626)
En savoir plus En 2008, la Ville de Genève, avec l’appui des Fondations Edmond & Benjamin de Rothschild, a rénové l’Orangerie du parc Mon-Repos, rebaptisée « Pavillon Plantamour ». Le pavillon a été mis à la disposition de l’Association La Libellule, qui a pour objectif de sensibiliser le public à l’observation, à l’intégration et à la protection de la nature. Toute l’année, expositions, conférences, excursions permettent aux Genevois de mieux connaître et de respecter la nature, notamment leurs espaces verts. Informations : www.lalibellule.ch
Dr Pierre-André Loizeau
Directeur des Conservatoire et Jardin botaniques de la Ville de Genève
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dossier La nature s’installe en ville
2 Les maîtres d’ouvrage publics, institutionnels et privés accordent-ils suffisamment d’intérêt aux espaces verts et leur consentent-ils assez d’investissements ? J’ai toujours été étonné d’entendre, dans la terminologie utilisée par certains architectes, que les espaces non construits étaient des espaces « négatifs ». Le terme utilisé est pour moi révélateur de la façon avec laquelle ces espaces sont traités : un décor de théâtre coloré dont toute vie est absente. Or, la vie se trouve justement dans ces espaces.
« La vie se trouve dans les espaces libres ! »
3 Les espaces verts ont-ils systématiquement, selon vous, une vocation éducative, une vocation sociale (lieux de rencontre), une vocation utilitaire (dépol-lution de l’air, voire culture de fleurs ou de plantes) ? A une époque où plus de la moitié de la population mondiale vit dans des villes, je considère comme fondamental le maintien d’espaces verts et vivants dans ces cités. Ces espaces sont pour beaucoup le seul lien qui rattache les citadins à une réalité qu’on oublie trop souvent en zone urbaine, à savoir que l’Homme fait partie d’une Nature, dont il se nourrit et dont il dépend pour sa survie. En milieu urbain, le rôle essentiel des zones vertes est donc éducatif et social, un rappel permanent de cette réalité. Les surfaces sont trop petites pour justifier une vocation utilitaire. 4 Doit-on rendre les parcs et les grands espaces verts plus « vivants », et comment (jeux, spectacles) ? Les parcs peuvent jouer le rôle de lieu de réunion festif dans leur composante sociale. Cependant, je souhaiterais que ces espaces soient avant tout considérés comme des lieux naturels en ville, dans lesquels les éléments importants sont les plantes et les animaux qui pourraient y vivre, offerts à l’observation et à la contemplation du public. 5 Placer les espaces verts sous la « sauvegarde du citoyen » est-il suffisant, aujourd’hui, pour assurer le respect de ceux-ci par un public parfois peu civique ? Les problèmes qui surgissent sont rarement le fait de quelques individus indélicats (bien que cela arrive), mais plutôt de la masse des personnes qui prennent chacune une place de plus en plus grande, qui répètent les mêmes gestes malheureux, qui piétinent les mêmes espaces. Il faut donc que les espaces verts soient dimensionnés en fonction du nombre de visiteurs qu’ils peuvent accueillir. Comme corollaire, on peut dire qu’on ne peut pas agrandir la ville sans prévoir des espaces verts aux dimensions raisonnables. 6 Dans ce domaine, faut-il encourager les initiatives individuelles (balcons fleuris, concours d’embellissement, etc.) ? Toute action qui permet de rendre son lieu de vie agréable est la bienvenue. Toute action qui rappelle que l’Homme fait partie du monde des vivants est nécessaire. 7
Les pouvoirs publics devraient-ils accorder des facilités (déductions fiscales, subventions, etc.) aux maîtres d’ouvrage qui font l’effort de concevoir des espaces verts de qualité ? Etes-vous favorable à un mécénat en la matière ? La difficulté réside dans la perception de la qualité d’un milieu. Cette qualité ne sera probablement pas la même pour un botaniste que pour un architecte. Je crains donc qu’une subvention n’atteigne pas les buts pour lesquels je l’aurais donnée en tant que défenseur de la biodiversité. Par ailleurs, un environnement de qualité ne veut pas nécessairement dire coûts supplémentaires au moment de l’implantation. Le problème est plus dans la méconnaissance des actions à mener. Autant que je sache, l’Etat encourage des industriels à transformer les zones qui entourent leurs locaux en friches favorisant une augmentation de la biodiversité. Généralement, ces solutions permettent à la fois de diminuer les frais d’entretien de ces zones, d’augmenter la diversité biologique et d’améliorer la perception de l’environnement par les collaborateurs et les clients, qui s’y sentent mieux. ■
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dossier La nature s’installe en ville
1 Est-il possible de créer, d’entretenir et de développer des espaces verts originaux – par leur forme, leur taille, leur variété – dans un univers urbain dense, comme celui de Genève ? Il est vrai que le centre de Genève présente une forte densité. Mais si l’on considère la ville dans sa dimension de métropole, on constate que la qualité de ses espaces verts est phénoménale. De la Jonction à l’extrême ouest du canton, on peut cheminer le long du Rhône quasiment sans traverser de route. Dans le cadre du projet Praille–Acacias–Vernets, une « voie bleue » est prévue le long de l’Arve. Une voie, c’est encore mieux qu’un espace. C’est la coordination de nombreux espaces permettant de se déplacer dans un environnement de qualité. Un regret : on manque parfois d’occasions, par exemple en installant des trams sans penser à « verdir » un peu leur trajet. Et, certaines fois, on manque de « suivi » dans les ambitions d’espaces verts, entre autres du côté d’Uni-Mail où l’effet souhaité de voûte de verdure (les branches élevées des arbres se rejoignant) a échoué dans l’indifférence générale. 2
Les maîtres d’ouvrage publics, institutionnels et privés accordent-ils suffisamment d’intérêt aux espaces verts et leur consentent-ils assez d’investissements ? Non, vraisemblablement. Cette question vient en fin de plan financier. Une meilleure collaboration entre privé et public, portant par exemple sur l’entretien des espaces à long terme, est souhaitable.
3 Les espaces verts ont-ils systématiquement, selon vous, une vocation éducative, une vocation sociale (lieux de rencontre), une vocation utilitaire (dépol-lution de l’air, voire culture de fleurs ou de plantes) ? Les espaces verts sont multifonctionnels. Il ne faut pas essayer de les enfermer dans des boîtes conceptuelles, qu’elles soient vertes ou non ! L’une de leurs fonctions est aujourd’hui de s’interconnecter. Je pense qu’il y a un risque de devenir un peu technocratique si l’on entend planifier en détail l’usage que fera la population des espaces verts. Je préfère d’ailleurs le terme allemand de Freiräume – espaces libres – où les enfants pouvaient inventer des aventures extraordinaires, faire des cabanes… Il y avait des risques, mais qu’est-ce que c’était bien !
Benoît Genecand
Consultant indépendant, président de la Chambre genevoise immobilière
« Ne pas enfermer les espaces verts dans des boîtes conceptuelles. »
4 Doit-on rendre les parcs et les grands espaces verts plus « vivants », et comment (jeux, spectacles) ? Pas forcément. Certains événements ont déjà lieu dans les grands parcs – théâtre, concerts – ou à l’échelle d’un quartier. Il ne me paraît pas nécessaire d’en faire davantage. Pour reprendre le cas des rives du Rhône, je trouverais dommage que cette irruption de la nature presque sauvage en pleine ville soit trop « cadrée », et qu’on y installe des chemins en petits gravillons, des pavillons de glaciers et autres gadgets superflus. 5 Placer les espaces verts sous la « sauvegarde du citoyen » est-il suffisant, aujourd’hui, pour assurer le respect de ceux-ci par un public parfois peu civique ? Oui. Je me refuse à emboucher les trompettes de la décadence du sens civique, du laisser-aller, de la course vers le pire. Les gens vivent de plus en plus longtemps, de mieux en mieux : ce ne sont donc pas tous des marginaux destructeurs. Tout n’est pas de plus en plus moche, de plus en plus sale, de plus en plus irrécupérable. Naturellement, il ne faut pas non plus pécher par naïveté et imaginer qu’un mur blanc tout neuf, placé entre deux murs pleins de tags, va rester immaculé. 6 Dans ce domaine, faut-il encourager les initiatives individuelles (balcons fleuris, concours d’embellissement, etc.) ? Dans un centre urbain, cela n’a pas beaucoup de sens. Genève n’est pas Ovronnaz. L’idée de transformer les citadins du XXIe siècle en club de cultivateurs de géraniums sur balcon est un peu illusoire. 7
Les pouvoirs publics devraient-ils accorder des facilités (déductions fiscales, subventions, etc.) aux maîtres d’ouvrage qui font l’effort de concevoir des espaces verts de qualité ? Etes-vous favorable à un mécénat en la matière ? La voie du partage des tâches – le maître d’ouvrage assure l’investissement initial, puis la commune se l’approprie et en assure l’entretien, quand l’espace est vraiment public – paraît préférable. Cet axe de réflexion me semble intéressant, et chaque partenaire consentirait ainsi un effort. On conçoit mal, en effet, que l’Etat ou la collectivité financent directement ou non des extérieurs standard, visant simplement à mieux commercialiser une promotion. Eventuellement, un mécénat public ou une subvention pourraient être imaginés s’il s’agit de véritables espaces verts ou d’aménagements publics, voire de statues ou de peintures d’artistes locaux, mais cela risque de générer beaucoup de bureaucratie. ■
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1 Absolument ! La qualité et l’originalité ne sont pas proportionnelles à la taille, comme l’illustre notre célèbre couteau suisse. Les denses territoires urbains exigent néanmoins de relever davantage de défis, non seulement en termes de configuration, mais aussi d’intensité d’usage, d’exigences et d’attentes de la part des habitants. Il est important, pour la réussite d’un projet, d’associer les futurs utilisateurs le plus en amont possible.
Peter Wullschleger
Secrétaire général de la Fédération suisse des architectes paysagistes à La Chaux-de-Fonds
2 Bien sûr que non, et pas seulement à Genève ! Très souvent, les espaces libres ne sont pas considérés comme un élément réel de la qualité d’un projet architectural, mais plutôt comme quelque chose de nice to have, et lorsqu’on cherche à économiser, ce sont eux qui sont sacrifiés. La signification d’espaces libres ou verts de qualité en milieu urbain ou dans les zones d’habitation est fréquemment sous-estimée. Pour les familles avec de jeunes enfants, des espaces de liberté proches de la maison ou de l’appartement sont pourtant l’un des critères essentiels du choix d’un logement, voire d’un quartier. 3 Les espaces verts ou libres urbains remplissent toujours plusieurs fonctions à la fois, dont la proportion peut varier suivant la situation ou les impératifs du lieu. A cet égard, en ville, c’est souvent l’aspect social qui prédomine.
« Les autorités doivent donner l’exemple. »
Questions
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Est-il possible de créer, d’entretenir et de développer des espaces verts originaux – par leur forme, leur taille, leur variété – dans un univers urbain dense, comme celui de Genève ?
2 Les maîtres d’ouvrage publics, institutionnels et privés accordentils suffisamment d’intérêt aux espaces verts et leur consentent-ils assez d’investissements ? 3
Les espaces verts ont-ils systématiquement, selon vous, une vocation éducative, une vocation sociale (lieux de rencontre), une vocation utilitaire (dépol-lution de l’air, voire culture de fleurs ou de plantes) ?
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Doit-on rendre les parcs et les grands espaces verts plus « vivants », et comment (jeux, spectacles) ?
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4 Pas nécessairement. Là encore, tout dépend de la situation précise et du but recherché. Les idées d’utilisation des espaces publics sont variées. Des lieux calmes et sereins sont aussi indispensables que des espaces animés et fréquentés. Mais si l’usage d’un espace vert, par exemple, ne donne pas satisfaction parce qu’il est mal conçu ou peu attrayant, il faut évidemment agir. 5 Il est clair que le comportement des visiteurs des parcs et espaces publics se révèle très différent de ce qu’il fut voilà cinquante ans, et cela ne concerne pas seulement ces lieux. On doit en tenir compte dans la planification des projets. Il est aujourd’hui possible de réaliser des installations résistant au vandalisme, et l’entretien intensif de certains espaces doit absolument faire partie des budgets d’investissement et d’entretien à long terme. Souvent, le respect témoigné à un lieu dépend aussi de sa qualité intrinsèque. Plus la configuration de ce lieu répond aux besoins de ses utilisateurs, mieux il est entretenu, et moins il risquera d’être dégradé. 6
Certes, cela peut aider à sensibiliser la population à la beauté de l’environnement, mais il faut que ce type d’initiatives soit bien planifié et ne remplace d’aucune manière l’approche professionnelle des aménagements d’espaces verts privés, semi-privés et publics.
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Non. Une offre adéquate et un haut standard de qualité doivent être encouragés auprès des maîtres d’ouvrage, pour les espaces verts comme pour les immeubles proprement dits. Les dispositions légales et réglementaires de la construction le permettent aisément. Un mécénat ne se justifie pas davantage pour les espaces environnant un immeuble que pour les fenêtres ou les portes. Naturellement, il est indiqué que les pouvoirs publics montrent l’exemple, dans le cadre de leurs propres réalisations. On convaincra plus facilement les donneurs d’ordres privés s’ils constatent que les autorités qui posent des exigences de ce type dans les procédures d’autorisation prennent elles-mêmes leurs responsabilités pour créer des espaces verts et des aménagements de qualité. ■
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1 Si l’on s’affranchit de la question financière, rien ne devrait s’opposer à l’émergence d’une culture créative du jardin et de l’espace public urbain. La réalité semble assez différente, le jardin et les espaces publics en général sont encore sous l’emprise d’une pensée conventionnelle, hyper-fonctionnaliste sinon conservatrice. 2 Il est certain que les choses ont beaucoup évolué. La ville est devenue un lieu de plaisir et de confort où la lenteur, la flânerie sont des valeurs dominantes. Cela impose un autre partage de l’espace, et c’est à ce titre un formidable enjeu politique. C’est aussi plus que jamais un extraordinaire outil de valorisation du patrimoine foncier. Il existe en effet un réel intérêt de tous les acteurs de la ville, et les investissements semblent suffisants. Ce que nous constatons, c’est plutôt une insuffisance des moyens de gestion de ces espaces, insuffisance durable compte tenu du contexte économique, et cela nous oblige à repenser notre mode d’élaboration des projets.
Olivier Philippe
Architecte paysagiste associé de l’Agence TER, Paris
3 Ils ont cette triple vocation, à des degrés et à des parts variables selon les contextes. Mais la vraie vocation d’un lieu, c’est avant tout de pouvoir provoquer une émotion, susciter un étonnement. Le grand spectacle n’est pas obligatoire, cette émotion peut être produite par une chose très simple, comme une pelouse bien réglée dans sa géométrie comme dans sa topographie : elle offre ainsi une netteté et une présence qui la mettent en tension avec son environnement et lui confèrent un statut autre qu’une simple étendue verte. 4 J’aime souvent citer l’exemple du parc de la Villette à Paris. Ce parc, dessiné par le Suisse-Américain Bernard Tschumi, a été, pour les Parisiens, une véritable révolution. Ce n’est pas son esthétique, que certains raillent pour son expressivité trop marquée, qui me surprend. C’est le fait que Tschumi ait inventé le parc urbain moderne ; quelque chose qui relève du champ de foire et du jardin. Un lieu qui combine la polyvalence d’usage, l’hyper-programmation au travers des nombreux événements et équipements, et le plaisir tactile et sensuel d’une vaste pelouse plane, accessible enfin à tous et tout le temps. Le parc n’est plus uniquement un lieu de nature ou de représentation de celle-ci, comme se voulaient ses homologues du XIXe siècle. On les veut aujourd’hui très hybrides, lieux par excellence d’un plaisir qui met en mouvement tous les sens, dans des temporalités différentes. 5
Les parcs et jardins, selon notre expérience, sont généralement bien respectés ; il y a très peu de dégradations, y compris dans des endroits dits sensibles, par exemple dans la périphérie parisienne où il nous est arrivé de nous trouver confrontés à des bandes de jeunes durant les chantiers. Une fois les végétaux installés, ils sont beaucoup moins sujets à des déprédations que ce n’est le cas dans les espaces publics non « verts ». Naturellement, il faut assurer l’entretien et le suivi, en intervenant dès qu’un dégât a été constaté.
6 Très probablement, mais j’avoue une certaine défiance par rapport à ces questions d’« embellissement », qui véhiculent fréquemment une idée très réductrice et immobile de ce qui relèverait du « beau ». 7
La déduction fiscale est une idée intéressante. Un système qui s’inspirerait de ce qui est pratiqué aux Etats-Unis pour les œuvres d’art me paraîtrait assez incitatif. Mais l’efficacité de ce type de dispositif est liée à une véritable plus-value des aménagements, en termes esthétiques et écologiques. Il faudrait donc subordonner les déductions à cette plus-value. Cela exigerait un mode de sélection difficile à mettre en place. ■
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« La ville est devenue un lieu de plaisir et de confort. »
Questions
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Placer les espaces verts sous la « sauvegarde du citoyen » est-il suffisant, aujourd’hui, pour assurer le respect de ceux-ci par un public parfois peu civique ?
6 Dans ce domaine, faut-il encourager les initiatives individuelles (balcons fleuris, concours d’embellissement, etc.) ? 7 Les pouvoirs publics devraient-ils accorder des facilités (déductions fiscales, subventions, etc.) aux maîtres d’ouvrage qui font l’effort de concevoir des espaces verts de qualité ? Etes-vous favorable à un mécénat en la matière ?
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dossier La nature s’installe en ville
1 C’est une question fondamentale, qui a trait à la qualité de vie en ville. Toute notre action vise non seulement à créer, mais effectivement à développer et à entretenir des espaces verts incitant les citadins à ne pas s’exiler hors du périmètre urbain pour trouver de la nature. Cet étalement de l’habitat génère des problèmes de transport et de pollution, entre autres. Avec d’autres acteurs de la société, equiterre cherche à développer des espaces verts, et à faire participer les gens à ces aménagements. Nos « jardins de poche » mettent en valeur de petites friches, de petits interstices qui deviennent des lieux de respiration, voire de repos. Entretenus par les habitants, ce sont des sites conciliant économie de moyens, aspect social et bénéfice environnemental.
Natacha Litzistorf Directrice d’equiterre
« Les gens doivent aimer la ville. »
2 Beaucoup d’efforts sont aujourd’hui consentis, mais pas encore suffisamment. Nous cherchons à dialoguer, notamment avec les entrepreneurs généraux, pour qu’ils comprennent mieux que les « extérieurs » de qualité représentent une plus-value, même si elle n’est pas toujours convertible d’emblée en termes monétaires, encore qu’il y ait des exemples, notamment en France, où les « pieds de bâtiment » soignés aient contribué notablement à élever la valeur locative. Dans certains cas, la négociation entre différents propriétaires et la commune, en vue d’établir un simple « jardin de poche », a permis de désembrouiller des problèmes de gestion foncière ! 3 Ils ont évidemment les trois vocations. Le vert crée du lien social ; on sympathise facilement, ne serait-ce qu’en admirant les mêmes fleurs. Sur le plan du climat, l’importance des espaces verts, y compris « verticaux » (façades, toits végétalisés), est patente. On sait aussi que la verdure a un effet bénéfique sur la santé ; les convalescents, selon une étude récente, se remettent plus vite lorsque leur chambre de clinique donne sur le jardin ! 4 Une animation n’est pas utile chaque semaine. Mais des opérations comme « Nature en ville », concilient les aspects ludiques et éducatifs. Au-delà, on recherche souvent, dans un parc ou un jardin public, un paysage sonore différent et une certaine tranquillité. En somme, il faut éviter de transformer les espaces verts en musées, mais aussi de les dynamiser à l’excès. 5 Cela dépend de la manière dont ces espaces ont été créés ou développés. Si les gens s’approprient un lieu, ils le respecteront. Les espaces verts de quartier, par exemple, ne subissent pas trop de déprédations. Pour les parcs un peu plus grands, nous préconisons des mesures éducatives et préventives, et des initiatives de motivation des habitants et des visiteurs, plutôt que des écriteaux et des barrières. Un peu à l’image de la campagne « Le Respect », c’est un travail de longue haleine. 6 Certes, les concours de géraniums et autres manifestations de ce genre présentent un côté un peu kitsch, voire désuet. Mais au moins les citadins ont-ils ainsi quelque chose à eux, qui les lie à la nature. Quoique les jardins familiaux, par exemple, représentent un lieu de concentration d’engrais chimiques qui en font littéralement des terrains pollués. Pourtant, ne soyons pas trop puristes: fleurir son balcon, le comparer à celui du voisin, ce sont des gestes individuels qui finissent par donner un élan collectif vers la nature en ville. 7 Je trouve cela tout à fait intéressant. Plutôt que le bâton, manions un peu la carotte ! Les pouvoirs publics s’y retrouveraient sur le plan financier, et l’on inciterait chacun à améliorer la qualité de notre environnement. Après tout, en matière agricole, cette politique a donné de bons résultats paysagers. Nous sommes ouverts à des mesures innovantes, si elles permettent d’atteindre une meilleure qualité d’environnement urbain. ■
Vincent Desprez
Professeur HES, Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève, filière Architecture du paysage
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J’élargirais la question à l’ensemble du territoire genevois et à sa région. Notre filière d’étude travaille sur la gestion du paysage de l’Agglomération franco-valdo-genevoise, ce qui me paraît indispensable pour concevoir des scénarios d’aménagement en prenant un peu de recul. A Genève, on manque de vision globale. Il n’y a pas franchement de politique novatrice en matière d’aménagement des espaces publics, qui ne sont pas uniquement à considérer sous l’angle des « espaces verts », et l’on vit sur des acquis, des héritages… Bref, on nourrit une vision passéiste, alors que Genève mériterait des espaces publics dignes de notre époque. Il y en a très peu. Les choses vont peut-être changer… Lausanne paraît plus audacieuse en la matière ; des interventions urbaines récentes l’ont démontré ou d’autres actions, telles que ses « jardins partagés »,
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dossier La nature s’installe en ville une expérience intéressante de valorisation de petits périmètres, espaces « délaissés » mis à la disposition des habitants des quartiers, comme parfois des pieds d’arbres. A mon sens, il ne faut pas coller du vert partout. Certains espaces urbains ne nécessitent pas systématiquement une « végétalisation » mais méritent aussi de devenir/de rester libres, ou d’être aménagés de façon minérale.
1 Le problème est là ! Il ne s’agit même pas vraiment d’argent, mais de planification. Lorsqu’on construit, on prête attention à l’objet, on lance des concours, on prévoit l’imprévisible pour ne pas rater son ouvrage. Eh bien, on devrait associer les professionnels du paysage à un projet dès son origine ! Une bonne intervention se fait aujourd’hui de manière interdisciplinaire. Les grands chantiers ne peuvent plus aboutir à coups de diktats. Et si l’on doit consulter les spécialistes après coup, cela a des répercussions, parfois lourdes, sur les coûts de l’ouvrage. 2 Les trois à la fois. Dans les lieux urbains ou périurbains, il convient d’attacher beaucoup d’importance à l’usage futur de l’espace et aux attentes de la population. C’est pour elle qu’on aménage, on l’oublie trop souvent. On peut aussi, et simultanément, s’intéresser à la biodiversité qui va se créer, à la faune et à la flore urbaines qui vont coloniser l’espace. La notion de « nature » en ville n’est pas un concept réservé à je ne sais quel ayatollah de l’environnement. C’est une réalité, même si cette « nature » est fortement empreinte d’intervention humaine. 3 C’est une question d’échelle, dans tous les sens du terme. Cela dépend de la taille et de la configuration des espaces publics et des espaces verts. Il faut respecter les lieux et leur éventuelle vocation établie. Par exemple, la mise en lumière de certains parcs et/ ou l’éclairage des arbres, très en vogue, peut engendrer des troubles sur les écosystèmes. Mais on peut aussi avoir des lieux – comme à Genève le pont de la Machine – où l’animation est bienvenue, surtout si elle est éphémère. Au Jardin botanique, des activités de découverte des plantes et de leurs milieux paraissent plus indiquées que d’en faire une annexe du Paléo Festival ! En somme, il ne faut pas dénaturer un espace, qu’il soit vert ou non, mais le valoriser en y développant des activités adaptées. 4 Il est vrai que les incivilités représentent un problème de société, qui se répercute aussi sur les espaces verts, les parcs et les lieux publics. Diverses mesures, allant des panneaux d’interdiction aux caméras ou aux vigiles, sont prises… sans convaincre vraiment. Si la population, quel que soit son âge ou son statut social, se sent chez elle dans un environnement de qualité, elle aura davantage de respect pour lui. A cet égard, sur le site de formation de Lullier (Centre de formation professionnelle Nature et Environnement et Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture), par exemple, on peut signaler, au regard de l’état des infrastructures, que les jeunes qui y étudient et y travaillent sont moins enclins que d’autres à se laisser aller aux tags et autres dégradations. A Neuchâtel, des aménagements de places de jeu ont été réalisés en associant les jeunes des quartiers et les enfants des écoles à une politique de rénovation des espaces publics… et cela a bien marché. 5 Je reste sceptique face à ces manifestations, qui font surtout prospérer les jardineries. Je crois davantage à la prise de conscience de l’environnement au travers d’autres types de démarches participatives, d’associations et d’activités de quartier, tel l’entretien de « jardins partagés » urbains, etc. Certes, cela doit être encadré, avec un cahier des charges à respecter. A Lausanne, l’opération « Lausanne Jardins » a permis de conférer de nouveaux usages à certains lieux publics laissés à l’abandon. Lorsqu’on a voulu démonter certains aménagements imaginés par des étudiants de notre filière, les habitants ont souhaité que ceux-ci soient pérennisés et s’y sont opposés ! Tout ce qui peut inciter à cultiver la qualité est bienvenu. Après tout, on subventionne bien les panneaux solaires ! Mais le rôle des pouvoirs publics me paraît d’abord de faire preuve d’exigence en la matière vis-à-vis de leurs mandataires et de leurs collaborateurs, et de se donner les moyens de leurs ambitions… Un immeuble, une école, un pont sont inaugurés au moment de leur splendeur : ils sont tout neufs et ils s’altèrent ensuite. Un jardin, lui, attendra des années avant de trouver une beauté accomplie et de correspondre au projet initial. On doit s’en donner les moyens. ■
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« Associer les professionnels du paysage dès le début du projet. »
Questions
1 Est-il possible de créer, d’entretenir et de développer des espaces verts originaux – par leur forme, leur taille, leur variété – dans un univers urbain dense, comme celui de Genève ? 2 Les maîtres d’ouvrage publics, institutionnels et privés accordentils suffisamment d’intérêt aux espaces verts et leur consentent-ils assez d’investissements ? 3 Les espaces verts ont-ils systématiquement, selon vous, une vocation éducative, une vocation sociale (lieux de rencontre), une vocation utilitaire (dépol-lution de l’air, voire culture de fleurs ou de plantes) ? 4 Doit-on rendre les parcs et les grands espaces verts plus « vivants », et comment (jeux, spectacles) ? 5
Placer les espaces verts sous la « sauvegarde du citoyen » est-il suffisant, aujourd’hui, pour assurer le respect de ceux-ci par un public parfois peu civique ?
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Dans ce domaine, faut-il encourager les initiatives individuelles (balcons fleuris, concours d’embellissement, etc.) ?
7 Les pouvoirs publics devraient-ils accorder des facilités (déductions fiscales, subventions, etc.) aux maîtres d’ouvrage qui font l’effort de concevoir des espaces verts de qualité ? Etes-vous favorable à un mécénat en la matière ?
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dossier La nature s’installe en ville
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Yves Lachavanne
Responsable du Service des parcs et promenades de la Ville de Lausanne
« La qualité n’engendre pas nécessairement de surcoût. »
Est-il possible de créer, d’entretenir et de développer des espaces verts originaux – par leur forme, leur taille, leur variété – dans un univers urbain dense, comme celui de Genève ? La densification du bâti des villes (tendance très actuelle) conduit nécessairement à la raréfaction de leurs espaces libres. Dès lors, pour assurer une qualité de vie aux citadins, l’enjeu majeur réside dans le maintien et l’aménagement d’espaces libres de qualité, diversifiés tant par leur taille, leur forme, que par les usages qu’ils offrent. Mis en réseau à l’échelle de la ville, les parcs urbains, les squares de proximité, les promenades, les avenues arborées, ainsi que tous les petits coins de nature nichés dans les espaces interstitiels, contribuent à son attractivité et répondent aux attentes de ses habitants. Depuis 1997, les différentes éditions de Lausanne Jardins, festival de jardins contemporains, ont démontré les possibilités de valoriser l’espace urbain grâce à des interventions originales dans des contextes insolites, souvent avec des moyens très simples. Le futur écoquartier, prévu dans le nord-ouest lausannois dans le cadre du projet Métamorphose, sera sans doute lui aussi un formidable terrain d’expériences propice à des aménagements paysagers différents, conviviaux et respectueux de l’environnement.
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Les maîtres d’ouvrage publics, institutionnels et privés accordent-ils suffisamment d’intérêt aux espaces verts et leur consentent-ils assez d’investissements ? La Ville de Lausanne accorde une grande importance à la valorisation et à l’entretien de son patrimoine végétal. Ses élus soutiennent de nombreux projets impliquant engagement et investissements : restauration des grands parcs historiques ; aménagement d’espaces publics de qualité ; gestion différenciée des espaces verts offrant une plus grande place à la nature en ville. Les espaces verts privés, qui occupent une part importante du territoire urbain, ne bénéficient pas toujours de la même attention. Lors de nouvelles constructions, les aménagements extérieurs font souvent figure de parent pauvre au regard des investissements consentis pour le bâti. Leur intégration en amont dans les réflexions et le recours aux compétences d’architectes paysagistes devraient permettre d’améliorer leur qualité, sans engendrer nécessairement de surcoût.
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Les espaces verts ont-ils systématiquement, selon vous, une vocation éducative, une vocation sociale (lieux de rencontre), une vocation utilitaire (dépol-lution de l’air, voire culture de fleurs ou de plantes) ? Les espaces verts urbains jouent bien sûr un rôle social, culturel, esthétique, récréatif, écologique… Leur vocation spécifique doit cependant être définie en fonction du contexte et tenir compte des besoins des utilisateurs. Une approche différenciée de l’usage des parcs à l’échelle de la ville s’impose donc, pour permettre à chaque utilisateur de trouver son bonheur. A titre d’exemple, le Service des parcs et promenades de Lausanne a initié en 1996 le projet des « plantages », petits lopins potagers de proximité mis à la disposition d’habitants dans divers quartiers. Ceux-ci offrent la possibilité à des citadins de garder un contact avec la terre et favorisent le lien social entre jeunes et moins jeunes, entre populations d’origines diverses. Autre exemple, l’aménagement de petits « espaces publics du quotidien » répondant à la demande grandissante de lieux permettant de croquer un en-cas durant la pause de midi sur un banc public, à l’ombre d’un arbre.
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Doit-on rendre les parcs et les grands espaces verts plus « vivants », et comment (jeux, spectacles) ? Les parcs et les grands espaces verts doivent rester avant tout des lieux de promenade, propices au ressourcement et à la contemplation, des espaces offrant une liberté de mouvement, dépourvus de tensions sociales. A vouloir les rendre trop « vivants », on prend le risque de les transformer en « supermarchés ». Cela n’excluant pas occasionnellement l’organisation de fêtes, de concerts ou de projections de films, comme c’est le cas dans les plus beaux parcs lausannois par les belles journées d’été.
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Placer les espaces verts sous la « sauvegarde du citoyen » est-il suffisant, aujourd’hui, pour assurer le respect de ceux-ci par un public parfois peu civique ? Nous ne déplorons que peu d’actes de vandalisme dans nos espaces verts. Arbres et massifs fleuris semblent bénéficier d’un respect naturel de la part d’une majorité
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dossier La nature s’installe en ville de la population. En revanche, Lausanne n’est pas épargnée par le « littering », ce nouveau phénomène qui conduit à retrouver des quantités invraisemblables de déchets au sol plutôt que dans les poubelles. Ces incivilités augmentent considérablement les frais de nettoyage, puisque, en l’espace de dix ans, le temps consacré à cette seule tâche dans nos parcs est passé de 6 000 à 17 000 heures par année (soit l’équivalent de six postes de travail en plus). Des campagnes de sensibilisation et l’éducation à l’environnement en milieu scolaire sont probablement le meilleur remède pour lutter contre ce fléau.
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Dans ce domaine, faut-il encourager les initiatives individuelles (balcons fleuris, concours d’embellissement, etc.) ? Il faut prêcher par l’exemple. Les jardins éphémères de Lausanne Jardins ont permis à leurs visiteurs de découvrir d’autres formes de fleurissement, qui se distinguaient du traditionnel bac de géraniums suspendu au balcon. Ils sont certainement à l’origine d’initiatives citoyennes spontanées, comme celle de ces habitants qui se sont approprié certaines petites surfaces au pied d’arbres de rues lausannoises, en y semant des roses trémières, des cosmos ou des capucines, les transformant en de charmants « petits jardins de poche ».
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Les pouvoirs publics devraient-ils accorder des facilités (déductions fiscales, subventions, etc.) aux maîtres d’ouvrage qui font l’effort de concevoir des espaces verts de qualité ? Etes-vous favorable à un mécénat en la matière ? Difficile d’envisager l’utilisation des deniers publics à la réalisation d’aménagements d’espaces verts privés. Il appartient aux promoteurs immobiliers, aux gérances, aux coopératives et aux particuliers de s’inscrire dans la mouvance actuelle du développement durable. Le rôle des pouvoirs publics est de montrer l’exemple, en réalisant des aménagements de qualité, et de promouvoir des pratiques nouvelles respectueuses de l’environnement. Nous espérons, par exemple, que les « plantages » communaux lausannois s’inviteront au pied des immeubles des gérances privées. Une aide à la planification de tels lieux par les services de la Ville est envisagée. ■
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dossier La nature s’installe en ville
Florilège d’idées vertes
L
es citadins appellent la nature de toutes leurs forces et de tous leurs sens. Besoin d’espace, d’air pur, de verdure, d’harmonie. De troquer leurs espaces stériles, inanimés, tristes et gris contre des lieux féconds, odorants, colorés et vivants.
Dans le monde, les expériences d’intégration de la nature dans le périmètre urbain sont nombreuses, souvent inattendues. Le tour du monde qui suit constitue un répertoire – non exhaustif – de bonnes idées à faire fleurir.
Les options choisies s’adaptent – naturellement – au mode de vie et à la culture de chacun des pays, au point que l’on serait tenté de les résumer ainsi : « Montre-moi ton jardin, je te dirai qui tu es. » Aussi les Anglais, réputés pour leurs talents de jardiniers, ont-ils lancé une grande campagne verte intitulée « Capital Growth » visant à créer d’ici à 2012, date des Jeux olympiques, pas moins de 2012 potagers à Londres ! Au Japon, les centres commerciaux prennent des airs de jardins suspendus où prolifèrent toutes espèces de plantes et plaident pour un shopping zen. Quant à Mexico, les toits de la ville se parent de vert grâce à une végétation indigène extrêmement résistante aux conditions climatiques. D’autres expériences encore brillent par leur originalité. Au Canada, à Montréal, des guérilléros verts ensemencent la ville grâce à de petites bombes... vertes ! On le verra en lisant notre dossier et en consultant notre IMMOWEB+, les idées ne manquent pas. Et si la tendance ne s’est pas encore transformée en réflexe nature, la poussée verte est bel et bien en marche. La ville est devenue un champ d’expérimentation tant au sens propre qu’au sens figuré. ■
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dossier La nature s’installe en ville Les jardins éphémères ont le vent en poupe dans les villes d’Europe. Mais ceux de Lausanne, parmi les plus réussis, peinent à faire école, malgré de nombreuses tentatives d’imitation. Genève s’y est intéressée de près en 2009 mais saurait-elle s’en inspirer ? Et quels bénéfices en tirerait-elle ? Récit d’une recette avec le commissaire des éditions 2004 et 2009, Francesco Della Casa. Ce fut la plus belle réussite de cette édition 2009 : 800 m2 de potagers, un verger ressuscité, aucune déprédation et une fréquentation réjouissante autour des cultures, puis des récoltes de fruits et de légumes produits in situ. Qui aurait parié sur ce jardin-là, au cœur d’un quartier densément habité et réputé difficile, assez loin du centre-ville ? Francesco Della Casa, assurément. Cet architecte, rédacteur en chef de la revue Tracés, ancien porte-parole de la Chambre immobilière genevoise et commissaire des deux dernières éditions de Lausanne Jardins, fait partie des convaincus de l’« outil » jardin pour aménager les villes et les quartiers autrement et dans la durée. Encore faut-il que les projets, qu’ils soient éphémères ou non, soient menés avec les habitants ou les usagers des lieux – voire pour eux. Aux Croisettes, l’expérience « Plantons ! » est devenue un vrai jardin public, le sixième plantage mis à la disposition des habitants par le Service municipal des parcs et promenades, celui-ci avec le soutien financier de Philipp Morris dans le cadre de sa politique de mécénat social. Peu de déprédations « Lors du concours d’idées de cette édition de Lausanne Jardins, d’autres équipes s’étaient intéressées au périmètre en pied d’immeubles aux Croisettes, nouvellement desservi par le métro M2. Avec la louable intention d’améliorer l’image de ce quartier peu riant, l’une d’elles avait proposé de fleurir tous les balcons avec la même plante, pour un effet de façade. Une image intéressante, certes, mais pas du tout en prise avec les habitants. Qu’est-ce que cela leur aurait apporté, si ce n’est d’uniformiser encore plus leur lieu de vie et de leur imposer d’inutiles contraintes ? » interroge Francesco Della Casa. « Si les gens ne comprennent pas le sens d’un aménagement, ils se sentent agressés ou exclus. S’ensuivent toujours des déprédations. » Le seul jardin qui a subi des dommages a d’ailleurs été celui qui mettait en scène de grandes figures jaunes nageant dans une prairie. De là à déduire que les plantes siéent mieux à l’espace public que l’art ou le mobilier urbain, il n’y a qu’un pas que Francesco Della Casa hésite à peine à franchir. « Les objets subissent très souvent des dégâts, les plantes très rarement. » Quels sont les secrets du succès de Lausanne Jardins. D’abord Lausanne, avec sa topographie très particulière, a un gros potentiel : quatre éditions ne l’ont de loin pas épuisé. Visitée par près de 40 000 personnes, cette manifestation, qui met l’espace public à la fête sans esbrouffe, ne semble pas s’essouffler depuis son lancement en 1997, sous la houlette déterminée de la syndique d’alors, Yvette Jaggi. « Son talent a été, entre autres, d’associer d’emblée le Service municipal des parcs et promenades (SPP) à la manifestation, non seulement pour l’entretien des jardins, mais aussi pour en imaginer une partie. Résultat : une émulation à la créativité plus que réjouissante, qui a fait du SPP l’un des plus pointus d’Europe », apprécie Francesco Della Casa. Fédérer autour du projet Le concept est-il exportable à Genève par exemple ? « Bien sûr, pour autant [que la Ville] parvienne à fédérer ses différents services autour d’un tel projet. Et à motiver ses autorités à lui en donner les moyens. » A Lausanne, les élus votent tous les quatre ans une enveloppe d’un million de francs, à laquelle s’ajoutent d’autres types de participations : en 2009, les TL (Transports publics de la région lausannoise) ont mis à disposition toutes leurs infrastructures. L’entretien est également assuré « gracieusement » par le SPP et certains jardins bénéficient de la manne de mécènes privés. Et les retombées ? Gratuite, la manifestation ne génère que des bénéfices indirects, notamment sur le plan touristique. Mais, selon Francesco Della Casa, la Ville en retire d’autres avantages sur le long terme, aussi réels que difficiles à quantifier. « Cela va de la reconquête d’espaces résiduels au décloisonnement administratif, estime-t-il, en passant par la pérennisation de certains jardins, une vingtaine au total depuis le début de Lausanne Jardins. Certaines réalisations ouvrent aussi le débat: prenez la place du Château dans la Vieille-Ville. D’ordinaire utilisée en parking, elle a été plantée cette année de milliers de géraniums. L’idée de la redonner aux piétons a non seulement été lancée, mais elle a pris forme également, à échelle réelle. Tout le monde a pu voir ce que cela donnait et je suis persuadé que son aménagement futur ira dans ce sens. » Le jardin pour révéler la ville ? « Oui, et aussi : les jardiniers pour inspirer les urbanistes... qui en ont grandement besoin. » ■
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Lausanne :
Des jardiniers pour inspirer les urbanistes
Par Valérie Hoffmeyer Suisse
« L’idée fleurit à Lausanne que les jardins siéraient mieux à l’espace public que l’art ou le mobilier urbain. »
Aux Croisettes, l’expérience « Plantons ! » a été le siège de nombreuses fêtes tout au long de l’été, du vernissage officiel de Lausanne Jardins 2009, en mai, et à la récolte de clôture, en octobre.
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Royaume-Uni :
Pour se verdir, Londres devient comestible
© Nina Pope
Par Loïc Vennin Royaume-Uni
Le jardin communautaire d’Abbey Gardens. Un potager de près de 2 km2 à l’est de Londres, au moment de la première récolte.
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Pour s’embellir, réduire la pollution et alléger le budget des ménages touchés par la crise, Londres a lancé un ambitieux programme visant à créer des milliers de jardins communautaires. Dans les cités HLM, sur les toits et même sur l’eau poussent dorénavant tomates et concombres. Les jardins communautaires fleurissent Au milieu des logements HLM décrépits de Blenheim Gardens, au pied des murs de briques noircies par la crasse, croissent désormais fleurs, tomates et potirons. « A la place de plates-bandes boueuses et vides, je me suis dit qu’on pouvait faire pousser des légumes » : en novembre 2008, Bonnie Hewson, une habitante de la cité, soumet l’idée à l’assemblée des résidents. « Ils ont tout de suite vu l’intérêt: les gens apprennent à se connaître, les ados s’impliquent et il y a moins de graffitis », se souvient-elle. En moins de temps qu’il n’en faut pour faire pousser une laitue, plus de 400 platesbandes, squares, balcons et même le toit du Centre social en préfabriqué sont transformés en potagers communautaires pour le plus grand plaisir des centaines d’habitants de la cité HLM. « Tout le monde s’y est mis : des enfants aux grands-parents », raconte Bonnie. « Blenheim Gardens Estate » est ainsi devenu « Blenheim Gardens Edible Estate », nom du projet (ci-après BGEE). Des jardins communautaires comme BGEE, il en pousse un peu partout dans le monde. Mais la particularité de Londres est que cela fait partie d’un ambitieux projet visant à rendre plus « verte » la capitale britannique. Baptisé « Capital Growth », le programme vise à créer d’ici à 2012, date des Jeux olympiques d’été à Londres, 2 012 potagers réservés à la culture (fruits, légumes, herbes, fleurs...). Ouverts au public et gratuits, les terrains accueillent toute personne qui aurait « le pouce vert », comme on dit en anglais. Des subventions (de 200 à 1 500 livres) et des conseils sont accordés pour chaque projet sélectionné. 150 000 livres sterling ont ainsi été budgétisées. Eduquer, rencontrer, préserver Les objectifs sont multiples. Cultiver ses propres légumes allège le budget d’une population durement touchée par la crise. Apprendre à renouer avec la terre sensibilise aussi à l’environnement et donc aux problèmes de réchauffement planétaire. Enfin, « verdir » la ville réduit la pollution. Près du cinquième des émissions de CO2 du Royaume-Uni sont reliées aux produits alimentaires et, en particulier, à leur réfrigération, à leur transport ou à leur élevage en serre. Chose qui sera désormais évitée en cultivant son propre jardin. « C’est gagnant-gagnant, se félicite le maire de Londres, Boris Johnson. “ Capital Growth ” est bon pour la communauté et bon pour l’environnement. » BGEE a été le premier jardin communautaire à s’insérer dans le cadre de « Capital Growth », lancé en novembre 2008. Un peu plus d’un an après, plus de 200 jardins ont ainsi été créés. On a vu bon nombre de lotissements devenir « comestibles », comme Blenheim Gardens, mais également des écoles, des balcons et même une barge sur un bras de la Tamise rebaptisée The Floating Garden (le jardin flottant). L’engouement touche tous les types de site : une prison a ouvert un potager pour ses détenus, tandis que l’Hôtel Hilton de Trafalgar Square, en plein centre de Londres, va créer un jardin à herbes sur son toit. Dernier en date, le métro londonien a ouvert au public un terrain à l’abandon qui recouvre la station de Southwark, dans le sud-est de la capitale. Mais la mairie ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Est ainsi en projet la plantation de vignes sur des réservoirs d’eau, mais également d’arbres fruitiers dans les douves de la tour de Londres, ancienne forteresse de Guillaume le Conquérant. Quant aux fruits et légumes ainsi produits, Rosie Boycott, conseillère environnementale de la mairie, n’a pas caché son ambition d’en voir certains finir dans les assiettes des athlètes qui participeront aux Jeux olympiques de 2012. ■
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Mexique :
Les toits prennent leur envol
Par Patrick John Buffe Mexique
« Parallèlement aux toits verts, des façades végétalisées ont fait leur apparition dans le centre historique de Mexico. »
© Patrick John Buffe
A l’initiative de la mairie de Mexico, les toits verts ont commencé à faire leur apparition au cœur de la ville. Mais il faudra attendre encore quelques années pour que ces jardins aériens prennent racine et commencent à avoir des effets sur le réchauffement climatique qu’enregistre la capitale mexicaine. La ville de Mexico s’est convertie en une jungle de béton qui a phagocyté la plupart des espaces verts. Seul le parc de Chapultepec, dernier grand poumon de la capitale, a été épargné. Dans le cadre de sa politique de développement durable, le Gouvernement du District fédéral a lancé en 2007 un programme « Toits verts », qui vise à réduire les effets du réchauffement climatique et des îlots de chaleur urbains. Pour ce faire, la mairie a construit durant les deux dernières années quelque 12 000 m2 de toits verts sur des édifices publics, des écoles, des stations de métro, et plus récemment sur les terrasses d’un hôpital qui offre désormais aux patients un jardin où ils peuvent aller se promener. Mais, au dire de la ministre de l’Environnement de la capitale, Martha Delgado, ce n’est là que le début d’un ambitieux projet qui va se poursuivre : « Notre but d’ici à 2012 est de créer chaque année 3 000 m2 supplémentaires de toits verts. » Pionnière en Amérique latine Par rapport à d’autres expériences, cette ville offre plusieurs avantages pour la mise en place de tels projets. D’une part, ce ne sont pas seulement les grands immeubles qui offrent des toits-terrasses, mais aussi la plupart des maisons particulières. D’autre part, le Mexique dispose d’une végétation indigène qui s’adapte parfaitement à ces jardins aériens, car elle peut croître dans peu de terre et ne demande qu’un entretien minimal. C’est le cas notamment des succulentes, et plus particulièrement des cactacées. Elles sont capables de survivre à la pollution, aux températures élevées, au manque d’eau durant la saison sèche et aux précipitations abondantes durant l’époque des pluies. Pionnière en Amérique latine, la ville de Mexico est la première à disposer d’une norme relative à la végétalisation des toitures, qui établit les critères à respecter. Car il ne s’agit pas simplement de mettre des plantes en pots sur les terrasses des édifices, mais de recourir à une technique professionnelle qui prend en compte la charge supplémentaire que va supporter l’immeuble, l’installation de membranes imperméables, de drains d’évacuation des eaux et d’une couche de terre spécialement préparée, dont l’épaisseur dépendra du type de plantes qui couvriront cette superficie. Avantages fiscaux Depuis 2007, c’est le Gouvernement du District fédéral qui finance la plupart des toits verts de Mexico, dans la construction desquels il a déjà investi un million de francs suisses. Mais, à l’avenir, les autorités veulent que ce soient les particuliers qui prennent l’initiative. Il n’y a eu pour l’instant que quelques cas isolés, comme celui d’une grande banque privée. Mais il est vrai que, pour les particuliers, le prix de revient d’un toit vert – quelque CHF 100.– le mètre carré – est un obstacle de taille. D’où la nécessité de prévoir des mesures d’incitation fiscale, sans lesquelles « ces toits verts n’ont qu’une valeur symbolique », selon le professeur de l’Université Panaméricaine Sergio Ampudia Mello, car « le recours à la végétalisation des terrasses entre en concurrence avec d’autres usages, comme l’installation de réservoirs d’eau, d’antennes ou de panneaux solaires ». Les autorités de Mexico disposent déjà d’un Programme d’édifications durables qui offre des avantages fiscaux aux nouveaux immeubles qui incorporent des éléments écologiques, notamment des toits verts. Mais, en plus, la mairie va présenter prochainement à l’Assemblée législative du District fédéral un projet de loi qui offrira, selon Martha Delgado, « des avantages fiscaux à travers la réduction des taxes foncières pour les particuliers qui construisent un jardin sur le toit de leur édifice ». Une mesure qui pourrait permettre aux toits verts de prendre durablement racine dans la capitale mexicaine. ■
Mexico. Des murs végétalisés fleurissent sur les façades d’immeubles.
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Japon :
La fusion de la ville et du jardin
Par Johann Fleuri Japon
Fukuoka City. La Préfecture de l’île de Kyushu réconcilie l’édifice et la nature.
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Pour créer de nouveaux espaces verts malgré le manque de place, l’archipel nippon allie environnement et édifice. Le résultat est la naissance de véritables poumons verts aux quatre coins du pays. « Tout comme le corps humain fonctionne grâce à la circulation du sang, l’environnement urbain doit dépendre des liens établis entre les espaces verts et l’eau », souligne Tatsuya Hiraga, designer paysagiste chez Nikken Sekkei. Depuis les années 70, ce cabinet d’architecture japonais conseille et propose des solutions immobilières plus vertes. « En raison du manque de ressources naturelles, le Japon a développé l’ingénierie écologique au point d’en être le leader, poursuit Tatsuya Hiraga. Notre technologie sert à maintenir des niveaux de performance optimale en matière d’énergie, de consommation et de conservation d’eau. Le tout avec un faible bilan carbone. » Figure de proue de ce savoir-faire nippon, le Namba Parks. En 2003, les architectes de The Jerde Partnership et de Nikken Sekkei imaginent un centre commercial de trente étages, paré de huit terrasses végétalisées en plein cœur d’Osaka, au sud de l’archipel. Né des poussières d’un ancien terrain de baseball, l’édifice est « une petite oasis verte », comme le souligne la presse locale. Vu du ciel, le Namba Parks ressemble à un canyon sorti des entrailles de la terre. Dans ses jardins : des bosquets d’arbres, des amas de roches, des falaises, de la pelouse, mais aussi des ruisseaux, des cascades, des étangs... Un poumon pour la troisième ville du Japon, qui souffrait d’un cruel manque d’espaces verts. Plus de nature dans la ville. Oui, mais à quel prix ? « Le jardin en lui-même n’est pas ce qu’il y a de plus onéreux, explique Fabrice Célestin, architecte paysagiste français, premier Occidental à avoir été diplômé en art du jardin japonais par le Japon. C’est surtout la partie logistique qui est très coûteuse lorsque l’on réalise un jardin en grande agglomération. L’accès au site est souvent difficile. Il faut également avoir recours à des engins de levage très imposants. » Et au Japon, le jardin, issu pourtant d’une tradition ancestrale, n’a plus la cote. « Le jardin japonais a beaucoup moins d’adeptes qu’il y a plusieurs années, déplore Fabrice Célestin. Aujourd’hui, les Japonais privilégient la construction de bâtiments à la réalisation de parcs ou de jardins. Cette tendance s’explique par le désintérêt des jeunes, mais également par un manque de place qui ne fait qu’augmenter. » Naissance du mouvement « Asian CrossRoads Over the Sea » Au nord de l’île de Kyushu, Fukuoka City, 1994. La ville doit rapidement s’équiper d’une préfecture. Le hic ? Il ne reste plus qu’un seul emplacement disponible : le dernier parc de la ville auquel tiennent particulièrement les habitants. L’architecte argentin Emilio Ambasz a alors une idée : « Le mouvement architectural moderne a proposé la maison dans le jardin. Ce n’était pas suffisant. Nous devons concevoir un pacte de réconciliation selon lequel on aurait les deux, l’édifice et le jardin, à savoir 100% des deux, organiquement intégrés. » De cette réflexion naît l’« Asian CrossRoads Over the Sea » (ACROS). Un édifice d’une superficie de 1 00 000 m2, aux allures de parc arboré, composée de quinze terrasses végétalisées. Dans l’enceinte, notamment, un musée, un théâtre, un parking sur plusieurs niveaux. Entre la nature dans l’édifice et l’édifice dans la nature, il n’y a parfois qu’un pas, franchi par Nikken Sekkei en 2002. Dans la forêt luxuriante du parc national Fuji-Hakone-Izu, dans la région du mont Fuji, se love le Pola Art Museum. Le fruit de dix ans de recherches. « Une année a été nécessaire pour étudier la faune et la flore présentes sur les 5,6 hectares du site, explique Ken Kannari, designer architectural en charge du projet. La structure du musée, construite majoritairement dans le sous-sol, est en forme d’hémisphère, pour une meilleure résistance à la pression de l’eau et permettre le développement des végétaux locaux. » Le résultat est à couper le souffle. « Lorsque l’on s’arrête devant l’immense baie vitrée du café du musée, on peut ressentir la puissance de cette magnifique forêt qui évolue à chaque instant. » Preuve que l’architecture et la nature ne sont pas incompatibles. ■
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dossier La nature s’installe en ville A Montréal, quand les bourgeons pointent le bout de leur nez, les guérilleros sont déjà sur le pied de guerre. A travers les pages Facebook, les mots d’ordre sont lancés. Les rendez-vous se multiplient. Bombes dans le baluchon, les jardiniers clandestins identifient leurs prochaines cibles : des espaces urbains ingrats laissés en friche. Sus à la désolation urbaine, les guérilleros verts fourbissent leurs armes, enfourchent leurs vélos et préparent l’attentat à la bombe… verte ! Le modus operandi est simple. A l’aide d’instructions glanées sur Internet, les jardiniers rebelles se rencontrent pour amorcer la préparation de leur arsenal, composé de bombes végétales (appelées seedbombs). C’est tout simple. Prenez une boule d’argile, un peu de compost, de terre et d’eau. Insérez quelques graines particulièrement vivaces triées sur le volet. Façonnez en boule, puis laissez durcir quelques jours. Bombarder de préférence dans un endroit moche, inaccessible à pied, en mal criant de verdure. Sarah, une graphiste dans la trentaine, est une nouvelle adepte de ce loisir urbain. « L’invitation a été lancée sur la page Facebook d’une copine. Nous étions une vingtaine à nous rencontrer pour la première fois. Nous sommes repartis avec nos bombes qui ont été lancées çà et là quelques jours plus tard », explique-t-elle. Récemment implanté à Montréal, le guerilla gardening compte de plus en plus d’adeptes dans les pays anglo-saxons, où des centaines de citoyens tentent de reverdir leurs villes avec ces bombettes végétales. D’autres prennent leurs bêches la nuit tombée pour créer ces jardins spontanés sur des terres publiques. Souvent exercé de nuit, le seedbombing est l’opération la plus convoitée par ces écolos urbains en mal de verdure et de sensations fortes. Projetée à distance, la bombe permet d’ensemencer des terres difficiles d’accès. « Les endroits les plus propices sont les terrains contaminés, car certaines espèces de plantes, comme l’ortie, aident à nettoyer les sols. Le but n’est pas seulement d’embellir, mais aussi d’éveiller les consciences en utilisant un symbole qui frappe », affirme Jean-Sébastien Vermette, étudiant en sciences de l’environnement à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM). La guerre au bitume Tous les moyens sont bons pour faire la guerre au bitume. A l’UQÀM, des étudiants ont pris d’assaut certaines des cours intérieures du campus pour y semer tomates et haricots. D’abord froissée, l’administration universitaire s’est résolue à leur céder l’entretien d’une partie des espaces verts, créant au passage quelques emplois d’été. Au plus fort de la belle saison, on n’y entend plus le ronron de la tondeuse à essence, remisée au profit d’une tondeuse manuelle. Les nouveaux potagers s’épanouissent désormais dans la cour intérieure du Pavillon des sciences et alimentent en légumes frais les bambins de la garderie de l’UQÀM et les S.D.F. d’un refuge, situé à deux jets de pierre. Petit à petit, plusieurs citoyens s’improvisent jardiniers pour injecter à petite dose un peu de chlorophylle dans leurs cités. Si certains jardinets improvisés sont vite rasés par le râteau des employés municipaux, plusieurs sont tolérés et deviennent partie intégrante du paysage urbain. Dans le quartier du Mile End à Montréal, Emilie, jeune étudiante en art, a ainsi réussi à infléchir le sort du poumon vert du secteur, que la compagnie de chemin de fer Canadian Pacific condamnait à un développement immobilier. Pour sensibiliser ses concitoyens à la valeur de ce refuge, la jeune femme y a créé une œuvre vivante, avec pelles et pioches. Pierres et arbustes y dessinent maintenant un immense symbole Roerich visible du haut des airs, semblable à celui utilisé pendant la Seconde Guerre mondiale pour protéger églises, hôpitaux et écoles. « Pour moi, ce symbole est puissant. Il illustre à quel point ce terrain a une grande valeur. Non seulement pour sa beauté, mais aussi en raison de sa biodiversité », dit-elle. Aux arbres, citoyens ! ■
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Canada :
Des commandos urbains reverdissent la ville à coups de bombes végétales
Par Isabelle Paré Canada
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dossier La nature s’installe en ville
Burkina Faso :
Des jardins à étages pour lutter contre la malnutrition
Par Nathalie Pasquier Suisse
Maquette du jardin à étages. Quelques racks à palettes recyclés et réunis forment l’ossature de cette structure en acier modulable. Pourvue d’un puits de lumière en son centre, celle-ci peut accueillir plusieurs niveaux et augmenter ainsi les surfaces cultivables.
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Une invention simple et judicieuse a remporté la Médaille d’or au Salon des Inventions de Genève, en 2009. Il s’agit d’un système de culture en étages permettant d’augmenter les surfaces cultivables tout en limitant les besoins en eau et en faisant appel aux énergies renouvelables. Cette innovation a déjà séduit l’Afrique. Jean-Claude Rey habite à Bellevaux, dans le Chablais. Son chalet d’alpage de Nifflon n’a pas l’eau courante, mais bénéficie d’un important réservoir lorsque la neige fond au printemps. Toutefois, en altitude, les températures fraîches ne lui permettent pas de cultiver autant qu’en plaine et il doit alors se contenter de quelques mois de culture. Un voyage d’agrément en 1993 au « pays des hommes intègres » lui permet de constater que le temps des cultures y est également restreint à cause du manque d’eau et d’un soleil omniprésent. L’aide au développement devient alors son leitmotiv, ressassé jour après jour jusqu’à ce que ce charpentier de formation trouve « l’idée ». Rapidement peaufiné, le projet se meut en prototype et, en septembre 2008, un jardin à étages, autonome et peu gourmand en eau sort de terre. Toutes les techniques réunies, permettent d’obtenir le même rendement qu’un jardin de 1 500 m2 pour une tour cubique de 12 x12 x12 m. La tour agricole émerge Quelques racks à palettes recyclés et réunis forment l’ossature de cette structure en acier modulable. Pourvue d’un puits de lumière en son centre, celle-ci peut accueillir plusieurs niveaux et augmenter ainsi les surfaces cultivables. A chaque étage, des bacs en acier galvanisé sont installés à une hauteur modulable pour faciliter le travail de la terre. Plus besoin de courber l’échine sous la canicule pour planter et récolter ! L’acier galvanisé est un matériau léger que n’importe quel artisan de la planète sait travailler. Ces contenants sont fabriqués sur place, stimulant ainsi l’économie locale. La circulation à chaque étage est facilitée grâce à des passerelles en caillebotis. Outre ces détails techniques, relevons les nombreux intérêts que ce jardin à étages présente, à commencer par l’eau. Au Burkina Faso, un maraîcher puise en moyenne 4 000 l d’eau par jour, à 15 m de profondeur. C’est beaucoup d’eau et d’efforts ! D’autant qu’entre 50 et 60% de l’eau est perdue avant d’arriver aux plantes. Le système d’arrosage de la tour agricole est à même de récupérer 60 à 80% de l’eau et de l’acheminer vers la citerne après arrosage. Comment ? Grâce à un circuit efficace et écologique, qui récupère l’eau de pluie avant de la conduire, à l’aide d’un réseau de tuyaux, vers un réservoir-citerne enterré. Celuici est équipé de filtres et d’une pompe photovoltaïque qui permet de bénéficier d’une eau propre et contrôlée. Chaque jour, cette pompe est remontée et oxygénée afin d’empêcher que les bactéries se développent. Elle fonctionne grâce à l’énergie solaire et remonte l’eau vers les arroseurs qui la diffusent goutte à goutte directement au pied des plantes. Une technologie qui permet d’augmenter les rendements. D’autre part, les mauvaises herbes, privées d’eau, ne se développent pas, d’où moins de travail. Quand les moyens financiers le permettent, la domotique vient ajuster les temps d’arrosage et contrôler la consommation d’eau. Là encore, c’est l’énergie solaire qui fournit l’électricité nécessaire et permet une autonomie de fonctionnement. Jean-Claude Rey estime que l’équipement en panneaux solaires d’un jardin de 200 m2 de surface génère suffisamment d’énergie pour fournir la lumière et alimenter le frigo de 5 000 à 7 000 personnes. Cette tour n’essaie pas uniquement de régler les problèmes d’eau et d’énergie elle offre aussi un moyen pour combattre les criquets et autres nuisibles grâce à l’installation de filets protecteurs contre les parois. Une solution simple qui n’éradique pas les insectes, mais stoppe les agressions. Autre nouveauté, les bacs de culture réalisés sur place peuvent désormais être remplis de terre indigène. « C’est le b. a. -ba explique Jean-Claude Rey, mais nous avons oublié cela. Les plantes ont besoin d’éléments indispensables à leur croissance et ça me met en colère de voir comment certains conçoivent aujourd’hui la culture. Il faut revenir à la vie, notamment en réinstallant des ruches à côté des jardins, en utilisant le compost et le fumier… », avant d’ajouter : « On se contente d’apporter le contenant, mais surtout pas notre technicité européenne et nos seringues. Là-bas, nous laissons chacun cultiver selon ses coutumes et son savoir-faire ancestral. » Au fond de chaque bac, une
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dossier La nature s’installe en ville couche de billes d’argile ou de pierres volcaniques va jouer un rôle drainant et absorbant. Un séparateur naturel est ensuite posé avant d’ajouter 20 cm de terre de vie, riche en nutriments et en lombrics. Ces vers ne se contentent pas d’aérer et de drainer le sol, mais participent aussi à son enrichissement. La culture peut ainsi être totalement biologique et ouvrir un marché porteur auquel l’Afrique n’avait pour l’instant pas accès. Mais chacun reste libre de poursuivre ou non une culture labellisée biologique ou d’opter pour l’agriculture raisonnée. En dehors des semis, la tour peut aussi servir à la culture de la spiruline, ou algue bleue, et apporter ainsi une ration protéinée à la population. Elle peut encore permettre la fabrication des prégraines, ou semences, et devenir complètement indépendante des multinationales semencières. Et Jean-Claude insiste sur ce point : « Nous nous contentons d’apporter la structure, mais le complément sera produit sur place. C’est donc leur propre économie que les Africains vont pouvoir améliorer et peut-être parviendront-ils à exporter les fruits de leur récolte vers les pays voisins. » De petits jardins pour les balcons des villes L’idée en apparence simple de Jean-Claude Rey prend chaque jour plus d’ampleur, notamment depuis qu’elle a reçu une Médaille d’or au Salon des Inventions de Genève, en 2009. Aidé par des entreprises gouvernementales, l’entrepreneur est parvenu à multiplier rapidement les contacts tout en lançant son entreprise baptisée Courtirey. Si la pertinence de la tour agricole n’est plus à prouver dans les pays en développement, les fonds nécessaires sont, en revanche, plus difficiles à glaner ! Il faut en effet compter de 350 à 400 euros le mètre carré. D’où l’idée d’adapter le principe des cultures à étages aux besoins des pays riches. De petits jardins pour les balcons jusqu’à des jardins plus importants pour les producteurs et les maraîchers fonctionnant sur le même principe devraient permettre à tout un chacun de produire ses semences et ses semis, ou simplement de faire pousser quelques légumes, des fruits ou encore des plantes aromatiques. En prélevant environ 2 euros par bac, Jean-Claude Rey espère bien dégager suffisamment de fonds pour installer quelques jardins dans les cours d’école du Burkina Faso et permettre ainsi aux élèves de bénéficier d’une alimentation saine et riche toute l’année. Ce projet ne se contente pas de lutter contre la malnutrition, mais vise également un objectif éducatif : celui de prévenir l’illettrisme car, là-bas, tout enfant qui n’a pas la promesse d’un repas n’ira pas étudier. Le jardin à étages aurait pu se satisfaire d’être un joli projet de développement durable, mais Jean-Claude Rey lui a donné une dimension encore plus humaniste. ■
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« Il faut revenir à la vie, notamment en réinstallant des ruches à côté des jardins, en utilisant le compost et le fumier… »
Jean-Claude Rey, l’inventeur du jardin à étages.
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dossier La nature s’installe en ville
France :
L’école du paysage, fruit de toutes les aventures humaines
Par Gilles Dusouchet France
« Le jardin : un espace protégé de la sauvagerie du monde, mais nourri de toutes les aventures humaines. »
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Les paysagistes peuvent remercier le béton. Les grands ensembles et le développement urbain de l’après-guerre ont fait naître un besoin d’« espaces verts ». De quoi concéder un « droit de cité » aux jardiniers, jusqu’alors cantonnés à des travaux de plantation et d’entretien. Concession en trompe-l’œil, comme le fait remarquer Jacques Sgard, formé à l’Ecole des beaux-arts de Paris, qui dessina dans les années 50 et 70 le parc de La Courneuve et le parc André-Malraux, au pied des tours de La Défense. Le paysagiste n’était alors jamais consulté en amont du chantier, et devait « barbouiller de vert » le vide laissé entre les parkings et la voirie. Il n’empêche, une brèche s’était ouverte. Dans les années 80, la profession d’architecte paysagiste, mieux structurée, issue de filières de formation spécialisées, telle l’Ecole nationale supérieure du paysage de Versailles, jadis simple école d’horticulture, gagnait le haut du pavé, réalisant de prestigieuses commandes publiques. Cette histoire, récente, autant que la mémoire des glorieux aînés, d’André Le Nôtre, jardinier du Roi-Soleil, à l’ingénieur Alphand, associé aux travaux du baron Haussmann, sous le Second Empire, caractérisent culturellement l’art du paysage en France. Mais son exercice actuel, soumis à des processus standardisés, reflète davantage la globalisation en marche qu’un quelconque « génie national ». Sous ce rapport, parler d’une « école française » serait abusif. A l’exception du jardin japonais dont la singularité résiste aux styles importés, tout ici relève d’un métissage dont la nature fournit le premier exemple. D’autant que, on l’ignore souvent, le paysagiste est un artisan nomade. Sa quête d’essences rares ou robustes l’amène à voyager dans le monde entier. Tel est le paradoxe du jardin contemporain, héritier du Garten germanique et de l’hortus latin, tous deux signifiant « enclos ». Un espace protégé de la sauvagerie du monde, mais nourri de toutes les aventures humaines. En revanche, le milieu, somme toute étroit, des paysagistes français qui se côtoient et s’évaluent en permanence a produit mieux qu’une école : un débat fécond entre la rigueur du dessin et l’inventivité du geste paysager, entre le géomètre et le botaniste. Même en partie résolue, cette opposition de principe s’enracine dans la vision des jardins historiques, des allées tracées au cordeau du château de Vaux-le-Vicomte aux « chinoiseries » du Désert de Retz, en passant par les rocailles et l’assemblage pictural des parcs à l’anglaise, tel celui des Buttes-Chaumont. En forçant le trait, le contraste apparaît entre les tenants d’un paysage architecturé et ceux qui créent les ressorts de son dynamisme organique. D’où la vieille querelle de la forme et du fond. Des architectes paysagistes, comme Michel Corajoud, à qui l’on doit le parc de Gerland, à Lyon, ou la promenade des quais, à Bordeaux, et Gilles Vexlard, de l’Agence Latitude Nord, qui a signé des bases de loisirs, un quartier urbain de Marne-laVallée ou le parc Riem de Munich, incarnent la « ligne dure », celle d’un dessin rigoureux, en rapport avec le minéral. Les jardins de Gilles Vexlard suivent la course de la lumière et s’ancrent dans une géologie des lieux. Gilles Clément, lui, campe sur un autre versant. Ce botaniste fureteur a livré notamment le parc André-Citroën à Paris, et les jardins du quai Branly. Sa pratique fait la part belle à la croissance spontanée et aux métaphores paysagères. L’inventeur du « jardin en mouvement » y voit le miroir d’une utopie, celle de vivre en paix au sein d’une nature apaisée. Ne pas négliger non plus ce laboratoire éphémère qu’est le Festival des Jardins de Chaumont-sur-Loire, ouvert à la création transversale, plasticiens et jardiniers y croisant leurs compétences. Le mur végétal de Patrick Blanc en fut l’un des événements. L’avenir se lit déjà dans les parcs de centre-ville aménagés sur des parcelles exiguës, inscrits dans la trame piétonne, économes en ressources.Sans oublier l’éclairage nocturne dont les techniciens, créateurs inspirés à l’image d’un Yann Kersalé, ont pris place, eux aussi, dans l’art du paysage. ■
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dossier La nature s’installe en ville Les Italiens aiment leurs jardins. Il existe de nombreux espaces verts dans leurs villes, du nord au sud. Les anciens jardins privés intégrés dans les grandes propriétés où l’on rivalisait de richesse et d’originalité depuis l’Antiquité sont devenus des jardins publics de prestige. Les acteurs principaux de ces lieux sont restés les plantes, au fil du temps et jusqu’à notre époque où l’urbanisme, notion moderne, se veut « paysager ». L’Italie a toujours eu le génie de mêler les époques et les styles, digérant en les superposant les strates successives de son histoire artistique. La saga du jardin n’y échappe pas : partons donc pour un voyage dans quelques lieux-symboles à travers les siècles… Du pionnier des jardins « à l’italienne » aux méandres du jardin « romantique » Le « jardin à l’italienne » est une création fameuse de la Renaissance, qui s’inspirait de l’amour de l’Antique. Rome et Florence en furent le berceau le plus prestigieux. Cet art inspira la création du « jardin à la française », sous l’influence de Catherine de Médicis, à Paris, et dont André Le Nôtre peupla Versailles. Puis le « jardin à l’anglaise » le supplanta bientôt suivi du « jardin romantique »… Cap sur le jardin de Boboli à Florence, ébauché à flanc de colline vers le milieu du XVIe siècle par l’architecte Niccolò Tribolo. Utilisant l’amphithéâtre naturel, selon des lignes géométriques nettes qui s’y croisent, l’inventeur de ce style « à l’italienne » domestique la nature, l’ornant de statues, de nymphées et de fontaines sophistiquées, telle la Fontana del Bacchino. C’est un hommage vibrant à l’Antique, très en vogue à l’époque. Nouveau bond dans le temps, et l’on se retrouve au jardin de Ninfa, le joyau du « jardin romantique », « le plus beau du monde » selon le New York Times, dans « le Pompéi du Moyen Age » selon un érudit enthousiaste. Dans les ruines de la cité médiévale de Ninfa, après 1930, l’épouse américaine du descendant d’une grande famille, les Caetani, dédia sa vie entière à parfaire l’élaboration de ce havre de paix et de volupté, y plantant des graines et des arbres importés du monde entier, dans un superbe désordre qui se joue des couleurs, des lumières, des ombres et du gazouillis des ruisseaux. Sources pures et faune rare, fantaisie et imagination, mais respect de la vie végétale, qui demeure la priorité : ce giardino a été sacré Monument naturel de la République italienne en 2000 et a pour voisine une oasis du World Wildlife Fund, la première organisation mondiale de protection de la nature. Le « jardin à l’italienne » nouvelle vague A Garavicchio dans le sud, surplombant la mer de Toscane, le Jardin des Tarots, édifié sur une colline en amphithéâtre par Niki de Saint Phalle, est un parc de sculptures géantes inspiré des vingt-deux arcanes majeures du tarot. Commencée en 1979, cette œuvre contemporaine nécessita vingt-trois ans de labeur. C’est en quelque sorte un voyage initiatique tendant vers le surnaturel, comme une gigantesque toile d’araignée qui se fraie son chemin dans les roches, les bois et les genévriers sauvages. L’Empereur, le Mage, le Soleil, l’Impératrice… le vêtement de mosaïque emprunte par exemple le dessin d’une dentelle traditionnelle dont la sculptrice réalise un moulage qui devient au final une touche de rose incongru, humour oblige. A déambuler dans ce lieu, on ne s’ennuie pas, « on rit et cela donne de la vie », comme le voulait Niki. Quant à Franco Zagari, architecte paysager, son défi est tout autre. Chargé de représenter l’Italie à l’Exposition universelle d’Osaka (Japon) en 1990, il a voulu tout bonnement réaliser son « Giardino Italiano », comme il le nomme, tel un retour au passé illustre, mais à sa façon. Il applique les caractéristiques classiques de la culture du paysage italien, géométries claires et lisibles, « auxquelles s’ajoute ma lecture à distance des jardins japonais », explique-t-il dans une de ses interviews. Sol entièrement jonché d’écorces, espaliers de roses latines et cerisiers indigènes… le résultat de cette œuvre entre deux cultures est décidément très éloigné de la Renaissance ! ■
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Italie :
Le « jardin à l’italienne » se veut paysager
Par Danielle Rouard Italie
« L’Italie a toujours eu le génie de mêler les époques et les styles. Le jardin n’y échappe pas. »
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dossier La nature s’installe en ville
Genève :
Des potagers pour créer un lien entre citadins et jardiniers
Par Nathalie Pasquier Suisse
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« Les Jardins de Cocagne veillent aussi à sensibiliser les plus jeunes, consommateurs de demain, en invitant dans les jardins les écoles du canton. »
Créés en 1978, les Jardins de Cocagne militent pour une agriculture de qualité et de proximité : www.cocagne.ch
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Les Jardins de Cocagne ont fêté en 2009 leurs 30 ans, l’occasion de revenir sur l’histoire de cette coopérative maraîchère, pionnière dans sa façon de cultiver, de distribuer et de consommer sa production. Malgré le froid de décembre, c’est l’effervescence dans le hangar des Jardins de Cocagne, à Sézegnin. Plus de 400 sacs se bousculent sur les tables, dans l’attente d’être garnis de légumes, ramassés la veille ou le jour même, à la fraîche. Raves, pommes de terre, oignons ou betteraves sont les uns après les autres déposés au fond du sachet, puis ce sera le tour de la mâche. Une fois remplis, les sacs gagneront, en camionnette et en triporteur, l’un des 43 points de distribution répartis sur le canton de Genève. Ici, la traçabilité est donc vite faite et l’empreinte carbone quasiment nulle au regard de la plupart des denrées vendues dans nos hypermarchés. Depuis 1978, date de la création de la coopérative, les fondateurs œuvrent pour une agriculture de proximité, saine et écologique. Mais les coopérateurs ne se contentent pas de cultiver et de distribuer leur production. Une fois par mois, ils se réunissent pour discuter des semences à commander, des investissements à faire, ou encore de ce qui pourrait être amélioré… Ce jeudi, l’équipe en place expérimente un nouveau sac en coton bio, qui remplacera le traditionnel sachet en papier, moins solide et pérenne, si l’ensemble des coopérateurs joue le jeu ! Un mode de consommation alternatif en plein essor Bref, consommer les primeurs des Jardins de Cocagne, c’est devenir coopérateur et entrer dans l’ACP, l’Agriculture Contractuelle de Proximité. Aujourd’hui, celle-ci regroupe une vingtaine d’initiatives en Romandie, dont la moitié a vu le jour entre 2005 et 2008. Au total, ce sont donc plus de 3 400 foyers qui bénéficient de ce mode de distribution participatif. Une nourriture plus saine, basée sur des produits cueillis à maturité et qui poussent à côté de chez soi… tels sont les arguments qui, aujourd’hui, parviennent à convaincre. Même si, l’hiver, le contenu des sacs est moins varié qu’en période estivale… Bien sûr, faire partie du réseau a un coût. Chaque coopérateur/trice paie un abonnement en fonction de son salaire et travaille annuellement quatre demi-journées dans les jardins. La cotisation annuelle moyenne correspond à peu près au prix du marché non bio genevois. Pour 2008, elle atteignait CHF 1 285.– pour les grandes parts (quatre personnes) et CHF 950.– pour les petites parts (deux personnes). Ces montants permettent de couvrir les salaires, supérieurs de 25% aux salaires habituellement pratiqués dans l’agriculture, et de garantir ainsi des revenus stables et décents aux travailleurs. Concernant les investissements comme l’achat d’un tracteur, d’outils ou l’installation d’arrosage, l’argent provient de parts sociales s’élevant à CHF 50.–. Quant aux demi-journées dans les jardins, elles correspondent à de petits travaux de ramassage et de désherbage. Les moins besogneux peuvent toujours échanger cette « corvée » contre un écot supplémentaire. Mais ces tâches ne semblent pas rebuter si l’on en juge par les listes d’attente qui s’allongent pour devenir coopérateur. Ces moments, les mains dans la terre, sont en effet l’occasion de réunir des personnes qui n’auraient pas la possibilité de se rencontrer autrement. Ainsi, entre la campagne et la ville, entre les jardiniers et les citadins, des liens se tissent au fil du temps… A défaut d’être les heureux détenteurs d’une petite ou d’une grande part, les consomm’acteurs peuvent toujours se rattraper sur les marchés genevois. Depuis 1994, Les Jardins de Cocagne déballent aussi leur production à Plain-palais deux fois par semaine ou à Rive le samedi matin. Cette vente directe permet à l’équipe d’être en contact avec ces « clients » et de mieux cerner leurs envies. « En ce lieu, ils peuvent choisir leurs légumes plutôt que de se voir imposer le contenu d’un sac, reconnaît Claude Mudry. Ils savent aussi qu’ils ne pourront pas trouver des tomates en plein hiver et qu’il faudra patienter jusqu’à fin juin pour trouver les premières sur leur étal. » Le marché est aussi l’occasion de présenter de nouvelles variétés et de voir les réactions des consommateurs face à ces légumes oubliés, aux couleurs étonnantes et aux formes parfois biscornues, bien loin des produits standardisés vendus dans les supermarchés. On ne s’achète pas une salade, mais plutôt une poignée de saladine, du pourpier, de la palla rossa ou une pain de sucre, que l’on saupoudrera au moment de servir de quelques graines germées. Sur les quatre hectares et demi de terre loués par Cocagne, les plantations se font toutes en pleine terre. « Nous faisons une partie des plantons avec des semences achetées chez Kokopelli ou, plus fréquemment, chez Zollinger, un semencier valaisan
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dossier La nature s’installe en ville installé aux Evouettes, à l’embouchure du Rhône, dans le lac Léman. Nous tentons quelques expériences afin de trouver les semences les plus adaptées à la région et là, la collaboration avec les semenciers est précieuse, reconnaît Claude Mudry. Ce travail prend du temps et permet de comprendre aussi pourquoi certaines variétés ont été délaissées. Parfois, on découvre des légumes plutôt moches, mais qui gustativement se révèlent intéressants. » Cela ne déplaît pas aux clients des Jardins. La plupart d’entre eux sont « des gens responsables, qui souhaitent des produits qui ont du goût et qui préservent la nature ». Pour pallier l’absence de production de fruits, Les Jardins achètent pommes, poires ou agrumes à des producteurs labellisés bio. Toujours à l’affût, pour limiter l’impact écologique, leur choix ne s’arrête jamais plus loin que l’espace européen pour s’approvisionner en avocats, clémentines, citrons ou oranges amères... La coopérative a une « couleur » : elle s’engage et pose des actes Limiter la coopérative à la consommation et à la distribution de légumes serait oublier tout un pan social qu’elle cultive, là encore, avec passion ! Le Festival « Mangeurs d’avenir », qu’elle a initié en début d’année 2009 pour marquer ses 30 ans d’existence, en est la preuve. Des documentaires comme « Le monde selon Monsanto » ou « Nos enfants nous accuseront », des débats ou encore des dégustations ont permis pendant trois jours de prouver son engagement et de sensibiliser les Genevois à la question de la souveraineté alimentaire. Ce concept, développé par le mouvement Via Campesina, est au cœur de l’actualité. Il s’est imposé en tant qu’alternative aux politiques néolibérales avant d’être popularisé en 1996 lors du Sommet mondial de l’alimentation. C’est devenu un sujet incontournable du débat agricole actuel et Les Jardins de Cocagne en ont fait l’un de leurs principes fondamentaux, comme la plupart des initiatives ACP. Sous ce terme se cachent des droits, remisés au fond des placards par la politique libérale : le droit pour les paysans de produire leurs aliments, le droit des consommateurs de décider ce qu’ils souhaitent consommer, ou encore le droit des Etats de se protéger des importations agricoles et alimentaires à trop bas prix… En évoquant cela, Claude Mudry aime rappeler que la coopérative a « une couleur ». Le droit à la nourriture pour tous, à des salaires corrects pour les producteurs ou à des productions respectueuses de l’environnement est un combats de tous les jours, que ce soit pour dénoncer les quotas laitiers ou les OGM. Nous travaillons de concert avec le syndicat Uniterre. Membre actif d’organisations paysannes comme Via Campesina ou l’Union des producteurs suisses, la coopérative étend ses actions jusqu’aux pays du Sud. Dans la région des trois frontières entre le Mali, le Sénégal et la Mauritanie, elle soutient depuis une vingtaine d’années des associations et des communes. Tous les membres de la coopérative maraîchère le sont également des Jardins de Cocagne Solidarité Nord et Sud. Un pour-cent du chiffre d’affaires de la coopérative est versé pour des projets de développement en Afrique. Les Jardins de Cocagne veillent aussi à sensibiliser les plus jeunes, consommateurs de demain, en invitant dans les jardins les écoles du canton. C’est l’occasion pour les plus petits de tracer des sillons dans la terre pour y déposer une graine, de voir pousser les légumes, de les cuisiner en préparant sur place les repas et, parfois, de poursuivre l’initiation avec des travaux réalisés en classe. ■
Militants pour la Terre L’Agriculture Contractuelle de Proximité en Suisse romande : Fribourg Notre Panier Bio www.notrepanierbio.ch Genève Les Jardins de Cocagne www.cocagne.ch Affaire TourneRêve www.tournereve.ch www.affairetournereve.ch Les Cueillettes de Landecy www.cueillettes.org Le Jardin des Charrotons www.charrotons.org Le Panier à 4 Pattes www.paniera4pattes.ch Les Vergers d’Epicure www.vergers-epicure.ch Les potagers de Gaïa www.myspace.com/potagersgaia Les Ares et vous www.lesaresetvous.ch Jura La Clef des Champs www.clef-des-champs.ch Les Saveurs-de-Saisons www.saveurs-de-saisons.ch Neuchâtel Lopin bleu www.lopinbleu.ch Abbaye de Fontaine-André www.fontaine-andre.ch Valais Le Panier du Bisse www.panierdubisse.ch Vaud Le Jardin Potager www.lejardinpotager.ch L’Agrihotte www.lagrihotte.ch Lumière des Champs www.lumiere-des-champs.ch Les Jardins du Flon www.lesjardinsduflon.ch
Ne me jetez pas sur la voie publique !
>>> www.immorama.ch
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dossier La nature s’installe en ville
Royaume-Uni :
Chiswick, lieu de naissance du jardin à l’anglaise
Par Loïc Vennin Royaume-Uni
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En 1729, Richard Boyle, 3e comte de Burlington et 4e comte de Cork, fait construire, d’après des plans qu’il a lui-même dessinés, un « petit » pavillon proche de la Tamise, à Chiswick, à l’ouest de Londres. Destinée à accueillir sa gigantesque collection d’objets d’art et à divertir le Tout-Londres, Chiswick House est un chef-d’œuvre de style néo-palladien inspiré des voyages du comte en Italie. Pour créer le magnifique écrin de verdure dans lequel doit s’insérer ce bijou, Lord Burlington et son architecte, William Kent, tournent le dos aux jardins à la française, qui font encore la loi en ce début du XVIIIe siècle. Fini le formalisme d’André Le Nôtre, où la nature est corrigée pour imposer la symétrie : William Kent laisse respirer la végétation. Les allées tracées au cordeau cèdent la place à des chemins serpentant entre des espaces dits « naturels », où arbres et plantes croissent sans contrainte. Chaque courbe réserve une surprise : une sculpture, un temple d’inspiration grecque, un pont. Chaque espace est un plaisir pour les yeux, comme ce gazon qui coule en pente douce vers un lac artificiel. C’est ainsi que William Kent lance l’English Landscape Movement, que plus tard on appellera en France « le jardin à l’anglaise ». L’idée de William Kent essaimera dans de nombreux parcs britanniques, mais aussi en France (le parc Jean-Jacques-Rousseau à Ermenonville ou le Petit Trianon à Versailles), en Allemagne (Englischer Garten à Munich), en Russie (le palais de Catherine la Grande près de Saint-Pétersbourg) et jusqu’à New York (Central Park). Mais tandis que le mouvement faisait des émules un peu partout, les jardins de Chiswick accusaient leur âge, sous les pas du million de visiteurs qu’ils reçoivent chaque année. Une ambitieuse rénovation, l’une des plus importantes du genre, est sur le point de s’achever, après huit mois de travaux. Le chantier, qui aura coûté plus de 12 millions de livres, vise à redonner au parc l’apparence de ses premiers jours : des kilomètres de sentiers ont été retracés et 1 600 arbres plantés. ■
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