C E D O SS I E R E ST P U B L I É PA R S M A R T M E D I A E T N ' E N G AG E PA S L A R E S P O N S A B I L I T É D E S É D I T E U R S N I D E L A R É D AC T I O N D U V I F / L ' E X P R E SS
AOÛT ‘19
AGRI & FOOD Marianne Streel L’agriculture wallonne : une alliée du climat!
Nourriture essentielle Peut-on vivre sans légumes?
Dominique Jacques Agriculteur bio: le goût du métier
NORBERT TARAYRE « On va devoir contrôler le ratio du consommateur dans tous les domaines si on veut éviter les catastrophes. » Découvrez-en plus sur fr.fokus-online.be. #fokusagrifood
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ÉDITO MARIANNE STREEL
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L’agriculture wallonne : une alliée du climat!
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CONTENU...
Du lait et du sucre dans votre café du matin? Nos vaches, nos betteraves… Du jambon, du fromage, dans votre sandwich? Tout droit venus de nos pâtures… Une bière avec les amis, un bon barbecue? Nos champs et nos étables. Plusieurs fois par jour, sans y penser, vous êtes en contact direct avec l’agriculture de votre région.
04 Peut-on vivre sans légumes? 05
L'agriculture, c'est tellement important pour notre avenir
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Interview: Norbert Tarayre, chef
08 Il pousse, il pousse, le « circuit court »
On est loin des fermes usines qu’on nous décrit parfois, dans une grande confusion avec les modèles qu’on peut rencontrer ailleurs. Une ferme wallonne, c’est une entreprise familiale, avec un agriculteur et/ou une agricultrice qui travaillent, investissent, prennent les décisions… et les risques inhérents à toute entreprise. Le secteur traverse depuis des années déjà des moments difficiles. En 30 ans, près de 2/3 de nos fermes ont fermé leurs portes. La raison? Un cadre politique très changeant, on négocie en ce moment la future PAC, avec des productions wallonnes hyper sûres car très encadrées et contrôlées, mises en concurrence avec des produits issus d’autres pays, qui ne répondent pas du tout aux mêmes standards de qualité, que ce soit sur le plan sanitaire, de traçabilité, de respect de l’environnement, de bien-être animal, de lutte contre le changement climatique…
Retrouver un revenu pour nos agriculteurs et la confiance des consommateurs sont des priorités absolues.
La conséquence, c’est une concurrence déloyale qui fait plonger les prix de nos
Avec son élevage lié au sol, notre agriculture est aussi une formidable alliée pour la lutte contre le réchauffement climatique, qui ne demande qu’à faire encore mieux, avec l’aide des nouvelles technologies et de la recherche. L’agriculture bouge, elle évolue, et évoluera encore. Il faut lui en donner les moyens: des revenus pour ses producteurs, et un cadre économique, environnemental, social qui soit porteur et respecte les réalités agronomiques de nos fermes. C’est à ces conditions que les agriculteurs wallons pourront poursuivre leur mission: entretenir vos paysages, lutter contre le changement climatique et la perte de biodiversité, et surtout, vous nourrir sainement!
TEXTE MARIANNE STREEL, PRÉSIDENTE DE LA FÉDÉRATION WALLONNE DE L'AGRICULTURE
L’agriculture durable, les récoltes d’avenir
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Agriculteur bio: le goût du métier
ÉQUIPE. COUNTRY MANAGER: Christian Nikuna Pemba RÉDACTEUR EN CHEF: Ellen Van Hoegaerden ÉQUIPE ÉDITORIALE: Bastien Craninx Fernand Letist Hermien Vanoost PHOTO EN COUVERTURE: Vincent Flouret LAYOUT: Baïdy Ly IMPRESSION: Roularta
SMART MEDIA AGENCY SMART STUDIO Leysstraat 27, 2000 Anvers Tel +32 3 289 19 40 redactie@smartmediaagency.be studio@smartmediaagency.be
Bonne Lecture Sophie Farroul Project Manager
E.R./V.U.: Anthony R. Martin • rue du Cerf 191 • 1332 Genval • Belgium I Sweet Globe XIX
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productions. Dans ce contexte, retrouver un revenu pour nos agriculteurs et la confiance des consommateurs sont des priorités absolues. Il est urgent de développer des filières de transformation dans notre région, qui utilisent des productions de chez nous. Il faut renouer le lien entre l’agriculteur et le consommateur, pour que celui-ci se tourne en toute confiance vers une alimentation locale.
t c’est une chance, parce que notre agriculture wallonne est encore une agriculture familiale, à taille humaine, liée au sol et attentive à l’environnement. Le portrait type d’une ferme wallonne, c’est en moyenne 56 hectares, dont la moitié en prairies. C’est, si elle produit du lait, 53 vaches laitières, ou si elle est orientée vers la viande, 44 vaches allaitantes.
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Avec sa robe lumineuse, la Waterloo Triple Blond révèle les qualités du malt, offre un final houblonné très frais et une amertume agréable.
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LA VIANDE FOCUS
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La viande belge pèse sur la conscience Le Belge mange de moins en moins de viande, et pourtant nous aimons toujours un bon morceau de viande dans notre assiette. De préférence à un prix pas trop élevé. C’est compréhensible, mais aussi problématique.
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e nos jours, on trouve même des aliments sans gluten et sans allergène, mais il fut un temps où lors des festivals on ne pouvait acheter que des hot-dogs, des hamburgers et des frites. L’évolution dans la prairie en dit long sur notre nouvelle attitude à l’égard de la nutrition. Nous semblons être obsédés par tout ce qui porte le cachet « sain » – ce qui ne veut pas nécessairement dire qu’il l’est vraiment. Ce n’est pas seulement dans les médias qu’il y a une énorme attention pour la nutrition, même entre amis et collègues, on discute beaucoup sur le thème. Nous échangeons nos meilleures recettes et nous parlons souvent de tout ce qui est lié à la santé, de l’impact sur l’environnement, de la nécessité de transparence, du bien-être des animaux… L’importance accrue accordée à l’alimentation a de toute façon déjà convaincu une partie des Belges de changer leur régime alimentaire. Il suffit d’évaluer la consommation de viande sur un an: alors qu’en 2008, nous avons mangé 35 kilos de viande par personne, en 2016, la consommation de viande a chuté à 29 kilos. Cependant, cela ne signifie pas qu’actuellement il y a plus de végétariens – selon les recherches du VLAM (Vlaams Centrum voor Agro- en Visserijmarketing, ndlr.), leur nombre reste contenu à 5% – mais il est vrai que les flexitariens, qui alternent la viande, le poisson et les aliments végétariens, ont beaucoup varié au cours de ces dernières années. Le message selon lequel on n’a pas besoin de viande tous les jours a clairement atteint ce groupe. Un Belge sur quatre affirme d’ailleurs avoir la volonté de réduire encore davantage sa consommation de viande à l’avenir. Le nutritionniste Frédéric Leroy (VUB) prévoit encore un autre changement dans les années à venir. Il s’attend à une augmentation de la demande d’une « meilleure viande », du moins chez un certain groupe de consommateurs: ceux qui recherchent
des aliments ayant un halo de qualité et « d’originalité ». Ceux-ci ont déjà exprimé leur préférence pour une viande plus grasse et plus savoureuse. « Pendant un bon bout de temps, nous avons essayé d’éviter autant que possible les graisses dans notre alimentation. Et ce, parce que les nutritionnistes ont insisté à plusieurs reprises sur le lien entre les graisses saturées et les maladies
Ceux qui se réjouissent certainement de ce « retour au passé » sont les spécialistes du marketing. Ils adorent nous raconter l’histoire de la viande que vous retrouvez dans les magasins: d’où vient-elle? De quelle race est-elle? De quoi l’animal a-t-il été nourri au cours de sa vie? Que le jambon ibérique de notre sandwich provienne de porcs espagnols nourris aux
Chaque année, j’emmène mon personnel à l’abbatage d’un porc, un test de réalité.
— WIM BALLIEU, CHEF
« C’est vrai, mais peut-être pas tout à fait » selon Wim Ballieu, patron du restaurant de boulettes Balls&Glory. « Nous publions occasionnellement des photos de la ferme où nos porcs sont élevés sur Instagram. Mais nous constatons continuellement qu’en fait, les gens n’aiment pas trop ça. » W. Ballieu appelle cela le paradoxe du carnivore: d’une part il veut que la viande dans son assiette provienne d’animaux qui ont mené une bonne vie, d’autre part il préfère fermer les yeux. « Cela se reflète par exemple aussi dans le prix que les consommateurs sont prêts à payer pour la viande. Cela ne doit surtout pas être trop cher. Ce qui signifie automatiquement que l’agriculteur doit faire des concessions. » Wim Ballieu lui-même recherche et expérimente depuis plusieurs années le « juste milieu », en utilisant de la viande de porcs qui ne sont pas complètement élevés en liberté, mais qui ne sont pas non plus serrés les uns sur les autres. Et où l’on se conforme à des exigences concernant entre autres leur alimentation et l’utilisation d’antibiotiques. De cette façon, il espère quand même pouvoir améliorer la qualité de la viande tout en maintenant des prix démocratiques.
cardiovasculaires. Entre-temps, ils en sont revenus petit à petit, parce que le lien s’avère moins prononcé que prévu. » Le résultat est visible au supermarché: les variétés anciennes et plus chères sont de retour et les rayons contiennent à nouveau des steaks avec de la graisse marbrée. Ce qui va sans aucun doute égayer les papilles gustatives.
glands est un fait fort apprécié par les consommateurs… « Mais pas seulement cela », dit F. Leroy, « inconsciemment, nous utilisons la nourriture aussi pour construire notre identité. Si nous nous reconnaissons dans ces histoires, ou du moins dans les valeurs qui en découlent, il y a plus de chance que nous l’achetions. »
Entre-temps, aux Pays-Bas, on a trouvé un moyen de faire appel à la conscience des consommateurs. Dans les supermarchés, sur les emballages de viande, vous trouverez un poinçon « Beter Leven », ce qui signifie en français « une meilleure vie ». Le nombre d’étoiles augmente au fur et à mesure que la vie de l’animal que vous mangez, s’améliore. « Une excellente façon de rappeler au consommateur qu’autrefois la chair était en vie », dit W. Ballieu. « Cela apporte plus de respect. Pour la même raison, chaque année, j’emmène mon personnel à la ferme pour participer à l’abattage d’un porc. Un test de réalité pour nous tous. » TEXTE HERMIEN VANOOST
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ALIMENTATION LÉGUMES
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Peut-on vivre sans légumes? Des alternatives alimentaires à éviter Selon les experts, les aliments commercialisés par l’agroalimentaire pour remplacer les produits carnés ou lactés (steak VG, faux fromage…) sont en général des aliments ultratransformés et ne présentent en général aucun intérêt nutritionnel, bien au contraire. Les diététiciens recommandent toujours de cuisiner (soi-même) les aliments les plus bruts possible.
Vous souhaitez devenir végétarien? En cas de régime végétarien, certains aliments présentent un intérêt nutritionnel marqué selon les diététiciens. Légumineuses: haricots blancs, haricots rouges, flageolets, lentilles, soja (tofu, jus de soja), pois, arachide. Céréales complètes: blé, semoule, riz, maïs, quinoa, millet, orge, avoine, boulgour.
Une étude récente démontrait que les Belges consomment de moins en moins de légumes. Un fait inquiétant tant leur apport nutritif est essentiel pour l’organisme. Il est donc primordial de redonner au légume ses lettres de noblesse. Mais comment faire?
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elon une étude réalisée par la société GfK Belgium, le Belge aurait acheté 2 % de légumes et 5 % de fruits en moins en 2018 que l’année précédente. En 10 ans, jamais ce niveau n’avait été aussi bas. Intriguant? C’est un fait, puisque le corps humain ne peut se passer de légumes! « Les légumes sont une véritable mine d’or », explique Hélène Lejeune de l’Union professionnelle des diététiciens de langue française (UPDLF). Ils contiennent des vitamines, des minéraux, des antioxydants et des fibres que l’on ne retrouve dans aucun autre aliment. « Diminuer leur consommation, c’est s’exposer à des risques tels que la constipation, la fatigue, les ballonnements, le diabète de type 2 et beaucoup d’autres bien pires encore comme les cancers », reprend Amira Jellouli, diététicienne chez NaturHouse.
consommateur est vite fait », souligne Hélène Lejeune. Aujourd’hui, il est en effet plus facile de se tourner vers des produits tout préparés et ultratransformés que vers une diversité d’aliments de base. Or, ces plats présenteraient souvent des propriétés qui modifient la matrice des aliments de base – dont les légumes – leur faisant ainsi perdre leurs vertus alimentaires. Corrélativement, cuisiner devient plus rare parce que les gens n’ont plus le temps ou ne le prennent plus.
Derrière cette diminution se cache en fait un véritable problème de société qui prend de l’ampleur. Et l’une des causes de cette évolution tient dans le coût et dans la disponibilité de la nourriture vendue dans les grandes surfaces. « Il suffit de comparer le prix d’un kilo de légumes à celui d’une pizza toute faite dans les supermarchés. Le choix pour le
Mais comment arriver à redorer le blason du légume? Par l’éducation, l’information et la cuisine. « Certaines personnes n’ont jamais vu leurs parents cuisiner et ne savent pas comment faire », déclare Hélène Lejeune. Or la cuisine ouvrirait la porte à la créativité et à la variété. Cultiver, acheter, préparer et cuisiner les légumes avec les enfants
permettrait d’intégrer ces aliments dans la constitution de leur assiette. « Il existe six couleurs de légumes, chacune présentant individuellement des effets bénéfiques pour l’organisme », continue Hélène Lejeune. Pourquoi dès lors ne pas imaginer de cuisiner un type de légume selon le jour de la semaine? Et pour éviter les problèmes de timing, l’idée serait de planifier des moments où l’on prend de l’avance afin de faciliter la préparation des repas les autres jours. « Il faudrait
Certaines personnes n’ont jamais vu leurs parents cuisiner et ne savent pas comment faire. — HÉLÈNE LEJEUNE, UNION DES DIÉTÉTICIENS (UPDLF)
Pêcher comme si l’avenir était réel Voici la pêche durable
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par exemple éplucher les légumes à l’avance pour pouvoir les dégainer un soir où le stress est présent ». Mais serait-il dès lors plus judicieux de prendre le contrepied et d’embrasser des régimes 100 % végétarien ou vegan? Car si certaines personnes diminuent leur consommation de légumes,
d’autres en ont fait la base exclusive de leur alimentation. « Certains régimes sont parfois issus d’un effet de mode observé chez des stars des réseaux sociaux », explique Amira Jellouli. Or, les followers ne connaissent généralement pas les tenants et aboutissants de leur mode d’alimentation. « Pour le régime vegan par exemple, les diététiciens recommandent la plus grande prudence et proposent un suivi régulier aux personnes intéressées » poursuit Hélène Lejeune. Ce régime a d’ailleurs été proscrit par l’Académie royale de Médecine belge chez la femme enceinte, la femme allaitante et l’enfant. « Il présentait de trop grands risques de carences et de retard de croissance tant mentale que physique chez le fœtus et chez l’enfant ». Quant aux végétariens, qui se privent de viande, ils peuvent présenter une carence en fer (présent dans les céréales complètes et les légumineuses mais moins bien absorbé que dans la viande). La clé d’une bonne alimentation réside donc avant tout dans la diversification des aliments de base. « Manger de tout, oui! Mais sans excès », conclut Hélène Lejeune. TEXTE BASTIEN CRANINX
COMMISSION EUROPEENNE BRAND REPORT
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L'agriculture, c'est tellement important pour notre avenir
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ans le monde entier, l'agriculture voit sa population diminuer, peu de jeunes imaginant faire carrière dans le domaine: en Belgique, on relève à peine 4 % d'agriculteurs de moins de 35 ans. En cause notamment, des besoins moindres en main-d'œuvre, une urbanisation forte
Les jeunes sont les plus sensibles aux innovations et aux préoccupations environnementales. et un exode rural. Le défi est donc de taille pour tout le secteur, ce que confirme Pierre Bascou, directeur Durabilité et aide au revenu de la Commission européenne. « Si nous voulons viser une agriculture compétitive, durable et innovante, on doit sensibiliser les jeunes, soit les plus sensibles aux innovations, aux préoccupations environnementales et qui ont un meilleur niveau de formation », explique-t-il. Avec
38 % du budget de l'Union européenne, la Politique agricole commune (PAC) représente une part considérable des finances continentales. Les instances tablent sur plus de facilités dans l'installation de nouveaux agriculteurs. « En plus d'aides financières, nous incitons certains pays à faire des efforts pour faciliter l'accès au capital et aux terres. » On épinglera que sur la période 2014-2020, près de 400 000 jeunes agriculteurs européens ont pu bénéficier d'aides, pour un montant de 15 milliards d'euros. Et si des jeunes issus du milieu urbain ont envie de s'installer en zone rurale, un démarrage d'activité coûte. « Beaucoup de jeunes désirant s'installer ne possèdent pas de terres, ils sont donc contraints de les louer », ajoute Pierre Bascou. « Mais on les soutient là aussi. Car si on veut des agriculteurs compétents, il faut le moins de contraintes dans l'installation. » Métier répondant aux besoins alimentaires de la population et ayant un impact direct sur la vie de tous, l'agriculture reste bien en vogue. Ceux qui se lancent optent pour les filières les plus prometteuses, des fruits et légumes à l'agriculture bio, en passant par le lait ou l'agriculture raisonnée. Un changement de mentalité s'opère, ce
que confirme P. Bascou. « Cela reste un métier d'entrepreneur et dynamique. Puis, l'agriculture permet d'évoluer tant au niveau économique qu'environnemental grâce à la robotique, l'intelligence artificielle (gestion des machines et des terres via satellite, etc, NDLR), ce à quoi les jeunes sont
On doit faire en sorte qu'il y ait le moins de contraintes pour que des jeunes agriculteurs se lancent. sensibles. Sans parler du changement de comportement chez les consommateurs face aux modes de production ou à la nutrition. On s'éloigne de l'image bucolique du petit fermier de campagne. Désormais, un agriculteur est informé par SMS s'il a un souci avec une machine! »
À PROPOS DE...
Fondée en 1957, la Commission européenne, qui siège à Bruxelles, est l'une des institutions majeures de l'Union Européenne, à l'instar du Conseil européen, du Conseil de l'Union européenne et du Parlement européen. Une commission agissant indépendamment des gouvernements de ses États-membres et se composant d'autant de commissaires que de nations représentées, soit 28 au total. Des personnalités politiques proposées par les chefs d'État ou les gouvernements respectifs et approuvées par le Parlement. Présidée par Jean-Claude Juncker, sa fonction-suprême est de coordonner les politiques communautaires, pour garantir l'intérêt général.
Une autre tendance se remarque: celle de se lancer collectivement. « Les besoins de matériel et de terres sont tels que lorsqu'on se lance via une structure collective, l'intérêt économique est évident. Cela permet d'échanger des expériences, des expertises ou même, d'éviter la solitude! », détaille notre interlocuteur. Enfin, à une époque où jamais les villes n'ont été aussi peuplées, la question de la raréfaction des terres se pose: « Elle reste limitée », selon P. Bascou. « Depuis 40 ans, la baisse de la superficie agricole oscille entre 0,2 et 0,5 % par an. Les terres qui disparaissent se situent surtout autour des zones industrielles et urbaines. Le plus préoccupant, c'est de voir partir les meilleures terres et de constater leur faible mobilité dans le monde: car vu le niveau peu élevé des retraites, la terre est pour beaucoup de familles de fermiers un actif financier important. Environ un hectare sur deux est donc loué, ce qui peut être une contrainte pour ceux qui se lancent. Mais on veille aussi à cela! », conclut-il.
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INTERVIEW NORBERT TARAYRE
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« Mon Guide Michelin à moi, c’est avant tout mes clients et ils sont là tous les soirs » Ancien candidat de « Top Chef », aujourd’hui animateur de sa propre émission de télévision, Norbert Tarayre multiplie les projets comme l’ouverture de ses nouveaux restaurants. Un vrai bourreau de travail qui revient sur son parcours et sa conception de l’alimentation à l’heure actuelle. TEXTE BASTIEN CRANINX
PHOTO PIERRE OLIVIER
NORBERT TARAYRE INTERVIEW
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hef, star du petit écran, comédien, homme d’affaires… mais où allezvous vous arrêter? « J’aime me diversifier. Certains disent que se diversifier, c’est finir par se perdre. Moi, je ne pense pas. L’ensemble des activités dans lesquelles je me lance, m’enrichissent. »
J’aime le travail. Sans ça, je ne saurais pas quoi faire.
Où trouvez-vous le temps de faire tout ça? « Le secret, c’est le réseau de personnes de confiance que j’ai autour de moi. J’ai décidé de ne jamais travailler seul. Moi, je communique et je crée des produits, tandis que mes associés gèrent derrière. Toute ma vie est basée sur les autres, en fait. » Y a-t-il des erreurs que vous avez commises dans votre vie et que vous ne souhaiteriez plus faire? « Oui, bien sûr! M’enfermer dans le travail. J’ai passé la plupart de ma vie à travailler de 16 à 18h par jour. J’aime le travail. Sans ça, je ne saurais pas quoi faire. Mais, j’ai pris pas mal de distance avec ma femme et mes filles. À la rentrée 2020, je me suis donc juré que j’allais un peu lever le pied et me réserver des tranches horaires de décontraction. C’est important pour continuer à être un ami, un mari et un papa. Le fait de s’enfermer dans le monde du travail change une personne. Or, on a besoin de notre environnement social, sinon on n’existe plus. »
Toute ma vie est basée sur les autres. Qu’en est-il de votre médiatisation? A-t-elle changé votre vie? « Pas vraiment en fait! Je n’avais déjà pas beaucoup de temps avant de devenir célèbre. La plupart de mes journées, je les passais dans une cuisine à diriger les gens. Maintenant, c’est en dehors de cette cuisine que je les dirige. En revanche, ce qui a changé, c‘est l’intensité du travail. Je dois me plier à un emploi du temps plus souple mais plus intense. » Pensez-vous qu’aujourd’hui les chefs sont prêts à tout pour faire de la télé? « Je ne crois pas qu’il y a une course à la starification. Par contre, ce que les chefs cherchent, c’est communiquer. Ils ont besoin qu’on parle d’eux et de leur resto. C’est Alain Ducasse qui disait: “Il y a le savoir, le faire faire et le faire savoir”. Pour un chef, ça doit être une règle d’or. Dans le cas contraire, c’est la mort. Il n’y a cependant pas que la télé. Il faut être vu peu importe le média. Certains sont très exposés sur les réseaux sociaux et c’est tant mieux. Certains chefs sur Instagram ont d’ailleurs plus de viralité que ceux qui passent à la télé. » La télévision offre plus de contraintes? « Tout à fait. À la télé, il faut supporter un poids supplémentaire: les gens, les critiques, la starification… Il faut être préparé à ces responsabilités. C’est un véritable état d’esprit car on va être beaucoup moins dans une cuisine et donc en total décalage avec les autres chefs. Je dirais qu’être à la télé pour un chef, c’est plus glorifiant que communicant. » Il n’y a pas si longtemps, Cyril Lignac a dû fermer son restaurant étoilé pour des raisons financières. Pensez-vous comme lui que c’est à cause des pressions de l’étoile Michelin? « Avoir une étoile Michelin, c’est un art et une philosophie de vie. C’est magique.
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En avoir une, c’est faire partie de l’élite qui détermine les standards de la mouvance culinaire. Je crois que c’est toujours important d’avoir un référent. À l’époque où Cyril a reçu son étoile, c’était le seul chef médiatisé avec Joël Robuchon et Maïté. Après ça, on lui a un peu fermé la porte aux étoiles à cause de cette médiatisation. Or, le travail qu’il a accompli demande énormément de minutie et d’investissement. Je crois que c’est plus une frustration vis-à-vis du Guide Michelin qu’un déni de l’institution. Quand tu entres dans cette stratosphère, tu es reconnu et tu as envie de plus. » Souhaiteriez-vous une étoile pour l’un de vos restaurants? « Je crois que c’est important d’avoir ça pour mes chefs et équipes. Mais mon Guide Michelin à moi, c’est avant tout mes clients et ils sont là tous les soirs. » Travaillez-vous avec des produits bio? « Je pense que le bio est un effet de mode. On a voulu faire du bio un label qui certifiait que les produits étaient clean. Or, ce n’est pas tout à fait le cas. Parfois si le produit n’est pas pollué par le dessus, il l’est par le dessous. Cela a créé une grosse polémique. L’idée est donc avant tout de consommer des produits locaux et saisonniers. Mais cela demande également une vraie éducation: il faut se dire qu’on ne pourra plus manger de fraises en décembre et de pommes en avril. » Voyez-vous un changement dans le comportement de vos clients? « Oui, le consommateur a envie de se faire plaisir parce que sa vie est de plus en plus chère. Il attend une cuisine plaisir avec un prix adéquat. Il veut aussi faire attention à lui. Dans le futur, on mangera aussi plus de graines et de céréales, tandis que la viande et le poisson vont diminuer. On revient de plus en plus vers quelque chose que l’on considérait comme très pauvre auparavant. » On se rapproche du régime végétarien et du véganisme, donc… êtes-vous favorable à ce type de régime?
« Cela ne me dérange pas. Nous, les restaurateurs, nous nous adaptons d’ailleurs à ces régimes. Ce que je ne cautionne pas, par contre, c’est le côté militantiste qu’il y a derrière. C’est un peu comme la religion. Ça ne me dérange pas tant qu’on ne m’oblige pas à y croire. Alors quand on va vandaliser la vitrine d’un boucher sous prétexte de la défense de la cause animale, ça me dégoûte. L’artisan n’aura jamais l’occasion de se défendre à l’inverse des grandes surfaces. Or l’artisan est celui qui fera toujours attention à l’environnement qui l’entoure. » Aujourd’hui quelle grande cause vous tient à cœur dans le domaine de l’alimentation? « La lutte contre le gaspillage alimentaire! On va devoir contrôler le ratio du consommateur dans tous les domaines si on veut éviter les catastrophes. Le gouvernement devrait prendre des mesures pour taxer les gaspilleurs et récompenser ceux qui rationnalisent la nourriture. Par exemple, pourquoi ne pas récompenser les personnes qui viennent au supermarché avec leurs propres Tupperware? D’un autre côté, il n’y aurait jamais eu de vegans si on avait rationalisé la nourriture dès le départ. Grâce au ratio, on donne la possibilité à l’agriculteur de produire ce qu’il faut et uniquement ce qu’il faut! »
3 QUESTIONS À...
ROBIN LEEMANS DIGITAL COMMUNICATIONS MANAGER BENELUX MSC
Comment savoir d’où vient le poisson qui finit dans nos assiettes ? « C’est pour favoriser cette identification qu’il existe des certificats comme le MSC ! Tout au long de la chaîne d'approvisionnement, les produits de la mer certifiés MSC sont traçables et séparés des produits noncertifiés. Chaque entreprise à chaque étape de la chaîne doit être auditée et obtenir la certification pour vous apporter cette assurance. C’est ce qu’on appelle la certification « Chaîne de Garantie d’Origine ». Aujourd’hui, la proportion des captures marines mondiales certifiées MSC ou impliquées dans le programme MSC est environ 15%. »
SMART FACT.
Pourquoi accorder confiance à un label ? « Dans le cas de MSC, nous travaillons avec des scientifiques, des pêcheries et des marques depuis plus de vingt ans. Pour développer nos référentiels et promouvoir une pêche durable. »
Si Norbert Tarayre n’avait pas été chef... « Il aurait été chef d’entreprise. C’est ce que je répondais à mes profs quand ils me posaient cette question. Je voulais des responsabilités. Aujourd’hui, c’est un peu ce que j’ai réussi à faire. Je gère des restaurants mais je donne aussi de la richesse humaine et je développe des produits qui plaisent. C’est un peu la même chose qu’en cuisine sauf qu’on travaille avec des trucs qu’on ne mange pas. » .
En quoi le label bleu MSC est-il si important en rapport avec cet aspect durable ? «Parce qu’il se fait en collaboration avec les partenaires de la filière pêche, pour promouvoir des pratiques de pêche durable. Face à tous ces défis, l’ambition du MSC est conforme à l'Objectif du Développement Durable 14 (ODD 14) : Conserver et exploiter de manière durable les océans, les mers et les ressources marines aux fins du développement durable. C'est notre responsabilité à tous. »
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PANEL D’EXPERTS CIRCUIT COURT
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Il pousse, il pousse, le « circuit court » Pour court-circuiter nos habitudes alimentaires formatées, rien ne vaut le circuit court. De plus en plus de néo-agriculteurs tentent l’aventure de la filière directe producteurs-consommateurs. Plantée de nombreux défis. Trois acteurs du secteur nous en parlent.
AURELIEN DEPREZ.
HINDE BOULBAYEM.
CHRISTINE ENGLEBERT.
Maraîcher bio, créateur de la coopérative RadisKale
Fondatrice et manager de SUMY (Sustainable Urban Logistics & Mobility)
Accompagnatrice de projets « Circuit court » au sein de BoerenBruxselPaysans
Quels sont les défis à relever pour la filière du circuit court? « Avec mes partenaires Audrey et Thomas, nous cultivons une grande diversité de légumes et fruits d’une manière “plus que bio” sur un hectare à Neerpede. Nous vendons nos produits dans six lieux distincts: des paniers via trois Gasap (Groupes d’Achat solidaires de l’Agriculture paysanne), un petit marché et deux épiceries, tous situés dans un rayon de maximum 10 km de notre champ. Et principalement en vente directe aux consommateurs, sans intermédiaires. Réussir du circuit court, c’est réunir ces conditions de proximité dans la distribution et la vente. Le défi c’est aussi de ne pas rentrer dans le jeu d’épiceries pseudo bio ou de grandes surfaces qui mettent en concurrence les petits producteurs pour ne pas payer un prix décent. »
« Pour beaucoup de petits producteurs orientés local et circuit court, le défi est l’acheminement de leurs produits dans la jungle de la congestion urbaine actuelle. Sumy, mon entreprise de logistique, est une solution pour les petits producteurs agricoles qui peuvent venir décharger chez nous. Ensuite, nos camionnettes réfrigérées livrent leurs produits localement en ville. Ce qui leur fait gagner un temps énorme qu’ils peuvent consacrer à l’essentiel: leur production agricole. Des structures comme la Ferme du Peuplier, Ecodal ou la Ferme Nos Pilifs recourent déjà à nos services. Le challenge est de diminuer et assainir le trafic urbain, et cela l’est pour tout le secteur alimentaire, circuit court ou pas. C’est pourquoi, la flotte de véhicules Sumy est écologique à 100 % équipée de moteurs à gaz naturel. »
« Comme conseillère des porteurs de projet en alimentation & production agricole durable sur Bruxelles, je peux dire qu’obtenir le “juste prix” pour sa production reste un défi, surtout pour ceux qui économiquement n’ont pas la taille critique. Travailler en circuits courts pour un producteur c’est aussi plus de temps à consacrer à la commercialisation, à la relation clients, plus d’administratif et ce temps-là est parfois difficile à gérer en pleine saison pour des producteurs déjà bien occupés sur leur champ. D’où la tendance à passer vers un grossiste. La logistique est aussi souvent une difficulté. Le producteur n’a pas toujours la possibilité de faire la tournée des clients pour leur amener ses légumes. C’est alors aux gens de se déplacer mais un champ ce n’est pas un magasin ouvert 24h/24. »
Quels sont les avantages pour les agriculteurs ainsi que pour les consommateurs de privilégier ce système? « Le rapport proche et plus direct entre producteurs et consommateurs crée du lien et une compréhension mutuelle. Notre activité participe à la protection de l’environnement, des zones de biodiversité, au lien avec la nature en ville, et renforce la lutte pour la préservation des terres nourricières périurbaines. Pour nous agriculteurs, l’avantage est de pouvoir expliquer notre démarche et nos réalités directement aux consommateurs et les amener à manger sain et local en payant un peu plus. Mais même le prix juste ne nous procure pas encore un salaire juste pour le boulot énorme fourni. Pour les consommateurs, l’avantage est clairement une offre diversifiée de légumes/fruits et la chance de manger au fil des saisons des légumes cueillis du jour, frais, riches en nutriments, bons et sains! »
« Notre système de transport en circuit court permet d’acheminer par voyage jusqu’à un volume de 600 kilos avec des véhicules clean garantissant une réduction de 95 % des émissions de particules fines cancérigènes. Une attitude écologique en phase avec celle des agriculteurs. Si Sumy n’existait pas, beaucoup de ces acteurs de l’économie alimentaire circulaire y laisseraient des journées. D’autre part, le consommateur a lui l’assurance que le transport en circuit court se passe avec moins de pollution mais aussi la garantie de produits avec moins de conservateurs et d’une fraîcheur à nulle autre pareille en provenance directe de champs et structures proches. »
« Pour les agriculteurs, le but est de tenter de retrouver une autonomie vis-à-vis des filières d’achat et obtenir des prix plus justes pour tenir des modèles économiques pérennes et viables pour tous. Si depuis plusieurs décennies les gens ne se tournent plus vers l’agriculture, c’est bien la preuve que le modèle agricole classique dysfonctionne. Le circuit court est un outil de revalorisation de l’agriculture, de la fierté d’exercer ce métier, et la chance de susciter des vocations dans la jeune génération. Pour les consommateurs, l’enjeu englobe la santé, le lien social, l’enjeu socio-écologique et une consommation raisonnée autour de moins de produits mais de meilleurs produits d’origine locale garantie. »
Les produits issus de cette filière sont-ils promis à un bel avenir? « À court terme, l’offre en légumes (et autres denrées) en circuits courts va augmenter car le nombre de maraîchers va croissant, tant à Bruxelles qu’en périphérie. Mais le risque est que le système commercial pourri classique et les grosses structures marchandes ne reprennent la main sur ce type d’alimentation en ne la réservant qu’à une frange de la population, privilégiée et conscientisée. Il faut qu’un soutien politique et un renversement de la logique des aides agricoles interviennent pour aider ceux qui en ont vraiment besoin: les producteurs locaux et sains. L’autre nécessité est de prendre des mesures pour augmenter la visibilité de ces structures, les inclure dans des programmes publics d’alimentation, comme mettre du bio local dans les cantines! »
« C’est ce que nous espérons. Notre service et nos prix de livraison très abordables – de 29 euros par charge minimum de 10 colis – sont aussi un incitant au développement de cette filière. En les soulageant de cette corvée du transport à prix raisonnable, on les pousse à se consacrer entièrement à leur vente, à leur production et à l’augmenter. Le circuit court doit impliquer d’autres acteurs que seulement les petits producteurs agricoles, profession d’indépendants qu’il faut aider et revaloriser. Le circuit court a toujours existé sauf qu’il a disparu à un moment. Le retour à ce mode de consommation démontre aujourd’hui toute sa pertinence. La seule chose, c’est qu’il faut le pérenniser. Faire réussir cette filière et agir écologiquement, c’est l’affaire de tous. »
« La tendance porteuse “circuit court” est là mais sa croissance est moins évidente qu’en apparence... Il demeure de gros enjeux de sensibilisation, de changement d’habitudes tant dans les choix alimentaires que dans les comportements d’achat. La réussite et la pérennité de ce système économique reposent sur des choix qui doivent être posés par tous. Que ce soient les citoyens, les politiques, les entreprises... Revaloriser les petits producteurs, même si leur fonctionnement est parfois moins efficace, moins parfait, moins formaté, c’est aussi parier sur un système plus humain, plus local, plus sain, plus durable. »
TEXTE FERNAND LETIST
DURABILITÉ FOCUS
#FOKUSAGRIFOOD
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L’agriculture durable, les récoltes d’avenir Pour court-circuiter nos habitudes alimentaires formatées, rien ne vaut le circuit court. De plus en plus de néo-agriculteurs tentent l’aventure de la filière directe producteurs-consommateurs. Plantée de nombreux défis. Trois acteurs du secteur nous en parlent.
D
épassée, la culture intensive à grand renfort d’énergie, d’engrais, de matériel. En mode « durable », l’agriculture fusionne désormais trois piliers: toujours l’économique mais surtout l’écologique et le sociétal. « L’agriculteur moderne doit penser: quand j’exerce mon métier je dois autant veiller à être rentable qu’à protéger l’environnement (mon outil de travail) et répondre à l’exigence de qualité du consommateur », souligne Ricardo Pacico, chef marketing et expert en agriculture durable de Wal.Agri. La société fournit semences, engrais, matériel et… conseils aux agriculteurs wallons dont 80 % rempliraient déjà les critères « durables », plaçant la Wallonie en pointe de ce processus. Mais concrètement, quel processus? Celui d’une pratique agricole raisonnée et informée pour poser les meilleurs choix et actes. Des formations dans ce sens sont données tant par une structure publique comme la Société Coopérative Agricole de la Meuse (SCAM) que par Wal.Agri, société privée. « La clé du changement repose sur la sensibilisation des agriculteurs pros et leur acquisition de connaissances pour les amener aux choix judicieux des techniques et produits, à utiliser au bon moment, au bon endroit et à bonne dose. Exemple, pour utiliser des produits de protection des plantes, l’agriculteur doit avoir une “phytolicence” délivrée après formation. En plus, l’agriculture évolue si vite et sans arrêt au niveau des variétés de semences, des outils, des techniques que la formation doit être permanente », note R. Pacico. Celui-ci aime aussi tordre le cou à l’idée reçue que s’engager dans le durable, c’est se détourner de la mécanisation agricole. « Ce peut être
vrai pour une agriculture plus artisanale et de loisirs, ou de la production bio qui mise plus sur l’humain, mais chez les pros, la machine reste centrale pour le “durable” car une mécanisation adaptée permet de rationnaliser l’énergie et de diminuer engrais et autres produits. » Un avis « mécanique » de nature à faire tiquer Lison Hellebaut de Bruxelles Environnement.
En charge du dossier agriculture urbaine (en plein boom) et de la conso durable, l’agronome de formation rappelle: « si l’agriculture a une place centrale dans l’indispensable effort vers le développement durable, c’est parce qu’elle est source jusqu’ici de 25 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre et que l’alimentation représente pas moins de 30 %
Tous les maillons de la chaîne alimentaire doivent s’impliquer. — LISON HELLEBAUT, BRUXELLES ENVIRONNEMENT
de l’impact environnemental d’un ménage. Il faut soutenir les modèles rentables mais à taille humaine et sur les trois niveaux: économique, social et environnemental. Moins intensifs en intrants (énergie, engrais, matériel), plus intensifs en main-d’œuvre, plus orientés vers le circuit court et local », insiste la spécialiste. « Les agriculteurs ont un rôle à jouer mais pas seuls. Tous les maillons de la chaîne alimentaire doivent s’impliquer ». Ricardo Pacico plaide aussi pour que tombent toutes résistances sur les manières de cultiver et produire. Pour cela, magasins et consommateurs doivent tendre vers le même but. « De toute façon, insiste l’expert, le marché a toujours raison. Si les clients veulent du sain, du bio, du durable, il faut le produire et le leur fournir. Et pourquoi pas avec des labels qui valorisent et sécurisent l’agriculteur dans la voie durable ». Mais avec toute la prudence requise. Prudence, c’est ce qu’inspire le mot « biotechnologie » à nos experts. « Les solutions en biotechno “verte” n’ont pas vraiment démontré leur efficacité ou leur rentabilité, juge Lison Hellebaut. Elles sont aussi financièrement lourdes, pas appropriables par tous les agriculteurs et éloignent les producteurs des mangeurs. Sans garantir le risque zéro pour la santé ». Plus mesuré, Ricardo Pacico conclut: « Impossible de dire si l’apport de la biotechnologie – notamment en sélection variétale ou en production de molécules – , est un bienfait. Seule certitude, elle doit être utilisée à bon escient et être étroitement contrôlée ». TEXTE FERNAND LETIST
Agriculture urbaine Quoi?
Pourquoi?
L’agriculture urbaine est la culture de plantes et l’élevage d’animaux à l’intérieur et autour des villes. On la retrouve souvent sous des formes inhabituelles, et elle a pour objectif de combiner les activités agricoles.
L’urbanisation rapide qui s’accompagne d’une augmentation rapide de la pauvreté urbaine et de l’insécurité alimentaire urbaine. D’ici 2020: • les pays en voie de développement abriteront 75% de citadins •
8 des 9 mégalopoles anticipées auront des populations supérieures à 20 millions
•
85% des pauvres en Amérique latine et environ 40 à 45% des pauvres en Afrique et en Asie seront concentrés dans les villes.
Avantages •
Contributions à la sécurité alimentaire urbaine
•
Impact social positif
•
Impact économique positif
•
Contributions à l’écologie urbaine
COMMENT DÉMARRER UNE FERME URBAINE
Trouvez des formations
Créez un plan d’affaires
Trouvez des terres appropriées
Testez le sol
Apprenez les bases de la production
Assurez la sécurité alimentaire
Apprenez plus sur les autres fermes urbaines
Explorez les possibles ressources pour les agriculteurs débutants.
Source: http://ucanr.edu/sites/UrbanAg/Starting_an_Urban_Farm/
DOMINIQUE JACQUES CHRONIQUE
#FOKUSAGRIFOOD
Agriculteur bio: le goût du métier En plus des bienfaits évidents pour la santé du consommateur, d’autres conséquences non moins importantes découlent des pratiques de l’AB.
L’agriculture bio demande aux agriculteurs une reprise en main de leur métier.
E
n Belgique, nous avons l’inestimable chance d’avoir des nappes d’eau souterraines qui alimentent nos robinets, l’agriculture biologique n’utilisant donc pas de pesticides de synthèse, respecte naturellement cette ressource. L’agriculture bio demande aux agriculteurs une reprise en main de leur métier par une remise en question de leur pratique et la recherche de solutions agronomiques passant par le bon sens paysan. Bon sens qu’ils avaient peu à peu perdu avec l’avènement des intrants de synthèse qui leur simplifiaient drastiquement la tâche avec ce sempiternel schéma (un problème = solution: un produit de synthèse). Les agriculteurs ayant fait cette démarche constatent qu’ils ont retrouvé leur autonomie, le goût du métier et sont fiers de proposer des produits en adéquation avec les attentes actuelles. La charge de travail d’une ferme biologique est assez importante et ne permet pas un agrandissement à l’infini des surfaces comme ce que l’on peut constater ailleurs. Ceci n’est pas un désavantage, que du contraire, car de ce fait la
concurrence et la pression sur le foncier diminuent naturellement, et des réseaux d’échanges d’expériences entre fermiers permettent à ceuxci d’évoluer vers une plus grande maîtrise de leurs cultures. L’AB ne joue pas dans le jeu des marchés mondiaux car elle relocalise au maximum ses productions. L’objectif de l’agriculteur bio n’est pas de produire des aliments pour l’autre bout de la planète mais bien pour sa région, en quantité et surtout en qualité! Nous montrons qu’il n’y a pas un modèle mais des modèles de productions agricoles possibles. Le cahier des charges de l’AB est strict et régulièrement contrôlé. Il rassure les consommateurs désireux de consommer des produits naturels, respectueux de l’animal et de l’environnement. Notre philosophie invite le consommateur à se reconnecter à la nature et au vivant, l’alimentation devient alors un acte de consommation responsable et durable. TEXTE DOMINIQUE JACQUES, PRÉSIDENT-UNION NATIONALE DES AGROBIOLOGISTES BELGES (UNAB)
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