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Mémoire de fin d'étude - Chapitre I - Le Contexte du Super-Lioran (station de ski cantalienne)

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Chapitre I Le contexte du

Super-Lioran

Laurent CHappis dans un «Grenier» ou «Mazot», Maurienne, autour de 1953. AR Savoie, photo 30J 192, source internet: www.savoie.fr rubrique Archives 73.

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A L’histoire de l’architecture des stations de montagne françaises 1 _ Les «générations» d’architecture en montagne (1960 - 1980) Afin de comprendre l’histoire de l’architecture de villégiature en montagne il faut remonter aux origines de son existence: l’habitat paysan et même le chalet suisse. Bien que les projets de Vittorio Mazzucconi soient situés dans le Cantal, une région dont l’architecture traditionnelle et vernaculaire diffère des régions alpines, c’est bien dans cet imaginaire et ces modèles d’architecture des montagnes élevées que puisent les architectes des stations de ski auvergnates. Première génération de stations de montagne et origine de son architecture Cette première génération de station apparait suite à l’émergence du «tourisme de masse», les villages situés en altitude subissent des modifications et extensions afin de répondre aux besoins d’une clientèle nouvelle et importante. L’exemple du Revard1 illustre bien cette première vague de tourisme en montagne, voir en moyenne montagne car le site est à 1550 mètres d’altitude, tout comme le Super-Lioran. Le Revard signe un modèle planifié de polarité avec Aix-les-Bains, qui devient une ville à la montagne tandis que le développement du site du Lioran est plutôt un accident qui a bénéficié de la ligne SNCF Clermont-Toulouse. Le Lioran est né pendant cette première vague d’urbanisation avec la création de la gare en 1886 et de ses hotels de 1896 à 1899 car la montagne est à l’époque un lieu de convalescence où des villégiateurs privilégiés viennent chercher l’air pur de la nature en altitude (bien que les skieurs soient présents dès 1905 sur le puy de Masseboeuf). Cette pratique nous vient des anglais qui ont créé le tourisme, le parcours touristique, mais aussi la villégiature, l’habitat temporaire d’un lieu. C’est en Suisse que s’est développé la villégiature de montagne tout d’abord à des fins sanitaires qu’a ensuite cherché à imiter la France, c’est Megève qui est considéré comme la première station de sports d’hiver, ville dans laquelle Henri-Jacques Le Même inventera la typologie du chalet du skieur. 1 - Voir pages 31 à 35 et 43 à 47 de ce mémoire.

Figure 5: «Chalets suisses en bois découpés», modèle n° 226, publicité de la maison Kaeffer & Cie , la Villette à Paris, 1867.

Figure 6: Les Regats de Vallorcines - fin 18° siècle. Issue de l’ouvrage Architecture et Vie Traditionnelle en Savoie, M.T. HERMANN, Juin 2004. 15


Les «générations» d’architectures en montagne (1960 - 1980) En effet la France investit dans l’exploitation des sites de montagne car à la fin du 19° siècle l’industrie des Alpes s’est effondrée et «l’exploitation de la houille blanche vient prendre le relais de ces productions en déclin»1.

Le terme de «villégiateurs»2 est définit par Jean Didier Urbain, anthropologue non du tourisme, mais par définition, du touriste, et de ses motivations et désirs de voyages. Le tourisme est inventé par les anglais au 19° siècle: chez le citadin, état récent de l’homme moderne, né un désir de voyage, de dépaysement et de liberté voir de nature, de vide3. En effet en 1861, 51 pourcents de la population anglaise est urbanisée, chiffre atteint en France en 1932, seulement 4 ans avant l’apparition des premiers congés payés qui participent au processus d’apparition du touriste français.

Figure 7: Chalet Le Terrier, Chamonix, 1903. Crédit photo: http://www.collineige.com , 2013

Ce qui différencie la villégiature du tourisme c’est que le vilégiateur s’installe, peu importe la durée, il ne fait pas que passer. Il faut donc comprendre que le tourisme de masse dans les stations touristiques, qu’elles soient en bord de mer ou en montagne, est en réalité une villégiature motivée par le quotidien urbain de ces dits villégiateurs, tout comme ceux du 19°siècle. La différence entre celle du 19° siècle et celle qui perdure actuellement vient principalement du système de promotion, de publicité qui a créé la vague massive de villégiature en montagne. 1 - Mairie de Chamonix, Conseil du CAUE de Haute-Savoie, Architecture de la Vallée de Chamonix, inventaire des typologies, Chambéry, 2012. 2 - URBAIN Jean-Didier, Conférence de à l’Université de Tous les Savoirs en 2006. https:// www.canal-u.tv/video/universite_de_tous_les_savoirs/le_touriste_jean_didier_urbain.1466 3 - Voir la définition «touriste, tourisme et villégiateur» dans le Glossaire, pages 94 et 95..

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Figure 8: Regats de Vallorcines, Photo de 2014, modifiée et issue du mémoire Quelle architecture pour les Alpes aujourd’hui? Morgane CAUDON, 2015.


Les «générations» d’architectures en montagne (1960 - 1980) Autrefois décrite par des auteurs et aventuriers1, la montagne et son imaginaire collectif a été capturé par les promoteurs touristiques, d’où la nouvelle appellation faussée de «tourisme de masse», et la nouvelle vocation des villégiateurs à imiter le modèle «markétisé» du skieur sportif ou de la famille à la montagne. Le fait d’avoir conscience de ce marketing de la villégiature est primordial afin de comprendre l’architecture de ces nouveaux lieux désirés par les consommateurs touristiques. Il n’y a pas seulement le travail de l’architecte mais aussi, et nous le verrons pour le cas du Lioran, des codes esthétiques imposés non plus par les Beaux Arts qui prônait l’architecture de styles, mais bien par les promoteurs dont les motivations sont purement lucratives. Cette première vague de villégiature montagnarde par les classes sociales les plus aisées implique donc une architecture d’habitats individuels, de villas qui sont des résidences secondaires. A cette époque on parle encore de styles d’architectures, dans la tradition des Beaux-Arts, ce sont donc des villas style Art Nouveau tels que la Villa Le Terrier bâtie en 1906 ou bien Art Déco dans les années trente. Le mythe du chalet suisse est dans l’imaginaire de tous les touristes, c’est au 18° qu’il émerge comme un emblème, JJ. Rousseau décrit le chalet dans La Nouvelle Héloïse tel une «sorte de maisons de bois où se font les fromages et diverses espèces de laitages dans la montagne». Viollet-le-Duc qui est un alpiniste passionné, ayant cartographié de nombreuses montagnes, s’est d’ailleurs émerveillé de ceux-ci, il dit «qu’ils sont exactement pareils aux chalets que l’on voit sur les rampes de l’Himalaya et dans les vallées de Kachmyr».

1 - Le Mont-Blanc, vu par les écrivains , Nouvelles Editions la Scala, collection Pittoresques. éd. 2017

Il va d’ailleurs tenter d’élaborer un modèle de chalet savoyard, qui reste dans la tradition de cette typologie, démontable, composé d’un soubassement en pierre, d’une structure en bois faite de madriers de mélèzes dans les étages, couvert par une toiture à deux pans couvertes de tavaillons ou de lauzes. L’origine de l’anthropisation des montagnes alpines vient de l’activité pastorale, au départ les habitations sont isolées, encastrées dans les pentes ou bien adossées à des rochers, à la manière des burons que l’on connait en auvergne. L’implantation dépend évidemment de la proximité d’une source d’eau, de l’exposition au soleil, des glissements de terrain etc... C’est le long des rivières qui amènent l’eau de la fonte des neiges vers la vallée que se constituent les prmiers villages montagnard autour du 17ème siècle. L’architecture de chaque village est unique, «ces constructions constituent un véritable art d’habiter vernaculaire, présenté dans ses diversités techniques, géographiques et d’usage»1, la diversité des types de constructions peut amener à rencontrer des «chalets de bois sur pilotis de la région de Vallorcine, avec leurs disques de bois horizontaux qui les protègent contre la montée des rongeurs, maisons sévères de Chamonix, avec leurs encadrements de granit et leurs doubles-fenêtres, grandes fermes ensoleillées de Passy aux balcons superposés à la toitures en nez cassé»2. L’invention architecturale due à la grande diversité de milieux que présente la montagne a donc existé depuis les prémices de sa conquête par l’homme. Cette remarque impose donc de comprendre comment les bâtiments de Mazzucconi sont adaptés aux conditions climatiques si particulière de la moyenne montagne du Lioran.

1 - Opt. Cit. Conseil du CAUE, page 14. 2 - LE MÊME Henry Jacques, Maisons de France : La Maison des Alpes, Paris, 1950.

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Les «générations» d’architectures en montagne (1960 - 1980) La deuxième génération de stations née de la situation d’après guerre, la conception est normalisée autour de nouveaux espaces notamment dans le plan neige: cest l’émergence des stations dites «intégrées»1. Ces nouveaux espaces ont été expérimentés et définit par des architectes comme Laurent Chappis ou Denys Pradelle et sont: la grenouillère, le domaine skiable, le front de neige ou bien les galeries marchandes couvertes. La concepton se fait ex-nihilo, non plus systématiquement à partir d’un ancien village, mais plutôt par la détermination d’un site idéal lié à la pratique du ski. Les circulations des skieurs, des piétons et des voitures sont séparées, on parle de «zoning» tout comme en bord de mer ou en ville, c’est ce qu’on peut observer avec le plan des Arcs 1600 (figure 9 ci-contre). Ces stations sont dites «ex nihilo», conçues sur un site vierge essentiellement choisit pour le potentiel du domaine skiable, la décliveté pour la construction, l’ensoleillement et l’exposition au vent du site. L’État lance en 1967 ce que l’on appellera le Plan Neige, il vise à démocratisér les stations aux français tout en attirant la clientèle étrangère. On retrouve les même objectifs dans les préconisations du régime nazi d’occupation sur le développement des Alpes françaises, c’est l’ambigüité de l’implication politique de l’architecte... Cette nouvelle station continue donc l’oeuvre moderne en montagne après les sanatoriums, elle est «Rationelle, fonctionnelle et standardisée, elle semble pouvoir répondre au besoin urgent de logements neufs. Par soucis d’efficacité mais aussi par choix politique, l’Etat développe des modèles urbains fondés sur la démarche moderne»2 L’Atelier d’Architecture en Montagne est l’une des agences emblématiques de cette époque, elle naît de l’association entre Laurent Chappis et Denys Pradelle dans la conception de Courchevel. Le projet est lancé par le conseil général de Savoie et de son directeur Pierre Cot, à partir 1 - Voir la définition du Plan Neige dans le Glossaire, page 97 2 - TILLET Jean-Jacques, Chamonix, une Vallée, des Hommes, éd. Edimontagnes, 1978.

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de 1942 afin de rattraper le retard sur l’Autriche et la Suisse. On peut aussi voir que le Super-Lioran nait de l’initiative du directeur du conseil général, de plus en 1962 le groupement d’urbanisme du Lioran est créé grâce à un décret des Ministres de la Construction et de l’Intérieur. Il regroupe les cinq communes d’Albepierre-Bredons, Brezons, Laveissière, Paulhac et SaintJacques-des-Blats sous la tutelle de l’Etat pour l’établissement d’un plan d’urbanisme commun. Ces groupements d’urbanisme sont issus de la loi de 1943 et mis en place par l’Etat. Le projet de Courchevel survient dans le cadre de la reconstruction d’après guerre. L’intention est de rendre accessible la montagne à tous, notemment aux jeunes, c’est un lieu tourné vers la pratique sportive, qui peut rappeler les stations balnéaires de bord de mer construites à cette époque. Elle est considéré comme le lieu d’expérimentation de l’AAM. Ainsi l’Atelier d’Architecture en Montagne réalise une véritable expérience pour Courchevel, Laurent Chappis la décrit ainsi:«Une architecture sans superflu, décoration ou rappel folklorique. La montagne étant elle-même architecture, les constructions ajoutées par l’homme ne devraient pas la perturber mais s’y insérer en s’imposant le moins possible, tout en donnant à leurs occupants ce qu’ils venaient chercher : soleil, panorama, nature originelle»1. Comme nous le verrons plus tard, c’est une manière de considérer le milieu de la montagne élevée très proche de la position du CIAM, illustré par la charte d’Athènes. L’agence va donc concevoir l’urbanisme de la station jusqu’en 1965, en tenant compte du milieu naturel, il est décidé de mixer les habitats individuels et les habitats collectifs, comme on peut le voir au Lioran. C’est Pradelle qui s’occupera de Courchevel pendant que Chappis est consulté pour d’autres projet, au Lioran notemment. Il faut souligner que tout comme le Rocher du Cerf au Lioran, la construction est laissée en bonne partie au secteur privée à Courchevel, alors que les infrastructures et les bâtiments communs font l’objet d’investissements publics. 1 - Dans la revue Aix-les-Bains côté montagne Les Corbières - Le Revard, publication de la société d’art et d’histoire d’Aix-les-Bains numéro 90, collection Arts et Mémoire.


Les «générations» d’architectures en montagne (1960 - 1980) Les Arcs 1600 - les débuts de la station intégrée

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Le Office tourisme

Figure 9: La séparation des flux piétons, voiture et skieurs aux Arcs 1600, la grenouillère et les 3 typologies de bâtis, plan personnel. Fond de plan: Plan de l’ensemble d’Arc 1600, sans date. SIAF/ Cité de l’architecture et du patrimoine, Centre d’archives d’architecture du XXe siècle, fonds DAU.

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Les «générations» d’architectures en montagne (1960 - 1980)

Figure 10: Les Arcs 1800, vue perspective.

L’Atelier d’Architecture en Montagne s’éloigne du «néo-vernaculaire» pour puiser son inspiration dans le texte fondateur du mouvement moderne: la Charte d’Athènes. Denys Pradelle dit en 1986 que «Cette charte, à laquelle fut si souvent attribuée la propagation, d’un bout à l’autre du monde, de la même architecture internationale assimilée à celle du Bauhaus, nous incita plutôt à observer les particularités, si prégnantes, de la vie en altitude et à déduire de ces observations un habitat adapté à cette situation insolite de citadins du XXe siècle en altitude»1. L’invention architecturale existe donc bien en montagne, inspirée du milieu naturel et de l’histoire de sa conquête par l’homme mais aussi évidemment des six traditons de l’architecture moderne2, bien qu’elle puisse tendre parfois vers ce que l’on appelle le régionalisme, avec l’invention du chalet du skieur que l’on attribue à Jean-François Lyon Caen: «une ferme habitable»3. 1 - DELORME Franck, L’Atelier d’architecture en montagne. Contribution à la mise au point d’une architecture de montagne, dans In Situ, Revue deu Patrimoine, 2014. 2 - JENKS Charles, Mouvements Modernes en Architecture, éd. Mardaga, 1987. 3 - DUTHEIL Arnaud, directeur du CAUE 74, Henry Jacques Le Même, architecte des «chalets du skieur», mais pas seulement... , rubrique Patrimoine/Histoire du CAUE

Figure 11: Les Arcs 1600, vue perspective.

Figure 12: Les Arcs 1800, coupe de principe d’orientation. 20

Figure 13: Les Arcs 1800 - Résidence la Nova, façade Sud. Crédit photo: cliché anonyme.


Les «générations» d’architectures en montagne (1960 - 1980) La troisième génération de stations de montagne, des stations intégrées massives et hors échelle, jusqu’au début des années 1970 et la fin du sixième et dernier «Plan Neige».

Figure 14: Les Arcs 1600 - Résidence la Cascade, Façade Sud. Crédit photo: cliché anonyme.

La décénnie 1960-70 voit l’explosion de la société de loisirs et du tourisme de masse, en effet en 1961, 40% des travailleurs sont partis en vacances alors qu’en 1971, ils sont 50%. Il ne faut pas oublier que la quatrième semaine de congès payés de 1969 est venu renforcer une tendance d’après guerre qui s’appuyait déjà sur les réformes du droit du travail de 1936. C’est ainsi que la demande diffère par son ampleure et la troisième génération de stations verra le jour. Par ailleurs les citadins qui partent à la montagne s’attendent à conserver le confort auquel ils sont habitués, on est loin pour la montagne des modèles du touriste baroudeur, du routard du back packeur américain, qui reste encore alors un marginal, le premier guide du routard sera d’ailleurs édité en 1975. Ce nouveau type de station est une évolution de la station intégrée, elle prend toujours en compte le contexte géographique, paysager, sans pour autant chercher à se dissimuler comme cela pouvait être le cas des Arcs 1600 ou de Courchevel et dans un modèle plus singulier, Méribel. Elle intègre aussi les espaces normalisés, déjà évoqués dans la partie précédente, c’est par sa densité et par les contraintes imposées par les promoteurs aux architectes, obligés de reproduire le modèle du Plan Neige, qu’elle diffère de la seconde génération. Le principe inhérent à cette volonté est la maîtrise du foncier, des sociétés sont donc créés comme la société des montagnes de l’Arc pour la station des Arcs afin de racheter tous les terrains nécessaires à la réalisation de la planification.

Figure 15: Les Arcs 1600 - Résidence la Cascade, Façade Sud.Crédit photo: cliché anonyme.

Il y a par ailleurs de nouveaux conflits qui apparaissent entre le responsable du plan de neige qui a besoin de terrains plats pour l’arrivée des skieurs, l’ingénieur des ponts et chaussées qui les revendique pour les parkings et le promoteur pour construire. On crée donc des sociétés d’économies mixtes afin de mutualiser les intérêts. 21


Les «générations» d’architectures en montagne (1960 - 1980) Les Arcs 2000 est donc pensé comme un «fort»1 afin de protéger les habitants des conditions rudes de cette altitude, au milieu de celui-ci s’ouvre une place commerciale à laquelle on accède par une galerie intétieure, celle-ci couvre la totalité de la station. Le Club Med, premier bâtiment de la station ouvre en 1979, la construction se termine en 1988 avec la crise de l’immobilier, le projet restant innachevé. Flaine est situé dans le massif du Giffre, à 1600 mètres d’altitude. Elle est principalement conçue par Marcel Breuer, architecte formé au Bahaus de Weimar, mais aussi l’AAM, dans les années 1960. Elle est bien fondée sur les principes de la station intégrée mais prône aussi l’architecture préfabriquée, ce qui amène ce genre d’architecture, habituellement associée à la ville, dans les stations de montagnes. On y voit aussi l’apparition des galeries commerciales couvertes autour desquelles s’organisent les lieux d’habitat, afin de limiter au maximum les déplacements car la voiture est écartée à la périphérie de la zone urbanisée.

Figure 16: Le Forum de Flaine, la place , 1960. Source photo: http://fr.academic.rur

Figure 17: l’Hotel Club de Flaine

aujourd’hui, Marcel Beuer, édifié en 1960. Source photo: http://fr.academic.rur

Flaine est une station conçue de toutes pièces, aucun village n’est préexistant, offrant une identité architecturale préalable à la conception. C’est ce qui caractérise aussi ce passage à une troisième génération de station que j’appellerai la station intégrée planifiée. L’hôtel de Flaine (figure XX) est inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques en 1991, il témoigne de l’adaptation du modèle du Bahaus à la villégiature en milieu montagnard. 1 - Terme utilisé par Frank Delorme dans la revue InSitu n°24, L’Atelier d’Architecture en Montagne, contribution à la mise au point d’une architecture de montagne, 2014. Terme en référence au livre de Dino Buzzati, Le Désert des Tartares, publié pour la première fois en italien en 1940, traduction française de 1949: «L’auteur situe le récit, qui traite de la fuite du temps et de l’attente, dans un fort isolé en altitude où il pleut et il neige».

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Figure 18: Station de Flaine aujourd’hui. Source photo: http://fr.academic.rur


Les «générations» d’architectures en montagne (1960 - 1980) Le rejet de l’architecture moderne en lieux de villégiature entraine une tentative de retour à l’architecture traditionnelle du village de montagne: par le décor et l’ornement, c’est la station-attraction. Après la troisième génération, les promoteurs touristiques veulent être en adéquation avec la tendance des villégiateurs: le charme de la montagne a été perdu dans le béton des constructions, qui rappellent la ville moderne, tant décriée à la fin des années 1970, aux villégiateurs. Ils recherchent néanmoins le mode et le confort de vie de la modernité mais dans un lieu différent, à l’architecture aux traits régionaux . Ainsi il y a une perte des principes modernes dans l’architecture de montagne, par ailleurs on vise une population différente, moins jeune, ce sont les familles. On pense alors le séjour en montagne comme agrémenté d’activités variées comme au Lioran, où néanmoins cet objectif est fondateur dans sa conception, les activités varient en fonction des saisons, la station est pensée pour l’hiver autant que pour l’été. L’un des exemples de ces stations peut être Méribel, qui est pensée sans grenouillère ou autres préconisations de la SEATM1, limitant la construction en hauteur et dans les gabarits de l’occupation des parcelles comme ce fut le cas à Courchevel ou au Revard, si bien que les chalets ne dépassaient pas la hauteur de la cimes des arbres: «c’est la poésie qui l’emporta à Méribel et qui, pour le moment, protégera son développement»2. On peut trouver aussi des dérives à cette volonté d’un retour à une architecture plus proche de l’identité de l’habitat de montagne, qui comme nous l’avons déjà vu, est une architecture de villégiature, bien qu’inspirée des fermes agro-pastorales. Les dérives sont les mêmes 1 - «Service d’Etudes d’Aménagement Touristique de la Montagne», porteur des idées du Plan Neige. 2 - PERRIAND Charlotte, Une Vie de Création, éd. Odile Jacob, Paris 1998.

Figure 19: Perspective du projet d’Arc 2000 par Bernard Taillefer, non datée. SIAF/ Cité de l’architecture et du patrimoine, Centre d’archives d’architecture du xxe siècle, fonds DAU. 23


Les «générations» d’architectures en montagne (1960 - 1980) que dans le contexte urbain: «l’incontournable éclectisme», le rattachement à des formes et typologies dépassées, dans la recherche de nouveaux repères architecturaux, tout en conservant des principes modernes. les Karellis est un des exemples de ce retour à une échelle qui n’est plus totalement dictée par la rentabilité et la démocratisation de l’or blanc. L’Atelier d’Architecture en Montagne a continué son invention architecturale, dans la recherche de langages, principes formels ou constructifs, continuant ainsi à donner une identité à l’architecture moderne en montagne, sélectionnant comme à ses prémices, les propos du CIAM concernant la protection du milieu naturel montagnard1. Figure 20: Vue du bâtiment du Club Méditerranée à Arc 2000, cliché anonyme. SIAF/Cité de l’architecture et du patrimoine, Centre d’archives d’architecture du xxe siècle, fonds DAU.

Cette vague de liberté qui a été laissée à l’AAM a aussi pu être source de contraintes maintenues ou développées dans le PLU afin de bannir l’architecture moderne des stations. On peut observer la création de véritables station-attraction, Valmorel par exemple, créée en 1976,utilise des arcades afin de donner l’impression de village, ou bien des stuctures bois démesurées pour le Club Méditéranée (2011) afin de retrouver une «ambiance chalet». Cette architecture qui souhaite un retour à un imaginaire montagnard, faux, est un véritable décor, et non une architecture habitée, elle est adaptée à la villégiature de la société touristique, et témoin de cet usage. Les formes urbaines telles que les arcades ne sont que des décors éclectiques, dépossédés de leur sens originel ou encore de leurs usages, car finalement le parcours piéton n’y est pas installé. On peut associer ce type d’architecture au postmodernisme, il est aujourd’hui qualifié de néorégionalisme ou de néo-traditionalisme.

Figure 21: L’Arc 2000 aujourd’hui, aux environs de 2016. Source photo: www. arc2000.sport2000.fr

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1 - Collectif CIAM, La Chartes d’Athènes, éd. de Minuit, collection Points, 1957, rééd. 2016.


Les «générations» d’architectures en montagne (1960 - 1980) Le rejet de l’architecture moderne en montagne met en avant un combat nouveau avec une autre idéologie architecturale: le Néo-Régionalisme.

de polyester pré-usinées montées à la grue toutes équipées et raccrochées en un temps record, mobiliers intégrés...»1.

Les années qui suivent les événements de 1968 ont révelé les désirs de la classe sociale dominante en France de la deuxième moitiée du 20° siècle: le classe moyenne. Le rejet de l’architecture moderne ou encore le dimensionnement démesuré des gabarits des constructions en montagne n’est finalement peut être pas une volonté d’un retour à une architecture qualitative mais plutôt du marketing1. En effet la condition «métro, boulot, dodo» semblait être, et c’est toujours le cas pour cette génération, associée à l’architecture moderne que personne ou presque ne souhaite retrouver lors des vacances à la montagne, terre de liberté permettant de s’extraire du quotidien répétitif et oppressant de l’homme moderne urbain.

Bref, tout comme les villages des paysans savoyards du 19° siècle, chaque lieu choisi pour étendre le terrain de jeu de la société touristique est un véritable laboratoire d’innovations architecturales.

Le combat qui opposa l’architecture moderne au régionalisme au début du siècle semble donc ressurgir2, bien que la montagne soit exceptionnelle dans cette opposition; car on peut affirmer que les architectures mêlent vernaculaire, matériaux locaux, imaginaire montagnard créé de toute pièces par les récits d’aventuriers du 19°siècle3 tout comme les grands principes modernes des CIAM4. L’architecture des stations de sports d’hiver, c’est une des innovations modernes, une nouvelle pensée de la condition de l’homme, l’une des dernières à grande échelle: «Grâce aux recherches sur l’art d’habiter la montagne par Charlotte Perriand depuis de nombreuses années, le projet trouve ses points d’ancrage: absence de vis à vis entre les logements, terrasses surélevées et isolées, coursives collectives personnalsées, cuisines et salle de bains-cabines préfabriquées en coques 1- Idée évoquée par Morgane Claudon, Dans le mémoire de fin d’étude «Quelle architecture pour les Alpes aujourd’hui?», 2015, ENSA Grenoble. 2 - ibid. CLAUDON Morgane. 3 - Op. Cit Le Mont-Blanc, Vu par les Ecrivains, page 15 4 - Op. Cit. TILLET Jean-Jacques, page 16.

L’opposition entre ces deux grandes doctrines architecturales est seulement évoquée dans ce mémoire car le sujet est vaste et ambigu, cependant nous verrons par l’analyse du projet du Village du Lioran une opposition (ou coopération) entre l’architecte et le promoteur, non sans rappeler le thème du pop-art, de la pop-architecture qui sera incarné par Archigram, la «amazing architecture»2. En effet le pouvoir de l’image d’une architecture n’est pas nouveau, ce qui l’est c’est sa consommation comme tout autre bien, Albin Chalandon secrétaire d’Etat au tourisme déclare en 1971: «le tourisme est devenue une véritable industrie de la neige [...] La station est un produit fini, fabriqué en grande série et compétitif»3.

1 - LYON-CAEN Jean-François et PERRIAND Pernette, Charlotte Perriand: Carnets de Voyages, éd. Maison des Jeux Olympique d’Hiver, 2013. 2 - Collectif ARCHIGRAM, Amazing Archigram / Zoom numéro 4, 1964. 3 - Loc.Cit. CLAUDON Morgane, page 23.

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Les «générations» d’architectures en montagne (1960 - 1980)

Figure 22: Vue du bâtiment du Forum aux Karellis (Savoie), cliché anonyme. Archives départementales de la Savoie, fonds AAM.

1- Résidence 2- Résidence 3- Résidence 4- Foyer La Tuma 5- Salle polyvalente 6- Forum 7- Résidence 8- Résidence 9- Garage engins de damage

Figure 23: Plan de la station. Source: Stations de Sport d’Hiver, Urbanisme et Architecture, éd.Lieux Dits, 2012, page 106.

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Figure 24: Croquis de la station vue du ciel. Atelier d’Architecture en Montagne,

autour de 1975. Source: AD Savoie, 6 J 1340.


Les «générations» d’architectures en montagne (1960 - 1980)

Figure 25: Vue du quartier de la Falaise depuis le Sud, Avoriaz. Source: Stations de Sport d’Hiver, Urbanisme et Architecture, éd.Lieux Dits, 2012, page 106.

Figure 27: Gare Routière de Megève, construite dans les années 1990. Source:

Figure 26: Artère centrale de Bourgmorel, Valmorel (Savoie), Michel Bezançon et

Figure 28: Le Chambon des Neiges dans le massif du Sancy, station fermée depuis

Pierre Diener, architectes, photographie Jean Biaugeaud. Archives départementales

de la Savoie, fonds Bezançon, 17 J 169.

Google Street View, cliché anonyme.

2002. Bâtiments érigées autour de 1980. Photo personnelle hiver 2017.

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L’invention, les expérimentations de quelques maîtres

2 _ L’invention, les expérimentations de quelques maîtres : La commande de Noémie de Rostshchild à Henry-Jacques Le Même pose le point de départ traditionnel de l’invention du chalet du skieur: «je voudrai une maison qui ressemble aux fermes du pays». Nous sommes en 1925. Afin de satisfaire cette demande l’architecte recycle des éléments de l’architecture régionale de Savoie, afin de servir son projet et de créer le «chalet du skieur», nouvelle typologie qu’il souhaite comme le style «Le Même». Il se risque à une perte de sens stylistique en usant de l’éclectisme aussi bien que du régionalisme, sans revendiquer aucun de ces types d’architecture. Afin de ne pas tomber dans l’esthétisme, l’ornement dénué de sens, et de créer cette architecture de ferme habitée qui est née dans l’immaginaire collectif, il invente un nouveau programme de villégiature de montagne: «le chalet du skieur». La fonction ainsi définie il va réussir à faire entrer la ferme agropastorale savoyarde dans la modernité, un chalet fonctionnel et confortable, usant de matériaux et techniques nouveaux tels que le béton, le grés cérame ou la tôle, finalement plus proche de la ferme savoyarde que du chalet suisse en vogue depuis la fin du 19° siècle. De l’architecture agro-pastorale savoyarde il retient les pentes de toits à débords, le soubassement en pierre ainsi que l’utilisation du bois local pour les combles qui à l’origine, de par leur fonction d’entrepôt de foin, contenait l’isolant. La pente du toit permet une accumulation des chutes de neige qui forme elle aussi une épaisseur isolante. Ces éléments architecturaux viennent enrichir la typologie qui sera perçue comme pittoresque, typique par la société touristique, bref une attraction pour la villégiature. 28

Figure 29: Ferme agro-pastorale réhabilitée en habitation saisonnière, les Avalanchers-Valmorel, photo personnelle, mars 2017.

Figure 30: Ferme agro-pastorale et habitation du type chalet du skieur, les Avalanchers-Valmorel, photo personnelle, mars 2017.


L’invention, les expérimentations de quelques maîtres Le succès de Henry Jacques le Même est immense, il s’installe même à Megève à la fin des années 20: «Les plus grosses fortunes françaises veulent leur chalet à Megève et le font sans ostentation, grâce au parti architectural rationnel adopté par Le Même»1. Il faut noter qu’il accèdera au poste d’architecte en chef de la reconstruction de la Savoie jusqu’en 1950. Aujourd’hui la typologie de Le Même est reprise dans toutes les stations et villages de montagne, que ce soit lors de réhabilitations de fermes ou encore de constructions neuves (voir figures 1 et 2). Les projets des chalets Igloo et de la Troika ( figure 29 et figure 30) illustrent l’invention de la typologie du «chalet du skieur», mais aussi de la villa moderne en montagne (figure 28) et même des édifices de grande échelle avec le sanatorium (figure 27). Cette architecture des sanatoriums est le début d’un travail qui aboutira avec la station des Arcs par l’Atelier d’Architecture en Montagne2: implantation au droit des courbes de niveaux, une façade ouverte sur un paysage sélectionné, balcons et espaces intermédiaires entre intérieur et extérieur permettant un usage élargi aussi bien en l’été qu’en hiver.

Figure 31: Sanatorium, Roc-des-Fiz Passy, 1930.

La première génération de stations inspirée du modèle suisse va se concrétiser à Courchevel, Sestrières (Italie) ou encore le Revard, qui sera plutôt un lieu d’expérimentation que nous pourrons comparer plus tard au Lioran et et au Super-Lioran.

1 - DUTHEIL Arnaud, directeur du CAUE 74, Henry Jacques Le Même, Architecte des «Chalets du Skieur», mais pas seulement... , Rubrique Patrimoine/Histoire du CAUE. 2 - Atelier d’Architecture en Montagne (AAM), formé par Laurent Chappis et Denys Pradelle en 1946 dans le cadre du projet de Courchevel, rejoint par de nombreux architectes tel que Jean Marc Legrand, collaborant avec d’autres comme Chalotte Perriand et Jean Prouvé.

Figure 32: Villa pour M.Lepage, Sainte-Adresse, 1967. 29


L’invention, les expérimentations de quelques maîtres Comme nous l’avons vu dans la partie précédente, les modernes ont su inspirer cette génération d’architectes des stations de ski incarnés par Laurent Chappis et Denys Pradelle. En effet on ne peut pas ignorer les passages suivants de la Chartes d’Athènes, dont Denys Pradelle disait qu’ils l’avaient fortement influencé dans la prise en compte des lieux, du génie du lieu même, que Laurent Chappis arpentait en toutes saisons afin de s’en imprégner: «La proportion des éléments eau et terre [...] façonne, elle aussi, des attitudes mentales qui s’inscriront dans le entreprises et trouveront leur expression dans la maison, le village ou la ville», «ces constantes psychologiques et biologiques subiront l’influence du milieu», «la géographie et la topographie jouent dans le destin des hommes un rôle considérable» «Plaines, collines, montagnes interviennent également pour modeler une sensibilité et déterminer une mentalité. Si le montagnard descend volontiers vers la plaine, l’homme de la plaine remonte rarement les vallées et franchit difficilement les cols»1. Cette dernière citation est importante car c’est un constat en cours de changement au moment même où les CIAMs l’inscrivent dans la charte d’Athènes, par l’action des promoteurs de la villégiature en montagne.

Figure 33: Chalet l’Igloo, 1931.

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Comme nous l’avons vu précédemment, Courchevel fait partie de la seconde vague d’urbanisation en montagne, au départ pour une population qui n’est plus du tout de l’ordre des riches privilégiés de Megève ou bien des malades des Sanatoriums. C’est une station pour une population jeune et sportive. Chappis dessine le plan d’urbanisme en ce sens en 1946, la station sera divisée en trois étages d’altitudes différentes afin de rentabiliser au maximum le relief et l’ensoleillement du site, et surtout afin que chaque lot soit accessible par remontées mécaniques ou par pistes depuis la grenouillère, lieu nouveau caractéristique du passage à la seconde catégorie de stations de ski. 1 - Op. Cit. Collectif CIAM, page 22. Chapitre «La ville et sa région».

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Figure 34: Chalet la Troika, 1956-1957.

AD74 / 142J62


L’invention, les expérimentations de quelques maîtres Le langage architecturale du chalet du skieur étant créé par Le Même, c’est l’AAM de Chappis et Pradelle qui saura reprendre le flambeau de l’innovation. Parmi leurs oeuvres, une des plus remarquables semble être le chalet Lang, réalisé en 1950 sur le lot n°122 du lotissement de Bellecôte à Courchevel, une petite parcelle pour 15 mètres de dévers! Cest Denys Pradelle qui est chargé du projet. L’Economie du projet est devenue extrêmement maîtrisée, le chantier dure le temps d’un printemps, la superstructure du plancher (figure 8) est préfabriquée. Le respect du site et notamment des arbres que les architectes choisissent de préserver est rendu possible par la dimmension extrêmement réduite des espaces peu utilisés à l’occasion de la villégiature en montagne: les chambres dont le mobilier, à la manière de Le Corbusier, est optimisé sont réduites à la «dimension d’une cabine de bateau» comme les décrit Pradelle. A partir des années 1980 Courchevel est en quelque sorte victime de son succès, l’architecture moderne et l’expérimentation architecturale qui y a eu lieu n’est plus la bienvenue, les promoteurs cherchent le néo-rural, des architectures «décor» afin de ne pas décevoir la clientèle de plus en plus fortunée du lieu. Les pressions foncières donne raison à cette nouvelle architecture: il est déposé un permis de construire pour un hotel de luxe de 2200 m² de surface de plancher qui induit la démolition du chalet Lang en 2010. Il est donc classé puis inscrit au titre des Monuments historiques en 2012 ce qui permettera de le «sauver» de la destruction par son démontage, le remontage n’est toujours pas programmé. L’architecture de montagne des années 1950 à 1980, années de crise pour les stations de sports d’hiver, est effectivement au coeur des débats. Certains lieux sont désertés à cause de la crise environnementale qui a limité l’enneigement et donc la valeur d’usage de certaines architectures et d’autres sont remplacées par des opérations de promotion immobilière. Il est donc nécessaire de pouvoir définir la remarquabilité de certaines architectures de ce type afin d’anticiper leur disparition.

Figure 35: Le chalet Lang - Denys Pradelle. Source Photo: J.-F. Lyon-Caen ,

Inventaire général, ADAGP, 1998.

Figure 36: Charpente en cours de montage (pannes, arbalétriers, poteaux métalliques) reposant sur la maçonnerie en béton et en pierres, chantier en cours, été 1951. AD Savoie, fonds de l’Atelier d’Architecture en Montagne, 6 J 100. 31


L’invention, les expérimentations de quelques maîtres

Manteau neigeux Manteau végétal Figure 37: Diagramme: «Vivre en Montagne dans l’espace de la vallée, dans le temps d’une année», schéma de Denys Pradelle, non daté. Archives départementales de la Savoie, fonds AAMsuite du diagramme - Denys Pradelle, 1950

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L’invention, les expérimentations de quelques maîtres Le Revard, le court historique du lieu met en évidence quelques points de similitude avec le Lioran, deux stations dont lorigine remonte à la fin du XIXième siècle. La création du site du Revard dans l‘imaginaire collectif est le fruit d’une campagne promotionnelle relayée par la presse, des ouvrages médicaux, guides ou brochures «touristiques» qui débute dans les années 1870. Le projet de la station de cure d’air est confiée au médecin Jean Monard afin de compléter, voir de concurencer, les activités thermales d’Aixles-Bains. A mi-chemin entre Aix-les-Bains et le Revard né le lieu-dit Les Corbières, il y est bâti un hotel de 1893 à 1894, à une altitude optimale pour les cures d’air, entre 400 et 800 mètres d’altitude afin «d’habituer graduellement les malades à la montagne»1. Ce lieu se trouve à proximité d’une des gares du train à Crémaillère qui relie Aix-les-Bains au Revard. Finalement le projet médical échoue, et l’entreprise est un échec. Cet hôtel, de par la typologie d’architecture et sa destination à une villégiature luxueuse plus que médicale dans les faits se rapproche des hôtels de la gare du Lioran, bien que ceux-ci soient beaucoup moins qualitatifs et que l’usage de type sanatorium n’existe pas. Tout comme le Super-Lioran, c’est le téléphérique qui va propulser le projet du Revard en tant que station de sports d’hiver, rendant possible et rapide l’accès au Revard depuis Aix-les-Bains contrairement au train à crémaillère qui était privilégié jusqu’alors, sur le modèle suisse, exploité par une société suisse. L’accès routier est le dernier développé, pourtant le conseiller général C. Rebaudet déclare en 1887: «Tout porte donc à penser que, dans ce site 1 - Citation de Jean Monard, janvier 1890. Source tirée de la revue Aix-les-Bains côté montagne Les Corbières - Le Revard, publication de la société d’art et d’histoire d’Aix-les-Bains numéro 90, collection Arts et Mémoire.

Figure 38: Vue de la façade Sud d’un chalet depuis le balcon. Anonyme et non daté.

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L’invention, les expérimentations de quelques maîtres merveilleux du Revard [...] une station rivale des stations suisses ne tarderait pas à se fonder aussitôt qu’elle serait desservie par une route carrossablequi relierait la montagne à notre cité thermale»1. Seulement les coûts sont trop importants et c’est l’attrait pour le ski qui pousse l’ouverture en 1910 puis l’élargissement jusqu’en 1935 d’un accès routier, afin de rendre accessible le Revard directement depuis Chambéry. La voie ferroviaire à crémaillère a fait l’objet d’investissements privés (principalement l’apport des casinos aixois) et publics (la commune d’Aix-lesBains) qui a donné lieu à la création de société anonyme d’investissement comme on a pu le voir au Lioran avec la SAEM Super-Lioran. Le Revard est donc totalement dépendant de sa liaison avec l’activité thermale d’Aixles-Bains, alors que le Lioran apparaît plutôt comme un accident, un lieu redécouvert par les locaux et démocratisé grâce à son accessibilité par la ligne SNCF de Clermont-Ferrand à Toulouse.

Figure 39: Coupe du projet des chalet-grenier par Laurent Chappis, 1955.

L’architecture des gares du téléphérique donne aussi l’image de la station, entre modernité et chalet suisse. La gare inférieure est un signal dans la ville, une architecture empreinte des principes modernes, la gare d’arrivée offre un belvédère vertigineux qui ne peut que correspondre à l’imaginaire collectif de la montagne. C’est au Revard que Chappis va concevoir les chalets Greniers; de dimensions extrêmement réduites, les plus petits d’entre eux nommés chalets week-end pouvaient accueillir jusqu’à six personnes dans 20m², c’est une occasion d’invention de l’espace intérieur, par des systèmes de volets qui se transforment en tables de jardin ou encore de l’espace intérieur qui agit tel un seul meuble contenu dans un espace permettant une double hauteur. Ce meuble donne la forme du chalet extérieur qui reprend les chalets du skieurs modernes à toiture à un pant, il est par sa construction en série et son agencement intérieur, très proche de l’architecture de Jean Prouvé, bien qu’il soit une construction de bois. 1 - C. Rebaudet , Aix-les-Bains. Grand Revard. Rapport présenté au conseil municipal le 12 avril 1887. Source tirée de la revue Aix-les-Bains côté montagne Les Corbières - Le Revard, publication de la société d’art et d’histoire d’Aix-les-Bains numéro 90.

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Figure 40: Perspective d’un chalet-grenier par Laurent Chappis, 1955.


L’invention, les expérimentations de quelques maîtres

Figure 41: La Nature, la Ville, schéma de Denys Pradelle, non daté. Archives départementales de la Savoie, fonds AAM.

Figure 42: Affiches publicitaires pour la station d’été et d’hiver.AC Aix-les-Bains : 2 Fi 14 / Collection privée.

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L’invention, les expérimentations de quelques maîtres

Figure 43: Affiche publicitaire de la Société de Chemin de Fer d’Orléans pour le nouvel hôtel de la montagne du Lioran. Autour de 1900. Source: http://www.laveissiere.fr

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Figure 44: Affiche publicitaire de la Société de Chemin de Fer d’Orléans pour le nouvel hôtel de la montagne du Lioran. Autour de 1900. Source: http://www.laveissiere.fr


L’invention, les expérimentations de quelques maîtres

Le massif cantalien depuis le domaine du Lioran - depuis le Sud: le couloir du Puy Rocher - photo personnelle - Août 2017

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B Lioran et Super-Lioran, quelles particularités ?

Cartes chronologiques

1 _ Court historique du lieu Le Col du Lioran culmine à 1237 mètres d’altitude, recouverte du Bois Noir jusqu’au XVIII° siècle, date de création de la praire des Sagnes par l’abattage des arbres.Au XVII° le Font d’Alagnon est défriché, puis il y est construit le buron de la Montagne du Lioran au XVIII° la route royale n°126, actuelle D67. En 1839 débute le chantier du premier tunnel routier du Lioran, et de France, il sera achevé en 1843. C’est plus tard que débute la construction du chemin de fer de 1865 à 1868, la ligne relie à l’époque comme aujourd’hui Clermont-Ferrand à Mautauban.

Figure 45 : Plan

Chalets du F Projet initié p Buron de la Montagne du Lioran XVII° siècle

Gare SNCF 1886

La création du lieu du Lioran débute avec la construction de la gare et de ses hotels, de 1886 à 1899. Le Lioran est un simple lieu de passage jusqu’à la construction de sa gare en 1886 , alors commence le tourisme pour l’air pur de la montagne comme on peut le connaître au Mont Revard en 1895 avec la construction de l’Hotel des Corbières dont l’architecture est proche de l’Hotel Daude (1896) et de l’Hotel des Touristes (1899) au Lioran.

Tunnel SNCF 1868 Station de Masseboeuf (depuis 1947)

Prairie des Sagnes

L’arrivée du ski est le déclencheur de engouement pour le lieu depuis 1902 quis se concrétisera en 1947. Historiquement l’abbé Blot est le premier à pratiquer le ski en Auvergne, à Besse, vers 1902. Peu après les skieurs arrivent par le train au Lioran, et commencent à investir le Puy de Masseboeuf. En 1908 est créé le Ski Club, le Plomb du Cantal est atteint, à peaux de phoque, la renommée grandit et le Lioran est choisi pour organiser le Concours International de Ski de 1911, précurseurs des Jeux Olympiques d’Hiver (1924 à Chamonix). La première guerre mondiale stoppe net le développement du Lioran, l’entre deux-guerre voit la reformation du Ski Club en 1927 et le dégagement de deux pistes sur le Puy de Masseboeuf mais pas de mécanisation, contrairement au 38

Hotels du Lioran 1896-99

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Figure 46 : Plan

Figure 47 : Plan

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1972 - Extension du Super Lioran à l’Est sur lesurRocher du cerf, 1972 - Extension du Super Lioran à l’Est le Rocher du cerf, construction de lade tour Sumène laissant le vide l’Ouest jusqu’à la D67,la D67, construction la tour Sumène laissant leàvide à l’Ouest jusqu’à futurfutur «Village du Haut Lioran». «Village du Haut Lioran».

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Station de Masseboeuf (depuis 1947)

Court historique du lieu Mont-Dore qui inaugure deux téléskis et le téléphérique en 1936, date de la création des congès payés et de la semaine de 40h, ce sont bien les prémices du tourisme de masse. De 1947 à 1955 s’opère la mécanisation du site et née alors la station de ski alpin du Puy de Masseboeuf, la première du Cantal. C’est l’aurillacois ’Auguste Basile qui crée la première remontée mécanique du Lioran en 1947, il la revendra au Ski Club en 1953 et en 1955 le domaine du Puy de Masseboeuf, réduit à la piste du fond de Cère, sera agrandi par trois autres tracés. Cette même année les jeunes du Cantal bénéficient du «jeudi neige» grâce au train, encore une fois primordial dans le développement de la station. Le potentiel du site et la politique d’investissement de l’Etat mène à la création du Super-Lioran en 1959, le succès et la prospérité dure jusqu’en 1981. A la fin des années 1950 le Conseil Général du Cantal est propriétaire de la plupart des terrains du Lioran, son président Hector Peschaud valide un plan de développement du site en 1959 qui comporte le projet d’un téléphérique. En 1963 la Commission Interministérielle d’Aménagement de la Montagne décide du tracé définitif du téléphérique et Jean-Marc Legrand dessine le plan d’urbanisme de la station1. Georges Pompidou, Premier Ministre de 1962 à 1968, président de la République de 1969 à 1974, et originaire du Cantal, intervient pour qu’une aide financière soit accordée au projet qui sera financé à 100% par l’Etat, le téléphérique est construit de 1965 à 1967, ainsi que 6 autres remontées mécaniques jusqu’en 1969. L’urbanisation de la prairie des Sagnes commence alors avec l’amorce de la grenouillère, composée de la tour Sumène (1971) et de la Sapotra (1972) mais aussi avec des financements privés sur le Rocher du Cerf. Puis le Conseil Général du Cantal lance le projet de résidences à l’Ouest de la prairie des Sagnes, ainsi qu’un équipement public, tous deux financés par des sociétés immobilières parisiennes. Ces projets seront achevé en 1981. 1 - Voir perspective figure 60 page 43 et plans figure 91 page 63 et annexe 3.

Prairie des Sagnes

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La stagnation de la croissance du nombre de skieurs amène à des investissements dans la mécanisation du domaine lors de la décennie in iagu 1980, plutôt que dans de Vla construction. seau

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Durant les années 1980 de nombreuses remontées mécaniques sont remplacées voir créées, le téléphérique est totalement rénové de 1988 à 1989, les gares et les fondations des pylônes sont conservées. L’investissement est aussi -porté vers lade neige de culture,tenue limitéepar en les ressources en eau jusqu’à la 1962 La station Masseboeuf aurillacois. construction de la première réserve d’eau collinaire en 1996. Ce n’est qu’à la fin des années 1980 que la construction revient sur la prairie des Sagnes avec les immeubles Férinel et en Font d’Alagnon avec quelques nouvelles résidences.

1968 - Créati ainsi que du p

Puy de Masseboeuf - 1395m

Puy de Masse

Figure 48: Chantier de la gare du téléphérique, en 1966. Ressource: CAUE.

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Extension sur le Rocher du Cerf Hotels et châlets privés

Court historique du lieu Prairie des Sagnes

Les décennies 1990 et 2000 voient la création de la SAEM du Superuin Viag Lioran afin de sortir d’une période déficitaire. e d au se

Ruis

Le manque de neige entraîne des déficits dans toutes les stations françaises, en 1989 la Caisse des Dépôts et Consignations finance la Companie des Alpes qui regroupe les plus grandes stations comme Tignes ou La -Plagne. Le de Lioran n’échappe pas par à ces et la régie 1962 La station Masseboeuf tenue lesdifficultés aurillacois. départementale qui gère la station pour leà compte du Conseil Régional perd 1972 - Extension du Super Lioran l’Est sur le Rocher du cerf, sa légitimité, de ellelaest remplacée la SAEM Super Lioran jusqu’à Développement construction tour Sumènepar laissant le vide à l’Ouest la D67, futur «Villagepublic du Haut Lioran». qui associe et privé, la Transmontage. Celle-ci sera coupable de fraudes et autres dérives, ne résolvant pas les problèmes de la station.

Nouveau dessin de la D67 Gare du téléphérique

La SAEM reprend les rênes de la gestion de la station et augmente l’utilisation de neige de culture grâce à une nouvelle retenue d’eau à côté de la gare en 2011, et communique sur le nouvel objectif du Lioran: «éco-station de montagne, centré sur le sport, la forme et les activités de pleine nature ». Aujourd’hui la SAEM poursuit ses investissements de rénovation des remontées mécaniques et d’amélioration du domaine skiable, la construction 1968 - Création des accès et de la gare du téléphérique du Super Lioran, est quasiment arrêtée. ainsi que du premier hotel de la Sapotra (trentaine d’appartements).

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Puy de Masseboeuf - 1395m Puy de Masseboeuf - 1395m

Tour Sumène

Figure 49: Chantier de la tour Sumène de, 1970. Ressource: CAUE.

1970 - Front neige etdechantier de téléphérique, la tour Sumène, ressource: 1966 de - Chantier la gare du ressource: CAUE. CAUE.

Figure 50: Chantier de la tour Sumène de, 1970. Ressource: CAUE. 1970 - Gare du téléphérique et chantier de la tour Sumène, ressource: 41 CAUE.

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Le lieu du projet

2 _ Le lieu du projet de Village du Haut-Lioran: la prairie des Sagnes

Le projet est lancé dans la deuxième moitié des années 1970 mais les informations sur le choix de l’architecte restent obscures bien que l’appel à un «grand architecte italien»1 semble être l’une des motivations principales.

La prairie des Sagnes est investie par l’ensemble Sapotra-Sumène entre 1968 et 1972, laissant dans sa partie Ouest un vide conséquent autrefois occupé par un petit local technique des remontées mécaniques.

Ce choix de faire appel à un architecte de renommée internationale2 montre que le Conseil Général du Cantal, qui est le principal investisseur du projet, chose rare, souhaite communiquer autour du projet qui est censé terminer la façade urbaine principale de la station: celle de la grenouillère au Sud, sans oublier au Nord l’arrivée

Le parcellaire créé dans le cadre du projet de nouvelle résidence est de 5000 m². Dans les années 1970 le Lioran connaît toujours une periode prospère bien que nuancée par la vétusté des équipements qui entache sa popularité.

1 - Site officiel de la commune de Laveissière, rubrique «histoire», http://www.laveissiere.fr/ histoire-du-lioran_fr.html. Consulté le 22.10.2017. 2 - Voir pages 48 à 57 qui traitent des réalisations de Vittorio Mazzucconi .

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Constructions et réseaux routiers Infrastructures, réseaux et lieux naturels

Hotel Sapotra - 1970 Domaine du Plomb du Cantal Hotel Altitude 1500 Hotel Altitude 1500 - 1971 Hotel Sapotra - 1970 Domaine du Plomb du Cantal

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Le lieu du projet à la station où on dépose l voiture pour enfiler la combinaison du skieur. Il y a donc un nouvel axe qui sera créé par le projet: celui du devant et du derrière de la station: d’un côté la vallée et l’urbain, de l’autre les sommets enneigés. Cette renommée et l’annonce d’un fameux architecte a sûrement eu un écho dans les foyers d’amateurs de montagne, éphémère, il semble qu’aujourd’hui plus personne ne s’en soucie. C’est pourquoi il aurait été, avec plus de temps, intéressant de questionner les habitants du Lioran, mais aussi d’autres lieux en Auvergne ou toute personne ayant séjourné au Lioran, afin de comprendre la renommée de ce projet indispensabe aujourd’hui au bon fonctionnement de la station. Liaison du domaine de masseboeuf avec le Super-Lioran

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Le programme n’est pas sans rappeler les stations intégrées de troisième génération, par la continuité de la galerie commerciale de la tour Sumène, offrant un parcours piéton à l’abris des intempéries. Cette typologie est cependant réinterprétée par le système constructif du projet de Vittorio Mazzucconi qui permet la création ère d’arcades dont nous parlerons plus tard. La C

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Lorsque le projet est conçut par Vittorio Mazzucconi, l’état de la station est similaire à ce que l’on peut connaître aujourd’hui. La Tour Sumène, plus haut immeuble du Cantal, d’environ 180 logements, est bâti avec pour suite un projet dessinée en 1966 qui ressemble beaucoup à ce qui a pu être pensé au Revard, une station de moyenne montagne en Savoie qui a connu une évolution architecturale

Figure 53 : plan

Figure 54 : plan

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Tour Sumène - 1971 Hotel le Rocher du Cerf

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Le lieu du projet

Figure 56: Tour de la Biche, Super-Besse dans le Puy-de-Dôme. Crédit photo: Bernard Dupont, http://static.panoramio.com

Figure 55: La Tour Sumène, façade Nord. Photo personnelle, août 2017. 44

Figure 57: La Tour Sumène, façade Figure 58: La Tour de la résidence du Nord. Photo personnelle, août 2017. Cheix à Royat, bâtie vers 1998. Photo personelle, novembre 2017.


Le Lioran et Le Revard, architectures semblables proche de celle du Lioran et qui permet de comprendre les inspirations et les décisions d’urbanisation de la prairie des Sagnes. Le plan d’urbanisation de Legrand (voir figure 91 page 63) ne sera pas réalisé, peut être à cause du changement de présidence au Conseil Général du Cantal. En effet les premières esquisses du Super-Lioran ont été portées

par Jean-Marc Legrand en 1966, il a dessiné la Sapotra et la tour Sumène, projetant une urbanisation proche de celle des stations de troisième génération que nous avons évoqués plus haut: la grenouillère est contenue par un ensemble de barres et tours, surplombant un vaste espace commun, une galerie, similaire à l’espace public totalement couvert du «fort» de l’Arc 2000.

3 _ Le Lioran, le Revard: architectures semblables Les deux stations sont différentes à bien des égards, néanmoins le Lioran porte les marques de la première conquête de la montagne par la société de consommation touristique, avec des hotels de type sanatoriums, bien loin de ceux que l’on a pu voir se construire par la suite par les architectes modernes (figure 31, page 27). Ici on peut se rapprocher de l’architecture de style Art Nouveau que l’on a pu évoquer précédemment avec les villas de Chamonix (figure 7, page 14). Il faut noter que le Grand Hotel du Revard (figure 61, page 44) est à l’origine deux bâtiments distincts, rassemblés afin de faire face au succès de la station. Les deux hôtels du Lioran sont construits par la Compagnie du Chemin de Fer de Paris-Orléans (figure 62, page 44). Le Revard et le Lioran se différencient notemment par une relation bien différente aux villes dont elles sont dépendantes. Alors que Le Revard est accessible par un train à crémaillère et plus tard par un téléphétrique depuis Aix-les-Bains, situé à quelques kilomètres, le Lioran est à son origine un lieu de passage, et non une destination. Ce sont les habitants de Laveissière qui investissent le lieu afin de skier à partir de 1906, grâce à ligne de train et à la gare du Lioran qui existe depuis 1886. En 1908 sera

Figure 59: Projet des hotels de la Grande Aule par Laurent Chappis en 1952. AR 30 J 127.

Figure 60: Vue perspectie du projet d’aménagement du Lioran, Jean-Marc Legrand en 1966.

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Le Lioran et Le Revard, architectures semblables créé le Ski Club du Lioran basé à Murat et l’hôtel Paris-Orléans ouvrira pour la première fois en saison d’hiver en 1910. L’arrivée de ce sport en Auvergne se fait en 1902 dans le massif du Sancy, cependant le Lioran sera le plus fameux avec l’organisation de concours internationaux. Les deux grandes guerres ralentissent grandement le développement du Lioran, cependant sont principalement les habitants d’Aurillac, situé à 35 kilomètres au Sud, sont les citadins attirés au Lioran, en 1942 le Stade Aurillacois crée une section ski alpin. Le site qui a un grand potentiel notemment par sa proximité avec Paris par le train est donc peu exploité jusque dans les années 1950 bien qu’il ait connu très précocément, comme le Revard, la villégiature de montagne. On comprend donc que l’architecture de cette époque de vide pour le Lioran, du type villas, chalets suisses ou même sanatoriums, n’y soit pas présent.

Figure 61: Le Grand Hôtel du Revard (1897) après les travaux de 1925

Les différences entre les deux lieux s’expriment notemment par la comparaison des deux gares. La moyenne montagne cantalienne n’est absoluement pas associée à un lieu de montagnes de type alpines, pouvant emporter le même immaginaire. Ce constat se vérifie notamment dans l’architecture du bâtiment de la gare, car à cette époque on choisit le chalet suisse comme modèle de conception de ces petits bâtiments en Savoie, ils véhiculent l’immaginaire du lieu fraîchement conquis par l’homme, voir du colon canadien et de son chalet auquel on associe la nouvelle architecture de montagne, faite des matériaux présents sur place. La nature du réseau est elle aussi tout autre; d’un côté un arrêt d’une ligne menant à une station balnéaire d’altitude, de l’autre une halte sur une ligne mêlant voyageurs, touristes et marchandises. Les premiers plans d’aménagement du Lioran concernent la station de Masseboeuf, à la manière des villages paysans alpins du 18° siècle, l’urbanisation s’étale le long de l’Alagnon, ou plutôt de la route départementale et du chemin de fer, à proximité des réseaux de communication. Cette 46

Figure 62: l’Hôtel des Touristes, le Lioran 1899


Le Lioran et Le Revard, architectures semblables urbanisation se rapproche aussi des villages étapes qui s’étalent le long de toutes les routes, profitant économiquement du passage. C’est autour de 1968 que seront planifiés les premiers lotissments du Font d’Alagnon et jusqu’en 1994 avec des chalets basés sur le modèle du chalet tente, le chalet Grenier type D, de Laurent Chappis. Il est intéressant de voir que c’est luimême qui avait alors suggéré d’investir le Font d’Alagnon afin peut-être de créer le coeur d’un futur village de villégiature du Lioran, à la manière des boucles du Revard, système d’urbanisme permettant d’étaler les chalets le long d’une route dont le tracé était dicté par le relief. Cette comparaison nous montre qu’il existe des liens entre l’architecture de la montagne savoyarde et celle de la moyenne montagne auvergnate. Au delà de l’architecture, l’urbanisme même du Lioran est inspiré des expérimentations alpines et notamment du «Plan Neige»1. Nous verrons par la suite que les projets de Vittorio Mazzucconi sont inscrit dans une période architecturale particulière, d’inventions, sous l’influence d’architectes tels que Charlotte perriand, Denys Pradelle, Orzoni, ou Laurent Chappis, il sera donc possible de se référer à des projets manifeste de cette époque afin de mieux comprendre le travail de Vittorio Mazzucconi.

1 - Op. Cit. CLAUDON Morgane, page 24. Voir définition du glossaire page 97 de ce mémoire.

Figure 63: La gare de Pré-Jappert au Revard, vers 1911, 11

Figure 64: La gare du Lioran en 1908 - Ressources internet du CAUE. 47


Le Lioran et Le Revard, architectures semblables

Figure 65: Modèle de «chalet tente» conçu par L. Chappis, contruit en 1964 par son propriétaire.

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Figure 66: Chalets du Font d’Alagnon inspirés du modèle des «chalets tente» de Chappis. Constuits aux alentours de 1994.


Le Lioran et Le Revard, architectures semblables

Figure 67: Hôtel le Rocher du Cerf, bâti en 1972, Rocher du Cerf, photo pesonnelle.

Figure 68: Hôtel le Rocher du Cerf, bâti en 1972, Rocher du Cerf, photo pesonnelle.

Figure 69: Résidence privée en premier plan, bâtie aux alentours de 1980, résidences en deuxième plan autour de 1975 et 1990, Rocher du Cerf, photo pesonnelle.

Figure 70: Résidence privée, bâtie aux alentours de 1972, Rocher du Cerf, photo pesonnelle.

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Mémoire de fin d'étude - Chapitre I - Le Contexte du Super-Lioran (station de ski cantalienne) by Simon Lequenne - Issuu