La
rupture dans Les modes
de
production
à
royan
de
L’habitat
dans Les années
50
École Nationale Supérieure d’Architecture de Marseille Luminy Directrice de mémoire Hilderal Jurad Sandrine Etudiant Simon Terziano - S6 année 2016
Sommaire Remerciements ....................................................................................................................... 3 Introduction ............................................................................................................................. 4 1. Les productions des doctrines d’avant-guerre.................................................................. 6 1. 1 Le grand casino de Royan, la fantaisie ...................................................................... 7 1. 2 Les projets balnéaires : Les quartiers de Pontaillac et du Parc ................................. 8 1. 3 Le Plan Danger ......................................................................................................... 10 2. La doctrine moderniste : Une opportunité balnéaire...................................................... 14 2. 1 La ville moderne comme vecteur d’activités balnéaires, la volonté politique et celle des habitants .................................................................................................................. 15 2. 2 Claude Ferret, ses références modernistes ............................................................. 16 2. 3 Création d’une type moderne Royannais, une cohérence du bâti ......................... 18 3. Les effets des doctrines modernistes ............................................................................. 21 3. 1 Le cas du quartier du Parc ....................................................................................... 22 3. 2 Le cas du quartier de Pontaillac .............................................................................. 22 3. 3 Le cas du centre-ville ............................................................................................... 23 Conclusion ............................................................................................................................. 25 Bibliographie .......................................................................................................................... 27
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Remerciements Je tiens à remercier toute les personnes qui ont pu m’aider à réaliser ce mémoire. D’abord les personnes qui m’ont aidé à amasser des informations, la mairie de Royan, le service de l’urbanisme de Royan. Je remercie aussi Mme Coirault et tous les Royannais qui ont accepté de répondre à mes questions. Je remercie aussi Mme Sarano pour l’aide et les conseils prodigués à la fois par ses cours de méthodologie et son site internet. Et je tiens à remercier particulièrement et à témoigner toute ma reconnaissance à Mme Hilderald Jurad pour le temps qu’elle m’a consacré tout le long de ce semestre.
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Introduction Le mouvement moderne au début du XXe siècle, a redéfini la pensée architecturale en faisant table rase des significations, dans une société de plus en plus industrielle et productiviste. Dans ses prémices, il est incarné par le mouvement Art-déco. Au plan architectural, c’est un retour à la géométrie classique, et un rejet des formes régionalistes ou organiques. Il est question à ce moment-là de composition, d’ordonnancement, de symétrie, de hiérarchie des formes dans le dessin en plan. Par la suite, le mouvement moderne a recentré la pensée sur l’espace, le mouvement et la liberté des flux dans ces espaces. Ce sont d’abord les congrès des CIAM qui ont défini la doctrine moderne au début du XXe siècle. Durant le premier congrès des CIAM en 1928 en Suisse, les intellectuels définiront une nouvelle pensée de la ville, une pensée fonctionnelle. La ville ne doit plus avoir de considération esthétique mais simplement répondre aux usages, que sont l’habitation, le travail, les distractions et la circulation. Ils soulignent qu’il faut dorénavant une utilisation intelligente des terrains, pour favoriser la planification de la ville et donc une gestion collective de la ville. Le Corbusier, lui-même membre des CIAM, va beaucoup influencer la doctrine moderniste. Il participe d’abord à l’écriture de la charte d’Athènes. Elle énonce de grands principes urbains : la répartition des espaces urbains en quatre fonctions (habiter-travailler-récréer-circuler) ; la séparation entre le bâti et la voirie ; la hiérarchisation des voies ; l’aération des espaces urbains pour le bien-être ; la proximité des équipements scolaires et de loisirs des habitations ; la juste distance entre les zones industrielles et les zones d’habitation. Le Corbusier précise sa pensée et se détache de ses contemporains dans ses écrits où il offre ses cinq points de l’architecture moderne : les pilotis ; le toit terrasse ; le plan libre ; la fenêtre en bandeau ; la façade libre. Ce sont ces grands principes architecturaux, qui caractérisent les espaces urbains modernes. Ce sont de grands espaces fluides et continus au sol sur lequel viennent se poser des bâtiments assez hauts mais généreusement espacés et orientés par rapport à la course du soleil. Le bâti est fait de béton armé en structures avec souvent des éléments préfabriqués de remplissage en façade. C’est à travers ces éléments décrits par Le Corbusier et les CIAM qu’il a été possible d’interroger la morphologie de Royan. Par ailleurs un corpus de trois ouvrages ( A-M, Préaut, 2012 ; G.Binot, 1999 ; G. Ragot, 2003), l’observation des plans des projets successifs pour la ville, et l’analyse des doctrines contemporaines à ceux-ci, ont permis de relire le paysage urbain, la typo morphologie du bâti. Mais c’est bien le travail de parcours dans la ville et l’interrogation des habitants actuels par des questions ouvertes qui permet aussi de témoigner de ce qu’est l’habitat royannais aujourd’hui. L’application la plus pure et radicale des principes modernes s’est faite dans des villes coloniales, ou dans des villes reconstruites suite à la seconde guerre mondiale. Royan fait partie de ces villes reconstruites, où une pensée moderniste a pu se réaliser à l’échelle du territoire.
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Royan entretient un rapport tendu avec la modernité. Elle a certes été détruite à 80% en son centre mais garde une partie de son bâti. C’est une ville de pêcheur au XXIIIe siècle qui est devenue une ville balnéaire à partir du XIXe siècle avec la mode des bains de mer dans la bourgeoisie. Une ville qui s’organise autour d’une grande plage, et un bourg avec des quartiers de villas en périphérie. Les habitations étaient régionales ou classiques, les espaces urbains n’avaient que peu subi de planification. La confrontation de la doctrine moderne avec cette ville, jusque-là hors de toute modernité architecturale et urbaine telle que définie par les CIAM, interroge un rapport de rupture de production de la ville et donc de l’habitat. L’habitat considéré comme l’habitation et l’ensemble des espaces publiques pratiqués par les habitants. C’est ce rapport particulier que l’on observe encore aujourd’hui dans l’ensemble de l’habitat royannais. A la fois parce que le bâti ancien côtoie le projet moderne et à la fois parce que la pensée moderniste a insufflé une dynamique balnéaire et a modifié les modes de production du bâti par la suite. Comment la doctrine moderne a engendré dans les années 50 à Royan, une rupture dans les modes de production de l’habitat ? Pour comprendre la rupture, il faut comprendre ce qu’était Royan avant d’être détruite en 1945. Quels étaient les modes de production de la ville, vers quoi voulaient-ils tendre ? Comprendre par l’étude de projet à l’échelle urbaine quelles étaient les doctrines d’avantguerre. Puis, par la suite comprendre les enjeux de la reconstruction et pourquoi cette ville a-t-elle été un lieu d’application de la doctrine moderne, et dans quelles circonstances. Il faut aussi identifier les références des architectes de la reconstruction, et leur positionnement face à la doctrine moderne. Et enfin, il sera question d’identifier les effets des doctrines modernes appliquées à la reconstruction de Royan et donc de témoigner de cette rupture doctrinale par l’étude des espaces urbains créés et de la retranscription du vécu des habitants.
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1. Les productions des doctrines d’avant-guerre Royan n’a pas toujours été une ville balnéaire. C’est à partir du XIIe siècle une ville fortifiée. Sa position stratégique à la sortie de l’estuaire de la Gironde lui vaut des qualités autant militaires, que de contrôle de l’estuaire, que commerciales entre la mer et l’arrière-pays charentais. C’est une place forte qui sera prise et reprise de nombreuses fois au cours de la guerre de Cent Ans, pour finir par être un port Anglais. Au XVIe siècle, la ville est majoritairement protestante. Louis XIII au cours de la guerre de religion qui oppose les catholiques et les protestants prendra la ville en 1622. Par la suite c’est en 1631 que le cardinal Richelieu fera raser la ville. Royan restera un petit bourg de pêcheur jusqu’à la redécouverte de la ville par les notables bordelais et charentais suite à la nouvelle mode des bains de mer au début du XIXe siècle. Le centre-ville est alors un bourg dense autour de la grande plage et du petit port de pêche. Les territoires environnants sont pour la plupart agricoles, avec quelques fermes dans l’arrière-pays et autour des conches. En 1856, le quartier de Pontaillac est construit dans un esprit fonctionnaliste, il faut faire pénétrer l’air marin qui a des vertus thérapeutiques. L’avenue de Pontaillac et le boulevard de Cordouan sont créés pour relier ce nouveau quartier au bourg. Ces deux grands axes structurent le développement pavillonnaire par la découpe du parcellaire sur les terrains agricoles qui séparent Pontaillac du bourg. Les riches estivants commencent à bâtir de grandes maisons secondaires, d’abord autour du bourg de Royan, particulièrement sur le quartier « à l’anglaise » du Parc et sur le littoral en front de mer sur les conches entre Pontaillac et la Grande Conche. La construction de trois casinos entre 1844 et 1895 confirme définitivement le destin balnéaire de la ville. Cet essor est en partie dû à l’arrivé du chemin de fer en 1875, amenant la majeure partie des estivants. Dès 1900, Royan compte 10 000 habitants à l’année et 100 000 estivants chaque saison. En 1939, une équipe d’urbanistes Parisienne, le cabinet Danger travaille sur un nouveau plan dans une optique balnéaire, un plan d’aménagement, d’extension et d’embellissement(PAEE). Ce plan est demandé par la mairie de Paul Métadier, maire de 1935 à 1939. Ce plan ne sera jamais exécuté à cause de la guerre qui suivit. Mais sera tout de même fortement présent dans les débats de la reconstruction.
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1. 1 Le grand casino de Royan, la fantaisie
prodigalité de sculpture, toute cette magnificence de pierre, lui donne une parure perpétuelle de gala. La façade inspirée des plus beaux motifs de notre architecture Louis XVI et des villas italiennes de la même époque se développe avec ampleur dans l’arc de la Grande Conche ; son pavillon de la musique au centre épaulé de deux loggias et surmonté d’un dôme circulaire, permet d’entendre l’orchestre au dehors, sur la terrasse bordant la plage, pendant les concerts et les bals ».1
C’est en 1895 que le grand casino municipal ouvre ses portes sous l’impulsion du maire Frédérique Garnier et de l’arrivé du chemin de fer en 1975. Il est situé face à la mer dominant la Grande Conche avec une façade de 80 mètres de long. C’est à l’époque le plus grand casino de France jusqu’à sa destruction en 1945. Gaston Redon est l’architecte de cet immense projet. La seule condition que la municipalité lui a imposé était de « ne lésiner ni sur l'espace ni sur les proportions ». Il devint alors à cette époque un des symboles de Royan.
Cet édifice est de style néo-rococo, très ornementé et surtout très coloré que ce soit les décors intérieurs, extérieurs ou les jardins avec des marbres polychromes, des ors, des fresques aux vives couleurs. C’était un style architectural très prisé par la bourgeoisie de l’époque.
Victor Billaud, écrivain et rédacteur de journaux, surtout grand témoin du XIXe siècle à Royan écrira : « Regardez-le ce palais de féérie ! S’exclamait un admirateur. Voyez-le qui s’étale à deux pas de l’océan, avec les courbes gracieuses des vagues ! Les innombrables ouvertures disent la lumière entrant à flots, et avec elle la gaieté de la vie. Les guirlandes qui serpentent sur les cimaises, les colonnades qui ornent les entre-deux, les vases aux fruits symboliques qui couronnent le fronton, toute cette
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L’essence du projet de Gaston Redon était la fête, le ravissement, la joie de vivre. Son implantation au centre du front de mer, sur l’ancien emplacement du champ de foire, avec une façade de 80 mètres en relation directe avec la plage en fait un lieu central de la ville balnéaire. Le jardin public dans lequel il s’insère ne manque
V.Billaud : Royan et ses environs, 1914
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« balnéaire » comme un courant architectural. Il y a de nombreuses architectures balnéaires, plus ou moins fantaisistes et riches à travers le temps. Mais on peut parler de l’architecture balnéaire comme une manière d’aborder le projet, liée à un mode de vie de villégiature et plus libre que la pensée dominante de l’époque, donc à une tendance avant-gardiste.
pas non-plus de rappeler des ambiances festives avec la diversité de fleurs de différentes couleurs. De plus, la construction de ce casino s’accompagne, dans un projet urbain plus important, d’un tramway reliant les différents quartiers de Royan.
A partir de la moitié du XIX° Royan s’oriente définitivement dans une dynamique de balnéarisation radicale. C’est l’afflux toujours plus grand de notables bordelais et poitevins qui entraine Royan dans une urbanisation balnéaire. Deux nouveaux quartiers en sont l’expression, mais ils abordent chacun une optique différente. En 1956, le quartier fonctionnaliste de Pontaillac est construit autour de la conche de Pontaillac. En 1885, le quartier du Parc est construit sur les dunes le long de la
Le but est aussi d’offrir un casino à cette nouvelle population moins aisée, qui n’a pas forcément les moyens de sortir dans les autres casinos qui sont des cercles plus fermés réservés aux plus riches. C’est un véritable édifice public qui offre bien plus qu’un simple établissement de jeux, qui témoigne des activités des villes balnéaires à la fin du XIXe siècle. Le Casino Municipal offre donc une salle de musique et de bal sous la coupole, un théâtre doté d’un grand plateau et de machineries remarquables à l’arrière, un restaurant et des salles de jeux dans les deux ailes en façade. Les espaces sont amples et lumineux ornés de décors floraux. Ce casino inspirera les futures villas du quartier du parc notamment la Villa Les Campaniles, qui reprendra son architecture à moins grande envergure. Cette idée de grand casino comme édifice publique central n’a sûrement pas échappé à l’architecte de la reconstruction, Claude Ferret qui organisera son plan pour la ville de Royan autour d’un grand casino.
1. 2 Les projets balnéaires : Les quartiers de Pontaillac et du Parc Dans le livre L’invention d’une ville Royan année 50, les auteurs ne définissent pas le 8
Grande Conche, dans paysagé « à l’anglaise ».
un
esprit
Le quartier de Pontaillac a été commandé par un riche entrepreneur Bordelais, Jean Lacaze. Il achète les dunes de la conche de Pontaillac pour en faire une station balnéaire royannaise catholique pour faire concurrence au centre-ville de Royan majoritairement sédentaire et protestant à l’époque. Le projet comprend l’avenue de Pontaillac qui permet de joindre le nouveau quartier au centre-ville.
Les voies partent perpendiculairement à la plage et favorisent la pénétration des embruns maritimes dans la ville. Le front de mer de Pontaillac est donc complètement bâti avec une logique d’îlot fermé avec jardin. Le projet initial de Jean Lacaze ne comprend que la façade maritime. Les parcelles des ilots se sont construites au fil du temps, mais toujours c’est le tracé urbain qui dirige.
Le projet est dit fonctionnaliste, aux prémices de la modernité. A l’époque, plus que les bains de mer, c’était l’air marin qui avait des vertus thérapeutiques dans le milieu bourgeois. Les embruns et le soleil sont donc les impératifs à mettre en valeur dans un projet urbain balnéaire à cette époque. Le plan du cœur du quartier s’organise à partir de la plage orientée plein Ouest.
Dans ce projet de quartier, c’est bien la création de l’avenue de Pontaillac qui a sûrement le plus déterminé l’extension non planifiée de la ville entre Pontaillac et le centre-ville. Cette avenue trace un axe rectiligne entre l’entrée du centre-ville devant la plage de Foncillon et le front de mer de Pontaillac. Un axe qui oriente le parcellaire en lanière le long de la voie mais aussi les futures rues qui rencontrent l’avenue de Pontaillac à la perpendiculaire. C’est ainsi qu’une grande partie du territoire entre la plage de Pontaillac et le centre-ville a été déterminé, orienté. Le quartier du parc est à l’origine un massif de dunes de sable. Ce sont des terrains instables jusqu’à la moitié du XIXe siècle. Il y sera planté une forêt de pins maritime pour stabiliser le massif. Mais c’est à partir des années 1880 que le Parc devient un lotissement. 9
lotissement permet de ne pas fixer le regard dans une perspective et ainsi laisser les édifices se montrer singulièrement. D’autre part, contrairement au quartier de Pontaillac, ce sont des intériorités qui sont recherchées par rapport à la mer pour favoriser une promenade entre les villas. La confrontation avec l’air marin se joue au niveau de l’orientation des villas.
Le quartier sera d’ailleurs planifié dans son ensemble pour offrir une cohérence urbaine et paysagère. C’est un plan « à l’anglaise » qui fait ressembler l’intégralité du quartier du Parc à un vaste jardin. Le quartier du parc possède une longue façade maritime donnant directement sur la grande plage de Royan. C’est ce qui justifie un projet paysagé d’envergure. L’idée de ce projet urbain et paysagé est de créer un environnement agréable protégé des embruns maritimes et laissant place à la fantaisie architecturale de grandes villas tout en gérant la longue façade du front de mer.
Ce découpage de la voirie créé des ilots irréguliers mais volontairement orientés vers la mer. Le découpage parcellaire est de ce fait lui aussi orienté vers la mer. C’est au niveau architectural que tient une grande partie de l’ambiance de ce quartier. Tous les édifices sont en retrait de la voirie. Un dispositif d’espace intermédiaire planté de grands arbres est créé devant chaque Villa. C’est l’espace de l’apparat qualifié par la façade, on y retrouve en fonction de la saison les pergolas, balcons, loggias, oriels, salons d’hiver et pièces traitées en excroissance. Les grands arbres font partie du dispositif paysagé, en stabilisant le terrain et en offrant une continuité végétale aux voies mais aussi à l’échelle de tout le quartier.
_Carte de principe urbain du Parc Le quartier s’organise par rapport à la courbe de la Grande Conche. C’est le boulevard Garnier qui est l’axe majeur de ce projet en épousant cette courbe et en qualifiant la promenade. Le principe du plan est simple, de long chemins sinueux sans ouverture directe sur la mer. Le choix de la courbe dans le tracé des voies d’un
1. 3 Le Plan Danger Le plan fourni par l’agence Danger en 1939 pour Royan témoigne de la nouvelle pensée urbaine de l’Entre-deux-guerres,
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Et enfin, l’arrière-pays marécageux est planifié, pour l’extension future de la ville.
une pensée déjà moderne mais pas encore aussi radicale que ce que les CIAM théorisent dix ans plus tôt en 1928. Ce plan naît sous l’impulsion de l’État, avec la loi Cornudet, et du maire de l’époque Paul Métadier, entrepreneur millionnaire, qui était persuadé du développement de la ville.
Le cabinet Danger réalise un travail de d’analyse du bâti par époque et par importance. Ils relèvent chaque lieu, chaque bâtiment important. En 1939, la ville est composée de quartiers à différentes fonctions. Il y a le centre-ville, noyau villageois qui regroupe les habitants à l’année et les commerces et équipements de proximité, en liaison avec le hameau excentré St-Pierre de Mons. Les quartiers balnéaires, donc les plus récents de la ville sont le quartier de Pontaillac au Nord et le Quartier du Parc au Sud. Tous les quartiers sont reliés par le tram achevé en 1898, et par le quartier de la gare construit en 1875.
En 1919 la loi Cornudet vise, après la première guerre mondiale, à planifier les villes détruites de l’Ouest et de l’Est. Elle oblige les villes de plus de 10 000 habitants à établir dans les trois ans un projet d’aménagement, d’embellissement et d’extension (PAEE). En 1924 une nouvelle loi sur l’urbanisme vise à encadrer l’initiative privée et notamment les lotissements. C’est Paul Métadier le maire en 1924, puis en 1935 qui fera appliquer ces lois. Pour cela il confie par l’intermédiaire de son adjoint et architecte Georges Vaucheret, la planification de la ville au cabinet parisien des frères Danger.
Le premier axe du PAEE proposé par le cabinet danger se pose déjà la question de l’arrivée en ville en voiture. Pour éviter le la congestion de la ville l’été et limiter les nuisances liées à l’automobile, les architectes ont pensé un réseau de voies de contournement de la ville, dans une optique fonctionnaliste mais aussi paysagère. Un premier système « enceinte » de route vers La Rochelle et Paris par Saintes, reprend les routes existantes et forme la première enceinte de Royan. Les routes à créer s’implantent en fonction de la topographie et/ou en fonction des terres agricoles, d’où cette pensée paysagère de l’infrastructure routière. Ce premier système est la limite de l’urbanisation, et enferme la ville entière qui devient un cul-de-sac. Le deuxième système de routes, relie cette enceinte à différents quartiers de la ville. Il s’intègre au cœur des futures zones construites, de façon beaucoup plus radicale avec le paysage et l’existant. C’est d’abord une nouvelle entrée dans la ville qui est projetée par la route de Saintes, marquée par un grand rondpoint avant la
Ce PAEE s’organise autour de trois idées fondamentales. Tout d’abord, il est question du contournement de la ville, pour garder un centre désengorgé et attractif. Ensuite, le réseau de voies et d’espaces publics est repensé.
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une place est créée pour gérer la rencontre de différentes rues. Vers la mer il rejoint le Boulevard Botton qui longe la mer ponctué de parcs jusqu’à Foncillon. On remarque dans ces deux nouvelles centralités des objectifs communs : relier les entrées de la ville à la mer et aux usages balnéaires ; donner une structure claire à la ville avec la répétition de formes urbaines telles le rondpoint et les carrefours en trident que l’on peut retrouver dans le Paris haussmannien. On remarque aussi que la ballade sur la côte est repensée. Les rues côtières au fil des plages sont redessinées et élargies pour laisser place à une promenade agrémentée de parcs et de places.
gare. Cette nouvelle route se prolonge en élargissant des routes existantes jusqu’à la gare. Ce nouveau tissu urbain reprend des tracés historiques tout en s’inscrivant dans les usages de l’époque. Ce deuxième système anticipe même la densification des futures zones d’habitations. Ces rocades se transformeraient en avenues structurantes une fois la zone densifiée. Le deuxième axe de ce projet réorganise le réseau interne de la ville à partir de deux centralités : une nouvelle gare et l’ouverture du boulevard Aristide-Briand. La nouvelle gare déplacée de cinquante mètres à l’Ouest, s’aligne ainsi sur une nouvelle rocade elle-même alignée sur les parcelles d’un marais. Cette nouvelle gare, augmentée d’une gare routière, s’ouvre sur un parvis, qualifiant le quartier de la gare. Ainsi une vaste place circulaire est créée, recevant un monument, dans l’axe d’un nouveau boulevard aligné avec la gare aboutissant sur la nouvelle place de la poste. Quatre autres rues rejoignent la place de la gare. Elles amènent dans les quartiers de la ville à l’Est, rejoignent les rocades à l’Ouest et au sud le Boulevard Botton qui longe la plage. Le but est clair, à la fois mettre en scène l’arrivée depuis la gare, transformer le quartier de la gare en réel lieu central avec les récentes automobiles en reliant le tout à la mer. La deuxième figure principale de cette refonte du réseau interne, s’organise autour d’un nouvel axe. Partant du réseau « enceinte » vers La Rochelle à l’ouest, un nouveau rondpoint est imaginé. Ce carrefour est projeté au centre d’un jardin public, marque à la fois l’entrée dans la ville et ouvre sur quatre grands boulevards. Le plus important de ces axes rejoint le boulevard Aristide Briand au centre de la ville. Ainsi ce boulevard devient un axe important du centre-ville, il est même prévu de l’ouvrir vers la mer. En remontant ce boulevard vers les terres,
Le zoning est le dernier axe de la pensée des frères Danger. C’est une approche fonctionnaliste de la ville qui situe le cabinet Danger aux prémices de la pensée des CIAM qui ne leur sont sûrement pas étrangers. Ainsi des zones sont rigoureusement allouées à une fonction. C’est d’abord les zones d’habitat et industrielles, dites urbaines, qui sont séparées des zones agricoles, dites « non aedificandi ». Les deux zones agricoles sont situées sur les marais, et sont protégées de l’urbanisation sauvage. Les 12
le dernier type de zone « de villas isolées » regroupe l’extension de la ville dans les terres jusqu’à l’enceinte du système de voies extérieures. Ce sont des quartiers peu denses, seulement des habitations individuelles et modestes, puisqu’elles ne sont pas en vis-à-vis avec la mer.
zones urbaines définissent un type d’urbanisation ou d’habitat et une fonction. Il y a quatre types de zone urbaine. D’abord la zone industrielle, très réduite au vue de l’activité industrielle à Royan qui est plus en complément à l’activité agricole. On remarque que cette zone est à juste distance du centre-ville et est la prolongation directe de la zone agricole du marais de Pousseau. Il y a trois types de zones d’habitats, qui clarifient la structure de la ville. Le centre-ville et sa future extension sont qualifiés de « zone agglomérée », ou de zone historique. C’est un quartier qui devait réunir de l’habitat collectif et des commerces pour loger les habitants permanents. Une zone dite « de résidence et habitations groupées » regroupe les quartiers du Parc, Pontaillac, autour des conches et tout l’arrière-pays déjà bâti. Ce sont des quartiers pavillonnaires assez denses avec des villas partagées et des petites opérations de logement collectif. Et enfin
Le plan Danger a fait débat dans le conseil municipal au début de reconstruction. Il tient compte à la fois des particularités paysagères et des particularités historiques pour améliorer des caractéristiques déjà existantes de la ville, comme la création du quartier de la gare. Et il apporte de nouvelles références à la fois classiques haussmanniennes et modernes fonctionnalistes. Et c’est pour cela que Claude Ferret, l’architecte en chef de la reconstruction en gardera quelques idées.
Le mode de vie balnéaire très lié à la fête et aux loisirs ainsi que les activités économiques, favorisent à Royan l’expression de doctrines urbaines et architecturales avant-gardistes. C’est ce style de vie plus libre que la pensée dominante qui induit une diversité des formes urbaines. Au plan architectural, les moyens financiers des riches estivants de cette époque ont permis la réalisation d’édifices toujours à la pointe des divers styles explorés par les architectes tels que Gaston Redon. Le plan Danger avec sa cartographie très fine de l’habitat royannais pose les bases du projet de la reconstruction de l’architecte et urbaniste Claude Ferret.
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2. La doctrine moderniste : Une opportunité balnéaire Royan au début du XXe siècle est une ville balnéaire et prospère qui continue son expansion, en témoigne le plan Danger qui visait à planifier cette future urbanisation. La ville est habitée par 10 000 habitants permanents, et accueille 100 000 estivants. Royan est tristement célèbre pour son histoire durant la seconde guerre mondiale. Le 23 juin 1940, la ville est prise par les Allemands avec l’objectif de maîtriser l’estuaire de la Gironde et de prendre le port de Bordeaux. En 1944 l’armée allemande sur place résiste aux assauts répétés des armées de Libération. C’est la poche de Royan qui dura 8 mois, du 12 septembre 1944 au 17 avril 1945. Dans la nuit du 4 au 5 janvier 1945, la ville est bombardée par les forces d’aviation alliées. On compte 442 morts et des centaines de blessés parmi les habitants. Mais Royan reste allemande. C’est lors de l’opération « vénérable » du 15 avril que Royan est libérée. Une opération qui consiste à déverser 10 000 tonnes de bombes et 800 000 litres de napalm. Le bilan humain des deux bombardements est de plus de 500 morts et des centaines de blessés. 85% du bâti est détruit dans le centre-ville, 30 % pour les quartiers de Pontaillac et du Parc. Après la destruction, un nouveau maire est élu, Charles Regazzoni. La ville est déclarée ville sinistrée. Dès l’été 1945, Claude Ferret alors enseignant à l’école d’architecture de Bordeaux est désigné comme urbaniste de la reconstruction. Il est question à ce moment-là, de reconstruire Royan à l’identique, dans la lignée du plan Danger qui est alors la première référence. Mais c’est bien des influences modernistes qui prendront le pas sur la reconstruction par l’intermédiaire des CIAM et des exemples de villes fondées tel que Brasilia. Une majorité du conseil municipal, sous l’impulsion du maire abandonne alors l’idée de reconstruire la ville telle quelle, mais plutôt de profiter de cette table rase de la ville ancienne prônée par les CIAM pour développer une pensée urbaine balnéaire moderne. L’architecture moderne, alors radicale et avant-gardiste, est pour les élus de l’époque une opportunité de développement d’une ville singulière et très attractive. Il faudra quatre années pour déblayer la ville de tous les gravats qui l’encombraient alors. La reconstruction s’organise, mais pas aussi rapidement qu’il faudrait. Le Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme (MRU), va intervenir pour régler les délicates questions des dommages de guerre. Son antenne à Pontaillac va s’occuper d’expertiser les pertes et de répartir les fonds alloués à la reconstruction. Les tensions sont fortes, à la fois entre sinistrés riches et modestes et entre les habitants et le pouvoir politique. La question de comment reconstruire, est au cœur des débats. Claude Ferret engage avec lui des étudiants et des jeunes architectes pour reconstruire la ville. Sous sa direction, ils composeront une nouvelle typologie moderne et à la fois liée à la vie balnéaire. Ce « style » est spécifique à Royan, il sera qualifié de moderne des années 50.
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2. 1 La ville moderne comme vecteur d’activités balnéaires, la volonté politique et celle des habitants
mode de remboursement des biens se faisait à Royan, après expertise, partiellement avec des titres de reconstruction, uniquement utilisables auprès des entreprises de construction. Un tiers était composé de titres et les deux tiers restants en espèces. Mais il y eu spéculation sur ces titres, si bien que certains jouant du marché ont gagné de l’argent sur le dos de l’état, d’autre moins chanceux avaient vendu leur titres à la moitié de leur valeur réelle. Ces titres étaient donc plus avantageux pour ceux qui voulaient s’en servir, que pour les plus modestes qui n’avaient que faire de titres qui ne pourraient pas les nourrir. L’intervention d’une pensée bourgeoise a aussi faussé les débats, à cause de la place prépondérante de l’économie touristique à Royan. Dans l’immédiat après-guerre, personne ne pensait que reconstituer un capital touristique et tous les aménagements urbains, d’infrastructure et paysagés qu’il implique soit une priorité nationale. La pensée des notables royannais s’insurge de cette non-prise en compte des activités balnéaires dans la reconstruction. Pour les riches sinistrés, Royan doit être prioritaire. Elle doit reconstituer son marché économique touristique qui passe, non seulement par la reconstruction des espaces et infrastructures balnéaires avec un caché régional, mais aussi par la reconstruction des villas et hôtels qui faisaient son charme, et abritaient de riches estivants. Les commerçants soutiennent cette pensée de la ville. Ils dépendent de la qualité urbaine, ce sont ceux qui veulent reconstruire le plus vite et à l’identique, avec un grand marché au centre de la ville ouvert chaque jour.
Royan est divisée au lendemain de la guerre. Quand la question de comment reconstruire se pose, c’est d’abord pour qui reconstruire et avec quels moyens qui enflamme les débats, tout autant au sein des habitants que de la mairie et de l’Etat. Et cette question est propre à Royan à cause de son activité balnéaire. La grande majorité des gens n’ont pas encore accès à ce genre de station balnéaire, mais le quartier du centre regroupait des sinistrés à plus faible moyen qui y vivaient à l’année. En opposition à cela, des notables qui avaient une vision de l’activité balnéaire uniquement dédiée aux riches. C’est l’Etat représenté par le MRU et la Mairie de Paul Métadier, puis de Charles Regazzoni qui arbitreront. Le MRU a à sa disposition des milliards de francs pour les répartir entre les sinistrés à l’échelle du département. Mais la fracture de classe entre les habitants et l’incertitude quant à la vision de la future ville provoquent des difficultés à mettre en œuvre la reconstruction. L’avenir de Royan oscille donc entre deux pensées : Une pensée bourgeoise mettant la priorité sur la remise en place de l’activité balnéaire avant tout ; une pensée « populaire » qui définit le logement et l’industrie de reconstruction de ces logements comme la première des priorités. Royan possède une proportion importante de bourgeois parisiens sinistrés possédant pour la plupart une résidence secondaire. La présence de ces bourgeois fortunés perturbera les débats dans l’établissement des priorités de la reconstruction. Les maisons qu’ils occupaient étaient très luxueuses, et s’ils avaient été remboursés à la valeur de leur bien il n’y aurait pas eu assez d’argent pour tous les sinistrés. Le
Mais Royan a la particularité d’avoir des habitants permanents qui, de plus, habitaient pour la plus part le centre-ville à 85% détruit. Ces gens sont dans une 15
grande précarité et soit ont quitté Royan, soit vivent entassés dans des habitations provisoires à Pontaillac. L’idée de reconstruire des hôtels pour riches et des logements vides pour notables les révulse. Ils pensent que la priorité doit être donnée à la construction de logements à l’année. L’industrie de la construction en béton devait pouvoir embaucher les sinistrés afin qu’ils aient un revenu. Le conseil municipal est largement partagé. Il faut reloger les sédentaires mais aussi réserver des logements vacants pour accueillir des estivants. Le conseil municipal a pourtant mis en place des réquisitions pour soulager les sinistrés royannais, mais aux dépens de riches possédants, ceux-ci ralentissant même les travaux de reconstruction pour ne pas être réquisitionnés par la suite. Une taxe sur les locaux insuffisamment occupés a aussi été mise en place par la municipalité pour faire participer les riches habitants à la reconstruction. Mais cette taxe n’a été que peu appliquée, au vue des dissensions au sein du conseil municipal. Le MRU, prône lui une politique équitable de distribution des fonds, mais il opère à l’échelle du département et d’autres villes comme La Rochelle et Saintes sont aussi sinistrées à moindre mesure. Mais le MRU ne prône pas de doctrine.
sur la tête de vos femmes, le plat arboriculteur d’autrefois, alors intelligemment, vous le voyez, elles se contentent, et c’est tellement mieux, d’un « bibi » genre cornet à Zanzi, ou simplement d’un béret. Donc du béton armé, l’ossature en béton armé et du remplissage. Résultat : rapidité, sécurité ; matériaux : gravier (naturel) en abondance […]. Enfin, finis les bonhommes qui grattent la pierre et la polissent à 100 francs de l’heure. L’économie se reportera heureusement sur une augmentation du confort intérieur. »2 C’est une réelle volonté du maire que d’offrir un visage nouveau à la ville. Et les raisons semblent économiques. C’est la vision d’une ville où l’architecture moderne serait une valeur ajoutée de confort et d’esthétique nouvelle. Néanmoins l’architecture produite sous la mairie de Charles Reganozzi n’est pas celle prônée par les CIAM. Le boulevard Aristide Briand planifié pendant son mandat rappel un style Art-Déco entre régionalisme et modernisme. La vision moderne de Royan se construira avec de l’apport de nouvelles références.
2. 2 Claude Ferret, ses références modernistes Claude Ferret est l’architecte et urbaniste en chef chargé de la reconstruction de Royan, il est nommé le 7 juin 1945. C’est en partie de son fait si Royan possède une cohérence urbaine et architecturale sur toute la reconstruction. Il dessine le plan de la ville et définira sous les différentes mairies la marche à suivre de la planification jusqu’à la livraison. Il a alors à peine 39 ans et enseigne l’architecture à l’école des beaux-arts de Bordeaux. Quand il est nommé architecte et urbaniste en chef de la reconstruction, il engage avec lui
Contrairement à la mairie qui a la volonté de faire du moderne sous l’impulsion de Charles Réganozzi. Le 15 décembre 1946 lors d’une réunion publique il dit : « Nous n’avons que de la fantaisie, du bien-être à vendre, faisons vite, ne perdons pas notre temps à espérer revoir des façades garnies de champignons, de vasques, de balcons à cul-de-lampes compliqués, de consoles avec fioritures, de cariatides, d’amours joufflus ou de serpents à sonnette. Fini, bien fini ce temps-là. Faites-en votre deuil et cela ne doit pas vous étonner. Vous le seriez en effet si vous revoyiez par exemple, RAGOT Gilles (dir), Royan 1950 Guide architectural, page 11
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du plan de Claude Ferret. Le boulevard Aristide Briand témoigne de cette première référence classique Art déco. Les travaux commencent dès 1949. Cette « modernité assagie » a le mérite de convaincre la mairie puisqu’elle se marie avec l’architecture traditionnelle charentaise. Ce style avait pour but de s’étendre sur toute la ville, de devenir la nouvelle base d’un style Royannais. Ce style qu’invente Claude Ferret reprends les formes des moulures traditionnelles, de grands ordonnancement verticaux des fenêtres, la tuile canal, et les façades lisses avec un soubassement en pierres calcaires de la région posées à joints affleurant.
certains de ses élèves et des architectes de sa connaissance. En 1957, Claude Ferret, affirmait qu’une «seule condition obligatoire» avait guidé ce projet : « faire du moderne ». Le « moderne » dont il parle était loin d’être une architecture et un urbanisme d’avantgarde. En 1946, il n’a pas adhéré aux doctrines modernistes. Les doctrines dominantes françaises de l’époque oscillent entre Art déco et tradition classique. L’Art déco, à cette époque est lié à une « modernité assagie », en opposition avec celle de Le Corbusier et des CIAM, qui serait une modernité pure, hors des préoccupations et des modes vie des gens à cette époque. Et Ferret est issu de cette tradition Art déco qu’il a apprise à l’école des Beaux-Arts de Bordeaux. Cette modernité sage, reprend des notions de symétrie, d’ordonnance, de parti et de monumental par un vocabulaire classique plus ou moins stylisé. C’est l’architecture des grands prix de Rome, que l’on retrouve dans les grands projets des années 30. C’est par exemple cette architecture monumentale que l’on retrouve au Palais de Chaillot sur la place du Trocadéro à Paris, réalisé en 1937.
En 1945, l’architecte Paul Danger qui dessina le PAEE de Royan en 1939 est inspecteur général de l’Urbanisme pour la circonscription de Poitiers, dont Royan dépend pour la reconstruction. C’est ainsi que le plan Danger va être imposé à Claude Ferret comme première référence pour le plan de la reconstruction. Même si Ferret s’en défend, les travaux de l’agence Danger sont le « sous-cul » du dessin du plan de la reconstruction. Dans les premières esquisses du plan, on observe des éléments communs avec le plan Danger. Claude Ferret retient l’axe majeur de la composition du plan Danger. Le boulevard Aristide-Briand est l’axe de composition principale du front de mer et du centre-ville. Ferret retient aussi le travail de refonte du réseau intérieur et extérieur avec ce système de contournement de la ville par pallier, puis par la planification d’un nouveau réseau urbain intérieur. Toutefois, il y a une différence essentielle qui sépare le plan Danger des travaux de Ferret. Dans le plan Danger la ville était une somme de quartiers identifiables, chacun déterminé par une géométrie et une urbanité propre, issu de ce travail de zoning. Avec le plan de Claude Ferret, la ville est composée d’une
Ainsi la première partie du chantier de reconstruction démarre par l’axe principal 17
Foncillon qui lie le front de mer à l’avenue de Pontaillac en angle droit. Tout le long du projet Claude Ferret garde l’idée de trois figures majeures mais il va les homogénéiser. Il adopte d’abord une courbe asymétrique qui suit la géographie de la plage sur le front de mer. Il abandonne toute symétrie, et crée des liens entre les éléments urbains majeurs au lieu de les singulariser. Il en résulte une fluidité de l’espace urbain mais tout de même hiérarchisée avec ces trois figures urbaines. C’est un début de modernité au sens de ce que les CIAM définissent.
série de formes géométriques emboitées dans un réseau de voies uniques et limitées désignant le bourg et le boulevard AristideBriand comme une nouvelle centralité, une forme finie qui se juxtapose avec le quartier du Parc. Les dessins de Claude Ferret, prouvent qu’il conçoit la ville comme un objet fini. C’est le dessin en plan, et la fascination de Ferret pour les formes géométriques simples qui l’amènent à ce résultat. Mais la géométrie l’éloigne des préoccupations des sinistrés, et, pour continuer, il a dû adoucir son tracé et répondre aux contraintes géographiques et fonctionnelles du programme.
Il est difficile de dire que Claude Ferret a totalement adhéré à l’architecture moderniste pour son plan de la reconstruction de Royan, mais il est sûr que certains principes comme la fluidité des formes urbaines et leur emboitement l’ont inspiré.
Schéma, différences Plan Danger – Plan Ferret Le Plan est bien loin de l’urbanisme moderniste des CIAM. C’est au plan architectural que la planification de la reconstruction va s’enrichir de toutes nouvelles références notamment chez les élèves de Claude Ferret. Le MRU n’ayant pas de directives, les architectes et les urbanistes de la reconstruction vont investir ce nouvelle espace de liberté pour expérimenter de nouvelles doctrines.
2. 3 Création d’une type moderne Royannais, une cohérence du bâti Claude Ferret alors professeur à l’école d’architecture de Bordeaux entrainera à Royan des élèves pour être architectes d’opérations. Sur les 82 architectes qui ont participé à la reconstruction, 21 sont bordelais. Parmi eux, 14 sont les élèves de Claude Ferret. Ils représentent un tiers des élèves qu’il a formés à l’école de Bordeaux. Il s’assure ainsi de son autorité et de la cohérence architecturale et urbaine de toute la reconstruction. De plus ces élèves inexpérimentés et sans doctrine particulière sont ouverts à de nouvelles références, de nouvelle doctrines.
Claude Ferret, peut-être sous l’influence de ses collaborateurs et de ses élèves, va peu à peu se détourner des principes de l’urbanisme et de l’architecture classique du début du XXe siècle. Ses maîtres sont issus d’une tradition Beaux-arts, très attachée à la géométrie et à la symétrie. Les premiers plans de Ferret pour la reconstruction sont issus de cette pensée par le dessin, c’est la « grande composition ». La ville est alors un système de figures autonomes gérées par la symétrie avec trois grandes figures. L’axe majeur du boulevard Aristide-Briand domine la composition, relié par de nouvelles avenues à au grands square de la gare, et à un grand casino symétrique de
En septembre 1947, parait un numéro de L’Architecture d’Aujourd’hui sur le Brésil. Si Claude Ferret affirma ne pas avoir entendu parler de l’architecture moderniste Brésilienne avant 1954, ses élèves ont été, par ailleurs, fortement influencés par cette architecture avant-gardiste. C’est par ses 18
protestant, des poteaux ronds dans la plupart des maisons. Cette figure va de pair avec celle du socle. Le soubassement en pierre calcaire charentaise est typique de l’architecture moderne royannaise. Il pose la maison sur un socle. Ce socle contient le garage et d’autres espaces techniques, l’étage étant réservé à la vie quotidienne. En façade, les avancées techniques du béton armé permettent de nouvelles expressions, de nouvelles formes. Des décrochements en façade, selon qu’ils soient sur rue ou sur jardin, permettent de rattraper un alignement et/ou de créer des ombres afin de maîtriser les ambiances intérieures. Une pièce en excroissance sur un jardin permet de créer un lien visuel avec celui-ci. Sur rue, un retrait peut créer une ombre qui qualifie l’entrée de la maison. Ces effets de décrochement couplé à un béton peint en blanc offrent un dialogue avec les volumes purs modernes.
élèves, en les corrigeant dans son agence que Claude Ferret va apprendre, et produire par la suite une architecture moderniste. Ces influences brésiliennes n’ont pas influencé le plan urbain de la ville. L’architecture moderne royannaise des années 50 va véritablement naître à ce moment-là. L’urbanisme de Claude Ferret devient la matrice d’une modernité architecturale, sans que cette modernité nuise à la morphologie urbaine. Mais cette architecture va encore s’enrichir en adoptant des principes modernes en adéquation avec la situation maritime balnéaire et l’utilisation de matériaux locaux. C’est ainsi un nouveau langage cohérent à toute la ville qui se crée au niveau architectural. Les architectes se sont emparés des références modernistes pour se les réapproprier et jouer de fantaisies. L’influence corbuséenne à Royan a engendré une architecture moderniste liée à une recherche d’espace de vie balnéaire, notamment dans les habitations. La figure du plan libre amène un nouveau langage architectural. Le principe du pilotis a été fortement utilisé. Il permet de créer une continuité du sol sous la maison, et ainsi faire un lien fort avec l’extérieur et le jardin. Cette thématique du poteau a été intensément questionnée, on retrouve des poteaux en V en béton armé à Notre Dame, des poteaux métalliques au temple
En façade, ces volumes blancs sont enrichis de dispositifs architecturaux nouveaux, jouant de la lumière. Le cadre devient un dispositif architectural, affirmant une partie d’un projet. Il est tantôt un balcon, un passage, une vue. C’est un outil de composition des façades, jouant des ombres et affirmant les niveaux, une vitrine ou juste une fenêtre. Il est plus esthétique que structurel. Les casquettes et les auvents signalent les entrées et créent un lien entre l’intérieur de la maison et l’extérieur. Ils peuvent donc être troués ou non selon leur utilisation, en entrée ou sur une terrasse. C’est aussi l’utilisation du 19
en façade, ou de dynamiser une composition. Les escaliers intérieurs ou extérieurs souvent en béton armé se veulent, épurés et aériens. L’escalier moderne est simple, sans contre marche. Il devient très léger. La cage d’escalier n’existe pas. Dans le jardin l’escalier fait partie de l’espace extérieur, dans la maison c’est un objet qui appartient à l’espace. Les jeux de couleurs vives sont très présents dans les années cinquante. Cela suit la pensée sur l’influence des couleurs sur l’humeur. Royan a donc adopté ces couleurs vives et festives. Les couleurs primaires rappellent le mouvement De Stijl, le bleu et le jaune, la mer et le sable.
béton armé qui permet ce genre de porteà-faux. Les claustras et autres moucharabieh, permettent à la fois de maîtriser les ambiances intérieures ou extérieures de la chaleur du soleil mais aussi de protéger du regard les balcons ou les loggias sur rue. Ces claustras sont faits à partir d’éléments préfabriqués, la brique de verre notamment.
Les menuiseries, notamment les portes et les fenêtres sont traitées en accord avec les arts modernes. On retrouve des compositions cubistes avec un travail d’artisan surtout pour les portes et les boites aux lettres. C’est aussi l’expression d’une richesse culturelle et financière. Les gardes corps sont traités avec attention quand il s’agit de jouer des transparences Au lendemain de la destruction de la ville, la population est divisée entre permanents et riches estivants. Mais c’est bien une ville où s’exprime une dualité entre des activités à la fois pérennes et saisonnières qui va être pensée. Le plan Danger sert de base de travail à Claude Ferret, l’architecte et urbanisme chargé de la reconstruction à Royan. Ce personnage aux références classiques dessine tout d’abord une ville dans la droite lignée de la tradition Beauxarts du dessin et de la géométrie. C’est en contrariant sa géométrie et en se rapprochant d’un programme fonctionnel que Claude Ferret dessine le Plan de la reconstruction. Un plan bel et bien classique, mais c’est par l’apport de ses élèves ouverts aux avant-gardes architecturales que Royan va prendre un tournant réellement moderniste. Ce plan devient la matrice d’audaces et d’expérimentations architecturales modernistes. Ferret apprend de ses élèves en les corrigeant et il finira lui-même par produire une architecture moderniste de très grande qualité tant urbaine qu’architecturale. Mais par la suite cette rupture architecturale moderniste interrogera, et sera parfois même rejetée par l’opinion publi
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3. Les effets des doctrines modernistes Du milieu des années soixante à la fin des années soixante-dix, Royan a une forte image de citée balnéaire ultra moderne. La modernité est devenue un argument publicitaire majeur. La ville devient alors un lieu d’émulation culturelle, un festival de musique contemporaine s’installe sur les plages. Il y a alors presque 18 000 permanents et 250 000 estivants3. Mais à la fin des années soixante-dix, ce festival prend fin et cela coïncide avec la remise en question des dogmes modernistes et l’apparition des mouvements post-modernes. Ce mouvement se traduit en France par une diabolisation de l’esthétique moderne liée à l’assimilation avec les « barres » ultra fonctionnalistes des grands ensembles. De plus, la reconstruction dans la hâte avec un béton alors encore peu maitrisé engendre au début des années quatre-vingt, un vieillissement prématuré de certains édifices. Le casino municipal et l’église Notre-Dame en ont fait les frais. C’est d’abord des habitants que vient un désaccord avec ce parti-pris moderniste. Notamment sur le front de mer où les commerçants se sont approprié l’espace public sans règlementation. Ces espaces ont été aliénés à des fins commerciales, faisant fi du patrimoine urbain dénaturé. La mairie réagit en fermant la galerie du front de mer et en organisant l’emprise des commerçants sur l’espace public. Mais comme de nombreux projets de modification d’édifice public à Royan, ce ne fut qu’un appendice au plan de Ferret. Peu de personnes avaient alors pris conscience de la singularité de la modernité du patrimoine architectural et urbain de Royan. Le nouveau casino municipal fut détruit faute d’initiative de la mairie et de moyens privés face à sa lente dégradation. C’était pourtant avec son parc urbain sur la grande plage, une des figures urbaines majeures du plan de Claude Ferret. Le portique du front de mer, véritable balcon public sur la mer fut détruit pour ouvrir un peu plus le boulevard AristideBriand sur la plage. Enfin, le palais des congrès, ultime expression de l’architecture moderniste de Claude Ferret, ce grand volume ouvert sur la ville et jouant des ombres a été comblé par une façade vitrée. Il est dorénavant hermétique à l’espace publique. La ville à peine reconstruite porte ainsi les stigmates d’un rejet du mouvement moderne. Ce n’est que dans les années quatre-vingt-dix qu’une protection a été mise en place, avec la création de la Zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager (ZPPAUP) par l’architecte Alain Charrier et l’historien Marc Saboya. L’esprit du projet de la reconstruction a néanmoins dépassé le cadre du centre-ville. Les initiatives privées ont emboité le pas avec l’assistance des architectes d’opération, si bien que l’architecture moderniste est présente partout dans Royan et trouve même de nouvelles particularités dans les quartiers pavillonnaires de Pontaillac et du Parc.
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Chiffres de EHESS de l’année 1979
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3. 1 Le cas du quartier du Parc
architectes n’ayant que peu de limites financières. La thématique de l’espace intermédiaire sur rue a été particulièrement explorée. C’est véritable une réinterprétation de la villa balnéaire, le balcon en façade se transforme en cadre de béton blanc ouvert sur le salon. Les espaces intérieurs s’ouvrent totalement sur le jardin. L’idée d’un quartier imaginé comme un parc rejoint les thèses modernistes, et notamment la continuité de l’espace au sol avec des bâtiments sur pilotis.
Aujourd’hui, le quartier du parc n’a rien perdu de son aspect originel. Un quartier toujours aussi riche. Une richesse qui s’exprime autant par la qualité des espaces urbains et paysagers que par les édifices qu’elle contient. Le quartier est toujours résidentiel, avec seulement des villas. A l’échelle de la ville ce quartier n’a pas changé. Il n’a été détruit qu’à 30% en 1945, il n’y a donc eu pas de refonte du tissu urbain. Ce ne sont quelques villas qui ont été détruites. Le quartier a conservé son urbanité et son aspect de grand parc urbain. Il y a toujours ces longues rues sinueuses et ombragées. De plus géographiquement le Parc est contenu par la topographie à l’est, le centre-ville au Nord et la plage au Sud. On remarque ainsi par comparaison de cartes que le quartier s’est densifié et que les grandes parcelles des villas les plus luxueuses détruites ont été divisées.
3. 2 Le cas du quartier de Pontaillac Le quartier de Pontaillac et de ses conches n’a certes pas subi de destruction majeure, ni de plan de reconstruction mais il s’est densifié. La majorité des habitations ont été construites après la destruction de 1945. L’intervention moderniste du centre-ville a naturellement influencé les habitations produites par la suite. C’est un quartier qui s’organise autour de la plage de Pontaillac avec ses activités nautiques et ses commerces, puis autour de la mairie et de l’avenue de Pontaillac avec quelques institutions publiques et aussi des commerces de proximité. Pour le reste, c’est un quartier d’habitation majoritairement pavillonnaire.
L’architecture moderne s’est particulièrement bien intégrée dans le quartier du parc. On pourrait croire qu’un quartier de villas régionales avec une grande variation de styles différents mais toujours très criard aurait pu mal supporter un tel changement de doctrine architecturale. Mais bien au contraire, les villas modernistes du Parc réinterprètent les usages balnéaires.
Les quartiers des conches et de Pontaillac sont d’après plusieurs témoignages très vivants à l’année avec une majorité
Les villas modernes s’adaptent parfaitement à la planification urbaine du quartier. Le retrait des édifices par rapport à la rue est respecté, laissant place aux grands arbres qui qualifient la promenade. De plus ce quartier a toujours été habité par des habitants riches voire très riches. Les villas modernes construites par la suite émanent directement de la volonté des habitants et de l’imagination des architectes. Ainsi, les villas produites dans ce quartier sont toujours très radicales, les 22
dans la ville avec chacune leur activité balnéaire. Les habitants ne fréquentent souvent qu’une seule plage pour la baignade, celle la plus proche de leur habitation. Mais il faut savoir que ces plages n’existeraient pas sans l’intervention de l’homme. Elles sont, chaque année ré ensablées pour les rendre praticables. Elles n’étaient pas aménagées avant les années soixante. C’est l’afflux toujours plus nombreux d’estivants et l’érosion qui ont nécessité ces lourds travaux.
d’habitants permanents, contrairement au quartier du Parc. Une habitante Mme C. interrogée au sujet de son quartier fait l’éloge de Royan et de ses « maisons blanches » pour ses qualités urbaines pavillonnaires, qui a su conserver un littoral sans « marina ». La « marina » étant un complexe d’habitation quasiment les pieds dans l’eau souvent à multiples étages. L’image dont elle parle ici, est celle de grands immeubles en escalier-terrasses masquant totalement les paysages. On observe plus ce type d’architecture sur la côte méditerranéenne. L’image de Royan provient non seulement de son centre-ville moderniste mais aussi de la qualité de ses quartiers pavillonnaires qui n’ont pas dénaturé un paysage maritime. Tout le long du quartier de Pontaillac il n’y a quasiment que des villas en front de mer, alternant entre architecture régionaliste et moderne plus ou moins contemporaine. Et pour cause, la mairie s’est saisie de cela et a aménagé l’entière promenade du front de mer. Cette promenade est souvent citée par les habitants comme participant à la beauté et à l’urbanité de la ville.
3. 3 Le cas du centre-ville Le centre-ville, n’a pas eu bonne presse depuis la fin des années soixante-dix. L’architecture moderne étant assimilée au logement collectif fonctionnaliste des grands ensembles, Royan perd une partie de son patrimoine. Mais dans les années quatre-vingt-dix, un regain d’intérêt est porté sur la ville avec la ZPPAUP. Mais l’image de ce centre-ville reste pourtant mitigée.
La succession des plages ou conches, fait aussi partie d’un système urbain singulier à Pontaillac et à ses conches. Il y a, à partir de Pontaillac trois plages sans compter celle de Foncillon qui appartient au centreville. Ces plages forment l’été des villages Quand on interroge les habitants du centre-ville il y a deux points de vue opposés. Il y a ceux qui voient l’architecture moderne comme « une laideur ». Le béton armé a mal vieilli, si bien qu’actuellement, depuis 2015, l’église Notre-Dame de Royan est fermée au public pour restauration. Mais c’est aussi le manque d’entretien de certaines façades qui est souligné par les habitants. M. B pointe du doigt l’ensemble dessiné par Claude Ferret du Boulevard Aristide Briand 23
comme un « moderne laid » dans le quartier. Et il faut avouer que les façades grises, les cadres en béton armé préfabriqués de cet ensemble Art-déco font tache. En effet, depuis les années 2000 et le maire Didier Quentin, il y eu des améliorations quant à l’entretien de la ville. Beaucoup de personnes interrogées notent un changement positif de la ville dont l’aménagement de la promenade cité précédemment en est l’exemple. Ce sont sur le front de mer des aménagements paysagers floraux qui ont semble-t-il marqué les habitants. Un entretien particulier des édifices publics a été entrepris. L’ensemble du boulevard maintenant divisé en copropriétés et envahi par les marchands n’a pas bénéficié d’un entretien adéquat de ses façades.
antagoniste au premier. Ces habitants voudraient eux que la place de la voiture diminue. Le square de la façade du front de mer est devenu un parking pour les commerces des galeries. De même pour le boulevard Aristide Briand qui accueille en son centre un parking pour le marché.
Les réponses aux questionnaires interrogent la place de la voiture dans la ville. Il y a deux points de vue qui ressortent clairement. Les premiers, souvent des personnes âgées, sachant que Royan est aujourd’hui à 50% peuplée de seniors4, pensent qu’ils n’y a pas assez de places pour se garer et pour circuler en ville. En été, la ville est en effet complètement congestionnée, il est impossible de circuler dans le centre-ville aux heures de pointes. Ces habitants voudraient des aménagements de voies et la création de parkings en ville. Le deuxième point de vue, des personnes actives circulant à pieds ou à vélo, adoptent une position
Ce qui préoccupe surtout les résidents à l’année, c’est le dépérissement du centreville hors saison. En effet, l’activité commerciale s’est aujourd’hui concentrée hors de la ville dans une grande zone commerciale qu’il faut traverser pour entrer dans Royan. De plus, le vieillissement de la population et le manque d’actifs accentuent cet effet de ville morte sachant que les habitants actifs vivent pour beaucoup dans les zones pavillonnaires contemporaines de l’arrières pays. Ils n’ont pas tous les moyens d’acheter une villa ou un appartement en ville.
Les élus et l’Etat ont aujourd’hui pris conscience de richesse du patrimoine royannais. Les projets comme la promenade le long du littoral montrent cette prise de conscience. Les habitants retiennent surtout la rencontre des quartiers de villas avec la mer, créant des façades maritimes typiques de Royan. En outre, la ville est confrontée à des problèmes urbains contemporains couplés à sa situation balnéaire, autrement dit le dépérissement du centreville et la création de zones pavillonnaires non planifiée entre autres.
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Insee - Recensement de la population - 2009
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Conclusion La morphologie de Royan témoigne de multiples pensées successives sur la ville depuis le XIXe siècle. Sa situation géographique privilégiée à l’embouchure de l’estuaire de la Gironde lui permet de profiter d’un micro climat plus doux que le reste de la côte Atlantique. C’est ce qui intéressa les premiers riches estivants Bordelais, et les fit investir dans ce petit port de pêcheurs. La vision balnéaire de Royan se cristallise à la moitié du XIXe siècle. Les formes architecturales et l’urbanistique balnéaires qui en découlent par la suite, seront déterminées par ce mode de vie festif, plus libre que la pensée dominante. Une tendance d’avant-garde qui se traduit dès la construction des quartiers de Pontaillac et du Parc. Chacun d’eux expérimente une doctrine de production de la ville différente. Une pensée fonctionnaliste à l’échelle urbaine, et régionaliste au plan architectural à Pontaillac. Une pensée paysagère liée au parcours et favorisant la « fantaisie » architecturale dans le Parc. Au début du XXe siècle, le plan de l’agence de Raymond Danger interroge la façon dont la ville devait croître. Il y a une pensée fonctionnaliste qui prime avec un travail d’identification des fonctions de chaque quartier et la refonte de tout le réseau routier. Le plan Danger exprime aussi une pensée classique d’ouverture de grands axes, et de création centralités urbaines singulières. Au lendemain de la destruction, c’est le plan Danger qui sert de base de travail à Claude Ferret, l’architecte et urbanisme chargé de la reconstruction à Royan. Ce personnage aux références classiques dessine tout d’abord une ville dans la droite lignée de la tradition Beaux-arts du dessin et de la géométrie. C’est en contrariant sa géométrie et en se rapprochant d’un programme fonctionnel que Claude Ferret dessine le Plan de la reconstruction. Un plan bel et bien classique, mais c’est par l’apport de ses élèves ouverts aux avant-gardes architecturales que Royan va prendre un tournant réellement moderniste. Ce plan devient la matrice d’audaces et d’expérimentations architecturales modernistes. Ferret apprend de ses élèves en les corrigeant et il finira lui-même par produire une architecture moderniste de très grande qualité tant urbaine qu’architecturale. C’est donc bien une modernité hybride qui s’est construite à Royan : Un plan classique à l’échelle urbaine et une architecture moderniste. Cette architecture, à la rencontre du site, s’enrichit dans l’expérimentation locale, une esthétique naît à ce moment-là. C’est avec les villas que les architectes joueront le plus des nouveaux codes qu’ils viennent de découvrir. Il naît dans les quartiers pavillonnaires du Parc et de Pontaillac une véritable dualité architecturale, où les volumes blancs des maisons modernes côtoient la richesse ornementale des maisons régionalistes. Une fois reconstruite, Royan connait un essor sans pareil dans toute son histoire. Mais à la fin des années soixante-dix avec la montée de la critique du mouvement moderne et le vieillissement prématuré de certains édifices majeurs de la composition urbaine de Ferret, des bâtiments sont détruits, dénaturés ou en phase d’obsolescence. Mais aujourd’hui les élus et l’Etat se sont emparés de ce qui est devenu un véritable patrimoine urbain et architectural. Son urbanité est conservée voire améliorée par des projets qui tiennent compte des fragiles caractéristiques de cette ville.
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Les habitants tiennent à cette rencontre des quartiers de villas avec la mer, créant ces façades maritimes typiques de Royan. Néanmoins la ville est aujourd’hui confrontée à des problèmes urbains contemporains couplés à sa situation balnéaire. Le dépérissement du centre-ville et la création de zones pavillonnaires non planifiées en sont la conséquence directe. De même, la place de la voiture réfléchie lors de la reconstruction ne semble plus répondre aux besoins des 300 000 habitants estivants.
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Bibliographie Corpus :
PREAUT Antoine-Marie, Guide architectural Royan 1950, éd Bonne Anse, 2012 BINOT Guy, Mémoire en images : Royan et la côte, éd Alan Sutton, 1999 RAGOT Gilles (dir), L’invention d’une ville : Royan années 50, MONUM éditions du patrimoine, 2003
Ouvrages :
LE CORBUSIER, Charte d’Athènes, éd Seuil, 1971 GIEDON Siegfried, Espace, temps, architecture, éd Denoël, 1990 DORIER APPRILL Elisabeth (dir), Vies citadines, éd Belin, 2007 BEGOUT Bruce, Suburbia, éd inculte, 2013 DANGER René, Aménagement et extension de Caen, Vincent Fréa et cie, 1935
Sites web et support de cours :
BINOT Guy, La saga des Casinos de la côte, site de la municipalité de Royan : « http://www.croyan.com/sports-loisirs/vie-festive/casinos/291-la-saga-des-casinos-de-la-cote.html » BONILLO Jean Lucien, cours d’histoire de l’architecture : Les débuts du rationalisme, S3 Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Marseille
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