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Journal de médecine esthétique n° 122019

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vol. XXXXvI - n° 184 - DÉCE M BRE 2019 - I ss n 0249-638

Copyright© 2019 Toute reproduction ou représentation intégrale ou partielle, par quelque procédé que ce soit, des pages publiées dans la présente publication, faite sans l'autorisation de l'éditeur est illicite et constitue une contrefaçon. Seules sont autorisées, d'une part, les reproductions strictement réservées à l'usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective, et, d'autre part, les analyses et courtes citations justifiées par le caractère scientifique ou d'information de l'œuvre dans laquelle elles sont incorporées. (Loi du 11 mars 1957 - art. 40 et 41 et Code Pénal art. 425). La reproduction in extenso des articles publiés dans cette revue, devra être soumise à une autorisation préalable de la Rédaction. Les opinions exprimées et les résultats scientifiques présentés dans le Journal de Médecine Esthétique et de Chirurgie Dermatologique n’entraînent pas obligatoirement l’adhésion de la Rédaction et/ ou du Comité de Lecture du Journal qui n’assument aucune responsabilité quant à leur publication. Les articles acceptés par le Comité de Lecture sont publiés sous la stricte responsabilité de leurs auteurs. Le Journal de Médecine Esthétique et de Chirurgie Dermatologique est répertorié dans l'Index bibliographique PASCAL de l'Institut de l'Information Scientifique et Technique (INIST) du CNRS. Publication membre du Syndicat National de la Presse Médicale et des Professions de Santé (S.N.P.M.), membre de la Fédération Nationale de la Presse d'Information Spécialisée (F.N.P.S.).

Dépôt légal décembre 2019 Imprimerie Yonnaise Mouilleron le Captif, France

Directeur de la publication : C. Offrey Rédacteur en chef : Docteur J-J. Legrand Comité de Rédaction : Docteur J-J. Deutsch Docteur H. Cartier Docteur A. Lorcy Docteur J-C. Scialom Docteur J-L. Bachelier Rédaction : Société Française de Médecine Esthétique 154, rue Armand-Silvestre 92400 Courbevoie http:/www.sfme.info e-mail : info@sfme.info Fax : 01 43 33 95 99 Publicité : SFME Fax : 01 43 33 95 99 www.sfme.info Abonnements : 4 numéros par an France : Membre de la S.F.M.E : 28 € Non membre de la S.F.M.E. : 55 € Etranger : Europe : Outremer :

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Sommaire

vol. XXXXvI - n° 184 - DÉCE M BRE 2019 - I ss n 0249-638

Notre couleur de peau, divine et diabolique P. Moureaux (Vannes) ...................................................................................................................... 233 Peelings chimiques sur peaux ethniques noires, asiatiques et métissées P. Darbon (Lyon) .................................................................................................................................. 237 Intérêt du traitement précoce par injection d’acide hyaluronique en complément à la chirurgie dans la prise en charge des fentes labio-palatines chez l’enfant et l’adolescent : une étude préliminaire L. Benouaiche, G. Couly (Paris) ............................................................................................. 245 Stop facial ageing methodTM : un nouveau protocole pour le rajeunissement du visage S. Sebban (Paris) .................................................................................................................................. 255 Le 40ème Congrès de Médecine Esthétique et de Chirurgie Dermatologique ........................................................................................... 264 Abstracts et Comptes-rendus du 39ème Congrès National de Médecine Esthétique et de Chirurgie Dermatologique 7 et 8 septembre 2018, Palais des Congrès, Paris (3e partie) F. Michel (Vichy) .................................................................................................................................... 267 Sommaire des numéros du Journal de Médecine Esthétique et de Chirurgie Dermatologique encore disponibles ....................................... 281

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ous vous proposons un regard inédit sur le mélasma sur peaux métissées, sous un double prisme : anthropologique, sociologique, culturel et thérapeutique. La couleur habille la vie sous toutes ses formes, minérales, végétales, animales, y compris la peau humaine. La palette colorée relève d’une fonction vitale imprimée par l’environnement originel, la couleur de la peau est le résultat d’une subtile alchimie de pigments mélaniques.

1 Notre couleur de peau, divine et diabolique P. MOUREAUX* Vannes

* Email : sciencespeau@gmail.com

L’HOMO SAPIENS DES TEMPS POST MODERNE A MÉTAMORPHOSÉ SON RAPPORT AU SOLEIL

A - NOTRE DÉPENDANCE NATURELLE AU SOLEIL EST UN LIEN ANTHROPOLOGIQUE DIVIN OU DIABOLIQUE Sans le Soleil, pas de vie sur Terre, pas d’Homo Sapiens. C’est une Étoile parmi les milliards peuplant notre Univers cosmique, mais nous sommes dépendants de cette unique galaxie. Elle brille de tout son paradoxe, par son éloignement, située à 150 millions de kms au-dessus de notre épiderme, mais tellement puissant qu’il est proche, et l’impacte au terme d’un voyage galaxique de 8 mn 19 sec, en surface et en profondeur, il nous caresse et nous transperce. « Le Soleil a été un élément déterminant dans l’apparition de la VIE sur Terre et il a catalysé notre chronobiologie Darwinienne, notre évolution biologique, nos flux migratoires. Le Soleil nous a SCULPTÉ génétiquement et morphologiquement à distance. Le Soleil est un puissant facteur de diversité chromatique visible, mais c’est le grand fauteur de la discrimination ethnique et sociale et de notre perception de la Beauté. »(1) L’Homo Sapiens est né sous le soleil Africain, il y a 200 000 années, c’est un animal de la chaleur. Notre TNT, Température de Neutralité Thermique idéale est 26°, nous permettant de ressentir ni froid, ni chaud à l’extérieur. Il fonctionne à l’énergie solaire. Le Soleil représente un véritable besoin physiologique primaire probablement génétiquement codé, à l’instar des autres besoins vitaux, que sont la faim et la soif. L’Homme a sauvé sa Peau grâce à sa Peau, dirait Jean-Marc Bonnet-Bideau, Astrophysicien au CEA. Il n’en demeure pas moins l’animal du « toujours plus », aux comportements sanitaires délétères. Cette filiation ancestrale explique l’intimité relationnelle entre le Soleil et l’Homme depuis nos origines jusqu’à nos comportements hyper-consuméristes contemporains et postmodernes.

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Notre couleur de peau, divine et diabolique B - NOTRE DÉPENDANCE CULTURELLE AU SOLEIL C’EST UN LIEN AMOUREUX, UN LIEN DANGEREUX

Cette dualité est ambivalente, à la fois vitale et risquée. Nous sommes contraints d’adopter une attitude d’équilibriste entre se faire plaisir sans se faire rôtir. Le Soleil, élément naturel vital, s’est métamorphosé en produit banal de la marchandisation de notre société de turbo-consommation, hypermoderne, pandémique. C’est toujours plus de soleil. Le consommateur accède à sa dose de bronzage dans des salles de shoot à UV que sont les centres de bronzage artificiel, consentis par les pouvoirs publics, notamment par le Ministère de la Santé, jusqu’à l’overdose solaire. Les sensations de bien-être procurées par l’exposition solaire naturelle ou artificielle, nous propulsent dans une spirale consumériste compulsive infernale croissante et non maîtrisable, ritualisant notre vie, et ce malgré la connaissance des risques encourus : photo-vieillissement précipité, cancers cutanés, répondant ainsi à la notion d’addiction comportementale. « Nous sommes dans une dynamique HÉDONIQUE, relevant de la culture de "l’IMMANENCE". Le scénario est le même, que l’addiction, soit chimique ou comportementale. Nous assistons à la mise en place d’une triade reproductible décrite par William Lowenstein : consommation, abus et dépendance. On ne devient DÉPENDANT que de ce qui nous fait PLAISIR, selon Aymeric Petit, neuropsychiatre. Nous devenons addicts au soleil qu’après avoir ressenti, intégré et mémorisé, dans les suites d’une exposition solaire ritualisée, l’effet déstressant, apaisant, euphorisant, dopant. » (1) « Docteur, le soleil ça me donne le moral », « Docteur, le soleil me fait du bien », puis plus tard, « Docteur, le soleil je ne peux pas m’en passer, c’est ma DROGUE ». C - NOTRE RAPPORT à LA COULEUR DE PEAU ET NOTRE PERCEPTION « Notre regard est conditionné par nos origines géographiques, notre culture, les influences médiatiques circonstancielles, éphémères, changeantes et délétères. Notre perception de la couleur de la peau est soumise à ces différents facteurs et évènements. Nous obser-

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vons sous influence, et ce dans notre quotidien le plus banal, et nous ne soupçonnant pas les répercussions imprimées sur notre perception culturelle de la teinte épidermique. » (2) La couleur de peau est paradoxale, la tendance est de tendre vers une peau claire ou blanche dans les différentes cultures : africaine, asiatique et aujourd’hui occidentale. En Asie, la « blancheur » devient obsessionnelle, en Afrique la « dépigmentation volontaire » sévit toujours et peut être un diagnostic différentiel des mélasmas. En Occident, nous cultivons toujours l’hégémonie de la peau bronzée, même si les jeunes générations optent pour une peau plus claire. Nous nous éloignons des classifications anthropopaléontologiques ancestrales, pour faire place à une tonalité de couleurs plus homogène. Nous assistons à un carrefour anthropologique et sociologique de la métamorphose du panel de la couleur de la peau, qui échappe totalement aux anciennes classifications, notamment celle des phototypes de Fitzpatrick. Aujourd’hui, elle est remplacée par la nouvelle classification génético-raciale, qui permet une approche plus subtile des risques d’hypermélanose post-inflammatoire, des pigments mélaniques mixés et métissés. Elle fait intervenir des facteurs nouveaux, comme les antécédents familiaux et personnels de pigmentation post soins, ou le fait de vivre dans une mégapole. Deux notions sont mises en avant dans les Congrès : la pigmentation des plis palmaires, la quantification de la densité mélanique et vasculaire, possible en spectroscopie et colorimétrie avec le système Quantificare. Le Pantone Skintone a été réalisé en mesurant de manière scientifique les différents tons de peau existants, des projets artistiques, notamment avec la photographe brésilienne Angélica Dass et son projet Humanae. Elle a réalisé une galerie de portrait auxquels elle a apposé un code Pantone correspondant. Pour le lancement de Pantone, des individus de différentes couleurs s’exprimaient sous les termes suivants : « I’m not yellow, I’m not black, I’m not red, I’m not white… we are all people of colour ». D - NOTRE RAPPORT à LA BEAUTÉ ; VÉRITABLE DICTATURE « Nous vivons le siècle de la dictature de la Beauté régnant sur le monde, sous la forme d’une pandémie de l’esthétisme contagieux. Notre peau est aujourd’hui plongée dans la nébuleuse de l’hypermarché du paraître, devenue ainsi « DÉPENDANTE » du pouvoir planétaire de L’APPARENCE, où il est impératif d’exprimer un visage, jeune, pétillant et de façon durable. » (3)


L’épiderme est un spectacle permanent, vivant, mais éphémère. La peau serait l’actrice éternelle, la mise en scène serait réalisée par un public exigent. Nous sommes captifs de ce FORMAT esthétique occidental. Nous évoluons dans une dynamique DISCRIMINATOIRE du « paraître ». Le regard collectif valide ces différentes composantes, les influences les pérennise et les diffuse, en favorisant ces attitudes excessives et soumises. La puissance médiatique va instiller un mimétisme esthétique académique, occidental, planétaire, absolu, devenant ainsi l’unique référence. Jean-Françoois Amadieu, sociologue du travail, auteur de « La Société du paraître » chez Odile Jacob, définit les entretiens d’embauche des cadres comme de véritables concours de beauté, où l’apparence serait discriminatoire ou pas. Les éléments intervenant sont : la minceur, la beauté du visage et ces critères sont vérifiés sur les réseaux sociaux. La peau est le reflet instantané de notre essence même, de nos origines, de notre « affect », de notre bonheur, de nos tourments, de nos influences et de nos comportements. Elle code, reçoit, émet, et se connecte à son biotope sociétal contemporain. « L’individu est une unité, indissociable du corps en interaction avec le monde (milieu culturel, social, familial, historique, etc.), qui le contient » selon les termes de Michel Onfray. La peau se métamorphose en théâtre de l’expression de notre émotionnel. E - NOTRE RAPPORT à UN TROUBLE PIGMENTAIRE Il nous impacte personnellement et collectivement. Qu’il soit en plus ou en moins, le jugement porté est négatif, avec discrimination plus ou moins masquée dans le quotidien : la représentation esthétique, le souci de Soi, un affectif perturbé, altéré, et un professionnel compliqué. Il génère une perte de confiance avec atteinte de la qualité de vie. Nous devons accompagner

Notre couleur de peau, divine et diabolique psychologiquement tous ces patients, les coacher, les valoriser, les informer des stratégies dépigmentantes à notre disposition. Le caractère durable des anomalies et des étapes des différentes techniques impose cette connaissance anthropo-sociologique à notre perception de la peau colorée. Il nous faut désormais apporter une dimension transcendantale de notre exercice, en proposant un accompagnement psychologique et philosophique à notre art, afin d’atomiser cette tyrannie de la beauté artificielle. Nous sommes plus que des techniciens de surface.

Conflit d’intérêt : l’Auteur déclare un intérêt avec les Laboratoires Pierre Fabre.

BIBLIOGRAPHIE 1 - MOUREAUX P. Le soleil dans la peau. Ed. Robert Laffont, 2012. 2 - MOUREAUX P. L’étonnant pouvoir du soleil. Ed. du Palio, 2016. 3 - MOUREAUX P. Sciences Peau et Pe@ulithique. Dojon Editions, 2018. 4 - MOUREAUX P. Le fabuleux destin de la main. Donjon Editions, Avril 2019.

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