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– Whaa ! Un poney islandais ! s’est écriée Alice, pas rancunière. Ça y est, c’était foutu. Les confidences ne seraient pas pour ce soir. Quelque part, tant mieux : la sonnette venait de retentir. J’ai reposé le stylo doré et je suis allé ouvrir. Sur le perron se tenait Alex, dans sa salopette en jean remontée sur des godillots à boucles métalliques, arborant un splendide pull rayé jaune et noir. J’allais lui dire qu’elle avait l’air d’une abeille gothique, quand j’ai aperçu la silhouette qui se tenait derrière elle. Aussitôt, comme on dit, mes paroles ont expiré sur mes lèvres. Elles ont même agonisé dans un soupir, du genre rhaaaaaaa…

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13. Où l’on saura que le pire est toujours certain

C’était donc ça, Julius Bogossian ? ! Comment vous le décrire ? Surtout si vous n’avez pas la nouvelle version interactive de ce livre, avec écran full-HD et lunettes 3D. Parce qu’il faudrait bien ça, pour vous donner une idée de la chose… « La Chose » : c’est un peu le premier nom qui m’est venu à l’esprit. Il portait une doudoune violette avec une capuche bordée de moumoute, d’où dépassaient une veste de survêtement verte imprimée « Allez les Verts ! », un pantalon ultra-slim qui brillait dans le noir, et des bottines blanches à talons. Oui, vous avez bien lu : à talons. (De toute façon, on va partir du principe que vous lisez bien, dans ce chapitre : tout ce qui concerne Julius doit être pris au pied de la lettre et sans discuter.) Au-dessus de tout ça, une figure pointue, très longue et très souriante, surmontée d’une tignasse bicolore, noire et blanche, comme Cruella dans Les 101 Dalmatiens. Quand il s’est avancé et que j’ai pu mieux le voir, sous la lumière de l’entrée, j’ai constaté qu’il avait 211

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le teint aussi blanc qu’un vampire, et des yeux d’un bleu surréel, entourés de cils noirs. Bref : un alien. Je crois que je suis resté bouche ouverte pendant quelques secondes. Alex m’a fait la bise en me glissant à l’oreille : – Je crois que nous avons quitté le Kansas, Dorothy !* Puis elle est entrée sans plus de manières dans le salon, pour dire bonjour à Mamie, me laissant seul avec la Chose, qui se tortillait sur le paillasson. – C’est toi, Maxime ? Bonsoir ! Moi c’est Julius (il a prononcé « Djioulious ») et ça, c’est Rita, ma basse. Rita, dis bonjour à Maxime ! Là-dessus, le voilà qui me brandit sous le nez une Gibson, puis il part d’un rire dément. J’avais l’impression d’être entré dans le Rocky Horror Picture show**. – Mais t’es bassiste, toi ? ai-je enfin réussi à lui demander. – Je suis multi-instrumentiste. – Ha, ha ! Tu m’étonnes ! me suis-je exclamé, sans réfléchir. Il m’a regardé de ses grands yeux de Bambi sous ectasy. Puis, re-sourire à fendre les pierres : * Cette phrase extraite du Magicien d’Oz est une sorte de cri de ralliement gay friendly. Ça peut servir si vous venez à croiser la Gay Pride, par exemple. Non, ne me remerciez pas. ** Film d’horreur musical culte des années soixante-dix, avec vampires travestis. Si vous habitez Paname, vous pouvez le voir chaque semaine depuis trente ans, au studio Galande… Mais venez préparé. Je vous préviens… Le spectacle est dans la salle.

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– Hou, toi, t’es un coquin ! Ça se voit tout de suite ! Dis donc, t’as fait une gâterie à un elfe, ou quoi ? T’as plein de paillettes autour de la bouche ! Je me suis rué vers le miroir de l’entrée, près du téléphone. Je m’étais foutu du doré partout. J’en avais même sur les dents. Il faut que j’arrête de mordre des stylos, ça devient urgent. J’ai voulu bredouiller une explication, mais il ne m’en a pas laissé le temps : il venait de faire irruption dans le salon, à la suite d’Alex. Mamie et Alice, qui collaient toujours des photos, se sont retournées pour les accueillir. Mamie a levé la tête vers Julius, puis elle s’est figée, en mode arrêt sur image. J’ai cru que son dentier allait se décrocher. Quant à ma sœur, elle contemplait Alex (qu’elle admire éperdument, pour une raison qui m’échappe) et Julius comme si c’étaient deux stars de la télé. – Madame, mademoiselle, bonsoir ! a-t-il clamé, théâtral. J’ai tiré Alex par la manche de son pull d’abeille et je lui ai chuchoté : – Mais vous revenez d’une rave party, ou quoi ? Qu’est-ce que c’est que ce mec ? C’est son vrai look, ou bien il a perdu un pari ? Elle m’a jeté un regard noir. – Depuis quand tu te permets de juger le look des gens ? Et puis, tu t’es vu ? T’as des paillettes sur les lèvres. 213

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le teint aussi blanc qu’un vampire, et des yeux d’un bleu surréel, entourés de cils noirs. Bref : un alien. Je crois que je suis resté bouche ouverte pendant quelques secondes. Alex m’a fait la bise en me glissant à l’oreille : – Je crois que nous avons quitté le Kansas, Dorothy !* Puis elle est entrée sans plus de manières dans le salon, pour dire bonjour à Mamie, me laissant seul avec la Chose, qui se tortillait sur le paillasson. – C’est toi, Maxime ? Bonsoir ! Moi c’est Julius (il a prononcé « Djioulious ») et ça, c’est Rita, ma basse. Rita, dis bonjour à Maxime ! Là-dessus, le voilà qui me brandit sous le nez une Gibson, puis il part d’un rire dément. J’avais l’impression d’être entré dans le Rocky Horror Picture show**. – Mais t’es bassiste, toi ? ai-je enfin réussi à lui demander. – Je suis multi-instrumentiste. – Ha, ha ! Tu m’étonnes ! me suis-je exclamé, sans réfléchir. Il m’a regardé de ses grands yeux de Bambi sous ectasy. Puis, re-sourire à fendre les pierres : * Cette phrase extraite du Magicien d’Oz est une sorte de cri de ralliement gay friendly. Ça peut servir si vous venez à croiser la Gay Pride, par exemple. Non, ne me remerciez pas. ** Film d’horreur musical culte des années soixante-dix, avec vampires travestis. Si vous habitez Paname, vous pouvez le voir chaque semaine depuis trente ans, au studio Galande… Mais venez préparé. Je vous préviens… Le spectacle est dans la salle.

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– Hou, toi, t’es un coquin ! Ça se voit tout de suite ! Dis donc, t’as fait une gâterie à un elfe, ou quoi ? T’as plein de paillettes autour de la bouche ! Je me suis rué vers le miroir de l’entrée, près du téléphone. Je m’étais foutu du doré partout. J’en avais même sur les dents. Il faut que j’arrête de mordre des stylos, ça devient urgent. J’ai voulu bredouiller une explication, mais il ne m’en a pas laissé le temps : il venait de faire irruption dans le salon, à la suite d’Alex. Mamie et Alice, qui collaient toujours des photos, se sont retournées pour les accueillir. Mamie a levé la tête vers Julius, puis elle s’est figée, en mode arrêt sur image. J’ai cru que son dentier allait se décrocher. Quant à ma sœur, elle contemplait Alex (qu’elle admire éperdument, pour une raison qui m’échappe) et Julius comme si c’étaient deux stars de la télé. – Madame, mademoiselle, bonsoir ! a-t-il clamé, théâtral. J’ai tiré Alex par la manche de son pull d’abeille et je lui ai chuchoté : – Mais vous revenez d’une rave party, ou quoi ? Qu’est-ce que c’est que ce mec ? C’est son vrai look, ou bien il a perdu un pari ? Elle m’a jeté un regard noir. – Depuis quand tu te permets de juger le look des gens ? Et puis, tu t’es vu ? T’as des paillettes sur les lèvres. 213

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Extrait 3 "Comment devenir une rock star (ou pas)"