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Les Hébrides sont, à l’extrême nord-ouest de l’Écosse, la région la plus secrète des îles britanniques. C’est dans cet archipel modelé par la mer, la glace, le vent et la pluie, à la présence si puissante qu’il apparaît comme un personnage à part entière, que Peter May situe les quatre romans de sa saga écossaise dont le héros est l’inoubliable Fin Macleod. Ce policier natif de l’île de Lewis, où il n’est plus revenu depuis dixsept ans, y est envoyé pour enquêter sur un meurtre odieux. En revenant sur les lieux de son enfance, il va y retrouver ses pires fantômes mais aussi son premier amour.
Peter May est né à Glasgow. D’abord journaliste, il quitte la presse écrite pour la télévision et crée deux séries pour la BBC. Il est également co-créateur et producteur de la série en langue gaélique, Machair, qui se déroule sur l’île de Lewis. Après avoir quitté la télévision en 1996, il écrit Meurtres à Pékin, le premier d’une série de polars situés en Chine. Sa série écossaise – L’Île des chasseurs d’oiseaux, L’Homme de Lewis, Le Braconnier du lac perdu et Loch noir –, d’abord publiée en français par les Éditions du Rouergue, a connu un immense succès dans le monde entier. Peter May vit dans le Lot depuis de longues années et a acquis la citoyenneté française.
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Du même auteur La Saga écossaise La Trilogie écossaise, édition intégrale (2014) L’Île des chasseurs d’oiseaux (2010, Prix Cezam des lecteurs 2011) L’Homme de Lewis (2011, Prix des lecteurs du Télégramme 2012) Le Braconnier du lac perdu (2012, Prix Polar International du festival de Cognac 2012) Loch noir (2025, Grand Prix de littérature policière 2025) Dans la collection Rouergue noir Scène de crime virtuelle (2013, Babel 2015) L’Île du serment (2014, Trophée 813 du meilleur roman étranger 2015) Les Fugueurs de Glasgow (2015) Les Disparus du phare (2016) Je te protégerai (2018) La Petite Fille qui en savait trop (2019) Rendez-vous à Gibraltar (2020) Quarantaine (2021) Un chemin sans pardon (2023) Tempête sur Kinlochleven (2024, Rouergue en poche 2026) Dans la collection Assassins sans visages, les enquêtes d’Enzo Macleod Assassins sans visages, tome 1 (2023) Assassins sans visages, tome 2 (2024) Le Mort aux quatre tombeaux (2013, Rouergue en poche 2015) Terreur dans les vignes (2014, Rouergue en poche 2016) La Trace du sang (2015, Rouergue en poche 2017) L’Île au rébus (2017, Rouergue en poche 2018) Trois étoiles et un meurtre (2019, Rouergue en poche 2020) Un alibi en béton (2020, Rouergue en poche 2022) La Gardienne de Mona Lisa (2022, Rouergue en poche 2024) Série chinoise La Série chinoise, édition intégrale, volume I (2015) La Série chinoise, édition intégrale, volume II (2016) Meurtres à Pékin (2005, Babel 2007) Le Quatrième Sacrifice (2006, Babel 2008) Les Disparues de Shanghai (2006, Babel 2008) Cadavres chinois à Houston (2007, Babel 2009) Jeux mortels à Pékin (2007, Babel 2010) L’Éventreur de Pékin (2008, Babel 2011) Livre illustré L’Écosse de Peter May (2013)
Ce livre ne peut être reproduit ni utilisé à des fins d’entraînement des systèmes d’intelligence artificielle. La fouille de textes et de données est interdite conformément à l’article 4(3) de la Directive (UE) 2019/790. Graphisme de couverture : Odile Chambaut © Éditions du Rouergue, 2026
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Traduit de l’anglais par Jean-René Dastugue et Ariane Bataille
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PRÉFACE Sans les Éditions du Rouergue, mon éditeur français, la trilogie écossaise aurait pu ne jamais voir le jour. J’ai écrit le premier volume de la trilogie, L’Île des chasseurs d’oiseaux, en 2005. Je venais de terminer une série de thrillers situés en Chine qui avait rencontré un grand succès et, alors que je cherchais une nouvelle source d’inspiration, je décidai de retourner sur les îles des Hébrides extérieures où j’avais passé cinq années de tournage dans les années 1990. À l’époque, je travaillais comme producteur pour la télévision, et nous filmions une série en gaélique, la langue anciennement parlée en Écosse. L’île de Lewis, la plus septentrionale des îles des Hébrides, étant le dernier bastion de la langue gaélique, il était logique d’y situer la série. Pour ceux qui ne sauraient pas où elles se trouvent, les Hébrides extérieures forment un archipel qui longe grosso modo la côte nord-ouest de l’Écosse. En Europe, on ne peut aller plus au nord et plus à l’ouest, et c’est la première terre que touchent les courants atlantiques après quelque cinq mille kilomètres d’océan. Les îles se caractérisent par des montagnes au sud, des tourbières au nord, un extraordinaire littoral de formidables falaises, où figurent les roches les plus vieilles de la planète, et les plages les plus merveilleuses que l’on puisse trouver au monde – leurs sables argentés sertis entre une mer turquoise et des montagnes pourpres. Cependant, les conditions climatiques extrêmes constituaient un grave problème pour tenir nos plannings de tournage quotidiens, et ces années-là furent un temps de tempête et d’inquiétude.
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Aussi ne croyez pas que j’avais l’intention d’y revenir lorsque je quittai les îles, en 1996. Et pourtant, neuf ans plus tard, lorsque j’envisageai d’en faire le décor d’une sombre histoire criminelle, je réalisai quel lieu parfait ce serait. Lorsque j’achevai l’écriture de ce livre, L’Île des chasseurs d’oiseaux, j’eus le sentiment que c’était la meilleure chose que j’avais jamais écrite. Aussi, qu’il soit refusé par tous les éditeurs de GrandeBretagne me plongea dans la perplexité. Mais, bien que je ne puisse le comprendre, il me fallait accepter le fait que personne ne voulait publier ce livre. J’oubliai le manuscrit dans un tiroir et me remis au travail. Trois ans plus tard, au hasard d’une conversation avec Danielle Dastugue, qui dirigeait alors les Éditions du Rouergue, je mentionnai l’existence de ce texte et elle exprima le désir de le lire. Six semaines après, elle m’appelait pour me dire qu’elle aimait ce roman et souhaitait en acquérir les droits mondiaux. J’étais stupéfait car il est presque inconcevable qu’un éditeur français achète les droits mondiaux d’un livre écrit en anglais. Mais j’étais ravi, parce que la France était devenue entre-temps mon pays d’adoption. Le livre fut donc publié pour la première fois en français sous une pluie de louanges. L’Humanité en parla comme d’un « chefd’œuvre », et le livre devint un best-seller – non seulement en France, mais dans toute l’Europe, y compris, finalement, en Grande-Bretagne. Danielle me persuada de développer les personnages sur trois livres pour créer une trilogie. C’est ainsi que j’en suis venu à explorer, dans un deuxième tome, L’Homme de Lewis, la tragédie des enfants orphelins envoyés sur les îles par l’Église et l’épouvantable maladie d’Alzheimer qui avait affecté mon propre père ; puis dans le troisième volume, Le Braconnier du lac perdu, des thèmes inspirés de ma propre adolescence, lorsque je jouais dans un groupe de rock. Chacun de ces trois livres a reçu un prix littéraire en France et a fait partie des sélections finales de plusieurs récompenses en Grande-Bretagne. L’Île des chasseurs d’oiseaux a remporté le Barry
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Award du meilleur polar 2013 aux États-Unis. Ces trois livres ont été traduits dans plus de vingt pays, et plus d’un million d’exemplaires de la trilogie ont été vendus à ce jour en Grande-Bretagne – le pays qui à l’origine n’en voulait pas. Peter May Juin 2014 Traduit de l’anglais par Paula Chade
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Titre original : The Blackhouse © Éditions du Rouergue, 2009 www.lerouergue.com
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Pour Stephen, avec qui j’ai voyagé sur ces routes heureuses.
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Voici la terre du bonheur perdu, Je la vois dans toute sa simplicité, Les routes heureuses où j’allais Et où je ne peux revenir. Extrait de Souvenir des collines bleues par A. E. Housman
Tri rudan a thig gun iarraidh: an t-eagal, an t-eudach ‘s an gaol. (Trois choses qui arrivent sans qu’on demande : la peur, l’amour et la jalousie.) Proverbe gaélique
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Prologue Ce sont des enfants. Seize ans. Échauffés par l’alcool et excités par l’approche du sabbat, ils s’enfoncent dans l’obscurité. Contrairement à d’habitude, la brise est légère et, pour une fois, tiède, comme un souffle sur la peau, doux et attirant. Dans le ciel d’août, une fine brume masque les étoiles mais la lune, aux trois quarts pleine, parvient tout de même à projeter sa lumière fantomatique sur le sable laissé humide par la marée descendante. Avec douceur, la mer va et vient sur la plage. L’écume phosphorescente libère des bulles argentées qui restent accrochées au sable doré. Ils dévalent la route qui descend du village. Le sang leur bat les tempes avec force, comme des vagues s’écrasant au pied d’une falaise. À leur gauche, dans le port minuscule, la houle fait éclater en morceaux le reflet de la lune. Ils perçoivent les gémissements des petits bateaux tirant sur leurs amarres. Leurs coques s’entrechoquent et se bousculent dans le noir, comme des enfants jouant des coudes pour se faire de la place. Tout en tenant sa main dans la sienne, Uilleam sent son appréhension. Il a goûté la douceur de l’alcool mêlée à son souffle et l’urgence de son baiser. Il sait que ce soir elle sera à lui. Mais le temps presse. Le sabbat est proche. Trop proche. Il regarde sa montre à la dérobée avant qu’ils ne laissent derrière eux les lumières de la rue. À peine une demi-heure. Ceit respire fort. Effrayée, non pas par le sexe, mais par son père qu’elle s’imagine, assis à côté du feu, en train de regarder
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mourir les braises du foyer qui, comme à l’accoutumée, s’éteindront vers minuit, avant que ne débute le jour de repos. Elle peut presque ressentir son impatience qui se transforme peu à peu en colère tandis que l’heure tourne et qu’elle n’est toujours pas rentrée. Sur cette île dévote, rien ne change. Ses pensées se bousculent, luttent pour se faire une place au milieu du désir qui s’est immiscé dans sa tête et de l’alcool qui émousse sa résistance. Il y a à peine quelques heures, ce samedi soir semblait pouvoir durer éternellement. Mais le temps passe si vite lorsqu’on en a peu. Et là, ils n’en ont plus. La panique et la passion montent à l’unisson dans sa poitrine tandis qu’ils se glissent, près de l’eau, à l’ombre d’un vieux chalutier presque couché sur les galets. À travers la partie du hangar à bateaux en ciment située à l’air libre, ils voient la plage en contrebas qu’encadrent des fenêtres sans carreaux. La mer semble éclairée de l’intérieur, presque lumineuse. Uilleam lâche sa main et fait glisser la porte en bois, juste assez pour qu’ils puissent passer. Il pousse Ceit à l’intérieur. Le local est sombre. Une forte odeur de gasoil, d’eau salée et d’algues emplit l’air, comme le parfum aigre du sexe adolescent, bâclé. L’ombre d’un bateau posé sur sa remorque se découpe au-dessus d’eux, deux petites fenêtres rectangulaires semblent surveiller la côte. Il la plaque contre le mur et aussitôt elle sent sa bouche sur la sienne, sa langue qui force le passage entre ses lèvres et ses mains qui lui saisissent les seins. Cela lui fait mal et elle le repousse. « Pas comme une brute. » Le bruit de sa respiration retentit dans l’obscurité. « On n’a pas le temps. » Elle sent la tension dans sa voix. Une tension masculine, faite à la fois de désir et d’anxiété. C’est alors qu’elle commence à regretter. Est-ce qu’elle veut vraiment que sa première fois ressemble à ça ? Quelques instants glauques dans un hangar à bateaux délabré ? « Non. » Elle le pousse sur le côté et s’éloigne vers la fenêtre pour y trouver un peu d’air. S’ils se dépêchent, ils peuvent encore être de retour avant minuit.
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Elle perçoit alors une présence, molle, froide et lourde et, au même instant, elle voit une forme noire émerger de l’obscurité. Elle laisse échapper un cri. « Nom de Dieu, Ceit ! » Uilleam s’approche d’elle. De la frustration se mêle maintenant à son désir et à son angoisse. Soudain, ses pieds se dérobent comme s’il venait de marcher sur de la glace. Il tombe et son coude encaisse tout le choc. La douleur lui transperce le bras. « Merde ! » Le sol est couvert de gasoil. Il sent l’arrière de son pantalon s’en imprégner petit à petit. Il en a sur les mains. Sans réfléchir, il fouille ses poches à la recherche de son briquet. Ce n’est que lorsqu’il fait tourner la molette avec son pouce et que la flamme apparaît qu’il réalise le risque de se transformer en torche vivante. Mais il est trop tard. La lumière jaillit soudainement dans le noir. Il se protège avec ses bras. Mais les vapeurs de gasoil ne s’enflamment pas. Rien ne s’embrase. La lueur de la flamme révèle alors un spectacle si ignoble que son esprit a du mal à saisir. L’homme est pendu par le cou aux poutres de la charpente, une corde effilochée en plastique lui fait pencher la tête d’une étrange manière. C’est un homme de grande taille, complètement nu, la chair bleuâtre de sa poitrine et de ses fesses pend en plis, comme un costume deux fois trop grand. Des boucles lisses et brillantes s’échappent d’une entaille qui traverse son ventre d’un côté à l’autre et restent suspendues entre ses jambes. Son ombre, projetée sur les murs graffités et décrépis, danse au rythme de la flamme comme si des fantômes fêtaient l’arrivée d’un nouveau venu. Derrière le corps, Uilleam aperçoit le visage de Ceit. Pâle, les yeux cernés, pétrifié par l’horreur. Pendant quelques instants, il se persuade que la flaque de gasoil autour de lui est du carburant agricole, teint en rouge par l’accise pour signifier qu’il est libre de taxes. Mais il finit par se rendre compte que c’est en fait du sang, épais, poisseux et qui, déjà, sèche et brunit sur ses mains.
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