Le sort des villes moyennes Rôle des discours institutionnels dans la fabrique des villes dites «moyennes»
Romane Adam - projet de thèse - septembre 2020 - DPEA Recherche en architecture - laboratoire LAA
2
Romane Adam
projet de thèse - septembre 2020
DPEA Recherche en architecture - LAA
Avant-propos En école d’architecture, la découverte de la notion de récit urbain m’a fait comprendre l’importance du discours sous toutes ses formes dans la fabrique de la ville. Durant l’écriture de mon mémoire de fin d’études, j’ai eu l’opportunité d’interroger à la fois les discours des usagers de l’espace urbain étudié mais aussi ceux des politiques. Ce qui m’intéressait dès lors était la nécessité de qualifier la ville, en posant les mots dessus, pour en offrir une lecture plus éclairée. L’étude que je souhaite poursuivre aujourd’hui se situe du côté de celles et ceux qui forment le récit. Alors que mon regard de jeune architecte me permet d’avoir une lecture de la ville informée et sensible à différents aspects (les usages, les normes, les ambiances), mon objectif est de comprendre l’impact qu’une certaine idée de la ville peut avoir sur l’objet ville en lui-même. Travaillant actuellement auprès d’architectes urbanistes et paysagistes, il m’est apparu essentiel de comprendre ce versant du projet urbain. Le récit de la ville s’écrit bien avant que les acteurs du projet opérationnel ne s’en emparent. Cela traduit une idée avant tout politisée de la ville, en lien avec des enjeux hors des échelles locales, en prise avec des dynamiques mondiales. En matière de projet urbain, comprendre pleinement la commande politique revient à identifier ces différents enjeux. Cette recherche sera pour moi l’opportunité de démontrer l’importance de la prise de recul sur la commande urbaine par un éclairage anthropologique. Pour ce faire, l’objet d’étude choisi paraîtra certes ordinaire mais il informe, à mon sens, sur la puissance des enjeux politiques, même autour du plus petit des projets urbains.
Romane Adam
projet de thèse - septembre 2020
DPEA Recherche en architecture - LAA
3
On pensera peut-être que cette conquête est mineure, on aura tort, car nommer c’est dévoiler. Et dévoiler, c’est déjà agir. Simone de Beauvoir, à propos de l’entrée du mot “sexisme” dans le dictionnaire en 1978
4
Romane Adam
projet de thèse - septembre 2020
DPEA Recherche en architecture - LAA
Sommaire 3
Avant- Propos
6
1. Objet
8
2. Contexte
2.1 L’évolution des politiques de territoire 2.2 Le dispositif action coeur de ville 2.3 La crise sanitaire et les villes moyennes
12
3. Etat de l’art
14
4. Problématique
3.1 Les villes dites “moyennes” dans les politiques urbaines en france 3.2 La performativité du discours vue par les anthropologues
4.1 Les effets produits par les discours performatifs 4.2 La “ville moyenne” comme modèle urbain 4.3. L’objet-ville en prises avec les pouvoirs publics
16
5. Hypothèses
5.1. L’expression “ville moyenne” désigne un modèle urbain qui rend possible l’action publique de “revitalisation” 5. 2 En politique urbaine, comme en sorcellerie, la parole c’est l’action
20
6. Méthodologie
6.1. Pré-terrain 6.2. Corpus d’archives 6.3. Enquête auprès des acteurs institutionnels 6.4. Enquête en « paysage intertextuelle »
24
7. Calendrier
26
8. Bibliographie
Romane Adam
projet de thèse - septembre 2020
DPEA Recherche en architecture - LAA
5
Cette recherche a pour objet d’étude les villes dites “moyennes”. Depuis les années 1970 en France, les politiques comme les scientifiques tentent de définir ce qu’est une ville “moyenne”. Lorsque j’évoque mon objet de recherche avec mon entourage, la première question que l’on me pose est la suivante : “C’est quoi au juste, une “ville moyenne” ; c’est combien d’habitants ?”. Il semble qu’il est d’usage d’estimer l’importance d’une ville par le prisme de son poids démographique. Une ville dite “importante” (c’est-à-dire une ville où on trouve de l’emploi, des structures d’enseignement supérieur, un accès aux transports, etc.) concentre plus de personnes qui y vivent et y travaillent. Une ville dite “moyenne”, nous expliquait la DATAR1 dans son étude sur le sujet en 2014, contient entre 20 000 et 200 000 habitants. Cette approche entraîne des confusions, avec un risque de voir la catégorie “ville moyenne” empiéter sur la catégorie “petite ville”. Elle ne nous éclaire pas non plus sur la taille en terme de surface, alors que les anglo-saxon traduisent l’expression ville moyenne par middle-sized city. Afin de mieux cerner l’objet considéré, une autre approche est donc nécessaire, celle des géographes. La ville “moyenne” se situe en marge des métropoles, et fait figure d’intermédiaire avec les espaces ruraux. Mais à nouveau, l’objet de cette recherche échappe à une définition claire, tant les situations sur le territoire sont diversifiées : par exemple, une ville dite “moyenne” en Ile de France n’a rien à voir avec une ville comme Cahors (Lot, 46). Chaque situation, par son ancrage territorial, induit une histoire et un potentiel d’évolution différents. Pour englober toutes les villes moyennes de France, il faut donc faire une catégorie aux contours assez lâches. Les géographes, historiens, sociologues qui tentent de définir cette catégorie depuis la fin des années 1970, se heurtent à la volonté politique. L’objet ville “moyenne”, par sa nature indéfinissable, est une opportunité pour exercer des politiques d’aménagement diffuses sur l’ensemble du territoire, se basant sur le “standard métropolitain”. Par ailleurs, l’expression ville moyenne, par facilité de langage, est entrée depuis quelques décennies dans le vocabulaire des institutions, qu’elles soient politiques, scientifiques ou médiatiques. Ainsi, l’objet de cette recherche relève moins de la “ville moyenne” comme objet physique que de la “ville moyenne” comme notion. Nous admettrons donc comme “ville moyenne” les 222 villes bénéficiant depuis 2017 du programme national Action Coeur de Ville, qui vise à “revitaliser les villes moyennes”. Nous nous focaliserons donc sur l’emploi du terme “moyenne” dans les discours, et ce que cela dit de la ville en question.
6
Romane Adam
projet de thèse - septembre 2020
DPEA Recherche en architecture - LAA
1 - Objet
1 - Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale
Carte des 222 villes françaises bénéficiant du dispositif Action Coeur de Ville
Romane Adam
projet de thèse - septembre 2020
DPEA Recherche en architecture - LAA
7
2 - Contexte Depuis la fin de la période des Trente Glorieuses, qui s’est déroulée entre 1945 et 1975 dans la plupart des pays développés, dont la France, le devenir des villes “moyennes” est étroitement lié à l’essor des métropoles. A mesure que les politiques publiques se tournent vers l’Europe pour embrasser les effets de la mondialisation, ces villes, autrefois prospères, sont dépossédée de leur utilité productive. Les usines sont délocalisées, que ce soit en direction des périphéries des villes ou hors du territoire français, alors que les centresville - dits “coeurs de ville” - se vident : disparition des commerces de “proximité”, vacance des logements, vieillissement de la population. Ces différents symptômes apparaissent de manière claire dans les médias au début des années 2010. Nous pouvons y voir les conséquences des choix de politique d’aménagement du territoire, liés à une injonction à la mise en compétitivité des villes. A partir de 1983, l’Etat français met en place des lois de décentralisation visant, entre autre, à distribuer les compétences aux collectivités tout en renforçant la prise en charge des problèmes à l’échelle locale et les initiatives. Mais c’est avec la loi sur la métropolisation en 2014 que se révèlent les disparités grandissantes. Les politiques étant largement occupés à accompagner l’essor des métropoles françaises (telles que Marseille, Lyon, Toulouse, Bordeaux), dans un soucis permanent de se hisser au niveau des exigences économiques imposées par la mondialisation, les villes dites “moyennes” sont reléguées au second plan. On comprend que ces villes se dessinent en creux des métropoles, pour devenir un impensé des politiques du territoire. C’est ce que montrent du doigt les médias à partir des années 2010. On annonce dès cette époque la “disparition” de ces villes. C’est la mise en place du récit d’un phénomène de dévitalisation et de disparition des villes moyennes, justifiant à partir de 2017, la mise en place d’une action publique : le programme national Action Coeur de Ville. Ce regain d’intérêt de la part des politiques publiques montre que les villes moyennes n’étaient pas ou peu prises en compte lors de la mise en place de politiques de décentralisation dans les années 1980 puis de métropolisation depuis les années 2010. Depuis quelques années, les discours des médias qui dénoncent la mise à l’écart des villes moyennes dans le contexte de mise en concurrence des métropoles, portent indirectement la volonté nouvelle de L’Etat de corriger cette tendance. Au-delà d’une défaillance de soins apportés à la ville dite “moyenne”, c’est son image qui se ternit au fil des décennies. Alors qu’elle a joué un rôle majeur durant les Trente Glorieuses dans l’accompagnement de l’exode rural et de la modernisation du pays, on y observait une meilleure “qualité de vie”. La ville “moyenne” souffre aujourd’hui de 8
Romane Adam
projet de thèse - septembre 2020
DPEA Recherche en architecture - LAA
2.1 - L’évolution des politiques de territoire
Extraits visuels d’articles portant sur les villes moyennes en 2018
Romane Adam
projet de thèse - septembre 2020
DPEA Recherche en architecture - LAA
9
sa “dévitalisation” ; on est passé de l’image d’une ville où il fait bon vivre, qui participa longtemps à l’identité de la France, à celle d’une ville loin de tout, où plus rien ne se passe. Depuis quelques années, ce sont les élus locaux eux-mêmes qui souhaitent changer l’image de leur ville, à commencer par l’abandon de la terminologie “moyenne” : en 2014, la Fédération des villes moyennes est devenue “Villes de France”, avec une volonté clairement exprimée par ses membres de mettre en valeur le rôle de leur ville dans le territoire.
En 2014, la DATAR publie les résultats d’une recherche minutieuse sur l’état des villes dites “moyennes”, documentée en tableaux de chiffres, diagrammes et cartographies évolutives entre les années 1970 et 1990. Telle une mauvaise élève qui “peut mieux faire”, la ville “moyenne” est montrée à la fois comme un sujet de préoccupation prioritaire et un objet au fort potentiel à exploiter. C’est ce diagnostic qui semble avoir impulsé dès lors l’action public.
2.2 - Le dispositif Action Coeur de Ville
Le “déclin” des villes moyennes se dessine en creux des discours portés depuis 2017 par le ministère de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales. Avec la mise en place du programme national Action Coeur de Ville, les politiques publiques ambitionnent de revitaliser quelques 222 villes en France. L’injonction est faite aux élus de rendre leur ville “moyenne” plus attractive, quitte à surévaluer parfois leurs réelles potentialités. Le dispositif entend consacrer cinq milliards d’euros de subvention aux projets de revitalisation qui se dérouleront de 2017 à 2021. Pour cela, l’aide de l’Etat est mobilisée, ainsi que différentes sources de subvention : la caisse des dépôts de la Banque des Territoires, l’Agence Nationale pour l’Amélioration de l’Habitat, Action Logement. L’objectif annoncé est d’ “améliorer les conditions de vie des habitants des villes moyennes et conforter le rôle de moteur de ces villes dans le développement du territoire”. Le dispositif est présenté comme un outil à destination des élus, afin d’inscrire leur ville dans un “projet de territoire”, structuré autour de cinq axes majeurs :
Il est urgent que ces villes puissent à nouveau définir de manière claire, et dans le cadre d’un partenariat avec l’ensemble des échelons institutionnels (pays et intercommunalités, départements, régions, Etat), de véritables stratégies territoriales appuyées sur un programme d’actions et d’équipements structurants.
- réhabilitation-restructuration de l’habitat en centre-ville ; - développement économique et commercial équilibré ; - accessibilité, mobilité et connexions ; - mise en valeur de l’espace public et du patrimoine ; - accès aux équipements et aux services publics. A la fois ressource financière et support d’expertise, le dispositif Action Coeur de Ville accompagne les élus à toutes les étapes de la démarche de “revitalisation” de leur ville à la suite de la signature d’une convention-cadre. Dans un soucis de décentralisation et de déconcentration des moyens et pouvoirs, la gouvernance du programme se fait à l’échelle nationale comme à l’échelle locale. 10
Romane Adam
projet de thèse - septembre 2020
DPEA Recherche en architecture - LAA
Extrait du compte rendu de la DATAR, Les villes moyennes françaises Enjeux et perspectives, Collection TRAVAUX Dirigée par Sylvie Esparre
2.3 - La crise sanitaire et les villes moyennes
Alors que l’épidémie liée au Covid-19 bouleverse à tous les niveaux possibles de la société (travail, alimentation, hygiène, rapports sociaux, etc.), c’est sur la question de l’habitat que je souhaite m’attarder afin de remettre en perspective mon objet de recherche. La mesure de confinement, mise en place du 17 mars 2020 au 11 mai 2020, a permis à de nombreux français de se questionner sur leur habitat, notamment sur la part d’espace naturel auquel il pouvait avoir accès. Depuis, la montée en puissance de la pratique du télé-travail, combinée à un désir d’une meilleure “qualité de vie”, ont placé les villes dites “moyennes” sur le devant de la scène. Jusqu’à cette période, celles ci n’étaient mobilisée par les médias que pour déplorer un abandon par l’Etat, une dévitalisation des centres-villes et voir même une disparition imminente des villes “moyennes”. Depuis le printemps 2020 fleurissent dans les journaux des articles proposant de dresser la liste des villes “où il fait bon vivre”. La ville dense est perçue comme dangereuse et difficile à contrôler en période d’épidémie (ce qui ne se révèle pas toujours vrai), tandis que la ville moyenne revêt désormais l’image d’un havre de paix, lieu de “proximité”, proche de la nature. Les récits du chamboulement de couples choisissant de “tout quitter” pour rejoindre une ville “moyenne” se multiplient. La ville “moyenne” est devenue une sorte d’intermédiaire écologique face à l’éternel dichotomie entre ville et nature. Elle continue aujourd’hui d’être définie à travers des statistiques (en terme d’emploi, de surface d’espace naturel, de prix du foncier), qui placent la ville “moyenne” en permanence entre deux extrêmes. De ce fait, ces villes ne constituent pas encore des références les unes par rapport aux autres - elles ne sont d’ailleurs que peu comparées aux situations analogues dans des pays étrangers - ce qui rend difficile leur évaluation, tant elles pâtissent de la comparaison avec les grandes villes. Cette brève analyse du contexte à la fois historique, politique et sociétal de mon objet de recherche m’a permis de comprendre les temps forts de l’évolution de la notion de “ville moyenne”. Nous pouvons souligner que depuis la fin des Trente Glorieuses, les regards se tournent vers les villes “moyennes” en même temps qu’elles sont nommées ainsi. Elle se définissent dès lors en négatif des qualités propres aux métropoles, que ce soit pour véhiculer un imaginaire positif (qualité de vie proche de la campagne) ou péjoratif (tendance à disparaître). Notons par ailleurs que le programme Action Coeur de Ville semble aller dans la direction d’une politique basée sur le modèle métropolitain. Cette “remise en marche forcée” interroge sur la capacité du dispositif à fournir en cinq années les réponses adéquates à la diversité des problèmes que rencontrent les villes dites “moyennes”. Romane Adam
projet de thèse - septembre 2020
DPEA Recherche en architecture - LAA
11
Dans le cadre de cette recherche, je souhaite mettre en tension deux domaines scientifiques autour de mon sujet : l’étude des villes moyennes à travers les politiques urbaines en France et l’étude anthropologique de la performativité des discours. L’objectif recherché est de mêler une approche concrète propre au regard de l’architecte avec une approche discursive de l’objet d’étude.
3 - Etat de l’art
Les études menées par la DATAR entre 1963 et 2014 sont un matériau précieux qui permettent de saisir l’état des villes dites “moyennes” en France. Cette ancienne administration française en charge de l’orientation et de l’application des politiques d’aménagements urbains fait écho à la volonté politique d’après-guerre de mettre en place un véritable “projet de territoire”. Son rôle majeur dans l’accompagnement des décisions gouvernementales montre la volonté politique de l’époque de recueillir des données sur l’ensemble de territoire et de porter des actions. Les derniers résultats publiés portent sur des données démographiques et économiques, afin de rendre compte de l’évolution des villes moyennes dans le contexte social actuel, radicalement différent de la période des Trente Glorieuses où elles ont prospéré. Les “orientations pour l’action” en deuxième partie de publication seront un contenu précieux pour comprendre les choix de thématiques décrites dans le programme Action Coeur de Ville.
3.1 Les villes dites “moyennes” dans les politiques urbaines en France
Par ailleurs, des références d’ouvrages plus anciens, abordant mon objet d’étude sous un angle historique et géographique, servent à appréhender l’idée de la ville “moyenne” dans les années 1970. Michel Michel1, de par son regard aiguisé et critique sur le sujet, est la référence pour mettre en perspectives les politiques publiques menées depuis cette époque. Plus récemment, au début des années 2010, Frédéric Santamaria2 nous propose une vision d’ensemble sur la question et Loïc Vadelorge3, d’un point de vue d’historien, montre les manières dont les pouvoirs publics s’en saisissent. Philippe Estèbe4, géographe, offre un regard actualisé sur les politiques territoriales en France, pour questionner la place de la ville “moyenne” dans un contexte de métropolisation. Enfin dernièrement, la conférence POP’SU de Sylvie Fol, “les villes petites et moyennes, territoire émergents de l’action publique”, souligne la nécessité de détourner l’attention politique, focalisée depuis trop longtemps sur les métropoles. Émerge alors dans le débat scientifique sur les ville moyennes la confrontation des savoirs scientifiques avec les savoirs opérationnels, basée sur des études de cas.
12
Romane Adam
projet de thèse - septembre 2020
DPEA Recherche en architecture - LAA
1- Michel Michel, « Ville moyenne, ville-moyen », in Annales de géographie, n°478, 1977, pages 641 à 685 2 - Frédéric Santamaria, « Les villes moyennes françaises et leur rôle en matière d’aménagement du territoire : vers de nouvelles perspectives ? », Norois [En ligne], 223 | 2012, mis en ligne le 28 février 2014, consulté le 04 juin 2020. URL : http://journals.openedition. org/norois/4180 ; DOI : https://doi. org/10.4000/norois.4180 3 - Loïc Vadelorge, Les villes moyennes ont une histoire Dans L’Information géographique 2013/3 (Vol. 77), pages 29 à 44 4 - Daniel Behar, Philippe Estèbe, «Les villes moyennes, espaces en voie de disparition ?», in Le Monde, 12 mars 2014
3.2 La performativité du discours vue par les anthropologues
Comme mentionné en introduction de mon objet d’étude, je m’attacherai à comprendre ce que l’expression moyenne fait à l’objet-ville auquel elle est attachée. Je soutiens l’idée que la manière dont nous parlons d’une ville conditionne la manière dont elle sera perçue, conçue et vécue. Afin de comprendre les mécanismes du discours institutionnel autour de mon objet d’étude, il me semble nécessaire de faire un pas de côté vis-à-vis des champs de recherche abordés. Dans le cadre de cette thèse, l’enjeu ici est de montrer l’intérêt d’une approche anthropologique sur la fabrique urbaine par les discours.
5 - Jeanne Favret-Saada, Les mots, la mort, les sorts, Gallimard, 1977 6 - J. L. Austin, Quand dire, c’est faire, éditions du Seuil, 1970
7 - Yankel Fijalkow (dir.), Dire la ville c’est faire la ville. La performativité des discours sur l’espace urbain, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2017 8- Sylvie Tissot, L’État et les quartiers, genèse d’une catégorie de l’action publique, Paris, Seuil, Collection Liber, 2007
Dans son ouvrage sur la sorcellerie en Mayenne dans les années 19605, Favret-Saada mène une enquête ethnographique éclairante sur le rôle de la parole dans les jeux de pouvoir. Elle s’attache à montrer le rôle de la parole dans l’acte magique à travers une étude de la communication hors norme. Mais nous ne manquerons pas ici de faire le parallèle entre sorcellerie est politique, à mesure que nous comprenons que la parole, au-delà d’être informative, est performative. Sur ce thème précis, le philosophe du langage ordinaire J.L Austin a ouvert la voie en 1970. Son ouvrage Quand dire c’est faire6 est une référence indispensable pour nous introduire à la théorie des actes de langage. Partant de l’exemple du mariage et de la formule rituelle “je vous marie” prononcée par le maire, l’auteur déconstruit la notion d’affirmation et nous montre comment certains énoncés peuvent devenir des actes. Depuis quelques années, la communauté scientifique se penche sur la question des politiques urbaine, dans un contexte de renouvellement urbain. Les chercheurs en urbanisme s’interrogent sur le devenir de quartiers populaires, longtemps délaissés par les pouvoirs publics et sujets aujourd’hui d’opération de rénovation. Nous pouvons nous appuyer sur cette analyse de la mise en place des projets urbains, sujets plus proche de l’objet de cette thèse, bien que les situations étudiées ne soient comparables que par leur caractère d’impensé du projet de ville. Yankel Fijalkow interroge dans ses recherche l’évolution des paradigmes des politiques urbaines. L’ouvrage collectif qu’il a dirigé sur la performativité des discours dans l’espace urbain7 part du postulat que l’urbanisme se nourrit des discours et transforme, de ce fait, la ville. Sur le rôle de la parole du chercheur vis-à-vis de la parole politique, Sylvie Tissot questionne dans l’Etat et les quartiers8 une catégorie de l’action publique qui crée par les discours les conditions de sa propre intervention.
Romane Adam
projet de thèse - septembre 2020
DPEA Recherche en architecture - LAA
13
La ville “moyenne” se façonne au gré des discours institutionnels, qu’ils soient portés directement par les politiques ou véhiculés dans les médias. Les effets de ces discours se font sentir a posteriori, en engendrant des solutions à des problèmes clairement identifiés : la disparition de ces villes, la dévitalisation des centres, le vieillissement de la population, la vacance immobilière. C’est dans ce terreau médiatique que le politique se positionne publiquement. Il produit alors une réponse, dont la formulation même permet de ne jamais douter de sa pertinence : adhérer à un programme de “revitalisation” des villes dites “moyennes”, c’est adhérer à l’idée que ces villes ont été à un moment dévitalisées.
14
4 - Problématique
4.1 Les effets produits par les discours performatifs
Le “projet de territoire”, mobilisé par les élus locaux comme par les politiques au niveau national, prédomine le projet opérationnel. A travers le débat scientifique autour de la définition de la ville dite “moyenne” depuis la fin des années 1970, c’est la nécessité de créer une catégorie qui est en jeu. Pour faire un projet d’ensemble sur le territoire, il faut être en mesure d’exercer une action globale, via des cadres clairs et définis en amont. Il ne s’agit plus de faire des villes multiples mais de diffuser un modèle efficient de ville. En France, le modèle métropolitain est celui qui domine la conception des grandes villes.
4.2 La “ville moyenne” comme modèle urbain
La notion de « sort » revient dans les discours médiatiques et induit un rapport unilatéral de force entre la ville physique et la ville pensée par des élus. Par ailleurs, l’histoire de la ville aujourd’hui dite “moyenne” nous a montré qu’elle ne se définit comme telle qu’à partir de l’existence de contrepoints majeurs que sont les métropoles. A partir du moment où elle a perdu son utilité productive, la ville “moyenne” ne se regarde que depuis la grande ville, et perd tout pouvoir à l’échelle du territoire. La volonté politique de s’occuper des villes “moyennes” se fait en permanence au regard d’entités plus grandes, dans un soucis, par exemple, de palier aux “fractures sociales” devenues trop visibles.
4.3. L’objet-ville en prises avec les pouvoirs publics
Romane Adam
projet de thèse - septembre 2020
DPEA Recherche en architecture - LAA
Au fil des discours, l’expression « ville moyenne » renvoie à diffrentes perceptions de l’objet, faisant échos soit à un oubli, soit à un regain d’intérêt des politiques urbaines. Avec le début des actions de revitalisation des villes dites « moyennes », il apparaît que les discours institutionnels ont un impact sur leur perception et leur transformation. De par le contexte sanitaire actuel, cette notion interpelle de nouveau l’imaginaire commun, notamment dans les médias, avec la perspective séduisante d’une fuite des métropoles surpeuplées vers des villes « moyennes ». Malgré le caractère “ordinaire” des villes “moyennes” vis-à-vis des métropoles, cet objet nous donne l’opportunité d’interroger le projet de territoire dans lequel elles jouent un rôle, même lorsqu’elles ont été relayées au second plan. L’enjeu sera de comprendre pourquoi mais surtout de quelle manière les politiques se saisissent d’un sujet apparemment jusqu’ici délaissé, en posant la question suivante : En quoi les discours institutionnels définissent-ils les cadres opérationnels du «sort» des villes dites «moyennes» ?
Romane Adam
projet de thèse - septembre 2020
DPEA Recherche en architecture - LAA
15
Les hypothèses sont la traduction de la mise en tension des deux domaines d’études présentés précédemment dans l’état de l’art. Je m’attacherai à mettre en évidence d’une part la naissance d’un modèle urbain, et en quoi son existence est nécessaire à l’élaboration d’un discours politique d’autre part. Pour cela, je m’appuierai principalement une lecture critique du programme Action Coeur de Ville.
5 - Hypothèses
5.1. L’expression “ville moyenne” désigne un modèle urbain qui rend possible l’action publique de “revitalisation” La création d’un dispositif d’aide aux villes dites “moyennes” les fait non seulement exister en tant que telles, mais participer aussi à élaborer la “ville moyenne type”. En effet, la convention-cadre signée entre les différents partis (l’Etat, les financeurs, les élus locaux) implique une adhésion à des critères afin que la ville soit en droit de bénéficier du dispositif d’aide Action Coeur de Ville. Aujourd’hui, toute aire urbaine regroupant 20 000 à 200 000 habitants se réclame du label “ville moyenne”. Mais la lecture du dossier de présentation nous apprend qu’elle doit montrer son potentiel d’évolution vis-à-vis des cinq chantiers évoqués précédemment (habitat, commerce, mobilité, espace public, services). Ces critères d’éligibilité sont une première définition sclérosante de ce que doit être une ville pour être “ville moyenne”. Ils posent les cadres restreints de l’action publique tout en permettant d’en évaluer les résultats. Les attendus de l’action publique se rapportent en chiffres : subventions obtenues, coûts engagés et échéances du calendrier. Nous constatons que l’action n’a lieu qu’au terme d’une définition stricte des cadres opérationnels, en ne tenant que très peu compte de la ville physique. Celle-ci est identifiée par le numéro de son département, sa région, son intercommunalité et son nom propre. Nous pouvons avancer que l’action publique se réalise moins sur la base d’un site appréhendé physiquement que sur un modèle à suivre. Cela facilite une action d’ampleur pour, rappelons-le, “un projet de territoire”. Notons que la notion de moyenne, comme concept social et statistique, renvoie à l’expression d’une quantité à mi-chemin entre deux extrêmes. Elle est un outil de mesure pour lisser des données numériques et faire émerger une réalité relative au plus grand nombre d’objets. Ces quelques éléments nous permettent d’avancer l’existence d’un modèle à suivre justifie des actions publiques d’ampleur. Au-delà de ça, la mise en évidence de villes non-conformes au modèle choisi est la première des actions politiques à l’oeuvre. Il convient de rappeler que la notion de “revitalisation” implique une “dévitalisation” préalable, rendant nécessaire l’intervention publique. Mais il faut, 16
Romane Adam
projet de thèse - septembre 2020
DPEA Recherche en architecture - LAA
pour admettre l’existence du problème urbain, qu’un idéal auquel souscrire soit clairement identifié. L’énonciation de l’acte de revitalisation des villes dites « moyennes » n’est donc possible que dans un cadre pré-établis à l’oral et à l’écrit. Ce cadre a été discuté par les décideurs politiques et formalisé sous forme écrite dans un dossier de convention-cadre. La définition de la notion de ville moyenne se dessine en filigrane dans le guide du programme national Action Coeur de Ville. Il formalise une idée de la ville “moyenne”, autant dans sa mise en forme que dans le contenu des propos.
Extraits visuels du dossier de présentation Action Coeur de Ville, 2019
Romane Adam
projet de thèse - septembre 2020
DPEA Recherche en architecture - LAA
17
5. 2 En politique urbaine, comme en sorcellerie, la parole c’est l’action Pour cette hypothèse, je m’appuierai en partie sur l’ouvrage de Jeanne Favret-Saada, les mots, la mort, les sorts1 qui analyse comment les mots forment et dénouent des “sorts” et la manière dont ils impliquent les différents protagonistes. Dans le cas du projet urbain, nous constatons que c’est une situation analogue. Il apparaît que les discours médiatiques sont à la fois cause et conséquence de la mise en place de programme de revitalisation. En dénonçant un délaissé des villes “moyennes”, ils montrent un acte passé tout en légitimant celui à venir. Les politiques mobilisent à leur tour le récit d’un délaissement qui ne peut plus durer, tout en soumettant aux villes en question les solutions toutes faites. Le concept de la “boîte à outil” est régulièrement mobilisé dans les dossiers de présentation du dispositif Action Coeur de Ville, donnant aux élus l’impression qu’ils disposent de toutes les ressources nécessaires pour agir sur leur ville. Faisant la promotion d’un accompagnement personnalisé à toutes les étapes du projet, le concept de la boîte à outil devient vecteur de standardisation dès lors qu’elle reste la même pour tous. Comme évoqué dans la mise en contexte de mon objet de recherche, la ville dite “moyenne” évolue en subissant les dynamiques territoriales qui l’ont écartée de la vie économique du pays depuis la fin des années 1970. Elle est muette dans une situation d’énonciation où elle se trouve pourtant impliquée. Les discours, en ne la désignant pas durant quelques décennies, sont le fruit d’une décision d’occultation, qui met en lumière d’autres morceaux plus importants du territoire, les métropoles. “L’acte magique” des discours politiques est celui qui porte en actions ce que les mots vont s’attacher à décrire. La puissance des discours institutionnels consiste à annoncer ce qui est à l’oeuvre avant même qu’il ne le soit. Alors qu’on annonce qu’il faut revitaliser les villes moyennes, celles-ci sont perçues non seulement comme “moyennes”, mais surtout immédiatement comme dévitalisées. On pose alors les cadres de l’action de résolution. L’acte est d’autant plus magique qu’il est bienfaiteur. Le politique se positionne comme porteur de solution, à l’endroit même où il aura identifié le problème par lui-même.
18
Dans le cadre de l’étude urbaine, l’enquête autour du discours institutionnel permet de montrer les différents niveaux auquel il participe à la fabrique urbaine : il touche d’abord à l’opinion publique (les villes moyennes ont la réputation des espaces en voie de dévitalisation), il fait le diagnostic préalable au projet urbain, et indique la voie à suivre en décrivant un modèle idéal : la ville moyenne, où il fait bon vivre, avec un coeur de ville dynamique, proche de la nature, attractive. Romane Adam
projet de thèse - septembre 2020
DPEA Recherche en architecture - LAA
1 - Jeanne Favret-Saada, Les mots, la mort, les sorts, Gallimard, 1977
Extrait visuel du dossier de présentation Action Coeur de Ville : l’élu est accompagné pas à pas dans les démarches pour une revitalisation de sa ville
Romane Adam
projet de thèse - septembre 2020
DPEA Recherche en architecture - LAA
19
Dans cette recherche, je m’attacherai à identifier tous les protagonistes de la fabrique urbaine par le discours performatif. Nous le constatons dans le contexte actuel de crise sanitaire et environnementale, le crédit du discours politique peut être remis en doute dans l’opinion publique, au bénéfice du corps scientifique. Le rôle des architectes urbanistes et des paysagistes est à considérer : expert du projet urbain et de territoire, il peut être amené à conseiller les élus. Se profile ainsi un schéma circulaire, dans lequel l’acteur qui fait la ville, souffle l’idée qu’il en a, à l’acteur qui dit la ville.
6 - Méthodologie
Afin de répondre à la problématique énoncée, je mène une enquête ethnographique qui porte sur le dispositif Action Coeur de Ville, terrain d’enquête pressenti pour cette recherche. Ce choix de ce terrain extraterritorial me permet d’articuler différentes échelles de la décision politique dans mon analyse. Cette première étape permettra d’aborder le terrain d’enquête choisi. J’envisage tout d’abord de procéder à une analyse sémantique de la notion de “ville moyenne”, en mettant en évidence la pluralité des définitions auxquelles renvoie le terme “moyenne”. Au-delà de la valeur statistique évoquée précédemment, le terme offre une valeur qualitative à l’objet auquel il est associé. “Average”, traduit en français par “moyenne” est également synonyme de “normal”, “ordinaire”, “médiocre”.
6.1. Pré-terrain
Ensuite, il est nécessaire de procéder à l’analyse des données INSEE dont nous disposons sur les villes moyennes et qui sont couramment utilisées dans les diagnostics qui orientent ensuite les projets urbains. L’idée ici n’est pas de regarder les chiffres mais les catégories, les critères choisies, les choix de comparaison, etc. Je propose au préalable d’effectuer un travail de consultation des archives afin de suivre l’évolution de mon objet de recherche dans les médias. Je souhaite faire émerger les premiers emplois de l’expression « ville moyenne », afin de vérifier en premier lieu si l’expression a émergé au moment où les politiques urbaines se sont tournées vers les métropoles. Il s’agira ensuite de comprendre l’évolution de l’imaginaire auquel elle se rapporte, les connotations qu’elle revêt, à travers les notions avec lesquelles elle est associée : la disparition puis la revitalisation. Ce corpus sert à établir un état des lieux de l’opinion publique en identifiant l’idée que l’on se fait de la ville moyenne par les discours médiatiques. Cette première recherche sera également l’occasion de vérifier si la naissance de la ville moyenne comme concept politique et urbain est à mettre en corrélation avec les premières remises en causes des politiques de territoire par les scientifiques. Les articles traitant des “villes où il fait bon vivre” fleurissent depuis le début de la crise sanitaire liée au Covid-19. 20
Romane Adam
projet de thèse - septembre 2020
DPEA Recherche en architecture - LAA
6.2. Corpus d’archives
Extraits visuels du dossier de présentation Action Coeur de Ville, 2019
Extrait visuel des tableaux de la DATAR, basés sur les données INSEE
Romane Adam
projet de thèse - septembre 2020
DPEA Recherche en architecture - LAA
21
L’enjeu sera de prendre en compte ce nouvel élément de discours qui incite à quitter les grandes villes jugées trop denses.
Cette enquête a pour rôle d’aider à comprendre la « situation d’énonciation » propre à la rédaction du dossier de présentation du programme Action Coeur de Ville. En effet, nous avons vu précédemment que ce dispositif d’aide spécifique aux villes “moyennes” est le résultat de volonté politique lié à une certaine lecture du territoire français. Je m’attacherai à définir qui porte le discours émergent sur les villes “moyennes”, et les intérêts qui motivent cette prise de parole. Pour ce faire, j’envisage de mener une série d’entretiens semi-directifs auprès des acteurs institutionnels ayant participé à l’élaboration du programme Action Coeur de Ville : l’Agence Nationale de la Cohésion des Territoires (ANCT).
6.3. Enquête auprès des acteurs institutionnels
L’objectif des entretiens sera d’appréhender la manière dont les acteurs institutionnels évoquent le programme et, avec lui, la ville “moyenne”.
Enfin, je souhaite observer le dossier de présentation du dispositif ACV dans sa « matière textuelle » après avoir établi le postulat qu’il est le contenant des discours institutionnels. Il s’agira de prendre le dossier comme terrain où se déploie le discours institutionnel et d’y trouver des indications sur le contenu de ces discours. Le dossier en tant qu’objet physique est capable de nous fournir des informations sur l’idée de la ville “moyenne” qui y est conçue. Pour cela, une attention particulière sera portée à ce qui n’est pas dit et écrit ; Bruno Latour parle dans « La fabrique du droit » de « paysage intertextuel »1. L’exercice proposé est de considérer le dossier comme une matière textuelle à observer. Seront également pris en compte les dossiers sous leur forme virtuelle, leur accessibilité en ligne, leur ergonomie d’usage à l’écran ; tous les supports de consultation mais aussi les supports d’inscription, c’est-à-dire la manière dont il est convenu de remplir un dossier.
22
Romane Adam
projet de thèse - septembre 2020
DPEA Recherche en architecture - LAA
6.4. Enquête en « paysage intertextuelle »
1 -Bruno Latour, La fabrique du droit, une ethnographie du Conseil d’Etat, La Découverte, 2002
Schéma des jeux d’acteurs du plan Action Coeur de Ville ; relevé des discours des acteurs sur les villes dites «moyennes»
Romane Adam
projet de thèse - septembre 2020
DPEA Recherche en architecture - LAA
23
Dans ce calendrier prévisionnel de projet de thèse, nous prendrons en compte le calendrier politique lié au dispositif Action Coeur de Ville. J’envisage de poursuivre ma pratique d’architecte urbaniste en agence tout au long de la thèse, après l’établissement d’un accord avec mon employeur et mon directeur de thèse, sur la base d’un contrat en CIFRE. La première année sera consacrée à l’élaboration de mon sujet de recherche par la mise en place d’un état de l’art tel que mentionné dans mon projet. Cela sera l’occasion de préparer mon terrain en procédant à différentes analyses (sémantiques, d’archive) et à la préparation des entretiens que je souhaite mener. De ce fait, il sera nécessaire que mon terrain en «paysage intertextuel» début durant le deuxième semestre, afin de réunir de la matière pour réaliser ces entretiens. Dès la première année je prévois une pratique en enseignement. La deuxième année sera dédiée à l’enquête de terrain à proprement parler, avec la lecture analytique du dossier Action Coeur de Ville, en parallèle des entretiens avec les acteurs de la fabrique de la ville. Le travail d’analyse critique des données recueilli sur mon terrain s’effectuera en même temps que les entretiens. La troisième année sera entièrement consacrée à l’écriture de la thèse, avec, notons le, un retour à la construction du sujet, afin de remettre en perspective ma problématique avec les éléments de résultats.
24
Romane Adam
projet de thèse - septembre 2020
DPEA Recherche en architecture - LAA
7 - Calendrier
Romane Adam
projet de thèse - septembre 2020
DPEA Recherche en architecture - LAA
25
8 - Bibliographie Ministère de la cohésion des territoire et des relations avec les collectivités territoriales, Guide du programme national Action Cœur de Ville, mars 2019
8.1 - Dossiers
Sylvie Esparre, Nacima Baron-Yelles, Luc Pétrequin, Muriel Thoin, Les villes moyennes françaises Enjeux et perspectives, DATAR, collection Travaux, 2002 J. L. Austin, Quand dire, c’est faire, éditions du Seuil, 1970
8.2 - Ouvrages
Julien Gracq, La forme d’une ville, José Corti, 1985 Jeanne Favret-Saada, Les mots, la mort, les sorts, Gallimard, 1977 Yankel Fijalkow (dir.), Dire la ville c’est faire la ville. La performativité des discours sur l’espace urbain, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2017 Bruno Latour, La fabrique du droit, une ethnographie du Conseil d’Etat, La Découverte, 2002 Olivier Razemon, Comment la France a tué ses villes, éditien Rue de l’échiquier, 2012 Sylvie Tissot, L’État et les quartiers, genèse d’une catégorie de l’action publique, Paris, Seuil, Collection Liber, 2007 Daniel Behar, Philippe Estèbe, «Les villes moyennes, espaces en voie de disparition ?», in Le Monde, 12 mars 2014 Aurélien Delpirou, « Action cœur de ville : une réponse en trompel’œil à la crise des villes moyennes ? », Métropolitiques, 28 octobre 2019. URL : https://www.metropolitiques.eu/Action-coeur-de-Ville-une-reponse-entrompe-l-oeil-a-la-crise-des-villes.html Michel Michel, « Ville moyenne, ville-moyen », in Annales de géographie, n°478, 1977, pages 641 à 685 Frédéric Santamaria, « Les villes moyennes françaises et leur rôle en matière d’aménagement du territoire : vers de nouvelles perspectives ? », Norois [En ligne], 223 | 2012, mis en ligne le 28 février 2014, consulté le 04 juin 2020. URL : http://journals.openedition.org/norois/4180 ; DOI : https:// doi.org/10.4000/norois.4180 26
Romane Adam
projet de thèse - septembre 2020
DPEA Recherche en architecture - LAA
8.3 - Articles
Loïc Vadelorge, « Les villes moyennes ont une histoire », in L’Information géographique, 2013/3 (Vol. 77), p. 29 - 44 Claire Mallet , Associations d’élus - La Fédération des villes moyennes devient Villes de France, Banque des Territoire, in Organisation territoriale, élus et institutions, publié le 19 juin 2014, URL : https://www.banquedesterritoires.fr/la-federation-des-villesmoyennes-devient-villes-de-france-caroline-cayeux-presidente 8.3 - Conférences
Sylvie Fol, « Les villes petites et moyennes, terrtoires émergents de l’action publique », in Collection conférence POP’SU, 2020
8.4 - Sites internet
https://www.vie-publique.fr/eclairage https://www.cohesion-territoires.gouv.fr/programme-action-coeurde-ville https://www.actionlogement.fr/investir-utile/action-coeur-de-ville https://www.banquedesterritoires.fr/action-coeur-de-ville-renovation-des-centres-villes
Romane Adam
projet de thèse - septembre 2020
DPEA Recherche en architecture - LAA
27