1
3
Avant propos
À l'issue de mon rapport d'étude réalisé en fin de licence au sein de l'école d'architecture de Montpellier1, et traitant de la réhabilitation de la maison dans laquelle j'habite depuis mes 5 ans, je souhaitais poursuivre mes recherches dans ce domaine. C'est ce souhait de travailler des thématiques autour de la réhabilitation, de la transformation, du devenir des bâtiments laissés vacants dans l'attente d'une nouvelle vie que j'ai réalisé un transfert vers l'école de SaintÉtienne.
J'ai toujours été sensible à la temporalité du monde qui m'entoure, des lieux et de l'architecture, me questionnant sur son évolution. En effet vivre pendant presque vingt ans dans la périphérie d'une grande métropole française en perpétuelle croissance telle que Toulouse2, et en parallèle dans une ville en déclin et tentant de se réinventer telle que Saint-Étienne3 pousse forcément un jeune aspirant architecte à se questionner. La transformation des villes de nos jours est d'une importance capitale, car c'est une corrélation de nos modes vie en perpétuelle évolution et de la mutation des villes qui fait que l'architecture ne cesse de se réinventer et que de nouvelles problématiques sont sans cesse à traiter.
C'est sans doute un mélange de l'expérience de réhabilitation que je vis depuis vingt ans, expérience source de mon envie de devenir architecte, de mon stage réalisé au sein de l'Unité Départementale de l'Architecture et du Patrimoine de Limoges, et de mon stage réalisé dans une SCOP de charpentiers qui a fait naître en moi ce désir de travailler le sujet des transformations.
1
La main de l'architecte, rapport d'étude réalisé sous la direction de Philippe CAPELIER.
2
La population de Toulouse croit de 1% par an, et de 1,5% en banlieue, Source INSEE 2016.
3
La population de Saint-Étienne décroit de 0,1%par an sur les dernières années, Source INSEE 2015.
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Un autre facteur ayant joué un rôle dans ce choix est l'intérêt que je porte à l'exploration urbaine4 et ma fascination pour les ruines et les friches. J'ai toujours aimé observer ce genre de lieux, l'atmosphère qu'ils dégagent, ainsi que les enjeux qu'ils incarnent, c'est pour cela qu'une partie des travaux que j'avais présenté lors des entretiens d'admission en école d'architecture étaient des croquis de friches et de ruines.
Notre génération d'architectes sera sans doute celle qui aura le plus d'impact dans le défi que représente le travail de réhabilitation et de reconversion du patrimoine industriel Français souvent en friche ou en ruine. Et c'est ce sujet au combien difficile tant il divise aussi bien les architectes que le public que je vais m'attacher à traiter au travers de ce mémoire.
Je tiens à remercier les différentes personnes qui m'ont aidé dans la réalisation de ce travail. Monsieur Michel REYMOND m'ayant donné de nombreuses informations concernant le futur projet et le site de l'Alliance, le service de l'UDAP de Haute-Loire ainsi que Anne-France BOREL architecte des bâtiments de France, le services des archives départementales de Haute-Loire, Davy GARDETTE adjoint au maire, ainsi que Sébastien NOVALSYCK. Finalement je tiens à remercier Jörn GARLEFF pour m'avoir suivi et conseillé tout au long de mon travail.
4
L'exploration urbaine est une pratique consistant en l'exploration de lieux abandonnés, généralement accompagné d'un travail de recherche historique, la discrétion concernant les lieux étant importante afin qu'ils restent intacts. L'objectif étant de capturer un instant au travers de photographies et de découvrir la ville et l'architecture sous un autre angle.
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Sommaire
Avant propos ..............................................................................................4 Introduction .................................................................................................8
I – Potentialités du patrimoine industriel rural......................................................12
1 – Héritage délaissé ..........................................................................................13 a – Patrimoine et identité du paysage.......................................................14 b – Friches et potentialités architecturales................................................18 c – Difficultés d'intervention sur les friches et le patrimoine ......................22
2 – Situation de Pont-Salomon et du site de l'Alliance ........................................25 a – Visite initiale, découverte du lieu.........................................................26 b – Pont-Salomon, sa géographie ............................................................36 c – Développement de la ville et installation des industries ......................40
6
II – Intervenir sur une friche industrielle ...............................................................46
1 – Pont-Salomon et son héritage ......................................................................47 a – Recherches historiques et architecturales ..........................................48 b – La vie à Pont-Salomon .......................................................................54 c – Des cas de friches similaires ..............................................................58
2 – Quel avenir pour l'Alliance à Pont-Salomon ? ...............................................63 a – Abandon, l’œuvre du temps ................................................................64 b – Rénovation, maintient en éveil ............................................................66 c – La réhabilitation, imaginer une transformation ....................................68 d – Un projet en cours de réflexion ...........................................................72
Conclusion ............................................................................................... 76 Bibliographie ............................................................................................ 78 Tableau des figures.................................................................................. 82 Annexes ................................................................................................... 84
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Introduction
L'objet de ce mémoire est de se pencher sur le cas des friches industrielles en territoire rural. Le but de ce travail est de se questionner sur le rôle qu'elles peuvent avoir dans le développement du territoire et les difficultés auxquelles elles doivent faire face. Le cas d'étude choisi pour étayer ce propos est celui de l'usine de faux et faucilles de l'Alliance à Pont-Salomon dont une grande partie des édifices est à l'abandon depuis 1998. Ces édifices ont la particularité de prendre place dans un site naturel très encaissé et reculé ayant favorisé leur conservation, et se développant le long de la Semène, rivière alimentant les outils jadis utilisés pour la production.
De nombreux ouvrages traitent de la réhabilitation de friches industrielles ou de ruines, cependant peu de cas présentent des caractéristiques proches de celles du site de l'Alliance à Pont-Salomon. Les architectes commencent peu à peu à se saisir de ces questions de reconversion de friches, notamment industrielles offrant un terrain d'expression unique : " Certes, la sensibilité grandissante à l'égard du patrimoine industriel s'accompagne d'une nouvelle appréciation des possibilités architecturales et économiques de reconversion des usines désaffectées."5. Le cas de Pont-Salomon connaît quant à lui un vide documentaire depuis l'arrêt de la quasi-totalité de ses activités. En effet, le site et la mémoire de celui-ci sont défendus par une poignée de personnes engagées, mais la visibilité pour le grand public est pour l'instant faible.
Quel avenir peut être envisageable pour une friche industrielle telle que celle de Pont-Salomon ? Dans quelle mesure un projet de réhabilitation peut-il être intégré dans un programme de développement territorial ?
5
BELHOSTE Jean-François et SMITH Paul, Patrimoine industriel - cinquante sites en France, éditions du patrimoine, Paris, 1997, p.6.
8
La réalisation de ce mémoire s'appuie sur un corpus d'étude composé pour la majeur partie de documents relatifs aux édifices de Pont-Salomon. Ces documents sont en particulier les plans consultables aux archives ayant permis la réalisation de plans d'ensemble, le dossier d'inscription et l'inventaire du site de l'Alliance, de photos et de dessins personnels ainsi que des récits retraçant l'histoire de la production de faux. À cela, s'ajoute également des textes traitants du patrimoine industriel, mais aussi de la mutation des territoires.
Afin de mener à bien ce mémoire, la démarche fut d'effectuer dans un premier temps des recherches historiques concernant Pont-Salomon et ses différents sites industriels. S'en est suivi des recherches aux archives et une consultation des documents disponibles au public. L'étape suivante fut de réaliser une première visite de la ville et des sites industriels en particulier l'Alliance. Une fois ce travail effectué, j'ai pu commencer à réaliser le dessin de plans d'ensemble du site de l'alliance ainsi que des extraits de façades. Ces plans ont ensuite été confrontés à la réalité concrète afin d'en vérifier la véracité lors d'une seconde visite. Cette démarche m'a permis d'obtenir une vision claire et précise de l'ensemble du site et des enjeux auxquelles il fait face.
Ce mémoire n'a pas vocation à être une étude de faisabilité dans l'objectif d'un projet futur. La poésie de la friche et de la ruine n'est pas non plus le sujet, bien qu'il soit logiquement évoqué. Ce mémoire dresse cependant un tableau de l'état actuel du site de l'Alliance envisageant des futurs possibles, futurs dont les plans d'ensemble ont pour but de faciliter l'étude et la communication les accompagnes.
Ce mémoire s'articule en deux parties. La première, ayant en premier lieu pour objectif de s'imprégner des problématiques générales autour des friches industrielles des territoires ruraux et des paysages. Dans un second temps, elle permet de saisir la réalité du site de l'Alliance au travers du récit de ma première visite suivi d'étude de la situation géographique, territoriale et historique. La seconde partie, quant à elle plus concrète, traite en premier des recherches et
9
travaux qui ont été mis en place afin d'aboutir à ce travail, et la place qu'ils prennent dans une démarche de projet. Dans un second temps, seront évoquées les différentes options envisageables pour le site de l'Alliance ainsi que la description et le questionnement de l'état actuel d'un projet en cours de genèse.
10
11
I – PotentialitÊs du patrimoine industriel rural
12
1 – Héritage délaissé
Le patrimoine industriel en France représente, une grande part de l'héritage laissé par nos aînés. Il est peu à peu redécouvert et est depuis peu considéré au même titre que les cathédrales, églises et autres ruines antiques.
"Il n'empêche que la place du patrimoine industriel reste une place à part. À la différence des immeubles du patrimoine traditionnel, les structures industrielles qui ont perdu leur vocation rencontrent des difficultés spécifiques dans la quête d'une nouvelle raison d'être."6
Cependant, cette redécouverte du patrimoine ne s'est pas faite du jour au lendemain, la plupart des édifices industriels ayant connu une période d'abandon. Cette partie vise à définir ce que représente et quel sont les avantages de ce patrimoine si particulier, mais aussi à quelles difficultés il se heurte.
6
BELHOSTE Jean-François et SMITH Paul, Patrimoine industriel - cinquante sites en France, éditions du patrimoine, Paris, 1997, p.6.
13
a – Patrimoine et identité du paysage
Il est important dans un premier temps de définir le patrimoine, et ce qu'il représente dans notre culture. Depuis la nuit des temps l'Homme s'est attaché à laisser des traces de sa présence sur Terre, traces faisant peu à peu patrimoine. Du côté architectural le patrimoine est très important en France et c'est en 1819 qu'est alloué pour la première fois un budget consacré aux monuments dit historiques. En 1834, un premier inventaire est mené par Prosper MÉRIMÉE7 et c'est ensuite en 1887 que des critères précis pour le classement des édifices sont établis. La France est très attaché à son patrimoine architectural et conserve de nombreux bâtiments en témoignage de l'histoire passé. Prenons dans un premier temps, la définition la plus commune, le patrimoine se défini de la manière suivante :
"un Bien qu'on tient par héritage de ses ascendants, qui est considéré comme un bien propre, une richesse, qui est considéré comme l'héritage commun d'un
groupe.
C'est
également
Ensemble
des
éléments aliénables et transmissibles qui sont la propriété, à un moment donné, d'une personne, d'une famille, d'une entreprise ou d'une collectivité publique."8
Le patrimoine est quelque chose de très important dans la culture de l'homme, le fait de transmettre un patrimoine, c'est permettre à ce patrimoine de perdurer dans le temps et de ne pas sombrer dans l'oubli. Un patrimoine est quelque chose que l'on juge important de conserver au vu de ce qu'il a représenté pour une personne ou un groupe de personnes. Il faut cependant rappeler que "Le patrimoine culturel ne s’arrête pas aux monuments et aux collections d’objets. Il comprend également
7
Prosper MÉRIMÉE était un écrivain, historien et archéologue français, c'est à lui que fut confié la réalisation d'un premier inventaire des monuments architecturaux remarquables. C'est en son honneur que le ministère de la culture et de la communication nomma la base de donnée recensant les Monuments historiques français la "base Mérimée". 8
Dictionnaire encyclopédique Larousse, 2006.
14
les traditions ou les expressions vivantes héritées de nos ancêtres et transmises à nos descendants (...)"9
En ce sens, on se permet de faire un tri entre ce qui mérite d'être conservé, transmis, et ce dont on peut se passer. Cependant, en se concentrant sur le patrimoine matériel, une question mérite d'être posée, tout bien, quel qu'il soit, n'est il pas appelé à devenir patrimoine dans un temps futur ? En effet la notion de patrimoine se basant sur une mise en valeur subjective de créations humaines, matérielles ou immatérielles, par l'Homme lui-même, celle-ci a tendance à différer selon les individus. De même selon la culture, on n'aura pas la même propension à accorder le titre de patrimoine à certaines choses plutôt qu'à d'autres, mais surtout la valorisation de celui-ci peut être radicalement opposée.
Prenons pour exemple le Japon et le temple Tōdai-ji10, classé patrimoine mondial de l'UNESCO, il est l'un des temples les plus emblématiques du Pays du Soleil Levant. Il faut savoir que ce temple à été détruit et reconstruit à deux reprises durant son histoire, ceci au XII
ème
et au XVI
ème
siècles. Cette approche du
patrimoine pourrait s'apparenter à celle de Viollet-le-Duc11, qui a dit que "Restaurer un édifice, ce n'est pas l'entretenir, le réparer ou le refaire, c'est le rétablir dans un état complet qui peut n'avoir jamais existé à un moment donné."12, ne portant ainsi que peu d'intérêt au côté matériel du patrimoine, mais insistant sur la symbolique de celui-ci. Les interventions peuvent donc être de l'ordre de la modification, mais uniformisées de manière à donner l'apparence d'un bâtiment dont l'ensemble date d'une même époque.
9
Source UNESCO, https://ich.unesco.org/fr/qu-est-ce-que-le-patrimoine-culturel-immateriel-00003 Consulté le 20 Novembre 2017. 10
Temple bouddhique situé à Nara, sur l'île principale de Honshu, https://www.kanpai.fr/nara/todaiji Consulté le 20 Novembre 2017. 11
Eugène Emanuel VIOLLET-LE-DUC, architecte français du XVI
12
ème
siècle.
VIOLLET-LE-DUC Eugène, Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, édition Bance et Morel, 1854 à 1868, tome 8, chapitre restauration, p.14.
15
Cette approche du patrimoine, ayant évidemment été expérimentée en France, notamment au travers de la restauration de la Cathédrale Notre-Dame13, a cependant évolué dans notre pays. De nos jours les interventions sur le patrimoine architectural français sont plutôt de l'ordre d'interventions mineures visant au maintien en place des édifices. Lorsque ceci n'est plus possible et qu'une intervention de grande ampleur est nécessaire, la tendance est plus à différencier ce qui est de l'ordre de la restauration et ce qui était présent à l'origine, plus proche de la pensée de Camillo BOITO14. On a donc plutôt tendance à se positionner vers cette pensée plus modérée se situant à mi-chemin entre celle d'Eugène VIOLLET-LE-DUC vue précédemment et celle de John RUSKIN, fermement opposé à la restauration imitant les éléments du passé, dont les mots sont les suivants :
"Ne parlons pas alors de restauration. La chose est un mensonge du début à la fin. Vous pouvez faire un modèle d'un bâtiment comme vous le pouvez également d'un corps, et votre modèle peut avoir l'apparence des vieux murs telle la carapace, comme votre distribution pourrait être le squelette, avec quel avantage, je n'en voie aucun et je ne m'en soucie guère, mais l'ancien bâtiment est détruit (...) Ne les remplacez pas par des mensonges."15
13
Restauration mené par Eugène VIOLLET-LE-DUC à partir de 1844 et ordonné par le roi Louiser philippe 1 . 14
Camillo BOITO est un écrivain et architecte italien, acteur du débat sur la restauration, il a écrit l'essai : Conserver ou restaurer. Essai dans lequel deux personnages incarnent les positions respectivement de Eugène VIOLLET-LE-DUC et de John Ruskin. 15
RUSKIN John, The seven lamp of architecture, John Wiley & sons, 1866, New York, p163. Traduction personnelle de l'anglais, texte original : " Do not let us talk then of restoration. The thing is a lie from beginning to the end. You may make a model of a building as you may of a corpse, and your model may have the shell of the old walls within it as your cast might have the skeleton, with what advantage, I neither see nor care, but the old building is destroyed (...) do not set-up a lie in their place."
16
Cependant depuis la liste réalisée par Prosper MÉRIMÉE qui recensait en grande partie des édifices antiques, églises et cathédrales, la notion de patrimoine a bien évolué. De nos jours, le patrimoine peut être industriel, agricole, paysager et parfois même immatériel. Le paysage comme patrimoine est une notion récente et concerne particulièrement les paysages ruraux, agraires et les paysages dit naturels. La définition des paysages ruraux peut-être la suivante :
"Il s'agit donc d'une combinaison de différents éléments dont l'agencement s'ordonne en fonction d'aménagements de l'espace dont l'origine est la transformation d'un milieu naturel en vue de l'adapter au mieux au besoin d'une population qui en tire sa subsistance."16
Ces paysages ruraux sont en effet de plus en plus convoités et un tourisme de contemplation se développe autour de ceux-ci, ils font l'objet d'admiration et l'on cherche dorénavant à conserver en conserver l'image. Cet attrait pour les campagnes et ce tourisme se développe généralement de façon saisonnière et n'apporte de l'animation que ponctuellement. Comme on peut le comprendre dans la citation précédente, le patrimoine architectural, qu'il soit de l'ordre du petit patrimoine pas nécessairement identifié ou de l'édifice classé ou inscrit participe à l'image globale du paysage. Ce patrimoine, qui peut notamment être industriel, dialogue avec son paysage, ils se complètent et se mettent en valeur l'un l'autre sans jamais pouvoir être dissociés, "(...) rares sont les espaces où l'on ne perçoive pas simultanément la nature et l'industrie. L'une ne va jamais sans l'autre, et les deux tirent toujours une part de leur force de la présence de l'autre."17.
16
RENARD Jean, Les mutations des campagnes - Paysages et structures agraires dans le monde, éditions Armand Collin, Paris, 2002, p.8. 17
PEYRE Philippe, L’héritage industriel de Saint-Étienne et son territoire - 100 sites en enjeux, Ville de Saint-Étienne, 2006, p.24.
17
b – Friches et potentialités architecturales
Les friches architecturales et en particulier industrielles sont très nombreuses en France et sont dues en majorité au fait de l'évolution de pratiques humaines et à la non-adaptation des édifices. Cette non-adaptation peut avoir de nombreuses raisons comme le coût qui peut être considéré comme trop élevé ou encore un cadre législatif restreignant l'intervention. Il parait néanmoins important de rappeler que le terme de friche est à l'origine un terme agricole désignant "un terrain dépourvu de culture et abandonné"18. Le terme de friche est souvent rapproché de celui de la jachère, dans le langage courant de nos jours les deux termes sont quasiment confondus, mais une nuance subsiste. La jachère est un procédé agricole consistant en l'action de laisser une terre cultivable inutilisé pendant une durée déterminé afin de la laisser retrouver sa fertilité et ses ressources naturelles, temps durant lequel elle peut être considérée comme en friche.
"Les friches industrielles sont des terrains bâtis ou non, non réhabilités ou non réutilisés entièrement, délaissés depuis au moins deux ans et qui, ayant participé à une activité industrielle ou artisanale, sont dégradés d'une telle façon que tout nouvel usage n'est possible qu'après une remise en état."19
L'utilisation du terme de friche dans le contexte architectural et urbain est intéressante, car il sous-entend toujours un futur. On peut voir la friche comme un état d'attente avant que celle-ci ne reprenne vie, ce qui est tout à fait comparable à ce qui se fait en agriculture. De plus, la temporalité est un point important de la mise en friche, le fait de laisser une terre en friche afin que celle-ci retrouve sa productivité d'antan n'est-il pas comparable aux friches architecturales ? Lorsqu'un
18
Dictionnaire encyclopédique Larousse, 2006.
19
Définition de l'ADEUS (Agence de Développement et d'Urbanisme de l'Agglomération Strasbourgeoise), http://www.adeus.org/glossaire/friches-industrielles er Consulté le 1 décembre 2017.
18
bâtiment se retrouve en friche, il faut quelques années avant que celui-ci ne fasse l'œuvre d'une intervention. Le temps nécessaire à la prise de conscience de la qualité architecturale de celui-ci et à sa redécouverte. La friche n'est pas un état définitif, il y a plusieurs étapes possibles et envisageable après celle-ci, ces étapes seront développées dans la partie II-2.
Les friches industrielles représentent avant toute chose une chance unique de création architecturale. Elles sont généralement constituées de grands volumes, volumes qui s'ils étaient réalisés à notre époque représenteraient un coût très élevé. En effet, le prix de la main d’œuvre de nos jours ne permet plus la réalisation de certains types de constructions, en particulier dans le cas d'appareillage de briques comme on les retrouves dans les bâtiments industriels du XIXème et XXème siècle . Ces constructions ont été pensées et construites dans l'objectif de résister à de nombreuses contraintes, notamment mécaniques infligées par les machines, mais aussi en vue d'une longévité importante. La prise en compte de ce patrimoine que représentent les anciens bâtiments industriels est quelque chose de récent.
"Depuis vingt ans environ – bientôt une génération – ce nouveau patrimoine n'en fini pas de prendre sa place comme partie intégrante du patrimoine national. Depuis le début des années 1980, les bâtiments à usage industriel sont inventoriés, étudiés préservés, au même titre que les édifices du patrimoine dit classique, avec les mêmes disposition juridiques."20
Les friches sont des espaces d'expression architecturale éminemment appréciés par les architectes. En effet, elles offrent des possibilités uniques de créations de volumes et d'ambiances, ce sont "(...) des présences exceptionnelles, voire
20
PEYRE Philippe, L’héritage industriel de Saint-Étienne et son territoire - 100 sites en enjeux, Ville de Saint-Étienne, 2006, p.6.
19
difficiles où impossible à recréer"21. Le dialogue possible entre l'existant à réhabiliter et l'intervention qui peut se faire de nombreuses manières selon le parti architectural choisi. Cependant elles représentent avant tout la possibilité d'économiser des mètres carrés à l'heure ou l'étalement urbain se fait de plus en plus important. En effet, "L'accroissement démographique des grandes aires urbaines s'accompagne de phénomènes d'étalement des cités sur les espaces périphériques, phénomènes favorisés par la mise à disposition de systèmes de transport individuels ou collectifs."22.
L'utilisation de bâtiments existants est l'un des moyens de contenir cet étalement urbain et donc d'entrer dans un schéma de développement urbain raisonné. La réutilisation d'espaces déjà bâtis par l'homme peut être considérée comme du bon sens écologique et dans certains cas économique. L'aspect écologique ne fait aucun doute à l'heure où les ressources de notre planète s'épuisent à grande vitesse, l'exemple le plus célèbre étant le sable nécessaire à la réalisation du béton, matériau de construction dominant le marché mondial. L'aspect économique quant à lui peut être bien différent d'un projet à un autre. En effet, l'état de certains bâtiments et le nombre d'interventions et l'importance de celles-ci peut engendrer de nombreux coûts.
Les friches industrielles et les ruines possèdent encore pour de nombreuses personnes une image négative. Témoins d'un passé qu'il faut nécessairement oublier pour se tourner vers un futur plus flatteur. Je me suis rendu compte lors de mes toutes premières recherches concernant Pont-Salomon et sa région alentour que l'on me parlait souvent de stigmates de l'industrie et non de traces. En effet le terme stigmate se défini comme suit "Marque durable que laisse une plaie, une
21
ROUILLARD Dominique, Architectures contemporaines et monuments historiques - guide des réalisations en France depuis 1980, éditions le moniteur, Paris, 2006, p.64. 22
Source : Géo Confluences - Ressources de géographie pour les enseignants, http://geoconfluences.ens-lyon.fr/glossaire/etalement-urbain-urban-sprawl-expansion-urbaine er Consulté le 1 Décembre 2017
20
maladie. Trace, marque qui révèle une dégradation."23. On voit en effet au travers de cette définition que ce mot est vecteur de négativité. Pourquoi cette image si négative alors que ces édifices font parti de l'histoire des territoires et des villes ?
"Il s'agissait en effet de passer de friches perçues comme des verrues paysagères, des handicaps et des espaces délaissés, à des friches perçues comme des opportunités et un patrimoine à valoriser."24
Les friches tendent lentement à sortir de cette image négative qu'elles véhiculent afin de se réinventer et d'être perçues par le grand public comme des héritages en devenir. C'est par un travail de sensibilisation et d'implication de la population que cet objectif peut notamment être atteint.
"Les régions marquées par la révolution industrielle ont eu à cœur de reconvertir un patrimoine bâti qui a forgé les relations sociales et contribué au rayonnement de ces territoires. Il peut, aujourd'hui, participer à l'essor de nouvelles activités comme à l'insertion d'une mémoire riche ."25
23
Dictionnaire encyclopédique Larousse, 2006.
24
DAMM Paul, Rénover Réutiliser Reconvertir le patrimoine, actes du colloque régional, Somogy éditions d'art, Paris, 2015, p24. Texte rendant compte du colloque et des paroles des différents intervenants, ici celles de JeanMichel LENIAUD. 25
DAMM Paul, Rénover Réutiliser Reconvertir le patrimoine, actes du colloque régional, Somogy éditions d'art, Paris, 2015, p9.
21
c – Difficultés d'intervention sur les friches et le patrimoine
Intervenir sur une friche ou une ruine n'est pas une mince affaire et de nombreux obstacles peuvent être à surmonter avant de pouvoir voir aboutir le projet. En effet comme dit plus haut l'un des facteurs aujourd'hui crucial à tout projet sur l'existant est le facteur économique. Il est difficile de défendre un projet qui aurait un coût moins important en construction neuve. Cette possibilité de surcoût est souvent due à une nécessité de reprise en sous-œuvre des fondations ou de gros œuvre au niveau des structures porteuses. Ces travaux sur l'existant représentent une difficulté supplémentaire par rapport à la construction neuve, ils peuvent également être plus coûteux que pour du neuf, et sont donc un frein aux interventions sur l'existant.
Le facteur géographique est également déterminant et ce facteur sera traité plus spécifiquement concernant le cas d'étude de Pont-Salomon dans la partie I-2-b. Des bâtiments de très grande taille furent construits dans des zones relativement éloignées des grandes villes, c'est le cas de certains hôpitaux, et évidemment de bâtiments industriels. Ces bâtiments qui ont été construits dans un objectif particulier et répondant à un programme fonctionnel précis présentent des difficultés d'adaptation a un nouveau programme, difficultés qui peuvent être transformées en force par le projet. Cependant, leur taille est souvent une entrave au projet et l'on peut deviner une corrélation entre la taille des édifices, leur situation géographique et leur chance de vivre une nouvelle vie. En effet, il semble plus aisé de trouver une nouvelle fonction à des bâtiments présentant de grandes surfaces de plancher dans un milieu urbain, quant à contrario de grand bâtiments dans des milieux isolés resterons plus longtemps à l'état de friche. De même des bâtiments de petite taille en ville résisterons peu à la pression foncière s'ils ne font pas l'objet d'inscription ou de classement et risquent quant à eux la démolition, quand en milieu rural ils seront plus facilement transformés en habitation.
Un autre cas particulier, qui est également celui des usines de Pont-Salomon, est le cas ou le propriétaire est un propriétaire privé. En effet, les édifices classés et
22
inscrits ne sont pas nécessairement publics, une personne physique peut demander la reconnaissance patrimoniale de son bien, et les services de l'état ou associations de défense du patrimoine peuvent également faire cette requête pour un bien privé. Cependant la reconnaissance d'un bâtiment au titre des monuments historiques ne garantit pas toujours un projet d'intervention, ni même un maintien en bon état de l'édifice. Les services des UDAP26 dans lesquels officient les architectes des bâtiments de France ont une fonction de conseil auprès des propriétaires, et de contrôle des travaux afin de préserver les bâtiments et leurs alentours. Il est souvent difficile d'imposer des travaux, même si ce sont des travaux nécessaires au maintien du bâtiment. Ils ne peuvent qu'alerter sur l'état d'un édifice et être force de proposition, mais le propriétaire, qu'il soit privé ou public comme dans le cas d'une commune, peut ne pas réaliser ces travaux. C'est pour cela que des cas existent de bâtiments qui sont classés ou inscrits et qui sont laissés à l'abandon se détériorant peu a peu au grès des intempéries et des actions humaines. Quelles solutions peuvent être envisagées dans ce cas pour préserver ces patrimoines? C'est une question qu'il va être nécessaire de se poser pour le cas du site de l'Alliance à Pont-Salomon, site privé et à l'abandon depuis de nombreuses années.
26
Unités départementales de l'architecture et du patrimoine, les UDAP œuvrent pour la promotion d’un aménagement qualitatif et durable du territoire, où paysage, urbanisme et architecture entretiennent un dialogue raisonné entre dynamiques de projet et prise en compte du patrimoine. Définition du Ministère de la Culture.
23
24
2 – Situation de Pont-Salomon et du site de l'Alliance
Le contexte est quelque chose d'essentiel en architecture. C'est la situation d'un lieu qui le rend unique, forge son caractère, et ainsi l'architecture se doit de dialoguer avec le lieu.
"Il n’existe pas d’œuvre architecturale en dehors d’un contexte. Il faut être observateur, écouter jusqu’à repérer dans le désordre la chose qui fait que tout concorde soudain, que tout devienne juste (…)"27
La partie suivante s'attache à retranscrire l'environnement et la situation de la commune de Pont-Salomon. Ceci sera explicité au travers, dans un premier temps, d'une approche descriptive d'une première visite du lieu puis d'une approche géographique et historique.
27
BOUCHAIN Patrick, Construire autrement : Comment faire?, éditions Acte sud, Paris, 2006.
25
a – Visite initiale, découverte du lieu
La première visite d'un lieu est, à mon sens, très importante, car elle permet, avec un regard neutre, d'en saisir une première atmosphère et de cerner les différentes problématiques de celui-ci. Les visites couplées à l'étude du site se complètent et permettent de dresser un tableau relativement complet de la situation du lieu.
L'objectif de cette première visite était de se rendre sur place sans avoir effectué plus qu'un travail de repérage sur Google Map. Cette première s'est effectué durant le mois de juin, en pleine semaine, avec un autre étudiant en architecture curieux de découvrir ce lieu. J'ai choisi un jour relativement gris, choisi volontairement afin d'apprécier une lumière la plus neutre possible. Pour cette première visite, je n'ai pas voulu me fixer d'objectifs particuliers, souhaitant me laisser guider par ce lieu que je découvrais. Je m'y suis rendu en voiture empruntant la nationale 8828, j'ai emprunté la première sortie Pont-Salomon et suis donc arrivé par le Nord de la ville. Il y a deux sorties menant à Pont-Salomon, la
seconde
plus
au
sud,
est
particulièrement
révélatrice
du
nouveau
développement des campagnes, celle-ci sera explicité dans le chapitre traitant de la vie à Pont-Salomon.
Arrivant par le nord, j'ai d'abord traversé un bois entourant la rue du Rossignol qui se trouve en haut du versant Est de la vallée de la Semène. Ayant conscience du fait que le complexe industriel de l'Alliance et de la Fraque se trouvait en dessous de moi à quelques dizaines de mètres, je me suis arrêté régulièrement lorsque une percée dans le feuillage m'offrait l'espoir d'apercevoir ce site que je convoitais. C'est là que j'ai pris pour la première fois conscience du caractère très isolée de ce site, en étant si proche du site, qui est pourtant relativement grand, je n'ai pu avoir qu'un unique point de vue vers celui-ci le long de la rue du Rossignol (Figure 1).
28
Route nationale reliant Lyon à Albi et passant par Saint- Étienne et Pont-Salomon.
26
Figure 1 : PercĂŠe visuelle vers le site de l'Alliance depuis la rue du Rossignol
27
J'ai ensuite pénétré dans la ville par cette même rue, l'entrée de ville se fait à la sortie du bois sans indice particulier. Je découvre une ville à flanc de colline les édifices s'inscrivent tant bien que mal dans la pente et en résulte un tissu urbain à première vue quelque peu chaotique. La ville est très calme et la plupart des commerces présents sur place semblent fermés. Je me dirige ensuite vers le bas de la ville ou se trouve la mairie, l'église et l'école et un sentiment s'impose à moi très rapidement : la ville semble morcelée en plusieurs entités distinctes (Figure 2) et (Figure 3).
Je me suis ensuite assis sur un banc dans un petit square avec mon ami afin de manger et j'ai pu me rendre compte que les gens ne semblaient pas avoir l'habitude de voir des gens à cette heure-ci en pleine semaine. La plupart des gens qui nous croisaient nous observaient avec interrogation, semblant se demander ce que faisaient deux jeunes déambulant dans leur ville. La ville me semblait réellement déserte, certainement vit-elle plus en soirée et le week-end au retour de ses habitants.
La visite de Pont-Salomon continue et je me suis enfin dirigé vers le complexe des usines de l'Alliance. Il m'a fallu pour cela marcher le long de la rue de la Mairie serpentant pour descendre dans la vallée. Sur le chemin, je suis passé devant le musée de la Faulx, je n'avais guère d'espoir de pouvoir y rentrer sachant que celui-ci n'ouvre que sur demande. Continuant vers les usines, j'ai ensuite croisé les bâtiments de logements ouvriers construits par le patronat de l'époque. En effet, l'installation d'une industrie signifiait quasi systématiquement la création de logements " Traditionnellement d'ailleurs, la situation peut-être la plus fréquente était celle où habitat et lieu de travail n'étaient tout simplement pas dissociés. C'était le cas des ateliers ruraux (...)"
29
. Ceci permettant aux patrons d'être vu
comme bienveillant envers leurs ouvriers, tout en maintenant un certain contrôle sur eux.
29
BELHOSTE Jean-François et SMITH Paul, Patrimoine industriel - cinquante sites en France, éditions du patrimoine, Paris, 1997, p.10.
28
Figure 2 : Carte analytique de Pont-Salomon
Figure 3 : Carte analytique du centre ville de Pont-Salomon
29
Quelques dizaines de mètres plus loin, j'ai enfin pu apercevoir pour la première fois les forges de l'Alliance (Figure 4). J'ai constaté une première chose : une installation de traitement et d'assainissement des eaux est en place à quelques mètres des installations industrielles. J'ai compris plus tard lors de mes recherches qu'une petite partie du site de l'Alliance a été détruite afin de permettre l'installation de cette station d'épuration. J'ai ensuite longé le premier bâtiment, celui dont la toiture est " (...) l'une des premières toitures en shed (profil en dent de scie) signalée dans l'urbanisme industriel."
30
. Ce premier bâtiment m'offrit un
aperçu de ce qu'allait être le reste du site, les fenêtres des sheds étant partiellement brisées, j'ai pu avoir une première vision de l'état de conservation des forges de l'Alliance. Tout était figé à l'intérieur, les machines encore présentes et recouvertes de rouille et par une végétation reprenant peu à peu ses droits, comme trace de l'activité passée.
J'ai continué ma visite passant à côté des bâtiments des magasins et des bureaux, logements patronaux et ouvriers formant un "U", cela devait être l'entrée principale et donc j'imagine de l'entreprise. Juste au-dessus, la maison de maître domine le site sur le versant ouest, elle semble également occupée et aurait récemment trouvé un nouvel acquéreur. Il semblerait qu'une partie de l'aile nord soit actuellement occupé à des fins d'habitations, le jardin est entretenu des arbres se dévoilent sur une toiture terrasse, serais-ce un début de renaissance pour le site de l'Alliance ?
30
AULAGNER Renaud, Le Chateau Dorian - Grandeur et décadence d'un chef d'œuvre SecondEmpire, éditions Broché, Paris, 2012, p.27.
30
Figure 4 : Vue sur les bâtiments de l'Alliance en arrivant depuis le centre
31
J'ai alors continué à longer les bâtiments qui se développent le long de cette route, bien plus en contrebas que les précédents, ils deviennent plus difficiles à discerner. J'ai cependant pu noter une différence de traitement des toitures, certaines en tuiles à emboîtement inventées en 184031, preuve d'une ancienneté des édifices ou d'un traitement de la toiture avec d'avantage d'intérêt. Tandis que d'autres couverts en tôles ondulées témoignent d'une addition ultérieure, ou d'un traitement moins travaillé de la toiture. Je suis entré par le Nord du site, entrée autrefois était la route principale menant au second site de la Fraque. Les premiers bâtiments que j'ai découverts, et dans lesquels j'ai pu rentrer furent indiqués sur les plans comme étant en autre ceux de la charbonnière, de la ferraillerie, et autre atelier charpente. Ces bâtiments présentent une architecture très simple, ils sont relativement en retrait par rapport à la voierie et donc peu visibles, leur forme est certainement dictée par un unique but fonctionnel. Les bâtiments plus visibles, comme les magasins, ont quant à eux été traités avec plus d'attention.
En rentrant sur ce site, j'ai une nouvelle fois pu remarquer à quel point le site était encaissé, en levant la tête les bois m'entouraient et cette épaisse couche de verdure semblait noyer le site. Néanmoins, le fait d'être aussi encaissé dans la vallée ne nuisait pas à la luminosité des lieux, qui étaient baignés d'une lumière diffuse, la Semène s'écoulant ici du Nord vers le Sud offrant donc une belle orientation de la vallée. Ce sentiment doit évidemment être tout autre lors de l'hiver ou le soleil plus bas doit pénétrer difficilement cette vallée.
Je me suis également rendu compte de la position tout à fait dominatrice de la maison de maître qui se situait au-dessus de moi. En effet par respect pour le site, je faisais en sorte d'être le plus discret possible. Ceci en ne laissant aucune trace de mon passage, comme il est de coutume de le faire lorsque l'on visite un site dans un tel état de conservation, et en ne me faisant aucunement remarquer.
31
Les tuileries de Pargny-sur-Saulx, document traitant de l'invention de la tuile mécanique par les frères Gilardoni, et de leur épopée dans la terre cuite, http://pargnysursaulx.fr/pdf/tuiles.pdf Consulté le 15 Novembre 2017.
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Figure 5 : Photographie du bâtiment de bureaux
J'ai continué ma visite, entrant dans les bâtiments dont les portes sont ouvertes, une nouvelle fois, j'ai pu constater l'état de conservation des bâtiments et des outils autrefois nécessaire à l'industrie. Des emplacements remplis de faux, certes bien moins affûtées qu'autrefois, sont encore présents dans les bâtiments, les machines sont encore présentes et semblent encore intègres. On peut observer à l'intérieur des bâtiments des réparations de charpente récentes assimilables plus a des pansements destinés à maintenir l'édifice debout qu'une réelle reprise d'œuvre.
Le reste des bâtiments comprenant le magasin, les bureaux (Figure 5), les ateliers d'affûtage, finissage étant fermés et trop difficiles d'accès à cause d'ne végétation extrêmement envahissante, je me suis contenté de les observer de l'extérieur. Je note l'une des dernières traces d'occupation des bâtiments dans ce qui ressemble
33
à un bureau de contremaître à grâce à un calendrier toujours présent et datant de 2001. Ressortant par là ou je suis rentré, je me suis alors dirigé plus au Nord afin de me rendre au site de la Fraque. En arrivant sur place, je constate que celui-ci est occupé, une installation de gaz récente et des voitures garées prouvent cette présence humaine. J'ai appris par la suite que le site de la Fraque produisait encore quelques outils de jardinage et que jusqu'en janvier 2017 une petite production de râteaux perdurait à l'Alliance.
Je suis alors retourné à ma voiture afin de me rendre dans les quartiers pavillonnaires édifiés de part et d'autre, sur le haut de la vallée de la Semène, commençant par le quartier portant le nom de "La Duo" sur le versant Ouest. Je me posais alors une principale question : vais-je pouvoir apercevoir le site depuis ces quartiers ? J'ai tout d'abord été marqué par le détour nécessaire afin de s'y rendre. Une fois arrivé sur place, j'ai pu constater que ces quartiers sont très similaires à ce que l'on peut observer partout ailleurs en France. Il s'agit d'un amoncellement de maisons de pavillonneurs construite le long d'une voirie dont l'unique but est de desservir ces habitations. Après avoir arpenté le quartier, le constat est qu'il est impossible d'apercevoir les sites industriels depuis la rue, seules les maisons construites en bas de pente peuvent éventuellement offrir quelques vues, en plus de la mise à l'écart par rapport au centre de ville, les deux entités semblent totalement dissociées. Le quartier sur le versant Est présente exactement les mêmes spécifiés que celui de "La Duo".
Je suis reparti de cette première visite relativement perplexe, le site semble si isolé de tout le reste de la ville qu'il pourrait sembler difficile de lui trouver un avenir. Le manque de lien entre les différentes parties de Pont-Salomon me paraissant être une des problématiques majeures, il me sembla évident de travailler dans cette direction et de l'analyser. J'ai également décidé d'orienter mes recherches vers des cas présentant des caractéristiques proches du site de l'Alliance à soir : des bâtiments industriels de grande envergure, dans un cadre naturel et isolé.
34
35
b – Pont-Salomon, sa géographie
Pont-Salomon occupe une place particulière dans le territoire régional. En effet, la ville est à la frontière entre les départements de la Loire et de la Haute-Loire, entre la ville de Saint-Étienne Préfecture de la Loire et Le Puy-en-Velay préfecture de la Haute-Loire(Figure 6). Cette situation n'est pas une situation facile pour une ville de petite taille en quête de renouveau, associée à sa géographie particulière, qui sera développée plus bas, on peut imaginer que les collectivités locales n'investissent que peu dans celle-ci.
Les usines de Pont-Salomon naissent dans le contexte de la seconde révolution industrielle qui à lieu entre 1850 et l'orée de la Seconde Guerre mondiale. Cette révolution industrielle voit apparaître de nombreuses nouveautés en terme d’électricité et d'organisation du travail. En effet, le précédent modèle familial est peu
à
peu
remplacé
par
des
usines
de
plusieurs
dizaines
de
personnes. L'électricité prend également une importance capitale au sein de ces nouvelles industries. C'est cette importance qui a conduit de nombreuses usines à voir le jour le long des cours d'eau, en effet celles-ci était directement dépendante des courants naturels qui permettaient de faire tourner les toutes nouvelles centrales hydroélectriques ainsi que les outils des usines.
Les campagnes, en particulier les vallées, qui étaient autrefois occupées en majorité par des exploitations agricoles voient peu à peu les usines et industries changer leur paysage. C'est ce qu'il s'est passé au lieu-dit Pont-Salomon qui deviendra plus tard la ville de Pont-Salomon grâce à l'installation de la société Dorian, Holtzer, Jackson et compagnie qui naquirent le long de la Semène, cours d'eau long de 45 km qui traverse la Loire et la Haute-Loire affluent direct de la Loire. C'est dans un paysage très vallonné qui se développe à Pont-Salomon, de fait la vallée de la Semène est très encaissée, notamment à l'endroit où prennent place les sites de l'Alliance et de la Fraque. En ces lieux, la rivière est surplombée par de hautes collines d'une centaine de mètres d'altitude. C'est cette particularité
36
géographique qui rend les usines de la commune si spéciales et qui a également participé à leur conservation dans un état aussi proche de l'origine. Elles sont très difficiles à percevoir depuis les collines alentours et seules quelques percées au travers de la végétation offrent de rares point de vues sur le site. La vallée est si encaissée que l'auteur Joseph GOURGAUD décrit la vie des ouvriers dans la vallée comme vivant " enterrés au fond de cette vallée enfouie " 32.
Figure 6 : Situation de Pont-Salomon
32
GOURGAUD Joseph, La vallée des forges, éditions de Borée, Sayat, 1999, p.179.
37
Le site de l'Alliance à Pont-Salomon, si on le considère purement en terme de surface, représente un réel potentiel. En effet, la plupart des édifices sont en bon état, on construisait à l'époque des bâtiments faits pour durer et endurer les multiples efforts et vibrations des machines qu'ils étaient destinés à abriter. Hormis les menuiseries, vitrages, et le bâtiment des écuries partiellement effondré une réhabilitation semblerait nécessiter relativement peu de moyen en particulier en terme de gros œuvre, mais nécessite de nombreuses reprises de charpentes.
Cependant ce site se heurte encore et toujours à la même problématique qu'est sa situation géographique extrêmement complexe. Dans certains cas, lorsque les édifices sont très éloignés et de telle dimensions, une réhabilitation n'est-elle pas voué à l'échec ? Un bâtiment d'une telle surface et dans un état similaire aurait certainement aisément trouvé un programme s'il se situait en ville ou dans la banlieue proche de la ville ou les besoins en logements et en espaces à bâtir sont de plus en plus importants quand en parallèle les souhaits sont de contenir l’expansion des villes.
Cette situation géographique n'est pas toujours problématique, d'anciennes usines hydroélectriques dans des contextes aussi éloignés ont fait l'objet de réhabilitation. Elles diffèrent cependant par leur taille, bien plus modeste qui a permis de les transformer en résidences. Le site de l'Alliance semble malheureusement être opposé à ces cas, combinant ce que l'on pourrait considérer à première vue comme des défauts, mais qui en font un cas dont le défi que représente une réhabilitation est unique en son genre.
De nombreux cas d'édifices industriels ont déjà fait l'objet de réhabilitation par le passé, cependant leur nouvelle fonction est quasiment toujours celle d'atelier d'artistes. Il est vrai que ces espaces se prêtent bien à ce genre d'expérimentation du fait de leurs surfaces généreuses et de hauteur sous plafond très importante, Néanmoins est-ce réellement viable sur le long terme ?
38
39
c – Développement de la ville et installation des industries
Pont-Salomon n'était à l'origine qu'un simple lieu-dit peuplé d'une centaine d'habitant, paysans sur les plateaux de terres cultivables, papetiers et meuniers dans la vallée le long de la Semène afin d'exploiter le cours d'eau. Pont-Salomon doit son nom à un pont érigé en 1563 traversant la Semène et remplacé par un pont en 1758 sous Louis XV.33
Il est difficile de rendre compte de manière tout à fait claire de l'histoire de l'industrie de l'acier et des faux et faucilles à cette époque. C'est en effet une histoire croisée entre de nombreuses familles qui sont les Massenet, les Gerin, les Holtzer, les Jackson et les Dorian. Des changements successifs de raison sociale de la société ont eu lieu dus au retrait ou à l'arrivée de certaines de ces familles d'industriels. La frise chronologique (Figure 7) ci-contre a été réalisée dans le but de mieux comprendre la situation.
L'installation des usines à Pont-Salomon vient à l'origine d'Alexis Massenet34. Cette aventure dans les faux et faucilles est née à Toulouse vers 1817 associé au Maréchal Soult cependant la qualité des faux françaises au début de cette entreprise avait du mal à s'approcher des aciers venus d'Autriche. C'est alors qu'il fit la rencontre des Jackson et de leurs aciers fondus et installa ses usines à la Terrasse vers 1930. Il débuta à Pont-Salomon en association avec les frères Jackson en s'installant au Pont en 1842 et à la Chabanne 1843, deux sites étant d'anciennes papeteries. Il s'installa ensuite au Vieux-Moulin en 1844 et au Foultier en 1848. Cette entreprise, fut trop ambitieuse et il revendra rapidement ses parts en 1854.
33
Ce paragraphe est basé sur les données disponibles sur le site de la mairie de Pont-Salomon, http://www.pont-salomon.fr/-Histoire,297-.html Consulté le 2 Décembre 2017. 34
Alexis Massenet était un ingénieur dans l'armée de Joseph Bonaparte.
40
Figure 7 : Frise chronologique de l'implication des diffĂŠrentes personnes
41
La perte de rentabilité des usines Jackson, Gerin et cie35 installées à la Terrasse et utilisant l'énergie à vapeur poussèrent à cette délocalisation vers Pont-Salomon. C'est dans l'objectif d'unir leurs forces et d'augmenter une rentabilité en baisse que Monsieur Dorian36 ainsi que Jackson et Gerin décident d'une fusion et créent Jackson, Dorian, Gerin et cie en 1856. Cependant, le constat est qu'il était impossible de tirer rentabilité des installations de la Terrasse qui sont vétustes et nécessitent des réparations régulières et considérables, et la force motrice des machines à vapeur n'est que peu rentable. La décision fut alors prise de déplacer les installations à Pont-Salomon en association avec Jacob Holtzer37, profitant de la force hydraulique générée par la Semène, reprenant également les sites érigés par Alexis Massenet (Figure 8). C'est alors en 1857 que le site de l'Alliance fut érigé et que la grande aventure industrielle de Pont-Salomon débuta réellement. C'est ensuite en 1863 que la société est renommée Dorian-Holtzer, Jackson et cie après le retrait des Gerin, à ce moment de l'histoire de la société, elle fournit 50% des faux en France. La réussite économique de cette entreprise et son développement entraîne l'achat d'un petit moulin à la Fraque en 1868 pour en faire un atelier d'aiguisage. En 1886 une ferme et un moulin sont racheté à la Méane afin d'en faire un atelier de platinage de faucilles, plus tard une usine hydroélectrique sera construite.38
35
James Jackson est un industriel anglais qui s'engage à réaliser des aciers d'une qualité comparable aux aciers anglais, ceci en étant installé en France et en utilisant uniquement des matières premières d'origine française. 36
Pierre-Frédéric Dorian est un maître de forge et homme politique français, dont les usines de faux et faucilles en acier fondu se situaient à Rochetaillée. 37
Jean-Jacques Holtzer de son vrai nom, est un industriel français spécialisé dans la fabrication d'aciers venu d'Alsace ou il était ouvrier. Il créé avec son cousin deux usines une au Cotatay (Le Chambon-Feugerolles) et une à Unieux et en devient rapidement le seul propriétaire après le retrait de son cousin. 38
Une grande partie de ces informations historiques proviennent de l'ouvrage : JOUENN Noël, De l’utopie à la réalité : manufacture de faux et de faucilles Dorian-Holtzer à PontSalomon, HAL archives ouvertes, Pont-Salomon, Janvier 2001, 145p
42
Figure 8 : Carte des diffÊrents sites industriels le long de le Semène
43
En parallèle du développement et de la construction des usines, Pont-Salomon passe de lieu-dit au statut de commune en 1865 à l'initiative de Fleury Binachon, directeur de l'usine de l'époque. L'église fut érigée entre 1867 et 1870 par des ouvriers, le presbytère fut construit en 1870 et est actuellement la mairie de la ville, l'école quant à elle accueil les élèves du primaire depuis 1916. De nombreux logements ouvriers ont également été créés face à l'explosion démographique, comme la caserne qui pouvait accueillir une soixantaine de familles et érigée en 1860, d'autres logements sont créés comme celui de la Gendarmerie en 1928 et celui de la préfecture en 1938. Un projet de Bureau de Poste fut entamé en 1937, mais en raison de la dévaluation du franc ayant eu lieu à cette époque le projet ne put voir le jour et fut abandonné en juillet 1937.
En résumé, c'est toute une ville qui est sortie de terre en l'espace de quelques années grâce à cette industrie florissante qu'était celle des faux et faucilles. PontSalomon est passé de simple lieu-dit à la ville fournissant la majorité des faux de France. L'apogée de cette industrie ayant eu lieu entre 1870 et 1914, il s'en est suivi un lent déclin jusqu'à l'arrêt de la fabrication ayant eu lieu en 1998, laissant depuis la majorité des usines à l'abandon.
44
45
II – Intervenir sur une friche industrielle
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1 – Pont-Salomon et son héritage
Cette partie développera les moyens mis en œuvre dans un but de compréhension le plus juste possible du site de l'Alliance, et plus largement, de la commune. Ce travail s'est échelonné en plusieurs étapes. Une première partie de recherche aux archives, ensuite une partie très importe de dessin et de re-dessin.
Puis dans un dernier lieu une comparaison avec différents cas présentant des similitudes avec Pont-Salomon. Cette ouverture vers d'autres cas d'études est importante, car elle permet d'élargir sa vision des choses, d'envisager de nouvelles potentialités.
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a – Recherches historiques et architecturales
Une première partie du travail nécessaire avant d'envisager intervenir sur un bâtiment existant et en particulier un bâtiment inscrit, comme c'est le cas du site de l'Alliance, est un travail de recherche. Pour cela, je me suis rendu aux archives départementales du Puy-en-Velay où les plans et un grand nombre de documents relatifs à l'épopée de la faux à Pont-Salomon sont conservés. Ces documents sont essentiels à la compréhension du lieu, de la genèse de la ville et m'ont permis pour partie de rédiger le chapitre sur l'histoire de la ville, son développement. Cela m'a également permis de comprendre quels étaient les enjeux de l'époque concernant cette fabrication, quels étaient les concurrents nationaux ou internationaux les différentes familles impliquées, et la géographie de la ville.
Les recherches aux archives permettent notamment de se plonger dans les différents plans conservés (Figure 9). Ayant déjà eu une expérience du travail de recherche aux archives lors d'un cours optionnel en 4ème année à l'école de SaintÉtienne39, je n'imaginais pas la réalité du travail qui m'attendait. En effet lors de ce cours optionnel, les documents archivés avaient d'une part été triés par les archivistes afin de nous rendre le travail de recherche plus facile. Et d'autre part le fond de ressource que constituaient les plans, façades et coupes du monument que nous avions a étudier était dans un bon état. Concernant les ressources de Pont-Salomon les plans, et les coupes, disponibles à la demande dans la section P (Plans), sont quant à eux dans une grande chemise, la plupart d'entre eux ne sont pas datés et souvent déchirés et à manipuler avec grande précaution.
39
Cours mené par Jorn GARLEFF et Rachid KADDOUR.
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Figure 9 : Plan d'archives du site de l'Alliance
49
Les plans de ces usines ont été réalisés par M.LEROUX, ingénieur civil, il en assurera également la construction et le suivi. Le fait que les plans aient été réalisés par un ingénieur civil, et qu'il s'agisse de bâtiments industriels dont le dessin avait à l'époque pour unique but la fonctionnalité explique certainement l'absence de dessins de façades. En effet, l'archivage ne contient que des plans, qui sont néanmoins très précis et côtés ce qui en facilite la compréhension, quelques coupes pour des détails de structures, et des plans de charpentes et dessins techniques de ces mêmes charpentes. De plus les plans d'ensemble des usines de l'Alliance, n'étant pas toujours datés, on remarque des évolutions dont on peut deviner la période, mais difficilement la date exacte. J'ai pu obtenir des précisions au niveau des dates à l'UDAP de Haute-Loire en consultant un document d'inventaire contenant toutes les dates de construction et d'intervention sur les édifices du site.
J'ai alors commencé un long travail de re-dessin des plans dont j'ai pris des photographies aux archives. Ce travail de re-dessin est à mon sens d'une importance capitale, car il permet une compréhension plus fine du site en question. En effet, lorsque l'on exécute ce travail et que l'on lit ces plans dans l'objectif de les comprendre et de les retranscrire, on se place tel le concepteur de ces édifices. On est forcément amené à se poser des questions que l'initiateur des plans a dû se poser et auxquelles il a répondu par le dessin. Ce travail sur les plans existants a été facilité par leur bonne annotation. Cependant, afin de restituer un plan global de l'usine (Figure 10) il m'a fallu dessiner des plans dont je n'ai pas trouvé trace aux archives. Ce travail a été réalisé à partir de relevés rapides, de photographies et d'intuitions par rapport aux autres bâtis existants. Ce travail fut effectué après une deuxième visite réalisée le jeudi 23 novembre.
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Figure 10 : Plan d'ensemble R+1 du site de l'Alliance
51
Le travail de re-dessin fut mon travail le plus long et menant aux plans présents en annexes de ce mémoire. L'objectif que je m'étais fixé au travers de ce travail était de réaliser des documents graphiques pertinents dans l'objectif qu'ils puissent être exploités ultérieurement que ce soit pour un travail de projet ou de communication. C'est pour cela que j'ai réalisé des plans d'ensemble du site comprenant l'intégralité des édifices à chacun de ses niveaux, plans pour l'heure inexistants, et pourtant capitaux à mes yeux. J'ai également fait des façades ainsi que des extraits de façades de la rue intérieure à partir de relevés photographiques (Figure 11) et (Figure 12) disponibles également en annexes. En effet le dessin est l'un des premiers outils communication autour d'un projet, ainsi que la compréhension d'un site par le grand public qui est importante afin d'avoir le plus de soutien possible. Or actuellement le site n'est défendu que par une poignée d'irréductibles et peu de communication ou de documents sont rendus publics.
L'intégralité des plans a été réalisée sur le logiciel de dessin AutoCAD, il m'a fallu de nombreuses heures afin de comprendre la subtilité des plans, n'ayant pu emporter chez moi que des photos de plans à l'échelle 1/200ème. J'ai dans un premier temps cherché à réaliser un assemblage rapide des plans photographiés sur Photoshop me basant sur mes connaissances du site et sur les photographies aériennes disponibles. Une fois cette étape effectuée, j'ai pu développer une compréhension plus exacte de la relation entre les différents bâtiments et leurs rôles dans le processus de création des faux afin de me lancer dans le re-dessin de chacun des plans. Ma connaissance du site n'a fait que croître au fur et à mesure que je dessinais les plans et je commençais à en comprendre les subtilités. Je me suis rendu compte que cette compréhension du site et des plans était si longue que j'en apprenais encore simplement en consultant mes propres dessins.
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Figure 11 : Photographie de la rue intérieure
Figure 12 : Extraits des façades de la rue intérieure
53
b – La vie à Pont-Salomon
Pont-Salomon est aujourd'hui une commune d'une superficie de 8,4 km² et de 2031 habitants (relevé en 2014)40. À l'heure actuelle, 50% de l'activité de la commune est une activité de commerces et de services tandis que seul 15% est une activité industrielle ce qui tranche avec l'histoire et le passé de la commune. Les visites, effectuées dans la ville à chaque fois en milieu de semaine, la commune
m'a
toujours
semblé
très
calme,
comme endormie. Lorsque
j'évoquais lors de discussions avec des gens originaires de la région le fait que je comptais aller visiter la vallée de la Semène et Pont-Salomon, leur réaction était à chaque fois unanime : pourquoi ? Me disant qu'il y avait des paysages bien plus beaux en d'autres lieux. Comme si la commune était un lieu tabou où il ne faut pas se rendre.
J'ai pu obtenir de précieuses informations par un habitant de la commune, dont le contact m'a été permis par le biais d'une amie ; lors de cet entretien, il m'a confié habiter dans la partie haute de Pont-Salomon dans les lotissements pavillonnaires et sa première question fut de me demander à quel site je m'intéressais en particulier. Il m'a dit connaître l'ancienne usine de papier et être passé devant les sites des usines sans pour autant avoir de connaissance particulière de ce qu'il s'y était passé. C'est un point qui est notable de la commune, il y a en quelque sorte deux types d'habitants. Les nouveaux habitants qui ont choisi la commune afin de profiter d'un cadre de vie plus agréable que celui que l'on peut trouver en ville, et les anciens de la commune qui ont vécu ou dont les parents ont vécu l'épopée des faux à Pont-Salomon. En outre, il me confiait que dans la commune tout le monde se connaissait ce qui s'explique en parti par la taille de la commune, il m'a également confié que du fait que tout le monde se connaissait, il était difficile de s'intégrer lorsque on était un nouvel arrivant.
40
Source INSEE 2014, https://www.insee.fr/fr/statistiques/1405599?geo=COM-43153 Consulté le 2 Décembre 2017.
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Pont-Salomon est une commune que l'on pourrait qualifier de dortoir, en effet elle s'anime en fin de journée avec la sortie des classes et avec le retour des populations pendulaires rentrant du travail. C'est ici qu'il faut aborder la disposition des sorties de la voie rapide N88. La première sortie lorsque l'on vient de SaintEtienne nous fait passer au travers d'un bois empruntant la rue du Rossignol et entrer par le haut de la commune par ce qui s'apparente le plus à une entrée de ville. Cependant une partie des logements pavillonnaires se trouve avant même l'entrée de la commune, complètement déconnecté du centre. De même une seconde sortie existe menant à l'autre versant de la vallée où se trouve l'autre principal lotissement. Là aussi, l'accès se fait en déconnexion totale avec le centre de Pont-Salomon. La position des voies et des accès a certainement été guidée par une volonté pratique, mais une telle disposition ne fait qu'accentuer la mise en sommeil du centre de la commune et la perte de vitalité de celle-ci.
La commune vit en majorité grâce à ses associations qui sont au nombre de trente et une, néanmoins un des facteurs d'animation principal dans les communes rurales manque à l'appel : un marché. L'offre en terme de biens de premières nécessités est relativement faible, la commune ne compte qu'une boucherie, un boulanger et un traiteur. Pour le reste, il semble qu'il soit plus aisé pour un Pontois de se rendre dans les centres commerciaux, dont le plus proche se situe dans la zone Sud de Saint-Étienne. C'est une situation qui est cependant identique à de nombreuses communes dans le monde rural, les centres se vident peu à peu, et ce même dans les grandes villes, au profit de zones d'activité créés de toute pièce.
La vie à la campagne, aujourd'hui, est bien différente de ce qu'elle était auparavant. Par le passé les personnes vivant à la campagne étaient dépendantes de leurs terres qu'ils exploitaient, vivant en majorité de l'agriculture et de l'élevage. C'est pour cela qu'une grande partie des paysages ruraux en France sont des paysages agraires. De nos jours les personnes vivant à la campagne semblent complètement détachées des terres qu'elles foulent, n'y voyant qu'un espace privatif leur permettant de se déconnecter de la ville.
55
C'est là un des points principaux des changements de comportement, alors que par le passé la ville attirait et était preuve de réussite, c'est maintenant la vie dans une maison à la campagne qui provoque l'attrait. La pression des villes est telle que les gens cherchent à retrouver du calme et de la verdure en choisissant de s'installer à l'écart des villes. Ces comportements ont été facilités par le développement de l'automobile et le fait que de nombreuses personnes en possèdent une. Les infrastructures routières ont ensuite dû évoluer en conséquence, développant un maillage routier plus dense faisant face au flux routier accru. C'est le cas à Pont-Salomon ou la nationale 88 traverse la vallée, sur le territoire de la commune, par un viaduc41 perché à plusieurs dizaines de mètres de hauteur.
Nos modes de vie actuels posent cependant question et on semble ainsi avoir atteint une certaine limite au système. Il semble maintenant nécessaire de se poser la question de développer le mode de vie du futur. L'idée de villages, indépendants des grandes métropoles, au sein desquels les habitants pourraient trouver tout le nécessaire à la vie sans avoir besoin de parcourir de nombreux kilomètres, commence à émerger, c'est le principe de l'éco-hameau, version rurale de l'éco-quartier.
41
Viaduc de Pont-Salomon, érigé en deux fois un premier viaduc permit d'enjamber la vallée la construction de celui-ci commença en 1978 et pris fin en 1981. Il fut ensuite doublé d'un second viaduc parallèle et identique construit lui entre 1998 et 2000. https://structurae.info/ouvrages/viaduc-de-pont-salomon https://structurae.info/ouvrages/second-viaduc-de-pont-salomon Consultés le 20 décembre 2017.
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57
c – Des cas de friches similaires
Il est difficile de trouver le cas d'une friche industrielle dont les caractéristiques se rapprochent de celle de Pont-Salomon et qui aurait été réhabilitée autrement qu'en atelier d'artistes. En effet, ce programme revient régulièrement lors de la réhabilitation d'une friche industrielle en milieu rural. Les volumes importants, permettent une grande liberté d'adaptation de l'espace et la situation géographique permet certainement aux artistes de se concentrer sur leur sujet. Ces sites récemment investis permettent également une grande liberté d'expérimentation aux artistes. Dans les alentours, on peut citer le cas de SaintJulien-Molin-Molette42, dont la friche industrielle ancienne usine textile et est actuellement transformé en maison d'artistes. Ce genre de réappropriation de l'espace étant extrêmement fréquent, on peut se poser la question de la pérennité de cette intervention. On peut également pousser le raisonnement en se posant la question de la temporalité, cette tendance à transformer les friches en atelier d'artistes n'est-elle pas un état transitoire vers une autre fonction future ? Notre société évolue perpétuellement et les comportements humains aussi, il parait donc contradictoire de chercher à mettre en place un programme définitif, "La question est de savoir comment intégrer, dans une démarche de projet, l'évolution et le patrimoine."43.
Il y a cependant des exemples possédant quelques similitudes, mais qui peinent à trouver un nouveau programme et ou les politiques vont jusqu'à envisager la destruction. C'est le cas du lavoir des Chavannes inscrit au titre des monuments historiques en 2000, une année seulement après l'arrêt de l'activité (Figure 13). Le bâtiment se situe à Montceau-les-Mines en Saône et Loire et il fit l'objet en 2003 d'un concours international pour une réhabilitation. Deux projets étaient en lisse,
42
Commune situé dans le département de la Loire au sein du Parc naturel régional du Pilat, d'environ 1.200 habitants pour 9,5km². 43
CHEMETOFF Alexandre, (re)dessiner à partir de l’expérience construite de l’atelier Alexandre Chemetoff et associés dans la manufacture et la plaine achille à Saint-Etienne entre 2007 et 2015, éditions de Montreuil, Paris, 2015, p.24.
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l'un de MVRDV44 qui fut retenu. Celui-ci proposait une mise en scène de l'envahissement de la nature sur la ruine au travers de laquelle des cheminements dédiés à la promenade seraient mis en place. L'autre projet de Latz+Partner45 proposait un programme pluridisciplinaire avec des logements en bord de canal, des équipements public et un centre commercial. Celui-ci a été jugé trop ambitieux par rapport au contexte régional. Quelque temps plus tard le projet a été mis de côté, car "(...) l'enthousiasme est vite rattrapé par un contexte économique où l'heure n'est plus aux grands projets de reconversion pour le patrimoine industriel."46.
Figure 13 : Photographie du lavoir des Chavannes
44
Agence d'architecture et d'urbanisme néerlandaise.
45
Agence d'architectes et paysagistes allemande, particulièrement sensible à la notion de patrimoine industrielle ils ont travaillé dans la Ruhr, et développent la notion de paysage posindustriel. 46
GUILHOT Jean-Olivier et ULLMAN Cécile, "Le lavoir des Chavannes au défi de la sauvegarde par l'étude", [monumental] - Le patrimoine industriel, éditions du patrimoine, Paris, 2015, p.61.
59
En 2013, une nouvelle étude est effectuée dans l'objectif d'évaluer les possibilités pour l'édifice qui se dégrade peu à peu face aux vols et aux intempéries. Face aux solutions envisagées, c'est celle de la démolition du site qui l'emporte "(...) reflet d'un patrimoine diversement assumé ou d'un pragmatisme partagé après dix années de projets avortés."47. La question est maintenant de transmettre la mémoire du lieu d'une autre manière. Et c'est au travers d'une étude documentaire et scientifique, comprenant dessins, modélisations, et textes que cette mémoire doit être transmise, la démolition ne sera autorisée qu'une fois ce travail effectué. En effet, depuis 2001, on parle de "sauvegarde par l'étude scientifique" dans l'article 1er de la loi n°2001-44.48 Ce cas soulève une question importante : y a-t-il réellement nécessité de conserver l'ensemble des bâtiments patrimoniaux pour en transmettre la mémoire ?
47
Ibid, p.62.
48
Ibid, p63.
60
61
62
2 – Quel avenir pour l'Alliance à Pont-Salomon ?
À l'heure ou un projet commence à voir le jour sur le site de l'Alliance, nous allons ici nous interroger sur le devenir de ce site ainsi que l'avenir qui pourrait être envisagé pour celui-ci. Pour cela, nous allons nous pencher sur trois grands axes qui représentent les possibles, et finalement questionner le projet qui tente d'être mis en place.
Nous allons traiter de manière crescendo de l'intervention la plus minime à savoir la non-intervention qu'est l'abandon, en passant par la simple remise en état, jusqu'à la plus importante qu'est la réhabilitation. L'objectif n'est pas ici de favoriser l'une ou l'autre des solutions, mais bel et bien de présenter de manière pragmatique les possibilités à venir.
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a – Abandon, l’œuvre du temps
Un premier axe de réflexion peut être celui de l'abandon. L'abandon d'un bâtiment pourrait être considéré comme le stade final de sa vie. Comme une acceptation de la lente reprise de la nature sur un site anciennement construit par l'homme. La reprise de la nature sur les constructions humaines est quelque chose qui fascine et attire de nombreux curieux. C'est en effet l'un des points qui fait que l'Exploration urbaine s'est grandement développée les dernières années, avec pour objectif de capturer cette œuvre du temps au travers de photographies. Fait intéressant puisque la photographie est une représentation figée de l'état d'un bâtiment dont l'évolution n'est pas finie. Comme le disait Auguste PERRET "L'architecture, c'est ce qui fait de belles ruines", on peut alors se demander quel est la raison de l'intérêt pour un bâtiment tombant en ruine ?
En effet des sites comme celui de Pripiat49, attirent de nombreux curieux, dont je fais partie, intéressés par les conséquences de l'abandon soudain d'une activité et de l'évolution des traces de l'Homme. Il est très intéressant de voir avec quelle facilité la nature reprend ses droits, et ce, malgré tous les obstacles que peuvent être les interventions humaines. Ce genre de sites donne également naissance à un écosystème unique, les espèces animales investissant les vestiges d'une civilisation humaine.
Il faut noter que cette reprise de la nature sur des édifices a déjà été expérimentée en architecture. On peut notamment citer l'exemple de l'agence de Ricardo BOFILL50. Il a en effet acquis une ancienne cimenterie qu'il a ensuite transformée afin d'installer son logement ainsi que son atelier. Le projet met en scène la reprise de la végétation sur la ruine avec de nombreuses toitures végétales et de
49
Pripiat peut également s'orthographier Prypiat, et est une ville Ukrainienne située à proximité de la centrale nucléaire de Tchernobyl ayant explosée en 1986 et ayant abrité de nombreux ouvriers travaillant à cette même centrale. 50
Architecte espagnol appartenant au mouvement postmoderniste.
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nombreux arbres plantés. L'architecte décrit d'ailleurs son projet de la manière suivante :
" Je voulais que le bâtiment disparaisse dans la végétation. On ne le voit pas depuis la rue. Ses fenêtres s'ouvrent essentiellement sur le feuillage : je ne souhaitais rien distinguer de ce qui se passe à l'extérieur ; je désirais réaliser une bulle, quelque chose entre la ruine et le cloître"51
Rappelons que le même type de projet avait été envisagé concernant le lavoir des Chavannes, avec une mise en scène de la reprise de la nature sur la création humaine. À une autre échelle, on note de plus en plus l'apparition de toitures végétales et de murs végétaux pouvant également être considéré comme une mise en scène, cependant très contrôlée, de végétation. Cette présence accrue du végétal dans les projets d'architecture contemporaine semble être à mettre en corrélation avec l'intérêt que représente la ruinification des bâtiments.
Le site de l'Alliance se prête t-il à ce genre d'exercice ? Il est actuellement dans un état ou la nature reprend ses droits à la faveur du temps. Ainsi une mise en scène de la ruine, qu'elle soit partielle ou complète n'est pas à exclure. Dans ce genre de situation, la ruine est travaillée de manière à se sublimer elle-même et mettre en évidence le caractère du site dans lequel elle s'inscrit. Elle ne doit pas être vue comme négative, mais comme un état final d'une architecture, comme point final d'une longue vie.
51
DARMON Olivier, Habiter les ruines, éditions Gallimard, Paris, 2016, p.24. Citations extraites de textes de l'architecte et d'entretiens entre Ricardo BOFILL, Guillermo LÓPEZ et Arquitectura-G.
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b – Rénovation, maintient en éveil
Un autre axe de recherche pourrait être celui de la restauration afin de tenter de restituer un état original au site de l'Alliance. Une intervention de ce type serait en opposition avec la pensée de Ruskin comme vu au chapitre I-1-a Patrimoine et identité du paysage. Ce genre d'opération est généralement réalisé sur du grand patrimoine dont l'image et l'aura qu'il possède sont à l'échelle nationale. La restauration d'un patrimoine et donc sa muséification implique un gros investissement, cet investissement doit nécessairement être rentabilisé dans le cas du site de l'Alliance.
La rentabilité d'un tel investissement viendrait par la mise en place de visites payantes. D'après Julien DRAY : " La muséification serait non seulement coûteuse mais lourde à porter ; la ruinification serait désastreuse."52. Ses propos concernant la muséification sont justes et c'est pour cela qu'une muséification doit pouvoir être portée. Cependant ses propos concernant la ruine sont plus de l'ordre d'un avis personnel et, comme vu dans la sous-partie précédente, la ruine n'est pas nécessairement un état négatif de l'architecture.
La restauration d'un édifice industriel, c'est en quelque sorte tenter de maintenir en éveil une glorieuse époque passée, cependant, il faut nécessairement que celle-ci ait un sens et s'inscrive dans un projet global. De ce fait, on peut facilement imaginer une muséification partielle de certaines parties de l'usine, en revanche, il est plus difficile d'imaginer une muséification totale. Tout est une question d'échelle et de visée du projet. Il faut avant toute chose se questionner sur la portée d'un projet et quelles sont les populations susceptibles d'être visées ?
52
DAMM Paul, Rénover Réutiliser Reconvertir le patrimoine, actes du colloque régional, Somogy éditions d'art, Paris, 2015, p24. Texte rendant compte du colloque et des paroles des différents intervenants.
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Il existe déjà à l'heure actuelle un musée de la Faulx53 qui est cependant ouvert uniquement sur rendez-vous pour des visites de groupes. On imagine bien qu'un système de ce type ne permet pas d'attirer de foule importante. De ce fait, une restauration partielle à l'état d'origine des bâtiments et machines de l'Alliance est envisageable dans une démarche de projet au programme pluridisciplinaire. Il parait important, en particulier dans le cas d'un musée, que celui-ci ne soit pas isolé comme c'est le cas à l'heure actuelle. Il paraîtrait être intéressant de le lier à différentes activités qui pourraient être touristiques, scolaires, artisanales ou autre.
53
Faulx est une variante en ancien français du mot faux.
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c – La réhabilitation, imaginer une transformation
La restauration est certainement l'approche qu'affectionnent le plus grand nombre d'architectes. En effet, les friches et les ruines représentent un territoire d'expression quasi-infini, tirant ainsi avantage de l'effet du temps sur un bâtiment, prenant contraintes et dégradations comme des opportunités architecturales.
"(...) on peut avancer qu'un bâtiment en ruines augure peut-être davantage encore de potentialités. Que leurs charpentes soient effondrées est moins un manque qu'une occasion à saisir pour construire à l'intérieur des murs périphériques, dégager des vues ou créer un patio."54
La réhabilitation est une intervention lourde qui implique des modifications extérieures et intérieures d'un bâtiment. Il faut garder en tête que la société dans laquelle nous vivons est en perpétuelle évolution, nos modes de vie également, et par conséquent nos bâtiments se doivent d'évoluer de concert. C'est par l'évolution d'un bâtiment et de ses fonctions qu'il pourra continuer à perdurer au travers des âges.
"Il y a ceux qui défendent le patrimoine comme une convention à laquelle il faudrait se plier. Ils édictent les règles, prônent un retour aux sources, à des origines qui en excluent d'autres moins originelles mais pas moins originales. Il y a ceux qui ne prêtent attention à rien iconoclastes par conviction ou par insouciance. Il y a ceux qui cherchent une autre voie, et qui défendent l'idée d'un patrimoine vivant"55
54
DARMON Olivier, Habiter les ruines, éditions Gallimard, Paris, 2016, p.8.
55
CHEMETOFF Alexandre, (re)dessiner à partir de l’expérience construite de l’atelier Alexandre Chemetoff et associés dans la manufacture et la plaine achille à Saint-Etienne entre 2007 et 2015, éditions de Montreuil, Paris, 2015, p97.
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La défense de l'idée d'un patrimoine vivant va justement dans le sens de dire qu'il ne faut pas avoir peur d'intervenir sur un bâtiment. Tout bâtiment devant évoluer cette évolution lui permet de perdurer dans le temps. Il ne faut pas cependant caricaturer en considérant que toute intervention sur un édifice ancien n'est que détérioration d'un patrimoine ancien. Une réhabilitation se doit d'être faite en harmonie avec l'édifice d'origine, préservant ainsi des traces du passé vécu du bâtiment. Ce genre d'intervention n'est pas réservé au petit patrimoine n'ayant pas été inscrit ou classé, il peut également concerner des bâtiments sous protection au titre des monuments historiques. Lors de mon stage à l'UDAP de la HauteVienne, l'architecte des bâtiments de France m'a expliqué que si peu d'intervention de ce genre voyaient pour l'instant le jour, c'était dû au fait qu'il était difficile de trouver des architectes ou artistes au juste coup de crayon dans ce genre de cas.
Durant ce même stage j'ai eu l'occasion de visiter l'église de Saint-Amand-lePetit56, l'intervention réalisée par un artiste contemporain se situe à mi-chemin entre la restauration et la réhabilitation. L'œuvre est un recouvrement des murs par un lait de chaux permettant la conservation des pierres, la réalisation de fresques, vitraux et mobilier au style contemporain. L'objectif de l'intervention était de redonner envie aux gens de visiter les édifices religieux, "On oppose à tort conservation et nouveauté les renvoyant chacune à leurs défauts. L'une trop respectueuse et l'autre trop irrespectueuse au point de faire table rase du passé."57. Cet exemple illustre tout à fait ce genre de pensée, il s'agit ici de magnifier un bâtiment par une intervention radicale mais néanmoins réfléchie.
Le site de l'Alliance pourrait très bien se prêter à une réhabilitation de grande envergure. En effet, la qualité architecturale du site est à l'origine de son inscription au titre des monuments historiques, en parallèle son ancienne fonction
56
Commune de la Haute-Vienne dans laquelle se trouve une église du XIII
57
ème
siècle.
CHEMETOFF Alexandre, (re)dessiner à partir de l’expérience construite de l’atelier Alexandre Chemetoff et associés dans la manufacture et la plaine achille à Saint-Etienne entre 2007 et 2015, éditions de Montreuil, Paris, 2015, p24.
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extrêmement ciblée qu'est la réalisation de faux et faucilles ne peut être restaurée en totalité. Si l'on veut donner une chance à ce site de perdurer, il faut qu'il y ait un renouvellement de ses fonctions. Ce renouvellement des fonctions du site induirait nécessairement des modifications de l'esthétique extérieure et intérieure du bâtiment qui se doivent d'être juste et maîtrisée.
Le site de l'Alliance présentant de grandes surfaces la diversité programmatique pouvant être mise en place peut embrasser de nombreuses disciplines. Une réflexion autour des besoins de la ville et du territoire pourrait être faite afin de réfléchir à un programme futur. On pourrait par exemple imaginer qu'un partie du site puisse être dédié à des cultures, notamment hydroponiques, afin d'envisager de faire renaître un marché à Pont-Salomon tout en valorisant l'innovation, source de la naissance du site, ainsi que les produits locaux. Le site contenant actuellement
des
logements,
d'autres
pourraient
également
être
créés
accompagnés d'une pépinière d'entreprises, la tendance allant de plus en plus vers le travail à domicile. À cela, pourrait naturellement se greffer un programme historique autour du passé du site et de ses origines. Ce site faisant parti d'un contexte à fort caractère, il est important lors de la réalisation du programme de prendre en considération toutes les caractéristiques territoriales et sociétales auxquelles la ville de pont-Salomon est confrontée.
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d – Un projet en cours de réflexion
Suite à mon entretien avec Michel REYMOND en date du jeudi 14 décembre 2017, j'ai pu apprendre plus de détails concernant le projet qui est en train d'être réfléchi sur le site de l'Alliance. Jusqu'à lors, aucun projet n'avait été envisagé sur ce site, le propriétaire, Thierry EXPERTON souhaitant, jusqu'à présent, ne pas voir de transformation de son site industriel. Michel REYMOND est l'ancien maire de Pont-Salomon ayant exercé cette fonction de 1995 à 2001 puis de 2008 à 2014. L'un des fervents défenseurs du site de l'Alliance, c'est lui qui actuellement porte et tente de développer un projet de transformation du site.
Le projet en étude possède un programme pluridisciplinaire avec notamment, un déplacement du musée de la Faulx sur le site de l'Alliance, ce qui permettrait de corriger des problèmes d'accessibilité présentes au musée actuel et d'y adjoindre un magasin d'usine. En outre, l'objectif serait d'attirer des visiteurs pour ce musée et donc de créer un complexe culturel et touristique. Pour cela, serait mis en place un gîte ainsi qu'un restaurant qui seraient ouverts durant les mois les plus cléments de l'année. Ce point résulte d'un certain réalisme vis-à-vis du caractère du site. L'activité touristique dans la région ne peut pas s'effectuer tout au long de l'année en particulier dans une zone aussi reculée et encaissée qu'est la vallée de la Semène. S'adjoindrait également à ce programme une partie dédiée à l'art et aux expositions qui comme nous l'avons vu plus haut se prête particulièrement à ce genre de site. Les édifices longeant la Semène étant structurellement instables, fissurés en de multiples endroits, une mise en scène de la ruine est envisagée afin d'en conserver la mémoire sans pour autant les détruire, ce qui ne serait pas autorisé par les services de l'UDAP.
Ce projet ambitieux nécessite forcément des investissements et le volet économique est également à l'étude dans ce projet. Le propriétaire du site étant attaché à ses usines et ne souhaitant pas les voir disparaître, il est prêt à s'engager dans un projet tant que celui-ci ne lui fait pas perdre d'argent, même s'il ne lui en fait pas gagner non plus. Ne souhaitant cependant pas investir des
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sommes astronomiques dans ce projet Michel REYMOND a pour mission de vendre certains terrains possédés par Thierry EXPERTON, de nombreux bois, dont la valeur est plutôt minime. Il recherche également des investisseurs pour un projet d'éco-hameau qui prendrait place sur les quelques hectares constructibles que possède M.EXPERTON, éco-hameau qui serait la principale source de revenus afin de démarrer le projet à l'Alliance (Figure 14). En plus de cet avantage, ce projet a également pour objectif, de par sa localisation de créer une connexion, actuellement quasi-inexistante, entre les zones pavillonnaires sur les hauteurs et le centre-ville. La réhabilitation du site de l'Alliance ne se ferait évidemment pas en une seule fois, mais serait divisée en plusieurs tranches alimentées par l'argent généré par les ventes et projets précédents.
Figure 14 : Carte représentant les terres possédés par Thierry EXPERTON ainsi que les terrains constructibles ou est projeté l'éco-hameau
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Ce projet semble posséder de nombreuses qualités lui permettant de mûrir peu à peu, un projet de financement ayant des chances d'aboutir, et des acteurs motivés à la mise en place de celui-ci. Il est réaliste en terme de programme et ne vise pas d'objectif hors de sa portée. Il est également intéressant par sa pluridisciplinarité ainsi que les approches différenciées selon les bâtiments. En effet la mise en scène de la ruine, la restauration ainsi que la réhabilitation sont envisagées de concert afin de faire renaître le site de l'Alliance.
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75
Conclusion
Ce mémoire met en valeur les qualités et les potentiels du site de l'Alliance à PontSalomon dans le but de nourrir l'intérêt des divers acteurs qui pourraient mener à une reconversion. L'analyse de ville ainsi que celle du site mettent en avant la singularité de ce territoire qui ne doit pas être vue comme une contrainte, mais au contraire se transformer en qualités afin de mettre en avant le caractère unique de cette vallée autrefois industrielle.
Les friches industrielles qu'elles se situent en territoire rural ou en ville ont à n'en pas douter un avenir ainsi qu'un rôle à jouer dans l'évolution des territoires. Leurs qualités esthétiques ainsi que leur rôle patrimonial de plus en plus reconnus permettent leur conservation. Il semble cependant nécessaire de continuer la sensibilisation du plus grand nombre à ce patrimoine fragile qui continue de véhiculer une image négative. L'intérêt que représente ce genre de sites industriels pour les pratiques artistiques ne peut être occulté. Bien que redondant dans de nombreux projets de reconversion, les ateliers d'artistes sont particulièrement adaptés à ces espaces, les projets gagneraient cependant à intégrer de la pluridisciplinarité, comme c'est envisagé pour le site de l'Alliance. Cette pluridisciplinarité pouvant être mise en place au travers de logements, de nouvelles activités industrielles, tertiaires, agricoles ou touristiques.
La mise en lumière de l'excellent état de conservation de ce site industriel ainsi que de la quasi-totalité de ses machines est une étape essentielle afin d'attirer de nouvelles activités au sein de ce territoire. La vallée de la Semène recèle de nombreuses
qualités
paysagères
et
architecturales
pour
l'instant
peu
exploitées. La mise en place d'activités touristiques pourraient être initiées par le futur projet qui devrait prendre place sur le site de l'Alliance. Ce projet accompagné de l'éco-hameau pourrait être le point de départ du renouveau de ville de Pont-Salomon.
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Bibliographie
Ouvrages
AULAGNER Renaud, Le Chateau Dorian - Grandeur et décadence d'un chef d'œuvre Second- Empire, éditions Broché, Paris, 2012, 72p.
BELHOSTE Jean-François et SMITH Paul,
Patrimoine industriel - cinquante
sites en France, éditions du patrimoine, Paris, 1997, 128p.
BOUCHY Denis, L’Usine et son espace, Éditions de la Villette, Paris, 1981, 174p.
BOUDIER Laurent, Maisons détournées - lieux de vie insolites, éditions Hoëbeke, Paris, 2005, 173p.
CHEMETOFF Alexandre, (re)dessiner à partir de l’expérience construite de l’atelier Alexandre Chemetoff et associés dans la manufacture et la plaine achille à Saint-Etienne entre 2007 et 2015, éditions de Montreuil, Paris, 2015, 192p.
DAMM Paul, Rénover Réutiliser Reconvertir le patrimoine, actes du colloque régional, Somogy éditions d'art, Paris, 2015, 236p.
DARMON Olivier, Habiter les ruines, éditions Gallimard, Paris, 2016, 176p.
GOURGAUD Joseph, La vallée des forges, éditions de Borée, Sayat, 1999, 251p.
78
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JANIN Claude et ANDRES Lauren, "Les friches : espaces en marge ou marges de manœuvre pour l’aménagement des territoires ?", Annales de Géographie, n°663, 2008, p.138.
JOUENN Noël, De l’utopie à la réalité : manufacture de faux et de faucilles Dorian-Holtzer à Pont-Salomon, HAL archives ouvertes, Pont-Salomon, Janvier 2001, 145p.
MORIN Bruno, "Qui habite en milieu rural ?", Informations sociales, n° 164, 2011, p.128.
PÉRIGORD Yves Jean et Michel, Géographie rurale - La ruralité en France, éditions Armand Collin, Paris, 2009, 128p.
PEYRE Philippe, L’héritage industriel de Saint-Étienne et son territoire - 100 sites en enjeux, Ville de Saint-Étienne, 2006, 464p.
RENARD Jean, Les mutations des campagnes - Paysages et structures agraires dans le monde, éditions Armand Collin, Paris, 2002, 221p.
RIVATTON Bernard, Inventaire des établissement hydrauliques de la Semène au XIX siècle, UFR de lettres et sciences humaines - section histoire, Saint-Étienne, 1986, 8p.
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Sources archives
Fond d'archives regroupant les documents relatifs aux Fabriques de faux et faucilles de Pont-Salomon. Les documents suivants sont disponibles aux Archives départementales du Puy-en-Velay.
Série A : Sous-série 3A, Historique de l'entreprise - 3A1
Série D : Sous-série 3D, Bâtiments industriels - 3D1 Sous-série 2D, Logements ouvriers et édifices divers - 2D1
Série P (Plans) : Bâtiments industriels, logements ouvriers - Alliance
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Sitographie
http://www.pont-salomon.fr/-Pont-Salomon,252-.html Site de la commune de Pont-Salomon
http://www.valleedesforges.com/ Site de l'association Vallée des forges
https://www.insee.fr/fr/accueil Site de l'institut national de la statistique et des études économiques
http://ww.culture.gouv.fr/culture/inventai/patrimoine/ Base Mérimée en ligne
http://www.monumentum.fr/ Carte des monuments historiques français
https://structurae.info/ Base de données internationale d'ouvrages d'art et du génie civil
https://ich.unesco.org/fr Site de l'UNESCO
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Tableau des figures
Figure 1 : Percée visuelle vers le site de l'Alliance depuis la rue du Rossignol Photographie personelle, Pont-Salomon, Juin 2017 .......................................................... 27
Figure 2 : Carte analytique de Pont-Salomon Réalisation personelle, Fond de carte Géoporail, Logiciel Photoshop, Septembre 2017 ............ 29
Figure 3 : Carte analytique du centre ville de Pont-Salomon Réalisation personelle, Fond de carte Géoporail, Logiciel Photoshop, Septembre 2017 ............ 29
Figure 4 : Vue sur les bâtiments de l'Alliance en arrivant depuis le centre Photographie personelle, Pont-Salomon, Juin 2017 .......................................................... 31
Figure 5 : Photographie du bâtiment de bureaux Photographie personelle, Pont-Salomon, Novembre 2017 .................................................. 33
Figure 6 : Situation de Pont-Salomon Réalisation personelle, Fond de carte Géoporail, Logiciel Photoshop, 2017 ........................... 37
Figure 7 : Frise chronologique de l'implication des différentes personnes Réalisation personelle, Logiciel Photoshop, Octobre 2017 .................................................. 41
Figure 8 : Carte des différents sites industriels le long de le Semène Réalisation personelle, Fond de carte Géoporail, Logiciel Photoshop, Décembre 2017 ............. 43
Figure 9 : Plan d'archives du site de l'Alliance Plan disponnible sur demande aux Archives départementales du Puy-en-Velay Section P (Plans), réalisés par M.LEDOUX, 1939, support papier ................................................................. 49
Figure 10 : Plan d'ensemble R+1 du site de l'Alliance Réalisation personelle, Logiciel AutoCAD, Décembre 2017
............................................... 51
Figure 11 : Photographie de la rue intérieure Photographie personelle, Pont-Salomon, Novembre 2017 .................................................. 53
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Figure 12 : Extraits des façades de la rue intérieure Réalisation personelle, Logiciel AutoCAD et Photoshop, Décembre 2017 .............................. 53
Figure 13 : Photographie du lavoir des Chavannes Photographie de "Le journal de Saône et Loire", http://www.lejsl.com/edition-de-montceau-lesmines/2013/10/07/le-lavoir-des-chavannes, 2013
............................................................ 59
Figure 14 : Carte représentant les terres possédés par Thierry EXPERTON ainsi que les terrains constructibles ou est projeté l'éco-hameau Réalisation personelle, Fond de carte Géoporail, Logiciel Photoshop, Décembre 2017 ............. 73
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Annexes
Annexe 1 : Plan masse - site de l'Alliance.............................................................85 Annexe 2 : Plan RDC - site de l'Alliance................................................................87 Annexe 3 : Plan R+1 - site de l'Alliance.................................................................89 Annexe 4 : Plan R+2 - site de l'Alliance.................................................................91 Annexe 5 : Faรงades - site de l'Alliance..................................................................93 Annexe 6 : Photographies - Site de l'Alliance........................................................95 Annexe 6 : Photographies - Plans d'archives.......................................................100
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ANNEXE PLAN
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ANNEXE PLAN
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ANNEXE PLAN
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ANNEXE PLAN
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ANNEXE PLAN
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ANNEXE PLAN
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ANNEXE PLAN
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ANNEXE PLAN
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ANNEXE PLAN
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ANNEXE PLAN
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Annexe 6 : Photographies - Site de l'Alliance
Vue d'ensemble du site de l'Alliance
Toitures en sheds des forges
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Rue intĂŠrieure du site de l'Alliance
Vue sur le magasin d'acier
96
Vue sur le bureau des pointeurs envahi par la vĂŠgĂŠtation
Vue vers le magasin le long de la salle des compresseurs
97
Vue sur la salle des compresseurs
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Intérieur de la forge couverte en shed
Intérieur de l'atelier de boutonnage et étirage
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Annexe 6 : Photographies - Plans d'archives
Ces images sont des photographies de plans disponibles aux archives départementales de Puy-en-Velay. Ces plans ont été la base de la réalisation des plans d'ensembles précédents (Annexe 1 à 4). Tous les plans disponibles ne sont pas mis en annexe seulement un échantillon représentatif des documents consultables.
100
101
Certains plans comme celui ci-dessus de la salle de boulonnage et ĂŠtirage sont dans un mauvais ĂŠtat rendant dĂŠlicat leur manipulation ainsi que leur lecture.
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Mots clés Friches industrielles - Territoire - Paysage Ruralité - Transformation - Pont-Salomon
Résumé Les friches industrielles sont très présentes dans le paysage français, ces espaces sont désertés délaissé par l'être humain dans l'attente d'un renouveau. Pour certains ces friches véhiculent une image négative assimilée à un stigmate qu'il faudrait effacer, pour d'autres elles suscitent la fascination car pleine d'avenir. Dans une société en perpétuelle mutation, les comportements humains ne cessent d'évoluer, ainsi que les territoires, évoluant de concert ces nouveaux comportements. Les friches et espaces à l'abandon sont souvent des lieu qui n'ont pas su s'adapter avec leur temps et qui se retrouvent en suspens dans l'attente d'être transformés. Ce mémoire traite donc la relation étroite qu'entretien une friche industrielle, son paysage et son territoire au travers de l'exemple du site de l'Alliance à PontSalomon. Le travail s'appuie sur une compréhension technique et architecturale du site, se basant sur des plans existant, plans qui ont ensuite fait l'objet de redessin. Ce re-dessin a pour objectif d'offrir des plans s'ensemble jusqu'à présent inexistant comprenant tous les édifices du site. L'objet de ce mémoire est de dresser un portrait du site, d'en comprendre la genèse, son développement, jusqu'à son arrêt. Il s'agit également d'envisager les pistes possibles pour une transformation du site, tout en se questionnant sur les difficultés qui sont généralement rencontrées dans ce genre de situation. Summary Industrial wasteland are very common in the French landscape, these spaces are deserted by the human being in the expectation of a renewal. They can either picture a trauma we want to forget and captivate our attention at the same time. Our society is constantly renewing, humans behaviors are evolving, landscapes move forward with them. Industrial wasteland and empty places are spaces whom failed to adapt, condemned to wait for a transformation. This work is about the close relationship between industrial wasteland, its landscape and its territory through the example of the Alliance factory at PontSalomon. The work rely on a technical and architectural understanding of the buildings and the location. Based on existing plans, which were then redraw. This re-drawing aims to offer plans nonexistent until now, including all buildings of the location. The purpose of this work is to present a picture of this factory, understand where it come from, its life, until it ends. It is also to question all possible new beginnings for the place, while thinking about issues they imply.
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