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César-Roux: hausse contestée

La rénovation d’un immeuble de la Ville à César-Roux a presque doublé certains loyers et provoque la colère des locataires. page 5

Plus indépendant que jamais!

Le crime de la rue Caroline

Dans «Les Femmes de la Caroline», un meurtre survenu en 1912 à Lausanne est revisité par deux autrices avec un regard moderne. p.5

Opinions:

Enfants tyranniques: un malaise vaudois

Anniversaire

L’abbaye de Romanel fête ses 50 ans. Grande révolution: les femmes seront également de la partie! page 7

Du micro à la scène

Lucas Thorens, voix familière de la RTS, quitte l’anonymat du studio pour se dévoiler sur scène. Portrait. page 8

Le Festival du Film d’animation de Savigny revient du 29 au 31 mai, et fêtera sa 10e édition! Projections, ateliers et rencontres. page 11

Mercredi 6 - jeudi 7 mai 2026 – N° 2322
Gagnez G Jouez

ÉDITORIAL

Charaf Abdessemed

Journaliste

Changer le monde

Parents confrontés à des enfants tyranniques, violence juvénile en augmentation, agressions multiples, incivilités… Mais que se passe-t-il donc au sein de notre jeunesse au point que même des parents investis et responsables ne parviennent pas à gérer leur progéniture, y compris des enfants en bas âge (lire en page 3)? Il y a bien sûr les cas qui relèvent de pathologies psychiatriques et qui nécessitent une prise en charge spécialisée. Mais au-delà de ceux-ci, le phénomène est trop massif pour faire l’économie d’une remise en question à l’échelle de la société entière. Où avonsnous donc collectivement failli pour que nos enfants et nos jeunes en soient réduits à ne plus tolérer la moindre contrariété, exprimant celle-ci par la violence et l’agressivité plutôt que par le dialogue?

Plusieurs explications peuvent être avancées: il y a l’absence de cadre et de limites que des générations entières ont renoncé à imposer, faute de temps ou même de volonté, abreuvés aux vertus culpabilisantes de l’éducation positive à tout prix et oubliant qu’autorité peut tout à fait rimer avec bienveillance. À ceux-là, il est opportun de rappeler que déplaire à ses enfants est une nécessité d’éducation. Et puis, il y a notre responsabilité collective avec le délitement des familles et la perte de valeurs au profit d’un consumérisme qui conduit à ne privilégier que le culte du moment présent, au détriment de lendemains que nos jeunes perçoivent comme forcément désenchantés. Angoissés, sans horizons ni la moindre utopie féconde, nombre d’entre eux ne rêvent plus de changer le monde, se réfugiant dans la dépression, l’addiction ou la violence. Dans tous ces cas, les réponses limitées au médical et au judiciaire que nous privilégions seront forcément vouées à l’échec, tant leur mal-être n’est que le reflet de notre mal-être collectif.

Ces «petits diables» qui tyrannisent leurs parents et défient l’autorité

FAMILLES • Les enfants tyranniques sont de plus en plus nombreux dans le canton de Vaud. Leurs parents restent hélas souvent démunis face à leurs comportements, même si des solutions existent. Témoignages et décodage.

De l’extérieur, la plupart des gens ne se doutent de rien, car ils se montrent plutôt irréprochables. Mais une fois à la maison, ils deviennent ingérables. Leurs magistrales et récurrentes crises de colère semblent incontrôlables. Ils crient, menacent ou insultent leurs parents. Il peut même arriver, à en croire les témoignages que nous avons recueillis, qu’ils les frappent, les poussent dans les escaliers ou les menacent d’un couteau. Ils? Ce sont les «enfants à comportements tyranniques», qu’il ne faut pas confondre avec les «enfants rois».

Ces vrais «petits diables» font vivre l’enfer à leur famille. Au point que certains couples, même en bonne santé psychique, n’y résistent pas. «Nombre des parents concernés sont enfermés dans la honte. Des regards jugeants et blessants, simplifiant la réalité, se portent sur eux, en mode ‘’vous ne savez pas vous y prendre, il

faut cadrer votre enfant’’», déplore Caroline Eap. La psychologue FSP lausannoise de 64 ans est la spécialiste romande de ce sujet. Elle l’approfondit depuis six ans, avec une thérapie spéciale conçue en France, à l’appui (lire encadré).

Pas lié à des lacunes éducatives

Le phénomène reste tabou en Suisse. Et même si aucune statistique officielle n’est encore disponible, il semble en augmentation. En 2026, l’asso-

ciation française «Réagir face aux enfants et adolescents au comportement tyrannique» (R.E.A.C.T) fédérait en tout 3100 familles touchées, dont une trentaine issues de Suisse romande. C’était 1500 de plus que deux ans auparavant... «Ces comportements tyranniques ne correspondent pas à un diagnostic psychiatrique. Ils sont issus de la rencontre entre un enfant vulnérable et un parent très sensible à sa souffrance. Ces enfants sont souvent plutôt brillants et présentent la plupart du temps un trouble pédopsychiatrique autistique,

Une thérapie qui s’inspire largement de la non-violence de Ghandi

«L’hyperaccommodation est une réaction fréquente qui représente cependant un piège empêchant l’enfant de se confronter à ses difficultés», prévient Caroline Eap.

Plus vulnérables

anxieux, dépressif, oppositionnel, hyperactif ou de l’attention. Leur comportement déviant est une stratégie pour tenter de réguler leur anxiété», explique Caroline Eap. Quid de leurs parents? Ils sont le plus souvent de bon niveau social, instruits et très investis dans leur rôle parental, selon la spécialiste. Didier* et Malika*, qui préfèrent garder l’anonymat «pour ne pas être stigmatisés ou incompris», correspondent à cette description. Ces Vaudois de 41 et 47 ans, diplômés de l’enseignement supérieur, se décrivent comme «des parents très présents et à l’écoute, mais sans pour autant être permissifs». Malgré cela, depuis ses 3 ans, Julien* leur fils aîné leur pose des problèmes, avec ses crises à répétition et son incapacité à tolérer la frustration. Petit à petit, les quadragénaires se sont «sur-adaptés» pour prévenir ces moments difficiles, mais la situation a empiré jusqu’aux insultes et parfois aux violences physiques.

«Ces comportements tyranniques sont issus de la rencontre entre un enfant vulnérable et un parent sensible à sa souffrance»

Caroline Eap, psychologue FSP lausannoise Inspiré de la résistance non-violente de Ghandi, et popularisée en 2017 dans le livre «Accompagner les parents d’enfants tyranniques», co-écrit par la pédopsychiatre française Nathalie Franc et Haïm Omer, professeur de psychologie à l’Université de Tel Aviv, ce programme d’accompagnement pensé pour les parents d’enfants à comportements tyranniques, fait autorité. Il consiste à aider les parents tyrannisés à changer de posture et sortir du huis-clos, en adoptant une position ferme devant la violence. Cette approche met en lumière des pistes de compréhension de la dynamique familiale, puis des outils concrets pour la modifier. Les parents vont d’abord sortir du secret et s’entourer d’un réseau de soutien. La résistance non violente et le fait que tout le réseau soit informé du problème obligera l’enfant à délaisser peu à peu le pouvoir qu’il s’était arrogé, et d’intégrer qu’aucune forme de violence n’aura plus sa place dans sa famille. Pour obtenir le meilleur résultat possible, il est recommandé que les enfants concernés suivent leur propre psychothérapie en parallèle. Dans certains cas extrêmes, placer l’enfant en internat ou en famille d’accueil contribue fortement à le faire changer de comportement.

Malika finira par ne plus supporter d’être dans la même pièce que son fils et fera un burnout parental. Dans le même temps, sa fille cadette, pourtant élevée dans le même contexte, a grandi de manière harmonieuse. Aujourd’hui, Julien a 11 ans et va mieux. Aidé de ses parents et de professionnels, le préado apprend avec eux à apprivoiser ses difficultés. Quant à Justine* une autre maman, elle fait tant bien que mal de son côté. Son fils de 13 ans est devenu peu à peu ingérable depuis ses deux ans, là où sa sœur jumelle, elle, a toujours filé droit. «Enfant, il chipotait à table, ne se laissait pas habiller normalement et multipliait les fixettes, par exemple sur la manière de faire son lit», explique la quinquagénaire vaudoise, qui est cadre dans une grande entreprise et a divorcé en partie à cause de son fils. Elle aussi s’est hyperaccommodée. Aujourd’hui, l’enfant a certes progressé grâce à une psychothérapie, mais est encore loin d’être stabilisé. Régulièrement, il parle mal à sa mère ou casse des objets auxquels elle tient. Le travail psychologique pour s’en sortir totalement est en effet de longue haleine, mais indispensable. «Avec une faible tolérance à la frustration, de l’anxiété, une dérégulation émotionnelle et leurs particularités neurodéveloppementales, ces jeunes sont à risque de se retirer de la vie sociale, d’être inadaptés, de tomber en dépression, de développer des dépendances, ou autre», prévient Caroline Eap. Et la psychologue de rappeler que, même en cas de thérapie de fond, ces jeunes resteront plus vulnérables que la moyenne. Laurent Grabet *prénoms d’emprunt

Deux millions en moins sur le marché noir du cannabis!

LAUSANNE • Couvrant désormais près de 20% de la consommation, Cann-L, le projet pilote de vente de cannabis sans but lucratif, connaît un grand succès. Lancé en décembre 2023, Cann-L est un projet pilote de la Ville de Lausanne fondé sur la vente régulée de cannabis, à travers un local situé au centre-ville. Son objectif? Mesurer les effets d’un modèle de vente à but non lucratif sur la consommation.

Près de deux années et demie après son lancement, Cann-L a vu plus de 1750 adultes lausannois issus de différents milieux sociaux et culturels y participer. Âgés de 18 à 79 ans (moyenne 36 ans) lors de l’admission, avec une majorité d’hommes (75%) et de personnes en emploi (68%) ou en formation (11%), 72% d’entre eux consommaient depuis plus de 10 ans et 50% le faisaient tous

les jours ou presque au moment de l’admission.

Et le bilan est très positif: la grande majorité des participants a abandonné le marché illégal, leur consommation de cannabis diminue, près d’une centaine ont pris contact avec un médecin et les produits vendus sont en moyenne moins forts que ceux disponibles sur le marché noir.

Revenus pour la prévention

Et il y a mieux: ce dernier a perdu 2 millions de francs de chiffre d’affaires alors que le projet a créé des emplois mais aussi des revenus légaux pour la recherche et la prévention.

«Les résultats du projet Cann-L sont très positifs. Non seulement nous avons retiré deux millions de francs au marché illégal et couvrons désormais 20% de la consommation à

Lausanne, mais en plus nous contribuons à la protection de la santé des personnes participantes», se réjouit Émilie Moeschler, conseillère municipale chargée des sports et de la cohésion sociale. Sur cette base, je remercie les parlementaires fédéraux d’examiner avec bienveillance le projet de Loi fédérale sur les produits cannabiques, qui reflète le modèle que nous appliquons». À noter qu’une récente étude sur le marché illégal vaudois a montré que les fleurs de cannabis que l’on y achète ont désormais 14,5% de THC, alors que les résines en ont plus de 32% en moyenne. Dans les deux cas, les produits vendus à

Cann-L sont moins dosés (12,5% et 17,5% en moyenne en 2025) et d’autres produits à moindre risque pour les voies respiratoires,

comme des huiles comestibles ou des e-liquides, sont aussi proposés aux participants.

Il y a six ans, la Lausannoise Caroline Eap s’est spécialisée dans les enfants à comportements tyranniques. DR
Mike Niriama
Plus de 1700 adultes lausannois ont participé au projet de distribution contrôlée de cannabis Cann-L. VILLE DE LAUSANNE

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Pourquoi les loyers de l’immeuble du 5 rue César-Roux ont-ils doublé?

MAJORATION • La Ville se comporte-t-elle comme un prédateur immobilier, profitant de travaux de rénovation pour doubler le loyer d’une dizaine d’appartements en loyer libre? Nos explications.

Un immeuble, propriété de la Ville de Lausanne et dont les loyers, après rénovation, passent du simple au double, cela a de quoi surprendre. C’est en tout cas ce qui s’est produit au 5 de la rue César-Roux, un vieil édifice datant de 1895 et dont le loyer est passé de 146 francs par m2 et par an à… 269 francs. Un saut énorme réalisé après des rénovations d’ampleur programmées depuis 2015 et qui n’a pas manqué de révolter le conseiller communal Ensemble à Gauche Johann Dupuis, au point de déposer une interpellation urgente en janvier dernier. «Ce qui m’étonne le plus, c’est qu’avec une Municipalité de gauche, on puisse se retrouver après une rénovation plutôt anodine, avec une augmentation de loyer digne de celles pratiquées par les gérances privées et le tout sans aucune réflexion en termes de logements abordables. Franchement, la Ville prévoit beaucoup de rénovations, et si c’est ce modèle qu’elle entend appliquer, je m’inquiète pour la suite!»

Des rénovations anodines? Celles-ci ont en tout cas été suffisamment conséquentes pour qu’une dénonciation de bail soit annoncée au préalable et les locataires libérés. Après travaux, des assainissements énergétiques importants ont ensuite été

effectués, des éléments patrimoniaux obligatoirement conservés –l’immeuble est classé en note 2 par le canton -, sans oublier l’ajout d’un ascenseur, dont l’installation a précisément rendu impossible le maintien des locataires.

Cet ascenseur, qui a sans aucun doute contribué au net renchérissement des loyers, n’était d’ailleurs pas prévu dans le plan initial de rénovation. «La rénovation du 5 CésarRoux est un projet que l’on avait dû reprendre lors d’une nouvelle législature et il se trouve que celle-ci a mis la politique d’accessibilité universelle, notamment pour les personnes âgées, en haut de ses priorités. Il nous a donc fallu en tenir compte» explique Natacha Litzistorf, conseillère municipale en charge du Logement, de l’environnement et l’architecture. En tout état de cause, l’ensemble des rénovations justifie-til une telle majoration des loyers?

«Oui, répond Renaud Jaccard, chef du Service des gérances de la Ville. Si l’on tient compte de l’installation de l’ascenseur, des contraintes patrimoniales fixées par le Canton et de l’augmentation des coûts de construction post Covid et guerre en Ukraine, on obtient une nette augmentation de la facture de rénovation par rapport à ce qui était prévu initialement».

Et Natacha Litzistorf de compléter:

«En termes de rénovation et d’entretien des immeubles, nous payons les politiques qui n’ont pas été menées depuis des décennies. L’immeuble de César-Roux, dont le cas n’est d’ailleurs pas du tout représentatif de la politique que nous menons, n’avait pas été grandement rénové depuis plus de 40 ans. Certes les loyers – libres je le rappelle - ont presque doublé, mais il faut voir d’où l’on vient, car ils étaient vraiment bas!».

«Les loyers ont presque doublé, mais ils étaient vraiment bas!»

Natacha Litzistorf, municipale en charge du logement

«Bailleur responsable»

«Nous avons vraiment à cœur d’être un bailleur responsable et de ne pas pratiquer des loyers d’usure, mais nous avons en plus des contraintes évoquées, une obligation de rendement, voulue par la Municipalité et validée par le Conseil communal, imposant une rentabilité de 3% à son patrimoine immobilier, ajoute Renaud Jaccard. Même si l’immeuble César-Roux 5 n’est pas dans une logique de loyer modéré ou d’habitat d’urgence, géré par d’autres services de la Ville, nous avons cependant consenti à une réserve mensuelle de

hausse d’environ 200 francs, pour éviter que le montant total du loyer soit trop élevé. Dès lors, la moyenne des loyers appliqués s’élève à 269 francs par m2/an dans un quartier ou le loyer médian se situe entre 291 et 302 francs le m2/an. Concrètement cela équivaut à un passage de 1’275 francs avant travaux à 1’648 francs après travaux pour un 3,5 pièces». Pour rappel, l’immeuble César-Roux 5 accueillait une dizaine de locataires avant les travaux de rénovation. Durant ceux-ci, une partie d’entre eux a été relogée tout proche par la Ville, à la rue de l’Industrie 13 avec les très avantageuses conditions dont ils bénéficiaient, la Ville prenant également en charge les frais de déménagement. Au final, après les travaux, quatre d’entre eux ont réintégré leur appartement initial en acceptant les nouveaux loyers, tandis que d’autres ont choisi de déménager ailleurs. Un seul locataire est actuellement en procédure juridique.

Charaf Abdessemed

DIOXINE

Les investigations ont démarré

Les investigations sur les sites prioritaires contaminés par la dioxine ont débuté et se poursuivront jusqu’en juin prochain. Ces sites sont les lieux d’accueil pour enfants situés dans le périmètre le plus pollué par la dioxine. Les travaux d’investigations en cours permettront de confirmer le besoin d’assainissement et, le cas échéant, de déterminer précisément les zones de sols à assainir, leur profondeur ainsi que les modalités d’intervention les plus appropriées. Les premiers travaux d’assainissement devraient suivre dès cet été 2026.

La Ville de Lausanne a confié la coordination du site de la Valencienne à La Faîtière associative socioculturelle et sportive de la Valencienne (FASSV) qui regroupe plusieurs associations, notamment l’Amicale de pétanque, partenaire historique du quartier, et Valencity dont les activités ont déjà été appréciées. Le choix de confier la gestion à une faîtière répond, selon la Municipalité, «à la volonté de garantir à la fois un lieu accessible au public, les activités de plusieurs organisations sur le site, et une gouvernance claire et efficace». Point important: le projet retenu met l’accent sur un renforcement des activités sportives de proximité, tout en maintenant une dimension socioculturelle essentielle.

Rue Caroline: les voix retrouvées d’un crime datant de 1912

ROMAN • Deux autrices lausannoises rouvrent le chapitre d’un meurtre survenu en janvier 1912. Dans «Les Femmes de la Caroline», victime et coupable prennent vie, et donnent à comprendre le contexte du drame, en y ajoutant la sororité. Vous ne passerez plus jamais à la rue Caroline de la même manière. Car quelque part entre les numéros 15 et 23, là où désormais se dresse la tour Shanelle, a eu lieu un crime sanglant. En janvier 1912, la veuve d’une soixantaine d’années Marie Seewer est tuée à coups de hache. Sa jeune fille au pair, Elizabeth Brack, 18 ans, est arrêtée puis jugée en septembre de la même année. Ce fait divers glaçant a désormais sa place en librairie. Deux autrices lausannoises, Laurence Gauvin et Sandrine Perroud, l’ont immortalisé dans «Les Femmes de la Caroline», paru aux Éditions d’en bas. Tout part d’une exposition consacrée au photographe et criminologue Rodolphe Reiss, père de la photographie forensique. L’une des images interpelle

Laurence Gauvin, employée des archives de l’Université de Lausanne, elle qui a brassé un nombre incalculable de ses images. Sur celle-ci, prise en 1912, on y voit une cuisine bourgeoise bien rangée. C’est celle de la veuve Seewer, le lendemain de son meurtre. Sur la table, un objet emballé dans du papier journal: la hachette du crime qui servait à couper le petit bois.

Des actrices invisibles

«C’est une affaire qui nous a intéressées de par son étrangeté, explique Sandrine Perroud, déjà autrice de deux romans. Comment cette jeune fille au pair, issue d’un milieu bourgeois, finit par tuer à coups de hache sa patronne, alors même que l’on apprendra au procès qu’elle l’aimait beaucoup?»

Cette histoire, très commentée par des historiens, des journalistes et des criminologues, donne envie aux deux amies de donner vie aux principales concernées. «Les Femmes de la Caroline» parle des femmes.

Celles à qui l’on n’a pas donné la parole. Celles que l’on a imaginé folles, incompétentes, trop faibles, trop «femmes». Le tout avec un regard actuel, riche des enseignements d’un siècle d’amélioration de la condition féminine. «C’est une démarche féministe», explique Laurence Gauvin. Car en effet, la menace d’une réécriture anachronique rôdait.

«C’est un regard contemporain sur un fait divers de 1912, mais à l’époque déjà, il y avait des mouvements féministes», complète sa collègue. Et si l’affaire a toujours été racontée au cours du procès, où se sont illustrés avocats, docteurs et criminologues, on peut apporter une nouvelle lumière aux événements.

«À travers le compte rendu du procès fait par la presse, transparaissent des signes d’épuisement physique et psychologique chez la jeune fille au pair. Elle venait de la bourgeoisie, pas de la

campagne. À Lausanne, elle est traitée comme une domestique. Le regard contemporain que l’on peut apporter sur cette affaire, c’est de montrer qu’elle n’était pas juste folle. Il y avait un contexte sociologique». Relire l’histoire à travers la fiction

permet de remettre un peu de perspective.

Élise Dottrens

«Les Femmes de la Caroline», Sandrine Perroud et Laurence Gauvin, éditions d’en bas, www.enbas.net

L’immeuble concerné n’avait pas été rénové depuis environ 40 ans. MAGNIN
Un appartement, après les travaux de rénovation. REMY GINDROZ
Sandrine Perroud (à gauche) et Laurence Gauvin se sont rencontrées à l’université de Lausanne. DOTTRENS S L DR

Le projet de la

semaine

Le tunnel qui doit sauver Lausanne de l’asphyxie

MOBILITÉ • Serpent de mer vieux de vingt ans, le tunnel de 275 mètres reliant la gare CFF au Flon refait surface. La semaine dernière, le Grand Conseil vaudois a enfin débloqué un crédit d’étude de 2,3 millions de francs. Mais ce vote révèle une fracture politique profonde et une mobilité lausannoise mise à mal par les retards massifs du chantier de la gare.

Dans ce dossier, qui s’avère être extrêmement complexe, un constat fait l'unanimité: le m2 étouffe. Sur le tronçon Gare-Flon, la ligne la plus raide au monde sature. Dans ce contexte, une galerie piétonne n’apparaît plus comme un luxe, mais comme une soupape de sécurité vitale pour soulager le métro, sans imposer l’ascension du PetitChêne. Longtemps resté lettre morte, le projet a été prisonnier des retards du chantier de la gare CFF. Les ratés de planification de la Confédération ont gelé le sous-sol lausannois et poussé à une révision complète des plans.

L’ombre d’un «tunnel commercial» L’ambiance était donc électrique la semaine dernière au Grand Conseil quand il a fallu rediscuter de ce projet: le tunnel de la discorde a ravivé les vieux clivages. Face à un investissement de 30 millions de francs, la droite (PLR/UDC) a dénoncé un futur «aspirateur à clients», redoutant que ce boyau souterrain ne siphonne les passants vers le Flon, au détriment des commerces de surface. À cette vision comptable, la gau-

cri

Le regard satirique d’Alan Monoc sur l’actualité

che et les Verts ont opposé une urgence humaine, rappelant le calvaire quotidien des quelque 100’000 usagers qui saturent le secteur. Mais au-delà des querelles de clocher, c'est l’argument de la survie qui a forcé le ralliement: en cas de panne ou lors des futurs chantiers du m2, ce tunnel ne serait plus un simple confort, mais l’unique cordon ombilical capable d’empêcher une paralysie de la ville.

Le réveil d’un réseau en chantier Si cette liaison Gare-Flon semble donc enfin acquise, le paysage de la mobilité lausannoise reste toutefois celui d’un réseau à deux vitesses. Malgré l’acceptation d’une enveloppe globale de 800 millions de francs, les priorités ont divergé: tandis que le tracé du m3 va être optimisé pour gagner en efficacité vers la Blécherette, le m1 demeure le parent pauvre, victime de désaccords financiers avec les communes de l’Ouest. Sa modernisation est désormais repoussée à 2032. Ces arbitrages ont ainsi privilégié le développement futur au détriment des besoins actuels, révélant

une métropole qui tente de réparer les erreurs de planification passées tout en absorbant une poussée démographique galopante.

La future galerie piétonne est ainsi devenue le symbole d’une ville qui, entre doutes et ambitions, s’efforce de reprendre sa marche en avant.

L’invité

Ludovic Malot

Président

Association

Souveraineté Suisse

Quand l’unité de la matière est contournée

Dans la Confédération suisse, la démocratie directe repose sur une exigence simple: la clarté. Clarté de la question, loyauté du processus et respect de l’unité de la matière. Ce principe, loin d’être technique, protège contre toute manipulation du vote. Consacré notamment à l’article 139 de la Constitution fédérale, il impose qu’un objet soumis au peuple porte sur un seul sujet cohérent.

Objectif: éviter le «vote lié», qui force à accepter ce que l’on refuse pour obtenir ce que l’on soutient. Le Tribunal fédéral le rappelle: l’unité de la matière garantit la libre formation de la volonté populaire. Or les accords institutionnels avec l’Union européenne — dits « bilatérales III » — s’en écartent. Ils regroupent en un seul paquet des domaines variés: droit du travail, énergie, libre circulation, mécanismes d’arbitrage, avec en plus, la reprise dynamique du droit européen. Problème: les citoyens sont privés d’un choix différencié. Accepter un volet implique d’en valider d’autres, parfois majeurs. Refuser un point, c’est rejeter l’ensemble. Le vote devient contraint.

Au-delà de toutes ces considérations, c’est le fonctionnement démocratique qui est en jeu. La reprise automatique du droit étranger affaiblit le référendum: à quoi bon voter si les règles évoluent sans validation populaire? Le risque est un glissement silencieux: d’un peuple qui décide à un peuple qui entérine. Respecter l’unité de la matière, c’est garantir un choix libre. S’en écarter, c’est fragiliser un pilier démocratique.

Y A LE FEU AU LAC !

Franchir la ligne jaune

chipie insolente et frondeuse qui s’accroche contre vents et casseroles, avec pour seul horizon une jolie rente à vie, à même pas 35 ans. Dans l’intervalle, alors que le gouvernement temporise courageusement pour ne fâcher personne, partout ailleurs on crie à la démission. Au Grand Conseil où la conseillère d’État ne peut guère plus compter sur personne, et même dans son propre parti qui ne cache plus son exaspération, tout en veillant à soigneusement ménager son encombrante élue: «Avant que Madame Dittli soit élue, nous passions 80% de nos séances à régler les casseroles de Jacques Neirynck et Claude Béglé. Désormais, 80% de nos discussions sont consacrées aux affaires de notre ministre» a ainsi avoué à nos collègues du Temps, José Martinho, coprésident du Centre Lausanne. On comprend sa lassitude: une conseillère d’État n’aurait vraiment pas dû faire tout ça et on ne peut décemment pas remercier cette chère Valérie pour ces beaux moments. KEYSTONE Valérie, merci pour ces moments de la mouette d Le

Voilà, ça y est! La nouvelle composition du Conseil d’État est connue. Et c’est simple: bébé Dittli garde son département croupion comme si de rien n’était, et papa Nordmann reprend intégralement le dicastère de Rebecca Ruiz, ce gigantesque mammouth qui gère la santé et l’action sociale, le tout sous la surveillance de Mamie Luisier et de Tata Nuria, tandis que les tontons Borloz et Venizelos regardent ailleurs. Alors oui bien sûr, on va arguer du fait que la stabilité passe avant tout, au moins jusqu’aux prochaines élections de 2027. Mais tout de même, la stabilité dans le bordel, ça fait quand même tache et on se demande comment notre paquebot ivre cantonal va pouvoir voguer sereinement dans les mois qui arrivent. Pourtant, tout va bien: les coûts de la santé sont maîtrisés, la dette tout à fait contrôlée et les Vaudoises et les Vaudois sont ravis de ce beau spectacle au plus haut sommet de l’État. Parce que spectacle, il y a vraiment, avec bébé Dittli, magistrale dans le rôle de l’inexpugnable

Je dois vous avouer quelque chose: je suis un cycliste qui s’arrête aux feux rouges. Oui, je n’ai pas peur de le dire! Pour moi, le sens unique n’est pas qu’un groupe de rap, et je ne prends ni les trottoirs pour des rocades, ni les vessies pour des lanternes, contrairement à nombre de mes congénères qui semblent bien trop pressés pour respecter les règles. Aujourd’hui, les vélos foncent plus que de raison dans les zones 30, enfin, surtout en descente. Et je ne parle pas que de la petite reine légère et maniable qui descend élégamment le Grey en danseuse.

Là où ça devient problématique c’est quand il s’agit de vélo-cargos gros comme des SUV, débordant de gamins et de paniers du marché. Pourtant, le premier secret du cycliste, c’est d’accepter d’aller moins vite que les voitures. Prenez la fable de Jean de la Fontaine: entre les deux bêtes, ce n’est pas la plus véloce qui gagne.

Un bon cycliste doit aller aussi vite que possible mais aussi lentement que néces-

saire. Et le cycliste trop pressé, à l’instar du citron, finit souvent écrasé. Fine analogie fruitière qui évoque la couleur des lignes jaunes que la Ville essaime de partout pour essayer de faire croire qu’elle développe son réseau de pistes cyclables, rendant certains itinéaires encore plus dangereux que sans, avec une cohabitation vélos/voitures quasi impossible sur certains axes chargés ou voies à sens unique.

On ne règle pas les questions de mobilité douce avec des pots de peinture, mais avec de vrais aménagements: axes dédiés, bordures surélevées, itinéraires mieux balisés... Moi je vous le dis: on nous prend vraiment pour des citrons.

SPN SA, société éditrice du journal gratuit Lausanne Cités, innove et lance une entreprise de distribution au service des acteurs de Lausanne et sa région.

Le m2 étouffe, victime de son succès. DR

Romanel célèbre les 50 ans de son abbaye

HÉRITAGE • L’abbaye des villageois de Romanel, Jouxtens et Vernand innove cette année en ouvrant ses portes aux femmes. Pour l’équipe d’organisation de la fête, toute jeune, c’était une évidence.

Dans un mois jour pour jour, la tranquille place de Prazqueron à Romanel sera investie par une véritable vague d’histoire et de patrimoine. Chemises, chapeaux et fusils seront de mise, car c’est là que sera organisée la cinquantième abbaye des villageois de Romanel-surLausanne, Jouxtens et Vernand, du 5 au 15 juin. Un premier week-end ouvrira les festivités les 5 et 6 juin, avec fête foraine, repas, concerts, et même la venue des superstars du Yodel Oesch's die Dritten.

Mais à partir du 10 juin, les choses sérieuses commenceront, avec les premières manches de tir, qui continueront jusqu'au couronnement des rois et reines, le 13 juin.

Premiers tirs féminins

«Il n’y a pas eu de réactions négatives, mais forcément que cela fait débat, se rappelle Cyril. Quand on a dû faire adopter les nouveaux statuts, certains ont considéré qu’il était bien de se retrouver entre hommes. Finalement, c’est la société qui a voté». Il faut dire que parmi l’équipe d'organisation, se sont glissés cette année des jeunes abbés, ce qui insuffle aussi de nouvelles idées et envies.

«Aujourd’hui, les villages ont de la peine à fonctionner avec du bénévolat»

Cette année cependant, et les suivantes désormais, les organisateurs feront une petite infidélité à la tradition. Car dorénavant, les femmes peuvent participer au concours de tir officiel. «C’est quelque chose que l’on a vécu dans les jeunesses campagnardes il y a déjà pas mal d'années, et pour moi, c'est normal que ça soit aussi le cas à l’abbaye», explique Loris, abbé banneret et membre du comité d'organisation. Pour son ami Cyril Fayet, il était important de garder ces traditions vaudoises et familiales, tout en les dépoussiérant.

Cyril Favet

C’est le cas de Loris et ses 25 printemps, qui détonnent un peu au milieu de la moyenne d'âge de... 61 ans. «Je ne suis même plus le plus jeune de la société. C’est vrai que c’est assez original, mais je me suis toujours senti intégré, parce que je connais cette société depuis toujours. J’ai vécu les fêtes étant enfant grâce à mon papa, qui a toujours fait partie de l’Abbaye, et je trouve très cool de faire partie d’une société qui perpétue les traditions tout en faisant vivre le village».

En attendant, en tant que membres de l’organisation, Cyril et Loris travaillent d’arrache pied. Responsable des infrastructures, ce dernier s’occupe aussi des boissons et de faire le lien avec la jeunesse de Romanel. «Ils viendront nous aider pendant la fête, notamment avec des damoiseaux et demoiselles d’honneur pendant le défilé.»

«Quand on pense à une abbaye, on pense à quelques mecs qui tirent avec leurs fusils, alors que c’est bien plus que ça. Cela donne une vraie dynamique villageoise et amène de la joie autour d’une histoire vieille de cinquante ans». Jusqu’à présent, les femmes étaient cantonnées à l’organisation de la fête ou au tir non officiel, mais cette année, la première abbesse de l’histoire du village participera aux tirs officiels. Un choix qui a tout de même nécessité de modifier les statuts de la société.

Ambiance «ranch» garantie Cyril, lui, développe l’aspect communication de l'événement. «Avant, il n’y avait pas autant besoin de communiquer à propos de la fête parce que les gens se passaient le mot plus facilement. Aujourd’hui, les villages ont par exemple de la peine à fonctionner avec du bénévolat».

Les jours de tirs seront cependant quand même ponctués de fêtes et d'activités ouvertes à tous: le samedi soir, la place du Prazqueron se téléportera vers l’Amérique avec un concert du duo de country-blues Wolverine Bluegrass et la diffusion du très attendu match de Coupe du Monde Suisse-Qatar. Avec les spécialités de langue de bœuf de l’Auberge de la Fleur de Lys, ce sera la cerise sur le gâteau pour une véritable ambiance «ranch» garantie.

Élise Dottrens

La place de Prazqueron se prépare à recevoir les festivités début juin. DOTTRENS
Cyril (à gauche) et Loris en tenue d’abbé. DOTTRENS

Lucas Thorens, du micro à la scène, l’irrésistible appel de la curiosité

RADIO • Pendant des années, il a juste été une voix, une présence familière, presque intime, glissée dans le quotidien des auditeurs de RTS Première. Une voix sans visage, ou presque. Un paradoxe qu’il a longtemps vécu avec confort, avant de décider d’en sortir pour faire ses premiers pas sur scène. Portrait d’un Lausannois de cœur, humoriste et animateur.

Lucas Thorens donne de la voix depuis longtemps sur RTS Première, dans des formats mêlant humour et vulgarisation, des «Dicodeurs» à «Dis, pourquoi la radio?», en passant par «À l’Abordage» et «Pentagruel». Mais même s’il est prolixe, l’animateur producteur n’en demeure pas moins discret, voire pudique. «On fait de la radio parce qu’on n’aime pas trop parler de soi», confie-t-il. Et pourtant, le voilà aujourd’hui seul sur scène, dans un spectacle créé au Théâtre Boulimie en février dernier, qui met précisément ce métier au cœur du sujet. À l’instar de Chappatte, qui se met en scène avec brio dans «Chappatte en Scène», Lucas Thorens recrée son studio radio sur les planches, pour s’aérer, s’amuser, se défier, et surtout donner un corps à cette voix si familière qui est la sienne. Un pas de côté, presque un saut dans le vide, motivé par une envie simple: rencontrer enfin ce public invisible, créer un lien. «C’était dans l’idée de sortir de l’enfermement du studio. On le fait déjà avec les Dicodeurs, qui enregistrent des émissions partout en Suisse. J’y ai pris goût!», dit-il.

Trouver sa voix

La vocation, chez lui, n’a rien d’un plan tout tracé. Certes, enfant, il joue déjà à faire de la radio, s’enregistre sur cassettes, bricole des émissions. Mais c’est bien plus tard, au moment même où il tente d’y entrer via un stage, que le déclic se produit. «Je ne savais pas trop quoi faire, j’y suis allé par curiosité, il y avait une annonce de stage… c’est en passant les tests et les épreuves que j’ai réalisé que j’aimais ça», raconte-t-il. Depuis, Lucas avance, porté par une énergie particulière, une curiosité

vorace, presque insatiable. Chaque semaine, un nouveau sujet, souvent inattendu, qu’il explore avec la même gourmandise intellectuelle. «Il faut être curieux pour faire de la radio», dit-il simplement. Le fromage suisse, l’abîme philosophique, le bambou et son rôle dans les civilisations… Peu importe le thème, tant qu’il ouvre des horizons. Il ne cherche pas la perfection, mais le mouvement. «Je suis assez bon pour commencer quelque chose de nouveau chaque jour», précise-t-il.

Cette appétence pour la découverte déborde largement du studio. Chez lui, dans le centre de Lausanne, une pièce secrète aligne consoles, jeux

vidéo de toutes les générations, jeux de société et cartes Magic. Un refuge de geek (un mot qu’il nuance volontiers), mais surtout un laboratoire d’exploration, et une spécialité secrète: la réparation de Game Boy! Lucas Thorens accumule, teste, plonge, passe d’un univers à l’autre avec la même intensité, une manière de nourrir en permanence ce moteur intérieur qui ne s’éteint jamais.

Le je et le jeu

Dans ce foisonnement, les jeux de rôle occupent une place particulière. Longtemps maître de jeu, il y a appris à raconter, à improviser, à capter l’attention d’un groupe. «Quand tu dois faire en sorte que personne ne s’ennuie, c’est un super exercice», explique-t-il. Un apprentissage sur un terrain inattendu mais déterminant, qui l’a préparé sans qu’il le sache à son métier d’animateur, et aujourd’hui à la scène.

Car le passage du studio à la scène n’a rien eu d’évident. À la radio, tout passe par la voix, le corps disparaît. Sur scène, il devient central. «À la radio, tu ne penses pas à la lumière, ni aux accessoires, ni à ce que tu fais avec ton corps», souligne-t-il. Il a donc fallu apprendre, apprivoiser, découvrir cette présence physique. Et avec elle, une autre facette de lui-même.

Sur scène, Lucas Thorens révèle un comique inattendu, presque burlesque. Un côté maladroit, précis, visuel, qui évoque un Mr Bean contemporain. «Je fais l’andouille dans la vraie vie, et c’est vrai que mes proches et mes copains m’ont déjà comparé à l’humoriste anglais», reconnaît-il. Il ne lui restait plus qu’à révéler cette face cachée au monde pour un franc bon moment de partage, de rigolade et de pédagogie, car oui, comme dans toutes ses émissions, on apprend des choses

quand on va voir Lucas Thorens sur scène, comme par exemple envoyer un jingle, parler à un ingénieur du son, et même la fameuse «danse du studio».

L’école du micro… de métal! Il faut dire… qu’il y a de quoi dire! Son spectacle s’ancre dans vingt ans de radio et les anecdotes s’enchaînent avec une bonne dose d’absurde et de recul. Mais au-delà de l’humour, Lucas Thorens explore surtout les paradoxes du métier: parler à des milliers de personnes sans jamais les voir, créer une relation intime avec des inconnus, affronter la solitude du studio, et l’ennui parfois... «Tu parles à plein de gens, mais tu ne sais pas à qui», résume-t-il. Comme à la radio, la musique a son importance dans le spectacle, avec un avertissement si vous êtes intolérant à George Michael. Rien à voir avec les goûts de l’intéressé, qui là aussi, surprennent encore. Ce petit bonhomme tout jovial, curieux et parfois maladroit, carbure aux sonorités excessives, puissantes et sombres: doom, stoner, métal, une musique qui gronde,

«Quand tu dois faire en sorte que personne ne s’ennuie, c’est un super exercice»

qui enveloppe, qui rassure presque. «Ça calme les angoisses », confie-t-il dans un sourire. Car Lucas Thorens est de ceux qui doutent, qui cogitent en permanence, et qui avancent malgré l’incertitude, ou peut-être justement grâce à elle. C’est sans doute là que tout se rejoint. La radio, la scène, les jeux, la musique: autant de terrains d’exploration pour une même personnalité, un éternel curieux, incapable de se contenter d’une seule forme.

Lucas Thorens, humoriste et animateur

Après une série de dates à Boulimie, Lucas s’apprête à partir en tournée romande, tout en restant fidèle à la radio qu’il ne quitte jamais vraiment. Son spectacle apparaît comme un prolongement naturel de ce qu’il construit déjà ailleurs: il lui donne un corps, un visage, une présence tangible. Là où la radio suggère, la scène incarne. Et surtout, elle transforme une voix, sa voix, en rencontre directe avec le public, en échange vivant, parfois imprévisible.

Thomas Lécuyer

«Dis, pourquoi la radio?», Lucas Thorens, infos www.lucasthorens.ch

HÔTELLERIE • Dimanche 19 avril, au Bürgenstock Resort, qui surplombe le lac des Quatre-Cantons, la cérémonie «Die 101 besten Hotels Schweiz 2026» a récompensé les meilleurs établissements du pays lors d’un gala présenté par l’ex-Miss Suisse Christa Rigozzi. Le Beau-Rivage Palace a été distingué «Luxury Leisure Hotel of the Year 2026», tandis que son directeur général Benjamin Chemoul a reçu le titre d’«Icon Hotelier of the Year». Interview.

Lausanne Cités: Que représente cette double distinction?

Benjamin Chemoul: C’est un honneur immense, mais surtout collectif. Ces prix appartiennent aux équipes, qui incarnent chaque jour l’excellence de la maison.

Déjà distingué l’an dernier en catégorie Grand Resorts, le palace lausannois a montré durant deux années consécutives sa capacité à conjuguer évolution et continuité, sans renoncer

Les «101 meilleurs hôtels»

Créé en 2019, le classement «101 besten» s’est imposé comme l’une des distinctions reconnues de l’hôtellerie haut de gamme dans l’espace germanophone. Lancée en Suisse en 2025, cette récente sélection récompense chaque année les établissements et hôteliers qui se distinguent par la qualité de leur service, leur exigence et l’expérience offerte aux clients. Le palmarès repose sur une évaluation indépendante d’experts du secteur, complétée par des retours de clientèle et des analyses approfondies. Plus d’infos sur www.die-101-besten.com

à son identité. Comment l’expliquez-vous? La régularité n’est jamais acquise dans notre métier. Elle repose sur un effort constant et discret. Malgré des transformations importantes, nous avons toujours maintenu notre niveau d’exigence.

Qu’est-ce qui définit aujourd’hui le luxe?

Il ne se limite plus au confort. C’est une capacité à anticiper, à reconnaître chaque hôte, à créer une relation sincère.

Le jury évoque «l’âme et la chaleur» de l’établissement…

Cela se traduit par des gestes simples, soit un regard, un sourire, une attention juste. Ce n’est pas une posture, c’est une culture. Fondé en 1861 au bord du Léman, le Beau-Rivage Palace inscrit cette vision dans une longue tradition d’accueil, fidèle à son héritage et résolument contemporaine.

Les Lausannois ont-ils leur place ici?

Bien sûr. Le Beau-Rivage Palace est aussi leur maison.

Quels défis pour la suite?

Un moment qui résume votre métier?

Un client qui se sent profondément bien, ou un collaborateur qui trouve sa place. Propos recueillis par Didier Walzer

Attirer et former les talents reste essentiel. Et continuer à faire rayonner la capitale vaudoise comme destination à part entière.

Dans «Dis, pourquoi la radio?», Lucas Thorens multiplie anecdotes et surprises. GUIGNET
Inauguré en 1861, le Beau-Rivage Palace a été distingué «Luxury Leisure Hotel of the Year 2026». DR

Loisirs sorties &

Évasion: Immersion irlandaise

Jeux vidéo: le test de la semaine

Notre sélection de sorties DR

Expos, spectacles, théâtre, tous les événements à ne pas rater sont dans notre agenda. page 10

DR

Dans Pragmata, jeu sci-fi efficace, un astronaute et une androïde font face à une IA lunaire. p.10

Littérature

Saison plurielle

OPÉRA • La saison 2026-2027 de l’Opéra de Lausanne marque la troisième programmation de son directeur Claude Cortese et confirme une ligne artistique ouverte, entre diversité des styles et redécouverte d’œuvres peu jouées sur la scène lausannoise.

Huit opéras composent l’affiche, dont cinq présentés pour la première fois à Lausanne. Parmi eux, «Le Tour d’écrou» de Britten, proposé pour le 50e anniversaire de sa disparition, mais aussi «Giuditta» de Lehár, «Les Capulets et les

Montaigu» de Bellini ou encore «Le Cochon enchanté» de Dove, pensé pour le jeune public.

Fidèle à une nouvelle tradition, la saison se clôturera avec un grand classique, «Don Giovanni» de Mozart.

Cinq nouvelles productions verront le jour, tandis que la Route lyrique mettra Offenbach à l’honneur. Des concerts et de la danse viennent compléter l’offre, avec notamment un récital de Huw Montague Rendall et «Dance» de Lucinda Childs et interprétée par le Ballet de l’Opéra de Lyon.

Avec 64 représentations, de nombreux artistes invités pour la première fois et une médiation culturelle renforcée (collaborations notamment avec le TKM, le MUDAC, ou encore la Cinémathèque), l’institution poursuit son ouverture et affirme son ancrage dans la vie culturelle lausannoise.

Aurore

DR

Deux sorties de livres à découvrir et à gagner: la BD jeunesse «Marla» et «Tourner la page», récit illustré signé Zep. page 11

Quoi de neuf?

Le Magasin du monde lausannois, basé à la Riponne, fait peau neuve et sera inauguré le samedi 9 mai. page 11

Opéra de Lausanne www.opera-lausanne.ch

Lausanne Fashion Show: la relève créative prend le devant de la scène

ÉVÉNEMENT • Le 8 mai prochain, la mode émergente suisse s’offre un nouveau tremplin avec la première édition du Lausanne Fashion Show. Imaginé par une équipe d’étudiants de l’EPFL, cet événement inédit entend bien s’imposer comme un rendez-vous incontournable en Suisse romande. À la croisée de la création indépendante et de la scène étudiante, le Lausanne Fashion Show 2026 réunira des designers, des mannequins et des passionnés autour d’une même ambition: mettre en lumière une nouvelle génération de talents.

Une plateforme pour révéler les talents émergents Pensé comme un projet à but non lucratif, le Lausanne Fashion Show se veut avant tout une vitrine pour les jeunes créateurs suisses. Seize designers, aux univers variés, y présente-

ront leurs collections, allant du streetwear à des propositions plus expérimentales. Certains sont issus d’écoles reconnues comme la HEAD–Genève, d’autres sont autodidactes, mais tous partagent une approche contemporaine et engagée de la mode.

Au-delà du simple défilé, l’événement valorise une vision actuelle du secteur, où la durabilité, l’innovation et l’identité artistique occupent une place centrale.

Un rendez-vous entre mode et networking Organisé au Hall BC de l’EPFL, le Lausanne Fashion Show accueillera environ 450 participants et près de 70 mannequins. Le programme s’articule autour de trois temps forts: un défilé, une exposition et un apéritif de networking. L’objectif? Favoriser les rencontres entre créa-

teurs, professionnels et public, et créer des passerelles concrètes vers le monde de la mode.

La dimension relationnelle est au cœur du projet. En réunissant différents acteurs du milieu dans une atmosphère accessible et stimulante, l’événement entend encourager les collaborations et offrir de réelles opportunités aux talents émergents. Avec cette première édition, le Lausanne Fashion Show pose ainsi les bases d’un nouveau rendez-vous dédié à la création contemporaine en Suisse romande.

Une initiative portée par la jeunesse, qui pourrait bien insuffler un vent de fraîcheur durable sur la scène mode locale.

Opéras, concerts mais aussi danse... La saison 2026-2027 de l’O péra de Lausanne sera particulièrement riche. KLARA BECK
Aurore Clerc
Lausanne Fashion Show, 8 mai - 19h, Hall BC, EPFL.
Les créations de Lodcha, entre autres designers, seront présentées lors du Lausanne Fashion Show. DR

Festivals

Jusqu’au 10 mai

BDFIL

BDFIL fête sa 20e édition aux côtés de Mirion Malle, autrice française, invitée d’honneur du festival et figure emblématique de la bande dessinée engagée et féministe. Au total: 16 expositions, des week-ends animés et festifs et des soirées mémorables rythment cette édition. Divers lieux lausannois.

Jusqu’au 16 mai - Fécule

Le Festival Fécule 2026 se tiendra jusqu’au 16 mai sur le campus UnilEPFL à Lausanne. Cette 19e édition met à l’honneur la création étudiante contemporaine, à travers 36 propositions artistiques mêlant théâtre, danse, musique, cinéma et performances, dans un esprit résolument expérimental, accessible et collectif. Campus Unil-EPFL.

Les 30 et 31 mai

Bitume Festival

La Ville de Rolle se transforme en une fête des arts de la rue pendant le dernier week-end de mai, à l’occasion de Bitume Festival! Acrobates, marionnettistes, concerts, déambulation, théâtre de rue pour petits et grands dans et autour du Château de Rolle. Château de Rolle.

Expositions

Jusqu’au 10 mai

Un regard sur une époque

Cette exposition réunit les univers de Laura Chaplin et Francis Dayer autour de Charlie Chaplin, des messages de vies, des contes et du terroir. Entre

Christ Church

Vente de printemps

9 mai 2026 de 10h30 à 15h

Av. de l’Eglise Anglaise 1 Lausanne

héritage artistique et recherche contemporaine, leurs démarches offrent un dialogue entre passé et présent. Château de la Roche, Ollon.

Jusqu’au 10 mai

Emily Hughes

La galerie Kapu13k accueille l’artiste canadienne Emily Hughes, actuellement en dernière année de Bachelor à la Zürcher Hochschule der Künste (ZHdK), pour une exposition autour de la nature morte contemporaine. Kapu13k, Bussigny.

Jusqu’au 17 mai

Modernité suisse.

L’héritage de Hodler

Mesurer l’impact de la peinture de Ferdinand Hodler sur l’art suisse, tel est l’objectif de l’exposition «Modernité suisse. L’héritage de Hodler» présentée au Palais Lumière à Évian. Les commissaires de l’exposition ont réuni 56 artistes de toutes les régions linguistiques et culturelles de Suisse. Palais Lumière à Évian.

Jusqu’au 4 juin - Cellules

Le Musée Artistes Femmes présente sa toute première exposition intitulée «Cellules». Elle réunit les 12 Visages du MAF, associés en six duos. Elle évoque à la fois la structure vivante, la prison, l’atelier, l’intimité, mais aussi l’idée de décloisonnement, de mutation, et de sororité. Musée Artistes Femmes, Lausanne.

Danse

Du 6 au 10 mai

Fête de la Danse

La Suisse se met en mouvement au rythme de la Fête de la Danse. Un élan fédérateur traversera le pays pour ras-

Les polluants en questions

Et si les polluants qui nous entourent devenaient visibles? C’est ce que propose le projet «Toxic. Les pollutions en questions». Présence permanente au Musée Historique Lausanne (MHL), expositions gratuites en plein air, balades sur des sites pollués et installation sonore immersive sur les dioxines du Vallon (Toxicorama): du 4 mai au 5 juillet, Lausanne et plusieurs villes romandes deviennent le terrain d’une démarche inédite, croisant science, mémoire urbaine et création artistique autour des pollutions environnementales — dioxines, PFAS, microplastiques, pesticides. Du 4 mai au 5 juillet - unil.ch/toxic

sembler le public autour du plaisir de bouger ensemble. Pour cette nouvelle édition, l’événement réunira 46 villes et communes, dont près d’une vingtaine en Suisse romande. fetedeladanse.ch

Le 9 mai

Le Murmure des Songes Monument de la danse hip-hop en France, Kader Attou réveille les créatures nocturnes qui ont peuplé son enfance et dessine un univers poétique plein de trouvailles, grâce à un astucieux dispositif scénique. Théâtre du Reflet, Vevey.

Le 24 mai

Le Lac des cygnes

Chef-d’œuvre intemporel du ballet classique, le «Lac des cygnes» fait son grand retour. Retrouvez l’amour romanesque d’une princesse-cygne et de son prince sous de somptueux décors et d’étincelants costumes. Théâtre de Beaulieu, Lausanne.

Enfants

Les 16 et 17 mai

Enquête à Zoopie

Lausanne Cités ménage les forêts

Pour le bien de l’environnement, nous utilisons un papier journal écologique avec un pourcentage élevé de papier recyclé allant jusqu’à 95%

Plongez dans une aventure palpitante au cœur de Zootopie! Un mystère plane sur la ville... et les héros auront besoin de vous pour le résoudre. Retrouvez vos personnages préférés dans un spectacle plein d’humour, de surprises et d’interactions. Grande salle du Petit-Mont, Le Montsur-Lausanne.

Concerts

Le 9 MichaelmaiMcGoldrick et Tim Edey

Soirée autour de la musique traditionnelle irlandaise et écossaise, au Folk Club Lausanne, avec deux artistes de la scène folk internationale: Michael McGoldrick et Tim Edey. La 1ère partie est assurée par Ardara, formation de la région.

Maison de St-Jean-Cour, av. de Cour 138, Lausanne. 19h30. La Datcha, Lausanne.

Du 13 au 16 mai

Transitions

Après avoir publié deux magnifiques albums, la chanteuse et poly-instrumentiste Fiona Daniel a passé plus de dix ans à explorer d’autres univers sonores et revient avec «Transitions», un album d’une extraordinaire pureté.

Foyer du Théâtre de L’Oriental-Vevey

Spectacles

Les 8 et 9 mai

Sous ses lunettes blanches

Création musicale et scénique autour de l’univers libre et indocile de Michel Polnareff, ce spectacle met en perspective sa trajectoire faite d’audace, de liberté et de singularité. Un voyage entre musique et récit, porté par les voix du chœur, de deux solistes et d’un band en quatuor.

Maison de Quartier de Chailly, Lausanne.

JEUX VIDEO Pragmata

De la science-fiction à la sauce Capcom

Dans Pragmata, on incarne Hugh, un astronaute envoyé sur une base lunaire. Malheureusement, à son arrivée, les choses ne se déroulent pas comme prévu. Après un accident inattendu, notre héros sera secouru par Diana, un pragmata. À savoir: un androïde à l’apparence d’une jeune fille. Nos deux personnages seront pris pour cible par une IA qui contrôle un gigantesque complexe. C’est d’ailleurs ici que vous y passerez une petite douzaine d’heures.

Ponctuée de quelques rebondissements, l’histoire reste classique pour les amateurs de sciencefiction. Le plus gros point fort du jeu réside dans sa prise en main. Dès les premières minutes, manette en main, le gameplay ainsi que les sensations de tirs sont un régal. Mieux encore, le système de combat proposé à base de piratage informatique met en lumière quelques excellentes énigmes. Les puzzles sont différents selon le type d’adversaire. Il est également possible de modifier les effets de nos piratages à l’aide de différents nœuds et modes.

De quoi amener un petit côté stratégique bienvenu à l’aventure. Pragmata est avant tout une expérience sans temps mort, soignée et maîtrisée de bout en bout. Mélange d’action et d’aventure avec de bonnes mécaniques de gameplay qui fonctionnent immédiatement grâce à une vraie réflexion sur la maniabilité et à un équilibrage d’orfèvre. Doté d’un level design réussi et d’une technique solide, le jeu propose une expérience très agréable. Une belle surprise pour ce mois d’avril.

Les bouquins du week-end

Les damnés de Los Angeles

Dans les tréfonds de Glendale, une banlieue de L.A., le bar

Elliott Chiaradia, JVMag, www.jvmag.ch

The Damned Lovely accueille d’anciens policiers, des marginaux et des solitaires. Pour l’auteur raté Sam Goss, c’est un refuge qui le protège du quotidien. Mais un jour, une jeune cliente que tout le monde apprécie est assassinée. Sam décide de s’impliquer dans cette affaire. Adam Frost, éditions Calmann Levy.

D’une chambre d’hiver Deux adolescents se rencontrent sur les bancs du collège. Gustave remarque tout de suite qu’en cette fin d’été, Edmond a la peau hâlée, signe qu’il vient comme lui de la campagne. Dix ans plus tard, Roud, qui est déjà poète mais n’a encore rien publié, envoie une première lettre à son ancien camarade, devenu médecin. Désormais, il lui écrira presque chaque année. Gustave Roud, éditions Zoé.

∙ Un gameplay accrocheur

Graphiquement très joli

∙ De micro-renouvellements constants

∙ Le nombre de missions disponibles

∙ Un level design bien pensé

∙ Des menus clairs

Un tarif honnête

∙ La VF

Le contenu post-game

∙ Un gameplay qui peut paraître étrange/complexe au premier abord

∙ Un peu d’aliasing

∙ Une aventure assez courte

Des musiques peu marquantes

Note du jeu: 8/10

Savigny fête le film d’animation

FESTIVAL • Le Festival du film d’animation de Savigny revient du 29 au 31 mai pour sa 10e édition. Trois jours de projections, d’ateliers et de rencontres pour un anniversaire festif et ouvert à tous.

À deux pas de Lausanne, le Festival du film d’animation de Savigny revient du 29 au 31 mai avec une édition spéciale pour ses dix ans. Pour l’occasion, l’événement s’étend sur trois jours et étoffe sa programmation, confirmant sa place en tant que premier et seul festival de cinéma d’animation du canton de Vaud.

Un festival qui a grandi Au fil des éditions, le rendez-vous a gagné en ampleur tout en conservant son esprit convivial. Cette année, près d’une cinquantaine de courts métrages sont présentés, sélectionnés parmi des milliers de candidatures. Cinq compétitions internationales rythment le programme, avec des jurys mêlant professionnels, étudiants et jeunes spectateurs. L’événement reste fidèle à sa philosophie: offrir un accès direct aux œuvres et à leurs créateurs. Au-delà des projections, le festival mise sur l’expérience. Ateliers, initiations à

l’animation et séances dédiées aux enfants en font un rendez-vous résolument familial. La programmation s’ouvre aussi à d’autres formes artistiques, avec des concerts et spectacles.

Le festival se clôturera en beauté avec un cinéconcert exceptionnel: la projection du classique «Les aventures du Prince Ahmed» de Lotte Reiniger, accompagné au piano par Julien Painot.

Festival du Film d’animation

Du 29 au 31 mai, Grande Salle du Forum de Savigny.

L’aventure au fil des générations

JEUNESSE • Marla est une jeune fille pétillante et pleine d’imagination, toujours la tête dans ses rêves et romans de chasse au trésor! Mais voici qu’une palpitante quête va s’offrir à elle dans la vraie vie... Car alors qu’elle est en vacances, Marla découvre une vieille bouteille lancée à la mer. À l’intérieur, une véritable perle, mais aussi les instructions pour trouver un trésor! La grandmère de Marla lui propose aussitôt de l’accompagner dans cette aventure qui leur fera parcourir le pays... et leur permettra, peut-être, d’enfin se découvrir vraiment, elles qui partagent tant de points communs malgré leur différence de générations... Vous aviez soif d’aventures, de mystère et d’émotion? Plongez dans Marla, avec cette rafraîchissante héroïne imaginée par Giovanni Di Gregorio qui, après «Les sœurs Grémillet», signe une nouvelle pépite illustrée par la formidable Lorena Calderó.

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«Marla. 1. La grotte du flamant rose», Lorena Caldéron, Giovanni Di Gregorio, éditions Dupuis

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Pour gagner 1 livre, envoyez LC LIV au 911 ou appelez le 0901 888 021, code 11 (1fr.90/SMS ou appel depuis une ligne fixe), jusqu’au lundi 11 avril à minuit. Ou en nous envoyant une carte postale avec adresse, téléphone et email, à Av. d’Echallens 17, 1004 Lausanne.

Satire au goût d’évasion

BD • Et si disparaître était la meilleure façon de renaître? Dans «Tourner la page», Zep imagine le destin singulier de Lambert Delville, écrivain à succès officiellement mort en mer Égée… mais bien vivant sur une île grecque. Loin du tumulte, il observe avec jubilation le spectacle de sa propre disparition: hommages en cascade, ventes en hausse, mythe en construction.

Mais cette retraite rêvée se fissure vite. Entre un ancien assistant prêt à s’approprier son œuvre et de mystérieux poursuivants, le refuge devient terrain de tensions. Derrière ce récit aux allures de thriller, Zep livre une satire acide du monde culturel, questionnant la vanité, l’ego et la marchandisation de la mort.

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Pour gagner 2 pass pour le festival, envoyez LC CIN au 911 ou appelez le 0901 888 021, code 10 (1fr.90/SMS ou appel depuis une ligne fixe), jusqu’au lundi 11 mai à minuit. Ou en nous envoyant une carte postale avec adresse, téléphone et email, à Av. d’Echallens 17, 1004 Lausanne.

Cette semaine au cinéma

Cinque secondi

Il m’a fallu du temps pour rentrer dans ce film magnifique, qui a su voler mon cœur, illuminer mon âme et serrer ma gorge. Les 15-20 premières minutes sont assez mystérieuses, opaques, distantes, il ne se passe pas grand chose, on suit ce gars, quinquagénaire assez antipathique qui vit reclus dans les dépendances d’un château abandonné au cœur de la Toscane.

C’est quoi l’amour?

Sa retraite est troublée par l’arrivée d’une bande de jeunes qui vient squatter la propriété et ressusciter ses vignes. De défiance en méfiance, le bonhomme va s’ouvrir petit à petit et un lien se tisse bientôt entre Matilde, une des meneuses de la bande et descendante des propriétaires historiques de la demeure et lui. Alors, comme son héros, le film s’ouvre et l’hermétisme devient lumière. On découvre les raisons bouleversantes pour lesquelles il vit reclus dans les écuries du château, et, à l’instar de la vigne qui repousse, la vie repousse en lui.

Porté par une grâce inouïe et une formidable énergie, le film interroge sur des sujets très lourds pour mieux nous ramener à la lumière et à une joie pure, incarnée à l’écran par cette belle bande de copains squatteurs musiciens et vignerons, à la tête de laquelle la formidable Galatea Bellugi brille de mille feux.

Alors en voilà une bonne question! Et surtout, une réponse réjouissante, portée avec beaucoup d’humour et une touche de folie par deux improbables ex, incarnés par Vincent Macaigne et Laure Calamy, en quête de l’annulation de leur mariage religieux, quête qui les conduira jusqu’au Vatican, avec compagnons actuels et enfants, dans une drôle de recomposition familiale aussi attachante qu’explosive. Drôle, tendre et colorée, cette variation sentimentale interroge l’air de rien certains fondements du sentiment amoureux avec une certaine acuité. Que reste-t-il de nos amours perdues? Comm tourner la page joyeusement? Peut-on s’aimer quand on a divorcé? Et les enfants alors?

Après la comédie de remariage, Fabien Gorgeart invente carrément la comédie de re-divorce, en illustrant le chemin de croix des couples qui décident d’annuler leur mariage religieux et l’enquête de ceux qui instruisent ces dossiers, dissèquant le couple jusque dans son intimité, sexualité, famille, origine du lien, consentement, tout y passe. Le résultat donne une comédie burlesque et profondément attachante, portée par des comédiens à l’énergie joyeuse et contagieuse.

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Porté par un dessin réaliste à l’aquarelle, proche du carnet intime, l’album mêle finesse psychologique et regard désabusé sur la célébrité. Avec cette nouvelle parution, l’auteur de Titeuf confirme ainsi sa capacité à naviguer entre humour, gravité et humanité.

«Tourner la page», Zep, Éditions Rue de Sèvres.

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Pour gagner 1 BD, envoyez LC BAN au 911 ou appelez le 0901 888 021, code 12 (1fr.90/SMS ou appel depuis une ligne fixe), jusqu’au lundi 11 mai à minuit. Ou en nous envoyant une carte postale avec adresse, téléphone et email, à Av. d’Echallens 17, 1004 Lausanne.

de neuf? d Quoi

Nouveau cap pour le Magasin du Monde lausannois

Le Magasin du Monde de Lausanne change d’étage… et de dimension

Installé depuis 23 ans au numéro 10 de la Riponne, le commerce équitable s’offre un nouvel écrin au rez supérieur de la place. Plus spacieux, plus lumineux et surtout plus visible, ce nouvel emplacement vise à renforcer sa notoriété et, à travers elle, le soutien aux producteurs du Sud global. Actif depuis plus de 50 ans, le Magasin du Monde défend une autre manière de consommer, en garantissant une rémunération plus juste aux artisans et producteurs. Ce nouveau lieu doit permettre d’élargir son public et de mieux faire connaître les enjeux du commerce équitable.

L’inauguration aura lieu le 9 mai, de 10h à 15h, à l’occasion de la Journée mondiale du commerce équitable. Au programme: dégustations, animation musicale et partie officielle en présence de la municipale Florence Germond. Une journée festive, avec en vedette le chocolat fairafric, symbole d’une production relocalisée au Ghana.

Aurore Clerc
Magasin du Monde, Riponne 10, Lausanne.
Inauguration le samedi 9 mai de 10h à 15h.

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Chaque semaine un membre des @IGersLausanne - Instagramers de Lausanne - sélectionne une photo parmi les photos tagguées #IGersLausanne sur Instagram.

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Photo choisie par Nasser @majistik: Pissenlit en graine

De l’Atlantique aux villes intimes

L’Irlande en version organisée

Plusieurs tour-opérateurs suisses romands déclinent l’Irlande en parcours organisés. Chez l’Atelier du Voyage, à Lausanne, le «Grand Tour d’Irlande» propose en 11 jours une traversée

ppj complète, de Dublin au Connemara, avec guide francophone et pension complète.

dès CHF 2525.- / personne

Cette contrée, c’est un fil tendu entre immensité et proximité, agrémenté par des paysages qui ne cessent de changer de ton au gré du chemin. Immersion.

Avec ses 2500 km, la Wild Atlantic Way est la plus vaste route côtière balisée. Elle s’étire sur l’ouest irlandais, traverse neuf comtés et enchaîne à-pics vertigineux, plages désertes et bourgs pittoresques. Tout au sud-ouest, les falaises de Moher, du haut de leurs 214 mètres, comptent parmi les étapes marquantes. Depuis les sentiers aménagés, le regard embrasse l’Atlantique et ses vagues qui s’écrasent avec force.

A e En nor e Do io nt l presque

Aucun doute, la nature est par ici reine. n poursuivant vers le nord-ouest, dans le comté de Donegal, les discrètes et grandioses Slieve League dominent l’océan dans une atmosphère presque irréelle. L’isolement et les vents puissants renforcent l’impression de bout du monde.

Plus au sud, sur la côte ouest, l’île d’Achill étire ses paysages sauvages et mélancoliques. Entre mer et landes, elle conserve une beauté brute, presque suspendue.

Géographies multiples

Au fur et à mesure, les horizons se replient, et le tracé bifurque vers des espaces habités, jusqu’à retrouver Dublin, sur la côte est, où se concentrent les repères familiers: le Trinity College, la cathédrale Saint-Patrick et les quartiers de Temple Bar ou de Smithfield. Ils s’arpentent dans un mélange permanent d’animation et de mémoire.

En sortant du centre, le DART quitte progressivement l’agitation urbaine pour rallier le littoral, sorte de transition fluide vers la mer. Ce train de ban-

lieue connecte la ville à des localités comme Howth, au nord de Dublin, où la cité aux briques rouges s’efface peu à peu derrière les décors marins.

Au plus près des lieux

À environ une heure et demie vers l’intérieur du pays, Kilkenny apparaît. Le convoi s’immobilise, on descend, les venelles prennent le relais, puis le château se dévoile.

On les emprunte, passant devant les façades d’antan et les vitrines. Les pubs s’ouvrent presque sans prévenir, lumière basse même en journée. Le bruit change aussitôt.

Le pays se laisse approcher par des sons qui circulent, des endroits où l’on s’attarde.

La musique occupe une place constante. Elle électrise les festivals, les scènes improvisées, et se glisse parfois dans un échange, portée par des instruments, des voix… Les pubs en sont le prolongement. On y pénètre sans attente, attiré par leur chaleur davantage que par ce qui s’y joue. Et c’est là que tout prend sens, sans avoir besoin d’être expliqué…

www.atelierduvoyage.ch

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Chez Buchard Voyages, à Leytron (VS), les circuits

Chez Buchard Voyages, à Leytron (VS), les circuits accompagnés d’une semaine sur les grands incontournables sont proposés.

dès CHF 2595.–/personne selon les départs

www.buchard.ch

L’itinérance sur mesure, version premium De son côté, Kuoni privilégie des autotours individuels, qui procurent de la liberté tout en structurant le parcours.

Trois approches complémentaires d’un même principe, à savoir penser le voyage comme un itinéraire harmonieux, où chaque étape s’inscrit

itinéraire s’inscrit avec justesse dans l’ensemble

dès CHF 3928.–/pers. pour 8 jours, prestations terrestres incluses.

www.kuoni.ch/fr

À Kilkenny, un pub traditionnel s’anime au son de l’accordéon et des guitares, avec verres levés et regards complices, porté par une musique irlandaise qui fait perdre la notion du temps.

Irlande du Nord, petite terre, grand frisson

DR Belfast ne cherche pas à plaire, elle existe telle qu’elle est. Les murs portent encore des traces, les anciens chantiers navals rappellent le Titanic, et pourtant, elle ne s’étend pas sur son passé. Elle progresse, mue par une énergie brute, palpable dans les galeries et conversations qui débouchent sur les trottoirs.

En remontant vers le nord-ouest, à 110 km, le parcours mène à Derry~Londonderry, encerclée par ses remparts. On y déambule au-dessus des rues, comme en équilibre, à la frontière de ce qui a été et ce qui se reconstruit.

Plus au nord, à 45 km de là, Portrush ouvre les bords marins, amples, sans limite, dirait-on. À quelques encablures, Portstewart adopte une tonalité différente, posée, avec sa longue langue de sable et ses maisons tournées vers le large.En revenant vers l’est, Bangor, à 20 km de Belfast, s’ouvre sur une marina calme.

Au sud-est de la capitale, Newcastle, à 55 km, est adossée aux Mourne Mountains, où l’on passe rapidement du rivage aux premières pentes. Plus au sud-ouest, Armagh, à 65 km de Belfast, avec ses deux églises, donne l’impression d’être ancrée dans une autre époque. Ce qui lui va à ravir.

Quand le soleil s’incline sur les falaises de Moher, l’Atlantique s’embrase à leurs pieds. MARK FLAGER
Royal Portrush, côte sauvage d’Irlande face à l’Atlantique. ROYAL PORTRUSH, CÔTE
Belfast Commercial Court, une ruelle du centre historique aux façades colorées, au cœur du renouveau de la capitale nord-irlandaise. TOURISM IRELAND

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