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Vol 19 no 2 : J'ai tué ma forme

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v1 9 ˚ n0 2 ˚ P 2 014

revu e li t t é rai re de l’UQ AM


mai n b lanche

Revue littéraire de l’UQAM


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J’ai tué ma forme


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tab le des mati èr es 1 7 ˚ Li si b i li t é s ˚ 27

dbl

2 9 ˚ Le Re t rai t m’épar gn e les mot s que ma sali ve salac e sau rai t e mpoi sonner ˚ 35

3 7 ˚ À Nou veau la c r ise ˚ 40

Olivier Serré

4 3 ˚ M on vagi n e t mo i ˚ 44

Josée Marchand

4 7 ˚ Carl-Steven ˚ 48

Jean Bourbeau

5 1 ˚ L’Appari t i on ˚ 52

Ariane Tremblay-Gingras 5 5 ˚ Brè ve h i stoi re d’u n ho mm e ˚ 56

Iris Michel-Huard

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Texte Alexandra Guimont Illustrations Gabrielle Matte


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Bert rand Ge rvais

PrĂŠface 11

Faire un livre


J’ai écrit des livres, mais ai-je fait des livres? Au sens d’un projet total où texte et forme se complètent? Quelques-uns à peine. Et encore, ce ne furent jamais que des projets restreints et amateurs, montés avec les moyens du bord, des photos, des dessins, des collages sommaires. Pourtant, d’emblée, j’ai toujours aimé ces livres qui étaient plus que des textes imprimés, ces livres où le texte et les images se répondaient, où la mise en page devenait un enjeu en soi, à la manière du Coup de dé de Mallarmé. J’ai ainsi longtemps étudié l’œuvre de Donald Barthelme (1931-1989), l’un de mes écrivains américains favoris. Et j’ai tenté de l’imiter. Dans ses nouvelles, il pratiquait le collage sous toutes ses formes, qu’il soit inspiré du Merz, du surréalisme ou du Pop Art américain. Ses textes étaient traversés de références artistiques, de mentions de peintres et de sculpteurs. Mais, plus important encore, ils reposaient sur des principes artistiques et picturaux. Telle nouvelle, Au musée Tolstoï par exemple, jouait sur la coprésence de textes et de dessins, dont celui du visage long et barbu du vieux Tolstoï, mais aussi des dessins représentant son manteau, ou encore une version jeune de l’écrivain, un livre à la main. Tel autre texte, mettant en scène Paul Klee, était conçu comme un tableau du peintre, décentré et abstrait, où étaient incorporés, sous forme de collages discrets, des extraits de son journal intime. Dans Eugénie Grandet, reprise satirique du roman de Balzac, les vingt-quatre fragments mêlaient des extraits du texte, des dessins, des dialogues fictifs, des aberrations chronologiques et même quelques erreurs. La nouvelle, tout en ruptures, se démarquait du roman original écrit, lui, tout d’une traite, sans chapitres ni coupures. Dans le quatrième fragment, le narrateur s’interrogeait pour savoir qui demanderait la main d’Eugénie et on découvrait, au fragment suivant, un dessin rudimentaire de la main d’Eugénie, dessin qui venait briser la métonymie en prenant l’interrogation au pied de la lettre.

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Comme le soulignait Barthelme en entrevue : « J’essayais de faire de la fiction qui ressemblait à certaines formes de peinture moderne. Vous savez, tendant vers l’abstrait »; et d’ajouter « je crois que j’essayais d’être un peintre, à ma façon. J’aspirais probablement à quelque chose qui n’est pas à proprement parler du domaine de l’écriture »1. Et c’est en explorant les marges de l’écriture qu’il en avait renouvelé la pratique. * Je ne lisais pas que Barthelme à l’époque. J’étais aussi amusé par Edward Gorey (1925-2000). J’avais acheté, un peu par hasard, lors de vacances à Cape Cod, une anthologie de ses livres de dessins, intitulée Amphigorey (1972). Le titre m’avait bien fait rire. Et, devenu accroc, j’avais acheté les autres volumes de la collection : Amphigorey too (1975), Amphigorey Also (1983) et Amphigorey Again (2006)2, de même que des exemplaires d’éditions originales. J’y retrouvais la même absurdité que dans les nouvelles de Barthelme, la même fausse naïveté, le même jeu entre le texte et l’image, même si la dimension iconique y était surdéterminée.

Donald Barthelme, Not-Knowing. The Essays and Interviews, édition de Kim Herzinger, New York, Random House, 1997, p. 298 et 268. Edward Gorey, Amphigorey, New York, A Perigee Book, 1981 (1972); Amphigorey Too, New York, A Perigee Book, 1975; Amphigorey Also, New York, A Harvest/HBJ Book, 1983; Amphigorey Again, New Yrok, Harcourt, Inc., 2006.

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Gorey a fait d’innombrables livres illustrés, des chapbooks élégants et aux formats variés, proposant des abécédaires délirants, des fictions pseudo-victoriennes et des contes faits d’enfants abandonnés, de demoiselles en détresse et d’ivrognes à la barbe hirsute errant dans des maisons vides ou sur des landes arides. C’étaient des bijoux d’humour noir, où les images minimalistes et démodées, faites à l’encre de Chine, entraient en résonance avec des textes d’une grande absurdité ou tout simplement enfantins. L’auteur appréciait d’ailleurs les pseudonymes, signant certains de ses livres à l’aide d’anagrammes évidents : Mme Regera Dowdy, Ogdred Weary, Raddory Gewe, Awdrey Gore ou Dogear Wryde. On pourrait dire que Gorey refaisait sans cesse le même livre, variant à peine les sujets et les dessins, habitant un espace figural marqué par le deuil et la douleur, ancré dans un dix-neuvième siècle imaginaire, mais ce livre n’avait rien accidentel : tout y était minutieusement maîtrisé. Gorey faisait des livres pleinement assumés.

Mes lectures m’ont conduit ensuite à m’intéresser au livre altéré A Humument, l’un des projets majeurs de l’artiste anglais Tom Philips, qui se sert des pages d’un vieux roman du XIXe siècle comme canevas pour ses dessins et peintures. Puis, je suis passé aux livres-livres de Louise Paillé, aux pages-miroirs de Rober Racine, aux livres éclatés de Paul Zevelansky, aux explorations romanesques de Mark Z. Danielewski, aux diverses figures du livre mise en scène dans les œuvres hypermédiatiques, mais aussi à un projet éditorial comme celui des éditions McSweeney’s, qui semblaient vouloir, dans les premiers temps, pousser à la limite la forme même du livre, cherchant à briser toutes les conventions de ce qui constitue un beau livre. Et c’est un coup de dé (lire : Google Books) qui m’a conduit à découvrir la version numérique d’un très étonnant manifeste de la fin des années 70, texte maintenant réédité et traduit aux éditions Héros-limite de Genève. Ce texte, Le nouvel art de faire des livres, est d’Ulises Carrion et il apparaît comme la pièce maîtresse de son essai Quant aux livres / On Books. Ce nouvel art de faire des livres repose sur le principe que l’écrivain ne doit plus seulement écrire des textes, mais faire des livres, que les modes d’organisation d’un texte sur la page sont essentiels à la production du livre3. Il arrive qu’un livre ne contienne que par hasard un texte dont la structure est sans rapport avec lui : je pense aux livres des librairies et des bibliothèques. Un livre peut aussi être une forme autonome, qui se suffise à elle-même, et contenir un texte qui accuse cette forme, qui en fasse partie intégrante; c’est là que commence le nouvel art de faire des livres . Bien que ses propos s’appliquent à la pratique des livres d’artistes, Carrion vise un public plus large. Ce sont tous les écrivains qui sont concernés et qui peuvent, voire même qui doivent mettre la main à la pâte. Dans l’art ancien, l’écrivain estime que la fabrication du livre proprement dit ne lui incombe pas. Il écrit le texte. Le reste est l’œuvre de serviteurs, d’artisans, d’ouvrier, de tiers. Dans le nouvel art, écrire un texte n’est que le premier maillon de la chaîne qui relie l’écrivain au lecteur. Dans le nouvel art, l’écrivain se charge de l’ensemble du processus4.

Ulises Carrion, Quant aux livres / On Books, Genève, éditions Héros-Limite, 2008, p. 33. Ibid.

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*


Dans ce nouvel art que les dispositifs numériques rendent maintenant accessible, l’écrivain peut faire des livres. Il peut les faire comme il le veut. Il peut y ajouter des images, des collages, une calligraphie spontanée, une mise en page singulière, des vides et des blancs, des objets trouvés; il peut modifier le contenu et la forme des pages selon ses désirs, changer de type ou de couleur de papier, faire varier les formats. Tout est possible. Un livre en forme de boite de cigares. Un livre sans épine dorsale. Sans couverture. Un livre à lire à l’endroit comme à l’envers. Un livre interactif. Un livre dématérialisé. Dans les faits, plus rien ne nous arrête de faire le livre que nous souhaitons. La seule question qu’il convient de se poser maintenant est de savoir pourquoi nous ne le faisons pas.

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B. Gervais et A. Lemieux, « Penmanship Sinked », ISLO19022013#13


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db l

www.ascribere.tumblr.com

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LisibilitĂŠs


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Tex te Alexandra Gu i mo n t I l lu str ati on s Gab ri elle M atte

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Le Retrait m’Êpargne les mots que ma salive salace saurait empoisonner


Toutes les pa r t icu les hu ma ines qu i da nsent Pa r tout autou r de toutes Pleines de mazout La mor t qu i pompe da ns leu rs pet its tuyau x À espérer la nu l lité d i minuée

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Cet encombrement c’est vous C ’est le cri me que la nu it por te Où les voi x v iennent agacer L’a ngoisse des pet its ong les rongés

Allez Œdipe

Dis-leur qu’ i ls t ’ ét ripent


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Je n’a i me pas le fond des choses poches déchirées à l ’aba ndon

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L es doig ts g rat tent le v ide en sou ha ita nt qu’ i ls le remplissent Je veu x avoir la pudeu r de m’ef facer à t ravers ces gens mut i lés Ils chuchotent des ca nt iques log iques penda nt que je ma nge de la rég lisse


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Prend re la peine d ’u nir deu x solitudes Da ns u ne v ie bondée d ’ êt res éta nches

Je rends équ ivoque ce que tu me const r u is

Roma nce apoca ly pt ique d ’u n cha nt ier en f leu rs

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Oli vi e r Serré

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À Nouveau la crise


Corrigé par Alex Delagrave Révisé par Jici Lord-Gauthier

À nouveau la crise Ce triangle que, du coin de l’œil, j’aperçois, déjà m’annonce la détresse à venir. Ce triangle. Ces triangles, ces trigones détressés et kaléidoscopement enchevêtrés au loin valsent si près de multiples points si près spectraux de moi comme voilés si près par une frêle fumée une âpre fumée cyprès. Désordre Tout de moi chaosion n’est que spasme d’autour d’Autour qui (désordre) se détache m’arrache m’attache m’ensache m’encrasse et me recrache et me Mozart à présent sonne 38

Chopin me tourmente comme Bird sonne à son Buchanan à son tour

la tête qui tourne qui tourne qui

Hendrix empoisonne m’empoisonne Debussy

qui Coltrane comme Morrison cogne Mozart me cogne les formes commencent à fondreàcoulerenunflotincessantdematièresenfusion

me martelant le crâne cogne le plafond trop

mûr s’amollissant cogne les murs fondant cogne ma pomme trop molle elle mûrit – surit


Corrigé par Alex Delagrave Révisé par Jici Lord-Gauthier

– les fenêtres le Sol, hypocrite! ne veut plus remplir ne remplit plus son devoir multimillénaire : pourquoi seul repère qu’il était ne remplit plus son devoir désire-t-il Je dé r s m r r u u e l séqui déso mai se sou ett e au oya me d ma léabl ? Équilibre? libre! Italique que je suis mon âme souhaite à présent me quitter un éclat enfin brècher sa case osseuse mes débris fuir E-N-F-I-N par la fente désormais saignante! (Fluide de mes neurones enflés de sang (gorgés de sens (expulser (me déchirer dans un dernier éjaculat (crispations (pulsations (implosions (mon cerveau se joue de moi me déjoue tortue tordue dans sa carapace (me torture Me Torture de ses griffes agressives!)))))))))

Δ Δ ΔΔ Δ

Mais? Elle revient LA PORTE pantoise EST FERMÉE! qu’elle me gueule me meugle à l’oreille puisque j’ai verrouillé ME BEUGLE la porte je ne veux plus de sa gueule f

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VERT DE GRIS

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– VERS ÉCRITS mais les lettres

u

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ô

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folles ténorisent là en harmonie haineuse avec le papier Chantre d’un blanc mortifère qui fait mal M’attaque hostilité me fait mal Saccades blanches m’assaillent de bruits déments Blancs saccages puissants Puissants de mes douleurs blanches Rafales écœurantes d’odeurs d’un funeste blanc cette main ce bras avant étaient miens maintenant vont librement avant flottant maintenant fendant l’air me heurtant sur leur passage me fissurant le front quelques triangles me heurtant sur leur

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verrouillée, la porte – ver rouillé –


Corrigé par Alex Delagrave Révisé par Jici Lord-Gauthier

passage finalement se (Je) joignent aux valses souffrantes (me) des encéphales décadents (dépossède) Horreur! Le temps s’est figé la faute à l’amie graine de désespoir faisant germer une étrange nature en moi engendrer des maux, des mots qui si rien n’est fait perdront si rien n’est fait leur substance rien n’y fait sauf triptans! Qu’attendez-vous donc pour me sauver? Élé Almo ou Suma prenez-moi! [Re]Transportez-moi! En terre connue me sauver dans vos bras me sauver de vos bras! Mais que vous tardez donc jolies fleurs souffrantes fleurs accablantes fleurs flétrissantes fleurs aux limbes infinis me sauver à faire éclore fleur finale en moi votre beauté rédemptrice! L’attente, latente, d’un soulagement patent, d’un soulagement qui ne me vient toujours pas, d’un soulagement qui se fait attendre, que j’attends, impatiemment, 40

douloureusement, est, insupportablement, longue, me sauver, et, si interminable qu’elle est, l’attente devient, inévitablement, d’une insupportable langueur, d’une lenteur qui, comme de lactés sourcils languiranesques, est si longue qu’il est, désormais, trop tard pour éviter le supplice, trop tard me sauver, trop les sens perdent tard leurs mots l’abandon me ponctuationne et tête et moule et boule roule coule

À nouveau la crise Cet œil que, de la détresse du coin, j’annonce, déjà m’aperçoit, triangle parti...

[sic]


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JosĂŠ e M arch a n d

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Mon vagin et moi


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Je an Bou rb e a u

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Carl-Steven


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poffe ma mcdo chausse du velcro turbo zero gros lolos bolero du dalo bimbo all-dresse la bambino trois pogos pas d’égo salaud t-shirt d’hobo flâneur branleur d’porn amateur enweye beurre l’cook tatoué pipe mal filmée pain mâchouillé rotte aux danseuses sont pas trop jaseuses string rose ’tite pisseuse galeuses fausses baiseuses sans t’tipper Shirley c’t’assuré décrisser r’tourner su’ delorimier crotté su’a diarrhée j’suis ben pogné à écouter mes colocs gras s’crosser fuck magané tanné trop mal fourré mais au sous-sol osti tout brille quand mes verrues s’distillent en osti d’belles quilles


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Ari ane Tre mb lay -Gin gr as

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L’Apparition


Il trainait toujours au Saint Grosso Modo jusqu’à tard dans la nuit. Il - Grc Porgs - abhorrait son nom. Un truc y manquait, un truc qui l’aurait fait bondir. On aurait dit tout sauf un nom. « Ça fait corporation, ton nom. Ça fait Royal and Canadian… » disait-on. Souriant, il gardait toujours son sang-froid. Nom bâtard, soit! Ching ching solo! Il brandit son bock, but, puis rota. D’un air raplapla, il scruta autour de lui. Il vit un safari uni par la samba du bacon fumant. La libido grimpait jusqu’au plafond. Il voulut partir, mais il la vit tout à coup surgir. Non loin du banc où son popotin las trônait : L’Apparition! L’Apparition! L’Apparition! L’Apparition! Il fut pris d’un frisson. L’Apparition. Son corps plaidant l’anonymat d’un tact parfait dans un coin noir. L’Apparition. Du mascara or et cinq longs doigts au bord d’un bock miroitant d’alcool. L’Apparition. Son tympan capta soudain un bruit distinct. On aurait dit sa voix qui chantait à part, loin du carnaval animal du bar. Il crut y ouïr un signal qu’il connaissait, qu’il avait entendu auparavant. Mais où? Brouillon. Blanc. Disparition. « Ô corps ravi, avatar fou! Gargouillis barbouillant l’air suintant! » couina-t-il tout bas. Aucun public, sauf lui. Au Saint Grosso Modo dominait un brouhaha qui obstruait ses pensées. Toujours assis, il divaguait. Alors ainsi va mon moi qui rompt d’un coup compact l’indistinct signal l’habillant. 52

Si l’Apparition constituait pour lui un apport vital, il lui fallait savoir au moins pourquoi. Pour l’instant, il naviguait à bâtons rompus. Il suait. Sa vision diminuait à son insu. L’anis dans son bock tordait son cou. Là-haut, M. Plafond snobait un sol sali par CLXXXVI saoulons. Il lui fallait savoir, sinon il croupirait dans la confusion. D’un sursaut, il s’approcha du coin où buvait l’Apparition. Hic plus ultra. Il n’avait aucun plan. Il advint alors en son esprit un furtif brainstorming, mais tout fugua. Un instant s’il vous plait, ça va sortir. Dans son corps, ça poussait, mais au final, nada. Porgs approcha donc l’Apparition sans voix. Balourd à souhait, il fit un bonjour du pif. Miss Mascara Or fixa l’inconnu. La suspicion cisaillait son sourcil droit, lui donnant un ton imposant. Il crut alors un instant connaître la solution pour son inconfort infini. Il lui vint dans son imagination un synopsis obscur : un ciboulot balaie l’oubli crucial. Un bon instant, il crut à l’Apparition, à un son connu, mais abordant sur l’îlot, Mascara Or, alors à bord, part au loin, part au sud, à bâbord puis disparait. Blanc. Oubli. Tout fut dit, hors du vrai. L’Apparition dos à lui, il sortit sans savoir. Tout lui parut loin soudainement. À l’air frais, confus, il ravala son chagrin. Plus tard, ronflant dans son lit, il trouva la solution. Il savait! Quand il apostropha sans un mot l’Apparition, son nom bondit d’un ton amical dans la nuit.


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Iri s M i ch e l-Huar d

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Brève histoire d’un homme


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Avi s à tou -te-s

Les qualités requises pour ce poste sont, il va sans dire, une excellente maitrise de la langue française, une très bonne assiduité dans le suivi des courriels et un désir de participer au projet « Main blanche ». Le poste est entièrement bénévole. Pour toutes questions ou pour envoyer votre curriculum vitae, veuillez écrire à notre réviseure en chef à l’adresse suivante : revision.mainblanche@gmail.com Au plaisir de vous compter parmi nous, L’équipe de Main blanche

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La revue littéraire Main blanche est à la recherche de collaborateurs et de collaboratrices pour constituer son équipe de réviseur-e-s.


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Éq u i pe e t collab orateur s Éq u i pe de ré dactio n

Stéphanie Roussel Jérémi Robitaille-Brassard Catherine Dupuis Ré vi seu re en chef

Jici Lord-Gauthier Éq u i pe de révi s io n

Alicia Schwartz Alex Delagrave

Couverture Célia Marquis Graph i sme

Shed espace créatif Megan Bédard Logo

Jeik Dion contact

Revue littéraire Main Blanche 405, rue Sainte-Catherine Est Pavillon Judith-Jasmin, J-1080, Montréal (Québec) H3C 3P8 514.987.3000 (3905) mainblanche@gmail.com mainblanche.uqam.ca

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Illu st rati on


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Étudiants et étudiantes de l’UQAM, Main Blanche est votre tribune littéraire ! Vous pouvez soumettre votre texte en tout temps pour l’une des deux sections : Création

Vous pouvez nous envoyer poèmes en prose ou en vers, nouvelles, micro-récits, fragments, etc. Il est possible de nous envoyer un maximum de 2 textes ou suites poétiques (ou suites de fragments) à la fois. Chacun de vos textes peut contenir jusqu’à 9 000 caractères.

Le texte doit être de format .doc ou .rtf. Vous devez indiquer, en tête de document, votre nom, votre adresse courriel et le titre de votre texte. N.B. Les textes sélectionnés sont révisés avec les auteurs avant publication. Envoyez vos textes à mainblanche@gmail.com

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Critique

Vous pouvez nous envoyer essais, réflexions et compte-rendus qui concernent de près la littérature contemporaine. La forme de votre texte critique peut être tout à fait libre. Rigueur, originalité et intérêt sont évidemment des qualités essentielles aux textes critiques publiés dans nos pages. Il est possible de nous envoyer un maximum de 2 textes critiques à la fois. Chacun de vos textes peut contenir jusqu’à 10 000 caractères.


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Tirage 1000 copies. Dépôt légal à la bibliothèques et archives nationales du Québec. Main Blanche est la revue des étudiants et étudiantes en études littéraires de l’UQAM. Son contenu ne peut être reproduit, en tout ou en partie, sans une autorisation écrite. Chaque auteur est responsable des propos tenus dans son texte. Cette revue, financée par l’AEMEL-UQAM, l’AFÉA-UQAM et le Service à la vie étudiante, offre un espace d’écriture libre aux étudiants et se veut un organe de communication privilégié pour ceux-ci.


J’ai tu é m a for me

v19 ˚ n02 ˚ P2014

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