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Vol 18 no 2 : Hochelaga : houblon, mélasse et sacs à crotte

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v1 8 ˚ n0 2 ˚ p 2 013

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revu e li t t é rai re de l’ U Q A M


hochelaga H ou b lon, mĂŠlasse et sac s Ă c r ottes


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Main bl anche réexplore ses origines ésotériques e t c h a n g e s o n v i s u e l av e c u n n o u v e a u l o g o

« Le nouveau titre sera dorénavant “Main Blanche”. Ce nom est survenu dans les étranges rêves du membre de l’asso. : Marie-Pierre, lors de son pèlerinage au Tibet. Elle en est revenue éclairée et toute chaude. Nous avons trouvé ce nom tout à fait minable, elle a insisté. Elle nous expliqua que c’était un nom inspiré d’un songe, une nuit d’été sur la couleur bleue. C’est alors qu’elle rencontra le Yéti qui lui dit salut en passant. Elle se prosterna et nous le faisons aussi aujourd’hui sur ce nouveau nom. »

Le Scribe, « Éditorial », Main blanche, no 0, 1996, p. 4.


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éditorial

H

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ochelaga est un mythe montréalais : les frontières et l’idéal hochelagais sont variables. Le quartier est probablement une synecdoque de ses habitants, dont le nom comme l’allure changent selon celui qui observe : Hochelaga – bourgade iroquoienne, Hochelaga-Maisonneuve, MercierHochelaga-Maisonneuve, HoMa, Hoche’élague.

Certains auront ce regard sur le quartier qui s’ancre dans son histoire, de la fondation de la paroisse Nativité de la Sainte-Vierge d’Hochelaga à sa timide gentrification, de l’incendie du Laurier Palace aux revendications politiques de centaines d’ouvriers francophones. D’autres ne pourront que voir les inégalités sociales, ne pourront qu’entendre les rumeurs sur la drogue et sur la prostitution. D’autres encore se rappelleront ses immenses ruelles labyrinthiques, ses deux arches d’acier, ses tapisseries de carrés rouges, son odeur qui ronge les gorges.


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tab le de s m at i èr es 1 1 ˚ Be noi t Bordel eau ˚ 14

On fera l’amour / dans l’encombrement 1 6 ˚ Phi li p p e Ri cha r d ˚ 19

Les Essoufflés

2 1 ˚ M i kaë l Archambault ˚ 23

Ce qui ne s’est pas passé l’après-midi du 18 octobre sur la rue Ontario 2 5 ˚ Catheri ne -Ale xandr e Br ian d ˚ 26

Printemps

2 8 ˚ Cami lle hay ˚ 30

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Empathie schizophrénique 3 2 ˚ F rançoi s Laval l ée ˚ 35

Ceci ne vaut-il pas la peine, des fois que. 3 9 ˚ Gab ri e l L anglo is ˚ 44

Le Viaduc

4 6 ˚ M élodi e Rh eault ˚ 47

C’est qui Darling

4 9 ˚ Amé li e Fau b er t ˚ 50

Coin Aird / Ste-Catherine 5 2 ˚ F rédéri c D i on ˚ 54

La Diversité à Montréal

5 6 ˚ Ch arle s Clark- D uquette ˚ 58

Mère patrie


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On fera l’amour / dans l’encombrement

pr é fac e

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Ben o it B o r del eau


« Quartier : petite terre d’appartenance et d’identité. Je suis du quartier. Il n’est pas du quartier. On vient d’arriver dans le quartier. C’est aussi, en quelque sorte, un quart de la vie. Un quart de notre vie. Comme si le lieu composait une part essentielle de notre temps, et presque de notre corps, de notre chair1 . » Une galerie livre sa petite histoire, à l’image d’une chamaille brouillonne. Deux vélos, un auvent, des jeux de lumières clignotantes, une vadrouille, un sapin poussiéreux en plastique gris, une rose en peluche, une corde à linge, du treillis pour les fins et les fous, un arrosoir, un ballon de soccer dans un pot en terre cuite, un balai à angle Oskar, une porte vermoulue, une deuxième – celle-là sans poignée –, une chandelle à la citronnelle, des roulettes portant le cabas, une barrière rétractable antichien, antibambin, antitout, une citrouille bleue, un casier à homards, des fleurs artificielles, des télévisions sous une bâche à barbecue, des géraniums dans un bac de recyclage, une chaise berçante, une carabine en plastique, trois chaises pliantes, un bat de baseball, une tortue, He-Man, Buzz Lightyear, un nain de jardin, une collection d’enjoliveurs. *

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L’histoire veut que Hochelaga soit le nom d’une bourgade iroquoienne, découverte par Cartier en 1535, et dont il ne serait resté aucune trace, six ans plus tard. Les historiens laissent toutefois planer le doute, certains affirmant qu’il y aurait eu confusion de la part de l’explorateur avec un village du nom de Tutonaguy, Hochelaga référant plutôt à l’ensemble de l’ile désormais connue sous le nom de Montréal. Les morceaux manquants du récit de Cartier ne font qu’ajouter au flou. Même Lionel Groulx en a ajouté une couche en attribuant une origine huronne au village. Quant à la signification du terme hochelaga, on ne s’entend pas : il pourrait venir du Mohawk oserake, signifiant « on y passe l’hiver »; ou, selon d’autres sources, de hochlayé, qui signifierait « digue » ou « chaussée des castors »; ou bien encore de osheaga, qui veut dire « grands rapides ». Il pourrait aussi vouloir dire « l’isle où il y avait une ville ou une bourgade2  ». * Derrière la SAQ de la rue Ontario, un graffiti ajouté ou faisant partie d’une murale de Dalpay : « Ma mémoire est comme un pawnshop », mots inscrits dans un phylactère dont l’énonciateur serait coincé dans l’un des dix-huit trous d’un parcours de golf. * On dit HoMa par commodité, je suppose, ou pour lui donner des airs de nouveauté. Je ne parviens qu’à y voir une interjection à tendance possessive. * Dimanche matin, Caisse Pop. Je retire vingt dollars pour profiter d’un double allongé et d’un croissant de blé entier sur levain avec la Darling et Mademoiselle, qui sieste grassement. À côté de moi, une prostituée, la jambe droite qui joue de la machine à coudre, dépose le butin de sa nuit de travail. 1

Philippe Claudel, Quartier, avec photographies de Richard Bato, La Dragonne, 2007, p. 15.

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Ginette Michaud, « De la ‘‘Primitive Ville’’ à la Place VilleMarie : lectures de quelques récits de fondation de Montréal » dans Montréal imaginaire. Ville et littérature, sous la dir. de Gilles Marcotte et Pierre Nepveu, Fides, Montréal, 1992, p. 28.


* Avec le temps, le toponyme s’est chargé des aléas d’une écriture tâtonnante. Hoche’élague. Je hoche du chef, en disant oui, malgré tout, à ce quartier qui a des bleus – ici, on ne chante pas le blues, on le murmure derrière les portes closes, en éminçant les ognons. La hoche, depuis le XIIe siècle, est aussi la marque laissée sur un bout de bois – ou encore sur une ardoise – pour tenir compte du pain, de la viande et du vin achetés à crédit. C’est aussi une brèche sur une lame trop aiguisée. * Parc Jacques-Blanchet. Un gamin se balance. Le père, un peu plus loin, qui fume un joint sur un banc, dit à son enfant : « Roule ! C’est drôle… Roule, câlisse… Comme un p’tit minou. » * Un couple âgé, assis à la table près de l’entrée, partage un casseau de frites. Aucun mot n’est échangé sinon un regard de temps à autres, entre une bouchée et deux gorgées de Pepsi. Entre eux deux, une amitié qui a survécu à l’habitude de l’amour. Elle et lui prennent leur temps, ne justifient pas l’espace qu’ils prennent. La dame fouille dans la poche intérieure de son manteau blanc cassé, après avoir dénoué son foulard de soie rose. Entre le pouce et l’index, elle tient un mouchoir puis essuie une trace de ketchup sur la joue de son homme. Sans un mot, elle range le bout de tissu, prend une autre frite dans le casseau.

On compare généralement les villes aux labyrinthes, entretenant l’idée que l’on n’en sort pas aussi facilement qu’on le voudrait et que, malgré les passages répétés sur la sente des habitudes, il y aurait sans cesse le moyen d’une certaine nouveauté. Dans ces villes, les quartiers seraient des passages, des détours. Au mieux : des culs-de-sac. * Je taille, dans le fouillis du quartier, une place tout juste assez grande pour y passer les mains, puis la tête – un espace où dépenser mon propre encombrement. * Un trottoir de novembre. Elle s’incline pour se mirer dans le rétroviseur d’une Montana abandonnée au coin des rues Ontario et Moreau. Du bout de l’annulaire, elle corrige un trait de rouge à la commissure de ses lèvres. Du côté nord de la rue, deux ados attendent la 125. Cette ligne-là, c’est un peu le quartier : ça prend beaucoup de patience pour y entrer. J’ai surpris leurs chuchotements entrecoupés de rires : « J’te gage qu’a regarde si ses dents sont toujours là… Faudrait lui dire que c’est tough de sniffer sur un miroir de char… » Elle se redresse, montre son dos couvert d’un manteau de fourrures recyclées. * Ce quartier, c’est le dessous d’un lit d’enfant, un espace peuplé de poussière, de jouets et de monstres, un endroit où se cacher.

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*


* À la Pataterie, tous s’entassent dans une familiarité aux odeurs de friture. Les employés de la Caisse – du commis au planificateur financier –, des hommes et des femmes aux vêtements usés accompagnés de leurs enfants en pleine semaine, des gamins aux accents d’adolescence provenant du cégep de Maisonneuve scotchés à leur cellulaire et qui oscillent entre boutades, textos et french kisses, le guichet automatique, des travailleurs de la ville venus réparer un carré d’asphalte à deux coins de rues d’ici, des employés de la fruiterie, de la confiserie Oscar et de l’épicerie, une cinquantenaire précoce aux sept ongles rongés qui arborent une couleur de vernis différente, des silhouettes nonchalantes, deux bambins au manteau trop grand pour qu’il leur fasse encore l’hiver prochain, une gamine qui rit de l’imitation de babouin boudeur que fait son père. Le Stade au milieu d’un paysage tropical. Contre le cadre de porte des toilettes, deux béquilles à l’équilibre précaire. * Hoche. Les dictionnaires me rappellent à la couture, à cette entaille pratiquée le long d’une lisière avant de coudre un bout de tissu, pour qu’il gode légèrement, qu’il ne soit pas trop resserré. *

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Atomic café, à cheval sur un bout du désert du Nevada et de la rue Ontario. L’intérieur rétro est bercé par la voix de Glenn Danzig, entrecoupé par les sifflements d’une buse dans du lait chaud. Dehors, on balaie des mégots, beaucoup de poussière et des condoms séchés au soleil – une chatte d’Espagne répondant probablement au nom de Casse-tête, cherche à se faufiler dans ce local, de l’autre côté de la rue, qui sert alternativement de bureau de campagne électorale, de boutique où s’amoncèlent rasoirs, épilateurs électriques, scies circulaires et grille-pains de toutes allégeances chromatiques – ultimement : d’espace à louer. Un homme ouvre la porte du café, s’appuie sur le comptoir avant de couvrir son oreille de sa main : « Salut toi, je sais pourquoi je suis ici, mais ce soir j’amène une bonne bouteille, des sushis. On jasera puis on fera l’amour, style pif paf pouf. Après, si tu veux sortir… » Un labrador éreinté barre la route à une vieille décatie s’appuyant sur une mauvaise réplique de la tour Eiffel. Des vélos dernier cri côtoient des cadres dépouillés de leurs roues et dérailleur. Des poussettes abondantes sortent des mains dodues et fragiles brandissant des sceptres sonnant comme des crécelles. Un gamin tire de l’index et du majeur derrière les genoux bleuis de sa mère en criant : « J’t’ai pas tuée, j’t’ai pas tuée ! » Madame Pigeon porte le cabas, en boitant, perdue dans un trench turquoise presque neuf. Un laveur de vitres me jette de l’eau au visage – passe une tête : teinture fraiche et rouleaux de printemps sous cellophane.


Rue Ste-Cath, trois heures de l’après-midi, une dame snife sa main, fait une moue de dégout.

culottes. Passe sa main le long de son gréement et renifle. Son expression suggère le découragement. Elle a trouvé la source des effluves. Demain sera un autre jour. Moment Ho-magique !

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Soulève sa jupe. Pas de p’tites


Les EssoufflĂŠs Ph il ippe Ric h ar d

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c’est une histoire de métal coupé à froid du premier cri le vingt piasses de l’ostie d’clôture qui penche encore

c’est un souper d’famille qui laisse en carême les rues sombres de chats qui en savent plus qui en savent plus qui savent comment l’voisin sort ses poubelles en sacrant après sa femme qui s’lave pu l’usine à Mcdo qui finit pas d’cracher ses camions d’cigarettes à charrier ses commandes d’un bout pis d’lautre d’la 40 les bâtisses grises de taule qui sortent les crocs à coups d’grillages dins fenêtres pour pas que au cas que pis l’voisin qui chiale après les petits d’la vieille qui jouaient dans l’parc pis qui brassaient les feuilles y’a celle qui pourrait pas être plus grosse qu’elle l’est déjà y’a l’building qui aspire tout le reste le fumeux d’botches qui s’traine les pieds en dessous des cordes à linge slaques parce que pu d’bon sang parce qu’avant la shed qui est en train de crisser l’camp y cherche son souper dans ruelle qui est toujours humide d’une pluie qu’on s’souvient plus trop parce qu’y pleut tout l’temps parce que pas l’temps en bas on voit ceux qui portent leurs souliers en dedans parce qu’Hydro parce qu’la peinture a tient pu sé murs parce que l’p’tit criss est encore en train brailler parce que l’autre est encore rouge dans l’sofa

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la canne de clopes au pied du mur le sofa qui toffe son hiver la brique blanchie aux jours de vent la rue patchée les trottoirs raides


en reste des ruelles les carcasses de fer creusées de givre au corps lourd à n’être qu’inépuisable jusqu’aux tremblements électriques un béton d’ennui à ne vouloir parler que sa propre langue de fixité à marteler la terre à combattre par excès d’apathie les ciels d’hôpitaux qui tournent en rond autour du béton fini c’est une histoire de jappements pour une cour vide l’histoire d’un dep’ qui fera jamais faillite

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les cloches sonnent au-dessus des têtes en l’lavabo qu’on va réparer l’mois prochain peut-être l’autre d’après on sait pas plus qu’on sait juste qu’on sait pas l’vieux pas d’dents qui part à shop scier au fond du cou sa boisson qui l’attend entre POM pis Kraft y’a celui qui boit pis y’a celui qui ramasse y’a le vieux qui tète les poubelles avec sa canne pis y’a celui qui call ses flots y’a Jim celui qui a l’char qui a sorti son batte parait l’autre fois c’était gris y’avait juste le vent dins rues pis un gars couché dans l’parking


les casques de poubelles volent à côté des passants le béton crisse devant les bancs d’école le vent fait trembler les pancartes la sciure de bois le gravier la terre battue la mauvaise herbe on sait jamais trop on veut jamais trop les angles des buildings font parler les balcons au-dessus des marches à monter les annonces qui passent dans la fenêtre du voisin les gens qu’on connait pas qu’on veut pas connaitre

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mais le terrain d’balle y’est refait à chaque semaine parait que l’autre fois le petit d’la vieille y s’est pété une dent au marbre


Hier, quatre heures du matin, dans une ruelle de HoMa. Une chatte se sauve en courant devant mes pieds, terrorisée. 20

Raison de sa fuite : une magnifique moufette, qui frôle mes jambes, mais m’ignore complètement. À quatre heures du matin, la vie dans HoMa est un cartoon.


Ce qui ne s’est pas passé l’après-midi du 18 octobre sur la rue Ontario

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Mik aël Ar c h a m bault


Je me souviens absolument de tout. Je peux tout vous raconter. Dans les moindres détails. Les yeux grands ouverts de ma mémoire ont la langue bien pendue. Non, Monsieur le Juge. Jamais, Monsieur le Juge. Nous ne nous sommes jamais rencontrés. Je peux vous assurer de mes efforts obstinés afin de ne jamais apprendre l’existence de son existence. Je n’ai rien vu, rien entendu. Pas un plus que l’autre. Nous ne nous sommes jamais rencontrés. J’ai même le souvenir catégorique que, à plusieurs reprises, nous ne nous sommes mutuellement pas reconnus dans divers lieux publics. Surtout à l’entrée du métro Viau ou sur la rue bordant le cégep. Il n’existe pas en ce monde de lieux où je ne suis autant jamais allé que ceux-ci. Je me rappelle rigoureusement tout. Les aboiements de mes souvenirs sont les chiens de garde de mon innocence. Je me remémore distinctement que l’après-midi en question, je n’étais pas au bar en question du quartier en question. Je n’y attendais conséquemment ni un individu ni même quelqu’un. Puis, à 14h12, n’arrive pas un homme avec une mallette rouge. Il ne s’assied pas à ma table. « Est-ce que t’as ce que j’veux ? » ne me souffle pas à l’oreille l’individu qui ne tient pas une mallette. 22

Je ne hoche d’aucune tête et, d’un geste, je ne lui signifie pas qu’il serait préférable de poursuivre cette conversation – que nous n’entretenons pas du tout – dans un endroit plus isolé. Comme il ne s’agit en aucun cas d’une relation outrepassant l’éthique et la morale, ce parfait quidam n’intervient pas auprès du propriétaire du bar et n’acquitte pas ma facture – facture que je n’ai guère contractée, inutile de le mentionner, puisque j’étais absent. Nous ne nous dirigeons pas vers la sortie arrière en vue d’accéder à la ruelle avoisinante, précisément là où n’est pas stationné mon VUS. Ne s’opère alors absolument pas une seule transaction impliquant des fonds acquis de manière à transgresser le Code civil. D’ailleurs, pas le moindre témoin oculaire ne surprend notre liaison philanthropique. Incidemment, je tiens à préciser que je me rappelle avec une acuité atomique que, à ce moment précis, un recensement scientifique exhaustif et scrupuleux aurait dénombré, à la décimale près, 0,00 enveloppe de couleur brunâtre, beige, voire acajou. Ma mémoire se révèle particulièrement intransigeante quant à ce point. Quelques jours plus tard, je n’encaisse par la suite aucun chèque, puis ne verse à quiconque une redevance de cinquante-trois-mille-deux-cent-quarante-quatre dollars et soixante-dix-sept sous. Toutes mes excuses, Monsieur le Juge. Vous avez raison. Pardonnez ma défaillance. C’est de fait une redevance de cinquante-trois-mille-deux-cent-quarante-CINQ dollars et soixantedix-sept sous que je n’ai versée à absolument personne. Tout à fait, Monsieur le Juge. Je n’ai jamais rencontré cet homme. Incontestablement. Lui-même. Je le reconnaitrais entre mille.


À l’instar de ma mémoire, mon agenda est sans trou. La preuve que je suis blanc comme neige notée noir sur blanc. « Après-midi du 18 octobre : pas de rendez-vous illicite sur la rue Ontario. » J’avais même souligné le « pas », pour ainsi prévenir toute ambigüité claire comme anguille sous roche. Non, jamais. Nous ne nous sommes jamais rencontrés. Encore moins en même temps. Mes souvenirs sont formels. Le mensonge n’a jamais aigri ma douce haleine de sincérité. La mallette rouge ? Je me souviens admirablement ne pas m’en souvenir. Parfaitement. Tout le monde dans le quartier sait que personne ne me connait. Non, Monsieur le Juge. Je suis un homme de principes. En ma qualité d’optimiste, je préfère toujours les demi-vérités aux demi-mensonges. Non. C’est la première fois que j’entends parler de cet homme. C’est ce que je disais à ma femme pas plus tard que la semaine dernière.

Nous ne sommes jamais rencontrés. Je ne compte plus les fois où je n’ai pas mentionné son nom à qui que ce soit. Non. Nous ne sommes jamais rencontrés. Et, moi, encore moins. Jamais. Nous ne sommes jamais rencontrés. Particulièrement pas le 18 octobre. Non. Si cet homme m’a déjà rencontré, je n’étais pas présent. Non. Jamais. Vous êtes le juge, Monsieur le Juge. Mais comment connaitrais-je force détails; comment mes alibis se montreraient-ils si cohérents; comment saurais-je vous raconter aussi minutieusement ce qui ne s’est pas passé l’après-midi du 18 octobre sur la rue Ontario, si je ne disais pas la vérité ?

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Non, jamais.


Il est dix heures trente du matin. Un pitbull fornique avec une minuscule chienne dans une cour délabrée. Ils sont entourés de quatre 24

individus, qui les regardent sans dire un mot, bière en main. Au loin, une voix féminine répète un passage d’opéra. Je suis complice de la beauté incongrue de l’instant.


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Printemps

Cather in e-Al exan dr e Br ian d


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J’ai la fièvre dans le corps, l’envie de faire l’amour aux passants; vieux, jeunes, barbus, déprimés, pulpeuses, peu importe. L’odeur du printemps se mélange à celle du houblon, les crottes de chien refont surface et le soleil rend la décrépitude magnifique. Je bois trop de café et j’ai le corps qui tremble. Sur mes lèvres, la brise. Des cris d’oiseaux et d’enfants plein la tête. C’est au printemps qu’Hochelaga se ressemble. Je retrouve son rythme, sa saleté. Ses ruelles sont des musées d’ordures, de poubelles éventrées et de vieux meubles. Les gens sortent dans les rues et marchent lentement. On se regarde, on sourit. Hochelaga est un village au cœur de la ville et le vent chaud nous rappelle que tout est encore possible. Que tout est encore à vivre. Bientôt, on sortira les sofas sur les balcons, pour s’y installer pour l’été. Une caisse de bières et le spectacle de la rue.


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Empathie schizophrĂŠnique

Ca mil l e hay

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En avant, en arrière, en avant, en arrière, en avant, en arrière... Si haut que les chaines sont prises de vertige et transmettent à mon cul glacé des spasmes de bois de plus en plus inquiétants. Mais je m’en fous, je veux savoir lequel des quatre canards de bain à ressort aura le dernier mot sur la moto de police. Méchante course-poursuite ! Peut-être qu’ils se sont fait pincer en train de faire de la balançoire alors qu’ils avaient deux fois l’âge permis eux aussi ? « Watch your back when you attack, Fucker ! » et mon courageux glaviot d’atterrir sur le guidon de plastique moulé, alors que je me carapate à l’ombre des noisetiers déplumés.

Moi, c’est Boboul que je me rappelle. Il était toujours là, tout le temps, tout le temps et tout le monde disait qu’on se ressemblait avec nos airs de chiens battus, nos faces de bâtards, notre odeur de chats de gouttière. C’est lui qui m’a appris les animaux, leur langage et leurs fables. Il m’en a appris plein, que je me répète, parfois. Pis, après, il a fallu aller à l’école. Assis, debout, couché. J’avais l’âge, plus lui. Un jour, je suis rentré et le pauvre chien était crevé. La déneigeuse l’avait frappé, happé, mâché. Et moi, tout ce que j’avais gagné là-dedans, c’était que tous les bancs, les façades de fer blanc, les clôtures rouillées qu’on a usées, souillées, sautées, j’étais capable de les signer. Grandes ou petites, indélébiles ou éphémères, toutes mes dédicaces étaient en l’honneur de « Boboul, le meilleur chien au monde ! », « Boboul, le plus beau ! », « Boboul, président ! » Boboooooooouuul dans l’infini de la nuit ! Je rôde, j’erre solitaire et c’est là que je croise des filles. Elles s’appellent Marylin, Josée, Cynthia… Elles sont dehors, personne ne les appelle, mais ça se peut qu’on les attende de pied ferme. Elles veulent que je leur paie une slush au dép du coin qui est au milieu de la rue. Moi, je veux bien, mais pas question de toucher leurs seins, de gouter leurs langues et de sentir leurs mains sur moi. C’est dur, c’est raide, c’est poisseux et je ne suis pas sûr que ça fasse vraiment du bien. Surtout après. Je ne peux pas dormir. Alors, je compte : deux gros gars et deux gros chiens, un chat noir et trois yorkshires, une robe de chambre et deux labradors, un noir, un beige, un chat noir, un chat blanc… Si ça, ça ne fonctionne pas, j’ai un autre mantra, celui des impuissants qui ne sortent pas la nuit pour protester, celui des philosophes pour qui les sacs de riz saboteurs sont trop lourds, celui des artistes qui n’ont pour seules bombes que celles des mots et des rimes :

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Dans le parc d’à côté, couve ma pote la grenouille léniniste. Rouge en dedans et grosse, ronde et blanche en dehors. Elle a longtemps eu un conflit d’identité, non pas avec un bœuf, mais avec son cousin l’ours polaire. Ça ne dérangeait personne dans le quartier. Mais des gningniégnieurs, en ludotiques bien-pensants, ont bien pensé qu’il fallait pourfendre l’anormalité et redresser certaines idées. Alors, ils ont décidé d’ériger dans sa face un modèle de parentalité comme il faut, histoire qu’elle en prenne de la graine. Depuis, un couple papillon-libellule s’érige et s’érige, mais ne peut rien contre les slogans rouges qu’elle continue d’éructer. « Je lutte des classes » du soir au matin, c’est son seul refrain. Sacrée Frog ! Ne cessera jamais de parler de la misère, de son odeur de levure et de tabac froid. Elle, elle se souvient du pourquoi du comment il ne reste plus qu’un château d’eau qui veille tout là-haut. Elle, elle se souvient qu’avant elle n’existait pas et que les tits culs jouaient à cachecache dans des trous. Elle, elle se souvient qu’ici il y a toujours eu de l’amour, des chats et des chiens plein les rues.


Marguerite aimait beaucoup les fleurs. Marguerite était incapable de violence. Elle jardinait avec beaucoup de douceur et montrait pour tout beaucoup de patience. Mais, comme il en est toujours, des malappris, ici, sous les traits de fieffés greffiers, trouvent ce jardin à leur gout et lorgnent le bien d’autrui, se mettant à faire quelques dégâts, histoire de se l’approprier. 30

Marguerite se désole de voir ses platebandes ainsi souillées. Ses voisins ont le même problème, et, solidaires, s’indignent de trouver chaque jour leurs jardins un peu plus défigurés. Certains luttent et se liguent, d’autres en viennent à changer d’air. Marguerite, elle, veut avertir passants et badauds et se contente de poser ce simple écriteau : « Nous aimons beaucoup les fleurs, s’il vous plait, toujours garder la barrière fermée pour empêcher les chats de venir les déraciner. »


« Si y’aurait jusse crissé le camp

j’aurais compris tsé Nathalie... mais là, y’a pris mon cœur aussi l’osti d’enfant d’chienne ! »

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avec mon cell pis mon cash,


Ceci ne vaut-il pas la peine, des fois que.

Fr an ç o is Laval l Êe

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Ce n’est parfois pas difficile de résumer une vie. Un chemin de fer, une journée de pluie. Un train. Puis, un deuxième qui me regarde. Colorier la souffrance du fer en fluo orange, vert, violet, turquoise. Sourire. Lui dessiner une vie à ce tas de ferraille n’est pas difficile non plus. Le rendre unique, et puis, se penser unique. Comme si l’investissement en valait la peine. Perdu. Dans ce transfert de moi.

Le vent rougeâtre brule le ciel et la paix douceur Il est six heures moins le quart lentement

De continuer sur ces rails, de glisser vers le plus loin, de se prolonger. Observer le réservoir vide, se chercher une identité. Plein temps. Il est là, le métal rouillé, et je me demande : « Marie se cachait ici, l’a-t-il déjà vue, petite Marie ? » Certainement, lui qui voyait tout, ne pouvait pas ignorer ma Marie. Visible, plus faible, elle lui a fait perdre son identité, à lui aussi. C’est quand elle est partie qu’il s’est mis à rouiller. Ma douce petite. Ce lieu. En un regard, il transforme mes souvenirs. Comment ne pas se souvenir de Marie ? Ça devait être en 1975, on était fous, et fiers de l’être. On jouait de la vie comme on joue de l’amour . On fumait, c’était santé. On buvait nos désirs et figeait nos souvenirs. On se fabriquait un drapeau québécois et baisions dessus. Maintenant. Un wagon détaché, seul. J’ai le regard ailleurs, seul. Les mains dans les poches de mon coat de jeans. Une rape invitation, je me dis quand je vois le « essayez-moi » sur la track du CP Railways. À qui peut-on dire « essayez-moi », sans que ça vire mal ? L’oiseau Le bruit d’être seul, on l’entend toujours. Ce déplacement d’air, cette mélodie intérieure qui se créent en symbiose, mêlant corps et espace. Le sol. Je vogue, sans vaisseau, vers ma vie gâchée. Ce passage resté seul pendant toutes ces années. Le sait-il, l’as-tu prévenu de ton départ ? Je crois qu’il se doute bien que tu ne reviendras plus jamais te frotter à ses murs, ses espaces construits pour nous. La perte est présente, on la sent, partout. L’usine à bois en a souffert. Vide. Abandonnée. Les couleurs de l’espoir. Je suis désolé pour toi. Ça fait mal d‘être ici. M’écoutes-tu, Marie ?

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le courage


Aujourd’hui, c’est l’espace qui entre en moi. Toujours de plus en plus grand. Immense. Mon corps incertain ne sait comment réagir. S’assoir, ici. Là où on allait ensemble. Se coucher, expirer quand tu inspires. Je suis infligé, seul, du poids de notre amour à disparaitre. Et je prends le temps de la relire, sans arrêt, cette lettre. Seul témoin de ton départ prématuré.

Les vitres sont brisées, cassées pour de bon. Hors d’usage. Sans compagnie. Elles ne témoignent plus de rien. On ne salit pas le progrès Une critique du capitalisme peinte en rouge couvrant la solitude de ce bâtiment industriel, une teinture identitaire. J’envie le bâtiment, à haute voix, et m’emporte.

Le cri d’un oiseau et le mien font fuir les autres. Je ne les avais pas vus. Un vieux chewing gum m’arrête, me sort de mes pas. L’oiseau se dépose sur un bout de train. Il tourne la tête et me regarde, en plein cœur. Je me dépêche de détourner le regard, mais il n’y a rien à faire. Il me suit, comme un spectateur. Le spectateur de mon spectacle.

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Tout passe par mes yeux, et mes yeux se sont laissé avoir. J’ai cru voir la marque de notre amour sur le tronc d’arbre près de la clôture du viaduc. L’entrée de notre passage secret. Notre sweet home bien à nous. Mais cette marque s’est suicidée quand tu es partie. Ne pouvant supporter l’horrible menterie subordonnée au C + M dont elle était constituée. L’oiseau, encore. Je ris de moi. Si je pouvais me voir, je trouverais sans doute la situation misérable. Un misérable qui retourne là où il a vécu. Les meilleures années. Misère. On jouait de la vie comme on joue de l’amour. Je me retourne et vois ce paysage. Un long train laissé sur ces rails, vide, seul. Un carcan servant à autre chose, une structure squelettique qui donnera vie. Un jour, il sera utile, ce train. Ce paysage. Rentrons à la maison. Au loin, les derniers roses du ciel. Il fera beau demain. Mes joues sont rouges, je ne les vois pas, mais je les sens. J’en ai assez pour aujourd’hui, Marie. Les feuilles tombent, lentement je les ramasse, les lance dans les airs, une à une, mais surtout, je les regarde. En quittant la berçante, je passe sous la clôture. Je m’imaginais que le quartier n’aurait pas changé. Nothing at all. J’imaginais le soleil, malgré une journée maussade, j’imaginais mon corps encore jeune, portant mon t-shirt de ces années-là, le seul que je possédais. J’imaginais le vert de la butte encore plus vert qu’en 1972. Je ne sais pas pourquoi. Comme ça. J’ouvre mes yeux. J’imagine que je


les avais fermés pour me reconstruire ce repère vintage qui ne doit plus être exactement comme il l’était à cette époque. Dépoussiérer mes souvenirs, mais jamais le lieu de mes pensées. Lui, il est indépendant. À vrai dire, il enlaidit mes souvenirs. La distance des années m’est blessante. En fait, on dirait que je vois mieux les yeux fermés. Je me rallume une clope. Je me réinscris, tranquille, où je suis maintenant. Je sens le sang dans mes pieds. Ok. Je tremble un peu, je ne me l’explique pas. Ce n’est pas important. Le gris autour, l’oiseau perché sur un wagon, les botchs de clopes qui sont là, juste là. Le monde, pas trop loin, que j’entends à peine. Il fait noir tout d’un coup. Je veux partir et marcher vers ma voiture.

Je ne suis pas confortable dans cet espace que j’ai déjà occupé avec elle. Marie, tu ne me reviens plus. De quelle couleur étaient tes yeux ? Quand tu ouvrais la bouche, quel son faisais-tu ? Je me souviens de ta robe blanche fleur de lis, comme tu disais. Je te matérialise, malhabile et prudent. C’est un travail sur la soie que je m’efforce de garder pour plus tard.

C’était beau, pourtant, avant. Maintenant me fait penser à un dépôt de vieilles choses suis-je l’une d’elles ?

Lentement, je quitte cette track que j’habite encore. Dans mon cœur époumoné par des cigarettes, des souvenirs qui me puent au nez. Je pars d’ici comme d’un cimetière, sauf que le mien est sensible. J’ai comme de la corne sur le temps d’avant

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Mémoire.


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M art i ne F rossar d

martinefrossard.com

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H oc h elaga


Une vieille professionnelle me propose une séance orale 38

dans une ruelle. Je lui fais un grand sourire de connivence en refusant. Elle retire son dentier : « Pis là ? »


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Le Viaduc

Gabr iel Lan glo is


Hier, j’ai rêvé que j’agonisais dans un trou, dans une flaque de sang et de boue, au milieu de la place Valois, entouré de ma petite gang de vieux en quadriporteurs. Au-dessus de moi flottait un ciel bleu et rouge, parsemé d’étoiles. Je tentais de me sortir de ce trou en m’agrippant aux rebords, mais je retombais lamentablement dans le fond malgré mes efforts colossaux. Les vieux étaient tristes, mais ils riaient et m’encourageaient aussi : « Vas-y ti-gars, t’es capable, lâche pô la pétaque ! On t’aime ben tsé ! ». Ils misaient des billets de cinq pour savoir qui du trou ou de l’humain l’emporterait. J’écoutais les conversations de mes vieux qui déblatéraient à propos de leur vie, magnifique, et du pathétique de l’existence. La discussion s’emmêlait dans un discours ayant l’organisation d’une mosaïque : un amas de corps et de langues modernes :  – Pis tu l’aimais c’te p’tit boute de femme-là, hein ?  – Ah ! si tu savais… Je l’ai aimée autant que j’lai haïe… du début jusqu’à fin… Osti qu’on s’est fait mal… pis c’est c’te mal-là qui nous guérissait… Va donc comprendre queuque chose à c’te criss de vie toé.  – Ouin, ouin, j’sais bin. L’tabarnak de sens est pu en haut, y’est en nous, pis tout autour de nous câlisse, pis on cherche, on cherche pis c’est en plein ça qui faut faire, moé j’dis ! …  – Certainement. … 40

– Mais l’criss de vrai problème là, c’est les étrangers qui pognent nos jobs.  – Hey, hey, le vieux, tu t’énarves, r’viens sur Terre tu suite. T’as les lunettes croches, pis pas inque les lunettes là. Les banques, c’est eux les gros mangeux d’marde de requins d’esti !  – Là, tu viens d’pogner dans l’mille, pis correct à part de t’ça ! …  – Sauf que, faut ben se l’dire, Parizeau avait pas juste tort… en 95 là…  – C’est pas faux ça…  – Mais y l’a mal dit maudit torieux. Y l’a dit avec du gin dans l’nez pis y pensait qu’on était trop épais pour comprendre. …  – Mais faut pô trop s’en faire, on n’arrête pas l’progrès… En avant, marche ! Comme des rats pognés à bouffer des entrailles, dans une cage avec el’feu au cul ! …  – Coudonc, Manon est ben branleuse. A fait quoi la vieille peau ? Sa bière va devenir chaude. On l’attend ou ben on s’en va ?  – Ché pas… maudite libarté… LIBERTÉ ! LIBERTÉÉÉÉ... plus que y a de choix, moins qu’on est libre !


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Enfant, j’ai observai cet orignal fort et vigoureux, agonisant dans un trou au milieu d’un lac glacé. Je l’observais et je sentais en même temps qu’on me dépeçait le cœur, qu’on en garrochait des morceaux sur les parois de ma cage thoracique, toile pour un tableau absurde. Je l’entends encore, la pauvre bête, elle hurle et semble vouloir taillader la vie, afin de la dompter et de rembarquer par-dessus elle, mais ses efforts sublimes sont aussi d’un grotesque inutile. Et puis, au final, personne ne l’aide : on prend des photos et elle meure noyée, seule, entourée de la blancheur de la neige. En dessous, dans l’eau opaque et froide, il y a la vieille… la vieille qui guette et qui ricane, dévoilant ses chicots pourris, la vieille qui va tous nous survivre. Elle attend qu’on crève pour récolter.


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Je leur fais peur. Je fais peur à tellement d’honnêtes citoyens. Je suis un criminel, je suis un salaud et un esclave, j’ai commis tant de péchés, mon père… Je fais peur, c’est pourquoi personne n’a encore imprimé ses jointures sur ma face. Un jour… Un jour ! J’avouerai tout, absolument tout ! J’avouerai lorsque la seule personne qui m’importe un tant soit peu dans ce dépotoir – le monde – sera morte : maman. Je cracherai, j’abdiquerai et ma vie aura été un roman, avec lequel les humains, dont le dedans n’est pas sorti du moi, pourront s’étouffer. Je suis un salaud, évidemment.


Nous sommes au bar l’Espace public, en fin de la soirée. Y a un gars et une fille qui m’énervent solide. Mon humeur, ce soir, est plutôt teintée de grisaille. Admettons que… je pète … mais c’est pas du feu qui sort.  – Hey, la vie est belle, tu vas pas te pendre à soir là, hein ?  – R’garde, j’taime pas toé. Fais juste pas me parler pis tout va être correct.  – Hey, c’est quoi ton problème ? Tu fais quoi dans vie ?  – Moé, chus su’l’B.S.  – Osti, un autre criss de B.S. frustré. T’as un problème, sti de B.S. ?  – Bin oui, j’en ai un gros, un tabarnak de problème. Mon problème c’est… c’est…

Je me lève, je mets ma veste, toujours avec, en trame de fond, la voix de perroquet de la fille, qui me martèle les oreilles avec ses « Dégage, esti de B.S., r’tourne chez toi, criss de B.S. ». Alors, il y eut comme une petite craque dans mon moi. Et quelque chose se mit à ruisseler. Je reviens à la table, je prends une dernière gorgée du nectar des dieux. D’un mouvement brusque, je lance la moitié du contenu de mon verre dans la face de la fille. Pis là, la face y tombe. Sssshhhplokkk ! sur la table. Elle produit une expression comique, ses sourcils se froncent, ses lèvres font la moue et elle laisse échapper un court cri. Elle me jette le contenu de son verre sur le visage. Elle se lève et tente de me griffer. Je la repousse et le barman vient nous séparer. Un autre de ses amis insignifiants s’offusque et, dans un élan infantilisant, il me pousse dans le dos pour me provoquer en spectacle. Je le regarde : -Tu veux te battre toé ?  – … Je sors du bar et personne ne me suit.

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– Hey, tourne ta tête de bord, tu pues d’la yeule, sti de B.S.


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En ces moments de contrastes aigus, mes pensées sombres et sublimes font l’amour entre elles au sein d’un corps perturbé. Je me promène sous le plus beau viaduc de la planète, là où des dynamites de couleurs, de mots et d’émotions éclatent sans retenue sur les murs de béton et je m’enivre de cette odeur d’aérosol frais. Je souhaite que tous les remparts ternes et laids de la ville deviennent comme ceux de ces repères d’artistes, cages thoraciques d’une idée abstraite.


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C’est qui Darling Mélo die Rh eault

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Tu t’es peinturé à grandeur des murs de mon appartement ton portrait de famille, de parfaits étrangers qui m’avalent de leurs bouches d’égout

Ton amour est un superlatif un super bon disque qui joue à l’envers qu’on écoute debout dans le cadre de porte les mains sur les oreilles et les yeux dans le beurre Écoute, tu vas voir, c’est très très très très Amérindien, tu danses la chemise en vacances tu te fais livrer ton cul du dépanneur Dans ma tête, des phrases apprises de biscuits chinois Nos mains fondent l’une dans l’autre comme un chocolat de Pâques offert à la Saint-Valentin

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chaque fois que je m’arrête devant Dans l’est de tes pulsions, tes bras sont des bouteilles consignées à moitié pleines


Deux vendeurs de drogue se battent et sont vĂŞtus 48

respectivement de chandails de Batman et de Punisher. C’est Batman qui a le dessus. Le geek en moi jubile.


Coin Aird / Ste-Catherine

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Am ĂŠl ie Fauber t


Les putes se trainent les pieds, elles ramassent des petites roches sous leurs semelles parce qu’elles raclent le bitume en faisant les cent pas toute la journée. Elles ondulent leur corps devant les passants qui les ignorent alors qu’elles attendent, encore. Les putes d’Hochelaga, je ne les ai vues qu’attendre. À toute heure du jour ou de la nuit, je ne les ai vues qu’attendre. Dans la rue, le bruit de leurs pieds passe inaperçu ou se mêle à ceux des voitures, des chiens qui jappent, des enfants qui crient. Dans l’autobus, quand les putes trainent des pieds, le moteur n’arrive pas à couvrir le bruit. Les gens détournent les yeux ou montent le volume de leur musique, mais personne ne peut détacher ses yeux des pieds des putes qui trainent sur le plancher sale. Un matin très froid, une pute s’est jetée devant ma voiture. Comme j’ai de bons réflexes, j’ai freiné avant de la percuter. Elle s’est jetée contre la vitre côté passager en la martelant de ses mains nues, rouges et gercées. Je me suis garée sur le côté, je lui ai offert mes gants, mais elle était incapable de les enfiler – ses mains étaient trop raides, trop gelées. Elle m’a demandé un lift, man, peux-tu me donner un lift y fait trop frette j’peux pas marcher toute ça. J’ai réalisé qu’elle n’avait pas de manteau non plus, mais madame, madame il fait moins douze dehors, vous ne pouvez pas vous promener sans manteau, vous allez mourir. La pute a ri. Elle a ri, elle a juste mis le chauffage plus fort et elle ne me donnait pas d’indications, alors j’ai roulé sur Adam jusqu’à ce qu’on soit trop loin et qu’elle arrête de rire. Vire de bord, elle panique, j’peux pas venir jusqu’icitte, vire de bord, tourne, vite. J’ai tourné. J’ai trouvé une rue pour virer, elle a débarqué d’un bond aussitôt que ma voiture s’est immobilisée. J’vas m’cacher dans ruelle, elle essaie d’ouvrir la portière, sont après moé, câlisse, merci pour le lift, fille, elle a claqué ben fort la portière, la ceinture étincelait au soleil. Elle est partie en courant entre les bancs de neige, je n’ai pas pu rien faire, pas pu ne rien dire, elle était partie en courant. Je ne connaissais pas son nom. Je crois qu’elle aurait voulu que je la renverse avec ma voiture, je crois qu’elle aurait voulu qu’on prenne soin d’elle, je crois qu’elle aurait voulu, peut-être, mourir, un peu. 50

De chez moi, j’entends fréquemment le hurlement sourd des paquebots qui frôlent le port, leurs klaxons marins – comme s’ils n’étaient pas suffisamment imposants, alors ils doivent aussi hurler. Les roues des bicyclettes vrillent dans la ruelle, dans les flaques d’eau d’une vieille averse matinale, et les enfants rient. Ils rient parfois très fort, même si ce n’est pas forcément drôle leur Hochelaga, avec les putes qui se trainent les pieds et les itinérants qui se recroquevillent dans le portique des bars. Les itinérants, ils poussent des plaintes incohérentes quand les propriétaires leur donnent des coups de pieds pour les réveiller afin qu’ils n’effraient pas les écolières qui prennent l’autobus au coin de la rue. Les petites écolières, avec leurs jupes écossaises qu’elles remontent plus haut, trop haut, bien plus haut que leurs genoux, ne portent jamais de collants, même quand le froid est insupportable. Les petites écolières frottent vigoureusement leurs cuisses presque mauves et elles se serrent sous le portique du bar, même si l’itinérant leur fait peur. Elles se serrent pour se couper un peu du vent. Un matin, elles ont poussé des cris stridents : l’homme leur avait vomi sur les mollets, coin Aird et Ste-Catherine. Il leur a vomi sur les mollets une bile orange et graisseuse. Elles s’essuyaient avec de la neige en insultant l’homme, et l’autobus n’est jamais passé.


La Diversité à Montréal

Fr édér ic Dio n

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Je veux parler des recoins sombres. Te parler d’un passant cheminant, l’air d’absolument rien, dans la nuit. Il porte un veston comme il porterait son ombre. Aux quelques hasardeux observateurs, il apparait comme une vision fugace, qui, par sa banalité, ne progressera jamais jusqu’au souvenir dans leurs têtes. Cet homme cherche à mettre la plus grande distance possible entre un lieu de fête et lui-même. Dans l’air humide et froid d’automne, il redresse le nez. Les pas d’un inconnu, devant lui, en sens inverse, parsèment d’éclairs son champ de vision.

Ils se croisent : jeux de regards. L’homme réprime un frisson en repensant à ce qu’il a osé faire. Beaucoup trop soul, il a grossièrement déclaré sa flamme et son érection à une amie de son grand frère, devant sa propre copine.

Ses pas quittent le béton du trottoir pour l’asphalte d’un parking. Le grand « M » jaune l’accueille comme les portes de Saint-Pierre. Il sourit à cette comparaison, d’un grotesque franchement cru et sarcastique. À l’intérieur résonne un autre type de silence. Changement de milieu. Quelques louches commandent, quelques louches mangent et quelques louches travaillent. L’homme fait la file, les mains dans les poches. Il se demande ce qui lui arrivera demain et si son sommeil se trouvera avant ou après l’aube, selon la réaction de l’offensée. Au téléphone, des amis qu’il n’a pas en commun avec sa blonde lui ont dit qu’il pourrait se pointer quand il le voulait. Il prendra donc son temps puisque ce dernier, sur le qui-vive, semble s’être arrêté pour l’observer. D’un party à l’autre, il espère échapper à ses remords. À la une du journal fripé comme un torchon, l’Honorable Untel est accusé d’arnaquer ses concitoyens. « On se fait encore violer », songe notre homme, habité par une ironie claquante comme un bout de pneu sur la fesse rose d’un enfant. Au-dehors, derrière le « restaurant », une jeune femme n’est pas en train de se faire violer. Je ne pourrais pas en dire autant trois rues plus loin.

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L’homme est dans la vingtaine. Il a pris la clé des champs sans s’expliquer, lâchement.


L’asphalte est humide, une joue est humide; l’asphalte est souillé de sable, du sable se trouve sur une joue. Les soleils noirs même si jaunes des lampadaires dans les flaques d’eau. Et puis des bras en l’air et des mains qui serrent; une joue qui frotte et une tête qui cogne contre un lampadaire. Mais notre homme, dans son McDo, tourne la page et fixe son regard ailleurs sur le plafond, sur un autre néon.

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« J’commence mes travaux aujourd’hui ! Les 12 travaux, osti... comme dans les bonshommes ! » « … » « Quand y va sortir dans d’dans, on va aller s’acheter

musique pis un kéréoké. » « … » « Si j’pourrais, je retournerais au Yukon n’importe quand ! C’est beau en criss. » « … » « Tu m’écoutes-tu ? » « … »

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une guite, des feuilles de


Mère patrie Ch ar l es C l ar k - Du quette

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Hochelaga, t’es comme une pute à rabais te galvanisant dans les rues de Montréal aux petites heures du matin personne ne fait attention à toi et on te laisse échancrée entre deux bennes à ordure au mieux, on te lance quelques cennes noires parce qu’elles ne vaudront plus rien bientôt Hochelaga, tu ne vaux même pas un deux piasses pour un café qui goute l’eau Hochelaga, avec tes vieilles draperies de bourgeoise et ton maquillage fuchsia sur tes paupières flasques tu rappelles de force une histoire qu’on préfère oublier alors on te crache dans face pour cacher les stigmates que tes anciens clients y ont laissés tu pues Hochelaga t’es laitte avec tes morceaux qui partent au vent pis tes rues mal déneigées tu réchauffes personne quand on se colle sur ton dos par les grosses nuittes d’hiver

on s’sent pauvre dans tes loyers on s’sent floué dans tes politiques on s’sent étranger dans tes dépanneurs on s’sent p’tit dans tes limites Hochelaga, même pas game d’être une ville crisse à peine un village Hochelaga t’es belle Hochelaga l’été, quand tu trottines sur tes trottoirs avec les yeux vides et l’air hagard d’un gars d’usine qui a perdu sa job je glisserais des plumes dans tes cheveux blancs pour t’appeler « princesse » en caressant tes courbes sans trop savoir où elles s’arrêtent dans tes vallées t’es sexy Hochelaga j’ai le gout de te fourrer en silence dans l’abri des joueurs d’un terrain de baseball regarder ta peau brunir au soleil comme un éternel retour aux sources

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avec toé, on s’sent seul Hochelaga


tu sens bon quand tu tends tes bras en corde à linge pour accueillir les brassées de blanc drapeau de ta faune à temps plein Hochelaga j’aimerais taguer ta date de fondation dans les ruelles de tes blocs à l’encre noire sur ton flanc tu serais tes propres livres d’histoire matière plate, qu’on skippait pour aller fumer des joints et se frencher dans le boisé je t’aime et te hais comme la femme qui m’a vu naitre

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Avi s à tou -t e-s

La revue littéraire Main blanche est à la recherche de collaborateurs et de collaboratrices pour constituer son équipe de réviseur-e-s.

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Les qualités requises pour ce poste sont, il va sans dire, une excellente maitrise de la langue française, une très bonne assiduité dans le suivi des courriels et un désir de participer au projet « Main blanche ». Le poste est entièrement bénévole. Pour toutes questions ou pour envoyer votre curriculum vitae, veuillez écrire à notre réviseure en chef à l’adresse suivante : revision.mainblanche@gmail.com Au plaisir de vous compter parmi nous, L’équipe de Main blanche


Éq u i p e et collab or ateur s Éq u i p e de rédactio n

Stéphanie Roussel Kim Renaud Venne Marie-Pier Sansregret Patrick Deschamps Ré vi seu re en c he f

Marie-Josée Daviau Éq u i p e de révi s io n

Marie-Pier Tardif Mathieu Bergeron Matthieu Plante Vanessa Simard

Couverture Gabrielle Laïla Tittley Intérieur Martine Frossard Ph otograph ie

Gabriel Asselin G rap hi s me

Shed espace créatif Megan Bédard Logo

Jeik Dion M o ment s H o-M ag iq ues

Francis Ouellette contact

Revue littéraire Main Blanche 405, rue Sainte-Catherine Est Pavillon Judith-Jasmin, J-1080, Montréal (Québec) H3C 3P8 514.987.3000 (3905) mainblanche@gmail.com revuemainblanche.wordpress.com

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Illu strati on


Étudiants et étudiantes de l’UQAM, Main Blanche est votre tribune littéraire ! Vous pouvez soumettre votre texte en tout temps pour l’une des deux sections : Création

Vous pouvez nous envoyer poèmes en prose ou en vers, nouvelles, micro-récits, fragments, etc. Il est possible de nous envoyer un maximum de 2 textes ou suites poétiques (ou suites de fragments) à la fois. Chacun de vos textes peut contenir jusqu’à 9 000 caractères. Critique 62

Vous pouvez nous envoyer essais, réflexions et compte-rendus qui concernent de près la littérature contemporaine. La forme de votre texte critique peut être tout à fait libre. Rigueur, originalité et intérêt sont évidemment des qualités essentielles aux textes critiques publiés dans nos pages. Il est possible de nous envoyer un maximum de 2 textes critiques à la fois. Chacun de vos textes peut contenir jusqu’à 10 000 caractères. Le texte doit être de format .doc ou .rtf. Vous devez indiquer, en tête de document, votre nom, votre adresse courriel et le titre de votre texte. N.B. Les textes sélectionnés sont révisés avec les auteurs avant publication. Envoyez vos textes à mainblanche@gmail.com

Tirage 1000 copies. Dépôt légal à la bibliothèques et archives nationales du Québec. Main Blanche est la revue des étudiants et étudiantes en études littéraires de l’UQAM. Son contenu ne peut être reproduit, en tout ou en partie, sans une autorisation écrite. Chaque auteur est responsable des propos tenus dans son texte. Cette revue, financée par l’AEMEL-UQAM, l’AFÉA-UQAM et le Service à la vie étudiante, offre un espace d’écriture libre aux étudiants et se veut un organe de communication privilégié pour ceux-ci.


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H ou b lon, mélasse et sac s à c r ottes

[...] D’autres ne pourront que voir les inégalités sociales, ne pourront qu’entendre les rumeurs sur la drogue et sur la prostitution. D’autres encore se rappelleront ses immenses ruelles labyrinthiques, ses deux arches d’acier, ses tapisseries de carrés rouges, son odeur qui ronge les gorges.

v18 ˚ n02 ˚ P2013

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Vol 18 no 2 : Hochelaga : houblon, mélasse et sacs à crotte by Revue Grands Espaces - Issuu