Illustration : Gabrielle La誰la Tittley (Pony)
Équipe de rédaction Kim Renaud-Venne Stéphanie Roussel Marie-Pier Sansregret Patrick Deschamps Félix Pigeon
Erratum Nous tenons à vous informer qu’une erreur s’est glissée dans notre revue précédente, le vol. 17 n° 2. L’équipe de Main blanche a omis d’inscrire le nom de Marie-Josée Daviau dans l’équipe de réviseurs et comme assistante réviseure en chef de ce numéro. Toutes nos excuses.
Réviseure en chef Marie-Josée Daviau Équipe de révision Marie-Pier Tardif David Champagne Vanessa Simard Alicia Schwartz
Graphisme Shed - danslashed.com Nous remercions Gabrielle Laïla Tittley (Pony) pour l’illustration en couverture. Contact Revue littéraire Main Blanche 405 rue Sainte-Catherine Est Pavillon Judith-Jasmin, J-1080, Montréal (Québec) H3C 3P8 514.987.3000 (3905) mainblanche@gmail.com www.revuemainblanche.wordpress.com Tirage : 1000 copies Dépôt légal : Bibliothèques et Archives Nationales du Québec Main Blanche est la revue des étudiants et étudiantes en études littéraires de l’UQAM. Son contenu ne peut être reproduit, en tout ou en partie, sans une autorisation écrite. Chaque auteur est responsable des propos tenus dans son texte. Pour nous faire part de vos commentaires sur le contenu de la revue ou pour tout renseignement, veuillez écrire à l’adresse suivante : mainblanche@gmail.com Cette revue, financée par l’AEMEL-UQAM, l’AFÉA-UQAM et le Service à la vie étudiante, offre un espace d’écriture libre aux étudiants et se veut un organe de communication privilégié pour ceux-ci.
automne 2012 — Volume 18 N001
Sommaire
07 11 12 14 16 23 25 33 35
L’édito — L’équipe de rédaction Bêtise policière — Guillaume Bougie Riopel Grand Lynx — Dominic Auger Ne pas lui dire — Chloé LaDuchesse Carleton-sur-mer — Lorraine Boury Chalins — Sara Dignard Il vaut mieux être un trailer de film américain — Olivier Grondin Demoiselle de contrebasse — Vanessa Lessard Manigances — Maxime Cayer
J’ai appris à écrire dans un bol d’Alpha-Bits 7
L’équipe de rédaction
Ô ceux et ô ceuses qui nous lisent, On veut vous donner du sale. Vomis ton paparmane gras dans mon gruau. Manche d’la marde ou bedon déconcrisse. On étiole l’affaire, t’as veux-tu ta revue? Ben prends-la, mâche-la, beurre-la. J’veux qu’ça vire sale pis qu’ça vire gras. Au coin d’la rue Sainte-Cath, j’me commande un cornet. D’la glace, de la crème fouettée battue et inondée de devenirs. Quand la vie est dilatée, l’extase peut remplir le langage, l’élargir. J’veux m’rouler dans les mots et faire des graffitis sur mes règles grammaticales. Ça coule pis j’fige dans une démarche justifiée. J’ai tout ça qui m’coule dessus. C’est froid, j’me lèche. Ça goute la framboise bleue artificielle. Il fait soleil, ça dégoutte pis j’en ai sul’ t-shirt. J’m’en fous. Assis sur un banc d’parc, je savoure mon deux boules, ça m’beurre la barbe. Le changement, ça va jamais aussi vite qu’on veut. Il faut du temps, mais on a du temps. Ça sort par le boutte du cornet pis ça m’tombe sué cuisses. J’finis par me lever en grignotant le restant d’croute gaufrée ramollie par la crème à glace. J’regarde mes mains sales, collantes. J’les mets dans mes poches et, quand j’les sors, Y’a des p’tites mousses collées dessus. J’les mets dans ma bouche et, quand j’les sors, Elles brillent plus qu’avant. J’mets mes mains dans mes cheveux. J’me coiffe avec la crasse. J’me sens bien sous le soleil chaud.
CHANGEMENT — Modification, généralement brusque, de la situation, des apparences1...
1. REY, Alain et Sophie CHANTREAU, Dictionnaire des expressions et locutions figurées, Paris, Le Robert, coll. « Les usuels du Robert », 1984, p.169.
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Bêtise policière Guillaume Bougie Riopel
Parfois, j’ai envie de changement. Un puissant désir de sortir des sentiers battus, de découvrir de nouveaux horizons, d ’essayer de nouvelles choses. Une coupe de cheveux peut-être? La coupe Pompadour ou « semi-banane », la coupe champignon ou encore la boule à zéro. Sinon une nouvelle garde-robe, pourquoi pas? Je pourrais intégrer des couleurs plus chaudes à celle-ci. Il parait que le vert fait ressortir la couleur de mes yeux. Je
ne connais rien qui ne soit plus rafraichissant que de sortir d ’une r out i n e é c r a s a nt e . A h ! p i s f u c k i t , Times New Roman me donne moins mal à la tête.
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Grand lynx Dominic Auger
Je fuyais Québec contre notre Nous Mon enclos des plus lointains Surpeuplé de tares implicites Honnies dans l’amnésie Mais toujours nos cris Retentissent en abime : famille de cul : legs de cancres : décrisssée ta ténèbre Des épines de Lenoir qui me montent au cœur
Sur les sentiers rêvés Je claudique et trébuche Les cendriers renversés Les bouteilles de bière vides fracassées Comme l’image de nos pères fugaces De nos mères esseulées Des siècles de méprise Bêtes écornées
Fils retors / Rage par-devers soi Et que fuir la fuite Retirer de la chair les tessons enfoncés, purger les plaies Déployer notre Grand Lynx fabuleux Et redécouvrir l’Horizon Trêve de déroute et Transgression Prendre sur nous d’affronter le Sphinx La transfiguration viendra d’apprivoiser l’impudent, notre récit
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Ne pas lui dire Chloé LaDuchesse
Monologue
Ne pas lui dire. Surtout ne pas lui faire peur. S’il l’avait mentionné, je m’en serais souvenu. Tu sais comment je suis. Et puis, qu’est-ce que ça change au juste? C’est le même problème dans un cas comme dans l’autre, c’est pas comme si on allait vraiment en sentir les contrecoups. Quand même, je crois qu’il a peur, il cherche une sortie. Oh! que ses yeux bougent vite. Vite, vite trouver une excuse, vite, pour le garder vite. Tu devrais te voir la face, comme si j’allais te mordre ou de quoi. Pourtant tu sais bien que je ne le ferais pas. À quoi bon? Me casser les dents un peu plus? Ha ha ha! Oui, rire, oui l’amadouer, rire c’est contagieux, ça détend jusqu’à l’intestin grêle. Ses yeux se calment, il feint un sourire. Tu vas voir, je vais lui en donner des feintes. Tout pour qu’il ne panique pas. Donc, si on récapitule, tu l’as vu sortir de l’hôpital hier soir. Et pour quoi faire? Je veux dire, qu’est-ce qu’il pouvait bien faire à l’hôpital un dimanche soir? Il ne travaille pas la fin de semaine, à moins qu’il ait changé de quart, mais ça m’étonnerait parce qu’il a des cours de dessin le dimanche. Tu penses qu’il est allé visiter sa sœur? Impossible, sa sœur, il ne va jamais la visiter. Mais ça donne une couche d’humanité cette excuse. Oui, oui, de l’humanité c’est bon, on aime ça. Oui. Jamais il ne va visiter sa sœur. Jamais il n’y va, la visiter, sa folle de sœur. Mais puisque je te dis qu’il n’a rien dit à propos d’une visite, rien de rien. Et puis, sa sœur, elle est tarée, même s’il faisait l’effort d’y aller, elle ne s’en rendrait pas compte. Faire comme si… Il pense qu’elle est conne, comme si folle c’était pas assez. Faire comme si elle comprenait rien, juste pour le flatter dans le sens du poil, le
flatter, l’exciter, le flatter. Pourquoi est-elle virée folle au juste? On ne le saura ja-jamais, folle est sa sœur, il en a peur. Moi, je crois que sa sœur lui fait peur. Au mieux, il est allé rencontrer le médecin ou signer des papiers. Oui c’est ça, il aura été signer des papiers. Ça y est, c’est gagné, il me croit. Il me croit, c’est gagné, et le pire c’est que j’ai peut-être raison! Peut-être, peut-être qu’il est allé visiter sa sœur folle à lier, ou signer des papiers, ou rencontrer le médecin, après tout qui sait. L’as-tu vu entrer? L’as-tu vu entrer ? Non, je l’ai pas vu, mais je dormais. C’est pas impossible qu’il soit passé par ici. Pourquoi viendrait-il ? Pour achever son boulot, c’est ça, pour l’achever, sa folle de sœur? La honte de la famille, la tarée, c’est pas la peur, honte il a honte, il veut en finir c’est ça? C’est ça? Je t’avais dit de ne pas le lui dire, t’es contente? Elle panique maintenant, regarde-lui aller les yeux. Panique panique, mais c’est qu’elle panique la petite! Il est venu. Il est venu pendant que je dormais, il est venu et il a dit à mon médecin : je sais pas, il a bien dû lui dire quelque chose, au médecin, il a signé des papiers non? Il a signé des papiers, oh non, non, des papiers, des papiers signés, oh non, il est venu et je suis enfermée, il a signé. Ils ont changé mes médicaments. Demain tu meurs. Demain c’est la fin, boum! Demain enfin je n’ai plus honte de toi, demain enfin le cancer de la famille est éradiqué, demain enfin l’éléphant quitte la pièce et ce sera comme si tu n’avais jamais existé! Demain. Demain je mourrai. Demain je mourrai si je ne le tue pas en premier. Demain c’est fini, je le tue, c’est décidé. Mais surtout, surtout... ne pas lui dire. Surtout ne pas lui faire peur.
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À Carleton-sur-Mer Lorraine Boury
« Voici ce qu’il ne faut pas faire! », s’écrie Marc. Il s’élance d’une hauteur du jardin, bondit et disparait dans la piscine hors terre en contrebas. Son grand frère l’imite. Leurs plongeons en rafale m’éclaboussent, tandis que je descends l’échelle qui mène à l’eau, où barbote sa belle-sœur enceinte. « Tu as la chair de poule, pourtant il fait chaud », souligne Marc. Je me rétracte, piquée par la précision acide de son regard. « Je gèle vite si je ne bouge pas ». La piscine est trop petite pour que je nage et me réchauffe. Il propose que nous courions tous le long des parois, « Comme ça », montre-t-il, à grandes enjambées, tirant sur des cordes invisibles. Son frère, sa belle-sœur et moi suivons. Un tourbillon se forme. Je me laisse emporter par le courant et, sur le dos, flotte au-dessus de l’air. Les nuages tournent. Je m’ennuie, mais la profondeur du ciel, du même turquoise que l’eau, est infinie. Nous sommes arrivés à Terrebonne en début d’après-midi. Marc m’a montré la rivière qui coule derrière la maison familiale. Une libellule muait. Nous nous sommes accroupis sur la berge. La bête semblait s’extraire d’un sarcophage. Il m’a parlé de ses parents : « Mon père veut voyager. Ma mère ne peut pas suivre. Elle a des problèmes de hanches. Ça ne se voit presque pas, parce qu’elle fait ses exercices, mais elle est handicapée. Mon père voulait aller à Compostelle cet automne, mais il s’est dégonflé, incapable de partir seul. » – « Ça t’embête? » – « Quand ils s’impatientent l’un contre l’autre, je préfèrerais qu’ils tournent la page. » – « Ça ne te dérangerait pas, que ta famille éclate? » – « Je n’aime pas qu’il la regarde de travers. Il m’a confié qu’il ne se passe plus rien entre eux depuis deux ans; je lui ai dit «Si tu rencontres quelqu’un, saisis l’occasion». Il vit pour les autres, sauf que, maintenant, ça ne rend plus service à personne. » Ma perplexité a rebondi dans le silence, jusqu’à la rivière, qui criait sa puanteur. La voix maternelle a retenti sur la terrasse. Marc a crié « J’arrive! » et a filé. Le soleil tapait. Je suis restée avec la libellule, qui a gonflé, déployé des ailes chatoyantes et des segments vert pomme, puis s’est envolée. Cela fait un an que Marc a terminé sa maitrise. Il a animé des conférences pour une organisation des droits de la personne. Après une tournée des écoles se-
condaires, sa supérieure lui a dit : « Si tu ne démissionnes pas, je te vire : tu gâches ton potentiel avec nous ». Il l’a crue. Les contrats de guide de plein air qui ont suivi lui ont laissé un ulcère à l’estomac et quelques dollars. « Un poste de prof de sociologie s’est ouvert au cégep de Carleton-sur-Mer, dit-il au souper, c’est rare dans un coin comme ça. Habituellement, la matière est combinée avec une autre, mais je n’enverrai pas mon CV : déménager, préparer une session en une semaine… trop de stress! » – « C’est chouette, Carleton. Je partirais demain », songè-je, la bouche pleine de gâteau à la crème. « Oh oui, s’émeut sa mère, ce poste t’aurait tué. » Le père la foudroie du regard. Il a quitté la table avant le dessert et, dans son fauteuil en coin, il bout comme un volcan. Je mets les pieds dans le plat : « Je n’en suis pas si sure. Tu aurais pu avoir la surprise de relever le défi, et partir t’aurait peut-être guéri. L’incertitude, l’excès de disponibilité, sont sources d’angoisse et l’engagement, un antidote à cette angoisse. » – « Je suis d’accord, tranche le père, Marc a besoin d’une stabilité professionnelle! » Marc connait tous les discours, toutes les rhétoriques : il parle, disserte et finit par avoir raison. Sa mère hoche la tête. Jamais elle ne croise le regard du père. Entre ma chaise et le fauteuil en coin, deux solitudes, deux manques chevillés au cœur et au corps, s’élèvent, se reconnaissent et mêlent leur soupir. À peine descendu de l’auto, Marc a couru vers sa mère. « Mamou! » Elle a saisi ses joues et a murmuré « Mon lapin ». Leurs yeux pétillaient. Gênée, naturellement exclue de leurs effusions incestueuses, j’ai tendu la main au colosse qui attendait, bras croisés, dans le cadre de porte. J’imaginais le père de Marc plus vieux, moins imposant. Il a tiré ma main, m’a plaquée contre sa poitrine. « Sois la bienvenue dans la famille ». J’ai aimé le contact chaud, d’autant plus sensible qu’il me surprenait. Nous jouons aux cartes. Après quelques manches, tout le monde bâille. La mère monte à l’étage, le père descend au sous-sol, le frère et sa compagne rentrent à Montréal. Je me couche avec Marc dans sa chambre d’enfant aux couvre-lits et rideaux assortis et je lui caresse le cou. Il dit : « Je suis crevé. » – « Tu m’en veux? » lui demandè-je. – « J’ai pas aimé ce que tu as dit à table. » – « Je sais. »
– « Mon père vient d’une famille pauvre; il fait un transfert de son insécurité matérielle sur moi, mais je suis le mieux placé pour savoir ce que je dois faire. » Inutile de s’obstiner. L’amour de Marc est théorique, éparpillé partout où il peut briller. Mais dans l’ombre de nous deux, il révèle sa vérité, son vide tyrannique. « Un hydravion décollait très tôt le dimanche, quand j’étais petit, reprend Marc. Heureusement, ça n’arrive plus. Je pourrai dormir tard demain matin. » Ses paupières se ferment. Il ne répond plus.
Le sommeil ne vient pas. Des images défilent dans ma tête. Un vieil appareil, une passion impossible, un décalage dans le temps… le film Casablanca. Je quitte la chambre et descends à la rivière qui, muette comme une icône des années 1950, raccommode sa traine étoilée dans la quiétude de la nuit. Je rêve qu’un hydravion décolle et que le pilote lui jette une rose. Marc ronfle à tue-tête. Je me lève. Il prend toute la place et l’emplit de son bruit. J’ouvre les yeux, couchée sur le sofa du salon, me redresse. Le père sursaute, s’excuse. « Je me réveille très tôt; je ne savais pas que tu dormais là. » – « Je suis matinale également, ne vous en faites pas, c’est mon réveil biologique qui a sonné! » Des crêpes dorent et du café percole. J’attache mes cheveux, m’installe au comptoir de cuisine et engage la conversation : « Que faisiez-vous avant la retraite? » – « Policier. » – « Vraiment? » – « Un métier éprouvant, surtout les rondes de nuit et la promiscuité avec certains collègues détestables ou zélés, mais j’ai pu arrêter jeune. » – « En effet. » L’atmosphère rosit, déjà égayée par l’aube gracieuse, le parfum des aliments et mon intérêt envers mon hôte. Au sous-sol, il me montre les poutres qui soutiennent la maison. Il l’a bâtie de ses mains que je ne peux m’empêcher d’imaginer sur moi. Et le bien que cela lui ferait. Je lui tends l’assiette de fruits que j’ai descendue de la cuisine et je le fixe. Il prend un quartier de pomme, l’avale à peine mâché. Je pose l’assiette et, les mains jointes, me blottis contre lui.
Nous roulons sur la 132 avec le strict minimum. Nous achèterons des brosses à dents et quelques vêtements en chemin. Impossible de faire nos valises sans réveiller Marc et sa mère. Ils comprendront. N’est-ce pas ce qu’ils souhaitaient, après tout? Je suis impatiente de fouler le sable de Carleton-sur-Mer.
création
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Chalins Sara Dignard
Matin obstiné. Ton costume de lézard trop petit. Matin négocié serré pour tout ce que je ne peux pas t’imposer. La tête dans ta montagne douillette, sous tes couvertes d’aliens et d’ovnis, tu restes terré. Tu ne sais pas mon agitation à la cuisine, la chorégraphie maladroite pour te sortir du lit. Déjeuner-surprise, tu parles. Tu dis : Pluie. Maman. Beau. Je mets ces trois mots ensemble et j’en fais mon poème de la journée. Tu manges tes céréales avec tes doigts, sans guerre. Comme si, enfin, tu laissais tomber les armes. Des bouées multicolores t’entourent et parsèment le comptoir. Tu pars à leur chasse et les captures une à une. J’en profite pour lire les nouvelles, on ne parle que de la météo. Une canicule record. Un été-four. La ville, une prison à convection. Notre appartement éventré qui ne laisse pourtant passer qu’un mince filet d’air. 38 degrés, et déjà la journée s’épuise. Ma robe de soie me colle sur le dos, je me réjouis pour une fois de l’air climatisé du bureau, et toi, tu attends la pluie. Et tu sais que tu as raison parce que tu ne cèdes pas. L’autobus te klaxonne. J’attrape les morceaux de toi qui s’éparpillent dans l’entrée, ton sac à dos trop lourd et ta boite à lunch mauve, et je t’attends. Tu traines ta langueur de reptile en vacances jusqu’au pas de la porte. Ce point de nonretour où tout est encore possible. J’espère les astres réunis de ce matin trop chaud pour une crise. J’espère une paix, simple et silencieuse, qui te convaincra de suivre cette journée sans la questionner. Tu longes le mur, t’y colles l’oreille comme s’il te parlait. Et d’un coup, tu pars à la course, ta crinière de lézard en guise de voile, et tu t’engouffres dans l’autobus sans me regarder. Je n’existe pas toujours pour toi.
Je pars moi aussi pour ma journée, en te criant que je t’aime, même si tu es déjà trop loin. Entre deux dossiers d’ennui, un téléphone, et je sais. J’arrive avec un sundae au chocolat pour te consoler. Tu pleures ce silence inexplicable. Les pépites de Smarties t’apaisent et on ne parle pas de ton dessin. Je le colle avec les autres. Tu joues au cowboy dans la cour. Et, je pleure moi aussi. J’observe un à un tes dessins qui recouvrent le frigo, qui en disparait de stupéfaction. Tes vampires autour de l’école, tes fantômes au parc, tes loups-garous qui dorment dans les poubelles. Ton dessin d’aujourd’hui, trônant seul au centre de l’horreur. Éclatant de beauté et de lumière. D’amour incompréhensible et gratuit, plein et étouffant. Un ange nacré assis sur le toit de la maison. En équilibre précaire entre ciel et terre, ce visage inconnu me semble pourtant si familier. Cette pureté du regard, qui se différencie de tous les autres. Et qui me fait mal, et qui me rassure. De cette immensité qui déjà t’habite avec tant d’ardeur. La ruelle vidée, le ciel s’emplit d’une colère qu’on attendait depuis longtemps. Une agitation nouvelle s’organise rapidement en un orage sûr de lui. Dans la cour, tu anéantis des ennemis invisibles. Dans tes mots choisis, tu leur lances des mauvais sorts. Les plantes assoiffées du jardin te servent de cache et tu n’as pas peur. L’après-midi s’étire, je somnambule dans le sofa en te surveillant discrètement par la fenêtre. Dans les premiers éclats de pluie, tu restes immobile, à genoux dans la terre qui se transforme en un terrain de jeu. J’attrape ton poncho à toute vitesse et cours jusqu’à toi. Des éclairs parcourent le ciel comme des fourmis, et tu ris, comme je ne t’ai jamais entendu rire. Un frisson nouveau dans le dos. J’ai froid, enfin. Dans la tempête qui n’hésite plus, la cour est un fleuve et j’ai peur que tu te noies. Je t’attrape par le collet pour te sortir des eaux. Ton chandail est sec. Tes cheveux aussi. Et tu ris, comme je ne t’ai jamais entendu rire.
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Il vaut mieux être un trailer de film américain Olivier Grondin
− J’avais douze ans la première fois que j’ai tiré. C’était à la chasse avec mon oncle. Je me rappelle le soleil au travers des érables en feuilles et, au moment de mettre en joue, une goutte de sueur ruissela dans mon cou. J’avais chaud, j’avais peur, mes mains tremblaient. Nous venions de passer quatre heures immobiles, accroupis dans une cache de feuilles et de branches, mon coupevent me collait à la peau sous la chaleur du midi quand je l’aperçus. Juste là, à soixante mètres, peut-être quatre-vingts. Énorme avec des bois qui touchent les nuages et des pattes longues qui s’étirent comme des racines. Son regard paisible me troubla. Mon oncle posa sa main sur mon épaule, hocha la tête doucement... Guillaume fixe l’horloge silencieusement. La trotteuse poursuit sa course éternelle sur le mur blanc crème du bureau du psychologue. La bouche entrouverte, les mains crispées, il ne trouve plus les mots. Le silence s’impose dans cette mort d’une autre époque. − Je vais aux toilettes, je reviens... Les toilettes sont à l’extérieur du bureau, deuxième porte au bout du couloir à gauche. Guillaume prend à droite. Fin de la séance. L’alarme sonne; Guillaume fige. Il existe une drill*, un automatisme qu’il devrait avoir développé. Il ne s’en souvient plus. Une roquette voyage les 700 mètres qui séparent son point de lancement et son point d’impact en moins de deux secondes. La durée d’environ trois à six battements cardiaques. Il devrait se lancer sous n’importe quelle surface, couvrir sa tête de ses bras et
attendre l’explosion. Le groupe d’Américains derrière lui le fait, mais c’est sa première fois, il fige comme un cerf devant les phares d’une voiture. Immobile, crispé, son esprit s’est isolé hors de lui. Il sait qu’il doit agir, il ne sait plus comment, il est déjà trop tard. Une mort immobile en devenir. Son assiette est encore sur la table. Pas une vibration, ni même de son, le calme plat. Les Américains se relèvent, leur conversation se poursuit comme si elle n’avait jamais cessé, l’intermède est passé et leurs noms n’ont pas été tirés à la loterie du tir de roquette aléatoire. Guillaume respire profondément, ses mains tremblent de n’avoir pas su réagir. Un peu plus loin, un jeune Allemand git dans son sang. Le carrelage de la salle de bain couvert de morceaux de ce qu’il était. Guillaume essaie de ne pas pleurer. Il se rappelle son père qui lui parlait calmement lorsque, à huit ans, il s’est cassé le bras. − Ça va aller, ça va passer. Un gamin de 19 ans nouvellement estropié. La peau déchirée par des éclats de céramique, le corps brulé dans l’entièreté de sa nudité qu’il n’avait pas terminé de laver, Hanz fixe son bras partiellement arraché sans comprendre ce que cela signifie. La chair est carbonisée par endroits, le sang forme de petites taches sur la surface chaude de sa peau et se recompose dans d’étranges assemblages. Un test de Rorschach sanguinolent sur sa peau brulée. Il survivra. À son retour chez lui, sa copine tentera de l’aimer comme avant. Ses parents l’accueilleront, soulagés de le savoir en vie. Trois ans plus tard, hanté par des
images de feu et de sang, son propre sang, il chutera. Trente-cinq étages en quatre secondes, un atterrissage à cent-quatre-vingts kilomètres à l’heure. Son esprit libéré, une bouillie de chair et de sang. Tout ça, Guillaume ne le sait pas. Ce que Guillaume sait, c’est que, à l’instant, un puissant jet de vomi brule sa gorge. La porcelaine est froide. Appuyée sur la toilette, sa tête tourne un peu moins. Une toilette en bouée de sauvetage. Il oublie la proximité de cette mort qui emplit ses tripes et le bouffe de l’intérieur. La bile remonte encore et jaillit en de puissants jets. Tièdes, gluantes et légèrement jaunâtres, quelques gouttes se perdent sur le carrelage de la salle de bain. Guillaume est penché au-dessus du lavabo, il se cherche dans ce reflet qu’il ne reconnait plus. Les cheveux en brosse, la barbe bien taillée, les yeux sombres d’un homme anciennement enfant, l’armée l’a changé. Trois ans auparavant, il vomissait déjà. Vomir comme exutoire, vomir plutôt que pleurer, vider un trop-plein par chaudière de nourriture tout juste ingérée. La gorge en feu parce que ses yeux ne savaient pleurer, il se vidait de tout. À dix-sept ans, Guillaume ne craignait pas les miroirs et tout ce qu’ils pourraient ne pas lui révéler. Les cheveux en feu de Bengale, les joues assombries par une barbe de quelques nuits et les yeux pleins d’une innocence qu’il croyait éternelle, il se remettait douloureusement de la nouvelle. Dans six mois, il serait père. Sans projet d’avenir, Guillaume réalisait qu’il devait maintenant en avoir pour deux. Il envisagea de partir, de fuir et de disparaitre dans les bourrasques de neige et le froid de l’hiver. Père absent ou incompétent, aucune solution ne lui semblait la bonne. Seul dans son appartement, Guillaume pensa à Karine. Le téléphone sonna, elle ne répondit pas. Il neigeait coin Eddy et Wellington.
Karine n’avait pas froid. Debout au coin de la rue dans le scintillement cheap des lampadaires en pleine tempête de neige, Karine mourrait pour deux. Une statue de glace au centre de la ville. Les pieds ancrés dans un socle de neige, elle offrait aux passants une image de douloureuse éternité. Infiniment belle avec ses lèvres bleues, son nez rougit et sa peau d’un blanc de mort, Guillaume aurait voulu l’embrasser, lui dire que tout allait bien aller, qu’il serait fort. Il n’a rien dit, il a posé ses lèvres sur son front doux, il a fermé les yeux et s’est enfui dans un soupir. Karine aurait pu crier, hurler, l’insulter, se lancer à sa poursuite. Elle figea. Dans ce contrecoup de solitude, elle n’avait plus de force. Son ventre la pesait. Sans qu’elle ne puisse y changer quoi que ce soit, un monde naissait et en son centre se formait tout ce qu’il fallait d’apocalypse. Un flocon se déposa sur ses lèvres froides. Elle souhaita que Guillaume soit là, qu’il pose à nouveau ses lèvres sur les siennes, qu’il nie un instant l’abandon dont elle souffrait tant Un flocon au contact de la peau humaine fond en quelques secondes, mais lorsque le corps est en état d’hypothermie, le temps de fonte peu s’étirer sur plusieurs dizaines de secondes, voire quelques minutes. Ce petit morceau de neige brilla pendant des heures. Dans la froidure de l’hiver, un cadavre couvant la vie teintait le centre-ville de Hull d’une sombre mélancolie. Son père trouva Karine glacée dans la nuit. Il la transporta le plus doucement que son corps bourru le lui permit et la mit au lit. Il fallut plus de trois jours avant qu’elle ne puisse en sortir. Ses nuits s’animaient en rêves de trou noir et d’abandon. Un soir où elle se réveilla en hurlant, elle voulut le garder. Une petite boule de vie pour se sauver de ses futurs décomposés. Deux mois plus tard, Guillaume s’enrôla comme technicien médical au sein des forces armées canadiennes.
Mathis naquit le 24 juin 2007, ses yeux brillaient de naïveté. Deux petites opales dans un visage qui ressemblait à un semblant de bonheur. Karine eut l’impression qu’elle pourrait y évacuer un peu de la vacuité qui l’habitait. La route cahoteuse, les sangles tendues aux limites de leurs capacités, un homme meurt sur la civière. Une perforation au poumon droit, Ses pupilles se dilatent et se contractent convulsivement. Guillaume tente de lui parler; il ne comprend pas l’anglais. Une compresse, ses mains pour ralentir la marée sanguine. Un gamin d’à peine quinze ans. Il tente de respirer, la panique s’empare de lui, il étouffe. Une noyade de l’intérieur, s’asphyxier dans son sang. Il tente de s’agiter, les sangles le maintiennent en place, il tente de se relever, en vain. Guillaume souhaite se faire rassurant, il veut parler doucement, le calmer. Il doit ralentir son rythme cardiaque. Une main sur l’épaule, sa voix qui répète fermement de se calmer. Une autre main sur la plaie, le sang inonde la gaze. L’ambulance s’immobilise, un convoi bloque le passage. Guillaume lève les yeux quelques secondes. Une manœuvre de désamorçage est en cours. Trois salves dans le lointain. Vite. Protéger le blessé. Se mettre à couvert. Traiter les nouveaux blessés. Un soldat longe l’ambulance à la course. Il bouge trop, ne se cache pas assez. Il est trop énervé. Guillaume veut qu’il se mette à couvert, qu’il se planque, vite. Une explosion dans le lointain, un coup de feu. La balle frappe la jugulaire droite, traverse la gorge et ressort par le trapèze gauche. Dans son sillage, une trainée de sang. Un feu d’artifice à l’échelle charnelle. Vite. Sortir. Se mettre à couvert. Approcher la civière. − Covering fire!
Une couverture par le feu. Tirer des balles pour effrayer. Vider son chargeur pour qu’ils ne vident pas le leur. Une douillette sans grande protection, faire peur pour arrêter d’avoir peur. Dans les airs, un missile Hellfire fonce à 1 470 kilomètres par heure sur une alcôve non loin de là. À cette vitesse, le tireur isolé n’entendra pas le son de la mise à feu. C’est contre une carcasse carbonisée et émiettée que se perdront les échos du bang supersonique. Guillaume ne lève pas les yeux lorsqu’il entend l’explosion, tout son être est occupé : poser un garrot, stopper l’hémorragie, approcher la planche dorsale, protéger le cou, monter la civière, remonter dans l’ambulance, se rendre à l’hôpital. Une course contre la montre, des virages secs, la nausée. Lui poser un masque respiratoire, lui tenir la main. Non, ne parle pas. Ça va aller, ne bouge pas. Tais-toi, n’essaie pas. Le jeune soldat ouvre constamment la bouche dans un râlement sinistre, il tente de prononcer un mot. Ses yeux sont emplis de peur. À ses côtés il y a un gamin de quinze ans qui, quelques instants auparavant, lui aurait tiré une balle. Leurs regards se figent l’un dans l’autre. L’armistice qui vient trop tard. La quiétude des deux frères fratricides à l’aube de la mort. Ils sont silence et quiétude. La poésie d’un moment de paix et de mort. Leurs souffles se synchronisent et la fin dans les yeux de l’autre calme leur panique. Pendant une seconde, Guillaume espère qu’ils survivront. Mathis aime les couleurs scintillantes dans la nuit. Étendu dans l’herbe, il aime poser sa tête sur la poitrine de son père, son souffle est lent et régulier, et le bras qui l’enlace le rassure dans ses inquiétudes d’enfant.
Mathis avait besoin de son père et Guillaume de son fils. À cinq ans, Mathis était un enfant enjoué, mais facilement bouleversé. Karine l’avait élevé du mieux qu’elle avait pu, Guillaume envoyait chaque mois de l’argent et des lettres. Son déploiement en Afghanistan avait permis de prévoir un fonds d’épargne-étude pour le bambin. Karine ne lisait plus les lettres qu’il lui écrivait, elle ne l’aimait plus, mais elle ne le détestait pas non plus. Guillaume était son trou noir intime. Un restant de famille éclatée scotch-tapée en une boule de bonne volonté. Mathis s’est endormi les yeux pleins de couleurs et les oreilles inondées de musique. Guillaume ne bouge pas, ses yeux fixent la petite tête posée sur lui, les feux tout juste terminés. Dans la nuit d’aout les étoiles filantes se lancent en kamikazes contre le monde. Des larmes coulent sur les joues de Guillaume, Karine veut le serrer contre elle, elle voudrait lui dire que ça va passer. Elle réveille Mathis et le prend par la main. Guillaume souhaiterait le serrer avec tout ce qu’il reste de lui, l’avoir contre lui. Mourir un peu moins. Dans la nuit d’aout, les spectateurs sont presque tous partis, et Karine voit une larme. Elle aimerait le serrer dans ses bras, dormir tous les trois ensemble dans ce possible instantané d’une autre réalité. Mathis se relève, Guillaume ne bouge pas, pétrifié. Son souffle cesse, un instant. − Bonne nuit, papa! Sa voix est douce, naïve et innocente, elle exprime la douceur d’un instant idéal. Karine pose ses lèvres contre le front de Guillaume. Un bloc de glace dans la pénombre de l’été. Elle disparait dans la nuit, Mathis avec elle. Des échos d’explosion en acouphène, Guillaume est seul. Une implosion au fond du ventre, il regarde les étoiles s’enflammer dans une pluie de roquettes astrales.
Une statue mortuaire en quête de vie sur la plage du lac Leamy. Dans le démontage des installations, un artificier lance une dernière fusée. Le nitrate de strontium s’excite au contact de l’oxygène et s’enflamme dans une boule rouge incandescente. À dix-mille-cinq-cents kilomètres, une charge creuse explose. Trop loin pour tuer, assez près pour blesser. Guillaume retient son souffle. Des éclats d’étoiles entre les doigts, il meurt à petit feu.
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Demoiselle de contrebasse Vanessa Lessard
Les talons hauts d’une main, de l’autre, celle de Louise-Anne. Les bouteilles qu’on a bues nous ont abandonnées sur le chemin, une à une. Sans rancune. Pour le reste, les yeux bourrés, le cœur qui cherche, on marche les pieds nus sur la fin de l’hiver en soupirant des paroles entremêlées de Thursday. Pour l’occasion, j’ai choisi une robe trop simple trop noire, morte. Sans bas collants, sans sous-vêtements. Celle qui fond sur les côtes, qui me découvre un peu le dos, juste un peu. Une robe qui ne fait pas de moi quelque chose de spécial. Distincte. Comme les filles belle-tapisserie qui se placardent brutalement sur nos mémoires avides. Derrière mes cheveux qui gigotent contre le vent, j’entrevois la beauté de Louise-Anne qui étend ses larmes du bout de ses doigts blancs. On se fume des cigarettes vanille champêtre et la fumée se mêle à la couleur de nos joues. Noir mascara. On rit – même si ça fait mal. On a rendez-vous. Ça commence par B, l’endroit, je crois. C’est le genre de première fois où, parce qu’on est timide, on y entre un peu tard. Betsy nous attend au deuxième étage. Je m’oublie dans l’escalier étroit, noir mat, infini. Mon corps s’arrête. Pour une fois, je lui donne le droit. Plus haut, l’ambiance semble être de plus en plus rosée, la chaleur me rend belle. C’est la musique. La musique qui s’étend sur moi comme la lumière sur l’hiver. J’ai de l’oscillation dans la poitrine et ça me rend l’équilibre difficile. Il passe des heures dans ma tête, mais, au bout de quelques secondes, Betsy me caresse la main et je monte, doucement, accompagnée de la sienne. Grands rideaux blancs, plafond vide. Violons. Tambours. Je n’en connais que très peu sur le Jazz, sur la contrebasse. L’instrument semble triste, fatigué, imposant tout de même, mais trop fragile, je crois. Mes yeux s’attardent longtemps à ses courbes de femme. Délicates, immobiles. La panique m’enivre et le bas de mon ventre fugue. Moi qui ne connais rien à la musique, doucement je grandis. Je fais de moi une femme, une mélodie.
D’une voix pleine de fautes, les yeux fermés, je pose la joue sur l’épaule de mon amie et lui dis : Louise-Anne, la contrebasse on ne l’écoute pas, on la ressent. Betsy me l’avait dit, la musique de style plus tranquille, c’est une consultation gratuite, une thérapie. Ça nous fait sentir l’amour où il n’y en a pas. On est sortie tard. À l’extérieur, sans sous-vêtements, c’était beaucoup plus froid.
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Manigances Maxime Cayer
Si le hasard, ou la chance, ou le destin, ou n’importe quoi, je m’en fou à vrai dire, est avec moi, peut-être qu’elle ne se rendra pas compte de l’horrible réalité se dissimulant derrière les récents incidents. Les différentes taches apparues, aléatoirement, sur presque tous les murs - de notre appartement. Les étranges bruits, pouvant être entendus, faiblement, la nuit, si l’on y prête une oreille fine. Les macabres instruments de ma démence, laissés là, par pure arrogance. J’essaie d’agir, le plus souvent possible, en son absence. Mais il me faut admettre avoir commis certaines erreurs, ayant failli causer ma propre perte. Je me laisse aller, de plus en plus, chaque jour qui passe, dans des élans de folie, même en sa présence, pendant son sommeil (co-ma-teux). Personnellement, je suis surpris qu’elle n’ait pas encore compris toute l’étendue du malheur se tissant contre elle. Toutes les pensées, abominables, traversant mon esprit tourmenté - lorsque je vois son visage. Tous les plans, malveillants, que je développe avec l’objectif de pro-vo-quer, sa chute. À ce jour, je n’ai, toujours pas remarqué de signes, annonciateurs, qu’elle sache, que je la considère comme une ennemie - fatale. J’opère, dans la mesure du raisonnable, sous le voile de la nuit, espérant les ténèbres aptes à couvrir ma monstruosité. Il lui arrive de sortir de sa torpeur nocturne et de se lever pour se lancer à ma recherche; ne me trouvant pas dans le lit, tout près d’elle. De l’autre côté de la porte, je vois l’ombre de ses pieds se déplacer grâce à la lumière; elle s’arrête, prête l’oreille, essayant de percer ces énigmatiques rugissements, qui semblent provenir, tout droit, du fond de l’abime. Mais, jamais, jamais, elle ne saisit, toutes les subtilités, jamais, elle n’ose ouvrir, toute grande, cette porte, nous séparant, peut-être de peur d’y découvrir l’incompréhensible, car la vérité dépasserait, de loin, toutes rai-sons consti-tuant les fondements, pri-maires – de sa pen-sée, uni-di-men-sion-nelle1.
1. Pour tout dire, considérant mon désir mort pour elle, je ne peux m’empêcher de me masturber chaque fois que l’occasion se présente.
Étudiants et étudiantes de l’UQAM, Main Blanche est votre tribune littéraire ! Vous pouvez soumettre votre texte en tout temps pour l’une des deux section : Création: vous pouvez nous envoyer poèmes en prose ou en vers, nouvelles, micro-récits, fragments, etc. Il est possible de nous envoyer un maximum de 2 textes ou suites poétiques (ou suites de fragments) à la fois. Chacun de vos textes peut contenir jusqu’à 9 000 caractères. Critique: vous pouvez nous envoyer essais, réflexions et compte-rendus qui concernent de près la littérature contemporaine. La forme de votre texte critique peut être tout à fait libre. Rigueur, originalité et intérêt sont évidemment des qualités essentielles aux textes critiques publiés dans nos pages. Il est possible de nous envoyer un maximum de 2 textes critiques à la fois. Chacun de vos textes peut contenir jusqu’à 10 000 caractères. Le texte doit être de format .doc ou .rtf Vous devez indiquer, en tête de document, votre nom, votre adresse courriel et le titre de votre texte. N.B. Les textes sélectionnés sont révisés avec les auteurs avant publication. Envoyez vos textes à mainblanche@gmail.com Au plaisir de vous lire! L’équipe de Main Blanche revuemainblanche.wordpress.com
Illustration : Gabrielle La誰la Tittley (Pony)