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Vol 17 no 2 : Sans thème

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Philippe Richard 21 Trois poèmes de Vincent Filteau 25 La Société s 35 Le Lésionnaire de Yoan Lavoie 36 Percées de Raphaël Hubert Côté 51 Les Histoires d’Arvida de Gabriel Vignola

13 Les Hauteurs de Quito de Philippe Richard 21 Trois poèmes ­scatophile de Gabriel L. Langlois 35 Le Lésionnaire de Yoan Lavo 42 a fluctibus opes de Catherine Côté 51 Les Histoires d’Arvida d


Équipe de rédaction Kim Renaud-Venne Stéphanie Roussel Marie-Pier Sansregret Réviseure en chef Caroline Dault Équipe de révision Kevin Cordeau Frédéric Lalonde Marie-Pier Tardif David Champagne

Graphisme Shed - danslashed.com Nous remercions Roxanne Mailloux de Folly photographe pour la belle image sucrée de notre affiche de lancement Contact Revue littéraire Main Blanche 405 rue Sainte-Catherine Est Pavillon Judith-Jasmin, J-1225, Montréal (Québec) H3C 3P8  514.987.3000 (3905) mainblanche@gmail.com www.revuemainblanche.wordpress.com Tirage : 1250 copies Dépôt légal : Bibliothèques et Archives Nationales du Québec Main Blanche est la revue des étudiants et étudiantes en études littéraires de l’UQAM. Son contenu ne peut être reproduit, en tout ou en partie, sans une autorisation écrite. Chaque auteur est responsable des propos tenus dans son texte. Pour nous faire part de vos commentaires sur le contenu de la revue ou pour tout renseignement, veuillez écrire à l’adresse suivante : mainblanche@gmail.com Cette revue, financée par l’AEMEL-UQAM, l’AFÉA-UQAM et le Service à la vie étudiante, offre un espace d’écriture libre aux étudiants et se veut un organe de communication privilégié pour ceux-ci.


automne 2012 Volume 17 NumĂŠro 02


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édito

L’équipe de rédaction

Main Blanche est étendue sur un lit. Elle soupire. Main Blanche Je ne comprends pas où je m’en vais. Je sens les minous de poussière se former entre mes pages et j’étouffe. Je vais avoir dix-sept ans en septembre; pourtant, je me sens monotone, comme si j’étais la caricature d’un banlieusard en habit beige. C’est simple, je ne m’aime plus. Je me fais chier. Ayant entendu une voix, Lectorat entre côté jardin. Après quelques secondes de silence, il s’assoit près d’elle. Main Blanche Je suis engourdie. Lectorat Ça fait plus de six mois que tu déprimes. Réveille-toi, Main Blanche! Te rends-tu compte qu’en cette période de bouleversements, alors que de partout des voix s’élèvent, tu t’es enfermée dans un mutisme obstiné? Main Blanche Mais… Lectorat, l’interrompant Mais quoi? Use tes pages. (En crescendo) Manifeste! Parle, crie, hurle! Main Blanche J’ai peur de réaliser… (Silence) Je pensais que peut-être tu ne voudrais plus de moi si j’existais autrement.


Lectorat Délaisse tes inquiétudes, imbibe tes pages d’eau sale et de mégots de cigarettes, laisse les vieilles gommes de dessous de pupitre adhérer à ta couverture; permets-moi de te colorier, de te déchirer, d’échapper mon jus de raison sur ton beau corps vierge; prends le langage à pleine bouche, dévore-le et laisse-le couler partout sur toi et hors de toi; nourris-toi de boue, de crème glacée, de feux d’artifice et de peinture. Pour te sentir vivante, il faut que tu te salisses un peu.

Main Blanche, décidant d’écouter les exhortations de Lectorat, se renouvèlera. Au cours de la prochaine année, elle vivra de nombreux changements.


CRÉATION

13 Les Hauteurs de Quito de Philippe Richard 21 ­scatophile de Gabriel L. Langlois 35 Le Lésionna 42 a fluctibus opes de Catherine Côté 51 Les Hist


1 Trois poèmes de Vincent Filteau 25 La Société aire de Yoan Lavoie 36 Percées de Raphaël Hubert toires d’Arvida de Gabriel Vignola


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les hauteurs de Quito Philippe Richard

Parfois le cuivre d’un chien endormi s’échappe de la grappe de taule Quito perdue dans la houle de ses volcans lance aux gueules qui claquent ses billes de klaxons les ventres des pères autour murmurent leur frénésie devant la Sainte qui veille le regard fixe


un visage de branches les a vu grandir dans les bras d’une fenêtre écaillée dans la cuisine les plantes ont poussé avec les notes d’un ballon radieux aujourd’hui les cernes de leurs barbes vident leurs balles sur Mars et sa nudité une pluie d’ocre roule dans leur langue. J’avais oublié que l’eau fait grandir.


le nœud des mains stériles a creusé le jardin et martelé le toit les sillons de terre ont rayé son visage le temps d’un ailleurs lavé le rouge de ses lèvres le balai siffle enfin valse la terre les menottes sur le sol et elle pardonne les racines des ongles


le sable des ruelles nouées couve une allée incertaine une table de chêne des cartes fripées le cigare des pères est un grillon la nuit l’éclat du rire sur une chaise de bois plus loin les chiens hurlent l’azur des corps la nuit et sa promesse


Un chien, ici. Une voiture. Les immeubles blancs. Une église dorée devant sa place qui bout. Un homme fume, assis sur une marche de marbre. Devant lui, la nuée de passants ne garde pas l’empreinte des épaules égarées. Les murs du quartier rouge sont blancs, dans l’entrebâillement d’une porte les regards supplient. Je gravis la chair de Quito, monte, encore, ses rues pavées. La même boutique de chaussures, un chien le corps intime à l’écho du ciel.

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L’âtre de Quito regarde la taule de ses hauteurs, y invente son flegme. Les ruelles sans nom s’entassent dans la poussière qu’elles épousent, les rires cessent les regards ont étouffé leurs prières. Ils oublient le ballon qui glisse plus loin et leurs pieds nus culpabilisent. Les mâchoires se nouent les visages se renversent pour me pointer. Et plus haut, s’ouvre un regard d’ambre qui a toujours su. Un corps sans plus de féminité. Qui embrasse un nouveau fils.

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Derrière moi, le quartier de taule est habité d’un souffle qui anime la poussière des sols, et se dessine, au rythme de mes foulées, la végétation froide de l’absence. L’étendue du champ est fendue par une piste de galets, et sa houle est une griffe qui retient le pas. La vaste plaine est sourde, abandonnée. Sifflent les hautes herbes, taries d’allégresse. L’air crisse de blâmes, fatigue la passion. De sa ronde accablante, enferme l’existence dans la paume de granit, Quito.

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Et dans l’abime du silence, une impasse. La vierge s’érige, déchire le ciel, fière, supporte le poids d’un corps infirme, exhibe les crevasses de son roc, les cicatrices de son peuple soupirant, elle est sa larme, elle enferme ses hurlements et berce de sa main ouverte, vaste et chétive, la ville blanche qui dort à ses pieds.

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LE RESTAURANT GREC Vincent Filteau

elle m’amène dans le restaurant grec à côté de son ancien collège l’éternel cuisinier se souvient des longs frenchs à l’heure du diner des naïves en amour aux yeux fluorescents comme l’ampoule au-dessus sous le point de bruler leurs mains studieuses en pleine leçon d’apprentissage sous la table il prépare ses commandes avec la même résignation le regard dévoué à ses souvlakis de temps en temps il me lance des yeux qui connaissent ma situation tout ça je le sais parce que je tombe amoureux le silence me raconte sa vie chaque fois qu’elle s’arrête de parler


Ă la fille du mĂŠdecin


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ON NE LA SOIGNERA PAS Vincent Filteau

de ces long trajets d’autobus me reste le visage de cette vieille fille laide assise devant moi une laideur triste ses yeux sans blasphèmes à qui on a appris la fin des regards ses séductions cachées dans des tresses sales elle revenait chaque soir plus fatiguée que la veille jusqu’à ce qu’elle déménage sans avertir personne laissant un mystère à écrire mais après toutes ces années me tournant à peine mon reflet sur la fenêtre une laideur seule


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LE SILENCE ET SES MENUISIÈRES Vincent Filteau

elle est arrivée avant tout le monde déjà un verre à la main couverte de silence belle comme une vieille habitude avec la peur de fixer les pieds dans une autre vie sans avoir expliqué celle dégorgée du présent derrière ses lunettes une lueur veut naitre depuis longtemps on lui demande son nom au moment où les derniers dièses de l’orchestre éclairent les mires du cœur mal cachées sans oser répondre la chaleur d’une danse avant de disparaitre


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La société scatophile Gabriel L. Langlois

Végétant telle une pomme de route sur le divan de mon salon, j’écoute avec désintérêt le discours de notre pantin jouant le rôle de premier ministre. Appuyé de grands gestes superflus, il nous débite sa cassette qui, parait-il, contient des phrases intelligibles et profondes, mais moi, tout ce que je parviens à comprendre ressemble à un horrible gargouillis. Un peu comme s’il avait subi une opération chirurgicale afin de remplacer sa bouche par un trou de cul. Il semble atteint de la fluxia virulentis, une maladie de plus en plus commune souvent due à l’ingestion de mensonges et de culture malsaine. Notre puissante marionnette termine son monologue sous un tonnerre d’applaudissements et j’éteins la télévision en repensant aux paroles de Louis-Ferdinand : « La merde a de l’avenir, vous verrez qu’un jour on en fera des discours ». Je réfléchis et je me dis que je ne peux véritablement en vouloir à cet automate médiocre. Il n’est qu’un autre casse-merde des temps modernes, actionné par des centaines de mains habiles, tapies dans les coulisses de châteaux de cartes. À l’aide des dents d’acier de leurs joujoux, ils mâchent avec grand bruit les désirs purs, les rêves et la magie du monde ; leur mandat est le désenchantement, le concassage de la révolte et de l’amour. Une armée constipée et bien dressée participe avec conviction à l’effort de guerre. Ils ont encore bien des territoires à conquérir, leur puissance est titanesque et à la fois si fragile… un éléphant de cirque chancelant sur un ballon dégonflé. Dans quelques semaines, nous assisterons à un autre spectaculaire et nouveau round, au son de la cloche et des idiots : Ding! Ding! Ding! Le faux débat prendra son envol, sans voler bien haut, évidemment, et la shit-fight générale reprendra de plus belle. Nous pourrons parier sur qui de ces zigotos dangereux sera élu fou-des-corpocrates! Fermez les yeux et la bouche : les postillons et les exhalaisons de leur clapet recouvrent nos murs d’un épais vernis réconfortant et d’une odeur fétide, cristallisant l’avenir du Nouvel Ordre Mondial.


Cet ordre me fait peur ; plusieurs diront que je suis un être pessimiste et dépressif, ce qui n’est pas tout à fait faux, mais ceux qui m’accuseront d’être alarmiste auront tort. Le terrorisme n’est pas ma stratégie. Ce que je critique plus ou moins exactement, c’est cette chose ancestrale, spongieuse et verdâtre que l’Occident fait macérer avec dévotion depuis des millénaires. Cette chose innommable qui fissure la nature humaine. Cette création qui se mêle à l’eau douce, parfume les monologues et scelle les amitiés ; qu’on utilise comme monnaie d’échange et dévore goulument, dévoilant notre plus beau sourire orné de yeux à demi-morts.


Je ferme les paupières, j’aperçois une lueur rouge s’accouplant à ce mur d’ébène. Increvable, elle incarne le refus d’abdiquer devant l’impossible qu’on tente de nous faire avaler. Elle est la colline enflammée s’emparant du pergélisol de nos esprits, une rivière de sang irriguant nos crevasses asséchées et redonnant la graisse à la terre.


Sirop d’érable qui colle à ma chemise à carrés rouges

13 Les Hauteurs de Quito de Philippe Richard 21 ­scatophile de Gabriel L. Langlois 35 Le Lésionna 42 a fluctibus opes de Catherine Côté 51 Les Hist


1 Trois poèmes de Vincent Filteau 25 La Société aire de Yoan Lavoie 36 Percées de Raphaël Hubert toires d’Arvida de Gabriel Vignola


Tu es dans le métro, à côté d’un homme, cinquantaine passée. Tu l’envies. Qu’at-il de plus que toi? Le carré de feutre rouge. Celui que tu ne portes plus vraiment parce que ce n’est plus l’hiver et qu’il ne suffit plus de l’épingler une fois, et c’est fini. Tu voudrais pourtant l’arborer fièrement pour montrer que le combat subsiste. Station Jean-Talon. Tu te rappelles l’effervescence, la colère, les larmes de découragement, les picotements dans le ventre avant chaque manif, un peu comme avant une date. Station Beaubien. Mots échangés spontanément entre deux humains qui ont reconnu le trait familier de leur carré rouge. Laurier. Tu penses aux larmes qui dégringolent sur les joues de celles et de ceux qui pleurent les yeux déchirés, les dents cassées, les ecchymoses brulantes de la fin du leurre. Mont-Royal. On avance, on avance : on recule pas! Espérance enragée au fond de nous où pas à pas se dessine un rêve incertain ─ à mi-chemin entre le présent et l’avenir. À chaque signal sonore indiquant la fermeture des portes du wagon, la sève du printemps passé monte d’un cran dans ton aorte. Tu te lèves. Tu t’approches ­timidement de l’homme… Souriant, il te tend son /carré rouge/ : Réaction face à la hausse des frais de scolarité. Échauffement au sein du peuple. Nombreuses petites et grandes manifestations. Mosaïque de rassemblements. Affiches aux slogans ­percutants. Poings brandis. Pressions de toute part, tentatives de négociations malgré une volonté de tenir bon, de rester ferme. Coups d’éclat sur coups de théâtre. Hurloir dans lequel s’entrechoquent indignation, questionnement, réflexion. Un idéal où résonnent les carrés rouges et s’éveillent les ­casseroles. Une démocratie libérée. Sans relâche. Un mouvement.


Plus de six mois après le début de la grève, il était important pour Main Blanche de faire ressurgir les balbutiements et espoirs du Printemps érable. Un regard vers le passé. Un plongeon aux sources de notre révolte pour nous redonner la force de poursuivre le combat. Voici trois textes écrits dans les premiers temps de ce mouvement social.


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Le Lésionnaire Yoan Lavoie

au pied du courant les poignets attachés au sommet des défaites des comptoirs d’accueil les membres disparates les nerfs entortillés de lobotomies j’aurai tout oublié ton nombril la cirrhose nos interférences le cycle du mouvement c’est l’amour sur un banc dans le dorchester square en périphérie nos passions fédérées sans électricité dans un charivari les ondes les urnes les parlements de cendres les commémorations de statuts virtuels à la verticale dans une fosse commune sous la force d’attraction un instant

un stress sans figer complètement j’aurai tout oublié et l’hiver et le reste pour syntoniser l’air tête haute à genoux


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Percées Raphaël Hubert

nous prenons l’eau ensemble dans cette arche qui fuit là où elle peut sans bon port


Le silence comme un cri à l’envers

Contre les paroles en l’air     et les gestes perdus d’avance Pour la langue qui vole     et l’audace qui ne craint pas la défaite Contre ceux qui voilent la vue      celles qui obstruent le passage         et les deux à la fois Position hurlée


Les lois s’éclatent

comment savoir aux ondulations de la lumière aux tons changeants en secondes changées si ceux-là se perdent aux vibrations si ceux-là ne sont de ma faiblesse les altérations les haltes et les rations


Polliniser

dépend du vent mais persiste là où il passe se dissipe se soulève se volatilise parcelles en particules au hasard et pas tant qui s’arrache du sol au gré des bourrasques comme elles la multitude si incertaine de sa chute l’acuité la diffuse se laisse porter comme peu importe la vraie victoire voilée de toutes façons rien de moins sûr que l’atteinte dont la seule existence se rend possible s’amasse se dépose Le pollen passe en douce vaporise dispose subsiste de ses traces à vivre L’exigence dissémination sans cible


Secondes de grèves

Dans le développement inégal le procès productif la valeur de l’échange la complexité des rapports sociaux la masse du devoir l’espace discursif Je baigne


S’en est à croire Qu’il y aura toujours de ceux comme de celles Qui traversent les lignes les plus denses Pour avancer un demain de choses à dire au plus vite Qu’on dit lentement


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a fluctibus opes Catherine Côté

nos cœurs sont neufs fils qui dépassent que le temps n’a pas encore poncés

avec étiquettes petits défauts de fabrication

jeunes nous arpentons les rues sans relâche en hurlant

contre la vague grandiloquente du temps qui meurt, la ville qui s’enorgueillit, sans un mot, l’enfance qui coule entre les fentes, la métropole de silence, les chutes de pas sans écho, les inspirations sous vide.

nous ne savons pas nous taire des arbres des arbres des rivières le pacifique qui noie la rizière trop flamboyants trop spectaculaires pour être tus le bruit sourd des avions qui fe ndent le noir les ouragans les ondes de chocs le mouvement du monde nous sommes


CRitique

13 Les Hauteurs de Quito de Philippe Richard 21 ­scatophile de Gabriel L. Langlois 35 Le Lésionna 42 a fluctibus opes de Catherine Côté 51 Les Hist


1 Trois poèmes de Vincent Filteau 25 La Société aire de Yoan Lavoie 36 Percées de Raphaël Hubert toires d’Arvida de Gabriel Vignola


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Les histoires d’Arvida Gabriel Vignola

Arvida... Ce mot aux échos étranges renvoie à un lieu presque mythique pour quiconque connait un tant soit peu le Saguenay. Bien sûr, Arvida est avant tout une jolie ville, mais son nom est en soi une curiosité, comme celui de plusieurs autres municipalités de la région d’ailleurs – lac Kénogami, Shipshaw, Chicoutimi – autant d’appellations improbables qu’on croirait sorties d’on ne sait trop quelle imagination débridée. En fait, ces noms sont tous issus de mots amérindiens. Tous, sauf un : Arvida... Cette municipalité a en effet été nommée selon les initiales du président de la compagnie l’ayant fondée1, Arthur Vining Davie. C’est du moins ce que nous apprend Samuel Archibald, auteur d’un recueil de nouvelles intitulé Arvida2, œuvre pour laquelle il a reçu, en 2012, le Prix des libraires du Québec. C’est sans surprise que le lecteur se retrouve, dès le début du recueil, plongé dans cet univers typique des régions québécoises : un univers qui, dans Arvida, s’articule autour d’histoires de boites de May West mangées en cachette sous la galerie et de grands-mères un peu rudes qui lancent à leurs propres fils des commentaires tel que : « Y avait pas de voleurs à Arvida, maintenant y a toi3. » Toutefois, dès la deuxième nouvelle, le recueil nous transporte vers une tout autre vision des régions québécoises. Dès lors, Arvida devient plus que la « ville modèle […], la petite utopie d’un milliardaire philanthrope, montée de toutes pièces au beau milieu de nulle part4. » C’est un lieu qui prend parfois les couleurs du rêve, de la fantaisie ou de l’horreur, souvent plus près de la mystérieuse et angoissante Gaspésie des Fous de Bassan d’Anne Hébert que du praticopratique industriel exposé au début du recueil. Au contact d’Arvida, on traverse d’abord d’épaisses forêts où l’on peut rencontrer des chats énormes et des ours apprivoisés. Endroits propices au mystère, ces espaces sauvages cachent parfois, au détour d’un chemin, une maison hantée par l’ombre d’un être aimé ou d’une famille isolée, accablée par des histoires d’incestes. Cependant, suivant la piste de personnages aventureux,   C’est en fait la compagnie Alcoa, alors dirigé par Arthur Vining Davie, qui, en 1926, a ­orchestré la fondation de la ville afin de répondre aux besoins de sa nouvelle aluminerie.   Samuel Archibald, Arvida, Quartanier Éditeur, coll. « polygraphe », 2011. 3   Ibid., p. 12. 4   Ibid., p.208. 1 2


le lecteur se voit rapidement transporté hors du Saguenay, jusqu’à une Cabot Trail fréquentée par le spectre d’une pouceuse, jusqu’à la frontière américaine, sur les traces de délinquants à deux sous tentant de faire passer illégalement une émigrante vers les États-Unis, jusqu’à une Ville Lumière noyée par la pluie. Étendant de par le monde ses ramifications, Arvida nous transporte même vers un Japon lointain où prend place une sordide affaire d’automutilation. Malgré cet éclatement géographique, on finit toujours par revenir vers le Saguenay, la ville d’Arvida constituant une toile de fond tissée de fils d’aluminium liant en quelque sorte toutes les nouvelles réunies dans le recueil du même nom. Au-delà du fait qu’horreur, fantastique et autobiographie s’y côtoient, l’œuvre arrive ainsi à constituer un ensemble cohérent. Un tel fil conducteur comporte toutefois son lot d’inconvénients. En effet, comme le narrateur l’expose dans la dernière nouvelle du recueil, les MacCroquettes qui ont marqué son enfance ne sont pas les madeleines de Proust. En d’autres mots, elles renvoient à une forme de trivialité, non à une mémoire chargée de poésie. Il est donc plus difficile d’en tirer de la littérature. C’est ainsi que l’auteur a dû se tourner vers le souvenir de sa grand-mère Madeleine pour renouer avec le passé, avec les histoires et les légendes locales ayant bercé sa jeunesse arvidienne. Cela lui a permis d’accéder à une certaine forme de mémoire, bougie d’allumage pour Arvida, une série de nouvelles bien ancrées dans la culture populaire québécoise du XXIe siècle.


Étudiants et étudiantes de l’UQAM, Main Blanche est votre tribune littéraire ! Vous pouvez soumettre votre texte en tout temps pour l’une des deux section : Création: vous pouvez nous envoyer poèmes en prose ou en vers, nouvelles, micro-récits, fragments, etc. Il est possible de nous envoyer un maximum de 2 textes ou suites poétiques (ou suites de fragments) à la fois. Chacun de vos textes peut contenir jusqu’à 9 000 caractères. Critique: vous pouvez nous envoyer essais, réflexions et compte-rendus qui concernent de près la littérature contemporaine. La forme de votre texte critique peut être tout à fait libre. Rigueur, originalité et intérêt sont évidemment des qualités essentielles aux textes critiques publiés dans nos pages. Il est possible de nous envoyer un maximum de 2 textes critiques à la fois. Chacun de vos textes peut contenir jusqu’à 9 000 caractères. Le texte doit être de format .doc ou .rtf Vous devez indiquer, en tête de document, votre nom, votre adresse courriel et le titre de votre texte. N.B. Les textes sélectionnés sont révisés avec les auteurs avant publication. Envoyez vos textes à mainblanche@gmail.com

Au plaisir de vous lire! L’équipe de Main Blanche revuemainblanche.wordpress.com


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13 Les Hauteurs de Quito de Philippe Richard 21 Trois poèmes ­scatophile de Gabriel L. Langlois 35 Le Lésionnaire de Yoan Lavo 42 a fluctibus opes de Catherine Côté 51 Les Histoires d’Arvida d


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