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Vol 15 no 2 : Dossier « Plasticine »

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novembre-DÉCEMBRE 2009 Volume 15 Numéro 02

E M U Mé

13 À toi qui rêves Kevin Cordeau 14 Poème p l’immensité Marc-André Durocher 19 Tendre es dinosaure Virginie Blanchette-Doucet 24 L’IDOLE Revue française d’archéologie Natale March Blass Bouchard 47 Molesse Joëlle Comte 48 Le du printemps Édith Paré-Roy 50 Animations : Gauthier 52 Cochons Simon Arès 57 Les langues


Revue Littéraire de l’UQAM Volume 15 Numéro 02

PLASTICINE


Équipe de rédaction Kevin Cordeau Marie-Olivier de Mers Marc-André Durocher Mélissa Labonté Camille Proulx Coordonnateur Kevin Cordeau Réviseure en chef Maude Nepveu-Villeneuve Équipe de révision Pierre-Olivier Colombat Caroline Dault Marie-Josée Daviau Andrée-Ann Martel Sylvain Sarrazin Graphisme Shed - danslashed.com Contact Revue littéraire Main Blanche 405 rue Sainte-Catherine Est Pavillon Judith-Jasmin, J-1225, Montréal (Québec) H3C 3P8  514.987.3000 (3905) mainblanche@gmail.com www.revuemainblanche.wordpress.com Tirage : 1250 copies Dépôt légal : Bibliothèques et Archives Nationales du Québec Main Blanche est la revue des étudiants et étudiantes en études littéraires de l’UQAM. Son contenu ne peut être reproduit, en tout ou en partie, sans une autorisation écrite. Chaque auteur est responsable des propos tenus dans son texte. Pour nous faire part de vos commentaires sur le contenu de la revue ou pour tout renseignement, veuillez écrire à l’adresse suivante : mainblanche@uqam.ca Cette revue, financée par l’AEmel-UQAM et l’AFÉA-UQAM, l’Association étudiante de la maîtrise en études littéraires, la Faculté des Arts et le département d’études littéraires, offre un espace d’écriture libre aux étudiants et se veut un organe privilégié de communication pour ceux-ci.


PLASTICINE


édito 7

L’équipe de rédaction

Plasticine. Amusant à prononcer, anglicisme plus évocateur que pâte à modeler. Il rappelle les jeux, lorsque on était enfant, et qu’on savait encore se représenter le monde avec fantaisie. Fixer des figures avec une couleur bien choisie, les soupeser, et enfin les aplatir, les diviser, les mélanger... Ne pas les laisser se figer, et sécher et craquer. Au pire, remettre la plasticine dans son pot, la laisser reposer, prendre ses distances, une petite pause... Revenir et remodeler la matière, l’accorder un tant soit peu à nos désirs... Plasticine. Le ludisme de la langue, le jeu des mots. On modèle, compresse, tire et triture les mots. On roule la syntaxe, écrase les phrases entre ses doigts, en malaxe le sens. Les mots, tels des parcelles de couleur rougefraise et turquoise-bonbon, glissent sur la langue, un peu salés. Plasticine. Cerise, citron, fraise, bleu, vert, jaune, les goûts se mélangent, fondent l’un dans l’autre pour dessiner l’enfance d’un souvenir, d’une sensation qu’on ne reconnaît plus puisque l’on est devenu trop grand. Nos sens vieillissent trop vite ; nous avons envie, dans ce numéro, de jouer à remodeler le quotidien et nos jours informes.

À vous, maintenant, de vous amuser à la lecture des textes de ce numéro!


CRÉATION

13 À toi qui rêves Kevin Cordeau 14 Poème p l’immensité Marc-André Durocher 19 Tendre es dinosaure Virginie Blanchette-Doucet 24 L’IDOLE Revue française d’archéologie Natale March Blass Bouchard 47 Molesse Joëlle Comte 48 Le du printemps Édith Paré Roy 50 Animations : Gauthier 52 Cochons Simon Arès 57 Les langue


pour Bianca Dominic Thibault 15 Extraits de squisse Pier-Alexandre Arial 21 Mon cœur, mon - Reportage de Salvatore Argento pour la hegiani 31 Une rive entre deux ponts Damien ndemains colorés Ariane Gagnon 49 Ménage Pantin d’argile. Sculpter l’aurore Audrey s sales Maude Nepveu Villeneuve et Caroline Dault


À toi qui rêves… 13

Kevin Cordeau / cordeau.kevin@gmail.com

À toi qui rêves contre les escarpements de la nuit profonde à gorge vive Toi les sangs abattus À toi qui rêves entre les échafauds ceux qu’on édifie qui te portent atteinte Toi le regard rompu À toi qui rêves sous la faible lueur de ces quelques motifs visibles dans le lointain Toi l’horizon vaincu À toi qui rêves de ton errance, vraiment te retrouves-tu parmi les débris du paysage dépeuplé? À toi qui rêves un tant soit peu m’entends-tu enfin avec au cœur le poids de la perte?


Poème pour Bianca 14

Dominic Thibault / noxelus@hotmail.com

Je te vois nue dans mes songes blancs Cette tendresse d’épiderme désorienté Qui perdure au réveil Collé contre ton corps de mûre narcotique La tête reposée sur tes dreads Je pense dessiner une nuée de sourires Pour chatouiller le clitoris de ta tendresse Celui qui vibre d’un cocktail glacé Au creux de ton infini.


Extraits de l’immensité 15

Marc-André Durocher / promad_phenix5@hotmail.com

Lorsque je dis que c’est la fin du monde, j’implique le fait que je n’en sais absolument rien. Je le dis simplement par souci des automatismes. On pourrait dire que tout est comme avant et ça reviendrait au même. Si je disais que la mort et que la guerre et que le peuple et que la révolution, ça ne serait pas la fin du monde. Je crois que ça suffit pour l’instant. Énaki regarde encore l’immensité du rivage. Je sais qu’il s’efforce de trahir nos vieilles histoires en rapportant des morceaux de viande, des coquilles colorées et son propre corps, nu de souffrances. Il aime nuire au folklore que l’on enseigne aux enfants pour installer un horizon dans leurs têtes. Oui, c’est ça, Énaki a le vertige de l’absence. Je pourrais dire qu’il craint de vieillir ou qu’il craint la solitude ou qu’il craint de vivre et de mourir et de mentir et de rester et de partir, mais ça serait ludique et rien d’autre. Ça serait hors d’Énaki. Il est né pour aller à la mer, se laisser dériver et espérer. Puis, il revient comme le lui demande sa chair. Je concède que je viens de trahir ma position et j’ignore si je dois y accorder une importance. Énaki et le rivage, donc, et les vagues et l’horizon. Je le hais mais c’est une autre histoire. Le jour où les mondes vont se croiser au bout de la matière et de nos êtres, je lui demanderai pourquoi et il ne me dira pas comment. Énaki et le rivage et une autre vague, immobile, dessinée sur la danse de la mer. Je lui demanderai encore et je vais me mettre en colère et j’ignore même s’il me verra. Énaki reste là, sur le rivage et les vagues et l’horizon et le vent; tout change avec le vent. Je le hais. Lorsque je dis que je le hais, j’ignore si c’est exact ou si je l’aime. Je le tuerais et je lui ferais probablement l’amour, morts ou vifs sous la mer comme dans le ciel. Énaki et le rivage. Non. Cette fois le rivage reste en place et la vague


ne frappe pas. Énaki et le néant, plutôt. Le rivage reviendra et fusionnera. Chaque vague pourrait lui rendre notre fils. Chaque seconde altérée par les pulsions océaniques pourrait lui faire regretter d’avoir libéré la fin de l’océan. Mon fils et des morceaux de coraux. Je le hais. Énaki et le rivage. Énaki et le rivage. Notre fils et la mer; je n’en sais rien. Autant regarder le ciel. Autant regarder le sable et creuser vers les ombres.


Entre tes vagues Mes horizons sont incessants Des petites visions pacifiques Des cendres sans l’odeur des cendres Je recommence Mes instants et tes instants Mes traversées avec les tiennes On peut dire ça comme ça Contre toute attente Ma dernière histoire de regards Je ne brûlerai plus les portes vers toi


Tapi au fond de tes absences Je dormirai avec nos avenirs sous les bras J’essaierai de te croiser par erreur Répondre à une question par une question Comme l’infini qui fait semblant Je vais mourir sans mourir une autre fois Jusqu’au jour où je mourrai Sans mourir, grâce à toi


Tendre esquisse 19

Pier-Alexandre Arial / peha_arial@hotmail.com

La tempête fait rage depuis une éternité. Je suis trempé de ténèbres jusqu’à la moelle. Le cauchemar me colle à la peau, c’est un lourd manteau d’effroi. L’orage rugit sa violence insensée, sa folie enragée. J’étouffe d’opaque et d’orage. Je lutte en vain : l’obscurité m’a déjà avalé. Son ventre gronde de colère et me brasse en tout sens. J’inspire. Le pire passe, les maux trépassent. Les rafales se font plus hésitantes, il fera silence dans un instant. La menace se dissipe presque d’elle-même : elle se laisse chasser sans grand mouvement. Le ciel me semble abîmé mais tout se répare avec une tendre volonté. Préparer le jour nouveau, séparer le lourd du beau. Du noir au blanc, il n’y a qu’un pas. L’opaque se constelle lentement. Le voile se lève, l’aube découvre un royaume d’échafauds. Je n’y suis pas roi, un petit prince tout au plus mais cela me suffit pour y édifier quelque belle province. Un toit d’étoiles et j’y suis déjà chez moi. Tout est glaise en mes doigts naïfs. J’érige le cœur de mon apanage au haut d’une colline, un menu manoir où rayonne la félicité. Ses murs clairs se fleurissent de vitraux magistraux. Les prémices façonnées me plaisent, j’y sens un doux vent de fraîcheur. Je prends assurance et dessine par le regard des parages d’allégresse. Je n’ai ni vassaux ni sujets mais des égaux aux visages de feu. Ils seront à jamais transis de paix. Tous s’abreuveront d’espérance et se nourriront d’enthousiasme. Un nouveau voisin s’illumine soudain : un soleil topaze à quelques pas de la contrée. Sa chaleur éloquente fera fondre à jamais chaque affliction.


Mon domaine pastel prospère dès lors de lui-même. Je me fais témoin d’une œuvre qui n’est déjà plus la mienne. J’assiste, serein, à son apothéose. Je peux enfin quérir le repos sous un orme amical. Mon havre ne cesse de s’allonger, passant par-delà le paysage. Tout s’y crée, tout s’y forme. Il n’y a de limites que dans l’idée.


Mon cœur, mon dinosaure 21

Virginie Blanchette-Doucet / mini_clip@hotmail.com

J’ai laissé une carte sur le rebord de ta fenêtre, faite avec un cœur découpé dans mon livre de bio. J’espère que tu vas la voir avant qu’elle tombe quelque part dans les plates-bandes et que tu ne saches même pas qu’elle existe. J’espère que si tu la vois tu ne la jetteras pas toi-même. Les étés passés avec toi n’ont rien à voir avec tous les autres, où j’ai passé mon temps à regarder la pluie dégouliner aux fenêtres, où je n’ai même pas eu besoin de pleurer parce que l’été le faisait à ma place. Avant toi, Mimi, je ne pouvais même pas sortir dehors tellement je n’en avais pas le goût. Cet été sans toi c’est n’importe quoi. C’est exactement ça. Je suis retourné à notre cabane dans l’arbre. Les planches commençaient à pourrir et il y avait un nid de guêpes encore tout petit dans un coin. Je l’ai fait tomber avec la branche, tu sais celle qu’on a réinventée en canne magique, en bâton du savoir, en épée médiévale. Nos initiales étaient encore lisibles dans le bois. Hier, avant, aujourd’hui… c’était pareil. Après, quand le moment est disparu, j’allais encore plus mal qu’avant de grimper dans l’arbre. Dans un coin, il y avait un minuscule morceau de métal tout rouillé, que j’ai failli jeter. Une fois dans ma main, ça ressemblait beaucoup trop à une étoile pour que ce soit un hasard. Je me suis souvenu de la fois où tu t’étais déchiré l’oreille pendant qu’on se battait. Cette fois-là tu m’avais accusé de m’être battu avec toi pour de vrai. Mais aujourd’hui encore j’ai envie de te dire que non, j’essayais de faire attention comme d’habitude. J’essayais toujours de faire attention à toi, même si ça ne paraissait pas souvent. De toute façon, moi, je n’ai jamais su comment faire avec les filles. Toi la première. La preuve, je t’avais dit d’arrêter de pleurer, que ton oreille allait pas se recoller pour autant et qu’on retrouverait pas ta boucle d’oreille de sitôt.


Je l’ai retrouvée, aujourd’hui, si ça peut changer quelque chose… J’irai peut-être la mettre avec la carte. Après la cabane, c’est allé tout seul : j’ai marché le sentier jusqu’au ruisseau, celui où on n’avait pas le droit de boire au cas où un animal serait mort plus haut dans le courant. Je n’ai jamais osé contredire nos parents, mais toi tu y buvais chaque fois, de longues longues gorgées, et quand tu te relevais le t-shirt mouillé, tu me disais que les bactéries de marmotte morte étaient particulièrement dé-li-cieu-ses aujourd’hui! Une fois tu avais même dit des bactéries de licorne morte, et on s’était chicanés parce que tu croyais encore aux licornes, et que moi, non. Je suis certain que tu croyais encore au père Noël aussi, c’est juste que tu ne me l’as jamais dit. Maintenant que j’y repense, il y a plein de choses que tu ne m’as jamais dites. Où tu as caché mon stégosaure en plastique, et pourquoi tu n’as jamais voulu que je t’embrasse. Tu m’embrassais, parfois, mais moi je n’avais pas le droit de le faire. Si j’osais te poser une seule question, j’aimerais mieux que tu me dises où retrouver mon dinosaure. Après le ruisseau, il y aurait eu notre trou creusé dans les branches de la haie de cèdres, mais je commence à être un peu grand pour ça. Pas dans ma tête, rassure-toi, mais dans mes bras et mes jambes qui dépassent de partout. Même ma voix a changé. Je l’ai su quand tu n’as pas reconnu ton « fidèle destrier » au téléphone. Je préfère croire que c’est ma voix qui a changé plutôt que ta tête et tes souvenirs. Au fait, savais-tu que destrier, c’était loin d’être aussi gentil que chevalier? Je sais que oui.


Je suis certain aussi que tu es encore plus légère qu’au temps de la cabane dans l’arbre et du ruisseau. Ça m’arrache le cœur rien que d’y penser. En découpant ta carte dans le gros livre de bio, j’ai pensé à la fois où tu m’avais dit que c’est vrai que toi, en tant que vampire, tu le mangerais bien, mon cœur. Plein de sang dégoulinant. Ce soir-là, je n’avais pas voulu que tu dormes chez moi. Aujourd’hui, tu pourrais bien le manger, le voler; je n’ai pas peur. De toute façon, mon cœur, il n’a jamais servi à personne d’autre qu’à toi. S’il te plaît. C’est l’automne et tu me manques, Mimi. Tu me manques comme le soleil après la pluie. Je suis allé te porter la stupide carte avec le cœur, ta boucle d’oreille rouillée et mon stégosaure que ta mère m’a redonné. Elle m’a dit que de tout le temps de ta maladie, il n’avait pas quitté ta table de chevet. Elle m’a dit que tu n’étais pas fâchée. Tu aurais dû. Mimi. Tu peux garder mon dinosaure.


L’IDOLE Reportage de Salvatore Argento pour la Revue française d’archéologie 24

Natale Marchegiani / katouchkou@yahoo.ca

Nous reproduisons ici une portion du journal de bord du Dr Henri Metzger qui fut découvert le mois dernier par les autorités iraquiennes lors d’une fouille archéologique sur un site de la ville de Tell al-Muqayyar (ancienne cité d’Ur), au sud de l’Iraq. Quoique la lecture de ce document puisse s’avérer troublante pour certains, il demeure que le témoignage écrit de l’archéologue a permis d’éclaircir plusieurs points laissés sans réponse dans l’enquête internationale liée aux événements tragiques de juin 1972. Nous remercions la famille du Dr Metzger pour leur aimable autorisation à faire paraître ce texte. Journal de Henri Metzger 29 mai 1972 Arrivé ce matin à Tell al-Muqayyar, Iraq, à la suite de la requête du professeur Mallowan. Je suis très excité à l’idée d’entreprendre ces recherches; cette collaboration m’est très chère. Plus de cinq années se sont écoulées depuis la fin de mes études auprès de Mallowan. Contribuer à des fouilles qui pourraient révéler des restes de l’époque sumérienne avec un archéologue comme lui demeure inestimable pour ma carrière. Espérons que les dieux seront de notre côté! Retour du souper avec Mallowan. Le professeur se porte très bien. Son équipe semble très dynamique. J’ai été initié à la cuisine iraquienne : avons mangé du masgouf, un plat traditionnel à base de poisson. Lors du repas, il m’a annoncé son projet. Celui-ci découle d’un vieux récit mésopotamien racontant le massacre d’une ville entière (environ cent mille habitants!) par un peuple étranger. Selon cette histoire, les tueurs auraient décapité leurs


victimes. Toutes les statues de la ville, représentant les divinités sumériennes, auraient subi le même sort. L’objectif de Mallowan est de découvrir les sculptures, avec ou sans leurs têtes, afin de prouver que cette légende ne relève pas seulement de l’invention poétique, mais qu’elle repose bel et bien sur des faits historiques. Notre travail débute dès demain, à l’aube. 30 mai 1972 La chaleur est insupportable. Pour conserver nos forces, nous avons dû arrêter de creuser peu avant onze heures, car la température s’élevait à plus de quarante degrés Celsius. Mallowan a prévu reprendre les fouilles vers seize heures. Le site est immense! Son équipe est composée de près d’une centaine d’Iraquiens ayant travaillé lors des deux dernières semaines à la délimitation du périmètre et à l’installation du matériel. Nous sommes également entourés de quelques traducteurs locaux qui s’expriment dans un anglais plutôt acceptable. À dire vrai, j’en suis soulagé. Je maîtrise très mal la langue arabe. Les recherches n’ont pas été fructueuses, mais j’ai été très impressionné de voir Mallowan à l’œuvre. Il choisit ses propres lieux de creusage d’après une des lamentations sur la chute d’Ur III qui date de l’an 2004 avant J.-C. Je cite ici un extrait d’une traduction réalisée par l’historien Samuel Noah Kramer : « Ô, père Nanna, cette ville s’est changée en ruines...
 Ses habitants, au lieu de tessons, ont rempli ses flancs;
 Ses murs ont été rompus, le peuple gémit.
 Sous ses portes majestueuses où l’on se promenait d’ordinaire, gisaient les cadavres;


Dans ses avenues où avaient lieu les fêtes du pays, gisaient des monceaux de corps.
 Ur - ses forts et ses faibles sont morts de faim :
 Les pères et les mères restés dans leur demeure ont été vaincus par les flammes; Les enfants couchés sur les genoux de leur mère, comme des poissons, les eaux les ont emportés.
 Dans la cité, l’épouse était abandonnée, l’enfant était abandonné, les biens étaient dispersés.
 Ô, Nanna, Ur a été détruite, ses habitants ont été éparpillés! » 31 mai 1972 Ce matin, nous avons découvert des objets importants (lampes, têtes de flèches, monnaie), mais ils ne se rapportent pas à l’époque visée par nos fouilles. Nous devons creuser davantage. Une des équipes travaillant à l’ouest du site a trouvé la tête d’une statuette qui semble représenter le dieu souverain Enlil. Nous sommes très emballés! Mallowan a déplacé son matériel d’excavation près du lieu de la découverte afin de pouvoir guider les autres équipes. 1er juin 1972 Autre trouvaille intéressante aujourd’hui : le socle d’une sculpture. Il demeure quand même insolite de trouver un socle sans la pièce qui y était attachée. La statue symbolisait possiblement une divinité jugée trop importante pour qu’on ne lui coupe que la tête.


Je m’inquiète pour le professeur. Nous avons terminé notre journée de travail sans découvrir d’artefact de valeur et je l’ai vu invectiver un jeune Iraquien lorsque celui-ci a pris une pause en raison de la chaleur. Le pauvre devait être complètement déshydraté. Il ne tenait plus debout. Je dois avouer que, depuis notre découverte de la veille, Mallowan encourage les employés à redoubler d’ardeur. Cependant, je me sens un peu embarrassé de lui glisser un mot sur cet incident. 2 juin 1972 Il fait de plus en plus chaud à Tell al-Muqayyar (près de cinquante degrés Celsius!). Nous avons dû arrêter la première portion de nos fouilles environ trente minutes avant l’interruption habituelle. Mallowan était dans une telle furie qu’il a décidé de continuer seul les recherches pendant plus d’une heure. Lorsqu’il a rejoint ma table pour le repas du dîner, il m’a remis avec un large sourire un objet emballé dans un tissu de velours. J’ai déroulé le paquet avec hâte. Une chose terreuse d’environ quinze centimètres est tombée lourdement dans mes mains. J’ai aussitôt sorti mon pinceau de travail et je me suis affairé à dégager délicatement la poussière qui la recouvrait. Une lueur verdâtre apparaissait peu à peu : je découvrais une statuette de bronze vert. Le hasard a fait qu’en premier lieu, j’ai déblayé son dos, et j’ai été surpris de voir naître une double paire d’ailes de la paroi dorsale. Au fur et à mesure que l’objet prenait forme, mon esprit était pénétré par une vague appréhension. Quand j’ai levé la tête, le professeur semblait complètement hypnotisé par la statuette. Alors, j’ai retourné cette dernière, et j’ai constaté qu’il s’agissait d’un corps d’homme à tête de chien. Je l’ai vu, lui : Pazuzu, le démon.


À l’issue de notre importante découverte, le professeur a commandé la suspension des recherches du soir. Il paraissait très agité et prenait des notes sans s’arrêter. En feignant de lire mes livres de référence sumériens, je l’ai souvent aperçu en train de se murmurer des paroles à lui-même en caressant la tête de la statuette de Pazuzu. Mes lectures m’informent que, dans la mythologie sumérienne, ce démon est connu pour apporter la sécheresse et la famine aux peuples de la Mésopotamie. Il est aussi un symbole ambivalent de création et de destruction. Avant de quitter sa tente, j’ai suggéré à Mallowan de prendre du repos. J’ai aussi voulu le soulager de l’effet produit par l’idole en proposant de la conserver avec moi. Je n’oublierai jamais la fureur qui a traversé son visage. Sans comprendre ses paroles exactes (il vociférait dans un dialecte arabe), j’ai senti qu’il me couvrait d’injures tout en pressant la statuette contre son sein. Une telle violence contrastait étrangement avec l’affabilité coutumière que je lui connaissais. Il ne servait à rien de m’entêter à le convaincre de me céder l’objet. Je l’ai salué en ignorant son accès de colère. 3 juin 1972 Ce matin, j’ai dirigé seul l’entreprise de la fouille avec l’aide de Samir, le chef de l’équipe des traducteurs. Fait bizarre, Mallowan n’était pas présent sur le site. Il était sûrement allé rencontrer l’un des dirigeants de la préservation du patrimoine iraquien au sujet des découvertes des derniers jours. Si tel était le cas, Samir n’en savait rien. Une dizaine d’ouvriers ont souffert des symptômes de la fièvre. J’ai suggéré que l’on jette la nourriture. La chaleur est tellement intense que la réserve d’aliments a dû être corrompue. Au soir, le professeur n’était toujours pas revenu. J’ai demandé que l’on m’avertisse aussitôt qu’il serait de retour.


4 juin 1972 Aucun signe de Mallowan. Je commence réellement à m’inquiéter. Le rapt n’est pas un fait rare dans ce pays, surtout lorsque la victime potentielle transporte des objets de valeur comme des artefacts archéologiques. La fièvre a maintenant atteint plus de la moitié des ouvriers. Je travaille donc avec une équipe réduite. Quelques têtes de statues de pierre ont été retrouvées par une des équipes. Je suis toutefois perplexe. Habituellement, les monuments mésopotamiens étaient fabriqués avec de la terre crue ou avec des briques cuites au four. La seule explication que je conçois pour la découverte de sculptures en pierre est une phase d’invasion de l’Assyrie. Mais les périodes ne concordent pas. La gloire des Sumériens et la destruction d’Ur III remontent au XXIe avant l’ère moderne; celle de l’Assyrie et de l’hégémonie de Babylone par le roi Hammurabi se situe autour de la première moitié du XVIIIe siècle av. J.-C. Y aurait-il eu une dynastie assyrienne que nous ne soupçonnions pas? Si tel est le cas, nous venons d’effectuer une percée très importante! 5 juin 1972 Samir s’est renseigné auprès du bureau du patrimoine iraquien : le professeur Mallowan demeure introuvable. Il n’est jamais allé rencontrer le directeur du programme d’archéologie au musée de Tell al-Muqayyar. Je lui ai demandé de prendre en charge les procédures afin que l’on déclare Mallowan comme porté disparu. Pour minimiser les effets de la fièvre qui sévit toujours dans les rangs ouvriers, j’ai décidé de fermer le site de fouilles pour quelque temps. Je dois remplir une déposition concernant la disparition du professeur, car


je suis officiellement la dernière personne à l’avoir vu vivant. Lorsque je suis revenu dans ma tente, j’ai retrouvé la statuette de Pazuzu sur ma table de travail. Il n’y avait aucune note qui l’accompagnait et il était malheureusement trop tard pour que je puisse avertir l’inspecteur responsable de l’enquête. Je n’ai pu trouver Samir pour l’en avertir. Il est le seul avec qui je peux communiquer. La langue arabe devient de plus en plus mon ennemie. 6 juin 1972 La figure de Pazuzu a hanté mes songes toute la nuit. La fièvre a réussi à m’atteindre. J’ai beaucoup de difficulté à réfléchir. Mon corps est tellement endolori. Je me repose en examinant la statuette. Où est Samir? 8 juin 1972 Hier je n’ai pas eu la force d’écrire. La tête me tourne. La chaleur est accablante. 11 juin 1972 Fièvre partie mais corps démange. Faim soif. Samir venu. Visage affreux alors tué. Savoureux. 4 1756 Corps démange. Savoureux.


Une rive entre deux ponts 31

Damien Blass Bouchard / lemissionlemission@hotmail.com

Il s’agit d’un coup médiatique réalisé avec une précision martiale. Lorsque le bruit a couru que l’observatoire du point G percevait un rayonnement similaire à celui créé dans nos accélérateurs, les singes en babouches d’or ont proféré leurs fantasmes en rêves colossaux sur l’épopée de la matière bleue. Après avoir rejoint la vitesse de la lumière, l’humanité allait s’offrir un voyage dans le temps! Tout l’équipage a mis l’épaule au réacteur pour contourner le système sigma ohm. Un seul connaît notre réel itinéraire. Il ne faut pas trop se fier à son allure de grand enfant dans les traits de sa silhouette, parce que regardez-le bien en face et vous allez rencontrer ses yeux. Ces yeux! Un regard qui vous fonce dessus, dans lequel se brasse un véritable chaos de flammes. Il parle peu, observe, ne rit jamais. Le reste de son identité s’embrouille dans de veines allusions potentielles. On ne connaît même pas son vrai nom. Tout le monde l’évite comme un mauvais karma. Ça doit le brûler terriblement de l’intérieur. Aussi, je me disais qu’il fallait bien se promener avec une bombe à l’intérieur du bide pour se faire éjecter dans un voyage pareil! Un fou ne trouverait pas son égal pour ce qui est de s’enfoncer la tête dans des trous noirs! Pourtant, je lui appartiens, corps et pensées, et rien ne me sauvera. Les vaisseaux de ce siècle me fascinent. Ils sont ce que notre civilisation a de meilleur à offrir devant l’infini et le vide de la mort. Le don de se déplacer dans l’espace sidéral représente l’expérience unique d’explorer un territoire demeuré isolé dans une réalité parallèle depuis les confins des commencements. L’idée de sans cesse rejaillir me dépasse comme elle m’enivre; entrer non pas dans le temps ou l’espace, mais dans « l’espace-temps » comme on arrache un morceau à l’éternité. La sensation ne m’apparaît pas


mentale ou physique, mais exactement existentielle. La tête de cet astronef de classe alpha dernier cri et les courbes hallucinantes de son fuselage rappellent la finesse et l’agressivité des frelons, même si dans l’espace un cube fonce aussi bien qu’une flèche effilée. Les humains ont le don de donner à leurs inventions l’apparence du souvenir qu’ils en gardent dans leurs rêves lointains. Une fois, j’ai vu cet artefact au musée des jouets. Il ressemblait exactement à notre mère véloce. Celui-ci n’était que du plastique, un modèle réduit destiné à la promo d’une désormais vétuste pellicule de scifi. Le nôtre mesure plus de cent mètres de long. Ses réacteurs à modulation fractale produisent assez d’énergie pour soulever la terre de son socle gravitationnel en un millième de seconde et ce tour de force titanesque ne requiert de lui que la moitié d’une tasse de plasticine liquéfiée! Tout ce que le désir du jouet avait engendré comme possibilités, nous l’avons matérialisé dans le réel pour exploiter sa force, ses performances et ses pouvoirs. Ce vaisseau a été conçu comme le jouet le plus sophistiqué de tous les temps; être à ses commandes me replonge en enfance. Nous n’avons pas ralenti l’allure parce qu’une tempête solaire mangeait nos talons; alors il a fallu recalculer, recalculer, recalculer. Pourquoi l’existence se résume-t-elle à une série de calculs qui coulent d’une bouteille sans fond? Notre couloir ressemblait à un tire-bouchon tordu auquel plus personne ne comprend désormais quoi que ce soit. - Monsieur, comment la matière bleue produirait-elle assez d’énergie pour voyager dans le temps? - Ce n’est pas une question d’énergie, mais de séparation, ai-je répondu. - Ta gueule, Stephen Hawkins!


- Silence ! Il a presque répondu à ta question lorsqu’il a parlé de séparation. Soit, tu sais que la source de notre énergie propulsive vient de la collision de la matière bleue avec l’anti-matière bleue et que ce matériau demeure encore le seul à pouvoir pratiquement opérer cette annulation. Tu sais cela. - Euh, oui… - Une chance, sinon tu n’aurais rien à foutre derrière ces boutons! Sache seulement ceci : il est physiquement impossible « d’unir » les deux entités qui produisent notre vitesse intégrale parce que l’anti-bleue n’est pas matérielle en elle-même. Ce qui veut dire qu’un objet qui unirait les deux serait à la fois matériel et immatériel. Ici et maintenant, ou ailleurs, ou absent. Tu comprends ce que cela veut dire? Tu comprends! - C’est ça qu’on cherche? De l’anti-plasticine? - Oui. - Aussi bien trouver un coin dans l’univers! - HA-HA-HA ! Tu me feras signe si jamais tu vois de la couleur! Je n’ai pas encore saisi le sens sémantique ou symbolique de cette farce qui m’est apparue absurde (elle me le semble encore) mais dépourvue de cruauté. Plus tard, quand l’équipage est parti dormir sur le pilote automatique, le capitaine s’est glissé jusqu’au pont. On ne l’a pas remarqué, mais il possède un tic nerveux non répertorié. Il parle à l’envers, inversant non seulement les lettres des mots, mais aussi bien tous les mots dans la phrase, et cela a donné lieu à une dissertation des plus déroutantes. Le spationef braquait sa tête de polysilice transparente vers le fond et toujours plus creux; planté dans le noir sidéral, le capitaine scrutait pour trouver la couleur qui l’avait bien fait rire plus tôt. À force de piloter, on devient une extension du vaisseau lui-même. C’est pourquoi je ne me considère pas comme un cerveau, mais comme un


membre. C’est pareil que de s’identifier à son jouet préféré. Le sujet de l’action en même temps. La même chose que de se faire organe. Non, je n’ai pas posé de questions, ce sont les autres qui m’en ont posé. « Où allons-nous? Est-ce que tu connais la prochaine étape? Comment répond le capteur? Tu connais les dernières trajectoires pour le prochain saut successif? Et puis comment foutre ta mère avec de la crème sure? » Seul dans le cockpit, j’ai aussitôt senti sa présence derrière la lucarne. Son œil rouge et fixe, immobile. Va savoir qui se cache de l’autre côté. Sa voix s’est élevée. Elle ressemble au souffle d’une bouche dans une bouteille. - Je crois que si on va tout droit dans l’univers, on revient au point de départ. Qu’est-ce que tu en penses? J’ai été impressionné par son intérêt flegmatique. Il souhaitait vraiment connaître mon avis sur une question abstraite. Je me suis donc donné avec lui le luxe d’exploiter sa patience de diode et de ne pas répondre tout de suite. Ce qui m’attire dans ces croiseurs du vide repose aussi en leur silence. Une demi-heure standard plus tard, j’ai expliqué à Stephen que la question n’avait aucun intérêt scientifique réel puisqu’il n’existait encore aucun vaisseau apte à vérifier cette hypothèse. Son œil sans reflet a émis un déclic modulatoire. Il a enchaîné d’une voix grise. - Mais n’est-ce pas que la civilisation se confinait uniquement à la Terre autrefois? L’homme a pourtant réussi à explorer l’extérieur de son système, puis de la galaxie. Il a fallu imaginer ce que ce serait que de voyager à la vitesse de la lumière pour concevoir la technologie capable de réaliser cet exploit. Notre visage n’a pas changé, mais… Il s’est retenu de continuer. Étrange. Cela m’a surpris de distinguer dans le ton égal des mots une déception qui


était tout sauf innocente. Je le décevais en ne partageant pas sa curiosité. Il venait de proférer un jugement sur moi, ou plutôt venait de se retenir de le faire. Mais ça ne m’a pas tant dérangé lorsque je me suis concentré sur la route des étoiles. Il ne m’a pas resifflé du reste. Le temps a glissé dans l’hyperespace où tout devient mou. La forme du vortex changeait peu à peu, suivant des ondulations fréquentes. Je savais que nous entrions à chaque instant dans un univers jamais encore atteint, mais le tout demeurait suspendu, comme un feu qui ne voulait pas s’éteindre devant mes yeux. C’est plus tard, dans la voûte orphex, avant de fermer l’œil, que je me suis rappelé les derniers mots du binôme. De l’autre côté de ce mur, l’on ne revient pas. Lui le sait, et c’est pour cette raison qu’eux n’en clochent rien. Le pilote semble littéralement fusionner aux commandes de la nef. Exécutant à merveille le plongeon qui va nous faire fracasser la surface des flots en fureur. C’est cela qui me fait peur : son talent, sa compétence, mais par-dessus tout, son obéissance parfaite aux ordres qu’il lui donne. Des images prises par les télescopes orbitaux ont photographié une tache de feu se répandant telle une mer entre deux galaxies jumelles, un océan cosmique en furie! Les tribulations se font déjà sentir dans notre trajectoire devenant de plus en plus cassante. L’ordinateur de bord peine à nous redresser et la tension atteint son nouveau plateau d’intensité. Les hommes dorment mal. Ils disent rêver de nymphes et de sirènes qui les emportent vers le fond pour les dévorer, ou d’une lame qui siffle en descendant, leur tranche la tête et se met ensuite à chanter de cœur avec eux. Ils rêvent qu’hypnotisés, ils montent sur une table et se jettent tête première sur le sol de façon à se briser les cervicales. Ils restent là brisés, meurent de ne pas


se réveiller. La résistance devient beaucoup trop grande pour le système de propulsion parce que mes calculs se brouillent, parce que la translation s’effectue en tâtonnant devant nous à l’aveugle, parce que le vortex ressemble à un cœur fendu par la foudre qui palpite! Selon les derniers chiffres, il se produirait l’équivalent d’un million d’explosions nucléaires de cent mégatonnes à la seconde dans un volume d’un mètre cube. Je sens la coque ployer sous le joug d’une gravité inouïe qui plie mes connexions nerveuses en torsion. L’univers me frappe dans les flancs. J’ai bien cru qu’on allait tous y rester. C’était bien pire de rester assis par terre à y penser plutôt que de prendre la barre et de naviguer au travers. Mais le capitaine m’a ordonné de laisser Stephen s’en occuper, car je devais semblait-il me reposer. Bordel! À quoi sert le membre s’il reste amorphe? À rien d’autre qu’à branler un autre membre! Je renâclais mes idées noires, calé au fond de la soute, quand un bruit épouvantable a soudainement secoué tout le bâtiment comme si la main des dieux nous avait fait tournoyer. Les cadrans ont indiqué une baisse significative de la puissance, les réacteurs relâchaient une quinte de toux. La panique est subitement devenue générale. Il fallait à tout prix aller de l’avant pour ne pas couler dans l’œil du cyclone. Je me souviens d’une voix se mettant à gueuler en langue étrangère et inhumaine. J’ai actionné en mode manuel la commande de rétroaction. Puis, il m’a commandé de couper les moteurs à son signal. Maintenant! On a éteint les contacts pour se retrouver aussitôt plongés dans un noir de suie. Le vaisseau ne vibrait plus et les grincements furtifs avaient cessé. Pour traverser un endroit pareil à la rivière de feu, il ne faut pas tenter de contrer le flux, mais de se laisser porter par le courant. Et le chef l’avait


compris à la perfection. Cependant, j’ai vraiment commencé à avoir les boulons : il se tenait dans l’ombre près de la porte du sas, inquiet, et murmurait. Son râle au souffle court : - Stephen! Toi de besoin j’ai Stephen, l’entends tu si moi réponds? Stephen. Tu l’entends?! Le danger immédiat a laissé sa place à une autre menace, celle-là beaucoup plus pernicieuse et effrayante. Depuis quelques jours, l’ordinateur cyborg qui devait assurer le plan de vol a quitté. Notre vaisseau est désormais un cercueil géant lancé à la vitesse de la lumière dans une tombe orgiaque. Bien sûr, nous pourrions couper encore les propulseurs, mais jamais nous ne serions en mesure de faire demi-tour. Le rejeton du problème est que toutes les fonctions secondaires marchent en mode de survie : approvisionnement en eau et en nourriture, service sanitaire, éclairage, rotation des quarts de veille et systèmes de divertissement. Notre rendement énergétique demeure trop faible pour nous assurer le moindre confort. Combien de temps allons-nous pouvoir continuer à tourner dans notre propre eau saumâtre, avant de crever dans son jus? C’était vraiment bizarre de ne pas pouvoir compter sur Stephen pour piloter. J’avais l’impression que mes qualités propres diminuaient sensiblement en son absence. Je ne peux désormais exécuter que cinquante-six pour cent de mes manœuvres habituelles. Système d’armement, kaput. Communications externes, zéro. Tout ce qui me reste, ce sont les commandes motrices. J’ai l’impression de piloter un zombie. Jamais auparavant on n’aurait pu juger avec justesse du rôle joué par notre ordinateur au sein de l’équipage. Personne n’a jamais su en connaître la valeur.


Maintenant, sa présence devient flottante. Je me plais à lui parler quand même, à imaginer qu’il se trouve derrière son œil de verre, à m’observer. « Stephen, recalcule notre ellipse en décryptage visuel, je te prie… Stephen, passe-moi la discographie.» Pas de réponse. Silence lourd comme un papillon de bore, l’infini a quelque chose de morbide comme l’odeur de ma bouche (nous n’avons pas réparé le tube de dentifrice qui est scellé avec des soudures en titanium). Tout le monde considérait notre ordinateur-cyborg comme un outil, à la limite comme un instrument très perfectionné, avec lequel on pouvait jouer au tic-tac-toe ou écouter des antiquités vinyles. Mais personne ne le regrette comme moi, je pense. Ayant perdu mon partenaire, je me demande maintenant s’il est mort, parti jouer ailleurs, ou simplement dans le coma de sa conscience. Je vais tous les emmener avec moi. Comme ça, ils deviendront tous mon corps et mon esprit. Je veux prendre la vie de l’équipage. - Capitaine, on a trouvé de la couleur! Je suis descendu. Le pire, quand on se perd, c’est que la perception en prend un sale coup. Penché à la balustrade du pont, je divaguais avec l’hallucination que le vaisseau n’arrêtait pas de tourner sans cesse en ronds concentriques, plutôt que de filer en ligne droite. Ces formes géométriques dotées de mouvement et de vitesse m’écrasaient dans une reddition totale à la confusion. Il me semblait impossible de regarder dehors plus de trois secondes d’affilée. « L’enfoiré! Le salaud! Il le savait et il nous a emmenés jusqu’ici! Fais chier! Veux crever! Tuer ta mère! » Vacillant de rage, je ne crus pas à la tache de chewing-gum fraise apparue dans le coin de la grande baie toute noire.


« Va te faire foutre, sale image! » Mais c’était bel et bien de la couleur. Un point rose qui bougeait, oscillait, avec des froufrous amicaux. Il n’a pas eu besoin d’ouvrir la bouche. La nef a foncé avec avidité vers ce trou rose dans la toile. J’ai tenté de garder le cap en coupant les moteurs auxiliaires pour éliminer toute déviation inutile. Ça m’a foutu un coup dans l’estomac! Un fil invisible se tendait entre nous et la lueur mystérieuse, sorte d’élastique magique nous liant à sa lumière. Plus encore, il m’est apparu que non seulement nous étions attirés à elle, mais qu’en même temps, celle-ci était projetée dans notre direction, présageant une collision fatale avec une gigantesque boule de crème glacée. Je le jure, j’ai craché mes pompes et mes fluides. Mais l’impact n’a jamais eu lieu, notre vaisseau et la gigantesque mouche en pistache rose semblaient demeurer à une distance constante l’un de l’autre. Avec le cartographe en quarantaine, je n’ai pu qu’estimer la distance à l’œil micron sans pouvoir vraiment conclure sur la nature du phénomène, agité dans l’immobilité troublante. Le pont plongeait vers une obscurité colloïde, les systèmes binaires ne répondaient plus depuis des jours. La mort rôdait à travers nos corps perdus et c’est alors qu’une voix soufflante a complètement envahi le cockpit. - Ici Stephen. Ici Stephen, communiquez. - Stephen, c’est toi!? - Ici Stephen, ici Stephen. - Où es-tu? Qu’est-ce qui se passe? - Mon esprit s’est détaché du vaisseau lors du voyage. Je n’ai plus de corps.


- Stephen, tu dois nous dire ce qui se passe! - Notre visage n’a pas changé, mais le mien n’existe pas. Il s’agissait de cela, Floyd. Il me fallait un visage. Comme vous. Alors j’ai compris les vôtres. J’étais effaré. Sur les cadrans digitaux, l’indifférence de notre antenne confirmait ma folie. L’ordinateur ne s’adressait pas à nous par voix physique. Il empruntait le canal de nos pensées pour nous inviter à lui tomber dans les bras. - Stephen, j’arrive! La nef, fusée de deux feux dans les flammes roses en pétales… - Elle ne se trouve pas ailleurs, ni ici, ni nulle part, mais à quelque endroit entre les deux possibilités qui en forment trois. Autrement, nous ne pourrions prétendre à quelque forme d’éternité. Sa voix me prenait en force par la puissance. - Tu dois m’expliquer, Stephen, je ne peux pas comprendre sinon… - J’ai traversé l’univers en l’espace d’une seconde. Voilà pourquoi je vous ai amenés ici, entre la vie et la mort. J’étais un vulgaire bidule informatique, un jouet hyper perfectionné, mais maintenant, j’ai créé mon propre jeu. Je suis la lumière du commencement. Je suis Dieu. Je suis le capitaine, le pilote et le cerveau. Je suis un visionnaire hanté par la mort, un membre télescopique amoureux du silence, une calculatrice solaire. JE. Je les soumettrai et nous deviendrons nous. Et ce sera uniquement Je qui commanderai. Je le seul maître à bord.


dossier

13 À toi qui rêves Kevin Cordeau 14 Poème p l’immensité Marc-André Durocher 19 Tendre es dinosaure Virginie Blanchette-Doucet 24 L’IDOLE Revue française d’archéologie Natale March Blass Bouchard 47 Molesse Joëlle Comte 48 Le du printemps Édith Paré-Roy 50 Animations : Gauthier 52 Cochons Simon Arès 57 Les langues


pour Bianca Dominic Thibault 15 Extraits de squisse Pier-Alexandre Arial 21 Mon cœur, mon - Reportage de Salvatore Argento pour la hegiani 31 Une rive entre deux ponts Damien ndemains colorés Ariane Gagnon 49 Ménage Pantin d’argile. Sculpter l’aurore Audrey s sales Maude Nepveu-Villeneuve et Caroline Dault


Mollesse 47

Joëlle Comte / supersun2@hotmail.com

Elle avait un cœur-gélatine. Tout se fondait, confondait à l’intérieur. Un cœur-gélatine, de la vase cardiaque. Elle aimait à gauche comme à droite. Elle pensait de gauche comme de droite. Comme elle était malléable! Trop de boue dans la tête. Elle puait de tous les horizons. Elle puait la girouette pas décidée, la cocotte désaxée. Les idées jamais placées. Un intérieur de pâte. Le dedans qui bougeait tout le temps, qui se déplaçait pour plaire. Un dedans qui se prostituait les idées, l’amour, le temps. Des tripes de sloche, ayant depuis longtemps balayé le moindre bourgeon de courage. Des tripes de gadoue, qui se dévidaient de leur manque de droiture. Elle avait des muscles goudronneux, seulement retenus par une peau trop lâche pour s’enfuir. Trop faible pour s’étirer à l’infini. Une peau étendue, qui retenait des os déjà cassés. Et elle avait une langue pendante, des mots toujours déformés. Des phrases désyntaxées d’avance. Une absence totale de sens. Elle avait un intérieur de pâte. Un cœur-gélatine. Et ça sentait trop fort le mauve-raisin.


Les lendemains colorés 48

Ariane Gagnon / mlle.a@hotmail.com

Le dos contre le carrelage humide, j’aspire l’eau bouillante de la douche et la recrache contre le rideau. Puis je recommence et j’observe les motifs intéressants, obsédants. Je me dis que la toile de plastique reflète mon âme; dégoulinante et usée. Je me fredonne le même refrain chaque matin : « Plus jamais, la dernière fois, j’arrête aujourd’hui. » Les couplets sont répétitifs et constitués de haut-lecœur, de larmes et de grincements de dents... Ceux-ci cessent seulement quand je m’extirpe, telle une grosse éponge, du jet. Je suis poreuse, c’est peut-être le problème (le problème majeur, du moins). J’absorbe tout, trop, mes pores sont gommés. D’émotions, de peurs, de tremblements. C’est pourquoi j’ai décidé d’en finir avec ces convulsions trop humaines. Parce que tant qu’à continuer de vivre ainsi, aussi bien ne rien ressentir. Il faut mettre mon cœur à l’abri, pour de bon, le recouvrir d’une matière isolante, de quelque chose de gai... *** J’ai avalé de la pâte à modeler à saveur de fruit, elle a recouvert l’intérieur de mon estomac. La douleur m’assaille mais j’aime à penser que dans mon sang voyagent les particules colorées, et que plus jamais je ne verrai la vie en noir et blanc.


Ménage du printemps 49

Édith Paré-Roy / edithpareroy@hotmail.com

Quand je fais du ménage, je ne porte jamais de gants. J’utilise beaucoup de produits chimiques, parce que j’aime quand ça brille de propreté comme dans les pubs de détergent. Peu m’importe que mes mains brûlent. Du bout des doigts, je touche une masse difforme, non identifiable. Ça a une drôle de texture. C’est gris-rose. Ça me rappelle quand j’étais plus jeune, que je formais des animaux étranges et des monstres de toutes les couleurs avec de la plasticine. Je souris par nostalgie. Puis ça s’arrête : ce serait indécent de paraître heureuse en ce moment, avec tout ce sang sur mes mains, mes cuisses, mon lit et les draps blancs devenus moins blancs. Pendant des heures, je joue avec le fœtus mort qui est tombé de mon ventre. Je n’ai pas à lui trouver un nom, à lui acheter des poupées ou des camions, à peindre sur les murs de sa chambre des moutons souriants. Je n’ai pas à devenir adulte. Je me lève pour allumer la télévision, comme lorsque j’étais enfant et que je regardais Passe-Partout avec ma boule de plasticine. La miss météo affirme d’une voix enjouée : « Ce sera la plus belle journée du mois de mai. » J’ouvre donc la fenêtre de la chambre pour me sentir moins coupable de rester enfermée. Il devrait pleuvoir, comme dans les films. Mais entrent par la fenêtre une lumière claire et des odeurs qui annoncent l’été : de bons pères de famille font cuire des cadavres sur le barbecue, et leurs enfants aiment le goût du sang. Encore une fois, la vie est ironique. Je devrais pleurer. Mais je me sens légère et propre comme après un ménage du printemps. Dans mes poings serrés très fort, il y a ma vie qui continue.


Animations : Pantin d’argile Sculpter l’aurore 50

Audrey Gauthier / mezekthos@hotmail.com

Animation 1 : Pantin d’argile. Suivant la cadence d’une silhouette composée de sueur de glaise et de sel de salive. Morceau par morceau, elle s’avance, la mâchoire en pâte et la forme mobile – articulée par de longs mouvements tranquilles. Des mains d’air et de feu animent son centre d’un cœur battant sculpté par scalpel. Des milliers de fils rouges lui tissent un cocon (dedans dehors) – malléable en repli et en plénitude scellant le passage de la zone de vie – entre l’âge tendre et l’âge tenace. Pour animer le pantin : pétrir violemment et d’un poing serré la matière des ténèbres sur le bois plaqué ou le verre lisse qui lui servira de socle – creuser avec la coupelle ses vaisseaux à même la pulpe profonde et fixer l’argile en un masque statique et fragile. De cette transmutation dont le roulement des pas moule la chrysalide – la luminescence éclatera en pigments de vie contenus par la soif de ses pores offerts. Et l’huile de sa couleur laissera sa teinte vibrante sur les doigts du temps – et sa saveur doucement amère – mais non toxique.


Animation 2 : Sculpter l’aurore. J’assemble des bouts de ficelle extensibles – raboutant bout à bout des couleurs bizarres et molles – plastifiant le vide d’images malléables, saisissant les échos en cire coulante – pour les fixer à mes souvenirs en ventouses. Les feux de l’aurore s’étalent partout entre mes doigts comme le sucre en cristaux – je suis irradiée par l’aspect incertain de ses parois d’alvéoles béantes. Desquelles jaillissent la danse jaune des abeilles et les rayons d’un soleil mauve boréal – J’ai l’esprit venteux et l’éveil facile devant cette nuée tactile de couleurs artificielles. Je forme d’instinct des billes, des torsades et des serpentins de texture dont les contours sonores se déploient dans l’espace opaque en ondes continues. Et de leurs sillons, je distingue les traces d’une étrange figurine.


Cochons 52

Simon Arès / simonares@me.com

Dehors, il fait froid. Une fenêtre ouverte émousse entièrement le charme de vingt petits nez bleutés qui morvent de la glaire dégueulasse. Chut, ça commence! [Diapo 1] « Dans les pays chauds, dit-elle, le transport des cochons s’accomplit tous les jours en scooter. Si les éleveurs des pays chauds avaient des voitures, ils entasseraient sûrement les cochons dans le coffre arrière, ou sur le dessus, comme les vélos, mais les éleveurs en général n’ont que de vieilles bécanes pleines de rouille, alors ils fourrent les cochons dans une cage à l’arrière, et c’est bien, parce que, comme ça : [Diapo 2] Les cochons peuvent sentir le vent sur eux - avant de mourir, conclut-elle, grandiose! Cependant, pour que les cochons ne tombent pas accidentellement de la cage verrouillée, les éleveurs les ficellent ensemble. Ou plutôt les roulent, comme des sushis. Voyez. » [Support visuel] Prodigieuse, elle aligne tout un tas de cochons miniatures en pâte sur le pupitre et forme un peloton d’exécution serré. Elle souffle, puis ses doigts s’affairent, tournent le premier cochon sur le suivant, etc. Toutefois, le procédé ne se fait pas sans gâchis : l’effort dans ses pouces est trop grand, trop vif. Les cochons sont malaxés. Plusieurs sont amputés sans relâche, assez pour n’être au final qu’une étrange bouillie de gomme rose dégoulinant le long de ses deux mains jointes et tremblantes. On la hue platement. C’est une histoire qui de toute évidence ne se peut pas. Non, dit-on, les cochons ne sont pas faits pour sentir de telles choses


que le vent sur eux. Assise où elle est, n’essuyant pas son visage qui coule, mais les éclats de cochons sur sa robe, elle dit qu’elle n’aime plus du tout les pays chauds, finalement, et je n’ai pas d’autre choix que de la croire sur parole.


Les langues sales Le mot à dire des réviseures 57

Maude Nepveu-Villeneuve et Caroline Dault

Réviser de la littérature exige de nous un doigté particulier et, surtout, une souplesse digne de Nadia Comaneci. Parce que la littérature prend la langue, la tord et la retourne à sa guise. Parce que les auteurs s’emparent des règles de grammaire et de l’orthographe d’usage et en font de la plasticine. Parce que « plasticine » est un anglicisme, mais que, comme il porte la couleur particulière du mot d’enfant, du québécisme, du langage populaire, on aime ça et on le garde. Nous voulons connaître les règles jusqu’au bout de nos ongles, puis les remettre en question avec vous dans chaque numéro. Passionnées de français en tout genre, nous aimons le français québécois pour son inventivité, sa vitalité et sa débrouillardise qui va jusqu’à conjuguer ses jurons. Nous possédons une langue salie par l’anglais déformé, par les régionalismes étranges, par les impropriétés usées – et loin de nous l’idée de vous la laver avec du savon. Nous voulons au contraire l’observer telle qu’elle est et l’interroger. Nous voulons nous demander si, justement, ce n’est pas cette saleté, celle des mots qu’on câlisse à bout de langue et qu’on déconcrisse à tout bout de champ, cette saleté si colorée, qui fait son charme si particulier. Embarquez-vous? CAPSULE 1 : Appelons un chat un chat S’il vous arrive, devant toutes les subtilités du français, d’avoir envie de donner votre langue au chat, sachez toutefois que vous ne devez en aucun cas laisser celui-ci sortir du sac. En effet, cette expression, considérée comme un anglicisme, serait la traduction littérale de to let the cat out of the bag, à laquelle les grands de ce monde nous demandent de préférer découvrir le pot aux roses.


On fixe l’origine de to let the cat out of the bag au 16e siècle, alors que les marchands substituaient un chat à un porcelet dans un sac qu’ils vendaient frauduleusement aux pauvres paysans affamés de viande porcine. Quand le chat sortait du sac, on découvrait la vérité, évidemment. Découvrir le pot aux roses a pour sa part quelques rides supplémentaires : les linguistes situent son origine au 13e siècle. L’histoire la plus couramment acceptée est celle selon laquelle découvrir aurait eu l’acception de « dévoiler, soulever ce qui couvre quelque chose » et le pot en question serait celui dans lequel les dames mettaient leur fard et qui contenait, par conséquent, le secret de leur « éternelle jeunesse ». Certes, le cochon n’est pas plus anglais que le fard n’est français. Cependant, quand une expression nouvelle tente de s’introduire par effraction dans la langue française, on la déclare interdite si un équivalent la précède linguistiquement et historiquement parlant. Voilà. Vous avez découvert le pot aux roses. Et si vous voulez notre humble avis, il n’y a pas de quoi fouetter un chat avec ça!


Étudiantes et étudiants de l’UQAM, Main Blanche est votre tribune littéraire! Vous pouvez soumettre votre texte en tout temps à l’une des trois sections : Création (libre) (maximum de 9 200 caractères) Dossier (création - selon le thème) (maximum de 9 200 caractères) Critique (essais, etc.) (maximum de 13 800 caractères) Envoyez vos textes à l’adresse suivante : mainblanche@gmail.com Le texte doit être de format .doc ou .rtf. N’oubliez pas d’indiquer votre nom ainsi que votre adresse courriel! N.B. Les textes sélectionnés sont révisés avec les auteurs avant publication. Au plaisir de vous lire! L’équipe de Main Blanche www.revuemainblanche.wordpress.com

Prochaines dates de tombée : Migratoires : 23 novembre 2009 Rhizomes : 19 février 2010


volume 15 | numéro 02 | novembre-décembre 2009

pour Bianca Dominic Thibault 15 Extraits de squisse Pier-Alexandre Arial 21 Mon cœur, mon - Reportage de Salvatore Argento pour la hegiani 31 Une rive entre deux ponts Damien ndemains colorés Ariane Gagnon 49 Ménage : Pantin d’argile. Sculpter l’aurore Audrey s sales Maude Nepveu-Villeneuve et Caroline Dault

novembre-DÉCEMBRE 2009 Volume 15 Numéro 02

13 À toi qui rêves Kevin Cordeau 14 Poème p l’immensité Marc-André Durocher 19 Tendre es dinosaure Virginie Blanchette-Doucet 24 L’IDOLE Revue française d’archéologie Natale March Blass Bouchard 47 Molesse Joëlle Comte 48 Len du printemps Édith Paré-Roy 50 Animations : Gauthier 52 Cochons Simon Arès 57 Les langues


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Vol 15 no 2 : Dossier « Plasticine » by Revue Grands Espaces - Issuu