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VOL 23 NO 1 : Maison

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v 2 3 • n 0 1 • É 2 0 18

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r e v u e l i t t é r a i r e d e l’ u q a m


Maison


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Partagez la revue, faites-la résonner entre vos murs et circuler dans les lieux communs.

Bonne visite.

L’équipe de Main Blanche

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Maison. Ce sont des dizaines de textes qui nous sont parvenus avec une évidence: la maison nous plonge dans le plus loin, dans les questions d’enracinement que l’on ne résout jamais vraiment. En cohabitant entre ces pages, les auteur.e.s ont bâti ensemble une maison tout en nuances, remplie de pièces sombres ou lumineuses, voire ludiques. C’est une maison faite de tours, de cathédrales, de bois consumé par le feu et rebâti par les mots.


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tab le des m ati èr es

9 Ces m ai sons qu i m ’habiten t

Philippe Archambault

15 Il n’y au ra p lu s d’hiver

Nelly Desmarais

21 Ma m ai son e st u ne robe de br iq ue

Jennifer Bélanger

33 Pli e r le s m u r s

Clara Lamy

39 Sau vages

43 5 W3 0

Julien Beaupré

47 Les h eu res allon gées

Kristina Gauthier-Landry

51 1 2 9 ru e Not re-Dame

Julie Desautels

57 Carnage

Clara Lagacé

61 Ma m ai son de ve nu e car to n

Stéphanie Robillard-Sarganis

65 Partou t ch e z vou s ch ez vo us wo r l dwide

Marc-Antoine Blais

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Camille Hétu


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Philippe Archambault

9 PrĂŠface

Ces ma is o n s qu i m ’h ab i tent


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Il y a sur le rang Ste-Rose une grande maison blanche au toit vert. Elle est flanquée, à sa gauche, d’une forêt plantée par un homme qui aimait les arbres, puis, à sa droite, d’un terrain de soccer. L’entrée de la cour est gardée par un majestueux peuplier. Derrière la maison se trouve un corps de vieux bâtiments de ferme. Seules l’étable et la grange à foin sont en état. Dans l’ancienne étable, une écurie a été aménagée. Au fond du terrain boisé, juste avant les champs de maïs, il y a un jardin et un étang. Dans l’étang, il y a des barbotes et le grand héron. Dans le jardin poussent les groseilles, les gadelles, les fraises et les framboises parmi les légumes et les fleurs. Dans le box en pruche, il y a un quater horse qui répond du nom de Chopin. La grange à foin est le repaire des araignées poilues et des ratons laveurs. Le peuplier abrite la foudre et les corneilles de passage. Une mite traine sur le terrain de soccer, tandis qu’au cœur de la parcelle forestière, un homme et un garçon plantent un bouleau semi-pleureur.

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Dans la grande maison blanche au toit vert, il y a ma mère vivante; il y a toute mon enfance. J’ai quitté le lieu de ma naissance lorsque j’avais onze ans. Quelques années plus tard, je suis passé devant sans même ralentir. Les arbres de mon père avaient grandi. La maison me parut inchangée. Je n’y suis jamais retourné. Sauf en rêve et en rêverie, bien sûr. La maison où j’ai vu le jour, celle qui me donna la mesure de l’espace et du temps et par laquelle je devais découvrir le monde, m’habite comme au premier jour. J’y suis encore. Depuis que l’enfance a recommencé sous l’aspect d’un blondinet haut de trois pommes, des pans entiers me reviennent, bouleversants de clarté, des odeurs de tourbe et d’os moulu, l’éclat visqueux de la barbote et la prudence du geste pour la saisir, le pollen du peuplier comme une bordée de neige au mois de mai, puis l’image de ma mère en train de cuisiner, et son regard qui me surprend la regarder. Mon fils me fait rêver à mon enfance. Un jour, je l’emmènerai. Je lui conterai les histoires de la grande maison blanche au toit vert. ***


2845 rue St-Paul. J’ai appris l’adresse de mes grands-parents maternels comme une ritournelle. De l’écrire, il me vient l’envie de la chanter. Longtemps leur maison a été une fête, longtemps après l’enfance, même au plus sombre des jours, j’y ai trouvé asile, comme si entre ses quatre murs je séjournais au creux de l’insouciance. Rien dans l’architecture du 2845 rue St-Paul ne laissait présager une telle vertu. C’était un bungalow, un modèle avec carport, que mon grand-père avait construit alors que le quartier (la Providence) ressemblait encore à un village. Derrière la maison, il y avait un minuscule terrain avec un cabanon, une balançoire (trois places), deux pommiers et des fleurs pour ma grand-mère. Ma grand-mère régnait doucement à l’étage, passant le clair de ses heures dans sa cuisine. Je suis encore là avec elle, toujours assis, rivé pour l’éternité au tabouret du bout de la table, à manger, à parler, à rire, à jouer aux cartes, à me sentir roi d’un pays aimé et amoureux. Un pays où il y avait une armoire à bonbon et une armoire à chocolat. Je suis toujours là à observer ma grand-mère, à guetter le moment où elle va se retourner pour me dire : « Appelle ton grand-père, c’est prêt. » Et moi de crier dans l’escalier « grand-pa’, viens manger! »

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Mon grand-père avait élu domicile au sous-sol où il vivait en bonne entente avec les éléments. Par d’autres moyens, mais comme ma grand-mère, il passait son temps à transfigurer les matériaux les plus divers. Il pouvait tirer un couteau de l’acier ou une commode du pin blanc. Dans son atelier – sa boutique, disait-il –, les matières premières, les objets et le mobilier se confondaient pour former un paysage naturel. Quand mon grand-père n’était pas à patenter, il se reposait parmi sa collection d’armes et de reliques militaires à laquelle s’ajoutaient un grand-duc empaillé, des griffes d’ours, une mâchoire de requin et des sauterelles africaines dans le formol. Longtemps le 2845 rue St-Paul a été une fête, jusqu’au jour où ma grand-mère a commencé à disparaitre, effacée peu à peu par l’Alzheimer. Puis, mon grand-père est tombé malade; il ne devait jamais se relever. Pendant un été, ma sœur et moi, exécuteurs testamentaires et liquidateurs, avons exécuté et liquidé. Liquider les vestiges d’une vie commune – cinquante-sept ans passés sous le même toit. Je me souviens d’un jour caniculaire d’aout, j’étais à débarrasser le grenier où je mettais les pieds pour la première fois. Tout au fond, ayant atteint la dernière – donc la première – strate d’objets, j’ai découvert des boites grises de poussière. Elles contenaient le linge d’enfant de ma mère. Une colère immense, archaïque, venue de l’enfance, s’est emparée de moi. Il y a des choses qu’on ne devrait jamais garder. Le jour de la vente, j’ai fait un dernier tour du 2845 rue St-Paul. Au long des pièces vides, dépouillées, j’ai été happé par l’indifférence absolue des lieux. L’âme – le feu – n’était plus. Une maison tient à cela, à cette flamme évanescente des êtres, à cet amour fondateur qui façonne et anime les lieux.


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il n ’ y a u r a p lus d’h i ver Nelly Desmarais


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c’est dans le décor d’une chambre ordinaire que j’ai appris la présence avec ton corps comme horizon je ne pouvais plus faire semblant

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un lit posé au sol un appartement sombre


ton dos une montagne à grimper avec ses promesses confuses ses sommets 18

nous promenions nos mains nos bras d’un lit à l’autre quelque part entre nos rues il neigeait


sous les blancs j’ai touché des choses dures des coquilles, des noyaux je les ai ramassés étalés sur la table

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j’ai vu la nuit l’envers le calme et le froid


en chemin j’ai appris à tomber

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la déchirure du muscle le craquement des vertèbres mon crâne sur l’asphalte puis tu m’as dit que tu partais à présent je sais qu’il n’y aura plus d’hiver


Jennifer BĂŠlanger

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M a ma is o n est u ne r o b e d e b ri qu e


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Je commence à disparaitre le jour de ma naissance. Le kodak impose une première distance entre ma mère et moi. Son regard passe à travers le filtre et me ravit. De mon enfance, il ne reste que très peu de photos de moi. Je cherche l’incendie qui aurait brulé les albums vides. Il n’y a personne pour documenter ma venue au monde, comme l’on collecte les traces de quelque chose qui doit survivre à la mémoire. Je dois ainsi devenir archéologue de mon existence. Revenir sur les lieux de ma naissance comme l’on revient sur les scènes de crime. Procéder à une autopsie de ma chair. M’ouvrir, toute entière. Me vider pour me reconstituer. Me perdre violemment dans une délicate mise à mort.


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Mon père quitte la maison lorsque j’ai neuf ans. Ce qui s’est passé avant cet âge-là, je ne m’en rappelle presque plus. Il y a le chat, la balançoire, les jeux qui consistent à noyer les fourmis, la petite jupe fleurie, les jouets en plastique, le voisin qui s’appelle Kevin. Nos peaux rouges de trop s’être couchés sur la laine minérale qui traine dans son sous-sol.


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Je me promène d’un lieu transitoire à un autre pour oublier que j’habite une maison continuellement en feu.


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Sur les quelques photos qu’il me reste de cette époque, je suis demeurée floue, échappant à l’objectif. Difficile à saisir, à attraper. Je cours partout, je tombe souvent. Je me déchire en plaies ouvertes. C’est là ma première expérience de l’entre-deux. J’ai un intérieur que je veux montrer. Je n’ai plus de frontières. Mon enfance et mon adolescence se tiennent dans cet espace médian que j’habite pour échapper au réel. Corps entaillé, je veux gratter ma honte jusqu’au sang. Je suis encore une enfant quand je commence à imaginer ma propre mort.


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Chez ma mère, la vieillesse est venue tôt. Elle a toujours eu ce visage dévasté. Elle a connu la vieillesse que lui a laissée ma grand-mère. Cette chose qui se lègue de femme en femme, dans ma famille, est la beauté des ruines qui s’accrochent à la peau.


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Hantée, ma mère n’est jamais seule. En elle, il y a de petites filles à consoler. Elle passe beaucoup de temps à s’endormir. Le jour comme la nuit, elle est là, somnambule, entre le sommeil et le réveil, entre la présence et l’absence. Je crois que cette inaccessibilité la protège de nous, des hommes qu’elle rencontre, qu’elle n’aime pas, mais qui restent dans la maison pendant des années. De ces hommes, je n’ai que le souvenir de ma colère qui, contre eux, s’est transformée en dispositif de résistance. Les murs de la maison n’existent plus. Ils viennent de l’extérieur et emportent tout avec eux. Il n’y a plus de limites entre le dehors et le dedans. Nous, les trois petits cochons. Eux, les grands méchants loups. C’est une vieille histoire.


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Je me placarde dans ma chambre. Loin de leur regard. Loin de leur violence. Loin de leur désir de destruction. Je me crois invincible. Je pense avoir toujours ce pouvoir d’éviter les assassinats.


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Vouloir devenir la deuxième peau de ma mère afin de la protéger des coups. Mais comment être une seconde peau alors qu’elle n’en a pas ? Je tombe en elle. Sa chair ouverte, béante. C’est englouties qu’elle et moi cherchons à nous éloigner.


Depuis, je porte une robe de violence. La maison brule toujours.

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Je n’arrive pas à écrire sur la bouche de ma mère : une maison en brique sans sortie de secours. Les cris font exploser sa peau. Je récolte les débris, un à un, et les agrafe sur mon corps.


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P lie r le s mu rs Clara Lamy


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je dis maison et je monte en barricades en cathédrales les mains au ciel

pour retenir ma chute — un velours petit carré de tissu plié que je garde dans ma poche j’entre par le monument oublié à tâtons lumière faible tout au bout du monde une disparition six-mille petites maisons de papier

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je rapaille mes envies mes trois meubles de bois chaise table lit chêne immense


je retiens mon souffle — je pense refuge et main sur mon visage une racine coupée fruit laissé sur le comptoir corps effacé sur la chaise ton odeur au creux du ventre est maison ce brouillage est maison ce que je peux compter sur mes doigts mais je ne sais pas choisir 36

alors je deviens corps volatil repousse tes mains qui me montrent où je romps fends craque ce que tu laisses sous mes portes sous mes hivers s’infiltre dans la maison je ne sais pas comment partir comment plier les murs sans retenir le froid.


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Camille Hétu

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S a u vag es / AU STATU QUO


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on a construit une jungle entre quatre murs vert étouffant et cris d’animaux on y verse notre venin au compte-goutte de lianes en accrocs le brouillard de sueur m’empêche de te voir

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sauvages


au statu quo arrivés ici en fuite fatiguée l’amer d’un soir pris sur la peau resort sans sable pour nos têtes estuaires idyllique illusion des miettes entre les draps trouvé en boule devant le frigo ouvert froid vacillant comme spotlight de ton dédale 42

je t’ai pris en cuillère et hurlé dessus flatté ton dos et mordu ta main dormir à demi ton pour te garder béant rites du sommeil et remous d’insomnie notre fin quand les murs n’en pourront plus craquement de nos cris et rires jaunis et on manque notre départ semaine après semaine cloués au lit les yeux plissés, déni d’un matin sans vaisselle sale


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5W30 Julien Beaupr


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Gaston, qui est robot, dit à Oscar, son partenaire de swing robot, que ses propres articulations font squick squick. Oscar, dans sa chute – Gaston l’a fait tourner trop vigoureusement –, affirme qu’il est bien d’accord. Gaston offre d’aller acheter de l’huile avant que les magasins ne ferment. Oscar voudrait bien l’accompagner, mais il n’a pas encore touché terre. Gaston trouve l’excuse raisonnable et sort seul de son appartement. De son côté, Oscar trouve la chute bien longue à advenir. Il essaie de l’abréger en tournant sur lui-même. Il oriente ses jambes vers le sol et déplie les genoux. Ça fonctionne. Il est en équilibre, mais il a peur que la chute ne le reprenne plus tard, sans prévenir.

Oscar trouve le temps long. Le temps s’excuse. Il lui propose quelques activités. Oscar accepte de battre la mesure avec sa pince droite sur sa cuisse. Il ne sifflote pas, mais c’est parce qu’il n’a pas de lèvres. Il accélère le tempo sur ses cuisses et saute sur ses jambes le temps d’un petit numéro de claquettes qui fait regretter au gramophone de ne pouvoir accoler aux tac-tac rythmiques un petit solo de quelque chose. Les voisins applaudissent. Oscar en est bien heureux, les en remercie, mais ferme tout de même les rideaux. Le swing, il l’apprend encore, et il n’avait pas remarqué qu’on pouvait le voir tomber tout à l’heure. Ça le gêne. Il leur envoie quand même un au revoir chaleureux. Il s’ouvre la cavité-à-transport et déclare à voix haute qu’il va s’enduire les articulations tant qu’à faire. Les voisins, qui entendent tout par-delà les rideaux fermés, applaudissent à nouveau. Cela agace visiblement Oscar, mais il aimerait bien finir de s’enduire avant que Gaston ne le surprenne en pleine maintenance, alors il ne va pas fermer les volets. Les voisins, reconnaissants de ne pas s’être fait couper le son aussi, surveillent l’extérieur, au cas où, et finissent par crier : « Vite, il arrive avec sa pinte à lui ! » Oscar, le coude droit disloqué pour que l’huile y pénètre mieux, est en bien mauvaise posture. Heureusement pour lui, Gaston s’arrête sur le pas de la porte et demande aux voisins de répéter parce qu’il a entendu, mais pas compris. Eux prennent leur temps pour répondre. Ils ont un penchant pour Oscar, c’est évident. Alors, Gaston répète sa question pour ensuite se faire répondre : « Non! » N’insistant pas davantage, il franchit le pas de distance qui le sépare de la porte. Le son qu’elle fait en ouvrant couvre le bruit d’emboitement du coude d’Oscar et le silence, un peu bougon, sort de l’appartement en même temps. Gaston le laisse passer. Souriant, il salut ensuite son partenaire et lui signifie que ça sent l’huile, non ? Oscar est en mauvaise posture, il sait qu’il a oublié de ventiler la cuisine. Les voisins arrivent à la rescousse et crient : « Non! » Gaston hausse les épaules qu’il n’a pas.

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En attendant, il décide d’aller retirer le vinyle du gramophone qui, sans les bruits de pieds des danseurs, a perdu le rythme. Le silence remercie Oscar et s’immisce dans toutes les pièces en gourmand. Oscar n’aime pas trop que l’autre fasse comme chez lui alors que lui-même n’est qu’un invité. Alors, il dit à voix haute, mais pour lui-même, que c’est trop bête puisque de l’huile, il se souvient qu’il lui en reste un peu dans sa cavité-à-transport. Le silence comprend le message et laisse passer quelques sons comme les craquements de plancher. Oscar est satisfait et va s’assoir sur le canapé du salon sous l’enseigne au néon dont les courbes tracent un martini.


Gaston dit qu’il va aller s’enduire dans le garage. Oscar, qui n’avait pas pensé le faire dans le garage, trouve que c’est une chouette idée et ajoute qu’il va mettre de l’ambiance dans l’appartement en attendant. Il jette un peu de rouge et de bleu sur les murs qui s’occupent du mélange euxmêmes. La pièce, en mauve, est très jolie, surtout sous les néons. Oscar remet ensuite le disque sur le gramophone et oriente sa bouche dans le cornet. Il scande : un, deux, trois, quatre, un, deux, trois, quatre, et la machine saisit le rythme. Oscar chante trompette, piano, contrebasse, saxophone et la machine s’exécute. Les voisins répliquent : « Trombone! » Oscar transmet l’information et lance à travers les rideaux un merci que les voisins attrapent habilement. Gaston, d’en bas, dit qu’il arrive et il est là, mais, poursuit-il, en haut des escaliers, c’est ennuyeux parce que les murs du sous-sol l’ont suivi. Oscar regarde derrière son ami et voit effectivement les parois du sous-sol en haut des escaliers. Il pense bien que c’est par jalousie. Il leur lance du rouge et du bleu. Satisfaits, ils redescendent les escaliers.

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Alors, dit Gaston, on s’y remet? Oscar fait savoir que oui et s’approche de son partenaire, jusqu’à ce que leurs pinces s’emboitent. Les corps s’entrechoquent. Gaston fait tourner Oscar, comme il l’a fait avant de partir, et ce dernier garde son équilibre. Les voisins, qui imaginent la scène grâce aux sons métalliques, applaudissent. Gaston rougirait s’il le pouvait. Les tourniquets et les sauts continuent en élégance. Oscar, un peu vaniteux, décide qu’il est prêt à ouvrir les rideaux. Les voisins sont en extase. Gaston se sent un peu à l’écart, mais accepte les yeux avides du public sur l’autre. Les pinces se retrouvent et se font aller merveilleusement jusqu’à ce qu’une goutte d’huile s’échappe tout doucement du coude d’Oscar. Les voisins retiennent leur souffle. Oscar espère que Gaston ne verra rien et que l’huile prendra autant de temps que lui, tout à l’heure, à toucher le sol. Ça aurait été le cas si le plancher n’avait décidé de se surélever question de faire entendre le plouc plus fort et plus rapidement. Gaston remarque le lubrifiant et se dit que son partenaire n’est pas digne de ce nom. Oscar, qui a perdu l’équilibre, regrette d’avoir été découvert. Les voisins regrettent davantage. Dans son étourderie, il glisse sur la goutte que le plancher n’a pas voulu absorber. Le revoilà en train de tomber lentement. Gaston, après avoir fermé les volets, demande au plancher de faire durer la chute libre aussi longtemps que possible puis sort de la pièce. Oscar pense que si Gaston change de partenaire de swing, il ne s’en relèvera jamais.


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L e s h e u r e s a llongĂŠes Kristina Gauthier-Landry


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bientôt juillet les roses, le muguet sur la table de la cuisine les racines sècheront peut-être

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maudit avril a coulé fort les fleurs du tapis ont pris l’eau j’entre dans le jour comme on sort d’une douche pas d’serviette dégoulinée les cheveux frais lavés comme un air d’aller quelque part


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1 2 9 r u e N ot r e -Dam e Julie Desautels


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Jamais plus je n’enverrai de cartes d’anniversaire à cette adresse. La maison est vendue. Ne reste plus qu’à officialiser la vente chez le notaire. Je ne voulais pas y retourner, mais ma mère a insisté. « Tu vas le regretter plus tard si tu n’y retournes pas au moins une fois. » Regretter quoi, au juste? Devant mon refus, elle a insisté davantage en prétextant qu’elle voulait que j’aille y chercher le coffre à bijoux qu’elle avait oublié de prendre lors de sa dernière visite. Elle l’a fait exprès. Face à la lourde porte de chêne de la frêle maison de bardeaux blancs, j’hésite à introduire la clé dans la serrure. Je préfèrerais cogner, mais ce serait inutile. Jamais plus je ne verrai ma grand-mère écarter le mince rideau de dentelle crème voilant la fenêtre afin de vérifier qui est là. Jamais plus je ne verrai son visage ridé s’éclairer d’un sourire alors qu’elle m’ouvre la porte. Je me décide finalement à entrer. Le petit salon est plongé dans l’obscurité. Je fais lentement le tour de la pièce en ouvrant les stores. Presque rien n’a changé, si ce n’est des cadres aux murs qui ont été enlevés. Ils racontaient l’histoire de ma famille. Leur absence a laissé de grands cernes sur la tapisserie, témoins immuables de notre passé.

J’ouvre les portes des armoires, mais elles sont toutes vides. Je me souviens de la bonbonnière en verre, avec son gros bouchon de liège, qui était toujours pleine de jujubes. Mon grand-père veillait à ce qu’elle soit toujours pleine quand je venais en visite. Il faisait semblant de la cacher dans l’armoire la plus haute, même s’il me savait capable de l’atteindre en montant sur un tabouret. La boite à pain de Grand-Maman est toujours sur le comptoir, mais elle aussi est vide. Jusqu’à son départ, ma grand-mère la gardait remplie de biscuits. Biscuits secs, biscuits au chocolat, biscuits en feuilles d’érable. Lorsque je venais passer un après-midi chez elle, immanquablement, à 15h00 tapantes, elle se levait de son fauteuil, allait mettre l’eau à bouillir sur le rond du poêle dans son antique bouilloire en cuivre – elle avait toujours refusé d’en acheter une électrique – et elle sortait sa grosse boite à biscuits de la boite à pain. Elle me demandait ensuite si je voulais un chocolat ou un café et nous nous assoyions ensemble à la table. Elle, toujours au bout, dos au four, et moi, toujours à sa droite. Ensuite, elle ouvrait la boite à biscuits, en faisait l’inventaire, ne manquant jamais de me dire : « Il va falloir que je demande à ta mère de m’en racheter. » Évidemment, chaque fois la boite était pleine à craquer. Ma mère m’a dit que les nouveaux occupants avaient l’intention d’apporter de grands changements à la maison. Ils veulent abattre le mur qui sépare le salon de la cuisine afin de créer un grand espace ouvert, style loft. À mes yeux ce ne sera jamais un loft moderne au design avant-gardiste, c’est une maison centenaire faite de bois solide et robuste où les planchers craquent d’avoir servi de scène à tant de souvenirs. C’est mon refuge, mon deuxième foyer, là où je suis venue si souvent me poser lorsqu’adolescente, je trouvais le mien trop étouffant.

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Les meubles sont encore tous là pour que la maison n’ait pas l’air vide lors des visites, sauf la table de cerisier foncé que l’agente immobilière a jugé trop imposante pour la cuisine. « Elle est trop massive, ça rapetisse l’espace. » Mais moi, je l’aimais cette table. J’aimais qu’elle soit grande pour que toute la famille puisse s’y assoir les soirs de réveillon.


Les marches étroites de l’escalier escarpé grincent sous mon poids. Il n’y a que deux chambres à l’étage. Au fond, celle que ma mère et ma tante ont partagée lorsqu’elles étaient enfants. Devant, celle de mes grands-parents. En y entrant, j’aperçois aussitôt le coffre à bijoux sur le dessus de la commode. Je m’approche silencieusement, comme si je craignais de déranger quelqu’un. Mon index effleure le bois verni du couvercle avant de le soulever. Ma grand-mère n’était pas une femme coquette. Le coffre à bijoux ne contient que les perles que mon grand-père lui a offertes à leur cinquantième anniversaire de mariage, ainsi que leurs deux alliances.

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Je maudis ma mère de m’avoir envoyée ici. Je lève les yeux et mon regard se pose sur un visage qui me fixe, les yeux rougis et les joues inondées de larmes. Je ne la reconnais pas, cette jeune femme, dans le miroir, au-dessus de la commode. Je m’attendais à trouver la maison dévastée, ravagée par le départ de Grand-Maman. J’aurais voulu que la maison se révolte comme je me suis révoltée lorsque j’ai appris qu’il était trop tard. « Il n’y a plus rien à faire, elle est trop vieille. Elle ne survivrait pas à l’opération. » Un discours appris par cœur et répété à des centaines de familles en pleurs, toutes interchangeables à leurs yeux. Une fois à l’hôpital, Grand-Maman n’a rien voulu emporter qui lui rappellerait sa maison, ni son oreiller en plumes d’oie, ni sa robe de chambre en molleton. La maison est entrée en hibernation et elle a attendu son retour. Personne ne l’a prévenue qu’elle ne reviendrait pas.


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Ca r n age Clara LagacĂŠ


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allongée au centre une épave casanière entourée de linge sale l’estomac de ma grand-mère gronde à travers les années tic tac tic tac tic tac tac tac le veau beugle dans son clos le boucher s’en vient le dépecer

par-dessus la catalogne usée mes jarrets ma poitrine mon échine mes ailes coriaces attendent je connais la patience on sait se défendre de la foudre nous sommes seize nous sommes huit nous sommes quatre nous sommes deux

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tu approches te couches sur moi exactement sur moi


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M a ma is o n d e v e nu e carton StĂŠphanie Robillard-Sargani


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J’avais quatre ans. Presque ou tout juste, je ne sais plus. Le film Aladdin venait de sortir au cinéma. La belle époque. L’amie de ma mère était venue me chercher pour aller le voir. Je ne savais pas à ce moment-là qu’un tout nouveau monde m’attendait. On m’a reconduite chez moi. J’ai aperçu ma mère dans le salon, à travers le labyrinthe de boites de carton. Mon père était en haut et ma mère en bas. J’étais dans les escaliers qui séparaient le salon des chambres, entre les deux. Je voulais juste jouer à la maman, faire un pique-nique, me déguiser en clown et animer un cirque. Mon père est venu me rejoindre dans mon lit. Il me serrait fort dans ses bras. Deux humains parmi une mare de toutous. Il y avait la grosse panthère rose et trois de ses bébés. Je tentais de ne pas me noyer dans sa peine, mais il m’agrippait pour pouvoir respirer. Des cris, des larmes et un trou dans le mur: creusé avec son poing. Il l’a ensuite caché à l’aide d’un cadre. Avec le temps, le mur a été réparé. Pas nous.


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Marc-Antoine Blais

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Pa r to u t c h ez vou s c h e z vo u s wo rldwi de


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hyatt hilton le méridien ritz fairmount château laurier fairmount château frontenac club med barcelo westin hampton inn fairmount château montebello mgm grand new york new york venetian mirage bellagio bally’s excalibur caesars palace trump radisson ramada red lion red roof novotel wyndham crown plaza mariott des gouverneurs sheraton delta four seasons overlook motel 6 super 8 comfort inn holiday inn best western days inn les jours inn à l’ouest inn check-in inn piscine inn bubble bath inn séchoir inn miroir inn utero


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Av is à to u-te-s

Les qualités requises pour ce poste sont, il va sans dire, une excellente maitrise de la langue française, une très bonne assiduité dans le suivi des courriels et un désir de participer au projet « Main blanche ». Le poste est entièrement bénévole. Pour toutes questions ou pour envoyer votre curriculum vitae, veuillez écrire à notre réviseur en chef à l’adresse suivante : revision.mainblanche@gmail.com Au plaisir de vous compter parmi nous, L’équipe de Main blanche

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La revue littéraire Main blanche est à la recherche de collaborateurs et de collaboratrices pour constituer son équipe de réviseur-e-s.


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É QUIPE ET COLLABORATEURS ÉQUIPE DE RÉDACTION

Laurence Gagné Clara Lamy Jessica Legault Catherine Rousselle RÉ VISION

Anthony Morin-Hébert Meggie Deschambault ILLUSTRATIONS

GRAPHISME

Shed espace créatif LOGO

Jeik Dion CONTACT

Revue littéraire Main Blanche 405, rue Sainte-Catherine Est Pavillon Judith-Jasmin, J-1080, Montréal (Québec) H3C 3P8 514.987.3000 (3905) mainblanche@gmail.com mainblanche.uqam.ca

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Éloïse Labelle Joubert


SOUMISSION DE TEXTES

La revue Main Blanche accepte poèmes – en prose ou en vers -, nouvelles, micro-récits, fragments, essais, etc. Pour un même appel, il est possible de soumettre un maximum de 2 textes ou suites poétiques – ou de fragments. Chacun des textes soumis peut contenir jusqu’à 10 000 caractères. Pour faciliter le processus de collaboration entre auteur.e et éditeur.e.s, ainsi que le travail de réécriture qui en découle, ce critère devra impérativement être respecté. Le texte doit être de format .doc ou .rtf. Vous devez nommer le fichier comme suit : nom, prénom - titre. Processu s de séle ct i on et de r évisio n

À la suite de la période d’appel de textes, les membres de l’équipe de rédaction se réuniront afin d’effectuer une sélection. Une réponse sera ensuite fournie par courriel à tous ceux et à toutes celles qui auront soumis un texte. Les textes sélectionnés feront l’objet d’un travail de réécriture collaboratif entre éditeur.e.s et auteur.e.s. Afin d’encourager l’émergence de nouvelles écritures et de contribuer à la réflexion des auteur.e.s de l’UQAM, l’équipe acceptera de répondre aux questions des auteur.e.s quant au refus de leur texte. Nous attendons les textes à l’adresse courriel suivante : mainblanche@gmail.com


Tirage 500 copies. Dépôt légal à la bibliothèques et archives nationales du Québec. Main Blanche est la revue des étudiants et étudiantes en études littéraires de l’UQAM. Son contenu ne peut être reproduit, en tout ou en partie, sans une autorisation écrite. Chaque auteur est responsable des propos tenus dans son texte. Cette revue, financée par l’AEMEL-UQAM, l’AFÉA-UQAM et le Service à la vie étudiante, offre un espace d’écriture libre aux étudiants et se veut un organe de communication privilégié pour ceux-ci.


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Maison

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mainbl anche .uq am.ca


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VOL 23 NO 1 : Maison by Revue Grands Espaces - Issuu