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VOL 23 NO 2 : La fuite

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r e v u e l i t t é r a i r e d e l’ u q a m


Fuite


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et si la terre nous abandonne si le craquement des astres nous parvient de nouveau si le soir se déchire crépusculaire de sang je t’attendrai dans les débris de la fête là où fuit le monde en lumière

- Rose Eliceiry Là où fuit le monde en lumière

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pour toi seul à présent je retiens les cheveux du soleil creuse l’exact lit de ta présence dans la moelle des heures


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La fuite est le seuil. Et les voix de ce numéro montrent que rester ne suffit pas. Bonne lecture,

L’équipe de Main blanche

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La fuite. Celle par laquelle nous engageons notre parole dans le mouvement du départ. Un mouvement qui voudrait pouvoir se jouer de la fin, contourner le danger, l’appel du vide qui nous guette. Une peur qui façonne à chaque seconde le mensonge sur nos visages. La fuite, c’est « perdre une guerre dans un lit » – vers de Justin Roy qui fait écho d’une façon inquiétante à l’illustration d’Émilie Chamberland en couverture.


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tab le des m ati èr es

11 Ou vert u re de la ch ambr e sour de

Michaël Trahan

15 L’ap p e l h y p noti qu e du vide qu i nou s gu ette

Antoine Dussault

21 La vi tali té part i c ul ièr e des p éri ode s de d éc l in

Clara Lamy

Alizée Goulet

33 De s au tre s

Rosalie Ladouceur

37 Pa i n de su cr e

Camille Simard

43 Mém oi re s

Kristina G. Landry

53 Rectangle de lumièr e

Justin Roy

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25 De cou rse et de n uit


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(e xt rai t )

MichaĂŤl Trahan

11 PrĂŠface

Ouv e r t u r e d e la c h am b re sou rde


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toutes ces années les boîtes fermées tenues scellées j’ouvre les boîtes j’ouvre les nuits j’ouvre les jambes j’ouvre la chambre sourde mes oreilles se fatiguent au moindre bruit je tiens le fil l’étroit sortilège qui n’oublie rien le geste et le refus du geste l’ombre d’un acte joué puis effacé j’ouvre les boîtes je ferme les boîtes la vie est un fruit qui m’attend sur la table j’entre c’est le jour je m’assois c’est le jour mais je ne bouge toujours pas je pense aux boîtes la pensée me suffit la pensée est une opération la pensée est un mouvement elle existe comme les lèvres existent comme une pensée comme une boîte se ferme sans dessein sans intention sans le projet d’être fermée pour une nuit une heure un siècle fermée depuis 1295 l’année de ma première vie l’histoire connue perdue la voie de l’amour avant la mort la voie de l’amour comme un rêve jeté entre deux pages un livre oublié perdu retrouvé perdu et tenu à ses fantômes à l’événement d’un sens inaccessible mais plus réel que dix mille vies dix mille hommes dix mille femmes dix mille enfants dix mille millions de milliards de rêves dix boîtes ouvertes remplies fermées et fixées à la voix comme à un coeur un coeur très lent très beau et doux un coeur qui bat parfois pas toujours pas seulement un ange est une pierre est un ange et la cendre reste un doigt s’étire et la cendre remue rien ne brûle mais le mot au mur est un jeune homme qui pleure la nuit qui rêve de pleurer qui s’installe à la table le fruit vieillit le fruit de jour en jour s’élance s’enterre dans les blés puis revient toujours revient la chose malade et dit je tiens aussi à la douleur je tiens peut-être à la douleur plus qu’à plus qu’à quoi demande la femme et le cinéma reprend chaque fois chaque fois juste là précisément à cette parole et aux lèvres tendues plus qu’à ma propre vie répond l’homme comme par réflexe


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Antoine Dussault

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L’a p p e l h y p not iq u e du vi de qu i no u s g ue t t e


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Un trou est apparu dernièrement dans la couture de mon jean favori et il me semble qu’il ne cesse de s’agrandir entre chaque inspection. L’angoisse : je ne peux plus regarder ailleurs. Un jour, tous les ouvrages de la création sont rappelés à la fabrique du réel, où leur matière est dissoute, mélangée et recombinée en de nouvelles formes éphémères. Moi, j’ai l’impression absurde qu’en fixant mon attention sur cette fente obscène dans le tissu lisse de l’Idéal, je peux arrêter le cours du temps. Peutêtre mon pantalon attend-il, par pruderie d’esthète - parce que les oiseaux se cachent pour mourir et forcément les culottes aussi - que je m’en détourne afin de se livrer dans la grâce de l’intimité à son inexorable usure. Vieillir. Même en te concentrant, tu ne verras pas tes traits s’affaisser, tes rides se creuser et proliférer en deltas de ridules, tant et aussi longtemps que tu les contempleras dans un miroir. C’est bien beau, mais tu ne peux pas non plus te mirer pour l’éternité devant ton propre reflet en espérant que tes traits s’y statufient. À quoi ça te sert d’être jeune si c’est investi seulement à s’assurer que tu le restes? Il faut se détourner des miroirs comme des trous dans les culottes.

Lorsqu’à sept ans, à la question « quelle est ta plus grande peur ? » j’ai répondu « la mort », je ne pensais pas à une notion abstraite dont la connaissance m’eut été transmise du dehors, d’une œuvre de fiction par exemple, d’un atlas historique ou bien des circonlocutions d’un parent au sujet du « dernier voyage de grand-papa ». Je répondais plutôt d’une terreur profondément intime, d’une épouvante qui précédait tout référent linguistique. Ça partait d’un grondement orageux au fond des tripes et ça remontait dans mon thorax et ma gorge. Une peur absolument physique, presque mystique, d’autant plus éprouvante qu’elle me semblait innée, comme une maladie héréditaire. Cet affect particulier de la peur morbide n’avait rien à voir avec le processus qui prépare à la mort, soit le vieillissement et ses peurs attenantes : le flétrissement du corps, la multiplication des souffrances physiques, la perte de la mémoire et de l’autonomie, la diminution des capacités intellectuelles. La vieillesse m’était aussi étrangère que l’éros. J’étais aussi bien trop jeune encore, bien trop optimiste pour que ma peur soit liée à la frustration, à l’angoisse de ne pouvoir tout accomplir, comprendre, gouter avec les heures limitées qui m’étaient imparties. Ce dont j’avais réellement peur, qui me prenait au ventre comme une nausée le soir avant de m’endormir et s’agitait douloureusement dans mes entrailles, mon mal-de-mort, c’était le pressentiment du moment de rupture, de l’instant fatal où j’allais franchir la ligne de partage entre un monde où j’existais encore et un autre où la notion même du « Je » s’effriterait.

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Trop tard, le trou m’a happé. Ma conscience lui prête un paysage : une falaise, une paire de petits pieds à la fois timides et téméraires. C’est l’Appel Hypnotique du Vide qui nous Guette.


Imaginons une agora où la population d’une ville serait rassemblée pour discuter, débattre de sujets brulants, échanger des théories philosophiques, des ragots ou des souvenirs. Un clignement d’yeux, et soudain la foule entière a disparu. Y a-t-il jamais eu quelqu’un ici ou n’était-ce qu’un rêve ? C’est la fragilité de la conscience : un monde de désirs, d’opinions, de sentiments, d’archives, de compétences, qu’une défaillance du cœur ou du cerveau, même temporaire, est susceptible de précipiter dans l’inexistence. D’un instant où l’on se sentait être avec une certitude cartésienne, à un autre où l’identité de l’être à sa carcasse anime les débats ontologiques les plus houleux, il s’est passé concrètement si peu de choses qu’on est en droit de trouver risible l’admiration qu’ont certains pour l’édifice de la conscience humaine. Et pourtant, je reste persuadé que l’univers de mon identité contient autant d’objets que l’univers dit « réel ». La mort est alors, pour moi, une idée aussi effrayante que l’apocalypse. Plus, même : elle est la seule fin du monde qui importe vraiment.

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Mais je ne me questionne pas sur sa nature. Là où je détecte en moi un univers de richesses que mille vies successives n’auront pas fini d’explorer, la mort étend sur l’horizon un mur concret : elle rappelle à la réalité d’un néant durement égalisateur. C’est une certitude immature qu’aucune analyse logique ne saurait désamorcer, ne serait-ce que pour me permettre d’adhérer à l’humilité de l’agnostique. Je n’ai jamais eu la fibre religieuse, et ma famille n’a pas cherché à me l’inculquer. Je suis un athée honteux : je ne demande rien de mieux que d’être gouverné par une entité omnisciente dont les insondables desseins rendraient insignifiantes chacune de mes plaintes. Seulement, voilà, j’en suis incapable, c’est comme une allergie. Qui aime son allergie? Quel intolérant au gluten ne convoite-t-il pas, si ce n’est la bière ou le pain, tout au moins la liberté d’en consommer ? C’est l’absence du doute qui provoque l’effroi le plus glacial, et non la peur de l’inconnu, qui conserve toujours une part d’espoir offrant au sceptique la possibilité d’une issue. Je suis, au sujet de l’aprèsvie, tout le contraire d’un sceptique : athée religieusement, je subis ma conviction du néant comme une vision mystique. J’ose croire que mon vide n’est pas que le dommage collatéral d’une enfance trop facile en milieu moyen-aisé. J’avais tout juste atteint l’âge de raison que, déjà, je frémissais d’horreur sur mon matelas et faisais des cauchemars abstraits dont je me réveillais en sursaut pour ne plus m’en rappeler qu’au travers d’impressions obscures et oppressantes. Les encyclopédies, les romans, les professeurs m’ont tout simplement permis de classer mes idées noires sous différents chapiteaux linguistiques, mais le grondement orageux que j’entendais sourdre dans mon estomac tandis que ma raison se heurtait à l’Infini Rien ne m’a pas quitté : c’est lui qui m’accompagnait quand, à dix ans, j’ai compris la véritable nature du vertige. C’était au bord des falaises de Grand Manan, une île du Nouveau-Brunswick que je visitais avec mes parents. Le vide me donnait la sensation qu’il voulait m’aspirer et, par l’effet d’une curiosité malsaine, la facilité avec laquelle j’aurais pu m’abandonner à sa chute mortelle me captivait autant qu’elle me terrifiait. Ma vie ne tenait qu’à un pas, et de ce fait c’était l’univers infini de mon identité qui était en jeu, qui pouvait s’éteindre d’un seul effort de ma volonté.


Un trou est apparu dernièrement dans la couture de mon jean favori et il me semble qu’il ne cesse de s’agrandir entre chaque inspection, et je sais que le temps viendra bientôt où l’usure sera trop avancée pour que je puisse le porter. Le recoudre ne servira qu’à retarder le moment éventuel où je serai forcé de m’en débarrasser. En attendant, je constate l’élargissement inévitable de ce trou et me dis, à quoi bon se battre, ce jean est foutu, et il était foutu dès le premier jour, et celui qui l’a confectionné le savait fort bien qu’il était foutu, et tous les jeans dont j’aurai besoin au cours de ma vie sont déjà foutus. Que me reste-t-il à faire, alors, sinon plonger ? Plonger dans ce trou béant, pénétrer cette plaie, l’agripper à deux doigts et tirer, tirer de toutes mes forces, déchirer ce pantalon du genou jusqu’à la craque de fesses, le réduire en lambeaux, plonger dans ce vide qui m’appelle et taire ma conscience qui me répète que tout est vain de toute façon, que je ne suis rien, que je ne serai jamais rien, que mon univers intérieur est aussi vaste, riche et fascinant à mes yeux qu’il est éphémère et vain aux yeux du monde entier. Je nomme ce vertige du trou dans le pantalon, ce vertige en face du précipice, ce vertige devant le néant : l’Appel Hypnotique du Vide qui nous Guette. Certains et certaines d’entre vous l’ont peutêtre reconnu.

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Mais il n’y avait pas d’enjeux, me disais-je alors cyniquement : ce vaste espace de jeux, d’études et de découvertes qui m’habitait, que je chérissais et tenais pour précieux, était condamné depuis le premier jour. Peu importait alors que je le sacrifie à l’appel de la falaise ou que je le soumette aux conditions de l’âge et de la maladie, ma conception était engrenée dans un destin implacable et tout ce qui pouvait m’en rapprocher précocement exerçait sur moi une séduction mélancolique et féroce.


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Clara Lamy

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La v ita lit é pa rt i cu li ère d e s p é r io d e s de décli n


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la fuite la mise en scène de soi le mensonge la forme de ta vie les risques à prendre ton sourire plastique tes mains entre mes cuisses

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Liste : ce dont il faut parler


à moi le ciel orange couchée en dessous du béton à moi le sommeil blanc 24

je tire sur toutes les cordes voici le corps la nudité complète je suppose que tu aimes ça regarder la nuit se répandre pendant que je cherche ma peau


je cherche dans les lendemains une ligne de fuite brisée à reprendre je trouve une fatigue sur un visage scruté une fois une seule fois perdue comme les années en tas sur ma table

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dans les décombres les arbres ne se ressemblent pas à force de trier — il y a des histoires sans nom : une paire de bottes perdue dans un déménagement un appartement après l’orage d’été un corps sans racine sur le divan


entre mes doigts le psaume à perdre la peau en cape l’inventaire des départs un craquement à la fois 26

si je sens le cèdre retiens-moi, écoute mon souffle disparaître sans raison crier magie en forêt sur mon portrait de bête qui meurt sur le chemin


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D e c o u r s e e t de nu i t AlizĂŠe Goulet


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La lumière s’épuise au crépuscule nos jambes s’agitent l’heure tourne le monde bascule sous les couvertures et dans une histoire celle de notre évasion.

J’accepte ce soir-là toutes mes lunes à rebours pour un abat-jour de clandestines une nuit entière. Les yeux brouillés d’eau je m’avance en vertiges inconnus avec toi ce nous mobile en nattes mêlées et du bout de la langue ce qui touche l’air est pur vrai de défenses tombées. Pour aimer j’ouvre ma peau les frontières d’un sourire.

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Perchées au bout d’une phrase nos syllabes culbutent amorcent le voyage il se dessine sur tes joues rouges dans nos courses d’êtres soufflés.


Jumelles et buissonnières Je fends la forêt toi derrière les arbres les brisures de ciel les cailloux viennent à nous aspirés dans l’élan. Il n’y a plus de rues nos pas soulèvent la poussière animent nos cœurs unis. Nous répondons à l’appel de la course et les avertissements en clôtures fragiles cèdent à la fougue.

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Quand l’aurore s’annonce nous trouvons refuge au creux du sommeil nos yeux fermés anticipent la nuit. Tes ongles dans ma paume nous attendons et bientôt les ombres s’élancent nous les suivons. À l’orée du bois les herbes hautes pointent la lune. Nous devinons oui le chemin à prendre les jambes repliées les manteaux gonflent au-dessus des champs du lac en miroir de conte j’intègre le charme d’être à deux dans l’errance.


Quand nos visages reçoivent l’air humide des nuages des senteurs d’été accompagnent l’étiolement du rêve. Tu hésites. À l’heure des retours du rebroussement de l’exil je préfère l’abat-jour ta main dans la mienne. Je regarde tes jambes elles tremblent tu pleures en voyant les miennes sales et frêles. Les routes les chaussées disparues à la lumière de notre liberté tu sais moi pareil elles reviendront.

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Grisées de ciel et d’amour de venir au monde en sœurs étoiles Tu sais je sens le transport de la course et sa fin. D’ici l’avenir nous le voyons se marche en détours s’épuise contre les chemins les boulevards de villes en croissance.


Pour t’éviter la lutte transformer l’aventure en souvenir je donne tous mes soleils contre une ligne dorée vers la maison.

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Je vois le reflet un fil au fond du ciel en glissant l’azur exauce mon souhait. J’aperçois je souris la trace que tu suivras la sécurité d’y parvenir. Dans l’accueil l’eau noire écarte ses écailles le miroir s’ouvre j’y plonge sans me retourner je nage j’espère qu’à deux nous saurons raccorder le divorce du monde.


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D e s a u t r es Rosalie Ladouceur


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mais la peur accélère le temps de vos visages qui me bordent en plein jour paralysée de l’éveil et votre joug est anonyme et combattre dans le vide ne fait mal à personne en bordure du présent je ne distingue plus l’illusoire du réel dans le mensonge, votre emprise n’est pas dans le mensonge, rien ne m’atteint n’est nécessaire ni même n’existe


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dysfonctionnel, mon corps filtre plus que s’arme laisse passer les données toxiques j’aurai une fièvre sans raisons sans souvenirs penserai que c’est normal tous ces bombardements dans ma maison te sentir en moi, je suis ce que tu as semé prisonnière de ta cabane je ne serai jamais Alzheimer du bout de tes doigts qui pianotent les marques des autres nouées à mon grain et je me vois de loin devenir étrangère rapiécer les retailles de cet hymne infini


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Pa in d e s u cre Camille Simard


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Mes sacs trônent sur le pas de la porte. Je fais une dernière inspection de ma chambre, mes souliers déjà dans les pieds. Ma mère m’attend dans l’auto, prête à aller me déposer au point de rendez-vous de mes covoitureurs.

J’arrive au village épuisée par les conversations qui sont passées du banal au profond pendant le trajet (est-ce le propre de l’évasion?), mais ravie de retrouver un fleuve qui m’a tant manqué. La route a cependant été témoin de ma passivité : je n’ai jamais eu à mettre la main sur le volant. Rien pour aider ma cause : c’est un employé du camp qui doit venir me chercher à côté de l’église. Je suis aussi dépendante que mes campeuses de 10 ans. Si elles savaient... Je me protège de la pluie dans le seul magasin ouvert à la brunante le dimanche. Le mur de DVDs est entre les chips et les revues. Dépanneur et club vidéo sous la même enseigne. Je suis en terrain connu. * Le chemin dans le bois est cahoteux. Je devine des érablières dans la forêt. Ça me fait drôle de penser que ce territoire a son propre emploi du temps le restant de l’année. Et après je me trouve bête de penser ça, moi l’urbaine qui trompe sa ville pendant l’été seulement. Lorsqu’on arrive au camp, une légère bruine s’est installée sur le lac, un cas de corne de brume s’il y avait eu des embarcations sur l’eau. Le vert des arbres est particulièrement tendre, comme s’il avait été préservé pour nous accueillir. La porte de l’accueil s’ouvre et se referme aussitôt en claquant, maltraitée par les employé.e.s affairé.e.s à ajuster leur grille d’activités. Partout où je pose les yeux, des visages familiers. Est-ce l’été de trop?

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*


On pagaie, on pagaie Mais où t’as mis les pagaies Sur le grand cocotier Mais les crocos les ont brûlées «Tu seras tellement fatiguée le soir que tu ne penseras même pas à nous!», «Je t’ai acheté deux sortes différentes de chasse-moustique.», «Chanceuse, j’aurais tellement aimé vivre cette expérience à ton âge!». Les enfants reçoivent les recommandations de leurs parents sans broncher. Je suis Annie Ernaux dans Mémoire de fille. 40

* Odeur de soupe. La file à l’extérieur de la cafétéria, la chanson pour entrer dans la cafétéria, la chanson pour monter les marches de la cafétéria, la file à l’intérieur de la cafétéria, la chanson pour mettre de l’ambiance à table, la file pour les toilettes, la file pour les crudités, la chanson pour accueillir le groupe des garçons. Chaque déplacement corporel est le prétexte d’une nouvelle chanson et d’une nouvelle file. Les codes sont partout. Du haut de son appareil photo jetable, la petite Charlotte me photographie en train de manger mon dessert. Le camp... Suis-je en train d’honorer, malgré moi, un héritage catholique, scout voire paramilitaire? C’est maintenant l’heure du Grand Jeu et je m’assure que mes campeuses aient toutes un chapeau ou une casquette sur la tête.


Un énorme tube de pâte à dents, une lampe de poche, une gamelle complète, un savon, une bouteille de shampoing de 500 ml, dix t-shirts et autant de paires de shorts, un pyjama, deux paires de sandales, deux paires de souliers fermés. Je me rends à l’évidence: mes campeuses sont en série, leur matériel est interchangeable et l’envie me prend de mettre en commun leurs effets personnels ou d’aller les distribuer loin, très loin, aux enfants dans le besoin...

Le jour n’est pas tombé que le feu ne crépite déjà plus. L’heure du coucher. Leurs odeurs, leurs sons, leurs odeurs, leurs sons, les froissements de leurs sleeping bags. À l’unisson. C’en est trop. Elles m’écœurent. Elles ne s’en rendront même pas compte. Je referme la porte délicatement derrière moi. Au sortir du dortoir, le lever du soleil est magnifique sur le lac. Comment aurait-il pu être autrement? Je soulève difficilement le canot. Petit fracas. Chut! J’intègre l’embarcation sans trop de difficulté et surtout, sans veste de sauvetage. On pagaie, on pagaie, comme s’il n’y avait pas de lendemain. J’incarne un mauvais remake de la chasse-galerie, mais je m’en fous. Les coups en C s’enfilent et l’horizon est ma seule destination. Elles savent que le déjeuner est à 7 :45.

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*


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M ĂŠ mo ir es Kristina G. Landry


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I.

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tu es née berçante devant le châssis à regarder une route où personne ne passe jamais un facteur ou un laitier you are my sunshine my only sunshine Sainte-Marie du lait Carnation délivrez-nous des douze bébés qui dorment en haut pendant que brûlent les Matinée King Size à perte de vue


II.

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tes berges s’érodent à la pelle en cachette un vent de dos tourné bientôt la maison se détache et l’Île d’Anticosti n’est presque plus un mirage


III.

une belle journée propre et blanche comme tes cheveux après le bain la cafétéria du troisième c’est comme la messe tout le monde en rang on ouvre la bouche sauf que personne se rappelle des paroles

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chez vous c’est dimanche peu importe le jour


IV.

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lentement tes mailles s’étirent ça nous fait un beau châle entre deux brassées de pâle une poignée de chocolats passés date je les mange pareil devant la bay window et les photos fatigue que tu me montres en boucle


le matin te divise en archipels on saute d’un rire à l’autre sur tes rives rousses tu pointes les coquillages que tu trouves les plus jolis nous revenons vers quatre ou cinq heures avec le ressac

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V.


VI.

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le temps se trompe de bord l’aiguille des minutes remonte à l’origine ce moment où tu ne portais rien ni jupe ni peine ni rien


bientôt la marée monte entre nous le rêve impossible de rentrer à pied

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VII.


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R e cta n g le d e lu m i ère Justin Roy


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écoute levant l’index dans mon temps l’ongle grattait la mémoire très pauvre pas riche entre guillemets j’entends difficile différent du thé des lèvres bougent la poussière pleure et mes pouces ennuyés chassent des hommes un pilote informatique dans un smog rooibos pianote des bombes coccinelles du Japon je te licherais le tu me prendrais par

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oracle mère-grand si les mots pouvaient au sens large se souvenir de moi est-ce que les images dans ma langue interviendraient


jolis missiles à répondre qui n’exploseront jamais car les ailes sales du guerrier entre Nagasaki et Ville-Marie rêvent d’une valse vraie le temps d’une paix

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sodium oxygène les discours vagues je veux dire comme des travaillent mes doigts parfois en public me rendent banal me noient une tiède seconde de vingt-quatre heures je sais gaspiller est une activité qui n’est pas verte mais quand le jour gris s’étire que les histoires se fanent que les hommes déçoivent je recycle sans retenue les entrailles du rectangle car désormais lui seul déplace mon sang


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mes sœurs sans rire j’avais vingt ans quatre pulpes quelques huards à voler l’ivresse du mollusque une consigne pour un voilier FourLoko limonade à l’aube jus d’adultes acides où sans enlever leur peau les solitudes zestes fructifient avancer l’heure se faire un ami dans la rue entre fonte et flocon perdre une guerre dans un lit lisant des semelles les trottoirs fendus distribuaient des manifestes le papier en flamme mes yeux en fleuve Saint-Laurent


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Av is à to u-te-s

Les qualités requises pour ce poste sont, il va sans dire, une excellente maitrise de la langue française, une très bonne assiduité dans le suivi des courriels et un désir de participer au projet « Main blanche ». Le poste est entièrement bénévole. Pour toute question ou pour postuler, veuillez écrire à l’équipe à l’adresse suivante: mainblanche@gmail.com. Au plaisir de vous compter parmi nous, L’équipe de Main blanche

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La revue littéraire Main blanche est à la recherche de collaborateurs et de collaboratrices pour constituer ses équipes de rédaction et de révision.


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ÉQUIPE ET COLLABORATEURS ÉQUIPE DE RÉDACTIO N

Laurence Gagné Rosalie Ladouceur Clara Lamy Catherine Rousselle RÉVISION

Rosalie Ladouceur Catherine Rousselle Illu st rat i on : Couver tur e 61

Émilie Chamberland GR APHISME

Shed espace créatif LOGO

Jeik Dion CONTACT

Revue littéraire Main Blanche 405, rue Sainte-Catherine Est Pavillon Judith-Jasmin, J-1080, Montréal (Québec) H3C 3P8 514.987.3000 (3905) mainblanche@gmail.com


SOUMISSI ON DE TEXTES

La revue Main Blanche accepte poèmes – en prose ou en vers -, nouvelles, micro-récits, fragments, essais, etc. Pour un même appel, il est possible de soumettre un maximum de 2 textes ou suites poétiques – ou de fragments. Chacun des textes soumis peut contenir jusqu’à 10 000 caractères. Pour faciliter le processus de collaboration entre auteur.e et éditeur.e.s, ainsi que le travail de réécriture qui en découle, ce critère devra impérativement être respecté. Le texte doit être de format .doc ou .rtf. Vous devez nommer le fichier comme suit : nom, prénom - titre. Processu s de séle cti on et de r évision

À la suite de la période d’appel de textes, les membres de l’équipe de rédaction se réuniront afin d’effectuer une sélection. Une réponse sera ensuite fournie par courriel à tous ceux et à toutes celles qui auront soumis un texte. Les textes sélectionnés feront l’objet d’un travail de réécriture collaboratif entre éditeur.e.s et auteur.e.s. Afin d’encourager l’émergence de nouvelles écritures et de contribuer à la réflexion des auteur.e.s de l’UQAM, l’équipe acceptera de répondre aux questions des auteur.e.s quant au refus de leur texte. Nous attendons les textes à l’adresse courriel suivante : mainblanche@gmail.com


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Tirage 500 copies. Dépôt légal à la bibliothèques et archives nationales du Québec. Main Blanche est la revue des étudiants et étudiantes en études littéraires de l’UQAM. Son contenu ne peut être reproduit, en tout ou en partie, sans une autorisation écrite. Chaque auteur est responsable des propos tenus dans son texte. Cette revue, financée par l’AEMEL-UQAM, l’AFÉA-UQAM et le Service à la vie étudiante, offre un espace d’écriture libre aux étudiants et se veut un organe de communication privilégié pour ceux-ci.


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Fuite

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mAinbl Anche .uq Am.cA


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