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Vol 21 no 2 : Le malaise de l'art contemporain

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r e v u e l i t t é r a i r e d e l’ u q a m


Ma in b la nch e Revue littéraire de l’uqam


Le malaise de l’art contemporain


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É d ito r ia l Main Blanche


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Éditorial 9


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Mot d e la r ĂŠ dacti on Main Blanche


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Nous ne soulignerions surement pas ces liens somme toute évidents entre les thématiques du parasitage et de la technologie si un évènement fort improbable n’était pas survenu. Sans que nous en ayons conscience, nous avons republié, dans notre parution automnale 2015, un texte (légèrement modifié) de Vincent Beauchemin qui avait été publié dans une édition de Main blanche datant de 2006. Peu de temps après notre dernier lancement, deux sources différentes l’ont souligné avec étonnement : un courriel envoyé par Vincent Beauchemin, nous demandant les raisons de cette republication inattendue puisqu’il n’avait rien soumis depuis des années, ainsi qu’une critique de notre lancement, publiée dans Artichaut.mag par Catherine Garneau , où l’auteure remarquait le duplicata. Nous avouons être resté-es sans mots, bien que profondément intrigué-es par ce mystère. Notre processus de publication ne nécessite aucune entente contractuelle, ce qui n’oblige ni rencontres formelles ni validation d’identité (cet évènement nous forcera à revoir nos méthodes). Ainsi, la véritable identité du « faux » Vincent Beauchemin demeure inconnue, masquée par les rouages de la technologie, réduite à une adresse courriel. Mais voilà que nous ne pouvons plus nous empêcher d’élaborer des hypothèses sur cette mascarade (thématique du numéro paru en 2006), puisque ne rien voir obsède. Faut-il soupçonner l’auteure de la critique, qui avait lu « par hasard » de vieux numéros de Main Blanche juste avant les fêtes? Faut-il plutôt blâmer une personne de son entourage, Vincent Beauchemin lui-même pour avoir orchestré ce canular, ou même l’un-e des auteur-es du présent numéro? La game de Clue peut se poursuivre encore longtemps. Peu importe, le jeu textuel est là, et les questions théoriques qu’il propose sont riches. Dans un article intitulé « Le canular, une pratique renouvelée par le web », Simon Brousseau affirme que « le canular est une pratique mensongère porteuse de vérité, dans la mesure où elle tient toujours un discours critique sur l’objet de la supercherie ainsi que sur les gens qui se font prendre au jeu . » La duplication du texte de Vincent Beauchemin peut en ce sens être comprise comme un acte subversif, mettant en lumière un discours critique sur le droit d’auteur-e, la technologie et la lecture. Quelles que soient les intentions du faussaire, il aura finalement exécuté une performance littéraire avec brio. Nous remercions la clémence de Vincent Beauchemin, qui a accepté gentiment cette republication, et les changements qui avaient été apportés par son doppelgänger.

1 Catherine Garneau, « Ne Rien Voir Obsède. Lancement de la revue Main Blanche au Quai des Brumes », Artichaut.mag, [en ligne] http://artichautmag.com/ne-rien-voir-obsede-lancement-de-la-revue-main-blanche-au-quai-des-brumes/, (page consultée le 14 avril 2016). — 2 Simon Brousseau, «Le canular, une pratique renouvelée par le web », [en ligne], http://nt2.uqam.ca/fr/dossiers-thematiques/le-canular-une-pratiquerenouvelee-par-le-web, (page consultée le 10 avril 2016).

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Comme l’explique Jérôme Baril dans la préface qu’il a rédigée pour le présent numéro, la technologie — ou la technique — module constamment nos façons d’interagir avec notre environnement. S’il est possible d’imaginer une multitude de techniques parasitaires à toute époque, telle la classique infestation de sauterelles, force est d’admettre que la technologie quintuple ces possibilités. Qu’on pense aux pourriels, aux nombreuses tentatives d’hameçonnage, aux demandes en mariage (de femmes et d’hommes en quête d’un visa), aux célèbres hackers d’Anonymous, le monde extérieur ne cesse de s’infiltrer dans notre vie privée par voie informatique, souvent sous le couvert d’une fausse identité.


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tab le de s mat i èr es

17 Je su i s trè s b i e n assis su r cette ch ai se ou Q u’est-c e qu e la t e ch ni que?

Jérôme Baril

23 L’évolu t i on en 1 4 0 ca r actèr es

Elizabeth Caron

29 Le grand saut

Laurie Girard

Marie-Pier Sansregret

39 SEL F /MADE

Jean-Guy Forget

43 Candy Cru sh

Chloé Granger

47 © Du mpster

Emmanuel Deraps

51 M axi me Au b r e

Maxime Aubre

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33 Le monoparen tal


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Jérôme Baril

Préface 17

J e s u is t r è s b i en assi s sur c e t t e c h a is e ou Qu ’e st -ce q u e la t e c h ni qu e?


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Je suis assis sur une chaise.

J’imagine que vous aussi. Ça peut sembler idiot de le faire remarquer, mais presque chaque fois que nous allons lire ou écrire, notre premier réflexe est de nous assoir. Même chose lorsque nous prenons un verre, mangeons, utilisons un ordinateur, voyageons en bus, en avion ou en automobile. À l’instant où vous lisez ce texte, des millions, voire des dizaines de millions de personnes sur Terre sont assises, et à peu près toutes de la même façon : les fesses déposées ici, le dos là, les jambes parallèles, déployées en angle d’environ 90 degrés. N’ayons pas peur des mots : dans une certaine mesure, les chaises contrôlent nos corps. Et nous abdiquons à ce contrôle comme nous nous soumettons de notre plein gré à celui de tout objet technique parce que cela nous apporte une forme de pouvoir, à la fois dans le sens politique et dans le sens de possibilité, de pouvoir faire quelque chose. Cela revient souvent au même tant les possibilités octroyées par les objets techniques tendent à donner à leurs utilisateurs un ascendant politique, un avantage pragmatique sur ceux qui ne les utilisent pas. On peut avancer sans trop se tromper qu’un être humain faisant usage de clous et d’un marteau pour se construire un abri et d’un fusil pour chasser a non seulement plus de chances de survivre que les autres, mais qu’il consacre aussi moins de temps à le faire, si bien qu’il en passe plus pour mieux organiser d’autres aspects de sa vie. Celui qui en est dépourvu s’épuisera plus rapidement, avec une efficacité moindre; il se verra désavantagé face à un adversaire utilisant une meilleure technique.

L’ingénieur et philosophe français Bruno Bachimont écrivait qu’à l’image de l’antique pharmakon qui est en même temps médicament et poison, thérapeutique et mortel, la technique est tellement liée à l’homme qu’elle est à la fois ce qui le fait devenir ce qu’il a à être, être un homme revenant en un sens à se constituer à travers la technique qu’on se donne, et ce qui lui fait perdre ses possibilités authentiques et manquer sa propre liberté1. Pour Bachimont, la technique permet à l’humain de se réaliser individuellement et socialement en créant de nouveaux horizons de possibilités. C’est le cas notamment de la voiture, qui a permis l’interaction et les échanges sociaux à l’intérieur de plus vastes territoires, et de l’écriture, qui a fait naitre une conception littéraire, philosophique et scientifique du monde d’une grande richesse. Et encore, ce ne sont que quelques exemples au sein de l’abondance des perspectives octroyées par l’outil. Mais tout en produisant ces possibles, l’outil limite la liberté des êtres humains en les incitant à s’en servir de la façon pour laquelle il a été conçu; il ramène le potentiel d’actions futures à son utilité, réduisant la probabilité de celles qui n’y cadrent pas. Bachimont relie la question de la technique à celle du dispositif, qu’il définit comme « une organisation matérielle et spatiale capable de produire et déterminer un devenir. L’essence du dispositif est de déterminer par sa configuration spatiale un comportement temporel2 ». L’outil porterait dans sa structure les traces à la fois du passé et de l’avenir de l’être humain. D’abord du passé, puisque l’outil renferme, par sa forme même, des connaissances acquises par l’être humain au fil du temps. Si un outil existe, c’est qu’on a découvert qu’il était pratique de s’en servir d’une façon particulière, que l’efficacité produite par sa forme était bénéfique pour l’humain. La plupart des outils ont évolué au fil du temps, puisqu’à chaque utilisation, l’usager pouvait les adapter 1 Bruno Bachimont, Le sens de la technique : le numérique et le calcul, St-Just-la-Pendue, Éditions les Belles Lettres, coll. « encre marine », 2010, p. 13. — 2 Ibid., p. 42.

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Il serait naïf de croire que l’objet technique est apolitique. Qui contrôle la technique contrôle nos actions les plus courantes et ainsi, une partie du devenir humain. Qui contrôle l’algorithme de Google contrôle nos résultats de recherche et influence par le fait même énormément notre conception du monde, nos réflexions et nos possibilités d’action. Mais qui pourrait (voudrait) se passer de Google?


pour les rendre plus performants. Plus encore, l’invention de nombreux outils n’a été possible que grâce à la présence d’autres outils déjà existants (la voiture n’aurait pas pu exister sans la roue) ou à l’hybridation de plusieurs outils (le télécopieur étant une judicieuse combinaison de l’imprimerie et du téléphone). Leur conception découle d’une série d’évolutions ayant mené à leur forme telle qu’on la connait aujourd’hui; elle résulte de la somme, sinon de la multiplication de savoirs que les générations précédentes nous ont transmis. En ce sens, l’outil relie les connaissances et les façons de faire du passé avec notre utilisation présente; nous employons l’outil de cette façon parce que cette méthode a fonctionné auparavant, qu’elle a fait ses preuves. L’action présente n’est dès lors plus aléatoire ou arbitraire, mais le fruit de l’héritage de nos ancêtres. L’outil inscrit notre action en continuité avec l’histoire humaine, il confère une portée historique à nos gestes. L’outil oriente également l’avenir humain puisque sa forme implique un éventail d’utilisations; elle mène à certaines fins. En tant qu’êtres humains, nous désirons survivre et atteindre différents objectifs, par exemple au travail ou dans nos relations interpersonnelles; nous voulons employer l’outil de la manière la plus efficace possible, selon l’usage prescrit par sa forme, et donc par son histoire, par une tradition épistémique. L’outil délimite ainsi les possibilités qui s’offrent à nous, ou en favorise certaines plus que d’autres. Par là, il influence notre avenir, en rendant plus probables ces choix d’utilisations techniques; il crée un lien de causalité entre le passé et l’avenir.

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Bien sûr, si nous disposons d’une chaise, nous pouvons la caler sous une porte pour la bloquer; nous pouvons également faire comme dans le film Whiplash et la lancer à la tête de nos étudiants en musique pour nous assurer qu’ils gardent le tempo. Dans ces contextes précis, l’outil acquiert une utilité momentanée que sa forme permet : la chaise est en effet juste à la bonne hauteur pour bloquer une porte, et juste assez dure pour qu’un professeur maniaque puisse donner une leçon à un élève. Reste qu’à chaque fois où nous entrons dans un cinéma ou dans une salle de classe, nous nous asseyons sur la chaise. Personne ne nous y force, et pourtant nous le faisons. Ne pas obtempérer nous causerait fort probablement des problèmes sociaux, ou du moins, on nous questionnerait sur les raisons qui nous mènent à refuser de nous assoir : les chaises ont un dossier pour nous appuyer le dos, elles sont confortables, elles sont faites pour cela. Elles nous permettraient de regarder le film ou d’écouter le cours sans avoir à nous soucier de nos jambes qui fatiguent, et de mieux nous concentrer. Bref, nous assoir nous avantagerait et il serait extrêmement difficile pour toute personne sensée d’y échapper. Alors que si nous disposons d’une balle de baseball, nous pouvons très bien nous assoir dessus; ce ne sera pas très confortable, et nous n’y resterons surement pas plus que quelques minutes, mais ce serait possible. Toutefois, la plupart du temps, nous utiliserons la balle pour la lancer ou la faire rouler. C’est bien normal : sa forme petite et ronde la rend plus aérodynamique, alors qu’elle ne permet pas d’accueillir confortablement un postérieur. La logique d’utilité agit comme une norme : elle s’intègre tellement à nos raisonnements et à nos comportements que nous ne la voyons même plus. On dit parfois qu’un outil en lui-même est inoffensif, et que c’est la manière dont on s’en sert qui importe. Or en règle générale, les façons les plus efficaces de se servir d’un outil s’imposeront par sa forme, aux dépens des autres. Cela dit, la forme à elle seule ne suffit pas pour expliquer les limites que nous nous imposons par rapport à l’utilisation d’un dispositif technique, car la forme d’un même objet peut permettre plusieurs utilités; selon le contexte, on en favorisera certaines plutôt que d’autres. Adressez-vous à une chaise en pleurant dans un restaurant et on vous demandera de sortir. Faites de même alors que vous suivez une thérapie de groupe (de type Gestalt) et on vous serrera dans vos bras en vous encourageant à continuer. Le choix d’une utilité se fait toujours par rapport à un contexte et à des discours, de sorte que bien souvent, nous n’utiliserons pas un outil d’une façon parce que ce n’est pas accepté ou répandu socialement. Ce qui explique en partie pourquoi si peu de professeurs lancent des chaises à leurs élèves : notre société, à l’heure qu’il est, ne reconnait pas cette méthode comme efficace d’un point de vue pédagogique. Si les emplois des différents outils sont d’abord permis par leur forme, les discours que nous portons sur ceux-ci déterminent néanmoins une grande part de leurs usages.

On entend aussi que nous sommes libres d’utiliser ou non un objet technique. Ce n’est pas


toujours vrai : lors de nombreuses occasions, nous pouvons éviter de nous en servir uniquement si nous sommes prêts à faire d’énormes sacrifices. L’objet technique améliore grandement les chances de survie de l’humain dans le monde, ainsi que ses probabilités de domination sociale et politique; un humain faisant usage des dernières avancées techniques sera très souvent avantagé par rapport aux autres. Ce qui occasionnera une épuration naturelle : ceux qui n’utiliseront pas les nouvelles technologies seront moins efficaces, moins performants, et leurs façons de faire seront moins portées à se reproduire dans le contexte où nous évoluons, puisque mésadaptées aux objectifs considérés comme importants par l’environnement social. À l’université, la très grande majorité des professeurs refusera probablement une thèse ou un mémoire qui n’a pas été conçu à l’ordinateur, sans mentionner le fait que l’étudiant qui l’utilise aura accès à des meilleurs outils de recherche, de rédaction et de révision. Parce que moins efficace, l’universitaire n’utilisant pas un ordinateur est porté à disparaitre, au même titre que le journal diffusé uniquement en version papier. D’autres outils, les vêtements et l’argent, sont carrément indispensables en Occident, à moins de vivre dans une commune de résistants anticapitalistes nudistes. De sorte que même si nous ne sommes pas forcés d’utiliser ces objets techniques (disons : avec un fusil sur la tempe), ils s’imposent à nous par une pression sociale normative : utiliser, c’est aussi une façon d’entrer en relation avec l’autre.

Rendons néanmoins à César ce qui lui revient et rappelons que le dispositif technique, même s’il nous force à bien des égards à l’utiliser strictement pour faire ce à quoi il est destiné de la façon la plus efficace qui soit, crée quand même des possibles qui ne seraient pas envisageables sans son apport; cela dit, ce sera toujours à l’intérieur de limites bien définies. La relation de l’être humain avec la technique va ainsi dans les deux sens : il l’utilise afin d’adapter le réel à ses fins, mais ce faisant, il s’assujettit à elle, se soumet à ses procédés. La technique donne d’une main et reprend de l’autre; dans une sorte de pacte faustien, elle donne accès à la connaissance, mais exige en échange une part de libre arbitre. En fait, la technique nous accorde également une part de liberté, mais presque toutes les façons d’en profiter relèvent de l’innovation, où l’utilisateur modifie et améliore la forme de l’outil ou la manière de l’utiliser pour en faire autre chose. Cette liberté sera donc confinée à l’intérieur d’un mode de pensée technique où le dispositif s’efforcera constamment d’être le plus efficace possible. Ce faisant, il évacuera les aspects de l’existence qui ne le sont pas. Or en ne considérant que l’utile, l’utilitarisme réduit l’existence à ce qui fonctionne bien. Reste à savoir si cela est toujours souhaitable.

Karl Marx, « Manuscrits de 1844 », Marxists Internet Archive, [1844], en ligne<http://www.marxists.org/francais/marx/works/1844/00/km18440000/ km18440000_3.htm>, consulté le 17 juin 2015.

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On pourrait, suivant Marx, employer le terme d’aliénation pour qualifier l’impact de l’outil sur l’être humain. Puisque l’outil le pousse à agir d’une façon, l’être humain ne décide plus de son devenir; il se borne plutôt à se conformer à la marche à suivre prescrite par l’objet et par les discours qui l’entourent, ou encore à choisir entre plusieurs marches à suivre. Pour Marx, le travail aliène le travailleur lorsque « [l]’activité de l’ouvrier n’est pas son activité propre. Elle appartient à un autre, elle est la perte de soi-même3 ». Cette idée s’applique à toute action humaine impliquant des dispositifs : est aliénante toute activité qui n’appartient pas à un être humain, mais pour laquelle il est préprogrammé sans qu’il n’ait l’occasion de faire usage de sa volonté propre.


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L’é vo lu t io n e n 1 4 0 caract è res Elizabeth Caron


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L e g r a nd sau t Laurie Girard


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la vibrance du corps celui qui panique à répétition dans son enveloppe froide et électrique comme un silence en suspens dans l’industrie du vide


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L e m o n o pa rental Marie-Pier Sansregret


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Appel manqué (2) De : Patrice Boite vocale de Laurianne [...] Ah ben t’sais Laurianne, chu pas venu au monde hier moé, j’ai d’l’expérience. Exemple aujourd’hui j’suis allé au bureau du taxi pis y’avait Roger. Écoute, ça fait tellement longtemps que j’y ai pas parlé pis que j’ai pas de nouvelles pis que j’en veux pas non plus. J’y ai pareil dit que va falloir que son estie d’char s’en r’tourne au garage. Faque si tu veux des conseils pour ton doigt que t’as perdu, appelle-moi. Pis si tu veux un lift, des fois chu a Montréal pour mes taxis, j’ai pus la Corvette mais j’ai mon p’tit char, j’peux aller te chercher à Crémazie pis te porter chez ta mère… Moé pis ta mère, tu le sais, on s’entend pas ben gros même si on a du fun dans le sexe pis quand on joue aux cartes. Exemple l’autre jour on est allé à Casa Grecques : Marie-Claude a s’met à me r’prendre sur toute faque j’y ai dit c’que j’pensais pis est pas prête d’oublier ça, même qu’a pris sa van pis qu’a sacré son camp avant d’avoir fini ses scampis. Ta mère a ben mauvais caractère, sauf qu’une chance que chu là pour lui faire rappeler de prendre sa piqure de diabète : une enfant — pas capable de s’occuper d’elle.

Faque à part de t’ça ben y’a pas grand-chose…

Appel manqué (1) De : Patrice Boite vocale de Marie-Claude

[...] Criss estie qu’le monde sont tout l’temps sans dessein, tout l’temps dans l’champ! Hier j’ai parlé avec la caissière à l’épicerie, estie a sort d’où elle?! J’cherchais les tomates... A travaille là elle ok! Ben a m’a envoyé dans les bananes, mais sont pas là les tomates... Le monde sont donc ben incompétents! Où c’est qui les prennent ces gens-là sont ben sans dessein! Surtout qu’avec la journée qu’j’ai passée!! Mon char s’est faite démolir pis mon chauffeur a pogné un ticket pis là j’attends pour la fille des assurances. […] Appel manqué (3) Appel entrant De : Patrice À : Marie-Claude [...] Tantôt mon chauffeur m’appelle sur l’heure du souper… Criss, estie qu’eux autres y font exprès, y’ont rien qu’ça à faire, appeler quand l’monde mange! Y s’écrasent su’ leur sofa pis leur femme leu’font la bouffe pis y’a les p’tits qui crient en arrière, y’a toujours un p’tit qui chiale quand les Arabes m’appellent. Chu pas raciste là, j’en ai plein des arabes qui travaillent su’mon taxi, pis des noirs… Mais c’est tout l’temps comme ça, ça crie ces arabes-là comme si y’étaient en train des égorger! Ché pas c’est quoi qui leur font… Pis sont toujours là à t’faire du chantage émotif pour changer la sédule! Moé chu monoparental là, pis mon gars y’é ben élevé, pis j’ai trois taxis à Montréal pis deux chats. Moé c’est mes taxis pis c’est mon gars. Pis mes chats, j’m’en occupe ben de mes chats. J’connais ça les responsabilités.

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[...] En tout cas, j’te dis qu’cette semaine le monde su’a route estie qu’ça conduit mal, j’pense que c’est la pleine lune ou j’sais pas quoi… Y’avait un nèg’ qui chauffait comme un sauvage, mais là j’pas raciste, y’en a plein des noirs qui travaillent pour moi su’l’taxi, pis des arabes.


Message texte À : Camille Envoyé : jeu., 21:23 Marie merçi de me gachez le reste de ma soirer… mais merçi bon dieu de m’envoyez un mesage et une réponce sur Marie-Claude… Tu pourras contunué à embrasé comme tu à faite ce soire ton bon amis Russul ! Tu m’a vraimment décu… Adieu pour le vrais ! Message texte À : Camille Envoyé : jeu., 22:18 O! Je m’escuse Camille je me suit tromper de contact ! En tout ca tu fera le mesage a ta mère svp. Car quand tu a rentrer chez vous elle ma racrocher la ligne au nez !!! Bonne fin soirer malgrés tout! Message texte À : Marie-Claude Envoyé : jeu., 22:22 Merçi de m’avoir racrocher la ligne tantôt et je t’ai envoyer un mesage par ereur a Camille si tu veut le voire demande a elle…

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Message Texte À : Marie-Claude Envoyé : sam., 18:04 Bonne Game! Je sui a cage ya du monde icite Marie! Message Texte À : Marie-Claude Envoyé : sam., 23:47 Je sui avecc Claude Poirié sur le pond Jacque Quartier Adieuxx,,,,, Message Texte À : Marie-Claude Envoyé : sam., 23:53 Marie… Message Texte À : Marie-Claude Envoyé : sam., 23:56 …….????


Message Texte À : Marie-Claude Envoyé : sam., 23:56 ?? Message Texte À : Marie-Claude Envoyé : sam., 23:57

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,,,,,,,,,,,,,,


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www.newhive.com/jangui

Jean-Guy Forget

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SEL F / MADE


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Ca ndy C ru sh ChloĂŠ Granger


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je te drunk texte pas si saoule what’s up at least nos derniers mots auront pas été je t’aime

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je crave ton texto dans mes sweatpants invitation candy crush refill vodka sans canneberge en overthinkant des screenshots de conversations oneway je right swipe non stop des selfies de fuckboys jusqu’au booty call


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Š D u mp s ter Emmanuel Deraps


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https://lvpvs.bandcamp.com/


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www.facebook.com/profile.php?id=100012054343543&fref=ts

Maxime Aubre

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Ma xim e A ub re


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Av is à to u-te-s

Les qualités requises pour ce poste sont, il va sans dire, une excellente maitrise de la langue française, une très bonne assiduité dans le suivi des courriels et un désir de participer au projet « Main blanche ». Le poste est entièrement bénévole. Pour toutes questions ou pour envoyer votre curriculum vitae, veuillez écrire à notre réviseur en chef à l’adresse suivante : revision.mainblanche@gmail.com Au plaisir de vous compter parmi nous, L’équipe de Main blanche

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La revue littéraire Main blanche est à la recherche de collaborateurs et de collaboratrices pour constituer son équipe de réviseur-e-s.


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éq u i pe et collab or ateur s Équ i pe de rédactio n

Stéphanie Roussel Emmanuel Deraps Sophie Mathieu Illu strat i o n

Couverture Cyborg winner, Kim Venn

Logo

Jeik Dion contact

Revue littéraire Main Blanche 405, rue Sainte-Catherine Est Pavillon Judith-Jasmin, J-1080, Montréal (Québec) H3C 3P8 514.987.3000 (3905) mainblanche@gmail.com mainblanche.uqam.ca

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Graph i sme

Shed espace créatif


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SOUM ISSION DE TEXTES

P rocessu s de séle cti on et de r évisio n

À la suite de la période d’appel de textes, les membres de l’équipe de rédaction se réuniront afin d’effectuer une sélection. Une réponse sera ensuite fournie par courriel à tous ceux et à toutes celles qui auront soumis un texte. Les textes sélectionnés feront l’objet d’un travail de réécriture collaboratif entre éditeur.e.s et auteur.e.s. Afin d’encourager l’émergence de nouvelles écritures et de contribuer à la réflexion des auteur.e.s de l’UQAM, l’équipe acceptera de répondre aux questions des auteur.e.s quant au refus de leur texte. Nous attendons les textes à l’adresse courriel suivante : mainblanche@gmail.com

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La revue Main Blanche accepte poèmes – en prose ou en vers -, nouvelles, micro-récits, fragments, essais, etc. Pour un même appel, il est possible de soumettre un maximum de 2 textes ou suites poétiques – ou de fragments. Chacun des textes soumis peut contenir jusqu’à 10 000 caractères. Pour faciliter le processus de collaboration entre auteur.e et éditeur.e.s, ainsi que le travail de réécriture qui en découle, ce critère devra impérativement être respecté. Le texte doit être de format .doc ou .rtf. Vous devez nommer le fichier comme suit : nom, prénom - titre.


Tirage 1000 copies. Dépôt légal à la bibliothèques et archives nationales du Québec. Main Blanche est la revue des étudiants et étudiantes en études littéraires de l’UQAM. Son contenu ne peut être reproduit, en tout ou en partie, sans une autorisation écrite. Chaque auteur est responsable des propos tenus dans son texte. Cette revue, financée par l’AEMEL-UQAM, l’AFÉA-UQAM et le Service à la vie étudiante, offre un espace d’écriture libre aux étudiants et se veut un organe de communication privilégié pour ceux-ci.


Le malaise de l’art contemporain

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