V24 • N02 • H2020
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R E V U E L I T T É R A I R E D E L’ U Q A M
INFORME
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Informe. Ce mot résonne dans nos appartements et nos maisons partagées. Au moment d’écrire ces lignes, nous sommes confiné·e·s, nos murs rétrécissent, l’angoisse nous immobilise – les plafonds sont lents, comme l’écrit Mathilde Contant-Joannin. Nos vies semblent avoir perdu leur forme. Les espaces sont quittés et nous nous retrouvons face à des masses de corps fragiles. Laurence Gagné, ancienne éditrice de la revue, écrivait sur les réseaux que nous sommes face à l’urgence de voir la réalité des personnes malades, disabled ou des personnes seules, marginales, dépressives, anxieuses, hypocondriaques – celles qui n’ont pas les moyens de la mobilité et qui, déjà, ne fréquentaient pas l’agora. Cette crise aura rendu visibles ces réalités en quête d’une forme. Certaines voix de ce numéro nous invitent à regarder de près ces manières d’être façonnées par l’absence, la perte et les frontières brouillées entre soi et l’autre. Vous y rencontrerez des grand-mères et des hordes d’animaux. Après l’isolement, qu’en sera-t-il de la force collective, de nous, armée de papillons rapides (Maude Pilon)? Espérons que de cette période étrange émergera un goût pour le renversement du monde. Recevez alors ce numéro pour ce qu’il est : une invitation à défendre l’informe.
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TAB LE DES M ATI ÈR ES
9 NOU S DE FAÇON MUTIN E
Maude Pilon
15 LE S I M AGES SONT C L AIR ES M AI S LE RAP P ORT À L’ALTÉR ITÉ M ÉRI TERAI T D’ÊTRE M I EUX DÉFIN I
Mathilde Contant-Joannin
19 I L FAU T B E AU COU P DE C HAN C E
Kevin Brazeau
25 Marjorie Benny
31 J’AI P LANT É DE S GÉ NO C IDES DANS TON JARDIN
Laurence Bertrand
39 B RÈ CH ES (LES FORM E S NE SAVEN T PAS TOU T CONT E NIR )
Sarah Boutin
44 ANGRY RE ACTS
Sophie Marcotte
47 OF F REZ VOS SOU V EN IR S
Sidonie Gaulin
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AU TOP ORT RAIT
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N O U S D E FAÇ O N M U T I NE Maude Pilon
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à Dalie G. Ils avaient des yeux de toutes les couleurs, bruns, ils portaient des sacs remplis de tissus chauds, avec des calepins de chansons courtes, tous ces enfants m’ont semblé ne produire qu’une seule note, celle d’une horde de couleuvres à l’affût, un sifflement d’exaltation, où cette tortue essaie, un troupeau de caribous l’hiver les oreilles débouchées, et un cheptel de moutons noirs, et une meute de chiens hauts, et un essaim d’abeilles grises, et un banc de poissons brillants, et un voilier d’oies sauvages, et une colonie d’oiseaux reliant la mer à la côte la côte à la mer, et une armée de papillons rapides allant vers l’été, ils étaient chaussés pour les rivières, ils serraient des ouates dans le creux de leurs paumes, ils venaient ensemble puis ne retournaient plus chez eux à cause de la fin d’une route.
se placer dans une extériorité radicale se placer dans une extériorité radicale se placer dans une extériorité radicale se placer dans une extériorité radicale se placer dans une extériorité radicale relu cinq fois, page 118 – Elles s’occupaient des têtes en sortant par les portes des salles basses, lavées, et en rayonnant, où étaient superposés les contextes, elles décollaient leurs dos des murs, elles m’ont semblé être constituées de lianes, il me fallait rejoindre ces mères rétives, et de cuivre, conductrices du désir, elles se mettaient à marcher, des pistes au sol entraînaient la lecture des ailleurs, et décidaient du pas, et renforçaient la cohésion, des paroles répétitives remplaçaient les tâches, et atténuaient les coliques, les pères pouvaient chanter aussi, elles fonçaient avec un bonheur choisi, debout en chœur prêt, des poussins et des chardons agrippés aux tissus, leurs doigts m’ont semblé enroulés les uns aux autres.
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– #lordreesttoujourssusceptibledeseffondrerilestenrapportessentielavecledesordre – Il y avait des schémas de fleurs, et de plantes inventées, et il y avait ces gens avec qui nous avions des histoires, l’ensemble des alphabets sur les murs de toutes les villes, des insectes s’éparpillaient à travers les inscriptions de l’horreur, et du pouvoir, et du devoir, par-dessus les signes anonymes, et importants, et visibles, les bestioles me semblaient se mouvoir au-delà des cloisons sur les toits, et dans l’air, elles se défendaient parmi les draps ballotés dans le ciel, et elles s’agrippaient avec force, avec dents, les tissus devaient être cousus les uns aux autres de façon à assembler une sorte de structure molle, un sac pour y faire entrer le monde dedans, et le protéger. – 12
continuer la liste, page 129 : être radicale : relier, et attiser la circularité être radicale : devenir maternelle, et devenir forêt être radicale : se rendre attentive aux formes être radicale : agir selon une logique de l’espérance être radicale : habiter en nomade être radicale : forcer les questions à entrer dans l’espace commun être radicale : déguiser les monuments être radicale : accumuler les mémoires, et narrer l’histoire sans raconter être radicale : résister à l’héritage, et répandre des utopies être radicale : écrire sur les murs être radicale : lire Simone Weil être radicale : relire Simone Weil être radicale : suivre les enfants, et suivre les enfants être radicale : être improductive être radicale : être anonyme être radicale : défendre l’informe
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1. Je me méfie du morcelé. Je me méfie aussi de ce qui tient ensemble.
CLAI RE S M A IS LE R A P P O R T À L’ALTÉRI TÉ 3. Je me demande si tu comprends. Je demande : tu comprends ? M É R IT E R A IT D ’ Ê T R E M I EU X DÉ F I NI 4. « et s’il-te-plait / parle-moi / toujours »1 Mathilde Contant-Joannin 5. Faire de la rumination une posture. Rester là, se (dé)battre, réitérer frénétiquement.
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LE S IMAG E S écharogner. SONT 2. Il est bon de se rappeler l’existence du verbe
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en ordre chronologique j’ai eu peur de sortir dehors la nuit de tomber dans la piscine de devoir crier le jour j’ai voulu rester debout sur un hôpital être un terrain de football j’ai planté des clous dans ta toiture j’ai fait grandir un danger prévisible
je suis devenue une bibliothèque dans l’allée des encyclopédies j’explique ma vie je rampe m’engage dans une armée elle ne sauve pas ma vie les deux mains dans la terre je suis un fruit une espèce de bestiole qui creuse sa tombe une luciole verte de près les lucioles sont vertes et la petite ourse est grande de près j’effleure une certaine mort pour me rassurer j’ai fait ton plein d’essence j’ai dit à tantôt je vais au bureau de poste je suis revenue le lendemain avec l’impression d’avoir dormi sans couvertes et celle de devenir tous les objets de la pièce je suis une bouteille d’anti-inflammatoires une carte du ciel la lumière de l’automne dans ma chambre je copie le réel le plafond est lent
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les fenêtres m’ont prise comme moyen de transport j’ai avancé les deux pieds sur un hôpital chercher les murs j’ai voulu construire un grand lit pour qu’on puisse faire dormir les machines accotée sur une table blanche j’avais une pression correcte la nuit je te postais mes horaires déchargés je lisais l’heure en suivant la grande aiguille j’ai rêvé
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I L FA U T B E A U C O U P DE CH ANCE Kevin Brazeau
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par la chambre les clés nous pénétreraient appartements nous saurions les meubles au chemin mais les pièces en nous pleins pelvis emmurées amoureraient
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à l’arrière du taxi, à la tombée du jour je ne sais plus qui parlait d’une vie à faire ton visage dessinait le mien, les sièges s’interchangeaient nos corridors aux murs humides nos laisser-aller distorsions les édifices jetaient sur la banquette des rorschachs par intervalles passifs
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ma main sur ton ventre marque-page indélogeable où nous vivons caresse les espoirs les maisons dans toi il faut beaucoup de chance pour s’aimer dans toutes les pièces
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je ne sais pas depuis quelle heure je crains que tu t’éteignes le polar s’écrit à demi-mot quelqu’un tue en quelqu’un quelqu’un êtres sourds dans la ville sirène nous avons bâti le naufrage
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A U TO P O R T RAI T Marjorie Benny
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étendue dans la danse hésitante de mes cheveux je soupire vers le fleuve que je devine froid sur les battures à cette heure-ci j’ai senti mon regard d’aire ouverte se noyer dans sa propre transparence c’est un mal saisonnier ma chute annuelle jamais célébrée les poissons envient mon aquosité j’envie leurs branchies avec lesquelles je pourrais me survivre dans le fleuve
de ma bouche en verbe les mots dégoûtent dans une immense flaque de salive qui me suit comme mon ombre-limace je sens les dents se casser dans ma bouche quand je dors elles marchent jusque sous mon oreiller attendent l’aube en se collant les unes contre les autres ce sont mes sœurs ce sont mes enfances émiettées mes enfants mort-nés je me rappelle de mon petit renard chaud contre moi de mon renard endormi maintenant qu’il n’est plus j’attends que quelque chose de nouveau pousse dans mon ventre c’est une enveloppe de blé qui me couvre le corps mes jambes arboricoles sont cassées dans tous les sens ça m’empêche de courir quand je rêve que je dois courir pour sauver ma chair qui se rompt à chaque peine à chaque lune où j’oublie que j’existe que les îles existent aussi je rêve que les îles désertent mon archipel que les fleurs éclosent déjà fanées je déborde du verre des autres ma personne s’échoue toujours en territoire abandonné le temps de reprendre son souffle je me lèche je goûte le soleil un peu mais ça ne dure jamais très longtemps ma tempête est arrivée c’est mon déluge sur ta couette rapportée d’un voyage quelconque au Mexique où tout semble plus facile amigo j’aimerais donner ma faille à quelqu’un d’autre mais c’est le refuge où j’ai choisi de me liquéfier
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je marche les yeux sévères plantés dans ceux des autres je me défends avec une méchanceté qui t’est inconnue me rends inaccessible enveloppe ma vulnérabilité ma transparence pour être hors d’atteinte en évitant les jonctions de trottoirs je n’ai rien à leur donner je ne veux pas qu’on me vole le précieux qu’il me reste ma défense est féroce je suis la louve les autres sont des oiseaux affamés je les tue avant qu’ils ne me tuent
j’avais acheté un petit quelque chose à la hauteur de ta personne forestière pour ton anniversaire tu as oublié le mien qui était tout près c’est pas grave non c’est pas grave ça arrive d’oublier j’ai pleuré beaucoup dormi dans le parc en rêvant de tes yeux de terre la trahison était vive c’est ma nouvelle faille j’ai les rêves lucides comme des souvenirs je te demande si tu te souviens tu me dis que non ce n’était qu’un rêve dans la marée ça repart pour mieux revenir ça repart ça revient toujours même quand j’ai dit adieu ou va-t-en
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je compte les pas qui me séparent de chaque tranche de trottoir qui me divise pour ressentir la faiblesse qui m’habite qui ne déménage pas en même temps que moi elle m’assomme à tous les coins de rue c’est une bataille les compromis n’existent pas je traîne mon corps vois les papiers-peints se dérouler près de moi dans la vieille maison aux poutres agenouillée devant l’escalier je demande pardon pour tout mais ce n’est pas suffisant les portes sortent de leurs charnières éclatent en petits morceaux en poussière fine qui me sert de couverture mes yeux se ferment déjà je dois me dépêcher j’ai les jambes molles vite il faut que j’arrive avant de tomber endormie mais les contremarches tirent leurs petites mains m’attrapent les chevilles je sombre la journée achève j’achève la nuit sera longue à l’aube je serai faible un autre jour je n’y serai pas je ne sais plus comment être dans le monde comment être pour moi pour toi pour les autres pour personne finalement personne n’est là vraiment je compte mes cheveux qui sont tombés pendant la nuit je leur souhaite un beau voyage dans un nid d’oiseau perché quelque part de plus beau quelque part de plus facile c’est un morceau de moi perdu à jamais quand je serai fâchée j’aurai envie de rattraper tous mes morceaux pour me rebâtir une maison toute en cheveux je serai lasse de me fâcher un jour je n’aurai plus de cheveux juste une peau de pelure d’oignon vieille accrochée à des épaules creuses je me berce tous les jours en pleurant en pleurant toujours
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Laurence Bertrand
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J ’A I P LA NT É D E S GÉ NOCI DE S DA N S TO N JA RDI N
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Pourquoi une table d’opération tes jambes perlaient un temple après un sacrifice d’enfants tes cheveux emmêlés capteurs de cauchemars pourquoi les pièces de monnaie de tes rires tintaient les feux d’artifice éclataient sur tes dents tu étais vivante des films à l’affiche dans ta bouche pourquoi ta peau prend-elle ce soir des vacances trop longues
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je reviendrai au terminus de tes os planter nos génocides dans ton jardin
Le lendemain de ta mort mes voisins sortent leurs poubelles ils enfoncent en mes ordures tes dialyses démembrées asphaltées aimerais-tu retrouver ta demeure obèse sa jaquette en briques elle boit l’alcool de la foule tes fleurs étranglées par le tic-tac des horloges l’engourdissement de tes VHS tes coqs en porcelaine je me souviens tes spaghettis goûtaient les murs lisses
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Pardonne-moi si à côté de ton cercueil j’écrase et déforme tes derniers frissons regorgeant de cadeaux de ballons de plage dégonflés mes canons se suicident les chants anorexiques grimacent tes flambeaux d’imprévisibilité pourquoi ta lumière refuse de se taire les grandes roues meurent-elles aussi explique-moi pourquoi notre famille reconstruit ses terrains vagues sur tes cils elle plante des pancartes sur ton souvenir empaillé tout ira bien me chuchote-t-on sous la guillotine des langues
fuir mon appartement en louer un dans tes veines
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les jours passent identiques aux chars d’assaut je m’égare aux planétariums de ton absence les logements se dressent comme des seringues
Vingt-deux heures la gorge de la pluie frôle les copeaux de ta voix ses boîtes de conserve et le téléjournal barbouille les pollueurs leurs genoux de grues ils cachent entre leurs gencives la fonte des glaciers vomissent les sables bitumineux les épaulards aux reins tachés de soifs vers minuit les autobus carnivores ont froid je les aperçois de mon salon danser le tango jusqu’à ce que des accidents entrent par effraction dans ma chambre au matin je veux voyager sur des galaxies en cellophane habiter les ailes de l’impatience ne plus marcher sur ces lignes de trottoirs qui s’amusent aux enterrements de vie de garçon pourquoi ne pas ramasser quelques pierres tombales les glisser dans mes poches afin que mon père en couse un manteau je l’offrirais à tes papillons pluvieux tes sous-sols d’obscurité l’aube te connaît par cœur 36
Depuis ton départ j’ai tant grandi que le bateau Queen Mary 2 vu à la télévision du pub universitaire devient imperceptible mais je pleure encore des maisons hantées coulent sur mes joues
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seule à grignoter mes bêtises retenir la marée de tes sourires en forme de petites voitures je décapsule ton visage ses marges multicolores espère sniffer un jour les paillettes de l’oubli je regarde le ciel boire des shooters de soleil
grand-maman demain je retournerai au cimetière je déposerai ta tombe dans mes os
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Sarah Boutin
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B R È C H ES ( LE S FO R ME S NE S AVE NT PAS TO U T C O NT E NI R)
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récits interrompus tes yeux bleus interrogent des images simples tu caches les flacons dans le tiroir à bas as peur qu’on te les vole ton visage rétrécit et tes gestes
grand-maman a un corps que le temps recrée, long passage. ses souvenirs demandent le don d’une tranquillité première. l’adresse au ciel s’assouplit avec son âge. l’usure des doigts ajoure la prière. les pouces contre sa poitrine, grand-maman murmure, récit de courage qu’elle porte comme une enfant. la verticale conquiert les bleus, la lumière, le haut haut. elle croit qu’il faut gratter le ciel pour le faire descendre. aux morts, elle donne son temps le plus sincère, partage des questions restées secrètes ou sans réponses. ils la font sourire. minuit efface les ombres. la fébrilité n’est pas l’état entier de sa dégénérescence.
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noir entier
coalescence la nuit, mes épaules se referment. je suis couverte d’idées, demeures transitoires. les morts se répètent. le travail de l’invisible n’empêche pas la douleur. sous mes pieds le ciel est noir. je cherche un appui pour corriger la chute. si je m’en tiens aux nœuds, le point d’attache est au centre. des questions tracent les contours de ce qui manque à définir, les directions se fatiguent. seules les évidences s’embrassent. tout surgit en cérémonie sans qu’il n’y ait à craindre ou à aimer. 42
arrondir les coins je marche pour tracer des auréoles. le geste ne mène pas plus loin, il inscrit des siècles et les efface à mesure. j’imagine des actions simples : mouler la pluie, offrir des fleurs à grand-maman, déposer des pêches au soleil, voir si la lumière s’y dépose toujours, et comment. ici nous sommes rendues à nous-mêmes. je raconte les paix partielles, je veux tout aimer assez.
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A N G R Y R E ACTS Sophie Marcotte
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<titre : angry reacts> <nom : sophie marcotte> <chapeau punché> les nuques crochet de pirate penchées sur les écrans bleutés les mots par intraveineuse surtout pas de poésie juste les mots cerveaux ceux écrits par les robots électriques les entrevues microphones les pancartes anti canada goose ta peau de renard pour te fondre dans la masse pour marcher dans la foule de manifestants sans en faire partie les appareils photos sur les yeux vitreux les appareils photos sur les sexes huileux troisième œil enfoncé dans la gorge sur fond d’exclusivité
une femme pleure au téléphone les oreilles qui se noient dans les lamentations les drames en capsules à prendre sur la langue le regard neutre le ton neutre merci madame bonne chance raccrocher en ondes dans trois minutes sub-clip la tragédie pro de la segmentation de la douleur la lumière s’allume dans le studio dans ton ford f-150 pris dans le trafic la voix de l’inconnue jusque dans le ventre les viscères tordus un nœud dans l’intestin graal switch le poste ac/dc dans le tapis engourdissement professionnel des céréales pour souper <sous-titre : c[k]aput> la caméra dans les yeux le doigt dans la plaie creuser plus loin le sang sur les mains gicle au visage sang dans les lunettes aveuglement volontaire record play enregistrement en boucle sous les yeux des internautes opinions catapultées des sous-sols anonymes angry reacts les pluies acides ont changé d’épaule radicalisation des positions le troisième œil a déboulé les escaliers éclaté sous le poids du bruit des nez qui reniflent des flashs du deuxième poil de la narine de britney spears <la chute>
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<sous-titre : haut-de-forme>
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O F F R E Z VO S S O U VE NI RS Sidonie Gaulin
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offrez votre nostalgie glacée ou mat, bordure blanche sur scotch tape ou gommette fixée sur la peinture défraîchie jusqu’à ce qu’elle tombe au plancher et que vous n’ayez plus la force de les recoller pendant que les corps photographiés gisent sur le sol puis dans une boîte ouverte en pleine nuit pour faire du tourisme dans vos autres vies offrez vos souvenirs à la verticale, à l’horizontale, en sépia, en noir et blanc, vos souvenirs numérisés, partagés, socialisés, validés par votre nouveau collègue de travail, votre ami d’université, votre connaissance d’école primaire offrez votre nostalgie en expérience immersive, plongez dans le passé qui vous tend ses fractions de seconde, nos sourires figés dans la réserve des beaux jours
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offrez vos souvenirs dit jean coutu, nous donnant en plus le choix de leurs proportions, mes souvenirs 4x6, mes souvenirs 4x7, mes souvenirs 8x10, offrez vos souvenirs dans des cadres, sur des vases, sur une tasse, sur l’armoire de la salle de bain, offrez vos souvenirs en GN, en 3D, en mapping, dans un casque de réalité virtuelle
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É QU I P E DE RÉ DACTIO N
Madioula Kébé Michèle Barcena-Sougavinski Kevin Brazeau Clara Lamy É QU I P E DE RÉ VI SIO N
Mélina Cornejo Virginie Provencher
GRAP H I SM E
Shed espace créatif LOGO
Jeik Dion CONTACT
Revue littéraire Main Blanche 405, rue Sainte-Catherine Est Pavillon Judith-Jasmin, J-1080, Montréal (Québec) H2L 2C4 mainblanche@gmail.com
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I LLU STRAT I ONS
Couverture : Michèle Barcena-Sougavinski Illustration no.1 (estampe 2) : Maude Pilon Illustration no.2 : Val Zimmerman
SOU M I SSI ON DE T EXTES
La revue Main Blanche publie poèmes – en prose ou en vers –, nouvelles, micro-récits, fragments, essais, etc. Pour un même appel, il n’est possible de soumettre qu’un seul projet. En termes de longueur, nous acceptons un maximum de huit pages pour les suites poétiques et cinq pages pour les textes en prose. Le texte doit être soumis en format .doc ou .pdf. Vous devez nommer le fichier comme suit : nom, prénom - titre. P ROCESSU S DE SÉLE CTI ON ET DE R ÉVISIO N
À la suite de la période d’appel de textes, les membres de l’équipe de rédaction se réuniront afin d’effectuer une sélection. Une réponse sera ensuite fournie par courriel à toustes celleux qui auront soumis un texte. Les textes sélectionnés feront l’objet d’un travail de réécriture collaboratif entre éditeur·e·s et auteur·e·s. Afin d’encourager l’émergence de nouvelles écritures et de contribuer à la réflexion des auteur·e·s de l’UQAM, l’équipe acceptera de répondre aux questions des auteur·e·s quant au refus de leur texte. Nous attendons les textes à l’adresse courriel suivante : mainblanche@gmail.com
Tirage de 300 copies. Dépôt légal à la Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BANQ). Main Blanche est la revue des étudiantes et étudiants en études littéraires de l’UQAM. Son contenu ne peut être reproduit, en tout ou en partie, sans une autorisation écrite. Chaque auteur.e est responsable des propos tenus dans son texte. Cette revue est financée par l’AEMEL-UQAM, l’AFÉA-UQAM, le Service à la vie étudiante (SVE) et le Département d’études littéraires de l’UQAM.
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