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Vol 20 no 1 : Dans l'antre de l'estomac

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V2 0 ˚ N0 1 ˚ A2014

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REVU E LI T T É RAIR E DE L’UQAM


R A S-LE-BOL

Dans le cadre de son numéro sur La Bouffe, Main blanche désire faire connaître à ses lecteurs et lectrices un collectif qu’elle juge d’une haute importance par les temps qui courent. Le Ras-le-Bol, mais quessé ça ? C’est une soupe populaire qui permet de nourrir plus de 200 étudiantEs de l’UQÀM chaque session depuis 2012, en offrant gratuitement chaque semaine quantité de repas complets végétaliens. Le collectif s’inscrit à rebours de l’austérité et cherche à pallier ses dérives. Vis-à-vis d’une population étudiante endettée, tiraillée entre l’université et le travail – surchargée, les citoyens à l’origine du Ras-le-bol ont entendu l’appel de la « juste portion » et ont mis en place une instance visant à la fois à nourrir moult cerveaux en apprentissage et à valoriser la réappropriation des espaces collectifs; ici, l’université. Se donnant comme mission d’offrir aux étudiantEs un lieu en accord avec leurs valeurs, que chacunE peut investir, le collectif organise, en plus des distributions alimentaires hebdomadaires, différents spectacles de musique et plusieurs communications sur l’alimentation. LE R A S-LE-BOL A BE SOIN DE VOUS !

Pour que le collectif, qui est maintenant un OBNL, puisse servir des repas session après session, la population étudiante doit y mettre du sien. Le Ras-le-Bol est ainsi toujours à la recherche de sympathiques bénévoles prêtEs à mettre la main à la pâte (!) que ce soit pour la préparation des repas, la mobilisation, les finances, ou toutes autres tâches connexes. Aussi, comme l’administration de l’université refuse toujours d’octroyer un local et une cuisine au collectif, celui-ci occupe un local dans un cégep. Il est donc essentiel de répandre la bonne nouvelle pour avoir voix au chapitre !


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DANS L’ANTRE DE L’ESTOMAC


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ÉDITORIAL

uatre jours à fêter la fin de session. Les murs du minuscule appartement s’affaissent autour des survivants. La peinture rétro teinte les peaux blêmes d’un rose-pepermint-sucé-trop-longtemps. L’éclairage des ampoules nues vacille. Les corps engourdis s’asphyxient dans l’opacité de l’air. Une des étudiantes aurait pu penser : « j’pourrais le découper en rondelles », mais avalée par le sofa, elle peine à exister. Il faudrait ouvrir une fenêtre, laisser les haleines s’échapper. Aucun geste ne semble pourtant envisageable. Seule perturbation visible : la bouche de poisson mort d’un des comateux qu’un rot tonitruant agrandit de temps en temps. L’odeur échappée est insupportable ; un mélange de bouffe non digérée et de salsa au fromage. Les restants du festin avalé moisissent, entassés partout autour des masses ivres. Dans un coin de la pièce, deux mouches agonisent sous une montagne de bières vides. Tout près, dissimulé derrière les motifs d’un pull, un corps ronfle. Une quantité incroyable de miettes de chips le recouvrent. Combiné aux airs rococo du tapis, il devient une drôle de carpette salée auquel on aurait greffé des bras mous. Mais malgré l’ambiance annonciatrice d’une mort précoce, cachée dans l’antre des estomacs, palpite encore la faim. Lentement, Main Blanche sort de sous le sofa. Rampe parmi les débris. Et tend à vos ventres vides, le numéro 20.1, rempli de mots et de dessins à bouffer.

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Q


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tab le de s m atièr es 9 ˚ H i stoi re c o n tempo r ain e H isto ire de l’a li men tati on ˚ 14

Julia Csergo

1 7 ˚ J’arrête l a faim ˚ 21

dbl

2 3 ˚ Ci t ron mécan ique ˚ 25

Yousra Benziane

2 7 ˚ Fai s-moi sal iver  ! ˚ 29

Marie-Pier Lauzon

3 1 ˚ La p e au des autr es ˚ 33

Sarah Lamarche

3 5 ˚ Beu rre de n o isettes et tamanoi r go ur man d ˚ 37

3 9 ˚ Dou ce mo r ve ˚ 41

Texte : Marilyne S. Veilleux Illustration : Benoit Mendreshora 4 3 ˚ Tri p -hop -de-bo uffe-po p ˚ 46

Robert Brisebois

4 9 ˚ Barthes m’a dit ça manqu e de gun ˚ 53

Emmanuel Deraps

5 5 ˚ Job Sto r y ˚ 57

Simon Laperrière

5 9 ˚ Place du mar ché ˚ 61

Vanessa Courville

6 3 ˚ Bri s ur e ˚ 65

Simon Poirier

6 7 ˚ T’i magin er ˚ 69

Texte : Anthony Lacroix Illustration : Andrée-Anne Binette

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Stéphanie Bernier


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JU LI A C SER GO

Professeure à l’UQÀM

Préface 9

HISTOIRE CONTEMPORAINE HISTOIRE DE L’ALIMENTATION


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Que mangerons-nous demain1 ? La question est récurrente dans les médias. Elle suscite l’émotion, à intervalles réguliers, autour d’une anticipation de l’alimentation du futur, présentée parfois comme une révolution et parfois comme une catastrophe annoncée. Au delà de la question posée sur la durabilité des ressources alimentaires – comment la planète parviendra-t-elle, en 2050, à nourrir 9 milliards d’hommes -, l’imagination n’a pas de limites pour penser et expérimenter les aliments que nous aurons dès demain dans notre assiette, évacuant, par là même, des siècles d’humanisme culinaire et de commensalité, pour affirmer le triomphe des technologies dites « NBIC ». Je souhaite ici, autour de cette question, m’attarder sur l’un des premiers auteurs à avoir, au XIXe siècle, imaginé ce que pourrait être l’alimentation des hommes dans le futur, et faire découvrir ou redécouvrir aux jeunes littéraires qui lisent cette revue cet homme oublié et pourtant remarquable qu’est Albert Robida.

Albert Robida a vécu le moment paradoxal où se développent tout à la fois la gastronomie - n’oublions pas ses discours notamment autour des œuvres du romanesque Grimod de la Reynière et de ses Almanachs des Gourmands (1803-1812) et de Brillat-Savarin, auteur de La Physiologie du goût (1826) - et l’innovation alimentaire, notamment autour des nouveaux savoirs scientifiques et technologiques. Son époque, profondément marquée par la modernité, est celle ou l’on passe d’une vie qui s’écoule au rythme du pas de l’homme et du cheval, à une vie qui s’accélère au rythme de la locomotive à vapeur, soit une multiplication de la vitesse par plus de 10. Dans le domaine de l’alimentation, des mutations majeures se font jour. Citons-en quelques unes. La naissance de l’industrie des conserves en boîtes de fer blanc, abolit, à l’échelle de la masse, la saisonnalité des produits grâce aux gigantesques mécaniques des chaudières, fourneaux et autoclaves. Les miracles d’instantanéité et d’intensité calorifique du gaz et de l’électricité, énergies nouvelles circulant dans des flux invisibles, modifient les techniques et les rythmes de la cuisson des aliments, dont le « bifteck électrique » apprécié de quelques amateurs dit « électrisés », devient le symbole. Les nouvelles technologies agricoles, la mise au point des engrais chimiques et les nouveaux moyens de transport, construisent un nouvel espace-temps de l’approvisionnement, ouvrent l’ère d’une abondance alimentaire qui semble sans limites. La chimie, alliée à l’industrie, met sur le marché de nouveaux aliments : les bouillons cubes, extraits et concentrés de viande à dissoudre dans de l’eau, les aliments lyophilisés, ou bien encore les similaires inférieurs, les ersatz comme la saccharine ou la margarine, les confitures, les chocolats et les alcools faits à base d’arômes et de colorants chimiques. Toutes ces innovations alimentaires intriguent, inquiètent et fascinent les contemporains. Le poète Guillaume Apollinaire s’en inspire pour imaginer la cuisine futuriste. « La cuisine moderne, écrit-il en 1912, va devenir scientifique, c’est à dire cubiste tout comme la peinture. On vend déjà à Paris, du bouillon cubique et du beurre en parallélépipède de trois milligrammes. Ce qu’il y a de plus singulier, ce sont les cubes destinés à faire la soupe aux poireaux et aux pommes de terre (…) La poudre avec laquelle on prépare en délayant dans l’eau d’excellentes tranches de saumon fumé, a beaucoup de succès en Norvège. » Mais c’est surtout Albert Robida, chroniqueur d’une société du futur qu’il dénonce comme 1

Cet article reprend partiellement mes recherches publiées dans mon article, « Les mutations de la modernité alimentaire », in À table au XIXe siècle, Paris, Réunion des Musées nationaux - Flammarion, 2001 et dans l’article que j’ai produit en dialogue avec la journaliste Bernadette Gutel, in le Bulletin des amis d’Albert Robida - Le Téléphonoscope, numéro 14, octobre 2007.

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Albert Robida (1848-1926) est un auteur et un caricaturiste français, très prolixe, qui a vécu les grandes mutations technologiques, économiques, sociales et culturelles de la révolution industrielle et de ses conséquences dans la vie quotidienne. Se situant à la jonction entre un monde d’hier, dont il entretient déjà la nostalgie, et l’infini des possibles ouverts par le monde d’aujourd’hui pour le monde de demain, Albert Robida, tout comme Jules Verne, son contemporain, est un génie de l’anticipation. Sa fameuse trilogie, qu’il illustre lui-même, et qui comprend Le Vingtième siècle (1883), La guerre au Vingtième siècle (1887), et Le Vingtième siècle. La vie électrique (1890), en témoigne de façon éclatante.


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1- Albert Robida, le Vingtième siècle (1883), coll. Julia Csergo

2- Albert Robida, le Vingtième siècle (1883), coll. Julia Csergo


« une indigestion de fonte et d’acier » qui témoigne, dans ses écrits et ses illustrations fantastiques, du fait que toutes ces innovations, aussi folles qu’elles aient pu paraître à ses contemporains, allaient devenir naturelles et courantes quelques générations plus tard.

En 1895, il imagine encore dans ses Contes pour bibliophiles, « la nourriture d’une année en 365 pilules » , annonçant déjà les alicaments et compléments alimentaires qui sévissent dans nos sociétés. (doc 3) Plus tard, en 1919, il dessine pour l’ouvrage En 1965, « le vin synthétique » où les arômes et les bouquets déversent, par de colossales cornues, leurs flux chimiques dans les tonneaux de Sauternes Vieux, de Clos Vougeot ou de Tokay, annonçant par là, non seulement les installations actuelles de vinification qui effectuent les opérations chimiques de sulfitage, levurage et enzymage pectolytique, mais encore, des initiatives telles que celles de ce caviste vinificateur de Floride qui proposait à ses clients, en 2003, d’élaborer leur vin eux-mêmes en moins d’une demi-heure, en assemblant moûts, levures, copeaux de bois et autres ingrédients pour créer un vin à leur goût. Dans le même ouvrage, se sont toujours des mêmes cornues que s’échappent les flux de « tripes à la mode de Caen », de gigots et de poulardes truffées synthétiques – nos chairs de poulet reconstituées ? - auprès desquelles se servent les cuisiniers de la « restauration synthétique » (doc 4)- qui fait furieusement penser à notre restauration basée sur les nouveaux produits alimentaires. Il avait, sur ce principe, été jusqu’à imaginer des cuisines centrales susceptibles de produire jusqu’à 15 000 repas par jour. Dans sa vision de l’alimentation du futur, Robida conçoit encore « le restaurant pharmaceutique », (doc 5) dans lequel « les repas sont préparés, sur ordonnance, par des pharmaciens diplômés (…) inventeurs de plats hygiéniques renommés, mais en somme assez coûteux » et où des maîtres d’hôtel, stylés et affairés, servent à leurs clients, sous l’autorité de Gallien dont le buste trône au dessus des tables, pilules, charbons, bromures et phosphates de chaux, provenant de cuisines modernistes qui pourraient être celles de nos grands chefs du moléculaire. Par l’art du trait et du verbe, par l’esprit et l’humour du caricaturiste humaniste qu’il est, Albert Robida, en visionnaire, nous décrit finalement, avec plus d’un siècle d’avance, non seulement notre alimentation de masse, avec son cortège d’inventions plus ou moins heureuses pour le goût et la santé des hommes, mais encore un effrayant conditionnement de la population par l’alimentation. Il annonce ici, à la fois les œuvres de science fiction dans lesquelles l’alimentation deviendra un domaine d’expression de pouvoirs totalitaires et d’intérêts supérieurs, financiers et normatifs, mais aussi les évolutions vers « la société électrique, uniforme, standardisée et résolument triste de demain. » Une œuvre à découvrir et à méditer pour comprendre les enjeux de l’alimentation et de l’engouement qu’elle suscite dans nos sociétés.

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En 1883, Robida imagine dans le Vingtième siècle, le spectacle effrayant de l’usine de la Grande Compagnie d’alimentation » où, sous l’œil avisé d’ingénieurs mécaniciens, des hauts-fourneaux rôtisseurs font rôtir 20 000 poulets en même temps, et où des marmites géantes de briques et de fonte font mijoter, chacune, 50 000 litres de bouillon. (doc 1) Le dispositif est complété par l’abonnement à « la Compagnie des particuliers », inspirée des compagnies de distribution d’eau et de gaz, et grâce à laquelle la nourriture arrive dans les foyers par des canalisation. (doc 2) A travers ces tubes et ces tuyaux, le ministre de l’Hygiène publique peut ainsi intervenir directement, en ordonnant de faire passer, certains jours, pour garantir une meilleure santé des populations, « des iodures et des toniques ». Une distribution par canalisation qui n’est pas exempte d’accidents possibles et de fuites, provoquant, par exemple, dans la ville entière, cette catastrophique « inondation de potage à la bisque de homard » à propos de laquelle Robida déploie son humour dévastateur.


3- Albert Robida, Contes pour bibliophiles ( 1895), coll. Julia Csergo

4- Albert Robida, En 1965 (1919), coll. Julia Csergo

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5- Albert Robida, Le Vingtième siècle. La vie électrique ( 1890), coll. Julia Csergo


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DBL

www.ascribere.tumblr.com

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J’ARRÊTE LA FAIM


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YOU SRA BEN ZIAN E

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CITRON MÉCANIQUE


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yeux bandés un torchon m’avale mains enchaînées à une chaise des ustensiles sales dans la bouche mes cheveux sur le parquet coupés au couteau clapotis de la cafetière tic tac un sac d’épicerie m’asphyxie


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M ARI E-P I ER L AUZO N

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FAIS-MOI SALIVER !


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« Qu’est-ce qu’on mange pour souper, mon amour ? » La réponse ? Chaque soir : un furtif haussement d’épaule (épaule au singulier, s’il vous plaît, puisqu’il ne daigne en soulever qu’une) et une chute; l’affaissement complet de son profil gauche. Même l’inertie bascule en bas du visage dans le glissement de terrain. Et les mots : «je sais pas, moi» s’accumulent en bouillons au bord de la falaise rouge. Monsieur ne sait pas !? Cette virilité, gisante devant mes traits affamés, écrasée sur le sofa depuis une éternité (le temps s’est arrêté, ahuri lui aussi par l’avachissement du primate), ne sait pas ? Peut-être pourrions-nous nous empiffrer de la mort brutale de son imagination. Ou mieux, bouffons le sofa. Arrosons-le de chocolat belge chaud, trempons les horribles coussins offerts par sa mère dans un manque flagrant de bon goût, trempons-les ces carrés en tissu dans le glouglou d’une fondue au fromage aromatisé au porto, déchiquetons le rembourrage comme un filet mignon bien saignant et mouillé d’une sauce au poivre, suçons ensemble les pattes de bois, des bâtons enrobés de yogourt glacé aux cerises noires. «Chéri, ton air blasé ne me sustente pas, ce soir.» Je me goinfre des trois poires sur le comptoir, des biscuits aux pépites de chocolat dans l’armoire, de la boîte entière de bonbons d’Halloween de l’année dernière, des pommes rouges dans le panier à fruits sur la table de la cuisine, du restant de poulet libanais dans le bol au couvercle mal refermé derrière le glutineux gâteau aux carottes qui n’échappe pas non plus à l’engloutissement. Et maintenant ? Le ventre bien rond : je me gargarise de la rupture.


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SARAH L AMAR C HE

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LA PEAU DES AUTRES


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Si tu pouvais tu mettrais du beurre à l’ail partout

Sur le plancher au cas où je déciderais de m’en aller De petits morceaux d’ail glisseraient comme des larmes sur nos murs luisants s’accumuleraient sur les moulures L’odeur dans mes cheveux sous mes ongles Tu me tombes sur le cœur un peu

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Sur moi pour que j’arrête de coller aux surfaces chaudes à la peau des autres


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STÉP H ANIE BER N IER

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BEURRE DE NOISETTES ET TAMANOIR GOURMAND


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DOUCE MORVE Texte M ARI LY NE S . VEIL L EUX I l lu str ati on B E NOI T M EN DR ESHO R A


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La fillette empoigne le cornet, sable sous les ongles coupés trop courts, une molle à la vanille, canicule bouillante, de minces perles blanches dégoulinent déjà sur la gaufrette au chocolat, dépôt translucide, inoffensif, les doigts sales touchent, mélangent le sucre et le sable, bouche lâchement ouverte, mouillée, langue tendue, la glace fond, le sable s’agglutine dans les plis de la main humide, deux doigts entre lesquels ruisselle un filament, cuticules rougies, la langue sur la glace dévore, retourne au fond de la gorge et la bouche s’ouvre de nouveau, dentition recouverte de mousse opaque, elle engloutit une seconde fois le monticule glacé, la langue est submergée, elle sort de la bouche dans l’espoir d’essuyer l’excédant, mais la crème glacée est partout, suintante, elle déborde, le nez coule, renifle, et la morve sur le bord de la lèvre supérieure, il n’est plus possible de différencier la crème du mucus de l’écume, du revers du poignet, la jeune fille essuie son visage, transfère la saleté, la morve se fusionne aux autres substances visqueuses, un blanc d’oeuf étendu, les lèvres tantôt gercées sont maintenant enflées, irritées par tant de textures, la langue ne cesse de masser cette lèvre supérieure, ramenant la morve à la bouche et la crème au visage, et ce pouce terne, abimé, baveux, ce pouce inconnu s’attarde à cette bouche, en frotte les coins, insiste, liant toutes les substances en une seule.


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ROB ERT BR ISEBO IS

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TRIP–HOP-DE BOUFFE–POP


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Glucose-Fructose-Sucrose obèse et overdose le buzz du néon le néant du buzz Avachi dans cuisine d’vant le frig’daire béant le prélart sert de nappe le regard comme une carpe la porte ouverte frette c’t’une trappe C’T’UN TRIP –HOP- DE BOUFFE –POPDE BOFS BREFS PIS DE HICS SECS UN HIT SEX AU PLEXUS: NEXT

-solo de cuillères à saladeUn chausson avec ça ? Bin quin, pourquoi pas ? C’T’UN TRIP –HOP- DE BOUFFE –POPDE BOFS BREFS PIS DE HICS SECS UN HIT SEX AU PLEXUS: NEXT Big-Mac à la sauce Jeanne d’Arc qui donne des visions qui crée des bouchons qui pop des boutons dans les artères d’la congestion le grand snack bar, le gouffre à mort d’la libération engouffre encore les libations C’T’UN TRIP –HOP- DE BOUFFE –POPDE BOFS BREFS PIS DE HICS SECS LE HIT SEX AU PLEXUS NEXT :

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Maywest pis Pepsi, poulet frit c’est parti Joe Louis t’as pas fini de m’am’ner au paradis la grosse graisse grasse qui grise la fosse messe basse qui brise qui bouche qui fige qui louche…


Beigne aux œufs bouffe de boeu’ qui fait jaillir qui fait jaunir les yeux la tête dans l’bol c’t’une bonne école après on r’commence à se dépenser la panse

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C’T’UN TRIP SHOP DE BOUFFE MORTE LE JACK-POT DE BARFS BREFS PIS DE SICS MECS DE BOYAUX BARJOTS D’ÉGOUTS À CIEL OUVERT DE BOURRELETS LAIDS QUI VIENNENT DU PALAIS CRÈME PUFF, PIZZA POCHETTES FRATRICIDE GRASTICE À COUP DE FOURCHETTE HIT NETS AU PLEXUS FINISSENT DANS UN RICTUS NEXT ? Y’EN AURA PAS DE NEXT


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EM M ANU EL DER APS

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BARTHES M’A DIT ÇA MANQUE DE GUN


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I

j’ai avalé de travers le linceul du vide trop transi pour vouloir aujourd’hui remercier le ciel de lit

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comprimée l’envie entre nous deux jours d’écume


II

j’ai doublé les pichets pour atteindre le faux fond de mon verre 52

ici le last call est une ombre devant la nuit d’où je m’échappe la lune pêche mes hurlements comme dernière gorgée


III

plongés dans la dévoration tes yeux se remplissent de ma saleté et creusent ma tombe je recrache le crépuscule

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chien de fusil homicide mes mégots de loup mastiquent le meurtre


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SI M ON LAPER R IÈR E

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JOB STORY


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On parle de bouffe pis là, Jacques me dit out of nowhere qu’il aime pas les crevettes. Ché pas si tu le savais, mais l’gars, d’habitude, y mange juste des burgers pis des pizzas. Faque j’y demande oussé qu’y’a ben pu manger ça, des crevettes. Il me dit dans un buffet, elles étaient à l’ail pis c’tait pas bon. Y préfère les escargots à l’ail.

La semaine d’après, Jacques me dit que maintenant, c’est sûr, il aime pas les crevettes. J’y demande comment ça pis check ben, ça a pas de criss de bon sens. Le samedi, l’bonhomme est allé à la poissonnerie pour s’acheter trois crevettes. Pas trois kilos là, trois crevettes ! Le commis devait se dire que ça allait pas ben. Jacques est retourné chez lui pis y s’est fait cuire une crevette sur l’poêle avec de l’huile : ça goûtait pas bon. Y’en a mis une autre dans l’four pendant vingt minutes : ça goûtait pas bon. Y’é tellement perdu que j’ai pas trop compris quelle recette il a faite avec la troisième, mais ça goûtait pas plus bon. Moé, comprends-tu, chuis crampé ben raide. Fait que là, j’y demande si les crevettes étaient fraîches. Il l’sait pas. J’y demande de quelle couleur elles étaient. Il me dit rose. J’en reviens juste pas : il a mis une crevette congelée dans l’four pendant 20 minutes, c’est sûr que ça goûte pas bon ! Tsé, mon père était cuistot. Il m’a montré comment faire l’meilleur rosbif au monde. Pis là arrive Jacques qui est même pas conscient qu’il existe pis qui va me dire comment cuisiner.

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J’y réponds que les crevettes à l’ail pis les escargots à l’ail, ça goûte la même maudite affaire. Si t’en aimes un, c’est sûr que tu vas aimer l’autre. Ça s’peut ben que ses crevettes au buffet étaient juste mal apprêtées. Y’m’dit que p’tête ben pis y termine un autre de ses maudits Michelina’s qui sent l’diable.


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VANESSA CO UR VIL L E

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PLACE DU MARCHÉ


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vendre la chair de mes insignifiés à moindre prix dans les débris les cris du ventre suffoquent sonorités râpées sur les denrées de tes porcelaines assaisonnent mon goût amer

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Les ratures éclaboussent tes parois fracas de mes mots pièces hachées saignantes mises en balance au kilo


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SI M ON PO IR IER

www.premierjet.org

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BRISURE


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T’IMAGINER Texte ANTH ONY L AC R O IX I l lu str ati on ANDRÉE-ANN E BIN ETTE


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Quelquefois, j’arrive à deviner ce qui cuit chez ma voisine. Elle cuisine bien. Surtout son poulet à la lime. La peau dorée et tendre se détache sous la fourchette, vient presque fondre sur la langue. C’est son père qui lui a appris. Elle a grandi dans les forêts escarpées de Carleton-sur-Mer. Ne s’est jamais habituée aux rues étroites, au bruit des boulevards, à la chaleur du troisième étage. Les soirées d’août ne deviennent supportables qu’après de longues douches froides.

Son appartement est une copie du mien. Le salon à gauche de la porte d’entrée, la salle de bain au fond. Elle a recouvert le plancher du couloir d’un tapis bourgogne. Y glisse les pieds à chacun de ses passages. Même après quelques années, il est resté doux. Les journées particulièrement chaudes, elle ne prend pas la peine de s’habiller. Sa peau humide colle au tissu du fauteuil. Les cheveux remontés sur la tête. Les jambes repliées sous elle. Elle regarde par la fenêtre. Je n’arrive pas à m’imaginer ce qu’elle y voit. Je ne sais presque rien de ma voisine. Son nom. Sur le collant flétri de sa boite aux lettres : M. Huart. Si elle m’invitait à souper, je lui avouerais tout. La recette de poulet, son enfance à la campagne et les longues douches froides d’été.

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L’appartement est vieux. Les murs suintent l’humidité. La peinture jaune gondole par endroits. Une odeur de moisi imprègne la baignoire.


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AVI S À TO U-TE-S

Les qualités requises pour ce poste sont, il va sans dire, une excellente maitrise de la langue française, une très bonne assiduité dans le suivi des courriels et un désir de participer au projet « Main blanche ». Le poste est entièrement bénévole. Pour toutes questions ou pour envoyer votre curriculum vitae, veuillez écrire à notre réviseur en chef à l’adresse suivante : revision.mainblanche@gmail.com Au plaisir de vous compter parmi nous, L’équipe de Main blanche

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La revue littéraire Main blanche est à la recherche de collaborateurs et de collaboratrices pour constituer son équipe de réviseur-e-s.


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É QU I P E ET COL L ABO R ATEUR S ÉQU I P E DE R ÉDACTIO N

Megan Bédard Catherine Dupuis Marie-Pier Lauzon Stéphanie Roussel RÉ VI SEU R EN C HEF

Jici Lord-Gauthier É QU I P E DE R ÉVISIO N

Alex Delagrave Anna-Maria Lacriola Alicia Schwartz Valérie Synotte RE SP ONSAB LE AU X C O MMUN ICATIO N S

I LLU STR ATIO N

Couverture Mathieu Desmeules GRAPH ISME

Shed espace créatif Megan Bédard Michel Félix Lemieux LOGO

Jeik Dion CONTACT

Revue littéraire Main Blanche 405, rue Sainte-Catherine Est Pavillon Judith-Jasmin, J-1080, Montréal (Québec) H3C 3P8 514.987.3000 (3905) mainblanche@gmail.com mainblanche.uqam.ca

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Geneviève Rioux


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Étudiants et étudiantes de l’UQAM, Main Blanche est votre tribune littéraire ! Vous pouvez soumettre votre texte en tout temps pour l’une des deux sections : CRÉATION

Vous pouvez nous envoyer poèmes en prose ou en vers, nouvelles, micro-récits, fragments, etc. Il est possible de nous envoyer un maximum de 2 textes ou suites poétiques (ou suites de fragments) à la fois. Chacun de vos textes peut contenir jusqu’à 9 000 caractères.

Le texte doit être de format .doc ou .rtf. Vous devez indiquer, en tête de document, votre nom, votre adresse courriel et le titre de votre texte. N.B. Les textes sélectionnés sont révisés avec les auteurEs avant publication. Envoyez vos textes à mainblanche@gmail.com

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CRITIQUE

Vous pouvez nous envoyer essais, réflexions et compte-rendus qui concernent de près la littérature contemporaine. La forme de votre texte critique peut être tout à fait libre. Rigueur, originalité et intérêt sont évidemment des qualités essentielles aux textes critiques publiés dans nos pages. Il est possible de nous envoyer un maximum de 2 textes critiques à la fois. Chacun de vos textes peut contenir jusqu’à 10 000 caractères.


Tirage 900 copies. Dépôt légal à la bibliothèques et archives nationales du Québec. Main Blanche est la revue des étudiants et étudiantes en études littéraires de l’UQAM. Son contenu ne peut être reproduit, en tout ou en partie, sans une autorisation écrite. Chaque auteur est responsable des propos tenus dans son texte. Cette revue, financée par l’AEMEL-UQAM, l’AFÉA-UQAM et le Service à la vie étudiante, offre un espace d’écriture libre aux étudiants et se veut un organe de communication privilégié pour ceux-ci.


dans l’antre de l’esto Mac

[...] Dans un coin de la pièce, deux mouches agonisent sous une montagne de bières vides. Tout près, dissimulé derrière les motifs d’un pull, un corps ronfle. Une quantité incroyable de miettes de chips le recouvrent. Combiné aux airs rococo du tapis, il devient une drôle de carpette salée auquel on aurait greffé des bras mous. Mais malgré l’ambiance annonciatrice d’une mort précoce, cachée dans l’antre des estomacs, palpite encore la faim.

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