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LA VIE VOLÉE DE MARIA

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PA S C A L E

T H I E R RY

PA S C A R I E L LO

C H AVA N T

JOURNALISTE

D E S S I N AT E U R

LA VIE VOLÉE DE MARIA Blanchir les policiers, dédouaner les responsables et ne retrouver sous aucun prétexte les auteurs du tir et des coups qui ont changé la vie de Maria, 19 ans. Tels semblent être les objectifs que s’est

fixés l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), chargée d’enquêter sur ce 8 décembre 2018. Ce jour-là, les rues de Marseille ont vu se déployer des brigades de policiers non formés au maintien de l’ordre et chauf fés à blanc par une hiérarchie considérant qu’en temps « de guerre » tout est permis. Ce jour-là, un déchaînement de violence s’est abattu sur une jeune fille. Sa soif de justice s’est très vite heurtée à la fabrique de l’impunité et son histoire montre à quel point la « police des polices » protège les siens.


PA S C A L E

T H I E R RY

PA S C A R I E L LO

C H AVA N T

JOURNALISTE

D E S S I N AT E U R

LA VIE VOLÉE DE MARIA Blanchir les policiers, dédouaner les responsables et ne retrouver sous aucun prétexte les auteurs du tir et des coups qui ont changé la vie de Maria, 19 ans. Tels semblent être les objectifs que s’est

fixés l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), chargée d’enquêter sur ce 8 décembre 2018. Ce jour-là, les rues de Marseille ont vu se déployer des brigades de policiers non formés au maintien de l’ordre et chauf fés à blanc par une hiérarchie considérant qu’en temps « de guerre » tout est permis. Ce jour-là, un déchaînement de violence s’est abattu sur une jeune fille. Sa soif de justice s’est très vite heurtée à la fabrique de l’impunité et son histoire montre à quel point la « police des polices » protège les siens.


IGPN

Marseille, 8 décembre 2018.

Allez les filles, vous prenez votre après-midi, je ferme la boutique à cause de la manif des Gilets jaunes.

Tu viens prendre un verre ? Non, c’est sympa, mais je vais chercher mon mec.

ÉDITION SPÉCIALE

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Bonsoir, Madmoizelle, t’es charmante !

Bonsoir Mister, vous n’êtes pas mal non plus...

Mais avant, faut faire les courses, y a rien à bouffer à la maison.

T’attends quelqu’un, Madmoizelle ? J’me disais qu’on pourrait aller chez moi.

J’attends mon mec, mais vous êtes plus sexy que lui, alors on y va ! Ça , a été à la boutique ? Tu crois que ça craint ? J’ai des petits pétards dans les poches.

Heu... ouais, viens, on va s’en débarrasser.

98


IGPN

Le périmètre est bouclé, vous ne pouvez pas passer.

Pourquoi c’est interdit ? Tout est calme ?!

Ben, on fait comment pour rentrer chez nous ?

ÉDITION SPÉCIALE

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Maria* ?!... Ca va ? ,

GnNn...

* Le prénom a été modiffié. La victime a préfféré témoigner sous couvert d’anonymat par peur de représailles des policiers.

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IGPN

Tu en veux encore ?!

Hé ! Mais stop !

Arrêtez !!!

Il faut l’aider.

Laisseznous passer, il faut l’aider !

ÉDITION SPÉCIALE

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Doucement, arrêtez, elle n’a rien fait !

Ce n’est que partie remise ! ArRr...

Elle est tombée, vous êtes arrivés et vous l’avez fracassée.

Les flics approchent, empêchez-les de revenir, ils vont la tuer !

Il faut appeler les pompiers !

C’est ma tête qui saigne comme ça ? Mais... pourquoi ?

Pourquoi... ?

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IGPN

Maria, vous êtes aux urgences à l’hôpital, est-ce que vous me comprenez ?

Maria, vous avez un traumatisme craniofacial droit ainsi qu’une embarrure frontale du même côté avec contusion cérébrale,

il faut appeler votre maman. Non, je ne veux pas qu’elle s’inquiète, elle est diabétique...

Vous ne comprenez pas, Maria, votre crâne est fracturé et votre cerveau est touché, nous allons vous opérer... ... vous risquez de ne pas survivre et nous avons besoin d’un parent présent. Appelez votre maman.

Maria, vous m’avez comprise ?

ÉDITION SPÉCIALE

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Sous ma cicatrice de 18 cm, les restes de l’hématome provoquent des maux de tête quotidiens. Je dois passer des IRM de contrôle.

Des douleurs sont toujours présentes dans ma cuisse à la suite du tir de LBD.

13 décembre 2018, on enlève mes bandages, mais mon calvaire ne fait que commencer.

J’ai l’impression que mon cerveau prend le temps de se reconstruire, mais ça puise toute la force de mon corps.

J’ai recouvré la vue de l’œil droit, c’est déjà ça. Il y avait du sang à l’intérieur qui s’est depuis résorbé.

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IGPN

Dès le 19 décembre, avec ma mère nous signalons sur la plateforme de l’IGPN, les violences que j’ai subies.

Au moins sept personnes témoignent et nous poussent à porter plainte.

Ma mère n’a pas osé m’en parler parce que j’étais encore très mal physiquement.

Je refuse, madame. Vous croyez qu’on va prendre une plainte contre nous ?

Tu iras porter plainte une fois remise, ma chérie.

ÉDITION SPÉCIALE

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Deux semaines après ma sortie d’hôpital, je vais déposer plainte.

C’est inutile de porter plainte, le signalement que vous avez fait sur la plate-forme de l’IGPN suffit.

Non... je... je veux porter plainte pour mon agression.

Il a refusé ma plainte. Vu mon état, je n’ai pas insisté. Après, j’ai surtout essayé de surmonter mon état physique et mon traumatisme.

Finalement, Maria contacte l’avocat Brice Grazzini, qui dépose plainte le 30 avril auprès du parquet de Marseille contre « personnes non dénommées, cependant identifiées comme exerçant la fonction de policier ».

Tentative d’homicide

Violences volontaires aggravées

Non-assistance à personne en danger Non-obstacle à la commission d’une infraction

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IGPN

Je suis consterné par ce que je constate au fil des procédures que je traite pour des cas de « violences policières ».

Les blessures de mes clients sont extrêmement graves et il est évident que cela est l’illustration de la tendance actuelle de gestion des manifestations par le gouvernement.

Brice Grazzini, avocat.

Lorsque je défends des personnes poursuivies pour violences, les procédures sont rapides et les personnes sont condamnées si elles sont coupables.

Ici, lorsqu’il s’agit de policiers, tout est compliqué, les plaintes sont difficiles à déposer, les procédures judiciaires sont lentes, voire inexistantes...

... et le pire est d’entendre les autorités compétentes anticiper les résultats d’une enquête en alléguant qu’aucune violence illégitime n’a été commise par les forces de police.

Lorsque je vois ce qui se passe dans l’affaire de Maria, c’est inacceptable. Même les mineurs sont visés et violentés lourdement…

Le même soir, à Marseille et dans le même périmètre, alors qu’il ne participait pas aux manifestations, un jeune de 14 ans a été victime d’un tir de LBD à la tête, lui causant un traumatisme cranio-cervical avec perte de connaissance et une fracture du crâne.

ÉDITION SPÉCIALE

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Lorsque la plainte est déposée auprès de L’IGPN, cinq mois se sont écoulés. Les images de vidéosurveillance de la ville ont été écrasées selon les délais d’usage, de même que les écoutes des échanges radio de la police (Acropol), qui sont, elles, conservées deux mois.

On a l’impression que le quartier a été le terrain de jeu d’une horde de sauvages. Mais ces personnes étaient des policiers.

Brice Grazzini, avocat.

L’IGPN dispose donc seulement de deux vidéos et de quelques photos prises par des témoins.

Cet escadron sauvage n’était autre qu’une brigade de policiers, créée pour renforcer le maintien de l’ordre lors des manifestations des Gilets jaunes .

Le 5 décembre, trois jours avant que Maria ne soit blessée par des policiers, le ministre de l’Intérieur et le directeur général de la police nationale, Éric Morvan, envoient un télégramme : Le Raid, une unité d’élite qui a l’habitude d’intervenir dans les opérations de terrorisme et de prise d’otages, est mobilisé, prêt à intervenir.

Le Raid était en réserve au service, à l’écoute radio, dans le cadre d’un engagement extraordinaire des forces de l’ordre.

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Jean-Marc Luca, le chef d’état-major de la Direction départementale de la sécurité publique (DDSP).

Sans plus de rapport avec le maintien de l’ordre face à de simples manifestants, la brigade de recherche et d’intervention (BRI) de Marseille, qui a pour mission de lutter contre la grande criminalité (ou contre les terroristes, comme ce fut le cas pour les attentats de janvier 2015), est, de son côté, envoyée sur le terrain.


IGPN

Cela n’entre pas dans nos prérogatives mais la BRI participe à l’effort de guerre dans le cadre du mouvement des Gilets jaunes.

Pascal Bonnet, chef de la BRI marseillaise, lors de son audition par l’IGPN.

Moi, je ne vois pas de violences, la violence est partout ailleurs. C’était la guerre.

Jean-Marc Luca, chef d’état-major.

« La guerre », le mot est lancé, sans aucune retenue et sans complexe, parce que c’est effectivement dans cet esprit-là que la réponse policière est apportée aux citoyens qui manifestent, le 8 décembre 2018, à Marseille.

Les « compagnies de marche », créées pour l’occasion, constituent des groupes hétéroclites de policiers, entre huit et neuf, en tenue ou en civil et issus de différentes unités.

On y retrouve des « fonctionnaires de bureaux », des agents du Service interdépartemental de sécurisation des transports en commun (SISTC) chargé de la sécurité ferroviaire, des membres de la police judiciaire ou encore des policiers de la brigade anticriminalité (BAC).

ÉDITION SPÉCIALE

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Un grand flou subsiste autour du mode de fonctionnement de ces brigades aux profils disparates, non rompues aux interventions pendant les manifestations et, semble-t-il, sans commandement.

Je n’ai pas donné d’instruction particulière...

Je suis incapable de dire qui était où lors des incidents concernant cette jeune fille.

Une major.

Jean-Marc Luca.

Ces hommes ne sont pas aguerris au maintien de l’ordre, ils bougent en cours de manifestation, donc on ne peut connaître précisément leur position.

Philippe Combaz, commissaire divisionnaire responsable des opérations sur le terrain.

C’est consternant, et très inquiétant surtout, d’entendre un chef d’état-major reconnaître qu’il ne sait pas qui fait quoi, alors que c’est sa mission.

Un policier spécialiste du maintien de l’ordre.

S’il n’y a pas de commandement, certains policiers s’autorisent n’importe quoi. Les compagnies de marche ont été décidées au niveau national et on voit le résultat.

Ce sont des agents qui n’ont aucune formation en maintien de l’ordre, qui sont laissés libres sur le terrain.

En cas de problème, la hiérarchie peut dire : on ne sait pas, ce n’est pas nous. Mais bien au contraire, les responsables sont ceux qui ont autorisé la création de ces brigades hors la loi.

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IGPN

Quelle était la nature de la menace et de la panique pouvant expliquer la folie policière qui s’est abattue sur Maria et sur d’autres ce jour-là ?

Cet acte IV des Gilets jaunes, qui était également une journée de mobilisation contre les logements insalubres, présente un bilan bien plus léger qu’un 14 -Juillet, selon le bataillon des marins-pompiers, qui a dénombré, en plus de plusieurs magasins pillés, 50 poubelles et une voiture brûlées.

Mais aux alentours de 18 h 40, lorsque des policiers brutalisent Maria, la rue où elle se trouve est calme, les affrontements se déroulant sur le Vieux-Port et la Canebière.

Jean-Michel Hornus, conseiller du préfet.

Vers 17 heures, le centre-ville était un secteur plutôt calme.

Auprès de l’IGPN, le chef d’état-major Jean-Marc Luca a une tout autre lecture de cette journée.

La mobilisation de 458 effectifs, dont 300 policiers, l’utilisation de 680 grenades et 80 tirs de LBD avaient pour but de limiter les pillages des commerces et d’éviter que des barricades ne soient érigées dans un climat insurrectionnel et chaotique, l’objectif étant d’atteindre les forces de l’ordre dans leur chair. Des policiers ont fait rempart de leur corps pour que cela ne dégénère pas.

ÉDITION SPÉCIALE

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Sur 80 tirs de LBD, 70 sont le fait de trois policiers de la BAC en l’espace de six heures (soit 20 à 25 chacun). Neuf personnes sont victimes de ces tirs, parmi lesquelles le jeune de 14 ans et Maria.

À la fin de cette journée, deux policiers ont été légèrement blessés.

Au fil de l’enquête, l’étau se resserre sur des policiers d’une compagnie en civil, chargés habituellement des transports en commun (SISTC). Ils ont été trahis par de menus détails remarqués dans les films et témoignages.

Kevin !

Dix mois après les faits, aucun de ces policiers n’a été entendu.

30 de mes agents, dont 9 en civil, participaient aux opérations ce jour-là. Je ne peux préciser exactement ce que faisaient ces 9 policiers.

C’est possible qu’ils aient été porteurs de grenades, mais je n’en suis pas sûr du tout.

Didier Delacolonge, commandant divisionnaire.

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IGPN Le 13 février 2019, le brigadier-chef auprès du commandant Didier Delacolonge souhaite passer commande de tout un tas de matériels non réglementaires. Dans son courrier, il explique que ses agents « sont équipés pour certains de manière personnelle avec du matériel trouvé çà et là, dans le commerce ou sur Internet ».

Casque Skate et VTT.

Gants de protection.

Lunettes étanches (ski, moto ou bricolage).

Kits piétons « discrets » permettant une écoute secrète des ondes radio pour déambuler au sein des cortèges.

Attestant d’un haut niveau d’improvisation, il demande, alors que le dispositif est en place depuis plusieurs mois, un stage de formation des unités en tenue civile lors d’opérations de maintien de l’ordre.

Les policiers qui ont tenté de tuer Maria ont agi illégalement, dans un accoutrement non réglementaire...

... mais surtout avec l’aval de leur hiérarchie, jusqu’au plus haut niveau décisionnaire.

Brice Grazzini, avocat de Maria.

La lecture de ce dossier donne l’impression que le ministère de l’Intérieur a galvanisé ses troupes, a validé une organisation explosive...

et qu’il s’agissait davantage d’un engagement de soldats dans une guerre civile que de la gestion d’une manifestation, c’est-à-dire une opération de maintien de l’ordre.

ÉDITION SPÉCIALE

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Mais transmis quels éléments ? Après quelles enquêtes ?

Le 31 octobre 2019, le ministère de l’Intérieur vantait encore la transparence de l’IGPN en annonçant que sur les 313 enquêtes judiciaires pour violences policières pour lesquelles elle avait été saisie, la police des polices avait transmis les deux tiers à la justice.

Quelques mois plus tôt, le 13 juin 2019, lors de la remise du rapport annuel de l’IGPN :

Je réfute le terme de violences policières et si aucun policier n’a été suspendu, c’est parce qu’aucune enquête n’a permis de conclure que la responsabilité d’un policier était engagée à titre individuel.

Brigitte Jullien, cheffe de l’IGPN.

Outre les obstructions pour simplement déposer une plainte, le fait que ce soit la section marseillaise de l’IGPN qui ait été saisie et non une antenne délocalisée (comme celle de Paris ou de Lyon) a-t-il accentué ce manque d’empressement à identifier les responsables ?

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IGPN

Au cours de l’enquête, on apprend que des preuves ont disparu : le précieux rapport informatique (Pegase) faisant état de l’ensemble des mouvements et des interventions des policiers dans la journée du 8 décembre a été tronqué entre 14 h 37 et 23 h 21. Plus un mot de disponible.

C’est particulièrement étonnant. Cela fait deux ans que je suis là...

... et c’est la première fois que je vois une fiche avec un tel défaut.

Je ne suis jamais tombée sur une fiche qui présentait un tel trou dans les commentaires, ça ne peut pas être un bug informatique...

C’est une intervention humaine.

Une fonctionnaire en charge du logiciel Pegase au CIC*.

Pourtant, la conclusion que l’IGPN livre au procureur de la République est radicalement différente.

* Cette employée au Centre d’infformation et de commandement a souhaité conserver l’anonymat.

ÉDITION SPÉCIALE

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D’autres dysfonctionnements apparaissent : alors que Maria a reçu un tir de LBD...

Ce samedi 8 décembre, je n’ai peutêtre même pas fait de sommations.

Philippe Combaz, commissaire divisionnaire.

Au cours des auditions, les responsables de police disculpent les agents placés directement sous leur commandement. Plusieurs d’entre eux rejettent la faute sur des policiers appartenant aux « compagnies de marche ».

Selon le Code de la sécurité intérieure et le Code pénal, il lui incombe pourtant impérativement de le faire avant que la force ne soit employée.

Seule exception, si les policiers sont violemment attaqués et en danger, un cas de figure qu’exclut la vidéo de Maria.

Le 7 juin, interrogé par la commissaire de l’IGPN, Laurène Capelle, le chef de la BRI, Pascal Bonnet, ne fournit aucune preuve de l’innocence de ses hommes pourtant présents dans le périmètre de l’agression de Maria.

Deux de mes hommes étaient munis de LBD, mais je suis incapable de dire qui était porteur ce soir-là.

On a vu quelques hordes de jeunes qui semblaient à la recherche de quelque chose à casser. On a évité pas mal de faits parce que dès qu’ils nous voyaient arriver, ça partait en courant en sens inverse.

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Alors qu’elle en a fait la demande aux autres unités de police, la commissaire de l’IGPN n’exige pas non plus du chef de la BRI qu’il lui transmette les fiches dites TSUA, qui permettent de suivre l’usage des armes avec l’heure, le lieu et l’auteur.


IGPN

17 juin : courriel de Laurène Capelle à Pascal Bonnet.

Suite à ton audition […] pourrais-tu me faire parvenir via WhatsApp […] les photos de tes effectifs prises le jour des faits ? Je me charge de flouter les visages […] cela permettra de les discriminer formellement au vu de leurs tenues vestimentaires le jour des fait.

Réponse du chef de la BRI.

Pourquoi

flouter ces visages ?

Tu trouveras les photos personnelles que j’avais prises le 8/12/2018 pour immortaliser ce « grand moment » de police judiciaire…

Les photos transmises ne prouvent rien : non datées, certains agents de la BRI portent des tenues similaires à celles de policiers entourant Maria au moment de son agression. Et contrairement aux propos de Pascal Bonnet, aucun n’a de brassard police.

La BRI n’est pas la seule à être épargnée. La commissaire ne relève pas, non plus, les dérives rapportées par le responsable adjoint de la BAC nord de Marseille, Mathieu Fayemendy, qui rapporte que la BAC tire dans des « cibles en mouvement », alors que les policiers doivent éviter de tirer dans une foule en mouvement.

Maria aurait-elle fait partie de ces cibles ? Ce n’est pas dans ces termes que l’IGPN pose la question à Mathieu Fayemendy.

Est-ce que vous avez le souvenir d’un jeune couple qui aurait pu être provocateur sur ce secteur et sur ce créneau horaire ?

ÉDITION SPÉCIALE

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Alors même que ce policier a reconnu que certains de ses collègues ont pu tirer dans le tas, ce qui est interdit, et porter des casques non réglementaires « mais c’est vraiment à la marge »...

... la commissaire de l’IGPN ne retient aucune de ces informations et dédouane la BAC, qui pourtant fait partie du casting des « compagnies de marche ».

Les méthodes d’interpellation du 8 décembre sont par ailleurs décrites par le major Lloret, qui évoque le cas d’un jeune homme de 17 ans, qui s’apprêtait selon lui à jeter une pierre : « Nous lui portons un coup de bâton télescopique de défense au niveau du haut des épaules...

* Compagnie de sécurisation et d’intervention.

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Même traitement de faveur pour les policiers de la CSI*. Pourtant, certains sont intervenus en civil.

L’IGPN n’auditionne pas non plus l’auteur d’un tir de LBD appartenant à la sûreté départementale. Pourtant, sa localisation et l’heure de son tir correspondent au moment où Maria est touchée à la cuisse.

« Le but du jeu [étant] de se fondre dans la masse », explique le major Rodolphe Lloret, commandant des CSI en civil.

Ce jeune homme, au casier judiciaire vierge, est pris en charge par les pompiers.

... constatons que le bâton glisse sur le haut de l’épaule venant impacter son visage. Constatons que cet individu chute ensuite au sol. Disons que lors de sa chute au sol, ce mis en cause tape violemment la tête au sol, lui occasionnant une grosse plaie saignant au niveau du front. »

L’IGPN ne demande pas plus d’explications. Sur une note manuscrite jointe au dossier, concernant cette interpellation, l’inscription « coup télésco » est rayée et remplacée par « chute au sol » en dessous…


IGPN

Malgré tout, le 11 juillet, l’IGPN identifie formellement un des policiers impliqués. Celui-ci est alors en arrêt maladie. Le 12 juillet, cet arrêt maladie est prolongé.

Ya personne !

L’intéressé est parti en vacances en Lozère dans sa résidence secondaire, à quelques kilomètres de là. L’IGPN ne poursuit pas plus loin.

Bon; bah on rentre...

:

Je souhaite que les investigations ne soient plus menées par l’IGPN. Quand on entre dans le détail, on s’aperçoit que les questions qui fâchent ne sont pas toujours posées, que les personnes « ambigues » ne sont pas toujours interrogées !

Après avoir essuyé deux refus de plainte, une enquête partiale de l’IGPN, il faut continuer à se battre, même au niveau judiciaire. J’ai dû de nouveau porter plainte contre les policiers pour tentative de meurtre…

Brice Grazzini, avocat de Maria.

ÉDITION SPÉCIALE

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J‘ai eu 30 jours d’incapacité totale de travail (ITT) , sous réserve de complication. Un expert m’a dit qu’il faut attendre deux ans pour que mon état soit consolidé.

J’ai changé de travail parce qu’en tant que vendeuse, je ne parvenais plus à me rappeler ce que les clients me demandaient. J’ai des problèmes de concentration. J’ai également dû interrompre mes études.

Il y a les dégâts et les douleurs physiques, mais ce n’est rien comparé à mon état psychique, je suis suivie.

Alors qu’avant j’adorais le contact avec les autres, maintenant j’appréhende.

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La nuit j’ai du mal à dormir et quand j’y arrive, je fais des cauchemars, avec du sang, de la violence, je pleure souvent.

Dans la rue, le moindre bruit me fait sursauter, une sirène de police et j’ai envie de m’enfuir.

Je viens d’avoir 20 ans, mais j’ai l’impression qu’on m’a enlevé ma vie.


IGPN

Au début, je ne voulais pas porter plainte, pour moi, ces policiers ne seront jamais condamnés, c’est mon avocat qui m’a convaincue.

L’IGPN, lors de mon audition, a tenté de me destabiliser en me montrant un vieux modèle de flash-Ball obsolète et en me demandant de certifier si c’était bien ce modèle...

J’appréhende un peu la suite parce que depuis que mon affaire a été rendue publique,

j’ai lu sur les réseaux sociaux des réactions très violentes à mon encontre et des mensonges effrayants. On a dit que je portais un couteau ou que je méritais ce que j’avais eu. C’est très dur d’entendre cela.

... alors que j’ai juste vu un policier lever quelque chose avant le tir dans ma cuisse.

J’ai eu des problèmes quand j’étais mineure, j’ai fait quelques bêtises.

J’ai découvert que lorsqu’on se fait taper par la police, on se retrouve finalement accusé soi-même. Je me sens obligée de déballer tout mon passé, c’est une deuxième violence.

D’ailleurs, si j’avais

fait quelque chose, pourquoi ne pas m’avoir arrêtée le soir même, lorsque j’étais à terre ?

Ce n’est pas l’argent qui me guide ou qui me rendra ma vie, mais qu’au moins ces hommes qui ont fait ça à une femme à terre qui aurait pu être leur fille soient jugés, condamnés et, pourquoi pas, emprisonnés.

Ce serait un juste retour des choses puisqu’ils ont fait de ma vie une prison.

ÉDITION SPÉCIALE

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M E D I A PA R T

ÉDITION SPÉCIALE

LA REVUE DESSINÉE

ne parlez

pas de violences policieres EMMANUEL MACRON


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LA VIE VOLÉE DE MARIA by La Revue Dessinée, TOPO - Issuu