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No 01 l'Ecole primaire, 15 Novembre 1893

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1 L'ECOLE PRIMAIRE REVUE PÉDAGOGIQUE PUBLIÉE SOUS LES AUSPICES DE LA

SOCIÉTÉ VALAISANNE D'ÉllUGATION l..S93-94

L'ÉCOLE PRI:rtAIRE paraît chaque quinzaine, de Novembre à AYI'il inclusivement, en livraisons de 16 pages. Prix d'abonnement pour la 8uis11e, 2 Cr. 30. Union postale 3 Cr.

Tout ce qui concerne la publication doit être adressé

à l'éditeur : M. P. PIGNAT, t·· secrétaire au Département de, l'Instruction publique, à Sion.


TABLE DES MATIÈRES contenues dans l'année I893-94 de l'Ecole primaire

Les articles marqués d'un * émanent de la rédaction ou d& ses collaborateurs et correspondants spéciaux. rases

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Rentrée des classes, d'après la Tribune de Lausanne L'enseignement agricole 7, L'école opposée à. l'alcool . l:l, 17, 65, Les examens de nos recrues 21, L'instituteur, ses moyens de perfectionnement La politesse, par Lattion Vital 27, 120 Examens d'émancipation Les élèves des ét'-oles rurales et leur avenir Des bonnes habitudes à l'école primaire . La méthode et les procédés Les déménagements, par A. Z., inst. Lecture et choix des livres, par F. B., inst. 49, L'amour de sa vocation, par A. M., inst. De la clarté dans l'enseignement Des habitudes de politesse et de sa.voir-vivre La préparation des classes Les devoirs à domicile L'art tend à la pratiqu e Du manque de ferme té dans l'éducation, par L. V. Moyens à employer pour le développement i ntellectuel des jeunes enfants Du chant, par J . L., inst. à L. 71, Les i nstituteurs et le service militaire, par B. Nos bibliothèques scolaires des instituteurs, par R., inst. 73, Règlement horaire 81, Le jardin de l'instituteur . Les débutants, par C. V. inst. . 99, 124, L'alpinism e au point de vue de l 'éducation Du rôle de la femme en agriculture De l'obéissance • . . . , . . . 102, Quelques moyens de conserver le calme au milieu des ennuis inhérents à. la vocation d'instituteur . Infraction au respect dû Il. l'enfance, )>ar S. l'IL Un mot sur l e café et l'ahmentation . 93, Correction des devoirs faits par les élèves Méthodes d'enseignement . Aux régens . Une leçon d'histoire générale, par A. C. . Les ennemis du jeune homme, par S. inst.

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36 172 88 26 151 33 35 39 42

43 89 50 52 54 58 67 69

70 84 72 138 97 83 86 129 102 122

104 106 108 113 115 118 134 135


SION, 15 Novembre

1893-94

l'age

"' Sur la vocation, par V. Darbellay . 139, loi', 173, 190 '· Une visite de classe . . . . . . . 145 . * Une leçon de composition française au cours moyen 148 * Emigration, par L.-B. P., inst. à S. . . . . . . 149 "' Conseils à un j eune instituteur pour l ui indiquer les relations qu'il doit entreteni.J:, par J. Quinodoz, inst. 161 177 * De la modification du caractèr e, par Senectus 164 Le calcul mental à l'école primaire 166, 18l * Guerre au patois, par S. )I. . . . 168, 181 * Placement du personnel enseignant en été 171 * Education morale, vrai but de la pédagogie . . 187 Le crucifix vivant (extrait de l'Edt!Cation chrétienne) 190· Partie pratique: T hèmes donnés aux examens des recrues, sujets de style, dictées, calcul oral, etc., 11, 29, 45, 60, 74, 90, 109, 141 , 156, 175 Variétés: Récits, pensées, poèsies, anecdotes scolaù·es 16, 46, 61l, 78, 92, 154 Au suj et de la table qui précède, nous avons omis l'indication précise des variétés, chroniques, avis officiels et privés, annon ces diverses, etc., mentionnés dans la couverture de la publication. 1 A la présente table est encore joint le titre. A ce sujet, nous continuons à engager ceux de nos abonnés qui auraient la collection cornpiète de l'Ecole p1"imaire et voudraient la fair e relier, de conserver avec le corps de la p ublication les suppléments et la couve1ture de celle-ci, lesquels peuvent, en raison de leur contenu, être consultés à l'occasion avec utilité. 1

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A nnexes à l'E cole prima ire Indépendamment des matières contenu es dans le corps de la publicati on, l'Ecole primai?·e a donné en 1893-94 de nombreux suppléments contenant : Migration, Une visite à la Grande Cha?·treuse de Pavie, Madeleine, par ?t!ario, Les prophètes du village, La propreté de la maison, L'art de se bien porter, Recettes et conseils divers, L'hygiène au village, Les vocations et l'écriture, Les enfants fumeurs, La première éducation de l'enfant, Le lever matinal, L'Hit·ondelle, Conte de Noel, tableau du personnel enseignant pour 1893-94, Vie de famille et éducation, Comptabilité chez le paysa.n. Médecine vétél'inaire et A travers le règne animal, Le vra.i chrétien, le Miel, Taille des arbres fruitiers, Tribulations de tante Fmnçoise, par Mario, InstallatiO?l. de l'école (rapport de ~1. V. Darbellay à la réunion de 11-lartigny-Ville le 4 mai 1893). Aimez-vous les uns les autres. Première communion , Plus fait douceur que violence, par Ernest Gaillard, et autres articl es et variétés, intéressant l'agricultu re, le commer ce, l'industrie et l'économie sociale.

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L'ECOLE PRIMAIRE ORGANE DE LA

SOCIÉTÉ VALAISANNE D'ÉDUCATION .A.T TE~ T J: 0 J::-::r Toutes les personnes qui recevront les Nos 1 et 2 de l'ÉCOLE PRIMAIRE sans les avoir refusés, dans le délai de 10 jours après .leur réception, seront censées abonnées. La signature de celles qui refusent est nécessaire pour constater clû.ment le renvoi de la publication. Nous appelons l'attention tonte spéciale de nos lecteurs sur le fait que des suppléments sont joints à. chaque No de l'ÉCOLE PRIMAffiE. Ces annexes doublent pour ainsi dire an bout de l'année le volume de la publication, sans en augmenter le prix qui reste fixé à 2 fr. 50 par an. L'ÉDITEUR. RENTRÉE DES CLASSES On rentre. On est rentré. C'est le long semestre qui a commencé, celui où le ciel est gris, la lumière pâle et froide, le sommeil du matin doux à goûter, dur à quitter. Les parents se réjouissent; les maîtres se résignent; les élèves ne sont pas très contents. Au fond, tout le monde devrait l'être. L'école, le collège, l'établissement quelconque d'instruction ou d'éducation devraient être ces templa serena où règnent l'harmonie, la paix, la gaîté, le con fen tement de soi et des autt'es. L'élève devl'ait aller à son maître comme à son meilleur ami; le maître devrait le voir venir et l'accueillir comme un fils ou comme un frère; l'école devrait être le prolongement de la famille, et, en passant de l'une à l'autre à peine l'enfant devrait-il s'apercevoir qu'il change d'atmosphère et de milieu.


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Or, le plus souvent il s'en aperçoit. A qui la faute 'l Un peu à tout le monde: un peu aux élèves, un peu aux maîtres, un peu aux parents. Les élèves ne seront pas surpris de se voir ainsi incri· minés, Ils savent bien qu'ils ne font pas toujours ce qu'ils devraient faire et que c'est de leur côté que les hostilités viennent le plus souvent. Paresse et inconduite, inconduite et paresse, voilà la devise chère au plus grand nombre d'entre eux. Tant qu'ils y seront fidèles, on aura la guerre, ou du moins une paix armée, sentant la poudre, avec des échos de clairon. Les parents et les maîtres, eux., dresseront l'oreille, et trouveront sans doute impertinent qu'on les mette en cause. Les uns et Jes autres se croient volontiers irrépro· chables, et il n'est pas toujours facile de leur ôter cette illusion. Le poète François Coppée raconte qu'il fut très malheu· reux au collège et qu'il fit de médiocres études, pat·ce que tous ses professeurs, à une exception près, ne s'occupaient pas de lui et n'avaient d'égard que pour les cinq ou six premiers. C'est un usage qui se pratique encore souvent, trop souvent; le maitre favorise et encourage les élèves qui ont de la facilité et qui lui font honneur ; il néglige et sacrifie les autres, qui s'en aperçoivent et lui en gardent rancune. Il y a aussi des maîtres solennels, guindés, roides dans leur col et sanglés dans leur redingote, ignorant la divine séduction du sourire et de la voix douce, tenant leurs élèves à distance et leur faisant croire qu'entre eux et lui il ne saurait y avoir rien de commun. On se le tient pour dit et l'on ferme son cœur à triple tour. Il en est de monotones et qui, pour rien au monde, ne consentiraient à égayer d'un rayon de soleil l'ennui d'un enseignement trop méthodique et d'un programme trop régulièrement suivi. Pour ceux-là, toute fantaisie est dangereuse, tout imprévu est pernicieux. Ils ignorent, ils ne se souviennent pas que les jeunes esprits sont avides de variété, de nouveauté, et qu'avec eux la ligne droite n'est

p~s

toujours le plus court chemin qui mène au but · à attet.ndre. On les suit, mais comme le pigeon du fabuliste, traioant l'aile et tiraut le pied,

et l'on arrive au terme plus essouflés et plus courbaturés que si l'on s'était lancés au hasard dans vingt aventure3. Il en est d'indélicats, d'imprudents, de maladroits d'irrégulier_s•. qu_i puni_ssent sévèrement aujourd'hui ce' qu'ils ont to~ere bter, qm sont de bonne humeur un jour, de mauvatse humeur l'autre, qui tournent en ridicule les ignorance~ ou les trayers de certains de leurs élèves. qui font la satire, pas to~Jours spirituelle. de leurs travaux, et qui, par des paroles ~nconsidérées, manquent gravement à l'antique précepte qm veut que l'enfant surtout soit respecté:

max1ma puero debetur reverentia.

Il faut bien le dire, d'ailleurs, pour être juste : la

plu~art du temps, le maître, quel qu'il soit, ignore le ca-

ractere de l'enfant qu'on lui confie, et s'il a une classe

n~mbreuse à diriger, bien du temps se passera avant qu'il

ait pu se rendre un compte exact des mœurs et des aptitudes de . chacun de ses élèves. Anssi, le plus souvent, leur apphquera-t-il à tous la même méthode les mêmes procédés, un système un~iorme. Or, comme iÏ n'y a pas sur un arbre daux feullles exactement pareilles, il n'y a ~ans aucune classe deux caractères. deux tempéraments qu~ se ressemblent et qui puissent être soumis à un même traitement. Dans ces conditions-là, une bonne hygiène intellectuelle et morale est impossible. Il Y aurait pourtant un moyen de l'obtenir. Ce serait une un.ion plus intime, ou, tout au moins, des rapports plus frequents et plus bienveillants entre l'école et la fa~ille. Combien de parents pensent et ne craignent pas de dire, c_om~e leurs enfants et en leur présence : , Notre ennemt, c est notre maître »? Il en est qui ne peuvent adme~tre que leurs fils ne soient pas des aigles ou des anges, ~t qm, constamment, rendent le maître respon:;able de leur Ignorance ou de leur inconduite. L'enfant se sent soutenu


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par ses parents, et comme il est toujours très disposé à donner tort à son maître il s'enfonce plus avant dans -sa paresse et son indisciplin~. D'autres pères de famille, très fiers de leur nom et de leur fortune, affectent de tenir en. médiocre estime ces pauvres petits instituteurs auxquels ils condescendent à confier leurs héritiers. Ils en parlent légérement et c'est à peine s'ils les j_ug~nt utiles. D'autres demeurent à lenr égard dans une wdliiérence profonde ; ils les ignorent, tout simplement, et on les étonnerait beauconp en leur apprenant qu'ils existent. Leurs enfants vont à l'école : il suffit ; leur respomabilité est dégagée. . Il ne devrait pas en être ainsi. Les parents ne devraient pas se désintéresser de l'école; le maitre ~e devra~~ pas s_e désintéresser de la famille.. Entre la famille et 1ecole 11 devrait y avoir communion constante_, rapports . suivis, . influence ininterrompue. Le père devrait aller vmr le.ma1tre~ lui parler de son enfant, lui expliquer son ca~·actere, l~1 montrer comment il faut le prendre. Il devrait, lorsqu I~ en a les moyens, inviter le maître chez lui, afin de lm faire voir l'enfant dans le milieu familial, entouré de cette atmosphère, de ces mœurs domestiques qui, pour une bonne part, l'ont fait ce qu'il est et peuvent révéler le s~cret _de son âme et de son cœur. Et combien la tAche serait moms rude et moins incrrate ~ ' combien les fruits de l'enseignement ,. officiel et •:ollectif seraient meilleurs et plus nombreux, s tl y avait entre l'école et la. famille cette entente si désirable, réalisée si rarement! Rentrons donc, puisque l'heure du travail est revenue: Rentrons, les enfants à l'école, le~ parents et les maîtres en eux-mêmes, tous dans le devoir 1 (D'après la Tribune, de Lausanne.) ~

L'ENSEIGNEMENT AGRICOLE. L'aariculture est arrivée à une de ces périodes où le progrès e~t d'urgence, où il faut avancer ou périr. T_outes les fois que cette alternative s'est posée dans un domame quelconque de l'activité humaine, _le génie d.e l' homme .a triomphé de tous les obstacles et Il a trouve le progres. Il la

trouvera aussi dans ce cas, où il s'agit non seulement de l'existence de la partie agricole de notre population, mais du bien-être du pays tout entier. Pour réaliser des progrès, il faudra chez les agriculteurs beaucoup d'intelligence, de persévérance et d'instruction, surtout de l'instruction spéciale (Fachbildung, diraient les Allemands). Il faudra une jeune génération apte pour cette lutte; il faudrait avant tout pouvoir détruire ce malheureux préjugé qui fait croire que, dès qu'un jeune homme montre un peu plus d'intelligence que d'autres, il est trop bon pour faire un agriculteur. Il est difficile de comprendra comment cette déplorable idée a pu prendre naissance; car il n'y a pas de vocation où, mieux que dans J'agricul· ture. des individus bien doués puissent ti1·er parti de leurs talents. Partant de là, un journal examine· ce qui pourrait se faire pour rendre l'agriculture plus capable de se tirer de cette position difficile. Les conseils qu'il donne ont en vue le canton de Genève, où le programme des écoles secondaires de la campagne comprend déjà quelques notions d'agriculture ; mais nous pourrons aussi en fa.it·e notre profit, et c'est à ce titre que nous les relèvons : Quelques leçons d'agriculture à l'école secondaire (moyenne chez nou:i), c'est bien peu de chose, dit le correspondant, mais cAla peut êl-re l'indice d'une bonne voie à suivre. En effet, ces écoles secondaires ou régionales, qui se trouvent au milieu de la population rurale, et à des distances assez rapprochées pour que tous les jeunes gens de la cam· pagne puissent les fréquenter à peu de frais, et en demeu· rant sous la surveillance de leurs parents, pourraient acquérir une influence précieuse sur la prospérité future de noh·e agriculture, si on tâchait de Jonner à leur enseignement une direetion plus appropriée aux besoins de cette dernière. Il suffirait de modifier légèrement leur programme en ce sens qu'on consacrerait dans l'étude des sciences naturelles plus de temps aux chapitres qui ont de l'importance pour l'agriculture. Par exemple, on traiterait avec plus de détails en botanique les familles des graminées et des papilionacées,

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en chimie les éléments qui composent la substance animale et végétale, en zoologie les animaux nuisibles et les animaux utiles à l'agriculture, etc., etc. Après ces cours préparatoires, on pourrait faire suivre un semestre ou Jeux d'enseignement agricole spécial. Il semble que pour cela il n'y aurait pas de trop grandes difficultés à surmonter. L'enseignement ne serait évidemment pas tenu à une telle hauteur, que l'instituteur secondaire ne puisse être chargé de traiter les sujets généraux. Le plus grand nombre des maîtres actuels seraient parfaitement à même de donner des cours élémentaires de physiologie végétale, d'anatomie animale, de minéralogie et de géologie. Quant aux. cours spéciaux, tels que la chimie agricole, zootechnie, économie rurale générale, comptabilité agricole, l'enseignement des cultuJ·es spéciales, enseignement sur les in8truments et machines agricoles, sur le drainage et l'irrigation, etc., il ne serait pas difficile de trouver parmi nos vétérinaires, horticulteurs et agricult.eurs instruits, des hommes capables et disposés à les faire dans les mêmes conditions que ~:ela se fait déjà à présent pour les leçons d'agriculture .et d'horticultUl'e. Certainement, un tel enseignement ne pourrait être aussi complet que celui qui se donne à une école d'agriculture munie de tous les accessoires, mais il aurait d'autres grands avantages sur ce dernier . Les écoles secondaires étant disséminées un peu partout, leur fréquentation set·a beaucoup plus considérable que celle d'une école d'agriculture où les jeunes gens devraient prendre pension. En outre, ce qui se traiterait à l'école serait discuté à la maison, donnerait lieu à des remarques pratiques de la part du père et souvent provoquerait des essais féconds en résultats. Par conséquent l'instruction serait bien plus répandue et le niveau intellectuel moyen de la population agricole bien plus vite relevé, et peut-être à un pws haut degré qu'il ne Je serait par la présence de quelques agricnlteurs très instruits. C'est dans les milieux. qui en ont le plus besoin et qui malheureusement la recherchent le moins aue nous voudrions voir pénétrer l'instruction.

L'ÉCOLE OPPOSÉE A L'ALCOOL. 1

L'alcoolisme, il est impossible de le nier, exerce une influence aussi considérable que pernicieuse sur la situation morale, physique et matérielle de ses victimes. On l'appelle justement un fléau, car: i. 1l conduit à l'abrutissement de la raison, à l'endurcissement du cœur, à la ruine des bonnes mœurs, aux querelles incessantes, à la perte de l'honneur, au crime. 2. Il compromet gravement la santé publique On pourrait r.iter ici des milliera et des milliers de témoignages dus aux hommes de l'art. Mais contentons-nous de deux observations. « L'alcool, dit un des plus éminents physiologistes, agit sur l'organisme à la façon des poisons, des virus qui imprègnent toute l'économie et créent un état morbide (maladif) de toute la substance. • La médecine, on le sait, ne s'est jamais montrée favorable à l'usage habituel de l'alcool. Jusqu'ici, elle n'en a ordonné l'emploi que dans des cas déclarés nécessaires. Or, une importante revue médicale, dans une remarquable étude du D' Lowe, constate que. depuis quelque temps il s'est produit dans le corps médical un courant trés dé-

favorable à l'emploi des alcools dans des cas où autrefois on les croyait nécessaires. Même dans un des hôpitaux imp,>rtants de Londres, l'alcool n'intervient presque jamais comme agent dans la médication, et la mortalité est constamment moindre que dans les hôpitaux où l'on a beaucoup recours à cette substance. Une des derniéres

raisons d' dtre de l' atcool, comme matière consommée, est donc sur le point de dz"sparaitre dans le monde scientifique. Les constatations de la statistique, au point de vue de la mortal:té cor.sidérable du eà l'alcool, sont rappelées dans la fable suivante : La Mort, reine du monde, assembla, certain jour, Dans les enfers, toute sa cour. Elle voulait un bon ministre


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8 Qui rendit ses Etats plus florissants. Pour remplir cet emploi simstre, Du fond du noir Tartare avance à pas lents La Fièvre, la Goutte et la Guerre. C'étaient trois sujet8 excellents; Tout l'enfer et toute la terre Rendaient justice à leurs talents ; La mort leur fit accuail. La Peste vint ensuite. On ne pouvait nier qn'elle n'eut du mérite; Nul n'osait lui rien disputer, Lorsque du médecin arriva la visite, Et l'on ne sait qui devait l'emporter ; La mort même était en balance ; Mais les vices étant venus, Dés ce moment la Mort n'hésita plu11 ; Elle choisit l'intempérance.

M. Gladstone, le célèbt·e ministre anglais, exprimait la même pensée au Parlement de Londres, en 1880, quand il s'écriait: L'alcool fait de nos jours plus de ràvages que n'en fait la peste, la famine ou la guerre. 3. Au po int de vue matériel, l'alcoolisme appauvrit ou ruine plus ou moins rapidement toutes ses victimes. C'est l'impdt volontaire le plus considérable, le plus effrayant que l'on connaisse. Un homme gagnant 3 fr. croit peu dépenser s'il consacre 0,30 centimes par jour en moyenne aux boissons alcooliques. Or, il prélève dans ce but le 10 °/0 sur le produit de son travail! Existe-t-il quelque part un impôt officiel comparable à celui de l'alcool? Evidemment la classe laborieuse, agricole ou industrielle est, matériellement parlant, la première vidime de l'alcoolisme. Ceux qui virent uniquement du produit de leur travail, n'ont en général pas un budget qui leu!" permette de faire même une part modeste aux dépenses inutiles. Et cependant combien d'individus dépensent 100 fr. et plus chaque année en litres, chopes et petits verres ! Dans les centres industriels on a calculé que l'ouvrier dépense en boissons de quoi devenir propriétaire d'une habitation confortable et salubre. • N'est-il pas évident dit le Bien social de Belgique, bien placé pour le savoir - que la grande partie des salaires, surtout - dans les centres industriels, est perdue dans les débits d'alcool et qu'

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ainsi les grèves, si désastreuses pour la prospérité publique et. l'ordre établi, trouvent en dernière analyse leur stimu-

lant dans la misérable situation matérielle créée par l'alcoolisme, et la surexcitation produite par lui dans le cer(A suivre) veau des malheureux ? , ~

LES EXAMENS DE NOS RECRUES On entend· parfois des personnes se lamenter du retard du Valais dans le domaine de l'instruction publique et incriminer la haute autorité chargée de veiller à la bonne marche des écoles et des collèges. Sans doute leur intention est bonne, c'est leur patriotisme qui les pousse à se prononcer de la sorte. Mais sur quel fondement reposent les critiques, ou mieux les calomnies qu'on lit ou qu'on entend parfois à ce sujet 'f Le plus souvent, selon nous, sur l'ignorance de ceux qui les débitent, ou du moins sur la négligence qu'ils mettent à aller aux informations pour s'instruirA des pt·ogrès réalisés, que les statistiques fédérales, sources bien authentiques et impartiales, se plaisent à nous signaler chaque année. . Jusqu'à présent, la Confédération, par ses experts fédéraux, ne nous a pas traités en enfants gités; elle n'a pas craint de nous mettre aux derniers rangs, tant que nous le méritions; c'est pourquoi, on peut sans crainte de se tromper, ajouter foi aux renseignemeots qu'elle nous donne aujourd'hui et ne pas dénigrer plus longtemps le canton et ses autorités. Les statistiques fédérales signalent cette année un progrès très marquant; pourquoi ne pas le reconnaitre et s'en réjouir t Il est le fruit de tous nos efforts réunis dans le domaine de l'éducation, et il assure à notre cher canton un rang dont nous pouvons être justement fiers aujourd'hui. Pour le prouver, mettons sous les regards de nos lecteurs, un tableau abrégé, et chacun y pourra voir comment notre canton a sans cesse suivi une marche progressive depuis 1875, commencement des examens fédéraux. Moyennes du cante '"l : t876 - 15.10 1888 - H.M 1878 - 14.28 1890 - 10.45 1882 - 13 24 t892 9.50 1886 - 12.23 Il est arsé de remarquer, par cet exposé, que les premières années des examens, nos recrues étaient très faibles, la plupart d'entre elles n'obt.enant 4ue des 4 et des 5 dans toutes les branches. Nos maigres résultats se sont améliorés peu à peu ; aujout·d'hui, les jeunes gens mettent de l'amour-propre à


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bien réussir, et la plupart se font marquer la 1" ou la 2•• note ; c'est pourquoi !a moyenne du canton est arrivée de

15.10 ;\ 9.50. Ab 1 si toutes les communes avaient pris l'instruction et l'éducation de leur jeunesse un peu plus au sérieux, nos progrès eussent été encore bien plus sensibles et plus rapides qu'ils ne l'ont été jusqu'Il présent 1 Mais, malheureusement, ne faut-il pas qu'il s'en rencontre encore aujourd'hui - nous les signalerons plus tard- dont la moyenne se chiffre par 14.60 pend.ant que d'autres placées dans les mêmes conditions, arrivent à la belle moyenne de 5, 6 et 7! D'où vient cette énorme différence? De ce que la loi scolaire s'observe dans les communes qui obtiennent de bons résultats; les élèves fréquentent régulièrement les classes, les autorités exercent une active surveillance et répriment toutes les absences; tandis que, dans les autres, elles restent sans contrôle et sans répression ; c'est pourquoi elles se mullipliEint sans mesure; d~ là absence de progrès et d'instruction. Nous croyons aussi que, malgré toutes les constructions scol~ires, faites ces derniers temps, il en reste encore bien 1\ réahser. Beaucoup de locaux, par suite d'une meilleure fréquentatio~, so?t ~eve~us. trop exigus, et ne répondent plus aux beso10s d aUJOUrd hUJ. Nous avons la ferme persuasion qu'en passant en revue les communes les plus considérables dont les résultats dépassent encore la moyenne 10 (et mal~ heureusement elles sont encore beaucoup trop nombreuses) on trouverait très facilement les causes de ces regrettable~ retards, parmi celles dont nous parlons plus haut. Toutes les localités d'un même district sont solidaires les unes des autres, et doivent rivaliser de zèle pour arriver à de b~ns ré_sultats; il n'est pas suffisant que l'une ou l'autre surve1lle bten les classes, il faut que toutes y apportent le même intérêt. 0~ va même parfois jusqu'Il accuser notre Canton d'être le dern1er dans l'échelle scolaire. L'accusation n'est pas plus fondée que la précédente, et le tableau suivant tiré des statisti~ues fédérales, prouve tout le contraire, et :nontre que le Vala1s, non seulement n'est pas au dernier rang, mais qu'il occupe une place très honorable parmi les cantons confédérés.

1889-27 1890-21 1891-16

Berne . 12 St-Gall U Lucerne 17 1892-12 Tessin. 21 Uri • • 25 Schwytz 27 Appenzell 33 Ainsi, s'agit-il des illettrés, on voit quel chemin le Valais a parcouru depuis t886, puisqu'il est arrivé de 38 illettrés 1\ 12 o;o, et qu'il marche côte Il côte avec Argovie Bâle-Campagne et Berne, et qu'il devance 6 autres cant~ns. On peu.& donc affirmer hautement qu'il occupe sous ce rapport le 16• rang p~rmi les cantons confédérés, place très honorable pour le Valais, vu les nombreuses difficultés qu'il lui faut surmonter pour obtenir une fréquentation régulière. (A suivre.)

PARTIE PRATIQUE Nous continuons à publier, comme jusqu'ici, les sujets donnés lors des examens de recrues. Les thèmes ci-après sont ceux de l'automne t893. Nous commençons par les problèmes écrits et oraux et continuerons par la com-

. position.

BecZ"ues ayant 4 ou 5 ou nombre d'illeUrés. •to

Résultats de 1892

1886-38

Valais 12-16 rang Argovie . . 12 BAie-Camp. . 12

1887- 86' 1888-37

Calcnl écrit achète un habit pour 36 fr. 50 cts, une paire de pantalon pour 16 fr. 30 cts et un gilet pour 9 fr. 40 cts. Combien coûte l'habillement complet 't 3. Un journalier a fait 65 journées Il 2 fr. 70 cts. A diverses reprises il a tiré des acomptes pout 86 fr. 70 cts en tout. Combien lui revient-il encore! 2. U~ a~tisa~ achète pour 12,630 fr. une maison y compris 1ateber. Il en paye les 'ls comptant; il paye pour le reste les intérêts au 4 °/o. Quel est l'intérêt annuel? 1. Quelqu'un a placé un capital de 8425 fr. du 10 avril 1893 au .~2 juin de la même année, il en reçoit 67 fr. iO cts ~ 10térêt. A quel taux (combien o;a) a-t-il placé son cap1tal ? 2. 4. Un tonneau contient 603 litres de vin. On en tire 4.76 litres. Combien de litres restent encore dans ce tonneau ? 3. En .général, les vaches Il l'engrais augmentent tous les JOUrs de 1 ''• kg. Quel poids obtiendra une vache de 315 kg., si on la tien\ Il l'engrais pendant 68 jours t i. Avec 30 litres de lait on fait 11/.t kg. de beurre à 2

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Q~elqu'un


13 fr. 60 cts le kg. Quel est le rapport en t80 jours, une vache fournit chaque jour tS litres de lait? 1. On rembourse une deUe de 825l fr. 75 cts avec so intérêt du 5 mars au 18 septembre; l'intérêt est a 31/f o;,. Quelle somme cela fait-il t 3. 4. Une route doit être réparée sur une longueur de t25 m. - 376 m. sont déjà achevés. Combien de mètre sont encore l réparer? 8. Un compagnon paye par jour l fr. 35 cts de pension. A combien s'élève cette dépense pour 78 jours t 2. Un meunier fait venir d'Autriche du blé pour une somm de 2560 florins; le florin est compté à 2 fr. 20 cts. A combien se montent toutes les dépenses, si les frai do transport et d'entrée équivale11t au 3 °/e du prix d'achat t 1. Un maitre d'état entreprend le travail de menuiserie d'une construction pour la somme de 4539 fr. L'entreprise lui revient à 4250 fr. Combien o;e gagne-t-il 't

6 . .&.

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'1. 4.

4. 4.. Un domestique a un salair9 annuel de 580 fr. De celte somme il a déjà reçu une première fois 127 fr., une seconde fois 284 fr. Qu'a-t-il encore à recevoir t 3. Un agriculteur, pour éteindre une dette d'intérêt de 825 fr. reruet 175 demi-kilos de viaude de porc, A 75 cts. Que doit·il encore payer en argent? 2. Lors d'un cours de répétition durant 16 jours, un soldat r«:>çoit journellement 1/f kg. de pain. Combien d'hommes compte le bataillon, si pendant tout le cours, on a distribué 91 q . 92 kg. de pain t I. Un négociant achète 18 a;f q. de riz, à 56 cts le kg., payables dans 7 mois. Comme il paye comptant, on lui remet un escompte de 'ta "/o par mois. Combien doit-il t 3. t. Un artisan a à réclamer les sommes suivantes; 428 fr. 70 ela, 236 fr. 30 cts et 107 fr. 25 cts. Combien au total t 3. Dans une fabrique travaillent 118 hommes et 69 femmes. Le salaire journalier d'un homme est de l fr. 75 cts, celui de la femme de 2 fr. 80 cts. Quelle est Ja dépense pendant une semaine t 2. Un agriculteur exporte 312 q. 75 kg. de fruits; il en donne les pour 9 fr. 80 cts le q. et le reste pour 8 fr. le q. Combien vend-il son fruit t 1. Une place à bâtir, longue de "6.5 m., large de 25,6 m. a été vendue pour le prix de 9761 fr. Quelle est

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3. 2.

1.

8. 4. 3. 2.

1.

la valeur d'une autre place, longue de 32,8 m., large de 21, 5 m.? Un tonnelier met du vin dans 4. tonneaux. Le premier contient 450 1., le second 360 1., le troisième 570 1., et le quatrième 120 l. Combien de litres contiennent les qnatre tonneaux ensemble t Un paysan a vendu 52 q. de froment, à 24 fr. 75 cts le quintal. Du produit de la vente il rembourse une dette de 780 fr. Que lui reste-t-il encore? Pendant l'biver une famille a employé 8'/ll stères de tourbe, à 81/s fr. le stère; 160 fagots de sapin, à 14'/t cent. le fagot el t•;~ stère de bois de foyard, à 14 fr. 20 cts le stère. Quelle a été la dépense journalière en bois, s'il a fallu chauffer pendant 182 jours? 75 kg. d'une marcha ndise ont été payés 138 fr. C~m­ bieo doit-on payer pour 97 kg-. de cette marchandise, laquelle a haussé du 12'1• p. % du prix précédent t Un cheval valait au printemps 910 fr ., l'automne suivant il ne vaut plus que 675 fr. Quelle est la diminution 'P Pour 17 journées à 2 fr. 75 cts, un ouvrier reçoit 220 kg. de pommes de terre, à 7 cts Je kg. Combien reçoit-il encore en argent 'P Un tas de bois, contenant des b11cbes longues d'un mètre, a une longuetJr de 9 m. une hauteur de 1,50 m. Quelle est sa valeur, si 4 m3 se payent 30 fr. 'P Pour une place rectangulaire longue de 46,85 m., large delji m., un architecte offre 8000 fr. Quelle est la valeur du mètre carré t Frédéric a l!pargnP en cinq ans : 45 fr., 84 fr. 63 fr., 108 fr. et 120 fr. Quelle est son épargne en tout t Un épicier reçoit 2010 kg. de sucre. Combien de pains de sucre, du poids moyen de 6 kg. contient l'envoi? . A combien s'élève le voiturage de 26800 briques, si une brique pèEe 5'/t kg. et si l'on paye 30 cts par quintal t Une poutre rectangulaire, pour construction, a une longueur de 12,8 m. Sa coupe es\ un carré de 15 cm de côté. Que colite cette poutre, le ID3 compté à 55 fr_'P d'épar~ne, j'y ajoute encore 98 fr. 75 cts et je prends 88 fr. 60 cts. Combien reste-t-il t

9. 4. J'ai 168 fr. dans une caisse


15 S. Un employé paye par mois 45 fr. pour la pension et

1. Un aubergiste a fait venir du même marchand de vin : 12 fr. 50 ets pour le logement. Quelle somme cela 1" 15 76 hl. à 461/t fr.; 2° 7,~ hl. i 57'/• fr. ; a· pour fait-il au bout d'un anf U5 fr. de vin à mettre 6n bouteilles. Avec quelle 2, Un menuisier livre pour une construction 15 portes somme s'effectue le paiement s'il y a un escompte de de chambre, chacune haute de 1,90 m . et large de 1 t•;, p. %. m. A combien se monte la note s'il demande 6 fr. 80 13. 4. Un négociant a perdu en une année les valeurs suiets pour le mt 't vantes: 87 fr. 50 cts, 18 fr. 25 cts et 16' fr. Quelle 1. Le marchand de bétail H. emprunte le 10 mai 1850 est sa perte en tout 1 frs. Avec quelle somme règle-t-il ce compte, s'il rend 3. J'ai acheté le quintal d'une marchandise pour 73 fr. l'emprunt le 15 novembre de la même année ; la banque 25 ets ; je dois la céder à 68 fr. 50 ets le quintal. lui demande un intérêt de 4'/ll p. % et 2 fr. 80 cts de Quelle est ma perte pour 28 quintaux 1 provision 1 (365 ou 360 jours.) 2. Lors d'une faillite les créanciers pour une valeur de 10. 4. De 765 kgs de café que j'lAi en magasin, j'en ai vendu 100 fr. nt1 reçoivent que 27 ft·. Combien obtient-on 478 kg. Combien m'en reste-t-il f par conséquent pour une créance de 1752 fr. 't 3. Que doit-on payer en tout pour 18 m. de cotonnade, 1. Le marchand B. doit payer pour sa location et son 1\ 85 cts le m. et 21 mètres de toile à 1 fr. 20 cts t magasin un loyer de 1755 fr. Cette somme équivaut 1 2. Il y a quelque temps, j'ai acheté 70 kg. de fromage l'intérêL annuel de quel capital placé au 4 1/1"/.' à 1 fr. 50 ets le kg. ; aujourd'hui, par suite d'un certain déchet il n'y a plus que 62'/t kg. A combien me 14. 4. J'ai un champ qui mesure 8265 mètres carrés. J'en dois céder 875 mètres carrés pour la construction d'une rev._ient actuellement le kg. f route. Quelle surface de mon champ me reste-t-il en1. Pour prévenir la faillite, le négociant N. offre à ses core 1 créanciers le 62'/• p. % de ce qui leur est dti. Dans 3. Un paysan doit un intérêt de 381S fr. Pour s'en acces conditions, quelle perte ferait la maison de comquitter il livre 168 k. de fromaie · à 1 fr. 35 ets le k. merce M. pour !4!8 fr. 80 cts, valeur qui lui est dtie t Quel est le reste de sa dette ? 11. ~. La plus haute montagne de la terre est élevée de 8179 2. Un jardin long de 3i m. 5 cm., large de 29 m. est m. ; la plus haute montagne de la Suisse eet élevée partagé en 4 parties égales. Quelle est la surface de de 4638 m. Quelle est la différence 1 chaque partie, si les chemins occupent 32,5 m1 1 3. Une famille reçoit de fils établis en Amérique un 1. Un grenier long de 2 m., large de 1 m. 15 cm. est manflat de poste de 75 dollars. Combien cela fait- il rempli de froment jusqu'A une hauteur de 84 cm. en francR, si le dollar équivaut à 5 fr. 12 cts t Quelle valeur a ce blé, si 1 dm1 (litre) pèse 1/t kg. 2. Quelle somme dois-je donner pour rembourser une et si 1 q. vaut 20 fr. 50 ets ! dette de 87 t fr., avec l'intérêt annuel au 4'/t % f 1. Un jardin potager rectangulaire est long dA 16,6 m., 11. 4. Additionnez les valeurs suivantes : 79 fr. 85 cts, 82 fr. 15 ete et 17 fr. 50 cts. large de 8,75 m. Il est partagé en 12 carrés égaux S. Que revient-il à un menuisier cons tructeur pour une par 11 chemins, chacun long de 8,75 m., large de 20 paroi de 28 mètres carrés i 8 fr. 2fS cts le m1, et cm. Quelle est la surface d'un de ces carrés f pour un plancher de 34. mètres carrés à i fr. 75 cts 1•. 4. La grand'route entre deux tonalités mesure 5860 m. i le un sentier ne mesure que 3975 m. De combien de 2 Une canalisation se compose de 36 tuyaux en bois, m. le sentier est-il plus court 1 · chacun de la longueur de 2 m. 75 cm. ; ceux-ci doi3. Pour le mètre cube d'une maçonnerie on emploie 460 vent être remplacés par des tuyaux en fonte d'3 la briques. Combien de briques sont nécessaires pour longueur de 2'/• m. Combien faudra-t-il de tuyaux 38 ma 'f en fonte 'P 2. J'ai dti payer 232 fr. 50 ets pour 1871/t marks alle1. Une dette de 1468 fr. 80 cts est échue le 8 avril. Cemands. Quelle est la valeur d'un mark 1 pendant le payement n'a lieu que le 5 aotit de la même

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16 année, avec on intérêt annuel de 4'/s% pendant le retard. Avec quelle somme effectuera-t-il le payement t (860 ou 865 jours.) 16. 4. Un campagnard paye dans une année à ses domestiques 676 fr., à la servante 166 fr. 40 cts et anx journaliers 157 fr. 60 cts. Quelle somme cela fait-il en tout? 3. Un paysan a livré à un établissement au mois de juillet joornellemenl 35 litres de lait. Que lui doit- on si le litre est compté à 15 cts 'P 2. Un paysan vend 1 1/4 q. de viande de porc; le '12 kg. à 77'/t cts. Quelle somme cela Jui rapporte-t-H 1 1. D'un tas de foin long de 8 m. 4 cm., large de 5'12 m., haut de 3 m. 2 cm., on a déjà enlevé une portion longue de 6 m., large de 2 m. 4 cm. et haute de 1 m. 5 cm. Quelle valeur a le foin encore restant, si t ms vaut 6 fr. 25 cts 't

BIBLIOGRAPHIE Trois ans de comptabilité à l'école primaire

~ours pratique et gradué, par J.-F. Morerod. Lausann:, 1mp: A. Borgeaud, éd. - Partie de l'élève : fr. 0,15 ; part1e du maître : fr. 1,25. ~e cou~s de comptabilité se recommande tout spécialement à 1 attention du eorps enseignant. Il contient 63 comptes divers, tous très prattques, et c'est là précisement ce qui fait la ~~leur, de cette cfiarmante brochure. • En effet, si la comptabilité n est pas _en honneur chez un gran.d nombre d'agricu~te~rs, la premtère faute en est peut-être a l'école populaire qut n _en a pas re~du l'enseig~ement à la fois varié et intuitif pour mtéresser, Slmple, prattque et complet pour être utile et en dégage~ des conséquences heureuses pour l'économie générale agr1colP . . Peut-être aussi fait-ou trop de théorie et pas assez d~ prat'tq'IJ:e •. La publication de M. Morerod obvie à. tous ces ·~cocvéments, car son contenu est à Ja fois vané, Slmple, prat1que et complet. Nous recommandons donc l'exce~lent rec~ell _de M. ~orerod, non seulement au corps ense•gna~t primaire, ma1s encore à toutes les personnes, artisans ou. agrtcu~teurs, qui sont appelées à établir des comptes de C&ISEe, pr1x de revient, devis, etc. ; il sera pour tous uo guide des plus précieux. Aj_ou~ons _q~~ not~e Département de l'Instruction publique a !a•t 1 a~qu1sttton dune certain nombre d'exemplaires de cet utile petit ouvrage pour les distribuer au personnel enseignant.

Supplément l L'ECOLE PRIDIRE

MIGRATION par

MARio. . •

Une empreinte qu'un autre voyageur, un frère désespéré, découvrira peut-être en échouant sur cette rive, et dont la vue relèvera son courage. (LONGFELLOW.)

Le jour commençait à poindre. A l'orient les premières lueurs du matin, une transparence plutôt qu'une clarté, se montraient entre les montagnes et le ciel. Le ve~t du nor~ so~fflait d~ns les arbres dépouillés, et la neige blanch1ssatt les to1ts. La nouvelle année s'ouvrait sur une aube sombre et froide, sur un ciel bas incertain et triste. ' Mal_gré l'heure matinale, une colonie d'émigrants se mettatent en voyage. lls se dirigeaient à l'aventure vers des régions lointaines que nul d'entre eux n'avait encore parcourues. Tous aiJaient au devant de l'inconnu C'était one troupe de gens de tont sexe et de tout âge, depuis l'enfant à la mamelle jusqu'aux vieillards à cheveux blancs. Ils suivaient tous le même chemin avec la même rapidité, comme une nuée de feuilles qu~ le vent emporte. Quelques-uns tournaient la tète en arrière, pour contempler encore une foie dans le creux du vallon le toit paternel, un vieux toit de chaume dont les contours bien connus allaient se perdant dans la brume. Avec un g~os soupir, .ils embrassaient dans un dernier regard le village, la vallée, les montagnes qu'ils abandonnaient, sans aucun espoir de les revoir jamais. D'autres vêtus de noir, avaient les yeux gonflés de pleurs. Lorsqu'ils passaient à côté d'un cimetière, de leurs . mains engourdies, ils en ouvraient la porte qui ~oulatt su~ sea gonds rouillés avec un bruit strident ; Ils déposaient pieusement des couronnes sur les tombes, puis ils reprenaient leur course en pleurant.


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D':mlres, et ils étaient nombreux, s'en allaient le sourire aux lèvres et Je cœur léger, gaiement, sans regarder derrière eux. On eût pu croire qu'ils se rendaient à une fête car ils poussaient des cris de joiP, et folâtraient tout le long du chemin en chantant de gais refrains. Quelques bommes marchaient isolés et rêveurs, et comme étrangers à la foule. Un vide _se faisait ~uto~r d'eux. Ils tenaient des lyres dout par Intervalles tls tlraient des sons mélodieux. Les uns chantaient des cantiques, les autres à la m~nière des bardes racontaient jes hauts faits de ceux qu1 ne sont plus. Il y avait des gens . qui se plaiRnai~nt ,de la célérité du voyage, et craigna1ent de n~ pouvotr s ~rrêter à leur gré dans les lieux agréables qu 1ls traversatent Ils auraient voulu s'attarder 1\ côté de l'âtre, devant un feu clair, pour y at.tend_re .e':l repos le reto~r du printemps. Mais une force mvlstble les poussait en avant, et tous s'éloignaient. A mesure qu'ils avançaient, d'autres émigrants se joignaient A eus. C'était un pèle-mêle, une COP.ue, OÙ il était malaisé de se rACOnnaitre, flt OÙ cha• cun ne semblait préoccupé que de son propre sort, et du souci d'arriver le premier. . Beaucoup voyageaient P~ famille. Beauco~p auss1 emportaient ce qu'ils possédatent de plus précteux La p~u­ part se traînaient en ~émissant, courbés sous le potds de pesants fardeaux. D'autres marchaient seuls et les pieds meurtris sans '}Ue personne y prit garde ou songPâL à leur ad~esser une parole de sympathie. Plusieurs tombaient pour ne plus se relever. Ils m~u­ raient A la peine, ou étaient ~mpo~tés .par des malad1~s pestilentielles... Qnelques-uos ausst étatent frappés su~J­ ment. On se bâtait de leur donner une sépult?re, p~Is, les rangs se resserraient; on avançait, et i.l ':'y paratasait plus; mais derrière eus, la route était Jonchée de tombes. . Ceux qui les voyaient passer hocbaiAn~ la tête El~ dlsant: ces gens-là sont des insenséE~, car Ils poursur~ent des chimères, et vont au-devant d'une mort certame. LeUl' crédulité et leur imprévoyance les aveuglent. Da~s les régions inexplorées qu'ils ont à traverser, des pér1ls sans nombre des difficultés insurmontables les alt.endent. Ils ser~nt exposés chaque jour à tomber dans les embùcbes, et à lutter cootinuellemen\ contre la ruse et . les attaques de leurs ennem1s. Sourds à tous les avertissements comme à toutes les

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menaces, les émigrants poursuivaient leur voyage, fas-cinés par l'espoir de voir un jour la fortune couronner leurs efforts, et les jours succédaient aux jours, les semaines aux semaines, sans que rien viol ralentir leur marche. Partout où ils passaient, il étaient étrangers et voyageurs. Devant eux, souvent s'étendaient des perspectives in.finies, des plaines uniformes et à perte de vue; tantôt des vallées arides ou des terrains sans arbres, des pas·sages escarpés ou de sombres défilés dont l'aspect seul mettait l'angoisse au cœur; tantôt de vertes prairies où semblait régner un éternel printemps. Puis, c'était un fleuve qui leur barrait le passage. Il était large, l'eau profonde et fangeuse. De aes flots glauques montaient des cris de malédiction, des burlemeuts de détresse, -ceux des malheureux que dans soo cours dévastateur, il avait engloutis. Et pèle-mêle à la dérive, hommes, cadavres, troupeaux, trésors lentement amassés, ricbes moissons, débris de toutes sortes, s'en allaient emportés avec une rapidité vertigineusA, vers les profondeurs incommensurables de l'océan. Çà et là, une carène entr'ouverte, un esquif sur la burge, un aviron brisé, des rames inégales, ensevelis dan1:1 la vase. Ailleurs l'empreinte d'un piei sur le sol, des cailloux noircis par le feu, à côté d'ua groupe de cabanes abandonnées, la trace d'un sentier parmi les roseaux. Plus loin, des vestiges de campement, une muraille ruinée leur disaient assez que des générations effacées avaient séjourné sur ces rives. Attirés par ce courant infranchissable qui entratnait des milliers d'êtres humains, comme tout ce qu'il rencontrait sur son passage, les émigrants retournaient sur leurs pas, pour reprendre plus loin, en faisant un long circuit, leur marcbe vers l'occident. Là aussi, des souffrances les attendaient. Ils s'enfoncent dans le désert. Le lion y règne en maitre. Les fauves s'y promènent Des rochers dénudés et du sable partout. Ni ombre, ni fraicb~ur. Ils marchent sous un ciel de feu. Oo n'entend que le souffle court et haletant de ceux qui foulent ces plaines torrides. Le bruit même de leurs pas se perd dans le silence morne de la vaste étendue. Le sol est semé d'étincelles, il miroite a•Itour d'eux. Un mirage f~iL flotter devant leurs yeux de vertes ocsis, et les maintient dans leurs décevantes illusions.


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Pas un insecte, pas une plante, mais sur tout leur parcours des ossements blanchis, des squelettes d'hommes ou d'animaux, calcinés et épars dans le sable brûlant. Soudain Je ciel s'obscurcit. De l'orient, un vent impétueux f!'élève. Il s'avance en chassant devant lui des nuages de poussière. Soulevées par ses rafales, des montagnes de sable s'en vont tourbillonnant au loin. Le sol incessamment balayé est pareil à une mer en furie. La terre en · est ébranlée, et les hommes sentent leur cœur défaillir. Après que l'ouragan a bien promené ses fureurs dans les airs, le ciel reparait dans toute sa splendeur. La caravane se reforme, elle franchit les confins du désert, elle s'éloigne. Au bord de la mer elle se déroule sur des terrains dévastés, et se heurte à des ruines colossales, tt>mples renversés, pylones ot portiques, chapiteaux, fllts de colonnes, obélisques et sphynx, architraves brisées, gigantesques décombres ; - toutes choses qui parlent de grandeur évanouie, de siècles de gloire, - et font dire: Un peuple a passé par ici, et ce peuple était grand. De nouveaux convois d'émigrants grossissent sans cesse la caravane. Il y a là des hommes de toute langue et de toute couleur. On dirait le pèlerinag& des nations. Ils marchent en rangs pressés; la route n'est plus assez large pour eux. Inquiets, hardis, fiévreux, les nouveaux venus jettent à ceux qu'ils ont rejoints des regards obliques. Ils les poussent de l'épaule, et les refoulent en arrière pour se mettre eux- mèmea les premiers à la tète du défilé. Et, bien qu'ils ne se fussent point connus auparavant, tous ces geus d'un commun accord, suivaient la même direction, comme une nuée d'hirondelles, lorsque le printemps ou l'automne les invite à changer de climat. Foulant d'un pied impatient les vieilles terres eultiv~es, où de pauvres laboureurs, le visaga ruisselant de sueur, recueillaient les javelles, ils marchaient résolument à la conquête des champs de l'avenir. De loin en loin, jalonnant la route, apparaissait une modeste croix de bois, plantée auta·efois par quelques pèlerins peu soucieux de gloire et d'honneurs terrestres. Eux aussi avaient fait le même voyage. Ils s'étaient chargés de croix, et les avaient dressées ça et là au bord du chemin, pour guider ceux qui viandraient après eux, et par cette vue ranimer leur courage.

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Mais tous ceux qui passaient ne la regardaient pas. Il y en avait même plusieurs qui, en l'apercevant, détournaient la tête comme si elle allt été pour eux un objet pénible à voir, et beaucoup parmi les jeunes et les vaillants, qui la considéraient d'un air moqueur. Il y en aov:ait d'autre~, au contraire, qui, du plus loin qu'il la voyatent, tendatent les bras vers elle. Alors ils ento!lnaient un cantique d'actions de grâce, et se metlatent à genoux. Pour tous ceux-là, bien qu'ils fussent étr~ngers les uns aux autres, la croix était un signe de .ralhement: ' Nous sommes frères, se dtsaient-ils. , Parmi ceux qui s'agenouillaient devant la croix le regard s'arrêtait de préférence sur deuxjeunes homzhes deux amis, tous deux beaux à voir. Ils s'avançaient dans la vie, la main dlins la main, l'espoir au tront la tète haute. Une affection profonde les unissait l'u~ 1 l'autre. A les voir, on ellt dit David et Jonathan. Le plus âgé avait nom Elias. Il était de haute taille, élancé, avec un front large et de grands yeux limpides. To~te sa flgu~e avai~ la sérénité d'une âme pure dans la Jeunesse. L autre Jeune tèLe de vingt ans, beau visage de chérubin, s'apelait Calixte. Une bouche riante, des yeux bleus très doux, un regard d'enfant qui allait droit au eœ~r, laissaient deviner en lui tant de candeur, de franchise et de bonté, qu'on ne pouvait le voir sans l'aimer. Ils ne se quittaient point. Leurs deux vies semblaient n'en former qu'une, et malaisément on ellt pu se les représenter l'un sans l'autre. L'âme d'Elias était liée 1 ·celle de Calixte, autant que celle de celui-ci était liée à la sienne. Tout était commun entre eux. C'était une alliance à la vie et à la mort. L'œil se délectait à contempler en eux le modèle d'une amitié parfaite. L'austérité de l'un s'adoucissait au eontact de la gaieté de J'autre, et les élans affectueux du s~cond avaient le pouvoir de dissiper, comme par magae, les nuages qui venaient parfois assombrir le front du plus âgé. Ils se connaissaient depuis l'enfance. Ensemble ils avaient grandi, ensemble ils avaient passé les premières -a~oées de travail, années d'espérances et de belles illustons; ensemble encore ils affrontaient les périls d'un voyage dont l'issue était incertaine. Pleins d'un enthousiasme juvénile, ambitieux tous ·deux de donner à leur vie un but noble et grand, im-


6 patients de sa jeter dans la mêlée en compagnie des héros et des braves, forts de leur aftection réciproque,_ ils s'avançaient avec une égale confianco au-devant de l'inconnu. Les jours passent et la caravane marche toujours. Son nombre est devenu une multitude qui ne peut ni chiffrer, ni compter. Les voyageurs exténués n'avancent plus qu'avec peine. Leurs souliers sont usés et leurs habits tombent en lambeaux. A tous, il leur tarde d'être arrivés, afin de pouvoir revêtir des vêtements de fête. Et, bien qu'à plusieurs signes il leur 11oit facile de comprendre qu'ils approchent du terme de leur pèlerinage, beaucoup d'entre eux perdent courage. Ils passent ob d'autres ont pas<Jé, et partout sur leurroute, ils trouvent la trace des pas de ceux qui les ont. précédés, partout des tombes, des ossements, des armes brisées. Partout des vestiges de luttes ou de combats, partout des inscriptions couvertes de boues et de poussière. Sans ralentir leur course, ils les regardent ; et eux aussi ils passent. Un jour enfin, à travers les clartés _vaporeuses du matin, ils aperçoivent au loin le sommet des hauteurs qui servent de barrière aux terres fortunées, dont lepartage doit couronner leurs efforts, et récompenser leurs fatigues. Un cri de joie s'échappe de toutes les poitrines. Ils penstnt que tous leurs maux sont finis. Plus qu'un élan, le dernier, et ils seront sauvés t Tous pressent le pas. Sans donner un regard A ceux qui tombent derrière eux, les vaillants et les robuc;tes se portent en avant. Ils ne donnent pas de repos A leurs pieds. Le soleil n'est pas encore couché qu'ils ont atteint le pied de la montagne. Mais là encore, si près du but, le doute, les incertitudes viennent de nouveau les assaiHir. Deux voies différentes se présentaient A leurs regards. L'une, spacieuse, ombrageuse, suivait en faisant de longs circuits la base de la montagne, Elle traversatl une plaine couverte d'une exubérante végétation, dont les parfums arrivaient jusqu'à eux. L'autre, étroite, difficile, couverte de cailloux et bordée d'épines, s'ouvl'ait sur un ravin aride et escarpé . Pour des gens déjà épuisés par les fatigues d'une longue route, l'aspect en était repoussant. Néanmoins, à son entrée, une antique croix de bois, placée là par-

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d'anciens pionniers, la désignait aux passants comme étant la plus sllre. Les pèlerins se concertent entre eux. Les yeux fixés sur les magnificences de la piaine fertile qui se déroule devant eux, ils délibèrent. Quelques-uns parlent des avertissements qu'au moment du départ leur out donné les voyants et les sages : Gardez-vous, leur avaient-ils dit, ~at·dez-vous de la route large et des sentiers fleuris. Ils mènent à la perdition • et nombreux sont ceux qui y entrent. A ces voix égrenées, répond un murmure moqueur. Des rires, des huées se font entendre : Ecouter les voyants! Des vieillards qui ne savent ce qu'ils disent t Les sages qui prononcent ces sentences, ont-ils jamais fait le même voyage Y - En sont-ils revenus pour en parler si à leur aise Y- Leurs discours n'avaient pas le sens commun. Pouvait-on prêter l'oreille aux paroles de quelques vieux radoteurs t Ce n'était pas de cela qu'il s'agissait Ce qui importait tout d'abord, c'était de prendre les devants sur les colonnes d'émigrants qui suivaient la caravane, et de s'établir avant eux dans les riches terres qui s'étendaient au-delà des montagnes. La route large, sans doute, était la plus longue, mais, en revanche, elle était la plus facile. Et, bieo qu'elle traversât une eontrée dont les habitants, disait-on, cherchaient par leurs enchantements à tendre des pièges aux voyageurs, ce danger n'était plus à craindre lo1 squ'on était en nombre suffisant pour leur résister. Ainsi parlaient le plus grand nombre des pèlerins, éblouis par les splendeurs de ces nouvelles perspectives. En regardant avec dédain le chemin du ravin, ils ajoutèrent encore : On ne voit que trop combien ce senlier· rocailleux est peu fréquenté. Il e~t couvert de ronces et de chardons, et la croix qui lui sert de poteau indicateur, est entièrement vermoulue. En outre, il est bordé d'épines qui blesseraient nos pieds et nos mains. Il faudrait être insensé pour s'engager dans un passage aussi étroit, et ob l'on ne peut passer qu'un à un. Et les autres répondaient à ceux-ci par des applaudissements. Ce que voyant Elias, il attira Calixte à lui, et voulant l'entratner loin de la foule, il lui dit : Ne perdons pas notre temps à écouter de vains discours. Détournons-nolis de ces hommes légers qui courent inconsi-


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dérément l leur perte, car ils ne cherchent que ce qui plait aux yeux et rassasie le corps, c'e1:t pourquoi ils ne pourront résister aux séductions qui s'offriront à eux sur cette route semée de fleurs, et ils périront misérablement victimes de la malice des habitants du pays. Voill le soleil qui penche vers l'horizon. Appuie-toi sur mon bras, et acheminons-nous ensemble sur ce passage escarpé qui les effraie si fort. Mais Calixte, les yeux baissés vers la terre, ne lui répondait point. - A quoi bon choisir ce sentier pierreux, dit-il enfin avec un accent de mécontentement, puisque l'autre conduit également au pays où nous allons t Considère, je t'en prie, combien je suis las. Regarde mes pieds, ils sont déchirés et sanglants. Jamais, je le sens, je ne pourrai supporter la souffrance que leur causeraient ces cailloux tranchants. La nuit approche d'ailleurs. Nous serions seuls et sans ressources sur ce chemin isolé. Passons plutôt sur l'autre voie. - Calixte, fit Elias d'un ton de reproche, en lui pressant doucement la main, ne te souviens-tu point que nos pères, en nous remettant le bâton de voyage, nous ont recommandé de ne pas nous laisser entraîner l suivre la multitude pour mal taire t Avec leur bénédiction, ce furent leurs dernières paroles. Sont-elles déjà sorties de ta mémoire, que tu me tiennes aujourd'hui un tel langage? Calixte pleurait, et ne répondait rien. A trave1·s ses larmes, il contemplait le défité des émigrants qui se dirigeaient en rangs serrés vers les terres plantureuses qui s'ouvraient devant eux. A voir tous ces gens se précipiter dans la même direction, on aurait pu croire qu'ils avaient oublié toute fatigue. Le soleil se couchait. Sous le tressaillement de ses derniers rayons, la plaine resplendissait comme une émeraude dans une coupe de rubis. Elle s'étendait à perte de vue, ombreuse, chatoyante, avec des •·eflets d'or. Les palmiers et les tamarisques balançaient la dentelle de leur feuillage sur un horizon emvourpré. Une brise attiédie, les émanRtions de mille fleurs, apportaient aux voyageurs des bouffées d'enivrantes senteurs. C'était vraiment une terra enchantée. - Calixte, reprit encore Elias devinant les pensées de son ami ; faudrait-il nous séparer t N'avons-nous pas juré d'être frères jusqu'à la mort t - A ces mots, Calixte leva vers lui sa bouche souriante et ses grands

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yeux d'azur. Dans l'effusion de son cœ?r, .il s~ jeta à. son cou : - Qui parle de se séparer, s écr1a-t-1l t Ne t'obs,ine pas davantage à vouloir gravir ce sentier lugubre 1 Viens avec moi. Suivons les autres! Suivre les autres, répéta Elias. Il recula; et d'un geste montrant la croix et la montagne escarpée que le crépuscule noircissait : Plutôt mourir là-bas 1 - Calixte baissa la tète et rougit. Elias regarda encore une fois. Une larme voila l'éclat de son œil limpide. Puis, résolument sans se retourner, sans jeter un regard derrière lui, il s'enfonça dans Je ravin. Les ombres du soir l'enveloppèrent, et bientôt on ne le vit plus. Il marchait pourtant, haletant, opprest~é, d'un pas rapide, dévorant l'espace comme q~elqu'un qui v.ient de prendre une résoluti?D suprême~ s arrêt_ant parf?IS pour reprendre la respiration. Alors Il portait la mato à sou cœur comme pour en comprimer les battements, il la portait à ses yeux pour en refouler les pleurs ; puis il reprenait sa course, insen_sible e~ apparen~e à la douleur que causait à ses p1eds déjà meurtris le contact des épines et des cailloux. Personne sur le sentier. Pas une voix, un silence de mort. Il était seul, et il allait devant lui le cœur navré, ahuri murmurant des paroles incohérentes. Un doute venaï't de lui sillonner l'âme. Un vide s'étatt fait dans son cœur un écroulement, quelque chose comme une croyance 's'était efio~~rée. L~s .affection~ humaine~•• les liens d'enfance, l'am1hé, ce sentiment qu1 naît de 1 ame dans J'âme· l'amitié qui jusqu'alors avait soutenu ses pas; tout ~ela avait sombré a~ premier sou~ a de la tentation. - Et il avait pu cr01re à cette chimère 1 A cette pensée, ses lèvres se relevaient avec un inexprimable dédain. Il marcha ainsi longtemps, angoissé, éperdu•. s~ns _rien voir. La nuit était venue . Les ténèbres ~ épaJsslssaLen.t. Le sentier se faisait plus étroit, plus hérissé. Les ép~­ nes et les broussailles obstruaient son passage. Il y de· .ehirait ses mains, il y déchirait 'ses piede: ~arfoi_s il sentait lA terrain lui manquer. Alors un cn d ango1ss~ s'échappait de sa gorge. De ses mains crispées il s_e cramponnait aux buissons. Par uo t~ffort désespéré JI se remettait sur ses pieds et poursuivait sa route, chan· celant, épuisé, à demi-mort. . A la fin il tomba, et ne se releva plus. Ses paupières se fermèrent, il perdit connaissance. L'aube suivante


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0 terreur 1 Un de ees nuages qui flottent autour des hautes cimes, en passant, jette sur la montagne un lin· ceul de brume. Le sol"il se voile, le sommet disparaît,. et Je voyageur per~u dans Je brouillard, sent son sang se glacer. Sans gu1de et sans lumière comment pour- suivre sa marche? A droite, à gauch~, tout autour de lui, dans un ~baissemenl infini, l'abîme béant, prêt à broyer sa pr01e, ouvre ses profondeurs. Il se sent pris de vertiges. Mais u~e l';leur d'espoir le so~tient encore. Là, si près du but, s1 pres . de la cime qu il a si longtemps caressée du regard, 11 ne veut pas mourir. Il étend les bras et à tâtons dans l'ombre, il monte, il monte encore'. D~ns l'obscurité, dans le vide, au hasard, ses mains défaillantes rencontrent un appui, Elles s'en saisissent elles s'y cramponnent, comme le naufragé, dans un ef~ fort suprême, à sa dernière épave. A ce moment, une haleine vivifiante, un souffle béni passe snr son front . Il lève la tète. Les nuages s'écartaient. A~-dessus d" lui, la croix qu'il enlaçait de ses deux mams, resplendissait dans un rayonnement de Jumiè~e, avec quelques paroles en lettres de feu : In hoc sagno vinees/ MARio •••

le trouva là, étendu, immobile, au pied d'un sapin que l'orage avait foudroyé. Le premier souffle du malin lui fit ouvrir les yeux. Il regarda autour de lui et crut avoir rêvé. Le site n'était plus le même. L'horizon s'é · tait élargi. Il était sévère, mais n'avait plus rien de lugubre. Une vallée alpestre, avec de haut~ sommets blanchis, et des neiges éternelles, que le soleil levant colorait de fugilives rougeurs. Sous l'air vif et pur de ces hautes régions, Elias sentait ses poumons se d;later, et une vie nouvelle circuler dans ses veines. Un autrA cœur, lui semblait-il, battait dans sa poitrine, triste et pourtant heurE~ux; humble,_ soumis, mais plus fort que jamais. Chose surprenante, il n'éprouvait plus l'impression de l'isolement La paix,. une paix triomphante, de11cendait sur lui des profondeurs du ciel, commA une coupe pleine dans laquelle il aurait bu à pleins bords. Et puis il était sur la bonne voie, quelques empreintes sur le sol, rares il est vrai, et à peu près effacées,_ le lui montraient clairement. Et devant lui, sur la plus haute cime, au-dessus des rlnrniers escarpements, quelque chose comme une croix brillait. A cette vue, toute son ardeur se réveillait avec des énergies nouvelles. Il saisit son bâton, et reprend sa marche. Son visage rayonne. Son cœur est à l'aise. Il lui plait de gravir. Les obstacles ne l'arrêtent point, des ailes Je portent. Il écoute les majestueuses rumeurs des cimes où se forment les orages. Son œil se promène sur leurs plaines de ~lace et leurs grottes de cristal. Il monte, il monte toujours, et à mesure qu'il s'élève, quelque chose comme un bonheur mêlé de victoire, fait exalter son âm(l. Il se sent vainqueur. Le dernier sommet lui oppose des pentes hostiles, _ parois d'airain aux noirs contre-forts. La montagne inexorable, dresse devant lui ses piliers de granit que défendent à la base des blocs énormes amoncelés en chaoij. Plus trace de sentiers, pas une plante; l'aridité des lieux déshérités de sève, un désert Jamais nul pied n'en a franchi le seuil. N'importe 1 Il y pose résolument le sien. Une foi qu'il n'avait jamais encore connue, une foi sans limite!', tedonble son courage. Il attaque les dernières pentes, il tient sans cesse Jes yeux attachés sur le sommet qui brille dans J'azur. Encore quelques instants, encore quelques eft'orts, et il va toucher au faite.

Une visite à la Grande Chartreuse de Pavie C'était le temps de la moisson, une bella matinée de la fin d~ juin, ce ~ernier printemps. La vapeur nous emportait sur la vo1e ferrée de Milan à Pavie et nous approchions de la Grande-Chartreuse, but 'de notre course. Partout des horizons bas et infinis. Au levant au couchant, la plaine nous enveloppe. Ni ressaut;, ni renflements, pas la moindre taupinière. Le train court au milieu des prairies et des champs de blé. Il traverse une contrée d'un aspect uniforme et doux, une fraîche campagne un peu mélancolique, avec des villages semés çà et là. Des deux côtés ce ne sont que cultures morcelées de rigoles et de canaux, où de hautes files de peupliers, et les lignes argentées des saules, marquent la limite des propriétés. (.


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En avançant vers le midi, le sol devenait moins fer pace, l'espace 1\ franches coudées, avec ses effluves restile. Aux enchantements de la Brianza, à la variété, taurantes. L'âme s'y apaisl3, et le cœur se dilate. Sous l'exubérance de sa riche \'égétation, à l'audace de s ce ciel immense, dans cette vaste étendue, l'homme a ·couleurs à l'air de fête de ses riches campagnes, à eo disparu, et l'on se trouve face à face avec Dieu. diadème' de nei~e et de riants côteaux, avaient su~céd A wesure qu'on s'approche de Pavie, le sol se fait rapidement des teintes moins vives, des contours Iodé de plus en pins marécageux. On entre dans les rizières. .cis, et cette sorte de pesanteur voilée particulière au qui s'étendflnt aussi loin que le regard peut aller. Par-· terrains marécageux. tout des travailleurs. Des bandes d'hommes et de femPour nous, gens des montagnes, la ~lus belle plain mes pieds nus dans l'eau, sont occupés à sarcler le riz est toujours un peu triste. C'est un hor1zon sans . cadr, pr~sque tous hâves, maigre~, consumés par les exhalai: quelque chose de plat. Le regard comme la. pensee, n sons malsaines de ces plantations submergées, pauvres. trouvant pas de point d'appui, Y perd auss1lôt toute ~ ouvriers que l'appât d'un salaire de quelques semaines, vivacité et lassé par la régularité désespérante des SI ttire dans M domaine des fièvres. Soudain, à la quatrième stalicn, la Chartreuse, haute tes, déc'oncerté par ces lointains effacés, il s'affaisse e ne tarde pas à tomber en langueur. t superbe, apparaît au-dessus des arbres. Nul côteau La plaine '! -Elle n'aura jamais les reflet~ in~arnats e la gène; sa grande coupole et ses nombreux clocheles rougeurs lumineuses qui dorent les paroiS v1ves d ons se profilent dans le ciel bleu. Elle se déploie nos Alpes 1 - Le matin, elle n'aura. jamais l'~ustèr ur les marécages, elle les domine, elle y règne. Le ·blancheur de leurs neiges éternelles, Dl vers le so1r leur rain s'arrête dans cette solitude, à la station de Certoteintes flamboyantes 1 - Elle n'aura jamais la sauva~ a, un espace ~esserré entre deux haies de saule, où beauté, ni les aspects grandioses, ni les horreurs S';lbh auf la gare et le petit restaurant voisin, l'œil ne découmes qui font battre le cœur. Les montagnes exc1ten re aucune habitation. L'aspect est morne, silencieux, notre éner'"ie comme un défi! Elles parlent à notre âme 'une intense mélancolie. Un frisson vous saisit. En elles nous .,.donnent des ailes. Qui les regarde sent fer ain le regard essaie de sonder ce double rempart de menter en soi de généreuses pensées, de nobles ardeurs euillage, derrière celui-là il en rencontre un autre qui et leur silence tout pénétré de lumière, nous soulèv ui oppose sa bar.-ière impénétrable. Le contraf:te de la. au-dessus de terre, plus haut que le ciel, plus haut qu plendeur du monastère, qu'on aperçoit au loin domiles nuages, en de plus brillantes régions. ant ces pâles verdures, avec cette nature assoupie et Pour moi, je le déclare franchement, ces ~rand~s plai es li_gnes monotones, se présen~e à l'espri_t corume ~n nes coupées uniformément de canaux et d osera1es, s ~obleme .. On se deman~e ce qu1 a pu ~oh ver !e choix déroulant à perte de vue comme un damier, sont plu .un tel s1t~, et pourquoi tan~ de magmficence Jetée eo tristes à voir que la steppe. La culture même. leur e~ 1 pauvre heu, et sous un climat ai meurtrier! lève la poésie inhérente aux lieux déserts, ce Je .ne sa1~ S'il faut en croire une vi"'ille tradition accréditée en-quoi de sauvage, d'illimité, de mystérieux, qu1 nou re maintenant parmi le peuple, voici, 11elon le récit procure une ivresse secrète. - Le désert a comme l'o e notre voiturier, le brave Rizzardi, propriétaire du céan sa grandeur et sa beauté, l'attraction de l'infini! e staurant de la gare, une réponse à cett~ interroJalion :. n m'a toujours raconté, nous dit-il, que Giovanni Ganous en subissons le prestige. Solitude vibrante, 11 son langage muet, solennel; il a aussi sa musique sau azzo Visconti, le fondateur de la Chartreuse, étant en vage et pleine de force ; il a son silence de mort et se n castello de Pavie, vint un jour chasser dans ses ma· heures de courroux. L'l sol tourmenté sonne sous le caRes, où, entraîné par l'ardeur de la course, il se pas; les cailloux étincellent sous le sabot du che~al, e ouva bientôt séparé de ceux qui l'accompagnaient. et le cavalier y tressaille au son de sa, propre vo1~. ntinuant à galoper sur ce sol mouvant, il tomba avec y monte des parfums de liberté, ceux d une terre vterge n cheval dans une fondrière et s'y enfonça si bien ·Chacun de nous se sent roi, il semble que le sceptre d e, malgré tous ses efforts, il ne put en sortir. Dans l'indépendance nous appartienne. Devant soi on a l'es- moment suprême, il aperçut des femmes qui passaient


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non loin de là, et les appela à son secours. Mais, celle ci, qui ne le connaissaient pas, lui répondirent en rica nant que pour le tirer de là, il fallait des bras plus r ·bu~tes que les leurs. Puis elles continuèrent leur eb~ miD, sans plus s'inquiéter de lui. Alors, dit la légeude, le due indigné de leur inhumanité, jura dans sa colèr que s'il réchappait d'un si grand péril, il ferait con!h truire à cet endroiL un monastère où : • jamais n'entr raient, nè regine, nè donne 1 • ni reine, ni femme. Le Ciel l'entendit, et peu après des bommes qui s trouvaient dans le voisinage, 11ttirés par ses cris de dé.. tresse, réussirent à s'approcher de lui, et à le tirer dt peine. Rendu à la vie, Giovanni Galeazzo tint parole. Il accomplit son vœu en jetant sur le lieu même où c accident lui était arrivé, les fondements de l'édifice qu excite aujourd'hui notre admiration, et que Guieciardio dans son histoire d'Italie appelle : • il monastero for

.piû bello, che alcun altro non sia in ltalia. •

J'en demande pardon aux érudits. Cette expli-eatioo, toute empreinte de couleur locale, de ce :mélange de bouffonnerie et de vendetta~ inséparable du caractè italien, et donnée avec tant de bonhomie, nous a part bonne aussi à conserver. Recueillie sur le tbéAtre de mésaventure du puissant duc, elle avait une saveur d' ligioalilé et d'à propos qui nous a charmés, et no prenons la liberté de l'offrir à nos lecteurs comme u produit du terroir. En attendant, nous roulons vers le monastère. Ri zardi nous conduit bravement, en homme qui sait so métier de voiturier aussi bien que celui de conteur. No croisons d'autres voitu!'es, et d'autres voyageurs com nous. La voiture suit en dehors de l'enclos, et en 1 longeant de près, les hautes murailles qui nous dér beot la vue de l'édifice. Des fo~sés, des eaux sileocieu ses, côtoient cette enceinte solitaire et muette que r couvre une verdure immobile, et où pèse une tristes séculaire. La route, bordée d'arbres, est large, ombreu et déserte, une sorte d'allée obscure. Sans autre borizo sur la campagne que la ligne bleuâtre des saules, o n'y aperçoit de loin en loin, à travers les éclaircies ce feuillage dentelé, que les contours effacés de la lan ou le toit rouge de quelque ferme isolée dépendante d monastère, plantée sur Je bord d'un étang, à côté d chemin.

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Ce silence et le mystère do:~ ces grandes ombres, cette roulA où l'on glisse sans bruH, le jour clair et doux qui caresse cette vieille clôture, les reflets plombés de ces eaux mories, où :les deux côtés se penchent des arbres mélaoc~liques, les teintes austères de ce pays étrange eodorm1 sous un mélange de lumière les perspectives toujours égales de ces murs à perle de vue, ont un t:aractère de ~r~ndeur fantastique, qui fait penser à une co~rse vert1g10euse . autour des remparts légendaires ·qu mveotèrent les faiseurs de fabliaux. La Chartreuse est silnée sur la lisière de l'emplacement qu'occupait autrefois le grand parc muré qui du -<fste~lo de .Pavie, . s'étendait vers le nord sur un e;pace d eovuon vmgt mllles, et sur un demi-mille à droite de la route qui conduit à Milan, jusqu'à un petit hameaa perdu dans l~s marais, à quelque distance du mooastèrt>, et connu encore aujourd'hui sous le nom de Torre del ~angano. ~·est dans ce parc qu'eut lien la célébre batalllfl de Pav1e. François I•• prisonnier, fut conduit l la Cbartreus~ où il passa trois jours. Il y arriva un dimanc~e m~tm,_ et ~ur sa demande les vainqueurs J'ayant coodu1t à 1église, 1~ y entra précisément au moment où les rAiigieux réunis dans le chœur chantaient le v~:>rset du Psaume CXIX : Bonum mih~ quia humiliasti me -ut discam justiftcationes tuas. Oo raconte que, frappé du rapport que ces paroles avaient avec sa situation présente, le roi, ému par le malheur qui venait d'abaisser son orgueil, p:ia le genou, et joignant sa vois. à celle des moines, il acheva ce verset avec eus.. AprèR avoir suivi pendant quelque temps, à l'ombre des hauts murs d'enceinte, la même route uniforme eL solita!re, on arrive brusquement, sans que rien nous averhsse de la transition, devant l'entrée du monastère. ~à, son~ réunis les mendiants et les estropiés de pluSieurs heues il la ronde, toutes les misères humaines. Malgré les aumônes qui, selon l'intention du fondateur le~r. sont. toujours encore largement réparties par J'ad~ m1mstrat1on actuelle, ils ne laissent pas d'assaillir les étrangers de leurs requêtes. . ~ous francbi~sons une grille de fer encastrée à deux p1hers de .g~a01t, puis un l~rge pont jeté sur le fossé, et nous vo1c1 en face du maJestueux atrium qui précède la cour principale. Cette première construction méritant déjà, par la richesse et la valeur artistique de ses décorations, uo


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examen minutieux, nous ne saurions trop recommander néanmoins aux visiteurs dont le temps est limité, de ne pas s'y attarder, les sculptures et los fresques dont elle est ornée au dedans comme au dehors, n'étant que l'avant-goftt des merveilles qui les attendent un peu plus loin, dans l'édifice proprement dit. - Qu'il nous suffise d'indiquer ici en passant, qu'on attribue à Bernardo Luini, disciple de Leonard de Vinci, lAs deux gigantesques figures de saint Christophe et de saint Sébastien, qui occupent les deux grandes niches latérales de l'intérieur de l'atrium. Ce nom seul vous fera comprendre l'importance et le prix des œuvres géninles qui au premier coup d'œil, et dès le seuil de ce sanctuaire de l'art chrétien, excitent l'intérêt de quiconque a le sentiment du beau, et quelque connaissance de la peinture classique. Au sortir de cette voftte sonore, l'église avec ses perspectives aériennes, et tous sAs clochetons qu'éclairent des rayons d'or, nous présentent son front royal. La surprise coupe la parole, et l'on reste pétrifié. Il en est des grandes œuvres humaines comme des gt•ands spectacles de la création . Elles écrasent la pensée. Ce puissant élan que le génie et la foi imprimèrent à la pierre, nous terrasse en même temps qu'il nous enlève. Il nous accable par Je sentiment de notre petitesse, il ne laisse dans notre cœur d'autre place que pour l'adoration. La force invisible qui semble soul~ver ces masses énormes, et les pénétrer d'une aspiration ardente et mystérieuse vers les cieux, nous emporte aussi avec elles dans lAs espaces éthérés de l'infini. Comme ils noua parlent bien d'énergie, ces monunuments de la dévotion d'un autre âge, ces colosses de marbre qui regardent, impassibles, passer à côté d'eux les tempêtes de la folie humaine! - Nés pour la plupart d'un vœu ou d'un remords, on y devine l'empire d'une pensée unique, devenue maîtresse de l'imagination, de l'âme et de la vie ; les frayeurs de la conscience, la sincérité de la pénitence, la certitude d'une vie à venir, le besoin d'apaiser à tout prix l'ire divine. C'est le passé, nous montrant la foi élevant des montagnes, et se dressant devant nous avec toutes ses gloires, sa pléiade de vieux maitres et de vaillants artistes, en nous défiant de l'égaler jamais.

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La cour où nous nous trouvons, une place immElnse mtJsure cent mètres de long, sur environ quarante-deu~ de lar.ge. Elle ~st entourée de trois côtés par des constru~tJO~s régulières et symétriques. A droite, s'élève le pala!s dt t ducal ; à gauche la foresteria, ou bâtiment destiné à loger le,s ~traogers. ; dans le food, la somptueuse ~açade de 1église, demère laquelle s'arrondissent une ~ér1e de coupoles élégantes que couronne un dôme grandiose. Arrêtons-nous un moment ici. . Comprenez-vous l'impuissance de la plume et celle du p10eeau, devant une de ces scènes qui défient toute reprod,uct!on 'P A_vez-vous jam~is éprouvé le découragement ~e l.art~ste q_u1 foule aux pteds son œuvre, ou celui de l écr1va1n .qu1 recule devant la difficulté de sa tâche? - C?nnaiSSfz-vous ces heures d'éblouissement, ces perspectives à perte, de vue, où J'esprit se perd, où la tête se perd, où ce n est pas assez de ses yeux où ce n'est pas assez de son âme pour tout voir et to'ut saisir · l~rsque la réalité a dépassé Je rêve, _: que le cœur ;•arrete de battre, et. que vous restez suspendu, fasciné, inc.apable de rétlex1on, écrasé sous le poids de vos émot~ons ; - ~ouvenirs qui lairsent dans la mémoire un sillon lummeux que la parole ne peut pas plus exprimer, que le temps ne peut l'effacer 'l . Si vous avez jamais visité la Chartreuse vous devez connaître cette impression-là t ' Aussi. ce n'est pas . une description que je prétends vous fatre, enc?re ~o1ns un tableau, à peine une ébauche, un souvenir d ensemble, quelques traits jetés au ~ourant de la plume ; trop peu pour la grandeur du suJ~t, assez .peut-être. pour donner à quelques-uns le dés~r de ~o~r et ~e JUger par eux-mêmes, - l'évocation d un_e VISJon brlllante, d'un de ces moments rares dans la VIe, où _au contraire du désenchantement qui suit presque touJours la vue des lieux et des monuments tant van~és, le premier coup d'œil surpasse tout ce que notre f~•b!e ~erveau _avait pu con.cevoir ; - où notre â~e, 9u1 s é~a1t agrandie pour recevoir le sentiment d'admuatJOn ~ut devait y naitre, se trouve trop étroite pour le ~ontentr. .Assise en sa solitude, dans un isolement sans égal, lot~ de tout regard humain, la Chartreuse se dresse magmfique et solennelle, sur la vide étendue et ses t~rnes verdures. A voir ses coupoles sciutillantes surgir tout


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à coup des marécages, on est saisi d'étonnement et presque de stupeur. On dirait une de ces constructions merveilleuses qu'un coup de baguette aurait fait sortir du sol. La morosité du site ne sert, semble.-t-il, qu'à mieux faire ressortir la grandeur et l'éclat de ce spectaele étrange, devant lequel on se perd à penser aux pyramides d'Egypte vibrant sous les premiers feux de l'aurore. Une grande lumière, un grand silence. Le soleil darde sur les surfaces glauques de cette terre déshéritée, sur ce sol miroitant qui lui renvoie de mornes clartés. Il se promène en souverain sur ce large horizon qu'aucun sommet ne lui dispute. Depuis le moment de aon lever, jusqu'au moment où il va s'éteindre dans les derniers replis de ses perspectives infinies, il verse sa pleine lumière sur le vieil édifice solitaire dans l'immensité. Selon que ses rayons le frappent, il lui jette des tentures d'or ou des voiles de pourpre, des tons doux et chaude, des vapeurs violettes ou cuivrées. Il pénètre partout. Tantôt il incendie ses aiguilles et ses coupoles, tantôt il glisse sur ses dômes et ses grands toits, pour rejaillir en pluie de teu sur lets vitraux, et fait resplendir d'une auréole nouvelle la tête des saints alignés dans les verrières;· tantôt il traverse les murs de ses fièches brûlantes, et tombe d'en haut, comme par ondé81J, jusque dans les profondeurs des nefs et sur leurs piliers, avec des clartés radieuses, et un ruissellement de rayons qui lui donne le èaractère et toute la majesté d'one gloire. La fondation de la Chartreuse remonte au XIV• siècle. Le 8 septembre 1396, nous disent les écrits du temps, Giovanni Galeazzo Visconti, suivi d'un nombreux cortège, v1nt de Pavie pour en poser la première pierre. 11 était accompagné de ses fils Giovanni et Filippo, des évêques de Pavie, de Novare, de Feltre et de Vicence, et de beaucoup d'autres personnages de distinction. Cette cérémonie donna lieu à une grande solennité, à laquelle intervint par mandat d'Urbain VI, le prieur des Chartreux de Gorgooa, don Bartolomeo Serafioi de Ravenne, et avec lui le Père Stefano Maconi de Sienne, aujourd'hui béatifié. Après le saint sacrifice de la messe que célébra l'évêque de Pavie, Guglielmo Cantuario, on procéda à la pose de la pierre fondamentale du monastère. Cette construction fut poussée avec tant d'acharnement et d'habileté, que déjà deux ans après, en 1398,

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les fils de saint Bruno purent s'y établir. Ils arrivèrent au nombre de vingt-cinq, y compris leur Prieur qui fut le R. Père Bartolomeo de Ravenne déjà nommé ci-dessus. Le duc dota richement sa nouvelle fondation en lui assignant de nombreux domaines, dont les revenus augmentèrent rapidement par l'intelligente administration des religieux, et les améliorations qu'ils apportèrent i la culture des terres. Quatre ans après, par un codicile de son testament, rédigé quinze jours avant sa mort, le 21 aoüt 1402, ce prince, Agé seulement de quara[)te-sept ans, mais pressentant sa fin prochaine, confirm•it ces assigoations, et renouvelait aux moines l'obligation déjà imposée dans son premier acte de donation, de consacrer chaque année une somme dont il stipulait le chiffre, pour l'achèvement complet de l'édifice qu'il venait de fonder, avec la condition expresse que cette grande œuvre uoe fois terminée, la même somme fut employée annuellement au soulagement des pauvres. Cette dernière disposition entra en vigueur en 1542. Cependan' l'accroissement successif de leurs ressources mit bientôt les Chartreux en état, non aeulem(lnt de satisfaire pleinement aux intentions charitables du testateur, mais encore de réaliser son rêve et sa pieuse ambition, qui avaient été de ne rien épargner pour quo le monastère qu'il élevait à la gloire de Dieu, devint aussi le plus beau qu'on eût jamais vu. Pénétrés euxmêmes de cette pensée, et s'inspirant des conceptions profondes du génie, ils s'attachèrent à la poursuite de cet idéal avec toute l'ardeur des natures méridionales pour tout ce qui embrasse le domaine des arts, et ne cessèrent pendant la suite des siècles de consacrer des sommes considérables à l'embellissement et à l'ornementation de l'église et du cloitre. Payant largement, en grands seigneurs qui s'y entendent et savent apprécier le mérite, - la richesse, cette puissance leur permettant de prendre à leurs gages les artistes les plus renommés, le culte des beaux arts, toujours tenu par eux en grand honneur, devint traditionnel à la Chartreuse. On ne saurait trop admirer cette noble émulation, ainsi que l'entente parfaite, et la constante persévérance qui ont placé au premier rang des gloires artistiques de l'Italie, le sanctuaire que son fondateur laissait inachevé, après en avoir, de sa main mourante, indiqué les proportions grandioses.


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Au bout d'environ quatre siècles d'une existence paisible, exempte de tout orage, en 1782, c'est-l-dir~ tro~s­ cent quatre-vingt-trois ans l dater de la fondat~on du monastère la Congrégation des Chartreux fut dtssout& par un décret de l'empereur Joseph Il, puis rétablie soixante-et-un ans après en 1843, par un nouveau décret de Ferdinand I••, grâce aux réclamations et aux démarches actives du comte Mellerio, et du commandeur comte Vimecarti, les deux plus fervents promot~urs de c~tte réorganisation. Mais las jours de l'anti~ue qutétude ~tate':lt passéR, et pour toujours. Un point not~ se mont,ran déJ~ l l'horizon, et l'ouragan, pou~ être élotgné,. ne s en étendait pas moins aux quatre co10s de. la pé01nsul~, m~na­ çant d'engloutir dans une submerston totale bten d autres communautés que celle-là. Fmalement.. d.evenue propriété nationale, en vertu de la séculartsatton des monastères en Italie, la Chartreuse fut encore pendant. les premières années qui suivire.n~ ce dernier décret, desservie par quelques-uns des rehgteux que le gouyernement y avait laissés l titre d'administrateurs, mats à la suite de complications survenues l ce propo~,. l'autorisation d'habiter le monastère leur a été défintttvement retirée il y a deux ans, et aujourd'hui ce splendide édifice, conservé intégralement tel qu'il ét~it au départ des derniers Chartreux, confié à la garde d un certatn nombre d'employés civils qui en sont responsables, n'est. plus aux yeux des profanes ~t des indiff~rents, qu'un musée national ouvert chaque JOUr au pubhc. Maintenant, par où commencer ? Vous ne devez pas vous attendr~, je vous l'ai d~jà . dit, à une description exacte et détatllée de l.a. merve•l.leuse façade de l'église, ce grand poème rebgteux qut, à lui seul demanderait un volume, et une plume plus savante que la mienne, ni à ce que je vous fasse. l'bistorique ou la nomenclature de toute la processton de marbre qui, sur cette paroi immense, va se déroul~n~ aussi haut que les yeux peuvent aller. Je ne vous dtrat absolument que ce qui, dans cet éblouissement du regard où mon attention dispersée ne pouvait se fixer null~ part., m'est resté gravé dans l'esprit. Postérieure à la mort de Giovanni Galeazzo, et commencée seulement en U73, cette façade fut exécutée sur le& dessins du célèbre peintre et architecte Ambro· gio Bergognone da Fossano, un des .vaillant~ dans l'auguste phalange des vieux maîtres qut ont latssé sur ces

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murs l'empreinte indélébile de leur génie. Il ne s'est pas dérobé à son œuvre; elle lui appartient. Conçue sous ce beau ciel et en un jour de soleil, ill'a idéalisée, et unissant le contraste à la fantaisie, il lui a donné un .caractère différent de celui de l'intérieur de l'église, car au lieu du style gothique, elle se rapproche au contraire de celui dit Bramantesco. L'effet en est grand et nouveau. Remarquable par la beauté et l'harmonie des proportions, mais encore davantage par la richesse de son ornementation, et l'exquise délicatesse des travaux qui la composent, ses innombrables sculptures méritent une étude particulière, autant pour les faits qu'ils représen.tent, que pour l'histoire de l'art. Comme la plupart des constructions de cette époque, elle n'a jamais été définitivement achevée, et attend encore le frontispice supérieur qui doit compléter son couronnement. La postérité a toujours reculé devant une pareille tâche. Une chose lui manque, l'énergie que donne la foi. Pour mettre la main à l'œuvre, pour oRer soutenir la comparaison, il faut des hommes que réchauffe l'étincelle divine. Pour mettre son nom sur si grands monuments et si grands souvenira, il faut des âmes plus grandes encore. La façade compte soixante-six grandes statues, dont plusieurs remontent au XIV• siècle, époque antérieure à celle de sa construction ; d'autres furent exécutées en 1555, et sont dues au ciseau estimé des deux sculpteurs Angelo Marini et Siro Seculi; les dernières datent du XVII• siècle. Soixante médaillons en marbre de Carrare, d'un .travail exquis à l'imitation de l'antique, encastrés dans le mur, ornent la base de l'édifice. Effigies des principaux personnage~, et des héros fabuleux de l'histoire ancienne, effigies des rois et des empereurs romains, ils retracent à grands traits la chaine des âges, les étapes de la pensée humaine ; - tout un assemblage de noms fameux, où l'on voit Hercule terrassant l'hydre aux cent têtes, Nabucbodono'3or, Darius, Alexandre, Judas Macchabée, Jules-César, Constantin le Grand coiffé de la tiare, etc. Une infinité de médaillons plus petits, d'innombrables bas-reliefs représentant des faits tirés de l'Ecriture-Sainte, la profusion et la belle distribution des marbres précieux, les rosaces, les arceaux sculptés, les merveilleux candélabres qui en guise de colonnettes soutiennent les arcades des fenêtres principales, les ornements sans nombre, les caprices, et tou• tes les créations d'une architecture triompbr.nte, vous tiennent tour à tour l'esprit en suspens.


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Tout cela n'est rien encore. La première surprise passée, une autre recommence. Quand vous medez le pied dans l'atrium à colonnes qui ouvre sur l'église, vous y restez cloué sur place, et vous ne pouvez plus en détourner vos regards. Que Hi vous faites quelques pas pour vous en éloigner, ce n'~st que pour y revenir bientôt après, plus épris que jamais. Pas un coin qui n'en soit fouillé, ciselé, athevé con amore. Voici, dans no premier bas-relief sur la droite. et à peu près à la hauteur de votre tête, la .~érém.onie solennelle qui consacra la pose de la prem1ere pierre de l'édifice Giovanni Galeazzo suivi d'une longue file de cavalie;s montés sur de magnifiques chevaux, au milieu desquels marchent quatre personnages portant sur leurs épaules le modèle de l'église,, et ~ans le. l?in1ain les n1urs crénelés et les tours de l ancienne Cite de Pavie, ainsi que d'autres accessoires et emblèmes, chefd'œuvre de conception et de détails. Dans un second bas-relief, c'est le Pape Alexandre III donnant aux Chartreux les Constitutions apostoliques. Le groupe de la cour du Pape surtout, y est exécuté avec une rare maestria. Comme encadrement à ces deux tableaux,. d'autres baF-reliefs de moindre dimension, et de nombreux médaillons enchâssées dans une broderie de fines sculptures, représentent d'un tôté, les principaux traits de la vie de saint Jean-Baptiste, de l'autre ceux de celle d" saint Ambroise. Parmi ces derniers, il en est un, prodiRe d'expression, d'art et de vie, dont la suprême beauté vous saisit. Arrêtez-vous devant ce saint Augustin écoutant une prédication de saint Ambroise, et dit~s-moi si sous ce ciseau magique, le marbre n'est pas devenu chair ? Du côté opposé, le premier grand bas-relief nous montre le funèbre cortége qui, le 9 de novembre 1443, amena de Melegnano à la Chartreuse la dépouille mortelle du duc fondateur. Dans celui-ci, on admire tout particulièrement le talent de l'artiste à donner aux personnages qu'il représente, une hauteur proportionnée à leur distance respective, si bien que ceux qui sont placés à la :fin de cette longue procession, ont l'air de s'effacer dans l'éloignement. Le second bas-relief, admirable par le nombre, la vive expression des figures, et par l'intelligente composition des groupes, nous fait assister à la consécration de l'église, le 3 mai t497. Présidée par le cardinal espagnol Carnasial, évêque de Murviedro,

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légat a latere du Pape Alexandre VI, cette cérémonie fut honorée aussi de la présence des ambassadeurs d'Espagne, de Florence et de Ferrare, invités par le duc de Milan, Ludovico Sforza, dont on voit ici le portrait. On retrouve dt4 ce côté le même encadrement d'ornements délicats et de médaillons de grand prix, d'une part avec des sujets tirés de la vie de la Sainte-Vierge, de l'autre avec différents traits de l'histoire de saint Siro, premier évêque de Pavie. Sur les soubassements de chaque côté de la porte, une troisième série de bas-reliefs, en grande partie mutilés par les Vandales de 1782, nous donnent l'histoire de la fondation de l'Ordre des Chartreux. Vous pénétrez dans l'église! - Ce moment est solennel dans votre vie. Il se fait en vous un silence, presque un écrasement. Ni votre imagination, ni celle des voyageurs venus ici avant vous, ne vous avaient préparé au rayonnement de tant de gloire. C'est d'une grandeur sans mesure, à perte de pensée, comme l'infini. L'ensemble éblouit, les détails confondent. Conception hardie, lignes idéales, harmonie des teintes; - devant cette symphonie de la pierre, l'âme s'attendrit, le sens de l'admiration n'est plus assez vaste, et la parole impuissante, s'arrête. A peine les yeux se sont-ils imprégnés de cette magnificence, que soudain par un ~rusque revi~ement de la pensée une crainte vous assaille, le sentiment que le temps 'vous manquera, que votre esprit troublé par tant de splendeur, se perdra dans ce merveilleux agencement d'attributs et d'idées, que votre mémoire ne suffira pas à tout voir, et à tout emporter dans un souven;r. On comprend d'emblée que le champ est trop vaste pour qu'il soit possible d'en saisir to.ute l'étendue, la moisson trop riche pour qu'on ne doive pas en abandonner la meilleure part., et la tristesse, une sorte d'angoisfle fiévreuse, vous prend. Qui veut voir l'église et le monastère en un seul jour, doit se résigner à passer en courant devant leurs chefs-d'œuvre. Supplice de Tantale pour l'artiste comme pour l'écrivain. L'intérieur de l'église appartient au style gothique. Le vase est n1ajestueux. La pensée peut y prendre son vol, et l'âme y contenter sa soif d'immensité, L'idéal y déchire ses voiles. Aucune disparate n' y choque le re~ard, aucun ornement super~u ne brise la suavité des lignes de cet ensemble grandiose. La forme est celle d'une parfaite croix latino, mesu-


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rant soixante-dix-sept mètres de longueur sur cinquantequatre de largeur. Elle a trois nefs dont les plus hautes profondeurs soulevées par l'élan des gerbes harmonieuses qui jaillissent du sol, vont se perdre dans un fond de lapis-lazuli. Le long des deux nefs latérales s'ali"nent sept chapelles fermées par de riches grilles de fer bronzé. L'église compte dix-sept autels, y compris le grand autel et ceux qui occupent les deux extrémités du transept. Dans le centre de la croix, s'élève une immense et majestueuse coupole octogone. Cbacun de ses compartiments est orné d~ peintures symboliques représentant la vision de saint Jean décL'ite par lui dans l'ApocalypsE', On peut en faire le tour sur une galerie intérieure, vraie dentelle de marbre suspendue au-dessus de cet abime. A cet endroit, une belle et haute grille, chef-d'œuvre de genre, divise l'église en deux parties distinctes. Elle date de 1660, et frappe les regards autant par l'élégance de son dessin, que par le mérite de son exécution. Mais à quoi sert d'esquisser les grandes lignes d'un édifice dont la splendeur défie toute comparaison, et dont il n'est pas un angle, pas un recoin qui ne mériterait unl3 mention particuliére, el son tribut d'admiration. C'est plus qu'une église, c'est un musée débordant de trésors, plein de souvenirs et d'images, une profusion, une harmonie qui éveille dans notre tête un bouillonnement de pensées à donner le vertige. Que dire une fois que promenés de chapelle en chapelle par le cicerone, nous arrivons dans le Coro de Monaci, le chœur des moines f Notre imagination n'est pas assez féconde, notre langue n'est pas assez riche pour donnor une idée de la commotion que l'on éprouve à cette vue. Et quand même à cette fia l'on entasserait tous les superlatifs, toutes les images les plus brillantes, les plus fortes, les plus frappantes, tout ce qu'on pourrait en dire n'en serait encore qu'un pâle reflet, car selon l'expression des Italiens, on dirait que c'est un vaste champ où tous les beaux-arts se son~ réunis -pour fasciner quiconque veut s'en approcher, la révélation d'un monde inconnu pour lequel notre langage n'a pas de paroles. Partout et à chaque pas, l'âme se pâme en reconnaissant dans la contemplation d'une œuvre d'art insigne, le style de l'école de Rapbaël ou de celle de Micbel-Ange. On sent un doux frémissement courir dans

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les veines en entendant nommer un à un tous ces noms sonores, gloires de l'Italie, le Perugino, Guido-Reni, le

Borqognone, Bernardo Luini, les frères Procaccino Cuare da Sesto, Gaudenzio Ferrari, et avec eux tout~ l'illustre cohorte des grands artistes, qu'ils soient architectes, peintres, sculpteurs, mosaïstes, orfèvres ou émailleurs, qui ont contribué à orner ce sanctuair~, tous ces noms qui caressent l'oreille comme le son lointain d'une mandoline. Et l'on devient rêveur, en songeant à tant de nobles intelligences qui se sont usées à ce travail à tant d'homme'3 de génie dout la tète a blanchi sou~ ce labeur. Pour ne citer ici qu'un de ces noms à jamais devenus célèbres, mentionnons celui de la famille Sacchi, de Pavie, jadis établie dans le voisinage du mon~stè~e , doD:t ~l.usieurs génér~tion~ pendant l'espace d envuon tr01s s1ecles ont trava1llé a la fabrication des mosaïques de pi~rre dure, qui revêtent les colonnes et les différents autels de l'église. . A l'extrémité d'un des b1·as de la croix, ou pour mieux d1re d~ la grande nef transversale, Je premier monument qui s>ofire au regard, est le mausolée que les Chartreux firent élever à la mémoire de Giovanni Galeazzo comme l'ind!que l'inscription suivante: Joanni Galeatio vicecom.

Dum, mediol. primo tac priori ejus uxori) Cartusiant memores grat~que posuere. MDLXll die XX décembris. Lorsqu'on l'érigea, de longues années s'étant écoulées depuis la mort du duc, on ne put y déposer ses ossements, dans l'ignorance où l'on était de l'endroit où ils avaient été déposés èn premier lieu. Ce colossal cénotaphe en marbre de Carrare, isolé au milieu de la nef, est d'un effet imposant, et d'one richesse d'ornements à désespérer le voyageur qui ne peut consacrer un jour entier à un examen attentif de tous ces détail~. Construits sm· les dessins de Galeazzo Pellegrini, son exécution demanda soixante et douze ans. Les plus célèbres sculpteurs de l'époque, Giovanni

Jacopo della Porta, Geovanni Antonio Amedeo, Berda Nov~, Benedetto de'Brioschi, etc. , y ont

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la1ssé tour à tour l'éternelle empreinte de leur ciseau magistral. Giovanni Galeazzo, couché sur son tombeau, entre la Victoire et la Renommée, y dort au milieu d'uue profusion de statues, de bas-reliefs, d'allégories, et d'inscriptions qui retracent les hauts faits de son règne. On ne peut penser sans frémir à la destruction qui


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eût été Je sort de ce précieux mauRolée, si le courage et la fermeté du général français Berthier ne l'eussent pas défendu contre les attaques et le fanatisme barbare des Jacobins de 1796, qui voulaient le renverser, à cause des emb]ê~e~ héraldiques qui y sont incrustés, de la fameuse b~scta, ou couleuue que porte le blason des Visconti, et qui excitait leur fureur. Dans la même nef, deux autres cénotaphes placés l'un à côté de l'autre, deux noms historiques appellent notre attention. A droite celui de Ludovico le Maure, mort en 1508 au château de Loche en France ; à gauche celui de sa femme Béatnce d'Este, morte à l'âge de vingt-tr.ois ans, en U.97, et ensevelie à Milan. Les deux statues qui les surmontent sont l'œuvre du fameux Cruto{oro Solari. Elles ont. été transportées toutes deux de l'église de Santa-Maria delle Graz~e, à la Chartreu8e, en 1564. Celle de la duchesse, fidèle reproduction du costume du temps, est particulièrement remarquable par le naturel de la pose, et par la délicates"'e de son exécution. Et si après vous avoir montré l'église à vol d' oiseau, nous entrons dans le monastère, vous retomberez dans les mêmes surprises et la même admiration. Partout m~me accumul~tion de tous les trésors que l'art, sctence et la fot ont amassés pendant le cours des siècles. En parcourant ces vastes salles semées de chefsd'œuvre, et chefs-d'œuvre elles-mêmes d'architecture et de gollt; en errant le long de ces portiques, et sous ces constructions colossales, créations d'un autre âge qui nous rabaissent à la taille des pygmées, on éprouve comme l'étrange sensation de s'êlro égaré dans un abîme d'immensité et de merveilles qui surpasse notre compréhension, et où l'esprit se fatiguerait en vain à chflrcher une expression qui égalât, tout à la fois sa stupeur et son ravissement. ' Vous parle_rai-je encore des salles du Chapitre, du grand réfectOire, da leurs fresques, de leurs stalles ciselées, des portes monumentales et de leurs fines découpure<!, rosaces, feuillages et draperies, de la poésie enchanteresse des deux cloîtres, du plus grand surtout ? :- Qu'on se représente un long espace quadrangulaire de cent vingt-cinq mètres d'un côté, et de cent deux de l'autre, entouré d'une ceinture de cent vingttrois gracieuses arcades, soutenues par autant de colonnes de marbres de Vérone, abritant sous leurs larges

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portiques des. trésors sans nombrE.>. - Vous ferai-je huit par huit, sur trots faces de ce cloitre tmmense les habitations qu'occupaient les Chartreux, se détachant élégantes de blancheur, au-dessus des arcades, sur la verdure de ce vaste préau? Mais c'e~ ~st déjà trop; arrêtons-nous ici. Après ceUe course verhgmeuse, quelque brave que vous soyez vous ' devez être aussi essouftlé que moi. So_us cet éblouissement du regard, vous avez compris 1~ tristesse de l'~me., cet~e tristesse intime qui vous sai· s1t comme. au sotr dun JOUr de fête, alors que la nuit venue, les JOyeuses clameurs peu à peu apaisées tout rentre dans le silence, tandis que les ombres jettent leur. voile sur. les ma~nificences auxquelles la splendeur d_u J_our prêtatt tant d éclat. Au fond de cet enthousiasme f~brlle, . l_a ~ensée qu'enchaînait un si grand spectacle, n en saJsJssatt pas moins lo vide et la froide réalité . Devant ~es somptueux vestiges du culte aboli, dans ~ette éghse abandonnée qu'enveloppe le silence morne, mcomr;nensurable, des endroits où plus rien ne respire, -: maJestueuse. ~nceiate, où le chant de l'Alleluia ne fatt plus tressa1lhr la voûte, où la flamme manque à la la~pe, et _l'e1:1cens aux autels ; - sous l'élan mystique qm ,vous ID~Ite à y ftéchir le genou, le cœur se sene; et 1on a peme à comprendre comment ce sanctuaire un des plus beaux de la chrétienté, celui que les siè~ cles se son~ p~u à orner•. et que la pensée de son fondateur destmatt à être à Jamais une maison de prières ' a pu ê~re dél~issé par cette génération ? Es~rtt d,u ~1ècle, scepticisme. indifférence, tout est là. A~Jourd hUJ~ deux seules voix, échos des jours d'autrefols, retentissent encore dans cette solitude comme les dernières vibrations d'une harmonie loiniaine. La cloche de l'~ve Maria, qui trois fois le jour, promène ses accents bten connus sur les cloîtres déserts et le son de l'~orloge des Chartreux qui frappe les' heures dans le VIdE.>, et va se perdre dans la vaste étendue comme la voix du temps dans le silence de l'éternité.' M.&ruo•** co~templer, dtsposée~ sy~étriquement

Les prophètes du village Il paraît que l'alisier jouit de la curieuse propriété


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d'annoncer la pluie à quelques heures d'avance. Cet ar..: bre n'est pas rare dans nos campagnes : il sera donc facile aux agriculteurs de l'observer. Les feuilles de l'alisier sont vertes en dessous. Or, quand il veut pleuvoir, elles se retournent sensiblement et l'arbre devient tout blanc. Le système nerveux des oiseaux est doté d'un9 Fiensibilité telle qu'ils pressentent longtemps à l'avance le plus petit changement atmosphérique. Ainsi! par exe.m ple, lorsque la tempête, après un beau JOUr, arr1ve prompte comme l'éclair et surprend le pilote, les mouettes et les goëlands s'y attendaient. Ils étaient là ~ur les récifs, l'air inquiet, s'agitant, déployant leurs alles et jetant des cris plaintifs. Le baromètre n'a pas baissé, tout est calme dans la nature, le ciel est pur, c'est à peine si un petit point noir fait tache à l'horizon, et cependant le noir pétrel, le sinistre messager de la mort, l'ami des tempêtes qu'on n'aperçoit près des navires que lorsque le danger est imminent - esL sorti d~ sa sombre demeure et effleure la vague de son aile rapide pour voir si les flots ne lui apportent pas quelques victimes. Tout à coup, en effet, la terre tremble, le feuillage s'agite, la vague écume et la foudre éclate. L'oiseau a prévu. A l'approche de la pluie, les martinets et les hirondelles rasent la terre. Le pinson de nos jardins a une note triste et plaintive. L'oie de la basse-cour va, vient, court, ouvre les ailes, vole, se jette dans l'eau et manifeste une vive inquiétude. Le paon pousse des cris fréquents. Le pivert gémit. Le perroquet babille. La pintade se perche. La grenouille se tait. Le crapaud se promène. Les fleurs ont une odeur pénétrante ; beaucoup d'entre elles se ferment. Au contraire, lorsqu'il fait beau temps, les oiseaux gazouillent. Le rouge-gorge chante sur la cime des plus hauts arbres. L'hirondelle s'élève dans la nue.

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Les alouettes partent du sillon et volent dans l'air en chantant. Le grillon fait entendre son cri-cri. La rainette monte aux arbres. Le parfum des plantes est plus doux. Les fteurs s'épanouissent. Une fleur d'immortelle, piquée dans le mu,· par une épingle, s'ouvre par le beau temps et se ferme par la pluie. , Lorsque l'araignée cesse de travailler à sa toil~, c est signe de pluie ; si elle continue ou recommence se~ lacs pendant la nuit, c'est que le beau temps va revenir. A l'approche de la pluie ou du vent, elh~ raccourcit considérablement les fils qui suspendent son ouvrage et les laisse ainsi jusqu'au retour du beau temps. La longueur de ces fils peut servir d'indices pour reconnaître la durée du beau ou du vilain temps. L'araignée apporfe chaque jour des changements à sa toile ; si elle la fait avant le coucher du soleil, c'est que la nuit sera belle et claire. De là sans doute ce vieil adage: • Araignée du soir, bon espoir 1 • Les fils de la vierge voltigeant dans l'air annoncent le beau temps. Voici ce qu'on apprend encore dans le grand livre de la nature : Si, trois ou quatre j~urs après le, reno.uvelle~ent de la lune, celle-ci est b1en nette, c est s1gne d un beau temps qui durera. Si le second ou le troisième jour de la lunes, les cordes sont émoussées, c'est un signe d'une pluie prochaine. Si le disque est fort rouge, c'est signe de mauvais temps. Au premier quartier, si elle se mo?-tre sa~~ ~aches noires et sans cercle rouge alentour, c est un 1nd1ce de beau temps. Si, au contraire, on aperçoit que.lques taches noires dans son disque et deux ou tro1s cercles autour de la lune, cercles noirs et épais, il t~mbera une grande quantité d'eau, il fera un très mauva1s temps. En été, la lune qui parait rouge à son lever pronostique une très grande chaleur. Un ciel serein de toute part, quand la lune est nouvelle, est un signe de beau temps. Quand la pluie tombe, si les poules ne c~ssent pas de chercher leur nourriture, c'est qu'elle ne do1t pas .?essar de la journée. Si elles se sauvent aux premieres gouttes, c eet qu'elle ne doit pas durer.

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Quand une seule pie quitte son nid, signe de pluie. Si le père et la mère le quittent ensemble, signe de beau temps. Quand un cercle entoure le soleil ou la lune, quand il y a des brouillards épais et sombres, cela veut dire de la pluie; tandis que la lune dans un ciel pur, l'arcen-ciel le soir, les brouillards blancs, les nuages rouges sont signes de beau temps. L'hiver, si le ciel est bleu et les étoiles étincelantes, c'est un signe certain d'une série de beaux jours. Eo été, par le même temps, il y a toujours un brouillard, qui rend la voûte céiPste plus terne. En hiver encore, si le ciel devient limpide, s'il se couvre d'une teinte blanchA.tre, si les étoiles pAlissent, c'est de la pluie pour le lendemain.

La propreté de la maison La propreté de la maison est sous la responsabilité directe de la mère de famille ; elle est un gage de salubrité, de bien-ètre et d'économie. Cette salubrité ne doit pas être spéciale et superficielle, il faut qu'elle soit générale, réelle, active, à la recherche des petits recoins, des objets les moins eo usage, des meubles les plus utiles, des appartements les plus retirés. La poussière, les détritus, les immondices, sont les véhicules des germes des maladies infectieuses et contagieuses. Ce sont des espions, qui, aux premiers bru1ts de guerre, aux premières menaces d'épidémie, ouvrent à l'ennemi les portes de la place. Elle est grandement coupable la femme qui, par sa paresse, sa négligence ou son amour- propre, donne droit d'asile à ces agents d'infection. Elle n'a pour excuse ni l'excès du travail, ni l'état de sa fortune, ni les soins que réclame une nombreuse famille. - Le travail? Mais le plus utile et le premier à pratiquer serait celui qu'elle négligerait tout d'abord. - La mtsère? Mais la propreté c'est la richesse du pauvre, c'est le seul luxe que ses moyens lui permettant d'acquérir: de l'air, de reau, un balais, des chiffons et deux bras sont les seuls objets indispensables. - L'amour-propre? Il faut chMcber d'autres circonstances pour le faire valoir, il serait ici

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œal placé, car la propreté de la maison est la gloire d'une ménagère, et 'oute femme, riche ou pauvre, mère de famille ou sans enfants, doit être doublée d'une_ménagère et ne doit pas craindre de mettre la mato au travail pour une chose dont l'entretien et le contrôle ne peuvent être confiés à personne. La propreté, c'est chaque chose à sa p!ace, , c'est 1'~­ eonomie du temps dans les recherches, c est 1économut de l'argent par le bon entretien des meubles, des outils, du linge et des vêtements, c'est la santé et le bien-être de tous, de l'ouvrier qui rentre du tra!ail, d~ paysan qui revient des champs, de l'pomme qUI. trava1~le avec son intelligence comme de l homme qUI travaille avec ses bras. La propreté repose l'œil du travailleur, elle donne de la saveur au repas le plus frugal et contribue l retenir, aux jours du chômage et aux heures de repos, Je chef de la famille au foyer, elle lui procure un soulagement physique et moral.

L•ar& de se bien porter L'eau pure, l'air pur, la lumière du soleil et une nourriture saine sont les quatre conditions fondamentales pour se tenir en bonne santé. 1. Tenez toujours votre peau propre. Le corps est couvert de pores ou de petits trous, qui, aisément engorgés par la transpiration et la malpropreté, engen~rent la maladie. C'est pourquoi il faut se laver avec ~om et tenir ses habits très propres. En conséquence, fat tes un usage fréquent d'ablutions et de bains. Il. Des vêtements sales sont aussi mauvais qu'une peau malpropre et contribuent de même à rendre le corps malade. Les couvertures et autres objets de _literie, comme les habits en contact avec la peau, do1vent être aérés tous les jours et lavés fréquemment. III. Il est très important de respirer l'air pur : le mauvais air est un véritable poison. Si l'on en respire une certaine quantité, il peut donner la mort ; à petite dose, il est encore nuisible à la santé. De là la nécessité absolue d'établir une aération parfaite dans chaque chambre hal:-\tée, en ayant soin de laisser à la partie supérieure de la fenêtre une ouverture


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ou ventouse, par laquelle s'échappera l'air vicié ou éehaufté qui a déjA été respiré. Ne craignez jamais d'avoir trop d'air dans l'appartement, A condition d'éviter les courants d,air qui viennent frapper directement Je corps. Rien n'est plus apte A vous faire mourir A petit feu que l'atmosphère viciée et méphitique d'une chambre l coucher trop soigneusement fermée. Evitez l'encombrement des meubles et des objets de toute sorte dans une chambre A coucher, et renouvelezen l'air le plus souvent possible en tenant le feu allumé et, de temps A autre la fenêtre ouverte. IV. Prenez garde aux mauvaises odflurs. Tenez constamment propres vos fenêtres, vos planchers, vos escaliers ou vos corridors, sans économiser l'eau de savon ou l'eau de chaux. Ne laissez jamais s'accumuler dans votre maison ni dans votre voisinage des amas de poussière, des détritus de !oute sorte de matières végétales ou animales. A la moindre odeur désagréable, faites examiner avec soin l'état des tuyaux des cabinets d'aisances, de la pierre à évier, et maintenez les toujours par de fréquents lavages, ~lans des conditions d'extrême propreté. V. Plus vous aurez à votre disposition de lumière, d'air et de soleil, et mieux vous vous porterez. Laissezles sans cesse inonder votre chambre. Ni hommes ni plantes ne peuvent fleurir dans un endroit obscur ; le séjour plus ou moins prolongé qu'on y ferait conduirait indubitablement à l'alanguissement et A la maladie. Souvenez-vous que prévenir vaut mieux que guérir; « une maille reprisée à temps en épargne neuf, • comme dit le proverbe.

Recettes et conseils utiles Conseils pratiques. - Les gens qui d'ordinaire se lèvent le matin faibles et languissants, doivent en chercher la cause dans une sécrétion instffisante à iaquelle on peut souvent remédier en buvant un bon verre d'eau avant de se coucher. Cela aide à la sécrétion nocturne et conserve la fraîcheur et l'activité des tissus ; on se lève plus fort le lendemain. Il est bon de se laver la tète une fois la semaine avec

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du vinaigre distillé délayé dans de l'eau. Cela nettoie bien la tête et fait croître les cheveux. Il vaut mieux employer pour se frotter la tête un morceau de flanelle qu'une éponge. Dans les crises de toux, essayet· une ou deux cuillerées de pure glycérine mèlée à de bonne crême. Cela. donne un soulagement presque immédiat. Une entorse a été guérie en une heure, en J'inondant d'eau chaude versée d'une hauteur de quelques pieds. Pour les taches sur la peau, mêlez le jus d'un limon avec de la crème, et appliquez. Ne vous emmitoufflez pas pendant l'hiver en mettant foulard, cache-nez, flanelle, tricot; n'attirez pas tout le sang au haut du corps si vous ne voulez pas avoir les pieds gelés. L'éclairage des étables. - Un préjugé qu'il serait nécessaire de détruire dans nos campagnes, c'est de penser que l'obscurité des étables et des écuries n'est pas un obstacle à la bonne santé et à la croissance des animaux. C'est surtout dans les porcheries que ce préjugé a des conséquences fâcheuses. Les cullivateurs comprennent avec raison que la lumière du jour est une condition de la salubrité de leur habitation. Leu r errent· est de EUppos~r que la même condition n'existe pas pour leurs animaux. La science et l'expérience donnent tous les jours la preuve du contraire. Les · vaches donnent moins de lait dans une étable obscure que dans une étable bien éclairée. C'est surtout dans l'élevage des jeunes animaux de toutes les espèces que l'on doit s'attacher à leur donner un logement bien éclairé. La lumière est un agent vital essentiel pl) ur tous les êtres or~ anisés, animaux et végétaux . Voilà une loi qui ne souffre pas d'excep tion. On peut objecter que l'obscurité est utile pour les animaux soumis à l'engraissement. Cette exception confirme la règle. En effet, le défaut de lumière affaiblit l'énergie vitale du sang au profit du développement de la graisse, qui est une maladie. Ce fait prouve, par le contraste, la nécessité de la lumière pour les animaux auxquels on demande autre chose que de la graisse.

Un étrange baromètre. - L'un des plus curieux baromètres naturels, se compose d'un verre à demi rem-


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pli d'eau, d'un morceau de mousseline et d'une sangsue. On met la sangsue dans l'eau, et l'on attache la mouseeline sur le sommet du verre, de manière à empêcher la fuite de la prisonnière. Quand il doit faire beau temps, · la sangsue demeure au food de l'eau, roulée en spirale et absolument sans mouvement. S'il faut s'attendre à la pluie, elle rampe au sommet du verre et s'y fixe jusqu'a ce que le temps se remette au beau. En cas d'orage la sangsue se livre à de violentes contorsions. Plusieua·s jours avant que Je tonnerre se fasse entendre, elle se tient bors de l'eau à peu près tout le temps et meut par moments son co• ps comme si elle av~it des convulsions. Elle se comporte de la même mantère en temps froids qu'en temps chauds et prédit la neige de la même façon que la pluie. Les mouches. - Voici uo moyen trèR simple de détruire les mouches. Mélangez une cuillerée à café de poivre noir f\n poudre, deux cuillerées de cassonade avec un peu de lait pour en faire une pâte étPodue sur une a11siette ; placez cette assiette dans la chambre d'où vous voulez chasser les mouches, et vous pouvez en peu d'instants, être fixé sur l'efficacité du procédé. L'essai n'est pas coûteux. l'tloyen de rendre la fraîcheur aux pommes de terre. - Les pommes de terre d'un an peuvent être re' dues aussi agréables à manger que celles qui sont fraicbes, par le moyen ci-dessous indaqué : Pelez-les, mettez-les dans l'eau froide pendant 2 ou 3 heures, ensuite jetez-les dans de l'eau bouillante qui a été salée. Quand elles seront cuites, enlevez toute l'eau et remettez le vase qui les contient pendaut 10 à 15 minutes sur le feu. - La Question Pour empêcher les cheveux de tomber, il faut les mouiller une ou deux fois avec de l'eau salée. L'eau boriquée est excellente pour la tète et fait souvent disJ)araitre les maux de tète nerveux. - Journal de la

Santé.

Utilisation de l'ortie. - L'ortie offre aux bestiaux une nourriture fraîche et d'autant plus précieuse qu'on la voit apparaître la première. Elle augmente la masse et la quantité du lait chez les vaches et chez les chèvres qui s'en nourrissent, et on doit à ce lait une crème plus abondante et une saveur plus sucrée. Il suffit, au printemps, d'arracher les jeunes pousses de l'ortie et de

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Jes laisser un peu se faner à l'air. Pourvu qu'on les mêle ensuite, dans la proportion d'un quart environ, au foin et à la paille, on n'a rien à craindre de l'action de ses aiguillons, sur la bouche des animaux, qui la maugent avec avidité. Les fermiers intelligents recherchent beaucoup 1~ fumier qui résulte de M mélange, parce qu'il favorise singulièrement la culture. Les volailles s'engraissent rapidement quand on les met au régime des graines d'ortie; on extrait de ces graines une huile d'un goût délicat qui, prise en décoction, favorise chez les jeunes mères la sécrétion du lait. Elle produit encore un~ dérivation dans certaines maladies ; appliquée à l'extérieur, elle ranime la sensibilité des tissus de la peau, augmente l'élasticité des muscles et rend plus facile le jeu des articulations. Depuis un temps immémorial, on fabrique, en Chine, des toiles merveilleuses, tissées avec la filasse que donne l'ortie blanche. L'ortie lutte avantageusement contre les plus fins produits du plus beau lin ; enfin, elle a sur ce dernier le remarquable avantage de se rouir complètement après un séjour d'une semaine dans l'eau. Malgré tant de perfections, l'ortie reste, en Europe, reléguée parmi les parias des champs ; on l'arraebe impitoyablement partout où elle pousse si abondamment d'elle-même. - France agricole. Insectes utiles. - En même qu'il y a des microbes bienfaisants, il y a aussi des insectes utiles, qne nous devrions respecter, protéger, propagf\r en tant que destructeurs d'insectes nuisibles. Parmi eux, an prP.mier rang, se trouve la coccinelle, la gentille Mte à bon Dieu si aimée des enfants. Ce tou\ petit soldat à l'éclatant uniforme est un prodigieux exterminateur de • pucerons •· Une coccinelle tombant au milieu d'une colonie de ces parasites donne un spectacle aussi intéressant qu'un repas de fauves dans une ménagerie. Il faut voir un puceron se débat· tre tandis que la coccinelle l'étreint avec ses pattes de devant. La rusée c bête à boo Dieu •, pour mettre sa proie hors d'état de lui échappPr, s'adresse d'abord à ses ailes qu'elle désarticule; après qnoi elle la dévore à loisir. • La larve de la coccinelle, petit ver de couleur ardoise fouettée de taches fauves et hérissé de poils épineux,


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est, pour la race des pucerons. une ellnemie non moins redoutable que celle de la o}Occinelle adulte. Une autre espèce d'insectes avantageusement insectivore vient d'ètre constatée par M. Rouzaud, professeurà la Faculté des sciences de Montpellier. C'est un papillon de coulaut· feville morte, abondant dans le Midi de la France, l'erastria, dont la chenille qui vit sur l'olivier, dévore les insdctes parasites de cet arbre et mange également le champignon parasitaire de l'olivier, dont elle respecte les feuilles et les fleurs. Un remède contre le mal de e:orge. - Une compresse d'eau sur la gorge fait souvent beaucoup de bien ; voici commeot on doit l'appliquer : faites quatre épaisseurs de linge de vieux coton, d'une largeur de 3 ou 4 pouces et assez long pour aller d'une oreille à l'autre. Trempez-les dans l'eau, chaude ou froide, selon que réclame ]:état de la gorge. Par-dessus mettez une couche de ouate d'un pouce d'épaisseur, assez longue et assez large pour reconvrir le coton, par-dessus encore une enveloppe imperméable. Appliquez sur la gorge et retenez le tout avec un bandage. Si ce cataplasme est froid, il provoquera une sueur locale qui soulagera la membrane muqueuse. Lorsque la compresse est presque sèche, on trempe de nouveau le coton dans l'eau froide et l'on répète l'application pendant deux ou trois nuits si c'est nécessaire. La compressa devra être froide dans tous les cas où il y a inflammation, .e t chaude s'il existe de l'ulcération ou de la suppuration. Un mal de gorge exige de l'eau froide, mais les maux provenant de l<1 diphthérie ou de la scarlatine demandent l'eau chaude. {Journal de la santé J Désinfection des tonneaux. - Lorsqu'un tonneau a contenu de l'eau-de-vie de marc, de l'absinthe ou du vermouth, il est bien difficile de lui enlever le goût des huiles essentielles qui distinguent ces produits. On indique la recette suivante pour arriver au but. Par hectolitt·e de capacité, on prend ~0 gr. de sel de cuisine, 20 g!'. de bioxyde de manganèse et :20 gr. d'acide sulfurique. Le tout est mélangé dans le tonneau. Ou verse par-dessus un demi-litre d'eau bouillante, on bonde et on agite. Il faut verser avec précaution l'eau bouillante sur le mélange et très lentement, salis cela il pourrait se produire des accidents; c'est une opération délicate. Il se forme dans le tonneau du chlore qui détruit la mauvaise odeur des huiles essent\elles. Après 12 heures~

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vidA le mélange et on rince à fond à l'eau chaude d'abord, en~uite à l'eau froide. Quelque fois l'odeur du chlore persiste; on peut la faire disparaître en lavant d_e oouvea~ avec de _l'eau froide acidulée de 50 gr. d'acide sulfun~ue par l~tre; le mélange doit aussi se faire par précautiOn. EnsUite on vide le tonneau on le rince très proprement:_ alors on ~ un vase dont on peut de nouveau se servn· pour Je vm. . Deuxième. fermentation des vins. - Souvent les vms ne sub1ssent pas une fermentation complète au m~ment de la vendange et, conservent un goût sucré qm prouve que le sucre ne s est pas encore entièrement transformé en alcool et qu'il reste encore des ferments ~ange reux pouvant do_nner au vin un goût qui le rend Imbuvable. Pour obten1r cette seconde fermentation avant que les chaleurs ne viennent la développer naturellement en d~vel_oppaot en même temps les mauvais ferments, on md1q~e le_ ~oyen s~ivaot: Prenez 500 grammes _de sucre cr~stalhse blanc dissous dans 2 ou 3 litres de .vi_n chaud et 100 litres de lie pressée. On couvre le réCipient contenant ce mélange, et sous l'influence de la ~haleu r _le ferment des lies transfonne le sucre ; il se forme ams1 un ferment actif. Le tout est alors versé dans !e tonneau contenant le vin à traiter. Après quelques JOUrs !a fe~mentation se met en train et transforme le sucre qut était l'esté à l'état libre; on soutire ensuite. Protection des chevaux contre les mouches. 0~ md19ue le moyen suivant comme très simple et tr~s facile à essayer pour préserver les chevaux de l'attemte des mouches. Il s'agit simplement de dissoudre 20 grammes d'acide carbolique dans un demi litre d'eau et d'en laver l'animal que l'on veut préserver. Çon~ervation. des citrons. - LEis citrons, d'après le Setentt{ic Amerwan, peuvent être con·1ervés en les mett~ot dans _l'~au fraîche renouvelée chaque semaine. Les c~lr~ns murissent et deviennent très jûteux. Ils peuvent a10s1 être conservés plusieurs mois. Colle sèche. - Les -'?-~glais emploient beaucoup une colle excellente dont vmct la recette. On fait dissoudre à chaud 12 parties de colle forte · la dissolution étant complète, on ajoute cinq partiAS de sucre puis on fait évaporer jusqu'à ce que le mélange se prenne en gelée ferme par refroidissements. Suivant le journal, cette masse, devenue dure en se desséchant, se dissout

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rapidemen' dans l'eau tiède, lorsqu'on veut en faire usage. Confiture de raisins. - Prenez du beau raisin bien mftr. Otez au moyen d'un cure-dents les pépins de chaque grain ; mettez dans une bassine un poids de. sucre égal Il celui des grains de raisin, avec un dea1u-verre d'eau par 500 grammes de sucre ; faites bouillir Il grand feu ; écumez lorsque Cd sirop est bien épais, qu'il monte en grosses bulles et est sur le point de se col~rer; j~­ tez- y les raisins prép~rés C?mme nous avons dat .. Fattes jeter deux ou troas bouallonR ; mettez les gr~~:ms de raisin dans des pots; faites réduire un peu le sarop et versez sur les raisins. Pour les chevaux. - Une feuille allemande, s'adressant aux charretiers et cochers qui ont soin de couvrir leurs chevaux pour les protéger contre le froid et la pluie, leur donne le conseil de ne pas leur laisser porter la couverture pendant qu'ils sont en marche, mais seulement au moment d'un arrêt prolongé en plein aia· ; car, en leur conservant la couverture sur le dos pendant qu'ils courent, les chevaux deviennent très sensibles aux changements brusqueR de température et prennent facilement froid ; outre cela, la couverture, surtout si elle est en laine, les fait transpirer. A ca propos, nous ajouterons une petite obsenation : Avec la chaleur d'été les mouches, les moustiques, les taons, les • cousins , et. bref, toutes ces légions volantes d'insectes, sont venus tourmenter bommes et bêtes . Que les chevaux attelés et stationnés souffrent affreusement de ces insectes, tout le monde le voit ou peut le voir, sauf certains cochers ou charretiers tout 1\ fait indifférents aux souffrances de leurs chevaux et l leur lutte incessante et inutile 1 Cependant, les moyens de préserver ou de protéger ces pauvres animaux contre les insectes sont assez connus. Mais leurs conducteurs ne se remuent pas pour si peu de chose ; ils res-

tent impassibles 1

• Puisqu'ils veulent bien couvrir le dos de leurs chevaux avec une couverture, pourquoi ne pas leur couvrir le bas-ventre également. car c'est Ill que les mouches vont de préférence pour sucer le sang de leur victime ; c'est donc là qu'on devrait principalement les protéger. Choucroute dana les caves à vin. - Il est certainement dangereux de conserver, dans la cave où sont logés les vins, de la choucroftte, compote aux raves, ou

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to~t autre lég~~e capable de subir cette fermentation acade caractéristaq~e. Duos la fermentation de Ja cbpucroftt?, un .organisme particulier, Je ferment lactique trava1lle rapademen.t et se. développe, se multiphe dans de grand~s P.roportaons. SI cet organisme arrive au contact du_ van, al p~ut occasionner dans ce milieu une fermentation m~ladave, . dont, le résultat est une altération notable du ':ID·. Or rten n est plus difficile l éviter que ce~te traosmisston . du ferment lactique, grâce Il la ténm té de cet organasme. Il faut donc éviter absolument de placer la cuve à choucroûte dans la cave à vin On doit d'aill?urs évit~r d'y serrer des légumes queÏconques, et d ~ne mamère g~oérale toute substance eapab.le ~e subir . une altérataon quelconque et de devenir aao~t le terratn de développement d1 une multitude d'orgamsmes.

Mal de .ror2e. - Il ne faut jamais négliger un mal ~e g?rge, a dit un célèbre docteur. En effet on nA sait Jamais quelles en seront les suites. Parmi les divers ge~res .de ~aux de . ~orge il en est un terrible c'est • 1 esqumancte •. VoiCI un remède facHe pour le combattre : Prenez un ou deux citrons · exprimez-en Je jus dans noe tasse. Ajoutez-y un peu ' de sel vous aurez obtenu un liquide dans lequel vous mettrez tremper une c~mpr~sse ; quand la compresse sera bien imbibée, vous 1 appliquerez sur l_a gorge de la personne malade, ce moye~ e~t. certes facile Il employer, il suffit cependant à fatre dassoud re l'esquiuancie, qui disparaît promptement sous cëtte légère mais efficace médicamentation Fûts à 20ût d'évent, de pourri, de moisi. - Vou; n~us dem ~odez quel. est Je moyen d'empêcher un fût, VIde depots u~ certam temps, de communiquer au vin un goftt de bots. Vos vins mis dans ces futailles au l!loment des vendanges, c'est-à-dire avan t la fermentation. ~e prennent point d'abord ce goût, mais Je fait se p~oduit aprèa la fermentation. La conservation des futailles réclame des soins assidus que, g~néralement, on ne lui donne pas. , Pour désmtecter le~ fûts qui ont, été négligés, il 1aut d abord les laver copieusemf:!nt à 1 eau froide rincer à 1~ cha îne pour en détacher la lie corrompue ~t les mat~ères adhérentes aux parois intérieures, frotter l'extéraeur à la brosse de chiendent. On soumet ensuite ces futailles l l'action du chlore. On verse dans le fftt et par hectolitre de capacité, quelle


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que soit sa contenance. mais quand il est encore humide des rinçages: 1• 30 grammes d~ chlorure de chaux délayé dans de l'eau froide; 2• 2 litres d'eau dans laquelle on aura versé, avec toutes les précautions d'usage, 30 grammes d'acide sulfurique. Fermer, bonder fortement, agiter un peu et laisser en repos; au bout de six heures, débonder avec précaution, vider, rincer plusieurs fois à J'eau fraîche et faire égoutter. Melon e:rimpa.nt . ~ L'école d'horticulture de Genève possède dans ce mo ment une culture de melons vraiment originale et qui fait l'admiration de tous les visiteurs. La variété cultivée est nouvelle, c'est le melon grimpant à chair rouge. Il a été placé au pied d'un contreespalier qui a 15 mètres de long sur 2 de hauteur, donc à l'air libre. Les plantes, qui sont au nombre d' une quarantaine, sont élevées sous cloches et god~ts et mises en place en juin. Elles ont complètement garni le contre~spalier et forment un rideau épais. Dernièrement, nous avons compté sur ce contre-espalier 190 melons, dont les plus gros qui vont mûrir sont de la grosseur de la tète d' un homme et les plus petits de la grosseur du poing; rien n'est plus curieux que de voir ces melons ain!\i suspendus au milieu du feuillage. C'est donc une vraie cultut·e de rapport, bien facile, car il n'y a qu'à attacher les plantes contre le fil de fer, et en même temps fort décorative. . Dorénavant, au lieu de chercher des plantes grimpantes pour garnir des pavillons, qui sont toujours longues à croltre et à se dév~Jopper, il n'y aura qu'à planter Je melon grimpant à chair rouge; non seulement, en quelques semaines, Je pavillon sera garni et préservé du Roleil par un feuillage impénétrable, mais on pourra faire en outre une récolte d'excellents melons et cueillir un dessert sur place, dans le cas où l'on voudrait dîner ou déjeuner dans son pavillon. Pansement de petites blessures . - Nous ne prenons pas assez garde aux petites blessures faites par des objet'3 piquants, vieilles épingles, épines, clous, etc. Il y a huit jours, un jeune homme, qui se promenait en pantoufles dans son appartement, ressent à la plante du pied une vive doulour. I l retire sa pantoufle. Un clou avait traversé la semelle, percé la !chaussette et pénétré de quelques millimètres dans la peau. Rien de dangereux comm~:~ les ·clous que laissent un

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peu pa.rtout les tapissiers négligents, quand ils posent les tap1s ou pûsent des rideaux. On marche sur la pointe. et, comme on va voir, il peut en résulter de graves accidents. Le jeune homme fut pris, le soir, de fièvre, de contractures, et il mourut quelques jours après. Cette solution n'a rien de gai et il faut prendre ses précautions. Le microbe du tétanos est partout qui nous guette ; il est sur le sol, sur le plancher, sous la semelle des bottines. S'il pénè Ire dans un tissu déchiré, nous sommes bien malades, si malades qu'il ne reste que bien peu d'espoir de guérison et que les soins éclairés d'un homme de J'art sont indispe:1sables. Tout dernièrement, à l'Académie de médecine, M. le docteur Péan précisait comme il suit les précautions qu'il faut prendre pour se préserver, danfl la mesure du possible, du tétanos et d'une façon générale de toute complication. Il nous paraît bon de les indiquer. ' • Toutes les fois, dit-il, qu'une personne se fait une blessure, même légère, à la ville ou à la campagne, il faut immédiatement laver la plaie avec un liqu1de antiseptique quelconque, et la recouvrir' non pas avec un linge perméable, comme on le fait généralement, mais bien avec une substance imperméable, telle que Je collodion, le diachylon, etc. Il convient de panser avec plus de soin encore au moyen d'antiseptiques, si la plaie est plus sérieuse. Aux médecins, et pour les blessures, on doit re~ commander de substituer au thermocautère le bistouri pour les débridements et pour régulariser les plaies, pour enlever les corps étrangers, remplacer les ligatures par Je pincement des vaisseaux, donner .la préférence aux pansements J'ares, ne pas laisser volontairement les plaies ouvertea, enfin isoler Je malade. c ·est. répète M. Péan, le meilleur moyen d'éviter toutes les maladiAs infectieuses, érysipèle, infection purulente, tétanos. • Il est de fait que, grâce à ce'3 précautions, aucun des élèves de -M. Péan n'a contracté d'infection d'aucune nature. Donc, en ce qui concerne lo grand public, - on ne saurait trop le dire et le redire, - il y a lieu de ne négliger aucune petite blesaure et de la recouvrir immédiRtement d'un tissu imperméahle et imbibé de liquide an li septique. Autrement, on ne peut jamais savoir ce qui arrivera.


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Une méthode russe pour eonser~er les ~ommes. - Cette manière de conserver les frutts consiste à les saler. Ce sont les pommeR d'automne et. d'hiver qui conviennent le mieux pour ce genre de tra.ttement. C~­ pendant toute autre variété de pommes a1gres à chan ferme peuvent aussi ètre conservées par ce moyen. Oo commence par essuyer soigoeuseme~t lee fruits _A conserver ou bien on les lave et on les fa1t sécher, pu1s on les place dans un tonneau bien propre et on les recouvre d'eau salée de façon que tous les fruits plongent dans cette solution. Après cela on ferme le tonneau et on le place dans une glacière jusqu'aux premières gelées et plus. tard da~s une, cave fraiche . On emploie pour la solution 30 htres d eau dans laquelle on verse un verre de sel de cuisine, puis on la fait bouillir et on la laisse refroidir. Il y en a qui, pour 15 litres de solution, ajoutent une livre de farine de seigle ou de froment ce qui, avec le temps! doon~ aux pommes un gotlt aigrelet. On ajoute auss1? a~ heu de ce.tte farine, un peu de miel ou de ~ucre a1ns1 que c~rtams condiments, du fenouil, de 1 estragon, du cu~1?• de l'anis, selon le gotlt de chacun . Les pommes _ams1 conservées se gardent, dit-on, une année, acqut.érent un_e belle consistance transparente at un goftt agreable, s01t qu'on les mange crues, soit qu'on les cuise pour les servir avec la viande. Le rhume de cerveau. - Voici le temps où le coryza ou rhume de cerveau fait sa réapparition. On signale un nouveau remède très si_mple, qui n'a point l'inconvénient des poudres ou lollons, pour soulager presque aussitôt cette désagréable affection : respirer pendant 70 secondes de l'alcali volatil . l~a guérison complète suit infailliblement deux ou trots épreuves. On ne risque risque rien d'essayer.

L'hygiène au village On s'étonne quelquefois que les paysans qui vivent au milieu d'un air pur et tonique contractent encore souvent des affections contagieuses 1 Comme c'est simple, cependant. Jamais on n'a poussé plus loin qu'au village le mépris des lo!s. les plus élémentaires de l'hygiène. Par exemple, vo1c1 la cour plantée d'arbres ; à côté, le fumier et Je purin ; à quelques

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mètres, le puits où toute la famme va puiser son eau de consommation journalière. Et l'ou s'étonne que la fièvre typhoïde, la cholérine, etc. fassent des ravages ! Les microbes s'en vont tranquillement à l'eau du ·puits et c'est ce bouillon de culture qu'ingèrent les paysans . Le campagnard conquiert assez souvent une ,sorte d'immunité contre le mal ; mais le jour où la virulence du microbe s'accentue trop ou si d'aventure passe par là un microbe franchement pathogène, la maladie éclate grave et souvent foudroyante. On a dit ten province : • Bah 1 le sol fait filtre et oxide les détritus organiques du fumier, etc. , Ouais 1 Est-ce que vous croyez que le sol ne se sature pas très vite d'eau polluée 1 Est-ce que vous ne pensez pas qu'il conserve après saturation sa puissance oxydante t Même sur deux ou trois mètres d'épaisseur, une pareille terre est impuissante à tuer le microbe ; le sol s'infecte et devien t lui-même un bon bouillon de culture . La nappe d'eau inférieure se pollue généralement et envoie ses toxines au puits. Evidemment il n'en est pas toujours ainsi, mais souvent c'est le cas. Et le campagnard a de l'air exquis à sa disposition, mais il a de l'eau généralement détestable. Il devient malade par l'eau, quand même il s,en sert, comme c'est le cas le plus général avec une discrétion absolue. Il a de l,air exquis à sa disposition, ai-je dit 1 Ce n' est pas tout-à-fait exact. De l'air excellent dehors, dans les champs, hors dt~ chez lui. Oui, Mais à la maison 1 Dans la chaumière 1 A la ville, nous ouvrons portes et fenêtres tant que nous pouvons; au village, on dirait qu' on a peur de l'air . On ferme tout; il est rare qu' un paysan laisse ses fenêtres gt·andes ouvertes. Puis, des rideaux gigantesques au lit; puis, dans les coins, des amas de détritus, du lait qui se caille, des aliments qui se putréfient, de la poussière par brouettes, des animaux de basse-cour qui vont et viennent en perdant du poids •. • J 'en passe pour aller vite. L'air des chaumières est détestable. Si bien que l'air des locaux de campagne ne vaut pas beaucoup ruieux que celui de nos appartements. Il faut ajouter aussi qu'il est souvent humide par suite des vices de construction, humide par l'abus des arbres ou du voisinage des bois. La chaumière peu& devenir ainsi et souvent une botte à rhumatismes. Comment s,étonner de voir tant de malades à la


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campagne, après une apathie et une indifférence aussi étonnante vis-à-vis des préautions les plus simples. J'ai visité en trois jours une demi-douzaine de villages. L'influenza sévit partout avec une certaine intensilll. Les pneumonies ne sont pas rares et les cas mortels encore fréquents. Paysans, faites de l'hygiène; pensez à l'hygiène et n'abusez pas du trois-six, des eaux-de-vie de marc et autrac liqueurs intensives aux jolis noms de terroir. Ce sont là to.us élixirs qui coûtent des années d'existence. H. DE p ARVlLLE.

Les voeationfïl et l'écriture Maintenant que la plupart des pères ·de famille sont soucieux de savoir quelle vocation ils doivent donner à leurs enfants, la demande d'emploi dépa~saot de beaucoup l'offre, tant la lutte pour t'existence a pris d'apretè, nous nous permettrons de signaler un vice sérieux de notre époque, qui gêne et empêche l'établissement de jeunes gens instruits et intelligents. Nous voulons parler de la mauvaise écriture. Autrefois on se piquait de bien écrire aujourd'hui c'est le contraire qui a lieu. ' Sous prétexte que tel ou tel grand homme écrivait cot;nme ~n .ebat et que d'après cette légende tous ce11x ~u1 se dtstm~uent du vulgaire écrivent mal, la générahon future s efforce de leur ressembler sur ce point et de se préparer à la grande vie, en écrivant le plus mal possible. Plus que personne, dans les journaux, nous savons les ennuts causés par une vilaine écriture. Te~te. J?hrase bien ~iselée devient informe, grâce à un mot tlltstble; tel art1cle bien senti perd tout son sens par une phrase indéchiffrable. ' 0~ cei.ui .q_ui écrit mal ne veut pas en convenir, ou il en ttre vamte ; dans les deux cas il est inguérissable et malh~ur aux typographes qui sont obligés de mettre sur pted ses devinettes ou ses hiéroglyphes. Il n'est certes pas nécessaire d'être caligraphe et da reste tout le monde n'est pas apte à le devenir; mais nous croyons qu'une écriture nette et lisible est indispen~abl~ et oe peut qru· profiter à son possesseur. Au chotx, 1 on prendra touJours l'employé qui écrit le mieux,

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et d.aos , le .commerce, l'industrie, l'administration, on préfere l écr1ture au style, la prose à la poésie. Dans la plupart de nos écoles communales on sacrifie absol~ment l'écriture_. On .Y abuse du &ableau noir, qui au potnt de vue calhgraphtque est assurément l'enseignement le plus défectueux. A notre avis le tableau noir ne doit être employé que pour faire des observation~; ma~s il n,e doit pas ?ntrainer la suppression du modèle qut a 1avantage d être plus près des yeux de l'élève. Dès que l'écolier a écrit une fois le modèle il ne regarde plus le tableau ; il recopie et travaille sans goût fatigué par la répétition trop longue du même texte. ' L'abus du tableau noir et le crayon sur l'ardoise sont fatals à l'écriture. ~e crayon sur l'ardoise s!lrtout, parce qu'il retire aux d01gts leur souplesse et qu'1l ôte à la main toute sa légèreté. {Messager des Alpes, d'Aigle.)

Les enfants fumeurs Il arrive fréquemment, surtout dans les villes, de rencontrer, non pas seulement (de tout jeunes gens mais de véritables enfants, la cigarette à la bouche. Q~el est celui d'entre nous que cette vne ne contrarie et ne fasse réfléchir à la nécessité d' une loi protectrice de l'enfant livré au poison ' Bah ! dira-t-on, ce n'est pas une cigarette par ci par là qui peut faire gt·aod mal. Il faut qu'on soit bien convaincu du contraire. Les enfant'3 s'empoisonnent beaucoup avec peu de tabac et cela d'autant plus facilement qu'ils fument souve~t à jeun, mettant à profit toute~ les occasions qui leur sont offertes pour faire les hommes, soit en alla nt à l'atelier soit pendant les courses qu'on leur fait faire dans 1~ journée. Du reste, étant donnée la peine qu'éprouve une grande personne pour se modérer, comment veut-on qu'un enfant privé de la volonté nécessaire pour réagir et entraîné par l'exemple de ses petits camarades, puisse s'arrêter à temps? De l'usage, il arrive fréquemment à l'abus. Le tabac a encore pour les · enfants un grave inconvénient; . il dessèche leur gorge si sensible et provoque une s01f ardente qui leur fait prendre le chemin du cabaret, ce chemin que l'on quitte si difficilement lors-


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qu'on s'y est engagé. A une époque où les gouvernements de tous pays s'efforcent d'enrayer l'Affroyable consommation de l'alcool, n'y aurait-il pas avantage l remonter à la source même du mal, pour la tarir s'il se peut! Un rapport du docteur Laurent, inspecteur des écoles à Paris, a souvent constaté que la plupart des enfants confiés à ses soins sentent le tabac. Un directeur d'école, auquel il en fait part lui assura qu'au-dessus de 12 ans, la moitié des eufants de l'école fument; entre 1 t et 1~ ans, au moins le tiers ; et au-dessous de 10 ans, un certain nombre difficile à apprécier, même approximativement. Les enfants fumeurs, lui dit le directeur, sont presque tous des paresseux, das enfants incapables d'un effort inlellectuel, sans la moindre énergie morale. Ils ne s'int~resseot à rien, n'aiment rien; ils sont toujours las. Leur intelligence ne se développe pas et ne s'ouvre qu'avec peine aux plus simples notions. Leur mémoire, enfin, est rebelle et infidèle. Ayant examiné le dossier scolaire de nombre d'enfants fumeurs, le docteur Laurent s'est convaincu de la véracité de ces faits. C'est donc aux parents, aox maîtres d'écolE' et aux chefs de maison qu'appartient le soin de veiller à ce que les enfants placés sous leur dépendance ne fassent point du tabac une dépense prématurée, si préjudiciable à leur santé, par conséquent à leur avenir.

La première éducation de l'enfant AutrefoiE~, dans les familles chrétiennes, la prière du soir était faite en commun. C'était la règle universelle. Avant de se séparer pour le repos de la nuit, le père. la mère, les enfants, les domestiques, se réunisAaient dans la salle de la maison toujours ornée du crucifix. et là, pieusement agenouillés, suivaient la prière faite à haute voix par le père, ou par l'aîné des enfants, et répondaient aux pieuses invocations. A mesure que cette belle et sainte habitude disparaît, l'eFprit de famille, le culte du foyer, le respect des parents en reçoivent une atteinte profonde. Sans doute, dans la plupart des familles, les enfants font encore leur prière, mais seuls, sans le secours si

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puissant de l'exemple, sans ce doux et salutaire appareil de l'oraison en commun. L'enfant prie, mais la faœille ne prie plus. Attendez qu'il ait grandi : l'enfant fera comme les aînés et les chefs da la famille, il ne priera plus. D'ailleurs, _c'es' à la prière en comm~n _que Notre-Seigneur a promts sa présence et ses bénédictions spéciales. Il est un autre usage de nos pères qu'on devrait reprendre avec le même soin dans la première éducation: c'est la lecture des touchantes histoires de la Bible, du saint Evangile et de la vie des principaux Saints. Un grand nombre de jeunes âmes, dAvenues de belles et saiot~s âmes, se sont formées par ces lectures. Les récits et les leçons de la Sainte-Ecriture ont une vertu secrète et divine pour persuader et élever l'âme de l'enfant, et sont bien plus efficaces que. les plus éloquents discours. On se servira avee frUit, dans ce but, cie tout recueil approuvé par l'autorité ecclésiastique. On ne connaît plus aujourd'hui l'histoire de la religion. Parmi les fidèles, il en e&t beaucoup qui n'ont jamais lu une histoire, même très abrégée de la d:vioe religion dont ils foot pwfessioo. C'est une grave lacune que Fénelon déplorait déjà de son temps et qui est plus sensible encore aujourd'hui. La religion ne comprend pas seulement la description des dogmes et des pr_éceptes auxquels il faut conformer sa croyance et sa VI~· elle est un grand fait qui commence avec la création du monde se poursuit et se développe à travers la série des siècles. On n'a donc qu'une notion très incomplète de la religion, si on ignore les phases successives de son existence ici-bas. On ne saurait faire lire trop tôt au enfants un résumé clair et animé de l'histoire de l'Eglise. Plus on connaît I'Eglisfl, plus on l'aime. L'une des causes de l'indifférence et de l'aversion d'un grand nombre d'hommes à l'égard de l'Eglise est l'ignorance profonde où ils soot de son histoire. _Comment la connaitraieot-il~! Dans les centres d'enseignement. pendant leur jeun~sse, plus tard, dans les journaux et les revues, ils n'entendent, ils ne lisent que des calomnies, des erreurs effrontées, des accusations aussi fausses que pa~sionoées. Jamais une histoire sincère . et sérieuse de l'Eglise ne leur est tombée sous la ma10. Les parents chrétiens agiront sagement en donnant aux enfants dès la première éducation, une notion vraie de l'histoire et de la religion. Ils leur en inspireront ainsi


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SION, 1• Décembre

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1893-Sf

L'ECOLE PRIMAIRE

l'estime et l'amour, et prémuniront leur âme contre la pernicieuse influence de l'eoseigoemeut aoticbrétien qoi pervertit la société. (Semaine catholique./

ORGANE DE LA

Le lever matinal On considère ordinairement que se lever boo matiQ difficile; c'est pourquoi l'on trouve si aisément uot excuse pour n'en rien faire. A qui ne manque-t-il pas pour cela du courage et de la décision 'f Et qui ne trouve pas souvent grand plaisir dans la certitude que c'eRt véritablement trop tôl 'P Chez les adultes, en généra~ qui connaissent la jouissance procurée par le lever ma· tina!, il n'existe plus ni peine, ni incon~énient. · Cependant, chez les autres individus, la peine et l'effort persistent. Il y a sans doute des temps où chacun se lève très facilement, par exemple au début d'un voyage ou pour opérer telle occupation préférée. • Ce que l'on veut, on le peut ~ ; c'est là un dicton vrai. Précisément, vouloir est la difficulté, et là où l'habitude existe et rend facile, c'est rarement agréable. On devrait considérer que se lever tôt est un devoir influent; c'est bon pour la santé; cela donne plus de temps que quoi que ce soit ; c'est une occasion journalière de se surmonter et cela augmente la jovialité et la bonne humeur. L'on gagne aussi, aux heures matinales, du temps calme où J'on peut faire retour sur Roi-même. L'on devrait exécuter à ce moment-là tous les t.ravaux domestiques, qui en seraient avancés, tout en permettant l'emploi de quelques heures pour une autre destination. La différence de se iever à 6 ou à 8 b. donne en 40 ans 29,000 heures, ou & ans 120 jours eL 16 heures 1 ou 8 h. par jour, 10 ans, de telle sorte qu'en se levanL A 6, par rapport aux affaires, vaut autant que si l'on vivait 10 ans de plus. Le matin, de bonne heure, l'esprit est frais et l'on travaille plus facilement. Et combien une promenade est magnifique au milieu de la verdure et de la rosée matinale 1 Oui, l'heure d11 matin est une heure dorée. e~t

SOCIÉTÉ VALAISANNE D'ÉDUCATION ..ATTE~T:ro~ _Toutes les personnes qui recevront les Nos 1 et 2 d l'ECOL~ PRIMAIRE sans les avoir refusés, dans le déla~ ~: 1? JO~rs a:rès leur réception, seront censées abonnées Signa ure e celles qui refusent est nécessaire ou; constater dûment le renvoi de la publication. p su:~us ~ppelons l'attention toute spéciale de nos lecteurs de l'~c~tEq~~:;s suppléments sont joints à chaque No d' b AIRE. Ces annexes doublent pour ainsi Ire au out de l'année le volume de la publication sans en augmenter le prix qni reste fixé à 2 tir. 50 par ' an. L'ÉDITEUR. LES. EXAMENS DE NOS RECRUES (fin/ Nous pourriOns encore m t d' Valais n'est pas resté à la on rer, d une autre façon, que le p laît quelquefois à le . q~eue es cantons, comme on se fédérales, nous vo due. ~~ nous .~onsu~tons les statistiques

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No 01 l'Ecole primaire, 15 Novembre 1893 by Résonances, mensuel de l'Ecole valaisanne - Issuu