FRANCE SEPTEMBRE 2026
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LE PRODIGE Pour CALISTE, phénomène de l’esport sur League of Legends, l’histoire ne fait que commencer !
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Photographe cofondateur de tothego studio, il développe une esthétique « volontairement imparfaite », au service du sport et de la mode. Caliste et Vatira, « hyper impliqués » et « extrêmement charismatiques », ont très bien joué le jeu. Page 26
Jacques Simonian « Le monde du foot avait besoin de quelqu’un comme Saïd Dorbani, alias Pieds Carrés. Plus qu’un coach pour jeunes joueurs amateurs, le Lyonnais est un éducateur sur lequel ils peuvent compter. L’interview était à son image : authentique. » Page 78
Dolores Bakela La journaliste culture observe les scènes musicales et sociétales avec curiosité. Elle aime les décrypter : « Comment les outsiders renversent la table ou viennent installer la leur, plutôt que de quémander une place. » Page 48 THE RED BULLETIN
I
l y a ceux qui promettent. Et ceux qui contribuent déjà à changer le game. Caliste et Vatira, joueurs iconiques de la Karmine Corp, structure esport de renom, appartiennent à cette deuxième catégorie. The Red Bulletin dédie à chacun d’eux une cover exclusive. Caliste, 20 ans, prodige du jeu League of Legends, impressionne par sa précocité, sa maîtrise et son envie d’aller encore plus loin. Vatira, la vingtaine lui aussi, et figure incontournable de Rocket League, s’est imposé par sa régularité, son e xigence et sa lecture du jeu. Autour d’eux, ce numéro suit des talents qui avancent, innovent et inspirent, à leur manière. Ensemble, ils façonnent demain. Bonne lecture !
JEREMIE MASUKA (COUVERTURE)
Jérémie Masuka
ÉDITO ET CONTRIBUTIONS
6 Break énergisant pour Caliste lors du shooting à Paris avec The Red Bulletin.
Musique
Au nom des autres Le rappeur El Grande Toto veut pousser la relève.
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Musique
100 % libre Elle a retourné les festivals cet été, Tatyana Jane est la nouvelle donne.
Galerie Playlist Culture Media
Inspiration
Rémi Bonnet
Caliste/Vatira 26 Deux joueurs déjà au sommet de leur art mais pas loin du Valhalla.
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VTT
Jerome Peel
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Un spot hors du commun
LinLin
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Quand Kriss Kyle envoie du lourd au Mont-Saint-Michel.
En ascension
Musique
Des voix qui s’imposent Antillaises et guyanaises, elles bousculent la musique française. THE RED BULLETIN
Gaming
Esport
Là-haut, au calme NY State of Ride
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L’histoire d’un 68 classique Comment FIFA, devenu EA Sports FC, est devenu un banger international.
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Football
Comptez sur Pieds Carrés À l’aise avec les stars comme avec la base, Saïd transmet sa passion foot. 85 90 94 96 98
Voyage Montres Motivation Ours First Move
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JEREMIE MASUKA, TEDDY MORELLEC
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THEMA
CONTENUS
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Kriss Kyle en action au Mont-Saint-Michel : une carte postale très particulière pour clôturer l’été.
THE RED BULLETIN
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Hossegor, France
Renversant Red Bull King of the Mousse a animé Hossegor le 13 juin dernier avec un contest de surf aussi fun qu’imprévisible. Sur le spot de la Centrale, amateurs et figures locales se sont affrontés sur des planches en mousse attribuées au hasard par la Roue du Shred, dans une ambiance décalée où style, audace et adaptation ont fait la différence. Et certains s’y sont littéralement mis la tête à l’envers... redbull.com THE RED BULLETIN
XABI BARRENECHE/RED BULL CONTENT POOL
HANS HAMMER
GALERIE 9
THE RED BULLETIN
CHRISTOPHE LEMAITRE/RED BULL CONTENT POOL
HANS HAMMER
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THE RED BULLETIN
GALERIE
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Armentières, France
Déjantés
Dans la métropole européenne de Lille, la première française de Red Bull Vél’Eau a électrisé 20 000 spectateurs le 28 juin dernier. Sur une piste au-dessus de l’eau, 42 équipages en tandem ont enchaîné plongeons spectaculaires et passages d éjantés, dans une ambiance survoltée, comme ici avec le duo lyonnais des M olaires en délire. À revivre sur la chaîne L’Équipe (canal 21 de la TNT) en septembre. redbull.com THE RED BULLETIN
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Mont-Blanc, France
Historique
Au-dessus du massif du Mont-Blanc, Fred Fugen et sept wingsuiteurs venus de cinq pays ont signé un vol en formation historique après deux ans de préparation. Largués à 5 500 m, ils ont parcouru 7,5 km et 3 800 m de dénivelé en 3 min 30 sec, à 180-200 km/h, réalisant le plus long vol en f ormation jamais effectué au-dessus du massif. redbull.com THE RED BULLETIN
VINCENT COTTE/RED BULL CONTENT POOL
HANS HAMMER
GALERIE 13
THE RED BULLETIN
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PLAYLIST
Shannon
Traversée Shannon présente sa playlist où traditions, métissages et influences globales dialoguent sans jamais perdre leurs racines. La musicalité est voyageuse, les textes en créole, espagnol ou français toujours explicites. Avec Tropical Mood, l’artiste martiniquaise Shannon affermit son statut d’OG de la scène antillaise, et fait office de trait d’union entre l’héritage des musiques caribéennes et un futur qu’elle se propose d’incarner dans toute sa versatilité. Entourée, entre autres, de Tutuss et M ikado, architectes incontournables du son antillais d’aujourd’hui, Shannon se balade entre shatta, bouyon, dancehall, kompa ou reggaeton avec une facilité déconcertante. Elle canalise un volcanisme apparent avec des productions calibrées pour les deux côtés de l’Atlantique. Au finish, la badgyal signe un album frontal à l’humeur taquine qui revisite, parfois en duo (avec N’Ken ou Pompis), les chapitres de la vie d’une femme libre qui n’a jamais oublié d’où elle vient. La playlist qui suit rappelle que la richesse des musiques antillaises, née d’une longue histoire, est aussi la clé qui permet de déployer un spectre aussi large. Se remémorer les origines est un passage obligé afin de comprendre pourquoi ces rythmes séduisent le monde entier. L’album de Shannon, Tropical Mood, est dispo depuis le 17 juillet. À écouter sur Spotify via le code ci-contre.
THE RED BULLETIN
Malavoi
Matebis (1992) « C’est un groupe mythique avec un son reconnaissable entre mille. Ils ont réuni des musiques typiques des Antilles (mazurka, biguine, quadrille) et les ont associées à d’autres sons des Caraïbes comme la salsa ou le jazz. Ils sont à l’image de la circulation culturelle aux Antilles, et de la richesse de notre patrimoine culturel. »
Kassav’
Yélélé (1984) « George Décimus et Jacob Desvarieux sont deux pionniers mythiques. Ce sont eux qui ont produit un zouk riche et musical, et l’ont fait connaître. C’était l’époque des grandes formations, des orchestres et la naissance d’une musique internationale partie de chez nous pour toucher le monde entier. Très fort ! »
Eugène Mona
Blanc Mangé (1994) « Ce morceau et cet artiste rappellent que si les racines de la musique martiniquaise, le bèlè et la biguine, sont caribéennes, les influences sont européennes – importées par la bourgeoisie. Elles sont le produit d’un aller-retour culturel avec l’Europe, que les Antillais se sont appropriés en y incorporant les percussions. »
DOLORES BAKELA
Toucher l’horizon (2006) « Il est Guadeloupéen mais est représentatif de toutes les Antilles. C’est un toasteur trop fort. Il a su faire des tubes en créole en intégrant la biguine et le gwoka à des influences actuelles. Ce morceau-ci a une couleur très reggae. Admiral T est encore actif et reste essentiel pour son apport énorme au rap créole. »
MÉLISSA SIMEON
Admiral T
AUTOMATIQUE
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Exposition
Beats et pixels Les musiques de jeux vidéo exposées à La Philharmonie de Paris. Quand on lance un jeu vidéo, il s’ouvre sur une phase de tutoriel pour se familiariser avec le nouveau monde dans lequel on débarque. L’exposition Video Games & Music à La Philharmonie de Paris démarre par une séquence similaire. On entend d’abord un medley d’une cinquantaine de bandes-sons cultes (Super Mario, Pokémon, Assassin’s Creed II, Tetris), puis on observe des œuvres pixelisées et des projections de personnages familiers, avant de prendre une manette. Ainsi que l’explique Jean Zeid, co- commissaire de l’expo, « le parcours du visiteur est pensé comme un jeu vidéo ».
Écouter pour mieux jouer
par le fil rouge de ce qu’on appelle dans le jargon la VGM (Video Game Music). L’exposition offre aussi une place de choix aux jeux sur la musique comme Guitar Hero, Just Dance ou le frénétique Dancing Stage Euromix, trois jeux où il faut utiliser son corps en mouvement pour triompher. On retrouve alors spontanément des sensations que tout gamer chevronné a déjà ressenties. Comme celle d’attendre son tour avant qu’on nous passe la manette, de se donner des conseils entre joueurs, de se planter, de s’améliorer ou que progressivement nos gestes commencent à dépasser notre pensée.
Série Pier 39, San Diego, ©Ira Nowinski, 1981-1982. Avec l’autorisation du Département des collections spéciales, Stanford University Libraries, 2026.
Il s’agit d’un open world, ces jeux en monde ouvert qui laissent aux gamers la liberté de déambuler, pour explorer les zones dans l’ordre qui leur convient. Le terrain de jeu est divisé en plusieurs aires. L’une d’entre elles permet de s’essayer à des bornes d’arcade, une autre réunit un best of des jeux à bande-son électronique, plus loin, attablés dans un recoin, on compose une pièce sonore sur le jeu Nintendo DS Electro-plankton. Les époques et les esthétiques se mélangent, réunies
Pong, ©Invader, 2008. THE RED BULLETIN
Sonic Racing CrossWorlds, ©SEGA, 2025.
CULTURE
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INVADER, IRA NOWINSKI, SEGA, THE GAME BAKERS, COLLECTION DEBRA WOLFORD
DAVID BOLA
Game Boy Mom, Janet Slide, 1991, collection Debra Wolford.
Les Guardians (boss) de Furi, ©The Game Bakers, 2016.
Choisir son mode
Toutes ces zones sont pour Jean Zeid un moyen de transformer « le visiteur un peu en un joueur, c’est-à-dire de récompenser sa curiosité ». Les plus curieux pourront trouver des salles cachées, où même des easter eggs, des trésors ou fonctions secrètes nichés dans un jeu, qui sont ici dissimulés dans la scénographie. Quand les co-commissaires Jean Zeid et Fanny Rebillard ont commencé à travailler sur cette expo, il y a deux ans, il leur est apparu évident qu’il leur fallait « un mode facile, un mode inter-
médiaire et un mode difficile », comme on en trouverait dans un jeu, ceci afin de toucher tous les publics. Si le mode difficile correspond à ces œufs de Pâques cachés, en mode facile, il y a une projection monumentale au cœur des 800 m² d’espace, où défilent des séquences de jeu rétro et modernes. Chaque
« Le parcours du visiteur est pensé comme un jeu vidéo. » Jean Zeid, co-commissaire
son y est répertorié en sous- titrage : la musique, le doublage, le bruissement d’une feuille, le bruit des pas, un bruitage déclenché par une action du joueur. C’est l’occasion de bousculer le cliché très 90s de la musique de jeu vidéo comme un regroupement de mélodies pixelisées, pour montrer ce qu’elle peut être aujourd’hui. « La musique de jeux a galéré. Au départ, les compositeurs étaient des informaticiens par obligation. Ils se battaient avec la limitation technique de leur époque. Ce n’est que très récemment, finalement, que ce verrou-là a sauté », précise
Jean Zeid. Pour prendre la mesure du chemin parcouru, il faut donc aussi faire un peu d’histoire. Chaque grande révolution sonore du jeu vidéo est représentée dans le parcours. Une étape explore par exemple la notion d’interactivité sonore dans les jeux vidéo, popularisée en 1985 par Super Mario Bros., où chaque micro-événement s’illustre par le son. Plus tard, on peut entendre comment le son électrique, nerveux et métallique de la Sega Megadrive – console phare de la fin des années 80 – a permis d’inclure le rock et l’électro dans le code source de jeux. Une salle spéciale donne à voir une frise qui balise les tournants de la VGM, de 1972 avec les premiers beeps du jeu Pong à 2023 et la création d’une catégorie « meilleure bande originale pour un jeu vidéo ou autre média interactif » aux Grammy Awards. Ceci illustre bien la place grandissante que prend la musique de jeux vidéo dans la pop culture : on peut maintenant l’acheter en vinyle, l’écouter en concert, et même l’exposer dans un musée. Expo Video Games & Music, jusqu’au 1er Novembre 2026 à la Philharmonie de Paris THE RED BULLETIN
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MÉDIA
variées comme le cyclisme, les sports mécaniques ou d’aventure, le skate, la danse ou le gaming. Des é vénements emblématiques tels que Red Bull Rampage, Red Bull Cliff Diving ou Red Bull BC One complèteront la programmation, avec des formats documentaires et des séries. Pensée comme une chaîne vivante, la FAST channel Red Bull TV s’appuie sur une programmation 24/7 éditorialisée pour le public français, avec des mises à jour chaque semaine afin de renouveler régulièrement l’expérience. Une offre complémentaire en streaming permet également d’accéder à une trentaine de films et de documentaires, comme Wild Waters, superbe immersion dans la réalité de la kayakiste française Nouria Newman.
Nouria Newman et son jump de 30 m dans le documentaire Wild Waters : bienvenue sur Red Bull TV !
Plein les yeux Red Bull TV arrive en France sous la forme d’une chaîne gratuite en streaming, accessible 24h/24. Une nouvelle façon simple de regarder des lives, des films, des séries et des documentaires. Red Bull TV ouvre un nouveau chapitre en France avec le lancement de sa FAST channel : une chaîne numérique gratuite, diffusée en continu, qui rassemble une sélection de contenus Red Bull autour du sport, de la culture, de la performance et de l’aventure. Une FAST channel, c’est quoi ? FAST signifie Free Ad-Supported Streaming Television. En clair, il s’agit d’une chaîne TV diffusée en streaming, gratuite pour l’utilisateur et financée par la publicité. Son fonctionnement se rapproche d’une chaîne de télévision traditionnelle : THE RED BULLETIN
les programmes s’enchaînent selon une grille linéaire, sans que le spectateur ait besoin de choisir un contenu à la demande. Il suffit de se connecter, de lancer la chaîne et de regarder ce qui est diffusé en direct.
Une chaîne vivante
Cette nouvelle offre s’adresse aussi bien aux fans de contenus Red Bull qu’aux curieux qui souhaitent découvrir un programme sans passer du temps à chercher quoi regarder. La chaîne est disponible 24h/24 et propose un flux continu mêlant événements
en live, compétitions, séries, films et docus. Dans son programme, Red Bull TV met en avant ce qui fait son ADN : l’adrénaline, le dépassement de soi, la créativité et les histoires inspirantes. Les spectateurs pourront y retrouver des d isciplines
Une porte d’entrée simple et gratuite vers l’univers Red Bull TV. Disponible sur TF1+
redbull.tv
IAN AVERY-LEAF/RED BULL CONTENT POOL
FAST Channel Red Bull TV
Parmi les moments forts de septembre, notez le Red Bull Cerro Abajo en Allemagne (du VTT DH urbain), Drift Masters en Pologne (sports mécaniques), Red Bull Hardline au Canada (DH) ou encore le Red Bull Cliff Diving en Italie (plongeon extrême). Des events diffusés en live, puis à retrouver à la demande sur la FAST. Red Bull TV est dispo dès maintenant sur TF1+ et Samsung TV Plus, premiers partenaires annoncés pour ce lancement en France, depuis le web, les télés connectées, les smartphones et les tablettes. Avec cette FAST channel, Red Bull TV propose une porte d’entrée simple et gratuite vers son univers. Pas besoin de connaître à l’avance le programme que l’on veut regarder : la chaîne fonctionne comme un flux permanent, pensé pour accompagner les spectateurs au fil de la journée. D’autres partenaires seront annoncés prochainement, afin d’élargir l’accès à cette nouvelle offre vidéo.
HANS HAMMER
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INSPIRATION
Seul au sommet Ski-alpiniste l’hiver, traileur l’été, Rémi Bonnet domine deux disciplines d’endurance. Double champion du monde, le Fribourgeois cherche là-haut moins la lumière que le calme. Texte Samuel Waldis Photo Tudor
Le 18 octobre 2025, sur les hauteurs de Fully, en Valais, Rémi Bonnet s’effondre à l’arrivée. Quelques secondes plus tôt, il venait d’avaler 1 000 mètres de dénivelé sur 1,9 kilomètre et de battre le record du monde du kilomètre vertical. Dans cette montée sèche, où la pente devient parfois si violente qu’elle oblige à se hisser plus qu’à courir, l’effort frôle la rupture. Rémi, lui, vient d’en faire une référence. Mais chez le Fribourgeois, la performance ne raconte jamais toute l’histoire. Six mois plus tard, le décor change radicalement. À Cerniat, dans les Préalpes fribourgeoises, Rémi vit loin du bruit, dans une maison à flanc de montagne. Il cultive ses légumes, élève des poules, et parle de cet endroit comme de « sa liberté ». Quand il doit descendre en ville, il n’a qu’une idée en tête : « Quand et comment est-ce que je vais pouvoir rentrer ? » Ce besoin d’isolement n’est pas une pose. C’est son équilibre.
Comme il l’entend
Réservé, peu bavard, Rémi dégage une forme de sérénité rare à ce niveau de performance. Né en 1995 à Charmey, en Suisse, il est champion du monde, champion d’Europe et vainqueur du classement général de la Coupe du monde en ski- alpinisme. L’été, il figure parmi les meilleurs traileurs au monde. Peu d’athlètes parviennent à se maintenir au sommet dans deux disciplines aussi exigeantes. Lui y arrive sans donner l’impression de courir après le prestige. « Quand je gagne une course, ça ne me touche plus autant qu’avant. C’est devenu en quelque sorte normal de gagner pour moi », dit-il. Cette distance par rapport à la victoire dit beaucoup de sa relation au sport.
THE RED BULLETIN
Focus
27’21’’ pour l’histoire Au Kilomètre Vertical de Fully 2025, Rémi Bonnet a couvert mille mètres de dénivelé en 27 minutes et 21 secondes, établissant un nouveau record du monde Plus de relief Cette performance prend encore plus de relief quand on sait qu’elle arrive après une période de doute et une blessure. Chez lui, le record n’est pas seulement une démonstration physique : c’est aussi le résultat d’un rééquilibrage personnel.
« Ma passion, c’est le sport en montagne, seul et pour moi-même, pas les courses contre les autres ni devant un public. » Chez Rémi Bonnet, tout part de là. Il ne s’entraîne pas seulement pour gagner ; il gagne pour continuer à vivre comme il l’entend, au plus près de la montagne, dans un rapport presque intime à l’effort. Ce qui le nourrit, ce n’est pas la scène, mais l’expérience.
Fidèle à lui-même
Rien ne le prédestinait pourtant aussi clairement à cette trajectoire. Adolescent, Rémi joue au football et va à la pêche. Les sports d’endurance ne sont pas encore son horizon. Le déclic survient à 17 ans, lors d’une course de ski-alpinisme où il est bénévole. Posté sur le parcours, il regarde les athlètes gravir la montagne. « J’ai été ébloui », résume-t-il aujourd’hui. À partir de là, il décide de s’y consacrer, d’abord en parallèle de son métier de métallier. « Le sport m’a ouvert l’esprit à l’époque », explique-t-il. Très vite, il découvre qu’il est rapide. Très vite aussi, il comprend qu’il peut viser haut.
Aujourd’hui, entre trail et ski- alpinisme, Rémi cumule environ 500 000 mètres de dénivelé par an, l’équivalent d’une ascension quotidienne du Cervin depuis la cabane du Hörnli. Une charge colossale, qu’il assume à sa manière : souvent seul. « Je suis souvent seul. C’est quelque chose dont j’ai vraiment besoin. Pas seulement quand je m’entraîne en montagne. Quand je rentre chez moi, il n’y a personne. C’est quelque chose que j’apprécie. » Ce retrait choisi n’est pas un refus du monde ; c’est sa manière de rester aligné. Cette fidélité à lui-même explique aussi pourquoi l’ambassadeur des montres Tudor est resté à distance du skimo olympique. En 2026, moment où la discipline fait son entrée sur la grande scène planétaire, il choisit de ne pas prendre le départ. Les formats retenus, sprint et relais mixte, ne correspondent ni à ses spécialités ni à sa conception du sport. « Ce n’est pas le sport que je pratique », dit-il simplement. Selon lui, cette évolution détourne la discipline « ses racines de montagnardes » originelles.
La paix
Sa trajectoire n’a pourtant rien d’une ligne parfaitement lisse. À ses débuts dans le trail, l’exposition médiatique, les attentes et les comparaisons avec Kilian Jornet le bousculent. Plus tard, une fracture de stress au tibia l’oblige à s’arrêter pendant deux mois. Une pause forcée, décisive. Sur Instagram, il écrit alors : « Ce n’est pas facile pour moi. Courir, ce n’est pas simplement ce que je fais. C’est ce que je suis. » Mais cette blessure lui apprend aussi autre chose : « Ce n’est pas grave si je fais une pause. » C’est peut-être là que se situe la clé de Rémi Bonnet. Derrière le champion, il y a un homme qui cherche moins la domination que la justesse. Il l’a compris après avoir traversé la pression, le doute et l’arrêt : « Je ne fais cela pour personne d’autre que pour moi-même. » Là-haut, sur une crête, sans podium, sans public, sans mise en scène, il retrouve l’essentiel. Le record a fait le tour du monde. Mais ce que Rémi poursuit, au fond, est plus simple et plus rare : une forme de paix. IG : @remi_bonnet
« Ma passion, c’est le sport en montagne, pour moi-même, pas les courses contre les autres ni devant un public. » Rémi Bonnet
THE RED BULLETIN
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INSPIRATION
New York State of Ride
Le New‑Yorkais Jerome Peel, alias Citybikeboys sur IG, prouve que ce n’est pas le vélo qui compte, mais la façon de l’utiliser. Texte Charlie Allenby
Les vélos en libre-service sont les chevaux de trait du centre-ville : lourds (près de 20 kg), blindés pour encaisser la pluie, les chocs et les années d’abus. Dans les mains du rider new-yorkais Jerome Peel, ils deviennent pourtant une vraie alternative au BMX ou au VTT, que ce soit en skatepark, sur des spots de street bricolés ou sur des sentiers off-road. À 36 ans, Peel a fondé Citybikeboys, un compte Instagram où il pousse les Citi Bikes de New York dans leurs retranchements, à coups de clips viraux. Chaque été, il organise aussi une course géante de Citi Bikes entre Brooklyn et Manhattan, qui rameute des milliers de riders. Ses frasques – des spots de skate mythiques validés en bike jusqu’à une invitation au Swatch Nines Bike en Autriche – vont bien au-delà du simple délire. Peel veut prouver que, peu importe le vélo, l’accès au fun et à l’aventure ne dépend que de ton imagination. the red bulletin : D’où est venue cette idée ? jerome peel : En Floride, là où j’ai appris à rider, mon père roulait tout le temps avec moi. Il avait plus de 60 ans, blindé de protections, et au skatepark je me faisais chambrer non-stop. À 20 ans, je suis parti à New York en me jurant d’arrêter – j’en étais venu à haïr le BMX. Quelques années plus tard, je monte sur un Citi Bike. Je roule en ville avec un pote, il me voit sauter les trottoirs et me lâche : « Mec, je suis sur le cul. Tu sais vraiment rider. » Puis : « Je vais filmer tout ce que tu fais. » Vous souvenez-vous de la première fois où vous vous êtes vraiment mis à l’épreuve sur un Citi Bike ?
THE RED BULLETIN
Photo Tristan Martinez
La première vidéo que j’ai postée, c’est le double set au LES Skatepark (fameux spot sous le pont de Manhattan, ndlr). Jusqu’ici, je ne sautais que trois marches et des trottoirs. Mon pote m’a dit : « Fais un truc de fou, je lance la page Insta. » Quand j’ai décollé, je me suis dit : « Je suis beaucoup trop haut, comment je vais replaquer ? » Et pourtant c’est passé. Au début, c’était un jeu. Il y a des vélos partout, alors je me suis dit : « C’est ça que je ride maintenant. » Quel est votre exploit préféré ? Sauter au-dessus des voies du métro à la station 145th Street. Je rêvais de ce gap depuis trois ans. En ligne droite, ça ferait 3,7 m, mais tu dois le prendre en biais, donc plutôt 4 m : énorme, peu importe l’angle. Je me dégonflais toujours, parce que les conséquences seraient dingues. De l’autre côté, il y a le troisième rail : si tu le touches, c’est fini. Même sans ça, tu chutes de deux mètres dans un trou irrégulier rempli de métal. Un soir vers 23 heures, j’en ai eu marre d’y penser. On tourne en voiture avec le cadreur pour trouver un vélo. Celui que je chope a les pneus mous et le guidon de travers, mais tant pis. Zéro modif. Je pédale pendant que le train passe, le timing est parfait… et je replaque. Celui-là, c’est la plus grosse surprise : ça n’aurait jamais dû marcher. C’est vrai qu’une petite scène s’est développée au fil des années ? Oui, d’autres, pros compris, ont commencé à prendre des Citi Bikes pour les maltraiter un peu, et c’est génial. Je ne pense pas que ça devienne un sport à part entière, mais voir des crews se monter et créer leurs propres contenus, c’est incroyable. Est-ce que votre riding en Citi Bike est juste un délire, ou y a-t-il un message plus large derrière ?
Je veux montrer aux gens qui n’ont pas beaucoup de moyens que le vélo ne les bloque pas. Le rider VTT britannique Harry Schofield a passé en backflip le gap de 18,3 m de la ligne freeride des Nines sur un Citi Bike. Il pourrait rouler très haut niveau sur ce vélo sans être beaucoup plus limité qu’avec son VTT. Ce cadre vaut peut-être 185 € ou moins. Quels sont vos projets pour l’avenir ? Je veux atteindre un niveau pro sur ce vélo – et je n’en suis pas loin. Je kiffe toujours imaginer des jumps créatifs à construire en ville, et je n’ai aucune envie de lever le pied : au contraire, ça s’emballe. L’événement Citi Bike devient aussi de plus en plus compétitif. L’an dernier, pour la course, j’avais dessiné un parcours en zigzag, avec sauts de trottoirs et petits obstacles. C’était hilarant. Tout le monde doit rouler sur un vélo de série, et les gens deviennent fous. C’est un vrai show. Chaque année, c’est plus fou et plus drôle. IG : @citybikeboys
Focus Location en roue libre – une sélection des meilleurs moments Citybikeboys de Peel Février 2026 Rampe de neige vs camion Un tas de neige et quelques plaques de bois deviennent une rampe, et Peel s’élance sur le toit d’un camion. Juillet 2025 Backflip dans la rivière Pendant une vague de chaleur à NYC, Peel se rafraîchit en se lançant, lui et son Citi Bike, dans l’East River. Un leash de surf le relie au vélo, tandis qu’une chambre à air de moto enfoncée dans le panier avant l’empêche de couler. Juillet 2024 Wallride session Peel et son vélo réalisent un wallride à 270 ° sur un banc courbe avec très peu de marge d’erreur. Février 2024 Tabletop sur cabine de chantier Rien n’est hors limite en matière d’inspiration, même un WC chimique. Avec une rampe de fortune, Peel franchit aisément l’obstacle haut de 2,3 m.
« J’ambitionne d’atteindre un niveau pro sur ce vélo. Je n’en suis pas loin. » Les prouesses de Jerome Peel en Citi Bike.
THE RED BULLETIN
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INSPIRATION
LinLin Impératrice
Révélation du rap francophone, LinLin confirme son ascension avec son premier album, réalisé aux côtés de son fidèle producteur MOB, après une série de singles remarqués et le succès de Blicky avec Ino Casablanca. Texte David Bola
Disco Inferno fait parler les talents de vocaliste de LinLin. Sur Petit Chéri, Cœur de pirate, Alive, elle chante en rappelant par instants son idole Mylène Farmer. L’impératrice s’autorise tout justement parce qu’on lui a tout interdit. « Les gens, les proches, ma famille n’acceptaient vraiment pas le fait que je fasse de la musique. » Aller à l’encontre de vents contraires a été douloureux, mais instructif. En latin, disco inferno signifie « j’apprends dans l’enfer ». LinLin rembobine : « Au moment où j’ai fait l’album, j’en avais marre qu’on me dise quoi faire. J’étais en mode : rien à foutre, je dis ce que j’ai envie de dire, que ça plaise ou pas, que ça me mette dans une sauce ou pas. »
Quand nous rejoignons LinLin dans un café de Paris Nord, cela fait un mois et un jour que Disco Inferno a vu le jour. Entre-temps, LinLin est passée sur France Inter échanger avec Mehdi Maïzi, À La Régulière, et a été – fait rarissime pour une artiste française – chroniquée dans la revue musicale la plus importante au monde, Pitchfork. L’impératrice a entamé sa conquête du globe plus vite qu’elle ne l’imaginait. « C’est vraiment pas quelque chose auquel on s’attendait, nous confie celle qui prend toute la mesure de l’engouement exceptionnel dont son premier album fait l’objet. En tout cas, nous, quand on a fait l’album, on s’est fait plaisir. On s’est dit : on va être full créatif, on fait vraiment les titres qui nous plaisent. Si les gens kiffent, ils kiffent, si les gens ne kiffent pas, tant pis. » Bonne nouvelle, les gens kiffent.
Time For Music
LinLin et MOB, son producteur, collaborent depuis la fin du lycée. Ils ont profité de ce premier album pour imprimer dans les oreilles françaises une signature sonore qui leur est propre. Ainsi, le disque a été produit à 100 % par leur tandem, anciennement baptisé Graffiti Boys Radio. « C’était important de faire tous les titres avec MOB pour vraiment avoir cette texture et que les gens me reconnaissent à travers ce son-là », détaille LinLin. La texture de Disco Inferno rappelle celle des disques de musique électronique des années 80, et au moment où le rap a rencontré les boîtes à rythme, avec le Planet Rock d’Afrika B ambaataa (1982), puis avec la Miami Bass du 2 Live Crew. Pour obtenir cet effet, L inLin et THE RED BULLETIN
Focus
LinLin sera en concert les 13 & 14 janvier 2027 à la Gaîté Lyrique, Paris.
MOB ont travaillé avec des clones de machines d’époque : la TR-808 et la TR-909. Résultat, sur ses douze titres, Disco Inferno brûle pour la house, la Miami bass et le baile funk tout en oscillant entre textes rappés et chantés. En tête de liste de leurs références, il y a les classiques de la house, mais aussi des artistes comme Azealia Banks et son EP 1991, paru en 2012. L’ombre d’un autre disque du début des années 2010 plane sur Disco Inferno – Yeezus (2013) de Kanye West. LinLin et MOB découvrent tous deux ce disque à l’adolescence. Pour l’impératrice, il a été « sa plus grosse claque ». Pour MOB, c’est l’album qui lui donne envie de produire. « Je me disais : il faut que je fasse de la musique. Juste après, mon cousin du bled vient en France et me dit : “Tu veux que je te mette FL Studio ?” C’est parti de là. » Révolutionnaire à sa sortie, Yeezus continue d’exercer son influence dix ans plus tard. Certaines de ses bandes démos inutilisées servent même à la conception de Renaissance, l’opus house de Beyoncé, autre influence majeure de Disco Inferno. L’album était aussi une piqûre de rappel : ces musiques sont en premier lieu des musiques noires. LinLin fait le même travail politique sur son opus : « C’était important pour moi de remettre ce sujet au centre. » Ou comme elle le dit si bien dans BLACC* : « Tout est black ».
En pirate, elle utilise sa liberté pour s’attaquer à l’extrême droite dans ses textes : « J’crois que la France a un dilemme/C’est nous les vilains, c’est nous le problème/ Tous les jours, moi j’fuck le FN », mais aussi avec les symboles. Pour le clip de Boogeyman (2025), elle se met en scène avec le drapeau français, alors monopolisé par la droite et l’extrême droite. Depuis, il a été réinvesti par des artistes comme Tiakola et une quantité d’autres rappeurs. LinLin est une pionnière de cette réappropriation. « Quand on le fait, on se met dans une situation un peu dangereuse, parce qu’on ne sait pas comment les gens vont le percevoir. » Ce faisant, LinLin s’adresse aussi aux gamins qui ont la même trajectoire qu’elle. « C’est une démarche pour faire avancer les choses et afin que nous, enfants de la diaspora, puissions nous épanouir en France. » Sur ses visuels de presse, LinLin porte un bicorne, couvre-chef typique des pirates et des empereurs. MOB a l’idée de ce look en regardant le Napoléon (2023) de Ridley Scott. Le bicorne est un moyen de faire une double référence. On le trouve sur la tête de Napoléon Bonaparte, figure du pouvoir français par excellence, et aussi sur celle de l’impératrice pirate Charlotte LinLin du manga One Piece, à qui la rappeuse a piqué son pseudo. Pas de chapeau sur la pochette, mais un grillz argenté en forme de dent de vampire qui lui donne un air monstrueux – et fascinant. Avec Disco Inferno, MOB et LinLin ont réussi dès leur premier long-format à être cohérents de bout en bout. IG : @linlinradio
TOM KLEINBERG
Le diable dans les détails
« Aujourd’hui, la musique ne se suffit pas à elle-même. Il faut amener un univers avec. » LinLin, bien plus qu’une conception musicale.
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L’ÉTOILE MONTANTE À 20 ans, Caliste Henry-Hennebert s’impose comme l’un des visages les plus prometteurs de l’esport français. Mécaniques affûtées et ambition XXL, le jeune prodige est rapidement devenu l’un des ambassadeurs de la Karmine Corp sur League of Legends .
Texte Hugues Pascot Photos Jérémie Masuka
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« Je me mettais sur le lit au-dessus de l’ordinateur de mon frère et je passais mes soirées à le regarder jouer. » THE RED BULLETIN
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Été 2026, Paris. Pour la première fois de son histoire, l’Esports World Cup (EWC) pose ses valises en dehors de l’Arabie saoudite. Sept semaines durant, les meilleurs joueurs du monde s’affrontent sur les plus grandes scènes de l’esport international. Mais l’attention se focalise sur la deuxième semaine, consacrée au jeu mobilisant plus de 128 millions de pratiquants mensuels en 2025 : League of Legends. La pression monte et tous les regards se portent sur une équipe : la Karmine Corp. Leur ambition est claire : tourner la page d’un MSI (Mid-Season Invitational) décevant quelques semaines auparavant et prouver qu’ils ont encore leur mot à dire à domicile. Mais le défi est de taille. En demi-finale, la Karmine Corp retrouve T1, le géant coréen emmené par Faker, véritable légende de League of Legends et considéré par beaucoup comme le GOAT de l’esport. Un adversaire redoutable, face auquel la Karmine Corp n’a encore jamais connu la victoire. C’est le visage fermé et le regard concentré que les cinq joueurs de la KC montent sur scène, portés par les clameurs d’un public acquis à leur cause. Pour décrocher leur place en finale, une seule règle : remporter deux manches sur trois. T1 frappe en premier. La KC encaisse, mais ne vacille pas. Portée par un jeu plus agressif et une exécution plus propre, l’équipe française élève son niveau dans la deuxième manche et recolle au score. Une manche partout. Tout reste à jouer. Pour la troisième et dernière manche, la Karmine Corp est rapidement mise sous pression par T1. Pendant les vingt premières minutes, les Coréens imposent leur rythme et semblent contrôler la partie. Mais le club français s’accroche. Puis le match bascule. À la moindre ouverture laissée par T1, la Karmine Corp réagit, saisit chaque occasion et renverse la dynamique. Jusqu’au dernier teamfight qui sera décisif. Au terme d’une partie à couper le souffle, l’équipe française s’impose sur le fil et signe une victoire qui restera à jamais gravée dans l’histoire du club, malgré leur défaite en finale face à une autre formation coréenne, Dplus KIA. THE RED BULLETIN
Caliste, rejoint par Vatira, sur le rooftop des locaux de la Karmine Corp installés à Paris.
Lit superposé
Nous retrouvons le lendemain Caliste Henry-Hennebert, joueur de la Karmine Corp depuis mai 2023, dans les locaux de son équipe. À seulement 20 ans, le Français évolue au poste d’AD Carry et s’est imposé comme le fer de lance de la botlane tricolore. La défaite de la veille a laissé des traces. Mais pas question de laisser le résultat dicter l’humeur. « On est forcément déçus, mais on a pu montrer qu’on était une bonne équipe. Il faut aujourd’hui apprendre de nos erreurs et garder cette confiance pour les compétitions à venir. » Derrière le joueur habitué aux plus grandes scènes de l’esport européen se cache un palmarès qui, en dépit de son âge, ressemble déjà à celui d’un vétéran. Deux titres de LFL (championnat français de League of Legends), un sacre aux EMEA Masters et un suivant au split d’hiver de la LEC 2025, l’élite européenne de League of Legends, où il signera son premier pentakill (élimination des cinq champions adverses à la suite) sous les couleurs de la Karmine Corp. Il sera d’ailleurs couronné Rookie de l’année. Comment Caliste en est-il arrivé là ? Où tout a-t-il commencé ? Pour le comprendre, il faut remonter le fil de son histoire, aux premières heures d’un parcours qui l’a conduit jusqu’au sommet.
Avant les compétitions et les milliers de supporters, c’est à Paulhan, une petite commune de 4 000 habitants dans l’Hérault, que grandit Caliste. Dernier d’une fratrie de trois frères, c’est son frère aîné, Cyril, qui lui ouvre la porte des jeux vidéo. Celui-ci possède son propre ordinateur et passe ses soirées à explorer les jeux du moment tels que Dofus, Counter-Strike, Minecraft ou League of Legends. Caliste, du haut de ses 6 ans, observe son frère enchaîner les parties. « Il y avait un lit superposé avec son ordinateur en dessous. Je me mettais sur le lit au-dessus et je passais mes soirées à le regarder jouer. Il jouait très souvent à League of Legends. C’est comme ça que j’ai découvert le jeu. » Deux ans plus tard, son père lui offre un petit ordinateur portable, loin des machines de guerre qui équipent aujourd’hui les joueurs professionnels. Caliste installe les jeux de son frère et commence à toucher à tout. Mais très vite, deux jeux vidéo retiennent son attention, League of Legends et Counter-Strike. La différence, il la ressent sans vraiment pouvoir l’expliquer. Sur League of Legends, les parties semblent ne jamais se ressembler avec les différents champions, les stratégies à adopter et les infinies possibilités de jeu. Une diversité qui va progressivement faire pencher la balance. « J’ai toujours eu cette question dans ma tête. Je me dis que j’aurais pu être joueur professionnel sur Counter-Strike. Mais je trouvais qu’il y avait plus de diversité de gameplay sur League of Legends. Au fond de moi, je sentais que j’allais être meilleur sur ce jeu. » Le choix est fait.
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« Des gens me disaient que j’étais talentueux et que je devrais essayer d’en faire un métier. » THE RED BULLETIN
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« J’essaie de donner le maximum, pour moi-même, la Karmine Corp et les fans. » THE RED BULLETIN
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Une force i nternationale Mais à ce moment-là, pas question de parler de carrière. Pour Caliste, League of Legends reste un passe-temps, un jeu que l’on lance après les cours, sans pression et sans véritable plan de carrière. Pourtant, les rangs défilent passant de Bronze à Silver puis Gold, Platine, Diamant, “sans forcer” », explique-t-il. Il progresse sans chercher à optimiser chaque détail. Il change de poste, teste les champions, exploite le jeu dans toutes ses dimensions. Et lorsqu’il ne joue pas, il regarde avec son frère les Worlds (sorte de championnats du monde de LoL) et la LEC. Les joueurs qu’il voit à l’écran deviennent peu à peu des références. Et une idée commence à naître : l’éventualité d’en faire un métier. « J’avais vraiment l’impression d’avoir un potentiel parce que je ne forçais pas du tout et j’étais déjà au meilleur rang. Des gens me disaient que j’étais talentueux et que je devrais essayer. Mon frère me disait aussi que j’étais fort pour mon âge. Cette graine a germé dans ma tête et je me suis dit qu’il y avait peut-être quelque chose à faire. » Caliste commence à envisager sérieusement une carrière dans l’esport. Il n’est pourtant pas question de tout abandonner sur un coup de tête. L’école reste là, en parallèle. Mais plus il avance, plus la possibilité devient concrète. Au début du lycée, il prend une résolution simple et pragmatique pour se lancer dans l’aventure. « Je me suis dit que je pouvais essayer sur un ou deux ans et au pire, si ça ne marchait pas, j’arrêterais et je repartirais en cours. »
KARMINE CORP
La première marche
En janvier 2022, Caliste intègre Omerix, une structure esport française de Limoges qui lui ouvre les portes de la compétition. Il découvre alors tout ce que le jeu en équipe implique, bien au-delà de la simple performance individuelle. « C’est là que j’ai appris le jeu d’équipe, comment fonctionne l’écosystème d’une équipe esport, avec les ligues, les joueurs et les coachs. Tout ce qu’il pouvait y avoir autour des entraînements. J’ai également appris à analyser mes parties. » Au fil de son ascension, notamment lors de son passage en Division 2, l’apprentissage se fait plus exigeant. Il ne s’agit plus seulement de gagner, mais de comprendre pourquoi. Mieux communiquer avec ses coéquipiers, affiner chaque détail de son jeu et construire ses propres routines. Pendant près d’un an et demi, Caliste accumule de l’expérience et franchit les paliers. Ses performances commencent à attirer
Ils œuvrent avec Caliste pour mener la Karmine Corp au sommet : le joueur nous présente ses partenaires internationaux dans la team.
Staff
Reapered
HEAD COACH, Corée du Sud, 34 ans : « C’est l’expérience. Une personne calme, posée, qui sait trouver des solutions et apporter de la stabilité au groupe. Une véritable force tranquille. »
Zeph
COACH ASSISTANT, France, 28 ans : « Il apporte énormément d’énergie positive à l’équipe. Il nous aide beaucoup au quotidien, notamment pendant les drafts, où son expérience et ses idées sont précieuses. »
Joueurs
Canna
TOPLANER, Corée du Sud, 26 ans : « Très réservé au premier abord, Canna a besoin d’un peu de temps pour s’acclimater. Mais une fois à l’aise, il dévoile un tout autre visage, celui d’un coéquipier très taquin. »
Kyeahoo
MIDLANER, Corée du Sud, 21 ans : « C’est le fou du groupe. Il est très créatif, toujours de bonne humeur et apporte constamment une énergie positive à l’équipe. »
Busio
SUPPORT, USA Pologne, 22 ans : « Il est extrêmement concentré sur son travail. C’est aussi quelqu’un qui apporte beaucoup de bonnes idées et de réflexion au sein du groupe. »
Yike
les regards et, peu à peu, les premières structures de premier plan s’intéressent à son profil. C’est le cas de Clément Lappara, directeur esport de la Karmine Corp. « Lorsqu’on a rencontré Caliste la première fois, ce qui m’a directement surpris, c’est sa maturité à seulement 16 ans ». Après quelques discussions et divers tests, Caliste rejoint en mai 2023 la Karmine Corp, une équipe composée de Cabochard, Cinkrof, Saken, Targamas, des joueurs bien plus expérimentés, formant un roster taillé pour la LFL. Mais dans sa tête, le doute subsiste. « Je me suis dit qu’ils n’allaient prendre que des vétérans. Ils n’allaient pas chercher un petit de 15, 16 ans qui n’a pas encore trop montré. Pour moi, c’était quelque chose qui n’arrivait qu’aux autres », raconte-t-il le sourire aux lèvres. L’intégration au club dépasse alors les attentes du jeune arrivant. La Karmine Corp est au sommet de sa popularité et enchaîne les succès avec une victoire en LFL et un sacre aux EMEA Masters. Une première année qui aurait pu ouvrir immédiatement les portes de la LEC. L’équipe est alors pressentie pour monter ensemble. Caliste pense toucher du doigt la prochaine étape de son ascension.
JUNGLER, SuèdePérou, 25 ans : « C’est un excellent teammate. J’ai l’impression qu’on partage la même vision du jeu et qu’on se comprend facilement. »
Mais, le soir même de la victoire aux EMEA Masters, à Montpellier, une annonce vient tout bouleverser. La limite d’âge pour évoluer en LEC est relevée. Problème : Caliste est trop jeune pour y participer. Le rêve d’une montée collective s’évanouit brutalement. « Dans notre tête, on était persuadés qu’on allait monter en LEC tous ensemble. Forcément, ça a mis un petit coup au moral et il a fallu que ça tombe sur moi. » Pendant près d’un mois, la déception sera difficile à digérer. Mais Caliste comprend rapidement qu’il ne peut pas changer les règles. Plutôt que de se focaliser sur ce qui vient de lui échapper, il décide de se concentrer sur ce qu’il peut encore construire. Une deuxième saison en LFL s’ouvre alors devant lui, avec une seule idée en tête : continuer à apprendre et préparer la suite. En attendant, il faudra rester patient. THE RED BULLETIN
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ESPORT
Une intime ambition : devenir le meilleur
Un an après une première saison en LEC en demi-teinte, la Karmine Corp décide de revoir son roster en profondeur. Caliste figure parmi les jeunes talents sur lesquels l’organisation choisit de miser. Après des performances qui ont rapidement convaincu le staff, le jeune ADC (pour Attack D amage Carry, cet élément fait beaucoup de dégâts sur la durée, détruit les objectifs et devient très important en fin de partie) gagne la confiance de la structure et décroche une place au sein de l’équipe première engagée en LEC. Pour Caliste, l’heure est venue de confirmer son potentiel au plus haut niveau européen, et de montrer qu’il peut rivaliser avec les meilleurs ADC de la compétition. Et la réponse ne se fait pas attendre. Rapidement, la Karmine Corp s’installe parmi les prétendants aux premières places et se rapproche à plusieurs reprises du titre LEC. Jusqu’à cette journée du 2 mars 2025, à Berlin, où Caliste et ses coéquipiers finissent par toucher au but en battant G2 en finale, d écrochant ainsi le premier titre LEC de son histoire. THE RED BULLETIN
Une victoire construite bien au-delà du talent individuel. Elle est le fruit d’un collectif soudé, d’une équipe qui a appris à fonctionner comme un véritable groupe. « On a trouvé une vraie cohésion. Tout le monde est très humain, agréable et toujours prêt à rigoler. On est devenus bien plus que de simples coéquipiers : on est vraiment proches, presque comme des amis. » Aujourd’hui, après plusieurs années passées sous les couleurs de la Karmine Corp, Caliste s’est imposé comme l’un des visages du club. « Saken (ex-joueur de la Karmine Corp de 2020 à 2024, ndlr) m’a en quelque sorte passé le flambeau. C’est une vraie responsabilité de reprendre ce rôle de figure française au sein du club. » Une confiance qui s’inscrit dans la durée, puisque le botlaner va prolonger son aventure avec la structure jusqu’en 2028. Un statut qui implique nécessairement une certaine responsabilité, dont Caliste a pleinement conscience : il n’entend pas pour autant laisser cette pression devenir un poids. « Forcément, il y a pas mal de gens qui se sont attachés à moi, qui me soutiennent et qui attendent des choses. Mais je ne pense pas à ça tous les jours.
Je reste concentré sur mon travail et j’essaie de donner le maximum pour moimême, la Karmine Corp et les fans. » Son ambition, elle, dépasse largement les statistiques et les trophées. Caliste veut devenir un joueur capable de porter son équipe dans tous les sens du terme. « J’espère pouvoir aller encore plus loin et, pourquoi pas, devenir capitaine de mon équipe dans quelques années. J’ai envie de gagner en maturité, de prendre davantage de responsabilités et d’être quelqu’un sur qui mes coéquipiers peuvent toujours compter. » Caliste Henry-Hennebert a franchi les étapes à une vitesse vertigineuse. Mais le plus dur reste peut-être à écrire. À l’approche des LEC Summer qui se tiendront à Nice du 18 au 20 septembre, la Karmine Corp s’apprête à jouer une nouvelle fois son avenir européen, avec en jeu une dernière place qualificative pour les Worlds 2026, qui se dérouleront en octobre en Amérique du Nord. L’occasion, peut-être, pour Caliste et ses coéquipiers de poursuivre leur ascension jusqu’au sommet et de se retrouver sur le toit du monde. IG : @caliste.h
CHARLES MICHALET
LEC Summer Roadtrip à l’adidas arena : Caliste et son team en action, au plus près des ultras de la KC, le Blue Wall.
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Une journée avec Caliste 11 heures
Arrivée dans les locaux de la Karmine Corp à Berlin (au cœur de la structure LEC, tout comme les autres équipes de ce championnat).
11-12 heures
Réunion d’équipe autour d’un Red Bull, pour poser les bases de la journée et ce sur quoi l’on va travailler.
12-13 heures
Déjeuner + Temps libre.
13-19 heures
Entraînements. Ce sont entre cinq et six parties contre différentes équipes. On joue principalement contre des équipes de LEC comme G2, Fnatic, Koi et Vitality.
19 heures
« Dans l’équipe, tout le monde est très humain, agréable et toujours prêt à rigoler. »
Fin de journée. C’est quartier libre, mais il faut continuer à travailler pour rester au plus haut niveau : jouer en solo, analyser ses parties ou regarder celles des autres. Il faut aussi savoir prendre du temps pour soi, faire du sport ou appeler ses proches. Les journées se terminent donc souvent assez tard.
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UN MVP À LA DERNIÈRE MARCHE
Axel « Vatira » Touret s’est imposé comme l’une des références mondiales de Rocket League. Mais un titre manque encore à son palmarès : celui de champion du monde qu’il ambitionne de décrocher avec la Karmine Corp. Texte Hugues Pascot
« Quand je disais que je voulais devenir un joueur pro, personne ne me prenait au sérieux. » Axel (aka Vatira) est aujourd’hui une référence mondiale de l’esport. THE RED BULLETIN
Photos Jérémie Masuka
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FITNESS
Focus 2006
Naissance à Dunkerque
2016
Découverte du jeu vidéo Rocket League
2021
Intègre sa première équipe d’esport Team Queso
2 OCTOBRE 2022
Rejoint le roster de la Karmine Corp
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ESPORT Instantanés du shooting avec le photographe Jérémie Mazuka.
Son palmarès raconte déjà une histoire de victoires. Trophées majeurs, titres internationaux et distinctions individuelles : à 20 ans, Vatira a déjà conquis presque tout ce que le jeu Rocket League (un jeu de football où des voitures remplacent les joueurs autour d’un ballon géant) pouvait lui offrir. Quatre Majors RLCS (grands tournois internationaux de Rocket League), dont trois sous les couleurs de la Karmine Corp, un sacre à l’Esports World Cup 2025 et un titre de champion du monde à la FIFAe World Cup 2025 (coupe du monde d’esport liée à la FIFA) avec l’équipe de France. Une collection qui constituerait déjà la carrière d’un joueur. La sienne ne fait que commencer. Pour ce jeune homme, la victoire n’est jamais une fin. À peine le trophée soulevé, son regard se tourne vers le prochain défi. Et le suivant est de taille : le championnat du monde de Rocket League (les Worlds), qui se déroulera du 15 au 20 septembre 2026, au Texas. Sûrement le seul trophée qui manque à son palmarès alors qu’il s’est à plusieurs reprises retrouvé en demi- finale. « Il y a eu beaucoup de tristesse et de frustration pendant les Worlds. Mais ça motive aussi énormément. Même si je ne les ai pas encore remportés, je sais qu’un jour, je les gagnerai », nous confie-t-il.
Tendance défensive
Pourtant, les débuts de Vatira sur Rocket League ne doivent rien à une vocation précoce. Ils sont nés presque par hasard, dans un environnement où le jeu vidéo occupait déjà une place importante dans la famille. Son père et son frère, de trois ans son aîné, sont eux aussi amateurs de gaming. Tout petit, Vatira grandit avec une manette dans les mains et touche à toutes sortes de jeux : Grand Theft Auto, Call of Duty, Fortnite, FIFA. Mais à 9 ans, un jeu va retenir son a ttention plus que les autres. Grâce à une offre du PlayStation Plus, son frère télécharge Rocket League sur la console familiale. Les deux frères commencent à jouer ensemble, mais l’intérêt de l’aîné n’a pas duré. « Mon grand frère s’est rapidement lassé du jeu alors que THE RED BULLETIN
pour moi, c’était devenu l’un de mes préférés. » À cet âge-là, il est encore loin d’imaginer que ce qui n’était au départ qu’un simple amusement entre frangins allait changer le cours de sa vie. Difficile, d’ailleurs, pour lui de dire précisément ce qui l’a poussé à s’y accrocher autant. « Je ne saurais pas vraiment l’expliquer. C’est comme demander à un footballeur pourquoi il joue au foot. C’est venu très naturellement. Rocket League, c’est le jeu qui me fait le plus kiffer. » Un loisir qui va se transformer en obsession, puis en ambition. En parallèle, lorsqu’il ne joue pas à Rocket League, Axel est sur les terrains de handball. Pendant sept ans, il évolue dans les cages, au poste de gardien. Il est bon, suffisamment en tout cas pour participer à des détections et envisager une trajectoire professionnelle. Mais la compétition sportive traditionnelle ne l’attire pas suffisamment. Puis ses genoux commencent à lui poser des problèmes. Il est contraint de renoncer. Rocket League, en revanche, ne s’arrête pas. Il n’en reste pas moins que son poste de gardien va laisser des traces. Aujourd’hui encore, Vatira se décrit comme un joueur à tendance défensive, celui que l’on choisit lorsqu’il faut intervenir au moment décisif, celui sur qui l’on peut compter pour sauver une situation. « Si j’avais un choix à faire dans l’équipe sur qui doit arrêter une balle ou qui doit défendre une situation, je me choisirais tous les jours. »
S’améliorer sur Rocket League selon Vatira Beaucoup jouer « Rocket League est un jeu de précision qui demande des heures de pratique pour développer ses mécaniques et ses réflexes. »
Savoir se remettre en question « Quand on perd un match, tout le monde pense que c’est la faute de ses coéquipiers. Mais c’est se tromper. Bien sûr, il y a des parties qu’on peut perdre à cause de ses coéquipiers, mais pas toutes. C’est impossible. »
Observer les joueurs professionnels « Il est essentiel de regarder comment jouent les professionnels : comment ils déplacent leur voiture, comment ils contrôlent la balle, mais aussi ce qu’ils font lorsqu’ils ne l’ont pas. Avoir une vision précise de leurs mouvements permet de mieux comprendre le jeu et de progresser. »
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« J’étais très content de dire à ma mère que j’allais avoir un contrat. J’allais enfin pouvoir vivre de ma passion. » THE RED BULLETIN
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« Je suis quelqu’un d’expressif aussi bien dans la vie que sur le jeu. »
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Gauche : Vatira et le trophée des Esports World Cup 2025. Ici : son quatrième Major décroché à Paris la même année.
MICHAL KONKOL
Changement de dimension
Mais avant d’en arriver là, Vatira joue, encore et encore. Et comme tous ceux qui veulent un jour atteindre les sommets, il observe ceux qui les ont précédés. À l’époque, l’esport est encore loin d’avoir la popularité qu’on lui connaît aujourd’hui. Les joueurs professionnels sont peu nombreux à être véritablement médiatisés, mais certains noms s’imposent déjà comme des références. Parmi eux, le Français Kaydop, alors sous les couleurs de Vitality, devient un modèle. « Il reste mon plus gros exemple car il était très présent sur Twitch. Je le regardais tout le temps. J’apprenais de lui et en même temps, je m’amusais beaucoup à le regarder. » En parallèle, d’autres figures marquent également son apprentissage, comme Fairy Peak!, référence du uncontre-un, et M0nkey M00n, dont la détermination et la discipline l’inspirent. Des exemples qui lui donnent l’envie de les rejoindre et de devenir, lui aussi, joueur professionnel. Une ambition qu’il va longtemps porter seul, sans vraiment parvenir à convaincre son entourage. « Que ce soit mes proches ou les autres personnes autour de moi, on me voyait comme un gamin dont les rêves n’étaient pas vraiment réalisables. Quand je disais
que je voulais devenir joueur professionnel, personne ne me prenait au sérieux. Mais au fil du temps, j’ai commencé à prouver que c’était possible et que je pouvais aller toujours plus loin. » Sa détermination et son goût pour la compétition vont faire le reste. Sur PS4, Vatira gravit rapidement les échelons jusqu’à atteindre le Top 1 de la console, puis le Top 50 mondial. « Comme j’ai commencé tout au début et que j’étais très jeune, ça m’a permis d’apprendre pendant longtemps. Il a fallu attendre mes 15 ans pour réussir à devenir joueur professionnel. » En septembre 2021, Vatira entre dans la cour des grands en signant son premier
Palmarès 9 15 fois élu MVP
victoires en RLCS EU régionales
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victoires en RLCS Major
contrat professionnel avec l’équipe espagnole Team Queso. Un premier engagement dans le monde esport pro qui va bouleverser son quotidien. « J’étais très content de dire à ma mère que j’allais avoir un contrat professionnel. J’allais enfin pouvoir vivre de ma passion. » Ses performances vont rapidement attirer l’attention de la structure américaine Moist Esports qui le recrute en mai 2022, aux côtés de ses coéquipiers Joyo et Rise. Un changement de dimension pour le jeune Français, qui trouve rapidement ses marques au sein de cette nouvelle équipe. « On a vécu de belles choses avec eux, notamment parce que les moyens étaient différents. Tout était plus simple, sur tous les aspects. Et ça s’est ressenti aussi dans nos résultats, puisque nous avons remporté un Major et marqué les esprits. »
Apprendre à perdre
Après seulement cinq mois au sein de l’équipe, Vatira cherche autre chose. La déception vient surtout des Worlds, où son équipe n’a pas été à la hauteur de ses ambitions. Mais au-delà des résultats, c’est le fonctionnement du groupe qui ne lui convient plus. « Je n’aimais plus trop la manière de fonctionner. On y allait au petit bonheur la chance. Il n’y avait pas THE RED BULLETIN
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vraiment de stratégie, donc je voulais changer d’environnement. » L’occasion se présente alors avec la K armine Corp. La structure française s’intéresse à son profil, tout comme Itachi, e x-joueur de la structure, qui souhaite l’avoir à ses côtés. Pour Vatira, le choix est rapidement évident. Il connaît déjà la KC pour avoir suivi ses équipes sur League of Legends et voit dans cette arrivée l’opportunité de rejoindre une organisation qui le fait rêver. Il échange avec Kamel « Kameto » Kebir, fondateur de la structure, et adhère immédiatement au projet. Le changement porte rapidement ses fruits, Vatira enchaîne les performances et s’impose comme l’un des moteurs de la Karmine Corp. « Individuellement, on était très doués, et on a aussi fait de notre mieux pour que le collectif fonctionne. » Mais le plus haut niveau ne pardonne rien. Au Major de Rotterdam, la Karmine Corp arrive avec le Blue Wall pour la première fois de son histoire. Vatira et ses coéquipiers réalisent un parcours solide, jusqu’à retrouver en demi-finale Moist Esports, son ancienne équipe. Cette fois, pourtant, c’est la Karmine qui s’incline. Une défaite difficile à encaisser, notamment parce que le Français sait que son équipe avait les armes pour aller plus loin. « Sur le moment, je l’ai mal vécu parce que j’étais encore jeune. Mais avec du recul, ce n’était pas si important. On avait commencé le tournoi avec un sans-faute en battant toutes les grosses équipes, dont Moist. Le jour du tournoi, on avait un down de fou, on ne comprenait pas ce qu’il se passait. Mais je pense qu’on aurait pu gagner. » Avec le temps, Vatira a aussi appris à perdre. À 15 ans, une défaite appelait surtout une nouvelle session d’entraînement. Aujourd’hui, il sait qu’il faut parfois poser la manette. Les calendriers se sont densifiés, les saisons rallongées, et la fatigue peut devenir un adversaire aussi redoutable que l’équipe d’en face. « Maintenant, on essaie de prendre de vraies pauses, au bon moment. Les plannings sont plus chargés, donc on fait vraiment attention à tout ça pour éviter les burn-out. »
Être un exemple
Pour lui donc, aucune raison de lâcher. Et le résultat se concrétise au Major de Birmingham en mars 2025 qu’il remporte. Pour Vatira, le trophée vaut plus qu’un simple Major. Il est une confirmation. Celle qu’il attendait peut-être depuis des mois. « J’avais beaucoup pleuré parce que ça m’a fait comprendre que j’avais encore le n iveau et que j’avais réussi à le faire. » Derrière le joueur méthodique THE RED BULLETIN
Vatira et Caliste en mode détente. C’est au tour du Most Valuable Player de passer devant notre objectif, après le prodige de LoL.
« Je pense être en très bonne forme, mais je peux toujours m’améliorer. » et le c ompétiteur acharné, il y a aussi un garçon qui ne cache rien de ce qu’il ressent. Chez Moist Esports, son trash-talk avait contribué à forger son image. Avec la K armine Corp, ses émotions sont tout aussi visibles « Je suis quelqu’un d’expressif aussi bien dans la vie que sur le jeu. Ça montre que la passion est encore là. » Aujourd’hui, Vatira est le plus expérimenté de son équipe et porte le brassard de capitaine. Un rôle qui l’oblige à guider les autres autant qu’à tenir la ligne. Cette maturité, il ne la doit pourtant pas seulement aux années passées. Elle repose aussi sur une confiance en lui forgée très tôt. « J’ai toujours été quelqu’un de confiant. J’ai toujours dit que je voulais être le meilleur, ou que j’étais meilleur qu’untel, même quand ce n’était pas forcément le cas. » Mais la confiance n’empêche pas de garder les pieds sur terre. Vatira sait aussi écouter. « Je pense être en très bonne forme, mais je peux toujours m’améliorer. Il faut savoir entendre les critiques quand
elles sont constructives et qu’elles peuvent faire progresser l’équipe. Et c’est pareil pour moi. Si quelqu’un me fait une remarque, je dois être prêt à l’écouter et à tout faire pour corriger le tir. » La dernière marche est encore devant lui, ses coéquipiers Atow (Tristan Soyez), Juicy (Charles Sabiani) et leur coach Extra (Alexandre Paoli). Mais l’ambition de Vatira dépasse déjà les Worlds. Ce qu’il veut, au fond, c’est laisser une trace. Lorsqu’on lui demande ce qu’il aimerait que l’on retienne de sa carrière, sa réponse est à la hauteur du personnage. « En tant que joueur, que je sois considéré comme le meilleur de tous les temps. Ce serait mon rêve. Et en tant qu’humain, j’aimerais qu’on se souvienne de quelqu’un qui a beaucoup appris, qui est resté humble et qui a toujours été un compétiteur déterminé. J’aimerais pouvoir être un exemple pour beaucoup. » IG : @vatira__
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« C’était sans aucun doute l’un des moments les plus effrayants de tout le film », dit Kriss Kyle qui a challengé le site à VTT.
LE CLASH Rider BMX écossais, Kriss Kyle privilégie les lignes les plus radicales. Pour son dernier projet, il a affronté les vieilles pierres du Mont-Saint-Michel… à VTT. Un travail d’équipe : le réal de la vidéo, Pierre Henni, nous raconte, et l’athlète commente pour vous les photos du projet, signées Teddy Morellec. Texte Hans Hammer Photos Teddy Morellec THE RED BULLETIN
FITNESS
VTT
Mais l’athlète a fait corps avec le Mont-Saint-Michel : « Je ne suis pas le meilleur pour rouler des passages étroits, sans parler de ma peur du vide... mais bon, il fallait que quelqu’un s’en charge », plaisante Kyle.
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THEMA
De haut en bas
Kriss a roulé dans presque tout le Mont-Saint-Michel pendant le tournage. Ce projet a dû concilier performance inédite et respect d’un site emblématique, grâce à des zones de tournage et des modules pensés pour préserver le lieu et l’expérience des visiteurs.
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THEMA VTT
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« C’était incroyable de pouvoir installer quelques rampes au Mont-Saint-Michel pour donner vie à notre vision du riding. Même si nous n’avions pas besoin de grand-chose dans un site aussi parfait pour rouler. » THE RED BULLETIN
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Le réalisateur
« Filmer un rider comme Kriss Kyle dans un lieu aussi emblématique que le Mont-Saint-Michel était aussi excitant qu’ambitieux. » Retrouvez la vidéo de Kriss Kyle au Mont-Saint-Michel réalisée par Pierre Henni (@pierrehenni) sur redbull.com THE RED BULLETIN
« Le plus grand défi a été le lieu lui-même. Le MontSaint-Michel ne pouvait évidemment pas être privatisé, il fallait donc composer avec un flux de visiteurs et concentrer le tournage très tôt le matin et tard le soir. Les journées étaient longues et demandaient beaucoup d’énergie et d’adaptation aux nombreuses variables. Ensuite, il y a eu la gestion d’une équipe conséquente qui s’est avérée fluide car j’essaye toujours de m’entourer de personnes de confiance, talentueuses et avec lesquelles j’ai déjà eu l’occasion de travailler. L’architecture du site représentait également un vrai challenge (particulièrement pour Kriss, même si j’étais aussi concerné) : il fallait imaginer des lignes et des actions variées, sans se limiter aux escaliers ou à du simple roulage. À cela s’ajoutent les contraintes liées à la fluidité de l’enchaînement et les différents liens et transitions entre les lieux et les actions. Effectivement, l’idée étant de donner l’impression d’un seul et même run et de garder l’attention jusqu’au bout. Autre challenge qui peut sembler anecdotique mais en réalité pas des moindres : les goélands ! Ces derniers se sont montrés plutôt agressifs – et beaucoup de membres de l’équipe n’ont pas pu échapper aux fientes. Le moment qui m’a le plus marqué est le passage de Kriss sur les remparts avant de franchir un second muret, avec le vide juste à côté. Dans ce genre de situation, notre responsabilité est aussi d’évaluer la prise de vue afin de minimiser le danger car chaque tentative de performance supplémentaire augmente inévitablement la prise de risque. C’était un plaisir de travailler avec Kriss, autant sur le plan humain que pro. Je pense ne pas me tromper en disant qu’on partage la même vision sur nos projets respectifs ainsi que la même exigence. »
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Sa vision du vélo
À 34 ans, Kriss Kyle s’impose comme l’un des riders BMX des plus créatifs. Il privilégie les projets vidéo et transforme des lieux inattendus en terrain de jeu spectaculaire pour repousser les limites de sa discipline.
Air Kyle
« Il sera difficile de surpasser la sensation de dévaler autant de marches que cet endroit peut en offrir ! », savoure Kriss Kyle, qui est notamment connu pour avoir droppé d’un hélicoptère sur le toit d’un building de Dubaï. THE RED BULLETIN
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Comment les a rtistes antillaises et guyanaises se créent-elles une place dans l’industrie musicale ? Elles sont françaises mais rarement incluses et célébrées lorsqu’il s’agit d’analyser ce qu’elles ont apporté et continuent d’apporter dans l’industrie musicale, et plus largement dans la société française. Retour sur des parcours avec des talents antillais et guyanais qui brillent bien au-delà des océans. Texte Dolores Bakela
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UNSPLASH.COM, DR
MUSIQUE
Bamby, figure incontournable du dancehall et du shatta francophone, sortira son deuxième album à la rentrée. THE RED BULLETIN
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MUSIQUE
« Je suis vraiment désolée car je me suis battue beaucoup. » Vous étiez peut-être d evant vos écrans le 23 avril 2026 quand l’artiste Meryl a prononcé ces mots. Ce soir-là, à la Seine musicale, où se tenait la quatrième édition de la cérémonie des Flammes, elle n’était pas en train de s’excuser de recevoir un prix pour son morceau en duo avec Eva, Shatta Coco Chanel. Mais son discours ponctué de larmes a fait forte impression. Il sonnait comme une rétrospective pro fonde n’épargnant ni les hauts ni les bas d’un parcours commencé il y a environ une décennie, couplée à des remerciements, évocateurs eux aussi. Ils incluaient « Despi, Tutu, Josh », ses proches et collaborateurs. Mais aussi « les Antilles », ou encore « Kassav’ », la grande cinéaste Euzhan Palcy et son film délicieuse ment barré sorti en 1992, Siméon, légendaires ambas sadrices et ambassadeurs de la musique et du cinéma antillais dans le monde.
Rendre aux Antilles et à la Guyane ce qui leur appartient
Le panthéon personnel de Meryl rappelle qu’elle ne gagne pas seule, tant les artistes de cet espace qu’on appelle parfois le « sixième continent » restent des out siders malgré le talent, la reconnaissance du public et les certifications qui pleuvent. Meryl est l’arbre qui cache la forêt dans une industrie qui donne difficile ment sa chance à la diversité de femmes qui veulent s’y exprimer. L’artiste par exemple s’est vite donné la mission de toujours emmener son île (elle est née et a grandi en Martinique avant d’aller poursuivre sa THE RED BULLETIN
c arrière en France hexagonale) dans sa musique, dans les médias, mais aussi l’espace caribéen dans son e nsemble et dans toutes ses générations. En té moignent ses Planète Rap épiques, où elle réunit la crème des artistes d’Haïti, de Guadeloupe, de Guyane et d’ailleurs, de Don Snoop à Kanis. Ou ses collabora tions, quand elle sample Princess Lover, invite Jocelyne Béroard sur la reprise de son Siwo, ou encore N’Ken. Sur le duo Shatta confessions, l’artiste aux côtés de laquelle Meryl chante est une « découverte » pour l’Hexagone. « Elle est pourtant l’une des pionnières du shatta, dès sa naissance en 2012, arrive et reprend l’image sexiste de la walpa (équivalent de la cagole dans le sud de la France hexagonale, ndlr) », rappelle Noor-Sharina Grondin, chercheuse et consultante sur un documentaire retraçant l’histoire sur ce genre qui a parfois suscité la controverse des deux côtés de l’océan. « N’Ken est l’une des premières à faire du deux notes, ancêtre du shatta, et avait déjà été nommée en 2014-2015 pour les Hit Lokal », complète Gladys Kehrel, co-fondatrice de cette soirée de remise de prix qui récompense et valorise les artistes d’Outre-Mer, rendez-vous, exigeant, pro, monté par des passion né·e·s des musiques antillo-guyanaises qui fêtait sa dixième édition cette année et est connu pour être un vivier pour l’industrie musicale, qui a pu y repérer cer taines des pépites antillaises qui ont fini par cartonner en France. Shannon, qu’on ne présente plus non plus tant elle a porté l’émergence du shatta dans le monde en ramenant son style et cartonne aujourd’hui seule ou en featuring avec ses tubes, se souvient bien du
ELLIOT DE SOUSA
« C’est une question de timing ; quand je suis arrivée, l’industrie n’était pas prête. D’autres artistes ont fait leur truc mais j’ai su persévérer, continuer de progresser en ne perdant pas mon identité. » Bamby
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« Tout ce qui sort de la norme est souvent mal reçu par le public au début. » Fallon THE RED BULLETIN
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Portée par le succès de Sé Miimii sur TikTok, Miimii KDS s’impose comme l’une des figures montantes du shatta martiniquais.
Avec Jour avant caviar (2020), Ozoror (2023), Caviar I (2024) et La Dame (2025), Meryl réussit à installer une carrière qui ne repose plus uniquement sur le public ultramarin. THE RED BULLETIN
MUSIQUE
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« Les femmes antillaises, afro-caribéennes sont vraiment à l’intersection, françaises mais caribéennes… Encore faut-il définir ce que veut dire être caribéen et caribéenne. » Noor-Sharina Grondin
oment où le shatta était perçu comme un vrai phém nomène. Elle a décidé d’y créer son propre style. « J’ai été beaucoup critiquée, je disais des choses très hard, très street, j’étais dans le clash. » Elle revendique de faire une musique « locale, pure, antillaise, avec des messages, de la joie de vivre » et n’a jamais laissé tomber sa carrière « commencée sans jamais en avoir rêvé ». Aujourd’hui, elle a signé en maison de disques et a sorti son album, Tropical Mood, mi-juillet.
GETTY IMAGES, BERTRAND GUAY/AFP/APA IMAGES
Pionniers et pionnières parfois oublié·e·s
Et en Guyane ? Dans le champ du dancehall, le département qu’on désigne parfois à tort comme une île, a également l’une de ses pépites nationales. « C’est une question de timing ; quand je suis arrivée, l’industrie n’était pas prête. D’autres artistes ont fait leur truc mais j’ai su persévérer, rester concentrée, continuer de progresser en ne perdant pas mon identité », rappelle Bamby. Aujourd’hui, elle prépare sa première Cigale solo, un passage à l’automne dans une salle parisienne hautement symbolique pour l’industrie et le successeur de Muse pour début 2027, et ne cache pas non plus que construire sa carrière a été une course de fond. Elle est pourtant bien de celles qui ont des tubes qui passent sur les radios mainstream de son territoire, mais qui arrivent également à conquérir les oreilles, les ondes et les salles antillaises et hexagonales depuis le milieu des années 2010. Une partie de l’audience hexagonale l’a (re)découverte à la faveur de BMW, son hit avec Natoxie, de son premier album Muse et des feats qu’elle a faits notam-
ment avec Kerchak, le single de platine Pas jalouse. Dès son arrivée, elle a enchaîné les tubes avec son acolyte de l’époque, Jahyanai King, tête d’affiche du reggae-dancehall guyanais, avec lequel ils ont gravé Who Mad Again, énorme tube toujours aussi efficace sur scène. Elle impose très vite sa marque : versatilité technique du reggae-dancehall, sensualité et fierté de venir de sa terre, entre autres. « J’ai été bercée par la nature, la forêt, je n’ai pas peur d’être qui je suis, de mon sex-appeal. Je continue à me former, sans cesse. Personne ne pourra se permettre de dire que c’est grâce à mon gros cul que j’en suis là », note Bamby, qui revendique sa liberté de créer. « Les artistes peuvent subir beaucoup de sexisme et de misogynie, notamment quand elles se mettent dans la position de la femme désirante ; il s’opère alors un changement de paradigme », pointe Noor-Sharina Grondin, en évoquant aussi le traitement des artistes bouyon telles que les Yellow Gaza, les Totally Spice’s et bien d’autres.
Assumer ses identités et accepter de bousculer
« Tout ce qui sort de la norme est souvent mal reçu par le public au début », dit Fallon, en miroir, en se remémorant la création du r’nbouyon et le succès de son morceau Normal dès 2024. Des tiktoks repartagent la jeune femme, qui concentre l’attention du public avant celle des labels, par son audacieux sample du célèbre Macarena de Damso :« J’étais au lycée quand ce morceau est sorti et m’a accompagnée. » Quelques mois plus tard, elle compte déjà parmi l’une des artistes à THE RED BULLETIN
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suivre de près. « J’étais très précise sur la prod avec mon beatmaker que j’ai beaucoup saoulé (rires) mais qui était très à l’écoute sur mes demandes », souligne la jeune artiste qui note le vertige d’être propulsée dans une industrie qui donne parfois l’envie de tout stopper tellement elle peut être difficile. Elle a contribué à créer ce son parce qu’elle adore « chanter » et expérimenter avec sa voix tout en rendant hommage à ses racines antillaises. Elle a conquis les artistes en Hexagone de premier plan, (elle a fait les premières parties de Theodora et de « Aya au Stade de France, wow ! ») et commence à forger une audience attentive aux Antilles. Le nombre d’auditeurs et d’auditrices de Bamby sur Spotify ne fait qu’augmenter, elle est l’artiste la plus écoutée du département, comme le démontre le travail chiffré d’Andy Badamie, activiste musical à la tête de son agence Le Chewing-Gum, qui, à la suite de Hit Lokal, recense ces données tous les trimestres. Et s’il salue le succès des artistes guyanais·es les plus visibles et écouté·e·s, il note « un fossé entre la Guyane, où l’on manque de structuration et où on a du mal à développer des carrières, et la France hexagonale, mais aussi avec les Antilles. Par exemple, dans le classement paru en juillet dernier des artistes les plus streamés par territoire, on trouve cinq femmes dans le classement guyanais en comparaison de la Martinique où on trouve neuf femmes ». THE RED BULLETIN
Il déplore également les erreurs de certains médias qui ne savent pas en souligner les spécificités territoriales et identitaires. Un autre changement d’importance s’est opéré pour la chanteuse entre le début et la suite de sa carrière. « J’ai pris la place qu’on ne me laissait pas occuper à l’époque de Rude Empire. Je devais juste être Bamby, un produit, qu’on ne me laissait pas contrôler. J’ai déjà fait de la DA, je sais travailler avec des artistes, j’ai une vision 360 ° », ajoute-t-elle encore, elle qui souligne l’importance d’avoir une vision claire, de se structurer. Comme Kim, également, qui s’illustre dans le zouk – « l’une des seules musiques sur laquelle tu peux tout raconter » – depuis plus de deux décennies. Son single Confidence sorti sans calcul il y a dix-huit ans, est régulièrement en trend sur Tiktok et certifié à l’étranger. C’est l’une des premières à l’avoir fait avec du zouk. Pas dans les débats sur qui a la légitimité de faire du zouk, Kim revendique son statut de « passionnée », alors qu’elle interrompt une session de travail sur son prochain album pour nous répondre. Et en retraçant son parcours, elle parle de son envie de transmettre, avec des mots qui ressemblent déjà à la profession de foi du label qu’elle va lancer. « J’ai vraiment l’amour de la musique. Impossible de durer quand on ne voit que l’argent. J’ai envie de pouvoir donner à des jeunes artistes les conseils pour éviter les écueils que j’ai connus. » Celle qui se félicite de sa longévité et qui
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« Impossible de durer quand on ne voit que l’argent. J’ai envie de pouvoir donner à des jeunes artistes les conseils pour éviter les écueils que j’ai connus. » Kim
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« Le bouyon, le shatta sont en train de bien s’implanter, et ce n’est que le début ! » Shannon THE RED BULLETIN
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3 MÉDIAS INCONTOURNABLES pour explorer les cultures afro-caribéennes
Feu magazine
Loxymore
Capter les vibrations de la Caraïbe contemporaine
QG digital des musiques ultramarines
Fondé par les frères et sœurs Morgane,
Sur son site, ses réseaux sociaux et sur scène, Loxymore, porté par S horty, raconte la culture caribéenne telle qu’elle s’invente aujourd’hui. Rap créole, shatta, dancehall, mode, identité, entrepreneuriat ou nouvelles esthétiques : le média donne la parole à une génération qui refuse les clichés et construit ses propres récits. Avec ses événements Loxymore On Stage qui ont lieu au centre culturel La Place (Paris), il ne se contente pas de couvrir la scène : il la fait vivre, en réunissant artistes, publics et professionnel·le·s a utour des t alents qui feront la bande-son de demain. @loxymore_com
Si un morceau explose en Martinique, en Guadeloupe, en Guyane ou à La Réunion, il y a de fortes chances qu’il soit déjà sur Hit Lokal. Lokal. Média 100 % digital, la plateforme est devenue la référence des cultures musicales ultramarines : sorties, clips, interviews, c lassements, tendances… tout s’y joue en temps réel. Du zouk au shatta, du bouyon au dancehall en passant par le rap créole, Hit Lokal prend le pouls d’une scène en effervescence. Avec les Hit Lokal Awards, le média prolonge cette mission en célébrant chaque année celles et ceux qui façonnent le futur des musiques caribéennes. @hitlokal
abrice et Yannick Tayeau, Feu magaF zine est d’abord né sur le web avant de devenir une publication indépendante. Elle d ocumente notre époque, avec un focus sur les identités queer, créoles et afrodescendantes. Entre musique, mode, photo, cinéma et création contemporaine, le média défend une ligne éditoriale aussi esthétique que politique, où les corps, les genres, les sexualités et les origines sont racontés dans toute leur diversité. Feu, c’est une référence pour une génération qui préfère créer de nouveaux récits plutôt que r eproduire les anciens. @feu_magazine
continue de marquer le public souligne aussi l’impact de la thérapie dans laquelle elle s’est engagée, une « clé » pour mieux se connaître et faire de la musique toujours plus personnelle.
Plus qu’une affaire d’identité MÉLISSA SIMEON, FABRICE TAYEAU, SWELLY, KENNY V
Hit Lokal
Faire de la culture un terrain d’émancipation
Hier, Edith Lefel, Annick, Fanny J, Holly G, Goldn. B et tant d’autres aujourd’hui… Les artistes antillaises et guyanaises s’illustrent dans des genres multiples, gagnent en visibilité mais doivent toujours dealer avec ce marché et cette perception parfois à deux vitesses. « Quand tu es Antillais, tu connais les styles. Soca, bouyon… ce n’est pas nouveau pour nous, on écoute ça depuis l’enfance et on a déjà eu des hits qui n’ont pas forcément traversé l’Hexagone », précise Gladys Kehrel. Le sentiment qu’il faut en faire beaucoup plus que les autres pour être repérée, célébrée, récompensée au niveau national peut s’installer. Pour Noor-Sharina
Grondin, « en ce moment, il y a de l’offre et de la demande pour le dancehall de Bamby, le bouyon de Miimii… mais l’Hexagone nous oublie, nous redécouvre, nous oublie à nouveau. » Shannon l’assure aujourd’hui : « Le bouyon, le shatta sont en train de bien s’implanter, et ce n’est que le début ! » Le grand soir est-il enfin arrivé pour des artistes qui méritent autant que les autres que la route soit moins escarpée ? Le 23 avril dernier, en tout cas, malgré l’émotion, Meryl a utilisé sa plateforme pour raconter toutes les histoires et les inscrire dans l’Histoire en convoquant « l’esprit de S iméon ». Ce qui équivaut à convoquer le génie créatif antillais. Il est bien là, il est même peut-être bien en train de conquérir le monde. Bamby en concert le 20 octobre 2026 à L’Élysée Montmartre, Paris. Shannon en concert le 9 novembre 2026 à La Cigale, Paris. THE RED BULLETIN
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EL GRANDE TOTO TOUJOURS PLUS HAUT
Rappeur marocain à la renommée internationale, ElGrandeToto ne cesse de p asser des caps à chaque sortie de projet. Il avance désormais avec l’obsession d’ouvrir la voie à toute une génération. Texte Ouafae Mameche
THE RED BULLETIN
Le travail avant tout
À force de répéter qu’il est le (SAL)GOAT, on pourrait croire qu’ElGrandeToto cherche à convaincre les réticents. Pourtant, clamer être « le meilleur rappeur marocain » est surtout l’affirmation, haut et fort, de l’accomplissement d’un rêve d’adolescent : « Je l’ai voulu, j’ai rêvé de ça, j’ai bossé dur et je le suis devenu », explique le Casaoui. Bien avant d’avoir des « flows introuvables », « des streams imbattables » et « le meilleur public », partant de rien, Toto met toutes les chances de son côté pour y arriver. Pour se lancer dans les meilleures conditions, il étudie le rap marocain et mène une étude de marché afin de faire l’état des lieux du paysage et de voir ce qui manquait à celui-ci. Derrière une apparence dilettante et un comportement agité – diagnostiqué assez tôt d’un TDAH –, le rappeur fait preuve d’une rigueur étonnante. Celui qui dit ne pas être assidu dans la vraie vie développe un côté sérieux quand cela touche à la musique. Car la recette du succès de Toto se trouve dans l’ombre : « 30 % de talent et 70 % de taff ; le talent, ce n’est
FIFOU
En dix ans de carrière et à tout juste 30 ans, Taha Fahssi est devenu le visage et la voix les plus identifiables du rap marocain. Né et élevé dans le quartier de Benjdia à Casablanca, il débute par la danse hiphop à l’âge de 8 ans avant de se lancer dans la musique sous le blaze d ’ElGrandeToto à 20 ans, en 2016. Un an plus tard seulement, le titre Pablo le propulse au premier plan de la scène marocaine. Depuis, le rappeur enchaîne les hits, mixtapes, albums, collabs et records en tout genre. Artiste marocain le plus streamé au monde ; détenteur de trois Billboard Arabia Awards ; auteur d’un single, Mghayer, figurant dans la liste des cinquante meilleures chansons pop arabes du XXIe siècle établie par Rolling Stone. Celui qui foulera la scène de l’AccorArena à Paris le 27 mars 2027 semble inarrêtable dans son ascension. Son but ultime ? Coachella ! Entre la descente d’un avion et la montée dans un train pour se rendre à Marseille, au festival Marsatac, ElGrandeToto est revenu sur sa façon de travailler, son nouveau rôle de père et ses ambitions pour la jeunesse de son pays.
MUSIQUE
Dès le 2 novembre 2026, ElGrandeToto entamera sa t ournée européenne, de Madrid à Stockholm en passant par Amsterdam et Copenhague. THE RED BULLETIN
MUSIQUE
« Un jour, on arrivera à une certaine ouverture d’esprit mondiale [...] où le darija voyagera à travers les frontières comme l’espagnol. » THE RED BULLETIN
j amais assez », déclare-t-il. Cette lucidité stratégique est l’une des clés de son ascension. ElGrandeToto choisit de placer la trap au centre de ses sonorités, un genre musical qui lui permet de libérer son énergie brute et instinctive. Cette esthétique américaine éclot au Maroc au milieu des années 2010, menée notamment par le rappeur 7liwa, un ami de Toto, et devient une rampe de lancement pour de nombreux nouveaux rappeurs marocains – majoritairement de Casablanca – qui investissent YouTube et les réseaux sociaux avec leur langue nationale et leur argot local. Car l’autre facteur de singularité tient au rapport à la langue. Depuis ses débuts, ElGrandeToto navigue entre français, anglais et surtout darija (langue du Maroc
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ElGrandeToto est aussi bien artiste, qu’altruiste, son but : mettre sa réussite au service des autres.
TOP 3 D’ELGRANDE TOTO
Weld Fatima de 7liwa (2021)
Mgharba Tal Moute de Don Bigg (2006)
3Azzy 3Ando Stylo de Dizzy DROS (2013)
mêlant l’arabe, l’amazighe, le français et l’espagnol), un mélange devenu sa signature. « Le fait d’être polyglotte m’a aidé à avoir une certaine ouverture et à toucher un public ici en France », raconte-t-il. L’artiste estime que rapper en darija est à la fois un avantage et un inconvénient, et que « ça restera tous les jours les deux ». Et vu les streams qui se cumulent en millions sur ses différentes plateformes, cela ne semble pas être une barrière pour les auditeurs. Au-delà de la langue, « c’est aussi le flow, la voix, c’est tout un délire qui fait voyager les gens ». Surtout, c’est son authenticité qui fait la différence : « Je ne m’invente pas une vie que je ne vis pas, ni une personne que je ne suis pas. » Le rappeur espère tout de même « qu’un jour, on arrivera à une certaine
uverture d’esprit mondiale, où les gens vont s’en o foutre de la langue, de la religion, et où le darija voyagera à travers les frontières comme l’espagnol ».
Pour la jeunesse marocaine
En attendant cette consécration, le rap marocain continue sa progression, se développant davantage chaque année. Toto explique : « Par rapport à mes débuts, ça va mieux. Tu peux sortir des CDs, te faire ta fanbase, tourner au Maroc et vivre de ça. Côté talent, le Maroc a déjà tout ce qu’il faut au niveau rap, image et son. Il faut maintenant plus de fonds et d’expertise. Et plus il y aura d’artistes marocains qui font des concerts à l’étranger, plus on sera pris au sérieux. » Et l’industrie du disque occidentale a bien saisi l’engouement croissant autour du rap du Royaume chérifien. En 2019, Universal Music s’installe au Maroc ; en 2026, c’est Def Jam Recordings qui ouvre son siège à Casablanca. Quant à Toto, il lance son label et débute les premières signatures, afin de pousser les artistes de son pays. Son conseil : « Il faut connaître ton caractère, savoir ce que tu signes, avec qui et pourquoi. » Cette envie de gravir plus rapidement les montagnes du succès et de transmettre à la jeune génération n’est pas sans lien avec la nouvelle paternité du rappeur. Âgé de presque deux ans, son fils, qu’il ne voit pas beaucoup, est devenu son moteur principal : « À chaque fois que je le laisse, c’est pire que la fois d’avant. C’est toujours difficile de ne pas le voir grandir, confie le jeune père qui parle désormais de bonnes écoles, de sécurité financière et d’avenir. Je suis en train de travailler pour les dix prochaines années », explique-t-il. Toto aimerait que son fils le voie comme un « rêveur, travailleur, voyageur » ; une liste de qualités à laquelle peut aisément s’ajouter « altruiste », tant Toto œuvre également pour le bien-être des jeunes Marocains. « J’aimerais soit récupérer beaucoup de maisons de jeunes et m’en occuper, soit un orphelinat pour prendre en charge les enfants », dit le rappeur qui détaille sa vision : « Je veux qu’on ne lâche pas un jeune à 18 ans. Après le bac, je veux lui trouver une bourse pour aller dans une grande école, et quand il me ramènera son diplôme de master, je lui donnerai les clés de chez lui. » Aujourd’hui, la question pour ElGrandeToto n’est plus seulement de réussir, mais de mettre à contribution cette réussite. Après le succès de ses projets en cours et la finalisation d’une exposition dans sa ville natale à l’automne 2026 pour célébrer cette décennie musicale, il lui reste à atteindre un objectif encore plus grand : être totalement libre, sans que ses paroles ne soient marginalisées : « Mais quand je parle de ma liberté, je parle de celle de toute une jeunesse », conclut l’artiste.
IG : @elgrandetoto ; En concert le 27 mars 2027, à l’Accor Arena, Paris, France. THE RED BULLETIN
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LA MUSIQUE De la trap à la bass music en passant par l’EDM, Tatyana Jane incarne la nouvelle musique électronique hexagonale, libérée de tout carcan lié au genre musical, à la taille de l’audience, ou à l’identité. La Franco-Camerounaise prédestinée à une THE RED BULLETIN
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RAPHAEL CHENE
À TOUT PRIX arrière de tenniswoman brille sur les scènes de We Love Green, Peacock S c ociety et Dour, où nous l’avons suivie. Discordia, son premier EP sur le label Ed Banger dont elle est l’une des dernières signatures, est déjà disponible. Texte Chloé Sarraméa THE RED BULLETIN
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orsqu’elle était petite, Tatyana Jane était toujours fourrée à l’église. Elle y dansait et chantait en famille, en plus d’y apprendre assidûment les textes sacrés avec les autres enfants de chœur. Vingt ans plus tard, loin de Douala où elle a grandi, Tatyana Jane semble avoir conservé de cette éducation religieuse, dont elle dit pourtant s’être éloignée, un profond sens de l’abnégation. Très vite, quelque chose frappe chez elle : un abandon total à la musique, aux textures et aux vibrations. Une certitude d’être au monde pour faire passer un message à 150 BPM. C’est même parfois un peu déconcertant. Il est rare de se retrouver assis à côté de quelqu’un qui cite ses accomplissements comme on égrène une liste de courses : Sacré-Cœur, Centre Pompidou, Tour Eiffel, Arc de Triomphe. Dans les backstages du festival parisien Peacock Society, où elle est programmée sur la scène du label Ed Banger, Tatyana Jane fait le Tour de France des monuments parisiens les plus prestigieux où elle officiait derrière les platines, ses lunettes noires sur les yeux, avec le détachement de celle qui décrirait un job alimentaire. « Être DJ, c’est un travail, analyse-t-elle. En deux ans, il s’est passé beaucoup de trucs, j’ai fait énormément de rencontres, comme dans un enchaînement infini. J’ai croisé la route de Pedro (Winter, ndlr), Skrillex et SebastiAn – des gens que j’admire. J’ai fait du son avec eux, je me suis occupée de mon enfant, et j’ai joué. » Il faut dire qu’il y a deux ans, beaucoup se seraient retrouvés avec la boule au ventre et une sensation de jambes coupées au moment de brancher sa clé aux platines lors de la cérémonie de clôture des Jeux paralympiques de Paris 2024, au Stade de France. Tatyana
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Le tournant Ed Banger
Ce n’est pas passé inaperçu. Peu après sa performance aux côtés de bon nombre d’artistes de l’écurie Ed Banger, Pedro Winter, son fondateur, mise sur son talent de compositrice. En juin 2026, Tatyana Jane sort son troisième EP, Discordia, sous l’étiquette du label historique de la French Touch, et devient la première femme de couleur à rejoindre ce roster. « C’est un role model pour les femmes noires en France », assène Andy4000, jeune DJ parisienne, elle aussi proche de l’ex-manager des Daft Punk, avec qui Tatyana Jane a joué lors de la dernière édition de Peacock Society. Un symbole que l’intéressée balaie d’un revers de main, bien qu’elle utilise sa double culture et son héritage sonore africain comme une véritable force créative. « Je n’ai pas l’impression que les gens me voient comme une femme noire. On me voit d’abord comme une artiste, et ça me donne confiance. Mais il ne faut pas se leurrer : j’évolue dans un milieu capitaliste. Tout l’enjeu pour durer, c’est d’être bankable. Il faut être focus, parce que c’est [mon] seul moyen de vivre », résume la jeune femme, qui n’était pas vraiment prédestinée à poursuivre une carrière dans la musique.
JULES RENAULT
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Jane, elle, ne réalisait pas. « Très souvent, je n’ai pas la réaction qu’on attend, se remémore-t-elle. Quand je l’ai appris, je n’étais pas spécialement heureuse. Mais sur le moment, sous la pluie et devant ces quatrevingt-dix-mille personnes, je me suis quand même dit “Whaou, ça va être un truc de fou!” ». Ce soir-là, l’artiste a joué PSAUME92. « J’ai lu tant de fois ce psaume qui parle des ténèbres et de la peur, explique-t-elle à l’arrière d’un van après son set à Dour Festival, cet été. Quand j’ai fait ce morceau, j’ai voulu y mettre toutes les émotions que sa lecture m’a procurées. C’est un message de chaos, mais ce n’est pas négatif. Il faut passer par là pour renaître. » Pour cet événement, l’artiste propose une performance intense tout en basses et en saturation, tandis qu’elle joue aux côtés de membres historiques de la French Touch, dont elle est fan et avoue avoir passé des heures à étudier le son. Elle mêle d’ailleurs toutes ces influences dans sa musique, passant aisément de l’EDM à la club music expérimentale et à l’afroclash, dans une circulation incessante des genres. Jusque-là connue pour ses sets dans les clubs de la capitale, la DJ profite de cette scène mondiale pour dévoiler au grand public une autre facette de son travail : la production.
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Avec Discordia, Tatyana Jane convoque les sonorités de son enfance camerounaise, entre bikutsi et bend-skin, qui ont façonné son goût pour les rythmes rapides et l’énergie brute.
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Tatyana Jane a fait vivre au public un moment inoubliable lors de son set en B2B avec Mad Rey et Andy4000 lors de la dernière Peacock Society en juin 2026.
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MUSIQUE
« Il ne faut pas se leurrer : j’évolue dans un milieu capitaliste. Tout l’enjeu pour durer, c’est d’être bankable. »
RAPHAEL CHENE
Décision d’une vie
Née au Cameroun d’un père ingénieur en génie civil et d’une mère directrice des ressources humaines dans une multinationale, Tatyana Jane grandit avec des parents absents. Jusqu’à la fin de l’adolescence, elle est promise à une carrière de tenniswoman. Arrivée en France, à Avignon, pour ses études, elle décroche un bac à 16 ans et, sous la pression familiale, un diplôme d’ingénieure spécialisée dans l’analyse de données. Elle débute sa carrière à Montpellier et la poursuit à Paris. À cette époque, la jeune femme produit déjà de la musique sur Ableton et sort beaucoup à l’Hôtel Bourbon et au Rouge, des clubs branchés de la capitale. Elle se décide à apprendre à mixer et prend des cours. « Je jouais beaucoup de house de Detroit, aussi des sons genre Disclosure et Demuja », se souvient-elle. Au moment du Covid, elle a deux métiers : data analyst le jour, et DJ la nuit. Jusqu’au burn-out. « Je me suis vraiment demandée si tout ça avait du sens. En tant que femme noire avec un enfant, je me suis aussi rendu compte qu’il y a un vrai plafond de verre dans certains milieux. Tu as beau être excellente, tu n’auras jamais le poste à responsabilités. » Tatyana Jane renonce ensuite à un CDI à plus de 4 000 euros nets par mois. Réussir semble moins relever de l’ambition que de la nécessité. Il lui faut nourrir un enfant. Mais aussi parce que c’est plus fort que tout. Mad Rey, jeune producteur de musique électronique avec qui Tatyana Jane partage les platines pour la première fois lors du festival Peacock Society l’a immédiatement senti : « J’ai tout de suite vu chez elle une intention très rock. Une énergie punk même. Quelque chose de très intense, très fort et engageant, même physiquement. » La jeune femme, qui a choisi de faire carrière dans la musique contre la volonté de sa propre mère, rêve des modèles d’acharnement et de sacrifice, comme FKA twigs ou encore Oklou. « Quand je les vois sur scène, je pleure parce que je sens toutes les heures de travail, de transpiration, la satisfaction, l’émotion qu’il y a derrière. Ça m’inspire énormément. Quand tu es artiste, il n’y a rien de plus beau que cette reconnaissance.
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Tu repenses à toutes ces heures où tu en as chié et que personne ne peut comprendre. À ces moments où tu te dis qu’il n’y a que toi qui y crois encore, où tu n’as plus d’inspiration mais où tu restes là, parce que tu sais que ça va revenir. Tu passes aussi par des périodes où tu te demandes si tu n’aurais pas dû faire un autre choix. Mais tu continues, parce qu’il n’y a que toi qui peux faire en sorte que ça se réalise. »
Trajectoire sans compromis
A-t-elle tranché entre le mainstream et l’underground ? « Je suis contente d’être acceptée des deux côtés, répond-elle. C’est ce que j’essaie de construire depuis le début : faire des festivals comme Dour, et en même temps Dekmantel. » Le soir de son B2B avec Andy4000 et Mad Rey, Tatyana Jane tient tête à l’ingénieur du son : elle doit à tout prix pouvoir jouer fort. Son électro brutale et tranchante, qui évoque parfois celle de son compère SebastiAn, lui vaut d’être reconnue par ses pairs, comme Skrillex à l’international – son mentor, avec qui elle a joué en B2B au Berghain – et Brodinski ou Crystallmess en France. Elle ne tarde pas à suivre leur trajectoire, comme lorsqu’elle joue aux côtés de Pedro Winter devant une foule gigantesque au Kappa FuturFestival de Turin, sur une scène où se sont succédé ses idoles, comme Solomun et Carl Cox. Malgré son air enfantin et ses yeux malicieux, l’artiste affiche une idée précise des contours de sa carrière. Elle donne l’impression d’avoir toujours un temps d’avance et, trop concentrée, elle reste sobre dans un milieu de la nuit qui souffre d’une gueule de bois permanente. IG : @iamtatyanajane Discordia, Ed Banger Records/Because Music, déjà disponible sur toutes les plateformes.
Red Bull Music Lab Le Red Bull Music Lab, qui a accueilli en son sein des artistes comme Flore, Slikback, Sébastien Forrester, Fulu Miziki, Tshegue ou encore Tatyana Jane, s’apprête à rouvrir ses portes au cœur de P aris. Plus qu’un studio, c’est un terrain d’expérimentation où se croisent producteurs, musicien·ne·s et créateur·rice·s de toutes disciplines. Un espace où
les genres se mélangent, où les collaborations naissent naturellement et où l’underground nourrit le mainstream, autant que l’inverse, avec, pour ambition : aller au-delà de la création musicale en développant des projets singuliers. Entre expériences immersives, lives, talks et production, le Red Bull Music Lab devient une plateforme de découverte, de transmission et de rayonnement pour la scène musicale française.
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LA BEAUTÉ
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Pixels story : à sa sortie dans les année 90, le jeu FIFA International Soccer était révolutionnaire pour l’époque.
RICK BRUNS FROM NESMAPS.COM/EA SPORTS FIFA
DU JEU
Comment EA a créé une franchise de jeux vidéo tellement géniale qu’elle a influencé le monde du foot, permis à des fans de devenir millionnaires et poussé les stars du ballon rond à bout. Texte Ben Wilson
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Amsterdam, 13 juillet 2023, 19 h 02.
Coup de sifflet final : Erling Haaland, l’attaquant vedette de Manchester City et de l’équipe de Norvège, dans un élégant pyjama en soie monogrammé lors du lancement d’EA Sports FC 24 à Amsterdam. THE RED BULLETIN
Le viking Erling Haaland, récemment auteur de 52 buts pour sa première saison au Manchester City, descend d’un pas vif une allée baignée de lumière vers la scène improvisée où trônent les trophées de Ligue des champions, de Premier League, de Ligue des champions féminine et de Liga. Au premier rang, un quartet de légende (469 sélections internationales à eux seuls) applaudit l’entrée du géant blond : Didier Drogba, Ronaldinho, Luis Figo et Alex Scott. Ce n’est pas une scène tirée de la prestigieuse cérémonie du Ballon d’Or ou de l’avant-première d’un documentaire footballistique mais le lancement (disons plutôt le lancement bis) d’un jeu vidéo, le jour où FIFA est devenu EA Sports FC.
Pour l’occasion, Haaland arbore fièrement un pyjama en soie vert gazon confectionné par Dolce & Gabbana avec ses initiales brodées sur la poitrine. « Le rêve de tout footballeur, résume-t-il dans un tweet. Trop fier de faire la couv de la première saison d’une nouvelle ère @EASPORTSFC #FC24. » Sweaty goal, OP, pace abuse (but de lâche, surpuissant, abus de vitesse) : le jargon de la franchise FIFA est devenu quasiment universel et chaque fan de foot y a forcément joué à un moment ou un autre de sa vie. Au cours de ses trois décennies d’ascension météorique en tête des jeux de sport numérique, FIFA a été traduit en 18 langues et s’est vendu à plus de 345 millions d’exemplaires dans 51 pays. Les bandes originales de la franchise ont connu un succès planétaire, certains ados ont fait fortune en streamant leurs parties sur YouTube et tous les week-ends, le jeu est au cœur des débats entre pros dans les bus des équipes du monde entier. Ce qui soulève une question centrale : mais comment est-ce arrivé ? Haaland n’est pas le premier Norvégien à faire la couverture de la franchise de jeu vidéo de sport la plus vendue au monde. Erik Thorstvedt, titulaire à Tottenham et seul gardien à figurer sur la jaquette d’un jeu FIFA, l’avait déjà précédé 29 ans plus tôt, avec un succès disons un peu plus mitigé puisqu’il ne disputera que deux matchs avec son club cette saison-là. Sans surprise, il ne s’étale pas trop publiquement sur ce qui est désormais devenu un immense honneur, accordé entre autres à Lionel Messi, Kylian Mbappé ou Cristiano Ronaldo à mesure que l’engouement culturel de FIFA prenait de l’ampleur. Thorstvedt voulait sans doute éviter de subir le même sort qu’un autre gardien des années 1990, David James, devenu sujet de moquerie après avoir avoué sa passion pour les jeux vidéo. « J’ai passé des heures et des heures à jouer à Tekken II et Tomb Raider », se justifiera ce dernier après la défaite de Liverpool contre Newcastle United en 1997. Pourtant, cet embarras évident à avouer ce péché mignon correspond exactement à l’époque où FIFA commence à surfer sur la vague des formes des divertissements rompant totalement avec la tradition : choisi pour introduire FIFA: Road to World Cup 98, le refrain survolté de Song 2, du groupe pop Blur, annonçait parfaitement la couleur et reste encore aujourd’hui indissociable des ambiances de stades. « Cette rengaine ne vous sort plus de la tête »
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Autre tournant majeur avec FIFA Football 2003 : joueurs plus réalistes, système de contrôle freestyle et résumé façon télé à la mi-temps et la fin du match.
2002 Avec FIFA 96, la série inaugure les graphismes 3D en temps réel grâce à sa technologie Virtual Stadium, et EA obtient enfin la licence lui permettant d’utiliser les véritables noms des joueurs pros.
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Chaque édition de FIFA a amélioré un peu plus le réalisme du gameplay. Ainsi, on ne peut plus éviter un carton rouge en s’enfuyant loin de l’arbitre.
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Manettes en folie : les grands moments de la franchise FIFA
Au cours de ses trois décennies d’ascension météorique, FIFA a été traduit en 18 langues et s’est vendu à plus de 345 millions d’exemplaires dans 51 pays. THE RED BULLETIN
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FIFA 16 met enfin le football féminin à l’honneur avec douze équipes nationales. Les clubs féminins, eux, devront attendre jusqu’à la sortie de FIFA 23.
FIFA 17 introduit un mode story, The Journey, dans lequel on peut guider un jeune espoir, Alex Hunter, à travers les victoires et les revers de la Premier League.
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Dans la lignée de la série spinoff FIFA Street, une nouvelle fonctionnalité apparaît dans FIFA 20. VOLTA Football met l’accent sur les petites équipes (3 vs 3, 4 vs 4, 5 vs 5) avec des matchs inspirés du futsal.
S’il n’y avait qu’une raison pour l’omniprésence culturelle de FIFA, ce serait Ultimate Team, le captivant mode de composition d’équipe du jeu. THE RED BULLETIN
La décision d’EA de faire cavalier seul a été perçue à la fois comme un pari risqué et un tour de force.
packs de cartes numériques représentant des footballeurs qu’on intègre ensuite à son équipe de rêve pour disputer des matchs. Il existe également des cartes en édition limitée avec des notes améliorées, ce qui pousse à acheter plus de packs avec de l’argent réel. Une activité très lucrative puisqu’elle a rapporté plus de 2 milliards de dollars américains à EA lors de sa dernière année budgétaire. Simon Minter sera l’un des premiers à saisir l’immense potentiel du jeu. En 2012, à peine âgé de 20 ans, le Britannique arrête la fac pour lancer sa chaîne YouTube consacrée à FIFA sous le pseudonyme de Miniminter. Un an plus tard, il fonde avec quelques amis un collectif
de youtubeurs passionnés de foot, les Sidemen. Aujourd’hui, leur chaîne compte près de 23 millions d’abonnés et les Sidemen sont devenus multimillionnaires. Imitée par d’autres concurrents comme Castro1021 ou NepentheZ, cette success story a encore consolidé l’influence universelle de FIFA sur les millénials accros aux smartphones. Les célébrités se sont elles aussi joyeusement jetées dans le bain, partageant leurs équipes de rêve sur les réseaux sociaux, et la vague a déferlé jusqu’aux vestiaires professionnels. En dehors du terrain, les stars d’hier buvaient, fumaient et faisaient la fête. Celles d’aujourd’hui se couchent tôt, évitent l’alcool et suivent des régimes alimentaires draconiens. Pour les pros modernes, FIFA est un exutoire, une manière de se détendre en évitant les écarts pendant la saison sportive sans perdre leur esprit de compétition naturel. Ils ne plaisantent pas avec Ultimate Team. « On a la chance de pouvoir compter sur une équipe d’experts qui scrutent attentivement tout ce qui se passe dans le monde du foot réel, explique Salmon. D’un autre côté, il se développe une énergie très particulière car les athlètes tiennent réellement à leurs notes ; cette énergie est un atout. » Alors qu’il n’occupait son poste que depuis
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expliquait à l’époque Steve Schnur, président du département musical d’EA, à la plateforme multimédia Vice. « C’est un incontournable pour les gosses, le gameplay, et le sport lui-même. » Dans le vidéoclip de It’s Only Us, morceau officiel de FIFA 2000, une version numérique de Robbie Williams se lance sur le terrain et annonce ce futur mélange des cultures pop. Pour EA, l’incroyable essor du jeu au cours des 32 dernières années s’explique par trois principes fondamentaux. « Authenticité, innovation et raison d’être », explique James Salmon, directeur senior d’EA Sports FC. « Pour l’authenticité, on peut compter sur 20 000 athlètes, 750 clubs et des partenariats avec plus de 300 organes de ce sport. Au niveau de l’innovation, les outils ont connu des avancées immenses au fil des années, ce qui a permis de se rapprocher de plus en plus du football réel. Quant à notre raison d’être, EA Sports FC a toujours joué un rôle majeur au sein de la communauté du foot au sens large. On a évolué main dans la main avec l’essor du football féminin, l’ajout d’équipes nationales féminines et plus récemment, l’ajout de nouveaux clubs. Cette approche triaxiale nous a montré la voie à suivre. » Une étude d’ESPN illustre parfaitement son point de vue : en 1980, moins d’un million de jeunes Américains jouaient au foot ; en 2014, on en comptait plus de trois millions. L’étude en a conclu que pour 34 % des supporteurs américains, FIFA était la porte d’entrée vers ce sport. L’Europe n’est pas en reste, certains joueurs revendiquant publiquement leur passion du gaming. Dix ans après la fameuse « confession honteuse » de David James, Andrea Pirlo, star du foot italien, écrivait dans son autobiographie : « Après la roue, la PlayStation est la plus grande invention de l’humanité. » Dommage que James ne jouait déjà plus pour Liverpool quand son club a affronté l’AC Milan de Pirlo lors de la finale de la Ligue des champions 2005. Cela aurait pu nous offrir pas mal de blagues post-match autour de la Play Station. Et quelques années plus tard, c’est sûrement Ultimate Team, le captivant mode de composition d’équipe du jeu, qui aurait été sur toutes les lèvres. S’il n’y a avait qu’une raison pour l’omniprésence culturelle de FIFA, ce serait cette fonctionnalité. Ce qui était au départ un contenu payant dans FIFA 09 est vite devenu le mix parfait entre vignettes Panini, fantasy ligue et gaming compétitif. Le principe est d’ouvrir des
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Verticalité dans le jeu : depuis EA Sports FC 24, on trouve des footballeuses (à gauche : l’Espagnole Aitana Bonmatí) dans Ultimate Team aux côtés de leurs homologues masculins. THE RED BULLETIN
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Pour le monde du gaming et les athlètes professionnels, EA Sports FC est devenu aussi indissociable du foot que le ballon rond lui-même. THE RED BULLETIN
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En pleine lucarne : (à droite) une célébration de but de Leeds United dans EA Sports FC 26 ; (en face) magnifique retourné acrobatique de l’Américaine Trinity Rodman.
deux semaines, Salmon a ainsi fait face à un Rio Ferdinand bouillonnant de colère lors d’une visite du club des Queens Park Rangers. « Fou de rage, il a pété les plombs devant la caméra à cause de la note de sa pointe de vitesse, en disant que c’était un coup bas, que c’était faux et qu’il allait venir à Guildford [au siège d’EA] pour nous dire sa façon de penser. » Mais ce n’est rien à coté de la réaction de Jamie Vardy, de Leicester City, lors de la visite d’une délégation d’EA au centre d’entraînement du club pendant leur saison victorieuse 2015-2016. « On remettait des panneaux représentant leurs stats améliorées à N’Golo Kanté, Riyad Mahrez et Jamie Vardy dans le cadre d’une campagne de mise à jour hivernale, se souvient Salmon. Vardy était tellement choqué par sa note de départ dans le jeu qu’il a passé sa tête à travers le panneau, puis l’a arraché et jeté par terre. Le personnel de l’équipe a tenté de le calmer, il a fini par réaliser qu’en fait on avait amélioré sa note conformément à ses perfs exceptionnelles et on a pu finir la séance photo. » FIFA faisait tellement partie du quotidien des joueurs et des fans qu’on ne savait plus trop où s’arrêtait le football réel et où commençait son double numérique. En 2014, lors du duel Barcelone/ Manchester City en Ligue des champions, le plus grand joueur de la galaxie se sert ainsi du jeu-vidéo d’EA comme point de repère.
« Rio Ferdinand a pété les plombs devant la caméra au sujet de sa note de pointe de vitesse dans le jeu. » « J’ai hâte de me mesurer à mon pote Kun [Sergio Agüero], déclarait Lionel Messi. Je le bats toujours sur FIFA, on va bien voir ce qui se passe sur le terrain. » Des rivalités qui deviendront parfois très personnelles comme la réaction de Rúben Dias, devenue virale, à l’annonce de ses stats moins rapides que ses collègues de Manchester City John Stones et Bernardo Silva dans EA Sports FC 24. « Je suis plus lent que qui ? Bernardo ? C’est franchement… » Sous l’effet de la frustration, le défenseur de Manchester City ne finira jamais sa phrase. FIFA 23 représente un tournant dans l’histoire du jeu. Pour faire face aux rumeurs selon lesquelles l’instance dirigeante du football réclame 300 millions de dollars américains par an pour renouveler sa licence, EA décide de faire cavalier seul. Une décision considérée comme un pari risqué autant qu’un tour de force par les observateurs.
« C’est clair que c’était une sacrée décision, et ce genre de décision contient toujours une part de risque, précise Charlie Villiers, directeur marketing pour EA Sports FC. Mais la somme de notre expérience représentait 300 partenaires, 20 000 athlètes et 750 équipes. Et si on incluait le jeu mobile, 150 millions d’utilisateurs profitaient de cette expérience, ce qui réduisait pas mal la prise de risque. On a pu agir plus rapidement et plus librement pour décider comment on allait envisager notre futur en se centrant plus sur les fans ». « Et c’était le moment idéal pour passer d’un jeu vidéo construit autour du foot à une plateforme de foot construite autour du jeu vidéo, ajoute Salmon. Notre collaboration avec la MLS autour de la diffusion des matchs en direct en est le meilleur exemple. On s’entendait très bien avec la FIFA. On a fait couler beaucoup d’encre sur de prétendues rancœurs, notamment, mais ce n’était pas le cas. On s’est simplement dit que le moment était venu de voler de nos propres ailes, ce que l’on a fait avec FC Pro, la compétition d’e-sport, ainsi que les partenariats de marque avec des entreprises comme Nike ou encore l’utilisation de FC Mobile en tant que plateforme au-delà du gaming. » Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis Song 2 et Robbie Williams, mais l’influence musicale d’EA Sports FC ne s’est pas tarie. THE RED BULLETIN
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« La bande-son est énorme et nous avons trouvé en Spotify un partenaire formidable pour continuer à la faire vivre, explique Villiers. Ça nous arrive à tous d’écouter un titre, on ne sait pas de qui c’est mais on connaît les paroles par cœur et on se demande d’où on connaît ce truc avant de réaliser qu’on l’entend dans notre salon depuis des mois. Notre équipe musicale fait un boulot exceptionnel dans notre studio de Los Angeles, réfléchissant chaque jour à ce qui illustrera le mieux la prochaine saison. C’est une propriété intellectuelle doublée d’une immense valeur culturelle qui a parfaitement réussi à influencer l’air du temps. »
C’est grâce à ses joueurs et joueuses que la franchise en est arrivée là. Oui, on peut écouter la bande-son d’EA Sports FC sur Spotify, ou regarder des matchs de MLS en direct sur son smartphone via FC Mobile, ou encore participer au championnat du monde FC Pro avec un prix d’un million de dollars à la clé. Dans FIFA 23, on pouvait même jouer avec l’équipe fictive de l’AFC Richmond avec le coach Ted Lasso. D’ailleurs, les fans continuent encore de réclamer cette fonctionnalité. Aujourd’hui EA Sports FC 26 est entièrement voué à sa communauté, car c’est grâce à elle que la franchise en est là aujourd’hui. Les feedbacks de sa communauté sont précieux pour améliorer certaines fonctionnalités comme des dribbles plus précis, des gardiens plus réalistes et deux vitesses de jeu selon que l’on joue en ligne ou non. Une manière de renforcer le sentiment d’inclusion. Pour le monde du gaming comme pour les stars du foot, EA Sports FC est devenu aussi indissociable du football que le ballon rond lui-même. Par chance, on n’a encore jamais vu un joueur faire exploser un ballon de rage à cause de sa stat de puissance de tir. Pour le moment... EA Sports FC 27 sort dans le monde entier le 25 septembre. THE RED BULLETIN
Red Bull Wings Cup : le foot virtuel s’offre une nouvelle scène en France En 2026, Red Bull lancera en France Red Bull Wings Cup, une nouvelle compétition esport internationale dédiée à EA SPORTS FC. À la croisée du football, du gaming et des jeunes audiences, ce tournoi ambitionne de rassembler un large public, des joueurs compétitifs aux fans de ballon rond, jusqu’aux gamers occasionnels. L’objectif : offrir à tous les passionnés une chance de se mesurer aux meilleurs, avec, en ligne de mire, une qualification pour la finale mondiale à Miami, en janvier 2027. Pensée pour être accessible, la compétition s’adresse particulièrement aux 18-24 ans, une génération qui vit le football autant sur les terrains que sur les écrans, entre réseaux sociaux, streaming et compétitions en ligne. Pour participer, deux conditions : avoir au moins 18 ans et résider en France. Le parcours de qualification débutera sur les PlayStation Tournaments, avec des matchs en Ultimate Team, au format 1 contre 1, organisés sur plusieurs semaines. Plusieurs tournois seront proposés chaque semaine afin de permettre au plus grand nombre de tenter sa chance. Les vainqueurs accéderont ensuite à une deuxième phase sur la plateforme FACEIT, disputée en bracket à élimination directe jusqu’au Top 8. Ces huit joueurs rejoindront la grande finale nationale, organisée en présentiel devant un public. En parallèle, une University League fera aussi vivre la compétition sur les campus, en réunissant communautés étudiantes, passionnés de football et joueurs d’EA SPORTS FC. La finale nationale rassemblera ainsi les meilleurs profils issus du parcours en ligne et de l’University League. Un seul vainqueur français sera sacré et représentera la France lors de la finale mondiale, où se retrouveront les champions de 80 pays. Le lancement en France est prévu au quatrième trimestre 2026, avec un temps fort médiatique attendu dès septembre. Informations sur redbull.com
« Une chance pour tous les passionnés de se mesurer aux meilleurs. »
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LE FOOT TOUT MONDE DE
Depuis qu’il s’est lancé sur les réseaux sociaux sous le pseudonyme Pieds Carrés, Saïd Dorbani est devenu l’une des figures fortes du football français. À la fois coach pour des équipes de jeunes locaux ou pour de gros événements sur YouTube, le Lyonnais s’est imposé comme l’entraîneur de référence du net. Navigant entre amateurs et pros, il reste proche de ses joueurs et de ses supporteurs. Texte Jacques Simonian THE RED BULLETIN
PETER BONILLA
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Saïd Dorbani, reçu tel un joueur local chez les New York Red Bulls, équipe évoluant en Major League Soccer.
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Arbitrage et transmission
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ne bouffée d’air frais dans cet univers de superstars qui peut parfois sembler bien loin de ses spectateurs. Car chez Saïd Dorbani, le foot est avant tout, et surtout, une affaire de famille. Une passion qui lui a été transmise par ses grands frères, lorsqu’il était tout petit. Très vite, ce gone – surnom des kids de Lyon – né dans le quartier de la Croix-Rousse et ayant grandi à Oullins, a capté que ce sport était un puissant « vecteur de socialisation ». « Quand un enfant dit à son papa ou à sa maman qu’il va taper dans un ballon pour retrouver ses copains, tout le monde est content », affirme-t-il. De nature altruiste, un trait de caractère qui cimentera sa communauté lorsqu’il sera coach, il faut ajouter la notion de partage. Cette valeur lui a été inculquée durant son éducation et, accessoirement, grâce à l’accès aux chaînes payantes pour voir les matchs. Rare foyer à avoir un abonnement, les dimanches soir étaient une occasion en or pour que son entourage se réunisse devant la télé. Ce côté fédérateur est devenu la signature du fondateur de Pieds Carrés. Il est également l’une des raisons du succès de sa web-série qui, chaque week-end, rassemblait des milliers de fidèles face aux aventures des jeunes joueurs amateurs qu’il entraînait. THE RED BULLETIN
« Quand j’étais gamin, j’étais un doux rêveur. Comme tous les autres, je me voyais marquer dans le stade de l’Olympique Lyonnais et porter le maillot de l’équipe de France, sourit le trentenaire. Mais je ne me suis jamais dit que j’allais réussir ou tout faire pour. Même si je jouais dans un plutôt bon club de la région, la marche était trop haute et des événements de la vie ont fait que je me suis plus concentré sur l’école. » L’arrêt de ce sport ne va pas l’éloigner des terrains pour autant. Toujours aux abords des rectangles verts pour soutenir ses copains ou ses cousins, Saïd se lie d’amitié avec un arbitre. Intrigué par ce rôle, l’adolescent s’inscrit à une formation. C’est une révélation. Pendant dix ans, les coups de sifflet du créateur de contenu vont rythmer les matchs de niveau de plus en plus élevé, atteignant presque la catégorie fédérale. Là encore, il raccroche les crampons pour se consacrer à ses études. Plus qu’un simple bon souvenir, cette expérience qui nécessite de « l’intelligence et de la pédagogie » lui ouvre son champ des possibles. « Quand j’arbitrais, je me suis surpris à être hyper intéressé par ce que les coachs allaient dire ou faire. À la mi-temps, je tendais l’oreille pour écouter les causeries. Je me suis même mis à me demander ce que je ferais à leur place. Bref, j’analysais tout et j’ai vraiment kiffé », s’enthousiasme le Lyonnais. La vingtaine atteinte, convaincu de vouloir évoluer dans la nébuleuse football, Saïd pense au journalisme, se rappelant de ses aînés qui lui répétaient qu’il pourrait être commentateur. Lecteur assidu de magazines spécialisés, il souhaite en être. Mais, pour intégrer un titre déjà établi, il faut passer par une école, souvent très onéreuse. Au- dessus de ses moyens, il file à la fac en
ébut de décennie 2010. À cette époque d où les réseaux sociaux n’avaient pas la même importance qu’aujourd’hui, et où l’idée de lancer son propre média semblait irréaliste, il ouvre un blog ainsi qu’une page Facebook. Pieds Carrés est né.
Désillusion du monde pro
Les premières années, il tourne à trois mille abonnés, « dont les trois quarts étaient de Lyon », rigole Saïd. Plus hobby que véritable boulot, sa création lui permet de décrocher un stage au Montpellier Hérault Sport Club, une équipe de l’élite hexagonale. Si le jeune homme croyait avoir trouvé la voie royale pour intégrer la grande famille du foot français, il va déchanter : « J’étais partagé entre la communication et la Fondation – un pôle que tous les clubs développent aujourd’hui. J’organisais la venue de joueurs dans des écoles, des hôpitaux, etc. Même si j’ai adoré ces six mois, je me suis rendu compte que bosser dans une structure pro, ce n’était pas l’eldorado que j’imaginais. Tout était trop normé, trop quadrillé. Il n’y avait aucune prise de risque dans la com. Le sportif est la priorité et se situe mille étages au-dessus de tout ce que tu peux imaginer. » Cette désillusion va directement influencer l’évolution immédiate de Pieds Carrés. La page se transforme en une mine d’or à mèmes, blagues et tweets en tout genre. Elle devient également un support où consulter des articles, mais surtout, le laboratoire des premiers micros-trottoirs du gone. Grâce à la victoire des Bleus à la Coupe du monde 2018, le sujet football est sur toutes les lèvres. Puisqu’il est un community manager aguerri, il ne rate pas le coche et les audiences de Pieds Carrés explosent. Les premiers euros tombent et Saïd décide de se consacrer pleinement
« C’est un plaisir d’entraîner Amine, Kameto, Squeezie, Michou, Inoxtag… C’est super d’avoir des gars à l’écoute, qui ont envie de p rogresser, qui respectent les consignes. »
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Les joueurs ghanéens Ronald Donkor (à gauche) et Mohammed Sofo sont les guests de Pieds Carrés pour un contenu YouTube.
Cocottee, Michou, Nico Là (et la coupe) et Inoxtag… rien que ça ! Avec Saïd, leur coach du Eleven All Stars 2 au Parc.
Coach Saïd et le rappeur SDM célèbrent leur victoire au Eleven All Stars 2 dans les vestiaires du PSG.
Red Bull donne des aiiiles… Pieds Carrés prend son envol, sur le terrain d’entraînement des New York Red Bulls. THE RED BULLETIN
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« J’aime beaucoup parler et échanger avec l’humain. »
THE RED BULLETIN
FOOTBALL
à cette activité. Gonflé à bloc, il débarque sur YouTube juste après le Covid en lançant une web-série dans laquelle il se mue cette fois en coach principal, épaulé par ses proches amis, Antoine, Martav et Mika. Au fur et à mesure des épisodes, le public suit la vie du petit club amateur de SainteFoy-lès-Lyon qu’il a coaché pendant deux ans. « Je restais toujours sur ma faim quand on voyait des reportages à la télé et que la porte des vestiaires se fermait, nous laissant de l’autre côté, reprend Pieds Carrés. J’ai donc décidé de montrer le vrai quotidien d’une équipe locale. Tu as un joueur qui arrive en retard, on manque de ballons à l’entraînement, il n’y a pas de chasubles, untel ne peut pas venir à la convocation du match parce qu’il a un anniversaire… C’est le foot qui nous ressemble. » Moins stéréotypé et plus connecté au réel, ce football de « tout le monde » rassemble.
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Frenchies en action avec Mohammed Sofo. Page de gauche : Saïd et ses ex-U17, Loris Adam, Gianni Greck et Noa Nemoz.
PETER BONILLA
Un créateur de contenu au service des autres
Grâce aux millions de vues accumulées au gré des différentes saisons, Saïd gagne en notoriété et devient le coach de référence du net. Il est appelé pour chaque événement majeur. Que ce soit pour les Eleven All Star, ces matchs de foot opposant des personnalités d’Internet imaginés par l’influenceur AmineMaTue. « Après la double confrontation contre l’Espagne, la rencontre face à l’Angleterre au Parc des Princes devant 45 000 spectateurs était encore une expérience incroyable. L’ambiance était très saine et nous l’avons emporté 4-3 au terme d’une très bonne partie. C’est toujours un plaisir d’entraîner Amine, Kameto, Squeezie, Michou, Inoxtag… C’est super d’avoir des gars qui sont à l’écoute, qui ont envie de progresser, qui respectent les consignes même si on a tous des statuts différents sur Internet. On a vraiment lié une relation d’amitié qui dépasse celle entre un coach et ses joueurs », raconte Saïd. À son palmarès, il faut également ajouter la Kings League, cette compétition à sept lancée en 2022 par l’international espagnol Gerard Piqué, qui réunit d’anciennes gloires du rectangle vert et des streamers en vogue.
En parallèle, il se rapproche des clubs professionnels pour tourner avec eux des vidéos qui deviendront des concepts réguliers sur YouTube, à l’instar de Devine qui est le joueur pro ? Mais le Lyonnais ne profite pas seul de ses formats originaux. Dès qu’il le peut, il embarque avec lui les gamins qu’il a accompagnés : « J’ai eu la chance de voir Nabil Fekir à Séville et j’y suis allé avec l’un de mes joueurs qui est fan de lui. J’ai fait un match avec la légende Ronaldinho et j’ai décidé d’inviter Gégé, un entraîneur que j’avais rencontré lors d’un épisode. J’ai pu regarder un match sur un canapé en bord de pelouse avec l’ancien président de l’Olympique Lyonnais, John Textor, et j’ai ramené un de mes jeunes… Je prends du plaisir à faire plaisir. Ça vient de mon éducation et de ma personnalité. » Authentique mentor pour les ados qu’il a côtoyés, Saïd est là pour eux, sur le terrain ou en dehors. C’est justement cette image d’éducateur qui plaît à sa communauté. « Je ne me rends pas trop compte de ce que je renvoie, mais c’est vrai que, j’adore donner des conseils. Aujourd’hui, sans avoir le rôle de grand frère, de tonton ou de papa, j’aime beaucoup parler et
échanger avec l’humain », conclut le Lyonnais. Après Séan Garnier, premier champion du monde de foot freestyle soutenu par Red Bull depuis plus de dix ans, Pieds Carrés est le premier créateur de contenu football à collaborer avec Red Bull France sur l’univers du ballon rond. Afin de célébrer cette association, le créateur de contenu football numéro un et trois de ses jeunes sont allés découvrir l’ADN des clubs de football Red Bull. Durant un premier voyage à New York, Saïd et sa clique (Loris, Noa et Gianni, des joueurs qu’il coachait en U17) ont eu accès au nouveau centre d’entraînement, avant même les joueurs de l’équipe. Première étape d’un tour du monde, ils s’envoleront ensuite à Salzbourg puis Leipzig, ainsi qu’au Brésil et au Japon pour découvrir la culture locale qui entoure les clubs Red Bull Bragantino et Red Bull Omiya Ardija. Ces opportunités exceptionnelles, Saïd les partage évidemment avec ses ex-U17. Car, fidèle à ses principes, pour lui, le foot reste avant tout un prétexte pour rassembler.
La suite des aventures de Saïd dans l’univers foot de Red Bull sur sa chaîne YouTube : Pieds Carrés. THE RED BULLETIN
PERSPECTIVES
S’équiper, optimiser et vivre la plus belle des vies
JOHN SUMMERTON
TOP NIVEAU
Fastpacking sur les sommets du Tadjikistan
THE RED BULLETIN
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PERSPECTIVES
VOYAGE/
TADJIKISTAN
Mon cœur bat à cent à l’heure tandis que j’avance péniblement sur une côte raide. Sous une épaisse couche de cailloux se cache une boue fraîche, encore humide à cause de la fonte récente des neiges, ce qui rend presque impossible le fait de rester immobile sans glisser vers la vallée située mille mètres plus bas. L’altitude de ce sommet sans nom, dans les montagnes Fann du Tadjikistan, dépasse désormais les 4 000 mètres. À chaque respiration, mes poumons semblent comprimés. J’aperçois le col juste devant moi : il est si proche que j’ai presque l’impression de pouvoir le toucher. Pourtant, à cette allure, ça va me prendre une éternité d’atteindre le sommet ! Il n’y a pas non plus de sentier, ce qui m’oblige à m’arrêter fréquemment pour observer les alentours et déterminer l’itinéraire le plus sûr. Les montagnes Fann forment une chaîne montagneuse digne d’une carte postale, avec leurs sommets enneigés vertigineux et leurs lacs d’un bleu éclatant. Situés à la frontière nord-ouest du Tadjikistan avec l’Ouzbékistan, ils demeurent encore relativement sauvages. Bien qu’il existe quelques réseaux de sentiers et qu’une activité touristique commence à se développer, de nombreuses zones restent vierges de toute infrastructure. Un terrain de jeu idéal. Je suis venue ici pour traverser ces montagnes en fastpacking, une discipline en plein essor dans le monde des activités de plein air : elle combine la liberté de la randonnée au long cours avec le côté athlétique de l’ultra trail, pour créer une manière hybride de se déplacer, privilégiant un équipement ultra léger, de THE RED BULLETIN
longues journées sur les sentiers et l’exploration de la plus grande distance possible selon les capacités de chacun et chacune. Depuis dix ans, j’explore les montagnes du monde de cette façon, en quête de longues traversées alpines aussi bien que de week-ends intenses dans les Highlands écossais. Pour moi, cette manière de voyager, faite de journées exigeantes, de grandes distances, de bivouacs magnifiques et d’une vie simple au grand air, représente la meilleure façon de profiter de la montagne. Lorsque j’ai décidé de découvrir les montagnes Fann
du Tadjikistan, je savais dès le début que je voulais les parcourir en fastpacking. Sans aucun point de ravitaillement sur le parcours, je devais transporter dès le départ tout mon équipement et ma nourriture. Je comptais repousser davantage mes limites en partant seule, responsable de la navigation, de la logistique, des décisions et même de mon moral. Depuis plusieurs jours, je suis un itinéraire sinueux de 400 kilomètres entre une piste au sud de la ville de Pendjikent et une petite localité appelée Zeravshan. J’ai conçu ce parcours après des heures passées à étudier des cartes et des images
JOHN SUMMERTON
L’athlète canadienne Jenny Tough traverse l’un des rares hauts plateaux rencontrés au milieu des montagnes Fann, au Tadjikistan. « Le fait de savoir que je suis complètement seule est à la fois libérateur et effrayant. Personne ne viendra me secourir si j’en ai besoin. »
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POINT DE VUE Jenny Tough admire la beauté sauvage de l’une des régions les plus isolées qu’elle ait jamais vues. Ci-contre : l’absence de sentiers balisés sur son itinéraire la contraint parfois à progresser à quatre pattes sur les flancs des montagnes. THE RED BULLETIN
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Bien voyager seule Penser à sa sécurité « Quelqu’un doit toujours savoir où vous vous trouvez. J’utilise un traceur GPS (SPOT ou inReach), ou simplement la fonction de localisation de mon téléphone. Plusieurs proches connaissent mon itinéraire et ma date de retour prévue. Même sans réseau, ces précautions rassurent ceux qui restent à la maison. » Ne pas trop en dire « Lorsque vous campez seule dans la nature, mieux vaut ne pas révéler exactement où vous allez. Je mens souvent ou je prétends avoir réservé un hôtel dans une autre direction. Je ne partage jamais mes aventures en temps réel sur les réseaux sociaux. »
Apprendre quelques mots de la langue locale « Être capable de communiquer enrichit énormément l’expérience du voyage. Maîtriser quelques phrases de base ou télécharger Google Translate dans la langue du pays, c’est simple et ça permet de découvrir à fond le pays visité. » THE RED BULLETIN
satellites. Je ne savais pas avec certitude si l’ensemble du trajet serait réalisable, mais repousser mes compétences d’alpiniste constituait un objectif à part entière, en plus du simple désir d’aventure et de traversée de cette région sauvage. Voilà pourquoi je me retrouve, au deuxième jour d’une expédition de six jours, à tenter de franchir un col à 4 200 mètres… Lorsque j’atteins enfin la crête après cinq heures d’escalade laborieuse, je me sens véritablement à la limite de mes capacités. Heureuse mais fébrile, j’ai passé bien plus longtemps que je ne l’aurais souhaité dans une zone où la moindre chute serait fatale. À cette altitude, j’ai un besoin vital de reprendre mon souffle. Ici, dans l’un des endroits les plus isolés que j’aie jamais découverts au cours de mes voyages, le panorama est specta-
culaire. Des sommets enneigés et un ciel bleu s’étendent à l’horizon, sans aucune trace d’activité humaine. Le fait de savoir que je suis totalement seule est à la fois libérateur et effrayant. Personne ne viendra me secourir si quelque chose tourne mal. Et la descente me fait vraiment peur ! Une langue de neige s’accroche au versant ouest de la crête où je ne distingue aucune trajectoire idéale. La pente est raide et, avec la neige fondante et les éboulis, je sais que le risque est réel. Je m’assieds sur l’arête pour effectuer quelques exercices de respiration et tenter de retrouver mon calme. Lorsque je quitte enfin le terrain solide, chacun de mes pas reste incertain. Si je prends trop de vitesse, je risque de glisser et de dévaler jusqu’à la vallée. Pourtant, je ne souhaite pas non plus rester trop
JENNY TOUGH
Être prête à toute éventualité « Vous rencontrerez probablement de nombreuses situations où personne ne sera là pour vous aider. J’emporte parfois des écouteurs afin de me distraire pendant les passages les plus stressants. »
PAUSE FRAÎCHEUR Jenny Tough dans l’un des nombreux lacs alimentés par les glaciers ; 32 L, c’est la contenance de son sac à dos pour six jours d’aventure.
JOHN SUMMERTON, JENNY TOUGH
Tenir un journal de bord « J’enregistre des notes vocales dans la journée et une fois au bivouac, je les mets par écrit. Le temps passé seule peut être révélateur. »
PERSPECTIVES
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« Le fastpacking est la manière la plus sereine de passer du temps dans la nature. » Jenny Tough, athlète d’endurance et aventurière canadienne
longtemps là-haut. L’altitude brouille mes pensées et je veux redescendre vers un niveau où il me sera plus facile de respirer et donc de réfléchir. Ce sont précisément ces moments où voyager solo est le plus difficile. J’aimerais avoir quelqu’un devant moi à suivre, ou simplement quelqu’un pour me rassurer. Mais c’est moi qui suis montée jusqu’ici, et c’est à moi seule qu’il revient désormais d’en redescendre. Lorsque j’atteins enfin la vallée, où réapparaissent des arbustes verts pour la première fois depuis huit heures, je suis tombée sur les fesses au moins dix fois. J’ai atteint ce que les coureurs appellent « le mur » : cet état d’épuisement total où l’énergie manque au point de ne plus pouvoir avancer. Mes jambes sont molles et maladroites ; ma descente ressemble davantage à une succession de roulades
Fann zone
Situées dans le nord-ouest du Tadjikistan, les montagnes Fann ne sont accessibles en véhicule tout-terrain que depuis quelques points d’entrée. Les infrastructures y sont limitées, hormis quelques maisons d’hôtes dans de petits villages. Le Tadjikistan compte très peu de magasins spécialisés en matériel de montagne. Il est donc conseillé d’arriver avec tout l’équipement nécessaire.
qu’à une course. Au fond de la vallée coule une rivière bleu pâle alimentée directement par les glaciers. Son eau est d’une pureté remarquable. Je m’arrête enfin, retire mon sac à dos pour la première fois de la journée et cherche fébrilement quelque chose à manger. J’espère qu’un apport rapide en sucre suffira à calmer les tremblements de mes jambes. Il ne me reste plus qu’à trouver un endroit où installer mon bivouac et me reposer avant les épreuves du lendemain. Pour beaucoup de personnes, le fastpacking peut sembler une discipline beaucoup trop éprouvante, et bien sûr, il m’arrive de vivre des moments qui correspondent à cette image. Mais la plupart du temps, je considère cette pratique comme la manière la plus simple, la plus sereine et la plus apaisante de profiter pleinement de la nature. Je cours, je marche ou je randonne aussi loin que mes jambes me portent. Je m’assieds au bord de magnifiques rivières pour boire leur eau fraîche tout en contemplant les paysages. Puis je dors dehors, dans un bivouac simple, sous les étoiles, respirant l’air pur de la montagne avant de me réveiller paisiblement avec le soleil. Dans la nature préservée des montagnes Fann, cette routine est un véritable bonheur. Après six jours passés à vivre avec le contenu de mon petit sac à dos de 32 litres au milieu de ces sommets gigantesques, j’ai mal aux jambes certes, mais surtout j’ai le cœur rempli de fabuleux souvenirs. Jenny Tough est une athlète, aventurière et autrice d’un livre paru en anglais, SOLO: What Running Across Mountains Taught Me About Life. Elle a réalisé les premières traversées en solitaire de trois chaînes montagneuses et a remporté à deux reprises la Silk Road Mountain Race à travers le Kirghizistan. jennytough.com THE RED BULLETIN
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PERSPECTIVES
MONTRES/
L’HEURE DE METTRE DES COULEURS
À l’intérieur se trouve le calibre MT5813, un mouvement de chronographe à embrayage vertical pour assurer un départ sans à-coup de la grande aiguille centrale des secondes au moment de lancer le chrono.
THE RED BULLETIN
Chronographe et montre de plongée, la Black Bay Chrono 39 aime les contrastes. Le cadran jaune vif fait ressortir les compteurs noirs pour une lisibilité optimale. Sur la lunette, la fonction tachymètre permet de mesurer la vitesse ; les fameuses aiguilles Snowflake caractéristiques des montres de plongée Tudor sont présentes. Gabarit sportif avec ses 39 mm de diamètre et taille de guêpe avec ses 13,1 mm d’épaisseur pour encore plus de confort au poignet. 6 150 € ; tudorwatch.com
TUDOR
Tudor Black Bay Chrono 39 : un chronographe résolument sportif qui va vous en mettre plein les mirettes !
HORS DU COMMUN Retrouvez votre prochain numéro en Septembre en abonnement avec et avec dans une sélection de points de distribution et sur abonnement. RICARDO NASCIMENTO / RED BULL CONTENT POOL
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L
es « super-chaussures » à plaque carbone, véritable révolution moderne initiée en 2017, ont pulvérisé les records du monde autant que les records perso des coureurs de tous niveaux. L’accord est unanime : pour courir vite, il faut des chaussures à plaque carbone. La MTL SpeedARC Peak marque une étape importante pour Merrell, spécialiste de la chaussure outdoor qui entre ainsi dans le cercle très fermé des super-chaussures à plaque carbone. Mais au lieu de faire comme d’autres marques qui se seraient empressées de lancer un produit par simple souci de la concurrence, Merrell a consacré plus de quatre années au développement de sa première chaussure à plaque carbone et réalisé des milliers de kilomètres de tests intensifs. Tout a été
Un sacré défi Première « super-chaussure » à plaque carbone de Merrell, la MTL SpeedARC Peak a été développée en collaboration avec des athlètes professionnels afin d’offrir des performances optimales quel que soit le terrain.
CHARLIE ALLENBY
La nouvelle chaussure de trail Merrell MTL SpeedARC Peak à plaque carbone prouve que tout vient à point à qui sait attendre.
sur le plat et dans les montées, maîtrise dans les descentes, adhérence sur tous les terrains et durabilité pour résister aux environnements les plus agressifs. Ces qualités multiples sont dues en grande partie à la semelle intermédiaire. Selon Sanregret, une mousse PEBA légère et très réactive située sous le pied procure cette sensation de courir sur des nuages, tandis qu’une mousse dynamique FloatPro EVA dans la partie inférieure de la semelle intermédiaire permet d’amortir les chocs et renforce la stabilité ainsi que la résistance aux déchirures, caractéristique indispensable quand on sort des sentiers battus. Placée entre ces deux couches, la première plaque en fibre de carbone développée par Merrell est fendue à l’avant pour plus de dynamisme. « Sur les portions plus plates, la fibre de carbone apporte plus de propulsion, mais cette forme en fourche offre plus de contrôle pour un usage plus précis selon les exigences du terrain, comme dans des descentes rapides. Sans cette fourche, la plaque aurait tendance à suivre sa propre trajectoire et vous seriez obligé de corriger le tir. » Sous la semelle intermédiaire, la semelle extérieure Vibram Megagrip Elite est dotée de crampons de 4 mm, mariage harmonieux entre légèreté et adhérence pour les terrains techniques. La tige en Matryx extensible assure une bonne protection latérale tout en s’adaptant aux éternelles complications qui ne manquent pas de survenir après plusieurs heures sur les sentiers. « Quand vous faites du trail pendant huit, neuf, vingt-quatre ou quarante-huit heures, les pieds finissent par gonfler. C’est pourquoi nous avons conçu une chaussure ajustable pendant la course pour permettre au pied de respirer et de prendre du volume sans avoir besoin de changer de chaussures. » Le tout dans des couleurs fluo qui feront tourner bien des têtes sur votre passage. Certes, la MTL SpeedARC Peak de Merrell n’est pas la première chaussure de trail équipée d’une plaque carbone, mais grâce à l’approche sans compromis de la marque en matière de performance, elle figure en très bonne place parmi les plus rapides.
MERRELL
PIEDS AU PLANCHER
scrupuleusement mis en œuvre pour créer une chaussure prête à propulser la personne qui la porte vers les sommets. La SpeedARC Peak fait partie de la gamme Merrell Test Lab (MTL) et est destinée aux courses de trail d’ultra-distance. « La distance visée est de plus de 160 kilomètres, autrement dit des ultra-trails où les coureurs recherchent de véritables chaussures de compétition, explique Jon Sanregret, responsable produits chez Merrell. On s’adresse principalement à des athlètes de très haut niveau, mais aussi à un certain groupe cible de coureurs spécialisés dans ce genre d’épreuves qui recherchent une chaussure capable d’offrir un tel niveau de performance. » Parmi eux, Fred Tranchand, champion du monde de trail qui portera la MTL SpeedARC Peak lors de l’OCC à l’UTMB Chamonix. Le Français a joué un rôle essentiel dans le développement de la SpeedARC Peak. « On essaie de construire des liens forts avec nos athlètes professionnels et on dialogue constamment avec eux pour savoir ce qu’ils pensent de nos produits, poursuit Sanregret. Au final, ils sont notre première équipe de testeurs : ils mènent la vie dure à nos chaussures et nous faisons en sorte qu’elle réponde à toutes leurs attentes. » Résultat : une chaussure en parfait équilibre entre propulsion
Plus d’informations sur merrell.com
PROMOTION MERRELL
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MOTIVATION /
DEUX AMIS, POUR LA VIE
De Londres à Nice, Seb Harris et Oscar Glenister vont courir 1 800 km en 30 jours pour la recherche contre le cancer, entre amitié d’enfance, dépassement de soi et hommage à leurs pères.
Comment se prépare-t-on à un marathon et demi (60 km par jour) pendant 30 jours ? sh : Bonne question, d’autant qu’à la base, je déteste courir… Je ne sais toujours pas si j’aime ça ! On a déjà fini des IronMan, des efforts durs mais jamais des courses de plus de deux jours ! On a axé sur le volume, des sessions de 80 km par jour ou 4 heures de suite. J’ai parcouru 1 400 km cette année. THE RED BULLETIN
Oscar Glenister
og : Moi, 1 800 km, la longueur de notre défi… Pas assez ! sh : On a complété avec du renforcement musculaire, des séances de kiné… Ça pourra protéger mon genou avec lequel j’ai déjà eu des problèmes. Vous avez une motivation extraordinaire : celle de lever des fonds pour la recherche sur le cancer qui a frappé vos pères… sh : Mon père est incroyable : il va nous accompagner à vélo en Angleterre. C’est un sportif, il nage et fait du hockey sur gazon. Il se bat avec tant de courage qu’on ne va pas se plaindre. Nous, on a décidé de se faire mal pendant 30 jours ; lui, il subit la maladie depuis des années et en silence. Faire des choses difficiles
rend aussi la vie de tous les jours plus facile et donne un sentiment de fierté. og : Mon père sera avec moi à chaque minute du trip. Il est décédé d’un cancer de la prostate qui est évitable quand il est diagnostiqué à temps. Et lui n’a pas eu la chance de pouvoir dire stop alors que nous, on pourra toujours s’arrêter. On court aussi pour dire aux gens de se faire dépister régulièrement et donner envie à des amis de faire des défis comme le nôtre. Partager le présent à fond avec ceux que vous aimez, n’attendez pas ! Votre parcours, vous l’avez conçu comment ? sh : Nous sommes de Londres et nous vivons dans le sud-est de la France, donc l’itinéraire avait du sens. On voulait aussi
PATRICIA OUDIT
the red bulletin : Quel est votre état d’esprit avant ce défi de dingue ? seb harris : On a hâte de commencer ! Excités et stressés : sur une telle distance, on ne peut pas tout contrôler. La pire peur serait de ne pas finir. On a tellement travaillé sur ce projet, on ne veut pas décevoir tous les gens qui nous ont soutenus. oscar glenister : J’ai peur de la blessure, mon pied est déjà douloureux…
« Partagez le présent à fond avec ceux que vous aimez, n’attendez pas ! »
ARTHUR SOUQUET
Seb (26 ans) et Oscar (27 ans) sont potes d’enfance de Londres et colocs près de Nice. Ils ont usé leurs baskets sur les mêmes courts de tennis avant de devenir, de paire, coutumiers des efforts longs, en running ou en triathlon. Indissociables jusque dans leur filiation car partageant une histoire paternelle douloureuse. Le papa d’Oscar est décédé d’un cancer voici quatre ans, quand celui de Seb, diagnostiqué un an avant, résiste valeureusement au crabe. C’est en mémoire du premier et en soutien au second que le duo british a décidé de rallier Londres à Nice. 1 800 km au rythme d’un marathon et demi par jour avec pour but de récolter des fonds au profit de la recherche contre le cancer. Entretien let’s go réalisé quelques jours avant leur départ, en date du 22 juin alors que la canicule frappait l’Europe et nos deux amis, qui, en bons Anglais, auraient préféré la pluie.
PERSPECTIVES
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They did it!
Cuits mais heureux, les deux potes racontent le challenge quelques heures après leur arrivée à Nice.
TOUS ENSEMBLE ! Oscar (en haut à gauche) et Seb avec leur équipe, leurs proches et soutiens. Avec leurs foulées, c’est beaucoup de monde qu’ils ont représenté.
se défier sur une distance inconnue et partager nos aventures avec une communauté. On a tablé sur un mois parce qu’à ma différence (Seb est créateur de contenu, notamment avec Red Bull, ndlr), Oscar a un vrai job et il doit retourner bosser ! og : Je suis consultant en stratégie pour de grosses boîtes, je prends donc 1 800 km de vacances ! Ce défi, on y pensait depuis deux ans, quand on a fait notre premier Ironman ensemble en 2024. Côté logistique, comment est-ce que ça s’organise ? sh : On a un camping-car, on pourra s’arrêter quand on veut, reprendre des forces, cuisiner… Bref, avoir une routine. On a aussi deux personnes avec nous :
Louison Cavalier qui gère la partie logistique et la communication, et un vidéaste-photographe pour documenter le tout et faire du contenu pour les réseaux. Malgré un foie en béton, vous avez pensé à la nutrition qui, en ultra, est un gros facteur d’abandon… sh : Dernièrement, chaque fois que je cours plus de 30 min, j’ai des problèmes gastriques ! On va tenter de manger peu mais souvent. On a échangé avec une nutritionniste de chez TÂ qui nous a donné plein de tuyaux sur les apports caloriques pour éviter les déficits. og : On va éviter les gels ! Riz, pâtes et no beer… à part si l’Angleterre gagne la Coupe du monde de foot ! IG : @oscarglenister_ et @seb_harris ; londres-nice-by-sebharris.lovable.app
Mentalement épuisés, des douleurs partout : c’est un cœur énorme qui les a sauvés. Après un début sous la canicule, un genou (celui de Seb) en vrac dès le premier jour qui fait penser au pire, et la découverte d’ampoules mutantes, ils l’ont fait. « La première semaine a été très éprouvante et la perspective de devoir tenir pendant 23 jours était effrayante, confie Seb. Heureusement, grâce à Oscar et à notre team, on a pris confiance jour après jour, un kilomètre après l’autre, on est restés dans notre bulle, focus. » La suite fut plus roulante, moins chaude, avec des ravitos à haute teneur calorique pour tenir, mais les jours harassants ont succédé aux nuits parfois sans sommeil. « J’ai beaucoup couru, et aussi après le repos !, raconte Seb. À la fin de chaque marathon, je ne pensais qu’à dormir, mais mon corps me faisait tant souffrir la nuit que j’ai fini par redouter de me coucher. » Malgré tout, un sentiment de fierté et de gratitude a saisi le duo le 21 juillet. À Nice, sur la bien nommée Promenade des Anglais, ils ont conclu la leur en bonne compagnie : ils étaient 80 à passer la ligne d’arrivée, sous l’arche Red Bull, dans un joyeux mélange de followers, de proches et de membres de la ligue régionale contre le cancer. « Bonheur et soulagement d’avoir terminé par un run de 6 km ce qui veut dire que nous étions encore dans un état décent ! », ajoute Oscar. Au bout du courage : 12 005 euros récoltés ! THE RED BULLETIN
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MENTIONS LÉGALES
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The Red Bulletin est distribué dans cinq pays chaque mois. Voyez ici la cover de son édition britannique, qui met à l’honneur l’humoriste Ayo.
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BOUGER
Profil
Fitness First move Dans chaque édition, un membre du Fitness Squad Red Bull Road To Hyrox raconte son premier pas vers une vie active et sportive. À vous de jouer ?
Je ne suis pas née sportive. Je m’y suis mise à 24 ans, d’abord pour perdre du poids et me sentir mieux dans mon corps. J’ai commencé seule, chez moi, des séances de 10 minutes qui me semblaient interminables. Pas à pas, j’ai progressé. En six mois, j’ai perdu plus de 20 kilos, surtout, j’ai gagné en confiance. Deux ans plus tard, j’ai découvert le CrossFit, puis la course à pied, qui était pourtant ma bête noire. Un défi en a entraîné un autre : marathons, semi-marathons, HYROX, triathlon… J’aime apprendre, progresser et sortir de ma zone de confort. Mais ce que le sport m’a apporté de plus précieux ne se mesure ni en kilomètres ni en chronomètre. Il m’a appris le dépassement, la persévérance et la confiance. Et surtout, l’envie de transmettre.
J’aime encourager mes proches à se lancer, partager ou accompagner une course avec des membres de ma famille, des amis dans de nouveaux défis, ou être présente sur un parcours pour soutenir quelqu’un. Je sais ce que représente ce premier pas.
« Le plus difficile n’est pas d’aller loin, mais de commencer. » Esther de Souza, créatrice de contenu sport, lifestyle et food
Je suis aussi profondément épicurienne. Choisir entre prendre soin de soi et se faire plaisir ? Je suis convaincue du contraire et d’une approche conviviale et décomplexée de l’alimentation, qui se retrouve dans mon premier livre, Mange ce que t’aimes, c’est tout , j’y défends l’idée que performance, équilibre et plaisir peuvent coexister. Il n’est jamais trop tard pour commencer, et si mon parcours vous donne envie d’essayer, d’oser ou de croire davantage en vous, alors c’est ma plus belle victoire.
Le prochain THE RED BULLETIN sortira le 5 novembre 2026. THE RED BULLETIN
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Esther de Souza, 28 ans, est basée en région parisienne. Passionnée de course de défis sportifs, elle partage son quotidien avec une approche décomplexée du sport et de l’alimentation. Pour elle, performance et plaisir peuvent parfaitement coexister. IG & TikTok : @estherdsza