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The Red Bulletin CF 02/26

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Les vététistes de trial Raphael Dähler (à g.) et Nico Altherr devant le Musée national à Zurich

HYDROCONQUESTHYDROCONQUEST

HENRY CAVILL

La nouvelle Volvo EX60

La nouvelle Volvo associe une autonomie maximale de 810 km à une recharge ultrarapide permettant de récupérer jusqu’à 340 km en seulement 10 minutes. L’intérieur séduit par ses espaces généreux et ses sièges ergonomiques qui garantissent un confort exceptionnel, quelle que soit la durée du trajet.

Freedom to move. Electric.

volvocars.ch/EX60

D E F G B

Volvo EX60 P12 AWD, 680 ch/500 kW.

Consommation moyenne d’électricité: 16 kWh/100 km, émissions de CO2: 0 g / km.

Catégorie d’efficacité énergétique: B.

Jan Cadosch

Ce photographe suisse spécialisé dans l’action et l’outdoor trouve « toujours génial de rencontrer des gens passionnants avec qui créer quelque chose ». Mission accomplie pour la une de notre magazine ! Page 56

Jessica Holland

La journaliste britannique a rencontré Cristale, et plongé avec elle dans la scène du hip-hop UK. Dans son article, elle révèle comment la musicienne s’impose avec engagement, ambition et un son bien à elle. Page 46

Gregor Stäheli

Le comédien, qui arpente les scènes de poetry slam dans l’espace germanophone depuis 2009, joue en ce moment son premier spectacle solo, OUT OF OFFICE. Dans nos pages, il raconte un accident à la fois anodin et inoubliable. Page 96

Le

mouvement, c’est bien plus qu’un simple déplacement. C’est une envie d’explorer l’inconnu, c’est le courage de se réinventer, c’est oser pousser les limites. Ce numéro, dédié au vélo sous toutes ses formes, part à la rencontre de personnalités qui évoluent dans cette veine.

D’abord, Benoit « Ben » Gea, ancien rider de BMX, nous fait découvrir la scène urbaine à travers son regard de photographe (p. 26). Puis, Fabian

Cancellara : autrefois coureur solitaire et intransigeant, il dirige aujourd’hui le Tudor Pro Cycling Team, révélant une personnalité bien loin de l’image du « Spartacus » indomptable (p. 40). Comment ce champion a-t-il opéré une telle métamorphose ?

Enfin, les trialistes Raphael Dähler et Nico Altherr nous dévoilent, dans les rues de Zurich, les secrets des figures basiques du trial, entre équilibre et audace (p. 56).

Bonne lecture ! La rédaction

La cascadeuse américaine

Michelle Khare est fière de sa chaîne YouTube Challenge Accepted (et de ses 5 millions de followers) !

Portfolio

L’ex rider de BMX Benoit « Ben »

Gea immortalise son sport à l’ancienne, en argentique.

Cyclisme

Spartacus a troqué son image de champion solitaire pour devenir l’un des cerveaux du Tudor Pro Cycling Team. Rencontre.

Musique The Verve

Grâce à ses jeux de mots et son flow percutants, Cristale s’est fait un nom en sortant des quartiers ouvriers d’Angleterre.

VTT Trial

Raphael Dähler et Nico Altherr assurent le spectacle en VTT Trial lors de la Cycle Week !

Que ce soit pour les bikeparks ou les pumptracks : Jérôme Hunziker, de la Flying Metal Crew, sait ce qui compte.

Cinéma Plein

L’Américaine Michelle Khare relève des défis à la Harry Houdini, dignes de Mission Impossible. Vidéos à l’appui !

Tour d’horizon des bikeparks suisses avec Jérôme Hunziker, shaper de profession.

Eisenerz, Autriche Rodéo forever

C’est la course d’enduro la plus rude au monde : chaque année, ils sont plus de mille à prendre le départ de l’Erzbergrodeo. Seuls 500 pilotes auront le droit de s’attaquer au Hare Scramble : quatre heures d’effort ininterrompu, de montées vertigineuses et d’obstacles mythiques comme Carl’s Dinner – un champ de pierres immense où chaque mètre se gagne à la sueur et à la détermination. Une douzaine seulement franchit la ligne d’arrivée. Prochain round : du 4 au 7 juin 2026. redbull.com

Varsovie, Pologne Air force

Pour tant de grâce dans les tourbillons d’air, il faut un entraînement intensif : Maja Kuczyńska, championne du monde de freestyle indoor skydiving, a commencé à s’entraîner dans une soufflerie à l’âge de dix ans. Seize ans plus tard, la Polonaise a atteint le sommet de sa discipline. Ici, on peut voir l’athlète au FlySpot de Varsovie. Même après tant d’années, le plaisir de l’exécution reste intact… Instagram : @kuczynska.maja

Afyonkarahisar, Turquie

Train surfing

Un train de marchandises qui file à 120 km/h. Un avion Zivko Edge 540 qu’il faut maintenir à la vitesse exacte de 87 km/h. Une surface d’atterrissage (sur le dernier conteneur du train) invisible en raison de l’angle de descente. Un défi de taille ! Réussir à poser un avion dans de telles conditions, c’est le propre des pilotes d’excellence comme Dario Costa. Après un atterrissage brillamment réussi, l’Italien a redécollé. C’est ainsi que s’écrit l’histoire de l’aviation ! redbull.com

LUIS BARRA ANNA MAYUMI KERBER

Valparaiso,

Sans faute

Le Red Bull Cerro Abajo de Valparaíso figure parmi les courses de descente urbaine les plus difficiles au monde. Pour le Suisse Marius Perraudin, dont c’était la première participation, ce fut une plongée directe dans un environnement inédit. Ici, pas de sentiers forestiers : le parcours passe dans d’étroites ruelles, des escaliers et fait raser les murs, laissant peu de place à l’erreur. Instagram : @marius.perraudin

Chili

LES

WORKOUTS SONT-ILS LE NOUVEAU TINDER ?

Les utilisateurs et utilisatrices de Strava (Gen Z) ne sont pas entièrement d’accord : les séances de sport sont-elles un bon plan pour un premier date ? Strava explose… tandis que Tinder perd du public. À méditer.

Calcul mental

Musculation ou plaisir ?

Running ou vélo ? Sparring ou rencontres ? Explore les dernières tendances ftness et trouve l’activité qui te correspond !

Texte et données Tin Fischer

QUE PROPOSENT LES SALLES

DE SPORT ?

Les appareils de muscu ne suffisent plus à attirer le public. Les salles misent désormais sur des offres toujours plus complètes : cours collectifs, espaces bien-être, coaching personnalisé, technologies connectées, etc.

Illustration Tobias Wanders

POURQUOI VA-T-ON VRAIMENT À LA SALLE ?

D’après une enquête, se faire des muscles reste la priorité pour la plupart des adhérent·e·s – même si le plaisir n’est pas exclu. Et pourquoi pas les deux à la fois ?

LE PHÉNOMÈNE DE CLUBS

Se rencarder pour un workout et transformer le trajet à la salle en séance ? C’est tendance. Sur les applis comme Strava, ce concept de groupes explose : les clubs de rando, par exemple, ont été multipliés par 6 dans le monde en 2025.

Une idée lumineuse

Cette brique de Lego intelligente démultiplie le champ des possibles avec un répertoire son et lumière inédit. Notre expert s’est pris au jeu.

L’objet

Grâce à des capteurs, la Smart Brique réagit aux mouvements et à son environnement, ainsi qu’à des pièces spécifiques via des tags. Elle peut ainsi reconnaître certaines figurines et générer des sons et effets lumineux correspondants, comme la sirène et le gyrophare d’un camion de pompiers.

Le buzz

Kirafin

de son vrai nom Jonas Willbold, 31 ans, divertit son 1,3 million d’abonné·e·s sur TikTok avec des formats humoristiques. En parallèle, il vit sa passion pour les tendances tech. Pour nous, il passe les hypes actuels au crible.

L’avis

C’était le sujet de discussion au salon technologique CES à Las Vegas. Les vidéos sur TikTok performent excellemment bien, le post le plus réussi de @beyond the brick compte 8 millions de vues.

Cette brique intelligente permet d’accéder à une nouvelle dimension de jeu. Un hic cependant : pour l’instant, les Smart Briques ne peuvent activer leurs fonctions interactives qu’avec des sets Smart Play Star Wars, dont le moins cher est à un peu plus de 60 CHF.

BILAN

Joli cadeau pour… … les aficionados de Lego, toujours enthousiastes pour essayer les nouveautés.

Gros fail pour… … les nostalgiques pour qui une poignées de briques et de figurines est déjà un monde en soi.

Des lunettes de soleil pour chaque moment.

Julia Roberts

ne s’identifie plus à ses succès professionnels. L’actrice préfère regarder au-delà de la belle façade d’Hollywood. Ce qui compte pour elle finalement, c’est que le repas soit servi à l’heure !

Julia Roberts est une « inquisitrice ». C’est ainsi qu’elle se décrit lors d’une interview dans l’hôtel Cipriani à Venise. Car la femme de 58 ans tente de découvrir la vérité au fond de chaque être humain, dans la vie comme dans son dernier flm After the Hunt du réalisateur Luca Guadagnino, thriller sorti en salles l’automne dernier et désormais disponible en streaming. Elle y joue le rôle principal d’Alma Imhof, une professeure de philosophie renommée et plus jeune enseignante de l’histoire de l’université de Yale. Ce personnage complexe, qui cache un sombre secret, se voit plonger dans une crise existentielle lorsque son étudiante préférée porte une accusation contre un collègue.

Elle a été nominée aux Golden Globes pour l’interprétation de ce personnage. Elle déclare s’être demandé comment fonctionnait Alma et quels étaient les mécanismes de protection que cette dernière avait mis en place autour d’elle. Mais l’actrice déjà oscarisée (pour Erin Brockovich, en 2000) ne s’intéresse pas seulement à ces questions dans le cadre de son travail d’actrice, mais aussi dans la vie en général. Julia Roberts recherche l’authenticité et la met elle-même en pratique : « Je ne peux pas tromper les autres. C’est pourquoi je dis ce que je pense, même si cela ne plaît pas à tout le monde. Je ne veux pas donner aux autres une fausse image de moi. »

Ce n’est pas évident pour une star hollywoodienne dont la personnalité est de toute façon encensée et disséquée par le public. Mais cette dernière se moque généralement de ce que les autres pensent d’elle. En 1991, au sommet de

Focus

Née en 1967 à Atlanta (USA) Vétérinaire était le métier de ses rêves Pour Satisfaction elle a appris à jouer de la batterie, mais joue finalement de la basse dans le film Le pain à la banane est sa spécialité, qu’elle apporte sur les plateaux Manchester United est son équipe de foot favorite

sa popularité, elle annule son mariage avec son collègue Kiefer Sutherland quelques jours avant la date prévue, sans se soucier de son image. Quelques années plus tard, n’étant pas satisfaite des rôles qui lui sont proposés, elle quitte Hollywood pendant un temps, et s’en va rendre visite à ses amis en Europe.

Une authenticité enfantine

Y a-t-il une constante dans sa vie ? Oui. À savoir que Julia Roberts a des opinions bien arrêtées. Même si tous ses flms n’ont pas été appréciés, elle afrme ne regretter « aucune décision » prise au cours de sa carrière. Dans les interviews, elle répond sans détours. À la question de savoir quand elle s’est trouvée elle-même, elle répond : « Vous êtes-vous déjà réveillé un matin en vous disant : “Je me suis trouvé.” ? Tout le monde cherche le moment où Dieu lui parle, mais on n’y parvient qu’à petits pas. »

Il est essentiel de poser des questions. Car « le silence peut être tout aussi néfaste que le mensonge. Ne rien dire peut parfois être très douloureux ». C’est précisément pour cette raison que Roberts admire les enfants : « Ils n’ont aucune raison de cacher quoi que ce soit. Et c’est la grande leçon que nous pouvons

apprendre d’eux. » Une des personnes qui a incarné l’authenticité pure à ses yeux était sa mère, qui était pour elle « une superhéroïne ». Surtout parce qu’elle a élevé ses quatre enfants dans des conditions modestes et ce, tout en travaillant : « Elle est la grande inspiration de ma vie. Avec nous, son message était le suivant : j’ai travaillé dur, alors travaillez encore plus dur ! J’ai accompli beaucoup de choses et c’est à vous maintenant d’en accomplir encore plus ! »

À l’intérieur comme à l’extérieur Dès son enfance, Julia Roberts a appris de sa mère l’importance d’aller au fond des choses : « Un jour, je lui ai demandé comment elle faisait pour tout gérer. Elle m’a alors expliqué : « Pour maîtriser la situation, il suft de faire des choses tout à fait banales. Par exemple, mettre de l’ordre. Une maison bien rangée est la condition préalable à un esprit bien rangé. » Et Julia, mère de trois enfants âgés de 18 à 21 ans, Hazel, Henry et Phinnaeus (qu’elle a eus avec son mari et caméraman Daniel Moder), continue de considérer les choses sous cet angle. Pour la star hollywoodienne, une journée réussie consiste à accomplir aussi bien ses tâches professionnelles que privées et « que le dîner soit prêt à l’heure ». Elle trouve son véritable épanouissement dans sa « vie de famille heureuse ». Elle parle de cuisine et de jardinage avec la même passion que du métier d’actrice. Son principe est le suivant : « Transmettre ses convictions à travers des actions. Défendre ses idées. Aligner sa vie sur ta boussole morale. » Julia Roberts souligne : « Mon comportement refète mes valeurs. Il faut donner l’exemple ! » Elle ne souhaite cependant imposer ses convictions à personne. « Je ne donnerais jamais de conseils sans qu’on me les demande, dit-elle avant d’ajouter en riant : On ne devrait d´ailleurs jamais suivre les conseils donnés par des acteurs ! »

Instagram : @juliaroberts ; After the Hunt est disponible sur Prime Video.

« On ne devrait jamais suivre les conseils donnés par des acteurs ! »
Roberts, 58 ans, n’est pas du genre moralisateur.
Julia

Delia Guggenheim

a traversé le désert en courant avant de subir un violent coup du sort. Deux ans plus tard, l’athlète handisport s’apprête à participer à nouveau au Marathon des Sables. Rencontre avec une battante.

Printemps 2024

Le soleil tape fort. Il fait près de 40 °C dans le Sahara marocain et notre héroïne, alors âgée de 21 ans, lutte de toutes ses forces pour gravir une dune, s’enfonçant, glissant et reculant sans cesse dans le sable. Un pas en avant, deux pas en arrière. C’est la quatrième des six étapes du célèbre et redouté Marathon des Sables, course de 253 km dans le désert en auto-sufsance. Le corps de Delia soufre. Frigorifée le matin, elle a enflé une doudoune qui la couvre encore alors qu’il commence à faire chaud. Son mollet lui fait mal et une seule pensée occupe son esprit : prévenir quelqu’un qu’elle abandonne. Mais ne dit fnalement rien à personne. Elle persévère. Elle actionne le levier mental qui distingue les athlètes d’ultra-endurance des autres. « L’esprit domine la matière, déclare-t-elle. Arrête de réféchir et continue de bouger ! »

Pourquoi s’infiger cela ? Des centaines de kilomètres dans le désert avec une ration de nourriture pour toute la semaine sur le dos ? « Parce que ça me transporte loin de la réalité », explique la jeune femme. Sa vie se résume alors à dormir, manger, courir. Ce qui lui permet d’afronter un environnement impitoyable et de se surpasser, éprouvant un sentiment de contrôle total sur son corps. Voilà ce qui compte plus que tout pour elle.

Pourtant, suite à un désaccord avec son coach, elle a failli ne pas participer. Elle était en efet une athlète accomplie en swimrun, épreuve d’endurance extrême qui alterne natation et course à pied, et où l’on court en combinaison

Focus

Originaire de Zumikon (ZH) Âge 23 ans Études Master en psychologie à l’UZH Phrase qu’elle déteste « Tu n’as qu’à être un peu patiente » Dans l’eau elle se sent comme un « phoque qui se noie » lorsqu’elle nage la brasse sans aide

néoprène et nage en chaussures de sport. Son entraîneur ne comprenait pas pourquoi elle avait besoin d’aller chercher l’extrême. « Tu auras toute la vie pour ça », lui assène-t-il. Delia de lui rétorquer : « Je ne sais pas si je pourrai encore courir dans un an. » Elle ignorait combien la réalité dépasserait ses mots.

Printemps 2025

Delia Guggenheim chevauche son vélo de course. Elle vient de terminer un entraînement de 100 kilomètres autour du lac de Zurich, et n’est plus qu’à cinq minutes de chez elle, à Zumikon. Dans son dos, une voiture est lancée à 80 km/h. La conductrice, comme cela sera établi plus tard au tribunal, lorgne sur son smartphone au moment où son véhicule percute l’athlète de plein fouet. Le choc est brutal. Delia est projetée sur le capot puis le pare-brise avant de retomber sur l’asphalte. Gisant là, consciente, elle ne sent plus ses jambes. Son pronostic vital est engagé, mais pour elle, l’enjeu est ailleurs. Elle saisit d’emblée qu’elle ne pourra plus continuer comme avant et, encore sur le lieu de l’accident, dit instinctivement à sa mère : « Je participerai aux Jeux paralympiques. »

Bilan : quatre vertèbres fracturées et la colonne vertébrale déplacée. Elle est sous respiration artifcielle pendant deux semaines. Son corps, autrefois tonique, lui donne désormais l’impression d’être une prison. Elle soufre, elle est en colère, elle veut bouger. C’est dans cette période critique qu’elle prend la décision de faire son retour. « Mes idées noires et mes émotions négatives sont réelles, mais ne me défnissent pas », articule l’étudiante en psychologie. Nos pensées et nos émotions sont des indicateurs de notre état intérieur, et refètent notre réalité. Ils sont des éléments de vérité subjective que nous pouvons apprendre à contrôler, dans une certaine mesure.

Printemps 2026

« Une pensée est un outil », dit Delia Guggenheim, aujourd’hui âgée de 23 ans, à la cafétéria de la clinique universitaire Balgrist après une matinée de physiothérapie. « On a le choix de la remettre dans la boîte pour en prendre une autre. » Quelque chose de doux, presque délicat, se dégage de sa personne. Son sourire est contagieux, et il suft de lui parler un instant pour saisir à quel point c’est une badass. Une fonceuse. Son objectif : le Marathon des Sables, again. Plus en courant, mais en fauteuil roulant. En octobre, elle prendra le départ de l’aventure inclusive MDS Handi, proposée aux personnes à mobilité réduite. Une équipe de trois personnes l’accompagnera et poussera son fauteuil tout-terrain dans les dunes, lorsqu’elle ne pourra plus avancer seule. L’un de ses « moteurs » humains dans le sable sera Ben Thiesmeyer, le coach qui avait voulu la dissuader de se lancer dans la course de l’extrême. « C’est une boucle qui se referme », sourit-elle. Son aventure dans le désert l’avait poussée à ses limites deux ans plus tôt, alors qu’elle était en quête de liberté dans le contrôle total de son corps. Aujourd’hui, Delia Guggenheim avance avec la certitude que l’on est souvent capable de bien plus que ce que l’on imagine.

Instagram : @deliaalyssaa

Le 10 mai, des milliers de personnes courront au Wings for Life World Run pour celles et ceux qui ne le peuvent pas. Les fonds récoltés sont reversés à la recherche sur la moelle épinière. Delia participera au app run event depuis le Balgrist (Zurich). Infos des autres app run events via le code QR.

Texte Christof Gertsch Photo Muriel Florence Rieben
« Une pensée est un outil. On a le choix de la remettre dans la boîte pour en prendre une autre. »
Delia Guggenheim en impose par son incroyable force de volonté.

Buds

porte plusieurs casquettes : rappeur, acteur, producteur…À quelques mois de la troisième édition de son festival éponyme, portrait d’un ponte du hip-hop helvétique à l’ambition sans frontière.

Bienne, cité ouvrière bilingue de quelque 70 000 âmes. C’est au sein de cette ville multiculturelle que Natan Veraguth aka Buds voit le jour à l’aube des années 90. Les sonorités estampillées nineties, justement, font partie intégrante de son lifestyle lorsqu’il cofonde le collectif La Base & Tru Comers en 2010 avec les MC T-Sow, Ri-K, Sokra, Ekzhall ainsi que le duo de producteurs Sperrow et X-Pert. Très vite, le crew qui vogue totalement à contre-courant de la tendance connaît un engouement certain : « Quand on a commencé à faire du son avec l’équipe, jamais on n’aurait imaginé une seule seconde la dimension qu’allait prendre cette aventure. On était avant tout des mecs passionnés de rap, on faisait les choses à l’instinct, de manière très underground. Pour l’anecdote, lorsqu’on a sorti la vidéo du morceau Originoo Comin Tru sur YouTube, on avait comme objectif presque utopique d’atteindre les 10 000 vues... et aujourd’hui elle en cumule quasiment 500 000. » Une sacrée performance, surtout que le titre tranche radicalement avec les standards de l’époque. Boom-bap jazzy, sapes vintage et grosses berlines ; c’est à se demander si Bienne n’aurait pas été jumelée avec Brooklyn le temps d’un clip. Toujours est-il que, aussi spécifque soit-il, le créneau dépasse largement les frontières ainsi que les attentes des membres du groupe : « Suite à la sortie de notre premier album Jusqu’à la mort en 2015, on a connu un important succès d’estime, si bien qu’on a eu l’opportunité de partir en tournée aux quatre coins de la planète. C’est juste incroyable que les gens nous en parlent encore dix ans plus tard. »

Focus

Villes de cœur Bienne et São Paulo (Brésil) Ses classiques l’album What’s Going On (1971) de Marvin Gaye et le film Belly (1998) de Hype Williams Quatre artistes suisses qu’il valide Pronto, Slimka, Paxslim et Al-Walid

Un goût pour l’expérimentation

Lorsque le chapitre La Base & Tru Comers prend fnalement fn à l’orée de l’année 2020, celui qui arborait jusqu’ici le blaze de Buds Penseur (en référence à Bud Spencer, fgure du genre western spaghetti et compère de Terence Hill) n’en garde que la première moitié et commence alors à expérimenter de nouvelles sonorités. Fruit de cette incubation, le duo Psycho’n’Odds se forme avec le bernois Nativ dont l’album Radiation World se mue en creuset trap, UK Garage et house entièrement produit par Questbeatz. Si la durée de ce trip radioactif a été relativement éphémère, elle souligne toute l’aisance de Buds à ajuster son fow quel que soit l’instrumental, lui qui a par ailleurs rafé le sacro-saint disque d’or pour le single Grey Goose. Introspection, spleen et résilience : tels sont les maîtresmots du premier véritable projet solo de Buds, Dystopia paru en 2022 suite à deux ans de pause. À l’écoute de la tracklist, le ton est donné : exit le boom-bap, place à la baile funk et le trap, exit le kickage, place aux refrains lusophones scandés sous autotune. Une transition musicale qui a de quoi surprendre en comparaison du genre old school qui a contribué à façonner sa renommée, mais qu’importe.

Le Suisso-Brésilien ne se laisse pas enfermer dans une case : « Quelle que soit la discipline, j’ai toujours eu cette volonté de pousser le curseur au maximum ; c’est la passion qui me guide. »

Swiss Connection

Via la musique, Buds s’est vu collaborer avec une fopée d’artistes d’horizons différents : Lil Supa, Prince Waly, Di-Meh, Slimka, Kwam.E, Cinnay, M.A.M, Ace SL, Celo & Abdi... Des connexions qui ne se limitent pas seulement au rap. En 2025, le Biennois a efectué ses débuts devant la caméra au sein de la distribution de la série Putain, coréalisée par Zwangere Guy, pointure de la scène belge dont l’éclectisme n’est pas sans rappeler celui de Buds : « Notre amitié remonte à bien avant que la musique nous réunisse, un lien fort unit Bienne et Bruxelles. Quand il m’a confé bosser sur un projet de série, je lui ai fait part de mon intérêt. J’ai passé les castings et je suis parti pour deux jours de tournage en Belgique. C’était une belle expérience que je n’exclus pas de poursuivre à l’avenir. » Et la suite ? Elle se révèle radieuse, si l’on en croit les dires du principal intéressé ; un possible EP avec les Tru Comers, un second album « cofré » (fnalisé) dont la direction artistique sera totalement diférente de ce que le rappeur a pu proposer jusqu’ici. Et enfn cet été, le Buds Fest troisième du nom ! Après avoir réuni la double crème du rap suisse et avoir fait sold out deux années consécutives à la Coupole de Bienne, c’est désormais sous la forme du plein air que l’événement se dessine. Le « meilleur festival du pays » dixit son créateur, qui ne lésine pas sur les moyens lorsqu’il s’agit de mettre en avant la culture : « On m’a souvent étiqueté d’artiste fédérateur, et même si c’est gratifant, ce n’est pas nécessairement mon objectif. En revanche, mon mantra dans cette vie, c’est de favoriser la création sous toutes ses formes. »

Le festival open air Buds Fest aura lieu le 6 juin au terrain Gurzelen. IG :@buds.fest ; @badmanbuds

« Mon mantra dans cette vie, c’est de favoriser la création sous toutes ses formes. »
Avec un festival à son nom, Buds, 36 ans, voit loin, et grand.

La vitesse de la lumière

Ces taches lumineuses ou light leaks sont des imperfections sur la pellicule argentique. « On peut bien sûr les voir comme des défauts. Mais c’est justement ce qui donne sa vibe au cliché », explique Ben. Elles permettent surtout de saisir la vitesse des pilotes. « La perfection réside parfois dans l’imperfection. »

Street style

Le BMX, ça bouge dans tous les sens. L’ancien rider pro Benoit « Ben » Gea en fige des instants avec brio sur la pellicule de son appareil photo. Avec tout ce qu’il y a autour.

Texte Pauline Krätzig Photos Benoit Gea

Le BMX, ça va vite, c’est souvent improvisé et ça ne dure qu’une fraction de seconde : pas évident avec un appareil argentique. Ben Gea sait à quel moment appuyer sur le déclencheur. Ancien pro du BMX lui-même, il reconnaît en une fraction de seconde la figure qu’un rider s’apprête à réaliser, et sait comment rendre la vitesse grâce aux jeux de lumière. Derrière l’appareil, il doit aussi faire preuve d’endurance.

« Suivre les gars en session street, ça peut être intense. C’est pour ça que j’emporte le minimum quand je les rejoins. »

Fondu enchaîné

Pour faire de belles photos, il faut de bonnes idées – et des gens sympas qui se prêtent au jeu. Pour ce cliché, Gea a demandé à Matthias Dandois, dix fois champion du monde de BMX flatland, de s’habiller en blanc –« en écho aux marquages sur le sol » – afin qu’il se fonde dans le décor.

Pris sur le vif

La photo de rue est spontanée et authentique. Un regard au-delà des apparences. « Mon pote Jo [Gass] a vraiment le style bad boy. Cette photo avec les chiens de combat prouve qu’il ne faut pas se fier aux apparences : aucun des trois ne mord. »

Flou artistique

En BMX, il existe grosso modo deux types de tricks : les aerials –des figures réalisées dans les airs. Et les grinds. « Le rider glisse sur un rail ou un rebord. Souvent, les grinds sont moins spectaculaires en photo. J’apporte du relief en jouant sur le temps d’exposition. Le flou cinétique donne un super effet dynamique. »

Insoutenable légèreté

L’architecture futuriste du musée des Confluences à Lyon fait penser à un nuage de cristal en suspens. « C’est un spot visuellement fort, explique Gea. L’environnement est très important dans ma composition photographique. »

Gea met en lumière le côté créatif du BMX freestyle et ce qui l’entoure : la tension, la préparation avant un trick, les chutes, tout ce qui va avec. « Je veux raconter des histoires, pas seulement faire de belles photos, confie-t-il. Les photos de BMX sont souvent centrées uniquement sur le rider. J’essaie d’ajouter une dimension supplémentaire ou d’autres éléments. La rue est parfaite pour ça. Il y a toujours quelque chose qui s’y passe. Et tout ce qui donne de la vie à la photo y a sa place. » C’est précisément ce qui donne leur dynamisme unique à ses photos. Gea est ami de longue date avec la plupart des riders qu’il suit, depuis l’époque où il était lui-même pro. Ayant donc déjà ridé ensemble, ils peuvent faire l’économie des mots pour se comprendre, même quand ils portent des écouteurs. Souvent, un regard suffit pour que le timing soit parfait – ce qui est pratique quand on ne se départ pas de ses écouteurs…

du livre Emulsion. Instagram : @bengea_

Le photographe Ben Gea, 36 ans, originaire de Pau en France, a été pro de BMX (street/park) pendant plus de dix ans. Aujourd’hui, il est photographe, réalisateur et membre de jury pour des concours de photo. Il est l’auteur
« Je m’inspire de réalisateurs comme Stanley Kubrick ou David Lynch, et de leurs scènes composées avec précision, chargées d’atmosphère. »

Éléments perturbateurs

Les photos de groupe sont souvent un peu glauques. Gea aime bien bousculer les poses figées… avec des pigeons. « Pour moi, ils incarnent l’esprit de la rue à la perfection. Et puis, ils sont imprévisibles et réservent toujours des surprises sur le cliché développé. »

Cool Raoul

La plupart des gens s’agacent quand quelqu’un se plante au milieu de leur photo, l’air de rien. Gea accueille les importuns avec humour, comme cette inconnue au premier plan. « C’est justement ce mix de photo de rue et de photo de BMX que j’adore. »

La petite histoire

Une photo peut changer notre vision du monde. Gea nous en réserve encore de belles avec son vieux Hasselblad 500c. « C’est le même modèle que celui que les membres de l’équipage d’Apollo 17 avaient avec eux pour leur voyage sur la lune en 1972. »

Old school

Gea ne travaille presque qu’en argentique. « J’ai fait des études de chimie. Ça fait partie des raisons pour lesquelles tout le processus de création d’une photo me fascine tant. Le développement des négatifs, c’est de la chimie pure. » Sur tous les plans.

En bonne compagnie

Depuis 2008, ils et elles sont chaque année plus de 80 à venir des quatre coins de la France pour rider les bowls emblématiques du Pays basque. Gea : « L’Apache Trip, c’est une ambiance de festival. On ride des vagues de béton, on chille. On est bien. »

« Ce que j’aime dans la photographie, c’est qu’elle immortalise des instants fugaces. »

QUE DES HIGHLIGHTS

SUR TA LISTE ?

RED BULL DONNE DES AIIILES.

Fabian Cancellara, le gladiateur du cyclisme moderne : un coureur qui remportait ses courses avec une domination sans partage.

Pendant ses années de course, il est surnommé

« Spartacus ».

Aujourd’hui à la tête d’une équipe, ce n’est plus lui qui doit gagner, mais les autres. Voici l’histoire d’une surprenante transformation.

L’HOMME

Il n’y en a pas eu deux comme lui dans le sport suisse : quand Fabian Cancellara gagnait (il a remporté presque toutes les victoires possibles en cyclisme), ce n’était jamais le fruit de tactiques consistant à rester tapi dans le sillage d’autres coureurs. C’était le fruit d’une domination physique sans partage.

Surnommé « Spartacus », Cancellara abordait ses courses comme le légendaire gladiateur ses combats : il n’attendait pas les derniers mètres du sprint final pour lancer ses attaques, mais passait déjà à l’offensive 40 ou 50 km avant l’arrivée. Alors que ses concurrents se mettaient en danseuse, le visage déformé par la douleur, lui restait assis, imperturbable, passait à la vitesse supérieure et imprimait un rythme de pédalage d’une puissance inimaginable. Il adorait le contre-la-montre, la « course de la vérité ». Sa supériorité était si impressionnante que l’on pensait qu’il se dopait ou que son vélo dissimulait un moteur électrique dans le cadre.

Le gladiateur

Lorsqu’il a mis un terme à sa carrière en 2016, il était au sommet de sa gloire : Cancellara était double champion olympique et quadruple champion du monde, avait remporté huit étapes du Tour de France et porté le maillot jaune de leader du classement général pendant 29 jours. Mais c’est lors des classiques printanières d’un jour qu’il a remporté ses plus belles victoires : entre Milan-San Remo, Paris-Roubaix et le Tour des Flandres, il en cumule sept. Du gladiateur au propriétaire d’une entreprise cycliste internationale de 140 employé·e·s, il y a réussi une transformation des plus radicales : un cycliste pro (l’un des plus égocentriques de sa génération qui plus est) devenu un leader capable de s’effacer pour laisser aux autres la place qu’il occupait autrefois.

QUI A APPRIS À S’EFFACER

Un cercle très privé

Comment celui qui était entraîné à laisser les autres derrière est-il devenu celui qui les aide à aller de l’avant ? « Bonne question, répond Cancellara. Il faut que j’y

réfléchisse. » Alors, commençons par demander aux autres. À Stefan Küng, par exemple, la nouvelle recrue star de Tudor, sur laquelle l’équipe misait beaucoup pour ce printemps. Küng est un spécialiste du contre-la-montre et des classiques, tout comme Cancellara en son temps : précis, endurant, redoutable. Mais lors du week-end d’ouverture des classiques flandriennes fin février, il a fait une chute et s’est fracturé le fémur.

Quelques jours plus tard, Küng s’est bien remis de l’opération et se souvient. De ses premières années en équipe nationale, d’une Coupe du monde, du moment où, jeune coureur, il a fait son entrée dans la cour des grands. Il avait repéré Cancellara, le plus grand de tous – pour constater qu’il ne lui accordait pas le moindre regard. Küng fut déçu. Et pourtant, des années plus tard, c’est précisément avec lui qu’il a signé un contrat. Cancellara n’était pas hautain, il avait été contraint de le devenir. Il était à la tête de la discipline à une époque où le cyclisme traversait une grave crise de confiance : les scandales de dopage avaient rendu le public si méfiant que toute performance exceptionnelle semblait suspecte. Pour faire partie des meilleurs, il fallait être blindé. Alors Cancellara s’était constitué son petit cercle à lui : un mécanicien, un masseur, deux ou trois personnes de confiance. Les autres, il en faisait abstraction.

Face au néant

« Il fallait que je sois égoïste pour évoluer sous les projecteurs », admet-il. En apparence, il a conservé cette attitude jusqu’à la fin de sa carrière en 2016. Mais au fond de lui, elle avait déjà commencé à s’effriter en 2012. Ce fut sa pire année en tant que professionnel. Au printemps, pendant le Tour des Flandres, il s’était retrouvé trop loin dans le peloton, avait roulé sur un bidon et s’était cassé la clavicule. Puis, aux Jeux olympiques de Londres, nouvelle chute – une fois encore dans une position idéale, une fois encore par sa propre faute. Personne n’avait imaginé que l’or pourrait lui échapper. Il ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Il ne se reconnaissait plus. Pourquoi commettait-il soudainement toutes ces erreurs ? Pourquoi n’arrivait-il plus à se

Texte Christof Gertsch
Photos Shamil Tanna
« Il fallait que je sois égoïste pour évoluer sous les projecteurs. »

PEP TALK

Cancellara avec le Tudor Pro Cycling Team entre course et roadtrip.

sentir en confiance ? Il était au plus bas, complètement épuisé, au bord de la dépression. La plus grosse crise de sa carrière de sportif. Il a alors fait appel à un coach mental – ce qu’il conseille aujourd’hui à chacun de ses coureurs. Et a appris une chose qu’il ignorait jusquelà : se poser. Prendre conscience de son état sans chercher immédiatement à le changer. S’en sont suivies quatre années de plus de carrière pro. Et un départ digne d’un conte de fées : l’or au contre-lamontre olympique à Rio de Janeiro, pour la deuxième fois après 2008. Spartacus a quitté l’arène au sommet de sa carrière. Puis il s’est retrouvé sans rien. Pas sur le plan financier, mais sur le plan existentiel. Quand toute l’identité d’un homme repose sur la souffrance, le contrôle et les victoires, que reste-t-il de lui quand la souffrance disparaît, que le contrôle s’arrête et que les victoires cessent ? Cancellara a fait ce que font beaucoup de sportifs à la retraite : il est devenu ambassadeur de marque, a accepté de participer à des événements en tant qu’invité d’honneur et a pris la parole pendant des conférences. Son nom faisait recette. Mais il s’est vite rendu compte que tout cela ne l’intéressait pas. « Ce n’est pas le genre de choses qui me font vibrer. » C’est à cette époque que Raphael Meyer est entré dans sa vie. Meyer occupait un poste intéressant au sein de l’organisation du Tour de Suisse, et Cancellara voulait le convaincre de rejoindre sa petite entreprise, qui, à l’époque, était principalement axée sur la promotion de son image. Meyer a posé une condition : « Je viendrai si nous construisons ensemble quelque chose qui a du sens. » Cancellara a déclaré que c’était précisément son intention. « Je veux rendre la pareille à ce sport qui m’a tout donné. » Mais comment s’y prendre ? Cela a donné lieu à une phase d’expérimentation. Ils ont étoffé la série d’événements sportifs grand public Chasing Cancellara, qui donne l’occasion aux adeptes de la petite reine de se mesurer à lui. Ils se sont lancés en tant qu’agence pour les entreprises du secteur du vélo. Ils avaient prévu des courses en Australie et aux États-Unis. Mais leur plus grand projet a échoué avant même d’avoir commencé : le rachat du Tour de Suisse. Le communiqué de presse était déjà prêt, et trois jours avant sa publication, ils se sont rétractés. L’intuition de Cancellara lui avait dit de renoncer.

FABIAN

CANCELLARA : UNE CARRIÈRE

AU SOMMET

2007

- PERCÉE

Cancellara remporte le prologue du Tour de France, endosse le maillot jaune, et s’impose sur la 3e étape.

2008

- AU SOMMET

Lors des Jeux olympiques de Pékin en 2008, Cancellara remporte l’or en contre-lamontre individuel.

2010 - MONUMENTAL

Après sa victoire au Tour des Flandres, Cancellara s’impose aussi à Paris–Roubaix : un doublé rare dans l’histoire.

2016 - ADIEUX

C’est avec l’or aux JO de Rio qu’il met fin à sa carrière. Il est l’un des plus grands coureurs de sa génération.

Nouveau rôle, nouveau jeu Peu après, ils ont reçu un appel. La Swiss Racing Academy, une équipe suisse de jeunes talents, était en faillite. Seize coureurs voyaient leur carrière prendre fin avant même qu’elle n’ait vraiment commencé. « On ne peut pas laisser faire ça », a dit Cancellara à Meyer. Et Meyer a compris : pour la première fois, Cancellara ne pensait pas à lui-même. Cette fois-ci, il s’inquiétait de ce qui arrivait à d’autres.

« On n’avait pas de voitures, on n’avait pas de pneus, on n’avait rien du tout », se souvient Meyer. Mais ils l’avaient lui, le spécialiste des affaires, et ils avaient Cancellara, le spécialiste du sport. Cancellara savait ce que ressentaient ses coureurs – sur le plan physique et mental. Il sentait quand quelqu’un était sous pression, quand quelqu’un voulait briller mais n’en avait pas la possibilité.

Mais il a aussi dû désapprendre beaucoup de choses, comme de vouloir tout contrôler. Lui qui connaissait autrefois son vélo sur le bout des doigts, de la pression des pneus aux disques de frein, comptait bien tout contrôler dans le monde des affaires aussi. Meyer ne peut s’empêcher de rire quand il repense au jour où Cancellara lui a dit qu’il avait besoin d’un cours sur Excel de toute urgence. « Ça ne sert à rien, lui avait répondu Meyer. Tu ne seras jamais un pro des tableurs. Concentre-toi sur tes points forts. »

Ce qu’il a fait. Il a amélioré ce qu’il pouvait – et laissé le reste de côté. Il n’a pas fait de présentations PowerPoint, ni potassé le vocabulaire des affaires. « J’ai compris que c’est en me concentrant sur l’aspect humain que je suis le plus utile », poursuit-il. Aujourd’hui, il discute avec les gens, il jauge l’ambiance. Ce n’est pas un homme de chiffres et de plans stratégiques. C’est le pilier de l’équipe. Et c’est celui qui comprend mieux que quiconque ce que vivent les coureurs. Il porte en lui dix-sept années de souffrance. Cette souffrance est aujourd’hui son atout le plus précieux. Un exemple ? Lors du week-end d’ouverture des classiques flandriennes, d’autres coureurs de l’équipe Tudor sont tombés en plus de Küng. Le dimanche, seuls cinq coureurs sur sept ont pris le départ de la deuxième course. En temps normal – dans un sport fondé sur la culture de la peur et la pression du résultat –, le collectif se désagrège dans de telles situations : personne ne se sent concerné, chacun ne pense qu’à ses

« C’est en me concentrant sur l’aspect humain que je suis le plus utile.»

CONCENTRATION MAXIMALE

Stefan Küng, 32 ans, du Tudor Pro Cycling Team, s’entraîne à Tenerife quelques jours avant sa chute du 28 février 2026.

propres intérêts. Au lieu de cela, KuurneBruxelles-Kuurne s’est transformé en une véritable démonstration. L’équipe Tudor – sans son capitaine – a terminé aux deuxième et troisième places. Comment cela a-t-il été possible ?

Partir de l’imperfection

La réponse réside dans ce que Cancellara et Meyer ont su mettre en place : un environnement propice à la « sécurité psychologique ». Amy Edmondson, professeure à Harvard, est à l’origine de cette expression. Elle désigne un environnement où l’on n’est ni sanctionné ni humilié lorsque l’on commet des erreurs, que l’on pose des questions ou que l’on révèle ses faiblesses. Quand un problème survient sur la route – que ce soit une baisse de performance ou une défaillance du matériel –, on ne cède pas à la culture de la peur chez Tudor. On s’assoit autour d’une table et on cherche des solutions. Cancellara, qui par le passé ne pardonnait aucune erreur sur le vélo, a créé une atmosphère dans laquelle l’imperfection n’est pas considérée comme un échec personnel, mais comme le point de départ d’un apprentissage collectif. Il offre à ses athlètes un cocon protecteur dans lequel ils peuvent s’autoriser à être vulnérables.

L’équipe d’innovation de Tudor – surnommée affectueusement les « Minions » par Meyer et Cancellara – travaille en coulisses avec une rigueur qui n’est pas sans rappeler la propre carrière sportive de Cancellara : 450 modèles de casques ont été testés à l’aide d’une imprimante 3D avant qu’un choix ne soit arrêté. Ce ne sont pas les coureurs eux-mêmes qui prennent place dans la soufflerie, mais des copies conformes sur mesure. Pour que Küng et les autres puissent rester chez eux en famille, au lieu de passer des heures dans un tunnel en plein vent.

Pour Cancellara, qui est très attaché à sa famille, ce n’est pas un détail. C’est sa philosophie. Raphael Meyer, son PDG, déclare : « Les gens heureux pédalent plus vite. » On dirait un de ces conseils de management tirés d’un séminaire, qui ne sont finalement jamais mis en pratique. Mais chez Tudor, c’est une réalité.

« Je pense que j’ai une conception différente du pouvoir aujourd’hui, déclare Fabian Cancellara. J’ai réalisé à quel point cela peut être gratifiant de s’effacer et d’aider les autres à réussir. »

Instagram : @fabian_cancellara

Fabian Cancellara
Texte Jessica Holland
Photos Amanda Fordyce
STYLISME: ROSIE
SYKES COIFFURE ET MAQUILLAGE: MARSHA RYAN

À trois ans, un oncle lui apprend à rapper. À 20 ans, elle signe

un premier

pour un séance

À 24 ans, Cristale De’Abreu peut déjà se targuer d’une carrière bien remplie. Entre hits viraux et nominations aux MOBO Awards, elle n’a pas chômé. Pourtant, la rappeuse et actrice londonienne en est certaine : le meilleur reste à venir.

CRISTALE UNE ASCENSION SANS CONCESSION

Bong Bing,
tube viral. The Red Bulletin l’a rencontrée à Brixton
photo.

DDans le clip vidéo de Regular Citizen, la rappeuse Cristale, originaire de Londres, présente sa vision du monde, entourée de bocaux de verre colorés dans un magasin de bonbons à l’ancienne : « La vie est belle, mais j’en veux plus./Je travaille dur./Déso pas déso, j’en veux plus. » Puis elle envoie valser son tablier de travail et s’en va. « J’ai dit à Dieu que je n’essayais pas de jouer les ingrates./J’aime ce que j’ai, mais j’en veux beaucoup plus. »

Affichant un dynamisme à toute épreuve, une authenticité indéniable et une grande maîtrise lyrique, Cristale est une surdouée, capable aussi bien de jouer avec les mots que de tisser des rimes complexes autour des beats minimalistes de la UK drill ou des rythmes entraînants du dancehall. Elle a déjà travaillé avec des artistes influents des scènes américaine, caribéenne et britannique, comme Toddla T, qui a produit des noms tels que Stormzy ou encore Kneecap, et l’a surnommée « Baby GOAT » dans son podcast Gratitude is the Attitude l’an dernier. « Elle a beau avoir la moitié de mon âge, j’apprends énormément de cette jeune femme, confesse le DJ et producteur. Le rap perd parfois de sa dimension artistique, [mais Cristale] me rappelle pourquoi je suis tombé amoureux de cette musique. » À l’heure actuelle, les plus grandes réussites professionnelles de Cristale ne sont rien de moins que sa performance en tant qu’actrice et rappeuse dans la saison 3 de la série Top Boy qui a fait un carton sur Netflix en 2023 –et lui a permis de chanter son titre Roadents –, et sa nomination pour la meilleure performance hip-hop aux MOBO Awards 2025.

Elle travaille en ce moment à sa toute première mixtape et se prépare aux challenges qui jalonnent le chemin du succès.

À la voir assise là, dans le café d’un grand magasin de Brixton, vêtue d’un jogging noir, sans ses fameux grillz et sirotant un chocolat chaud, personne ne pourrait dire qu’il s’agit de la future star du rap. Mais dès qu’elle ouvre la bouche, Cristale parle avec l’assurance tranquille d’une artiste qui s’apprête à réaliser de grandes choses. « Si vous me connaissez bien, ou si vous connaissez mon parcours, explique-telle, vous savez que je suis capable de bien plus. Même si je suis déjà arrivée très loin, ce n’est que le début. »

La jeune femme a dicté ses propres règles afin d’atteindre ses premiers objectifs. Hors de question qu’elle suive les traces de quelqu’un d’autre.

« Si je me contente de reproduire ce qui a déjà été fait, il y a de grandes chances que je me freine toute seule », confie-t-elle. Elle considère toutefois Little Simz – la seule femme à avoir remporté le MOBO Award de la meilleure performance hip-hop en plus de vingt ans – comme un exemple inspirant ; Simz lui a d’ailleurs fait part de son soutien et l’a félicitée par SMS.

« Quand j’ai commencé, je me disais toujours : Little Simz ne remue pas son boule, pourquoi devrais-je ?, rappelle Cristale. Elle a fait des merveilles, sans pour autant renier sa vraie nature. Qui oserait dire que je ne peux pas aller aussi loin, voire plus loin, sans renoncer à mes croyances ? Je suis toujours restée fidèle à moi-même. »

Des jeux de mots bluffants, un flow haletant : voici l’essence de sa musique, entre rap, dancehall et grime.

« J’AI DÉJÀ ACCOMPLI DE NOMBREUSES CHOSES, MAIS JE SUIS CAPABLE DE BIEN PLUS. »

La façon dont la rappeuse londonienne perçoit la musique redessine le genre de la UK drill. Voisine du grime auquel Cristale est le plus souvent associée, la drill est connue pour ses paroles agressives et son esprit de compétition, mais la jeune femme est tout aussi susceptible de se pencher sur ses faiblesses ou de faire référence à l’auteur américain John Steinbeck que de se lancer dans la frime. Au travers d’Antisocial, qu’elle a chanté aux MOBO Awards de 2024, elle évoque son éducation relativement protégée, le fait qu’elle n’ait pas eu le droit de participer aux manifestations Black Lives Matter, et la gêne qu’elle peut ressentir en soirée. Plus récent, le single Ready 2 Go la montre gaie et sereine : « Je bois de la San Pellegrino… mais je reste une racaille », rappe-t-elle, impassible. « Si la vie me donne des citrons, j’en ferai un mojito. » Elle a toujours pris de bonnes décisions, se fiant à son instinct plutôt qu’aux gens qui l’entouraient. En 2023, les réseaux sociaux ont présenté Cristale et une autre jeune MC de talent, TeeZandos, comme deux concurrentes sur une scène dominée par les hommes. Mais au lieu de jeter de l’huile sur le feu, Cristale a préféré collaborer. « Les gens ont tenté de nous monter l’une contre l’autre, regrette-t-elle. On les voyait s’écharper en ligne pour désigner la vraie reine de la drill. Un jour, on a décidé de faire équipe. Il en est ressorti quelque chose de génial ! » Le freestyle né de cette rencontre est une déclaration d’intention électrisante : deux femmes se sont unies et ont fait savoir au monde entier qu’elles étaient largement capables de se mesurer aux meilleurs. Enregistrée pour la série Plugged In, leur vidéo YouTube cumule plus de 12 millions de vues et a permis d’asseoir la réputation de ces deux étoiles montantes.

Pour Cristale, choisir une approche différente en vaut la peine. « Je n’appartiens à aucune bande dans le monde de la musique. Je suis plutôt une solitaire.

Ça me donne parfois l’impression d’être une outsider, mais j’ai l’habitude. Je fais juste ma musique. » Élevée aux sons du dancehall caribéen, du hip-hop américain et du grime britannique dans un foyer jamaïco-montserrato-guyanais, Cristale a appris à rapper à l’âge de 3 ans grâce à son oncle. Ce dernier lui avait écrit une chansonnette – « Je m’appelle Cristale et je n’ai rien bu… » – qui a permis à la petite fille de remporter tous les concours de talents de son école primaire.

Au collège, elle a découvert les poètes britanniques Santan Dave, Suli Breaks, Nego True et George the Poet, et a commencé à participer à des compétitions de slam – et à les remporter. Mais son rêve était de devenir footballeuse professionnelle ou architecte. À l’âge de 14 ans, elle a été repérée par le Crystal Palace FC et elle a joué chez les moins de 16 ans et les moins de 18 ans, puis elle s’est inscrite en premier cycle de graphisme à la University of the Arts London, cherchant à exploiter le plus grand nombre possible de ses qualités. « On nous disait à ma mère et à moi que j’allais forcément échouer parce que j’ai grandi à Brixton, se souvient-elle. Que je finirais mère célibataire à 17 ans. Mais à 17 ans, j’ai passé le bac… et je l’ai eu ! »

C’est une pause dans sa relation avec son petit ami de longue date au moment de son entrée en Terminale qui a amené Cristale à écrire ses premiers freestyles : « Je voulais mettre des mots sur ma souffrance, mais je ne pouvais pas véritablement en parler. J’ai écrit un poème en allant à l’église, et il s’est transformé en barres. » À l’époque, elle écoutait From Time (feat. Jhené Aiko), de Drake, et elle a fini par poser ses mots sur le beat minimaliste et syncopé de cette mélodie très simple au piano, puis elle l’a publié sur Instagram. « Après ça, j’ai juste fait des freestyles. » En février 2020, alors que Cristale était en deuxième année à la fac, son père lui a

4 TITRES MAJEURS POUR CRISTALE

CHIP

COWARD (2015)

« Ses arrangements et la façon dont il suit le rythme me captivaient quand j’étais jeune. »

BUJU BANTON BOGLE (1992)

« Ma mère écoutait cette chanson avant ma naissance. Quand j’ai créé Bong Bing, je savais intuitivement comment faire une chanson dansante. »

BUSTA RHYMES

PUT YOUR HANDS WHERE MY EYES COULD SEE (1997)

« Son rythme, son énergie, sa cadence, la maîtrise de sa respiration, tout en somme… C’est carrément inspirant. »

LAURYN HILL

NOTHING EVEN MATTERS (FEAT D’ANGELO) (1998)

« The Miseducation… est mon album préféré de tous les temps. Ce morceau m’apaise. »

Le drill, c’est du rap en plus dur, et plus brut. Cristale, elle, y ajoute une touche unique : sa vulnérabilité.

Avec le recule, la jeune femme prend la mesure du succès :

« La petite Cristale aurait du mal à y croire. Elle ne penserait pas se retrouver au Top 50 et avoir un million de followers sur TikTok. Elle ne se croirait pas capable de faire de la musique. »

« ON ME DISAIT

QUE ÉCHOUERJ’ALLAISPARCE QUE J’AI GRANDI À BRIXTON. »

suggéré d’enregistrer les quelques raps qu’elle gardait sur son smartphone en studio, et de publier des vidéos sur YouTube. Cela a immédiatement attiré l’attention. Cristale a été approchée par le rappeur drill Temz pour une collaboration (Scores, sorti en 2021) et elle a reçu un DM peu après, lui proposant de signer chez le nouveau label britannique 4ZA, fruit d’un partenariat entre Sony Music et Black Butter Records.

L’année suivante, Cristale a connu un succès viral dont la plupart des jeunes artistes rêveraient. Début 2022, elle a travaillé avec la star montante du dancehall jamaïcain, Laa Lee, sur le titre Bong Bing. Un soir, pendant une session de sport, elle a mis au point et filmé quelques mouvements avec son petit ami danseur pour illustrer la chanson. Le lendemain, Cristale a publié le clip entre deux tresses qu’elle faisait pour sa grand-mère. En quelques heures, sa vidéo affichait 100 000 vues ! Les gens ont commencé à se filmer en train de danser, des influenceur·euse·s ont lancé leurs propres tutoriels de la Bong Bing dance. À ce jour, ce titre a servi de bande-son à plus de 500 000 vidéos TikTok et compte plus de 11 millions d’écoutes sur Spotify. « C’était dingue, s’étonne Cristale. Cette chanson a changé ma vie. Jusque-là, je croyais en moi et j’étais sûre de faire de la bonne musique, mais je ne pensais pas que les autres pouvaient aussi croire en moi. Je suis passée de quelques centaines à un million de followers sur TikTok. » Depuis, les opportunités se sont enchaînées et Cristale en a saisi la plupart. Au mois de juin 2022, elle a publié What It’s Like to Be Young, son premier EP qui regroupait sept titres, puis elle s’est produite dans le cadre de plusieurs festivals à Londres, à New York et en Jamaïque. À la fin de l’année, elle était nommée aux MOBO Awards dans la catégorie Révélation de l’année. Elle a aussi été invitée à

« LITTLE SIMZ NE REMUE PAS

SON BOULE, POURQUOI DEVRAIS-JE  ? »

passer une audition pour le thriller dystopique The Kitchen, coréalisé par l’acteur de Get Out, Daniel Kaluuya, et Kibwe Tavares, et mettant en scène Kane Robinson, star de Top Boy, aussi connu en tant que rappeur grime sous le nom de Kano. Cristale a décroché un second rôle, celui d’une jeune femme luttant pour survivre dans le dernier HLM de Londres. C’était sa première incursion sur les plateaux de tournage. « Tout le casting est devenu une famille, se réjouit-elle. Aller au bowling avec Kane et Daniel après le clap de fin, c’était comme me retrouver avec des cousins un peu plus vieux que moi. »

Pour Top Boy, le superviseur musical de la série, qui connaissait le patron de son label, a demandé à Cristale d’écrire un titre pour la troisième saison prévue sur Netflix. Cette dernière est particulièrement efficace sous la pression : enfermée dans sa chambre, elle a enregistré une boucle sur son ordi, et a composé un son grime très sombre, où les jeux de mots se bousculaient. Selon elle, c’est « l’un des morceaux les plus difficiles [qu’elle ait] jamais composés ». Roadents a été choisi pour l’épisode 2, The Tour, pendant lequel le personnage interprété par Cristale freestyle au beau milieu de ses potes membres de gang dans un appartement bondé. Aujourd’hui, quand elle chante ce titre en live, le public en connaît chaque mot. « La première fois, avoue-t-elle, j’étais choquée. » En 2023, elle a été invitée à se produire sur un autre freestyle afin de rendre hommage à l’équipe britannique de football féminin dans le cadre d’une série sponsorisée par Nike. Travailler avec cette marque était un objectif de longue date pour Cristale – elle avait déjà vendu toutes ses chaussures de marques concurrentes afin de manifester un futur contrat. Depuis cette première expérience, elle est apparue dans plusieurs campagnes de la marque. « La petite Cristale aurait du mal à y croire, s’exclame la rappeuse. Elle ne

se verrait pas avec des grillz et elle n’imaginerait pas s’être (plus ou moins) débarrassée de son complexe causé par ses dents du bonheur. Elle ne penserait pas se retrouver au Top 50 et avoir un million de followers sur TikTok. Elle ne se croirait pas capable de faire de la musique. »

Aujourd’hui, Cristale ne voit plus les choses de la même manière. Les cinq années qui viennent de s’écouler l’ont convaincue de son propre potentiel, et lui ont beaucoup appris sur la difficulté à rester elle-même en rencontrant le succès si jeune. Au mois d’avril 2024, elle s’est séparée de son label, reprenant possession de ses masters encore inédits. Elle a depuis sorti plusieurs titres de manière indépendante. Et elle a déjà été adoubée par la communauté indie : au mois d’août 2025, l’AIM (Association of Independent Music) a nommé Cristale dans la catégorie Personnalité à suivre.

C’est désormais sa mère qui tient le rôle de manager et qui l’accompagne au studio, lors de ses shootings à travers le monde, et sur le tapis rouge. « J’ai l’impression que sans ma mère, j’aurais été manipulée au moins dix fois, reconnaît-elle. Vous ne pouvez pas faire confiance au premier venu dans ce milieu. »

La jeune femme de 24 ans a conservé le même rythme depuis qu’elle a repris son indépendance en tant qu’artiste. Cette année, en plus de lancer ses propres titres, elle a performé au Red Bull Culture Clash, contribué à Fine Art de DJ Drama, créateur de tendances à Atlanta, et composé une chanson avec le groupe de rock Kasabian pour couvrir le Championnat d’Angleterre de football sur Sky Sports. Sa première mixtape est terminée et devrait sortir au début de l’année 2026. Cristale explique que cette prochaine sortie s’appuie sur des fondations qu’elle a déjà construites. « Cette mixtape est

RISE & SHINE LA NAISSANCE D’UNE STAR

2020

Première fois en studio

2021

Signature chez 4ZA

2022

Sort un hit viral, Bong Bing ; nommée aux MOBO Awards catégorie

Révélation de l’année

2023

Roadents pour Top Boy

2024

Apparition dans le film

The Kitchen

2025

Nommée aux MOBO Awards catégorie

Meilleure performance hip-hop

assez personnelle. L’évolution est incroyable par rapport à tout ce que j’ai pu entreprendre. Aucun feat. – juste moi qui parle de la manière dont on peut parvenir à plus de clarté en organisant sa vie de manière à atteindre ses objectifs. » Cristale se souhaite une multitude de choses. Elle veut faire plus de musique et livrer une performance devant une foule de 100 000 personnes qui rappent avec elle. Elle aimerait être signée par Nike, faire l’actrice, jouer au football, et créer un programme éducatif afin d’offrir de meilleures chances aux jeunes de Brixton. Mais elle adore aussi le fait d’ignorer où la vie la mènera. « Ne jamais dire jamais, chante-t-elle dans Regular Citizen, car quand la vie s’y met, tout devient possible. »

Alors que Cristale termine tranquillement son chocolat chaud, elle s’explique : « Il faut savoir faire preuve de patience, précise-t-elle. Et se tenir prête, quoiqu’il arrive. Tant que vous savez qui vous êtes, le reste suivra naturellement. »

IG : @cristaleyy

»

Cristale a de l’ambition, et de la suite dans les idées. Mais garde la tête froide : « Il faut savoir faire preuve de patience.

VÉLO CITÉ

Raphael Dähler (à dr.) et Nico Altherr en parfaite synchronisation sur les marches du Musée national de Zurich.
La ville est leur terrain de jeu. Rencontre avec les stars de la Cycle Week Zürich, Raphael Dähler et Nico Altherr. Ils nous montrent six figures emblématiques du trial bike tout en nous expliquant comment bien les maîtriser.

1. FRONT WHEEL HOP

« Le Front Wheel Hop est un fondamental du street trial. Ce mouvement t’apporte un contrôle extrême du vélo, essentiel pour enchaîner des figures plus complexes plus tard. En résumé : tu sautilles sur la roue avant tout en gardant l’équilibre. Ces petits bonds, parfois de quelques centimètres de haut seulement, rendent l’exercice plus facile à maîtriser qu’un simple arrêt sur place. »

Comment y arriver ?

« Ne pas hésiter à aller jusqu’au point d’équilibre, beaucoup plus vers l’avant qu’on ne l’imagine. Il faut se pencher très franchement au-dessus de la roue avant, l’avantage étant qu’en cas de chute, on ne risque pas de se faire trop mal puisqu’on peut sauter facilement de la pédale. Pour info, le backwheel hop est un peu plus facile. »

Raphael Dähler
Texte Marc Baumann Photos Jan Cadosch

Ne

serait-ce pas fabuleux d’avoir un vélo qui obéirait comme un cheval de cirque, exécutant des bonds immenses et de magnifques pirouettes ? Un vélo qui ne serait pas qu’un simple moyen de transport mais un fer et sauvage destrier prêt à partir à l’assaut des villes et du béton, sautant sur une table de ping-pong, se jetant du toit d’un abribus, nous permettant de dévaler dix, vingt ou trente marches sans efort et d’enchaîner les nose wheelies stylés et autres saltos corsés au cœur de la jungle urbaine ? Impossible ? Pas forcément. Enfants, Raphael Dähler et Nico Altherr n’utilisaient eux aussi leurs vélos que pour aller à l’école, jusqu’à ce qu’ils découvrent presque au même moment des vidéos de VTT trial sur Internet. C’était bien avant leur rencontre, quand ils habitaient encore dans deux villes diférentes. La suite, on peut la voir aujourd’hui encore sur le compte Insta de Raphael : le 29 avril 2018, il y publie sa première photo, en équilibre sur un vélo orange, avec la légende : “Got myself a trialsbike [sic], so excited!” Il s’ensuivra le plus long mode d’emploi du monde : 798 publications sur plus de huit années qui montrent comment le jeune débutant est devenu l’un des meilleurs cyclistes de trial d’Europe. Une bio en accéléré : l’ado devient adulte, se casse le talon lors d’une chute, voyage un peu partout, participe à des représentations, tombe amoureux, prend (volontairement) feu et rencontre Nico Altherr.

Liens du sol

Aujourd’hui, les deux compères vivent en coloc à Saint-Gall, coloc que Chiara, la petite amie de Raphael, décrit en ces termes : « L’appart est plein de vélos, la table à manger jonchée de nettoyant pour freins, des démonte-pneus et des roues traînent un peu partout. » Nul reproche dans sa voix, plutôt une pointe d’amusement. « On a monté un petit atelier au sous-sol, semble s’excuser Raphael, mais la pièce est froide, isolée et il n’y a pas de

« Peu importe le nombre de fois où tu tombes, tu finiras par y arriver. »

Raphael Dähler est le plus réfléchi des deux riders. Il travaille dans un magasin de vélos. @raphael.dahler

réseau. » Ils préfèrent bricoler dans le salon de leur appart, un trois-pièces qui abrite tout le gratin du VTT trial de SaintGall… en efet, ils sont les deux spécialistes en la matière dans le coin. « Je ne crois pas avoir croisé d’autres athlètes dans le coin », s’étonne Nico, ce qui est assez curieux pour une bourgade de près de 80 000 habitants. Les hivers sont longs à Saint-Gall et le trial pas très populaire : ils se sont même fait chasser par un agent de sécurité un jour qu’ils s’entraînaient devant la banque Raifeisen.

Ils pourraient facilement changer de décor, partir à Barcelone où il fait toujours chaud, à Zurich, la grande métropole, ou encore à Innsbruck, the place to be des sports extrêmes, mais ils préfèrent rester ici : « On est près de nos familles, les

loyers sont plus abordables que dans le canton de Zurich et on a vraiment un super appart, explique Raphael. Je suis très bien ici, je ne ressens ni le besoin ni l’envie d’aller vivre ailleurs. On est tout près du lac de Constance et c’est un paradis pour le freeride urbain. Saint-Gall est comme une vallée entourée de collines et il y a des escaliers partout », renchérit-il. Tous deux sont très attachés à leur région. Nico, 21 ans, travaille comme fraiseur CNC dans le secteur aéronautique et Raphael, 24 ans, pour un grand fabricant de vélos. « Je commence mon service à 14 heures et je termine à 2 heures du mat », explique Nico le jour de l’interview avec The Red Bulletin. Raphael, lui, est responsable des ventes dans un magasin de vélo de 10 à 19 heures. « Quand je pars

« Je prends beaucoup de risques. Les chutes ne sont pas une raison d’arrêter. »

Nico Altherr est très résistant. Quand il n’est pas en train de rider, il travaille comme métallier. @altherrnico

bosser, Nico dort encore, et inversement », explique Raphael. Et Nico d’ajouter : « Moi j’ai les week-ends libres alors que Raphael travaille le samedi. »

Same same but different Ils ne roulent pas aussi souvent ensemble qu’on pourrait le croire. En fait, ils sont même très diférents : Nico est plutôt du genre fêtard, une nuit de folie et en selle aux aurores. Plus âgé, Raphael préfère passer du temps avec sa petite amie et s’épargner les grosses gueules de bois. Nico est une vraie tête brûlée, malgré deux chutes bien sévères et plusieurs blessures en 2025 (« fracture du poignet et de la clavicule, déchirures des ligaments, commotion cérébrale mais rien qui me donne envie d’arrêter. »). Raphael, plus

raisonnable, adore tourner des vidéos. Les parents de Nico ont sué sang et eau dans la restauration ; il a dû se débrouiller seul très jeune et est plutôt introverti. Raphael a quatre demi-frères et sœurs, ses parents sont artistes-chanteurs et il est beaucoup plus bavard. Malgré toutes leurs diférences, ils partagent la même passion. Nico, par exemple, a décroché en 2020 l’un des treize places convoitées du programme Under My Wiiings de Red Bull, encadré par la légende du street trial Fabio Wibmer. Raphael, lui, cumule plus d’abonné·e·s. Et même en vacances sans son vélo de trial, il ramène des images impressionnantes. Comme l’an dernier à Pâques, à Budapest : il n’a pas résisté à l’envie d’essayer quelques fgures avec un vélo de location, lourd et peu maniable.

FANS

D’HIER, STARS DU JOUR

Du 28 au 31 mai, Raphael Dähler (à g.) et Nico Altherr feront chaque jour trois représentations de street trial lors de la Cycle Week de Zurich, le plus grand salon du vélo de toute la Suisse. En 2019, ils étaient dans le public à admirer les prouesses de Danny MacAskill, le célèbre vététiste anglais ; aujourd’hui, ce sont eux qui assurent le spectacle. « J’ai trop hâte ! Pour Nico et moi, c’est le plus grand événement de l’année », commente Raphael. Le parcours, composé d’environ 120 europalettes, sera installé directement devant la gare centrale de Zurich et ne manquera pas d’attirer les foules : « L’an dernier, il y avait une ambiance de folie, notamment grâce à l’énergie contagieuse de Dario Linder, le présentateur », poursuit Raphael. Nico, lui, n’avait pas pu participer à leur première venue en raison d’une fracture de la clavicule. Cela fait un bon moment qu’ils ont bloqué ces quatre jours dans leur calendrier. Avis à qui rêvent de les voir de près : le public est sollicité pour participer.

Raphael Dähler envisage le vélo comme une philosophie de vie : « On peut appliquer les enseignements du trial dans tous les domaines : peu importe le nombre de chutes, on fnit toujours par y arriver avec un peu de persévérance, même si tu dois t’y reprendre 400 fois », estime-t-il. Quand l’un roule, l’autre flme – et vice versa. Raphael, lui, prend surtout son pied dans le tournage créatif et le montage : c’est comme ça qu’il a eu l’idée de mettre le feu à un VTT avant de rouler avec… « J’ai trouvé que c’était une idée vraiment débile », avoue Chiara. Les gars trouvaient ça génial, eux. Pendant des semaines, les deux compères ont planché avec une équipe pour peaufner leur expérience… jusqu’à ce qu’elle ça marche. Mission accomplie.

« Un bunny hop pendant lequel on fait un tour de manivelles super rapide sous les pieds, soit en l’air, soit quand on n’a pas les pieds sur les pédales.

C’est une figure qui vient souvent conclure une ligne en flat. En BMX, le crankflip est un incontournable sur les rampes. En street trial, honnêtement, c’est plutôt une figure secondaire. »

Une seule vitesse = couple immédiat lors des impulsions.

Comment y arriver ?

« Entraîne-toi à faire tourner les pédales à 360° et à reposer les pieds dessus en roulant normalement, sans saut. Ensuite, combine avec le bunny hop, mais jamais sans protections ! Si tu te loupes au moment de reposer les pieds sur les pédales, tu risques de te les prendre dans le tibia. Moi je l’ai étudié à l’arrêt, appuyé contre un mur, histoire de bien pratiquer la rotation des pédales et le saut sans risque. »

2.

CRANKFLIP

La Prime Tower et le pont de la Hardbrücke à Zurich font partie des spots préférés des deux riders de trial.

« En BMX, on bloque le pied entre la roue et la fourche avant. En trial, on va utiliser le frein. Il faut poser le pied d’appel sur la roue avant, trouver le point d’équilibre au-dessus du cintre puis faire tourner le cadre à 360 ° et retomber sur la selle. »

Comment y arriver ?

« Au début, je conseille de se placer à côté du vélo, de le balancer latéralement, de se tenir brièvement en équilibre sur la roue avant, puis de remonter de manière contrôlée sur les pédales. C’est la clé pour maîtriser le trick de façon graduelle. Le record avec un vélo de street trial ?

Cinq rotations complètes. »

Footjam signifie « blocage du pied » en anglais. C’est une figure que Nico adore.
Nico Altherr

FAKIE NOSE MANUAL 4.

« Ma figure préférée. Fakie = en arrière, nose = sur la roue avant, et manual = rouler sur une roue. Le fakie nose manual est ultra stylé, on ne le voit pas assez souvent à mon goût. En théorie, je pourrais tenir ce front wheelie indéfiniment. En pratique, les muscles finissent toujours par lâcher. »

Comment y arriver ? « En trouvant la meilleure combinaison entre freinage avant et point d’équilibre au-dessus de la roue avant. Une fois qu’on s’est avancé petit à petit jusqu’à obtenir son point de bascule, ce n’est plus trop compliqué ; ensuite, il ne reste plus qu’à trouver le bon dosage au niveau du frein. Ma petite astuce : plus la route ou la rampe sur laquelle on essaie la figure est raide, plus c’est simple. »

On voit ici Raphael descendre à reculons, et en wheelie, la passerelle devant le Toni-Areal.

« C’est la technique la plus répandue pour sauter sur des obstacles en street trial et donc probablement la figure la plus essentielle du trial. Si vous maîtrisez déjà les manuals, les bunny hops et les front wheel ou back wheel hops, vous êtes prêts à la tenter. Pour le up to front, on saute avec la roue avant sur l’arête de l’obstacle, pour le up to back, sur la roue arrière, et le reste du vélo suit. »

UP TO BACK UP TO FRONT

Comment y arriver ?

« Comme on le voit sur les photos, le point d’équilibre est soit complètement vers l’avant, soit complètement vers l’arrière. Fais un up to front trop timide et tu passeras au-dessus du cintre au niveau de l’obstacle ; fais-le trop franchement et tu feras glisser la roue arrière. Il vaut mieux commencer par le up to back qui est un peu plus simple. Et pour l’une comme pour l’autre, mieux vaut commencer à s’entraîner sur des trottoirs et des obstacles près du sol même quand on maîtrise déjà les gros sauts.. Le plus important, notamment pour le up to front, est de poser sa roue pile poil sur l’arête. »

LE trick mythique du trial ! Mais attention : pour le maîtriser, il faut s’armer de patience et s’entraîner.
Raphael Dähler

TIRE TAP

« On utilise le tire tap pour sauter vers le bas depuis un obstacle. On commence par tourner le vélo parallèlement au rebord de l’obstacle, on enchaîne avec une rotation à 90 degrés de la roue arrière sur l’arête, on garde rapidement l’équilibre puis on effectue un saut avec une rotation à 180 ° bien tranchante. »

Comment y arriver ? « La roue arrière doit être posée exactement sur l’arête, sinon on n’aura pas assez d’impulsion pour décoller correctement de l’obstacle. Concernant la réception : en street trial, il faut toujours toucher le sol avec la roue arrière en premier, ça permet de mieux absorber le choc au moment de l’impact. »

Lors d’un Tire Tap, atterrir d’abord avec la roue arrière permet un meilleur amorti.

PLEIN LES MIRETTES

Champéry – Les Crosets – Morgins, avec ses dix pistes de descente et ses quatre remontées mécaniques dédiées au VTT, fait partie des bikeparks où tenter de battre son meilleur temps lors de Red Bull Downtime Challenge.

Trails d’élite

Se mesurer à d’autres adeptes du ride sur des pistes exigeantes : voilà l’esprit de Red Bull Downtime. Découvre quatre bikeparks où relever le défi. En bonus : un shaper nous dévoile les secrets d’un trail parfait.

Texte Nicola Berger

Champéry – Les Crosets – Morgins

LA DOSE D’ADRÉNALINE

Un circuit réputé bien au-delà des frontières du pays pour ses descentes vertigineuses qui invitent à repousser les limites de la gravité. Sur les sols français et suisse, l’ancien cycliste pro britannique Ben Walker a tracé un réseau étendu de pistes au cœur du magnifique paysage alpin. Un cadre parfait pour les adeptes de vitesse, de sensations fortes et de défis techniques.

Jérôme Hunziker de la société suisse

Flying Metal Crew, leader dans la construction de pistes de VTT, nous explique ce qu’il y a à savoir sur l’aménagement des bikeparks et des pistes. Lancé à Thoune par des passionnés, le projet s’est développé pour devenir une PME employant quinze personnes.

the red bulletin : Comment crée-t-on la piste parfaite ?

jérôme hunziker : Quand on se lance dans un nouveau projet, on a une vision idéale. Ensuite, on regarde ce qu’il est réellement possible de faire. On ne peut pas sauter sur une pelleteuse et tout aménager à notre guise comme ça. Les administrations et les organismes spécialisés sont très vigilants, ce n’est pas plus mal.

Doit-on s’attendre à faire des compromis dans ce genre de projet ?

On ne peut pas construire cinq pistes différentes sur une même montagne, il n’y a pas assez de place pour cela. On essaie donc d’intégrer autant de niveaux de diffculté que possible sur une même piste. En pratique, la partie de droite s’adressera peut-être davantage aux débutants et aux cyclistes occasionnels. Et sur la gauche, on retrouvera des difcultés qui séduiront les vététistes chevronnés et exigeants. C’est ce qu’on appelle une piste progressive. Il y a certainement des entreprises de génie civil qui s’y connaissent mieux que nous en matière de terrassement. Mais la compréhension des formes leur fait peut-être défaut… Un fow trail qui se descend comme sur des roulettes, tout le monde peut en construire un. Tout est une question de nuances.

Depuis quand construisez-vous des pistes et des bikeparks ?

Quand on était ados, on adorait déjà le VTT et on passait nos journées à bricoler des rampes et des pistes en forêt ou dans

les champs des paysans, même si on n’avait pas toujours l’autorisation... C’est en 2009 qu’on s’est vraiment lancés avec un contest de slopestyle à la patinoire de Thoune. Et c’est comme ça qu’on a commencé les chantiers. On était de vrais bleus. Heureusement, mon frère, Ramon, était l’un des meilleurs freeriders du pays et il a aussi été le premier Suisse à participer au Red Bull Rampage. Cela nous a donné une certaine crédibilité. Les premières années, c’était presque toujours lui qui nous servait de cobaye. Aujourd’hui, on emploie quinze personnes et toutes pratiquent activement le VTT.

Donc, ces pistes que vous aménagez, vous en proftez aussi vous-mêmes ? Oui. Et je peux vous dire que pour chacun d’entre nous, c’est un peu un rêve devenu réalité. Tout le monde n’a pas la chance de pouvoir vivre de sa passion. On fait tous beaucoup de vélo. Et c’est comme ça qu’on trouve l’inspiration. Même si ça

nous arrive de rider des pistes qu’on ne trouve pas terribles, ça nous permet d’élargir nos horizons. Au moins, on sait ce qu’il ne faut pas faire. À l’étranger, on voit de véritables artistes parmi les concepteurs de pistes. Certains peuvent passer des jours sur un mur en pierres sèches qui ne servira qu’à faire un petit saut. En Suisse, on ne peut pas fnancer ce genre de choses.

Est-ce que le feedback de votre communauté compte pour vous ?

Bien sûr ! On a pas mal de vététistes qui nous donnent des coups de main sur les projets de construction. Mais le milieu est devenu assez chaotique. Autour de notre ville natale de Thoune, il y a tout un réseau de bikeparks, de pump tracks et de pistes. Les infrastructures cyclables ont énormément évolué. Autrefois, quand on croisait un cycliste au bord du lac de Thoune, on le connaissait. Aujourd’hui, le VTT est devenu un sport grand public.

LE CONCEPTEUR DE TRAILS
Jérôme Hunziker, avec son frère Ramon, est à l’origine du Flying Metal Crew, une entreprise qui construit des bikeparks, des flow trails et des pump tracks.

Véritable institution parmi les bikeparks helvétiques, ce petit bijou à l’énorme potentiel est en phase de transformation et fait l’objet d’une modernisation méticuleuse orchestrée par le Flying Metal Crew. Les pistes existantes sont en cours de rénovation, et de nouvelles infrastructures sont en préparation. Jérôme Hunziker, du Flying Metal Crew : « Nous voulons que le Wiriehorn retrouve sa place parmi les cinq meilleurs bikeparks de la région. »

LA CLASSIQUE Wiriehorn

Sous l’égide de Fabrice « Trifon » Tirefort, c’est un magnifique terrain de jeu dédié au VTT qui a vu le jour en Bas-Valais, pour les adeptes de sensations fortes. Actuellement, neuf pistes de DH font déjà grimper l’adrénaline, mais bientôt, entre Verbier et Le Châble, il faudra venir à bout de 1 600 m de dénivelé, un record en Suisse. Outre les descentes périlleuses, on compte de nombreuses pistes d’enduro, de cross-country et de VTT électrique pour tous niveaux.

Lenzerheide

L’EXPÉRIENCE CM

Du 19 au 21 juin, la Coupe du monde de VTT fera à nouveau étape à Lenzerheide, sur le parcours où le héros local et ambassadeur du Bike Kingdom, Nino Schurter, a été sacré champion du monde en 2015. Près de 80 % du parcours de Coupe du monde STRAIGHTline est accessible dans le bikepark, ce qui donne à chaque pilote l’occasion unique de vivre l’expérience incomparable de la Coupe du monde à tout moment de l’année.

Le public est-il devenu plus exigeant ?

Je pense qu’il l’a toujours été. Je trouve génial que ce sport rencontre un tel succès. Et les jeunes d’aujourd’hui roulent beaucoup mieux que nous à l’époque. Nous, à 14 ans, on n’y connaissait rien. Aujourd’hui, les ados regardent les vidéos Rampage et sont déjà capables de rider les pistes les plus difciles. Ça ne cessera jamais de m’étonner.

Avez-vous un parcours préféré ?

Je dirais Champéry dans la région Dents du Midi, qui est d’ailleurs au programme du Red Bull Downtime. Une piste rapide et raide, tout ce que j’aime.

Est-ce que vous suivez certaines tendances ?

Oui, en ce moment, on fait en sorte que les pistes soient praticables tout en conservant leur caractère naturel. En pratique, au lieu de détruire la colline à coups de pelleteuse, on en fait une vague. Il peut aussi y avoir des racines et des cailloux sur la piste.

En parlant de durabilité, en quoi consiste l’entretien ?

Cela dépend de la fréquence. Dès les phases de conception et de construction, on tient compte de l’érosion due aux intempéries et à l’utilisation. On a acquis beaucoup d’expérience à ce sujet au fl des ans. Mais en principe, les pistes sont entretenues chaque année à l’aide de notre machine spéciale. On répare les

nids-de-poule, on enlève les cailloux et on efectue des travaux de drainage. Et tous les trois à quatre ans, on procède à une petite remise en état.

Combien de temps faut-il pour mener un projet à bien ?

C’est très variable. Au mieux, un an. C’est le cas des pump tracks situés dans des zones sportives, où l’on peut vraiment se donner à fond. Mais on a aussi des projets qu’on planife depuis dix ans sans qu’un seul coup de pelle n’ait jamais été donné. Il y a une nouvelle expertise par-ci, de nouveaux propriétaires par-là, et ainsi de suite. Mais on ne lâche rien, ça fnira bien par se faire.

Depuis peu, le Flying Metal Crew s’occupe du bikepark du Wiriehorn. Quels sont vos projets ?

C’est l’un des plus anciens bikeparks de Suisse, et notre objectif est de lui rendre toute sa splendeur d’antan. On est en train de rénover tous les sentiers existants et de les remettre au goût du jour. Dans un deuxième temps, nous allons aussi aménager de nouvelles pistes. Le potentiel est énorme. Et bien sûr, nous nous réjouissons que le Wiriehorn accueille une étape du Red Bull Downtime. C’est un gage de qualité important qui témoigne de la confance que l’on nous accorde.

Instagram : @flyingmetalcrew

Red Bull Downtime

C’est l’occasion de prouver tes compétences en descente (DH). Dans les quatre bikeparks sélectionnés, tu peux prendre le départ lors des weekends de course autant de fois que tu le souhaites et réaliser ton meilleur temps personnel. Les plus rapides de chaque piste seront invité·e·s à un événement vélo Red Bull en Europe.

Dates Verbier : 25–26 juillet, Champéry –Les Crosets – Morgins : 15 août, Lenzerheide : 22 août, Wiriehorn : 19–20 septembre

ATTACHE TA CEINTURE

Réussira-t-elle la Hell Week des Navy SEALs ? Ou le tour d’évasion de Houdini ?

L’Américaine Michelle Khare est une star de l’action de la nouvelle génération. Dans ses vidéos YouTube, elle affronte ses plus grandes peurs, et son public frissonne.

Mission accomplie : avec l’aide de la Red Bull Air Force, Michelle Khare a recréé le célèbre stunt aérien de Tom Cruise dans Mission: Impossible – Rogue Nation (2015).
Texte Sheila Yasmin Marikar & Peter Flax Photos Jim Krantz

Avec ses murs blancs et ses grandes surfaces vitrées, le bureau de Michelle Khare ressemble à n’importe quelle autre maison de Burbank, petite ville californienne surnommée « la capitale mondiale des médias ». À l’intérieur, la caractère exceptionnel de sa propriétaire saute aux yeux : au mur, une casquette arborant le logo des services secrets américains et une plaque sur laquelle on peut lire « Madame President ». Plus loin, un poster dans le style des affiches de film noir classiques, sur laquelle notre YouTubeuse américaine est suspendue tête en bas dans un caisson d’eau, enchaînée.

C’est l’un des défis dont Michelle Khare est la plus fière : reproduire le plus célèbre tour du légendaire prestidigitateur Harry Houdini, réalisé plus d’un siècle auparavant : retenir sa respiration pendant plus de 2 min 30 sec pour se libérer de ses chaînes et sortir du caisson. La cave de Michelle regorge d’accessoires

« IL

NE S’AGISSAIT PAS JUSTE DE SURVIVRE :

IL FALLAIT AUSSI QUE J’AIE L’AIR COOL ! »

provenant d’autres vidéos YouTube : « Regarde, avec ça je me suis infiltrée à la première de Mission: Impossible !, raconte-telle en nous montrant un masque de vieillard aux cheveux blancs. J’avais deux options : mettre une jolie robe et espérer rencontrer Tom Cruise ou me déguiser en vieil homme et me faire photographier à ses côtés. »

C’est son côté « jusqu’au-boutiste », son culot et son humour qui ont fait de la jeune Américaine une star de YouTube. En sept ans, la créatrice de 33 ans a rassemblé plus de cinq millions d’abonnés : dans sa série documentaire, Challenge Accepted, elle relève toutes sortes d’épreuves : répondre aux appels d’urgence du 911, passer du statut de débutante en arts martiaux à celui de ceinture noire en 90 jours, surprendre des stars comme Tom Cruise…

Adepte de missions impossibles, Michelle se vit comme une star d’action d’un genre nouveau, pour qui le défi véritable n’est pas la performance, mais le chemin pour y arriver. Elle nous conduit à l’étage de sa maison, dans une salle de réunion : « C’est ici que nous avons préparé la scène de l’avion. » Cette cascade, c’est l’un de ses projets les plus fous et les plus risqués : se tenant accrochée à un avion militaire volant à 240 km/h, sans parachute ni lunettes de protection, vêtue d’un costume sur-mesure semblable à celui de Tom Cruise dans Mission: Impossible – Rogue Nation. Elle s’est préparée au max pour ce projet, avec des entraînements intensifs pour renforcer les muscles du haut du corps et du cou, dans une soufflerie simulant des vents d’ouragan. Et deux objectifs : « Il ne s’agissait pas juste de survivre… Il fallait aussi que j’aie l’air cool ! »

Qualités de star : plus de cinq millions d’abonné·e·s suivent sur YouTube Challenge

Accepted. Dans cette série, Michelle Khare se confronte à des défis physiques et mentaux qui frôlent l’extrême.

ACCROCHÉE

À UN AVION MILITAIRE C-130 HERCULES, MICHELLE KHARE S’ENVOLE À 600 M D’ALTITUDE.

En juin 2025, c’est le grand jour : Michelle s’attache à un avion C-130 Hercules. À quoi pense-t-on à 600 mètres d’altitude, alors qu’une brève inattention aurait pu lui coûter la vie ? « Rester accrochée et rester calme », livre-t-elle, le plus humblement du monde.

La série Challenge Accepted, créée en 2018, regroupe aujourd’hui une soixantaine de vidéos, entre défis badass plein d’humour et incursions documentaires passionnantes. Dans les différents épisodes, elle se confronte aux exigences d’admission de professions d’élite : pompière, astronaute de la NASA, agente des services secrets ou encore championne d’échecs. Des défis qu’elle se lance pour tester ses limites physiques et mentales, voire les dépasser : survivra-t-elle à la redoutée Hell Week des Navy SEALs, la force spéciale de la Marine américaine ? Parviendra-t-elle à faire acquitter une cliente dans un procès pour meurtre simulé ? Pourra-t-elle défiler pour Victoria’s Secret (elle mesure 1,57 m…) ?

En long et en large

Le format est typique pour YouTube –miniatures percutantes, montage rapide – mais n’est pas conçu pour être consommé distraitement. L’un des épisodes les plus regardés, le défi de la ceinture noire en 90 jours, dure 77 minutes. « C’est long, mais l’épisode est dense et dynamique. » À une époque où l’attention semble se réduire, la YouTubeuse prouve que les formats longs plaisent à un jeune public –à condition que l’histoire soit solide. « Les gens sont plus sélectifs avec leur temps.

Aujourd’hui, on peut quitter une vidéo à tout moment. C’est donc mon travail, en tant que créatrice, animatrice et productrice, de remplir chaque seconde d’éléments inspirants et divertissants. » Michelle Khare est née à Memphis, dans le Tennessee , mais a grandi à Shreveport, en Louisiane – un endroit où, se souvient-elle, « le cinéma était un peu notre église. Il n’y avait pas grand-chose d’autre à faire ». Son père, d’origine indienne, a appris l’anglais en regardant des films d’action en V.-O. Les films de Tom Cruise passaient en boucle à la maison. « Le cinéma faisait partie de notre vie de famille. On allait en famille au cinéma, et on discutait ensuite pendant des heures des films qu’on avait vus. »

À l’école, la petite Michelle ne rentre dans aucune case. Elle est une enfant aussi curieuse qu’hyperactive : elle participe à des concours scientifiques, se qualifie pour les championnats juniors d’escrime aux États-Unis, se passionne autant pour le taekwondo que pour le calcul différentiel et intégral. « L’une de mes citations préférées ? “Un touche-à-tout n’est maître en rien, mais est souvent meilleur que quelqu’un qui ne maîtrise qu’un seul domaine.” On ne retient souvent que la première moitié de cette phrase ! »

À l’université, Michelle Khare étudie les médias numériques, apprend la programmation et explore tout ce qui touche au cinéma. Elle devient productrice de contenu chez BuzzFeed en 2014, à l’époque le premier site à mêler journalisme et divertissement avec des contenus viraux, courts et percutants. « En deux ans, j’ai dû écrire, tourner, jouer, réaliser et monter des centaines de vidéos. Ça m’a appris à échouer – souvent – sans jamais abandonner. » Au même moment, cette passionnée de sport signe un contrat comme cycliste professionnelle, ce qui

l’oblige à s’entraîner comme une athlète de haut niveau en semaine après son travail, pour pouvoir participer à des courses le week-end, parfois à l’autre bout du pays. Un rythme impossible à tenir sur le long terme – mais elle ne veut renoncer ni à l’un ni à l’autre. Une troisième voie lui apparaît alors, comme la solution miracle pour concilier toutes ces passions : « Et si je combinais mon amour du sport, ma curiosité et mon goût pour le storytelling et les vidéos ? »

C’est ainsi qu’est née Challenge Accepted. Les premiers épisodes duraient entre quatre et vingt minutes. « Nous avons analysé les chiffres et avons été surpris : les épisodes les plus longs et les plus élaborés obtenaient les meilleures audiences, explique Michelle Khare. Alors on s’est demandé ce qu’il se passerait si on se concentrait seulement sur une poignée de projets de plus grande envergure ? »

Ego trip

Des défis toujours plus ambitieux signifient forcément un risque accru, un budget conséquent… et une issue incertaine : dans un des épisodes, elle suit un cours intensif à la plus prestigieuse académie de majordomes au monde, aux Pays-Bas et – spoiler – échoue. Autre échec mémorable : sa tentative de devenir ceinture noire de taekwondo en 90 jours et briser une brique d’un coup de la main.

« Chaque samedi, je suis retournée au cours, en me disant : “Je finirai bien par la casser, cette brique !” » Six mois plus tard, au jour 264, elle y parvient enfin. La vidéo est à voir sur Instagram : Michelle Khare casse la brique pour la première fois ; après le cri de combat, c’est un cri presque de soulagement et d’étonnement qu’elle lance, avant d’éclater en larmes.

« Le plus absurde, c’est qu’il n’était alors même plus question de décrocher la ceinture noire ! Mais j’ai voulu montrer mon échec et c’est ça qui comptait. »

Réaction en chaîne : après son défi inspiré de Harry Houdini, Khare est photographiée dans une piscine du Goldwyn House, la villa du magnat des studios Samuel Goldwyn.

Point de rupture : dans un épisode de Challenge Accepted, Khare tente d’obtenir la ceinture noire de taekwondo en seulement 90 jours. Après un premier échec, elle y parvient six mois plus tard. Une des épreuves consistait à casser une brique à main nue.

« L’ÉCHEC FAIT PARFOIS PARTIE

« On ne fait pas des choses faciles », résume Michelle Khare en posant devant les célèbres lettres d’Hollywood.

Ne rien lâcher

Il y a des échecs moins dangereux que d’autres : rater son imitation de la cascade de Tom Cruise aurait évidemment eu des conséquences bien plus dramatiques !

« Reproduire cette cascade, la plus célèbre et la plus folle que Tom Cruise ait jamais réalisée, a été l’idée la plus folle que nous ayons eue, se souvient-elle. Et nous avons eu beaucoup de chance de recevoir le soutien de Red Bull sur ce projet. »

Un projet qui a pris six mois à voir le jour, puisqu’il a fallu mobiliser une équipe d’expert·e·s capables de la conseiller et de la filmer, mais aussi de piloter l’avion militaire. « L’exécution fut bien plus rapide à mettre en œuvre que ce que j’imaginais », dit Michelle Khare. L’équipe a fait appel à des partenaires de premier plan : Safari Technologies, les spécialistes hollywoodiens des caméras pour cascades et scènes d’action, ont installé un bras de caméra sur mesure sur l’avion et une caméra RED sur un système de support gyrostabilisé fixé à un hélicoptère, qui – piloté par Aaron Fitzgerald de la Red Bull Air Force – tournait autour de l’avion le temps de l’action. « Nous avions une équipe aéronautique digne d’une production hollywoodienne », explique Michelle Khare.

Le moment le plus effrayant de la scène ? L’absence de parachute. « Car un parachute aurait été un risque supplémentaire : s’il venait à s’ouvrir pendant que je suis attachée à l’extérieur de l’avion, ça pourrait entraîner de graves blessures. » Comme seule sécurité, un signe de main convenu servait de signal aux personnes à bord de l’avion pour ouvrir la porte et tirer Michelle à l’intérieur en cas d’urgence. « On n’avait pas plus de marge de manœuvre. »

Certaines des séances d’entraînement les plus importantes portaient sur la psychologie. Sous la direction de Sean MacCormac de la Red Bull Air Force, l’entraînement physique de Michelle a été particulièrement intense, avec notamment des séances dans une soufflerie simulant des vents de plus de 200 km/h. Tous les scénarios possibles ont été envisagés et travaillés, afin que le jour J, elle puisse garder son calme, quoi qu’il arrive.

« UNE VRAIE HÉROÏNE VIT SA VIE PLEINEMENT ET NE CESSE, JOUR APRÈS JOUR, DE SURMONTER

SES PEURS. »

« Sean m’a fait rejouer la scène avec toutes les variations imaginables : comment elle pourrait se dérouler parfaitement, tout ce qui pourrait mal tourner. Je devais contrôler ma respiration et rester calme. Parce qu’une grande partie d’une cascade réussie, c’est la performance : rester toujours souveraine, regarder la caméra, garder les yeux ouverts. » Michelle Khare a suivi des exercices de respiration et un entraînement ciblé pour supporter la pression énorme du flux d’air sur son cou et ses épaules. « Vous pouvez l’imaginer comme devoir maintenir la posture du chien-tête-enbas, en yoga, pendant une demi-heure sur un sol instable en plein ouragan », explique-t-elle.

Sur le tapis rouge de la première de Mission: Impossible – Rogue Nation, Michelle Khare a profité de l’occasion pour demander à son idole, Tom Cruise, sa méthode pour créer une cascade signature à sa manière : « S’entraîner, a-t-il répondu. S’entraîner, s’entraîner, s’entraîner. Savoir ce que l’on fait. Anticiper très soigneusement et se préparer méthodiquement. » Les paroles de Tom Cruise résonnaient encore dans son esprit pendant les exercices intensifs – en particulier celles qu’il lui a dites en partant : « Il ne s’agit pas d’être prudent. Il s’agit de savoir ce que tu fais. »

En ligne de mire

Malgré toute cette intense préparation, l’apprentie-cascadeuse n’a cessé de faire des cauchemars la semaine précédant l’événement. « J’ai plusieurs casquettes. Il y a Michelle la productrice, et Michelle l’artiste, explique-t-elle. La productrice se dit que ça va être génial ! Tandis que l’artiste appréhende et prend la mesure de ce

qu’il va falloir faire ! » Mais une fois en piste, les choses changent. Tout se met en place : « L’équipe était prête. D’un coup, mes doutes se sont dissipés. J’étais calme, concentrée, d’attaque. »

De retour à Burbank, Michelle nous montre une séquence : suspendue à l’aile d’un C-130 Hercules, elle reste parfaitement immobile alors que l’avion accélère et que le vent arrache ses pieds du marchepied. « À la moitié de l’action, c’en était même devenu amusant, dit-elle en souriant. J’étais bourrée d’adrénaline comme jamais auparavant. » Lorsque l’avion a fini par se poser enfin au sol, elle lâche toute la pression, et les larmes coulent : « C’était le plus grand frisson de ma vie. »

Sur le miroir de sa salle de bain, on peut lire cette phrase, sur un post-it : « Si aujourd’hui je réussis à inspirer une seule jeune fille, j’ai fait le job. » Elle explique ce que signifie cette note : « Quand on lance une chaîne comme la mienne, au début, on ne pense qu’aux vues et à gagner l’argent nécessaire pour le prochain tournage. “Vues”, ça sonne tellement technique. Mais en réalité, ce sont des gens qui te regardent. Des millions de personnes qu’on touche, qu’on inspire. On a un impact, et c’est ça qui compte. Ce petit mot doit me le rappeler chaque jour. »

Et l’avenir de Challenge Accepted ?

« C’est moi qui le définit ! Enfin… mes peurs », corrige Michelle. Car pour elle, une vraie héroïne vit pleinement sa vie et ne cesse, jour après jour, de surmonter ses peurs.

Scanne le code pour regarder la docu-série Challenge Accepted de Michelle Khare sur YouTube.

DES AIIILES POUR L‘ÉTÉ.

Sudachi - Lime

AUSSI SANS SUCRE

Voyage / Énigme / Playlist / Agenda

GRANITE ET AURORES BORÉALES

Dans les fjords norvégiens en eVTT

ÉPOPÉE NORDIQUE

Des dalles de granite du Lysefjord au glacier du Nigardsbreen en passant par la Trolltunga en Norvège, ce voyage en eVTT à l’initiative de l’Autrichien Tom Öhler mêle aventure, sessions photos et quête de sérénité.

Tout a commencé par une idée née en hiver à Davos entre deux pylônes de remontée mécanique. Seul sur un télésiège, mon esprit s’est mis à vagabonder. Quid de mes projets pour l’année à venir ? J’ai repensé à mon voyage vers le nord trois ans plus tôt, dans les Lofoten. Sur le chemin du retour, j’avais zappé le sud de la Norvège ; la région des fjords était restée une zone blanche sur la carte.

J’ai donc écrit à mon ami Martin, photographe de profession et habituel compagnon de voyage : « Les fjords de Norvège, ça te tente ? » Réponse immédiate, un plan était né. Plus l’été approchait, plus nous trépignions d’impatience. L’idée était de voyager ensemble de Stavanger à Ålesund, trails, photos, récits de voyage, puis Martin rentrerait en avion et ma femme Ines nous rejoindrait avec notre fille Greta. Aventure et voyage en famille, juste ce dont j’avais besoin après des semaines et des semaines de spectacles, workshops et sessions photos. La Norvège pour faire peau neuve.

Toujours plus au nord

Nous avions embarqué deux VTT électriques Haibike, du matériel photo et un packraft, le reste était encore en état de gestation dans nos cerveaux : est-ce que ça allait vraiment marcher ? Avait-on le droit de faire tout ça en VTT électrique ? Je n’en avais pas la moindre idée, et c’est ce qui constituait le sel de notre aventure. L’exaltation grandissait kilomètre après kilomètre. En route vers le nord, bonjour l’inconnu. Après le ferry et quelques heures de sommeil à Kristiansand, je retrouve Martin à l’aéroport de Stavanger. Le ciel est bleu. Deux burgers plus tard, nous avons déjà planifié la première journée : direction Kjerag, près du Lysefjord. Le trajet est déjà spectaculaire avec ses routes étroites, ses tunnels, et ses lacets plongeant vers Lysebotn. En soirée, le ciel se dégage, nous entamons la randonnée de Kjerag. Ni vent, ni pluie, juste cette douce lumière qui irradie la roche.

Dès les premiers mètres sur le granite norvégien, on se croit dans un conte de fées : la roche est lisse, grise, polie par les glaciers mais pourtant incroyablement adhérente. Je me demandais si l’on pouvait vraiment rouler ici, je peux vous garantir qu’on peut. On recherche les

LA TROLLTUNGA L’une des formations rocheuses les plus spectaculaires du pays et l’un des moments les plus surréalistes de ce voyage.

« Au retour, je repère une mince bifurcation et j’atterris au bord d’une immense falaise, le Lysefjord des centaines de mètres plus bas. »

PAUSE À GODØYA Le plein de motivation avant l’ascension du Storhornet.

meilleures lignes entre les dalles rocheuses humides et les petites rigoles, puis sessions photos et vidéos. Au retour, je repère une mince bifurcation et j’atterris au bord d’une immense falaise, le Lysefjord des centaines de mètres plus bas. Ça force le respect. Nous retournons au van peu avant minuit sous un ciel aux tons ocre et passons la nuit sur le plateau sans plan ni réveille-matin. Aux premières lueurs du jour, la pluie tambourine sur le toit du van. Bien blottis à l’intérieur, nous sommes bercés par le café, le muesli et ce sentiment de bien-être paisible à l’abri de la grisaille. À côté du van clapote un petit ruisseau cerné de dalles lisses et adhérentes, les fameuses slickrock, bonheur des vététistes. Je roule des lignes techniques, réalise quelques jumps et autres exercices d’équilibre. Martin me rejoint et nous faisons bientôt quelques-

GRANITE ET FJORDS Moutons en bord de route, passage technique à Storhornet, traversée en packraft vers le Nigardsbreen, lacets spectaculaires dans la Norvège des fjords… Les paysages sont d’une luxuriante diversité.
« Rugueux et technique, le granite norvégien est une surface faite pour le VTT. »

UN PORT IDYLLIQUE

Après plusieurs jours dans la nature, les derniers kilomètres traversent la ville côtière maritime d’Ålesund.

100 % NORVÈGE

Vue sur le fjord et roche naturelle brute à Kjerag, au-dessus du Lysefjord.

uns des plus beaux clichés de toute notre expédition. Puis, la Norvège montre son second visage, celui des pluies et des nuages menaçants, nous filons fissa vers la Trolltunga, l’une des formations rocheuses les plus célèbres du pays. Comme nous arrivons tard, le sentier est presque désert. La montée est un mélange de sections roulantes, de slickrock et de courtes portions vélo sur les épaules. En haut, la Trolltunga (qui signifie la langue de troll) semble nue au milieu du brouillard qui s’espace brièvement pour dévoiler le Ringedalsvatnet, magnifique lac couleur turquoise. Sous les jeux de lumières, ce mélange de

Conseils de voyage

Accessibilité

En voiture : soit par le ferry (le plus souvent depuis Hirtshals, Danemark), soit par la route via la Suède (liaisons par ponts). Vols à destination de Stavanger ou Bergen (puis louer une voiture sur place).

Meilleure période

En haute saison, de juin à août, quand les conditions météo sont plus stables et les journées plus longues.

silence et d’immensité est tout simplement magique. On fait quelques lignes, deux trois jumps sur les arêtes, rien de trop risqué. Quelques randonneurs s’arrêtent, s’esclaffent et nous filment. Un concentré de la Norvège : ouverte, respectueuse, un peu dingue. Retour épique nimbé dans la lumière crépusculaire, nous rejoignons le van vers 23 heures. Une bonne douche nous attend. Le lendemain, direction le Nigardsbreen, plus grand glacier du continent européen. Je charge mon vélo sur le packraft et pagaie sur le lac turquoise. Une fois sur l’autre rive, je cache le VTT en prévision de mon plan.

Au pied du glacier

Peu après 6 heures du matin, c’est reparti : sous la glace fondue s’étendent d’interminables surfaces de slickrock au pied du glacier. Comme tout est sec, l’adhérence est parfaite. Nous roulons entre roche et glace et tournons plusieurs vidéos avec le drone. Dernière étape : Ålesund. Entre tunnels, ponts et fjords, nous sommes vraiment au cœur de la Norvège. Sur l’île de Godøya, un trail technique avec vue plongeante sur la mer et la ville nous attend pour finir en beauté. Le soir, entre deux sushis, nous regardons nos photos en riant aux éclats. Martin repart, je reste là et nettoie le van en attendant Ines et Greta. Je suis parti pour fuir la chaleur ; j’ai trouvé la Norvège. Et le calme. Bien plus qu’un trip à vélo, ce voyage était un rappel : partir sur la route, c’est embrasser la liberté.

Instagram : @tom_oehler, @martinbissig

« Cela peut arriver à toutes. »

Soutiens-nous : paraplegie.ch

Nous accompagnons les paraplégiques. À vie. paraplegie.ch

LE BON COUP DE PÉDALE

Voici un nouveau casse-tête qui va stimuler tes petites cellules grises. Ton défi, si tu l’acceptes : déterminer avec quel vélo tu te déplaceras vers l’avant.

Regarde ces deux vélos attentivement. Lequel des deux se déplace vers l’avant quand on actionne le système de transmission en pédalant normalement ? Aide-toi d’un stylo pour trouver la solution ! ÉNIGME/

LE JEU

Tu es sur la bonne piste ? Scanne le code ci-dessus pour vérifier.

PLAYLIST/ AVANT-GARDE

En l’espace de deux ans, le phénomène LUM n’en finit plus de déferler sur les ondes ainsi que dans les salles de concert.

La scène musicale suisse aurait-elle déniché sa Rosalía ? Toutes proportions gardées, l’univers de la Lausannoise n’est pas sans rappeler celui de son homologue catalane. Son registre ? Hybride, tout comme ses racines ; d’origine suisse, espagnole et française, LUM oscille entre reggaeton et pop-rap avec une authenticité qui lui est propre. Après avoir enchaîné les performances live en 2025 avec pour point d’orgue un passage remarqué au SRF Bounce Cypher (kicker en 7 langues qui dit mieux ?) l’artiste de 23 ans a libéré son nouvel EP, le bien nommé BADMAMI en début d’année. Hymne à la confiance en soi tantôt ego trip, tantôt introspectif, le projet s’avère assez singulier au sein d’un panorama helvétique encore très codifié. Pour The Red Bulletin, LUM s’est penchée sur son quatuor de titres préférés, l’occasion de confirmer que ses influences sont à l’image de sa proposition artistique.

En concert aux festivals OpenAir St. Gallen le 26 juin, et Luzern Live le 23 juillet prochains. IG : @lumakesounds

Rosalía Saoko (2022)

« C’est mon morceau préféré de l’histoire de l’humanité ! En plus d’une technique vocale impeccable, Rosalía crée un son innovant et authentique. Ce morceau, c’est du flamenco dans la basse, du reggaeton dans les drums, des samples de jazz, des influences pop, des chops aux sonorités expérimentales... Ça m’émeut quand des artistes s’autorisent une telle exploration musicale. »

elle excelle dans les trois.

Doja Cat Rules in Hot Pink (2019)

« Doja Cat ne se prend pas au sérieux et place volontiers des phrases drôles voire cyniques dans ses titres. Mon moment préféré ici réside dans le deuxième couplet, une FO-LIE ! Il commence avec un flow rapide qui crée une montée en intensité impeccable, suivi d’un flow laid-back en parfait contraste avec ce qu’on a entendu avant. Du Doja tout craché : farceuse et un peu coquine. »

Nathy Peluso feat. Bizarrap

Bzrp Music Sessions, Vol. 36/66 (2020)

« C’est le fruit du travail du meilleur producteur et de la meilleure rappeuse d’Argentine. Simpliste au premier abord (un backbeat, de bonnes paroles), ce track est en fait une vraie leçon de prod musicale. Chaque détail de l’instru est hyper soigné. Et niveau rap, Nathy Peluso alterne entre flow lent et saccadé. Ça ne blague pas ! »

LUM feat. Orisha GRILLZ (2026)

« Un de mes meilleurs souvenirs de création musicale ! Avec Orisha, une chanteuse que je connaissais de loin, on a coffré ce son en cinq heures lors d’une session improvisée, chaque proposition venant embellir la suivante. Épaulées de Seek, producteur, et de Yasmeen, chanteuse RnB, on a conçu ce track de reggaeton en français à notre image : expérimental, multiculturel, joyeux et ambiançant. »

ÉCLECTIQUE. Entre pop moderne, rap et reggaeton, LUM n’a pas voulu choisir. Ça tombe bien,

•SIGN UP NO W

1 BUZZER, 4 courts, 16 points, 1 winner

23.05. - 27.06.26

qualifier AT padel house studen, RACKETS ACADEMY SALGESCH, PADEL DISTRICT AFFELTRANGEN, UNIPADEL RÜMLANG

AGENDA/

À VOS MARQUES

16 teams, 1 buzzer, 1 gagnant. Red Bull Padel Dash Switzerland cherche les meilleur·e·s du pays.

DUEL AU SOMMET

Delfina Brea

Senesi (à g.) et Gemma Triay Pons en demi-finale du Premier Padel Riyadh Season P1.

LE BONUS BUZZER

Un participant jordanien lors de la grande finale mondiale 2025 en Espagne.

L’explosion du padel

Mix de tennis et de squash, joué en double sur un terrain plus petit entouré de parois vitrées, ce sport conquiert le monde. Avec le Red Bull Padel Dash Switzerland, la Suisse se dote désormais de son format de tournoi le plus dynamique à ce jour. Pendant plusieurs semaines, l’événement sillonnera le pays, réunissant joueurs et joueuses amateur·rice·s ou passionné·e·s. L’objectif ? Trouver les meilleures équipes de Suisse.

À chaque tournoi, 16 équipes de deux s’affrontent en poule unique (round-robin), garantissant à chacune au moins un match contre les autres. Deux catégories sont proposées : hommes et femmes. Et l’action est maximale : huit paires jouent simultanément sur quatre terrains, leurs matchs démarrant en parallèle.

Exit le décompte classique du padel (15, 30, 40) : ici, chaque point compte. Les matchs durent 7 minutes maximum.

Twist décisif

Si une équipe atteint 16 points avant la fin du temps, elle sprinte vers le bouton rouge et met fin à tous les matchs en cours. Ce « moment buzzer » lui rapporte un point bonus. Les équipes sont ainsi sous pression constante, car chaque échange compte !

Les équipes les plus performantes se qualifieront pour la finale nationale le 12 septembre à Rümlang (ZH), où il ne s’agira pas seulement de décrocher le titre suisse, mais aussi une place pour la grande finale mondiale.

Tous les arrêts en un clin d’œil.

QUALIFICATIONS

23 & 24 mai

Padel House Studen 30 & 31 mai

Rackets Academy Salgesch 6 & 7 juin

Padel District

Affeltrangen

27 juin

Unipadel Rümlang

FINALE

12 septembre

Unipadel Rümlang

Les infos sur les tournois via le code ci-contre.

AGENDA/ BE READY

Avec le redoux, les duels d’escalade spectaculaires et les battles de danse endiablés vont mettre l’ambiance.

12

juin au 12 septembre

TA SAISON 3x3 2026

La 3×3 Swiss Tour 2026 fait escale à Yverdon, Mies, Fribourg et Lausanne, avant la grande finale le 12 septembre à la gare principale de Zurich. Cette année, la compétition de basket s’ouvre aux équipes internationales. Tu pourras aussi profiter d’un niveau de jeu spectaculaire au tournoi 3x3 KTC de Bienne du 12 au 14 juin à la Place Joran.Les équipes gagnantes de la finale décrocheront une place sur une étape de la FIBA 3×3 World Tour, l’élite mondiale. swiss.basketball/3x3/swiss-tour

22

au 24 mai

World Climbing Series Bern 2026

Trois jours durant, Berne devient le hotspot de la scène internationale de l’escalade : les World Climbing Series réunissent les meilleur·e·s spécialistes de bloc au monde à la Festhalle Bern. Précision, puissance et sang-froid se conjuguent dans des duels intenses, des mouvements spectaculaires et une atmosphère à couper le souffle. climbingworldcupbern.ch

22

au 24 mai

Grand Prix de Formule 1 du Canada

Disputé depuis 1978 sur le circuit Gilles-Villeneuve à Montréal, le GP du Canada est un classique du calendrier de F1. Ici, la vitesse de pointe sur les trois longues lignes droites est cruciale, tout comme une voiture solide pour négocier les virages lents. Avec le sprint du samedi et la course du dimanche, l’intensité est doublée !

30 mai

Red Bull Gamerations

Pour la 3 e édition de Red Bull Gamerations, trois générations de gamers et gameuses s’affrontent à nouveau. Au programme : des jeux légendaires issus de plus de quarante ans d’histoire du gaming, où skills et connaissances seront mis à l’épreuve à travers des défis théoriques et pratiques. Elquaria, Maelo, ML Gamer et Wizdomblendz répondront présents. redbull.com

25 et 26 avril

La 4 e manche de MotoGP 2026 se déroule à Jerez de la Frontera : le Grand Prix d’Espagne lance ainsi la tournée européenne. C’est la quarantième édition de cette course mythique en Andalousie. Duel Espagne vs Italie : les Espagnols (quinze victoires, Márquez en tête) dominent les stats. Qui gagnera cette fois ? motogp.com

4

juillet

Last Rider Standing

Au Bike Kingdom, c’est une question d’endurance, de tactique et de vitesse. Des duos s’affrontent contre la télécabine du Rothorn à Lenzerheide : celles et ceux qui la ratent sont éliminé·e·s. Chaque tour devient plus intense, chaque descente plus rapide. Seuls les plus smarts, les plus rapides et les plus endurant·e·s gagneront. Qui restera debout jusqu’au bout ? bikekingdom.ch

14 au 16 mai

Fantasy Basel

La plus grande convention pop culture de Suisse ! À la Messe Basel, les fans de films, séries, gaming, anime, manga, cosplay et science-fiction se retrouvent pour des rencontres avec des stars internationales, des panels, une allée des artistes, des tournois esports, des ateliers et des concours de cosplay. fantasybasel.ch

16 mai au 20 juin

Red Bull

Dance

Your Style

Directeur de la publication

Andreas Kornhofer

Rédacteur en chef

Andreas Rottenschlager

Éditing

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Direction créative

Erik Turek dir.), Kasimir Reimann

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Rédaction photo

Eva Kerschbaum (dir.), Marion Batty (adj.), Susie Forman, Matti Wulfes

Gestion de la rédaction

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Correction (allemand)

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Production Veronika Felder (dir.), Martin Brandhofer, Walter O. Sádaba, Sabine Wessig

Iconographie

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Adresse

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Tel : +43 1 90221-0 redbulletin.com

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Quand les meilleur·e·s danseuses et danseurs de street dance s’affrontent en battle, que les DJs font trembler la foule avec des tubes intemporels et des sons actuels, et que le public devient jury… cela signifie que Red Bull Dance Your Style Switzerland est de retour ! Viens soutenir les talents lors des qualifications à Solothurn et Lausanne. L’entrée est gratuite.

Red Bull Media House GmbH Oberst-Lepperdinger-Straße 11–15, A-5071 Wals bei Salzburg, Autriche, FN 297115i, Landesgericht Salzburg, ATU63611700

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Des talents de la littérature suisse se livrent sur des sujets qui leur tiennent à cœur, en leur donnant un twist positif.

Gregor Stäheli raconte un accident insignifiant à l’impact majeur

Vous connaissez certainement ces fans de vélo qui traitent leur engin comme si c’était leur meilleur ami ?

Ces indécrottables passionnés, capables de consacrer plus de soins et d’attention à leur « petite reine » qu’à leurs plantes, leur hamster… Voire même leur partenaire ?

Je ne suis pas de ces gens-là. Moi, le seul deuxroues que je possède est japonais et motorisé. Et encore : la plupart du temps, c’est à pied, en tram ou en bus que je préfère me déplacer. Le vélo, pour moi, c’est surtout lié à mon enfance : j’étais tout le temps fourré dessus ! Sur le chemin de l’école, au terrain de jeu et même plus tard, c’est évidemment en vélo que je rentrais de mes premières soirées d’ado. Les vélos de nos mères faisaient ofce de « bus de nuit » avant même que les bus de nuit existent. C’était des vélos lourds, rustiques… mais avec un petit charme rétro. Et c’était tout ce qui comptait. Mon premier souvenir lié au vélo est un accident. Pas de panique, rien de tragique dans l’histoire que je m’apprête à vous raconter – heureusement, d’ailleurs. Non, il s’agit en fait d’un accident très anodin, presque ennuyeux. Pas vraiment digne d’occuper de la place sur un disque dur. Et pourtant, je m’en souviens comme si c’était hier.

Avec mon ami de primaire, Steven, on passait notre temps à rouler. C’était avant la puberté –l’âge où on devait emprunter les vélos de nos mères pour rentrer de soirée –, à l’époque où l’on frimait sur nos VTT. On en avait chacun un, avec des couleurs criardes et des suspensions partout. Un accessoire évidemment in-dis-pen-sable pour survivre dans une banlieue asphaltée… En tout cas, c’est comme ça qu’on l’avait vendu à nos parents pour l’avoir à Noël.

Steven vivait dans un de ces lotissements en cul-de-sac où toutes les maisons se ressemblent, alors les habitants compensent avec la déco du jardin. Il y avait une grande esplanade dans ce coin, et on y passait des heures. Un après-midi, on tournait en rond juste pour savoir à quelle vitesse on pouvait tourner en rond. Pour la science, évidemment. Et bien sûr, chacun pédalait dans un sens opposé. Plus d’adrénaline.

Ce qui devait arriver arriva : collision frontale. On a été projetés dans les airs comme dans un numéro de cascade, le monde entier a retenu son soufe ; quelque part en Floride, Evel Knievel a certainement dû se retourner dans son lit, jaloux de ce stunt de malade. Du moins, c’est comme ça qu’on l’a vécu. En réalité, ça a duré une fraction de seconde et on devait avoir l’air plutôt ridicule. Vous connaissez ce moment où un enfant tombe de la balançoire puis regarde sa mère pour savoir s’il doit pleurer ? C’était un peu ça. Après s’être écrasés sur l’asphalte, Steven me regarde. Je regarde Steven. Une vieille dame qui passe avec son caddie nous regarde. Et là, impossible de se retenir : on a été pris d’un fou rire tel qu’on ne pouvait plus s’arrêter. On ne pensait plus à la douleur. La vieille dame a secoué la tête et a continué son chemin.

Ce petit accident insignifant est devenu une anecdote incontournable au fl des années, une petite histoire qu’on aimait bien se remémorer, le brise-glace parfait pour chaque retrouvailles. Un simple geste, deux poings qui se percutent, et le sourire était garanti. À chaque fois qu’on racontait l’histoire, elle devenait plus spectaculaire. L’impact plus violent, le vol plus long, le regard de la vieille dame encore plus bizarre. Un rien transformé en souvenir éternel.

On devient nostalgiques avec le temps… Les amitiés d’avant me semblent plus profondes que celles d’aujourd’hui. Sans doute parce que les journées étaient plus longues : on passait des après-midis entiers ensemble. Aujourd’hui, on arrive à peine à se caler une bière après le boulot – quand on ne s’excuse pas tout simplement d’avoir trop de rendez-vous, des enfants à gérer, pas assez de temps ou d’énergie…

Par moments, j’aimerais retrouver un Steven. Et avec lui, ces après-midis. Ce serait pourtant si simple de recréer ces amitiés de bac à sable. Il ne faudrait pas grand-chose… mais ça susciterait sans doute beaucoup d’incompréhension. Imaginez la tête de mon voisin si je sonnais chez lui mercredi prochain pour lui demander s’il veut venir jouer dehors. On ne s’est jamais parlé, mais j’ai deux skateboards et on pourrait s’entraîner à faire des tricks sur le parking, non ? Et mon collègue, quelle tête ferait-il si je l’invitais à une soirée pyjama ? Il apporte des chips et des M&M’s, et moi je fournis la PlayStation et la version longue de Matrix

« Après s’être écrasés sur l’asphalte, Steven me regarde. Je regarde Steven. Une vieille dame qui passe avec son caddie nous regarde. Et là, impossible de se retenir : on a été pris d’un fou rire tel qu’on ne pouvait plus s’arrêter. »

Aujourd’hui, je me surprends souvent à me complaire un peu trop dans le : « Ah, c’était mieux avant ! » À tel point que le cœur en devient presque fripé. C’est tentant de se dire que nos vies étaient peut-être plus simples avant, et c’est sans doute une façon d’éviter le tourbillon de nos vies présentes. À chaque fois qu’on y pense, l’enfance devient plus radieuse, les aventures plus incroyables, les années plus longues, les mauvaises expériences s’estompent. Mais le monde tournait aussi dans un périmètre plus petit. Un après-midi, par exemple, ça tenait dans un cercle de quatre mètres sur une place de lotissement. Steven et moi, il y a bien longtemps que nous ne faisons plus de vélo ensemble. Il y a eu des classes diférentes, puis des écoles diférentes, aujourd’hui nous vivons dans deux villes diférentes. Ça doit faire presque vingt ans qu’on ne s’est ni vus ni parlé. Mais je suis sûr d’une chose : si on se recroisait, notre cascade à vélo serait évoquée dans les premières minutes, comme un pont jeté au-dessus de deux décennies de silence. Une petite étincelle qui réchauferait illico une amitié mise en veille. Alors pour quelques instants, on ressusciterait le « bon vieux temps », juste un peu – mais ce serait déjà beaucoup. Il y a les grandes amitiés, celles qui nécessitent un soin particulier, qui demandent qu’on les entretienne – comme le vélo d’un passionné. Il y a celles qui ne tiennent pas longtemps, comme un gravel bike fambant neuf à la gare centrale de Zurich. Mais il ne faut pas oublier une troisième catégorie : les amitiés qui survivent au temps, même quand elles paraissent endormies, oubliées dans un coin. Je suis sûr qu’à la gare, il y a un vélo qui traîne depuis des années, miraculeusement intact. Peut-être un peu dégonfé, un peu rouillé certes, mais qui, après quelques tours, se réveillerait comme si de rien n’était. Un petit vélo plein de souvenirs qui ne demande qu’à repartir – comme avant.

GREGOR STÄHELI

Comédien et slam poet, il a joué partout : des bistrots de campagne aux grandes salles, en passant par les scènes mythiques. Ce vieux trentenaire (ou jeune quadra) est en ce moment en tournée avec son premier one-man-show, Out of Office, une ode hilarante aux absurdités du monde pro. gregorstaeheli.ch

10 questions à Franjo von Allmen

a remporté trois médailles d’or à Cortina. Le skieur de 24 ans est à l’aise quel que soit le terrain. Son secret ? L’adrénaline !

Le meilleur compagnon parmi tes acolytes du ski ?

Lars Rösti. L’été, on fait beaucoup de cyclisme ensemble.

POLYVALENT. Vélo de course, VTT, moto… En dehors des pistes, Franjo a besoin d’action. @franjo_v_allmen

En vélo, sur quoi repose le plus ton entraînement : le corps ou le mental ?

Le cyclisme sur route, c’est pour travailler le corps ; le VTT, c’est pour m’aérer la tête, et m’éclater avec les potes.

Moto ou vélo, tu choisis quoi ?

Moto ! Avec elle, on va plus loin (rires). Mais les deux sont source de plaisir et d’adrénaline.

Avec une bonne endurance, ou un VTT enduro, on peut aussi avaler les kilomètres à vélo.

Que fais-tu sur deux roues qui t’angoisse mais que tu ne montres ni ne racontes à personne ?

Jamais rien !

Qu’as-tu appris en premier : le ski ou le vélo ?

Le ski. À vélo, j’ai longtemps gardé les petites roues.

Quelle est ta monture pour la saison ?

Le Thömus Oberrider, un vélo de trail léger équipé de composants haut de gamme. J’ai aussi testé le modèle

Enduro, un peu plus lourd, ce qui apporte plus de stabilité.

Ce qui ne doit pas manquer pour une sortie vélo ?

Des potes avec lesquels on peut parler de tout. Un bon espresso. Et la bière-récompense de fin de journée.

Quand on te démasque à vélo, tu t’arrêtes pour signer des autographes ou tu accélères ?

Si j’ai un stylo avec moi, je m’arrête.

Du son en roulant ?

Oui, quand je veux donner mon max sur mon vélo de course, je me mets Slipknot. Ça donne !

Plutôt team confort ou team effort ?

Je suis un hédoniste. Mais j’aime bien relever des défis aussi.

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Électrique

En version hybride, hybride rechargeable et 100% électrique

Offres valables sur les véhicules vendus du 01.05.2026 – 31.05.2026. Offres réservées aux clients particuliers, dans le réseau de concessionnaires Citroën participant. Prix de vente conseillés incluant la TVA. Nouveau C5 Aircross Hybrid 145 ch YOU; consommation mixte 6,2 l/100 km; émissions de CO₂ 141 g/km, catégorie d’efficacité énergétique E. Nouveau ë-C5 Aircross MAX; consommation mixte 22,3 kWh/100 km; émissions de CO₂ 0 g/km, catégorie d’efficacité énergétique F. La garantie Citroën WE CARE étend gratuitement la garantie constructeur (3 ans/100’000 km) jusqu’à 8 ans ou 160’000 km, selon le premier seuil atteint, à condition que les entretiens soient effectués sans interruption dans le réseau officiel de concessionnaires Citroën conformément au plan d’entretien. Valable pour tous les véhicules de tourisme et utilitaires Citroën entièrement électriques (BEV, sauf Ami) neufs vendus en Suisse à partir du 16 septembre 2025 avec justificatif d’entretien conforme aux prescriptions du réseau officiel de concessionnaires Citroën. Vous trouverez les conditions complètes sur www.citroen.ch.

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The Red Bulletin CF 02/26 by Red Bull Media House - Issuu