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The Red Bulletin FR 12/21

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FRANCE DÉC. 2021–JANV. 2022

HORS DU COMMUN

L’AVENTURE DERRIÈRE L’OBJECTIF JIMMY CHIN et les lieux incroyables où il photographie les rois de l’extrême

James Pearson et Mark Synnott au Tchad, lors de la première ­ascension de l’arche de Bachikele. Photo issue de There and Back, l’anthologie de Jimmy Chin.

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Éditorial

JIMMY ET TOUS LES AUTRES Les photographes ont grandement contribué à la réussite de notre revue depuis son lancement, et parmi les centaines qui nous ont accompagnés, il en est un qui nous épate particulièrement : Jimmy Chin. Pas juste parce que l’Américain documente les évolutions incroyables des patrons mondiaux de la grimpe, mais parce qu’il est également capable de se fourrer dans des lieux et situations aussi extrêmes que les leurs. Chin, l’artiste audacieux, publie un bouquin monumental, et nous donne l’occasion de saluer tous les autres : celles et ceux qui transmettent la passion, le rêve, le danger et le dépassement dans nos pages grâce à leurs photos. Dans les fêtes intenses de Lagos, au cœur des réseaux hip-hop les plus en vue d’Atlanta, jusqu’aux méga vagues de Jaws à Hawaï, ce mois-ci, et comme tous les autres, nos camarades photographes sont partout ! Vous aussi.

CONTRIBUTEURS NOS ÉQUIPIERS

MAURICE GARLAND

Le journaliste d’Atlanta, dont les travaux ont été publiés par NPR, Complex et Hip-Hop Wired, ­qualifie son sujet sur les rappeurs EarthGang et J.I.D de « collaboration en boucle ». Il dit avoir suivi les artistes « depuis qu’ils ont commencé à donner des spectacles dans de petites salles d’Atlanta (dont certains que j’ai moi-même organisés). J’ai même écrit sur eux sur mon blog personnel au début de leur carrière. C’était donc très très cool de reprendre contact avec toute cette clique ». Page 38

Bonne lecture ! Votre Rédaction

JIMMY CHIN (COUVERTURE)

CAM KIRK

Le photographe Cam Kirk face aux rappeurs d’EarthGang dans un studio d’Atlanta. THE RED BULLETIN

Depuis près d’une décennie, le photographe US rencontre les plus grands talents émergents du hip-hop dans sa ville natale d’Atlanta, l’une des places fortes du rap mondial. « J’ai eu l’honneur et le privilège de travailler avec J.I.D et EarthGang tout au long de leur parcours, mais cette fois-ci, pour The Red Bulletin, c’était surréaliste », déclare Kirk, dont le ­travail a été publié dans Fader, Complex, Pitchfork et XXL. « Cette collaboration pour ­honorer le hip-hop de ma ville, ne pouvait pas être plus juste qu’avec ces héros d’Atlanta. » Page 38  3


konaworld.com


CONTENUS

décembre 21 - janvier 22

58

Non-stop : à Lagos, au Nigeria, la fête n’attend pas la nuit.

6 Galerie photos : pour le plaisir des

yeux et le voyage de l’âme

12 Une communauté de skateuses

qui fait bouger Londres

14 Radio ou machine à voyager dans

le temps ? Les deux !

16 Préserver la quiétude des parcs,

cela pourra-t-il sauver l’humanité ?

18 Playlist : ce qu’est une pépite mu-

sicale pour le producteur ­branché Jack Antonoff 20 Des campagnes de mode aux

ANDREW ESIEBO

r­ echerches archéologiques, la vie intense de Terry Madenholm

22 Un freestyle de rap en sautant en

parachute. SEB l’a fait

24 Comment un amoureux de la

sape s’est glissé dans la fashionsphère

THE RED BULLETIN

26 J immy Chin

Suivez le photographe américain partout où vous n’auriez jamais ­pensé que l’homme puisse se hisser

38 L e son d’Atlanta

Comment EarthGang et J.I.D écrivent le futur d’une ville secouée par le rap

48 L a reine des neiges

L’histoire de la snowboardeuse Anna Gasser façon conte de fées

81 Voyage : achever l’ultra-triathlon

pour honorer ses disparus

86 Gaming : et si revivre sa vie en

boucle permettait de l’optimiser ?

87 Matos gaming : montez en niveau 88 Agenda: sur Red Bull TV ou IRL,

ce qu’il ne faut pas manquer

90 Montres : cessez de regarder

l’heure sur votre smartphone ! 96 Ils et elles font The Red Bulletin 98 Photo finale : chasser la tempête

58 L agos la nuit

S’infiltrer dans les nuits locales de la plus grosse ville du Nigeria, c’est bien plus que documenter la fête

70 A u naturel

Comment la surfeuse américaine Izzi Gomez a trouvé sa vague  5


MUNICH, ALLEMAGNE

Un coup de rouge ? AXEL GUNDERMANN/RED BULL ILLUME

À quoi ressemblerait notre quotidien si des vététistes étaient chargés de ­l’urbanisme ? Probablement à cette image du pilote Christian Lubowski, prise par l’Allemand Axel Gundermann. « Le repérage, la préparation et la prise de vue ont nécessité cinq visites au t­ otal », se souvient le photographe à propos de ce cliché qui, comme toutes les images de la rubrique Galerie de ce numéro, est une demi-finaliste du concours de photos international Red Bull Illume. Instagram : @yearroundmunich

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POLYNÉSIE FRANÇAISE

Eau pure Les eaux de la Polynésie française regorgent de faune aquatique : plus de mille espèces de poissons, onze types de dauphins, la baleine à bosse... et une créature moins connue, la Marianne Aventurier. Comme le démontre cette image ­signée de son mari, le photographe Alex Voyer, l’apnéiste française n’a rien à envier à ses homologues à nageoires dorsales en termes d’équilibre et de grâce sous-­marine. Instagram : @alexvoyer_fisheye


DAVYDD CHONG ALEX VOYER/RED BULL ILLUME, ALBAN GUERRY-SUIRE/RED BULL ILLUME

SAVOIE, FRANCE

Page blanche La neige vierge est au freeskieur ce que le ciment fraîchement posé est à un petit chenapan : irrésistible. « Je connais bien ce spot, dit Alban Guerry-Suire, l’homme qui a shooté cette carte blanche, mais nous ne l’avions jamais ridée sans traces. Les nuages se déplaçaient vite, alors j’ai dit à Anthony Robert, le skieur, de se préparer à mon signal… qui n’est arrivé que dix minutes plus tard. Il a perdu de la vitesse sur la partie plate, mais a réussi à prendre de l’air. C’était parfait. » Instagram : @_stonecat

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AVERS, SUISSE

Passé composé

HANNES TELL/RED BULL ILLUME

DAVYDD CHONG

« J’ai travaillé avec Giani (Clement, ­alpiniste suisse de 38 ans, ndlr) en août dernier lors de sa première ascension sur la ligne “Stil vor Talent” (trad. le style prime sur le talent, ndlr), et je me suis rapidement rendu compte que la beauté et la logique de cette ligne étaient frappantes », déclare le photographe allemand Hannes Tell. L’emplacement de l’itinéraire complexe – degré de difficulté : 8C/+ – se trouve dans le sud-est de la Suisse, dans le paradis du bloc connu sous le nom de Magic Wood. Envoûtant. hannestell.de

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Leur parc d’attraction En quête d’espace pour s’adonner à leur passion, ce groupe de skateuses investit un espace de l’est londonien. La médaille de bronze remportée aux Jeux de Tokyo, en août 2020, à l’occasion de l’inauguration de l’épreuve de skateboard de rue féminin a changé la vie de Sky Brown. La jeune Britannique devient, à 13 ans, la plus jeune médaillée olympique de l’histoire de la GrandeBretagne, et la plus jeune des pros de la discipline. Un exploit, mais aussi un message clair à ceux qui l’ignoreraient encore : les filles font aussi du skate. Mais ça, les habitués du parc Victoria à l’est de Londres le savaient 12

déjà. Ils y croisent régulièrement une quarantaine de femmes arpentant le bitume sur leurs planches à roulettes. Elles font partie du Neighbour­ hood Skate Club, un collectif féminin de skateboard fondé par une directrice marketing, Lyndsay McLaren. Depuis avril, cette jeune femme de 33 ans donne des cours particuliers de skate dans le parc. « La demande était énorme venant de femmes désireuses d’apprendre, mais n’osant pas s’aventurer dans les skate parks », explique McLaren. Mais avec le temps, elle croise de plus en plus de femmes qui s’essayent au skateboard. « Se faire de nouveaux amis à 20, 30 et 40 ans devient plus difficile, poursuit-elle. J’ai voulu créer une communauté de femmes venant d’horizons différents, mais partageant les mêmes idées et l’envie d’ap-

THE RED BULLETIN

NINA ZIETMAN

NEIGHBOURHOOD SKATE CLUB

LIZ SEABROOK

Lyndsay (à gauche) booste l’assurance des ­skateuses.

prendre. » C’est ainsi qu’est né le club, avec pour devise : l’émancipation des femmes par la prise de parole, le mouvement et le skateboard. En 2008, McLaren part étudier à Miami où elle découvre cette culture. Mais c’est à New York, où elle s’installe ensuite, qu’elle rencontre la communauté du skate. « Avant même que je ne m’en rende compte, je ne vivais plus que dans cet univers, toutes mes relations étaient des skateurs », se souvient-elle. Elle commence à participer à des compétitions et passe les deux années suivantes à sillonner les USA, soutenue par des sponsors, dont les casques Bern. À son retour au RoyaumeUni, McLaren peine à trouver une nouvelle tribu. Mais c’est désormais chose faite, et celle-ci ne cesse de s’élargir. Les cours gratuits et les rassemblements du Neighbour­ hood Skate Club attirent des aficionados de tous niveaux. McLaren entend créer un espace protégé pour les femmes fans de skateboard ou provenant de groupes marginalisés dans une pratique qui reste dominée par les mecs. Le fait de ne pas évoluer dans un skatepark en a encouragé plus d’une à franchir le pas. « Nul besoin de maîtriser les figures pour être skateur. Se balader en toute simplicité sur sa planche est un plaisir en soi et le partager avec un groupe de femmes aussi large devient une véritable libération. » Un aspect crucial pour Neighbour­ hood Skate Club qui développe la confiance pour le skate, mais pas que. « J’incite les femmes à utiliser l’expérience acquise sur la planche – le sentiment de puissance et l’estime de soi – dans leur vie pro, explique Mme McLaren, qu’il s’agisse d’utiliser leur voix pour se défendre ou de se rappeler qu’il n’y a rien de mal à revendiquer sa place. » neighbourhoodskateclub. bigcartel.com


Flux temporel Chaque chanson est le reflet d’un lieu et d’une époque. Ce lecteur de musique vous y transporte. En 2012, Benjamin Moreau est assis dans la voiture de son père et admire l’intérieur vintage de cette sportive 1960. Sièges en cuir, roues en Bakélite, l’artiste visuel et DJ parisien « est comme transporté dans une autre époque » se souvient-il. Puis il tourne le bouton de la radio, le réveil est brutal : « Un horrible morceau de techno commercial. » Le charme est rompu, mais il fait naître une idée : un système de découverte musicale accessible partout et regroupant les morceaux de toutes les époques, classés par période et lieu géographique et non par popularité, genre ou la logique d’un algorithme. Radiooooo naît de cette idée. La carte interactive de Radiooooo — conçue par 14

Contours d’un monde musical : Ferst, cofondatrice de Radiooooo, dessine sa carte de découvertes musicales.

Noémi Ferst, cofondatrice, artiste visuelle, paysagiste sonore et compagne de Moreau — accessible via un site web ou une appli, renferme des centaines de milliers de titres. L’utilisateur sélectionne un lieu et une décennie du XXe siècle à nos jours et valide. Au départ, Moreau, Ferst et leurs amis ont puisé dans leur propre collection ; le groupe Le Baron, propriétaire de clubs à travers le monde qui les avait sollicités pour créer une identité musicale disposait « d’une importante collection éclectique. Nous nous sommes d’abord lancés dans une exploration tous azimuts de morceaux oubliés, confie Moreau. Après avoir épuisé cette source, nous avons contacté nos amis à travers le monde, puis leurs parents nous ont aussi fourni des morceaux. Le trésor amassé pouvait enfin être mis à disposition de tous ». En 2013, l’équipe tente, mais sans succès, de lancer son projet via la plateforme de financement participatif Indiegogo. Radiooooo voit

finalement le jour en 2016, et le confinement sera l’occasion de le faire évoluer. La carte inclut à présent des éléments tels que des îlots de musique à thème et la fonction « voyage en taxi ». Aujourd’hui, chaque mois, près de 1 500 personnes envoient des titres du monde entier. « Le but est d’encourager tout un chacun à partager sa culture et son savoir tout en étant curieux de ce qui se passe près de chez soi, poursuit Moreau. Je suis français, mais ma connaissance de la musique américaine est plus large que celle de la musique espagnole ou suédoise, plus proches géographiquement. » Alors, par où commencer ? La techno mexicaine actuelle est un genre méconnu, suggère Moreau, tout comme le disco coréen des années 70. « Notre machine à remonter le temps musical est une radio où histoire et science-fiction se mêlent. Un voyage dans le temps et l’espace qui éclaire la musique que vous découvrez. » radiooooo.com THE RED BULLETIN

MAURO MONGIELLO

RADIOOOOO

LOU BOYD

L’équipe Radiooooo : Moreau (assis), Ferst (au centre) et leurs acolytes teufeurs à remonter le temps.


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QUIET PARKS ­INTERNATIONAL

Sauvons le silence Parmi les discours incessants sur les crises environnementales, une équipe d’écologistes nous invite à tenir notre langue pour sauver la planète. La planète connaît une extinction de masse qui se déroule maintenant, et partout. Il suffit de tendre l’oreille pour l’entendre : bruits de circulation, ronronnement du frigo, smartphone qui s’agite... le silence se fait rare. En fait, le silence est en voie de disparition, une situation aux conséquences désastreuses pour l’humanité. Selon l’OMS, la pollution sonore n’endommage pas seulement l’ouïe, mais aussi le sommeil, et favorise les maladies cardiovasculaires, l’hypertension et les troubles cognitifs. 16

« Le silence contribue à notre santé physique et à notre capacité à rester en lien avec les autres et notre environnement », nous explique Matt Mikkelsen, preneur de son et documentariste à Ithaca, dans l’État de New York. Mikkelsen menait une ­carrière de percussionniste lorsqu’en 2012, il rencontre Gordon Hempton, un écologiste acoustique qui a passé les quatre dernières décennies à enregistrer les sons de la nature en voie d’extinction rapide. Mikkelsen prend fait et cause pour les paysages sonores naturels et consacre les quatre années suivantes à tourner le documentaire Being Hear, primé en 2017, sur Hempton et son travail. En 2018, ce dernier fonde Quiet Parks International (QPI), un organisme à but non lucratif dédié à l’identification et à la préservation des derniers espaces de silence sur Terre. Âgé de 28 ans, Mikkelsen est aujourd’hui directeur géné-

THE RED BULLETIN

NINA ZIETMAN

Chut ! Pour sauver la planète, l’instigateur de Quiet Parks, Matt Mikkelsen, lutte contre la pollution sonore.

ral de Wilderness Quiet Parks. Avec son équipe, il étudie les nuisances sonores d’origine humaine à travers le monde, identifie les zones paisibles qu’il s’efforce de protéger. L’organisme attribue le label QPI Award aux zones répondant à ses normes. Ce label leur confère une assistance dans les domaines de la conservation, des normes du parc, des principes de gestion et un soutien aux autochtones. Cependant, les hommes ne sont pas les seuls à apprécier les espaces calmes. « Les animaux communiquent autant que nous, explique Mikkelsen, la pollution sonore dégrade l’usage de cette fonction. Les hiboux par exemple, localisent les souris à l’ouïe à 100 m de distance. Une pollution sonore, même minime, réduit de moitié ce périmètre de chasse. » QPI a débuté ses travaux dans des sites sauvages vierges, comme la rivière Zabalo en Équateur, mais a vite réalisé que les zones de calme devaient être plus accessibles. En juillet, Hampstead Heath, à Londres, est devenu le premier parc urbain en Europe à recevoir le label Quiet Park. Ces lieux ne sont pas exempts de bruits, mais le gazouillis des oiseaux et le bruissement des feuilles d’arbres en font un refuge pour citadins. « Et ça n’est pas au bout du monde. Le silence, c’est la joie, un espace d’écoute, de réflexion et de sensation. » L’organisme prévoit d’élargir son initiative en 2022, dans des parcs au Canada, en Pologne, en Namibie, ou en Suède. ­Mikkelsen pense que la création d’espaces paisibles contribuera aussi à lutter contre d’autres nuisances telles que la pollution de l’air et des océans par les plastiques. « La présence d’un havre de paix dénote un écosystème en bonne santé, dit-il. Lutter contre le bruit réduit l’impact d’autres sources de pollution. » quietparks.org


S E N D T H E S E A R C H


JACK ANTONOFF

Musique superbe Le producteur musical le plus en vue du moment présente 4 titres rock qu’il ­aurait aimés produire.

REM

Fiona Apple

The Mountain Goats

The Whole Of The Moon (1985)

At My Most Beautiful (1998)

Limp (1999)

San Bernardino (2008)

« L’un des titres musicaux les plus parfaits jamais écrits. Mais cela mis à part, il se dégage tellement de joie, de vie et de dynamisme de ce morceau. Les sonorités collent tellement bien au niveau de désir et de la quasi-rage du protagoniste de la chanson qui n’arrive pas à obtenir ce que quelqu’un d’autre a. C’est la marque d’une incroyable production : “Mais comment ont-ils fait ?” »

« C’est une pure chanson d’amour qui parle de compter les cils de quelqu’un. “J’ai trouvé un moyen de te faire sourire.” C’est si simple. Les cloches tubulaires et les timbales sont des clins d’œil aux Beach Boys. On y retrouve toute la magie du fait de tomber amoureux. Je ne saurai jamais comment ils ont fait ça, mais ils sont vraiment arrivés à saisir ce sentiment. »

« L’album When The Pawn… dont est issu ce titre est produit par le songwriter Jon Brion. Il n’existe pas de meilleur son de batterie ni de meilleure exécution, signée Matt Chamberlain. Le cadre dans lequel la chanson évolue, la noirceur et la rage, et toute la percussion… Je pense qu’à un moment, il y a deux kits et qu’on les martèle comme des malades. C’est une vraie leçon de maître. »

« Une ribambelle de pizzicatos, puis ici et là, des crescendos qui s’étirent. C’est la toile de fond la plus géniale qui soit pour illustrer l’histoire que nous chante le frontman John Darnielle. On ne peut que se demander d’où lui viennent ces idées… Au final, nous essayons tous de faire quelque chose de plus grand que nous pour évoquer des sentiments indicibles… jusqu’à ce que la magie se produise. »

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THE RED BULLETIN

CARLOTTA KOHL

The Waterboys

MARCEL ANDERS

Lorsque des artistes comme Lana Del Rey, T ­ aylor Swift ou St. Vincent souhaitent briser les standards musicaux, ils font appel à Jack Antonoff, 37 ans. Ce natif du New Jersey a gagné ses galons en tant que guitariste et batteur de Fun, groupe indie-pop qui a connu le succès avec We Are Young (2011), avant de se faire un nom en tant que producteur innovant. La prédominance dans les charts pop de mélodies percutantes aux refrains énormes, accompagnées de guitares acoustiques, témoigne de son influence. Pour la sortie de Take the Sadness Out of Saturday Night, 3e album avec son groupe synth-pop Bleachers, Antonoff cite quatre chansons qu’il trouve parfaites. bleachersmusic.com


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Terry Madenholm

L’inattendu, c’est la vie À 31 ans, Terry Madenholm mène une double carrière, celle d’archéologue et de mannequin, et nous explique comment ses recherches rendent son existence plus intense. Texte RACHAEL SIGEE  Photo CHRIS SAUNDERS

Nous retrouvons Terry Madenholm dans son appartement parisien, occupée à la préparation de sa prochaine mission : la fouille d’une cité inca vieille de plus de 500 ans dans la province du Cotopaxi (Équateur), menacée par le changement climatique, des plans d’urbanisation et par un volcan en ­activité depuis 2015. L’archéologue est membre d’une équipe dont l’ambition est de sauver ce patrimoine culturel avant qu’il ne soit trop tard, en recourant à une technologie de pointe associant drones et reconstitution numérique en 3D. Née à Stockholm, Terry Madenholm grandit en Pologne, avant qu’une carrière de mannequin ne l’attire à Paris, où des marques comme L’Oréal, Clarins ou L’Occitane se l’arrachent. Censées au départ financer ses études d’archéologie, les séances de photos s’enchaînent et ne s’arrêtent plus. Aujourd’hui, elle partage son temps entre les fouilles et les shootings. «  Je suis une archéologue qui exerce en parallèle le métier de mannequin, confie Madenholm. Quand j’exhume un objet d’un site ­archéologique, c’est comme si je faisais un voyage dans le temps. Il suffit que j’enfonce mes mains dans le sol, accroupie dans la boue à transpirer, et la magie opère : je suis dans ma machine à remonter le temps. »

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the red bulletin : Qu’est-ce que ça fait, de participer à des fouilles ? terry madenholm : C’est une ­expérience intense qui exige beaucoup de persévérance et d’humilité, car le but n’est pas toujours atteint. Les fouilles peuvent durer des mois, voire des années pour un résultat parfois très décevant malgré les efforts déployés. Un combat permanent pour repousser ses propres limites. Mais c’est ce qui me plaît dans l’archéologie : cette impression de se sentir intensément vivante. ­ Comment s’y prend-on aujourd’hui pour cartographier et préserver des sites anciens ? On utilise des outils tels que la ­LiDAR (Light Detection and Ranging, ndlr) dont le principe est simple : un laser balaie la surface du sol et crée une image en 3D de ce qui y est enfoui. Utilisés depuis peu en archéologie, ces appareils permettent un gain de temps précieux. Les drones quant à eux nous livrent une meilleure vue d’ensemble du site d’excavation : tout cela accélère grandement le travail de relevé. Que représente cette techno­ logie pour l’avenir de l’archéologie ? Elle ouvre de nouvelles perspectives et permet désormais d’oser soulever des questions plus précises, plus poussées, ce qui nous obligera peut-être à réécrire l’histoire des cultures anciennes. La 3D offre une reconstitution plus fidèle des monuments et des

artefacts tout en les rendant plus accessibles grâce aux visites virtuelles, un bon moyen de démocratiser l’archéologie. Quel est à ce jour le point d’orgue de votre carrière d’archéologue ? La découverte d’un anneau vieux de deux mille ans sur la côte de Tel-Aviv. Je travaillais depuis des mois sur un site et rêvais de trouver quelque chose d’unique. Puis, au dernier m ­ oment, juste avant que les fouilles ne s’interrompent pour les vacances d’hiver, je sors cette bague de terre ! C’était comme si quelqu’un l’avait laissée là il y a 2 000 ans pour que je la trouve. La découverte d’un objet aussi personnel suscite chez les archéologues le besoin irrépressible de raconter son histoire. Je me suis prise à imaginer la personne qui l’avait fabriquée, celle qui l’avait p ­ ortée. L’image d’un marchand corpulent m’est alors apparue, car la bague était si énorme que je pouvais y passer deux doigts. Qu’espérez-vous à l’avenir ? L’inattendu. Il n’y a rien de mieux en archéologie. Songez seulement aux fouilles de Pompéi, en Italie. Jusqu’à récemment, les h ­ istoriens étaient convaincus que le Vésuve était entré en éruption le 24 août 79 de notre ère. Mais la découverte en 2018 d’une ancienne inscription au charbon indique que l’éruption avait eu lieu deux mois plus tard. Cette histoire prouve qu’archéologues et historiens peuvent se tromper, mais elle résume aussi parfaitement ce que je recherche dans ce métier : être surprise et émerveillée par mes propres découvertes !

Terry Madenholm est associée au projet Drone Archaeology : dronearchaeology.com

THE RED BULLETIN


« Me sentir ­intensément ­vivante  : c’est ce qui me plaît dans ­l’archéologie.  » THE RED BULLETIN

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SEB

Mission (im)possible Surprendre, c’est la devise de SEB, youtubeur confirmé et rappeur en ascension. À l’invitation de Red Bull, il est devenu le premier homme à freestyler en chute libre. Texte SMAËL BOUAICI  Photo FIFOU

the red bulletin : Qu’est-ce qui est passé dans votre tête quand on vous a proposé de rapper durant un saut en parachute ? seb : Je n’avais jamais sauté, et ça me paraissait absurde : comment voulez-vous que je freestyle en tombant du ciel ? J’ai fait quelques tests, et je me suis dit que ça pouvait être cool. D’autant que le morceau s’appelle Prends d’la vitesse, ça s’emboîtait parfaitement. Comment s’est déroulée la préparation ? Je suis parti à Chalon-sur-Saône pour une formation d’une dizaine de jours que j’ai complétée à Paris dans la soufflerie iFLY. Ça s’est fait en plusieurs étapes, afin de d’abord valider la confiance en moi. C’est 100 % de confiance en soi ce sport-là. Et pour la partie rap ? J’ai écrit le morceau il y a quelques mois. Je le répétais tous les jours, quand je faisais la vaisselle, pour que ça devienne automatique et que, durant la chute libre, je n’aie même plus à penser à mon texte parce que les conditions font que c’est très compliqué. Là-haut, si tu déplaces un bras, il y a tout qui part avec. Pour le son, on a testé plusieurs micros dans différents casques pour avoir le meilleur rendu. À 200 km/h, le vent souffle fort, donc il fallait le casque le plus hermétique possible. J’avais aussi un cache-cou énorme pour bloquer le bruit du vent.

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Combien de fois avez-vous sauté ? Seize fois. Et chaque saut permettait d’affiner les paramètres. Je pense qu’on aurait pu filmer le tout en un seul plan-séquence mais il aurait fallu que je reste un mois. Mais nous étions focus sur la performance. La performance est folle parce que ça n’existait pas. J’ai bel et bien rappé en chute libre, je peux envoyer les rushs au Guinness Book. Faire un projet comme ça, c’est un saut dans le vide, autant pour moi que métaphoriquement, mais je trouvais ça vraiment très cool au niveau du story­telling pour une mixtape qui s’appelle Crash Test. Le rap était déjà une sorte de saut dans le vide dans votre quotidien de youtubeur. Est-ce que vous ressentez le besoin de sortir de votre zone de confort en permanence ? Ce qui m’anime, c’est de surprendre les gens, et d’en vivre. Je ne pourrais pas être un youtubeur qui fait les mêmes vidéos tous les jours. Je veux toujours surprendre, sinon, je me fais chier, tout simplement. Et à chaque fois, je veux monter la barre encore plus haut, élargir mon champ des possibles. Parvenir à réaliser quelque chose que tu croyais impossible, c’est une telle fierté. Vous pensez à un projet récent en particulier pour lequel vous vous êtes particulièrement challengé ? Oui, à la semaine, quand je suis monté sur le Kilimandjaro. Mais j’ai failli abandonner, à 300 mètres du sommet. C’est tellement dur qu’à un moment, tu craques. Mais dès que tu surpasses ça, que tu décides de remonter et que tu arrives au sommet, tu ressens un truc différent,

comme une espèce de drogue, parce que tu es allé chercher des ressources insoupçonnées. C’est pareil quand je fais un freestyle en chute libre pour ce morceau. Si je faisais juste une promo normale, je m’ennuierais. Vous êtes un youtubeur qui a ­rencontré le Dalaï-lama, accompagné une équipe de chercheurs en Papouasie-Nouvelle-Guinée, et désormais un rappeur signé chez Wagram. Est-ce que, à un moment, plongé dans toutes ces expériences, vous vous êtes posé la question de votre légitimité ? Je suis le premier à dire que tout le monde peut faire de la musique. Mais à la fin, si ta musique est pourrie, ce sera de ta faute. Je rappe depuis que je suis tout jeune, mais je suis resté dans mon coin, dans ma chambre. Quand je me suis lancé sur YouTube, le rap était un guilty pleasure. Mais quand j’ai décidé de m’y mettre sérieusement, j’ai pris mon temps. Quelle a été votre méthode ? J’aurais pu faire un séminaire de deux semaines et sortir un disque. Mais j’aime trop le rap pour faire un truc comme ça. Moi, à la base, je viens de la campagne, donc je ne suis légitime en rien. Je me pose des questions, parfois : pourquoi moi ? Mais tout ce qui importe, c’est qu’à la fin, les gens disent : okay, il l’a respecté. Je respecte le rap, je ne le caricature pas. Je fais ça très sérieusement, avec amour. Tant que tu restes authentique, le public te suivra. Que trouve-t-on sur cette mixtape ? Je ne voulais pas griller d’étapes et arriver direct avec un album. C’est donc une mixtape de douze titres, avec zéro featuring, et produite en famille. Ça parle de ma vie, de mes amis, de l’enfance, d’amour, de légitimité aussi. Il y a un peu d’ego trip aussi parce que je suis un petit con (rires). Il y a des morceaux tristes, des morceaux pour exploser des scènes en concert… Elle raconte deux ans de mon existence.

La mixtape Crash Test de SEB est dispo en pré-commande et sortira le 26 nov. ; son freestyle en chute libre est à découvrir sur ­redbull.com

THE RED BULLETIN


« Ça semblait absurde : rapper en freestyle en tombant du ciel ? » THE RED BULLETIN

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Kofi McCalla

Le chasseur de styles Le monde de la mode est réputé impénétrable mais ce youtubeur est passé de la réalisation de vidéos dans sa chambre à coucher au saint des saints. Texte EMMA FINAMORE  Photo LOUIS FRY

Si vous vous promenez dans le centre de Londres et que vous êtes élégamment habillé, il y a des chances que vous soyez abordé par Kofi McCalla. Il pourrait même vous demander ce que vous portez. Bella Hadid, Usher et même Anna Wintour, la rédactrice en chef de Vogue connue pour son extrême froideur, ont tous été abordés par le vlogueur anglais : ces deux derniers à l’occasion d’un défilé Balmain à la Fashion Week de Paris l’année dernière où Wintour a répondu à sa question par un « non ». Mais McCalla est le chancer du monde de la mode, créant du contenu à partir du risque et de l’audace et demandant pardon plutôt que la permission alors qu’il interroge les gens avec une caméra portable pour sa chaîne YouTube, The Unknown Vlogs. Ce qui a commencé comme un passetemps d’ado en 2014 a amassé plus de 120 millions de vues et fait de McCalla une voix de premier plan sur le marché du streetwear, une sous-culture de la mode qui mélange l’esthétique du skate et du sportswear avec des marques indépendantes haut de gamme. « Le streetwear est une communauté et une forme d’évasion, explique McCalla. J’essaie de l’expliquer à tout le monde. » Qu’il s’agisse de révéler les premières livraisons de labels comme Supreme, de suivre les tendances des friperies de Tokyo ou les défilés de Prada, les vidéos de McCalla rendent la scène accessible et facile à comprendre. Dans sa dernière série de vidéos, What Are People Wearing

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Today (trad. Que portent les gens aujourd’hui), il interroge des personnes soucieuses de leur style dans la rue, dans tout le Royaume-Uni. « Je montre comment la communauté célèbre les produits et les créateurs, et la façon dont les gens de tous les jours créent leur propre style. » Au-delà de l’image, des étiquettes et des prix, ce sont les individus en dessous qui intéressent Kofi. the red bulletin : Qu’est-ce qui vous a poussé à montrer la mode de la rue ? kofi mccalla : J’ai grandi dans une ville qui était fermée d’esprit. Je visitais le magasin Supreme à Londres et je rentrais chez moi en me disant « Boum, regarde ces vêtements », mais personne ne comprenait. C’est pour cela que j’ai commencé à m’exposer en ligne. J’ai trouvé sur YouTube un public qui s’intéresse au streetwear et qui voulait en savoir davantage. Il faut un certain courage pour approcher des personnes comme Anna Wintour… Quand on a un projet qui nous passionne, tout ce que l’on a envie de faire, c’est de montrer « son bébé » au monde. Lors de ce défilé à Paris, je ne pensais pas à ce qu’Anna Wintour allait penser de moi ; je pensais que j’avais une chance incroyable de lui parler de ma chaîne et de la faire apparaître dans ma vidéo. Je me dis toujours : « J’ai réussi à entrer ici, je dois en tirer le meilleur parti. » La création de contenu est ma vie depuis 2014, et ça a toujours été une évasion pour moi, mais maintenant c’est quelque chose dont je vis. C’est mon boulot de courir et d’essayer.

Quelqu’un a-t-il essayé de vous empêcher de filmer ? Bien sûr. Toute l’équipe de Balmain avait peur, et juste avant que je m’approche d’elle, tout le monde derrière la caméra me disait de ne pas le faire. Mais elle reste humaine, et parler de fringue aux gens, c’est ce que je fais, alors j’ai juste dit : « Anna Wintour. Oh, salut, quoi de neuf ? » Qu’est-ce qui vous a inspiré pour What Are People Wearing Today? Quand nous avons pu sortir du confinement, je voulais montrer les gens en train de se connecter à nouveau. Cette série de vidéos porte autant sur les gens que sur les vêtements. Je voulais donner l’impression que vous, spectateur, êtes la caméra, que vous découvrez comment les gens vont et ce qu’ils portent. Comment choisissez-vous la bonne personne à approcher ? J’essaie de présenter des personnes aussi diverses que possible. Je regarde la palette de couleurs qu’ils portent, leur silhouette et les formes qu’ils ont créées avec leurs vêtements. Parfois, je reconnais un créateur discret, mais une fois, j’ai abordé un type qui portait presque uniquement des vêtements Primark. Tout dépend de la façon dont on les style. Où trouvez-vous les personnes les plus intéressantes ? C’est cliché, mais à Soho à Londres. On peut y porter n’importe quoi sans être jugé. Je suis fortement inspiré par la mode parisienne. La friperie y est très populaire. La génération Z récupère les vêtements les plus fous. Comment change-t-elle la mode ? Ils ont apporté une plus grande conscience de la durabilité. Est-ce que c’est fait de manière éthique ? Utilisez-vous du cuir véritable ou non ? Ils s’intéressent aussi davantage aux personnes et moins aux marques. Je pense qu’à un moment donné, même pour les marques de grande distribution, les influenceurs deviendront des directeurs artistiques.

The Unknown Vlogs sur YouTube

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« Juste avant ­d’aller voir Anna Wintour, tout le monde me disait de ne pas le faire. »

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Viser le top Depuis plus de vingt ans, personne n’a fait plus pour documenter les limites de l’escalade que JIMMY CHIN. Une anthologie de l’œuvre de sa vie honore un artiste et grimpeur qui a transporté des âmes intrépides aux confins du monde. Texte PETER FLAX Photos JIMMY CHIN

Talent en ascension

Yosemite, 2007 Le photographe grimpe sur le Pacific Ocean Wall d’El Capitan (USA). Bien qu’il ait fait de l’escalade sur tous les continents, Jimmy Chin affirme que le Yosemite a inspiré son travail plus que tout autre endroit sur Terre.

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CHEYNE LEMPE

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Jimmy Chin

JIMMY CHIN

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De grands inconnus

Yosemite, 2009

CHRIS FIGENSHAU/PANERAI

décrit ce qui le pousse à aller aux confins du monde, pour documenter des aventures en terres étrangères et dans des conditions hostiles. « Mon inspiration première était simplement de vivre hors de ma voiture – de vivre la vie d’un nomade, nous raconte Chin. Et ce sentiment de curiosité est toujours présent en moi, ce besoin profond d’explorer le monde et différents paysages, et aussi d’explorer mon potentiel créatif. » Cette curiosité profonde et cette recherche créative ont conduit Chin au sommet de l’Everest (deux fois), à des ascensions très techniques sur tous les continents, à des endroits sauvages dominés par la roche, la neige, la glace et les éléments, et ont également donné lieu à des dizaines de couvertures de magazines et à des films plusieurs fois primés (dont Free Solo). Au cours de sa carrière de plus de vingt ans, il n’a rien fait d’autre que de nous transporter aux limites du potentiel humain, de faire entrer les étrangers dans les plus grandes aventures de l’époque et de partager l’âme de l’exploration avec les masses. Aujourd’hui, grâce à sa nouvelle anthologie photographique, There and Back, toute l’étendue du travail de Chin est enfin exposée en un seul endroit. « Il s’agit d’un livre et d’un projet profondément personnels, déclare Chin, qui admet avoir réfléchi à l’idée de cette rétrospective pendant une décennie. Au fur et à mesure que je poursuivais mes explorations, j’ai eu ces moments culminants, des moments difficiles ou extraordinaires. J’ai mis ces petits marqueurs dans la chronologie de ma vie, que ces moments-là allaient atterrir dans le livre. » Bien sûr, l’anthologie est pleine de montagnes légendaires et de parois de granit vertigineuses, mais elle est aussi pleine de gens : des grimpeurs iconiques qui ont rejoint Chin et des gens ordinaires de différentes cultures qu’il a visités en chemin. « La grande raison pour laquelle j’ai poursuivi cette carrière est de cultiver des relations et des expériences intenses, explique Chin. Honnêtement, rassembler tous ces souvenirs dans ce livre a été un voyage émotionnel. Il célèbre toutes ces personnes et tous ces mentors avec lesquels j’ai noué des relations. Certains d’entre eux ne sont plus parmi nous. » Lorsqu’il tient enfin un exemplaire relié de There and Back, Chin est profondément ému. « Porter le poids du livre dans mes mains m’a fait tellement de bien, car je porte le poids de ces histoires et de ces images depuis longtemps. Jusqu’ici, j’avais toujours l’impression de raconter l’histoire de quelqu’un d’autre. Cette fois, c’est personnel. » Le photographe, cinéaste et aventurier a dédié ce projet à ses deux jeunes enfants. « Ils ne savent pas vraiment ce que fait papa, dit Chin en riant. Je les avais en tête avec ce livre, pour créer une archive qu’ils pourraient consulter et partager comme un morceau de leur histoire familiale. »

Jimmy Chin, qui a commencé à escalader les grandes parois de Yosemite lorsqu’il était adolescent, est retourné dans le parc à l’automne 2009 pour documenter la culture de l’escalade sur cette cathédrale de granit. Ici, il capture au crépuscule deux BASE jumpers anonymes en vol.

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L’hôtel aux mille étoiles

Yosemite, 2015 En janvier, Chin a passé la majeure partie du mois au-dessus de la vallée de Yosemite, tandis que Kevin Jorgeson et Tommy Caldwell se frayaient un chemin. Une mission prétendue impossible, jusqu’à la dalle de granit perchée à près de mille mètres d’altitude, le long de la face appelée Dawn Wall. Cet effort a été documenté dans un film éponyme.

Les doigts de la main Mali, 2004 Jimmy Chin a fait son premier voyage au Mali cette année-là. Ici, il filme Cedar Wright en train de grimper sur l’un des monts Hombori, aussi appelés « main de Fatima », un complexe de tours de grès auto­ portantes les plus hautes au monde.

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Revenir vivant

Tibet, 2003 Jimmy Chin s’est joint à Stephen Koch, un snowboardeur en quête des sept sommets, pour tenter d’atteindre la face nord de l’Everest. Ici, Koch escalade une tour de glace sur le glacier central de Rongbuk. Après avoir failli mourir dans une énorme avalanche à 7 000 mètres, le duo a abandonné l’expédition. Jimmy Chin dit que cela lui a rappelé que le but de l’escalade est de revenir vivant.

Les rôdeurs

Kamtchatka, 2014 En février, Chin s’est aventuré dans la péninsule isolée du Kamtchatka, à l’extrême Est de la Russie, pour documenter les aventures lointaines du snowboardeur Travis Rice. Ici, Rice se penche dans des vents violents alors que des hélicoptères russes M-17 de type militaire rôdent en arrière-­plan. THE RED BULLETIN

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Jimmy Chin

Interférences New York, 2016

Poussant ses talents de grimpeur dans la jungle urbaine, Chin est monté au sommet du One World Trade Center en 2016 avec Jamison Walsh, l’un des deux Américains certifiés pour escalader la flèche lors d’inspections annuelles. Chin raconte que les interférences de l’antenne massive du bâtiment ont rendu une partie de son matos inutilisable.


Retour sur terre Bornéo, 2009

En avril, Jimmy Chin s’est rendu à Bornéo avec une équipe comprenant Conrad Anker, Kevin Thaw et Alex Honnold qui n’avait alors que 24 ans, et participait à sa première expédition internationale. Ici, Honnold descend en rappel vers un camp suspendu au-dessus de la mer de Chine après une journée d’escalade venteuse et pluvieuse.

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Jimmy Chin

Alex Honnold Yosemite, 2017

Jimmy Chin a filmé Alex Honnold sur une longueur de la voie Freerider d’El Capitan, à des milliers de pieds au-dessus du sol de la vallée. Chin raconte que Honnold grimpait si vite qu’il avait du mal à suivre et à utiliser le viseur de son appareil photo. Le photographe a pris cette image depuis sa hanche.

Avec les dieux Yosemite, 2017 Lorsqu’Alex Honnold a ­atteint le sommet d’El ­Capitan, aux proportions hallucinantes, le 3 juin 2017, après une escalade libre de 3 h 56 min, Chin a capturé l’exaltation du moment. Avec sa femme, Elizabeth Chai V ­ asarhelyi, Chin a passé deux ans à suivre la quête de Honnold pour le film Free Solo, ­récompensé par un Oscar.

Stressant

Yosemite, 2017 Ici, Honnold fait un solo libre sur l’Enduro Corner, l’un des creux de la voie Freerider sur El Capitan, d’une difficulté 7b, à 600 mètres d’altitude. Bien que Honnold semble assez détendu, Chin ­déclare que filmer et ­photographier le grimpeur sur des longueurs aussi difficiles était assez stressant.

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À grande échelle Everest, 2004

On a demandé à Jimmy Chin de se joindre à une équipe d’experts, dont David Breashears et Ed Viesturs, pour escalader l’Everest et filmer des ­séquences panoramiques. Ce sera l’une des deux ascensions réussies de Chin sur la plus haute montagne au monde. Ici, Breashears monte une série d’échelles grinçantes sur la cascade de glace du Khumbu.

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Toutes les photos sont tirées du livre de Jimmy Chin, There and Back: Photographs from the Edge ©2021. Edité par Ten Speed Press, une entité de Random House, elle-même une division de ­Penguin Random House LLC. THE RED BULLETIN

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EARTHGANG et J.I.D sont des rappeurs d’Atlanta d’un nouveau genre. Cette ville du sud des États-Unis qui a transformé le hip-hop au cours des dix dernières années est en mutation, et ces trois MCs comptent bien avoir un rôle à y jouer.

Princes


Alerte rouge : ­EarthGang (cette page) et J.I.D (cicontre) sont prêts à exploser.

de la ville Texte MAURICE G. GARLAND Photos CAM KIRK

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« La musique est collective. Tu ne peux pas travailler dans ton coin et t’attendre à ce que les gens la ressentent . » J.I.D

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EarthGang et J.I.D

L’

entrée du bâtiment en briques des Cam Kirk Studios, au cœur d’Atlanta, en Géorgie, se trouve à quelques pas d’une gare d’autocars Greyhound où les sans-abris qui rôdent à l’extérieur vous demandent de la monnaie, de la nourriture, un chargeur de téléphone ou, selon l’heure, les trois. Les hautes fenêtres du studio offrent une vue en plongée sur le légendaire club de strip-tease Magic City qui a désormais ajouté le mot « Kitchen » à son nom, après que son menu a gagné en popularité lorsque le basketteur Lou Williams, favori de sa ville natale et joueur de la NBA, a pris le risque de violer le protocole du COVID et de la bulle sociale de 2020 en passant par le célèbre établissement rien que pour commander une assiette d’ailes de poulet. L’arrière du bâtiment se trouve dans l’ombre du centre de détention de la ville d’Atlanta – ou, comme les locaux l’appellent, « The Jail » – qui, au cas où vous vous poseriez la question, a actuellement une moyenne de 2,4 étoiles sur les avis Google, le commentaire le plus récent précisant : « pas recommandé ». Sachant cela, ce n’est pas forcément un coin où vous avez envie de traîner. Une fois que vous êtes à l’intérieur du bâtiment, il n’est pas difficile de trouver le studio proprement dit. Vous pouvez soit suivre le son de la musique qui jaillit à chaque fois que la porte s’ouvre, soit suivre discrètement jusqu’à l’ascenseur du quatrième étage le premier jeune dans la vingtaine que vous voyez et qui porte un

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EarthGang et J.I.D

Avant que le rappeur T.I. ne lui donne sa notoriété, la vêtement conçu par Kanye West, Virgil Abloh ou Travis « trap music » restait confinée à une zone bien délimitée, Scott. Les murs du studio sont décorés de photos nettes tandis que les combinaisons de musique positive et très contrastées des nombreux clients du studio, principalement des rappeurs d’Atlanta qui ont défini le son (Arrested Development), enjouée (Outkast) et festive du rap – et, par extension, de la musique pop – depuis au (Ludacris) ont eu droit aux honneurs de l’émission musicale télévisée Rap City et ont donc gagné d’autres villes. moins les sept dernières années. Migos, Gucci Mane, Lil Mais avec l’arrivée d’Internet, survenue au moment où Baby, Young Thug, 2 Chainz et 21 Savage font partie de Atlanta devenait rapidement le numéro Un de l’inégalité la liste. Cependant, le client d’aujourd’hui, qui a également gagné une certaine notoriété, a remarqué qu’il ne des revenus aux États-Unis, l’information et les outils sont s’y trouvait pas. devenus plus accessibles, et tout ce qui était considéré « Quand est-ce que tu vas me mettre sur un de ces comme underground ou tout en bas a tracé son chemin et est, ultimement, parvenu au sommet des charts. murs, mec ? » demande J.I.D, en plaisantant et en saluant Avec Ghetto Gods, son prochain album, EarthGang le propriétaire qui a donné son nom au studio. prend délibérément une direction différente de celle de « On change ça aujourd’hui », répond Cam Kirk du tacleur album phare de 2019, Mirrorland. La COVID n’est au-tac, en s’échappant du nuage flottant autour de J.I.D. pas créditée en tant que producteur exécutif, mais elle a L’omission, tout involontaire qu’elle soit, témoigne de joué un rôle dans la conception de l’album. Entre le confil’image de la scène rap d’Atlanta dans son ensemble. nement et les concerts qui se sont arrêtés net, EarthGang Avec ses amis et compagnons de label Dreamville, n’a pu faire de tournée. Cela leur a WowGr8 et Olu, de EarthGang, donné l’occasion de s’enfermer J.I.D est un membre fondateur de chez eux et de renouer avec l’énerSpillage V ­ illage, un collectif musical basé à Atlanta qui comprend gie qui alimentait le début de leur également la chanteuse Mereba, carrière. les rappeurs Jurdan Bryant et « Lorsque tu enregistres pendant que tu voyages, tu apprends 6lack, et les producteurs Hollywood JB et Benji. Si les trois sur le monde mais aussi beaucoup membres de Spillage Village ont sur toi-même », explique Olu, qui tous été en nomination aux admet que le duo n’avait pas enreEARTHGANG gistré de projet uniquement à Grammy Awards et satisfont ainsi Atlanta depuis la signature de son à toutes les exigences pour se voir contrat en 2017 chez Dreamville, inclus dans le groupe de musiciens le label du rappeur et producteur superstar J. Cole. affichés sur les murs, ils ne sont pas toujours les plus « C’était comme montrer un reflet de tout ce que tu as vu souvent mentionnés lorsque la vague actuelle d’artistes dans le monde et les cultures que tu as expérimentées. » rap de la ville est évoquée. Ils s’attendent à ce que cela Travail à la maison oblige, la plupart, sinon la totalité, change lorsque leurs nouveaux albums, Ghetto Gods d’EarthGang et The Forever Story de J.I.D, sortiront plus des invités de Ghetto Gods sont des artistes d’Atlanta, de tard cette année. Yung Baby Tate à CeeLo Green, tandis que parmi les producteurs de l’album, on retrouve des prodiges de la pla« C’est parce qu’on ne ressemble pas forcément aux tine comme JetsonMade et Big Korey, fils du légendaire artistes typiques d’Atlanta tels qu’ils sont dépeints dans les Big Oomp. Cet album est en quelque sorte leur manière médias », développe Olu qui, avec WowGr8, est diplômé de claquer des talons comme Dorothy dans Le magicien du Benjamin E. Mays High School d’Atlanta, un établissement à la riche histoire qui a également été fréquenté par d’Oz et de dire : “There’s no place like home” (trad. On les quatre membres du légendaire groupe de hip-hop n’est jamais mieux que chez soi). Goodie Mob. « Mirrorland était un peu comme Atlanta: The Musical : un spectacle de Broadway, dit WowGr8. Ghetto Dans ce cas, le terme « typique » se situe dans une zone Gods, c’est le film, la télé-réalité. » grise très bigarrée puisque pratiquement tous les rappeurs d’Atlanta – qu’ils fassent de la trap (le genre distinct de hip-hop sudiste de la ville, associé à des artistes uand WowGr8 et Olu sont arrivés aux Cam Kirk tels que T.I. et Ghetto Mafia) ou non – partagent les Studios aujourd’hui, ils étaient trop fatigués pour mêmes accents, les mêmes coiffures, les mêmes goûts prêter attention aux photos sur le mur ou demanen matière de mode, ou ce désir constant de prouver que der pourquoi ils n’y apparaissent pas, contrairement à J.I.D. La question qu’ils se posent est simplement : « le Sud a quelque chose à dire ». Mais, de la même « Qu’est-ce qu’on fait ici aujourd’hui ? » Disons-le franchemanière que les producteurs de télé-réalité passent sous ment, la séance de photos pour cet article a été prise en silence le riche héritage des réalisations des Noirs de la sandwich entre une prestation au festival Lollapalooza ville dans les domaines des affaires, de la politique, de à Chicago la veille et le concert de Gorillaz auquel ils l’immobilier, de l’enseignement supérieur, de la médecine devaient participer à Londres le lendemain. Alors oui, et de la technologie pour privilégier les drames spectaculaires, la couverture de la scène musicale d’Atlanta tend aujourd’hui, leur priorité, c’est leur agenda. à être obsédée par la trap, tout en ignorant presque comLa situation est classique, étant donné que EarthGang plètement tout ce qui se passe en dehors de celle-ci. Ce et J.I.D ont essentiellement vécu sur la route depuis leur qui n’a pas toujours été le cas. première tournée en 2014, en première partie d’Ab-Soul.

« On ne ressemble pas forcément aux artistes typiques d’Atlanta tels que dépeints dans les médias. »

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« On voulait juste que cet album sonne comme Atlanta. » OLU (À DROITE), EARTHGANG


Changement de cap : avant de se lancer dans la musique, J.I.D (ici avec son tee-shirt Sly Stone bien-aimé) avait prévu une carrière dans le football américain, mais celle-ci a été interrompue par une blessure.


EarthGang Atlanta et J.I.D Trap

« J’essaie de faire évoluer mon art, afin qu’il reste frais, et de prouver à mes fans qu’ils ont raison. » J.I.D

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Olu (à gauche) et WowGr8 se sont rencontrés au lycée. Ils étaient alors connus sous les noms de Johnny Venus et Doctur Dot.

À partir de là, ils ont acquis la réputation d’être des artistes électrisants, participant à des tournées avec Mac Miller, Bas et J. Cole, tout en codirigeant leur propre tournée Never Had Shit. « Depuis que je suis en tournée, je n’ai pas écrit une seule chanson sans penser à la jouer sur scène », déclare WowGr8, qui dit aussi avoir arrêté d’écrire récemment, estimant que les textes bavards doivent céder la place à une clarté que les auditeurs peuvent ressentir et comprendre. « Certains sont tellement concernés par l’aspect sportif de leur rap, qu’ils essaient de montrer qu’ils peuvent faire plein d’acrobaties verbales. C’est cool, mais pour une foule ? Personne ne s’en souviendra. » Il est intéressant de noter que la seule exception est en fait dans son équipe. J.I.D – connu pour ses prouesses au micro et pour parfois devoir faire des pauses après les chansons pour reprendre son souffle – a une fois failli faire s’effondrer une scène et un plafond à cause des 46

­ iétinements synchronisés de la foule lors d’un spectacle p à Ithaca College en 2019. Là, en revanche, probablement que quelqu’un s’en souvient. « J’ai un dernier objectif personnel à atteindre en tant qu’artiste, poursuit WowGr8. Une tournée dans les arénas. Ce n’est pas que je tienne à jouer le jeu des ventes ou celui du streaming mais je dois remporter celui des tournées. Nous venions de commencer une tournée en tête d’affiche en 2019 et nous aurions donc dû commencer à faire les amphithéâtres l’année suivante et les arénas par la suite. » Cet objectif ne semble pas inaccessible si l’on considère que EarthGang a une réputation assez solide pour faire des shows à l’autre bout de la planète au plus fort d’une pandémie mondiale. En décembre 2020, le duo a failli devenir viral lorsque des images d’eux se produisant devant une foule sans masque ont fait surface sur Instagram. Certains fans ont laissé des commentaires demandant s’il s’agissait THE RED BULLETIN


EarthGang et J.I.D

­ ’extraits filmés bien avant, tandis que d’autres les ont d accusés d’être imprudents. Ce qu’ils voyaient en fait, c’était EarthGang devant des foules de 7 000 à 15 000 personnes pendant trois jours – à l’extérieur – en Nouvelle-­ Zélande, qui était à l’époque le pays le plus sûr du monde avec aucun cas de COVID. Le spectacle avait été réservé en 2019 pour 2020, mais nous savons ce qui s’est passé ensuite. « Je joue au Monopoly mondial, je n’arrête pas de vous le dire, s’est vanté leur manager Barry “Hefner” Johnson dans la légende d’un de ses posts montrant le concert. EarthGang est le seul groupe de hip-hop aux États-Unis à faire des festivals en ce moment, j’en suis presque sûr ! » À l’époque, c’était tout à fait vrai. Surtout si l’on considère que les dates se situaient entre le 31 décembre et le 5 janvier, ce qui signifie que EarthGang s’est rendu en Nouvelle-Zélande deux semaines avant la quarantaine, donc avant les concerts, sacrifiant ainsi les vacances en famille et, dans le cas de WowGr8, manquant Noël avec son fils de trois ans. « Manquer Noël est un gros truc, admet WowGr8, qui est plutôt ouvert sur le fait qu’il est le principal responsable de son enfant. Mais revenir avec un tas d’argent, c’est aussi une grosse affaire. »

à mes fans qu’ils ont raison », dit-il dans l’une des rares occasions où il s’ouvre au sujet de la nouvelle musique présentée sur l’album. « Je veux qu’ils parlent de moi et disent : “C’est une sacré somme de travail.” C’est toujours la partie la plus intense, faire quelque chose que personne n’a jamais entendu auparavant. » WowGr8 plaisante sur le fait que J.I.D a tendance à sur-rapper avec le « syndrome d’Eminem », mais ce syndrome l’a aidé à construire un mélange solide de caractéristiques sur des chansons d’artistes tels que Doja Cat, Dua Lupa, Conway the Machine, ­Denzel Curry, Free Nationals, et même les rappeurs émergents d’Atlanta, Grip et Kenny Mason. S’il ne dit pas qui sera invité sur The Forever Story, J.I.D insiste sur le fait qu’il s’agit du produit d’un casting global, car c’est ainsi qu’il faut le faire. « La musique est une activité communautaire. Tu ne peux pas travailler dans ton coin et espérer que ceux qui t’écoutent la ressentent, dit-il. Il te faut des réactions de l’extérieur. » Le duo EarthGang partage des sentiments similaires, révélant que de nombreuses personnalités, dont Andre 3000 et David Banner, sont passées pendant l’enregistrement de Ghetto Gods, bien qu’il n’y ait aucune confirmation quant à leur participation sur l’album. « Je sais que beaucoup de Blacks disent qu’on économise de l’argent en enregistrant à la maison, parce qu’on n’a qu’à se lever et créer, dit Olu. C’est chouette, c’est vrai. Mais j’adore aller au studio. C’est comme aller à la salle de gym pour faire de l’exercice, ou aller sur un terrain pour y jouer avec un ballon. On trouve beaucoup de cette énergie qu’on ne peut pas avoir en restant enfermé chez soi devant son ordinateur. Même si vous ne faites pas de musique, le simple fait d’être entouré de créatifs, c’est ça le vrai plaisir. » Le plaisir est quelque chose que les deux artistes semblent ressentir alors qu’ils – et le reste du monde – attendent avec impatience de pouvoir à nouveau se déplacer librement sur la planète. Mais alors que EarthGang et J.I.D commencent à retourner à leur vie sur la route, l’espoir est qu’ils continuent à emmener leur ville avec eux partout où ils vont, même si cela ne correspond pas à l’idée que le reste du monde se fait d’Atlanta ; la ville telle qu’elle est, changeant de minute en minute. « Le fait d’être ici depuis un an m’a aidé à comprendre que le monde vient ici, dit Olu. Nous devons embrasser tout ça, tout en gardant notre essence. Il y a un lien entre les histoires qu’on raconte et les trucs que les gens voient. Les bâtiments ont une durée limitée ; c’est une question d’esprits. » « Tout ce que nous voulions, c’est que cet album sonne comme Atlanta, que ce soit une illustration sonore de la ville, ajoute-t-il. Certains trucs que nous faisons sont tellement cérébraux, ce qui est cool et différent. Mais les Blacks ont aussi besoin de choses dont ils ne peuvent détourner le regard. » Instagram : @earthgang ; @jidsv

« Si nous faisons une musique qui n’a pas de lien avec les habitants d’Atlanta alors c’est que nous ne faisons pas les choses correctement. »

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n tas d’argent et comment le dépenser. C’est désormais le sujet de discussion dans la loge de J.I.D. L’artiste, qui a renoncé à se faire raser par le coiffeur engagé pour la séance de photos et a apporté ses propres vêtements parce qu’il est « toujours prêt à être photographié », a sorti un précieux tee-shirt vintage arborant le musicien Sly Stone qu’il a rangé dans son sac de sport Louis Vuitton. Il justifie la dépense de 700 € pour cet article – le tee-shirt, pas le sac – parce que, premièrement, c’est son artiste préféré ; deuxièmement, il n’a jamais vu son visage sur un tee-shirt auparavant ; et troisièmement, il « le porte tout le temps », y compris en ce moment. « N’oubliez pas d’écrire que ce pantalon date des années 1930 », dit J.I.D, laissant entendre que le pantalon en patchwork qu’il porte aujourd’hui a également coûté une jolie somme. Mais en même temps, il essaie de gratter ici et là en demandant à la styliste : « Je peux prendre ça ? » chaque fois qu’elle sort une nouvelle paire de chaussettes. Bondir partout fait partie du tempérament nerveux de J.I.D. Il parle à peu près à la même cadence qu’il rappe, avec de courtes explosions verbales dans lesquelles il ­produit plus de mots que ce qui semble humainement possible. Mais aujourd’hui, il n’a pas beaucoup de mots à offrir au sujet de son nouvel album. « Je ne peux pas te le dire », est l’une de ses réponses lorsqu’on lui demande des détails, et : « C’est celui que je préfère dans ceux que j’ai faits jusqu’à présent » est ce qu’il répond lorsqu’on lui demande de manière plus générale. « J’essaie juste de faire évoluer mon art et de le garder frais et de prouver

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La snowboardeuse ANNA GASSER est la reine de sa discipline. Un titre que cette Autrichienne de 30 ans est bien décidée à défendre encore longtemps.

SANI ALIBABIC

Pour The Red Bulletin, sa compatriote Doris Knecht, auteure et journaliste, nous livre un portrait littéraire royal. Hommage à une femme qui n’abandonne jamais.


A N NA GA SSE R

La Reine des neiges Un conte d’hiver par Doris Knecht

C’est une reine sans couronne mais toujours coiffée d’un gros bonnet en laine, d’où s’échappent les mèches blondes de sa longue chevelure. Blonde comme un champ de blé au soleil, elle retombe en cascade sur ses épaules, parfois domptée en de fines nattes lâchement tressées. À première vue, la reine ressemble à une petite princesse ingénue. ­Enfant de l’été, née dans les montagnes du sud de l’Autriche, elle se souvient d’une enfance idyllique, remplie de bons souvenirs et de chaleur, elle se souvient que ses héroïnes préférées s’appelaient Heidi et Elsa – une autre reine des neiges. Elle parle de sa famille et du cocon dans lequel elle a été bercée : à la maison, la malbouffe était interdite. Quant à la mobylette qu’elle rêvait d’avoir pour ses seize ans, il lui faudra attendre son vingt-­ cinquième anniversaire pour la recevoir ­enfin. La jeune reine grandit dans un décor de conte de fées, une vallée verdoyante bénie par un climat plutôt doux, au bord d’un lac où il fait bon se baigner en été et dont les eaux semblent se refléter dans ses yeux. Quand elle n’est pas occupée à dévaler les pentes enneigées de sa Carinthie natale, la reine aime se retirer dans son petit « château » privé, un appartement baigné de soleil à la décoration chaleureuse. 49

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De son grand balcon, elle peut admirer la vue sur Milchstatt, son lac et le ciel qui s’y reflète, et sur les montagnes qui se perdent au loin. Quand sa sœur lui rend visite, les deux se lancent dans des séances d’acrobatie à donner le vertige, l’une se balançant sur les épaules ou sur les pieds de l’autre, s’empoignant mutuellement comme des danseuses de cirque, à tel point qu’on s’attend à voir, d’une minute à l’autre, l’une des deux sœurs passer par-dessus le balcon. Il paraît que c’est du yoga, disent-elles… Dans ses chroniques illustrées, qu’elle alimente régulièrement via son compte Instagram, on peut voir Anna virevolter dans les airs, seule ou avec sa sœur, avec une telle énergie qu’on ne peut s’empêcher d’avoir parfois peur pour elle.

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Il faut dire qu’Anna Gasser n’est pas une reine comme les autres. En lieu de piédestal ou de trône, un tremplin de saut ; en lieu de sceptre, une petite planche en bois, légèrement incurvée, aux couleurs vives. Son royaume, elle le gouverne de sa force, une force aussi puissante qu’insoupçonnée, qu’elle dissimule sous une apparence frêle et de multiples couches de vêtements, mais qui explose dès lors qu’elle est en piste ou lorsqu’en été, elle dévoile son corps musclé pour exécuter quelques sauts acrobatiques dans les eaux du lac. * La reine est, assurément, bien entourée : il y a d’abord sa mère, qui lui offre avant chaque compétition un petit bracelet doré en guise de porte-bonheur. Il y a évidemment son père, sa sœur Eva, son manager Sani Alibabic, quelques amis proches. Il y a aussi un roi à ses côtés, un roi aux yeux clairs et aux boucles rousses : Clemens Millauer. L’heureux élu, dont on devine l’amour, voire l’admiration fervente qu’il lui porte, filme sa reine partout où elle va, en s’assurant grâce à ses vidéos que le monde entier reste informé des exploits de sa belle. Filmer Anna Gasser en train de dévaler, de survoler les pistes n’est pas une tâche facile, mais son roi en est capable. C’est d’ailleurs à lui que l’on doit une séquence mémorable, dont Anna dira qu’elle la préfère entre toutes et qui est désormais visible sur internet – et dans The Spark CORINNE RUSCH

­Within, le film qui sort sur la reine autrichienne du snowboard : il s’agit de ce moment où Anna Gasser a réussi son premier triple underflip – le premier j­amais réalisé par une femme.

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THE RED BULLETIN


Anna Gasser

« La reine est incroyablement rapide, elle connaît toutes les figures, et elle sait voler. » Anna Gasser dans le rôle de la Reine des neiges, photographiée pour The Red Bulletin par Corinne Rusch, mise en scène par Katharina Heistinger et maquillée par Sophie Kaspar.


Anna Gasser

Elle raconte avoir décidé au dernier m ­ oment de

coudre, poussée par une force indomptable, une soif

le faire, parce qu’elle se sentait prête. Elle le réalisa,

inextinguible de toujours s’améliorer, de repousser

sous l’œil e­­xtatique de son compagnon, qui était

ses limites, chaque fois un peu plus loin.

tendre en arrière-plan – laisse exploser sa joie.

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C’est une force qui ne connaît pas l’abdication, la capitulation, la complaisance dans la demi-mesure,

Dans la vie de la reine, il y a enfin un magicien :

la satisfaction d’un “good enough”. Car notre reine est

elle se tourne vers lui lorsqu’elle a besoin de se vider

une perfectionniste qui n’a que faire d’une seconde

la tête, de s’extraire du tumulte et du stress que sa vie

place sur le podium. Cette ambition lui a d’abord ap-

de championne apporte inévitablement. Ce magi-

porté le respect des autres snowboardeuses, puis ce-

cien, c’est Harry Potter, dont elle savoure les livres

lui des hommes : aujourd’hui, son talent suscite

audio, les yeux fermés, le casque plaqué sur ses deux

l’unanimité et des adjectifs comme « impression-

oreilles royales.

nante » ou même « un peu folle » sont souvent utilisés

* Son trône, son royaume, la reine Anna ne l’a pas hé-

pour la décrire.

rité d’un quelconque paternel ou d’un mariage fruc-

comme folle, mais comme quelqu’un de courageux,

tueux. Elle se l’est bâti toute seule, à force de ténacité

de téméraire et de volontaire. Volontaire : c’est fina-

et d’obstination. Toute petite, Anna aime sauter dans

lement l’adjectif qui semble la décrire le mieux.

L’intéressée, elle, ne se considère pas du tout

tous les sens : dans les eaux du lac de Milchstatt, sur

Car dans son univers, celui du snowboard

les tapis de sol lorsqu’elle apprend la gymnastique

freestyle, il faut être prêt à en baver : ça lui est arrivé,

puis lors de ses compétitions de gymnaste. Son trône,

comme aux autres, de dormir dans sa voiture entre

elle a fini par le gagner après de nombreuses ba-

deux compétitions, de se blesser, de pisser le sang,

tailles, qu’elle a parfois perdues et souvent rempor-

d’être couverte de bleus, de se casser quelques os

tées. De plus en plus souvent, jusqu’à ce qu’elle fi-

(jusqu’à passer à deux doigts de la paralysie). Il n’y a

nisse par venir à bout des meilleurs et des plus

qu’à voir toutes les scènes de chute dans The Spark

coriaces adversaires. Elle y a gagné le respect et un

Within pour s’en convaincre : si la reine est souvent

surnom : « Anna the Warrior ».

tombée, elle a toujours su se relever.

Une guerrière aux yeux et au sourire angé-

Il faut tout de même avouer que lorsqu’elle

liques, une princesse aux joues roses débarquée un

tombe, elle ne fait pas les choses à moitié, on est loin

beau jour, dans ce milieu de l’extrême où personne

de l’image immaculée que l’on se fait d’une reine : on

ne soupçonnait ses talents. On l’a prise de haut, avec

la voit se vautrer littéralement, exécuter un vol plané

ses allures d’elfe fragile. Mais Anna insiste, persiste

avant de s’écraser de tout son long sur la piste,

et tient bon. À chaque chute, elle se relève, redouble

mordre la poudreuse la tête la première… puis se

d’effort, se raccrochant à sa passion. Et finit par se

relever et repartir. Jusqu’à la prochaine scène de

tailler une place au firmament. Jusqu’à devenir LA

chute, d’où elle ressort le nez en sang.

meilleure, la plus courageuse, la plus acharnée, celle

Une séquence du film la montre en train de dé-

qui décroche l’or. Celle qui replace la barre plus

gringoler une pente neigeuse particulièrement raide,

haut, qui pose de nouveaux jalons dans sa discipline.

après avoir sauté d’un tremplin. La reine ressemble,

Une princesse descendue dans l’arène pour en dé-

suite à cette chute mémorable, à un gros bonhomme

THE RED BULLETIN

CORINNE RUSCH

alors en train de ­filmer et qui – comme on peut l’en-


« On l’a prise de haut, avec ses a­ llures d’elfe fragile. Mais Anna ­insiste, persiste et tient bon. » Anna, la Reine de l’autre côté du miroir : séance shooting à Vienne (Autriche).


« Elle ne s’épargne rien, s’astreint à une discipline de fer et ne connaît pas la peur. » Anna Gasser a présenté un cab double 1080 frontside grab lors de la Spring Battle 2021 à Flachauwinkl (qui rassemble l’élite du snow en Autriche), compétition qu’elle a également remportée.

de neige. On l’entend s’exclamer « Et merde ! » – dans un accent typique de sa région natale – sans pour autant y déceler la moindre trace de colère ou de frustration. C’est un « merde » qui sonne plutôt comme un « oups », lancé par une reine qui, après avoir remis discrètement sa couronne en place, repart au combat, vaille que vaille. Anna Gasser avoue effectivement être relativement « dure au mal ». Et on la croit, car comment expliquer sinon cette persévérance, cet entrain qui la pousse à ne jamais abandonner, à toujours essayer de concrétiser ses objectifs, même si ça fait mal, très mal parfois, même si l’on ressemble, à la fin de la journée, à un pantin désarticulé, couvert de neige, de bosses et d’hématomes. * Si elle ne semble pas disposer de superpouvoirs, la reine Anna a bel et bien des os étonnamment solides. À 30 ans, elle n’accuse en tout et pour tout que deux véritables fractures : l’une au poignet, l’autre au talus, l’os qui relie la jambe au pied ; ce fut sa plus longue convalescence, ­résume-t-elle.


Anna Gasser

SANI ALIBABIC

Le saut qui a propulsé Anna dans l’élite du freestyle. Deux ans à peine après son premier cab triple underflip, elle réitère son exploit au même endroit : le Prime Park Sessions, snowpark de la station du Stubaier Gletscher, dans les montagnes du Tyrol.

Un backside 180 melon grab, au coucher du soleil. La fédération de ski autrichienne et la station de ski du Kaunertaler Gletscher, un autre haut-lieu des sports d’hiver dans le Tyrol, se sont associées pour permettre aux sportifs de s’entraîner pendant le confinement de mai 2020.

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Anna Gasser

« Je continuerai à faire ce qui me rend heureuse et à glisser sur mon snowboard. » La réponse d’Anna quand on lui demande où elle se voit dans dix ans, juste après s’être levée le matin.


Anna Gasser

Il y a pourtant eu une blessure qui a failli lui

En parlant d’échec : la reine Anna n’est pas fa-

faire tout arrêter, un accident qui aurait pu la clouer

cile à approcher. Elle s’entraîne dur, concentrée sur

définitivement sur un fauteuil roulant : un déplace-

ses objectifs, ses projets à elle. Elle ne veut plus, nous

ment de vertèbre qui a entraîné, à l’époque, de courts

explique-t-elle, se disperser. Les cheveux dans les

accès de paralysie. Elle fut à deux doigts d’abdiquer,

yeux, elle est devant nous, souriante, sans artifice ni

de mettre un terme à sa carrière et de passer à autre

aucune arrogance, et nous explique simplement

chose. Mais elle finit par se rétablir : elle repart alors

qu’elle était trop occupée à s’entraîner en Suisse,

de plus belle, se jetant une nouvelle fois, corps

à Saas-Fee.

et âme, dans la compétition. C’est une reine qui ne s’apitoie jamais sur son sort ni sur ses bleus, qui

* À 30 ans, Anna Gasser en veut toujours autant :

s’astreint à une discipline de fer, qui ne connaît pas

« Mon objectif principal, pour l’instant, ce sont les

la peur. Et quand il lui arrive de râler ou de pleurer

Jeux olympiques. » Elle espère évidemment ramener

après une chute, c’est surtout par crainte de devoir

une médaille de Pékin, même si elle ne part pas,

rester clouée au lit sans pouvoir s’entraîner, sans pou-

contrairement aux autres années, en grande favorite.

voir faire ce qu’elle aime le plus au monde : glisser sur

À l’époque, en 2018, elle était rentrée de Corée avec

son snowboard. C’est pour vivre ce sentiment de

l’or en poche, l’un des meilleurs souvenirs de sa vie.

« voler dans les airs » qu’elle semble prête à braver

Désormais, le cercle des favorites s’est agrandi, et

tous les dangers : un sentiment « indescriptible, qui

c’est tant mieux, déclare-t-elle, car elle sent moins de

ressemble parfois à de l’extase ».

pression. On l’écoute sans trop y croire : on sait bien

Ainsi se poursuit l’histoire de la reine Anna.

CORINNE RUSCH

Un conte sans fées ni baguette magique, sans super-

qu’elle ne vise qu’une chose, l’or, la première place, et qu’elle est prête à tout risquer pour y arriver.

pouvoirs ni cheval blanc. C’est l’histoire d’une jeune

Fidèle à elle-même, jusqu’au bout. Alors quand

femme que rien au monde n’enchante davantage que

on lui demande ce qu’elle s’imagine faire dans dix

de tournoyer dans les airs à dix mètres du sol, d’en-

ans, à quoi ressembleront ses matinées, la réponse ne

chaîner les sauts de 35 mètres, de collectionner les

nous surprend guère : elle ne les passera pas dans sa

médailles et les « premières » mondiales – des sauts

voiture pour aller au travail ou à apprêter des enfants

qu’aucune femme n’avait accomplis avant elle. Une

pour les emmener à la crèche. « Je continuerai à faire

histoire dont l’héroïne a encore de nombreux cha-

ce qui me rend heureuse, à glisser sur mon

pitres à écrire, tant qu’elle aura en tête « quelques

snowboard. Mes matinées ressembleront sans doute

tricks [qu’elle aimerait] encore maîtriser ». Qu’elle

à celles que je vis aujourd’hui. » Une reine bien déci-

soit la première femme à les réaliser, évidemment,

dée à ne pas lâcher son trône ni son royaume de

c’est encore mieux.

neige. Une reine que l’on verra encore tournoyer

Ce conte d’hiver parle de succès, mais aussi

dans les airs, sa planche aux pieds, les cheveux pla-

d’échecs, de batailles âprement livrées, de décep-

qués sur ses joues roses. Anna, la reine qui vole, n’est

tions, de toutes les fois où elle est tombée sous les

décidément pas près d’atterrir.

yeux de centaines, de milliers de spectateurs. Pour se relever, après chaque chute, remettre sa couronne en place, et repartir, tête baissée, au combat.

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Le monde merveilleux d’Anna Gasser : anna-gasser.com ; Instagram : @annagassersnow

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Lagos la nuit Lagos, 2e ville la plus peuplée d’Afrique, compte près de 15 millions d’habitants. Parmi eux, les plus grands noms du genre musical connu sous le nom d’AFROBEATS, et sa scène festive sans pareille. Mais pour les fêtards de la capitale du Nigeria, l’écart de richesse est considérable. Des complexes de soirées sécurisés aux bidonvilles, le photographe ANDREW ESIEBO a tout capturé... Texte et photos ANDREW ESIEBO


« Dans le quartier de Lagos Island, à chaque fin d’année, on trouve des fêtes où la musique est très forte, et lourde ; pleines d’énergie mais aussi de tension, tout le monde veut s’imposer dans la foule. Chacun est en groupe à sa table, avec son équipe. Dans ce type de soirée, j’essaie d’être invisible pour mes sujets, mais cette femme posait de telle manière qu’elle voulait être vue. Son langage corporel lui donne de l’assurance, même si elle n’offre pas de contact visuel. »

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Vie nocturne

« À Lagos, on sait faire la fête » Andrew Esiebo est mondialement reconnu pour ses photographies traitant de politique du genre, de sport, de culture et de luttes sociales en Afrique. « Lagos a été, et l’est peutêtre encore, célèbre pour sa criminalité, explique Esiebo, 43 ans. Lorsque je vois des reportages sur la ville, ils se concentrent sur cela, ou sur la congestion urbaines et l’état des infrastructures. Je vois rarement les médias mondiaux mettre en avant sa culture dynamique, ses traditions et sa vie nocturne. » Esiebo a eu l’idée de documenter les fêtes de Lagos après avoir assisté, une nuit, à un DJ set dans la ville. « Cela m’a fait prendre conscience du pouvoir des DJs et de l’afrobeats, aussi appelé afro-pop, dit-il. Avec l’arrivée de la démocratie (en 1999, après des décennies de régime militaire, ndlr), et alors que l’économie ne cesse d’exploser, il y a plus d’argent dans les mains des gens. Une façon d’exprimer cette richesse est de faire la fête – et les Lagosiens savent faire la fête. » Plus qu’une simple célébration de la vie nocturne intense de Lagos, les photos d’Esiebo illustrent l’effet du développement urbain rapide sur ses habitants. « Certains quartiers de Lagos ressemblent à des villes totalement différentes. Mais qu’ils soient riches ou pauvres, les gens veulent les mêmes choses. Même un type qui n’a pas d’argent veut acheter du champagne. »

Droite : « On boit beaucoup de champagne au Nigéria. En 2016, Lagos était le deuxième plus gros consommateur de champagne au monde après Paris. Je vois des gens dans des soirées qui tiennent leur bouteille de champagne jusqu’à la toute fin de la fête, même si elle est vide. Ce type avec une grande bouteille se trouve à Ikeja – pas vraiment un quartier pauvre, mais pas non plus l’un des plus riches. Dans ce carré VIP, plus la bouteille que vous achetez est chère, plus l’espace qu’on vous donne est privilégié. Je trouve que les gens font cela plus souvent dans les fêtes de la classe ouvrière et de la classe moyenne, parce que c’est un acte d’aspiration : ils veulent être comme ceux de la haute. Mais dans les fêtes haut de gamme, ça ne consomme pas autant. »

« L’entrée du club/restaurant Spice Route, dans le quartier chic de Victoria Island. La porte qu’ils gardent est ornée de bas-reliefs ethniques, elle met en valeur une partie de l’esthétique de la ville. Je voulais aussi capturer ces portiers. Autrefois, seuls les clubs haut de gamme avaient des videurs, mais aujourd’hui, je vais dans des endroits où il y a toujours quelqu’un à la porte. Ils sont devenus un élément plus typique des fêtes de la ville, et je voulais le montrer. » 60

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« Jimmy’s Jump Off est une fête annuelle qui soutient le hip-hop local. Avant ­l’explosion de l’afrobeats, le hip-hop et le reggae étaient les styles les plus populaires ici, et c’est à cette époque que le DJ Jimmy Jatt s’est fait connaître. Aujourd’hui, il perpétue l’esprit du genre à travers cette fête. Voici une photo de DJane Nana. C’est important pour moi car le milieu des DJs au Nigeria est très macho ; il n’y a pas beaucoup de femmes – et parmi les meilleurs DJs, pas plus de quatre ou cinq. Je voulais montrer comment les femmes se font une place dans cet espace. »


Vie nocturne

« Felebration est un festival d’une semaine qui rend hommage à feu Fela Kuti, fondateur de l’afrobeat (le genre musical ouest-africain né dans les années 1960, à ne pas confondre avec l’afrobeats, ndlr). Il a lieu chaque année au New Afrika Shrine, un espace musical créé par son fils. C’est intense, avec des milliers de personnes. Parfois, on ne peut même pas entrer, alors on installe des écrans géants à l’extérieur pour les gens dans la rue. Les foules sont un élément important de la vie de Lagos ; tout se déroule toujours au cœur d’une masse de personnes. Pour comprendre la véritable échelle et l’énergie de la ville, chaque fois que vous regardez une photo d’un fêtard à Lagos, rappelez-vous qu’il fait partie d’une foule beaucoup plus grande. »


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Vie nocturne

« Un symbole d’aspiration. Le T-shirt de ce type ressemble à un Versace, mais on voit bien que c’est une contrefaçon. Pourtant, il est sûr de lui. D’un côté, cette photo parle de la mode : les gens veulent porter du Versace, mais ce n’est pas abordable, donc la seule façon de se sentir comme si on portait la marque est d’avoir un faux. D’autre part, le regard du type et la façon dont il tient son corps ont un sens de connexion, et il y a une forme de puissance qui émane de lui. »


« Les cigares sont rares dans les rues de Lagos, mais les gens en fument parce qu’ils aspirent à être ce qu’ils voient à la télévision et dans le hip-hop. On voit Jay-Z et d’autres s’envoyer de gros cigares, et les gars d’ici aiment en faire autant. Pour moi, ce type qui fume le cigare parle non seulement de consommer dans les fêtes, mais aussi de la façon dont les gens de ce pays tendent à se ré-imaginer socialement. »

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Vie nocturne

« Cette photo a été prise lors d’une fête sur l’île d’Ilashe, un quartier connu pour ses villas au bord de la plage. De nombreuses maisons de boissons de luxe parrainent des fêtes haut de gamme, et celle-ci était organisée par Hennessy (un fabricant de cognac, ndlr). Elle s’appelait la All White Privilege Party – on prenait un bateau depuis l’île, le thème était le privilège, et il fallait s’habiller tout en blanc. Ce n’était pas une fête pour les pauvres. Je voulais montrer les invités qui étaient là, ainsi que la danse et l’intensité entre eux. » 66


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Vie nocturne

« C’était la première étape de mon travail sur ce projet, lorsque je me faisais la main sur ce thème. Ces femmes à la soirée Jimmy’s Jump Off étaient des jumelles, et c’était comme si elles portaient un uniforme de fête. Les vêtements assortis, les chaussures à plateformes – leur style est unique. Les gens en ville s’habillent comme ça, avec des couleurs vives, des motifs et des accessoires, mais je n’avais jamais vu de looks aussi bien assortis auparavant. »

« Je ne fais habituellement pas de photographie de mariage, mais je voulais explorer ces espaces pour le projet. Les mariages nigérians sont énormes et très spectaculaires ; la photo du haut en est un exemple haut de gamme : un état d’extase à travers la musique et la danse. Les gens portent des vêtements traditionnels aux mariages ainsi qu’à l’église. Certaines sociétés vous autorisent à les porter au travail le vendredi. Le Nigeria est une société multiculturelle, et le vendredi est le jour où l’on peut exprimer toutes nos différentes identités culturelles. » « Les mariages au Nigeria sont également connus pour les personnes qui jettent de l’argent sur la piste de danse (photo du bas). Une façon de montrer sa richesse qui n’est pas forcément du goût du gouvernement, lequel tente d’appliquer une nouvelle loi pour mettre fin à cette pratique. Parfois, toute la piste de danse est couverte de cash. » THE RED BULLETIN

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Au naturel

S’il y a une limite à ce que peut faire la quintuple championne du monde de surf de stand up paddle IZZI GOMEZ, elle ne l’a pas e­ ncore atteinte. Texte JEN SEE  Photos STEVEN LIPPMAN


« Je suis faite pour surfer des vagues de 15 mètres », déclare Izzi Gomez, ici dans les eaux relativement calmes de San C ­ lemente, en Californie, le 22 juillet 2021.

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S

ur le mur au-dessus de la table de cuisine d’Izzi Gomez se trouve une photo d’elle en train de surfer. Prise en janvier 2021, elle la montre surmontant une vague de 10 mètres à Pe’ahi, alias Jaws, le célèbre break de grosses vagues du North Shore de l’île de Maui, dans l’archipel de Hawaï. Avant cet instant, elle avait passé plusieurs heures sur son jet ski, simplement à regarder les vagues. À vrai dire, elle n’avait pas prévu de surfer ce jourlà. Cela a changé lorsque Paige Alms, double championne du monde du Big Wave Tour et mentor de Gomez, lui a dit : « C’est maintenant ou jamais. » En raison des vents violents et de l’ampleur de la houle, les surfeurs ne pouvaient pagayer vers les vagues. Ils devaient plutôt s’en remettre aux pilotes de jet-ski pour les lancer sur les pics hauts comme des montagnes qui explosaient lorsque la houle profonde heurtait le récif affleurant. C’était la première fois que ­Gomez se faisait tirer vers Jaws par grosse houle. Après avoir pris la décision d’y aller, Gomez a glissé ses pieds dans les sangles de sa towboard puis a saisi la corde attachée au jet ski qui allait la lancer dans la vague. « Mon cœur battait à tout rompre, dit-elle. Parce que tu es là, dans tes sangles, tenant la corde, et tu sais que quelque chose va se produire. » Les vagues viennent par séries et il peut parfois s’écouler plusieurs minutes entre elles. « C’est étrange parce que par moments, il n’y a pas de vagues, mais il y a tellement d’énergie dans l’eau », dit Gomez. Son attente finit par se terminer. Alors qu’une vague commençait à se former, Gomez s’est redressée sur sa planche. Son pilote, Sean Ordonez, l’a mise en position. « Ensuite, il faut choisir entre lâcher la corde et partir, ou attendre la prochaine 72

vague », explique-t-elle. Le timing est ­important aussi. Elle savait que si elle lâchait la corde trop tôt, la vague suivante allait s’écraser sur elle. Une towboard fait entre 6 et 9 kilos. Gomez savait qu’elle ne pourrait pas s’en échapper en ramant. Quand Gomez a lâché la corde, cela a fait comme un interrupteur dans sa tête. Elle était « dans le moment présent », ­totalement concentrée. Après un bref moment en suspension, les rails de sa planche se sont engagés dans l’océan et ont tenu bon. Gomez s’est rapprochée de l’énergie furieuse de la vague. Elle a senti sa planche rebondir et claquer sur les crêtes découpées par le vent sur la face de la vague. Elle a plié les genoux pour descendre plus bas. Plus tard, quand elle a vu les photos, elle a été surprise. Elle pensait que la vague qu’elle avait chevauchée était beaucoup plus petite qu’elle ne l’était en réalité. Cinq fois championne du monde de surf en stand up paddle, Izzi Gomez, 21 ans, est l’une des athlètes féminines les plus polyvalentes du surf. Elle aurait pu continuer à concourir en SUP et remporter d’autres titres mondiaux mais elle ne voulait s’en contenter. Au lieu de cela, elle voulait pousser son talent aussi loin que possible. L’île d’Anna Maria est une petite langue de terre de onze kilomètres située au large de la Côte du Golfe de Floride. Izzi Gomez a appris à surfer sur les petites vagues qui y roulent sur les plages de sable blanc. À quelques pas de là se trouve le West Coast Surf Shop que son grand-père, Jim Brady, a ouvert en 1964. « C’est là que se trouve l’héritage du surf dans ma famille », explique Izzi Gomez, assise dans la cuisine aérée du duplex qu’elle loue dans sa ville d’adoption, San Clemente, en Californie. Jusqu’à l’âge de

BRADY LAWRENCE

Izzi Gomez


Gomez a remporté cinq championnats du monde dans le SUP Surfing World Tour entre 2014 et 2019.

Le jour de cette prise de vue, Izzi Gomez n’avait pas prévu de surfer.

Cette photo de G ­ omez dévalant une vague de 10 mètres de haut à Jaws à Maui en janvier 2021 est accrochée dans sa maison.


Depuis son domicile de San Clemente, G ­ omez peut accéder à de nombreux spots de surf locaux avec son vélo électrique.


Izzi Gomez

« Tout le monde dit que l’on se sent seul au sommet, mais ce n’est pas forcément obligé », déclare ­Gomez, qui sait que les résultats et le bonheur ne sont ­souvent pas liés.

5 ans, Gomez a vécu sur l’île et se souvient avec émotion de son atmosphère de petite ville. Ses parents se sont séparés avant son premier anniversaire et sa mère, Brandi Brady, a élevé Izzi et son frère aîné, Giorgio. Son père, Raul, un ancien athlète professionnel originaire de Colombie, était entraîneur de tennis. Gomez se souvient de l’avoir vu régulièrement pendant les vacances et lors des anniversaires. Il l’a soutenue lorsqu’elle a commencé à prendre le surf plus au sérieux, et il s’est souvent déplacé pour la voir concourir.

E

n grandissant, Gomez et son frère ­allaient sur la côte est de la Floride à la recherche de meilleurs spots de surf. Brandi a fini par installer la famille à Jupiter, une ville balnéaire située à proximité de Sebastian Inlet et de New Smyrna, deux des hauts lieux du surf en Floride. « ­Jupiter est incroyable avec son eau claire et bleue comme du cristal, dit Gomez. Il y a toujours une vague là-bas. » À l’âge de 8 ans, Gomez a suivi son frère dans les compétitions de surf. Bien qu’elle aimait la compétition, elle ne prenait pas

THE RED BULLETIN

le surf particulièrement au sérieux et s’est essayée à divers sports. Curieusement, elle est allée à l’école avec un autre futur athlète Red Bull, le skateur Zion Wright. « Nous sommes allés à l’école primaire ­ensemble, dit-elle en riant. Nous étions vraiment les meilleurs amis. » Un voyage sur le North Shore d’Oahu a permis à la surfeuse du dimanche de se focaliser. Les vagues et le mode de vie hawaïen ont envoûté la jeune Gomez alors âgée de 12 ans. « J’étais à un âge où j’avais l’impression que ce serait formidable de vivre sur cette plage », dit-elle. Elle passait la plupart de ses journées à V-Land, un reef break récréatif. Un jour, elle a pagayé à Pipeline (spot de surf

Le mode de vie et les vagues d’Hawaï ont e­ nvoûté la jeune Gomez alors âgée de 12 ans.

célèbre pour sa vague quasiment cylindrique). La vague lui paraissait encore plus effrayante depuis l’eau que depuis la plage. Elle est revenue vers le rivage en pagayant, sans prendre de vague. « Le North Shore était la première fois que je surfais des vagues avec une certaine puissance, et je n’avais pas vraiment envie, à l’époque, de surfer des ­vagues plus grosses », se souvient-elle. Inspirée par cette expérience, Gomez s’est concentrée sur le surf de compétition. Elle a accroché un poster de Carissa Moore qui venait de remporter son premier titre mondial sur le mur de sa chambre. Gomez rêvait d’accéder au ­World Championship Tour et de remporter un titre comme Moore. Mais les résultats ne sont pas venus. Une poussée de croissance précoce a ­désavantagé Gomez. Avec leurs corps plus petits et plus légers, ses adversaires pouvaient surfer plus vite et virer plus sec sur les petites vagues. « Ce n’est pas une petite chose délicate, dit Jason Kenworthy, l’entraîneur de Gomez en shortboard. Et elle n’a probablement pas reçu le soutien qui aurait pu l’aider dans ces années-là. » En   75


Izzi Gomez

Une fois par semaine, Gomez fait des séances d’entraînement sous l’eau avec des haltères de 16 kg pour mieux se préparer aux dures réalités du surf de gros.

2013, à l’âge de 13 ans, Gomez a cessé de participer aux compétitions de shortboard. Alors que Gomez se débattait avec le shortboard, son frère Giorgio a commencé à concourir en stand up paddle et a décroché un sponsoring de la marque de planches Starboard. Intriguée, Gomez a essayé ce nouveau sport et s’est inscrite à quelques compétitions locales. Lorsque Giorgio s’est rendu à une séance de photos à la piscine à vagues Typhoon Lagoon à Orlando, Izzi l’a suivi. Steve Sjuggerud, l’éditeur associé du Standup Journal, l’a vue rider et a été impressionné par son habileté. Gomez ne savait pas qu’elle était douée pour le surf sur planche de stand up. Une nouvelle carrière l’attendait. À Huntington Beach en 2013, Gomez a remporté sa première épreuve du SUP Surfing World Tour, et Starboard l’a engagée. Après une deuxième victoire au Pro La Torche en France, elle a terminé l’année au troisième rang mondial. Elle a été la première étonnée de ce succès après des années de déceptions dans les compétitions de shortboard. « Le fait de gagner m’était tellement étranger », dit-elle. Les planches de stand up paddle plus grandes 76

convenaient physiquement à Gomez, et son expérience en short­board lui a donné une compétence que ses adversaires ne pouvaient pas égaler. Et puis il y avait son esprit de compétition. Je me disais : « Si je le fais, alors je dois gagner. » Et elle a gagné. Au cours des six années suivantes, Gomez a dominé la compétition de SUP surf. En 2014, sa première année complète dans ce sport, elle a conquis un titre mondial après avoir remporté quatre des cinq épreuves du circuit. En 2019, à l’âge de 19 ans, Gomez avait accumulé cinq titres mondiaux. Sa peur des grandes vagues s’étant évaporée. En route vers son quatrième titre mondial en 2017, Gomez a

« Je ne suis pas mannequin pour Victoria’s Secret. Ce que je fais est bien plus badass. »

remporté l’épreuve du SUP surfing tour à Sunset Beach, un break du North Shore connu pour ses forts courants et ses vagues puissantes.

A

vec le recul, Gomez attribue à ses années dans la tournée mondiale SUP le mérite de lui avoir appris à gérer la pression de la compétition. « J’étais un cas à l’époque », dit-elle. Toute la pression venait de l’intérieur. Malgré ses victoires en compétition et ses titres mondiaux, son « surfeur intérieur fou » lui disait trop souvent qu’elle n’était pas assez bonne. « C’est une chose sur laquelle j’ai dû beaucoup travailler », dit-elle. À 15 ans, Gomez a commencé à consulter un psychologue du sport. Ces séances lui ont appris à vivre avec ses doutes et ses é­ motions, et à les gérer. Pourtant, alors que les championnats s’accumulaient, Gomez a commencé à perdre son enthousiasme. Après cinq titres mondiaux, la satisfaction ressentie diminuait à chaque nouvelle victoire. Les résultats seuls ne suffisaient plus. La satisfaction lui venait du travail et de l’apprentissage. Il lui fallait du nouveau. THE RED BULLETIN


Gomez, qui est mannequin à temps partiel et surfeuse à plein temps, veut être un modèle pour les filles qui se lancent dans ce sport.

THE RED BULLETIN

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Gomez a remporté cinq championnats du monde dans le SUP Surfing World Tour entre 2014 et 2019.

P

eu de surfeurs de haut niveau tentent de passer du surf en stand up paddle au surf des grandes vagues. Il est encore plus rare qu’une surfeuse ayant grandi en Floride, connue pour ses petites vagues, s’attaque au surf des grandes vagues. Mais Gomez n’est pas une surfeuse ordinaire. « Si vous lui lancez un défi, elle va le relever, déclare Samantha Campbell de Deep Relief Peak Performance, qui entraîne des surfeurs des grandes vagues comme la surfeuse de grosses vagues Paige Alms, Ian Walsh, autre spécialiste du gros, et Gomez. « C’est une surfeuse incroyable et le fait qu’elle soit à l’aise sur une grande planche après avoir surfé sur des planches de stand up paddle est un énorme avantage », affirme Alms. Et Gomez n’hésite 78

pas à demander conseil. Alms la qualifie de « curieuse ». Tout en continuant à concourir en stand up, Gomez a commencé à se préparer. « Les gens pensent qu’il suffit de sortir, de s’équiper d’un gilet de sauvetage et de pagayer, dit-elle. Il m’a fallu presque deux ans de travail avant de me mesurer à Jaws pour la première fois. » Elle a suivi le cours de sécurité proposé par le Big Wave Risk Assessment Group et appris les techniques de

« J’ai l’impression d’avoir des choses à terminer. »

rétention de la respiration. S’entraînant avec Campbell, Gomez a passé d’innombrables heures en salle de sport, nagé des intervalles dans des vagues déferlantes et couru sur le volcan Haleakalā à 2 750 mètres d’altitude, sur l’île de Maui. L’hiver dernier, Alms a aidé Gomez à améliorer ses compétences en jet ski, notamment en apprenant à manœuvrer une remorque dans son jardin. « J’ai l’impression que la transition la plus importante consiste à gagner à nouveau le respect des gens, déclare Gomez. Il existe une ­hiérarchie à Jaws, et j’essaie d’avoir des vagues. Et c’est comme si on se disait : “C’est qui cette fille ?” » Parmi les vagues géantes du monde, Jaws est célèbre pour sa forme presque parfaite. « Ce sont des vagues de 15 à THE RED BULLETIN


Izzi Gomez

18 mètres. » Le jour où Gomez a vu Jaws pour la première fois, depuis les falaises, elle a senti son appel. Sa première séance a eu lieu en 2018, lorsqu’elle a pagayé avec Connor Baxter, un champion du monde de SUP. Ils se sont rendus aux falaises puis ont franchi les rochers. Gomez a attrapé sa première vague qu’elle décrit maintenant comme « petite ». Elle avait probablement une hauteur de 5 mètres. Gomez était exaltée, une émotion que le surf des grandes vagues continue de susciter en elle. Avec le surf des grandes vagues, elle a dû apprendre la patience. En décembre 2019, Gomez a été choisie comme première remplaçante pour l’événement Jaws Big Wave Championship. Elle n’a finalement pas participé mais elle s’est rappelée de se concentrer sur sa propre voie. « J’étais déçue, mais j’ai réalisé que si ce n’était pas mon heure, c’est que ce n’était pas mon heure, tout simplement », ditelle. Dans le surf des grandes vagues, Gomez a trouvé un renouveau.

S

irotant un chai latte sur la falaise qui surplombe T-Street à San ­Clemente, Gomez explique comment elle doit améliorer son surf des petites vagues. Chaque ville de surf possède un beach break comme T-Street, qui est plus connu pour sa constance que pour sa qualité. C’est là que les surfeurs locaux attrapent quelques vagues avant le travail ou après l’école. Un pont piétonnier traverse la voie ferrée depuis la falaise jusqu’au sable. Dans l’eau, les surfeurs se regroupent autour des pics de 70 à 90 centimètres. Certains vont à droite, d’autres à gauche. Devant le pont, deux surfeurs décollent en même temps et entrent en collision. « Voilà pourquoi je ne surfe pas sur ce pic », dit Izzi Gomez en riant. En même temps qu’elle poursuit ses rêves de grandes vagues, Gomez continue à développer son surf sur short­ board. « J’ai l’impression d’avoir des choses à terminer. À 100 % », dit-elle. Ses efforts portent leurs fruits. En mars 2020, juste avant que la COVID ne force l’arrêt de la compétition, Gomez a remporté un tournoi à Morro Bay. C’était sa toute première victoire lors d’un événement des Qualifying Series qui servent de tremplin pour le World Champion­ship Tour. Gomez a battu un groupe comprenant Caitlin Simmers, considérée comme l’une des meilleures surfeuses de moins de 18 ans au monde. Quitter les rangs

THE RED BULLETIN

Choisir parmi ses ambitions ? Peut-être qu’Izzi Gomez n’a pas besoin de choisir. juniors a aidé Gomez, et les conditions à Morro Bay convenaient à ses virages importants. Elle a également travaillé en étroite collaboration avec Eric Rumaner, shaper de San Clemente, pour affiner ses planches. Pour illustrer à quel point la communauté des surfeurs peut être réduite, Rumaner est originaire de Jupiter, en Floride. Il a diminué l’outline et l’épaisseur des shortboards que Gomez utilise pour donner à ses manœuvres sur la vague un style plus net et plus précis. Et Gomez n’a pas hésité à pagayer les jours où les vagues étaient modestes et peu inspirantes. « Il faut être motivée et accro pour aller surfer sur des vagues minables », souligne Kenworthy. Gomez surfe régulièrement avec Jason Kenworthy qui a travaillé comme photographe pour ­Surfer Magazine et a passé des années autour de l’industrie du surf. Il admire l’éthique de travail de Gomez, et quand il regarde le surf féminin, Kenworthy pense que Gomez fait partie des meilleures. « Izzi est une athlète d’exception et elle accompli des trucs déments », dit-il. En mai 2021, Gomez s’est rendue au Salvador pour les World Surfing Games de l’ISA (Association internationale de surf). Cet événement représentait la dernière chance de qualification pour les Jeux olympiques de Tokyo. Comme son père a conservé sa nationalité colombienne, Gomez avait une chance de participer aux jeux. C’était sa première compétition de shortboard depuis plus d’un an. « J’ai l’impression d’avoir tout gâché avant même le début de la compétition en me mettant trop la pression », explique-t-elle. Une planche cassée pendant son heat a mis fin à ses espoirs. « Quand elle a perdu, elle était furieuse, raconte C ­ ampbell, qui a assisté à l’événement. C’est une personne enjouée, pétillante et géniale, mais sa capacité à passer en mode compétition et d’être une gagnante est unique. Il y avait de la férocité. » Gomez est déjà à demain. L’épreuve olympique de surf de 2024 à

Tahiti, à Teahupo’o, que l’on pourrait à peu près traduire par « le mur de crânes ». On y trouve parmi les vagues les plus redoutables au monde, ce qui devrait convenir à Gomez. Pour se préparer, elle aura des sessions de big-wave chaque hiver, ainsi que sa quête de qualification pour le Championship Tour pour la pousser. Mais Gomez doit d’abord passer un test plus pressant : la rééducation et la récupération. En août 2021, elle a été opérée pour corriger une déchirure du labrum et un désalignement congénital de la hanche. Elle a remporté l’épreuve QS de Morro Bay avec cette blessure. Gomez espère être de retour sur l’eau en décembre.

A

ssise à la table de sa cuisine, elle parle des attentes liées au fait d’être une athlète féminine à l’ère des médias sociaux. Elle porte une chemise tropicale vintage sortie du placard de son grand-père et un collier qu’elle a fabriqué. Elle a grandi dans son corps d’athlète et a confiance en ses capacités. Les frustrations qui ont accompagné sa poussée de croissance à l’adolescence sont derrière elle. Aujourd’hui, elle se voit plus clairement. « J’essaie de ne pas me concentrer sur mon apparence, mais sur ce qui va améliorer mes performances, dit-elle. Je suis faite pour surfer des vagues de 15 mètres. » Gomez comprend qu’elle se crée une image publique chaque jour sur les médias sociaux. Mais tout comme elle a admiré Carissa Moore, Gomez espère pouvoir être un modèle pour les surfeuses montantes. « Je ne suis pas mannequin pour Victoria’s Secret, ditelle. Ce que je fais est bien plus badass. » Ce que Gomez veut accomplir est inégalé dans le surf. Elle veut pagayer dans un pipeline à Jaws, l’un des exploits les plus difficiles de ce sport. Elle veut décrocher un titre mondial de short­ board et un autre de surf des grandes vagues. Et puis il y a les Jeux olympiques de 2024. Il est difficile pour Gomez de choisir parmi ses ambitions. Qui sait, peut-être n’aura-t-elle pas à choisir. Ce qu’elle vivra en cours de route – et les personnes qui partagent son aventure – est devenu plus important pour elle que les objectifs, aussi lointains et élevés soient-ils, qu’elle finit par atteindre. Et la joie trouvée dans cette découverte est peut-être le plus beau des cadeaux. izzigomez.com   79


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PERSPECTIVES Expériences et équipements pour une vie améliorée

ALLER DE L’AVANT

MATT HARDY

Dans le premier ultra-triathlon de Grande-Bretagne

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PERSPECTIVES voyage

« Personne n’a rallié Land’s End à John o’Groats en y intégrant les principaux lacs et sommets, alors j’en ai fait mon itinéraire. »

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Bretagne. Lors de mes recherches, je découvre que nul ne l’a tenté en y incluant les principaux lacs et sommets de montagne, alors j’en ai fait mon itinéraire du premier ultra-triathlon du Royaume-Uni. L’objectif est de le boucler en quatorze jours. J’en suis au septième. Je m’appelle Frankie Tinsley. Je suis préparateur physique dans l’armée britannique que j’ai rejointe il y a vingt ans. Avant cela, je faisais partie des commandos de la Royal Marines. Dire que ma condition physique est supérieure à la moyenne n’est pas une exagération, néanmoins, la tâche envisagée ici est d’une tout autre envergure. Le 7 août dernier, je prends le départ à vélo et traverse les Cornouailles, le Devon et Bristol au rythme de 200 km par jour en 10 à 12 heures avec un démarrage à 6 h 30 du matin. La pluie battante a ralenti ma progression dans les descentes, et au quatrième jour après avoir nagé dans les eaux glacées du lac Bala (6 km), je gravis

MATT HARDY, ALAMY

A

ujourd’hui est un mauvais jour. ­Voilà environ neuf heures que je nage pour effectuer les 18 km du lac Windermere, en Cumbrie, dans une eau hostile comme jamais – les vagues se brisent sur mon dos, et je n’ai pas de bouée, car celle-ci tend à s’emmêler autour de moi. À un kilomètre du but, on me hisse dans le bateau, tremblant comme une feuille dans ma combinaison tandis que l’équipage s’efforce de me réchauffer à grand renfort de serviettes et de peignoirs. Je délire et souffre d’hypoglycémie, mon taux de glucose a dangereusement chuté. J’ai un besoin urgent de calories, mais mon corps rejette toute nourriture. Et le pire, c’est que je dois me remettre à l’eau. Une semaine plus tôt, je prends le départ de l’aventure que nous baptisons triathlon Talisman, reliant Land’s End à John o’Groats soit 1 728 km de course à pied, de vélo et de natation entre les extrémités sud et nord de Grande-­

MATT RAY

Frankie Tinsley, instructeur dans l’armée britannique et ex-commando Royal Marines

THE RED BULLETIN


PERSPECTIVES voyage le Snowdon sous la pluie et un vent latéral de 100 km/h. Je repars sur mon vélo pour 232 km direction : le lac Windermere où m’attend un défi énorme – il y a trois ans, j’éprouvais les pires difficultés à effectuer quatre longueurs en piscine. Il me faut pourtant avancer, car la route est encore longue, avec au menu l’ascension du Scafell Pike, le plus haut sommet d’Angleterre, la traversée de l’Écosse à vélo jusqu’au lac Loch Awe et ses 41 km de long – à côté le Windermere est une mare – et gravir le Ben Nevis, le toit de l’Écosse (et du Royaume-Uni). Ce défi, je ne l’accomplis pas pour moi, mais pour deux de mes amis, Andy Morris et Andy Shepherd, qui ont mis fin à leurs jours en 2016 et 2017. Il s’agit aussi d’encourager les hommes à s’ouvrir quand ça va mal. Selon l’association CALM (Campaign Against Living Miserably, trad. Campagne contre une vie malheureuse), 125 personnes, dont 75 % d’hommes se suicident chaque semaine au Royaume-Uni. J’ai formé des officiers dans l’armée avec Andy Morris. Il pratiquait le surf, l’Ironman, la musique, le football à un ­niveau quasi professionnel, il était l’âme du groupe. Tout allait bien dans sa vie et

John o’Groats 10 9 8 7 6 5 4 3 2 Land’s End

1

Parcours du Talisman Les étapes de l’ultra-trek le long de la colonne britannique L’esprit talisman (en haut à gauche dans le sens des aiguilles d’une montre) : en prépa pour 3 heures de nage ; ascension du Ben Nevis ; dans les eaux du lac Bala ; vélo de Carlisle à Glasgow.

THE RED BULLETIN

1 VÉLO Land’s End au lac Bala, 551 km 2 NATATION Lac Bala, 6 km 3 COURSE À PIED Lake Bala à Snowdon, 63 km 4 VÉLO Snowdon à Windermere, 260 km 5 NATATION Windermere, 18 km 6 COURSE À PIED Windermere à Scafell Pike, 29 km 7 VÉLO Scafell Pike à Loch Awe, 355 km 8 NATATION Loch Awe, 41 km 9 COURSE À PIED Kinlochleven à Ben Nevis, 103 km 10 VÉLO Ben Nevis à John o’Groats, 302 km

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PERSPECTIVES voyage

Dur comme un roc : rester serein à Scafell Pike, et départ de l’aventure à Land’s End (à gauche).

Faire un don, ou s’informer sur la prévention contre le suicide : thecalmzone.net

jamais je ne l’aurais imaginé vivre des moments aussi difficiles. Ses proches qui ont tenté de l’aider sont aujourd’hui rongés par l’idée de ne pas en avoir assez fait. Cela me pèse aussi. J’ai rencontré Andy Shepherd deux ans avant sa mort. C’était un homme ­attentif aux détails, très organisé. Il avait une femme merveilleuse, une fille de deux ans, le type qui a tout réussi, que tout le monde admire. Il semblait parfaitement heureux. J’ai eu énormément de mal à comprendre son geste, et je m’en veux de ne pas avoir passé plus de temps à ses côtés. Le premier jour du défi, j’ai fait halte à Falmouth près du banc, en hommage à Andy Morris. J’ai regardé la mer magnifique. Puis en lisant l’inscription de sa mère sur le banc, j’ai fondu en larmes. De r­ écentes recherches ont révélé le 84

Jour 3 : en mode commando pour une virée de 12 heures à vélo et 2 100 m de dénivelé.

Frankie Tinsley est ambassadeur de ThruDark, une marque de vêtements haute performance cofondée par son frère et ex-membre des forces spéciales britanniques. Tinsley atteint John o’Groats le 23 août dernier, bouclant son ultra-triathlon en seize jours. Sa page d’appel aux dons est sur Instagram : @talismantriathlon THE RED BULLETIN

MATT RAY

« Le projet Talisman n’a pas été un choix, il s’est imposé à moi, confie Tinsley. Il y a cinq ans, Andy Morris et moi voulions créer un événement caritatif à travers l’Angleterre, le Pays de Galles et l’Écosse. Après son décès, le triathlon a été une révélation, et CALM était l’association idéale à soutenir, en plus d’ouvrir le débat sur la santé physique et mentale pour inciter les personnes en souffrance à demander de l’aide. Depuis le début du confinement, l’association reçoit un appel toutes les 61 secondes. »

MATT HARDY

Cause à effet Se motiver pour ne pas lâcher

­ éritable poids du deuil lié au suicide. v ­Selon le Centre de prévention du suicide, chaque décès affecte au moins 135 personnes. Ceux des deux Andy m’ont poussé à réfléchir sur la vie. Nous avons tous des obligations envers notre entourage, et c’est ce que j’essaie de faire avec Talisman : diffuser un message tout en clarifiant les décisions que je dois prendre. Je ne suis pas parfait, mais je porte ce deuil en me rappelant que je n’ai aucune prise sur ce qui est arrivé, que je dois l’accepter et avancer. Lorsque j’étais un Royal Marine, j’ai participé à l’invasion de l’Irak et j’ai vu un soldat irakien tomber au cœur des combats. Depuis, j’ai régulièrement des flashs de cette scène. À l’époque, les troubles comportementaux de guerre n’étaient pas d’actualité, mais en parler m’a aidé. La guerre est une chose horrible. Votre cerveau ne peut gérer une telle expérience. Je n’ai pas de solution, je souhaite seulement que les personnes en souffrance aient quelqu’un à qui parler pour pouvoir trouver du sens, l’accepter et se relever plus fort. J’ai laissé Andy Morris sur son banc, mais son esprit m’accompagne. En Écosse, je passerai devant l’endroit où Andy Shepherd s’est donné la mort, et j’espère revoir sa femme et sa fille. Ce projet est dédié aux deux Andy, au grand voyage et à tous ceux qui y prennent part, quant à moi, mon rôle est de faire vivre cette l’histoire pour qu’elle continue à être racontée.


J'ai besoin d'arriver au sommet. Noël au Sommet La Suisse au BHV Marais

J’ai besoin de Suisse. Retrouvez une partie de l'expérience de réalité virtuelle Red Bull The Edge Mattherorn VR du 10 novembre au 31 décembre sur l'espace Suisse Tourisme dans les Cours du BHV Marais, 34 rue de la Verrerie, Paris 4. Suisse.com/hiver


Perspectives gaming informations que nous percevons façonnent nos actes dans un processus continu. »

Sentir le besoin

Développer de larges possibilités de réponses humaines a poussé Antonio à étudier les schémas comportementaux, allant de la communication non violente (CNV) aux interactions qu’il a avec son propre enfant. « Un sentiment négatif résulte d’un besoin non satisfait, pour lequel il faudra désigner un responsable. Une réunion s’éternise, vous aimeriez abréger, mais dans votre tête, la vraie raison, c’est que vous avez faim. »

L’art du suspense

Le droit à l’erreur Ce jeu sur fond de meurtre vous impose de rejouer indéfiniment le même moment. Cette apparente torture éclaire bien des mystères. Que diriez-vous de la possibilité de modifier le cours d’un événement en le revivant ? C’est la boucle temporelle. Un concept exploré dans les films comme Un jour sans fin ou Edge of Tomorrow qui condamne le protagoniste à revivre indéfiniment une même journée. Cette même mécanique sous-tend tout jeu vidéo où le joueur dispose de plusieurs vies afin de corriger ses erreurs. Luis Antonio (ci-contre) brûlait d’explorer cette idée, mais il a d’abord dû se libérer de son propre cercle vicieux. En 2016, éprouvant un sentiment d’insatisfaction chez les géants du gaming Rockstar Games où il travaille alors, l’artiste portugais rejoint l’aventure The Witness, jeu indépendant de puzzle en 3D, en tant que directeur artistique. Il y apprend à développer des jeux 86

et y forge sa propre vision. De cette aventure naît le jeu 12 Minutes, un thriller claustrophobique dans lequel le joueur incarne un mari dînant chez lui avec sa femme quand un policier débarque et l’accuse de meurtre. La scène se répète toutes les douze minutes jusqu’à la résolution du mystère, à un détail près : le personnage principal se souvient

« L’instant présent est au cœur du jeu. »

des itérations précédentes. « J’ai exploré le processus d’acquisition de connaissances et le moyen de l’intégrer dans un gameplay, explique Antonio. Ce jeu proche d’un huis clos théâtral est le fruit de cette exploration. » Au cours de cette aventure, Antonio découvre des aspects fascinants du comportement humain.

Vivre l’instant présent

Le langage de l’action

Aimer se perdre

12 Minutes repose sur le dialogue, cependant Antonio réalise que le processus d’apprentissage n’est pas si éloigné de celui des jeux d’action, ou de la vie. « Comment appréhender une personne quand on en sait plus sur elle ? Les interactions que j’ai créées ne se limitent pas à un échange de tirs. Choisir entre donner ou pas un verre d’eau à la femme, par exemple. Les

« Nous vivons dans une société où l’on juge sans cesse son vécu, tout en se projetant avec anxiété dans le futur, explique Antonio. Le thème récurrent des films à boucle temporelle est l’acceptation du présent. Ces personnages traînent un lourd passé. Cela a abouti à une réflexion sur le moment présent. »

Le jeu d’Antonio est prêt. Mais y changerait-il quelque chose s’il le pouvait ? « J’accentuerais les éléments permettant aux joueurs de comprendre que le progrès réside précisément là où ils pensent ne pas le voir, confie-t-il. Mais je ne dispose pas de boucle temporelle pour cela. »

12 Minutes sur Windows, Xbox One and Xbox Series X/S; twelveminutesgame.com THE RED BULLETIN

TOM GUISE

DÉCOUVRIR

Au départ, 12 Minutes durait 24 heures, mais inspiré par un court-métrage de 1990 intitulé 12 h 01, Antonio réduit la durée pour augmenter le niveau de tension. « Dans ce film, un homme est coincé à l’heure du déjeuner. Il dispose d’une heure et découvre une machine permettant une rupture temporelle. Mais sa faim itérative et le manque de temps créent sa frustration. »


PERSPECTIVES gaming JOUER

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Dans le sens des aiguilles d’une montre : clavier optique RAZER Huntsman V2, razer. com ; casque audio EPOS Sennheiser GSP 601, eposaudio. com ; ­manettes universelles pour smartphones RAZER Kishi, razer.com ; souris sans fil ­LOGITECH G Pro X Superlight, logitechg.com ; casque audio et manette HTC VIVE Pro 2 VR, vive.com ; ­manette avec fil RAZER Wolverine V2 pour Xbox Series X, razer.com

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PERSPECTIVES agenda

Le ski libre LONG DAYS

Le Red Bull Neymar Jr’s Five, la formidable compétition de football à 5, a été annulé l’an dernier, et c’est au Qatar (date à confirmer sur redbull.com) qu’il revient pour sa grande finale de l’édition 2021. Toujours en présence de dizaines d’équipes qualifiées dans leur pays respectif cette année, et toujours en compagnie de la star du PSG et parrain de la compétition, Neymar. Pour représenter la France, les garçons de la Eighteen Hills Team (18e arrondissement de Paris) seront du trip, ainsi que les ladies de la Fusion Team (Saint-Denis). Allez les Bleu(e)s ! À suivre sur redbull.com

Le vol d’une vie TUNNEL PASS Le pilote italien Dario Costa a réalisé une audacieuse première mondiale qui lui a valu un record du monde Guinness. Il a fait voler son avion à travers deux tunnels à 245 km/h et à seulement un mètre de l’asphalte. Le projet d’une vie… à exécuter en 40 secondes. Un défi des lois de la physique déterminant dans sa carrière de pilote de haute voltige, dont ce documentaire vous dévoile tous les rouages. redbull.com

Jusqu’au 30 novembre HUAWEI NEXT-IMAGE AWARDS

5 décembre BATTLE PRO Pour fêter ses vingt ans, l’événement majeur du breaking, le Battle Pro, prend place à Paris, au Théâtre du Châtelet, pour une édition internationale. Les participants des catégories Crew vs Crew, 1 vs 1 B-Girl, 1 vs 1 B-Boy, 1 vs 1 Kids, de toutes ­nationalités et de tous horizons, ont rendez-vous pour un programme 100 % show et compétition avec les meilleurs mondiaux du breaking. battle-pro.com

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Huawei renouvelle son concours ­annuel de photos sur smartphone, les NEXT-IMAGE Awards, dont le thème cette année est “Better ­Together” (trad. meilleurs ensemble). Les NEXT-IMAGE Awards de Huawei sont le plus grand concours de photographie sur smartphone au monde, avec plus de 2 millions de participations depuis le lancement du concours en 2017. Avec une mécanique d’entrée facile et plus de 70 chances d’être ­récompensé, les photographes amateurs sur smartphone peuvent participer dans dix catégories (Nuit, Instantané, Couleur, Super macro, etc.) avec des soumissions à adresser jusqu’au 30 nov. En parallèle de ce concours, Huawei lance une montre connectée, la Watch GT3 qui propose (notamment) un coaching santé en continu, un tracking GPS ­ultraprécis et jusqu’à deux semaines d’autonomie continue. consumer.huawei.com THE RED BULLETIN

LITTLE SHAO/RED BULL CONTENT POOL, SYO VAN VLIET, NASSIR MOKHTARI, NURI YILMAZER/RED BULL CONTENT POOL

Janvier RED BULL NEYMAR JR’S FIVE

De l’Autriche au Monténégro, du ski à longueur de journée, filmé à son max, c’est le propos de Long Days qui veut offrir au spectateur une expérience « réelle », une vue non filtrée d’un hiver à skier au plus haut niveau. Les membres de l’équipe n’ont pas seulement exploité leur terrain de jeu de la plus jouissive des manières, ils se sont également aventurés dans l’inconnu. Au casting : Arianna Tricomi, Coline Ballet-Baz, Paddy Graham, Fabian Lentsch, Dennis Ranalter et bien d’autres ambassadeurs de ce que le ski libre a de plus beau à offrir. redbull.com


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MENTIONS LÉGALES

THE RED BULLETIN WORLDWIDE

The Red ­Bulletin est ­actuellement distribué dans six pays. Vous découvrez ici la couverture de l’édition suisse, qui honore la rappeuse Loredana. Le plein d’histoires hors du commun sur redbulletin.com

Les journalistes de SO PRESS n’ont pas pris part à la réalisation de The Red Bulletin. SO PRESS n’est pas r­ esponsable des textes, photos, ­illustrations et dessins qui engagent la seule responsabilité des auteurs.

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Direction générale Alexander Müller-Macheck, Sara Car-Varming (adj.) Rédacteurs en chef Andreas Rottenschlager, Andreas Wollinger (adj.) Direction créative Erik Turek, Kasimir Reimann (adj.) Direction artistique Marion Bernert-Thomann, Miles English, Tara Thompson Maquette Martina de Carvalho-Hutter, Kevin Faustmann-Goll, Cornelia Gleichweit Rédaction photo Eva Kerschbaum (dir.), Marion Batty (adj.), Susie Forman, Tahira Mirza, Rudi Übelhör Rédaction web Christian Eberle-Abasolo (dir.), Marie-Maxime Dricot, Melissa Gordon, Lisa Hechenberger, Elena Rodriguez Angelina Responsable des contenus audios Florian Obkircher Projets spécifiques Arkadiusz Piatek Gestion de la rédaction Ulrich Corazza, Marion Lukas-Wildmann Gestion de l’édition Ivona Glibusic, Bernhard Schmied, Melissa Stutz, Anna Wilczek Directeur exécutif Stefan Ebner Directeur Ventes médias & Partenariat Lukas Scharmbacher Directrice de Co-édition Susanne Degn-Pfleger Gestion de projet Co-édition, Marketing & Communication B2B Katrin Sigl (dir.), Mathias Blaha, Katrin Dollenz, Thomas Hammerschmied, Teresa Kronreif (B2B), Eva Pech, Valentina Pierer, Stefan Portenkirchner (communication), Jennifer Silberschneider Solutions créatives Verena Schörkhuber-Zöhrer (dir.), Sara Wonka, Julia Bianca Zmek, Edith Zöchling-Marchart Gestion commerciale Co-édition Alexandra Ita Rédaction Co-édition Raffael Fritz (dir.), Gundi Bittermann, Mariella Reithoffer, Wolfgang Wieser Directeur exécutif de la création Markus Kietreiber Gestion de projet création Elisabeth Kopanz Direction artistique Co-édition Peter Knehtl (dir.), Erwin Edtmaier, Andreea Parvu, Carina Schaittenberger, Dominik Uhl Design commercial Simone Fischer, Martina Maier, Alexandra Schendl, Julia Schinzel, Florian Solly, ­S tephan Zenz Abonnements & Distribution Peter Schiffer (dir.), Marija Althajm, Nicole Glaser, Victoria Schwärzler, Yoldaş Yarar Service de publicité Manuela Brandstätter, Monika Spitaler Fabrication & Production Veronika Felder (dir.), Friedrich Indich, Walter O. Sádaba, Sabine Wessig Lithographie Clemens Ragotzky (dir.), Claudia Heis, Nenad Isailović, Sandra Maiko Krutz, Josef Mühlbacher Finances Mariia Gerutska (dir.), Klaus Pleninger MIT Christoph Kocsisek, Michael Thaler Opérations Alice Gafitanu, Melanie Grasserbauer, Alexander Peham, Thomas Platzer Gestion de projet Dominik Debriacher, Gabriela-Teresa Humer Assistante du Management général Sandra Artacker Éditeur et directeur général Andreas Kornhofer Adresse Am Grünen Prater 3, 1020 Vienne, Autriche Téléphone +43 1 90221-0 Fax +43 1 90221-28809 Web redbulletin.com Propriétaire, éditeur et rédaction Médias Red Bull Media House GmbH, Oberst-Lepperdinger-Straße 11–15, 5071 Wals bei Salzburg, Autriche, FN 297115i, Landesgericht Salzburg, ATU63611700 Directeurs généraux Dietrich Mateschitz, Dietmar Otti, Christopher Reindl, Marcus Weber

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HORS DU COMMUN Retrouvez votre prochain numéro en décembre en abonnement avec et avec dans une sélection de points de distribution et sur abonnement. LITTLE SHAO/RED BULL CONTENT POOL

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Pour finir en beauté

S’épanouissant dans les conditions météo les plus violentes, une équipe de windsurfeurs féroces repoussent les limites de leur sport en exploitant les vents extrêmes, et en volant plus haut que jamais. C’est le concept du Red Bull Storm Chase, qui réunit l’élite du windsurf extrême jusqu’au 30 mars, dans une destination d’Europe du Nord encore tenue secrète au moment de notre bouclage. Nous voyons ici Adam Lewis, et son voisin du dessus, Jaeger Stone, lors de l’édition 2019 à Magheroarty, en Irlande.

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Le prochain THE RED BULLETIN sortira le 20 janvier 2022.

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Le voisin du dessus


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(Presque) aussi beau que vous !

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