FRANCE DÉCEMBRE 2020
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Le rider explosif MATTHIAS DANDOIS au casting d’une superproduction sur le VTT et le BMX
THE OLD WORLD
Quand la crème du vélo européen passe en mode cinématographique
et autres logos associés à James Bond © 1962-2020 Danjaq, LLC et MGM. logos associés à James BondBond © 1962-2020 Danjaq, et MGM. et autres marques associées à James sont la propriété deLLC Danjaq. Tous droits réservés et autres marques associées à James Bond sont la propriété de Danjaq. Tous droits réservés
MOURIR PEUT ATTENDRE,
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Éditorial
LE PLUS VIEUX SPOT DU MONDE Des endroits et du riding de fou au bout du monde. C’est ce que proposent les meilleures vidéos dédiées aux sports d’action. Concernant le VTT, c’est généralement en Colombie-Britannique ou aux USA qu’on tourne. Cette fois, c’est en Europe, sur le « vieux » continent, que ça se passe, en Espagne, en Pologne, ou encore à Paris. Et ça va faire mal aux yeux. Malgré la pandémie, les riders blessés et le matos qui part en sucette, trois frères allemands, les Tillmann, ont achevé leur plus beau projet à date : un film de vélo tourné en Europe, avec les top pilotes européens. Dont deux Français : le coriace Vincent Tupin, un spécialiste du VTT freeride, et l’épatant Matthias Dandois, multiple champion du monde de BMX flatland. Cette union européenne qui roule sortira sur Red Bull TV sous le nom de The Old World. Nous dédions douze pages à ce film d’anthologie qui vient clôturer cette année de m**de en beauté.
JULIAN MITTELSTAEDT(COUVERTURE), OSSI PIISPANEN, JULIAN MITTELSTAEDT
Belle lecture ! Votre Rédaction
CONTRIBUTEURS NOS ÉQUIPIERS
ALEX KING
Le journaliste et documentariste britannique s’est installé à Athènes en 2017. Il y a rencontré une clique de roller girls, Chicks in Bowls, qui a fait l’objet d’un court-métrage et d’un reportage dans ce numéro. « Je voulais montrer Athènes d’une manière que les étrangers n’avaient jamais vue auparavant, dit King. Le résultat, c’est grâce aux filles. Elles ont vraiment poussé fort et ont tout donné ! » Page 58
MARK BAILEY
En tant que journaliste indépendant, Bailey a rencontré des alpinistes, des astronautes et des explorateurs polaires, mais pour ce numéro il a traqué ceux qui s’aventurent au centre de la Terre pour la science et des frissons d’un autre genre. « Il y a un monde extraordinaire sous nos pieds, que nous connaissons à peine, dit-il. Ces aventuriers sans peur amènent la lumière dans un monde souterrain. » Page 48
Ceci est le tournage d’un super film sur le vélo : dans The Old World, les top riders européens transforment le vieux continent en spot géant de VTT et de BMX. THE RED BULLETIN
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CONTENUS décembre 2020
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The Old World : le top des riders vélo européens dans un film d’anthologie.
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Galerie : le sport comme vous ne le voyez jamais... L’une des plus grosses collec’ de mags de skate en accès libre La photographe Magali Chesnel a fait de son vertige un art Le rappeur Benny The Butcher désosse ses classiques du rap Un simulateur de vol tranquille Comment Vinsky est passé de Fifa à Ronaldo et à manager d’une équipe de football amateur
22 Tous ensemble
48 Le sens du dessous
34 Stefflon Don
58 En roues libres
40 Besoin de personne
66 L’eau sacrée
Le vélo d’action européen à l’honneur d’un blockbuster : The Old World. Comment la MC anglaise passée par les Pays-Bas veut élever le niveau du rap game. Vraiment. Ce que la Française Mélusine Mallender a appris, seule sur sa moto à travers le monde. Avec la liberté pour GPS.
Sous la surface terrestre, ces scientifiques spéléologues lisent l’avenir… et le passé. Comment des filles en roller d’Athènes se bougent pour leur espace vital et du respect. Avec la communauté Navajo aux États-Unis pour vivre l’un de ses combats les plus acharnés : l’accès à l’eau.
THE RED BULLETIN
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Là, sous nos pieds : ils explorent un monde où l’homme a la capacité de remonter dans le temps.
JULIAN MITTELSTAEDT, ROBBIE SHONE, SALIM ADAM
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Voyage : les vertus du kayak de mer en Écosse Gaming : manettes mania Gaming : la recette Min-Liang Red Bull TV : plein écran Montres : le temps fort Ils et elles font The Red Bulletin Instant magique : phare ouest
Stefflon Don : la baronne du rap anglais n’a pas sa langue dans sa poche. THE RED BULLETIN
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LOFOTEN, NORVÈGE
FRODE SANDBECH/RED BULL CONTENT POOL
Du haut niveau
Quel sport vous vient immédiatement à l’esprit en voyant cette image ? C’est exact : le beachvolley. Les médaillés du championnat du monde Anders Mol et Christian Sørum – chacun sur un sommet – ont décidé le mois dernier qu’il n’y avait pas de meilleur endroit pour un entraînement d’avant-match que les Lofoten, dans leur Norvège natale. Le pilier de granit de 150 mètres de haut connu sous le nom de Svolværgeita (trad. la chèvre) et l’archipel environnant, qui se trouve à l’intérieur du cercle polaire, offrent un cadre spectaculaire pour cette photo, réalisée par leur compatriote Petter Foshaug. petterfoshaug.com 7
TEAHUPOO, TAHITI, POLYNÉSIE FRANÇAISE
RUSSELL ORD
Aquaman
Quand l’un des meilleurs photographes de surf au monde fait équipe avec l’un des jeunes surfeurs les plus chauds de Tahiti, la magie opère. C’est lors d’un workshop à Teahupoo l’an dernier que l’Australien Russell Ord a pris cette photo du surfeur local Matahi Drollet dans un tube parfait. Drollet, qui a maintenant 23 ans, n’en avait que huit lorsqu’il a surfé la vague notoirement coriace de Teahupoo la première fois… russellordphoto.com 9
CRANS-MONTANA, SUISSE
Certains enfants ont un coin d’herbe boueuse ou un jardin à la maison pour se défouler ; pour d’autres, il faut se rendre au parc du coin. Nicolas Vuignier et son frère Anthony, autoproclamés « broyeurs professionnels d’étendues gelées », avaient en revanche le luxe de disposer à leur porte de la station de ski de CransMontana, dans les Alpes suisses. Ici, nous voyons le freeskieur sur son propre terrain (ou plutôt, sur le rocher) à l’âge adulte, shooté par le photographe genevois Dom Daher. Sur Instagram, Nicolas décrit modestement cette image extraordinaire comme une « séance de photos de wallride pluvieux ». Qui aurait cru que défier la gravité pourrait devenir si banal ? domdaher.com
DOM DAHER
L’emmuré
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En fan de skateboard, Kevin Marks possède la plus grosse collection de magazines dédiés à cette scène, et il la partage avec les passionnés. Chez Kevin Marks, à San Diego, en Californie, se trouve la plus grande collection de revues de skateboard au monde. Son énorme bibliothèque s’étend sur plusieurs pièces, du sol au plafond, avec des numéros classés minutieusement par titre, date et pays de publication, allant des premiers zines indépendants au Thrasher du mois dernier. Cette collection est plus qu’un simple passe-temps : Marks a pour mission de trouver et de partager avec les skateurs du monde entier tous les magazines de skate de l’Histoire, afin de préserver un 12
Marks et sa collec’ : « Celui-là, c’est un mag de… skate. »
THE RED BULLETIN
LOU BOYD
Mags à l’âme
JEFFREY HALLERAN
MÉMOIRE DU SKATE
héritage imprimé de la scène. En 2020, le skateboard vit en ligne. Avec des millions d’édits sur YouTube et des canaux de médias sociaux dédiés, quiconque cherche à s’immerger dans la culture du skate n’a qu’à se tourner vers son téléphone. Mais dans les années 80, c’était une autre histoire. « Mon amour des magazines de skate est né du fait que j’ai grandi en faisant du skateboard au milieu du Kansas, dit Marks. Je me sentais très loin de la culture, alors quand j’ai trouvé les publications américaines Thrasher et Transworld Skateboarding et que je m’y suis abonné, ils sont devenus ma bouée de sauvetage. » En 2015, après trente ans à constituer sa collection, Kevin lance Look Back Library, une archive publique pour les fans de skate. « L’idée n’était pas de consulter les magazines chez moi, explique Marks, qui a travaillé pour une organisation à but non lucratif promouvant le skate dans le Colorado, et qui a également chanté et joué de la guitare dans des groupes punk et metal. Il s’agissait de constituer de petites collections et de les transporter dans des endroits où ils peuvent être lus, comme les skate-shops, les skateparks indoor et les associations liées au skate. » Look Back Library est devenu une communauté tentaculaire de bibliothèques et d’expositions dans tous les USA. Au cours de ses voyages en van à travers le pays, Marks a collecté des milliers de magazines, et a mis en place de nombreuses expos et du libre accès dans les skateparks et les skate-shops, tant temporaires que de longue durée. « J’ai quitté San Diego en avril 2019, pensant que j’allais monter quatre bibliothèques, mais j’ai fini par en créer une trentaine en six mois, dit-il. Cela m’a donné la chance de me dédier à quelque chose que j’adore, avec des skateurs. » lookbacklibrary.org
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* Vivez pleinement votre passion
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MAGALI CHESNEL
La force de l’illusion Cette artiste peintre s’est tournée vers la photographie aérienne en autodidacte, malgré son vertige. En quelques mois seulement, ses œuvres sont primées. La Française Magali Chesnel, 45 ans, entraîne ceux qui la suivent à la frontière entre microcosme et macrocosme. Quatre ans plus tôt, elle-même portée par la curiosité et son intuition, elle se surprend à surmonter sa peur du vide en prenant place à bord d’un ULM, appareil photo en main. « J’arrivais depuis la terre à me dire que ça devait être hyper graphique vu d’en haut, avec ces grandes parcelles géométriques. J’aime tout ce qui est carré, propre. » L’expérience la récompense au-delà de ses attentes : les couleurs des marais salants au sol, en Camargue où elle passe ses vacances, prennent une ampleur extraordinaire à 400 mètres d’altitude. « En
Magali Chesnel maîtrise l’art de sublimer la peur du vide.
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découvrant le monde selon une autre perspective, j’ai appris à dépasser mes limites et à suivre mon instinct. » Depuis, les salins sont devenus le sujet de prédilection de l’artiste. Elle transforme une scène de récolte de sel avec tracteur, peu glamour à hauteur d’homme, en un sublime paysage abstrait aux couleurs exceptionnelles. « En avion ou en ULM, j’ai le cordon de l’appareil photo, un Nikon D500, autour du cou, seule la ceinture de sécurité me retient. Le pilote est devant moi. Je mets ma tête et l’appareil face au sol, et je mitraille. » En gommant les échelles, elle brouille les pistes de l’illusion et de la réalité, de la peinture et de la photographie, et joue avec les perceptions. Ses photos de paysages vus du ciel (clin d’œil à Yann ArthusBertrand), qu’elle qualifie de painting-like, ressemblent, de près comme de loin, à des tableaux abstraits aux larges aplats de couleurs, minutieusement structurés en lignes, carrés et rectangles. Certains voient dans son travail une source de sérénité ; Magali Chesnel y ajoute une dimension « thérapeutique, relaxante, toujours gratifiante ». Pour elle, la photographie aérienne a quelque chose de « complètement électrisant ». Notamment lors des premières
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1 Painting-Like. L’une des photos favorites de l’artiste. Aigues-Mortes, Camargue, juillet 2017. 2 Flamants roses en vol, mention honorable aux International Color Awards 2020. Sète, sept. 2019. 3 Pantone Vert. Marais salants de Guérande, juin 2019. 4 Visite du Salin de Gruissan. Sa couleur rose/orangée vient de la Dunaliella Salina, une micro algue. Juillet 2020. 5 Mouette volant au-dessus d’une station d’épuration aux verts profonds. Camargue, juillet 2020. 6 Bassin naturel d’ostréiculture à Guérande, juin 2019. 7 Récolte du sel de déneigement à Gruissan. International Photograph of the Year 2019 : 1er prix. Sept. 2019. 7
MAGALI CHESNEL, AUGUSTE WENGER/AÉRODROME D’ANNEMASSE CHRISTINE VITEL
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minutes de vol, où elle se concentre sur sa respiration et se coache pour ne pas succomber à l’angoisse du vertige. Puis lâche prise, car le temps est compté : 45 minutes pour réaliser des centaines de photos parmi lesquelles une dizaine sortiront du lot. « C’est une sensation très grisante. Je ne sais plus où donner de la tête tant je suis en alerte. Mes yeux sont de véritables radars. Il faut aller là-bas ! Je regarde devant, à droite, à gauche… Je scanne tout. J’essaie de ne pas perdre une seule miette de ces paysages à l’état brut. » Si Magali Chesnel sait concrétiser ses rêves, elle a aussi vu ses pires cauchemars devenir réalité : dernièrement, elle s’est fait voler tout son matériel photo. Elle se dit « chat noir », on pense ironie de la vie. Comme en 2017, quand elle se rend aux prestigieuses Rencontres de la Photographie à Arles, et qu’un accident de la route, dont elle est victime, la cloue au sol pendant deux ans. Mais au lieu de se laisser sombrer dans la mélancolie, la photographe investit dans un drone et déploie un nouveau champ des possibles dans son art, en attendant de pouvoir décoller à nouveau. « J’espère que mon travail incitera toutes celles et ceux qui aspirent à se dépasser. » Suite à cet accident, Magali Chesnel a remporté de nombreux concours, lui valant des expositions au niveau international. Exploiter son mental de manière positive, pour rebondir malgré l’adversité ou affronter ses peurs, donne toujours accès à des tickets pour de nouvelles aventures… quand on ose déployer ses ailes ! Exposition à Gruissan jusqu’au 5 déc. ; magalichesnel.com 15
BENNY THE BUTCHER
Made in New York Le rappeur new-yorkais et membre du collectif hip-hop Griselda partage quatre classiques de la Grosse Pomme qui ont façonné sa carrière.
Le hip-hop new-yorkais connaît une renaissance, et parmi ceux qui mènent la charge se trouve le rappeur Jeremie Pennick, 35 ans, alias Benny the Butcher. Benny et son collectif hip-hop Griselda, formé à Buffalo, New-York, en 2012, ont repris le flambeau des Wu-Tang Clan et Mobb Deep dans les années 90, en offrant leur propre interprétation du son hardcore de la côte est. En 2017, Eminem a signé Griselda sur son label Shady Records, et l’année dernière, Benny a signé un contrat avec l’agence de management de Jay-Z, Roc Nation. Avec plus de quinze ans d’expérience, il est temps pour Benny de briller. Ici, il rend hommage à certains des morceaux qui l’ont aidé à y parvenir. Dispo : Benny The Butcher & DJ Drama Presents: Gangsta Grillz X BSF Da Respected Sopranos ; blacksopranofamily.com
The Symphony (1988)
« Mon père était l’un des plus grands fans de hip-hop au monde. Il écoutait tout, et j’ai pu tout savourer depuis le siège arrière de sa voiture. Dont ce morceau. Ce clavier que Marley Marl a pris à Otis Redding était ouf, et la façon dont Kool G Rap fait rimer ses mots est folle. Monumental ! » 16
The Notorious B.I.G. Juicy (1994)
« Juicy a été un grand moment pour New York. Il est sorti à un moment où la côte ouest avait le jeu en main, donc nous étions heureux d’avoir un tel track. J’étais gosse, et chaque fois qu’il passait à la radio, tout le monde avait la banane. Ce n’est pas juste l’un des plus grands hymnes de New York, c’est aussi l’un des plus grands hymnes hip-hop, point final. »
Nas feat Lauryn Hill
If I Ruled The World (Imagine That) (1996)
« Nas et Lauryn sur le même titre, c’était unique. Ça n’aurait pas été pareil sans eux. C’était tellement New York – la vidéo a été tournée à Times Square – et pourtant ce titre avait un attrait universel indéniable. Il a fini par être une référence pour tant d’artistes qui voulaient recréer cette même vibe pour les années à venir. »
Puff Daddy & The Family It’s All About The Benjamins (1997)
« La première fois que j’ai entendu ce truc, j’ai trouvé son beat incroyable. Puis ce couplet de Sheek (du groupe The LOX, ndlr) m’a retourné : “J’essaie simplement de me débarrasser de ces Picasso de taille colossale…” Trop fort ! Puff est tellement doué pour rassembler les gens ; ce truc a clairement influencé Griselda. » THE RED BULLETIN
WILL LAVIN
Marley Marl feat Masta Ace, Craig G, Kool G Rap & Big Daddy Kane
L’A BUS D’A LCOOL EST DA NGEREUX POUR L A S A NTÉ. À CONSOMMER AV EC MODÉR ATION.
Voler sans voler Préparez-vous au décollage avec un nouveau genre de simulateur de vol. Pas d’atterrissage périlleux à réaliser ou d’avions ennemis à abattre, mais ça risque de taper dans votre siège.
L’avion inspire le monde du jeu vidéo depuis des décennies, avec des titres qui mettent généralement le joueur dans un cockpit pour voir comment il se comporte sous pression. Le développeur de jeux Hosni Auji (à droite) va à contre-pied avec son projet Airplane Mode (trad. en mode avion). Dans le jeu unique de ce New-Yorkais, vous ne contrôlez rien de l’action mais jouez plutôt le rôle passif d’un passager de tous les jours sur un vol long-courrier en temps réel. 18
Airplane Mode place le joueur dans un siège de classe économique sur un vol de six heures de l’aéroport JFK de New York à Reykjavík, en Islande, ou sur un vol plus court de deux heures et demie vers Halifax, au Canada. Il n’y a pas deux vols identiques, et la seule certitude est que la banalité du jeu correspondra à la réalité qu’il imite. Des bébés peuvent pleurer, des turbulences peuvent survenir et le Wi-Fi va très probablement lâcher ; il faut recharger son smartphone, lancer des
THE RED BULLETIN
LOU BOYD
EN MODE AVION
AMC GAMES
Vol virtuel. Bonne nouvelle : il y a des dessins animés. Mauvaise nouvelle : voilà votre repas.
films et lire des magazines. De la nourriture et du vin sont servis à bord, et le suivi de vol sur l’écran devant vous indique la distance parcourue. « Ce que j’ai trouvé intéressant au début du processus, c’est que tout le monde semblait avoir une forte opinion sur l’avion, plus que sur toute autre forme de voyage, dit Auji, originaire de Beyrouth, au Liban. À un certain niveau, tout ce qui concerne l’avion n’est pas naturel. En tant qu’espèce, notre envie de voler a dépassé nos limites évolutives. Que nous volions tout court, c’est de la folie ; que nous volions en sirotant à contrecœur du vin sur des sièges inclinables est manifestement absurde. En mettant les joueurs dans la position où ils sont confrontés au vol – non pas comme ils sont habitués à le voir dans les jeux mais plutôt comme ils le voient dans la vie – nous espérons capturer un peu de cette absurdité. » À une époque où les déplacements sont limités, il a pu être surprenant de constater à quel point nous avions envie non seulement de visiter des destinations, mais aussi de revivre le processus pour y arriver. Le jeu d’Auji questionne notre envie pour cette nécessité fastidieuse et souvent tortueuse. « Les vols apparaissant désormais comme nostalgiques, notre intention est d’offrir aux joueurs une expérience de jeu unique. » Pour que les joueurs soient vraiment immergés dans la simulation, il n’y a pas de possibilité de faire une pause et de revenir plus tard. « Nous avons décidé que le joueur devait effectuer le vol en une seule séance car le jeu ne sauvegarde pas votre progression en milieu de vol. Mais vous obtiendrez des miles aériens une fois que vous aurez atterri. » Peut-être qu’un jour, nous pourrons jouer à ce jeu durant un vrai vol. playairplanemode.com
« Un club de foot, ça ne se prend pas à la légère, c’est presque un projet de vie. » 20
THE RED BULLETIN
VINSKY
Step by step Il y a dix ans, il gérait ses équipes sur le jeu vidéo FIFA. Aujourd’hui, il est manager d’un club amateur. Avec la plus grosse communauté football francophone sur YouTube (1,23 million d’abonnés), Vincent Maduro, ou Vinsky, n’a pas de secret : il prend les matches les uns après les autres. La vie de Vinsky est comme un grand escalier, qu’il a construit marche après marche. Star de YouTube et aujourd’hui manager du club amateur le plus connu de France, Vincent Maduro a toujours fourmillé d’idées. Et les a concrétisées. « J’ai toujours eu la fibre créative et entrepreneuriale, explique-t-il. Je ne savais pas quelle forme ça allait prendre, mais au fond de moi, je savais que j’allais créer mon propre projet. » Ou plutôt ses propres projets, tant il en a enchaînés depuis une décennie. En 2010, à 19 ans, son pseudo, Vinsky, émerge sur la toile avec son site de compétition pour le plus fameux des jeux de foot, FIFA. À l’époque, il est en école d’ingénieurs du côté de Troyes, une formation qui lui apporte une « rigueur de travail et une logique » dont il a toujours l’utilité. Deux ans plus tard, il lance une chaîne YouTube à son nom, avec l’ambition de « libérer les geeks » sur le carré vert. « J’adore surprendre et casser les codes. Je voulais montrer qu’on
RAPHAEL SCELLIER
SMAEL BOUAICI
Un club de foot IRL Vinsky pousse le foot amateur avec le Vinsky FC, équipe de Buchelay évoluant en Ligue de Paris Île de France. À l’aube de sa 4e saison (après une montée en 5e division), le capitaine Vinsky a changé de rôle, et devient manager. Après avoir tenté de gérer seul sponsors, entraînements et matches, il s’est autorisé à déléguer, à une présidente, et a recruté un préparateur physique et un coach. L’objectif : une montée chaque saison. « Que puis-je apporter à ces joueurs qui pourraient évoluer au niveau régional ?, dit Vincent. On doit les faire progresser avec des vrais entraînements, pas des crossbar challenges. » THE RED BULLETIN
pouvait aimer jouer aux jeux vidéo et être fort en sport. » Comme toujours, Vinsky fait les choses sans se presser. « Je vais d’objectif en objectif. Je me suis d’abord demandé comment augmenter ma communauté, puis le nombre de vues, etc. Et à chaque étape, de nouvelles opportunités s’ouvrent. Je ne suis pas un youtubeur qui a explosé en deux ans. C’est un projet sur le long terme, auquel j’essaye de donner du sens. » Ce positionnement d’amateur éclairé attire le public et bientôt les marques, qui lui proposent de rencontrer des joueurs et joueuses professionnel(le)s. Vinsky installe alors son personnage de grand ado qui s’amuse autour d’un ballon avec ses idoles. Un vrai plaisir, qu’il fait vivre par procuration à sa communauté. « L’une des clés pour devenir youtubeur, c’est de produire un sentiment d’identification. Je n’ai jamais proclamé être fort au foot. Au contraire, même si je fais un peu de freestyle, je suis un joueur assez lambda qui rencontre des pros et mon public vit à travers moi une espèce de rêve. » Face à Cristiano Ronaldo, Didier Drogba, Florian Thauvin, Sergio Ramos ou Eugénie Le Sommer, Vinsky enchaîne crossbar challenges (jeu dont le but est de taper la barre transversale), concours de tirs et un contre un. « C’est intéressant de montrer qu’un amateur peut rivaliser avec des pros sur des jeux de précision. En un contre un, Thauvin me met à l’amende mais je peux le battre au crossbar. Ça rappelle que les pros aussi sont des êtres humains. »
Après deux ans de vidéos avec des footballeurs, Vinsky se pique d’un nouveau projet, bien plus ambitieux : sortir de YouTube pour monter un vrai club de football. Il lance en 2017 le Vinsky FC, une équipe composée de copains (voir encadré). Au bout de deux saisons de matches amicaux, il l’inscrit à la Fédération française de football. « Au début, c’était une histoire très digitale. Mais on était arrivés à un tournant : c’était bien de jouer contre des youtubeurs, mais les gens avaient besoin de savoir où je voulais aller. Il fallait devenir un vrai club de foot. Ce n’est pas un choix que j’ai fait à la légère. Un club, il faut des années pour avoir des résultats, c’est presque un projet de vie. » Aujourd’hui, Vincent partage son emploi du temps entre le club et sa chaîne. Et le premier pourrait prendre l’ascendant. Le manager Vinsky, ambitieux, s’est fixé comme mission de promouvoir l’équipe, dont tous les matches sont filmés, et la marque Vinsky FC, déclinée sur une ligne sportswear. Sa marque de produits dérivés lifestyle nommée Peace and Game (sa devise sur YouTube) est mise de côté au profit de Vinsky FC. « Pour ne pas s’éparpiller. C’est la marque qui a le plus de potentiel en merchandising. » Mais il faudra des résultats, « parce qu’une équipe nulle ne vend pas de maillots ». Pour Vincent, la prochaine marche de l’escalier est déjà en vue : pour monter plus haut dans le foot français, il veut ouvrir une seconde section dans son club, dédiée aux moins de 18 ans, le cœur de sa communauté sur YouTube. « Avec deux équipes, on sera un véritable club de foot et ça va être impressionnant. Les parents qui viendront assister aux matches de leurs enfants. Là, on ne comptera plus le nombre de vues, ce sera la vraie vie. » Retrouvez Vinsky sur YouTube ; et le Vinsky FC sur tightr.com/vinsky
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France, 2019 : le BMX a amenĂŠ Matthias Dandois partout dans le monde. Mais rien ne vaut un spot local.
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L’union européenne Sept pays, quinze riders, huit nationalités, huit disciplines, des drones en miettes et des blessures pour un film épique… Les coulisses du plus gros film européen sur le vélo. Texte TOM GUISE, STU KENNY, PIERRE-HENRI CAMY Photos JULIAN MITTELSTÄDT
Premières heures du jour à Strandafjellet (Norvège). Nous sommes au printemps 2019 et une couverture nuageuse surplombe les pentes verdoyantes. Le rider Martin Söderström surgit de nulle part, suivi dans tous ses mouvements par une équipe de cinéma. À 28 ans, il est l’un des meilleurs freeriders de Suède. Pourtant, force est de constater qu’il s’agit là de son tout premier long métrage… Pourquoi l’un des riders les plus influents au monde n’a-t-il jamais été la vedette d’une grosse production cinématographique ? L’Allemand Andi Tillmann, pilote de VTT professionnel, s’est posé la question en 2018. Pour lui, la réponse est simple : tous les grands films de sports extrêmes ont été réalisés en Amérique du Nord. « Ils choisissent leur région et leurs riders », explique Andi Tillmann qui, à 32 ans et en compagnie de ses frères Toni et Michi, a déjà produit des films de VTT dont il était la tête d’affiche et qui ont été vus par des millions de personnes. « Les grands riders européens ne sont pas mis en avant. » Ce fut le déclic pour le projet le plus ambitieux des frères Tillmann, et peut-être de tous les réalisateurs de films sur le vélo en Europe. 2020 : The Old World est prêt. Ce film nous fait voyager des fjords norvégiens aux spots désertiques de La Poma (Espagne), en passant par les banlieues de Berlin et de Paris, et il réunit une flopée de riders européens dans un casting inédit. Mais l’aventure n’a pas été de tout repos (blessures, problèmes techniques, pandémie mondiale). « En Europe, la fenêtre météo est très étroite. Et chaque pays applique ses propres restrictions en matière de drones et de tournage », dit Andi, qui a carrément perdu ses cheveux à cause du stress. Avec d’autres riders, il évoque le premier blockbuster européen consacré au vélo… The Old World sortira le 22 nov sur Red Bull TV ; redbull.com
Le réalisateur Andi Tillmann filme Martin Söderström à Stranda (Norvège). Ci-contre : Andi Tillmann (au centre) avec ses frères Toni (à gauche) et Michi (à droite) .
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STRANDA (NORVÈGE) Riders : Martin Söderström (photo), Emil et Simon Johansson (tous SWE) Discipline : trail et slopestyle Tillman : Il a fallu un an pour convaincre les autorités de nous laisser tourner : le paysage ne doit en aucun cas être endommagé, car il fait partie intégrante de leurs pistes. Nous voulions faire découvrir la parfaite maîtrise des Scandinaves, et nos trois riders se sont livrés à une magnifique démonstration du « style suédois ». Nous avons développé un équipement constitué d’une caméra de cinéma Arri Alexa fixée à une armature sur un sac à dos, porté par un autre rider, en l’occurrence moi. Söderström : C’était surréaliste d’assister au lever du soleil avec mes potes, Emil et Simon, et d’avoir les pistes pour nous. Je suis le premier rider suédois à être passé pro, mais une foule d’athlètes incroyables est arrivée depuis. J’ose croire que certains se sont inspirés de ma technique, et que tout cela est devenu le « style suédois ». En hiver, on ride indoor à cause de la météo. C’est pourquoi les Suédois ont un excellent bagage technique. On fait beaucoup de barspins et de tailwhips. Je préfère faire des tricks moins compliqués mais propres plutôt que de perdre le contrôle. THE RED BULLETIN
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Le freerider Vincent Tupin (en haut) filme sa « partie été » avec son comparse Robin Delale en Rhône-Alpes.
BERLIN, ALLEMAGNE Riders : Bruno Hoffmann (ci-dessus), Mo Nussbaumer (tous deux GER) Discipline : BMX street
CHÂTEL, FRANCE Rider : Vincent Tupin (FRA) Discipline : snow freeride, downhill MTB Tillmann : À la base, ce devait être une partie filmée en hiver au snowpark de Châtel, avec un caméraman pour suivre les moves et les sauts de freeride de Vinny. Tupin : Au début mars 2019, tout allait bien. Puis j’ai planté ma roue avant dans la neige, j’ai fait un soleil et me suis démis l’épaule. On a reporté à l’hiver suivant. Tillmann : Mais le mois de février 2020 s’est révélé le pire de tous les temps. Les températures étaient si élevées que la descente dans la vallée était fermée. Tupin : Et avec la pandémie, les stations ont fermé. Alors on a tourné sur les pistes à côté de chez moi, à Maxilly-sur-Léman, et on a réalisé une dernière séquence à la fin de l’été, dans la boue. 26
Tillmann : Pour le BMX, nous avons uniquement filmé avec une caméra portative afin de capturer la façon dont les pilotes de BMX street détournent les restrictions de la ville pour s’exprimer. Hoffmann : Le street riding est souvent illégal, mais cette fois-ci, nous avions des autorisations sur presque tous les spots. Cela nous a ôté un peu de pression, mais la taille de la production en a ajouté de son côté : on ne pouvait pas se contenter de rider au hasard. Je pense que le BMX street est plus accessible que le VTT : on n’a pas besoin d’investir des sommes dingues dans un vélo ou d’aller sur des pistes spéciales. Avec un BMX, on voit la ville sous un autre angle. On observe tout ce qui nous entoure : les escaliers, les rampes, les rebords. Tout devient un spot potentiel. THE RED BULLETIN
Bruno Hoffman, pilote de BMX street professionnel, en août 2019 : « J’adore venir à Berlin, surtout l’été. »
« Avec un BMX, on voit la ville sous un autre angle. Tout devient un spot potentiel. »
« Suivre Chris en reconnaissance ? Il ride des trucs que personne ne veut rider ! »
Chris Akrigg, trialiste dans les Highlands d’Écosse, en septembre 2019 : « Tous les matins, le planning changeait à cause de la météo. »
ÉCOSSE, ROYAUME-UNI Rider : Chris Akrigg (GBR) Discipline : trial Tillmann : Chris Akrigg est connu pour son humour et son style un peu fou mais engagé. Le suivre en reconnaissance est particulier : il ride des trucs que personne d’autre ne veut rider, et ça glisse tout seul ! On a repéré des spots dans les Highlands et sur les îles alentour, tout ça pour rien : à notre arrivée, le mauvais temps nous a empêchés de tourner. On a donc travaillé dans l’instant pour trouver des lieux à filmer. Akrigg : Dès que j’arrive sur un spot, les idées affluent. Parfois, il me suffit de cinq minutes pour élaborer une stratégie. Mais ce n’est pas toujours facile de transmettre la technicité de choses plus complexes en vidéo. À la moitié du tournage, je me suis pris une antenne radio dans les côtes, j’ai déchaussé et je me suis ramassé, recroquevillé sur moimême. J’avais une radio, et elle était dans mon pantalon et elle s’est coincée pile entre ma cuisse et ma cage thoracique. Je ne sais pas vraiment ce qui s’est passé, mais ça ne sentait pas bon. J’ai réussi à rider pendant encore deux ou trois jours, mais à un moment donné, j’étais trop à l’ouest pour continuer. Vers la fin, je prenais de quoi assommer un éléphant pour calmer la douleur.
La pro du VTT descente Rachel Atherton en tournage aux environs de Cadair Idris (Pays de Galles).
PAYS DE GALLES, ROYAUME-UNI Rider : Rachel Atherton (GBR) Discipline : downhill
« Pour ce genre de films, vous voulez être au sommet de votre art. » THE RED BULLETIN
Tillmann : Cette partie du film était initialement consacrée à la passion, mais elle a pris un tout autre sens. Nous avions prévu d’utiliser uniquement des drones pour filmer, mais le vent et la pluie rendaient les conditions de tournage extrêmement mauvaises pour la première session sur Cadair Idris (montagne de Snowdonia, ndlr). Le drone s’est crashé dès la première prise. J’ai dû alors descendre la montagne à toute blinde pour récupérer le matériel de remplacement, et c’est à ce moment-là que je me suis rendu compte d’un problème logiciel. Puis juste avant la session de tournage suivante, Rachel Atherton s’est déchiré le tendon d’Achille… Atherton : Je m’en souviens comme si c’était hier (la blessure date de juillet 2019, ndlr). On passe par tout un processus, un peu comme un deuil. D’abord, on se sent bouleversé
et en colère, puis juste dévasté. Avec une blessure à la mi-saison (dans le calendrier de la Coupe du monde de VTT descente UCI, ndlr), on passe des podiums au néant. Il faut une énergie titanesque pour changer d’état d’esprit et se concentrer sur le long chemin qui nous attend. Neuf mois se sont écoulés avant que je ne puisse de nouveau enfourcher un vélo. Dans ce genre de films, vous voulez être au sommet de votre art. J’ai eu l’impression de bien rider lors de la reprise du tournage. La première moitié des prises se sont déroulées en montagne, avec des rides en pleine cambrousse et sur d’énormes montagnes, pour dévoiler un sentiment de liberté totale. Ensuite, nous sommes allés sur les pistes à côté de chez moi, au Pays de Galles. Cette grosse blessure en plein milieu du tournage a un peu chamboulé les plans, mais heureusement, les efforts et l’envie de revenir ont payé. Et j’ai retrouvé ma vitesse ainsi que mes sensations en tant que rideuse. 29
PARIS, FRANCE Rider : Matthias Dandois (FRA) Discipline : BMX flatland
Tillmann : À Paris, Matthias nous a offert son interprétation toute en fluidité du BMX flatland. Cela n’a pas été facile de trouver un nouvel angle d’approche dans la
ville, car il y avait déjà multiplié les tournages. Nous avons mis au point une nouvelle façon de le filmer avec un supertéléobjectif de 600 mm sur une armature fixée à un Segway pour capturer la technicité de ses tricks. Dandois : Il faut des mois pour obtenir des autorisations de tournage à Paris, mais la production a facilité les choses. Ce film est une véritable collaboration artistique et sportive, un juste milieu avec des images de riding hors du commun. Pour ma part, ce sera l’un des plus grands moments d’une année particulière. Je suis très fier d’avoir été choisi pour en faire partie, de faire partie de cette communauté du vélo européen qui est à l’honneur dans The Old World. Le film sort au moment où la pratique du vélo explose, c’est le transport de demain : roulez tous à vélo !
Août 2019 : Matthias Dandois réalise un MC circle one-hand dans une gare du Nord en pleine effervescence à Paris.
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LA POMA, ESPAGNE Riders : Nico Scholze (GER, ci-contre), Dawid Godziek (POL), Diego Caverzasi (ITA), Bienve Aguado Alba (ESP) Discipline : dirt Tillmann : Le dirt rassemble une grande communauté sur ce bikepark (à 30 minutes de Barcelone, ndlr), un peu comme le surf. On a tourné avec un gros cable-cam et une grue. Pendant la troisième journée de tournage, Nico Scholze a été violemment projeté au sol, ce qui lui a causé plusieurs fractures au niveau des vertèbres. Heureusement, rien de grave. Scholze : C’était un trick classique, un 360 tailwhip sur un énorme saut, mais j’ai raté mon coup et je suis passé par-dessus le guidon. Quand je pense que je venais de dire à Andi : « Je sens que ça va être une bonne journée ! »… Je voulais montrer que c’était possible de faire des tricks de motocross freestyle sur un VTT.
La star polonaise du dirt jump Dawid Godziek réalise un one-foot tabletop au bikepark de La Poma.
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« Je voulais montrer à tout le monde qu’il était possible de faire des tricks de FMX sur un VTT. » THE RED BULLETIN
Un manual de feu pour Nico Vink : « Andi nous a demandé d’apporter un casque supplémentaire, car il était possible qu’on nous transforme en torches humaines. »
KUDOWA-ZDRÓJ, POLOGNE Riders : Nico Vink (BEL, à droite), Szymon Godziek (POL) Discipline : big air Tillmann : Nous avons filmé des performances de big air et de vitesse à l’aide d’une grue, d’un sac à dos sur lequel était fixée une caméra dont la valeur avoisinait les 85 000 €, mais aussi d’une caméra Super 8. Cette course folle va éblouir les spectateurs. Et pour cause : les gars à l’écran prennent littéralement feu. En règle générale, des cascadeurs sont là pour doubler les acteurs, mais aucun ne pouvait rider THE RED BULLETIN
à ce niveau. L’équipe responsable des cascades a donné son accord seulement après avoir constaté que les athlètes ne paniqueraient pas lorsqu’ils s’embraseraient. Vink : Nous avions des sous-couches d’équipements couverts de gel de protection, et la couche du dessus était imbibée de combustible : c’est elle qui a pris feu. Nos performances n’étaient pas hyperlongues et il y avait deux extincteurs au bout du parcours, mais si on se plantait à mi-chemin, on cramait pour de bon. Quand on ride, tout est une question de maîtrise : on prend tous les risques sans franchir les limites. C’est la ligne de conduite de tous les sportifs de l’extrême. C’est notre vie. 33
« Je voulais être sûre de les détruire au micro » Née à Birmingham, cette artiste à la croisée des cultures a forgé son propre style de rap, qui résonne de Londres à L.A., STEFFLON DON parle des sages conseils de Drake, de sa maîtrise du néerlandais et du côté naze d’Insta. Texte FLORIAN OBKIRCHER Photos SALIM ADAM 34
Alerte rouge : Stefflon Don, 29 ans, n’a jamais l’air à moins de 100 % – même lorsqu’elle inspecte votre vaisselle.
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orsque la rappeuse britannique Stefflon Don a surgi en 2016, des têtes ont tourné. Son flow sur sa première mixtape Real Ting était sans faille, avec des paroles qui mélangeaient le patois jamaïcain, l’argot de l’Est de Londres et les références au hip hop américain. Et, contrairement à l’attitude terre-àterre de la plupart des rappeurs britanniques, elle s’est présentée comme une superstar en devenir, glamour et effrontée. En novembre de la même année, elle a été sélectionnée parmi les talents de 2017 à suivre par la BBC. Quatre mois plus tard, elle a signé un contrat de 1,2 million de livres sterling avec un grand label et, en août 2017, son single Hurtin’ Me, avec le rappeur américain French Montana, a atteint la septième place du classement des singles britanniques. Depuis, la jeune femme de 28 ans – de son vrai nom Stephanie Allen – a collaboré avec des artistes tels que Sean Paul, Nile Rodgers, Charli XCX, Skepta, Drake et Mariah Carey et, en 2018, est devenue la première artiste anglaise à figurer sur la liste annuelle des nouveaux talents du légendaire magazine américain de hip-hop XXL. Née à Birmingham de parents jamaïcains, la rappeuse s’est installée avec sa famille à Rotterdam aux Pays-Bas à l’âge de cinq ans, avant de revenir au RoyaumeUni, à Hackney, à 14 ans. La musique de Stefflon Don est donc un mélange de dancehall, de grime, de R’n’B et de house, ses rimes incorporant des influences de Londres, de la Jamaïque, de la Hollande et des USA. Elle dit que le fait d’avoir grandi au milieu de différentes cultures lui a ouvert l’esprit et a élargi sa musique et, en ce sens, c’est le secret de son succès. 36
: Vous avez une gouaille caractéristique de l’Est de Londres, mais vous utilisez aussi du patois jamaïcain et de l’argot américain. Vous rappez même en néerlandais… : C’est à cause de mon éducation diversifiée. J’ai passé la plupart de mon enfance à Rotterdam. Les gens y parlent l’anglais américain, et j’ai grandi dans un foyer jamaïcain. J’avais des amis blancs, turcs, marocains. Les gens y sont très accueillants, j’ai donc beaucoup appris sur leur culture, leurs traditions, leur nourriture, leur musique. Quelles influences musicales y avezvous absorbées ? Les Pays-Bas contrôlaient le Suriname (le pays sud-américain était sous domination néerlandaise entre 1667 et 1975, ndlr) et la culture surinamaise a une forte influence à Rotterdam – similaire à l’influence de la culture jamaïcaine à Londres. La langue qu’ils parlent au Suriname est un mélange d’espagnol, de français, de néerlandais et d’anglais. En étant proche de cette communauté, j’écoutais tout le temps des chansons surinamaises ; on utilisait aussi leurs mots d’argot. Je pense que cela a même marqué ma prononciation : j’étais en Espagne l’autre jour et certains habitants pensaient que j’étais de là-bas. Pourtant, je ne parle pas l’espagnol couramment ! Pensez-vous que le fait de parler couramment le néerlandais a eu un impact sur vos talents de rappeuse ? Sans aucun doute. Quand je parle néerlandais, je parle très vite. C’est pour ça que je suis rapide avec ma langue quand je rappe. C’était un gros avantage quand j’ai commencé.
Sur votre nouvelle mixtape, Island 54, vous ajoutez des sons afrobeats à votre mélange déjà éclectique. Les directeurs artistiques ne préfèreraient-ils pas que vous vous en teniez à une seule chose afin de ne pas submerger votre fanbase ? J’ai l’impression qu’il y a certains artistes que l’on peut mettre sur n’importe quel morceau – que ce soit un morceau latino, un truc posé ou une chanson alternative – parce que leur voix est comme un instrument. Leur voix apporte un certain son, et j’ai l’impression que c’est le cas pour moi. Dans mon prochain single, je parle le yoruba, une langue parlée principalement en Afrique de l’Ouest. Je pense que le public va être choqué : c’est encore une fois totalement nouveau. Mais, pour moi, c’est quelque chose que j’ai toujours expérimenté. En tant qu’artiste, je me sens tellement libre. Il y a deux ans, vous êtes entrée dans l’Histoire en étant la première artiste anglaise à figurer sur la Freshman List du magazine américain XXL. Pensezvous que votre perspective globale est la raison pour laquelle le public américain vous a plus adoptée que les autres MCs britanniques ? À fond ! Je sens que c’est seulement maintenant que les Américains acceptent mieux l’accent britannique sur un morceau de rap. Avant cela, c’était du genre : « J’aime quand vous parlez, mais quand quelqu’un rappe, je ne peux pas vous THE RED BULLETIN
« Dans mon prochain single, je parle le yoruba, une langue parlée principalement en Afrique de l’Ouest. Je pense que le public va être choqué. »
« Dans tout ce que vous faites, que vous soyez plombier, gamer ou menuisier, vous devez toujours vouloir être le meilleur. Sinon, pourquoi le faire ? »
prendre au sérieux. J’ai l’impression que vous mangez des biscuits et que vous buvez du thé toute la journée. » Littéralement, c’est ce qu’ils me disaient ! Mais quand ils ont entendu mes chansons, ils m’ont sorti : « Tu ne sonnes pas vraiment comme une Britannique. » Encore une fois, cela vient du fait que j’ai grandi en Hollande, où je parlais l’anglais américain. Le rap avec un véritable accent britannique était en fait un défi pour moi au début. Drake vous a donné des conseils au début de votre carrière. Il vous a dit : « Assure-toi, quoi que tu fasses, que ton adversaire ait peur de toi. » Est-ce quelque chose dont vous vous inspirez encore ? Oui, à 100 %. Dans tout ce que vous faites, que vous soyez plombier, menuisier ou un gamer, vous devez toujours vouloir être le meilleur. Sinon, pourquoi le faire ? En arrivant dans le rap, je me suis retrouvée dans tellement de situations où il y avait un rythme qui jouait et où on se disait : « Qui va rapper dessus ? » Et j’étais toujours prête dans ces situations. Je m’assurais toujours d’avoir beaucoup de rimes prêtes, pour être sûre de détruire qui que ce soit au micro. Impitoyable… Oui, j’ai toujours eu cette mentalité. Je veux donner envie aux gens de réécrire leurs textes. Parce que ça m’est déjà arrivé… J’entendais certaines nanas rapper et je me disais : « Oh mon Dieu, ce que j’ai écrit n’est pas aussi bon. J’ai besoin de poser là-dessus et de réécrire mon bordel. » C’est ça que je veux que les gens ressentent quand ils m’écoutent. Parce que c’est comme ça qu’on maintient une dynamique saine, c’est comme ça qu’on se pousse les uns les autres. Si les gens ne se défient pas, s’ils se contentent de faire comme les autres, alors on est foutus. Et c’est ce qui se passe depuis un certain temps. Personne n’essaie vraiment d’être le meilleur. Je vois beaucoup de suiveurs. Je vois beaucoup de gens qui se disent : « Ça marche. Laissez-moi faire quelque chose de similaire. » Pourquoi pensez-vous que c’est le cas ? En tant qu’artiste, la façon dont vous êtes critiqué aujourd’hui est différente de celle que j’ai connue à mes débuts. À l’époque,
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« Si les gens ne se défient pas, se contentent de faire comme les autres, alors on est foutus. » il n’y avait pas de trolls Instagram. Je n’avais pas peur d’échouer en sortant des vidéos qui n’étaient peut-être pas ce que je voulais qu’elles soient – je devais juste le faire, parce que c’est tout ce que je pouvais me permettre. Je ne peux pas imaginer comment c’est pour les jeunes artistes d’aujourd’hui avec tant de gens qui les observent ; tant d’yeux de personnes qui ne savent pas ce dont elles parlent, qui projettent leurs doutes sur les autres sur les médias sociaux. Les plateformes comme Instagram sont responsables du manque de créativité de la nouvelle génération d’artistes. Et même pour les artistes établis, il est très difficile de dire ce qu’ils veulent vraiment dire ou d’exprimer ce qu’ils ressentent. On sent que vous parlez d’après votre expérience... J’avais l’habitude d’enregistrer ma famille sur Snapchat très souvent. Je disais toujours ce que je pensais sur certains sujets qui m’ont causé des problèmes à plusieurs reprises. (En 2018, elle s’est excusée pour des tweets de 2013 dans lesquels elle disait que les filles « à la peau foncée » changeraient de couleur de peau si elles le pouvaient, ndlr.) J’ai eu des ennuis pour des choses que je ne pensais pas de la façon dont je les ai dites, et les choses ont été sorties de leur contexte. Je me disais : « Est-ce que tu mérites vraiment de savoir qui je suis si tu te contentes de ne prendre que des petites séquences de ma réalité et de les utiliser pour me faire passer pour quelqu’un que je ne suis pas ? » C’est ce qu’Internet est devenu aujourd’hui. Les gens regardent votre image et se disent : « Qu’est-ce que je peux en exploiter de négatif ? » Et la deuxième chose est : « Voyons les commentaires », pour trouver quel angle exploiter. Vous n’êtes pas censé y être vous-même. Vous n’êtes pas
censé y être un libre penseur. Il s’agit de jouer la sécurité, de suivre les autres. Et je veux vraiment m’éloigner de cela. Y a-t-il un moyen de refaire d’Internet un lieu de positivité à nouveau ? En fait, j’ai eu plusieurs réunions avec l’un des responsables d’Instagram, et j’ai notamment suggéré que l’on retire les likes des commentaires. C’est-à-dire ? Fut un temps où vous pouviez commenter les messages, mais vous ne le faisiez pas pour obtenir des appréciations sur votre commentaire. Désormais, les gens sont plus extrêmes et plus méchants dans leurs commentaires parce qu’ils veulent se démarquer afin d’être appréciés, c’est comme une compétition. En conséquence, vous regardez votre message et vous vous rendez compte que 3 000 personnes ont aimé un commentaire vraiment détestable à votre sujet. C’est horrible ! Je ne pense pas que les gens se rendent compte à quel point Instagram est préjudiciable pour nous et la prochaine génération. Tout le monde tourne autour du pot et dit : « Oh oui, c’est mauvais. » Mais les gens sont tellement mal à l’aise à cause de cela, les gens ne créent pas à cause de cela, les gens ne partagent pas de nouvelles idées à cause de cela. C’est une chose très sérieuse et j’aimerais que plus de gens en parlent davantage et appellent au changement. Cela étant dit, quelle est votre stratégie pour rester saine d’esprit ? Je suis si chanceuse d’avoir ma famille. J’ai acheté une grande maison, et mon fils (de 11 ans, ndlr), la plupart de mes six frères et sœurs et ma mère vivent avec moi. C’est la principale raison pour laquelle je vais bien. Je me considère également chanceuse de ne pas avoir émergé dans l’ère des médias sociaux. J’ai le sens de la réalité. Je sais ce que cela signifie d’être originale. Je sais ce que cela signifie de ne pas vraiment se soucier de ce que pensent les autres. Et personne ne peut m’enlever cela.
Island 54, la nouvelle mixtape de Stefflon Don, est dispo ; stefflondonofficial.com
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Népal, dans la vallée des Annapurnas. Mélusine, 40 ans, avec sa moto « idéale, celle dont on accepte les défauts » !
Sur les roues de la liberté Elle a un nom d’héroïne de BD. Seule sur sa moto de 800 cm³, MÉLUSINE MALLENDER parcourt le monde en quête d’humanité, une question en tête : c’est quoi, la liberté ? En particulier celle des femmes, avec autant de réponses inspirées que de droits bafoués. De l’Asie à l’Afrique en passant par l’Amérique latine, retour sur cinq moments et rencontres clés qui ont jalonné ses expéditions, et ce que ses virées de par le monde lui ont enseigné.
XX MALLENDER/CHRISTIAN EDITOR ILLUSTRATOR CLOT ZEPPELIN
Texte PATRICIA OUDIT
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Dans la circulation chaotique de Dhaka (Bangladesh) et ses rickshaws, lors de son expédition de la Route du tigre en 2016.
V
ivre des aventures, « Mélu » en avait envie depuis son enfance. Elle commence par faire du volontariat en Afrique à 18 ans, mais c’est en 2010, à 30 ans, que cette costumière de métier enfourche sa très vieille Honda, une 125 cm³ pour sa première expédition solo à moto en Asie. Quatre mois et 22 500 km qui la conduiront jusqu’à Vladivostok où « Poupy », 110 000 km au compteur finira sa vie, avant le terme du voyage initial, le Japon, sa terre natale (de la Honda, pas de Mélusine). Depuis, toujours en solo, elle n’a cessé d’arpenter l’asphalte, du Népal à l’Éthiopie, de l’Iran au Kazakhstan, de la Bolivie à la Birmanie, lors d’expéditions au long cours. Troquant sa 125 cm³ pour de plus grosses cylindrées. « C’est un vrai choix d’avoir une grosse machine, un symbole de s’être emparée d’un emblème de virilité. Dans beaucoup de pays, peu de femmes se sentent autorisées à piloter une moto, et si moi je peux le faire avec une grosse moto, cela prouve qu’une femme peut le faire ! Et puis, c’est un sésame extraordinaire qui intrigue et incite au partage. » Son credo : prendre le temps d’aller à la rencontre des gens, tenter de les comprendre en profondeur dans des pays qui n’ont souvent pas bonne réputation, à tort ou à raison. « J’ai toujours eu une fascination pour l’humain et une grande empathie pour ses contradictions, une sensibilité de justice, de féminisme, c’est-à-dire vouloir qu’une femme ait les mêmes droits qu’un homme, tout simplement », insiste Mélusine. Au fil du temps et sans que Mélusine ne s’en rende compte, cette question autour de la liberté est devenue l’axe principal de sa quête « sans fin, passionnante, où ma propre vision évolue au fil des réponses que je reçois »… Juste avant le confinement, la quarantenaire qui cumule 150 000 km à moto et 55 pays explorés sur les cinq continents était partie repérer son prochain trip, en Arabie saoudite. Avec la même approche pétrie de tolérance. « En voyageant, on s’aperçoit que l’immense majorité des gens recherche la même chose. » Elle ne sait ni quand ni où elle repartira, mais son message à l’adresse de tous, femmes et hommes, lui, ne changera pas : « Avance, tente l’aventure, fais-toi ta propre opinion, et surtout : ne te dégonfle pas ! » À lire : Les voies de la liberté, 21 €, Robert Laffont. Pour partager votre vision de la liberté, en mots, photos, films, dessins : shareyourfreedom@melusinemallender.com ; melusinemallender.com 42
RUSSIE
PARIS
UKRAINE
K A ZAKHSTAN
MONGOLIE
Vo l g o g r a d
Oulan-Bator Almaty
Samarcande
VLADIVOSTOK
THE RED BULLETIN
2010 : BACK TO JAPAN
MALLENDER/SUMAN PAUL ZEPPELIN
4 mois, 22 500 km Moto : « Poupy », 125 Varadero (Honda)
« Je suis en Mongolie, à environ 600 km de la capitale Oulan-Bator, sur des pistes sublimes avec cette impression d’être minuscule, mais d’être à ma place. La Mongolie, j’en rêvais depuis toujours… Lors d’une pause dans une station-service, je tombe sur Sukh Oshir, un géologue japonais d’origine mongole, qui fait de la prospection, et je lui raconte ce que je fais là. Il est épaté, mais il me dit : “Quand même, tu es toute seule au milieu de rien, sans moyen de communication…” Je reprends la route et là, je le vois, arrêté avec sa camionnette sur le bas-côté… Et voilà qu’il me tend son téléphone de secours : “Au moins s’il t’arrive quelque chose, tu auras quelqu’un à qui demander de l’aide ! Tu me le rendras à Oulan-Bator.” J’ai trouvé l’acte tellement improbable, spontané, gentil. Cet inconnu qui me donne quelque chose de précieux, c’est tellement symbolique du voyage, de ces rencontres venues de nulle part, ces marques de confiance qui me font avancer. On s’est retrouvés dans la capitale, dans un pub où jouait le groupe de punk metal diaphonique Altan Urag. Je ne lui ai pas dit mais je n’ai jamais eu à me servir de son téléphone : la seule fois où j’ai essayé de l’utiliser, il n’y avait aucun réseau ! » THE RED BULLETIN
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2011 : ROUTES PERSANES 4 mois, 28 000 km Moto : « Shirine », 800 Crossrunner (Honda)
PARIS UKRAINE
ALMATY TURQUIE IRAN
« Le choc de ce voyage, c’est l’Iran ! En France, on me dissuadait de partir dans ce pays “à risques”, et sur place à la frontière, quelqu’un me crie, joyeux : “Bienvenue en Iran !” Le déclic de parler du sort des femmes m’est venu dans ce pays. Il fallait que je montre cette réalité beaucoup plus nuancée, réparer cette forme d’injustice. Rien n’est simple là-bas, mais par rapport à d’autres pays musulmans, la femme est éduquée, autonome, elle a une place. La rencontre sur une route de montagne avec ces quatre jeunes femmes illustrent bien leur audace. En descendant de leur voiture, elles se mettent aussitôt à danser autour de ma moto, volume de leur autoradio à fond. Avant de partir, Laila, la plus exubérante d’entre elles, me glisse un petit cafard en plastique dans la main : “Nous sommes du mouvement pour la liberté me dit-elle. Nous sommes comme les cafards, on nous écrase, mais on revient toujours !” Cette scène fugace résume tout : cette envie de vivre, d’être soi, malgré tout. »
Désert du Dasht-e Lut (Iran). Dans sa tente, ses essentiels : chocolat, outils, sel, sangles et bons sacs étanches.
PAS DE PROBLÈMES, QUE DES SOLUTIONS ! Comment faire de ses peurs et des contraintes une force. Les trucs et les mantras de « Mélu » qu’elle s’est forgés sur la route, à moto.
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MISER SUR L’ADAPTABILITÉ « Lors de mon premier voyage, n’ayant pas de repères par rapport à la difficulté, cette naïveté et cette spontanéité m’ont paradoxalement aidée. Comme je pensais que tout allait être très difficile, j’ai pris chaque problème l’un après l’autre, et j’envisageais de la même façon les solutions. Je me remettais constamment en question. Il m’est arrivé de fondre en larmes suite à un souci, mais j’ai vite su être réactive, en misant sur cette plasticité depuis. »
SE DIRE QU’ÊTRE UNE FEMME SEULE PEUT ÊTRE UN AVANTAGE « Je suis persuadée qu’on accueille plus souvent une femme chez soi pour la nuit, que l’on rentre plus facilement dans l’intimité des gens lorsqu’on est une femme. Cela s’est vérifié, surtout dans les pays où les femmes sont considérées comme vulnérables. Les femmes elles-mêmes deviennent alors une source de protection. Ce sont aussi elles qui savent où il y a de la nourriture et de l’eau. » THE RED BULLETIN
À Kampala (Ouganda), Mélusine est accueillie en famille. « Être une femme seule est souvent gage d’hospitalité. »
Almaty
2014 : LES GRANDS LACS D’AFRIQUE
MALLENDER/CHRISTIAN CLOT ZEPPELIN, MALLENDER/MALLENDER ZEPPELIN
4 mois, 15 000 km Moto : « Lucy », Tiger 800 (Triumph)
« Me restent gravées en mémoire ces boxeuses de Kampala (Ouganda). Parmi elles, Hélène et Diana, deux sœurs qui s’entraînent comme des dingues pour sortir de leur bidonville où elles vivent dans des conditions d’insalubrité inimaginables. Hélène s’est mise à la boxe parce qu’elle a été tabassée dans la rue et laissée pour morte… À ce moment, je me dis qu’il est possible de prendre sa vie en main. Leurs réponses sont la base de ce questionnement sur la liberté : “Je veux faire ce que je veux, sans plus avoir peur, mais cela doit être juste.” La deuxième rencontre, ce sont les tambourineuses du Rwanda. Vingt ans après le génocide, ces femmes décident de jouer du tambour, pratique réservée aux hommes. Dans le groupe, il y a des veuves de génocidaires, des femmes de génocidaires, des filles de génocidaires. En jouant ensemble, elles disent que le pardon est possible, que l’on peut construire, aller de l’avant, même après la pire des barbaries. »
FAIRE FI DES PRÉJUGÉS, ÊTRE À L’ÉCOUTE
BIEN SÉCURISER SON BIVOUAC
« Quand Habiba l’ancienne exciseuse éthiopienne me raconte comment elle procédait, j’ai le cœur qui se soulève, mais qui suis-je pour juger et comment comprendre si on ne fait que s’indigner sans écouter ? Au fil de mes voyages, j’ai appris à laisser les gens être eux-mêmes, accepter que l’humain est hyper complexe, qu’il soit bon ou mauvais. Ne pas espérer de l’autre ce qu’il n’est pas, ne pas lui demander plus que ce qu’il peut donner. »
« Soit je m’approche de la civilisation, soit je m’en éloigne. C’est le cas dans les pays considérés comme risqués : je vais là où il n’y a plus de route, et personne ne doit deviner que je suis seule. J’ai une tente deux place pour plus de confort, avec une double entrée pour pouvoir sortir par l’autre côté si quelqu’un rentre. Tout ce qui est précieux est avec moi, dans ma tente. Je dors d’un œil, un couteau à côté de moi, et mon casque peut servir d’arme redoutable. »
THE RED BULLETIN
SOMALILAND
É T H I O PI E
K E N YA TA N Z A N I E
DAR ES SALAM
ANTICIPER LA FUITE « Que je bivouaque en pleine nature ou que je campe chez l’habitant, la moto, parfois cachée sous une bâche, est toujours garée dans le sens où je peux m’échapper le plus vite possible. Si j’ai un doute sur les gens qui m’entourent, je dors tout habillée. »
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2016 : JAKARTA-PARIS 9 mois, 28 000 km Moto : « Mustang », Tiger 800 (Triumph)
PARIS
« J’ai entendu parler d’une association au Népal qui aide les gens à sortir de l’esclavage, encore légal dans le pays. J’y rencontre Sanu, jeune femme de 25 ans que l’association a formée pour devenir mécanicienne. C’est la première fois que je suis face à quelqu’un qui a été esclave durant des années. Je sens chez cette femme que tout se mesure à l’aune de cette privation de liberté. Elle n’a pas de rancœur envers sa famille, elle sait que c’est le destin réservé aux pauvres, que sa famille n’aurait pas eu de quoi la nourrir, qu’elle n’avait pas le choix. Quand elle a pu enfin sortir de cette situation, au début, elle ne savait pas quoi faire de cette liberté qu’elle n’avait jamais connue… »
Istanbul
Islamabad Té h é r a n
Katmandou New Dehli
Mandalay
B a n g ko k
JAKARTA
Village de Tatopani (Népal). « Mustang », sa moto a une devise : « Il n’y a pas de mauvaise météo, seulement du mauvais équipement ! »
POUVOIR LÂCHER PRISE, FAIRE CONFIANCE
ÉLIMINER TOUTE FORME D’AMBIGUÏTÉ
SAVOIR NÉGOCIER… MAIS S’IMPOSER
« Me faire voler, ça ne m’est arrivé qu’une fois ! De manière générale, les gens sont honnêtes, j’ai appris à faire confiance et à ne plus m’en inquiéter. Il faut bien laisser la moto pour aller boire, manger et pisser. Si on est sur ses gardes en permanence, on ne vit plus. »
« Une femme seule est naturellement étiquetée “aventurière de l’amour”, a fortiori si elle vient de France ! Je prends donc soin d’affirmer ma respectabilité de femme mariée avec une fermeté qui ne laisse aucune place au doute ! J’essaie aussi de calquer mon comportement autant que possible sur celui des femmes du pays. »
« Si la personne insiste, comme c’est arrivé, j’essaie de comprendre ce que veut l’autre, je négocie pour trouver un compromis qui ne soit pas vexant pour l’autre mais sécurisant pour moi. Après, j’ai des bonnes bases de selfdefense : même si le langage a toujours suffi jusqu’à présent, ces sports de combat m’ont appris à m’imposer dans l’espace, à montrer que je suis dominante, pas victime. »
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À gauche, à La Paz, le marché des sorcières… Ci-dessus, un graffiti du collectif anarchoféministe bolivien Mujeres Creando : « Femme, pour être libre : aime-toi ! »
LOS ANGELES
2018-19 : AMÉRIQUE LATINE MEXIQUE
VENEZUELA
PA N A M A COLOMBIE PÉROU BOLIVIE
CRÉDIT MALLENDER/CHRISTIAN CLOT ZEPPELIN, MALLENDER
SANTIAGO
9 mois, 25 000 km Moto : « Tania », Tiger 800 (Triumph)
« Ma rencontre avec Rosario, à La Paz (Bolivie), résume bien la rage et la difficulté de changer de vie pour une femme en Amérique latine. Cette jeune femme est modèle dans une agence de mannequins Cholitas (ces femmes de l’Altiplano qui conservent le style vestimentaire caractéristique de la tradition aymara, ndlr). Avec l’envie de montrer qu’on peut être fière de poser dans une tenue traditionnelle, de défendre ses valeurs et sauver une culture moribonde. On est aux antipodes des canons de la mode occidentale : ces femmes n’ont pas l’habitude de s’exposer et dire “Je suis là, belle, fière”. Cela va à l’encontre de cet héritage colonial qui montre les Cholitas comme les bonnes à tout faire, soumises. Rosario prouve le contraire. »
SAVOIR FAIRE PREUVE DE PATIENCE
TRANSFORMER SA PEUR EN FORCE
« Dans les moments d’extrême frustration, comme quand ma moto est restée bloquée quinze jours à la douane en Éthiopie à cause d’un papier pouvant compromettre la suite du voyage, ne pas s’énerver. Au contraire : c’est un jeu de psychologie et de patience pour trouver la personne ayant le pouvoir de débloquer la situation. Idem pour la mécanique, quand vous devez attendre une pièce de rechange plusieurs jours pour réparer votre moto. Patience ! »
« Parce que j’ai peur, je vais analyser le pourquoi. Je garde cette peur en tête, comme un point de vigilance. C’est mon côté chercheur (Mélusine a fait des études en géographie sociale, ndlr) : je suis dans le doute, prête à accepter que ce qui va venir sera différent de ce que j’avais anticipé. Le nombre de fois où j’ai gardé le sourire, même quand je flippais à mort… Ça donne un signal : même pas peur, je ne serai pas ta victime. »
THE RED BULLETIN
SE MONTRER CRÉATIVE « Le virus m’oblige, comme tout le monde, à revoir mes projets de voyage. Qui vont, dans le futur proche, être forcément francophones ! C’est peut-être le pays que je connais le moins bien… J’y réfléchis, et me dit une fois de plus que la contrainte, moins qu’un obstacle, est une façon de le contourner. »
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À la rencontre des « ASTRONAUTES SOUTERRAINS », dont les aventures dans le monde sous nos pieds aident à éclairer notre passé et à façonner notre avenir. Texte MARK BAILEY
ROBBIE SHONE
Dans un puits circulaire de la grotte Um Ladaw en Inde, où des scientifiques ont découvert l’année dernière une nouvelle espèce de poisson souterrain.
Au centre
de la Terre
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Nous vivons notre vie au jour le jour à la surface de la planète. Mais sous cette croûte familière, il existe de mystérieux labyrinthes de grottes, crevasses, cavernes marines et lacs souterrains.
Nous avons exploré les pôles, les montagnes et la lune. Pourtant, plus de la moitié des cavernes de la planète n’ont pas encore été découvertes. Même la plus grande grotte connue au monde, Hang So’n Đoòng au Vietnam, n’a été cartographiée qu’en 2009. Avec 38,5 millions de mètres cubes, elle pourrait abriter un gratte-ciel de quarante étages. Pourtant, l’année dernière des explorateurs ont découvert que la grotte est plus grande de 1,6 millions de mètres cubes que ce que l’on pensait auparavant. Elle possède son propre système fluvial, sa jungle et son microclimat, avec des arbres de 30 mètres de haut, et des stalagmites de 70 mètres. Au plus profond du monde souterrain, des scientifiques ont découvert des organismes qui produisent des antibiotiques ; une vie microbienne apparentée aux formes de vie les plus anciennes, existant il y a des milliards d’années ; et des pierres fantastiques et des dunes aussi étrangères à nous que les déserts de Vénus. En 2017, des experts de la NASA ont fait revivre une forme de vie microbienne qui était restée endormie dans des cristaux de gypse au fond d’une grotte mexicaine pendant près de 50 000 ans, faisant émerger l’espoir que des organismes extraterrestres puissent être trouvés dans des environnements extrêmes sur des planètes éloignées. « J’ai exploré des grottes partout sur la planète et vu des choses les plus spectaculaires qui soient, dit l’exploratrice souterraine et microbiologiste Hazel Barton, qui a travaillé avec la NASA au Mexique. Et mes yeux ont été les premiers à voir ces microbes. Quand vous pensez au premier alunissage et à Neil Armstrong… L’expérience du “premier homme sur la lune” est un phénomène rare. Mais dans les grottes, c’est quelque chose qui arrive régulièrement. » Les spéléologues doivent se faufiler dans des fissures semblables à des étaux et naviguer dans l’obscurité totale. Savoir par où commencer est la première difficulté. « Les grottes sont uniques en ce sens qu’on ne peut pas les voir, dit Dr Barton. Les montagnes sont visibles, l’espace est visible. La meilleure
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comparaison que nous puissions faire est avec l’océan, mais on peut le cartographier à l’aide d’un sonar. Avec les radars à pénétration de sol, on peut s’estimer heureux si on récolte des résultats à 30 mètres de profondeur. Le seul moyen d’obtenir des résultats, c’est d’aller sur le terrain. » Avec le changement climatique et l’accroissement de la pollution, les calottes glaciaires qui fondent et les infections résistantes aux médicaments qui prolifèrent, explorer le monde souterrain n’a jamais été aussi urgent. Les glaciologues descendent en rappel dans des trous de glace pour surveiller les taux de fonte, les microbiologistes vont en profondeur à la recherche de nouveaux antibiotiques, et les plongeurs s’enfoncent dans des grottes pour démontrer la vulnérabilité de nos réserves d’eau potable. Selon MacFarlane, le monde souterrain invite à une perspective de “temps profond” qui va bien au-delà de notre propre courte durée de vie. Les paléoclimatologues étudient les stalagmites qui éclairent sur le changement climatique d’il y a 650 000 ans, alors que les astronautes de l’Agence spatiale Européenne nagent dans des grottes de lave en vue d’une éventuelle mission sur Mars. Les grottes sont donc une métaphore des failles dans nos connaissances. « Loin des yeux, loin du cœur, et donc loin de la tête – c’est là le problème, alerte l’anthropologiste environnemental Dr Kenny Broad. Nous avons du mal à concevoir que 95 % de l’eau potable du monde est stockée sous nos pieds, sous forme d’eau souterraine. » Avec moins d’1 % de l’eau douce accessible stockée dans les rivières et les lacs de surface, les eaux souterraines invisibles constituent le principal système de soutien pour toute la vie humaine et animale. Mais comme nous continuons à polluer et à empoisonner la planète, les photographies, les histoires et les découvertes exceptionnelles des spéléologues contribuent à sensibiliser à la beauté et à la fragilité du monde souterrain. Ils nous forcent à réfléchir d’où vient notre eau potable, ce que nous faisons de nos déchets, et combien il nous reste encore à apprendre. Ici, nous rendons hommage aux « astronautes souterrains » qui nous donnent des visions pour le monde de demain dans l’obscurité du monde du dessous.
ROBBIE SHONE
C’est la frontière oubliée de l’humanité.
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Dr Hazel Barton a trouvé des microbes susceptibles de sauver des vies dans la grotte de Lechuguilla au Nouveau Mexique (USA).
La microbiologiste Dr Hazel Barton Surnommée la Lara Croft de la microbiologie, Hazel Barton a exploré des grottes sur les six continents, de Lechuguilla au Nouveau-Mexique (USA) et ses 242 km de tunnels, à la vaste Cloud Ladder Hall dans la grotte Er Wang Dong en Chine, tellement grande qu’elle possède son propre système fluvial. « Je fais du sport tous les jours, car il faut être en forme pour faire mon métier, détaille la scientifique de 48 ans qui dirige le programme de doctorat de biosciences intégrées à l’université d’Akron (Ohio, USA). Lors d’une expédition dans la grotte Lechuguilla, on reste en général huit jours sous THE RED BULLETIN
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terre. On porte des sacs de 17 à 20 kilos, on fait du rappel dans des tunnels étroits. J’ai traversé la jungle de Bornéo pour atteindre des grottes où il faisait 25 ou 27 °C. Elles sont pleines de sangsues, vous avez de l’eau jusqu’à la taille, les chauve-souris vous frôlent le crâne. Comme pour tout dans la vie, même en vous donnant à 100 %, vous risquez de ne récolter que 3 % en retour, mais ces 3 % en valent vraiment la peine. » Les recherches du Dr Barton portent sur la résistance aux antibiotiques. Ces dérivés de composés naturels fabriqués par des microbes dans le sol aident à combattre les maladies infectieuses. Mais leur consommation abusive a conduit les microbes nuisibles à développer une résistance, affaiblissant l’efficacité des traitements de maladies telles que la pneumonie ou la tuberculose. Les Nations Unies ont averti que le nombre de décès dus à des infections résistantes aux médicaments pourraient atteindre dix millions par an d’ici 2050, qualifiant ce phénomène de « l’une des plus grandes menaces auxquelles nous soyons confrontées ». Mais Hazel Barton a fait une découverte prometteuse dans la grotte de Lechuguilla, à près de 500 mètres de profondeur. « Je sais que personne n’est jamais passé par là, dit-elle. L’endroit est immaculé. L’eau de pluie depuis la surface met mille ans à s’infiltrer, soit depuis bien avant les années 1940, lorsque les premiers antibiotiques ont été utilisés. Nous avons testé les insectes qui vivent ici, et ils étaient résistants à tous les types d’antibiotiques utilisés en médecine. Pourtant, cette
« En vous donnant à 100 %, vous risquez de ne récolter que 3 % en retour, mais ces 3 % en valent la peine. » grotte est restée intacte et vierge depuis quatre millions d’années. Ce qui suggère que la résistance aux antibiotiques est solidement et anciennement ancrée. » Elle prévoie de passer au crible un million de bactéries souterraines afin de trouver de nouveaux microbes qui pourraient constituer la base de nouveaux antibiotiques. Née à Bristol, Hazel Barton a commencé la spéléologie à 14 ans et s’est enthousiasmée pour l’exploration des grottes en trois dimensions. Pendant qu’elle préparait son doctorat à l’Université du Colorado, elle est partie faire des expéditions dans des grottes du Dakota du Sud et du Nouveau-Mexique. C’est durant ses recherches postdoc qu’elle a décidé de conjuguer ses deux passions. « Peu de scientifiques aiment partir à l’aventure dans des conditions humides et effrayantes. Cela m’a donné l’opportunité de visiter des grottes qu’un microbiologiste n’avait jamais pénétrées avant moi, dit-elle. Et d’y découvrir de nouvelles choses. L’exploration souterraine est très similaire à la science car on résout des problèmes et on acquiert une forme de persévérance. »
Hazel Barton étudie une formation séculaire de gypse dans la grotte de Lechuguilla.
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DAVE BUNNELL, STEVE DUNCAN/UNDERCITY.ORG
L’explorateur urbain Steve Duncan brave les égouts d’Aix-la-Chapelle près de Cologne, en Allemagne.
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L’explorateur urbain Steve Duncan Équipé d’une pontonnière, de mousquetons, de cordes et de torches, l’explorateur urbain Steve Duncan se faufile dans les égouts de Londres, derrière des portes secrètes des tunnels du métro new-yorkais, ou dans les catacombes de Paris. Ses escapades souterraines nous rappellent brutalement à la fragilité de l’écologie urbaine. « La nature est une source d’inspiration géniale, mais pour ce qui est des environnements urbains, ça reste à voir, explique Duncan, 41 ans, qui vit à New York. Nous supposons que l’homme est un expert en matière de gestion de la ville. Il suffit d’ouvrir le robinet pour que de l’eau coule. Mais aller sous terre pour voir d’où vient cette eau, et où elle va, cela change tout. Si l’on coupait l’alimentation en eau de New York dans un rayon de 65 à 120 km, les THE RED BULLETIN
habitants seraient privés d’eau en moins de 24 heures. » L’exploration des égouts a convaincu Duncan qu’il n’y a pas de distinction entre les environnements naturels et humains. Les égouts modernes suivent les anciennes rivières souterraines, les égouts des villes côtières connaissent des raz-de-marée, et l’eau obéit à la loi de la gravité. « Les inondations sont causées par l’activité humaine. Ce n’est pas l’eau qui s’infiltre là où elle ne devrait pas, ce sont les bâtiments qui ont été construits là où il ne fallait pas. Avec le changement climatique, nous allons assister à de redoutables inondations en milieu urbain. Si New York et Londres veulent perdurer quelque mille ans, il faut se débarrasser de la dichotomie monde urbain/monde naturel, et impérativement se consacrer à concevoir des infrastructures durables et des planifications intelligentes. » Duncan a grandi dans le Maryland (USA), et a commencé à explorer ce qu’il y avait sous nos pieds alors qu’il était à l’université, à New York, en se faufilant dans les galeries techniques du métro à la recherche de sensations fortes. Il a échappé de justesse à des rames de métro dans des tunnels, a été arrêté pour intrusion à New York et à Paris, et a failli se noyer dans un raz-de-marée. Il a appris à neutraliser ses peurs avec une préparation minutieuse. « J’essaye de maîtriser mes craintes en prenant des mesures intelligentes et en avançant pas à pas. Je me renseigne sur les collecteurs d’eaux pluviales et les marées. Je possède un compteur de gaz pour vérifier la présence de sulfure d’hydrogène dans les égouts. Je ne veux pas m’évanouir et me noyer dans quelques centimètres d’eau… » Duncan a dû être hospitalisé à trois reprises à cause d’infections, mais même ces maladies avaient leur utilité. « C’est un bon rappel : les agents pathogènes d’origine hydrique sont les plus grands meurtriers de l’histoire de l’urbanisation. Nos égouts sont une révolution sanitaire, certes, pourtant ces agents pathogènes ne cessent de circuler sous nos pieds. Pourquoi continuonsnous de mélanger nos eaux souillées aux eaux de précipitation propres ? Il faut rendre nos cours d’eau plus propres. » Il espère que ses photographies éveilleront la curiosité et inspireront les gens à repenser les agglomérations dans lesquelles ils habitent. « Les cartes modernes n’offrent qu’une représentation incomplète des paysages urbains, dit Duncan. La réalité, elle, est tridimensionnelle. » 53
L’anthropologiste environnemental Dr Kenny Broad Voilà un professeur digne d’Indiana Jones auquel le National Geographic a déjà décerné le prix de l’explorateur de l’année. À 53 ans, ce chercheur sait piloter un hélicoptère, a joué les cascadeurs à Hollywood, et adore les tenues de plongée. Il enseigne l’anthropologie environnementaliste à l’université de Miami et plonge dans toutes les grottes sous-marines qui se présentent à lui, des Bahamas au Mexique, pour étudier le changement climatique, l’évolution et la gestion de l’eau douce. « Explorer une grotte sous-marine, c’est comme pénétrer dans la cathédrale de SaintJacques-de-Compostelle, sauf qu’au lieu d’avancer dans la nef, vous plongez et vous glissez sous les voûtes en l’espace d’un instant, raconte Kenny Broad. C’est une explosion de beauté qui passe par tous vos sens, une sensation de flow incroyable. » Il a appris à plonger gamin ; son hobby est devenu une aptitude majeure dans ses recherches. Les sédiments et les stalagmites sous-marins renferment des indices vitaux sur les changements climatiques qui ont déjà eu lieu, sur l’environnement anoxique (ou sans oxygène) qui a permis la préservation des fossiles. Son équipe a trouvé des restes d’oiseaux et de vertébrés jusque-là non répertoriés.
« En plongeant dans ces cavernes, vous revenez aux principes fondamentaux de la vie : chaque respiration compte. »
Kenny Board plonge dans des trous bleus (cavernes marines submergées) aux Bahamas qui servent de comparaison avec les océans tels qu’ils existaient il y a des millénaires. « Toutes les vies sont reliées à la plus ancienne forme de vie sur Terre, il y a plus de deux milliards et demi d’années. Ils reflètent autant que possible ce qui peut se passer sur d’autres planètes. J’ai parlé à quelqu’un de la NASA, parce qu’il pourrait y avoir quelque chose d’équivalent, un océan souterrain, sous la croûte d’Europe, à l’une des lunes de Jupiter. Ils sont intéressés par les organismes extrêmophiles, qui supportent des conditions de vie normalement mortelles pour d’autres. » Le Dr Broad a fait une apparition dans la série documentaire du National Geographic, One Strange Rock (commentée par Will Smith). Il aime partager le fruit de ses recherches avec les écoles et les entreprises. Transmettre ce savoir est aussi important que la recherche pure, explique-t-il, car « ce n’est pas une nouvelle publication dans une revue scientifique spécialisée qui va faire changer la politique ni les comportements ou les habitudes en matière d’utilisation de l’eau courante ». Malgré les dangers de la plongée dans des cavernes sous-marines, il reste convaincu que les explorateurs comme lui ramènent de précieuses leçons de vie à la surface. « Vous revenez aux principes fondamentaux de la vie : chaque respiration compte. Et vous réalisez que vous nagez dans les veines de la Terre. »
WES C. SKILES/NATGEO, JILL HEINERTH, ROBBIE SHONE
Dr Kenny Broad nage dans un trou bleu aux Bahamas.
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D’énormes stalagmites dans le spectaculaire Er Wang Dong, en Chine : un ensemble de grottes si vastes qu’elles ont leur propre système météorologique, comme l’a photographié le spéléologue et photographe britannique Robbie Shone.
Le photographe souterrain
ROBBIE SHONE
Robbie Shone L’Anglais Robbie Shone prend de sublimes images de grottes qui, il l’espère, inspireront un sens du miracle et un profond respect pour le monde qui coexiste de l’autre côté de la croûte terrestre. Ses plus belles photos regroupent la grotte Veryovkina en Géorgie, 2 212 m de fond, la plus profonde connue sur Terre et la vaste grotte Sarawak à Bornéo et ses 164 459 m 2 , assez longue pour abriter huit Boeing 747. « Quand j’ai commencé la spéléologie, c’était pour l’excitation que ça procurait. Je continue d’être grisé dès je descends le long d’une corde dans une totale obscurité, raconte Shone, 40 ans, qui vit à Innsbruck, en Autriche. Mais surtout, j’aime photographier les grottes où personne n’est jamais allé. Sur une île en Papouasie Nouvelle-Guinée, j’ai exploré des grottes formées bien longtemps avant l’apparition des dinosaures. Elles n’avaient jamais été vues par l’homme auparavant, et ne le seront peut-être plus jamais. » Shone a commencé à faire de la spéléologie dans les Yorkshire Dales (Angleterre) alors qu’il étudiait l’art et la photographie à l’université de Sheffield Hallam. « J’ai eu une vive réaction à l’obscurité et l’adrénaline déchargée par le monde du dessous », dit-il. Plus THE RED BULLETIN
« Rencontrer tous ces scientifiques a rempli un grand vide en moi et a donné un sens nouveau à mon travail. »
tard, il met ses compétences en matière de cordage à profit en nettoyant des gratte-ciels pour financer des voyages de spéléologie, avant que magazines et scientifiques ne lui passent commande. Lors de son expédition à Veryovkina en 2018, il a été pris dans une étrange inondation. « Je me souviens du bruit de l’eau qui déferlait comme un train fonçant sur moi. En grimpant pour sortir de la grotte, l’eau m’emportait violemment. Il fallait que je garde ma tête à l’horizontal pour respirer. Cette expérience m’a traumatisé pendant des mois. Je me suis saoulé. Je n’arrivais plus à dormir. » Il a retrouvé confiance en dialoguant avec lui-même. « Je m’efforçais de me remémorer que les grottes sont normalement des endroits sûrs. Les murs ne s’effondrent pas comme les puits de mine construits par les hommes. Et j’ai aussi suivi un cours de plongée en eau libre pour être en confiance. » Shone aime documenter le travail des microbiologistes, des scientifiques et des géologues. Il a même accompagné des astronautes de l’ESA dans des tunnels de lave à Lanzarote, où les géologues leur ont appris à ramasser des échantillons de roches pour une éventuelle mission sur Mars. « Rencontrer tous ces scientifiques a rempli un grand vide en moi et a donné un sens nouveau à mon travail. J’espère que mes photos pourront révéler ces brillants esprits qui nous aident à comprendre notre planète, pour la sauver. » 55
« On se sert de la spéléologie et de l’escalade sur glace pour trouver des crevasses que les alpinistes cherchent à éviter. » La glace sur les cordes est dangereuse pour le Dr Sam Doyle lors de la descente en rappel d’un moulin vertical sur le glacier suisse du Gorner.
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Le glaciologue
ROBBIE SHONE (2)
Dr Sam Doyle Environ 10 % de la surface terrestre est couverte de calotte glaciaire, d’inlandsis et de glaciers, dont le mouvement et la fonte sont essentiels pour l’étude du changement climatique et de l’élévation du niveau de la mer. Pour analyser les glaciers de Suisse, du Groenland et de l’Antarctique, Sam Doyle – glaciologue de terrain à l’université d’Aberystwyth (Pays de Galles) – descend en rappel des puits de glace verticaux appelés « moulins » qui se forment lorsque l’eau de fonte creuse un trou dans le glacier au fil du temps. « C’est très exigeant physiquement, il fait froid, c’est humide, précise Sam Doyle. Vous êtes dans un espace étroit, glissant, et il y a toujours un risque d’écoulement d’eau. Nous partons à 2 ou 3 heures du matin en automne, alors qu’il gèle, parce qu’on ne veut pas que la glace se mette à fondre pendant qu’on est en bas. On utilise des techniques de spéléologie et d’escalade sur glace, à la recherche de crevasses que les alpinistes, eux, essaient à tout prix d’éviter. Sur le glacier du Gorner en Suisse, nous avons exploré un moulin vertical d’une profondeur de 86 mètres. Nos cordes super fines de 7 mm de diamètre étaient gelées, si bien que nos appareils de descente ont commencé à glisser de façon inquiétante. La descente est devenue très rapide et difficile à contrôler. » Doyle perce des trous à l’aide de jets d’eau chaude pour déposer des capteurs qui vont enregistrer les changements de pression et de mouvements de l’eau. « La fonte de la glace de surface s’écoule vers le lit et peut accélérer ou ralentir la progression d’un glacier, selon les conditions. Mes recherches posent la question suivante : la fonte de la glace va-t-elle s’accélérer si le climat se réchauffe ? Est-ce que plus de glace va être déversée dans l’océan ? » Travailler de nuit par des températures de − 10 °C peut être à la fois éreintant et décourageant. « Il faut contrôler sa peur en évaluant le risque et en ayant les bonnes notions, poursuit celui qui a grandi en pratiquant la spéléologie en Écosse. Se déplacer sous la glace est incroyable. Tout est d’un bleu éclatant. » THE RED BULLETIN
Des grottes telles que Lechuguilla révèlent le passé au paléoclimatologue Dr Gina Moseley.
La paléoclimatologue Dr Gina Moseley Les grottes sont des capsules temporelles qui aident les scientifiques à explorer le passé – et à prévoir l’avenir. « Elles sont connectées mais aussi préservées de la surface. Ainsi, elles peuvent conserver des informations sur le climat depuis des centaines de milliers d’années, développe Gina Moseley, paléoclimatologue à Innsbruck, en Autriche. Nous sommes les témoins d’un changement climatique rapide qui n’a pas de précédent. Nous pouvons regarder en arrière, à une époque où le climat a évolué rapidement, en libérant du gaz carbonique dans l’atmosphère, et nous demander ce qu’il s’est passé. Quelles ont été les conséquences ? » Pendant l’ère quaternaire, qui dure depuis 2,6 millions d’années, la Terre a connu des variations entre des périodes glaciaires (froides) et interglaciaires (chaudes), dues
à l’orbite de la planète par rapport au soleil. Les périodes chaudes déclenchent la fonte des océans et libèrent le CO2 retenu au fond des océans dans l’air, ce qui accélère le réchauffement climatique ; l’étude de ces phénomènes permet d’anticiper le changement climatique. Gina Moseley dirige un projet sur les cavernes du Groenland. La région arctique est particulièrement vulnérable au changement climatique ; ses conséquences se font sentir partout sur le globe, notamment avec l’élévation du niveau de la mer et avec les perturbations climatiques. Pour atteindre les grottes isolées du Groenland, elle part en expédition de longue durée, enchaînant randonnées et voyages en bateau, équipée de forets, de marteaux et de cordes. « J’étudie les stalagmites – ces chandeliers qui se forment sur le sol des grottes, sculptés par les gouttes d’eau qui tombent du plafond. L’eau transporte avec elle une signature chimique qui fonctionne tel un indicateur de la température, du taux d’humidité, de la présence de végétation aux abords de la grotte, ou même d’une présence humaine. Nous coupons un bout de ces stalagmites pour analyser les informations qu’ils renferment. Notre champ d’étude couvre une période de 650 000 ans… Au Groenland, nous avons trouvé de magnifiques coulées rocheuses formées par de fines nappes d’eau. Cela prouve que malgré le permafrost qui couvre le sol, il a dû faire plus chaud et plus humide sur Terre par le passé. Ces éléments aident à prévoir ce qu’il risque d’arriver si les températures continuent de changer. » Originaire de Cannock (Angleterre), Gina Moseley s’est essayé à la spéléologie à douze ans, en famille. Plus tard, elle part explorer des grottes aux Bahamas dans le cadre de son doctorat en Sciences géographiques à l’université de Bristol. « J’ai réalisé qu’il était possible d’étudier les grottes sous un angle scientifique, et tout s’est mis en place. Si j’arrive à captiver les gens par le biais de l’aventure, et qu’ils finissent par se mobiliser au changement climatique, alors je suis comblée. » 57
Les patins de l’espoir
Dans la ville historique d’Athènes, de jeunes femmes grecques, les CHICKS IN BOWLS, reconquièrent l’espace, naviguent dans un avenir incertain et se bougent pour le progrès. Et ça se passe sur des patins. Texte ALEX KING
Photos MARK LEAVER
Suzana Bakatsia glisse sur le tarmac miteux de l’ancien aéroport d’Hellinikon, au sud d’Athènes.
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« Après avoir commencé le patin, j’ai imaginé des filles radicales, conquérant la ville sur leurs rollers. »
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orsque vous vous approchez de l’ancien aéroport d’Athènes, des panneaux de signalisation ternis par le soleil vous dirigent vers les arrivées nationales et les départs internationaux. Mais rien n’a décollé ici depuis des décennies. De vieux avions attendent dans un silence sinistre, et la tour de contrôle contemple une piste aux fissures perforées par la végétation. Cet après-midi, un groupe de patineuses s’est retrouvé dans l’ancienne salle de départ. Elles se promènent, explorent ses recoins oubliés et slaloment entre ses piliers délabrés. Pour beaucoup de ces femmes, faire du roller ici a toujours été un rêve. Alors qu’Athènes émerge timidement d’une décennie de chaos économique, de jeunes patineuses se battent pour l’espace dans leur ville. Cette génération de Grecques a grandi avec peu d’opportunités, mais cela leur a appris une leçon précieuse : si vous voulez assouvir votre passion, faites-le vous-même. Alors que l’aide et les infrastructures destinées aux jeunes ont été victimes de la crise économique historique que traverse la Grèce, les Chicks in Bowls Athens utilisent le patin à roulettes pour créer leur propre communauté, s’exprimer et forger une nouvelle relation avec leur ville. Jour après jour, elles se présentent sur les spots de skate à dominante masculine, exigeant respect et intégration. « Ici, tous les skateparks sont dominés par les hommes, point !, 60
Depuis 2001, rien ni personne n’a décollé à l’aéroport Hellinikon d’Athènes. Le site est resté vide pendant des années, attendant d’être réaménagé. THE RED BULLETIN
(De gauche à droite) Stefania Malama, Suzana Bakatsia et Sofia Argyraki patinent dans le terminal vide de l’aéroport.
« Pratiquer le roller nous aide à sortir de ce qui est, pour la plupart des gens, une réalité vraiment difficile. » 62
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Ci-dessous : le team en virée freestyle autour du parking vide près du sommet du mont Lycabette d’Athènes, juste avant le lever du soleil. Page opposée : (de gauche à droite) Suzana Bakatsia, Constantina Xafi et Lydia Panagou attendent le lever du soleil au sommet du Lycabette après avoir ridé toute la nuit.
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dit Constantina Xafi, 28 ans. Quel que soit votre niveau et le type de personne que vous êtes, vous méritez une place au skatepark. » Xafi est l’une des forces motrices du groupe. Elle travaille dans le monde du théâtre, a fondé sa propre entreprise de sérigraphie et est bénévole en tant qu’enseignante pour Free Movement Skateboarding, qui offre des cours gratuits de skateboard à de jeunes Grecs et à des réfugiés. Xafi travaille à la réalisation de son rêve de créer un skatepark rempli de bowls adaptés aux pratiquants du patin à roulettes, mais ouvert à tous. Même si chaque type de rider considère que le skatepark est le sien – sur un skate, une BMX, une trottinette ou des rollers en ligne – les patineuses sont presque toujours des femmes. Et la construction d’une communauté forte a changé la donne. « Après avoir commencé le patin à roulettes, je me suis mise à imaginer des filles radicales, conquérant la ville sur leurs rollers », se souvient Sofia Argyraki, 31 ans, co-fondatrice de Chicks in Bowls Athens. En janvier 2015, Sofia est allée patiner sur la rampe de BMX de Vrilissia, aujourd’hui démolie, une ville de la banlieue nord d’Athènes, avec ses amies Christina Rodopoulou et Akylina Palianopoulou. Le trio a passé la plus grande partie de l’après-midi à attaquer la rampe ensemble, s’encourageant mutuellement à y aller plus fort. Épatées par leur propre motivation, elles ont créé un team pour encourager d’autres femmes à partager leur passion. Le groupe compte aujourd’hui environ trente à quarante filles qui se réunissent régulièrement pour rider dans leurs parks favoris et explorer la ville ensemble.
L’
ancienne métropole d’Athènes n’est pas un paradis pour riders ; c’est une ville à la planification chaotique, très dense, dispersée sur de nombreuses collines escarpées, et truffée de nids de poule et de trottoirs cabossés, particulièrement dangereux pour les petites roues en uréthane des patins. Si vous voulez rider une rampe de skate à Athènes, il n’y a pas beaucoup d’options ; la ville ne dispose pas de skateparks municipaux somptueux ni d’une administration encline à tolérer les spots faits maison. Certaines banlieues disposent de petits parks, mais les meilleurs spots ont été construits par les riders eux-mêmes, qu’il s’agisse du vaste park indépendant de Galatsi ou de l’unique bowl d’Athènes, l’espace expérimental de skate/art Latraac du côté de Kerameikos. Mais, malgré ces conditions défavorables, la ville abrite une communauté de plus en plus dynamique de skateurs, de BMXers et, plus récemment, de roller girls. Lydia Panagou, 23 ans, l’une des rideuses les plus accomplies du groupe, est l’un des moteurs de cette scène en progression. « Ce que j’aime le plus dans le roller, c’est qu’il me permet de me rapprocher des autres, dit-elle. Nous organisons des rencontres, nous avons notre musique et nous nous déplaçons dans la ville vers nos endroits préférés. Chacun se déplace et s’habille comme il le souhaite. Il est important de ne faire qu’un avec ses patins : le style, l’esthétique, le rythme. C’est ce qui ressort quand il y a une harmonie et que vous vous sentez à l’aise avec vous-même et avec les gens qui vous entourent. Vos amis vous encouragent et vous élèvent. » N’importe qui peut connecter avec les Chicks in Bowls Athens sur Instagram et participer à l’une de leurs sessions régulières, de la nouvelle rideuse à la fille de passage en quête de relations locales. « Avoir une communauté est vraiment important, déclare l’artiste et architecte Foteini Korre, 29 ans. De nombreux spots sont éloignés, ce qui motive moyennement à y aller seule. Mais lorsqu’on bouge et ride ensemble, on s’aide et se soutient mutuellement, on se nourrit de l’énergie des autres. » Korre n’a pas souvenir d’avoir pratiqué le patin à roulettes quand elle était gamine. « Ma génération de filles n’a pas eu l’occasion de faire ça. On nous demandait de jouer à la poupée ou de rester à la maison pour les tâches ménagères, pendant que nos frères jouaient dans la rue. J’ai commencé le roller à 28 ans, et j’aurais aimé en avoir eu la possibilité à six. C’est difficile quand on réalise qu’à vingt ans, on veut récupérer le temps perdu. » Les skateparks à dominance masculine ne sont pas uniques à Athènes. Partout dans le monde, des efforts énormes ont été faits ces dernières années pour rendre la culture du skate plus inclusive, mais cela reste en grande partie un territoire d’hommes. « Aller dans cet espace en tant que femme alors que la majorité des riders sont des garçons crée une division, automatiquement, explique la fondatrice de Chicks in Bowls, Samara Buscovick, alias Lady Trample. Que ce soit intentionnel ou non, on a 63
l’impression que tous les yeux sont tournés vers nous. Cela peut être vraiment intimidant, surtout si vous êtes nouvelle. La majorité des interactions que j’ai eues dans les parks ont été en fait très positives, mais il y a toujours le sentiment que vous êtes un extraterrestre dans leur espace – vous devez prouver que vous y avez votre place. » Originaire d’Auckland, en Nouvelle-Zélande, et désormais basée à Kremmling, dans le Colorado (USA), la pro du roller derby Lady Trample a été initiée aux patins dans des bowls par son amie Michelle « Cutthroat » Hayes en novembre 2012. Elle en est immédiatement devenue accro. Au cours d’une session quelques semaines plus tard, une amie s’est exclamée : « “C’est tellement cool de voir toutes ces poulettes dans des bowls !”, et le nom est resté. » Sept ans après que Trample a commencé à construire cette communauté inclusive, Chicks in Bowls (CIB) compte plus de 300 clubs dans le monde. « Une des belles choses que vous permet le CIB, c’est de connecter avec votre section locale et de ne plus vous sentir isolée, dit Trample. Un changement culturel a eu lieu ; les femmes et les patins de type quad sont désormais plus nombreux dans les parks – et ces parks sont devenus des espaces plus sûrs. » Pourtant, il reste du travail à faire, notamment en Grèce, historiquement l’un des pays les plus
La jungle de béton tentaculaire qui constitue la capitale grecque, vue du sommet du mont Lycabette.
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conservateurs d’Europe, où les attitudes patriarcales ont la vie dure. Pour les femmes du CIB Athènes, il y a parfois des rappels frustrants que la ville est encore en train de rattraper son retard. « L’espace public est principalement occupé par les hommes, et c’est un fait, déclare Korre. On le voit dans la rue : s’il n’y a de la place que pour une personne sur le trottoir, un homme va simplement marcher droit et on attend de vous que vous bougiez. C’est l’héritage des femmes qui sont restées enfermées dans leur maison pendant tant d’années sans aucun droit. Ici, les femmes n’ont obtenu le droit de vote qu’en 1952. »
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es skateparks grecs reflètent la situation de la société en général, qui évolue lentement, mais pas assez vite pour beaucoup. « Je sais que je suis loin d’être une pro du patin, mais certains jeunes hommes du park m’ont complètement manqué de respect, dit Korre avec un sentiment d’exaspération. Une grande partie de notre pratique consiste à récupérer de l’espace. Pour moi, c’est politique en soi – c’est une question de féminisme et d’autonomie en tant que femme. La plupart des gens dans les skateparks sont cool, mais vous devez parfois faire face à des comportements sexistes et misogynes. Plus on se présente là où les gens rident, plus on est acceptées. Maintenant, la plupart ont commencé à se rendre compte que nous sommes là pour rester. » Pour les jeunes rideuses de la ville, il y a bien d’autres raisons pour lesquelles il est si important d’avoir une section athénienne du CIB et la communauté qu’elle contribue à construire. « La vérité est que j’aime la Grèce, j’aime Athènes et j’aime l’endroit où j’ai grandi, dit Panagou. D’une certaine manière, nous nous sommes habituées à vivre comme ça, mais les choses sont difficiles pour la jeune génération. » La crise de la dette grecque a éclaté fin 2009 et est devenue la pire catastrophe économique de l’histoire de l’Union européenne. Avec un taux de chômage avoisinant les 60 %, les jeunes ont été particulièrement touchés. Après des années d’austérité et de réductions des dépenses, de nombreux services sur lesquels les jeunes comptent – écoles, universités, installations sportives – ont un besoin urgent de rénovations et d’investissements. Les politiciens ont annoncé à plusieurs reprises que la crise était terminée, mais les jeunes Grecs n’ont guère vu leurs perspectives s’améliorer. La plupart des emplois disponibles, généralement dans le tourisme, sont mal payés. Cela laisse donc Panagou, qui est sur le point de terminer son diplôme de l’École des beaux-arts d’Athènes, face à un choix déchirant : « C’est difficile pour quelqu’un de mon âge qui a des espoirs et des rêves pour l’avenir. Pour trouver du travail dans les arts, je vais probablement devoir partir à l’étranger. Mais j’aimerais trouver quelque chose qui me permette de rester en Grèce et participer au changement. » THE RED BULLETIN
Le terminal négligé d’Hellinikon est un terrain de jeu pour l’équipe des CIB Athènes : un endroit pour se retrouver et essayer de nouveaux mouvements en totale liberté.
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vec son économie si dépendante du tourisme, la Grèce est sévèrement touchée par la pandémie de COVID-19. Le désastre financier plane au-dessus des Athéniens comme une épée de Damoclès. Tandis que Panagou essaie de se concentrer sur la fin de ses études et ce qu’elle fera ensuite, le roller lui procure un réconfort salutaire. « Il ne s’agit pas seulement d’étudier ; je ressens le stress et la pression de la ville et du rythme dans lequel nous vivons, explique-t-elle. Le patin m’aide à m’éloigner de tout cela. Sortir avec des amis pour faire notre truc, faire des figures, ou simplement rire et parler de choses anodines... Tout cela me fait du bien. Pratiquer le roller nous aide à sortir de ce qui est, pour la plupart des gens, une réalité vraiment difficile. » Xafi et sa pote de roller Eva Balasi, trente ans, se sont retrouvées pour une soirée à la mini-rampe de Vyronas, nichée dans la forêt sous le mont Hymette. Après avoir dépensé toute leur énergie, elles
« Chacun appartient au putain d’endroit auquel il veut appartenir, où il se sent libre. » THE RED BULLETIN
reprennent leur souffle au pied de la grande rampe en béton. « La plupart des rampes d’Athènes sont construites pour les skateurs et sont grandes, glissantes et dangereuses pour les quads, comme celle-ci », raconte Balasi, qui s’est cassé le tibia en deux endroits après être tombée ici en mars dernier. Pourtant, même avec une tige en titane de 34 cm dans la moelle osseuse, deux vis dans le genou et deux autres dans la cheville, la photographe de mode ne pouvait pas s’empêcher de rider : six semaines après l’opération, elle patinait à nouveau, bien qu’on lui ait dit de se reposer pendant six mois. « Patiner, c’est tomber, ajoute Xafi, philosophiquement. Quand tu tombes, tu dois te relever et te remettre sur pied. » Elle poursuit : « Le féminisme consiste à répandre l’égalité ; je ne vois pas de frontières dans le roller. Quand vous voyez des garçons et des filles qui se soutiennent mutuellement, c’est là que la magie opère. Il n’est pas nécessaire de dire qui appartient et qui n’appartient pas à cet endroit. Chacun appartient au putain d’endroit auquel il veut appartenir, où il se sent libre. En Grèce, nous n’avons pas les infrastructures ni les opportunités pour les jeunes. Mais c’est la beauté du “fais-le toi-même” : nous avons des rues et nous pouvons nous rassembler pour construire ce que nous voulons. Nous pouvons être le changement que nous voulons voir arriver. » Le CIB d’Athènes en action, c’est dans le documentaire court Athena Skates, sur redbull.com 65
La vie du peuple navajo est définie par le besoin d’eau potable. Leurs membres qui alimentent le Navajo Water Project sont donc des héros.
L’ E A U S A C R É E Dans cette réserve navajo aux États-Unis, l’association caritative NAVAJO WATER PROJECT procure l’eau quotidienne et essentielle à une communauté indienne sévèrement touchée par la pandémie. Texte BILL GIFFORD
Photos JIM KRANTZ
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u cœur de la nation Navajo, à une dizaine de kilomètres de la route goudronnée la plus proche, Donovan Smallcanyon pilote un Ford F350 blanc sur une voie sableuse. Devant lui, la terre s’éloigne vers le Little Colorado River, qui rejoint bientôt son grand frère pour former le Grand Canyon. Mais ici, tout est sec. La seule eau à disposition s’agite dans un énorme réservoir en plastique sur une remorque derrière le camion de Smallcanyon. Pour un observateur local, Smallcanyon et son partenaire, Steven Chief, ressemblent à une paire de « transporteurs d’eau » navajos, transportant le précieux liquide vers les réservoirs d’abreuvement du bétail ou vers les maisons de la famille ou des amis. Les camionnettes qui s’affaissent sous le poids des barils d’eau sont un spectacle courant dans la réserve. Mais celle-ci a une mission différente. Enfin, la route s’enfonce dans un creux et on aperçoit une petite enceinte, avec une habitation traditionnelle en terre ronde appelée hogan, et un logement plus moderne en pierre et en brique. Derrière, un corral en bois est occupé par des moutons et des chèvres. Howard et Lily Dugi, éleveurs de moutons navajos octogénaires, s’occupent de leurs animaux à notre arrivée. Emma Robbins et Shanna Yazzie, deux femmes navajos d’une trentaine d’années, sortent de leur véhicule suiveur et s’approchent du couple, portant des masques et les saluant en navajo : « Yá’át’ééh ! » chantent-elles. Emma est la directrice du Navajo Water Project, une association novatrice à but non lucratif dont la mission est d’apporter de l’eau courante et propre aux habitants de la nation Navajo qui en manquent, comme les Dugi. Sa camarade Shanna est la coordinatrice du projet pour cette zone de la réserve, qui s’étend à travers l’Arizona, l’Utah et
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le Nouveau-Mexique, occupant un territoire plus grand que la Virginie occidentale. Toutes deux ont grandi à proximité. Howard ouvre un portail et ses animaux sortent du corral, se précipitant vers un abreuvoir à une cinquantaine de mètres de là. Leur pelage est hirsute, prêt à être tondu. Un mouton boite dans une autre direction, et Howard soupire, attrape un lasso et saute sur son quad pour le poursuivre. En faisant tourner la corde avec grâce, il attrape le fuyard avec un lancer d’expert. « Ces animaux, c’est la richesse des Navajos », plaisante Shanna, les yeux pétillants. Nous sommes le 11 septembre 2020, six mois après le début de la pandémie, et les nations Navajo et Hopi comptent parmi les régions les plus touchées du pays. Plus de 10 000 Navajos ont été diagnostiqués avec la maladie, et 540 sont morts, parmi lesquels un employé du Navajo Water Project qui a probablement contracté la maladie lors d’une cérémonie sacrée en Arizona. Le nombre de nouveaux cas a fortement diminué, pour atteindre presque zéro, mais la communauté est toujours confinée, avec des couvre-feux nocturnes. L’économie locale a été écrasée. Des panneaux sur les routes invitent à rester chez soi : « PROTÉGEZ NOS AÎNÉS ! » Howard et Lily ont reçu à l’occasion des livraisons de leurs enfants, mais pas de longues visites. Nous sommes les premiers visiteurs extérieurs qu’ils ont vus depuis des mois. Pour compliquer les choses, il n’a pas plu depuis deux mois, raconte Lily Dugi à Shanna, en navajo. Leur ancienne citerne d’eau, située au sommet d’une petite élévation à côté de leur maison, est presque à sec. Son mari vieillit, poursuit-elle, et a du mal à suivre les travaux de leur ranch. Maintenir leur troupeau en vie est devenu leur seul objectif de vie. Notre cargaison – un réservoir en plastique tout neuf rempli de 1 000 litres d’eau – est la
PLUS QUE TOUTE AUTRE DES « COMMODITÉS » MODERNES, L’EAU DÉFINIT UNE CIVILISATION.
Donovan Smallcanyon, qui travaille avec le Navajo Water Project, remplit une citerne dans la réserve.
Talents locaux : Emma Robbins (à gauche) et Shanna Yazzie ont de profondes racines locales et dirigent le Navajo Water Project.
bienvenue. Donovan Smallcanyon et son collègue Steven Chief, les transporteurs d’eau, manœuvrent leur remorque en position, et se mettent au travail. Il y a cinq ans, Emma Robbins travaillait dans une galerie d’art à Chicago lorsqu’elle a lu un article de journal sur une association à but non lucratif appelée DigDeep qui commençait à s’attaquer au problème de l’accès à l’eau dans la réserve navajo. Elle était elle-même intimement liée à la question de l’eau, ayant grandi dans la réserve. Son père est navajo, mais sa mère était juive, et a déménagé de Chicago, faisant de Robbins une « NavaJuive » autoproclamée. Bien que sa galerie et sa carrière artistique soient florissantes, une part d’elle s’est senti attirée par un retour au bercail. Elle a donc envoyé un courriel au fondateur de DigDeep, un millénial nommé George McGraw, lui proposant de faire du bénévolat. « Pour les gens qui viennent de la réserve, il y a ce désir constant de rentrer à la maison, soit pour aider notre peuple, soit pour revenir et être avec votre famille », dit-elle. McGraw était un profil improbable pour monter un projet caritatif visant à aider les Navajos : il avait grandi sur un lac dans le nord du Wisconsin, aussi loin de la nation Navajo qu’il est possible de l’être. « J’ai passé ma vie entourée d’eau, à jouer avec l’eau, à vivre par l’eau, raconte le jeune homme de 33 ans. Ce n’est que plus tard que j’ai réalisé qu’un milliard de personnes dans le monde n’en ont pas. » Issu d’une famille riche, conservatrice et religieuse, il a vécu comme enfermé jusqu’à la fin de sa vingtaine, étant homosexuel. « Je n’ai pas grandi dans 70
un environnement qui m’a pleinement soutenu ou qui a préservé mon bonheur et ma dignité, dit-il. Fondamentalement, cela m’a conduit à être plus empathique avec d’autres, qui étaient confrontés à des défis insurmontables. » La vie sans eau représentait le défi ultime. Après avoir étudié le développement de l’eau dans une école supérieure, il a fondé DigDeep alors qu’il n’avait que 25 ans, en se concentrant sur des projets au Sud-Soudan. « C’est la partie qui est un peu embarrassante, dit-il. J’ai pris l’avion et me suis rendu en Afrique pour résoudre le problème de quelqu’un d’autre. Je n’avais même pas pris la peine de gérer les miens. » Un don de 50 dollars l’a incité à changer d’orientation. En 2013, il a reçu un appel d’une femme nommée Karen Reynolds, qui avait aidé à construire des maisons dans la réserve navajo, où elle a été surprise de constater que les maisons n’avaient ni cuisine ni salle de bain. Cela s’expliquait par le fait que ces maisons n’avaient pas l’eau courante, lui a-t-on dit. Elle s’est renseignée sur les organisations caritatives dédiées au sujet de l’eau et est tombée sur le projet de McGraw. Elle a proposé de lui donner 50 dollars, mais seulement si McGraw les utilisait pour améliorer la situation de l’eau dans la réserve. Le fils de bonne famille s’est rendu au Nouveau-Mexique et Reynolds lui a permis de connecter avec ses relations dans la réserve. McGraw a réalisé que DigDeep devait monter en puissance, et le Navajo Water Project est né. Son premier projet consista à améliorer un puits pour une communauté proche de Grants, au Nouveau-Mexique, pour alimenter THE RED BULLETIN
La nation Navajo a été durement touchée par la pandémie, ce qui a rendu la question de l’approvisionnement en eau encore plus critique.
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leur camion d’eau qui faisait des livraisons aux maisons qui n’étaient pas raccordées à l’eau municipale. Lors d’une réunion municipale pour discuter du projet, une femme s’est levée pour le remercier de son effort : « Elle a dit, merci, c’est super, je suis sûre que cela aidera ces familles à avoir 1 200 litres par mois au lieu de 800 litres », se souvient-il. Mais elle a ajouté : « Mes enfants vont à l’école avec des enfants qui ont pris une seule douche ce mois-ci. Nous n’avons pas besoin de plus d’eau dans un baril à notre porte d’entrée. Nous avons besoin d’eau courante chaude et froide dans nos maisons. »
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elon un rapport de DigDeep et de la Water Alliance datant de 2018, quelque 2,2 millions d’Américains, d’El Paso aux Appalaches, n’ont pas l’eau courante ni de toilettes à chasse d’eau dans leur maison. Dans des endroits comme Flint, dans le Michigan, 44 millions d’autres n’ont pas accès à une eau potable fiable. Dans la nation Navajo, le problème est particulièrement grave : peu de foyers de la réserve aride ont leur propre puits, et les puits des communautés locales sont souvent inconstants ou contaminés. Environ un tiers des foyers navajos ne disposent pas de plomberie intérieure, et doivent donc faire venir de l’eau et la stocker pour un usage ultérieur, y compris celle de Yazzie. Plus de cent ans après la création de la nation Navajo, les revendications tribales concernant les précieux droits sur l’eau n’ont toujours pas été finalisées. Les Navajos ont conclu un accord avec le
Metric Smith remplit un réservoir neuf de mille litres. Les bénéficiaires en seront propriétaires et responsables.
ENVIRON UN TIERS DES MÉNAGES NAVAJOS NE DISPOSENT PAS DE PLOMBERIE INTÉRIEURE. Nouveau-Mexique en 2010, mais les poursuites judiciaires continuent ; les négociations avec l’Utah et l’Arizona n’ont pas encore été inscrites dans la loi. Ainsi, alors que la réserve est bordée par l’énorme lac Powell, les Navajos ne sont pas autorisés à utiliser une partie de son eau. Et alors qu’une grande partie de l’Amérique rurale a bénéficié de projets d’eau massifs financés par l’État qui ont vu le jour dans le cadre du New Deal dans les années 1930, ces projets n’ont pas été retenus dans la réserve – ni d’ailleurs dans de nombreuses autres régions noires et brunes du pays. Ainsi, de nombreux habitants de la réserve sont obligés de forer des puits dans des aquifères en déclin ou de se fier à des transporteurs d’eau. Le projet Navajo Water de DigDeep a trouvé une solution créative au problème, en s’inspirant de certaines choses que les locaux faisaient déjà, et en les améliorant. Avant la pandémie, DigDeep aurait aidé un ménage comme les Dugi à obtenir une nouvelle citerne souterraine d’une capacité de 4 500 litres, reliée à la maison par des tuyaux en PVC et une pompe électrique à 30 dollars, comme celle utilisée dans les véhicules de loisirs. Il suffit d’appuyer sur un bouton pour avoir de l’eau courante. De façon permanente. L’ingrédient-clé, cependant, est intangible : la propriété
locale. Après son expérience en Afrique, McGraw a réalisé que le projet Navajo Water lui-même devait être détenu et géré par le peuple navajo. « Ce n’était évidemment pas idéal pour moi de venir, en tant que gay blanc, riche et cisgenre qui vit à Los Angeles, et de leur dire comment résoudre leur problème, expose McGraw. Nous avons commencé à embaucher sur la nation Navajo dans le but d’en faire une organisation indigène, dirigée par une personne indigène. Et cette personne était Emma Robbins. » Quelques semaines après avoir rencontré McGraw, Robbins et son concubin avaient déménagé à Los Angeles, et elle inaugurait un poste de directrice et de première employée à plein temps du tout jeune projet Navajo Water de DigDeep. À l’époque, Emma Robbins n’avait même pas de permis de conduire ; aujourd’hui, la jeune femme de 34 ans fait l’allerretour entre Los Angeles et la réserve dans un pick-up F150 qu’elle appelle le Truckasaurus, portant le slogan de DigDeep : « Chaque Américain mérite d’avoir accès à de l’eau courante propre. » Elle constate souvent qu’elle a des liens personnels avec les gens qu’elle sert, soit par le biais de sa famille, soit parce que beaucoup d’entre eux connaissent son père, un employé local de longue date du Bureau des affaires indiennes qui conseille les petits éleveurs sur les questions de pâturage. En collaboration avec les sections locales et les aides sanitaires de la communauté, Robbins et son équipe ont identifié les foyers dans le besoin et ont installé plus de 200 systèmes de citernes dans les foyers de la réserve, en commençant par le Nouveau-Mexique, puis en s’installant en Arizona et dans une partie de l’Utah. Les résidents sont propriétaires de leurs systèmes d’eau et responsables de leur entretien. L’eau est fournie par des « sections » locales, comme les organes de gouvernance locaux connus dans la réserve, pour un prix symbolique. « Nous ne faisons pas de travaux de secours, explique Emma Robbins, qui va à l’essentiel, discrètement. Nous faisons des projets d’accès à l’eau à long terme. » Mais la pandémie a frappé, et tout a été revu.
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otre journée dans ce monde des Navajos a commencé au champ de foire de Tuba City, où Smallcanyon et Chief étaient en train de charger leur remorque quand je suis arrivé à 9 heures du matin. En temps normal, ce site aurait dû être occupé par
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Dans la culture navajo, les moutons sont un symbole de prospérité, mais maintenir un troupeau hydraté et en bonne santé de nos jours est un sacré défi.
Alberta Yuzzie (à l’extrême gauche), Metric Smith et Kaitlin Harris font partie de la petite équipe du Navajo Water Project qui change la vie des familles de la réserve.
Pré-pandémie, le programme installait des citernes qui donnaient l’eau courante aux bénéficiaires, mais il a pivoté sur ce système de citernes pour minimiser les risques sanitaires.
semaines, ou peut-être tous les mois, jusqu’à la fin décembre. Après cela, ils devront fournir leur propre eau. Elle leur conseille de couvrir le réservoir avec une bâche, pour empêcher la croissance des algues, et de le rincer au moins une fois par mois. Ensuite, Smallcanyon met en marche une petite pompe à essence qui donne vie à la cuve et fait jaillir de l’eau pure et claire. Les visages des Dugi s’illuminent. Qui n’aime pas le bruit de l’eau courante ?
L les préparatifs de la foire annuelle des Navajos de l’Ouest, l’un des plus grands événements de l’année dans toute la réserve. Au lieu de cela, il a été transformé en un lieu de logistique pour diverses organisations d’aide aux populations. Dans un local, Robbins nous montre des tas de caisses de bouteilles d’eau Arrowhead, vestiges d’un énorme don de Nestlé du début de la pandémie, qui a obligé DigDeep à cesser d’installer ses systèmes d’eau. Il ne semblait plus sûr pour les plombiers et les techniciens de travailler chez les gens pendant des heures d’affilée. Dans le même temps, la pandémie n’avait fait qu’accroître les besoins en eau. « Le don d’une tonne de bouteilles d’eau par Nestlé fut le bienvenu, explique Robbins, mais il n’a pas résolu le problème sous-jacent : comment se laver les mains avec de l’eau embouteillée ? » DigDeep s’est positionné comme un astucieux bouche-trou : au lieu d’installer des systèmes d’eau dans les maisons des gens, comme ils le faisaient auparavant, ils ont placé des réservoirs d’eau temporaires à côté des maisons des Navajos. Des réservoirs en plastique de forme cubique logés dans des cages métalliques, une méthode déjà largement utilisée sur ce territoire. Ils contiennent mille litres, sont durables et faciles à empiler sur un camion. DigDeep a amélioré la conception existante, en ajoutant un robinet qui peut être 74
allumé et éteint, et en élevant le réservoir, pour faciliter le remplissage des seaux. Mille litres représentent moins de deux jours de consommation par l’Arizonien moyen, non navajo, mais cela devrait suffire pour l’instant. « Nous sommes en train d’apprendre énormément de choses », dit Robbins. Plus tard, au ranch du couple Dugi, Smallcanyon nivelle un carré de terre avec une pelle, et Chief, le plus grand, le plus fort et le moins expérimenté des deux, fait passer des parpaings et une plaque de contreplaqué du camion pour construire une petite plate-forme sur laquelle le réservoir pourra être posé. Ensemble, ils soulèvent le réservoir de la remorque et le mettent en place, puis ils font passer un gros tuyau bleu sur le dessus, en le vaporisant d’abord avec une solution d’eau de javel pour éviter la contamination. Yazzie présente au couple un accord à signer, qu’elle explique patiemment en navajo : le réservoir leur appartiendra, et ils seront responsables de son nettoyage et de son entretien. Il sera rempli par DigDeep toutes les deux ou trois
« LES VISAGES DES DUGI S’ILLUMINENT. QUI N’AIME PAS LE BRUIT DE L’EAU COURANTE ? »
es Dugi vivent dans un luxe relatif par rapport à certains des endroits que nous visitons ce jour-là. Leur maison est en dur, pas une caravane accidentée, ils ont des fenêtres intactes et une porte qui fonctionne -– et des moutons, bien sûr. La richesse des Navajos. Au fur et à mesure que la journée avance, nous voyons des situations bien pires. J’ai voyagé et fait des reportages en Afrique et en Amérique du Sud, mais j’ai rarement été témoin d’une pauvreté aussi désespérée que pendant les deux jours où j’ai suivi les équipes de DigDeep dans les coins les plus reculés de la réserve. Nous concevons souvent la pauvreté comme un manque d’argent, mais le manque d’eau représente un niveau de besoin bien plus profond. « Quand vous vivez sans eau, c’est un souci qui détermine, dit McGraw. Cela détermine la façon dont vous organisez votre journée. Vous vous réveillez en pensant : comment vais-je avoir assez d’eau pour moi et ma famille ? » De nombreuses personnes de la réserve, comme les Dugi (et même les Yazzie), ont des problèmes d’eau structurels à long terme. Ils vivent dans des endroits reculés où il n’y a pas beaucoup d’eau. Ou si elle est disponible, elle est chère : une famille peut dépenser près de 300 dollars par mois pour l’eau transportée, des douches façon camping et l’essence pour le camion-citerne, explique Shanna Yazzie. Les besoins dans la réserve sont énormes : rien que dans la petite communauté de Dilkon, en Arizona, il y a une liste d’attente de près de 200 foyers qui ont besoin d’un système d’approvisionnement en eau. DigDeep a réussi à en installer neuf avant l’arrêt dû à la pandémie. Pour d’autres personnes que nous rencontrons, leurs problèmes d’eau sont conjoncturels. Quelques mauvaises passes dans la vie, et leur accès à cette ressource vitale est soudainement mis en danger. C’est le cas de notre premier client aujourd’hui. Juste à la sortie de THE RED BULLETIN
« Quand vous vivez sans eau, c’est un souci qui détermine », dit George McGraw, le fondateur de DigDeep, l’organisme qui finance le Navajo Water Project.
Lily Dugi, qui a 80 ans, vit avec son mari dans un ranch de moutons isolé. Ils ont reçu peu de visiteurs depuis le début de la pandémie.
Tuba City, nous quittons la route principale pour nous rendre dans une petite cabane, d’environ 3 mètres sur 4, peinte en marron. Homer Bancroft en émerge, une queue de cheval grise serpentant sous une casquette bleu turquoise. Son pantalon est maintenu par une jolie ceinture en cuir avec une boucle argentée, mais sa situation est difficile. Sa caravane a été brûlée par un pyromane l’année dernière. Il a ensuite été blessé par un conducteur ivre lors d’un délit de fuite, qui a détruit sa voiture et l’a laissé pour mort. Il est allé rendre visite à ses enfants dans le sud de l’Utah pour récupérer, et maintenant il est de retour, 76
vivant dans cette cabane. D’autres proches s’occupent de lui. Bancroft me montre son tonneau d’eau en plastique bleu, à l’intérieur d’un hangar en contreplaqué à côté de sa maison. Un mur de la remise est adossé à une série de vieux appareils : un réfrigérateur, un lave-vaisselle et quelques cuisinières. Un ami livre de l’eau toutes les semaines environ. Un court chemin mène à une remise en bois d’apparence vieillie, face à l’autoroute. Maintenant que sa voiture n’est plus là, il se rend à pied sur la route pour faire du stop jusqu’à la ville, ce qui n’est guère sûr en cas de pandémie. Il peut survivre
sans sa voiture ou sans un lave-vaisselle en état de marche, mais pas sans eau. Pendant deux jours, en sillonnant la nation Navajo, je vois différentes facettes d’une certaine Amérique. Les Navajos qui travaillaient ou vivaient hors réserve sont retournés chez eux, vivant avec leurs parents et d’autres membres de la famille, et mettant à rude épreuve les ressources disponibles, liquides ou autres. Lionel Nebitsi travaillait dans une raffinerie près de Salt Lake City lorsqu’il a été diagnostiqué avec un cancer et est revenu à la maison ; aujourd’hui, il se sert d’un déambulateur, incapable de travailler, vulnérable au virus à cause de sa maladie sousTHE RED BULLETIN
« L’UNE DES PIRES CHOSES QUE L’ON PUISSE FAIRE À UN NAVAJO ? L’ÉLOIGNER DE SA TERRE. » Il fait une pause. « Tu veux un morceau de pain frit ? » La réserve elle-même reste en état de fermeture prolongée, ce qui rend presque impossible la recherche d’un emploi. Dans la ville de Kayenta, Arizona, près de Monument Valley, normalement un haut lieu pour les touristes du monde entier, je séjourne dans un hôtel de trois cents chambres avec peut-être une douzaine d’autres clients seulement. Tous les parcs tribaux et les sentiers sont fermés, et de nombreuses routes de terre en dehors des autoroutes principales sont bloquées par des panneaux annonçant : « FERMÉ. PAS DE VISITEURS. » Il n’a pas plu depuis deux mois. Les lavoirs et les lits de ruisseaux sont tous secs, et même le Little Colorado River est une tache boueuse. Le coronavirus a entravé les livraisons d’eau, et certaines personnes avec lesquelles je parle n’ont pas eu d’eau depuis des mois. Les animaux souffrent tout autant : sur le chemin du retour, nous croisons un cheval sauvage couché dans la terre au bord de la route, les hanches et la colonne vertébrale saillantes, haletant et mourant de soif. Nous continuons. Nous ne pouvons lui apporter aucune aide.
N jacente. À quelques kilomètres de là, Roy Hale avait fait du bon travail en installant des systèmes de plomberie et de climatisation dans les hôtels et les supermarchés Walmart du Sud-Ouest. « Mon patron n’aime pas embaucher des Blancs, seulement des Navajos, précise-t-il. Il dit que les Blancs fument trop. » Mais son patron ne l’a pas appelé au travail depuis six mois. Maintenant, il est retourné vivre avec sa mère et d’autres membres de sa famille dans leur ancienne ferme, près d’une petite butte cramoisie que les gens du coin appellent Red Rock. « J’ai travaillé dix-sept ans, me dit-il. Dix-sept putain d’années. » THE RED BULLETIN
otre dernier arrêt est une habitation ronde en bois au bout d’une autre longue route rocailleuse – un hogan, une maison navajo typique, modifiée et moderne, dit Yazzie. Un panneau collé sur la porte avertit : « LE PATIENT A UNE MALADIE RESPIRATOIRE. VEUILLEZ NE PAS ENTRER. MERCI. » Shanna Yazzie et Emma Robbins font le tour de la maison pour évaluer la situation. Il y a une citerne souterraine, mais son niveau d’eau semble bas. Elles décident d’installer la dernière citerne d’eau, au cas où. Smallcanyon et Chief se mettent au travail. Finalement, la porte s’ouvre et une vieille femme apparaît, portant un masque. Elle s’approche timidement, et Yazzie se dirige vers elle. Ils parlent, et il s’avère qu’elle connaît la famille de Yazzie. La porte s’ouvre à nouveau, et le mari émerge, se déplaçant lentement, serrant son déambulateur, courbé par l’âge, en direction des
toilettes extérieures. Ce sont les Netzsosie, Bessie et David. L’homme a récemment été à l’hôpital, explique-t-elle, d’où le panneau sur la porte. Leur fille vit dans une caravane voisine, mais elle est au travail maintenant. En se traînant, David s’installe lourdement sur une chaise, la tête en bas. Nous gardons nos distances alors que, d’une voix forte, Bessie commence à expliquer ce que nous faisons. Elle se met à pleurer. Le réservoir d’eau est la première bonne nouvelle qu’ils ont eue depuis des mois. Nous continuons de parler, et il s’avère que David a cent ans, ou presque, en tout cas. Les certificats de naissance ont tendance à être quelque peu vagues, et un agent du gouvernement a marqué son anniversaire comme étant le jour de Noël 1926, ce qui est probablement inventé. Ce qui est plus certain, c’est que David était un coureur dans sa jeunesse – les Navajos sont des coureurs de fond réputés, qui parcourent des dizaines de kilomètres sur ce terrain rude et sec. « Pas possible !, dit Yazzie. Mon grandpère était aussi un coureur. » Il s’avère qu’ils couraient ensemble, autrefois, avec des mocassins en cuir. David sourit à présent, il vit dans ses souvenirs. Tout comme Yazzie. Je repense à quelque chose que Robbins me disait : « Chaque fois que nous perdons un aîné, nous perdons une grande partie de notre culture. » Pendant que nous parlons, un cheval noir maigre s’agite, comme pour se joindre à la conversation. « Il s’appelle Sweetie Boy », nous dit Bessie, et il a quinze ans. D’après ce que l’on voit, il n’a plus beaucoup de temps à vivre : sa colonne vertébrale s’affaisse et ses côtes dépassent. Je m’éloigne, effrayé par son regard. Mais Robbins décide de passer à l’action. Elle retourne à son camion et prend une grande cruche d’eau Arrowhead, provenant du don de Nestlé. Elle la vide dans un seau en plastique blanc et la donne à Sweetie Boy, qui s’en délecte. En se frappant joyeusement les lèvres, il se retourne vers son corral. « La première question est souvent : pourquoi ne déménagent-ils pas ?, dira Robbins plus tard. S’ils devaient déménager, pourraient-ils avoir leur mode de vie traditionnel, et leur cheval ? Non, bien sûr que non. L’une des pires choses que l’on puisse faire à un Navajo est de l’éloigner de sa terre, après qu’il se soit tant battu pour elle. C’est comme mourir d’une autre façon. » L’eau leur permettra de rester ici, dans cette terre silencieuse, belle et sèche, au moins un peu plus longtemps. 77
ALPHATAURI.COM
PERSPECTIVES
WILLIAM COPESTAKE
WILLIAM COPESTAKE
Expériences et équipements pour une vie améliorée
LE KAYAK TRANQUILLE Îles Summer, au nord de l’Écosse
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PERSPECTIVES voyage
« Le plaisir du kayak de mer, c’est d’être dans l’eau plutôt que sur l’eau. Vous serez au plus près de la faune et de la flore. » Will Copestake, aventurier et guide
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moins de temps possible. C’est certes un moyen rapide de voir beaucoup de choses formidables et cela s’inscrit dans la vie active que beaucoup d’entre nous mènent. Mais les voyages rapides ont aussi d’énormes limites. Rares sont ceux qui prennent le temps de réellement découvrir les communautés locales, les paysages et les merveilles qu’ils survolent lorsqu’ils courent vers la prochaine attraction. En fait, le trajet importe autant que la destination. Plus tôt cette année, pendant le confinement, il était inspirant de voir tant de nos voisins découvrir les joyaux locaux qu’ils avaient jusqu’ici rarement explorés, encouragés par la nécessité d’explorer plus près de chez eux. C’est le dernier jour de notre aventure de plusieurs jours et, avant de partir, nous discutons de la façon de préparer un kayak, de charger le bateau également avec le poids centré sur la coque, de préparer plusieurs petits sacs plutôt qu’un seul grand, de garder les objets
WILLIAM COPESTAKE
I
l est six heures du matin et, à l’horizon, le soleil s’étend sur un panorama de montagnes déchiquetées et fait miroiter la mer. Je suis éveillé avant les autres participants qui commencent à remuer dans leurs sacs de couchage. Un matin d’été typique dans les îles Summer en Écosse : tout est calme, une brise légère amène une odeur de mer, le grondement régulier du ressac roule contre les falaises à proximité, les phoques chantent mélodieusement depuis les rochers. Depuis 2013, je poursuis des aventures autour du monde, à la fois personnelles et en tant que guide, tant pour des virées d’une durée d’un an qui incluent kayak, vélo et escalade à travers l’Écosse que pour des expéditions de mille kilomètres en kayak à travers la Patagonie. Mais je considère les îles Summer comme mon chez-moi. En tant que responsable de notre entreprise, Kayak Summer Isles, c’est à la fois mon boulot et mon plaisir d’encourager les gens à s’aventurer hors des sentiers battus et à marquer une pause. Nous fournissons la confiance et les compétences nécessaires afin de profiter de ce qui nous entoure tout en visitant des endroits reculés et en renouant avec la nature. Je passe la plupart de mes journées à enseigner puis à mener des groupes le long de voûtes naturelles, de grottes, de falaises et de plages de sable sauvages au milieu de paysages à couper le souffle. C’est une pratique qui va de pair avec le concept croissant de « tourisme doux », la contrepartie de la liste d’endroits à visiter que l’on raye au fur et à mesure. L’industrie du voyage est actuellement animée par une volonté, en partie alimentée par les médias sociaux, d’accumuler le plus d’expériences possible tout en prenant le
L’écrivain Will Copestake connaît les îles Summer comme sa poche. THE RED BULLETIN
PERSPECTIVES voyage
Comment s’y rendre L’archipel compte environ vingt îles, rochers et îlots et se trouve au large de la côte nord-ouest des Highlands écossais. On peut y accéder par bateau depuis le port d’Achiltibuie, qui se trouve à un peu moins de 2 h 30 de voiture d’Inverness.
Le kayak de mer au milieu des paysages pittoresques des îles d’Été est l’antithèse du « voyage rapide ».
Les couchers de soleil impressionnants sont monnaie courante dans cette partie du pays. THE RED BULLETIN
métalliques loin du compas du pont. Nous terminons en comblant les espaces restants avec les détritus ramassés sur le bord de mer, un flux infini de plastique en provenance des océans charrié par les vagues, ce qui suscite une discussion sur l’impact de l’humain sur ces zones sauvages et sur la façon dont nous laissons notre empreinte partout où nous voyageons. Nous avons déjà fait en sorte d’éliminer les traces de nos tentes et de nos sacs de déchets mais il reste encore quelques traces de pas. En tant qu’entreprise, nous ne reviendrons plus sur ce site pendant quelques mois afin de permettre une régénération entre nos visites. Une vague déferle sur la proue alors que je pousse mon kayak depuis le rivage 81
PERSPECTIVES voyage TRAPPE ARRIÈRE Nourriture, sac de couchage, tapis de sol, piquets de tente, set de cuisine (casserole, couverts, bol et tasse).
La formule : bien répartir son approvisionnement.
Poids léger
TRAPPE DE PONT Trousse médicale, sac d’hypothermie, sac bothy, kit de réparation d’urgence, thermos, bâche, réchaud et gaz.
Poids moyen
avec un murmure d’algues sous ma coque. L’eau fraîche me saisit la main alors que je plonge ma pagaie pour le premier coup d’une nouvelle journée qui s’annonce. Un phoque fait surface derrière moi alors qu’il nous escorte hors du camp. Le plaisir du kayak de mer, c’est d’être dans l’eau plutôt que sur l’eau. Vous êtes au plus près de la faune et de la flore, ce qu’il est difficile de faire depuis un autre bateau. Ce lien éveille l’attention puis, par la suite, naît un sentiment de responsabilité face à l’environnement dont nous profitons. Lorsque je travaillais en Patagonie pendant mes saisons d’hiver, j’admirais l’approche chilienne de la gestion du tourisme d’aventure durable qui, tout comme le nord de l’Écosse, a connu une croissance exponentielle plus rapide que les infrastructures nécessaires pour l’assurer. Flux, friction, rythme : ralentir le flux, réduire la friction, prévoir le rythme. Encourager les visiteurs à une journée d’aventure en kayak ou en randonnée les siphonne vers une zone plus importante et ralentit le flux en provenance de la voie principale. Là où il existe des attractions plus fréquentées, les frictions sont gérées par des installations et des infrastructures. Comprendre les rythmes des boums de l’été et du calme hivernal permet d’adapter et de récupérer. Les oiseaux marins s’envolent des falaises voisines dans un claquement d’ailes, apportant une odeur de guano frais qui me pique le nez. Mon sens 82
Poids moyen à lourd
TRAPPE AVANT Nourriture, vêtements de rechange, bottes, toile de tente (aucun objet métallique n’est autorisé sous le pont).
Poids moyen à lourd
Poids moyen
olfactif n’est pas meilleur après quelques nuits loin du luxe de la maison mais avec ce petit sacrifice vient une régénération de l’énergie qui se transmet à l’âme comme la houle transmet la vie à l’océan. La relation entre l’environnement et nous, en tant que pagayeurs, se développe sur l’eau. Lorsque nous rentrerons chez nous, rafraîchis par une évasion authentique, nous aurons une nouvelle histoire à raconter au moment du café du lendemain matin.
Will Copestake est un aventurier, photographe et guide et mène des expéditions en plein air en Écosse et en Patagonie. Suivez-le sur willcopestakemedia.com ; et apprenez comment voyager avec lui sur kayaksummerisles.com
Poids léger
Nouveau rythme Embrassez le slow travel. EXPLOREZ LE LOCH BROOM ET LES ÎLES SUMMER Les villes voisines d’Ullapool et d’Achiltibuie constituent le point de départ idéal pour découvrir certains des endroits sauvages, un géoparc de l’UNESCO et un centre d’arts et de musique traditionnels. L’AVENTURE DANS LES CAIRNGORMS Tout au long de l’année, ski en hiver et randos à n’en plus finir en été. Les activités s’adressent aux débutants et aux experts, de la montagne aux sports nautiques. LES CÔTES DES CORNOUAILLES Les côtes et des plages magnifiques et des centaines de sentiers côtiers à explorer, il y a quelque chose en Cornouailles pour chaque intérêt. Installez-vous dans l’une des nombreuses communautés locales et découvrez la culture, les arts et la musique, ainsi que les promenades et les baignades qui y sont offertes. KAYAK SUR LE LAC TYNDALL EN PATAGONIE Sans doute l’une des excursions les plus sauvages que l’on puisse faire en kayak sur la planète. Il ne faudra pas ménager les efforts dans cette nature sauvage mais vous aurez les icebergs et les glaciers pour récompense. Vous ne verrez personne d’autre que le guide pour la majeure partie de ce voyage. kayakenpatagonia.com
En faisant du kayak en Patagonie, vous aurez des glaciers et des icebergs entiers pour vous.
DÉCOUVREZ REYKJAVÍK La capitale islandaise est une base d’activités fantastiques. Pour faire du snowboard dans les montagnes, se ressourcer dans un bain de boue ou apprendre à tricoter un pull pour un arbre (hé oui, cela existe), c’est un centre d’aventures méconnu. THE RED BULLETIN
WILLIAM COPESTAKE
Chargé, le kayak !
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PERSPECTIVES gaming MANETTES DE JEU
Gardez la main En 1972, la première console de jeu commerciale, la Magnavox Odyssey, arrive sur le marché. Sa manette, un boîtier à trois boutons rotatifs, est une révolution. Les contrôleurs de jeux ont fait beaucoup de chemin depuis. Avec la sortie de la PlayStation 5 et de la Xbox Series X/S, trois experts examinent comment les manettes ont changé notre façon de jouer...
PLAYSTATION, 1994
« La première manette de PlayStation est une icône à part entière, déclare Tailby. Les boutons triangle, cercle, X et carré sont restés à chaque version. »
DUALSHOCK 2, 2000
Sortie avec la PlayStation 2. « Deux baguettes facilitent la navigation dans les jeux en 3D, et la vibration rend l’action plus percutante. »
DUALSHOCK 3, 2008
« Avec la PS3 en 2006, Sony sort un contrôleur de mouvement sans fil, sans grand succès, mais revient finalement aux vibrations. »
DUALSHOCK 4, 2013
De plus grandes poignées, une surface tactile et un bouton pour partager vos moments de jeu. « Sans hésitation, la meilleure manette de Sony à l’époque. »
DUALSENSE, 2020
SONY COMPUTER ENTERTAINMENT INC, MICROSOFT
« La manette de la PlayStation 5 est la plus grande nouveauté de la série. Elle délivre des vibrations plus nuancées grâce à la rétroaction haptique. »
PLAYSTATION
« J’ai grandi avec la manette DualShock, raconte Stephen Tailby, rédacteur en chef adjoint du site de jeux PS Push Square (pushsquare.com). Les poignées ergonomiques, qui ont donné à l’appareil une silhouette unique, ont depuis lors influencé la conception de la manette. » Toutefois, Tailby pense que la manette DualSense, qui fait ses débuts avec la PlayStation 5, va transformer l’expérience de jeu. « La rétroaction haptique et les déclencheurs L2 et R2 adaptatifs rendent la pression plus facile ou plus difficile en fonction de ce qui se passe dans le jeu, et devraient améliorer l’immersion de manière tactile. Mais les fondamentaux restent intacts : l’ADN de la première manette de Sony existe dans tous ses successeurs. » playstation.com 84
THE RED BULLETIN
PERSPECTIVES gaming
XBOX, 2001
La manette originale. « Un modèle plus compact est sorti peu de temps après, dit Gilbert. Mais les fans sont restés nostalgiques de la première. »
XBOX 360, 2005
« Le design est modernisé, des boutons sont ajoutés ainsi qu’un port pour casque et accessoires. Elle est nettement plus confortable à utiliser. »
XBOX ONE, 2013
« La manette de la Xbox 360 est si populaire qu’il n’est pas nécessaire de procéder à des changements radicaux. »
XBOX SERIES X/S, 2020
« Ergonomie améliorée, latence d’entrée réduite, nouveau design de la croix directionnelle : elle est aussi compatible avec Windows 10 et Android. »
XBOX « La manette d’origine n’a pas eu la meilleure réception en 2001, explique Fraser Gilbert, rédacteur
en chef du site de jeux Xbox Pure Xbox (purexbox.com). Elle était très volumineuse, mais elle a posé les bases de ce que nous attendons aujourd’hui dans la disposition des boutons, le placement des manettes analogiques et la conception des gâchettes. » Microsoft a adapté sa nouvelle manette à la taille de la main d’un enfant de huit ans après avoir constaté qu’elle fonctionnait aussi bien dans des mains plus petites que dans des mains plus grandes. « C’est une évolution plutôt qu’une révolution. La popularité de chaque version témoigne de la manière dont l’entreprise a perfectionné son contrôleur au cours des vingt dernières années. » THE RED BULLETIN
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PERSPECTIVES gaming
RAZER BOOMSLANG, 1999
RAZER DIAMONDBACK, 2004
La première souris de jeu mécanique. « Avant cela, les souris avaient une sensibilité de 1 000 DPI. » En 2000 sort une version à 2 000 DPI.
RAZER NAGA CHROMA , 2014 Une sensibilité optique de 8 200 DPI, avec des boutons que les joueurs peuvent associer à des actions de jeu.
C’est la deuxième souris à capteur optique de Razer. « Elle est plus précise et plus fiable que la précédente », déclare Jennings.
RAZER MAMBA, 2015
Une sensibilité optique de 16 000 DPI qui permet aux joueurs d’ajuster la force des clics de leurs doigts.
RAZER DEATHADDER, 2020
Les souris sans fil peuvent souffrir de latence, et peuvent changer de fréquence pour une connexion rapide.
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THE RED BULLETIN
RAZER
LA SOURIS DE JEU
Il est difficile de se souvenir de l’époque où les jeux se jouaient avec une souris de bureau mécanique, comme lors du lancement de Boomslang. « Elle est née de la nécessité, dit le journaliste Mike Jennings (mike-jennings.net), qui a écrit pour Tech Radar, Wired, Custom PC, etc. Comme les jeux PC devenaient plus complexes, il fallait plus de boutons et une plus grande précision. » Depuis, les souris de jeu se sont diversifiées. « Les boutons supplémentaires de Naga sont parfaits pour les jeux en ligne multijoueurs ; la sensibilité améliorée de Mamba pour les tireurs nerveux et rapides. Les exigences des joueurs ont conduit à l’innovation. Ces souris de jeu excellent là où les souris de bureau sont défaillantes. »
PERSPECTIVES gaming JOUER AUTREMENT
Si ça marche avec les gamers, c’est gagné avec les autres
Changer la donne
« C’est cool de voir d’autres utilisateurs que des gamers opter pour nos produits. Nous avons des professionnels de la santé qui les utilisent pour leur précision, j’ai vu un programme spatial qui utilisait nos tapis de souris à la télé. Nous avons aussi reçu des demandes de l’industrie financière : ”Nos traders utilisent des souris et des claviers Razer. Pouvez-vous faire des produits pour le bureau ?” Nous n’allons pas vers le client ; c’est le client qui vient à nous. »
La nécessité d’un gamer d’aller de l’avant a bouleversé les codes. Min-Liang Tan joue présentement à Fall Guys: Ultimate Knockout, un jeu multijoueur qui a pris le monde d’assaut. Son avantage ? Le matériel avec lequel il joue a été conçu par lui et réalisé par Razer, sa société de jeux. Cette entreprise lui vaut de figurer parmi les quarante personnes les plus puissantes dans le monde du jeu vidéo en 2012. Cinq ans plus tard, à 40 ans, il est le plus jeune milliardaire parti de rien de Singapour. Et pourtant, le succès de cet ancien avocat n’est né que du simple désir d’être un meilleur joueur. « Tout ce que je voulais, c’était une meilleure souris. Alors on en a construit une. » C’était en 1999, et le résultat a été la Boomslang, la première souris au monde dédiée au jeu. Aujourd’hui, Razer fabrique des ordis portables, des casques et des smartphones. On voue à la firme un culte de la personnalité. « Nous recevons des milliers de photos de gens qui se sont fait tatouer le logo de Razer, dit Tan. Quelqu’un s’est même fait tatouer mon visage. » Pour Tan cependant, la réussite de l’entreprise compte moins que la communauté. « Je ne me suis jamais considéré comme un PDG, dit-il. Je suis un gamer. Et je cherche l’avantage qui me fera gagner. »
RAZER
TOM GUISE
J’ai appris à me fier à mon instinct
« Nous n’avons pas cherché à gagner beaucoup d’argent avec le Boomslang. Je me disais que comme j’en avais besoin, j’étais sûr que d’autres en auraient besoin aussi. Quand nous avons redessiné THE RED BULLETIN
L’excellence est toujours demandée
Min-Liang Tan, 43 ans : gamer, milliardaire et zombie (dans le film dérivé du jeu Dead Rising : Watchtower).
l’ordi portable destiné au jeu afin qu’il soit super fin, les réactions furent très négatives : “Ce n’est pas ce que veulent les gamers ; ils veulent quelque chose de massif et de solide.” Mais nous avons persévéré dans notre idée en faisant appel à des ingénieurs thermiques. Maintenant, la plupart des portables de gaming sont fins et puissants. »
faisons des réunions pour décider combien de millimètres de lumières nous allons mettre dans l’escalier de notre nouveau bâtiment : il fait quatre étages et nous faisons plusieurs modèles pour obtenir l’intensité lumineuse parfaite. »
Une mauvaise idée est une bonne idée mal exécutée
« Nous avons été les premiers à choisir le noir mat qui est devenu la couleur des gamers. Nous avons ensuite ajouté des LEDs en commençant par une seule couleur puis un éclairage RGB. Créer avec des lumières est incroyablement difficile : si vous en utilisez trop peu, ça ne sert à rien ; trop et c’est criard. Nous
Le Razer BlackShark V2 Pro, un casque de jeu sans fil à la pointe de la technologie.
« Récemment, je me suis fait une hernie discale. Des tas de gamers m’ont dit qu’ils avaient eu le même problème parce qu’ils jouaient trop. J’ai convoqué mon chef ingénieur et lui ai demandé ce qu’il comptait faire. Il m’a répondu qu’on devrait s’adresser à un chirurgien orthopédique, pour concevoir quelque chose car la demande sera forte pour la solution à ce problème apparemment courant. »
Parfois, je ferais mieux de me taire
« Un gamer tenait absolument à avoir un grille-pain Razer. Je lui ai lancé un défi : “si vous récoltez un million de likes, je le fais.” Je me renseignais de temps en temps. Un autre m’a dit qu’il allait se faire tatouer un grille-pain Razer. J’ai eu la bêtise de lui lancer un défi similaire au précédent : “Trouvez dix personnes qui se tatouent avec vous, je le fais.” Aujourd’hui, ils sont quinze à porter le tattoo. J’ai promis de le faire… mais je n’ai pas dit quand ! Nous avons réalisé quelques prototypes préliminaires, mais ce n’est pas encore ça. Je travaille donc toujours làdessus. Ce sera un pur grille-pain de compète ! »
razer.com 87
PERSPECTIVES au programme déjà disponible ENTRETIEN AVEC CHARLI XCX
Ces chiffres font référence aux hauteurs du Grand Paradis et du Cervin, deux sommets des Alpes que l’ultrarunner Fernanda Maciel a atteint en un jour (le 20 août 2020), le premier lui faisant gagner le titre féminin du Fastest Known Time (FKT). L’exploit est d’autant plus remarquable que la colocataire de la Brésilienne de 40 ans a perdu la vie sur le Cervin un an plus tôt et que Maciel a eu les yeux gelés lors de sa tentative d’ascension deux ans auparavant. Un jour seulement après son ascension, 25 grimpeurs étaient coincés dans un glissement de terrain. Un film exaltant sur le dépassement des limites physiques et la victoire sur ses démons personnels. redbull.com
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Pour Charli XCX, comme pour le reste du monde, l’année 2020 ne s’est pas déroulée comme prévu. Ayant dû reporter des projets, la pop star anglaise a décidé d’enregistrer un album de confinement, How I’m Feeling Now, qu’elle a annoncé sur Zoom en avril et qui a été salué par la critique un mois plus tard. Avant que la distanciation sociale n’entre en vigueur, elle a donné une interview au journaliste Wilbert L. Cooper, en public et en direct au Hammer Museum de Los Angeles. A Conversation with Charli XCX, une discussion ouverte sur le travail et la carrière de la musicienne. redbull.com
déjà disponible PUSHING PROGRESSION : RED BULL STREET STYLE La scène du foot freestyle a explosé ces dix dernières années, passant de l’art de la performance au sport pro et culminant avec la finale mondiale du Red Bull Street Style (le 14 nov.). Mêlant acrobaties, danse et contrôle de balle éblouissant, le Street Style est une forme d’expression pour ses adeptes. Ce film examine l’évolution de la scène, de la rue au stade en passant par Internet, pour découvrir ce qu’il faut pour être le ou la meilleur(e), comme Mélanie Donchet (photo). redbull.com 88
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HORS DU COMMUN Retrouvez votre prochain numéro le 28 janvier avec et le 4 février avec dans une sélection de points de vente et en abonnement. LITTLE SHAO / RED BULL CONTENT POOL
PERSPECTIVES montres
Le facteur temps Retour vers le futur ? Les grandes marques horlogères remettent l’esprit pionnier au goût du jour. Des montres destinées aux aventuriers, artistes, agents secrets, aviateurs, astronautes et… tous les autres. Texte WOLFGANG WIESER
JEU DE LIGNES Un chef-d’œuvre de précision : 45 mm de diamètre et un amour du détail superbement assumé.
COMME UN TATOUAGE
Lignes éternelles Hublot Big Bang Unico Sang Bleu II Psychologue, graphiste et tatoueur : Maxime Plescia-Büchi est un véritable touche-à-tout, et sa collaboration avec Hublot particulièrement réussie. Pour preuve, cette version « en 3D » de la Sang Bleu, avec un design géométrique tout en relief. Hublot semble nous rappeler que l’art de maîtriser le temps, c’est avant tout… de l’art. hublot.com
PERSPECTIVES montres
COSMOPOLITE DROIT DE REGARD MIDO COMMANDER GRADIENT Son cadran transparent permet à la Mido Commander Gradient d’afficher sans complexe la beauté de sa mécanique interne. Original, le cadran s’assombrit sur les bords, ce qui confère à la montre un côté mystérieux… tout en faisant apparaître la date en clair, grâce au contraste. midowatches.com
Globe-trotteuse Carl F. Bucherer Manero Flyback Depuis sa fondation en 1888, la maison Bucherer a toujours mis son savoirfaire au service des aviateurs et des aventuriers. C’est cette passion du voyage qui a inspiré le joli bleu de la Manero. Autre atout apprécié des pilotes : la fonction Flyback (trad. retour en vol), qui permet d’enregistrer plusieurs laps de temps sans manipulation. carl-f-bucherer.com
TOUR DE FORCE
SOUVENIR
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Petit bijou de légèreté et de solidité, la nouvelle venue dans la gamme Luminor ne pèse que 96 g : fidèle à l’esprit d’innovation de la maison italienne, la Marina est conçue dans un matériau de haute technologie ultra-résistant, le Carbotech, qui résulte de la compression de fibres de carbone. panerai.com
Août 2019 : une montre, un avion de légende et un tour du monde. 43 000 km parcourus en quatre mois par les pilotes Steve Boultbee Brooks et Matt Jones, à bord d’un Silver Spitfire de l’année 1943. Pour commémorer l’événement, IWC a sorti sa Big Date Spitfire, une édition limitée à 500 exemplaires. iwc.com
Tissot poursuit dans l’innovation avec une montre qui se connecte via Bluetooth à tous les téléphones portables (iOS, Android, Harmony) grâce à un système d’exploitation baptisé SwALPS. Les affichages classiques (calendrier perpétuel, météo, altimètre, etc.) sont disponibles hors connexion. tissotwatches.com
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PERSPECTIVES montres
LOOK VINTAGE
Le retour du marin Rado Captain Cook Elle fait son grand retour, 58 ans après sa première « mise à l’eau », la montre de plongée qui porte le nom du célèbre navigateur anglais Thomas Cook. Cette fois-ci en version automatique avec un joli bracelet en titane et acier, elle conserve son diamètre de 42 mm et son charme d’antan. Pour faire honneur à son nom, elle est évidemment taillée pour les profondeurs marines, avec une étanchéité à 30 bar. rado.ch
ESPRIT PIONNIER LONGINES SPIRIT Que ses montres ornèrent le poignet de légendes comme Amelia Earhart, Paul-Émile Victor ou Howard Hughes prouve que Longines est une marque faite pour les aventuriers. C’est cet esprit de conquérant qui est célébré dans la toute nouvelle collection Spirit. longines.ch
BAROUDEUSE
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Opération camouflage réussie pour la I.N.O.X. Carbon LE, qui exhibe avec fierté le logo mythique de son fabricant. La marque persiste et signe dans son amour des détails pratiques : les chiffres du cadran Super-LumiNova brillent dans le noir et son bracelet est fabriqué en cordelette de survie. victorinox.com
La marque G-Shock équipe les militaires britanniques, en service et hors service, dans le monde entier. Conçue en étroite collaboration avec la Royal Air Force, cette G-Shock Gravitymaster a été étudiée pour s’adapter aux environnements les plus difficiles des pilotes. g-shock.eu
Elle fut la première montre à affichage digital au monde. Cinquante ans après sa création, alors que la marque Hamilton ressort son modèle fétiche, on comprend l’engouement qu’elle a suscité à l’époque, y compris chez des stars hors du commun comme Elton John. hamiltonwatch.com
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ICONIQUE
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PERSPECTIVES montres
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EN MOUVEMENT
Un temps très fort Oris Aquis Date Calibre 400 Entièrement conçue par les ingénieurs hautement qualifiés de la société horlogère suisse indépendante Oris, l’Aquis Date Calibre 400 (nouvelle référence en matière d’horlogerie mécanique) est la première montre dotée du mouvement automatique révolutionnaire d’Oris. Il offre à ce modèle de plongée une réserve de marche de cinq jours et une forte résistance antimagnétique. oris.ch
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SUR LA VAGUE L’Instinct Solar Surf Edition offre des données de marée et un profil d’activité surf, pour une pratique optimisée.
PERFORMANCE
Du genre physique Garmin Instinct Solar Surf Cette gamme de montres GPS connectées de Garmin, dotées de la technologie Power Glass, offre une autonomie généreuse dans les modes smartwatch et expédition. Fréquence cardiaque, niveau de stress, analyse du sommeil et profils d’activités sportives préchargés… votre corps appréciera ses fonctionnalités et sa compagnie. garmin.com
PERSPECTIVES montres
UNDERCOVER PARTENAIRE FIABLE CERTINA DS SUPER PH500M
Celle de 007
Ce modèle se rapporte à son prédécesseur de 1969 qui a accompagné l’expédition subaquatique Tektite : quatre scientifiques ont vécu deux mois dans un caisson immergé. La Certina fit ses preuves. Aujourd’hui, elle reste une marque très appréciée des plongeurs (étanchéité : 50 bar). certina.com
Omega Seamaster Diver 300M On le sait : pour James Bond, une montre est bien plus qu’une simple montre. Rien d’étonnant, donc, à ce que l’agent 007 alias Daniel Craig ait lui-même participé au design de sa montre, pour l’opus 25 Mourir peut attendre. « Le résultat est magnifique », paraît-il. Ce dont elle est capable ? Réponse prochainement, sur les écrans. omega.com
INNOVANTE
ASTRONAUTE
BLANCPAIN FIFTY FATHOMS
RAKETA BAÏKONOUR
SWATCH
Dans les années 60, Blancpain était le fournisseur de la Marine américaine. Les bracelets de la collection Fifty Fathoms sont fabriqués dans un titane nouvellement breveté, gage de fiabilité et de nouveauté, car les vis ne sont pas sur les côtés, mais au dos du boîtier. blancpain.com
803 jours dans l’espace : un record établi par le cosmonaute russe Sergueï Krikalev. La manufacture Raketa a pensé à lui en mettant au point une montre faite pour la vie spatiale, avec un cadran 24 heures permettant de distinguer le jour et la nuit, et un mécanisme automatique de grande fiabilité. La classe. raketa.com
“Don’t be too late!” Cette montre ne vous dit pas simplement l’heure qu’il est, elle vous délivre aussi d’importants messages, à prendre au sérieux… ou pas ! Sont également disponibles les versions “Tell me more”, “Call to action” et “Same same but different”. Qu’on se le dise ! swatch.com
THE RED BULLETIN
MESSAGÈRE
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MENTIONS LÉGALES Rédacteur en chef Alexander Müller-Macheck Rédacteur en chef adjoint Andreas Rottenschlager Directeur créatif Erik Turek Directeurs artistiques Kasimir Reimann (DC adjoint), Miles English, Tara Thompson
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The Red Bulletin est actuellement distribué dans six pays. La Une de l’édition américaine met les stars de la WNBA Natasha Cloud et Renee Montgomery à l’honneur. Le plein d’histoires hors du commun sur redbulletin.com
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Pour finir en beauté.
L’incroyable remontada
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En aéronautique, une ressource est une manœuvre de redressement de l’avion à la suite d’un piqué : un changement vertical de trajectoire. C’est également applicable à la wingsuit, notamment grâce à Fred Fugen et Vince Reffet, un duo français d’hommes volants : les Soul Flyers. Cette photo issue de leur récente vidéo montre Vince en ressource, après un piqué à 270 km/h sur le phare de la Coubre de La Tremblade (Charente-Maritime). À voir sur redbull.com
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