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The Red Bulletin FR 11/21

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FRANCE NOVEMBRE 2021

HORS DU COMMUN

Votre magazine offert chaque mois avec

VERTIGINEUX

Le pro de la slackline Caio Afeto en équilibre dans le ciel brésilien.

PRENEZ DE ­L A HAUTEUR

Un tour du monde en dix aventures


Éditorial

AU BOUT DU TUNNEL... … pour le pilote d’avion de voltige Dario Costa, un incroyable exploit. Et au bout de la slackline ? Celle de Caio Afeto, en couverture de ce numéro : un symbole d’espoir et de liberté. Au bout de quatre décennies à évoluer dans un circuit presque fermé, essentiellement composé de puristes, voici les phares de l’olympisme pour la culture break née dans le chaudron du Bronx. Et au bout d’une discussion, d’une prise de conscience, d’une remise en question, la victoire, peut-être, pour les virtuoses du jeu vidéo de G2, auprès de leur coach allemand Fabian « GrabbZ » Lohmann. Au bout de quelque chose, à chacun sa finalité ou sa suite, pour du meilleur, du différent, un exploit, ou juste « passer à autre chose ». Serions-nous en train d’y arriver, enfin, après ces mois pandémiques ? Une chose est sûre : en faisant du sur place, on n’arrive nulle part.

CONTRIBUTEURS NOS ÉQUIPIERS

LEE NXUMALO

La journaliste basée à Johan­ nesbourg s’est rendue au ­Lesotho, en Afrique du Sud, pour interviewer la pilote de pump track Khothalang Leuta, mais ce déplacement ne s’est pas fait sans difficultés. « Le plus difficile a été de planifier le voyage au Lesotho face aux changements constants des restrictions de la COVID. J’ai dû courir dans tous les sens comme un poulet sans tête, mais j’ai pu rencontrer des per­ sonnes solides et gentilles », explique-t-elle. Page 52

Belle lecture ! Votre Rédaction

KEITH LADZINSKI (COUVERTURE), EROS MAGGI/RED BULL CONTENT POOL

JEFF WEISS

« J’ai aimé retracer les liens entre le break et le hip-hop, déclare l’auteur de notre enquête sur le breaking de compétition, dont l’origine pourrait bien être le fameux Lords of the Floor. Ces deux entités ­artistiques restent entre­lacées, chaque géné­ ration ré-imaginant ce qui peut être fait. » Jeff Weiss a fondé le magazine theLAnd et a écrit pour GQ et le Washington Post. Page 66

Dario Costa est le genre de type qui se dit qu’il serait sympathique de prendre son avion pour traverser deux tunnels turcs à fond (idée géniale autant qu’effrayante). Et le fait. THE RED BULLETIN

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CONTENUS novembre 2021

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ALI BHARMAL/RED BULL CONTENT POOL, TYRONE BRADLEY/RED BULL CONTENT POOL, SAMO VIDIC/RED BULL CONTENT POOL

Le bon move : aux origines du break de compétition.

8 Galerie : votre dose mensuelle

de folie photographique 12 L’association qui soutient les femmes dans l’univers esport 14 Les découpages de Rudy changent le monde 16 Pourquoi l’isolement de Cecilia Blomdahl nous fait du bien 18 La playlist très angoissante du compositeur Danny Elfman 20 Ashibah : talent multiple 22 L’art pour tous selon Salomé Partouche 24 Giles a perdu ses membres, mais pas le goût de la vie 4

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Quand Khothalang entre en piste et se révèle au monde. THE RED BULLETIN


40 Cette pirouette n’est pas du tout sensationnelle.

26 H aut les murs

60 L’aura de Fabian

40 L a voie est libre

66 L e grand tournoi

Dix performances en ascension capturées autour du globe par le photographe Keith Ladzinski 43 secondes, une éternité, pour un pilote qui entre dans l’Histoire en sortant d’un tunnel

52 L a course de sa vie

Si on vous disait que le futur du pumptrack venait du Lesotho et était une femme. Et qu’en fait, c’était vrai…

THE RED BULLETIN

Ce que l’on peut apprendre de l’esport avec l’un des meilleurs coaches au monde

Une approche de la culture break à travers l’évolution de ses compétitions majeures

79 Voyage : laissez-vous tenter par

une session de ski en Suisse, à l’ombre du mythique Cervin 84 Réussite : à 40 ans, la légende du VTT Greg Minnaar pète ­encore les scores. Comment ? 85 Agenda : sur Red Bull TV ou IRL, ce qu’il ne faut pas manquer 88 Into the Wild : et le week-end camping devient branché 96 Ils et elles font The Red Bulletin 98 Photo finale : un coup d’œil dans le rétro du break

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PATAGONIE, CHILI

Tout en souplesse Traverser la jungle, trimbaler un lourd kayak, prendre une photo, descendre une chute d’eau, vérifier que le matos n’a pas été endommagé, prendre une photo, escalader un mur de granit, prendre une photo, se jeter d’une corniche glissante, prendre une photo... Le multitasking est déjà un défi dans un environnement familier, alors que dire de cette expédition en Patagonie avec les stars du kayak Nouria Newman et Ben Stookesberry ? Erik Boomer a bien rodé sa capacité à passer du mode photographe au mode athlète. Instagram : @eboomer Scannez ce QR code pour voir l’équipe en pleine action sur les rivières les plus rudes de Patagonie. Une première !


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ERIK BOOMER/RED BULL CONTENT POOL

DAVYDD CHONG


LOFOTEN, NORVÈGE

Le surfeur de minuit La nature ne se laisse pas mettre en scène. Alors quand Emil Sollie a voulu capturer le combo parfait vague, ciel clair et aurore boréale, il a dû faire preuve de patience. « Vers minuit, au bout de trois jours, j’ai pu commencer à enclencher mon appareil, raconte le photographe norvégien. À moitié endormi, le surfeur australien Mick Fanning a enfilé une combinaison de plongée et s’est précipité dans l’eau, en hurlant de joie. » Ce cliché a valu à Sollie une place en finale du concours Red Bull ­Illume. emilsollie.com


DAVYDD CHONG

LANYU, TAÏWAN

EMIL SOLLIE/RED BULL ILLUME, WANG WEI CHIH/RED BULL ILLUME

Un bain de lumière L’île des Orchidées, ou Lanyu, est un spectaculaire affleurement de roches volcaniques de 48 km² dont les falaises escarpées plongent dans la mer des Philippines. Ce qui en fait un tremplin idéal pour l’apnéiste Ding Zi Xiang, immortalisé par Wang Wei Chih. Le photographe taïwanais qualifie son travail de « dialogue entre l’âme et la nature ». Ce qui explique l’ambiance mystique de cette image, elle aussi finaliste du concours Red Bull Illume. redbullillume.com

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PARIS, FRANCE

Capitale du skate Les spots iconiques de Paris recréés au Trocadéro, face à la Tour Eiffel. Telle fut l’architecture du Red Bull Paris Conquest, contest de skateboard installé de façon éphémère au cœur du mois d’août, où le gratin mondial s’est affronté jusqu’à des finales en mode battle qui resteront dans l’Histoire : Aurélien Giraud, TJ Rogers et Trevor McClung, mais aussi la Brésilienne Letícia Bufoni (gagnante en féminine, ici photographiée par Teddy Morellec), que Neymar, du PSG, est venu encourager lors des qualifications. Mémorable ! Instagram : @teddymorellec


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TEDDY MORELLEC/RED BULL CONTENT POOL


Joueuse compétitive depuis son adolescence, Velouria « Viki » ne s’imaginait pas avoir une place dans l’esport. Mais aujourd’hui, elle y est parvenue et veut ouvrir la voie à d’autres femmes. En 2019, la joueuse chinoise Xiaomeng « VKLiooon » Li écrit l’Histoire : elle devient la première femme à soulever le trophée du championnat du monde sur Hearthstone. Son parcours fait office de référence, car les compétitrices sont rares et les championnes rarissimes : selon l’association France Esports, les femmes ne représentent que 6 % des amateurs d’esport, contre 53 % de joueuses grand public. Le milieu a pourtant tout à gagner à être plus diversifié, d’où la nécessité d’initiatives pour les soutenir. L’association Women in Games France, qui promeut la diversité dans l’industrie 12

La joueuse française Viki (en haut) et la Chinoise VKLiooon (ci-dessus) et son trophée majeur de 2019. ­

du jeu vidéo, en fait partie et fonde un incubateur esport en 2019. Le but : déceler les talents de la scène française et européenne, et leur offrir un accompagnement pour les aider à se faire une place dans ce milieu très masculin. Velouria « Viki », 23 ans, fait partie de la sélection de 2021. Joueuse de League of Legends depuis ses 17 ans, elle a atteint les plus hauts rangs du jeu et rêve de trophées. Le déclic n’a pourtant pas été immédiat : « Quand j’ai commencé, je ne voyais pas de femmes dans les équipes. Ça m’a donné l’impression qu’on n’avait pas notre place, que ce n’était pas possible de jouer à haut niveau

THE RED BULLETIN

EVA MARTINELLO

Pour l’esport de demain

WOMEN IN GAMES, HELENA KRISTIANSSON, BLIZZCONHS

WOMEN IN GAMES

avec les hommes. » Heureusement, des projets comme l’incubateur permettent de faire des progrès. « L’incubateur me fait vivre toutes sortes d’expériences nouvelles : coaching personnalisé, accompagnement média, rencontres avec des professionnels… Ces expériences ont un impact très positif sur ma confiance en moi en jeu et aussi en-­ dehors », déclare Velouria. Et l’intérêt est là : chaque année, les candidates se font plus nombreuses et le projet plus ambitieux. En 2021, l’association Women in Games France obtient le soutien de la Société Générale et de ­Mastercard. À travers ce partenariat, les joueuses françaises de League of Legends ont rencontré des professionnels en France et en Europe telle que l’équipe européenne la plus titrée, G2 Esports. « J’ai le soutien de la Société Générale et de Mastercard, qui suivent mon parcours cette année. J’ai rencontré des filles incroyablement ­passionnées comme Sjokz, au parcours parfois atypique. Elles m’ont convaincue qu’avec beaucoup de motivation, d’envie et de travail, il était possible de se faire une place dans ce milieu », raconte Velouria. À la fin du programme, elle rejoindra d’ailleurs l’équipe de l’incubateur pour encourager à son tour d’autres talents. « Je pense qu’il est important d’offrir aux femmes un environnement bienveillant pour qu’elles se sentent enfin ­légitimes au même titre que ­n’importe qui d’autre. » À leur échelle, ces acteurs construisent un esport de demain qui ne serait plus ­seulement mixte dans le principe, mais aussi dans les faits. « C’est maintenant à nous toutes de prendre confiance et de nous montrer ! » womeningamesfrance.org


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Cet artiste américain réinvente la réalité et égaye la vie des gens avec du papier découpé et des vidéos en stop-motion. Nombreux sont les artistes qui affirment vouloir changer le monde grâce à leurs œuvres, mais peu le font aussi littéralement que Rudy Willingham. Cet artiste de 35 ans, basé à Seattle, transforme son environnement en brandissant du papier découpé devant un décor réel. Grâce à son œil malicieux, la barrière d’un parking devient ainsi le laser de Dark Vador, ou un coucher de soleil un ballon de basket : « Je ne rate jamais une occasion de modifier ce qui m’entoure. Comme créer de petits œufs de Pâques pour égayer 14

la journée des gens. » Exconsultant en médias sociaux, Willingham perd son emploi durant la pandémie, et réalise des œuvres artistiques pour combattre le stress lié au premier confinement en 2020. « J’allais devenir papa, sans le moindre revenu à l’horizon, poursuit-il. J’ai alors commencé à poster mes œuvres sur TikTok. » La réaction est énorme, ses publications atteignent rapidement des centaines de milliers de vues. « J’ai ensuite eu l’idée de réaliser des vidéos avec mes découpages pour les

L’artiste en action : les ingénieuses vidéos stop-motion de Willingham font un tabac sur les réseaux sociaux.

THE RED BULLETIN

LOU BOYD

Couper du monde

RUDY WILLINGHAM

RUDY WILLINGHAM

poster sur la plateforme, la vidéo stop-motion était la solution idéale. J’ai imprimé 100 plans de vidéo que j’ai découpés et filmés avec en arrière-plan des décors variés pour créer un clip. Une tâche chronophage et barbante, mais le résultat est sympa. » Le travail de Willingham connaît une notoriété mondiale grâce à la vidéo de la star du basket Kobe Bryant le 26 janvier dernier — premier anniversaire de la mort tragique de la star des LA Lakers et de sa fille. Ce commentaire : « RIP Kobe et Gigi Bryant. Merci d’avoir inspiré le monde entier » accompagne le clip de Bryant faisant un slam dunk tandis qu’un coucher de soleil apparaît à travers une découpe de son corps. Vanessa, l’épouse de Bryant, partage la vidéo. Récemment, la gymnaste américaine Simone Biles a posté une vidéo de Willingham où on la voit effectuer des enchaînements. « Chaque partage de mes posts me procure une joie incroyable, souligne Willingham, mais celui de Vanessa Bryant m’a beaucoup marqué. Bien sûr, cela ne diminue en rien sa peine, mais que ma vidéo lui ait mis du baume au cœur me touche beaucoup. » L’art de Willingham est conçu avant tout pour « faire sourire et surprendre agréablement », explique-t-il, mais il n’est pas pour autant dénué de sens profond. « Le message que j’essaie de faire passer est que, dans le monde, tout est art, développe-t-il. Le street art vous offre le moyen de changer votre environnement, de réaliser que notre cadre de vie n’est pas figé. C’est pour cette raison que j’aime cette forme artistique. » Une aptitude que chacun possède, selon lui : « Ouvrez les yeux et un tuyau devient une trompe d’éléphant. Recadrez votre vision et votre esprit bascule et se met à embellir tout ce qu’il perçoit. » Instagram: @rudy_willingham


LA CAMÉRA POUR STREAMER EN TOUTE LIBERTÉ


Las(se) de voir défiler les mauvaises nouvelles ? Le fil de cette ­influenceuse solitaire est une bouffée d’air très frais. Cecilia Blomdahl est accro à TikTok. Mais contrairement à de nombreux influenceurs, elle ne danse ni ne chante en playback ni ne s’adonne aux sketches comiques ; son truc, c’est la vie quotidienne : une promenade avec son chien, des courses à l’épicerie. Une simplicité qui ne la rend pas moins populaire, son récent post montrant son chien Grim, un finnois de Laponie, courant vers la maison de son voisin avec un colis, a dépassé les 10 millions de vues. La raison ? Cecilia Blomdahl vit à mille kilomètres du pôle Nord et la maison de son voisin se trouve de l’autre côté d’un glacier. L’été sous le soleil de minuit, la température n’excède guère les 6 °C sur l’archipel arctique du Svalbard et peut atteindre 16

Gros plan sur un majestueux glacier arctique, parfait pour TikTok ; Selbu, le chalet de Blomdahl à Svalbard (en haut).

THE RED BULLETIN

LOU BOYD

L’étoile du Nord

CECILIA BLOMDAHL

CECILIA BLOMDAHL

jusqu’à – 30 °C durant l’hiver et sa nuit polaire. Originaire de Suède, Blomdahl et son petit ami décident en 2015 de passer quelques mois à Longyearbyen — la plus grande colonie de Svalbard et la ville la plus septentrionale du globe. Depuis son petit ami est parti, mais Blomdahl est restée par amour du lieu. Désormais, la jeune femme de 31 ans vit à 10 minutes de la ville avec son nouveau compagnon, dans une cabane avec l’électricité, mais sans eau chaude. « Nous nous douchons au village, et faisons des réserves d’eau pour la vaisselle, explique-t-elle. Cela peut paraître fastidieux, mais cela nous convient parfaitement. De notre salon, nous avons une vue sur sept glaciers. » C’est depuis cette cabane qu’est née sa célébrité sur TikTok. Blomdahl avait déjà une communauté sur Instagram grâce à ses magnifiques photos de paysage avant de se lancer sur TikTok en octobre 2020. « Le format court et l’absence de mise en scène de la plupart des vidéos m’ont plu », se souvient-elle. Sa vidéo d’aurores boréales cumule 100 000 vues en 24 heures. Followers et messages d’organes de presse affluent. Ses courses en ville sont visionnées 2,7 millions de fois ; un autre post populaire montre Blomdahl promenant Grim en pleine nuit, armée d’un fusil pour se protéger des ours polaires, atteint 7,8 millions de vues. « L’intérêt des gens vient du contraste que j’établis entre nos vies et la leur », confie Blomdahl. L’impact positif de ses vidéos lui procure une grande satisfaction : « Savoir que des gens utilisent mon contenu comme un remontant est le plus grand compliment que je puisse recevoir. » Blomdahl s’est aussi filmée au salon de coiffure durant la pandémie. Le coronavirus n’est pas arrivé à Svalbard, où seul le blizzard contraint ses habitants à se confiner. TikTok : @sejsejlija


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DANNY ELFMAN

Il est flippant Le roi de la musique de films d’horreur évoque ses morceaux pour vous faire frissonner.

Bernard Herrmann

Artistes divers

Colin Stetson

La fiancée de Frankenstein (1935)

Psychose (1960)

Shining (1980)

Hérédité (2018)

« C’est l’une des plus grandes musiques de film jamais écrites. Audacieuse et imaginative, je n’avais jamais rien entendu de tel auparavant, elle sublime le film d’Alfred ­Hitchcock. Sans la musique de Bernard Herrmann, ce film n’est plus le même. Pour tout compositeur de bande originale, Psychose est le parfait exemple de ce que la musique ajoute au scénario et aux images. »

« Voici une autre brillante association de la musique et de l’image. Stanley Kubrick n’avait pas recours à des musiciens, il utilisait des morceaux classiques de compositeurs qu’il appréciait tels que Béla Bartók ou Penderecki. La musique est si magistralement insérée qu’on a l’impression que des séquences entières du film sont conçues autour d’elle. Une œuvre inspiration, d’une puissante évocation. »

« Cette partition incroyablement forte et audacieuse signée du saxophoniste américain Colin Stetson décuple la dimension effrayante du film, au point que mon fils, alors âgé de quatorze ans, ne voulait plus voir un seul film d’horreur après celui-ci. (rires) Il a dû quitter la salle en plein milieu de la séance pour reprendre son souffle. C’est un must pour tout fan du genre. »

« Les films d’horreur ont nourri mon enfance, je passais mes week-ends au cinéma. Pour moi, ce film marque la première grande BO de film d’épouvante. Une œuvre évocatrice, romantique, chargée, une première. C’est l’invention de la partition symphonique pour le cinéma qui révèle ce que la musique peut apporter à l’image. » 18

THE RED BULLETIN

JACOB BOLL

Franz Waxman

MARCEL ANDERS

L’atelier de Danny Elfman se nomme Studio Della Morte (le studio de la mort) et pour cause : il abrite une collection d’objets provenant des films d’horreur dont il a signé la musique. Depuis 1985, le compositeur de 68 ans, natif de Los Angeles, a composé plus de cent bandes originales et génériques de séries emblématiques, dont Les Simpsons, et enregistré son second album solo, le « chamber punk » Big Mess. Mais il est surtout connu pour ses BO des films de Tim ­Burton, notamment Beetlejuice et L’Étrange Noël de Monsieur Jack. À l’occasion d’Halloween, le quadruple nominé aux Oscars nous livre ses BO préférées. Séquence frissons… dannyelfman.com


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ASHIBAH

Un CV en platine Prodige du basket, ceinture noire de karaté, gardienne de zoo, productrice mondiale de musique house… Le surprenant parcours d’Ashibah prouve que l’on peut être à la fois une véritable touche-à-tout et maîtresse de son art.

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the red bulletin : Quel effet cela vous fait-il d’être sur scène ? ashibah : Je suis complètement euphorique. Aucune drogue au monde ne procurer cela. Quand cette masse d’énergie me parvient, c’est comme la puissance d’une fusée. La musique house a une vibration qui vous aspire totalement. Je me souviens de la première fois où je suis allé à une rave – l’énergie, la façon dont les gens étaient connectés. Ce que j’aime dans la culture rave, c’est qu’il s’agit d’une communauté. J’ai toujours été très différente des autres et j’avais du mal à trouver un endroit où je me sentais chez moi, mais je l’ai ressenti sur le dancefloor. Comment avez-vous fait face au confinement et à l’impossibilité de vous produire ? J’ai canalisé toute ma frustration et mon énergie dans le studio, en essayant de faire autant de musique que possible et d’évoluer en tant qu’artiste. En général, lorsque je fais de la musique, je la teste sur le dancefloor, j’ai donc dû apprendre à faire confiance à mon instinct. Pendant de nombreuses années, la dance music était une scène largement dominée par les hommes. Quelle est votre expérience ? En grande partie la même que celle des autres productrices et chanteuses. Je m’en suis toujours servi comme d’un carburant car je pense que le travail parle de lui-même. Mais je ne compte plus le nombre

de fois où j’ai participé à des sessions pour lesquelles j’avais tout fait et où on m’a dit : « C’est un morceau super, qui l’a produit ? » « Moi. » « Et celuilà ? » « Encore moi. » Mais ça change, parce qu’il y a tellement de femmes incroyables qui montrent que nous avons voix au chapitre. Votre titre Intro Rework (2018) a été écouté plus de 140 millions de fois sur YouTube... C’est assez fou. Il y a une histoire amusante à ce sujet. Vintage Culture et un autre DJ brésilien, Bruno Be, qui a participé à cette version, me l’ont fait écouter, et je comptais l’inclure dans mon set. Mais j’adore faire des mashups en direct. J’étais dans le nord du Brésil, j’ai mis la chanson et je me suis dit : « Je crois que j’ai une idée », alors j’ai pris le micro et j’ai commencé à chanter. À partir de là, c’est devenu complètement fou. L’ambiance était bonne, l’énergie était bonne, et c’est là qu’on essaie des trucs. On est très loin de votre job de gardienne de zoo… J’ai appris plein de choses sur les éléphants lors d’un stage de deux mois. Quand j’étais plus jeune, je voulais être chanteuse ou vétérinaire. En tant qu’artiste, on a peur d’avoir besoin de quelque chose de stable au cas où on ne percerait pas, mais, à mi-chemin, j’ai réalisé que ça devait être ça ou rien. Je ne veux pas de filet de sécurité.

ashibah.com

RACHAEL SIGEE

Avec l’assouplissement des restrictions, elle revient à ce qu’elle aime le plus, se produire live lors d’événements qui promeuvent les causes qui lui tiennent le plus à cœur : la diversité, l’égalité et les droits humains.

CLIX PRODUCTIONS

Des platines de DJ à la composition et à la production en passant par l’enregistrement de sa propre voix – le tout en autodidacte – Sarah Finne Christensen, plus connue sous son nom de star montante de la house Ashibah, peut tout faire. Il est donc approprié que son récent single, On The Line, réalisé avec le producteur londonien Saffron Stone contienne les paroles suivantes : « Ne brisez pas les règles, établissez-les. » C’est un mantra qu’elle applique dans sa vie. Lorsqu’elle était adolescente au Caire, cette Égypto-Danoise a obtenu une ceinture noire de karaté, appris les techniques DJ et est devenue la plus jeune membre de l’équipe nationale égyptienne de basket-ball. Elle a aussi plus tard brièvement été ­gardienne de zoo. « Le basket était le plus grand rêve de mon père pour moi, dit-elle. Je voulais rendre mes parents heureux, alors j’ai commencé à jouer dès que j’ai su marcher. » Mais, après avoir composé sa première chanson – « à propos d’un béguin » – à l’âge de sept ans seulement, la musique l’a finalement emporté : « C’est la seule chose qui avait un sens et qui, au fond de moi, était aussi fort. » Désireuse de faire carrière dans la musique, Finne Christensen est retournée à 19 ans dans son pays natal, le Danemark, où elle s’est forgé une réputation sur la scène des clubs de Copenhague. Après un bref séjour au Brésil en 2013 suite au succès de son banger, Circles, avec le DJ brésilien Vintage Culture, le Danemark est maintenant son domicile fixe, partagé avec sa femme et partenaire d’écriture, Nikoline, et leur chien Pablo.

THE RED BULLETIN


« Avec la rave culture, je me suis enfin trouvée chez moi. »

THE RED BULLETIN

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De la capitale à la banlieue, de François Hollande au rappeur Doums, l’artiste et curatrice Salomé Partouche décloisonne l’art contemporain en faisant de sa Biennale un événement pour tous. Vraiment tous.

Si l’on considère l’art comme l’articulation des formes et des espaces du monde qui nous entoure et l’expression de nos pensées et émotions intérieures, nous pouvons tous comprendre l’art et faire de l’art, à condition de disposer des outils appropriés. Rendre les institutions artistiques plus démocratiques, c’est justement le défi que Salomé Partouche et Jean-Samuel Halifi se sont donné en 2017 en créant l’Atelier de Panam et la Biennale de Panam. Un écosystème où les artistes se tournent vers leur public et vice versa, en offrant des possibilités d’accès au monde de l’art à des jeunes qui n’empruntent pas nécessairement les voies conventionnelles. La Biennale est une association pour l’art contemporain qui présente chaque année un événement artistique original. Dans sa continuité, l’Atelier de Panam regroupe différents talents créatifs dont le but est de centraliser des techniques et démarches artistiques : « Un lien direct entre la recherche et un public curieux qui n’a pas toujours les moyens d’accéder à l’antichambre de l’art. » the red bulletin : L’Atelier et la Biennale sont deux projets qui détonnent dans le monde de l’art… D’où vous est venue l’idée ? salomé partouche : Comme le ­disait mon partenaire Jean-Samuel, son co-fondateur (à droite sur notre photo, ndlr), l’idée de la Biennale est née à Londres, où on a découvert beaucoup d’initiatives créées par de jeunes artistes. Ils installaient des warehouses, des lieux vides pour y exposer des choses de qualité. Il y avait une incroyable liberté ! On s’est dit que c’était ce qu’il manquait à Paris, alors on a voulu ramener ce vent frais et le placer en parallèle de la FIAC (Foire Internationale d’Art 22

Contemporain qui a lieu à Paris depuis 1974, ndlr) en créant un événement gratuit et ouvert à tous. L’envie est de présenter une nouvelle génération d’artistes peu présents dans les institutions, galeries, musées… Comment décririez-vous l’ADN de la Biennale de Panam ? Jeune, libre et sans limite. Cet événement est le fruit de beaucoup de réflexion, de travail et de détermination. On amène une alternative innovante sans empiéter sur celles mises en place précédemment. Je pense que c’est la clef de tout. Ça n’a pas été trop dur de rassembler autant de personnes différentes dans un même concept ? Non, c’est la mif ! Ce sont des gens qu’on aime, qui se sont mis à s’aimer et qui maintenant gravitent ensemble grâce à l’art. C’est ça, la Biennale, le mélange des genres. Pareil pour notre public, quand on te dit : « Le président [François Hollande] arrive », tu es surprise et contente. On n’y a pas cru. Vous rassemblez donc bien plus que des artistes… Oui, on a aussi la visite de copains qui sont rappeurs, qui viennent du ter-ter, comme de personnes issues de la mode, comme Nicola Lecourt Mansion, une créatrice qui cartonne. Ça n’est pas une stratégie, c’est une histoire de potes. Cette synergie n’existe que parce que les gens se sentent concernés, en famille ! Vous évoquiez l’ancien Président Hollande qui a visité la Biennale, les politiques y ont leur place ? Je pense qu’ils s’y greffent parce que c’est intéressant pour eux de se positionner sur un événement gratuit en parallèle de la FIAC, avec une proposition jeune qui n’existe nulle part ail-

In fine c’est votre esprit de famille qui fait rayonner l’événement ? Si on avait été une grosse équipe de cinquante personnes remplie des mecs venus de la pub qui sont que dans leur carcan, ça aurait été différent. On ne vient pas de ce métier-là, alors on parle de nos événements à tout le monde, et on rencontre tout le monde. Il n’y a plus de frontière entre les métiers et les gens, on met tout le monde à la même échelle. L’art a besoin de plus de mélange, notamment dans le public qui vient à sa rencontre ? C’est de l’humain et on a construit notre truc comme ça. On décomplexe et décomplexifie l’image qu’on se fait de l’art. On le décompose pour lui rendre son sens premier, qui est de ressentir des émotions, de passer un bon moment. Ce n’est pas plus compliqué que ça : faire son événement à son image. On n’a pas de boîte de production, donc on l’organise de A à Z, et je pense que c’est pour ça que ça fonctionne et que les gens se sentent bien, comme à la maison, détendus. Pour 2021, la Biennale s’installe à la Serre de Saint-Ouen, pourquoi ? L’Atelier de Panam est basé depuis toujours à Saint-Ouen, où on a tout de suite collaboré avec de grosses entités comme le Red Star (club de foot dans la banlieue nord de Paris, ndlr), le Mob Hôtel (lieu de vie fédérateur pour artistes, agriculteurs et optimistes, qui encourage des initiatives écologiques et sociales, ndlr) et on parlait déjà avec les équipes de la mairie afin de s’inscrire localement dans une dimension sociale. C’est grâce à la mairie qu’on va faire 25 jours d’exposition dans une serre, avec un parc mis à disposition. SaintOuen c’est le Brooklyn français, la ville foisonne d’ateliers d’artistes, de studios de son, de petits artisans !

Du 21 octobre au 11 novembre, Serre de Saint-Ouen. Entrée Libre. THE RED BULLETIN

MARIE-MAXIME DRICOT

Ouvrez l’art

leurs. Et chez nous, tout le monde arrive à coexister et à passer une bonne soirée ensemble, qu’ils soient rappeurs ou politiques. Tout le monde oublie qui il est en entrant à la Biennale, parce que c’est bienveillant, que ce sont des potes de potes…

GUILLAUME LANDRY

SALOMÉ PARTOUCHE


« À la Biennale, on oublie qui on est ! » THE RED BULLETIN

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GILES DULEY

Nourrir l’esprit Giles Duley, photojournaliste spécialisé dans les conflits, révèle comment la perte de trois membres suite à l’explosion d’une mine terrestre lui a permis de découvrir une nouvelle passion : raconter des histoires de guerre à travers la nourriture.

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Certains de ces récits figurent dans votre projet Legacy of War… Nous avons tendance à aborder la guerre en tant que conflit isolé. Je voulais trouver les thèmes qui traversent toutes les guerres. C’est vraiment l’objectif de Legacy of War : la guerre ne se termine pas à la signature d’un traité de paix. Qu’il s’agisse de blessures physiques ou émotionnelles, ou de déracinements, son ­héritage se fait sentir au sein d’une génération au moins, souvent davantage. La guerre laisse des cicatrices, ces récits sont liés entre eux. Comment le documentaire One Armed Chef a-t-il vu le jour ? Lorsque je me rends dans une zone de guerre, les récits des personnes que je photographie sont profondément émouvants et puissants, mais ne constituent qu’une partie : vous ne nous voyez pas boire, rire ni danser pendant que nous les photographions. Durant l’émission, en plus des images fortes, on voit des gens qui célèbrent la vie.

c’est une incroyable joie de vivre. Il faut pouvoir s’identifier à ces gens. Ceux qui ont tout perdu célèbrent la vie plus que quiconque. À la télévision, la nourriture est présentée comme une source d’inspiration. Et pour vous ? Dans un camp de réfugiés en Ouganda, j’ai observé une femme qui comptait des haricots, rationnant la quantité que sa famille aurait ce jour-là, pour en échanger une partie contre du poisson parce qu’elle voulait ajouter du goût. Les distributions de l’ONU sont toujours des aliments de base. Pour les réfugiés en bénéficiant, préparer un repas, et faire en sorte que chaque ingrédient soit le meilleur possible, est une façon de garder sa dignité et de s’élever. Avez-vous l’impression d’être vousmême une source d’inspiration ? Les émissions qu’on m’a proposées de présenter étaient toutes sur le thème du handicap. La mienne, c’est différent. Je suis un animateur manchot et sans jambe, oui, mais c’est ma vie. Mon job, c’est la cuisine que je présente. J’espère que les spectateurs comprennent que j’ai plus de ressources que ce qui me limite et qu’ils se disent : « Ce type a un handicap terrible, mais il vit la vie dont je rêve. » Ce serait une vraie réussite. Voilà l’exemple que j’aimerais donner.

legacyofwar.com ; Instagram : @one_armed_chef

Où nous amène la série ? Nous sommes allés au Congo, en Ukraine, à Beyrouth, et il s’agit en fait de s’asseoir avec les gens de là-bas et de discuter autour d’un repas. Trop de documentaires donnent l’impression d’être giflés par la misère du monde. Je consacre ma vie à raconter ces histoires et ce que j’y trouve aussi,

MIKE GIBSON

the red bulletin : À quel moment votre talent pour la photographie s’est-il révélé ? giles duley : Je suis dyslexique, j’avais du mal à l’école. À 18 ans, on ma donné un appareil photo. C’était comme si je recouvrais la vue après avoir été aveugle toute ma vie. Cet appareil me donnait l’impression que le monde s’intéressait désormais à ce que j’avais à dire. Ça a tout changé pour moi.

Comment êtes-vous devenu photographe de guerre ? Plus jeune, j’avais été influencé par le photojournaliste Don McCullin et les photographes de l’époque de la guerre du Vietnam. Je cherchais un nouveau souffle dans ma carrière, alors je me suis lancé dans cette voie. J’avais 31 ans lorsque je me suis installé en Angola et ai commencé à raconter ces histoires d’un autre genre.

ALICE DENNY

L’histoire de Giles Duley est celle d’une réinvention. Durant les années 90, dans la vingtaine, le Londonien capture l’esprit de la Britpop, photographiant Oasis, Pulp et The Charlatans pour des magazines. En 2000, il ressent un appel irrésistible qui le mène vers de nouvelles voies et devient photographe de guerre. Un changement d’orientation qui lui vaut un beau succès critique. Mais en 2011, alors qu’il patrouille en Afghanistan, il marche sur un explosif artisanal, et perd ses jambes et un bras. Sa vie ne sera plus la même. Ce qui a permis à Duley de tenir le coup tout au long des longs mois de rééducation, c’est sa passion pour la cuisine, qu’il a commencée à partager en 2017 sur Instagram sous le nom de « The One Armed Chef » (trad. Le chef manchot). Dans un documentaire réalisé pour le magazine télévisé Vice, « The One Armed Chef » se rend dans les régions les plus déchirées au monde pour y rencontrer les habitants, se mettre à table avec eux, cuisiner des plats locaux et écouter leurs récits. Duley explique ici pourquoi ses deux passions sont animées par le même désir : celui de créer des liens avec des récits ignorés du monde.

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« Les habitants de zones de guerre ont une incroyable joie de vivre. »

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Haut les murs  ! Le tour du monde en dix aventures : le photographe américain Keith Ladzinski a suivi les meilleurs grimpeurs autour du globe. Il nous dévoile ici les coulisses de chaque photo, de l’iceberg du Groenland au rocher de « Super Mario » en Chine. Texte DAVID MAYER

Grâce à un scooter

Alex Honnold, Kalymnos, Grèce

« Formations calcaires uniques, vues spectaculaires et soleil omniprésent, la petite île de Kalymnos, au large de la côte ouest de la Turquie, est un véritable paradis pour grimpeurs. Un endroit qu’Alex et moi avons découvert en explorant la région en scooter. »

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Route déserte

Mike Brumbaugh, le Grand Bassin, Nevada, USA « Le désert du Nevada regorge de voies d’escalade en grès qu’aucun homme n’a encore conquises. Mike tente ici l’ascension d’un rocher aussi raide que lisse. »

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Sous contrôle

Dave Graham, parc national des Grampians, Victoria, Australie « Dans la cordillère australienne au sud-est du pays, la plus grande chaîne de montagnes du continent, se trouve l’un des passages de blocs les plus difficiles au monde : on l’appelle “La roue de la vie”. En venir à bout n’exige pas moins de soixante prises. La facilité avec laquelle Dave mène la lutte me fascine. »

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Jeu de miroirs

Tara Brouwer, lac Yellowstone, Wyoming, USA « Voilà un magnifique panorama au parc national de ­Yellowstone – du moins pour la majorité d’entre nous – mais pour Tara, c’est un terrain de jeu. Dès notre arrivée, elle a spontanément fait une roue sur une main. Une manière de rappeler que même les endroits les plus insolites peuvent être sublimés par l’imagination. »

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Le charme de l’ancien

Emily Harrington, Yangshuo, Chine « Ces paysages karstiques surnaturels sont apparus il y a environ 500 millions d’années dans le sud de la Chine. Ils m’évoquent le décor naturel asiatique des jeux Super Mario. Emily souffle ici un instant avant de reprendre sa route et de décrocher la lune. »

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L’homme-araignée

Joe Kinder, désert des Mojaves, Utah, USA « En escalade, le photographe cherche à saisir les ­moments forts. Comme ici, sur la voie Visitor Q. Joe déploie sa maestria sur cette section critique ­particulièrement exigeante. Il s’y attaque pour la toute première fois et semble littéralement vissé au rocher. »

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Et la lumière fut

Jonathan Siegrist, Estes Park, Colorado, USA

Photo de droite : « Il suffit parfois d’un rayon de lumière pour donner à une voie d’escalade un tout autre aspect. Comme un coup de projecteur : à Estes Park, le Grand Ol’ Opry s’illumine au moment même où Jonathan escalade cette voie en granit irrégulier et légèrement en surplomb — un véritable tour de force. »

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Une petite glace ?

Mike Libecki et Ethan Pringle, Groenland « Si Mike et Ethan n’ont pas eu le mal de mer durant nos onze jours de navigation à travers les étendues sauvages du Groenland, la fièvre de l’escalade les a en revanche saisis après des recherches infructueuses d’icebergs à escalader. Leur température a fini par retomber après une halte sur cet iceberg. »

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Bleu profond

Erik Leidecker, sud de l’Islande

«Vous vous représentez l’Islande comme une île vivante et enchantée ? Eh bien, vous avez raison. Les grimpeurs professionnels en quête de sensations fortes visitent cette grotte de glace. Ici, Erik se lance dans le grand bleu pour une excursion d’une journée. »

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Dans le dur !

Arjan de Kock, Waterval ­Boven, Afrique du Sud « En termes de difficulté, les grimpeurs auront du mal à trouver mieux que ce spot au nord-est de l’Afrique du Sud. Aussi bien au niveau des voies, souvent en surplomb, que du type de roche. Celle-ci en quartzite extrêmement dur met Arjan et ses épaules à rude épreuve. »

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LE PHOTOGRAPHE « Une bonne photo a deux impératifs : saisir un moment clé et avoir une bonne lumière » : voici comment Keith Ladzinski, photographe américain de 45 ans, résume son art, qu’il maîtrise à la perfection. La maîtrise de la lumière et un coup d’œil infaillible caractérisent le langage visuel du New-Yorkais, natif du Colorado. De prestigieux clients tels que National Geographic, The New York Times ou encore Apple lui confient des m ­ issions à travers le monde pour des reportages sur la nature, le changement climatique ou les sports extrêmes. Le skateboard et l’escalade restent ses passions de toujours. « Nous avons consacré 85 % du temps au repérage des lieux, explique Ladzinski. Il nous arrivait souvent de passer trente jours sur la route sans effectuer la moindre ascension. Un truc de dingue ! » Autour du globe avec Keith : ladzinski.com

Quelques minutes avant une tempête, Keith Ladzinski a pris cette photo (pour notre Une), montrant l’athlète Caio Afeto sur la côte brésilienne.

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SAMO VIDIC/RED BULL CONTENT POOL

Le pilote italien Dario Costa établit un record du monde de vol dans les tunnels de Çatalca, en Turquie.


On a volé sous la Terre

Moins de 45 secondes : c’est le temps qu’il aura fallu au pilote DARIO COSTA pour inscrire son nom dans l’histoire de l’aviation, en étant le premier à voler dans un tunnel. 45 petites secondes qui sont évidemment le résultat d’un an de travail acharné pour lui et son équipe, mais qui symbolisent surtout l’aboutissement d’un rêve d’enfant. Récit d’une aventure qui a commencé… il y a 41 ans. Texte JUSTIN HYNES

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stanbul, 4 heures 30 du matin. En cette matinée de septembre, l’air est plutôt frais lorsque Dario Costa sort de sa caravane, stationnée à l’intérieur des tunnels Çatalca, deux longues entrailles de béton qui transpercent les collines environnantes sur plus de deux kilomètres. Faisant partie de la grande autoroute de Marmara, qui relie l’Europe à l’Asie, ces tunnels sont d’ordinaire empruntés par des centaines de milliers de véhicules, mais ce jour-là, le trafic a été dévié en amont par les autorités turques. Costa enfourche un vélo et part inspecter le premier tunnel, sur une longueur de 600 mètres. Lentement, étudiant chaque recoin, chaque obstacle potentiel, il rejoue le scénario dans sa tête. Puis c’est au tour du second tunnel (long d’environ 1,7 kilomètre) d’être passé au crible : la distance entre chaque mur, l’emplacement de chaque ventilateur, chaque appareil électrique, chaque panneau de signalisation. Dans deux heures, Dario Costa va réaliser ce que personne, avant lui, n’a jamais tenté de faire : voler à 75 cm au-dessus du sol dans un tunnel construit pour faire passer des voitures, pas des avions. Alors forcément, il sait que rien ne doit être laissé au hasard. Costa sourit : « C’est quelque chose qu’on voit tout le temps dans les films, grâce aux effets spéciaux, mais qui n’a jamais été tenté en vrai. J’ai voulu savoir si c’était possible. » 42

S’il ne connaît pas encore la réponse, ce pilote italien de 41 ans, 5 000 heures au compteur, s’en sait capable. Pointure mondiale de la voltige et de la course aérienne, il a été le premier Italien à remporter la classe Challenger des anciens championnats Red Bull Air Race et l’un des douze pilotes d’élite sélectionnés pour participer aux prochains championnats du monde de course aérienne en 2022. Ajoutez à ce palmarès quelques apparitions remarquées aux côtés de Tom Cruise (cette fois-ci comme cascadeur automobile) dans Mission: Impossible 7, et vous comprenez pourquoi cet homme semble le mieux placé pour réaliser quelques records : celui du premier vol dans un tunnel et du plus long vol effectué sous un obstacle solide, avec en bonus deux premières mondiales. « Je vais être le premier à passer en avion entre deux tunnels, mais aussi le premier à décoller depuis un tunnel. » Quand on lui demande pourquoi il tenait absolument à réaliser ce dernier exploit, il répond simplement : « Cela aurait été dommage de ne pas essayer. » Un défi humain, mais aussi technique, notamment parce que l’engin utilisé pour l’occasion sera un avion de course à train classique, un petit Zivko Edge 540 légèrement modifié : « Je vais démarrer avec le nez de l’avion en l’air et la queue plus proche du sol. Au début, comme je ne verrai pas devant moi, je vais devoir être

MARCIN KIN/RED BULL CONTENT POOL

« On voit cela en mode effets spéciaux dans les films, mais ça n’a jamais été tenté. »


De grandes idées : Costa était à la recherche d’un nouveau défi lorsque Red Bull l’a contacté au sujet du passage du tunnel.


S’il connaît (en théorie) tous les risques d’une telle opération, Costa n’aura pas beaucoup de temps pour réagir : la durée totale du vol ne dépassera pas les 45 secondes. C’est ce qu’il lui faudra pour décoller et parcourir en avion les deux tunnels, sur une distance de 2,4 kilomètres. 45 secondes qui marquent la consécration d’une carrière faite de rêves, de sueur et de ténacité.

M

ais commençons par le début. 1979 : pris dans le chaos de la révolution en Iran, les parents Costa (mère iranienne, père ­italien) se réfugient à Manchester, en Angleterre, où le petit Dario voit le jour. Les trois s’installent ensuite en Libye, où le père travaille comme ingénieur, et c’est

UNE MANŒUVRE SERRÉE Les paramètres du parcours de vol de Costa Route à 4 voies, trottoir d’un mètre de large de chaque côté Hauteur de l’avion : 2,2 5 m

Ventilateurs à : 6,72 m

Hauteur du tunnel : 8,85 m

Espace de chaque côté de l’avion : 4 m

Largeur du tunnel : 16 mètres Envergure de l’avion : 7,5 mètres

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Top Gun : un cliché des débuts de ­l’Italien en tant que pilote cascadeur.

là que l’enfant découvre, émerveillé, ses premiers vols en avion. Lorsque la petite famille finit par poser ses valises à Bologne, le jeune Dario, ballotté dans les airs depuis son plus jeune âge, est un bambino fasciné par l’aviation. « Voler, pour moi, c’était la liberté. Quand j’étais tout en haut dans le ciel, c’était comme si la Terre n’existait plus, comme si tout devenait possible. » Le soir, il écoute sa grand-mère lui raconter des histoires : « Il y en avait une qui me fascinait particulièrement, celle d’Aladin et de son tapis volant. » Mais les rêves de l’enfance finissent, le plus souvent, par se heurter à la dure réalité du monde adulte. Pour Dario, qui a grandi dans une famille aux revenus modestes dans le nord de l’Italie, où le travail, la raison et la sécurité priment sur tout, une carrière dans l’aviation semblait tout simplement impossible. « On m’a dit que je n’étais pas né dans la bonne famille ou avec les bons moyens, que ce n’était pas pour moi, que je devais choisir une autre voie, se souvient-il. Mais ça ne faisait qu’accroître ma motivation : je voulais leur prouver qu’ils avaient tort. » Le jeune homme réussit à être pris à l’Istituto di Istruzione Superiore Baracca, un lycée de Bologne spécialisé dans l’aéronautique. Là-bas, son enthousiasme lui vaut un surnom prédestiné : « Aladino ». À seize ans, il effectue son premier vol en solo, mais ne peut poursuivre jusqu’à la licence commerciale, faute d’argent. Qu’à cela ne tienne : « J’ai travaillé comme poissonnier et jardinier, j’ai nettoyé des piscines… Finalement, j’ai pu entrer gratuitement à l’université, du fait de la situation financière de mes parents, pour y étudier la physique. On m’a ensuite proposé un travail dans mon ancien lycée : enseigner les fondements de l’aérodynamique. Et j’ai découvert que j’adorais cela. » Mais sa passion lui coûte cher, et même son salaire de prof ne parvient pas à financer les heures de vol nécessaires pour la licence. Alors qu’il se résigne à mettre à terme à son apprentissage, la chance lui sourit de nouveau : « Le club où je m’entraînais cherchait un instructeur : ils m’ont demandé si je voulais travailler pour eux en échange d’heures de vol gratuites. À côté de ça, je nettoyais les engins, je faisais le plein, bref, je faisais tout ce que je pouvais. On pouvait obtenir une bourse et comme j’ai terminé premier, le club a pris en charge la moitié des frais pour ma licence. » En 2003,

EROS MAGGI/RED BULL CONTENT POOL, SAMO VIDIC/RED BULL CONTENT POOL

ultra précis pour maintenir ma trajectoire et éviter de toucher un obstacle. » Et dans un tunnel, des obstacles, il y en a : pour Anthony Hill, technicien de vol et membre de l’équipe de Costa, les dimensions du tunnel ne laissent au pilote aucune marge de manœuvre. « Le tunnel a une hauteur de 6,72 mètres, mais après le décollage, la distance entre le train d’atterrissage et le sommet de la queue est de 2,25 mètres, ce qui va l’obliger à rester à environ 75 centimètres du sol, explique-t-il. On a 16 mètres de largeur pour un avion qui a une envergure de 7,5 mètres, ce qui laissera à Costa quatre mètres de chaque côté et 3,25 mètres au-dessus de sa tête. Autant dire pas grand-chose. Et tout ça à 245 km/h. » Pour ce qui est de la précision, on peut dire que Costa a fait ses preuves lors de la dernière Red Bull Air Race : cette célèbre compétition de voltige aérienne oblige les pilotes à filer à tout vitesse entre des pylônes séparés de 10 à 15 mètres. La ­différence, c’est que les pylônes sont gonflables et conçus pour se déchirer si une aile d’avion les percute. Enfermé dans un boyau de béton jonché de pièges et d’obstacles en tous genres, le risque, pour Costa, est bien réel. « Ce qui m’inquiète le plus, c’est ce toit au-dessus de ma tête : il n’y aura aucune possibilité pour moi de prendre de la hauteur si j’ai un problème, sans oublier le risque de heurter le sol avec les pneus et de rebondir vers le plafond. Autant de paramètres que je dois absolument prendre en compte. »


En haut : Costa à ­l’intérieur du tunnel. Heureusement, il avait un peu plus d’espace pour le traverser. Mais lorsque vous volez à environ 245 km/h, 4 mètres de chaque côté de l’avion et 3,25 mètres au-dessus ne laissent aucune marge ­d’erreur. THE RED BULLETIN

Ci-dessus : le pilote ­italien consulte Mikel Lucas Garcia De ­Albeniz, chef des ingénieurs pour le projet Tunnel chez Bionic ­Surface Technologies. À gauche : Costa à l’entraînement. L’amélioration de ses temps de réaction a été la clé de la ­réussite de son vol.

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l’attention du public avec ça ; or, ce que je voulais, c’était quelque chose de plus percutant. Et puis un jour, un gars de Red Bull en Turquie me contacte en me demandant si ça m’intéresse de voler dans un tunnel. Je lui ai répondu : “Trouve-moi un tunnel, et je te le fais, ton vol.” Il est revenu avec l’idée des tunnels Çatalca, qui étaient alors en construction. L’endroit parfait. »

R

etour à Istanbul en ce début du mois de septembre 2021. Costa se sent prêt : il sait quels sont les risques et surtout comment s’y préparer. « J’ai peur chaque fois que je vole – et c’est justement pour ça que je suis toujours en vie. Il faut respecter la peur, l’accepter, l’analyser pour essayer de l’atténuer. Je fais mes devoirs, en somme. Et c’est exactement ce que nous faisons dans ce projet. Alors bien sûr que j’ai peur, mais j’ai moins peur de ce que je connais bien. Le plus important, c’est de ne pas partir avec des gros points d’interrogation dans la tête. » Pour Costa, la longue phase de préparation a commencé en janvier 2021 au centre d’entraînement des athlètes Red Bull, à Thalgau (Autriche), avec un coaching sur mesure mené par le directeur

Cinq records du monde et un record Guinness Le plus long tunnel traversé par un avion : 1 730 m (record Guinness) Premier vol en avion dans un tunnel Le plus long vol sous un obstacle solide : 1 730 m Premier vol en avion à travers deux tunnels Premier décollage d’un avion depuis un tunnel

43,44 secondes

Les 150 derniers mètres du tunnel sont plus larges SAMO VIDIC/RED BULL CONTENT POOL LAURIE GREASLEY

alors qu’il vient de terminer sa formation et qu’il s’apprête à entamer une carrière prometteuse comme pilote de ligne, le jeune homme tombe sur une vidéo qui va bouleverser tous ses projets. « Cette même année, un ami m’a montré une vidéo de la Red Bull Air Race. Je me suis dit : “Okay, oublie les avions de ligne, ce n’est pas ce dont tu rêvais petit – ce que tu veux vraiment faire, c’est ça.” Après ce jour, tout ce que j’ai entrepris, je l’ai fait dans le but d’y arriver. » Sa licence d’instructeur en poche, Costa se lance donc à corps perdu dans le monde de la voltige, partageant son temps entre l’enseignement (en anglais et en voltige aérienne) et les compétitions, dormant dans les hangars près des avions en essayant toujours de gratter ça et là quelques heures dans le cockpit pour poursuivre son apprentissage. Mais ce n’est qu’à l’Aero Club de Milan, où Costa obtient un poste d’instructeur en chef, que les choses vont devenir sérieuses : « Ils avaient une flotte de 40 avions, faisaient des milliers d’heures de vol par an, et les élèves pouvaient s’entraîner sur des avions plus performants, alors forcément, j’en ai profité pour m’améliorer moi aussi. » Après sa victoire aux championnats nationaux en 2013, il reçoit un coup de fil de Red Bull… mais ce n’est pas celui qu’il attendait : « Ils me proposaient de rejoindre la Air Race Team pour y travailler comme directeur des opérations aériennes et pilote de développement. » Quatre années passent, pendant lesquelles Dario Costa regarde la Air Race… depuis le plancher des vaches. Mais sa patience finit par payer : en 2018, il est retenu pour les séries Challenger, l’épreuve où s’affrontent les futurs pilotes Masterclass des championnats du monde. Il décroche une première place, victoire qu’il réitère un an plus tard en Hongrie – une première pour un pilote italien. « Ça m’a pris quinze ans pour y arriver, mais je l’ai fait. » Après l’euphorie de la victoire vient la déception : il apprend que les championnats sont annulés. Définitivement. « Un choc terrible. » Costa en a vu d’autres, alors en attendant son heure de gloire, il s’accroche et continue de travailler comme pilote d’essai, tout en restant en contact avec les promoteurs de ce qui va succéder à la Red Bull Air Race. Mais son esprit d’aventurier ne le quitte pas : il rêve de s’envoler vers de nouveaux défis. « Tous les projets que j’avais en tête avaient un aspect scientifique, pas facile de gagner

Les parois du tunnel sont très proches de ses ailes. THE RED BULLETIN


Décollage à 6 heures 43 (heure locale) le samedi 4 septembre 2021

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D’UN TUNNEL À YOUTUBE

Ou comment capturer un film d’action en 45 sec

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Le vol souterrain de Dario Costa a certes établi cinq records du monde en moins d’une minute, mais côté caméras, les records ont été tout aussi nombreux, avec des solutions inédites : en plus des caméras installées au niveau du sol, des plafonds, des entrées et des sorties, un drone de course a suivi Costa à 245 km/h et une caméra embarquée a filmé l’intégralité du vol – des méthodes de tournage qui n’avaient jamais été tentées auparavant. À l’entrée du second tunnel, des caméras spéciales ont été installées afin de filmer au ralenti l’entrée de l’avion en bullet time – pour un effet Matrix garanti. Enfin, une caméra 360° était fixée sur la queue de l’avion, histoire de profi-

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ter de l’aventure sous tous les angles. Dans le cockpit, une seule caméra a pu être installée, mais elle parvient parfaitement à capter les expressions de Costa. Autre problème : barricader les tunnels Çatalca suffisamment longtemps pour préparer le tournage et le réaliser. Sur ce tronçon de l’autoroute de Marmara, qui mène à Istanbul, le trafic est dense et constant. Avec le soutien des autorités turques, l’équipe Red Bull a pu privatiser les tunnels à partir de minuit, en faisant dévier la circulation sur deux kilomètres. Elle avait ensuite quelques heures pour tout installer avant de tester les lieux avec une BMW lancée à fond dans les deux tunnels. Une fois Costa prêt, personne ne devait se trouver dans les tunnels : il aura donc fallu lancer les caméras à l’avance et laisser le pilote italien seul en scène. Seul, face à lui-même.

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La réaction de Dario À 6 heures 43, heure locale, le samedi 4 septembre 2021, Dario Costa est devenu le premier pilote à voler avec un avion dans deux tunnels consécutifs et le premier pilote de l’histoire à décoller depuis un tunnel. La traversée des tunnels de Çatalca aura duré 43,44 secondes. Il entre également dans le livre Guiness des records pour le plus long vol avec un aéroplane effectué dans un tunnel (officiellement mesuré à 1,73 km). Le héros de l’histoire ne se souvient de (presque) rien… TROU NOIR « Je ne me rappelle pratiquement rien de ce que j’ai fait. J’étais dans un état second – une sérénité absolue. Juste avant de m’élancer, j’avais l’impression que mon cœur allait exploser, mais au moment où j’ai poussé les manettes, tout s’est apaisé. Juste avant, je me suis demandé si nous avions vraiment pensé à tout, et dès que je me suis lancé, j’étais comme hypnotisé. Tout le reste s’est effacé. » PLEINS GAZ « Je m’étais entraîné pour un décollage en douceur, mais finalement, j’y suis allé à fond, pleins gaz dès le début. Il fallait absolument que je décolle avant la sortie du premier tunnel pour pouvoir homologuer le record. La première chose que j’ai demandée au technicien après coup, c’était de savoir si j’avais bien réussi à décoller avant de sortir. Sa réponse : “Carrément, sans problème.” » EYES WIDE SHUT « J’ai cligné des yeux. Ça a l’air anodin, dit comme ça, mais ça ne l’est pas. Lors des simulations, j’ai réussi à ne pas cligner une seule fois. Je me 48

suis entraîné pour ne cligner des yeux qu’une fois sorti du premier tunnel, puis à l’entrée du second – au moment où j’étais supposé ressentir la première secousse – et enfin après la dernière, lorsque le tunnel change de forme. Ça me permettait d’éviter tout changement d’attitude. Dans cette situation, un écart de 10 cm aurait pu être fatal. » CHANGEMENT DE VENT « On nous avait dit de partir le matin, le vent serait de seulement 1,7 nœud. Parfait. Quelques minutes avant le décollage, le vent a changé, on m’a dit qu’il y avait 3 nœuds, ce qui n’est pas grand-chose mais je l’ai senti. Dès que je suis sorti du premier tunnel, j’ai senti que l’avion cherchait à partir mais j’ai réagi aussitôt : vous verrez que je bouge les ailes pour contrebalancer cet effet. » ASPIRATION « Dans le second tunnel, j’ai eu cette montée que nous avions effectivement calculée : j’avais 250 millisecondes pour réagir à ça, mais j’ai commencé à me sentir aspiré vers le sommet et les côtés du tunnel. Nous avions calculé 4 secousses au total, mais en fait, il y en a eu tout le temps et ça m’aspirait vers le haut. Je devais constamment contrebalancer. Tout s’est arrêté lorsque le tunnel a changé de forme, avec des parois verticales et non plus bombées. Et puis je suis sorti. » LES LARMES DU HÉROS « Juste après avoir atterri, alors que j’avais encore 1,5 kilomètre à rouler pour rejoindre mon équipe, j’ai reçu un appel d’urgence dans le cockpit : je me suis arrêté et j’ai appelé ma famille sur FaceTime. Il était 5 heures du matin là-bas, mais ils ont décroché immédiatement : en les voyant, j’ai fondu en larmes. Tout ce que j’ai pu faire à ce moment-là, c’est mettre un pouce en l’air, je ne pouvais pas parler. Ces 43 secondes ont été les plus belles des 14 derniers mois. Et le seul moment où j’étais sûr à 100 pourcent que ce projet était une bonne idée. »

SAMO VIDIC/RED BULL CONTENT POOL

« J’AI CLIGNÉ DES YEUX ! »

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« Est-ce que j’ai ­inspiré les autres à poursuivre eux aussi leurs rêves ? »

Flying art: Bike Life rider El Arte soars over Luis Banks as the duo mess around in New York’s Chinatown

Envol final : l’avion Zivko Edge 540 de Costa sort du tunnel après 43,44 secondes ­exténuantes.


EROS MAGGI/RED BULL CONTENT POOL, SAMO VIDIC/RED BULL CONTENT POOL

Mission accomplie : Costa bouleversé et assailli par les émotions après son vol à haut risque.

des performances mentales, York-Peter Kloeppel. Le psychologue allemand résume en quelques mots ces longs mois de formation : « Un challenge énorme, tant sur le plan physique que mental. On a un physiothérapeute et un préparateur physique qui l’ont pris en charge pendant les sept ou huit derniers mois, avec des résultats très positifs. Costa est désormais capable de supporter beaucoup plus de G qu’avant, il a fait de gros progrès. « Côté mental, on s’est concentrés sur son temps de réaction, avec un système appelé Sensory Station, conçu par Senaptec. Sur écran, Costa visionne le vol comme s’il y était, en devant réagir à toute une série d’images et d’obstacles qui surgissent à l’improviste, en les touchant sur l’écran tactile. Améliorer la réactivité se fait en deux temps : dans un premier temps, on vise un état mental optimal, en travaillant sur la respiration et le contrôle de la pensée et des émotions, pour faire en sorte qu’il soit dans le m ­ eilleur état possible pour aborder la deuxième phase, le travail sur la neuro-plasticité. Le principe : plus on répète une action, plus on la maîtrise. Travailler sur ces deux volets a vraiment fait toute la différence. » Costa est lui aussi convaincu d’avoir profité de cet entraînement intensif : THE RED BULLETIN

« À la seconde où je décolle, plus rien ne compte. » « C’était une première pour moi. On ne travaille pas seulement sur le temps de réaction, mais aussi sur le temps que met le cerveau pour assimiler une info. Les exercices sont complexes, il faut faire attention aux couleurs, aux formes, à quel moment toucher ou ne pas toucher… Au début de la formation, mon temps de réaction était de 450 millisecondes, il est aujourd’hui de 210. » Travailler sur ses réactions est une chose, anticiper celles d’un avion dans un tunnel en est une autre : Costa s’est donc adjoint les services d’Andreas Flanschger, expert en modélisation chez Bionic Surface Technologies, un labo de R&D en aérodynamique. Flanschger : « On a utilisé la dynamique des fluides numérique utilisée en F1. On a créé des modèles numériques de l’avion et des tunnels, avec tous les paramètres à prendre en compte : la température de l’air notamment, car elle affecte sa densité, ce qui

peut amener l’avion à prendre brusquement de la hauteur, s’il y a trop de différence entre la sortie du premier tunnel et l’entrée dans le second. Bien sûr, il ne s’agit que de calculs théoriques, mais le jour J, ce sont eux qui vont décider si on peut y aller ou pas. » Si l’espace à l’intérieur d’un tunnel détermine les écoulements d’air, il ne faut pas oublier que tous les véhicules qui le traversent rapidement créent leurs propres flux. L’avion de Costa va donc générer, en se déplaçant à vive allure, des ondes de choc qui vont se répercuter sur les parois du tunnel. Un aspect important que Flanschger a pu anticiper en simulation. « On a calculé que l’avion allait être secoué à quatre reprises, à des moments bien précis et dans une intensité décroissante. D’un point de vue aérodynamique, ils sont assez inoffensifs, mais ils peuvent prendre le pilote par surprise et entraîner une sur-réaction. Avec la modélisation, Costa sait quand ils sont censés arriver et peut ainsi s’y préparer au mieux. »

F

inalement, le grand jour arrive : l’instant de vérité, le résultat de quatorze mois de travail acharné, concentré dans seulement 45 petites secondes de concentration et de précision. « Ce que j’attends de ces 45 secondes ? La paix !, avoue Costa en souriant. Ce sera ma récompense, ces quelques secondes seront les dernières d’une grande aventure à laquelle tellement de gens ont participé, et je veux prouver aujourd’hui que leur travail a payé. » « Un jour ou l’autre, j’arrêterai de voler, poursuit Costa, et je me poserai cette question : ’Qu’est-ce que j’ai fait pour les autres ? Est-ce que je les ai fait rêver, est-ce que je les ai inspirés à poursuivre eux aussi leurs rêves ?’ » Mais nous n’en sommes pas encore là. Les deux tunnels attendent encore l’homme qui va les faire rentrer dans l’Histoire. Costa se concentre : « Dès la seconde où je décolle, plus rien ne compte. Forcément, je suis curieux de savoir ce que ça fait de voler dans un ­tunnel, mais pendant ces 45 secondes, je crois que je vais surtout ressentir une immense sérénité, comme quand j’étais enfant. À ce moment-là, tout cesse ­d’exister autour de moi. » « Et tout devient possible. » Dario Costa a réalisé son rêve de passer le tunnel le 4 septembre. Pour voir son incroyable exploit, scannez le QR code.

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NÉE POUR LE RIDE La jeune athlète ­Khothalang Leuta en juillet 2021 sur un circuit de pump track de son pays, le Lesotho.


La course de sa vie À 18 ans, KHOTHALANG LEUTA, la rideuse la plus rapide du Lesotho, est en route vers le sommet de la scène mondiale du pump track. Portrait d’une femme qui se bat contre les ­préjugés, et change la face d’une ville entière. Texte LEE NXUMALO  Photos TYRONE BRADLEY

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À

première vue, Khothalang Leuta ressemble à une jeune fille timide ayant tout juste atteint la majorité. Mais dès qu’elle met le pied sur le pump track de sa petite ville natale de Roma, au Lesotho, un pays de deux millions d’habitants situé dans le sud de l’Afrique, tout change : son pas devient plus rapide, ses yeux se mettent à pétiller. Sur cette piste cycliste d’un genre particulier, avec ses bosses et ses virages relevés, tout tourne autour d’une tension corporelle maîtrisée à la perfection. Ici, la vitesse n’est pas générée par la puissance musculaire pure mais par l’harmonie avec la piste. Dans la communauté, on parle du flux ­ultime. C’est là que Khothalang Leuta est dans son élément. Et elle prouve de manière impressionnante jusqu’où ce flux peut vous porter.

Quand on sait où l’on veut aller, peu ­importe d’où l’on vient. Elle a rapidement dominé régulièrement les tournois de sa région ainsi que, de plus en plus, au niveau international : en 2019, elle a terminé quatrième de la catégorie féminine des qualifications du championnat Red Bull à Pretoria, en Afrique du Sud. Ce qui signifiait une qualification aux championnats du monde UCI de pump track Red Bull 2021 qui auront lieu au Portugal à la mi-octobre. Khothalang Leuta avait sept ans quand elle a commencé à faire du BMX. Au début, c’était plus un jeu qu’un sport. Mais un jour, près de son école, elle a observé un camion-benne, quelques camionnettes et des hommes en sueur qui pelletaient de la terre et poussaient des brouettes chargées. Ils posaient les

PIONNIÈRE Leuta a été la première fille de Roma assez courageuse pour rouler avec les garçons sur la piste. Depuis, son succès a inspiré de nombreuses autres personnes à suivre les traces de ses pneus et à se lancer dans ce sport. 54

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LA DISCRÈTE

Khothalang Leuta lors du shooting photo pour The Red Bulletin au Lesotho, à Bocheletsane.

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fondations du pump track à venir qui allait changer le cours sa vie. La piste fait 157 mètres de long, compte sept virages relevés et trois bosses. « Le pump track me faisait peur au début, mais je tenais absolument à l’essayer, dit la jeune fille. Le fait que cette discipline n’attirait que des garçons a aussi boosté ma motivation. » « Au début, nous avons vraiment eu du mal à faire venir les filles du coin sur la piste, et à les inciter à prendre un vélo pour essayer de rouler », renchérit Maryke Zietsman, responsable de la communication chez le fabricant suisse de pump tracks Velosolutions. « Ce n’était tout simplement pas courant culturellement parlant pour les filles de faire du BMX. Nous avons dû nous battre contre ce préjugé qui veut que le vélo ne soit réservé qu’aux garçons. Je suis très heureuse que nous y soyons parvenus. » Le pump track de Roma fait partie de l’initiative Pump for Peace menée par Claudio Caluori, l’ancien professionnel suisse de descente.

Sa société, Velosolutions, construit toutes sortes de pump tracks à divers endroits de la planète, allant des pistes professionnelles pour les compétitions internationales aux circuits plus petits dans les régions plus pauvres du globe, voire même dans les zones de guerre. L’objectif de Pump for Peace est de rendre le vélo plus accessible, notamment aux enfants. Claudio Caluori a eu cette idée lorsque Velo­solutions a été chargée de construire une piste dans la zone frontalière très pauvre située entre la Thaïlande et le Cambodge. « Quand nous avons terminé l’installation au Cambodge, tous les enfants sont arrivés aussitôt pour rouler sur la piste avec tout ce qu’ils avaient pu trouver, se souvient-il. Certains avaient de vieux vélos rouillés, d’autres n’avaient même pas de pédales, mais ils roulaient quand même. J’en avais les larmes aux yeux. C’est à ce moment-là que je me suis dit que nous devions faire en sorte que cela soit possible partout dans le monde. »

SUR SA LANCÉE Leuta vise la victoire aux championnats du monde Red Bull UCI de pump track, qui se dérouleront à Lisbonne du 15 au 17 octobre.

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CONSOLIDER SES BASES

Sur l’une des autres pistes du Lesotho, à Mantsonyane.

Khothalang ­Leuta est une reine de la v ­ itesse qui a plus d’un tour dans son sac. THE RED BULLETIN

Un projet bénéfique pour la communauté

Le premier projet de Pump for Peace a été l’installation du circuit de Roma. La construction a duré un peu moins de quatre ­semaines. Ce fut un grand défi pour ­Caluori et son équipe car les machines et les équipements adéquats étaient difficiles à trouver dans une région aussi reculée. L’équipe a finalement reçu l’aide des habitants de la ville qui ont fourni des matériaux, ou tout

simplement donné un coup de main : le pump track est devenu un vrai projet communautaire. Les habitants de Roma s’occupent eux-mêmes de l’entretien de la piste. « Dès que la piste a été terminée, la communauté est devenue très active, se ­souvient Claudio Caluori. Les gens ont organisé un système de prêt de vélos pour les enfants, ont maintenu la piste en bon état et mis sur pied de petits ­événements chaque semaine. Le tout   57


à Roma. Il loue et répare des b ­ icyclettes à prix raisonnable. Tel est son leitmotiv : tout le monde doit pouvoir faire du vélo, les pauvres comme les riches. On peut croiser Khothalang à la boutique, car elle y vient souvent. Elle-même fait partie de la clientèle qui loue un vélo ici. « Khothalang a été la première fille à s’intéresser au pump track, se remémore Makhetha. Je la connais depuis qu’elle a commencé à faire du vélo. Mais je ne pensais pas qu’elle s’accrocherait car la plupart des filles ne sont pas aussi intéressées par le sport que les garçons. Honnêtement, je ne pensais pas qu’elle atteindrait un jour le niveau qu’elle a aujourd’hui. »

Admirer, essayer, répéter, puis y arriver

LE TERREAU Leuta a commencé à faire du vélo à l’âge de sept ans ; (en bas) Karabelo Mohapi, un ami proche et compagnon de route sur le pump track de Roma.

« Khothalang travaille dur, elle nous motive et inspire les filles. » Mosito Mohapi 58

a grandi et est devenu bien plus qu’un simple pump track. » Tumelo Makhetha a alors coordonné les volontaires. « Je me souviens très bien du jour de l’asphaltage, raconte-t-il. Nous devions donner au sol la bonne forme, puis l’asphalter. Nous y avons consacré des heures de travail intense. » Outre son ­travail de gestionnaire d’événements, Makhetha dirige un magasin de vélos

Plus Leuta passait de temps sur le pump track, plus elle devenait obsédée. La jeune fille regarde souvent des vidéos de riders du monde entier sur YouTube et essaie de réaliser leurs tricks sur la piste. Si Leuta est connue comme un monstre de vitesse, elle a plus d’un tour dans son sac. De temps en temps, vous pouvez la voir sauter par-dessus des rampes, des jumps qu’elle combine avec une conduite créative ou son trick, le mega manual. Avec tout le temps passé sur la piste, elle s’est fait de bons amis parmi les autres riders, les meilleurs étant Kopano Matobo, Mosito Mohapi et son cousin Karabelo Mohapi. Leuta connaît ces trois-là depuis qu’elle est toute petite, mais la véritable amitié ne s’est créée qu’avec la piste. Bien sûr, aucun des garçons n’est épargné par l’ambition de Leuta. Tous les quatre discutent constamment pour savoir lequel d’entre eux est le plus rapide. Leuta a déjà battu Kopano Matobo et ­prétend avoir également battu Mosito Mohapi. Quand on l’interroge à ce sujet, il nie tout, avec le sourire. « Khothalang travaille dur, reconnaît-il, elle nous motive et inspire les filles de chez nous. » Mosito se rendra au Portugal avec son amie et adversaire. Il s’agira de sa deuxième participation à une Coupe THE RED BULLETIN


PASSAGE AU STAND Le magasin de vélos de Tumelo Makhetha propose des VTT et des BMX à la location,

­ainsi que des réparations à faible coût. Ainsi, les cyclistes locaux ne sont pas exclus financièrement de ce sport.

« Mon père m’a appris à ne jamais abandonner, à continuer d’essayer. » Khothalang Leuta

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du monde. Lors de la dernière édition qui s’est tenue en 2019 en Suisse, il s’est hissé dans le top trente. Khothalang Leuta était aussi de la partie à ce moment-là, mais elle a manqué de peu la qualification. Une expérience amère, mais elle ne s’est pas laissée ­décourager. Au contraire, cela l’a motivée à faire encore mieux : « Je me suis entraînée presque tous les jours après l’école, même le week-end, pour la qualification suivante. » Leuta attribue sa confiance, sa détermination et sa volonté à son père, qui a été une figure très importante dans sa vie. « Il avait le cœur sur la main et s’occupait tellement de moi, raconte-t-elle. Il m’a appris à ne jamais abandonner, à continuer d’essayer. Et il m’a enseigné la réparation de vélos. » Le père de Leuta est mort dans un accident de voiture en 2010. Elle venait d’entrer à l’école primaire à l’époque. Il lui manque, mais ses valeurs continuent de guider sa vie. « Il serait tellement fier de moi s’il me voyait maintenant, poursuit Leuta. Il m’a toujours dit de faire ce que je voulais et

de ne laisser rien ni personne m’empêcher de faire de mon mieux. » Le championnat du monde UCI de pump track Red Bull revêt donc une importance très particulière pour elle – c’est un souvenir et une sorte d’hommage à son père, une façon de rendre sa famille fière d’elle. Khothalang Leuta se réjouit de ce voyage au Portugal car c’est la première fois qu’elle prendra l’avion. Elle sait qu’elle n’incarne pas uniquement son propre rêve, elle représente une ville entière qui l’admire. « Beaucoup de gens sont fiers de moi et me soutiennent, dit Leuta. Je suis une inspiration pour de nombreuses filles dans mon pays. C’est un sentiment très gratifiant, et j’espère juste pouvoir faire de mon mieux. J’ai toujours voulu aller à l’étranger et vivre de nouvelles expériences. Alors j’espère que lorsque je concourrai, je pourrai faire en sorte que tout le monde s’émerveille de ce dont une fille de Roma est capable. »

La vidéo The Fastest Girl in the Village est sur Red Bull TV.   59


ILS FONT UN CARTON

Fabian Lohmann, entraîneur eport avec les figurines en carton de son équipe League of Legends, les G2, à Berlin.

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Confessions d’un boss de l’esport

FABIAN LOHMANN, 25 ans, est l’entraîneur d’esport le plus titré d’Europe. Il nous offre ici une immersion dans le monde des pro gamers : des victoires qui valent des millions, des shitstorms en Chine et des stars retraitées à 25 ans. Texte MARC BAUMANN  Photos NORMAN KONRAD THE RED BULLETIN

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Pourquoi le jeu de stratégie en ligne League of Legends est-il le plus populaire des tournois d’esport ?

EN VITRINE

Lohmann dans la salle des trophées de son équipe d’esport, G2, à Berlin.

L’esport

connaît un succès phénoménal en Europe et dans le monde entier. Les joueurs s’affrontent dans des ­simulations sportives ou dans des jeux de tir à la première personne comme Call of Duty ou Counter-Strike. Mais le plus populaire de tous est le jeu de stratégie en temps réel League of Legends (LoL). Pour vous faire une idée : une place de titulaire dans la plus haute ligue européenne de LoL a récemment été vendue pour 25 millions d’euros. L’esport attire autant les joueurs que les spectateurs, si nombreux désormais que les tournois remplissent les plus grands stades. Mais c’est surtout sur le service de streaming en ligne Twitch ou via YouTube que les fans ­regardent leurs tournois favoris. Si la plupart des grandes équipes et superstars viennent du continent asiatique, c’est un Allemand qui figure parmi les meilleurs coachs d’esport au monde : Fabian Lohmann, alias « GrabbZ », âgé de 25 ans et originaire de Wolfsburg, a atteint la finale des mondiaux de LoL 2019 avec son équipe G2, formée des meilleurs joueurs européens. Il vous introduit au monde sensationnel de l’esport. 62

En mai, League of Legends (LoL) a fêté un record de spectateurs sur Twitch : le jeu a été streamé pendant plus de 174 millions d’heures. Le principe de LoL, un combat entre deux équipes de cinq joueurs, est pourtant loin d’être original. Les jeux d’arène de combat en ligne multijoueurs de ce type existent depuis 2003, League of Legends est apparu en 2009. Douze ans plus tard, sa popularité toujours intacte ne fait que grandir. Pourquoi ? LoL est facile à jouer, mais dur à maîtriser. On a le choix entre 150 héros. Chacun a ses propres qualités, forces et faiblesses. Même un coach professionnel comme Fabian « GrabbZ » Lohmann, ne peut se souvenir des types de dégâts de tous les personnages, ce qu’il admet volontiers. Et il reste encore un défi de taille : Riot Games, la boîte de développeurs à l’origine de LoL située à LA, publie toutes les deux semaines une mise à jour (« un patch ») qui modifie complètement le jeu. C’est comme si la FIFA décidait soudain que les buts de la tête comptaient double. « Jusqu’au milieu de l’année 2020, nous avions un style de jeu très agressif : je savais exactement quels héros choisir ; et puis un nouveau patch est arrivé, les développeurs ont décidé que ce style très offensif serait beaucoup plus difficile à jouer. On a dû s’adapter », se souvient Lohmann.

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Qu’est-ce qu’il faut avoir de plus que les 100 millions de joueurs actifs pour atteindre le top mondial ? Pour gagner de l’argent dans l’esport, il faut être aussi rapide devant son écran que dans la vie : les joueurs peuvent passer pro à 17 ans, la plupart prendront leur retraite vers 25 ans. Pour gravir le sommet, il faut atteindre le niveau 30 pour pouvoir jouer des parties classées. On rejoint alors une très longue file d’attente : « On a cinq millions de joueurs classés en Europe, 50 d’entre eux deviendront probablement pros. » Des centaines de milliers prêts à jouer jusqu’à 12 h/jour pour atteindre un niveau vraiment, vraiment bon.

Avant qu’une équipe ne s’intéresse à un joueur, celui-ci doit se hisser dans les classements et atteindre le top des rangs à trois chiffres. « G2 s’entraîne 12 à14 h/jour, 7 j/7. » Ils passent environ 6 h/jour à jouer contre d’autres équipes avec des débriefings entre chaque partie. Quand ils éteignent leur écran, c’est pour rencontrer les sponsors, voyager ou faire des exercices physiques. La saison de LoL est longue (onze mois d’affilée), mieux vaut avoir une petite amie tolérante comme celle de Lohmann. À ce sujet, on estime à mille le nombre de femmes parmi les millions de joueurs classés. « LoL est un univers masculin, même si de plus en plus de femmes s’y mettent. Elles sont les bienvenues, tant qu’elles sont prêtes à accepter le style de vie excessif de LoL. »

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Comment devient-on coach d’esport et à quoi ressemble le quotidien ?

« Les jeux vidéo et moi, ça fait deux », s’amuse Lohmann. En 2010, à 14 ans, il joue pour la première fois à LoL. « Trop tard pour devenir pro. » Mais le moment idoine pour s’introduire sur la scène encore bourgeonnante de LoL : quelques années plus tard, en parallèle de ses études de gestion, il travaille comme analyste pour des équipes de LoL. À l’époque, des connaissances basiques d’Excel suffisent. Le dynamisme et la jeunesse de l’esport l’intéressent bien plus que ses études et, en 2016, à à peine 20 ans, il devient coach principal. Sa formation : learningbydoing. Les points forts de Lohmann ? Motivation et gestion du stress. « J’avais l’habitude d’assumer publiquement la responsabilité des défaites pour maintenir la cohésion de l’équipe. C’est devenu un running gag : “On a perdu ? C’est la faute à GrabbZ !” » En cas de défaite, son aide est précieuse : « Je sais comment faire redescendre les joueurs en colère. » Il décrit son travail comme 50 % de psychologie, 20 % d’organisation et 30 % de tactique de jeu. Des journées bien remplies après lesquelles il va encore voir ce qui se passe du côté des ligues coréennes ou chinoises. GrabbZ gère aussi une équipe d’analystes, un prof de fitness et un cuisinier qui privilégie une alimentation saine.

« On a cinq millions de joueurs classés en Europe, 50 d’entre eux deviendront probablement professionnels. » THE RED BULLETIN

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Comment former une équipe homogène avec des individualités si ­différentes  ? En compétition, ses joueurs sont d’excellents mathématiciens aux capacités analytiques remarquables qui calculent les niveaux de dégâts à toute vitesse pour adapter leurs tactiques en conséquence. « Mais leur tête est si pleine qu’ils oublient où ils ont laissé leur portable », rigole Fabian Lohmann. Ils ne savent plus ce qu’ils ont mangé hier, mais peuvent décrire une vieille partie de LoL sans importance dans les moindres détails. Cinq ans plus tôt, quand il a commencé son travail de coach LoL, cet ancien footballeur de Landesliga avait une image bien précise du métier de coach « qui a vite volé en éclats. Les besoins et les idées des pro gamers sont aux antipodes de ceux du foot ». Lohmann réalise alors que sa notion de discipline très germanique n’est adaptée ni à la modernité de l’esport, ni à des joueurs venant de Slovénie, de Pologne, de Suède ou du Danemark. Première étape : comprendre pourquoi ses joueurs veulent les choses d’une certaine manière seulement et, à partir de ces constats, créer des structures efficaces. « On a un nouveau joueur qui a besoin d’une routine quotidienne très structurée et d’autres joueurs que cela impacte n ­ égativement. En tant qu’entraîneur, mon rôle est de concilier tous ces besoins. » Le leitmotiv de Lohmann: instaurer la confiance, parler de tout ouvertement, faire preuve de constance et de crédibilité dans ses décisions.

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Pourquoi les Chinois, les Sud-Coréens et les Japonais sont-ils les meilleurs ?

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De quelle manière se comportent les stars de l’esport ?

Les superstars de l’esport ne sont peut-être pas aussi riches que les jeunes footballeurs professionnels (souvent multimillionnaires à 18 ou 19 ans), mais les meilleurs joueurs de League of Legends reçoivent tout de même un salaire annuel de rêve, ­dépassant parfois le million. « Si je remarque qu’un joueur achète des produits de luxe inutiles, on en parle, explique Lohmann. Mon équipe est très sensibilisée. Plusieurs d’entre eux ont acheté des maisons ou des appartements, et les parents sont derrière. » Pour s’amuser, deux joueurs ont acheté des peignoirs Gucci à 5 000 euros pièce. Ils ont été pris en photo à la descente du bus de l’équipe, ce qui a bien fait rire tout le monde. Son joueur le plus célèbre a un demi-million de followers sur Twitter. Les pro gamers définissent leur succès via les médias sociaux et les sites de streaming comme Twitch, mais avoir plein de followers ne sert à rien si la performance n’est pas au rendez-vous : « Sinon, les fans vous oublient vite, lâche Lohmann, qui ajoute : “Les superstars, ce sont aussi les meilleurs joueurs parce qu’ils font vivre des moments inoubliables aux spectateurs.” » Et ils sont conscients de leur valeur : « Avant, je m’occupais d’une équipe plus faible, je n’avais qu’à dire soit tu joues mieux, soit tu ne joues plus, explique GrabbZ. Je travaille désormais avec des cinq étoiles qui savent qu’on ne les remplacera pas si facilement. » 64

En Chine et en Corée, les pros s’entraînent 16 h/jour*, c’est ce que l’on attend d’eux. « Il y a de grandes différences culturelles dans l’esport, c’est beaucoup plus autoritaire en Asie. Les joueurs ont une pression énorme, ils doivent être performants en marge de leur scolarité. Je ne peux pas exiger la même chose des mes joueurs. » Un coach suédois a travaillé pour une équipe asiatique pendant quelques mois avec un succès plus que mitigé. « Les Chinois appellent les Européens des artistes parce qu’on ne prend pas les conventions au sérieux et qu’on fait nos propres trucs », explique GrabbZ. Les Européens sont souvent à la traîne en début de tournoi, mais comme ils ne s’entraînent pas aussi dur, des équipes comme les G2 ont encore des forces pour s’améliorer tout au long de la compétition. C’est pour ça que les Coréens se sont fait surprendre quand ils se sont inclinés pour la première fois face à une équipe européenne. Lohmann se souvient encore du moment où la superstar du jeu, Lee ­«­ ­Faker » Sang-hyeok, est passée devant lui lors d’un tournoi. « On voyait bien qu’il ignorait qui on était. Depuis que nous avons battu son équipe, son ­sourire a changé : il nous prend au ­sérieux, maintenant. »

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Comment le pro gamer supporte-t-il la critique ? Si GrabbZ et son équipe perdent un match, ils ne risquent pas de se faire lyncher par un journaliste sportif dans un quotidien le lendemain. Les pro gamers reçoivent des commentaires sur Reddit, Twitch et Twitter, des marques de soutien et des compliments pour la plupart. Mais parfois c’est le contraire : un joueur de Lohmann a dit en plaisantant que les Chinois discutaient de leurs stratégies entre eux « et du jour au lendemain, quelque 20 000 Chinois ont posté des commentaires nerveux sur Twitter ». Encore un enseignement qu’il doit prodiguer à ses jeunes joueurs : garder confiance malgré les emmerdes. Le conseil de Lohmann pour ceux qui en bavent sur le net : faites preuve de relativité. « C’est évident que certains profitent de l’anonymat pour se défouler. »

« Je travaille désormais avec des joueurs cinq étoiles qui savent qu’on ne les remplacera pas si facilement. » THE RED BULLETIN


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Que pourrait apprendre le football de l’esport ? La FIFA suit l’esport de très près, car le vrai jeu sur le terrain perd de plus en plus de spectateurs dans le groupe cible des 15-21 ans au profit de l’esport. Mais pour Fabian Lohmann, l’ère n’est pas encore au changement : « Certains matches d’esport isolés peuvent avoir un nombre de télé­ spectateurs comparable à celui d’un match de Bundesliga, mais ce serait prétentieux de croire que l’esport joue dans la même ligue que le foot ou le football américain. » Il y a beaucoup de personnes âgées, en Allemagne notamment, qui ne sont pas encore familiarisées avec le monde numérique au point de regarder des matches d’esport. « Mais d’un autre côté, il y a des fans d’esport de longue date qui regardent les matches ou les tournois avec leurs enfants. Je trouve ça super sympa », dit Fabian.

PRISE EN MAIN

Selon Lohmann, entraîneur esport, 50 % de son travail consiste à faire de la psychologie.

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Pourquoi la plupart des pro gamers achèvent-ils leur ­carrière vers 25 ans ? Selon une étude, la capacité de réaction ne diminue qu’à partir de 30 ans chez les hommes donc théoriquement, on pourrait encore être au top mondial à cet âge. Mais c’est un mode de vie exigeant : nombreux sont ceux qui, à 25 ou 26 ans, ne veulent plus s’entraîner 14 heures par jour. Et les pro gamers ratent une grande partie de ce que vivent et expérimentent les adolescents et les jeunes adultes. Les joueurs pourraient-ils accepter un coach âgé de 40 ou 50 ans ?

THE RED BULLETIN

« Le seul problème, à mon avis, c’est que l’écart de maturité émotionnelle serait trop important. À un moment donné, vous êtes trop vieux pour pouvoir comprendre vos joueurs. » Fabian Lohmann prépare également son équipe à la vie après leur carrière éclair, les encourageant à développer leur esprit d’initiative : « Profitez des rencontres avec les sponsors, montrez-vous en public. » Les influenceurs montrent bien qu’avoir des followers représente un avantage pour l’avenir. Beaucoup d’anciens joueurs restent dans l’esport, deviennent entraîneurs, commentateurs ou ont leur propre streaming. D’autres veulent faire une coupure, reprendre l’école, les études ou découvrir le monde.

La proximité avec les fans, voilà une chose que les sports traditionnels, et le football professionnel en particulier, pourraient apprendre de l’esport. Sur Twitter, par exemple, les fans d’esport peuvent écrire à tous les joueurs et recevront probablement une réponse. AskMe Anything, les séances de questions numériques pour les fans, sont également exemplaires, et permettent vraiment ­d’apprendre quelque chose des pros. Plus d’ouverture sur le numérique et moins de phrases bateau. Fabian Lohmann a personnellement pu vivre l’émotion d’un stade rempli de fans : « En 2019, nous avons battu les champions coréens en demi-finale de la Coupe du monde dans une arène en Espagne, et c’était une vraie ambiance de stade de foot, il y avait même des chants de supporteurs. Et après la conférence de presse, des milliers de fans nous attendaient. »   65


Orb, du crew Seattle’s Circle of Fire, exécute un head freeze lors du premier Lords of the Floor en 2001.

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THE RED BULLETIN


JAMES NEWMAN

Le grand tournoi

Il y a vingt ans, un événement pionnier organisé à Seattle, Lords of the Floor, a révolutionné le breaking de compétition. Cette discipline fera ses débuts olympiques en 2024. Découvrez l’évolution de cet art athlétique, passé d’activité marginale à phénomène mondial. Texte JEFF WEISS THE RED BULLETIN

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u début, 64 équipes se disputaient le titre. Les unes après les autres, elles ont cependant peu à peu fait face à leur destin, jusqu’à ce qu’il ne reste que les « 8 grandes ». Venus par avion de tous les États-Unis, les danseurs se sont réunis à la station navale de Sand Point à Seattle, vêtus de pantalons cargo et de maillots de basket. C’était l’affrontement des affrontements des B-Boys, celui vers lequel tous les autres ont mené. C’était le printemps 2001 et tous les crews redoutés étaient là : les Skill Methodz, les Rhythm Bugs, les Massive Monkees, les L.A. Breakers, les Boogie Brats, Circle of Fire, Style Elements et HaviKoro. Les seigneurs du plancher, les Lords of the Floor. Sponsorisée par Red Bull, cette compétition de deux jours était l’œuvre de Bob « The Balance » Fox­ hoven, du groupe Circle of Fire, de Seattle, qui avait représenté les États-Unis lors de la légendaire compétition internationale Battle of the Year en 2000.

Mais il y avait quelque chose de différent à cet événement. Les États-Unis ont peut-être inventé le hiphop – qui compte le breaking parmi ses quatre éléments fondateurs – mais celui-ci avait déjà commencé à se transformer en un phénomène mondial, et personne n’avait jamais vu, au niveau national, quelque chose qui égalait l’ampleur de Lords of the Floor. Z-Trip, le maître turntablist et futur pionnier du mash-up, était aux platines. Ken Swift, du légendaire Rock Steady Crew, faisait partie des juges. La salle était dotée d’une piste de danse fraîchement cirée et élastique qui permettait de réaliser les mouvements les plus athlétiques et les plus impressionnants que l’on n’avait jamais vus. Une salle à guichets fermés où le public s’entassait dans l’arsenal bondé. Issus d’une sous-culture rebelle née dans les décombres du South Bronx des années 70, les danseurs furent extrêmement surpris d’y voir des masseuses offrir THE RED BULLETIN

JAMES NEWMAN (2), JASON KOENIG

B-Boy Crumbs des California’s Style­ ­Elements à Lords of the Floor en 2001.


Orb, du crew Circle of Fire, en 2001.

Au fil des ans, les membres du crew des Massive Monkees de Seattle ont travaillé avec des artistes tels que Missy Elliott, Beyoncé, Public Enemy, 50 Cent et De La Soul. THE RED BULLETIN

leurs services entre les battles. Les récompenses s’élevaient à 4 000 dollars. C’était une ascension que personne n’avait prévue. « Ça a été un bond gigantesque pour le break », dit Jeromeskee, membre des Massive Monkees, qui s’est produit alors qu’il était encore en terminale. Après le spectacle, il s’est directement rendu à son bal de fin d’année. « C’était l’événement le plus prestigieux qu’on ait jamais vu. Pour la première fois, les B-Boys étaient traités comme des rock stars. » Et la compétition connut un tel succès que Red Bull l’a organisée à nouveau l’année suivante. L’influence du Rock Steady Crew et les films classiques de breaking des années 80 comme Breakin’ et Beat Street avaient défini le modèle de la première vague de break, mais Lords of the Floor a révolutionné ses possibilités pour la génération suivante. Aux Jeux olympiques de Paris de 2024, le break fera ses débuts en tant que discipline olympique et évoluera sur la plus grande scène du monde à ce jour. On peut clairement retracer son ascension, à partir des deux premières épreuves de Lords of the Floor qui suscitèrent énormément d’intérêt avec son déferlement de phases audacieuses, de handstand à une main, de spin et de freeze étourdissants. Si l’art du break a d’abord été telle une alliance sacrée transmis   69


Jeromeskee, de Massive Monkees, s’est produit à Lords of the Floor alors qu’il était lycéen. Il a terminé la soirée au bal de fin d’année de sa promo.

Seth Martinez (Circle of Fire) montre ses qualités athlétiques lors du premier Lords of the Floor.

Le B-Boy Alexander « El Niño » Diaz (à droite) affronte Fouad « Lil Zoo » Ambelj du Maroc lors de la finale mondiale Red Bull BC One à Rome en 2015. Diaz a remporté les deuxièmes Lords of the Floor en 2002.

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en personne par la démonstration ou étudié via des cassettes VHS difficiles à trouver, le DVD Lords of the Floor est soudainement devenu un graal planétaire. « Tous les membres de cette équipe étaient de grosses pointures. La plupart des événements précédents avaient suscité un intérêt local et communautaire, mais Lords of the Floor a reçu une attention nationale », explique B-Boy El Niño, le champion de break qui s’est initié à cet art dès l’âge de 5 ans et a remporté le deuxième événement Lords of the Floor en 2002 avec son crew, les Floor Brats. « Avant Lords of the Floor, nous devions collectionner et échanger des cassettes VHS, mais cette compétition a été disponible sur DVD, ce qui a tout changé. Tous les B-Boys de Russie m’ont dit que c’était parmi les premières images qu’ils avaient vues. Ça a complètement changé la donne. » Le break était traditionnellement centré autour d’un crew, mais au fur et à mesure que les compétitions ont contribué à élargir son attrait dans le monde entier, la combinaison art/sport a commencé à faire évoluer la discipline vers des affrontements à deux contre deux, puis des battles individuels. À cet égard, il reflète le hip-hop lui-même, qui se concentre désormais davantage sur les performances solos que sur le groupe. À ses débuts, les innovations démentes et la nouveauté pop-and-lock ont capté l’attention du grand public pendant une courte période au cours des années 80. Des films, des documentaires et des sitcoms ont exploité le filon du break et le consommateur moyen l’a vu comme un phénomène de mode. Mais dans les années 90, le break a mûri dans l’underground. Les battles régionaux se sont multipliés, un système d’évaluation standardisé par points a pris racine. Des juges sérieux ont donné un nouveau ton sans pour autant le départir de son caractère ludique. L’ascension s’est amorcée. Un tournant décisif s’est produit en 2004, lorsque Red Bull a repris le flambeau des Lords of the Floor pour former sa désormais vénérable compétition, THE RED BULLETIN


JAMES NEWMAN(2), NIKA KRAMER/RED BULL CONTENT POOL, ALI BHARMAL/RED BULL CONTENT POOL, COLIN KERRIGAN/RED BULL CONTENT POOL

le BC One. L’une des rares compétitions internationales sans équipes, le Red Bull BC One allait mettre en scène seize B-Boys et des affrontements à un contre un. Des concurrents d’Amérique du Nord, d’Europe de l’Est et de l’Ouest, d’Amérique latine, d’Asie-Pacifique, du Moyen-Orient et d’Afrique se sont alors affrontés lors de finales régionales pour avoir la chance de briller sur la scène mondiale. Ronnie Abaldonado, natif de Guam, mentionne le tournoi Red Bull BC One 2007 en Afrique du Sud comme un autre moment important de la popularisation globale. Organisé dans une centrale électrique abandonnée de l’ancien township de Soweto, Ronnie le compare au film d’arts martiaux de Jean-Claude Van Damme, Bloodsport. « Tous les murs ont été peints à la bombe et chaque fois qu’un concurrent perdait, son nom était rayé, explique-t-il. C’était très THE RED BULLETIN

athlétique et brut ; cela nous ramenait à la véritable essence du break. » Les stéréotypes éculés au sujet du break ont commencé à s’effondrer. On a assisté à la place à une renaissance au grand jour de ces nouvelles performances qui mettaient l’extrême souplesse en vedette. Les Jabbawockeez ont remporté la première saison de l’émission America’s Best Dance Crew. Peu après, le collectif au masque de ski et gants est apparu dans des publicités nationales pour Ford, Pepsi et Gatorade. En 2010, ils avaient leur propre spectacle à Las Vegas. La même année, le réalisateur Alastair Siddons a tourné Turn It Loose, un documentaire qui suivait Ronnie et d’autres breakers légendaires comme Hong 10, B-Boy Taisuke et B-Boy RoxRite. « Avant que BC One n’arrive sur le devant de la scène, tout tournait autour des batailles de crews, mais c’est ensuite devenu plus important de se battre à un contre un », explique RoxRite (aka Omar ­Delgado Macias), qui a remporté plus de face-à-face que n’importe quel B-Boy de l’Histoire. Il a été le premier à remporter un total de 100 victoires et a remporté le premier prix au Red Bull BC One 2011 à ­Moscou. Dans ses moments libres, il donne des cours

Ronnie Abaldonado, l’influent fondateur de Full Force Crew, a remporté la BC One World Final en 2007.

« Après les VHS, la sortie de Lords of the Floor en DVD a complètement changé la donne. » B-Boy El Niño   71


Omar « RoxRite » Delgado Macias a remporté plus de face-à-face que presque tous les B-Boys de l’Histoire. Il fut le premier à totaliser 100 victoires, et a remporté la BC One World Final en 2011.

Au cours de l’évolution du break, des danseuses comme B-Girl Sunny, ex-gymnaste, ont ouvert la voie à plus d’inclusion.

« Je me suis accrochée parce que je me moque de ce que les gens disent ou pensent de moi. » Sunny 72

ou pensent de moi, explique Sunny. J’ai ce côté rebelle qui fait que si vous me dites que je ne peux pas le faire, je vais le faire. C’est pour ça que je suis restée et que j’ai supporté toutes ces conneries. » Malgré le machisme bien ancré dans les cercles de B-Boy américains, Sunny a remporté de nombreux succès au cours des dernières années, apparaissant dans les finales mondiales de BC One et des Championnats du monde de break WDSF qui se sont tenus en Chine en 2019. En 2015, elle a remporté le battle solo Outbreak Europe B-Girl, et elle est considérée comme l’une des favorites de l’équipe américaine pour les Jeux olympiques de 2024. Son travail a contribué à jeter les bases d’un autre espoir pour 2024, la B-Girl californienne Logistx. Plus jeune THE RED BULLETIN

KIEN QUAN/RED BULL CONTENT POOL(2), LITTLE SHAO/RED BULL CONTENT POOL

consacrés au break et à la culture hip-hop à Harvard et au MIT (Massachusetts Institute of Technology). Au fur et à mesure que l’art du break a évolué, il a progressé vers une plus grande inclusion. L’une des danseuses qui a contribué à tracer la voie est la B-Girl Sunny, une ancienne gymnaste qui a découvert le breaking compétitif en 2008 alors qu’elle étudiait à l’université de Pennsylvanie. Une équipe du campus, appelée Freaks of the Beat, l’a invitée à un cours gratuit et elle a rapidement accroché. « À l’époque, il y avait énormément d’énergie et d’esprit de compétition entre les crews, les États et les régions, explique Sunny. Mais c’était excitant. La tension nous obligeait à foncer. C’était l’élément motivateur. Dès que vous entriez dans une salle, vous sentiez le regard des autres équipes. “Oh, c’est untel et unetelle là-bas.” Et tu avais intérêt à poser tes affaires à côté de ton crew, sinon tu prenais un risque. » Alors que le break est historiquement un phénomène fortement masculin, des équipes féminines comme les Dynamic Rockers, les Lady Rockers et la Female Break Force existent depuis les débuts de cette forme d’art. Ce sont les Rock Steady qui ont mis en vedette la B-Girl Daisy « Baby Love » Castro, la première à accéder à une renommée nationale. B-Girl Sunny a néanmoins dû faire face à la mentalité des boys’ clubs. « La seule raison pour laquelle je me suis accrochée est que je me moque de ce que les gens disent


membre des BC One All-Stars, Logistx, 17 ans, est déjà une vétérane, ayant participé à des cyphers de compétition depuis près de dix ans. « Le travail n’est pas terminé, mais au cours des cinq dernières années, les femmes ont gagné en autonomie, en acceptation et en respect », déclare Logistx, née Logan Edra. Initiée à la danse et à la culture hiphop par son père, Logistx était déjà une inconditionnelle des groupes A Tribe Called Quest ou Wu-Tang Clan dès l’âge de 7 ans. « Avec l’évolution du climat social, les B-Girls ont gagné en autonomie, poursuit-elle. Comme cette génération de femmes a atteint des niveaux plus élevés, cela nous permet de retenir plus l’attention, d’être davantage sous les feux de la rampe et d’exprimer nos vérités sur les luttes THE RED BULLETIN

que nous avons traversées. » Alors que le monde s’est resserré avec la technologie, l’un des changements les plus spectaculaires a été la mondialisation de la scène. Au début des années 80, les films et les émissions de télévision ont contribué à propager le break en Allemagne, au Japon et en Italie. Les Américains d’origine mexicaine à Los Angeles et ceux d’origine cubaine à Miami sont devenus obsédés par cette forme d’art. Mais dans le passage des années 90 aux années 2000, la hausse des loyers à New York a rendu la vie des artistes de plus en plus difficile et le centre de gravité s’est déplacé vers l’ouest, à Los Angeles et Las Vegas. Simultanément, l’explosion du DVD et l’arrivée de YouTube ont permis au break d’atteindre tous les

La B-Girl Sunny concourt pendant le Red Bull BC One Camp à Houston, en 2019.

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Depuis trois décennies, Chris « Cros One » Wright a élevé le ­niveau de compétition du break avec ses Freestyle Sessions.

« Beaucoup pensent que les Jeux olympiques offrent de la légitimité au break, mais je pense que nous l’avions déjà. » Cros One 74

THE RED BULLETIN

WILL MCKAY/RED BULL CONTENT POOL, CARLO CRUZ/RED BULL CONTENT POOL, COLIN KERRIGAN/RED BULL CONTENT POOL, LITTLE SHAO/RED BULL CONTENT POOL

À 17 ans, la B-Girl Logan « Logistx » Edra est déjà une ancienne de la scène et la plus jeune membre des BC One A ­ ll-Stars. Elle a les yeux rivés sur les JO d’été de 2024 à Paris.

coins de la planète. Au Japon, les breakers sont devenus des maîtres de la technique, apprenant leur art dans des académies de break strictes qui les ont aidés à produire deux des cinq derniers champions masculins à la compétition BC One. Pour eux, il s’agissait bien plus que d’une séquence de mouvements de danse, mais bien d’une tradition et d’une culture. La Corée, la France et les Pays-Bas sont devenus des hauts lieux internationaux. La Russie est également une puissance, ayant remporté les deux derniers championnats féminins BC One en solo. Aux ÉtatsUnis, les jeunes B-Boys partaient souvent à l’étranger pour remporter des tournois et, ce faisant, asseoir leur propre célébrité. En dehors des scènes, des milliers de B-Boys et de B-Girls ont joué un rôle essentiel dans la croissance et l’élévation de cette forme d’art. Au cours des vingtcinq dernières années, peu d’entre eux ont eu un impact plus important que Chris « Cros One » Wright, un missionnaire du break, dont les Freestyle Sessions sont devenues des musts pour les danseurs du monde entier. Originaire de San Diego, Wright est un lien entre les générations, ayant débuté en tant que breaker et artiste graffeur dans les années 80 après avoir entendu pour la première fois une cassette de RunDMC. En 1997, il a organisé la première Freestyle Session qui est devenue un incontournable du circuit international. La compétition a eu lieu dans plus de 40 pays dont le Japon, la Corée du Sud, la Russie, la France, la Turquie, l’Espagne, l’Australie, le Mexique, le Brésil et la Chine. « L’objectif de la Freestyle Session a toujours été d’élever le niveau de la plateforme et d’aider à tisser des liens, explique Cros One, qui a également co-­ organisé la première édition de Lords of the Floor. En 2010, on pouvait vraiment voir le monde s’ouvrir au break. Il y a eu une intégration entre les ÉtatsUnis et le reste du monde et les choses sont devenues plus professionnelles. Dans les années 90, les seules équipes qui voyageaient vraiment partout étaient Rock Steady, Air Force et Battle Squad en Europe. Maintenant, tout le monde voyage dans le monde entier. Il s’agit de rechercher l’événement, la vibe et le voyage parfaits. » En plus de répandre la bonne parole du break par le biais de ses compétitions, Cros One a siégé au conseil d’administration du Comité olympique de la jeunesse qui a plaidé avec succès pour son inclusion dans la liste des épreuves olympiques. « Beaucoup de gens disent que les Jeux olympiques offrent de la légitimité au break, mais je pense que nous l’avions déjà, ajoute Cros One. Mais cela apporte définitivement de l’eau à notre moulin. J’ai participé à des compétitions de break dans quarante villes de 40 pays différents et cela n’a jamais représenté grand-chose aux yeux de mon père, mais dès que je lui ai dit que c’était un sport olympique, il a posté, tout fier, un message sur Facebook. Les Jeux olympiques n’auront jamais rien vu de tel. » Le parcours du breaking pour devenir un sport olympique est le résultat de près de dix ans de lobbying public et privé. Il s’inscrit également dans les objectifs du


Comité international olympique en matière d’égalité des sexes et d’engagement des jeunes. Le break rejoindra donc le skate, l’escalade sportive et le surf aux Jeux. Mais contrairement aux autres compétitions organisées à Paris, le break est à cheval sur plusieurs mondes. Il s’agit d’un élément profondément ancré dans la culture hip-hop, d’un mode d’expression artistique et d’une activité sportive. Malgré la commercialisation qui s’est produite au cours des cinquante dernières années, il suffit de regarder les vidéos de cette génération d’espoirs olympiques pour comprendre comment la culture a été préservée. Comme un MC qui cherche le bon groove pour y insérer ses rimes, B-Boy Victor, le légendaire Red Bull BC One All-Star de 27 ans, se fond dans le rythme. Au lieu d’utiliser des mots, ses mains et ses jambes deviennent un flou envoûtant. Il se laisse tomber au sol et rebondit comme s’il était propulsé par un pogo stick. Les breakbeats semblent s’inverser et adhèrent soudainement à ses mouvements. C’est l’hypnose par la danse. Son corps semble s’affranchir de la pesanteur et immunisé contre les élongations ligamentaires. Un tourbillon majestueux de flares en rythme parfait, des headspins et des rebonds sur le sol à une vitesse fulgurante. Il faudrait

La star de BC One ­Victor Montalvo, autre espoir olympique de 2024, a remporté un nombre sans précédent de quatre titres mondiaux en 2015.

B-Boy Victor au Red Bull BC One Cypher Central Asia à Almaty, Kazakhstan, en 2018.

THE RED BULLETIN

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Ayant grandi en Alaska, le B-Boy Icey Ives a appris les bases du break auprès des aînés et en regardant des battles sur YouTube. En 2019, l’espoir olympique a remporté la finale nationale américaine de BC One.

regarder image par image pour voir exactement comment Victor s’y prend. Pourtant, cela nous semble en même temps familier : il s’agit de l’héritage des grands, actualisé, remis à neuf et toujours fidèle à son essence spirituelle. « J’ai l’impression que les Jeux olympiques vont rendre le break plus important qu’il ne l’a jamais été dans les années 80 », déclare le vainqueur d’un nombre sans précédent de titres mondiaux en 2015, Victor Montalvo, originaire de Floride. Il a appris cet art dès son plus jeune âge auprès de son père, qui avait été un B-Boy au Mexique. « C’est toujours une bonne chose que plus de gens connaissent le break, mais nous devons nous assurer d’enseigner les bases. Il s’agit de trouver sa propre identité et son propre style. D’essayer d’apporter quelque chose de nouveau pour créer un héritage. » 76

Malgré toutes les avancées physiques et les percées techniques, la notion de wild style continue de jouer un rôle de premier plan. C’est le même concept qui dominait les mouvements de danse et les salves de MC lors des fêtes de quartier du Bronx des années 70, rythmées par Apache et The Funky Drummer. Près d’un demi-siècle après ses débuts, la tradition est soutenue par ce sentiment d’histoire générationnelle. Jeremy « Icey Ives » Viray, 26 ans, a grandi à Anchorage, en Alaska, pratiquement le point aux États-Unis le plus éloigné possible de New York. Mais il a appris les bases avec les vétérans de la scène, les Alaskan Assassins, qui lui ont enseigné comment être un B-Boy. Il a comblé les lacunes en regardant des battles sur YouTube jusqu’à ce que l’espoir olympique de 2024 ait l’âge de se rendre dans les lower 48 (les « autres » États pour les Alaskiens, sans compter Hawaï) pour participer à des compétitions. « Que le break fasse partie des Jeux olympiques est énorme pour nous, déclare Ives, le champion national THE RED BULLETIN

ALI BHARMAL/RED BULL CONTENT POOL, RED BULL CONTENT POOL

Les Red Bull BC One World Finals ont contribué à préparer le terrain pour l’ultime étape au niveau mondial : les Jeux olympiques.


américain BC One 2019. Il y a évidemment des avantages et des inconvénients à tout. Certaines personnes représenteront le B-Boying comme un sport et d’autres comme une culture ; certains verront un peu des deux. Mais cela va générer tant d’opportunités pour les breakers. C’est une plateforme qui nous permettra d’obtenir des contrats de sponsoring et de parrainage dans le monde entier. » Ce qui est clair pour toutes les parties concernées, c’est que si le break doit continuer à s’épanouir, il doit rester fidèle à ses racines en tant que danse, forme d’art et style de vie. Il ne s’agit pas de

Il ne s’agit pas de gymnastique ou du dernier sport crossover aux X-Games, mais bien d’un mode de vie. THE RED BULLETIN

gymnastique ou du dernier sport crossover des X-Games, mais d’un mode de vie, d’un ensemble de commandements, d’un code cinétique transmis par les anciens dieux. Une tradition solennelle qui demande de l’habileté mais qui a été créée dans un but ludique et communautaire. Ives est né au milieu des années 90 mais prête allégeance au Rock Force Crew, fondé en 1983. Ce sont eux qui lui ont appris à tenir bon et à représenter cette culture, à garder le flambeau allumé. « J’espère que tout cela conduira les gens à se rassembler davantage, dit Icey Ives. Le breaking est un moyen pour nous de nous éloigner de ce qui est négatif et des tensions. C’est une forme de méditation. Nous dansons pour nous libérer de ces émotions. Je veux voir la jeune génération et les anciens pionniers de cette discipline construire davantage et partager leurs connaissances respectives. Nous devons tous continuer à apprendre les uns des autres.    77


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PERSPECTIVES Expériences et équipements pour une vie améliorée

LE PLAISIR DES GLACIERS

LOIC MEILLARD

Du ski d’été dans la région la plus ensoleillée de Suisse

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PERSPECTIVES voyage

« Le glacier est un monde à part. Loin de la vie de tous les jours et très proche du soleil. » Loïc Meillard, 24 ans, skieur de compétition

J

ai grandi avec une vue sur le ­Cervin. C’est pourquoi cette montagne m’est familière depuis mon enfance à Hérémence. Je m’entraîne sur le glacier du Théodule chaque été ­depuis 2005. Et de là, je vois encore une fois notre emblématique Cervin, cette fois sous un angle légèrement différent. De plus, cette région de glaciers au-dessus de Zermatt est l’un des rares endroits des Alpes occidentales où nous pouvons nous entraîner hors saison. Il y aa ­ ussi Saas-Fee, une station alternative près de la frontière italienne. Zermatt n’est pas seulement attirante pour les Suisses : chaque ­année, plus de 100 équipes provenant de 22 pays viennent s’entraîner ici. Et la région est également un véritable aimant pour les amateurs. On me demande parfois si les équipes de ski et les touristes ne se marchent pas sur les pieds. Mais il y a suffisamment de place pour tout le monde sur le vaste glacier. Les pros utilisent les pistes d’entraînement qui leur sont réservées à gauche et à droite du téléski T-bar sur 80

Du soleil, du ski, et le Cervin : le domaine skiable du glacier est accessible toute l’année.

C’est un départ : le skieur pro Loïc Meillard à l’entraînement sur le glacier du Théodule. THE RED BULLETIN


PERSPECTIVES voyage

Le trajet dans les téléphériques de Zermatt offre des vues sur les glaciers et les sommets de 4 000 m. Loïc Meillard se rend à l’entraînement tôt le matin, avec la première télécabine à 6 h 30.

MICHAEL PORTMANN, LOIC MEILLARD, PEDRO RODRIGUEZ, ZOE CHASTAN/SWISS-SKI SIMON SCHREYER

le Plateau Rosa. Les skieurs « civils » ­ isposent, eux, de toute la longueur et la d largeur des autres pistes pour échapper à la chaleur de la vallée. Au total, 21 km de pistes sont ouvertes jusqu’à la fin de l’été. En hiver, on atteint carrément 360 km, et tout cela jusqu’à 3 900 m au-dessus du niveau de la mer.

Comment s’y rendre En voiture : de l’est, par la route principale 19 ; de l’ouest, par la route principale 9. L’embranchement au sud se trouve à Viège. En train : le Matterhorn-­ Gotthard-Bahn vous ­emmène de Zurich à Viège en 2 h 30, où vous changez pour un train à voie étroite. Le célèbre Glacier Express relie directement St. Moritz à Zermatt. matterhornparadise.ch THE RED BULLETIN

Zurich Berne

Suisse

CANTON DU VALAIS Sion

Zermatt

Bon à savoir Zermatt est interdite aux ­voitures, été comme hiver, depuis 1931 ! Lors de votre visite, vous pouvez laisser votre voiture dans le parking à étages de Täsch. De là, la

station de montagne au pied du Cervin est accessible en 12 minutes environ en train. À Zermatt, des e-taxis et des navettes conduisent les clients aux stations de la vallée.

La fortune sourit à ceux qui se lèvent tôt Ma recommandation : se lever tôt ! Car vous risqueriez sinon de vous retrouver dans la neige duveteuse, ce qui n’est pas idéal pour skier. Profitez plutôt des pistes lorsqu’elles sont fraîchement ­damées, et que la neige accroche bien. À partir de 10 h 30 environ, elle est trop molle. Nous, les athlètes, prenons donc généralement les premières gondoles à 6 h 30. Les trois téléphériques qui vous emmènent dans la vallée ont une capacité suffisante et leur fonctionnement est parfaitement fluide. Depuis la télécabine, la vue exceptionnelle dévoile les langues glaciaires et les sommets   81


PERSPECTIVES voyage

culminant à 4 000 m : un monde à part, loin de la vie de tous les jours et très proche du soleil. Notre restaurant favori pour déjeuner est le Furri, juste à côté de la station intermédiaire, à mi-chemin du glacier. Le propriétaire s’appelle Furri Sepp ; il est célèbre pour ses rösti copieux avec des œufs et du fromage des Alpes. Comment bien terminer une journée de ski à Zermatt ? De retour dans la vallée, mes collègues et moi nous prélassons une petite heure à l’hôtel avant nos séances de débriefing, de physiothérapie, ou de fitness.

Après la formation, le plaisir Mais le café et les gâteaux font aussi partie intégrante de ma routine quotidienne. Mon conseil : le café Petit Royal avec le meilleur gâteau aux carottes du coin et son délicieux thé glacé fait maison. La patronne, Aleksandra, donne à ses clients l’impression d’être comme à la maison. Le soir, j’aime beaucoup 82

« Levez-vous tôt ! Vous profiterez des pistes fraîchement damées. » Loïc Meillard, 24 ans, skieur de compétition

­ ller dîner dans un restaurant japonais : a Fuji of Zermatt. On peut y admirer Sam, le maître sushi, à l’œuvre. Ce qui est unique dans le ski sur glacier durant les mois chauds, c’est de passer de la douceur de Zermatt (25 °C), à la fraîcheur hivernale en trente minutes. Pour les freestylers, le Snowpark Z ­ ermatt joue sur tous les tableaux : slopestyle, proLine, triple station et rail garden, transitions et ­mini-pipe. Le Shred Coffee propose des snacks et un DJ assure l’ambiance musicale toute la journée. En dehors du ski, les visiteurs ont la possibilité d’explorer la zone alpine en vélo électrique ou en VTT, ainsi que lors de randonnées à pied, à ski ou en raquettes. Les excursions en hélicoptère avec Air Zermatt sont une e ­ xpérience inoubliable et les ­alpinistes sont au paradis ici.

loicmeillard.ch ; matterhornparadise.ch THE RED BULLETIN

ZOE CHASTAN/SWISS-SKI, LORENZ RICHARD/RED BULL CONTENT POOL

De Zermatt en été, par 25 °C, aux pistes : Loïc Meillard lors d’un entraînement sur glacier.


S E N D T H E S E A R C H


PERSPECTIVES fitness

En trente ans, Greg Minnaar a remporté quatre titres mondiaux en VTT DH, une discipline où la moindre erreur peut faire mal. Sa réussite ne doit rien au hasard. Le 29 août 2021, le vététiste Greg Minnaar devient champion du monde de descente UCI, un trophée qu’il soulève pour la quatrième fois après un 12e podium. La somme de toutes ses victoires, dont 23 victoires en Coupe du monde fait de lui le vainqueur le plus prolifique de l’histoire du Downhill. Une performance d’autant plus remarquable que Minnaar fêtera ses 40 ans en novembre prochain. Le Sud-Africain a 22 ans lorsqu’il décroche son premier titre mondial en 2003. Mais avec un sport exigeant une force surhumaine, une parfaite condition physique, un mental d’acier, une grande agilité et une technique hors norme, beaucoup doutaient de la capacité de Minnaar à décrocher un nouveau titre. Le Black Snake balaie ces doutes avec une performance

de haut vol à Val di Sole, en Italie, le parcours le plus difficile de la saison. Comment Minnaar s’est-il maintenu au top malgré la révolution technologique des vélos et l’avènement d’une nouvelle génération de riders qui ont changé la donne ? « Je suis un pilote plus complet qu’il y a quinze ans », répond le GOAT.

Savoir compter

Sur un parcours aussi difficile que celui de Val di Sole, il est étonnant de constater à quel point les cinq premiers sont proches, quelques dixièmes de secondes les séparent. « Pour gagner, il faut rouler à 100 % », déclare Minnaar, tout en précisant qu’il ne s’agit pas « de descendre comme un inconscient ». Ses décennies d’expérience jouent ici un rôle essentiel. « Identifiez les segments où vous ne pouvez être

qu’à 95 % et ceux où vous pouvez pousser à 105 % pour compenser le temps perdu. »

Garder son sang-froid « L’expérience m’a appris à accepter mes peurs, même si celles-ci ne disparaissent pas pour autant. J’éprouve d’énormes difficultés à me calmer dans le portillon de départ, car si ça tourne mal,

« Revenir aux fondamentaux est inévitable. »

S’adapter

Le VTT de descente a beaucoup changé en dix ans. L’élargissement des bermes et l’allongement des sauts rendent les pistes actuelles plus rapides que les champs de blocs d’autrefois. La nouvelle génération de pilotes utilise des suspensions plus rigides pour un meilleur retour d’énergie, ce qui accroît la vitesse du vélo, mais réduit sa maniabilité. Mécano doué, Minnaar ne cesse d’améliorer son VTT, même avant le départ d’une course. « Pendant les qualifications, les profondes ornières m’ont mené la vie dure. » Avant la finale, il modifie les réglages des suspensions sans les tester. Il pense avoir tout gâché, en progressant plus lentement jusqu’à la mi-course. « Soudain, le vélo devient plus maniable, je trouve le bon rythme tandis que les concurrents sont à la peine. » Son pari s’est donc avéré gagnant.

Se connaître

Minnaar sait que l’heure de la retraite sonnera lorsque, à l’inter-­saison, les trois entraînements intenses hebdomadaires deviendront insoutenables. Pour faire face à ce défi, il privilégie les entraînements sociaux, avec d’autres pilotes. Sa méthode reste cependant la même : « Analyser mon corps et corriger mes faiblesses. Revenir aux fondamentaux pour progresser est inévitable, même après une longue carrière. » Inverser le cours du temps : l’âge n’a pas de prise sur Greg. À 39 ans, il rafle encore des titres majeurs.

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santacruzbicycles.com THE RED BULLETIN

MATT RAY

Le GOAT a encore frappé

je serai vraiment mal », confie Minnaar. De fait, la veille de sa victoire, son rival Loïc Bruni fait une violente chute, atterrissant sur l’unique parcelle de terre. Après coup, Bruni déclare « qu’il y serait resté » s’il avait atterri sur un rocher. Selon Minnaar, cela tient à la maîtrise des nerfs : « Sans la capacité à se détendre, attaquer la piste et gagner devient impossible. Le mental compte pour beaucoup. »

BARTOSZ WOLINSKI/RED BULL CONTENT POOL

RÉUSSIR


PERSPECTIVES agenda

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au 24 octobre QUIKSILVER ET ROXY PRO FRANCE

6 novembre BC ONE WORLD FINAL À GDANSK

LITTLE SHAO/RED BULL CONTENT POOL, RYAN MILLER/RED BULL CONTENT POOL

L’an dernier, la BC One World Final est passée en mode pandémie, les breakers s’affrontant devant un écran vert et les fans regardant depuis chez eux. Cela a fonctionné, mais avec ses MCs et ses foules hurlantes, le break est un art qui prend vie devant un vrai public. Cette année, la foule est de retour, et ça se passera en Pologne pour voir les meilleurs breakers du monde entier représenter leur pays. Assistez à la compétition B-Boys et B-Girls – pour la première fois avec un plateau complet de 16 danseuses – pour découvrir qui sera couronné(e) champion(ne) BC One 2021. redbull.com

Hossegor, le « temple du surf et de la fête », figure parmi les quelques destinations du Championnat du monde de surf professionnel régi par la World Surf League (ou WSL). Le circuit challenger du surf mondial fera donc escale sur la côte landaise, pour disputer ­simultanément le Quiksilver Pro France –manche du tour masculin – et le Roxy Pro France – l’épreuve féminine. L’occasion de vous rendre au JO&JOE, le 20 oct., pour une projection du documentaire sur Ítalo Ferreira, présenté plus bas sur cette page.

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octobre THE CURIOUS TALES OF ÍTALO FERREIRA Personne ne s’attendait à ce que le premier médaillé d’or olympique en surf masculin soit originaire d’une petite ville côtière du nord-est du ­Brésil, mais depuis qu’Ítalo Ferreira a explosé sur la scène, il fait voler en éclats ses adversaires les plus connus. Ce film évoque l’éducation de ce surfeur rapide et chaotique dans la minuscule baie de Baía Formosa. Comment un jeune homme en colère est devenu l’exportation la plus fière de sa communauté. Alors qu’il vise un deuxième titre de champion lors de la prochaine World Surf League, suivez le parcours de Ferreira, de l’enfant du pays à l’athlète numéro un du surf. redbull.com THE RED BULLETIN

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LE SON EN MOUVEMENT La star de la course moto  Danilo Petrucci  aime le son de sa machine. Avec les lunettes Fauna Audio, il peut écouter sa musique préférée tout en profitant du ­ronronnement du moteur.

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Oreilles ouvertes et technologie mains libres Danilo Petrucci est un adepte de la technologie. Ses lunettes Fauna l’aident à respecter son emploi du temps chargé en lui permettant d’avoir les oreilles ouvertes et les mains libres lorsqu’il parle au téléphone. Elles sont littéralement faites pour les personnes en mouvement.

FAUNA

anilo Petrucci doit rester concentré et alerte en même temps. C’est pourquoi il a choisi les Fauna Audio Glasses. Elles sont ses partenaires lors des interviews, des entraînements et lorsqu’il se concentre sur les courses à venir. Il ne jure que par leur style et leurs caractéristiques. Il s’agit d’une paire de lunettes audio révolutionnaire, dotée de puissants micro-haut-parleurs dans les tempes, eux-mêmes équipés de deux microphones. Chaque Fauna est pourvue de verres Carl Zeiss et de la technologie Bluetooth la plus sûre et la plus économe en énergie.


PROMOTION

Une nouvelle marque de qualité La marque Fauna est une émanation de la société autrichienne USound. Elle associe la technologie de pointe des haut-parleurs MEMS à un design haut de gamme pour offrir une nouvelle ­expérience d’écoute, et un confort de port parfait. Ayant fait partie du monde de la course, Danilo connaît l’importance des matériaux bien choisis. Chaque modèle Fauna est fabriqué en acétate italien de haute qualité.

« Les lunettes Fauna offrent un bon mélange de style, de résistance, de vision et de technologie. » Danilo Petrucci

L’EXPÉRIENCE FAUNA Danilo, quelle est l’importance de la technologie dans votre quotidien de pilote de moto de vitesse ? L’équipement et la technologie, en moto GP, c’est crucial. Au quotidien, en tant que pilote, je contribue au développement d’équipements qui pourront potentiellement être utilisés par les motards du grand public. Dans cette démarche, la sécurité est un aspect essentiel de l’innovation. C’est pourquoi vous portez des lunettes Fauna. ­Pourquoi les utilisez-vous ? Elles sont confortables et avec elles, ma sécurité est garantie quand je m’entraîne, quand je cours, ou quand je fais du vélo, au milieu de la circulation : elles sont très sûres pour écouter ce qui se passe autour de vous, surtout en ville. Vous pouvez écouter de la musique ou discuter avec quelqu’un au téléphone tout en restant connecté au monde qui vous entoure. Et le son est vraiment différent… c’est comme disposer d’une stéréo autour de vous juste en portant des lunettes de soleil. Les lunettes Fauna Audio permettent une écoute agréable et pratique de la musique : qu’est-ce que vous écoutez, et quand ? Avant la course, je les utilise pour aller sur la grille de départ ou dans le paddock. Je peux écouter ma musique préférée, c’est l’un des derniers moments où je suis connecté à la vie normale. Cela m’aide à évacuer le stress et à trouver la bonne concentration, le bon focus. Et quand je m’entraîne, j’écoute du disco, de la house, de la techno, de l’électronique, du funk, de la soul… un vrai mélange ! Peut-on facilement les utiliser pour téléphoner ? Vous pouvez répondre à un appel juste en appuyant deux fois sur la branche gauche des lunettes et écouter votre interlocuteur avec plus de précision, plus de qualité, un meilleur confort. Vous n’avez pas besoin d’écouteurs Bluetooth à proprement parler, car des haut-parleurs MEMS sont intégrés aux branches des lunettes. En quoi leurs caractéristiques optiques vous ontelles séduit ? Je pense qu’elles sont vraiment en première position en termes de technologie optique. Elles restent d’excellentes lunettes de soleil, disposent de très bons verres, sont v ­ raiment solides, mais aussi très légères. Une paire de lunettes de soleil est également essentielle au style d’un homme urbain en mouvement. Comment les intégrez-vous à votre look ? J’utilise le modèle Spiro Transparent Brown avec toutes mes tenues, à l’entraînement ou en sortie entre amis, ou en voyage. Les lunettes Fauna offrent un bon mélange de style, de résistance, de vision et de technologie.

Pour plus d’informations et découvrir la gamme de lunettes Fauna, rendezvous sur wearfauna.com


Veste SNOW PEAK en duvet et nylon recyclé Ripstop, ­snowpeak.com ; teeshirt à manches longues RECEPTION SC, reception-clothing. com ; pantalon 686 Anything, everyweareu.686.com ; casquette MONTANE Basecamp (à la main), montane. com ; tente une place POLER Hal, poler.com

PERSPECTIVES mode

Into the wild Quand votre plan camping devient une fashion week. Photos DAVID GOLDMAN

Stylisme JAMES SLEAFORD


Casquette MONTANE Mountain Squall, montane.com ; tee-shirt PAYNTER JACKET CO. Six Mile, paynterjacket.com ; pantalon CARHARTT W’ Page Carrot, carhartt-wip.com ; ceinture RAB, rab. equipment ; montre solaire GARMIN Fenix 6S Pro, garmin.com ; sac à dos ORTLIEB Light-Pack Two 25 L, ortlieb.com

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PERSPECTIVES mode De gauche à droite : Ronin porte un bonnet GRAMICCI Watch, gramicci.com ; teeshirt à manches longues KAVU Etch Art, urbanindustry.co.uk ; pantalon DUER Live Free Adventure, shopduer.com ; chaussures NIKE Air Max Essential, nike. com ; gourde MIZU M8 All Stainless (à la main), mizulife.eu Holly porte une veste GRAMICCI Padding, gramicci.com ; tee-shirt PAYNTER JACKET CO Six Mile, paynterjacket.com ; pantalon HELLY HANSEN Ocean, hellyhansen.com ;

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montre GARMIN Fenix 6S Pro Solar, garmin.com ; chaussures MERRELL Moab Speed, merrell.com Abbas porte une parka SNOW PEAK Indigo Blue C/N, snowpeak.com ; ­pantalon GRAMICCI en laine polaire et patchs aux genoux, gramicci.com ; chaussettes OBEY Cooper II, urbanoutfitters.com ; chaussures (personnelles) Équipement de ­camping, de gauche à droite : matelas gonflable EXPED AirMat Lite 5 No Pump, exped.com ; sac de couchage RAB Solar 2, rab. equipment ; sac de randonnée OSPREY

Tempest 24, osprey­ europe.com ; tente ­HEIMPLANET The Cave, heimplanet. com ; tasse isotherme MIZU Tumbler 20, mizulife.eu ; réchaud et sa bouilloire BIOLITE 2+, bioliteenergy. com ; mug à isolation sous vide SNOW PEAK Stainless, snowpeak. com ; set couverts trois pièces avec mousqueton OPTIMUS Titanium, optimus­ stoves.com ; couverture TENTREE en coton Intarsia, tentree.com

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PERSPECTIVES mode

Bonnet TENTREE Wool Kurt, tentree.com ; pull HELLY HANSEN Ocean Crew Neck, hellyhansen.com ; short 686 Anything Hybrid, everyweareu.686.com ; chaussettes STANCE OG Snow, stance.eu.com ; chaussures NIKE Air Max Essential, nike.com THE RED BULLETIN

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Veste MONTANE Pac Plus XT, montane. com ; tee-shirt KAVU True Fade, urbanindustry.co.uk ; pantalon VANS Authentic Chino Loose, vans.fr ; chaussettes STANCE x TSA OG Wool, stance.eu.com ; chaussures DANNER, o ­ utsidersstore.com ; montre CASIO G-SHOCK GA900HC3A, g-shock.eu

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PERSPECTIVES mode Veste polaire ­ RAMICCI Boa, jupe G Talecut et casquette Shell Jet, gramicci. com ; tee-shirt PAYNTER JACKET CO. Six Mile, paynterjacket. com ; chaussettes TENTREE Selkirk Juniper, tentree.com ; chaussures SNOW PEAK Field Trainer Mesh, snowpeak.com

Assistant-photographe OKUS MILSOM Assistante Mode ROSIE SYKES Coiffure et soins CRAIG TAYLOR @ One Represents pour Hari’s Hairdressers, London SW3 Mannequins HOLLY BENDALL et ABBAS MWAMBAKALE @ W Model Management, RONIN ROSSANESE @ Nevs Model Agency Remerciements Rushmere Country Park, Leighton Buzzard, Bedfordshire


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Les journalistes de SO PRESS n’ont pas pris part à la réalisation de The Red Bulletin. SO PRESS n’est pas r­ esponsable des textes, photos, ­illustrations et dessins qui engagent la seule responsabilité des auteurs.

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Direction générale Alexander Müller-Macheck, Sara Car-Varming (adj.) Rédacteurs en chef Andreas Rottenschlager, Andreas Wollinger (adj.) Direction créative Erik Turek, Kasimir Reimann (adj.) Direction artistique Marion Bernert-Thomann, Miles English, Tara Thompson Maquette Martina de Carvalho-Hutter, Cornelia Gleichweit, Kevin Goll Rédaction photo Eva Kerschbaum (dir.), Marion Batty (adj.), Susie Forman, Tahira Mirza, Rudi Übelhör Rédaction web Christian Eberle-Abasolo (dir.), Marie-Maxime Dricot, Melissa Gordon, Lisa Hechenberger, Elena Rodriguez Angelina, Benjamin Sullivan Responsable des contenus audios Florian Obkircher Projets spécifiques Arkadiusz Piatek Gestion de la rédaction Ulrich Corazza, Marion Lukas-Wildmann Gestion de l’édition Ivona Glibusic, Bernhard Schmied, Melissa Stutz, Anna Wilczek Directeur exécutif Stefan Ebner Directeur Ventes médias & Partenariat Lukas Scharmbacher Directrice de Co-édition Susanne Degn-Pfleger Gestion de projet Co-édition, Marketing & Communication B2B Katrin Sigl (dir.), Mathias Blaha, Katrin Dollenz, Thomas Hammerschmied, Teresa Kronreif (B2B), Eva Pech, Valentina Pierer, Stefan Portenkirchner (communication), Jennifer Silberschneider Solutions créatives Verena Schörkhuber-Zöhrer (dir.), Sara Wonka, Julia Bianca Zmek, Edith Zöchling-Marchart Gestion commerciale Co-édition Alexandra Ita Rédaction Co-édition Raffael Fritz (dir.), Gundi Bittermann, Mariella Reithoffer, Wolfgang Wieser Directeur exécutif de la création Markus Kietreiber Gestion de projet création Elisabeth Kopanz Direction artistique Co-édition Peter Knehtl (dir.), Erwin Edtmaier, Andreea Parvu, Carina Schaittenberger, Dominik Uhl Design commercial Simone Fischer, Martina Maier, Alexandra Schendl, Julia Schinzel, Florian Solly, ­S tephan Zenz Abonnements & Distribution Peter Schiffer (dir.), Marija Althajm, Nicole Glaser, Victoria Schwärzler, Yoldaş Yarar Service de publicité Manuela Brandstätter, Monika Spitaler Fabrication & Production Veronika Felder (dir.), Friedrich Indich, Walter O. Sádaba, Sabine Wessig Lithographie Clemens Ragotzky (dir.), Claudia Heis, Nenad Isailović, Sandra Maiko Krutz, Josef Mühlbacher Finances Mariia Gerutska (dir.), Klaus Pleninger MIT Christoph Kocsisek, Michael Thaler Opérations Alice Gafitanu, Melanie Grasserbauer, Alexander Peham, Thomas Platzer Gestion de projet Dominik Debriacher, Gabriela-Teresa Humer Assistante du Management général Sandra Artacker Éditeur et directeur général Andreas Kornhofer Adresse Am Grünen Prater 3, 1020 Vienne, Autriche Téléphone +43 1 90221-0 Fax +43 1 90221-28809 Web redbulletin.com Propriétaire, éditeur et rédaction Médias Red Bull Media House GmbH, Oberst-Lepperdinger-Straße 11–15, 5071 Wals bei Salzburg, Autriche, FN 297115i, Landesgericht Salzburg, ATU63611700 Directeurs généraux Dietrich Mateschitz, Dietmar Otti, Christopher Reindl, Marcus Weber

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Pour finir en beauté.

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Le prochain THE RED BULLETIN sortira le 18 novembre 2021.

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Nous sommes en 1984. Un crew de danseurs de Brooklyn (New York) fait des spins et prend la pose devant un mur de graffitis. Les pionniers du genre et tous les acteurs de la culture hip-hop ont ­sensiblement contribué à l’évolution du breaking au fil des décennies. Comment ? Les réponses se trouvent dans notre rétrospective interactive en ligne (via le QR code ci- ­dessous), depuis les débuts de la discipline jusqu’à son inclusion pour la première fois aux Jeux olympiques de Paris, en 2024. Soit quarante ans après cette photo…


10-11 DECEMBENRSE 2021 VAL THOR

PARTENAIRES DE L’ÉQUIPE DE FRANCE DE SKICROSS

PARTENAIRES DE L’ÉVÉNEMENT


L’A BUS D’A LCOOL EST DA NGEREUX POUR L A SA NTÉ. À CONSOMMER AV EC MODÉR ATION.


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