FRANCE NOVEMBRE 2020
HORS DU COMMUN Votre magazine offert chaque mois avec
SOS CORAIL
Plongez avec l’apnéiste GUILLAUME NÉRY et les Coral Gardeners. Leur mission : sauver les poumons des océans
L’A BUS D’A LCOOL EST DA NGEREUX POUR L A S A NTÉ. À CONSOMMER AV EC MODÉR ATION.
Éditorial
ON A TOUS UN POTE À MOOREA Le corail et ses mille espèces présentes dans nos océans est aussi bénéfique à notre bien-être que les plantes ou les arbres qui nous entourent à la surface. Sous l’eau, ils agissent comme des poumons pour la planète. Mais si l’on devait procéder à une radiographie de ces « organes », le diagnostic serait très rude à entendre : le corail meurt. Remontés, les Coral Gardeners, de jeunes Polynésiens soutenus par l’apnéiste Guillaume Néry, redescendent auprès du corail pour s’en occuper et lui donner une seconde chance. Pour le bien de tous : océans, poissons, humains. Parce que chez eux à Moorea, la paradisiaque, tous évoluent en symbiose. Quand bien même vous auriez la main bleue et seriez tentez de venir les aider, ça ne serait pas judicieux, tant les interventions sur les coraux sont délicates. Mais vous pouvez les soutenir sans bouger de chez vous, en adoptant un corail. Que vous ou les générations à venir pourront un jour visiter, là-bas. Quand tout ira bien mieux.
LAKIN STARLING
« C’était super de connecter avec Saweetie et de discuter du quotidien d’une femme noire, surtout dans l’industrie de la musique », dit la journaliste de New York qui a rencontré la rappeuse. Ses papiers ont été publiés dans Teen Vogue, Esquire, Vulture et sur la plateforme Pitchfork. « Ce fut un plaisir d’en apprendre sur les expériences qui l’ont façonnée en tant que patronne de son game. » Page 46
TYRONE BRADLEY
« J’étais un BMXer sponsorisé en Afrique du Sud et c’est le BMX qui m’a fait découvrir la photo, dit cet habitant de Cape Town qui a réalisé notre portfolio à Lagos. En 2017, je suis allé au Nigeria pour faire des photos de musique et on m’a présenté aux riders. Coup de foudre ! Ils avaient la même excitation et la même fougue que ceux d’Afrique du Sud au début du siècle. Pas facile d’être un BMXer au Nigeria… Leur amour et leur dévouement sont une inspiration constante. » Page 22
Belle lecture ! Votre Rédaction RYAN BORNE/CORAL GARDENERS (COUVERTURE), JONO JEBUS
CONTRIBUTEURS NOS ÉQUIPIERS
Sur un shooting à l’extérieur au siège de Red Bull USA à Santa Monica, avec le photographe G L Askew II, et Saweetie, qui tient un skate qu’elle s’est monté la veille. THE RED BULLETIN
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La scène BMX de Lagos (au Nigeria) prend de l’ampleur, et motive les riders locaux au-delà du vélo.
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THE RED BULLETIN
CONTENUS novembre 2020
66 Pone a su rester positif malgré l’adversité.
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46 TYRONE BRADLEY, ARMEN DJERRAHIAN, G L ASKEW
La rappeuse Saweetie, meneuse acharnée de son propre jeu.
Galerie : le sport s’offre parfois de surprenants terrains Le premier masque traducteur Des courses automobiles qui promettent un coup de propre Un vélo qui fait parler avant même de rouler Le surf sur la vague LGBT Et si les action sports faisaient un peu moins mâle ? Le prix de votre prochain apéro sera stratosphérique Quand le rockeur Josh Homme joue les rebelles sur sa moto, il écoute quoi ?
22 Roues de secours
Ce qui est arrivé à des jeunes de Lagos au Nigeria en grimpant sur des BMX.
36 Sauvons le corail
Pour eux, il est hors de question que le corail se dégrade encore. Mieux, ils veulent le régénérer !
46 Saweetie
Une rappeuse qui s’assume à tous les niveaux et qui s’est lancée dans le rap game en sportive.
58 Grimpe urbaine
Habitué à grimper de par le monde, il a vu les murs de sa ville différemment grâce au Covid.
66 Pone pour la vie
Là où nous aurions abandonné, Pone a relancé sa créativité dans la maladie. Une leçon !
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THE RED BULLETIN
Voyage : pratiquer le longboard dans un spot improbable Matos : encore du surf, si si... Fitness : le running souriant Gaming : Call of… success Red Bull TV : l’écran total Guide d’achat : très très urbain Ils et elles font The Red Bulletin Image de fin : Gasly le Magnifique
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SEBASTIAN, FLORIDE, USA
Canaux de traverse Pour le champion du monde de wakeboard Massimiliano Piffaretti, toute surface est une occasion de faire la démonstration de son talent. Par chance, l’Italien est tombé sur ce bateau abandonné (victime de l’ouragan Dorian en 2019) lors du South Florida Loop Trip de l’équipe professionnelle de wakeboard Red Bull en juin dernier – une aventure de 350 km le long de l’Intercoastal Waterway, un réseau de canaux et de voies navigables sur le littoral américain. Le photographe Bryan Soderlind, surnommé « Bear » (ours), était là pour immortaliser ce moment. Instagram : @thegoldenbear
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BRYAN SODERLIND/RED BULL CONTENT POOL
ROSTREVOR, IRLANDE DU NORD
Rattrape-moi si tu peux ! Tracer en vélo de descente et tenter de ne pas se faire rattraper par deux champions du monde, Loïc Bruni et Myriam Nicole, c’est ce que propose le Red Bull Campo organisé à Mandelieu-la-Napoule (Alpes-Maritimes). Pensé sur la base du Red Bull Foxhunt (dont notre photo montre les participants rejoindre le départ d’une édition en Irlande du Nord), ce défi atypique réunira des riders amateurs hommes et femmes sur un parcours de pistes d’environ 5,2 km. Il faudra tracer et filer très vite dès le début de la course pour s’échapper de la mass start que pourchasseront les deux pros français dans la foulée. Ce 7 novembre, 250 amateurs pourront se vanter d’avoir roulé « au niveau mondial ». redbull.com
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SEBASTIAN MARKO/RED BULL CONTENT POOL
MONT ELBROUZ, RUSSIE
Vitesse de croisière
Quand on a deux records à son actif, on a le droit de se la jouer un peu. Comme le Russe Dmitry Mityaev, 28 ans, photographié par Danil Kolodin à l’occasion de la course de l’Elbrouz (The Mountain race), 111 km jusqu’au sommet, avec une ascension de 5 600 m. En juillet dernier, Mityaev l’a courue en 13 h 9 min, battant le record en 2 h 34 min de moins. Encore plein d’énergie, il a continué à courir 30 km et a brisé le record du monde de « vitesse de croisière ». « En franchissant la ligne d’arrivée, j’ai compris qu’en étant bien préparé, on peut faire des prouesses ! » Instagram : @danilkolodin
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DANIL KOLODIN/RED BULL CONTENT POOL
Puis-je vous aider ?
Bonne figure Un fabricant de robots a conçu un masque pour nous rapprocher, tout en respectant les gestes barrières. Quand il s’est avéré que le port du masque deviendrait inévitable dans nos interactions sociales quotidiennes, les équipementiers sportifs, les marques de mode et les producteurs de textiles se sont mis à créer leur propre version. Un fabricant de robots japonais s’est aussi prêté au jeu. Donut Robotics a réalisé le tout premier masque intelligent : il vous protège – bien sûr – et vous permet de prendre vos appels, de minuter vos conférences, d’amplifier votre voix et même de traduire vos propos en huit langues ! Le business plan de Donut Robotics a beaucoup évolué durant l’année écoulée. Fondée en 2014 dans le garage de son concepteur, Taisuke Ono, pour « apporter des solutions robotisées à des problèmes de la 12
vie en société », la boîte venait tout juste de décrocher un contrat pour construire une flotte de robots-conseillers à disposition des voyageurs de l’aéroport de Haneda (Tokyo). Mais avec la pandémie et les restrictions de voyage, il a fallu revoir les besoins et les priorités du marché. « Nous avons travaillé dur pendant plusieurs années pour développer nos robots, explique Ono. Nous avons réussi à recycler cette technologie pour concevoir un produit qui puisse répondre aux dispositions en vigueur imposées par l’apparition du coronavirus. »
Le C-Mask est équipé d’un routeur wifi et du Bluetooth pour se connecter avec votre smartphone ; il enregistre vos propos et amplifie votre voix. Les logiciels de traduction utilisés originellement pour les robots de l’aéroport sont couplés avec une technologie qui décrypte le discours en topographiant les muscles faciaux. Le masque écoute les mots prononcés et transmet l’information audio à une appli qui le retranscrit en texte dans la langue cible choisie. Le projet mis en ligne sur la plateforme de crowdfunding Funddido devait aider à récolter 56 000 €. L’engouement fut tel que la somme fut atteinte en moins de 7 minutes. « Nous avons arrêté la campagne au bout de 37 minutes et 220 000 €, affirme Ono. Nous espérons que ce produit sera utile dans une société où la distanciation sociale est désormais une norme. » Les premiers masques seront commercialisés au Japon début 2021, puis aux USA, en Chine, et en Europe. en.donutrobotics.com THE RED BULLETIN
EN.DONUTROBOTICS.COM
C-FACE
LOU BOYD
L’alternative intelligente pour parler d’une voix TRÈS FORTE et trèèèèèès leeeeente.
Une auto nettoyante Ce SUV électrique promet des courses au bout du monde qui font le ménage.
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L’Odyssey 21 est à peu près tout ce que l’on peut attendre d’un SUV conçu pour la course – cette bête tout-terrain de 550 ch, 1 650 kg et 2,3 m de large est capable de grimper une pente de 130 % à 200 km/h, en départ arrêté. La surprise vient de son moteur : un gémissement proche de celui d’un bourdon provenant de deux groupes motopropulseurs électriques. Ce E-SUV à zéro émission a été créé pour Extreme E, un nouveau championnat mondial de rallye d’Alejandro Agag, l’un des fondateurs de la série de courses de voitures électriques Formula E. L’Espagnol espère faire plus que divertir les fans de course : sauver le monde ! « Avec la Formule E, nous avons eu l’idée de promouvoir les voitures électriques pour les villes ; ainsi, nous voulions
THE RED BULLETIN
TOM GUISE
ODYSSEY 21
MCH PHOTO, EXTREME-E.COM
L’Odyssey 21 E-SUV, à émission zéro et à propulsion durable : conçu pour sauver la planète (en quelque sorte).
montrer les dégâts causés par le changement climatique et la pollution dans les endroits les plus reculés, en y organisant des courses électriques. » Dans ce qui pourrait sembler contre-productif, chacun des cinq lieux de la course a été choisi pour mettre en lumière une crise environnementale spécifique : la fonte des calottes glaciaires, la désertification, la pollution des océans, la disparition de la glace de montagne et la déforestation. L’impact environnemental inévitable de cette « course sans trace » sera compensé par des initiatives telles que le nettoyage du plastique sur les plages de Dakar et la plantation d’un million de mangroves au Sénégal. « Le résultat sera au-delà du sans trace », promet Agag. Les piles à combustible de l’Odyssey 21, qui fonctionnent à l’hydrogène provenant du soleil et de l’eau, font partie de cette promesse. Ces piles peuvent être produites durablement sur place, mais elles seront également transportées sur les courses à bord d’une base d’opérations flottante. « C’est le message : nous pouvons produire notre propre énergie sans pollution, déclare M. Agag. Si nous pouvons le faire en Arctique ou en Amazonie, tout le monde peut le faire où qu’il soit. » Extreme E prévoit également d’être le premier sport automobile à offrir une véritable égalité des sexes ; chaque équipe est composée d’un pilote masculin et d’une pilote féminine, qui se relaient à chaque tour. « Ils sont tout aussi décisifs dans la victoire », déclare M. Agag. Extreme E est prévue en Arabie saoudite en mars, sauf complications liées au coronavirus. Alejandro Agag avait de toute façon prévu que ses courses se déroulent sans spectateurs. Leur présence pourrait être source de pollution. extreme-e.com
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Le PRO (en photo), est le plus élaboré des deux modèles.
BABYMAKER
Votre nouveau vélo
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hasard en Chine alors qu’ils faisaient du couchsurfing. Une amitié est aussitôt soudée autour de leur amour commun « des vélos, de la vitesse et de l’aventure ». Très vite, ils développent le concept d’un nouveau genre de vélo électrique équipé d’un puissant moteur dans l’élégante enveloppe d’un mono-vitesse urbain. « Quelque chose de rapide qui ferait s’exclamer les gens sur son passage », explique l’Américain. Le Babymaker, avec son moteur de 250 w et sa vitesse de pointe de 40 km/h, entre
STEALINGLIGHT PRODUCTIONS
Le Babymaker est le petit dernier de la startup FLX Bike, de San Diego. Ce concept de vélo électrique aux couleurs vives a récolté plus de 10 millions de livres sterling sur IndieGoGo, soit la plus grosse somme réunie sur la plateforme de financement participatif cette année ; mais avant même sa commercialisation, il essuie de nombreuses réactions négatives de la part de l’industrie du cycle et du public. Le Babymaker a été inventé par Rob Rast et Peter Leaviss, qui se sont rencontrés par
LOU BOYD
Certains cyclistes en raffolent, d’autres le conspuent. Pourquoi est-ce que ce vélo électrique, fruit d’un financement participatif, est-il si clivant ?
techniquement dans la classe des vélomoteurs au RoyaumeUni et en Europe. Il faut donc posséder un permis et une immatriculation ainsi qu’une assurance pour pouvoir rouler avec en toute légalité. Entretemps, l’industrie du cycle a rejeté en masse le design de Rast et Leaviss, se moquant ouvertement de l’absence de fiche technique ou de tracé géométrique. D’autres internautes ont pris le nom du vélo en grippe, même si le duo explique que l’idée était d’attirer un maximum d’attention. Une stratégie qui a fonctionné puisque les apports financiers ont augmenté. Selon Rast, « toutes les industries sont résistantes aux changements, surtout quand l’argent passe de ceux qui vendent des vélos de route à 10 000 $ à celles de Pete et Rob et leur vélo dingo à 1 000 $ ». Le financement est maintenant terminé et les premiers modèles commenceront à être expédiés en décembre. Rast est persuadé que le public va adorer ce vélo. « Le cycle est une telle niche qu’il est devenu quasiment impossible pour le commun des mortels de s’y faire une place ». Et de poursuivre : « On ne veut pas que le Babymaker participe au Tour de France, on est juste là pour s’amuser. » flx.bike
De fiers parents : Rob Rast (à g.) et Peter Leaviss de FLX Bike. THE RED BULLETIN
STEPHEN MILNER
Vague d’amour
STEPHENARTHURMILNER.COM
LOU BOYD
L’artiste californien recadre l’iconographie hyper masculine du monde du surf pour faire émerger une voix queer encore inédite dans ce sport.
Depuis le début des années soixante, quand les Beach Boys chantaient (big up Laurent Voulzy) et que deux jeunes Californiens passaient leur Endless Summer (le documentaire fondateur des films de surf) à la recherche de la vague parfaite, le monde du surf s’est développé dans un univers hyper masculin, en mettant l’accent non seulement sur le sable, la mer et l’excitation, mais aussi sur le sexe et la THE RED BULLETIN
façon dont le sport pouvait le vendre. L’artiste californien Stephen Milner présente avec son ouvrage A Spiritual Good Time une version narrative du surf plus accessible à la communauté LGBTQ+. Bien qu’il ait grandi à Long Beach, scène majeure du surf aux USA, Milner, porté par l’amour de la vague, ne pouvait se défaire de la sensation que ce sport ne lui était pas ouvert. « Le récit autour de la culture
du surf m’a toujours passionné, explique Milner. Mais ce n’est qu’en entrant à l’université que j’ai eu l’idée de dresser le portrait de l’identité gay dans ce sport. Mon travail tourne essentiellement autour de l’idée de représentation de la virilité dans une communauté, en explorant ce que cela signifie, et en quoi ce concept est fragile. » Jonglant entre les vieilles photos de surf et des images de magazines érotiques homos, son livre A Spiritual Good Time donne une vision du surf à travers le prisme queer. Et ouvre une dimension alternative à la camaraderie, en montrant diverses formes d’intimité entre surfeurs. « Quand j’étais jeune adulte, je feuilletais les magazines de surf et je me faisais des films en m’imaginant sur place, ou bien en étant comme les surfeurs sur les photos, mais en fait, je ne pouvais jamais vraiment m’identifier, se remémore Milner. Je me focalisais toujours sur les gars un peu à l’écart qui mataient le beau gosse sur sa planche, et je prenais conscience de leur proximité. Dans mes images, je coupe ou j’extrapole ces détails pour renforcer le degré d’intimité, ou juste pour brouiller les pistes. » Milner se concentre maintenant sur l’avenir de la représentation queer dans le monde du surf. « Je ne suis qu’une petite voix dans l’océan. Je suis un homme blanc, gay, ce qui n’est qu’une minuscule partie du spectre LGBTQ+. Il y a tant de gens dont on devrait entendre les voix, et s’en faire l’écho. Je suis très fier d’avoir contribué à enclencher une discussion, aussi modeste soit-elle, et je suis impatient de voir la suite. » meteoroeditions.com 17
À la rencontre d’une aventurière et entrepreneure américaine qui œuvre pour un monde plus équitable, une tâche à la fois. Et grâce à vous.
Jen Gurecki n’est pas de celles qui acceptent le statu quo. Basée dans le Nevada, l’aventurière et entrepreneure a dédié une grande partie de son temps à abolir les barrières dans le domaine de l’aventure et des sports d’action. En 2014, irritée par l’approche marketing américaine du “shrink it and pink it” (littéralement « rétrécissez-le et mettez du rose ») des marques de mode pour les collections féminines, Gurecki lance Coalition Snow, une entreprise de ski et de snowboard qui conçoit des équipements pour les femmes qui « assurent », et soutient le travail des athlètes et des créatrices féminines. Plus récemment, la PDG de 42 ans s’est tournée vers l’édition. L’hiver dernier, Lauren Bello Okerman, sa directrice artistique, et elle ont créé Sisu, un magazine ciblé sur l’outdoor, qui présente des voix diverses et rares. Jen Gurecki nous parle de l’importance de secouer l’industrie actuelle et de ce que ces sports devraient faire pour devenir plus inclusifs et ouverts. : Quelle est l’idée derrière votre entreprise ? : Coalition Snow a toujours été une grande expérience sociale. Que se passerait-il si les femmes décidaient de fabriquer des skis et des planches de snowboard ? Car d’ordinaire, elles ne confectionnent pas d’équipement. Elles ne sont pas encouragées à cela, ne sont pas poussées à l’être ni à trouver des
mentors. Elles sont invitées à faire des bonnets et de jolis pulls. Je me suis dit qu’il serait intéressant de sortir des sentiers battus pour s’essayer à quelque chose dominé jusqu’ici par les hommes. Comment réagirait l’industrie ? Et la communauté ? Y aurait-il une clientèle ? La part en moi qui prône la justice sociale est très curieuse ; une autre part en moi ne peut s’empêcher de me susurrer : « Voyons ce qu’il se passe si on met un peu le bordel. » Comment Coalition Snow a-t-elle été accueillie ? L’industrie ne sait pas très bien comment s’y prendre avec nous car nous sommes une marque de ski audacieuse, féministe, et qui ne s’excuse pas d’exister. Nous ne sommes pas la boîte de ski des jolies filles d’à côté. Comment avez-vous abordé la conception de l’équipement de snow pour les femmes ? Lorsque nous avons commencé, la stratégie marketing qui ciblait les femmes consistait à prendre un produit, à le rétrécir, à mettre du rose dessus et à le rendre doux. Les femmes ont été mises à l’index par l’industrie lorsqu’on a réalisé qu’il s’agissait d’un marché émergent. Nous ne fonctionnons pas comme ça ; nous réalisons les produits dont nous avons envie. Nous ne prétendons pas avoir trouvé une nouvelle technologie ni faire de la recherche et du développement. On fait juste des trucs qu’on aime. Nous savons qu’ils plairont aux autres femmes.
Pensez-vous que le secteur des sports d’action est en train de s’ouvrir à l’inclusion ? Il y a de plus en plus de discussions sur l’inclusion et la diversité qui émergent globalement dans l’industrie de l’outdoor, du moins aux États-Unis, mais beaucoup moins dans les sports de neige. On est en train de vérifier des étiquettes, pas tellement de changer de manière systémique. Le vrai changement est ardu et désordonné, et nécessite beaucoup de ressources. C’est à chacun de faire une introspection, d’être ouvert à l’idée que son expérience est valable et réelle, tout en sachant que chacun vit des choses complètement différentes. Penchez-vous sur les systèmes que vous soutenez dans vos loisirs et votre vie quotidienne, et demandez-vous s’ils rendent difficile la participation d’autres personnes. C’est alors que vous pourrez commencer à les remettre en question afin de les remodeler.
coalitionsnow.com ; sisumagazine.com
Pourquoi vous est-il apparu opportun de publier Sisu ? Il y a plusieurs raisons à cela. Coalition Snow avait grandi et était devenue une plateforme de référence. 18
LOU BOYD
De l’action pour tous et toutes, maintenant
Avec le temps, les gens ont vraiment écouté ce que nous avions à dire. Parler de nous ou des sports de neige, ça nous limitait beaucoup, car il se passe tellement plus de choses dans le monde. Si vous vous engagez pour la justice, l’équité, la diversité et l’inclusion, cela signifie que vous vous engagez à ouvrir votre plateforme pour permettre à d’autres voix de se faire entendre. Ce magazine est un recueil de pages vierges à remplir avec des perspectives non-normatives qui ont toujours existé. Prenez l’artiste américain Shoog McDaniel. Il est non-binaire, il se dit gros et queer. Ses photographies sont une célébration de tous ceux qui s’identifient à lui : gros, queer, noir ou arabe. On s’écarte de la mentalité qu’on retrouve dans tant de photos de gens qui évoluent en plein air et dont la devise semble être « suer, souffrir ». Son travail n’est pas seulement vivifiant, il est révolutionnaire.
CHARLIE SHOEMAKER
JEN GURECKI
THE RED BULLETIN
« Voyons ce qu’il se passe si on met un peu le bordel. »
THE RED BULLETIN
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Vue imprenable Cette entreprise prévoit d’élever ses passagers jusqu’à la stratosphère dans une montgolfière digne d’un film de science-fiction.
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Imaginez-vous un cocktail à la main, en train d’admirer l’océan, les pieds… non pas dans le sable chaud mais au chaud dans une cabine pressurisée. Cette expérience encore très abstraite pourrait devenir réalité dès l’année prochaine. En effet, la start-up Space Perspective, cofondée par Jane Poynter et Taber MacCallum, proposera des voyages spatiaux touristiques à la limite de la stratosphère, à une altitude de 30 km, à bord d’une cabine pressurisée nommée Neptune, elle-même attachée à un ballon d’hydrogène. Le vaisseau décollera du Kennedy Space Center, une base de la NASA. Les voyageurs de l’espace auront plusieurs heures à leur disposition pour contempler la planète bleue depuis les grands hublots de la capsule, avant de redescendre sur Terre. Le tourisme spatial existe depuis que l’entrepreneur américain Dennis Tito a réservé un
THE RED BULLETIN
LOU BOYD
PERSPECTIVE SPATIALE
SPACE PERSPECTIVE
Un ballon de 198 mètres de diamètre vous porte à 30 kilomètres au-dessus de la surface terrestre. Bon voyage !
vol dans la Station spatiale internationale (ISS) en 2001 pour une valeur de 20 millions de dollars. Dès lors, les voyages de ce type sont l’apanage des ultra-riches. La navette spatiale Neptune, en plus de vous emmener au seuil de l’espace, promet d’être nettement plus abordable. « Nos forfaits commencent à 125 000 dollars et devraient baisser rapidement », explique MacCallum. L’expérience Space Perspective semble accessible par d’autres biais. Pas de pression : vous n’êtes pas en situation d’apprentissage pour devenir astronaute. L’expérience se veut relaxante ; le bar est bien rempli, et les toilettes offrent « la plus belle vue sur l’univers connu ». « Prenez une coupe de champagne, et profitez de la vue. Comme il y aura même du wifi à bord, précise MacCallum, vous pourrez mettre vos photos en ligne direct. Ce sera le post ultime ! » Poynter et MacCallum ont travaillé plusieurs décennies dans le développement spatial et ont participé à une expérience de deux ans au début des années 1990, enfermés dans le système écologique Biosphère 2 au cœur du désert de l’Arizona, afin de mieux anticiper les défis de la colonisation spatiale. « Plus les gens penseront le monde au sein d’un système solaire, plus on trouvera de soutien dans les programmes spatiaux et les sciences. Des organisations telles que Space For Humanity (une ONG qui prône la démocratisation des voyages spatiaux, ndlr) nous approchent pour envoyer des enseignants, des poètes et des artistes dans l’espace, car ils souhaitent ouvrir les consciences. Ces expériences et ces discussions sont primordiales pour prendre en compte la planète dans son contexte, et réaliser que nous sommes tous concernés par son devenir. » thespaceperspective.com
JOSH HOMME
« Judas Priest, ça vaut le sexe »
Le leader de Queens of the Stone Age partage ses titres pour prendre la route à moto et se la donner – ou supporter le trafic infernal de Los Angeles.
ANDREAS NEUMANN
MARCEL ANDERS
Lorsque les titans du rock US Queens of the Stone Age prennent congé – c’est le cas actuellement – leur boss Josh Homme aime faire revivre sa collection de motos bien-aimée, qui comprend une Falcon, un chopper Exile et une Harley avec des haut-parleurs géants. Il appelle son ride de deux heures entre sa villa de Palm Desert et son studio de Burbank une « méditation », le meilleur moyen de se vider la tête, de s’inspirer et de se libérer. Du haut de son 1,93 m, avec son cuir, ses bottes et ses solaires foncées, le musicien est un véritable killer. Voici ce qu’il écoute lorsqu’il grimpe sur sa meule… qotsa.com
AC/DC
Judas Priest
Cheap Trick
Dean Martin
« Vous n’avez rien vécu tant que vous n’avez pas roulé sur Hollywood Boulevard en passant ce morceau si fort que ça fait peur aux gens, vous voyez ? D’après les réactions des piétons autour de vous, vous savez avec qui vous traîneriez, avec qui vous seriez pote. C’est comme une carte de visite. »
« Je n’ai jamais vraiment compris Judas Priest jusqu’à ce que je me mette à faire de la moto. Écouter Enfreindre la loi en roulant, c’est dément. Sérieux, sillonner la ville avec cette chanson dans le casque, incognito, c’est du bonheur, c’est l’une des meilleures choses qui soient. C’est presque mieux que le sexe. »
« Sur ma Harley, je peux écouter ma musique préférée, comme les trois premiers albums de Cheap Trick. Ils sont top du début à la fin. Surtout leur single de 1977, Southern Girls – cette chanson a été écrite pour être jouée sur une moto tout en se frayant un chemin dans la circulation. Alors pourquoi rester là ? On se barre putain ! »
« J’adore écouter Dean Martin sur ma meule, je pense que personne d’autre ne fait ça. C’est un super sentiment quand on sait qu’on fait un truc qui n’est pas habituel. Mambo Italiano à bloc sur une moto, ça te file la trique. On peut entendre Dean sourire en chantant – c’est bon… Quand on parle d’apporter de la joie au monde. »
Dirty Deeds Done Dirt Cheap (1976)
THE RED BULLETIN
Breaking The Law (1980)
Surrender (1978)
Mambo Italiano (1969)
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Roues
de secours
Le hasard a mené des jeunes des quartiers pauvres de Lagos (Nigeria) à acquérir des BMX d’occasion, sans imaginer à quel point, en sept ans, ils allaient leur donner de la motivation, au cœur de l’une des villes les plus inégales au monde. Texte ANDREAS WOLLINGER
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Photos TYRONE BRADLEY
Le mur des motivations Matthew Temitope aka Starboy (@official_starboybmx) est l’un des premiers acteurs de la scène BMX de Lagos, agglomération de 14 millions d’habitants (la plus importante du pays). Il travaille en tant que mécanicien dans le garage de son père, et profite de ses pauses déjeuner pour s’évader un peu.
« Un jour sans rouler est un jour sans joie. » Oluwasegun Adosu, aka SKing
City rider À l’origine, aucun d’eux ne savait à quoi pouvait bien servir un BMX. C’est en épluchant la toile que Matthew, Oluwasegun and co ont compris ce qu’ils avaient dégoté. Le dimanche, ils se réunissent en centreville, dans le parc de la Liberté (où se trouvait jadis une prison, sic), pour distraire les passants avec leurs figures. Ci-contre, Oluwasegun Adosu aka SKing (@skingbmxnigeria), showman dans l’âme, ride la rue avec élégance. 25
Haute distinction La superstar internationale du BMX Courage Adams (@courageadams), invité à Lagos. Né au Nigeria, il a grandi en Espagne. C’est via Instagram qu’il a appris l’existence de la bande de Matthew. Afin que Courage puisse réaliser ce saut à risque, il a fallu lui improviser une piste de réception en contreplaqué.
Onyemechi Samuel En route vers la Liberté : Samuel est connu pour son approche intrépide de toutes sortes de figures en BMX.
Oluwasegun Adosu SKing s’identifie tellement au BMX qu’il a demandé à un artiste de peindre un vélo sur la façade de sa maison.
Matthew Temitope Starboy prend la pose en « bleu » de travail, devant le garage de son père. La décontraction est une seconde nature chez lui.
Oladejo Ibrahim aka Keke Money est professeur des écoles. Il adore le BMX, au grand dam de sa famille, qui s’imagine qu’il met son avenir en péril.
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« Le BMX te montre ce qu’il est possible de faire, et ce dont tu es capable. » Oladejo Ibrahim aka Keke Money
Sans la roue Keke Money réalise sa figure fétiche au stade national de Lagos : un wheelie avec un BMX sur lequel on a démonté la roue avant. À votre avis, quelle est la plus grosse difficulté de cet exercice ? Exactement : le happy end. Keke Money roule autant qu’il peut. Malheureusement pour lui, pas autant qu’il le souhaiterait, car sa famille l’en empêche. Dommage, s’accorde-t-on à dire dans le monde du BMX, car avec son talent et son style, il pourrait aller très loin. 28
L’autre monde SKing habite à Makoko. Ce village de pêcheurs illégal a émergé directement sous le pont qui relie le continent à l’île Victoria, où loge une population aisée. Makoko est un monde à part entière, régit par ses lois. Le gouvernement a tenté à plusieurs reprises de disperser sa population, sans succès.
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« C’est grâce au BMX que je suis devenu celui que j’ai toujours voulu être. » Matthew Temitope aka Starboy.
En piste ! Alors que SKing (à droite) est spécialisé dans les figures de freestyle, Starboy est plus dans le street riding traditionnel. Il y existe de nombreux endroits près de la mairie de Lagos où ils peuvent montrer ce qu’ils ont appris au cours des sept dernières années. Starboy réalise ci-contre un Bunny Hop par-dessus SKing. 33
Le sens de la vie Depuis que SKing a découvert le BMX, plus rien d’autre n’a de valeur. Sa coiffure le prouve, ses tattoos aussi. Il détient à coup sûr le record du plus grand nombre de tatouages relatifs au BMX.
Là où tout a commencé C’est dans ce magasin de vélos situé près du garage du père de Matthew, que se trouvaient les BMX. Starboy continue de venir ici, soit pour une réparation, soit pour repérer de bonnes occasions. 34
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Ça se passe à la casse La toile de fond de cette puissante figure de Sharad Fatai (@Chad_Sharon) est la casse de Lagos, une zone aux dimensions presque incroyables. Pas vraiment un terrain de jeu idéal pour le BMX, mais ces gars sont des maîtres de l’impro.
Fragments d’opportunité À Moorea, des jardiniers de la mer veillent à restaurer les récifs coralliens agonisants. Et vous pouvez les aider, sans bouger de chez vous. Grâce à l’adoption. Texte CHRISTINE VITEL
Photos RYAN BORNE
Les morceaux de coraux abîmés sont récoltés puis transportés ici, sur la table de la « nurserie », où ils retrouvent une seconde chance.
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rendre action pour la bonne cause, s’engager, montrer l’exemple en matière d’environnement, c’est bien. Le faire habilement, c’est mieux. Comme le souligne cette Instagrameuse en commentaire d’une photo postée par Guillaume Néry en août dernier, où on le voit sous l’eau, tenir un morceau de corail : « J’ai entendu dire qu’il ne faut pas toucher au corail. Alors je l’ai googlé. Le simple fait de toucher les coraux pour voir ce qu’ils ressentent peut causer la mort d’une colonie entière. » Le plongeur français, champion du monde d’apnée (il peut tenir 7 minutes et 42 secondes sous l’eau sans respirer) a saisi l’occasion pour introduire la raison d’être de Coral Gardeners, dont il est l’ambassadeur, une organisation créée par de jeunes Polynésiens œuvrant pour la préservation des coraux à Moorea : « Merci
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Google God. Nous faisons de la restauration de coraux. Donc […] nous devons toucher la base du corail pour le planter. Nous pourrions aussi ne rien faire et laisser ce corail mourir, en suivant les conseils de Google… » Les Coral Gardeners de développer : « Nous ne recommandons pas de toucher à la vie marine sans raison. Cela étant dit, la manipulation des fragments de corail est une partie importante de notre processus de restauration, c’est pourquoi notre équipe est formée pour manipuler les fragments avec précaution (en portant des gants, sans écran solaire, en les tenant par leur base, etc.) » Voilà ce sur quoi les Coral Gardeners insistent subtilement auprès de leurs quelque 500 000 followers Instagram. Leur message est limpide, facile à appliquer : « Adoptez un corail. Donnez-lui un nom. Nous nous occupons du reste. » Autrement dit, restez chez vous, et soyez THE RED BULLETIN
KELSEY WILLIAMSON
L’équipe de Coral Gardeners. Au centre, bras en l’air, son fondateur, Titouan Bernicot. Le meilleur des mondes selon eux ? Moins de pollution, moins d’émission de CO2, des récifs coralliens restaurés, et plus de personnes luttant pour la préservation marine.
Toute personne passionnée par la mer, surfeur, plongeur ou nageur, a une part de respect et se sent investie d’une responsabilité envers l’océan, à l’instar de l’apnéiste Guillaume Néry.
« Adoptez un corail. Donnez-lui un nom. Nous nous occupons du reste. »
Moorea, la petite sœur de Tahiti, est un lieu paradisiaque qui s’abîme progressivement. Plus de 40 % du corail est mort ou blanchi, victime de la pollution marine et du réchauffement de l’eau.
SHO NIIMURA
Rien qu’en Polynésie française, il existe 194 espèces de coraux différentes. On répertorie plus de mille espèces distinctes dans tous les fonds marins. C’est pourquoi les Coral Gardeners projettent de déployer plusieurs antennes de restauration de corail sur la planète.
solidaires. La prise de conscience est douloureuse, mais impérative : un endroit où l’on observe la plus grande diversité, faune et flore mélangées, devient l’exception, alors qu’il y a quelques centaines voire dizaines d’années, c’était la norme. C’est pourquoi tout un chacun est appelé à contribuer à la préservation de la nature, et dans ce cas précis des océans. Intelligemment. Un déplacement volontaire sur place, pour prêter main forte à l’équipe de sept personnes, serait contre-productif à plusieurs niveaux. Déjà, l’empreinte carbone serait catastrophique. Et sans formation adéquate ni expertise précise, les résultats risqueraient d’empirer une situation déjà très inquiétante, comme l’explique Taiano Teiho, 22 ans, membre de l’équipe de sensibilisation et de restauration coralienne : « La majorité des patates de corail sont mortes dans le lagon de Moorea, principalement à cause de la THE RED BULLETIN
chaleur, du réchauffement de l’eau, des personnes qui viennent nager ou faire du snorkeling, qui s’assoient dessus, qui s’agrippent, ou même avec des palmes, ou ceux qui sont coincés en kayak ou en paddle… » Un constat édifiant et tragique qui a poussé Guillaume Néry à se rapprocher des Coral Gardeners et à soutenir leur action en matière de préservation des océans. « Aujourd’hui, ma compagne (Julie Gautier, apnéiste et réalisatrice, ndlr) et moi essayons d’élever notre fille dans cette harmonie avec la nature, et c’est pour cela que nous passons une
« La majorité des patates de corail sont mortes dans le lagon de Moorea. »
moitié de l’année en Polynésie française, en plein cœur du Pacifique, immergés dans une culture proche de l’océan. Nous essayons de transmettre auprès du grand public avec nos films et nos photos ce que représente le monde sous-marin pour nous, un univers de magie, de liberté. »
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a coexistence, voilà le mot-clé du projet des Coral Gardeners pour repeupler et redensifier la faune aquatique. « Un corail, c’est un animal, un polype. Il vit en symbiose avec une partie végétale, la zooxanthelle. Il s’agit d’une microalgue, qui vit dans les tissus du corail, explique Taiano. Le polype fournit un abri à cette microalgue, et en échange, la microalgue qui fait la photosynthèse va fournir plus de 90 % des nutriments dont le polype a besoin pour construire le squelette calcaire du corail. L’un ne peut pas vivre sans l’autre. Ce qu’il se passe avec la 41
De nombreuses légendes tahitiennes se rapportent à la mer, à la nature. Il y aurait même une histoire qui dit que les coraux sont à l’origine de la création… Sur ces cordes, les coraux poussent en silence, en vue de repeupler le récif corallien.
hausse de température de l’eau, c’est que la zooxanthelle va créer des toxines que le polype ne peut pas supporter. Le polype va alors éjecter la microalgue. C’est alors que le corail blanchit car la microalgue était responsable de la pigmentation colorée du corail. Ne reste donc plus que le squelette calcaire. Et un corail mort. » Cette symbiose est une belle métaphore de la notion de coexistence. C’est pour cela que les Coral Gardeners se 42
démènent pour sensibiliser et restaurer les récifs coralliens : l’homme doit trouver une manière de vivre en symbiose avec la nature, de coexister avec elle, comme le font le polype et la zooxanthelle. Ce signe d’humilité lui permettra de préserver le poumon de l’océan dont il a besoin pour vivre. « Le pire des scénarios, ce serait de perdre toute vie marine, des plus petits poissons aux plus gros mammifères marins, car nous perdrions les apports nutritifs provenant de la mer ; nous perTHE RED BULLETIN
« C’est une seconde chance pour le corail qui a été cassé. »
GUILLAUME NÉRY DU SOUFFLE ET DU CŒUR Avec quatre records du monde d’apnée en profondeur, deux titres de champion du monde et des projets vidéo et photo déments associés à sa philosophie de l’apnée, le Français de 38 ans est une référence de la discipline. Et soutient les Coral Gardeners. « Moorea est une petite île de soixante kilomètres de diamètre, explique Marie-Céline Piednoir. Tout le monde se connaît. Guillaume vient vivre au moins un semestre par an en Polynésie française et il a entendu parler des projets de Titouan. Cela fait plusieurs fois qu’il vient nous rendre visite, il est très investi. C’est agréable de voir des gens comme lui qui donnent de leur temps. Il ne nous a rien demandé en échange. C’est comme une donation de son image, un partage de mission et de valeurs. Il vient aussi sans médias, sans caméra, juste pour nous aider à planter des coraux, parce qu’il tient beaucoup plus longtemps que nous en apnée. » THE RED BULLETIN
drions aussi plus de la moitié de l’oxygène que nous respirons si tous les organismes comme le phytoplancton qui font la photosynthèse venaient à disparaître, s’alarme Taiano. C’est la raison pour laquelle il faut agir maintenant. » Les traditions et la culture tahitiennes portent en elles des solutions longtemps appliquées, puis délaissées au profit de la mondialisation. Comme le rahui, une pratique ancestrale polynésienne qui vise à protéger une zone pendant une période de temps donnée, pour lui permettre de redevenir fertile et riche ; l’écosystème subissant moins de pression, la nature reprend ses droits. Suite à quoi, pendant quelques jours, à intervalles réguliers, la pêche et la récolte sont autorisées. « La coexistence, pour moi, c’est cohabiter avec l’océan et les créatures marines, en faisant preuve de respect et d’humilité. Je côtoie les requins, les raies, les baleines, etc. depuis très longtemps. » Ce respect, chaque Polynésien l’a face au mana, le pouvoir suprême, la connexion qui relie un homme à la nature. Inviter tous ceux qui se sentent concernés à adopter un corail, c’est transmettre une partie de la vision tahitienne au reste du monde, c’est déléguer aux experts et à ceux qui connaissent le mana la responsabilité de restaurer les coraux de manière appropriée et durable. Quand les Coral Gardeners partent en mission de restauration, ils commencent par collecter les fragments de coraux éparpillés dans l’eau. Ces morceaux de vie fragiles, qu’ils s’apprêtent à replanter, ils les appellent des « fragments d’opportunité ». Cassés principalement par la houle ou l’activité humaine, ils sont transportés à la « nurserie », la pépinière, constituée de tables ou de cordes, où les fragments vont recevoir une seconde chance : ils vont se régénérer, se stabiliser et grandir dans les meilleures conditions possibles, plusieurs mois, le temps qu’ils se ré-acclimatent à leur nouvel environnement, en vue d’un bouturage. « La table est mise à l’abri. Les conditions idéales ? Un endroit où il n’y a pas trop de courant, avec plusieurs patates autour, et pas trop proche de la barrière de corail, car avec la houle, la table risquerait de se balancer et de chavirer, 43
Une patate de corail morte comme celle-ci constitue une excellente structure pour accueillir un bouturage de corail.
Afin de bien ancrer le corail sur son socle d’accueil, quelques points de ciment marin sont apposés autour de lui. Ceci se fait avec une poche à douille, comme en pâtisserie.
« Les poissons ? Ils font partie de notre team. »
KELSEY WILLIAMSON
CORAL GARDENERS POURQUOI PLONGENT-ILS ? Les Coral Gardeners, c’est un groupe créé par de jeunes Polynésiens, basé à Moorea et qui a développé un moyen de préserver, cultiver et replanter des coraux dans les récifs. Pour ces amoureux de l’océan, fondus de surf, de pêche et de plongée, la mer est une deuxième maison. « Un jour, en allant surfer sur le récif corallien, on a fait un drôle de constat : à nos pieds, le corail était devenu blanc. On s’est posé des questions, car d’habitude, le corail est plein de couleurs. C’est vraiment là qu’on a pris conscience de la menace et que l’on a décidé de créer cette association en 2017. Le projet a été pensé par Titouan (Bernicot, ndlr) à l’origine, son fondateur et CEO. » Le Criobe, un éminent centre de recherche français installé à Opunohu, près de Moorea, et dont ils sont partenaires, les a aidés à développer leurs connaissances terrain sur les coraux pendant deux ans et demi, et continue de le faire. « Le Criobe suit la vie marine en Polynésie depuis trente ans : l’évolution des récifs coralliens, le blanchissement du corail, les catastrophes naturelles. Grâce à eux, on peut estimer quelques objectifs assez importants dans le futur. » Depuis, les Coral Gardeners sont devenus une organisation qui emploie quinze personnes à temps plein. « Notre rêve a été d’en faire notre métier. Il y a pire comme job que de travailler dans la mer, planter des coraux, de parler de l’histoire du récif, de notre histoire à travers le monde… », plaisante Taiano. C’est sous l’eau que l’équipe de restauration des Coral Gardeners passe la majeure partie de sa journée. Ce sont des plongeurs expérimentés. Comme ils ne travaillent qu’à deux mètres de profondeur, ils ont choisi de ne pas utiliser de bouteilles, car ils se sentent plus à l’aise ainsi. « Il faut une bonne condition physique pour rester en apnée, c’est vrai, poursuit Taiano. Mais c’est surtout un travail de respiration, et une pratique quotidienne. Nous pouvons tenir trois minutes sous l’eau sans bouger et sans respirer, et jusqu’à 1 minute si on s’active sous l’eau. »
THE RED BULLETIN
Après un BTS Maintenance industrielle, Taiano Teiho a bifurqué dans la restauration corallienne.
même avec du leste. Et il faut qu’il y ait des poissons dans les parages. » Pourquoi des poissons ? « Car ils aident beaucoup. Ils enlèvent les algues parasites sur la table. Chaque fois qu’on va à la nurserie, on voit des girelles, des poissons chirurgiens… Ils viennent nous voir et ils nous assistent. Les poissons font partie de notre team : quand on n’est pas dans l’eau, ils sont là pour nettoyer la table ou les coraux parasités par les petites algues. » Ceci explique cela. Avec la surpêche, il n’y a plus assez de poissons pour nettoyer les coraux, un facteur de plus dans le blanchissement du corail.
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nsuite, ces fragments sont replantés sur des récifs endommagés ou totalement morts, les fameuses « patates de corail », à quelques minutes en bateau de la côte car ils représentent une bonne structure. Le corail est calé dans une petite crevasse dans laquelle il pourra tenir de luimême. Quelques points de ciment marin sont apposés tout autour de lui afin de
« Le projet a le potentiel de créer un mouvement mondial de sensibilisation. »
le renforcer et qu’il reste bien collé. « On aime bien dire que c’est une seconde chance pour le corail qui a été cassé, dit Taiano, et que cela apporte une nouvelle vie à cette patate morte. » Bien entendu, l’action ne s’arrête pas là. Les Coral Gardeners assurent un « suivi fitness », un monitoring du corail replanté et de la patate. Taiano : « Chaque mois, on va noter l’état de santé des coraux sur chaque patate sur laquelle on les a plantés auparavant. Si sur la patate numéro 22, on a planté treize coraux, on va venir voir si un corail est mort. On va noter quelle espèce, quelle date, et sur le long terme, on pourra avoir le pourcentage d’espèces qui ont été menacées ou mortes. Comme ça, on pourra voir et déterminer les facteurs communs, de telle à telle date, pour savoir si l’eau était plus chaude, ou plus acide, etc. C’est du travail à long terme. » Et qui ne vaut que pour la région de Moorea. Sur les mille espèces de corail existantes dans les océans, 194 sont présentes en Polynésie française. « On peut voir à la fois les dégâts causés par l’homme, mais on peut voir aussi que la vie peut revenir. Tout cela, à quelques centaines de mètres d’écart », entend-on Guillaume Néry dire à Hugo Clément dans un documentaire dédié à l’état des océans sur France TV. L’action des Coral Gardeners n’est donc pas vaine. Mais elle a besoin d’un écho à l’échelle de la planète. Marie-Céline Piednoir, Directrice du département Communication et Sensibilisation précise : « Notre projet dépend en grande partie des dons. Nous laissons la chance aux gens du monde entier de pouvoir adopter un corail pour nous soutenir financièrement. Cela coûte 25 € (3 000 francs pacifiques) et en échange, les gens reçoivent un certificat d’adoption avec la photo du corail, les coordonnées GPS de la table de nurserie, et le nom qu’ils auront donné au corail. » Taiano a baptisé le sien Temae, du nom de là où il vit, sur Moorea. L’organisation comptabilise près de 15 000 plantations de corail. « Au début, on ne pensait pas que ça prendrait cette ampleur. Aujourd’hui, on voit que le projet a le potentiel de créer un mouvement mondial de sensibilisation autour du récif corallien. Et que si on s’y met tout de suite, d’ici 2050, on n’aura peut-être plus besoin de s’occuper ni du récif corallien, ni de la vie marine… » Puisqu’il suffira de coexister avec eux. coralgardeners.org 45
Saweetie, artiste de 27 ans, photographiée pour The Red Bulletin à l’écart des locaux de Red Bull USA, à Santa Monica, en juillet.
SAWEETIE EXPLOSE
Après un été de hits viraux, la rappeuse américaine SAWEETIE se livre sur sa persévérance, son sens de l’adaptation, son identité, ses erreurs, son nouvel album, Pretty Bitch Music, et l’éthique de travail qui a fait de son désir pour le succès une réalité. Texte LAKIN STARLING
Photos G L ASKEW II 47
Originaire de la Bay Area, en Californie, Saweetie cumule des millions d’Êcoutes sur les plateformes musicales.
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our de nombreux artistes dont la viralité s’est transformée en voie express vers la célébrité, on peut se dire que leur route vers le succès a été facile. Mais pas dans le cas de Saweetie. Avant d’exploser, elle était étudiante à l’Université de Californie du Sud, et rêvait de faire du rap. Lorsqu’elle n’était pas en cours – ou affairée à l’un de ses trois emplois – cette fonceuse uploadait sur Instagram des vidéos d’elle en train de rapper dans sa Jeep. Peu à peu, elle a créé un buzz sur les réseaux sociaux, et en 2017, elle a balancé la vidéo de Icy Grl. Avec ses longues tresses en platine, son manteau de fourrure et ses satins d’aspect coûteux, elle incarnait l’attitude et le luxe dont elle allait finalement faire sa réalité. Ce clip l’a catapultée sous les projecteurs, et elle n’en est pas sortie depuis. Née Diamonté Quiava Valentin Harper, cette native de Californie du
Nord a été élevée par des parents qui étaient souvent bien trop occupés par leurs jobs respectifs, et c’est finalement ses deux grands-mères qui se sont essentiellement occupées d’elle, au gré de ses déménagements successifs. À force de bouger, elle s’est souvent retrouvée la nouvelle élève, ce qui a renforcé sa confiance en soi et sa capacité à s’adapter rapidement. Bien que ses camarades de classe l’aient souvent rejetée et sous-estimé son potentiel à cause de son look, Saweetie les a mis à l’amende en s’épanouissant dans des sports comme le volleyball, le skateboard et l’athlétisme. Désormais une rappeuse, Saweetie explose les streamings avec des bombes comme My Type ou Tap In. Des chansons qui capturent l’esprit enjoué et optimiste de la Bay Area californienne et encouragent son auditoire à s’éclater au max et à être au top de sa confiance en soi. Elles transmettent une énergie et une détermination qui permettent à ses fans de jouir de bons moments, d’amour et de belles choses. Saweetie admet qu’elle a beaucoup appris depuis ses premiers morceaux, et affirme que son évolution est clairement palpable dans son premier album, Pretty Bitch Music, à paraître cet automne. Un projet plus texturé, avec une variété de productions qui révèlent les différentes facettes de la femme qu’est Saweetie. Mais qui estelle vraiment ? 49
Un post à l’intention de ses sept millions de followers Instagram. La vie pas vraiment ordinaire d’une jeune Américaine qui était encore étudiante il y a peu.
: Vous montrez beaucoup votre famille sur vos réseaux sociaux. Que vous apporte leur énergie ? : Grâce à eux, je donne mon meilleur. Quand je bosse, je ne vais pas dire que je suis dans un mode confortable, mais seuls eux sont à même de me motiver à ce point à donner le top de ma personnalité. Grâce à eux, je suis juste moi-même. Quels membres de votre famille ont été les plus influents dans votre vie ? Mes grands-mères, car j’ai souvent passé du temps avec elles durant mon enfance. Beaucoup de gens ne le savent pas mais ce sont elles qui m’ont vraiment élevée, et on peut dire qu’elles ont fait un super taf. Mes parents étaient très jeunes, très occupés par leurs emplois, donc clairement, mes grands-mères, de mon côté sino-philippin et noir, ont joué un rôle très important dans mon éducation. Elles viennent de cultures différentes, mais elles ont la même éthique de travail. Elles bossaient tout le temps. Elles étaient toujours coiffées impeccablement. Elles sentaient toujours bon. Leurs maisons étaient toujours propres. Pour moi, en tant que gamine, c’était donc la normalité. Quand des gens me demandent, « Qu’est-ce qui te motive à devenir une patronne ? Qu’est-ce qui te pousse à responsabiliser les femmes ? », je pense naturellement à toutes ces choses, évidentes, de mon enfance. Tout cet environnement familial, avec toutes ces différences, ces tailles, ces formes, ces attitudes, tu vois ce que je veux dire ?! (Rires) Mais qu’importe ce qu’il se passe ou les circonstances, ça n’était que de l’amour et du soutien envers moi. Pour moi, tout ça, c’est naturel. Où exactement avez-vous grandi dans la Bay Area ? À peu près partout, mais d’abord du côté d’Hayward. L’une de mes grands-mères y vivait, et l’autre habitait à Sunnyvale.
À fond les formes ! Saweetie s’est engagée dans le rap en femme qui assume tout, à 2 000 %.
J’ai aussi vécu à San José, mais je bougeais beaucoup quand j’étais gosse, et tout le monde me babysittait. Passer d’une école à une autre a fait de moi quelqu’un de coriace. J’ai su m’adapter, car quand tu changes constamment d’environnement étant enfant, tu n’es jamais vraiment à l’aise. Alors j’ai appris à prendre le meilleur de ces situations. Je n’ai pas vraiment apprécié cette enfance, car j’avais l’impression de ne pas être une gosse normale, mais je pense que cela m’a préparée à évoluer dans ce business du rap. Je persévère quoi qu’il arrive, et je sais comment m’arranger avec différents types de personnes ou de problèmes. Ça a fait de moi une jeune femme très forte. Comment la culture de la Bay Area vous a-t-elle influencée en tant que personne et artiste ? Ça surprend pas mal de gens de savoir que je m’occupe moi-même de mon look. Je gère ma coiffure et mon maquillage, ouais, et dans la Bay Area, tout le monde veut avoir un bon style et être unique. J’ai toujours été dans un délire coloré. J’ai toujours teint mes cheveux. J’ai toujours voulu avoir une chouette apparence. Ça me motive à être au top. J’adore la Bay Area car c’est ici qu’on
« Je persévère quoi qu’il arrive, et je sais comment m’arranger avec différents types de personnes ou de problèmes. » 51
« Meuf, je suis sortie du ventre de ma mère en faisant du sport », dit Saweetie. Si elle a pratiqué le basket, elle est aussi tombée amoureuse du volleyball, ado.
« J’avais ce facteur compétition en moi. Ça a renforcé ma détermination, mon ambition et mon habilité à persévérer. » trouve toutes ces filles mignonnes avec des attitudes de bombasses. On est terre-à-terre, on sait comment s’amuser, comment avoir du style, mais aussi comment gérer nos affaires. C’est ça qui a fait qui je suis au quotidien et en tant qu’artiste. Beaucoup de créativité et d’originalité viennent de là. La pratique du sport est très répandue en Californie, et vous n’êtes pas une exception... Meuf, je suis sortie du ventre de ma mère en faisant du sport. (Rires) Du côté de mes grands-mères, il n’y avait que des garçons, donc on passait notre temps à jouer avec eux. J’avais l’habitude de faire la course dans la rue sans chaussures. (Rires) On courait toute la journée, et on jouait au football américain. J’essayais d’imiter les gamins plus âgés. Ballon, base-ball, qu’importe le jeu, on l’adaptait à notre façon. Je revenais toujours à la maison pleine de boue, des branches dans les cheveux, car je passais mon 52
temps à grimper aux arbres. J’étais une gamine de la rue. Vous avez aussi pratiqué le volleyball ? J’ai d’abord essayé le base-ball car tout le monde dans ma famille y jouait, mes cousins, mes tantes, mais ça n’était pas mon truc, alors ma mère m’a poussée à tester le volleyball, et je l’ai détestée pour ça. Mais finalement, j’ai adoré ça. Je pouvais aussi faire le quarterback au football car j’avais un sacré lancé. Et au lycée, je faisais de la course. Concernant l’accession au succès et le travail acharné, comment le sport impacte-t-il votre façon de lire le monde ou d’évoluer dans le business musical américain ? Je ne veux pas me la jouer sentimentale, mais j’avais un genre de but. Une mission. Un plan que Dieu m’a dédié car j’ai traversé tellement de trucs en grandissant. J’ai aussi dû batailler dans le monde du sport, car je déménageais
En live comme en championnat. De son passÊ sportif, elle a gardÊ l’engagement et la performance.
Elle soigne son look comme ses prods : ici sur scène avec une impressionnante tenue Louis Vuitton.
« Au foot américain, ado, j’avais un sacré lancé », dit-elle. Juste après cette photo, Saweetie envoie un missile à travers le parking.
souvent, j’étais donc l’étudiante que l’on transfère. Toujours cette nouvelle nana qui débarque dans une équipe, et les gens n’étaient pas forcément très accueillants. Je me souviens quand j’ai essayé le volley, c’était particulièrement désagréable. Les autres nanas ne m’aimaient pas et disaient que je voulais juste faire du sport pour montrer mon cul, et tout un tas d’autres raisons étranges et infondées. C’était comme un harcèlement, du genre moral. Les gens essayaient de me mettre à l’écart. J’ai dû me battre pour prouver que j’étais athlétique. J’ai dit à une de ces filles : « Je vais prendre ta place. » Et je l’ai fait. J’avais ce facteur compétition en moi. Ça a renforcé ma détermination, mon ambition et mon habilité à persévérer. Ça a consolidé mon mental, et dans cette industrie, tu dois être forte mentalement. À quel âge avez-vous eu la volonté de vous lancer dans le rap ? Quand j’étais au lycée, à cause des garçons qui rappaient en cours. Je me disais : « Okay, cool, mais je vais rentrer à la maison et écrire mes propres rimes. » Alors quand je suis revenue et que j’ai balancé mon truc en cours d’algèbre, toute la classe est devenue folle. Là, je me suis dit : « Wow, il y a peut-être un truc à faire. » À l’université, vous avez commencé à rapper dans votre voiture et poster des vidéos sur Instagram. Est-ce que c’était juste un délire ou étiez-vous en train de mettre quelque chose de stratégique en place ? En tant que nouvelle artiste, c’est parfois difficile si tu n’es pas accompagnée d’un ingé son expérimenté. Tu ne te rends pas forcément compte que l’ingé son avec lequel tu bosses est naze, parce que tu n’as pas l’expérience des enregistrements. J’avais eu une sale expérience car le premier ingénieur du son avec lequel j’avais bossé était nul. J’étais en mode : « Marre de claquer mon oseille, je ne peux pas me payer de studio. Je vais juste enregistrer des morceaux en ligne, comme ça tout le monde verra que j’ai envie de rapper, je vais juste poster des trucs. » C’est pour cela que j’utilisais des instrumentaux existants, parce que je n’avais aucune connexion avec des producteurs.
« Célébrez qui que vous soyez en tant que femme, bloquez ces gens grincheux et faites de votre mieux. » Beaucoup de jeunes artistes bataillent pour être diffusés en radio et entrer dans les charts, mais votre morceau Icy Grl est devenu viral, My Type fut un hit, et Tap In monte en puissance, tout cela en l’espace de quelques mois. Quelle est votre formule ? Tu sais quoi, meuf ? Je n’ai pas de formule secrète. Quand je rencontre de nouvelles nanas qui montent, que ce soit Tay Money ou Mulatto, avec lesquelles j’ai collaboré, j’essaie de partager le plus possible. Parce que j’ai fait beaucoup d’erreurs au début de ma carrière, car je n’avais personne pour me guider. J’adore partager ce par quoi je suis passée pour en arriver là. Tu dois être forte mentalement, croire en toi, et être à l’aise avec tes propres erreurs. Bosse dur, entouretoi d’une super équipe, et assure-toi que
c’est la bonne équipe. Avoir une équipe ne veut pas dire qu’ils savent ce qu’ils font. Entoure-toi des bons mentors. On devrait toujours avoir près de soi quelqu’un à qui s’adresser qui puisse être perspicace et qui puisse également se faire l’avocat du diable. J’ai ma propre approche. Je choisis mes beats. Je coproduis beaucoup de choses. Je pense qu’il y a quelque chose de commun aux gros travailleurs et aux artistes, et rien de ce que je fais n’est nouveau. Chaque fois que quelqu’un me demande quelque chose, je suis ravie de partager, car si je peux permettre à quelqu’un de gagner du temps, j’adore le faire. Les femmes du rap ont proposé des choses très intéressantes et innovantes récemment, mais c’est comme 55
Croyez-le ou non, Saweetie a vraiment pratiquÊ le skateboard, comme elle approche tout dans la vie. Sincèrement et dans un bon esprit.
« En fait, on fait juste du rap, et nos fans et audiences prouvent que nous sommes à égalité avec les hommes. » s’il n’y avait toujours pas de place pour elles pour exister à égalité avec les hommes et avoir du succès. Qu’en pensez-vous ? Les chiffres prouvent le contraire. Quelque chose que je voudrais voir disparaître des discussions, c’est « pour une fille », ou « pour une femme rappeuse »… En fait, on fait juste du rap, et nos fans et audiences prouvent que nous sommes à égalité avec les hommes. Je détestais ce commentaire à l’université : « Oh, tu es mignonne pour une Noire. » Non, je suis juste mignonne. Je voyais ça comme un compliment à double tranchant, et c’est pareil avec « pour une femme rappeuse ». En fait, tu continues de me dire que les femmes qui rappent ne font pas leur job. Mais on le fait. Et on a encore plein d’autres trucs à faire dans nos journées, parce qu’on doit faire nos tissages, nos cils, nos ongles. Tu sais que ce bordel prend cinq à six heures par jour. Et ça coûte beaucoup d’argent. Donc arrêtez de jouer avec nous, parce qu’on y va à fond. Beaucoup de gens – surtout des hommes – sont contrariés par les femmes qui rappent à propos de leur apparence ou de leur corps. Vous avez des paroles, comme dans Pretty Bitch Freestyle, où vous célébrez explicitement votre sexualité. Oui, je suis une sale garce, alors je vais en être fière et donner du pouvoir à mes fans. Je me souviens de la chanson Yuso que j’ai chantée avec Kid Ink et Lil Wayne, j’étais si fière de ce moment. Je me disais que j’allais m’incruster sur cette méchante chanson parce que j’avais des choses à dire. Je voulais être méchante façon Missy Elliott. J’aime Missy et Missy est une méchante, mais elle va te faire rire avec ça. J’ai travaillé très dur pour que mes rimes soient créatives, amusantes et, à mon avis, de bon goût. Quand Yuso est tombé, j’ai eu des retours très négatifs comme « Pour qui elle se prend l’étudiante ? » ou « Une nana si
classe ne peut pas parler comme ça »… « Wow, elle vient de ruiner sa marque et sa carrière. » Oui, je suis allée à l’école, mais quand mon homme se pointe, je deviens vilaine. Tous ces gens-là sont des « fans confus », parce qu’en fait, leur maman est une vilaine, leur grand-mère est une vilaine, et leur arrière-grand-mère était aussi une vilaine. Célébrez qui que vous soyez en tant que femme, bloquez ces gens grincheux et faites de votre mieux. Votre album semble vous présenter telle que vous êtes, intégralement. En tant que femme, j’aime les belles choses de la vie, mais je suis aussi un garçon manqué. Je suis aussi une femme très impliquée dans sa famille. Je peux aussi être blessée dans mes sentiments. J’ai des émotions. Je ne suis pas seulement une jolie fille que l’on penserait robotisée, contrôlée. Je suis un être humain et à travers ces plus de quinze chansons – qu’elles soient sentimentales, personnelles, hallucinantes ou amusantes – vous pourrez le ressentir. Je suis très enthousiaste. J’ai enfin compris quel est mon talent artistique. Et le son ? Vous dites que ce n’est pas ce que les gens peuvent attendre de vous... Au début, je n’ai pas été bien conseillée. Les gens autour de moi essayaient d’aller voir les grands noms de la musique pour produire les instrumentaux, et personne n’arrivait vraiment à me comprendre en tant que personne parce que je suis complexe. Mais avec ce nouveau projet et en travaillant avec des gens qui me connaissent vraiment en tant qu’individu, je suis enfin capable de faire en sorte que tout s’interconnecte. J’ai entendu quelqu’un me dire : « Quand les gens écouteront ton album, ils te connaîtront avant même de t’avoir rencontrée. »
Instagram : @saweetie 57
PRISES DE PROXIMITÉ Confiné durant l’été chez lui en Écosse, l’as de l’escalade libre en solo ROBBIE PHILLIPS a dû réviser ses plans et se rabattre sur d’autres terrains de jeu… pour son plus grand bonheur. Texte MATT RAY
Photos NADIR KHAN
Robbie Phillips s’accroche à la structure d’un pont de Murrayfield, à Édimbourg (Écosse) – calant ses mains dans les creux ou, comme il le dit, « à la force des os ».
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« Je ne suis pas le plus costaud, mais j’ai toujours réussi à venir à bout des projets que j’ai entrepris. »
É Petite démo de « coincement » de la main, une prise où l’on replie le pouce vers l’intérieur pour aplatir la paume : « C’est de la technique à 90 %. »
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dimbourg, près du canal de l’Union : la ville, en cette belle matinée du mois d’août, devrait résonner aux sons des multiples orchestres et troupes d’artistes qui inondent chaque été ses rues lors du Edinburgh Fringe Festival. Pandémie oblige, c’est le silence qui règne sur le canal, troublé uniquement par un groupe de kayakistes ou quelques promeneurs égarés sur ses berges. Pourtant, ce n’est pas ce calme inhabituel qui nous trouble : quelque chose est en train de se produire sous nos yeux et accroche notre regard. Devant nous se trouve le Meggetland Old Bridge, qui relie les deux rives du canal depuis plus de deux siècles, avec à ses côtés une passerelle plus moderne. Et sous cette passerelle, un homme – la tête en bas, accroché à la structure en béton comme une agile petite araignée. À première vue, la scène semble complètement improbable : comment fait cet homme pour ramper ainsi sous la passerelle, déplaçant avec aisance ses mains et ses pieds comme s’il était équipé de ventouses ? Pour les accros de grimpe, en revanche, aucun doute : nous assistons à une magnifique démonstration d’escalade libre en solo intégral. Une discipline dans laquelle notre homme, Robbie Phillips, excelle. À 30 ans, l’Écossais a déjà consacré la moitié de sa vie à l’escalade : après les premières compétitions nationales dès l’âge de 15 ans, Phillips a toujours cherché à repousser ses limites, s’attaquant à des voies toujours plus difficiles et plus longues, telles la Paciencia sur le versant nord de l’Eiger (Suisse), longue de 900 mètres, ou El Niño (800 mètres) sur El Capitan, dans le parc national de Yosemite – des voies classées 5.13b et 5.13c selon le système THE RED BULLETIN
Robbie en août, sur la voie urbaine qu’il a baptisée The Pablo Smoke Crack Crack : « Les ponts ont fait de moi un meilleur grimpeur. »
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de cotation américain, ce qui correspond respectivement à du 8a et du 8a+ dans le système français. L’été dernier, Phillips a complété son palmarès des big walls avec l’ascension de la légendaire « trilogie alpine », trois voies de niveau 8b+ (en Suisse, en Bavière et en Autriche), inaugurées en 1994 par les titans de l’escalade que furent Stefan Glowacz, Beat Kammerlander et Thomas Huber. Phillips : « À l’époque, la trilogie représentait le summum en matière d’escalade libre dans les Alpes. Depuis, même s’il existe aujourd’hui beaucoup de voies plus difficiles, très peu de grimpeurs ont réussi à la compléter, et un seul Britannique : moi. » Robbie Phillips est en effet l’un des meilleurs grimpeurs dans son pays, et son apparence le laisse deviner : une longue silhouette toute en finesse et dont chaque muscle semble prêt à surgir pour supporter, d’un coup, le poids de tous les autres, un immense sourire qui illumine un visage marqué par les heures passées à braver la météo, et le look franchement décomplexé de ceux qui passent leur vie dehors. Son Ford Transit est plein à craquer de matos d’escalade, de bouquins et contient même une poutre d’entraînement de chez Beastmaker – histoire de pratiquer ces horribles prises à un doigt… « Je ne suis pas le plus costaud, mais j’ai toujours réussi à venir à bout des projets que j’ai entrepris. »
L
e projet actuel de Robbie, c’est de s’améliorer dans ce qu’on appelle « l’escalade en fissure » : le grimpeur progresse le long de fissures ou de failles en utilisant des techniques spécifiques, comme celle de coincer sa main à l’intérieur d’une fissure et de la verrouiller en rentrant le pouce vers l’intérieur. « Cette technique a l’avantage d’utiliser la masse osseuse plutôt que les muscles », nous explique Phillips. Si on la qualifie souvent de « sous-catégorie de l’escalade rocheuse réservée aux fous furieux », « l’attrait que procure une belle ligne de faille courant le long d’un rocher lisse est juste irrésistible », souligne notre Écossais, qui, semblet-il, est devenu véritablement accro aux lignes ! Une addiction que Robbie avoue avoir du mal à satisfaire sur sa terre natale, car les fissures sont difficiles à reproduire en salle et les meilleurs spots, comme El Capitan à Yosemite, se trouvent souvent sur les roches de granit. « Parce qu’il y a quantité de spots en Utah, en Californie et à Squamish au Canada, cette discipline est dominée par les Américains : rien de tout ça au Royaume-Uni, et en Écosse, c’est presque le néant. » Presque, mais pas tout à fait : c’est ce dont Phillips s’est rendu compte quelques mois plus tôt, alors qu’il essayait de garer son van près du canal de l’Union. « Je me suis trompé de route et j’ai atterri près du Meggetland New Bridge. En l’observant, j’ai aperçu ces dalles de béton sous le pont, les failles qu’elles formaient, et ma première pensée fut : “Tu peux grimper ça !” » Une heure plus tard, la chose était faite. « Ma meilleure expérience d’escalade à 62
« L’attrait que procure une belle ligne de faille courant le long d’un rocher lisse est irrésistible. » Phillips et Meggetland New Bridge, au-dessus du canal de l’Union, Édimbourg : « La première fois, j’étais concentré sur le fait de ne pas tomber dans le canal, peu profond et certainement rempli de caddies de supermarché. »
Édimbourg. » En parlant de ses mains, il constate en riant : « On dirait que je fais du MMA ! » Ses poings, lacérés et entourés de bandes de protection, donnent la même impression. Ce matin, Phillips nous a embarqué à l’endroit de sa première découverte, pour une petite démonstration : le voilà qui s’élance, calant ses mains et ses pieds dans les rainures qui séparent les dalles de béton, progressant avec une apparente aisance vers l’autre rive. Depuis le début de la matinée, les berges THE RED BULLETIN
se sont remplies de cyclistes et promeneurs en tous genres, et au moment où Phillips s’apprête à se retourner pour mettre pied à terre, une longue file de cyclistes passe, l’obligeant à rester suspendu dans les airs… Une fois revenu, il montre les marques rouges autour de son poignet : « La vache ! Je m’étais coincé la main et quand la file de vélos est passée, je me suis dit que je n’allais pas supporter ça longtemps. Mais c’était un bon entraînement… à avoir mal ! » poursuit-il en riant. THE RED BULLETIN
Les grimpeurs ont l’habitude de choisir des noms pour les voies qu’ils ouvrent, et l’humour est souvent de la partie. Phillips baptisera donc sa voie du Meggetland New Bridge Troll Toll (trad. le péage du troll), parce que les trolls habitent sous les ponts et qu’il y a souvent un prix à payer quand on escalade en fissure : « Les techniques qu’on utilise ne sont pas tendres pour les mains, et même si les miennes étaient protégées, les dalles de béton restent assez tranchantes. Maintenant, j’ai deux cicatrices à 63
Les vidéos YouTube de Phillips ont inspiré d’autres grimpeurs à s’essayer à la grimpe urbaine : « J’espère que ce sport va se développer et ouvrir un autre univers aux citadins. »
l’intérieur des poignets, comme si j’avais été crucifié. » Si cette expérience de grimpe urbaine a été l’heureuse surprise de ce post-confinement, il faut bien avouer que l’Écossais avait (comme tout le monde) d’autres plans pour 2020 : « J’avais prévu de me faire la voie Eternal Flame, sur la Trango Tower, l’un des murs de granit les plus célèbres du Pakistan. Elle a été ouverte en 1989 et exécutée en libre et en solo pour la première fois par Thomas Huber et son frère Alexander, en 2009. En deux mots, c’est l’Everest des big walls, un peu comme El Capitan mais à haute altitude. Il y a très peu de spots à cette altitude qui offrent une telle technicité. » Mais avant le Pakistan, Phillips voulait ouvrir (et évidemment baptiser) quelques voies sur les impressionnantes formations rocheuses du Joshua Tree National Park, en Californie. Depuis son passage, l’une des voies, qui passe sur un gros bloc rocheux, porte le doux nom de Yoda’s Head (trad. la tête de Yoda). « J’avais aussi l’intention d’escalader le Dihedron, qui n’avait pas été escaladé depuis que Randy Leavitt (l’un des pionniers américains de l’escalade et BASE jumper, ndlr) l’avait ouvert en 1997. » C’était sans compter l’explosion d’une pandémie mondiale : forcé de retourner à Edimbourg, Phillips doit également renoncer à ses sorties en extérieur, interdites par le British Mountaineering Council. « J’étais déçu, mais pas inquiet. En fait, les grimpeurs sont habitués à devoir constamment s’adapter aux circonstances, ça fait partie du jeu, en quelque sorte. »
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u lieu de gamberger, il reprend contact avec Leavitt, qui l’avait déjà aidé à préparer Dihedron : « Dans les années 80, lui et [son collègue] Ron Kauk avaient trouvé un parking à Los Angeles avec d’énormes fissures qui couraient le long des toits. Le soir, ils s’entraînaient sur ces fissures et cela leur a appris des techniques qu’ils ont ensuite appliquées sur les formations rocheuses du Mojave. Du coup, je me suis dit que s’entraîner en zone urbaine, finalement, c’était pas si bête que ça – d’autres l’avaient fait avant moi, pour les mêmes raisons. » À la fin du lockdown, pas question pour Robbie Phillips d’envisager autre chose : « On pouvait circuler dans un périmètre de 5 miles (8 km, ndlr). »
« La grimpe urbaine est ouverte à tout le monde, parce que c’est gratuit et que tu n’as pas forcément besoin de matos. » THE RED BULLETIN
Une restriction qui ne lui faisait désormais plus peur, tant il avait appris à regarder le paysage urbain d’un autre œil. « Le pont du canal m’a ouvert les yeux sur le fait que la ville peut t’offrir pratiquement la même expérience de grimpe que si tu étais sur un rocher en pleine nature. » Après cette trouvaille, Phillips tombe sur un autre trésor : onze « fissures » artificielles, sous un pont qui mène au stade de Murrayfield, sans risque de tomber dans de l’eau sale ! Il fait appel à son collègue (et réalisateur) Culann O Brien : les deux produisent alors une série de vidéos pour leur chaîne YouTube. Très vite, la nouvelle se répand. Désormais, sous le pont de Murrayfield, sous le fameux graffiti Pablo Smoke Crack qui a inspiré à Phillips le nom de cette voie – The Pablo Smoke Crack Crack, en français la fissure du Pablo Smoke Crack –, à côté des débris de verre et des ordures qui jonchent le sol, on trouve aussi des marques à la craie laissées par les grimpeurs qui sont venus, inspirés par Phillips, tester ce nouveau spot urbain. « Quand je revenais voir mon pont, je croisais des inconnus, avec tout leur matos de grimpe, en pleine action. Et l’autre jour, il y avait même quatre groupes de grimpeurs, venus de Glasgow et de Newcastle. J’étais du genre : “Merde alors, mais vous venez d’où ?” En fait, ils l’avaient vu sur mon compte Instagram. » Le phénomène ne semble pas prêt de passer de mode : tous les jours, Phillips reçoit des messages de gens du monde entier qui veulent partager avec lui leurs spots urbains à eux : « Rien que ce matin, un mec m’a envoyé une photo d’une installation artistique qu’il utilise comme spot depuis dix ans. La grimpe urbaine est vraiment ouverte à tout le monde, parce que c’est gratuit et que tu n’as pas forcément besoin de matos, même pas de chaussons, pour y arriver. Tu dois juste y aller et tenter le coup. » Ses journées, Phillips les passe maintenant à sillonner les rues d’Édimbourg en vélo, à la recherche de nouveaux spots. « La communauté s’agrandit, et c’est cool de savoir que j’y ai joué un rôle. Bien sûr, le pont ne va pas attirer des centaines de grimpeurs du monde entier, mais il va avoir son petit fan-club. Et je travaille même à un guide des voies urbaines, avec le Scottish Mountaineering Club. » Car il a décidé de ne pas se cantonner à Édimbourg : « Moi et Culann, on a envie de découvrir, avec des gens du cru, d’autres coins aussi chouettes, » dit-il avec un grand sourire. Quant au projet Eternal Flame, il est forcément repoussé à 2021, et c’est tant mieux : après tout, cette voie requiert de solides aptitudes d’escalade en fissure. Phillips se souvient de ses premières expériences à Yosemite : « La première fois, j’ai vraiment galéré comme un malade sur des fissures assez basiques. Ce domaine a toujours été mon talon d’Achille, les gens du coin se marraient et ne pouvaient pas croire que j’étais un grimpeur professionnel ! Les ponts de ma ville ont fait de moi un meilleur grimpeur, et un bien meilleur grimpeur de fissures. » YouTube et Instagram : @robbiephillips_ 65
DU SON DANS LES YEUX
Les médecins le pensaient condamné, et lui-même était loin de s’imaginer que c’était possible : à 46 ans, PONE, compositeur du groupe de rap phare des années 2000, la Fonky Family, a enregistré le premier album de l’Histoire entièrement composé avec les yeux. Une prouesse et surtout un message d’espoir pour toutes les personnes lourdement atteintes par la maladie.
ARMEN DJERRA
HIAN, PATRICK
AVENTURIER/G
ETT Y IMAGES
Texte ANTOINE CARBONNAUX
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Atteint de la maladie de Charcot, Pone vit grâce à un respirateur artificiel. Ses yeux sont une des rares parties de son corps qu’il peut encore maîtriser. THE RED BULLETIN
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« Dans la vie, cherche vraiment pas à comprendre, faut que tu vois ça, que tu le vives... »
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dans un état d’esprit plutôt positif, j’ai un moral d’acier depuis plus de trois ans, décrit-il avant de préciser : je pense qu’on se fait à tout à partir du moment où l’on accepte : on ne peut pas vivre dans la colère et la lutte. » Un état d’esprit qui force l’admiration, mais qui n’a pas été toujours été celui-ci. Pone revient en effet de loin. En 2014, lorsque que le diagnostic tombe alors qu’il commence à éprouver des difficultés à marcher, le musicien se dit dans un premier temps qu’il est fichu. « Le diagnostic est tellement lourd et on est si mal informé que j’ai baissé les bras », confie-t-il. La SLA, aussi appelée « maladie de Charcot » du nom du neurologue
FONKY FAMILY ARCHIVES
Ce soir de septembre 2015, quand Sat, Menzo, Don Choa et Le Rat Luciano débarquent sur la scène de l’Espace Julien à Marseille au son de leur refrain légendaire, les quelques mille chanceux ayant décroché leur ticket dans les 48 heures suivant l’annonce du concert n’arrivent pas à le croire. C’est la première fois que les membres de la Fonky Family se retrouvent près de dix ans après leur séparation. À 400 kilomètres de là, il y en a un autre qui n’en croit pas non plus ses yeux : entouré d’une vingtaine de ses proches et de ses filles, Guilhem Gallart alias Pone ne perd pas une miette de ce spectacle retransmis en direct dans sa chambre, transformée pour l’occasion en salle de projection. Les membres de la FF devaient bien ça à celui qui a été leur architecte sonore, dénicheur incroyable de samples et compositeur prolifique, désormais paralysé par une maladie incurable et dont on dit qu’elle lui laisse peu de chance de survie. « Je ne me considère pas malade, mais plutôt comme ayant été malade, avec des séquelles… lourdes », écrit Pone au début de notre échange, quatre ans après ce concert de soutien. La conversation a lieu par messagerie instantanée, protocole sanitaire oblige, et c’est à l’aide de ses yeux que le compositeur nous répond. Atteint de la sclérose latérale amyotrophique (SLA) depuis 2014, Pone est aujourd’hui tétraplégique. Relié à un respirateur artificiel et alimenté par sonde de gastrostomie, il vit alité au premier étage de la maison qu’ils occupent dans les environs de Toulouse avec sa femme Wahiba et leurs deux filles, Jasmine et Naïla. Ses yeux restent l’une des rares parties de son corps qu’il peut encore maîtriser. Un capteur infrarouge installé sous son ordinateur suit les mouvements de son regard qui parcoure un clavier virtuel sur lequel il compose, lettre par lettre, ses réponses. « Je suis
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PONE Ses grandes dates
Début des années 1990, après le break, c’est dans le graff que Pone fait ses armes à Toulouse avant de rejoindre Marseille avec son pote du lycée Don Choa. Il compose ses premières instrus et se lie d’amitié avec Djel qui l’introduit aux futurs membres de son groupe, la Fonky Family. La légende est lancée, les concerts s’enchaînent. Sat (ci-dessus) compte les billets, et la Fonky Family se déploie jusqu’à Paris, où Pone côtoie le rappeur Daddy Lord C (à gauche). Plus haut, une banderole pour Pone et la FF au Vélodrome. THE RED BULLETIN
7 mars 1973 Naissance à Toulouse 1992 Emménagement à Marseille et rencontre avec les futurs membres de la Fonky Family 1998 Sortie du premier album de la Fonky Family, Si Dieu veut… 2001 Deuxième album, Art de Rue, disque d’or en huit jours 2006 Séparation de la Fonky Family après la sortie de leur troisième album, Marginale Musique 2011 Déménagement à Toulouse et nouvel emploi dans un centre de formation professionnelle autour de la musique et du hip-hop 2014 Diagnostic de la maladie de Charcot Septembre 2015 Reformation de la Fonky Family pour un concert exceptionnel 2017 Opération de la trachéotomie Janvier 2019 Reprise de la production musicale Septembre 2019 Publication de l’album Kate & Me, premier album de l’Histoire entièrement composé avec les yeux Juin 2020 Sortie du EP Vision avec Karlito et Ali Septembre 2020 Opération Listen & Donate, tous les droits d’auteurs sont reversés pour l’amélioration de la vie des patients dépendants à domicile 69
Comme NTM ou IAM en leur temps, la FF a été une clique incontournable sur la scène rap hexagonale.
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EDITOR
ARMEN DJERRAHIAN
ILLUSTRATOR
« Être dans l’incapacité de pouvoir m’exprimer est une des pires choses qui me soit arrivée. »
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français qui l’a décrite en premier en 1865, est une maladie neurodégénérative. Elle atteint progressivement les neurones et entraîne une faiblesse musculaire puis la paralysie. La progression de la maladie de Pone se montre foudroyante, à tel point que « les médecins ne croyaient pas en ma survie », racontet-il. Et pourtant. Au fil du temps, à force de persévérance et d’apprentissage, il découvre qu’il n’est pas irrémédiablement condamné à voir sa respiration se stopper suite à la paralysie de ses muscles respiratoires. Une autre issue est possible : la trachéotomie, une opération permettant de créer chirurgicalement un accès direct à sa trachée pour envoyer dans ses poumons l’air produit par un ventilateur. Ou autrement dit, le choix de continuer à vivre, certes « lourdement appareillé, alité et tétraplégique, mais vivant », comme il le résume. En France, ils sont seulement 3 % de malades à faire ce choix, contre 46 % au Japon par exemple. Le manque d’information et un corps médical parfois hostile à ce qui peut être assimilé à de l’acharnement thérapeutique semblent expliquer ce faible pourcentage. Devenu de fait un expert de sa maladie, c’est pour lutter contre cela que Pone a entrepris de partager son expérience avec d’autres malades. S’il communique dans un premier temps avec sa femme à l’aide d’un fastidieux système de cartes sur lesquelles figure chaque lettre de l’alphabet, leur permettant à force de patience d’échanger sommairement, Pone a une révélation un jour en visionnant un documentaire sur Stephen Hawking. Le physicien lui aussi atteint de la maladie communique à l’aide d’un logiciel capable de suivre et d’interpréter son regard. Pone s’empresse alors de le tester. « Être dans l’incapacité de pouvoir m’exprimer est une des pires choses qui me soit arrivée », confesse-t-il. Le musicien met une bonne semaine avant de commencer à maîtriser 71
l’outil et former ses premières phrases. Puis, via les réseaux sociaux, il entre en contact avec d’autres malades, qui comme lui se retrouvent bien souvent démunis face à leur diagnostic. Lui vient alors l’idée de se lancer dans l’écriture de plusieurs petits textes à caractère informatif, et non dénués d’humour, qu’il publie sur un site développé pour l’occasion, La SLA pour les Nuls. « Au cours de notre maladie, nous aurons probablement à prendre les décisions les plus cruciales de nos vies, écrit-il en guise d’introduction. Il est insupportable pour moi que ces décisions soient prises sans que la lumière soit faite sur toutes les options qui s’offrent à nous. J’ai trop entendu de nouveaux diagnostiqués dire que tout était fichu. »
membres de la Fonky Family, ndlr). De très beaux souvenirs ! Comment s’est organisée votre récente collaboration avec Karlito et Pone sur le titre Au-delà de l’horizon ? On discutait via Instagram avec Pone, et au fil des discussions, il m’a proposé de participer à son projet avec Karlito, dont j’appréciais déjà la musique et l’état d’esprit, j’ai immédiatement accepté.
« Je n’ai jamais été aussi bavard depuis que je n’ai plus la parole. » 72
Au-delà de l’horizon Révélé dans les années 90 au sein du duo Lunatic aux côtés d’un autre rappeur, le fameux Booba, Ali (photo ci-dessus) a récemment collaboré avec Pone. Il revient sur leur rencontre au siècle dernier et l’inspiration transmise par le compositeur toulousain. : À quand remonte votre première rencontre avec Pone ? : On s’est connus à la fin des années 1990, j’étais à Marseille et il m’a invité en studio pour écouter le mix d’un album de son groupe, la Fonky Family. Nous sommes restés en contact, j’ai passé par la suite une semaine chez lui et DJ Djel. Nous avons fait quelques maquettes de titres inédits, je me souviens de sessions de purs freestyles avec le Rat Luciano (l’un des
Étiez-vous familier avec la maladie de Pone ? Je ne connaissais pas la SLA. Depuis, Pone m’a offert son livre, Charcot et nous, que j’ai mis de côté pour bien prendre le temps de le lire et d’en apprécier le témoignage. Comment compareriez-vous le Pone des années 1990 à celui d’aujourd’hui ? Artistiquement, il a suivi une belle évolution. Dans les années 1990, ses titres étaient très classiques tout en étant avant-gardistes, aujourd’hui je ressens sa musique plus libre, plus aérienne tout en ayant une profondeur, il y a beaucoup plus de dimension, d’espace. Et humainement, je ne peux que saluer son courage, j’avais rencontré dans les années 1990 un homme déterminé et je l’ai retrouvé en 2020 encore plus déterminé ! THE RED BULLETIN
ALI, FONKY FAMILY ARCHIVES
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ans sa lancée, Pone entreprend également une plongée rétrospective dans ses archives personnelles. Il extrait ainsi de ses disques durs des morceaux phares de sa discographie, qu’il accompagne d’anecdotes passionnantes, venant documenter l’histoire de son groupe et apporter un éclairage nouveau sur toute une époque de l’histoire du rap français. « Faut croire que je n’ai jamais été aussi bavard depuis que je n’ai plus la parole », se marre-t-il. Loquace mais surtout généreux : il numérise aussi près de 150 cassettes représentant plus de dix ans d’enregistrements en tous genres. Lives, maquettes, a capella, tests… on retrouve des inédits de Don Choa, DJ Mehdi ou du Rat Luciano jamais entendus auparavant. Une mine d’or qu’il met à disposition sur son site 73 BPM, aux côtés de nombreuses instrus parmi les milliers qu’il a composées tout au long de sa carrière (près de trois mille selon ses estimations), toutes libres de droit, invitant chacun à en faire ce qu’il en veut. En janvier 2019, c’est un peu par hasard qu’il se remet à composer. « J’ai téléchargé un logiciel, sans vraiment trop y croire, explique-t-il. Avec la patience, j’ai vu que je pouvais tout faire. » Le voilà donc remis à la production. Le casque vissé sur les oreilles et les yeux rivés sur son écran, Pone retrouve l’activité qui l’a
Les paroles du morceau font directement écho à l’histoire de Pone, comment avez-vous abordé l’écriture ? J’ai demandé à Pone de me résumer le thème qu’il souhaitait traiter, il m’a proposé ces mots-clés : « défaillance », « tomber » et « se relever ». Cela m’a fait penser au surpassement, au fait d’avancer sans relâche, à partir de ça, j’ai écrit mon couplet pendant le confinement et j’ai proposé le titre, Au-delà de l’horizon.
Au sommet de sa gloire, la Fonky Family enchaîne période de studio et concerts avec une énergie folle : chacun des membres du groupe essayant de surpasser l’autre sur scène, sans se priver de mettre le feu aux salles parisiennes, comme l’Olympia. Pour remettre tout le monde en condition avant d’entamer une seconde tournée, Pone a l’idée d’organiser une semaine de préparation physique dans son club de boxe avec son coach Alim. Le résultat ? « Des crampes aux abdos à force de se marrer », se souvient Pone. THE RED BULLETIN
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Un grand producteur de rap français en pleine création : Pone compose ainsi, dans un lit, grâce à un logiciel qu’il dirige avec ses yeux au travers de cet écran.
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UN STUDIO HORS NORME Comment il crée ses morceaux Ce qu’utilise Pone, alité en permanence, pour composer des instrumentales et collaborer avec d’autres artistes. Uniquement grâce à ses yeux et le matériel listé ci-dessous.
Désormais séparés, les membres de la Fonky Family ont l’occasion de se retrouver autour de Pone, comme à Belsunce à l’époque.
Son ordinateur « J’ai un gros PC auquel sont reliés un écran installé au-dessus de mon lit et une carte son Focusrite sur laquelle je branche mon casque. Je travaille uniquement au casque. J’en ai trois d’ailleurs, pour pouvoir comparer le mix : deux Beyerdynamic et un S-Logic. »
« Grâce à la maladie, j’ai eu l’immense privilège de connaître l’amour infini. Auparavant, il devait être là, mais parasité, occulté par tout le reste. »
La navigation oculaire « J’ai un logiciel de navigation oculaire Communicator relié à une barrette infrarouge sous mon écran qui capte le mouvement de mes yeux. Grâce à ça, j’ai accès aux fonctions normales de l’ordinateur, un peu comme avec une souris, mais en plus lent. »
Son logiciel de composition
Une messagerie instantanée « J’échange avec les artistes sur Messenger, c’est ce qui est le plus pratique pour moi. En général, j’envoie le son, l’artiste pose les paroles et me renvoie le tout ensuite pour la réalisation. »
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PATRICK AVENTURIER/GETTY IMAGES, FONKY FAMILY ARCHIVES
« J’utilise un logiciel traditionnel de musique, Ableton Live, sur lequel je suis capable de tout faire seul, comme n’importe quel autre utilisateur. Certaines fonctions sont plus difficiles à manier que d’autres, notamment le zoom et les potards mais avec un peu de patience, ça reste possible. »
toujours terriblement passionné, et compose de nouvelles instrus avec un talent intact. Le procédé, lui, a légèrement changé, le forçant à être plus conceptuel dans son approche : « C’est beaucoup plus long et moins intuitif qu’auparavant, j’anticipe davantage la musique que je souhaite produire au lieu d’être tout le temps en action. Même quand que je ne suis pas sur le logiciel, j’élabore des choses dans ma tête. » Comme ce projet Kate & Me confectionné à partir de l’oeuvre de Kate Bush. Pone se plonge dans la discographie de l’artiste britannique, animé par ce qui a fait sa spécialité : la recherche de samples. Avec une oreille imparable pour dénicher au détour d’un morceau les quelques secondes qui feront la base d’une nouvelle création, Pone réalise une trentaine de titres à partir d’échantillons puisés chez Kate Bush. Publié en septembre 2019, ce premier album de l’Histoire à être composé, réalisé et mixé uniquement avec les yeux rejoint l’ambition de Pone « de montrer
aux gens en grande difficulté physique comme [lui] que tout est possible ». Il sortira cet automne deux inédits dont tous les droits d’auteurs générés par les écoutes sur les plateformes de streaming seront reversés à son association, Trakadom, qui vise à améliorer la vie des patients dépendants à domicile. Avec la bénédiction de Kate Bush qui a découvert le projet durant l’été et lui a laissé ce message : « Je n’ai pas de mots pour dire à quel point je suis émue par votre travail et à quel point j’ai de l’admiration pour vous. […] Je suis sincèrement flattée que vous ayez choisi de travailler à partir de mes chansons. » Des projets, Pone ne se semble pas en manquer. Après un EP réunissant deux légendes du rap français, Karlito de la Mafia K’1 Fry et Ali de Lunatic, il se murmure que le compositeur est en contact avec d’autres rappeurs, ouvrant la voie à de nouvelles collaborations. S’il ne peut rien dire à ce stade, il cite volontiers PNL, Nekfeu, Ninho et SCH parmi les représentants de la génération actuelle qu’il apprécie particulièrement, sans oublier la scène marseillaise, Jul en tête, évidemment chère à son cœur. « Quand j’entendais une personne handicapée dire qu’elle était heureuse, je ne pouvais pas m’empêcher de me dire : “ouais c’est ça, mytho va, tu fais bonne figure c’est tout”, confie-t-il avant d’asséner cette imprévisible et saisissante punchline : la SLA est une bénédiction. Grâce à la maladie, j’ai eu l’immense privilège de connaître l’amour infini. Auparavant, il devait être là, mais parasité, occulté par tout le reste. La SLA a fait le tri pour moi et m’a laissé l’essentiel : ma tête et mon cœur. » Une leçon de vie. 73bpm.com 75
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PERSPECTIVES
JAMES WARBEY
MATT RAY
Expériences et équipements pour une vie améliorée
SURF EN LONGBOARD Sennen, Cornouailles
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PERSPECTIVES voyage
« Le hang ten est une sensation unique en surf, l’équilibre total sur l’énergie qui traverse l’eau. » Mike Lay, surfeur professionnel anglais
S
ennen Cove se situe tout près de Land’s End, le point le plus à l’ouest de l’Angleterre. Le sable y est doré, l’eau cristalline et le soleil éclatant lorsque la brume marine se dissipe. Mais l’originalité de Sennen tient à sa situation géographique. Parfaitement orientée à l’ouest, la houle atlantique y déferle de pleine face, assurant à la plage de Cornouailles un flot continu de vagues tout au long de l’année. J’ai grandi à Sennen où je pratique encore le surf et travaille comme maîtrenageur. En été, des milliers de vacanciers envahissent la plage, je ronge alors mon frein en attendant le retour de l’automne et de l’hiver. En octobre, la température de l’eau oscille entre 13 et 15 °C, le port d’une combinaison plus 78
épaisse (4 ou 5 mm) s’impose. Adolescent, je participais à des compétitions en Europe, mais à présent, âgé de 29 ans, je fais partie d’une équipe d’ambassadeurs mondiaux aux côtés de Mick Fanning (un Australien, multiple champion du monde, ndlr) et Rob Machado (un surfeur professionnel américain, ndlr). Sennen reste cependant mon spot préféré pour le longboard. Comme son nom l’indique, la discipline utilise une planche longue de trois à quatre mètres, les planches courtes n’excédant pas deux mètres. Une différence de taille, mais aussi de pratique. Si le surf consiste à couper la vague, le longboard vise le parfait équilibre. Un retour aux origines du surf à Hawaï, où il y a des milliers d’années ces planches en bois longues et lourdes étaient utilisées.
En 1966, la révolution du shortboard éclipse la longboard qui devient alors une pratique underground jusqu’à il y a environ vingt ans. Aujourd’hui, à Sennen, le longboard retrouve ses lettres de noblesse grâce à un groupe de longboarders purs et durs composé essentiellement de jeunes femmes, parmi lesquelles Izzy Henshall et Maisie Marshall dont la dextérité et la gaieté diffusent sur l’eau un optimisme contagieux. Une ambiance aux antipodes des années précédentes, quand des hommes grincheux d’un certain âge s’évertuaient l’été à dompter les vagues britanniques sur leur shortboard dernier cri. Ces planches courtes exigent de grosses vagues alors qu’avec son important volume le longboard est adapté aux vagues de faible intensité qui ont l’avantage d’être plus fréquentes. C’est ce qui m’a d’abord attiré. En longboard, vous surfez sourire aux lèvres, des vagues que d’autres trouvent sans intérêt. De nos jours, un surfeur complet est à l’aise sur les deux planches. La courte se contrôle en se penchant en avant et en basculant le poids du corps sur le pied avant ou arrière. La taille du longboard ne permet pas de changement de direction instantané, le surfeur doit se rapprocher du nose, l’avant de la planche, en pas croisés, c’est-à-dire en déplaçant le poids du corps d’une jambe à l’autre. Sur le nez de la planche, une expérience des plus particulières vous attend : le noseriding. Lorsque le tail (la queue, ndlr) est plaqué sur l’eau, vous avez l’impression de voler. L’occasion de tenter un hang five (cinq orteils, ndlr), c’est-à-dire mettre un pied sur le nez de la planche, ou les deux à la fois, soit un hang ten (dix orteils, ndlr). L’équilibre avec l’énergie qui traverse l’eau est alors total, une situation improbable. Mais y parvenir nécessite de prendre une « vague verte », c’est-à-dire juste THE RED BULLETIN
JAMES WARBEY
Fin de la partie : Mike Lay, doigts de pied au nez – l’apogée quand il s’agit de longboarding.
PERSPECTIVES voyage
Bonheur en vue : Lay anticipe sa session du jour sur l’un de ses spots des Cornouailles occidentales.
Membre du board : le surf, c’est dur. Surfer avec style l’est encore plus. Lay donne l’impression que c’est facile.
THE RED BULLETIN
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PERSPECTIVES voyage
Osez surfer sur le nose Le hang five expliqué par Mike Lay.
LA SÉCURITÉ RESTE LA PRIORITÉ Plus grand, plus lourd, leash plus long : le longboard n’aime pas les big waves. Une vague à hauteur de poitrine est okay, mais demander l’avis d’un maître-nageur est plus sage.
Le confort du froid : pour les surfeurs comme Lay, l’hiver garantit un temps sauvage à Kernow.
Surfeur professionnel et ambassadeur des marques Finisterre et Reef, Mike Lay est aussi maître-nageur sauveteur ; finisterre.com 80
Spots de longboard Les meilleurs spots de noseriding flairés au Royaume-Uni. SENNEN COVE, CORNOUAILLES Plage préférée de Lay, le lieu est idéal en automne, à basse ou moyenne marée et sans la foule. BANTHAM BEACH, DEVON DU SUD Situé entre Salcombe et Plymouth, ce spot aimante la houle atlantique, avec des bancs de sable mouvants et des contre-courants, mais lorsque les vagues se font petites, les rides elles, s’étirent.
TENEZ-VOUS DEBOUT NORMALEMENT Avec les pieds perpendiculaires à l’axe central de la planche.
LA BAIE DE SKAILL, ORCADES, ÉCOSSE Lieu saisissant où la mer du Nord et l’Atlantique se rencontrent. Et l’extrême sud de la baie se trouve à Skara Brae, un village du néolithique bien conservé. SAUNTON SANDS, DEVON DU NORD Apprécié des longboarders en quête de farniente et de vagues infinies.
CHRISTINA LOCK
RAPPROCHEZ-VOUS DU NOSE Le pied arrière passe par-dessus le pied avant. Piétiner est proscrit.
En novembre dernier, des vagues de dix mètres ont été observées à Sennen.
COMMENCEZ PAR UN SEUL PAS Exercez-vous aussi à effectuer des pas en arrière ; nombreux sont ceux qui négligent cette étape. Deux pas en avant, et vous « noseridez ». THE RED BULLETIN
JAMES WARBEY, GETTY IMAGES
avant que celle-ci ne se brise. L’apprenti surfeur s’exerce dans une eau vive lui infligeant des chutes répétées à l’arrière de la planche et se dresser sur la planche lui demande une concentration de tous les instants. Passer de l’eau vive à la vague verte est un pas de géant, qui met tous les types de surf à votre portée. La première vague verte constitue un moment clé dans la vie d’un surfeur ; j’ai connu la mienne à l’âge de 11 ans, lors d’un voyage avec l’école Cape Cornwall. À l’époque, je ne mesurais pas l’importance de l’événement. C’est seulement aujourd’hui que j’en prends conscience. Sur une vague verte, l’eau vive n’a plus de prise sur le tail et l’on se retrouve soudain en apesanteur glissant à la surface de l’eau sans sentir le moindre frottement. On en devient vite accro. La mer m’a tout donné. Elle m’a aussi libéré du stress de la vie quotidienne et de la société ultra connectée dans laquelle nous vivons à présent. C’est mon refuge. Quand je descends la colline de Sennen en voiture et que j’aperçois les vagues avant de pénétrer dans le parking, l’émotion est toujours au rendez-vous. Puis, je choisis la planche, j’enfile ma combinaison, et je cours retrouver la mer.
PERSPECTIVES équipement SURF
Sur la vague
TIM KENT
Un équipement de qualité pour prendre la vague ou la regarder.
La flottabilité d’un longboard et la transférabilité d’un shortboard pour les petites vagues ? Optez pour une planche moyenne. La PickUp Stick 7’0 de LIB TECH est la solution, lib-tech.com. Figurent également (de gauche à droite, en partant du haut) : bottes de surf VANS 2 Hi V, vans.fr ; maillot de bain FINISTERRE Blasius, finisterre.com ; chapeau LGSC Bushmaster, lgscapparel.com ; aileron électrique BOOST SURFING (capable d’atteindre 16 km/h), boostsurfing.com ; lunettes de soleil OAKLEY Latch, oakley.com ; savon de douche sans eau, shower-in-a-can.co.uk ; combinaison femme O’NEILL Hyperfreak F.U.Z.E. (fermeture éclair brevetée), oneill.com ; serviette SLOWTIDE Valen, slowtide.eu ; short RVCA Club, rvca.fr ; poncho de surf SLOWTIDE The Digs, slowtide.eu THE RED BULLETIN
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PERSPECTIVES fitness
Libérons la course Un matos de pro et une ambition aveugle… Oubliez ça ! Le coach en chef du running chez Nike vous dit de vous concentrer sur des facteurs fun dans le sport : l’improvisation et la créativité. Si vous faites du running, il y a fort à parier que Cory Wharton-Malcolm vous ait boosté pendant un de vos footings. Le Londonien de 41 ans est le coach en chef de l’appli Nike Run Club. C’est sa voix que vous entendez lorsque vous arrivez à certains passages de votre course. Mais au lieu d’un entraîneur fantôme coriace, la voix douce et enthousiaste de Cory remercie les coureurs et les motive
en scandant des phrases super positives. Cela correspond tout à fait à son approche du fitness. D’après Cory, les entraînements sont devenus trop sérieux, trop axés performance, gagne. Il touche quelque chose du doigt : une étude américaine de 2013 démontre que plus de 35 % des enfants qui se mettent au sport arrêtent au bout d’un an. La raison principale ? Ils ne s’amusent pas.
Good vibrations Des « vibercises » à la Cory, en cinq étapes. Choisissez un bon son, du genre qui vous donne envie de sauter partout. Mettez le volume à fond et chantez. Détendez votre esprit, le corps et les cordes vocales en faisant des mouvements doux. Sautillez d’un pied sur l’autre en chuchotant « vibrations ». Recommencez trois ou quatre fois. Cherchez un objet. Si vous étiez un chef d’orchestre, cet objet serait votre baguette. Il se peut que ce soit l’objet qui vous choisisse. Moi, c’est une cuillère en bois qui m’a choisi. Sautillez toujours. L’objet prend vie. Faites ce qui vous plaît avec votre torse. Vous « mijotez ». Bougez en musique. Si votre objet reste une baguette de chef d’orchestre tant mieux. Si la baguette devient une paire d’ailes, tant mieux aussi. Battez-les comme un oiseau. Laissez-vous porter par la musique.
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Instagram : @bitbeefy THE RED BULLETIN
GEORGE TEWKESBURY, DAVID STEGENGA
SPORT JOYEUX
« Quand j’ai commencé à courir, j’ai trouvé cela tellement ennuyeux, déclare-t-il. Alors j’en ai fait un jeu. » Au début, cela signifiait taper un sprint à chaque fois qu’il croisait un lampadaire, ou spontanément faire des dips sur les bancs des parcs. Puis, en 2012, il a découvert Track Mafia, un club de running hebdomadaire qui embrassait totalement son approche expérimentale. « Je ne sais pas combien de temps durera ma course, ni quelle distance elle fera. Mais ce que je sais, c’est qu’à chaque fois que je soufflerai dans mon sifflet, vous ferez un sprint. Au deuxième coup, vous vous arrêterez. Courir, c’est une représentation de la vie : vous pouvez être super bien préparé, mais tout peut toujours arriver. » En 2018, Cory a fait la couverture du magazine Runner’s World et a été salué comme un pionnier. Pendant le confinement, il a étendu sa philosophie fitness à la maison. Ses « vibercises » hebdomadaires sur Instagram – ses sessions bon esprit de deux minutes d’exercices avec des objets du quotidien comme des cuillères, des bols… le tout sur un fond de drum and bass – sont aussi hilarants qu’addictifs. « J’ai combiné mes expériences de vieux fêtard avec le fait que durant le confinement, peu de gens avaient accès à des équipements pour bien s’entraîner. J’ai voulu mettre un peu de soleil dans leur vie, explique Cory. Faire de l’exercice est censé libérer tout plein de substances chimiques ultra bénéfiques – et naturelles – dans votre corps, on l’a oublié ! »
FLORIAN OBKIRCHER
« Au début, courir était ennuyeux, alors j’en ai fait un jeu. »
PROMOTION
POUR DES VIRÉES ENCORE PLUS LONGUES
HUSQVARNA E-BICYCLES/MARTIN ERD
Totalement polyvalent, le Mountain Cross 7 est l’un des modèles les plus populaires de Husqvarna E-Bicycles. Grâce à son moteur Shimano EP8 innovant, il appartient à une nouvelle génération de VTT motorisés qui pousse l’aventure du sentier à un niveau supérieur.
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husqvarna-bicycles.com
Compact et puissant En mode trail, les 85 Nm fournis par le moteur EP8 vous permettent d’affronter les passages ardus en toute sécurité et en toute confiance. Les modes sont aussi parfaitement ajustés entre eux, vous permettant de jongler de l’un à l’autre.
Plus de puissance et un dosage parfait Avec le couple maximum porté à 85 Nm, même les montées les plus raides peuvent désormais être conquises et les sentiers les plus difficiles maîtrisés. L’EP8 offre une puissance directe et sans faille, vous permettant de conserver un contrôle optimal. Une durée de vie plus longue Pour prolonger l’aventure, Shimano a poussé la capacité de ses batteries à 630 Wh. Les batteries qui alimentent le système EP8 conservent 60 % de leur capacité maximale après 1 000 cycles de recharge complets.
Une expérience personnalisée de l’E-MTB Avec l’application E-TUBE PROJECT, les paramètres du système peuvent être adaptés aux conditions de chaque terrain et selon vos préférences. Ces informations peuvent être sauvegardées sous deux profils d’utilisateur.
PERSPECTIVES gaming JOUER
Un fait d’armes En février, Liam Lunt était sur le point d’arrêter de jouer à Call of Duty. En août, il en était le joueur au revenu le plus élevé…
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Attention, ça coupe : véhicule tout terrain blindé contre hélicoptère dans Call of Duty: Warzone.
Être convaincu
La carrière unique de joueur pro de Lunt a débuté sur un ordi prêté par un pote.
Warzone, il en faut plus que de survivre sur le champ de bataille – il faut rester sain d’esprit dans la vie quotidienne. En février, Lunt était sur le point de tout lâcher. « Ma copine me demandait ce que je faisais de ma vie, confesse-t-il. C’était une bonne question. » Lunt partage donc ce qu’il a appris depuis qu’il est joueur pro.
Avoir confiance
Jouer longtemps est un élément clé pour progresser, mais Lunt mentionne un autre facteur crucial : « Les joueurs paniquent, or une erreur
« Lorsque j’ai commencé à jouer à temps plein, les gens dans la communauté CoD me disaient : “Tu ne pourras pas faire ça éternellement.” Mes amis en rajoutaient : “Deviens adulte, trouve-toi un vrai boulot.” Ma copine a fini par me quitter. Mais au final je gagnais de l’argent et je me suis dit : “Je peux aussi gagner de l’argent grâce aux gens qui me regardent jouer.” Mon ami Tommo vendait un PC, et il était du genre : “Tu me le rembourseras par tranches. Je t’aiderai pour commencer avec le streaming.” C’était en mai 2019. Maintenant, les mêmes potes me disent “Wouah, tu as eu bien raison.” »
Suivre son rythme
« J’étais tellement à fond sur le jeu il y a quelques mois que j’en étais épuisé », raconte
Lunt. Le plus important, nous dit-il, c’est de s’en rendre compte et de comprendre que même si vos horaires vont changer, il vous faut une bonne structure au quotidien. « Pendant la journée, au Royaume-Uni, les canaux de diffusion en streaming ne sont pas très actifs. Mais la nuit, lorsque je joue avec mes amis américains, je suis aux anges. C’est ça ma routine, elle est particulière, mais j’ai un bon rythme de sommeil. »
Se déployer
La manière dont les joueurs sont perçus est en train de changer, développe Lunt. Le confinement y est pour beaucoup, les gens ont une attitude plus souple. « Au cours des derniers mois, un grand nombre de Liverpuldiens est venu sur mon stream, et ce soutien des gens de ma ville m’aide beaucoup. Avant le confinement, on ne me connaissait pas trop ici. Maintenant je suis un gamer important à Liverpool. »
Call of Duty: Warzone peut être téléchargé gratuitement pour PC, PS4 et Xbox One. Suivez Lunt en direct sur twitch.tv/jukeyz THE RED BULLETIN
TOM GUISE
d’une milliseconde peut vous coûter la victoire. Lorsque je me connecte et que je me retrouve avec 150 personnes, je me dis que je suis le meilleur du groupe. Si j’en suis capable, tout le monde le peut. »
ACTIVISION
On préférera oublier certains aspects de l’été 2020, mais nous nous en remémorerons d’autres, comme les moments où les jeux vidéo nous ont bien dépannés. Le fait de jouer en ligne nous a permis de rester connectés, de nous éclater et – virtuellement du moins – de sortir de chez nous. Pour toutes ces raisons, le jeu de l’été est sans aucun doute Warzone. En août, le jeu vidéo de tir à la première personne Call of Duty: Modern Warfare comptait 75 millions de joueurs. L’Anglais Liam Lunt, 23 ans et Liverpuldien, en faisait partie. En l’espace de deux semaines après le lancement de la version Warzone, en mars, Lunt avait remporté un jeu caritatif de 60 000 dollars pour un fonds de solidarité COVID-19. Puis, en mai, son équipe a gagné 50 000 dollars dans le cadre d’un tournoi, suivis de 33 000 lors d’un autre jeu caritatif (100 000 dollars allant à l’ONG Equal Justice Initative). C’est ainsi que Lunt est devenu le joueur CoD au revenu le plus élevé – un fait d’autant plus surprenant qu’il n’avait gagné ses premiers 1 000 dollars qu’un an auparavant seulement (avec Call of Duty: Black Ops 4), sur un PC emprunté à un ami. Ce fut le coup d’envoi pour arrêter de travailler dans une raffinerie de pétrole et devenir un joueur à temps plein. Liam est streameur sur Twitch, son pseudo étant « Jukeyz ». Cela dit, pour vivre d’une activité de joueur pro sur
PERSPECTIVES sur vos écrans
ANAKIN’S TEKKEN ACADEMY Anakin, joueur pro de Tekken, nous fait partager son expertise de ce jeu vidéo dans une série. Il commence par les bases du jeu, puis il progresse vers un niveau plus avancé avant de renforcer ses compétences par des apprentissages et des défis.
PROPELLER – UN FILM DE SKATE PAR VANS La marque iconique de chaussures de skateboard sort sa première vidéo de team. Vans réunit les meilleurs skateurs de trois générations dans cette production primée de skateboard brut et progressif. 63 minutes de bonheur.
THE MOMENT : AUX ORIGINES DU VTT FREERIDE
DARCY HENNESSEY TURENNE, VANS, BIRAN HALL/RED BULL CONTENT POOL,
Dans le film The Moment, la réalisatrice Darcy Turenne a suivi trois groupes de riders partis explorer la Colombie-Britannique, l’un des berceaux historiques du VTT freeride. Un voyage originel visant à capturer l’essence même de la discipline, là où le cours du cyclisme a changé.
INSIDE STORY: UNE SAISON AVEC LES RAJASTHAN ROYALS Comment fonctionne une équipe de cricket, cette discipline dont vous ne connaissez probablement rien mais qui serait pratiquée par 120 millions de personnes sur la planète ? Des technologies et méthodes d’entraînement innovantes aux programmes de développement des talents, grâce à cette série, suivez les Royals du Rajasthan dans l’épreuve et le succès lors de leur saison 2019. THE RED BULLETIN
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PERSPECTIVES urbanités
COMMUTER
BOUGEZ EN STYLE Les nouveaux modes de transports urbains nous poussent à adopter des sapes fonctionnelles. Voici une sélection afin que nos déplacements soient aussi stylés. Photos DAVID GOLDMAN
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PERSPECTIVES urbanités The MATE X 250 (mate.bike) est un vélo électrique de 250 watts, entièrement pliable, conçu à Copenhague. Huit vitesses, pneus larges et une allure max de 48 km/h. Jake porte des lunettes OAKLEY Portal X, oakley.com ; un imperméable ADIDAS Terrex Techrock GORE-TEX PRO, adidas.fr ; un tee-shirt manches longues THE NORTH FACE Recover 1968 Bottlesource, thenorthface.fr ; un pantalon de loisirs TOPO DESIGNS, topodesigns.com ; des bottes COLUMBIA SH/FT OutDry, columbiasportswear.fr
Modèles : NIKITA de W Model Management ; JAKE YOUNG, @jayoung1_
PERSPECTIVES urbanités
Ci-dessus : Nikita arbore un bonnet &SONS Atlantic Watch Cap, andsons.co.uk ; un coupe-vent FILSON Swiftwater, filson.com ; un sac à dos OSPREY Archeon 25L, ospreyeurope.com ; un pantalon KAVU Mapleton, kavu.com ; des chaussettes STANCE Rockbound Outdoor, stance.eu.com ; des chaussures VANS UltraRange EXO Hi MTE, vans.fr. Jake porte une casquette BBCO Stone Cold Not Sober Beer Hand, bbcoheadwear.com ; une veste sans manches SA1NT Works twill, eu.saint.cc ; une chemise manches longues DICKIES Life Sacramento, dickieslife.com ; des gants de vélo CHROME INDUSTRIES, chromeindustries.com ; un chino &SONS Virgil, andsons.co.uk ; des chaussettes STANCE Smoke Shack Hike, stance.eu.com ; des VANS UltraRange EXO Hi MTE, vans.fr
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PERSPECTIVES urbanités
TIMBERLAND Veste coupe-vent TIMBERLAND, timberland.fr ; Pantalon à 5 poches de CHROME INDUSTRIES Madrona, chromeindustries.com THE RED BULLETIN
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PERSPECTIVES urbanités
Polaire JACK WOLFSKIN 365 Hideaway, jack-wolfskin.fr ; lunettes de soleil OAKLEY Coldfuse, oakley.com ; montre TISSOT Chrono XL, tissotwatches.com
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PERSPECTIVES urbanités
Bonnet &SONS Atlantic Watch Cap, andsons.co.uk ; veste FILSON Featherweight Down, filson.com ; chemise KAVU Devon, kavu.com ; legging MARMOT Zephira, marmot.com ; chaussettes STANCE Freemont Pass Hike, stance.eu.com ; chaussures DANNER Trail 2650 Mesh GTX, danner.com THE RED BULLETIN
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PERSPECTIVES urbanités
Bonnet &SONS Atlantic Watch Cap, andsons.co.uk ; chemise et tee-shirt TOPO DESIGNS, topodesigns.com ; pantalon HIPPYTREE Moab, hippytree.com ; montre TISSOT Supersport Chrono, tissotwatches.com
Casquette ARC’TERYX 7 Panel Wool Ball, arcteryx.com ; veste SALOMON Transition Down Hoodie, salomon.com ; chemise à carreaux HOWIES Maros, howies.co.uk
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PERSPECTIVES urbanités Le SUPER73-RX super73.com est un cycle à assistance électrique (EPAC), ou, comme l’appellent ses créateurs californiens, une « moto électrique homologuée » avec un moteur de 250 w capable d’atteindre 25 km/h. Avec l’option kit tout-terrain de 2 000 watts, la bécane atteint 45 km/h. Jake arbore un chapeau HIPPYTREE Paragon, hippytree.com ; des lunettes de soleil OAKLEY Portal X, oakley.com ; une veste isotherme sans manches FINISTERRE Fourier, finisterre.com ; une surchemise OUTDOOR RESEARCH Wilson, outdoorresearch.com ; un tee-shirt &SONS The Original Elder Henley, andsons.co.uk ; un jeans OLYMPVS Sorbtek 365, olympvsjeans.com ; des chaussettes STANCE Smoke Shack Hike, stance.eu.com ; des chaussures DOLOMITE 54 Surround, dolomite.it
PERSPECTIVES urbanités
Ci-dessus : avec le MATE X 250 et le SUPER73-RX, le Benno RemiDemi de Berlin (le plus à gauche) est un autre ebike avec moteur 250w, une vitesse max de 25 km/h, des freins Shimano, 9 vitesses, et un ordinateur de bord intégrant 5 modes de conduite. Ci-contre, dans le sens des aiguilles d’une montre en partant du haut à gauche, la tenue de Nikita : chapeau TOPO DESIGNS Nylon Camp, topodesigns.com ; lunettes de soleil OAKLEY Coldfuse, oakley.com ; bombers COLUMBIA Sweet View, columbiasportswear.fr ; tee-shirt BERGHAUS Voyager Tech, berghaus.com ; montre TISSOT Chrono XL, tissotwatches.com. Jake porte une veste HAGLÖFS Skuta, haglofs.com. Nikita porte des lunettes de soleil DRAGON Opus, europe.dragonalliance.com ; une veste à capuche ARC’TERYX Cerium LT,
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PERSPECTIVES urbanités
arcteryx.com ; un tee-shirt manches longues MARMOT Cabrillo, marmot.com ; un pantalon HELLY HANSEN Campfire, hellyhansen.com ; des chaussettes STANCE Freemont Pass Hike, stance.eu.com ; des chaussures COLUMBIA Facet 45 OutDry, columbiasportswear.fr ; Jake porte un anorak HELLY HANSEN Mossk, hellyhansen.com ; un sac à dos HEIMPLANET Motion Ellipse 25L, heimplanet.com ; un jeans &SONS Frontier Anti-Bac Raw Denim, andsons.co.uk ; des chaussures MERRELL MQM Flex 2 GORE-TEX, merrell.com ; gourde en acier inoxydable MIZU M9, mizulife.eu. Nikita est vêtue d’une veste Howies Barrier, howies.co.uk ; d’une chemise FINISTERRE Wenn Smock, finisterre.com ; de legging MARMOT Zephira, marmot.com THE RED BULLETIN
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MENTIONS LÉGALES Rédacteur en chef Alexander Müller-Macheck Rédacteur en chef adjoint Andreas Rottenschlager Directeur créatif Erik Turek Directeurs artistiques Kasimir Reimann (DC adjoint), Miles English, Tara Thompson
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The Red Bulletin est actuellement distribué dans six pays. Vous voyez ici la une de l’édition allemande honorant le waterman américain Kai Lenny. Le plein d’histoires hors du commun sur redbulletin.com
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Pour finir en beauté.
Le prochain THE RED BULLETIN sera disponible dès le 26 novembre 2020
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L’instant Pierre Gasly Dans un entretien à The Red Bulletin paru en 2018, Pierre Gasly nous expliquait avoir construit son avenir (devenir un pilote de F1), en « maîtrisant l’instant ». Des instants incroyables, le 6 septembre, durant le grand prix d’Italie, il y en aura eu. Jusqu’à celui où le Français de la Scuderia AlphaTauri a passé la ligne d’arrivée, après près de 20 tours en tête. La première victoire de sa carrière (à 24 ans) et la première pour un Français depuis Olivier Panis en 1996. Respect.
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