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The Red Bulletin Octobre 2018 - FR

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FRANCE OCTOBRE 2018

HORS DU COMMUN EN KIOSQUE CHAQUE 3 e SAMEDI DU MOIS AVEC MAGAZINE SPONSORISÉ

IL BRASSE DE L’OR Comment le phénomène de la natation ADAM PEATY survole la concurrence


ÉDITORIAL

On le constate chaque mois : les invités du Red Bulletin ont une double, voire une triple vie. Excellents dans un domaine précis, il leur faut aussi s’investir dans d’autres activités, parfois contradictoires. À la Zaytoven page 76, un Américain qui conçoit des instrumentaux pour l’une des franges les plus radicales du hip-hop, mais qui assure à l’orgue de son église le dimanche ! Pour Crazy Legs, icône dansante du break, c’est auprès des sinistrés de l’ouragan Maria à Porto Rico qu’il fallait agir page 48.

Zoe Rain est allée retrouver Zaytoven à Atlanta pour lui tirer le portrait page 76. Le producteur de hip-hop, largement reconnu comme l'un des pères de la trap, a collaboré avec les plus grands noms du genre.

Autre cas symptomatique… En page 68, avec l’homme cheval : dans le civil, celui qui saute à cheval sans cheval est aux commandes d’un fameux resto libanais ! Et, comme c’est encore l’été, plongez page 26 dans le ­bassin avec Adam Peaty, devenu le meilleur en brasse. Pourquoi ? Parce qu’il n’a pas pu devenir pilote de chasse. Tout s’explique ! Votre Rédaction

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CONTRIBUTEURS NOS ÉQUIPIERS

GINO DELMAS

Fan de basketball, Gino raconte la mode masculine pour Le Figaro (quotidien), la mixte pour MAD (média vidéo du Figaro), le sport chez So Foot et la bouffe pour ­Munchies (Vice). Pour nous, il écrit sur la Ryder Cup de golf page 36 : « Ce qui me fascine dans le golf c’est le cocktail physique, technique et mental, explique Gino. Cet ennemi intérieur : les pros qui, du jour au lendemain, perdent leur swing et le retrouvent… parfois. »

MARK BAILEY

Contributeur du Daily Telegraph et du Financial Times, Mark a ­rencontré un tas de top athlètes mais il a été bluffé par la capacité d’Adam Peaty à changer de mode. « Au contact de l’eau, il passe d’un type relax et fun de 23 ans à un animal furieux qui se déchire dans la piscine. » Aussi, la taille des muscles du nageur anglais fut « une bonne motivation pour l’équipe du shooting à retourner en salle de gym… » Page 26

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RICK GUEST (COUVERTURE)

NOS HÉROS VOIENT DOUBLE


EXPERIENCED DRIVER DEPICTED

WHAT AR E YOU BUILD ING FOR?

D É V E LO P P É À PA RT I R D ’ E X P É R I E N C E S … AC Q U I S E S S U R L E T E R R AI N BFGO ODRICH.COM/KM3


SOMMAIRE octobre

REPORTAGES

2 6 L ’as de la brasse

La brasse n’est pas une nage tranquille et Adam Peaty la domine.

36 C ’est de la balle !

Si pour vous le golf est un sport de vieux, ennuyeux à mourir, un tour sur la Ryder Cup devrait vous faire changer d’opinion.

4 4 Z one de confort

Les Écossais de Chvrches n’aiment pas le risque, et ça marche !

4 8 D es vies à sauver

Il a Porto Rico dans le cœur… Crazy Legs a volé à son secours.

6 0 A scension : impossible

La paroi fait 900 mètres, il leur faudra 19 jours pour la vaincre.

6 8 L ’homme cheval

Le saut à cheval sans cheval est une discipline authentique.

7 0 P our le plaisir

Humoriste français le plus connecté, Haroun est avant tout un amoureux de la vanne, pour le seul plaisir de vous faire marrer.

76 S eigneur de la trap

Le dimanche à l’église, et la nuit en studio : un lifestyle unique.

70 VANNER, CE SPORT

Pour cet artiste qui pratique l’apnée et l’escalade, un spectacle d’humour s’apparenterait à une descente en VTT.

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DE DANSEUR À SAUVETEUR

Qu’importe son statut de super star du break, Crazy Legs se devait d’aller aider les sinistrés de Porto Rico.


BULLEVARD Un mode de vie hors du commun

10 Kelly Yazdi et son gang de

bikeuses mettent les gaz

12 Galerie : à Tokyo, vous faites

partie de l’œuvre d’art

14 Allier plongée sous-marine et

chasse aux trésors sans risque

16 Une sortie à vélo de 6 300 km 18 Red Bull 400 : c’est raide ! 20 Le Drift W1 : allez-vous adorer

ou détester ce nouvel engin ?

21 Le pilote est un robot ! 2 2 Skate Kitchen : recette du cool 24 Le cuistot est un robot ! 25 Róisín Murphy : Grace Jones

l’a dégagée, mais elle l’adore

GUIDE

Voir. Avoir. Faire. 86 Voyage : tuk-tuk ! Qui va là ? 90 Drink : oserez-vous le bleu ? 91 Agenda : ils donnent des ailes 92 Red Bull TV : restez branché 94 Montres : space Omega 96 Ours : ils et elles font le TRB

BALAZS GARDI/RED BULL CONTENT POOL, BEN DAUCHEZ, GETTY IMAGES

98 Makes you fly : sk8erman

36 L’AUTRE COUPE DU MONDE

La Ryder Cup est l’événement de golf le plus cool au monde. Et cette année, elle débarque en France !

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G-SHOCK.FR B O U T I Q U E G - S H O C K - 5 R U E S A I N T E - C R O I X D E L A B R E T O N N E R I E - PA R I S 4 e - R E V E N D E U R S S U R G - S H O C K . F R


BULLEVARD U N

ST Y L E

D E

V I E

H O R S

D U

C O M M U N

L’Américaine Kelly Yazdi est la fondatrice du Wild Gipsy Tour.

C’EST À ELLES DE JOUER

NATHALIE KOSSEK

Kelly ­Yazdi séduit et convainc l’industrie de la moto avec le Wild Gypsy Tour, un festival conçu pour les femmes (toujours plus nombreuses dans le milieu) qui ­assurent au guidon.

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e demandez pas à Kelly Yazdi pourquoi les femmes se passionnent tout-à-coup pour la moto. Cela n’a rien de soudain. « Les femmes ont toujours été des motardes. Nous avons toujours déchiré aux guidons de nos motos et stimulé l’industrie. Le monde réalise seulement maintenant l’immense potentiel que nous représentons et qu’il faut compter avec nous », explique l’actrice, mannequin et mordue de moto de 27 ans, qui aide les marques à payer plus d’attention aux femmes bikers. Les envies de vitesse ont pris l’Américaine dès l’enfance, avec le cheval et le motocross. À 18 ans, elle passe son permis moto. À cette époque, elle n’imaginait pas travailler pour l’industrie moto. Après des études de politique publique à l’UC Santa Barbara, Yazdi se rend compte qu’elle ne veut pas d’une activité de bureau routinière. Elle s’installe à Los Angeles pour devenir coach sportif, cascadeuse, actrice et mannequin. Puis, lors d’une campagne pour un fabriquant de casques, lui vient cette idée : transformer sa passion pour le deux-roues en quelque chose de percutant. Elle explique à la boîte qu’elle souhaite contribuer à ce que les femmes conduisant des motos portent leurs produits et soient mieux reconnues. « Je sentais

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tant que Grand maréchal du légendaire Sturgis Motorcycle Rally. Elle est la première femme à qui revient cet honneur en huit décennies de festival. Combs, automobiliste, ­pilote de course et personnalité connue de la télé américaine possédant son propre atelier de fabrication, raconte que les réactions étaient mitigées. « Plein de personnes étaient ouvertes à cette idée et trouvaient ça très cool. Mais il y avait des réactions du genre : “Une nana Grand maréchal, c’est du foutage de gueule !” Nous nous trouvons à un moment charnière. Les femmes sont mieux acceptées dans des rôles qui leur étaient interdits auparavant, mais nous allons encore devoir nous battre de nombreuses années. » Les deux femmes peuvent énumérer les anecdotes, quasiment identiques, sur le mansplaining ou comment on leur explique qu’elles sont trop séduisantes pour être de vraies motardes et que de toute manière, elles ne savent pas vraiment conduire. Elles, elles ont appris à simplement chausser leur casque, démarrer la moto et planter là les incrédules dans un nuage de poussière. « Mon mantra préféré, dit Yazdi, c’est de ne pas chercher à raisonner les semeurs de haine. Je ne suis pas là pour éduquer les crétins. » wildgypsytour.com

GENEVIEVE DAVIS

N

que je pouvais être plus qu’un top model en construisant un ­projet sensé.  » Aujourd’hui, Yazdi travaille avec des géants de la moto (Ducati, Indian Motorcycle, BMW, etc.) ainsi qu’avec des marques de vêtements et d’équipements qui offrent une panoplie de produits adaptés à une clientèle féminine croissante. D’après les chiffres de l’ONG Motorcycle Industry Council, le nombre de femmes possédant une moto a doublé en dix ans. Le marché commence à comprendre qu’elles représentent une niche. « Avant, les femmes étaient littéralement obligées de se mouler dans le monde des hommes, car on ne trouvait que de l’équipement masculin. poursuit Yazdi. Désormais, nous avons plus de choix. Le progrès a été exponentiel. » Autre signe positif : la naissance du Wild Gypsy Tour en 2017, un festival de motos axé sur les femmes, lancé par ­Yazdi sur l’énorme terrain de Buffalo Chip à Sturgis, dans les montagnes de Black Hills (Dakota du Sud). Cet événement associe glamping (­pour glamour et camping, ndlr), ­virées en groupe, cours, commerce et divertissement dans un environnement exclusivement féminin, avec en toile de fond le cadre historique des rencontres machos. Le festival a eu tellement de succès qu’il est passé de trois à cinq jours. « La majorité de ­Sturgis a été enthousiasmée par les ­motardes », s’enflamme Yazdi. La naissance du Wild Gypsy Tour coïncidait avec la nomination de Jessi Combs en

LIZBETH SCORDO

« LES FEMMES ONT TOUJOURS ÉTÉ DES MOTARDES. NOUS AVONS ­TOUJOURS DÉCHIRÉ AUX GUIDONS DE NOS MOTOS ET STIMULÉ L’INDUSTRIE »

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Avec le Wild Gypsy Tour, Yazdi a créé une plateforme et une ­expérience uniques pour les femmes.

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Art immersif

FAITES PARTIE DE L’ŒUVRE

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TEAMLAB

TOM GUISE

Rêve ou réalité ? Les deux, mon capitaine ! Cette pièce a priori vide du Digital Art ­Museum à Tokyo est en fait remplie de ­projections lumineuses et de sons qui ­répondent aux gestes des visiteurs. L’installation du collectif japonais teamLab s’intitule B ­ orderless, tel un univers où les œuvres dématérialisées se fondent les unes dans les autres dans ces 10 000 m² de labyrinthe. Les surfaces servent de réceptacles aux jeux de lumière, elles prennent forme autour des spectateurs, les fleurs virtuelles éclosent même à la surface d’une tasse de thé au café du musée. teamlab.art

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L’exposition 3D ­immersive ­teamLab B ­ orderless ­nécessite 470 ­projecteurs et 520 ordis.

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Plonger…

À LA RECHERCHE D’UN TRÉSOR DE PIRATES Expert de la sécurité sur les tournages extrêmes, Aldo Kane a fouillé l’océan Indien en quête du butin du capitaine Kidd.

la porcelaine chinoise vieille de 800 ans, coincés entre les pierres de ballast (poids qui permettent de stabiliser le ­navire, ndlr) alors qu’il faut retourner à la surface. Ne prenez pas de risques, des accidents pourraient se produire. Notre place naturelle n’est pas sous l’eau, nous sommes régis par les limites et les temps de décompression. Si ça tourne mal, tout va très vite. »

Déroulez un fil d’Ariane

« Lorsque vous creusez la vase, vous réduisez la visibilité à zéro, comme si vous ­nagiez dans une purée de pois. Vous courez le danger de vous perdre. Vous êtes en communication avec ceux qui sont à la surface, ils vous guident. Les bouées de surface reliées aux plongeurs permettent de suivre l’évolution sous-­marine. Les plongeurs d ­ évident des bobines de fil jusqu’à chaque site précis. Ainsi, si vous vous perdez, vous pouvez retrouver votre chemin en nageant le long du fil. »

Attention à ne pas ­rester accroché au fond

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à suivre avant de se lancer dans une fouille sous-marine...

Prenez un second

Un lingot d’argent de 55 kilos. L’UNESCO a par la suite établi qu’il était en fait composé à 95 % de plomb.

« Le buddy system est essentiel sous l’eau. Mon pote vérifie mon équipement, et je vérifie le sien. La plongée, ce sont des tuyaux, des pompes, etc. qui peuvent se coincer ou s’accrocher à l’équipement qui vous maintient en vie. L’un travaille et l’autre surveille. »

Méfiez-vous de la fièvre du doublon d’argent « On voit parfois des objets de très grande valeur, comme de

Maîtrisez votre ­respiration

« Dès que vous rencontrez un problème sous l’eau, chaque minute compte, plus tôt vous pouvez amener une personne dans un caisson hyperbare, mieux c’est. Entraînez votre cerveau à rester calme, en vous concentrant sur votre ­respiration, en vous efforcant de respirer lentement. Cela vous octroie un espace mental qui vous permet de prendre les bonnes décisions. Quand on cède à la panique, on respire trop vite et on épuise sa réserve d’oxygène. » THE RED BULLETIN

MATT RAY

A

u XVIIe siècle, l’île Sainte-Marie au large de Madagascar est le ­repaire de pirates comme ­William Kidd. En 2015, Aldo Kane part sonder les épaves englouties à la recherche de l’Adventure Galley, le navire de Kidd. « J’ai plongé pour trouver le trésor du capitaine et j’ai trouvé ce lingot d’argent de 55 kilos. » L’épave localisée par sonar, Kane commence son périlleux job, plongeant trois à quatre fois par jour avec une équipe de tournage. Voici cinq règles

ALDO KANE, MARTIN VOGL

Kane se prépare à faire une découverte mémorable.

« Le plus grand danger avec les épaves est de rester coincé. Vous cherchez un trésor dans des trous, dans la vase, vous allez dans les cales où les lingots d’argent sont conservés et vous avez tout cet équipement sur le dos, parfois même deux bonbonnes. »


D’ORIGINE 100% NATURELLE


LA DÉFAITE ÉTAIT SON CARBURANT Il aura fallu six ans de doutes et d'échecs au Zimbabwéen pour décrocher le record de vitesse de traversée de ­l’Europe à vélo.

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ean Conway, 37 ans, n’est pas un nom qu’on a ­ ssocie à l’échec. Les ­exploits de l’aventurier de l’endurance incluent plusieurs premières mondiales, dont le plus long triathlon jamais ­réalisé en 2016 : 85 jours et 6 760 km de circumnavigation de la Grande-Bretagne, reliant Lulworth Cove à ­Scarborough par la côte à vélo, puis B ­ righton en course à pied, avant de boucler le circuit à la nage dans la Manche. En atteignant Ufa (Russie) le 11 mai dernier, épuisé par 6 300 km à vélo à travers ­l’Europe, le Zimbabwéen brise une malédiction qui le

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effrénée oblige Conway à rouler jusqu’à 18 heures par jour. « La nourriture et l’adrénaline engourdissent, confie-t-il, même ­dormir devient douloureux à mesure que le corps s’ankylose. » Parmi les moments ­difficiles, il y a le réveil à côté d’un loup écrasé par un véhicule, faire 1 600 km avec un vent de face de 32 km/h ou être rasé de près par des chauffards. « En Russie, je me mets à rouler dans le sens inverse de la circulation pour voir les voitures venir plutôt que de les sentir derrière moi. Trop stressant. » Le souvenir de ses tentatives ratées nourrit sa détermination. « La peur de l’échec, de l’abandon et de rentrer ­bredouille agissent comme du carburant », confie-t-il. ­Décevoir des amis, des fans en ligne et les sponsors tels que les assureurs cyclistes Yellow Jersey et Twisted Automotive (la société d’ingénierie automobile a fait de Conway son ambassadeur et lui a construit un Land Rover Defender personnalisé) ont beaucoup joué dans son esprit. Au final, Conway bat le record de neuf heures. « L’équivalent de 21 min/jour. Ce qui, lors d’un mauvais jour, est dû à des feux de circulation », poursuit-il pour expliquer que le succès consiste moins à gagner qu’à tenir le cap. En somme, tout consiste à corriger ses erreurs pour mieux repartir. seanconway.com

CAROLINE CONWAY

Sean Conway

hante depuis près d’une demi-­décennie. « J’ai échoué à trois tentatives de record du monde de cyclisme. Il m’a ­fallu six ans et 96 500 km pour renouer avec le succès », explique Conway à propos de son nouveau record du monde de la traversée de l’Europe à vélo : 24 jours, 18 heures et 39 minutes. Sa première tentative un an plus tôt se solde par une déchirure du quadriceps qui l’oblige à renoncer quatre jours après le départ. Avant cela, il échoue à mettre sur pied un tour d’Australie et en 2012, alors qu’il pédale en Amérique, un camion le heurte au km 6 400 de sa tentative de record du tour du monde et lui fracture la ­colonne vertébrale. « Nos échecs nous rendent plus forts » : il affiche sa philosophie sur son site. « Il le faut, explique Conway. Se focaliser sur le négatif finit par te bousiller la vie. Je ne suis pas né spécialement résistant, j’ai simplement acquis un mécanisme d’adaptation. » L’épopée de son nouveau record européen débute à Cabo de Roca (Portugal), Conway soigne les moindres détails. Il s’assure notamment que sa tige de selle est à une hauteur optimale, au demi-millimètre près – « parce que sur un long trajet, ce sont les petites choses qui deviennent cruciales » – et ­troque son vélo en carbone pour un cadre en acier à l’ancienne, plus confortable. Ses journées commencent dans l’obscurité à 3 h 58, avec une tenue encore humide de la transpiration de la veille. « Je perds environ un litre d’eau par heure, ma tenue est en permanence collante. Je dors nu, dans un sac de couchage. La nuit, les égouts ­pluviaux au bord des routes me servent de lit en compagnie des rats et des araignées » (une tente l’aurait alourdi de 380 g). Il porte des boules Quies et un Buff sur le visage pour se protéger des insectes rampants. La cadence

KATIE CAMPBELL SPYRKA

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Pour son record du monde en mai 2018, Sean Conway a pédalé à travers neuf pays. THE RED BULLETIN

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PAVEL SUKHORUKOV/RED BULL CONTENT POOL

TOM GUISE

Le nombre moyen de pas pour couvrir la distance est de 700, mais les coureurs doivent surmonter un ­dénivelé de 140 mètres.

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Red Bull 400

LA PLUS RAIDE AU MONDE

Grimper un tremplin de saut à ski de nuit... on croit rêver ! Sachez que c’est une (dure) réalité… THE RED BULLETIN

e tremplin olympique de Sotchi : un saut haut de 40 étages où les skieurs ­atteignent une vitesse d’environ 120 km/h. Mais il y a mieux : le remonter en courant − c’est le concept de la course Red Bull 400. Et de nuit, la particularité à Sotchi, dont la ­première édition s’est tenue l’an dernier, le couple d’ultrarunners russes Dmitry Mityaev et Ekaterina Mityaeva sortant vainqueurs du supplice nocturne. Le 13 octobre, ils y défendront leur titre en habitués. « C’est génial de courir la nuit, confie Dmitry. C’est ­rapide, imprévisible. L’adrénaline est élevée au début, mais après 100 mètres ça devient compliqué pour beaucoup. » À 200 m, la pente s’accentue sévèrement, les poumons n’arrivent plus à engranger assez d’oxygène et la respiration devient brûlante. « L’important est de ne pas respirer brusquement », explique Dmitry. Privées d’oxygène, les cuisses accumulent de l’acide lactique, s’épuisent et forcent la plupart à s’aider des mains. « Plus tôt vous vous aidez, plus la progression est dure, affirme ­Ekaterina. Nous essayons d’avoir recours aux mains uniquement sur les 50 derniers mètres. » Là où l’inclinaison a ­ tteint 75 %, tous rampent. « Ces quelques mètres de course vous marquent à vie. » Le Red Bull 400 s’est tenu en France en juillet dernier, et a vu Thibaut Baronian s’imposer. L’an prochain, ce classique de Courchevel pourrait lui ­aussi devenir nocturne. redbull.com   19


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Segway Drift W1

SEMELLES LIKE TEEN SPIRIT

L’hoverboard ? Tellement 2015 ! En 2019, on se déplacera en hoverskate. Ou pas.

n 2001, lorsque la ­rumeur d’un « transporteur personnel » conçu par ­Segway apparaît pour la ­première fois, les médias ­s’enflamment : s’agit-il d’un hoverboard, d’un hélicoptère individuel ou d’un système de téléportation ? Bien que le ­gyropode n’ait jamais été à la hauteur du bruit médiatique, ses systèmes de stabilisation et de direction inclinable ont ultimement contribué à l’engouement pour le hoverboard de 2015 (bien qu’il ne flotte pas tout à fait comme on nous l’avait promis dans Retour vers le futur 2). Mais nous sommes maintenant en 2018 et ­Segway a une autre conception de notre avenir automoteur : l’e-skate... Le Segway Drift W1 utilise la même technologie gyroscopique brevetée que le modèle de première génération de ­Segway (maintenant appelé le transporteur personnel) mais n’a qu’un dixième seulement de sa taille et est intégré dans deux plateformes à roue simple, de la taille du pied, sur lesquelles vous montez plutôt

que de vous y attacher (ce qui s’avère pratique lorsque vous devez sauter ou que vous êtes sur le point de tomber). Comme avec le ­Segway TP et l’hoverboard, vous devez incliner vos pieds pour avancer, tourner et freiner, la différence étant que vous conduisez deux véhicules à autoéquilibrage capables de se ­déplacer dans des directions différentes, comme des patins. C’est justement le marché que Segway compte percer : celui des patineurs, des danseurs et des jeunes c­ itadins dits branchés qui glissent en ville. Chaque « chaussure » ­Segway Drift W1 supporte un poids de 100 kg à 12 km/h, permet une inclinaison de 10 ° et fournit 45 minutes de propulsion motorisée. D’un poids de 3,5 kg chacune, elles sont dotées de poignées de caoutchouc afin de faciliter le transport, trois modes d’éclairage pour la conduite de nuit (ou pour frimer) et des pare-chocs avant et arrière pour les protéger. En revanche, votre protection personnelle incombe au casque que Segway fournit gratuitement avec votre paire de patins électroniques, disponibles pour environ 350 €. segway.com

TOM GUISE

Bien que Segway l’appelle e-skate, le Drift W1, auto-équilibré, tient plus de la plateforme que du cyber roller skate.

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SEGWAY

Le Drift W1, en réalité deux Segway miniatures qui, ­espérons-le, auront deux fois plus de succès que leur grand frère. THE RED BULLETIN


Motobot

L’AVÈNEMENT DES MACHINES Cet androïde est conçu pour battre l’un des meilleurs pilotes moto au monde.

YAMAHA MOTOR

TOM GUISE

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es progrès de l’intelligence artificielle et de la robotique nourrissent la crainte de voir les ­machines supplanter les hommes. Le Motobot en est une illustration. La créature de Yamaha ambitionne de battre un pilote humain et pas le moindre : Valentino Rossi, nonuple champion du monde de MotoGP, en l’interpellant directement : « J’ai été créé pour te surpasser. Je m’améliore de jour en jour. » On ne peut plus clair. Depuis ses débuts au ­Salon de l’auto de Tokyo en 2015, les capacités de ­Motobot se sont effectivement accrues. Contrairement à d’autres véhicules à IA, l’objectif de Yamaha n’est pas de produire un engin ­autopropulsé, mais un robot humanoïde capable de piloter une moto non modifiée (ici, la Yamaha YZF-R1M

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1 000 cm³). Sa peau en fibre de carbone cache des actionneurs contrôlant la direction, les gaz, l’embrayage, les freins et la pédale de changement de vitesse, ainsi que des capteurs de reconnaissance de piste et un ­cerveau d’apprentissage automatique pour affiner sa trajectoire et ses temps au tour. La première année, l’objectif était de rouler à 100 km/h en ligne droite. Deux ans plus tard, il tourne à 200 km/h, avec en ligne de mire le dépassement des capacités humaines. Fin 2017, Motobot atteint son objectif original : se mesurer à Rossi. Au ­Thunderhill Raceway Park

de Californie, la machine boucle son tour en 1 min 57 sec 504, la légende italienne et ses trente ans de route en 1 min 25 sec 740. Les ardeurs du robot refroidies, Yamaha entend poursuivre le développement de Motobot dans le but d’améliorer l’assistance à la conduite de ses modèles grand public. Ou, comme le dirait Motobot : s’assagir avant l’inévitable jour du ­jugement. global.yamaha-motor.com

À fond vers ­l’avenir  : Motobot parcourt le circuit à 200 km/h.

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Elles rident avec les mecs : The Skate Kitchen est une bande de skateuses newyorkaises, dont la réalité dans la vie et sur la planche est retranscrite à l’écran.

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ors de sa première projection au dernier festival de Sundance, le film indépendant Skate Kitchen a scotché son public. Un portrait sans fard d’un groupe de skateuses new-yorkaises où les vrais protagonistes tiennent les rôles principaux. Autoproclamées « The Skate Kitchen », les adolescentes y incarnent une version fictive d’elles-mêmes. Leur histoire réelle commence en 2016, par une rencontre fortuite dans le métro de New York. Nina Moran et Rachelle Vinberg, deux ados qui se sont rencontrées via YouTube, croisent la route de la réalisatrice Crystal ­Moselle, 38 ans, fraîche ­lauréate du Grand Prix du jury Sundance 2015 pour

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LOUIS RAUBENHEIMER

LEUR RECETTE DU COOL

documentaire et fiction, avec des dialogues dans une langue authentique. « Bien que scénarisé, le film est ­f idèle à notre histoire, nos origines et notre fonctionnement », précise Moran. Au ­début du film, Camille se blesse dans l’entrejambe avec sa planche, les filles appellent ça se prendre « une carte de crédit ». « Le langage du film est celui que nous utilisons dans la vraie vie, assure ­Vinberg. Pour Jaden (Smith dans le rôle du petit ami de Vinberg, ndlr), c’était plus ­difficile, notre ­façon de parler lui étant étrangère. » Depuis Sundance, Skate Kitchen jouit d’une aura approchant celle de classiques comme Génération rebelle et Kids de Larry Clark, mais pour le groupe, c’est le message d’inclusion qui importe le plus. « Dans les festivals, les filles nous confient à quel point elles l’apprécient. Les garçons aussi », ajoute ­Lovelace. Avec le film, elles espèrent inciter plus de filles à pratiquer le skateboard. « Nous leur disons de ne pas craindre d’aller dans les parks, précise Russell, et tenter des choses habituellement réservées aux garçons. » « En cela, Skate Kitchen est très important, conclut ­Lovelace. Il permet le dialogue, donne la parole à ceux que l’on n’entend jamais et offre la possibilité d’explorer ces domaines sans craindre l’exclusion. » Voilà qui résume bien la recette du film et du ­collectif. Instagram : @theskatekitchen

YSANYA PEREZ

Culture

son ­documentaire percutant The Wolfpack. « On se rendait à un park pour faire du skate, elle nous a parlé de son projet de court-métrage et demandé si nous connaissions d’autres skateuses, se souvient Moran, aujourd’hui âgée de 21 ans. Je connais Dede (Lovelace, 21 ans) et Kabrina (Adams, 25 ans) depuis le lycée, et les jumelles (Jules et Brenn ­Lorenzo, 20 ans) sont des potes de skate à Chelsea (un quartier de New York). » Ajani ­Russell, 21 ans, complète l’équipe. Le court-métrage de Moselle, That One Day, tourné dans le cadre de la série Histoires de Femmes pour la marque de mode Miu Miu, ­dépeint à travers les yeux du personnage de Vinberg, l’expérience d’une fille dans un skatepark dominé par les ­garçons. « Dès cette époque, on a pris le nom “The Skate Kitchen”, ajoute Moran. Plus jeune, je regardais beaucoup de vidéos de skate où les filles tiennent la vedette, confie Vinberg, 20 ans. Dans les commentaires je lisais : “Sa place est dans la cuisine”, ou “Ça ne ressemble pas à une cuisine”, ça nous a inspiré le nom de la bande, histoire d’en rire. » Leur approche ­féministe prônant l’amour, la compréhension et l’inclusion – elles font aussi du skate avec les mecs – a largement amplifié la notoriété du collectif. Vogue salue « l’équipe de skate féminine la plus cool de New York ». Nike les sollicite pour lancer sa première chaussure de skate pour fille ; elles collaborent avec Pharrell sur la campagne G-Star RAW, et le New York Times les surnomme « les skateuses chouchoutes de la mode ». L’intérêt de Hollywood ne se fait pas attendre. Moselle est invitée à réécrire son court en long-métrage. Dans Skate Kitchen, Vinberg interprète Camille, une jeune fille de 18 ans vivant à Long Island qui, via Instagram, accepte de rejoindre la bande. À l’instar de That One Day, le film brouille les frontières entre

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B U L L EVA R D The Skate Kitchen, de gauche dans le sens de la montre  : Dede Lovelace, Jules et Brenn L ­ orenzo, Ajani Russell, Rachelle Vinberg, Nina Moran et Kabrina Adams.

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À table !

PAS DE CUISTOT EN CUISINE Le plat ici en photo est l’œuvre d’un cuisinier ­mécanique. Bienvenue dans le premier ­restaurant robotisé.

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Les woks rotatifs sont autocuisants ET autonettoyants.

c­ éréales disponibles en sept versions personnalisables, dont une végane et une sans gluten. Les commandes ? Elles se font sur une borne électronique. L’employé de garniture est la seule présence humaine en cuisine. Les sept woks utilisés produisent jusqu’à deux cents plats par heure. De plus, ­l’installation autonettoyante ne nécessite pas de lave­vaisselle. Sa consommation d’eau est de moins de 1,1 litre par minute, soit 80 % plus ­efficace qu’un lave-­vaisselle classique selon ses créateurs. spyce.com THE RED BULLETIN

TOM GUISE

Après la commande, les ingrédients du plat sont ajoutés mécaniquement dans les woks rotatifs ci-dessous. Trois minutes plus tard, un plat alléchant est servi.

CHRIS SANCHEZ

n restaurant sans brigade de cuisine n’est en général pas rassurant, mais chez Spyce à ­Boston (États-Unis), cela présage peut-être l’avenir. Entièrement robotisée, sa cuisine prépare les plats de A à Z en moins de trois minutes, pour seulement 7,50 dollars (env. 6,40 euros) l’unité. L’idée est celle de quatre diplômés du MIT fatigués de payer une fortune pour un ­repas sain et énergétique à emporter. ­Michael Farid, Brady Knight, Luke Schlueter et Kale Rogers se sont mis en tête de développer un moyen plus efficace de cuisiner, et créent un prototype dans le sous-sol de leur confrérie. Le principe consiste à verser les ingrédients contenus dans des trémies dans un wok à ­induction en perpétuel mouvement. Les aliments y sont saisis uniformément à bonne température puis ­servis dans un bol. La qualité du processus de cuisson se révèle si impressionnante qu’elle suscite l’intérêt d’un chef français étoilé et installé à New York, Daniel Boulud. Ce dernier crée pour leur menu salades, sautés, ­caris et plats à base de


Róisín Murphy

« GRACE JONES M’A ­ JETÉE DE SON HÔTEL »

Les quatre titres qui ont sculpté l’ex-chanteuse de Moloko.

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FLORIAN OBKIRCHER

vant la création de Moloko en 1995, la scène de la musique ­électro se prenait bien ­ trop au sérieux. Jusqu’à ce que le duo de Sheffield y injecte une touche d’es­ pièglerie en mélangeant des éléments disco, jazz et funk pour créer des hits de dance comme Sing It Back et The Time Is Now. En 2003, la chanteuse ­irlandaise Róisín Murphy quitte M ­ oloko et embarque pour une carrière solo réussie avec l’album Ruby Blue (2005) et Overpowered (2007). Avec Maurice ­Fulton, elle sort quatre 45 tours (chez Vinyl Factory) qui ­reflètent son amour du dancefloor. Róisín Murphy, 45 ans, nous dresse la liste des chansons qui ont forgé sa musique. redbullradio.com

GRACE JONES I’VE DONE IT AGAIN (1981) « J’ai vu Grace Jones en concert à Florence, en 2003. Elle a assuré : un projecteur, quelques pas de danse, un ventilateur. Une véritable performeuse n’a pas besoin d’artifice : elle change l’ambiance d’un simple geste. Après le concert, un ami m’a conduite à son hôtel. Je voulais la saluer, mais Jones a crié : “Mettez ces gens dehors !” Drôle de façon de rencontrer son idole. »

MINA NON CREDERE (1969) « Après Overpowered, j’ai fait un break. Mon gros projet suivant était un EP de cover de chansons italiennes, Mi Senti (2014). Un pote italien me jouait celle-ci. Mina est parfaite. En regardant ses perfs TV des années 1960, on voit qu’elle est en contrôle : apparence, voix, chansons. Faire une cover n’a pas été facile, j’ai dû pousser ma voix au-delà de ma zone de confort. »

SONIC YOUTH TEEN AGE RIOT (1988)

FRANK SINATRA ­SUMMER WIND (1966)

« Je les ai vus à Manchester, quand j’avais 15 ans. Les membres du groupe balançaient la bassiste Kim Gordon dans le public, elle grimpait sur la scène, ils la rebalançaient dans le public, etc. C’était génial de sauvagerie et de cool. Le lendemain, j’étais chez le disquaire pour échanger mon album de U2 contre Daydream Nation, qui contient cette chanson. Elle a changé ma vie pour toujours. »

« Il y a une vidéo dans laquelle Sinatra enregistre cette chanson avec un orchestre. Et on le voit dire : “Stop, vous jouez faux” ou “Ça doit être plus doux”, c’est impressionnant. Il est dans le contrôle, pas seulement de sa voix mais du contexte de sa voix. Quand j’enregistre, je ne suis pas passive-agressive ; je suis agressive-agressive. J’ai besoin de connecter émotionnellement avec la musique jouée. »

THE RED BULLETIN

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Texte MARK BAILEY Photos RICK GUEST

L’as de la brasse


Roi du grand bassin, collectionneur de records autant que de médailles, c’est à la brasse que le Britannique ADAM PEATY a décidé de rentrer dans l’Histoire. La raison de son ascension fulgurante au sommet des podiums ? Ce jeune prodige de 23 ans a su reconnaître son plus grand point fort pour en faire une arme redoutable.

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ujourd’hui, c’est jour d’entraînement dans une piscine privée du quartier de Canary Wharf, à Londres : Adam Peaty ressemble davantage à un missile sous-marin qu’à un bipède en maillot. C’est pourtant à la brasse, nage qu’on pourrait croire réservée aux mamies et aux paresseux, que notre athlète ondule d’un bout à l’autre du bassin avec une célérité déjà légendaire. Avec des biceps de 38 cm et un torse de 117 cm de diamètre, Peaty est non seulement une machine de muscles conçue pour fendre l’eau, mais il possède également de véritables « palmes » en guise de pieds (pointure 47). Son physique n’est pas son premier atout : la vraie force de ce recordman réside surtout dans son extraordinaire volonté d’aller chercher sans cesse le meilleur de lui-même pour essayer de le dépasser. Le lion rugissant et la figure du dieu grec de la mer, Poséidon, tatoués sur son bras gauche, symboles de toute-puissance, illustrent ce qui se trame dans la tête de ce jeune homme souriant et généreux : la conquête et la domination de l’univers… des bassins de natation, du moins.

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THE RED BULLETIN


« Dans le bassin, c’est la guerre. Il faut avoir un esprit de gladiateur. »


Enfant, Peaty avait peur de l’eau – ses frères lui avaient raconté que des requins sortaient du trou de la baignoire.

« Aux JO, j’ai eu une décharge d’adrénaline qui m’a 30

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Adam Peaty, c’est un peu l’Usain Bolt de la natation – un être hors du commun dont le talent et les performances viennent repousser encore plus loin les limites du corps humain. Champion olympique du 100 mètres brasse et détenteur de cinq titres mondiaux, il a déjà battu le record du 100 mètres brasse à quatre reprises, dernièrement aux Championnats d’Europe en août dernier avec un nouveau record de 57,10 secondes. En trois ans, il a réalisé plus de gain de temps que tous les autres athlètes en neuf ans. D’autant plus que les marges de victoire du nageur sont deux fois plus i­ mportantes que celles de Bolt lors de son apogée à Pékin. Mais Peaty ne s’est pas contenté de s’illustrer dans le 100 mètres : il a aussi été le premier nageur à passer sous la barre des 26 secondes pour le 50 mètres brasse (record inégalé de 25,95 secondes). « Pendant la première moitié d’un 100 mètres, on a l’impression de voler, nous explique-t-il lors d’une pause qu’il vient de s’accorder, alors qu’il est encore sous le coup de l’effort. Aux JO, j’ai eu une décharge d’adrénaline qui m’a fait oublier la douleur, mais juste après, j’ai vraiment dégusté. De même, lors des championnats du monde, j’avais l’impression que quelqu’un essayait de me broyer les jambes et de soulever tous les muscles de mes bras au pied-de-biche. La douleur fait partie de mon entraînement quotidien, mais pour quelqu’un dont le métabolisme ne ­serait pas capable d’éliminer un tel afflux d’acide ­lactique (substance relâchée dans le sang pendant un effort physique intense qui provoque des accès de ­douleur, ndlr), cela peut être très dangereux ».

D fait oublier la douleur. » THE RED BULLETIN

ernier-né d’une famille de quatre enfants, Adam Peaty a grandi dans le Staffordshire, en Angleterre. À l’époque, personne n’aurait pu prédire que le petit Adam ­allait devenir un grand nageur : il avait peur de l’eau. « Mes frères m’avaient dit que des requins sortaient du trou de la baignoire. Du coup, j’avais horreur des bains. La première fois que j’ai nagé, je me débattais pour ne pas couler. Et puis j’ai commencé à faire le fou avec mes amis, et petit à petit, j’ai adoré l’eau. » Mais avant de se décider pour une carrière de n ­ ageur, Peaty a d’abord dû renoncer à son rêve d’enfance : devenir pilote de chasse. « Avec ma grande taille (presque 1,90 mètre), j’aurais pu tout au plus être accepté chez les Royal Marines. » Loin de le rendre amer, cette déconvenue l’incite au contraire à élargir son horizon et à s’intéresser à tout ce qui pourrait canaliser son incroyable combativité. « ­Vitesse, performance et discipline : la natation ­semblait répondre naturellement à mes ambitions militaires. Et, dans une carrière de sportif, il faut avoir envie de repousser chaque jour ses limites ­physiques.  »   31


« Chaque jour, je me demande si ce que je vais manger, faire ou décider va contribuer ou non à une amélioration. »

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Quand on lui demande pourquoi il a choisi la natation, Peaty ­répond : « C’était le sport où j’étais bon. » THE RED BULLETIN

i on lui demande pourquoi il a choisi la natation, il répond en riant : « C’était le seul sport où j’étais bon. » Alors qu’il ­cherchait une activité dans laquelle il pourrait briller, Adam devait bien se rendre à l’évidence : il n’était pas doué en tout. Il aimait courir, mais n’était pas assez rapide. « Chez moi, c’est quitte ou double. Si je ne suis pas le meilleur dans ce que je fais, je laisse tomber. Que ce soit à la course ou au Monopoly, si je ne gagnais pas, j’envoyais tout valdinguer. Mais si on arrive à trouver un truc dans lequel on excelle, cette rage du vainqueur devient un incroyable moteur. » Pourtant, même en natation, Peaty a mis du temps à découvrir son truc à lui. Lors d’un passage au Club de natation de Derby, la coach Melanie Marshall fut tout d’abord très sceptique quant aux capacités du jeune nageur : « Elle a failli me sortir du bassin pendant l’épreuve de nage libre. » Mais en le voyant à la brasse, elle se dit que « nom de Dieu, ce gamin est bon ». Ce moment fut une ­révélation pour Adam Peaty, qui décide alors de se concentrer sur ses vrais talents. « Il faut savoir peser ses chances avant de choisir le bon chemin. Je ­n’aurais pas été ­assez bon dans les autres nages. Mais je pouvais l’être en brasse, alors j’ai tout misé là-dessus. » Débutent donc les entraînements avec Melanie Marshall, avant et après l’école : réveil à 4 heures du matin, trajet de 40 minutes jusqu’au stade nautique. Mais le jeune lycéen préfère s’éclater à côté, traîner avec ses amis. Puis un jour, à 17 ans, il regarde son compatriote Craig Benson atteindre les demi-finales en brasse aux JO de Londres en 2012. Un déclic : « J’avais fait la fête la veille et je me suis dit : “Qu’estce que tu fais de ta vie ?” Il était temps de passer à la vitesse supérieure. » Lucide, déterminé quant à son avenir, il se met à s’entraîner davantage, à manger plus sainement et à penser comme un futur champion. « Celui qui veut devenir le meilleur dans ce qu’il fait doit être obsédé par la volonté de toujours mieux faire. Chaque jour, je me demande si ce que je vais manger, faire ou décider va contribuer ou non à une amélioration. » Un tel engagement et une telle détermination ne pouvaient que payer. La percée vient très vite, en 2014, lors des Jeux du Commonwealth, où il bat le champion olympique Cameron van der Burgh au 100 mètres brasse. Suivent quatre médailles d’or lors des Championnats d’Europe de la même année ainsi qu’un premier record mondial au 50 mètres brasse. La déferlante anglaise se poursuit l’année suivante aux Championnats du monde à Kazan : un nouveau record mondial au 100 mètres brasse et trois ­médailles d’or.

En 2016, il remet le couvert à Rio avec un palmarès digne de sa réputation : l’or au 100 mètres, et une légendaire remontée éclair au relais 4×100 mètres qui lui fait effacer un déficit de 2 secondes, permettant à son équipe de rafler, in extremis, la médaille d’argent. Peu après cet exploit, le champion aux 23 médailles Michael Phelps vient le voir et lui lance : « Tu nous as fait quoi, là ? » Ces succès incontestés le motivent à s’entraîner encore plus dur : « La question n’était plus de savoir si je pouvais gagner, mais combien de temps je resterais le premier », raconte-t-il. Une surenchère qui portera ses fruits, puisqu’aux Championnats du monde à ­Budapest en 2017, Peaty remporte deux victoires avec à chaque fois une avance quasi insolente : 1,32 seconde au 100 mètres et 0,53 seconde pour le 50 mètres – un miracle dans ce sport où les victoires s’arrachent en général au centimètre près.

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t pourtant, quand on écoute le jeune homme qui se tient face à nous, force est de constater que le succès ne lui est pas monté à la tête. Poli, sociable, il parsème son discours d’éclats de rire enfantins et pratique l’autodérision sans retenue. Ne rappelle-t-il pas régulièrement que sa mamie est plus célèbre que lui (elle avait créé le buzz en 2016 pendant Rio avec ses tweets encourageants) ? Nul doute que la grand-mère fut extrêmement fière de son p ­ etit-fils le jour où, après avoir remporté le 100 mètres brasse aux Championnats d’Europe de Copenhague en 2017, il décide de donner sa médaille d’or à une jeune fan qui lui réclamait simplement un autographe. La classe. « C’est un geste qui peut en inspirer d’autres pour les années à venir. Beaucoup plus utile que de la laisser traîner sur une étagère. » Obsédé par la gagne, donc, mais pas que. Et puisque notre Britannique apparaît doué d’un bon équilibre mental, on ne s’étonne pas non plus de le savoir tout à fait capable d’user les canapés avec ­délectation : fan de séries (Silicon Valley, Modern ­Family) et de musique hip-hop, house et rock (Jaykae, Tory Lanez, Metallica, Architects), c’est ­aussi un passionné de belles bagnoles : « La voiture de mes rêves change tous les mois. Récemment, c’était la Ferrari 488 GTB, mais ces temps-ci, je pencherais plutôt pour la Lamborghini Aventador. » En août dernier à Glasgow, Peaty enclenche l’accélérateur et remporte quatre médailles d’or : sur le 50 mètres brasse (pour la troisième fois de sa carrière), sur le 100 mètres brasse pour la troisième fois également (dont il améliore son propre record du monde de la distance), en équipe sur 4×100 mètres quatre nages et quatre nages mixte. On le retrouvera en décembre aux Championnats du monde de   33


« Chez moi, c’est quitte ou double. Si je ne suis pas le meilleur, je laisse tomber. »


Attention à la marge

Hangzhou en Chine. « Ça se disputera dans des ­bassins de 25 mètres, alors que les nageurs réservent en général leurs forces pour les courses en grand ­bassin. Je vais quand même essayer de gagner, mais les choses sérieuses commenceront pour moi à partir de janvier 2019 et jusqu’aux JO de Tokyo 2020. Là, je vais vraiment y a ­ ller à fond. »

Péter un record, c’est historique : des records obtenus d’un cheveu, ou d’une coulée de brasse. 100 m brasse Cameron van der Burgh 58,46 secondes

Adam Peaty 57,10 secondes (record du monde)

2,35 % Marathon Mary Jepkosgei Keitany 2:17:01

Paula Radcliffe 2:15:25 (RM)

1,29 % 100 m sprint

NEIL WEBB @ DEBUT ART. MAKE-UP BY LINDA JOHANSSON @ ONE REPRESENTS, USING WELEDA

Tyson Gay 9,69 secondes

Usain Bolt 9,58 sec. (RM)

1,14 % Saut en longueur Carl Lewis 8,91 m

Mike Powell 8,95 m (RM)

0,45 % 100 m papillon Caeleb Dressel 49,86 secondes

Michael Phelps 49,82 secondes (RM)

0,08 %

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e miracle Peaty tient moins à l’originalité de sa technique qu’à son physique taillé pour la brasse : outre ses panards, il jouit d’une grande flexibilité au niveau des ­genoux, un atout de taille pour cette nage qui met les articulations à rude épreuve. « L’idée est de ne pas trop écarter les cuisses et de se concentrer sur les mollets pour gagner en hydrodynamique. » Là où d’autres brasseurs se propulsent à la façon d’une grenouille, Peaty avance à coup de squats bien cadencés : 58 à 60 par minute quand la moyenne de ses adversaires est de 55. « En brasse, j’arrive à enchaîner des ciseaux très serrés et plus rapides que les leurs, alors qu’en dos crawlé ou en nage libre, je n’aurais pas leur cadence. Avoir un talent est une chose, savoir l’utiliser à bon escient en est une autre. » Un point de vue qui définit depuis plusieurs années le quotidien d’Adam Peaty : 35 heures d’entraînement par semaine sous l’égide de Melanie Marshall, soit plus de 11 km par jour (avec une pause le dimanche), et des passages hebdomadaires en salle de gym à enchaîner les squats de 150 kg, les développés-couchés de 130 kg ou encore à soulever des gros pneus de tracteur pour se muscler. Évidemment, le sportif ingurgite chaque jour le nombre de calories adéquat : 6 000, plus du double de la ration normale. « C’est un lion. Agitez un bout de viande sous son nez et il se mette en chasse, » dit de lui sa coach. Un mâle alpha sans trop de concurrents, si ce n’est luimême. Voilà pourquoi il s’est mis en tête de battre (une nouvelle fois) son propre record : nager 100 mètres en 56 secondes. « Quand on termine deuxième, on a encore un but à atteindre, alors que celui qui termine premier doit se motiver autrement pour garder la niaque. Bien sûr, les progrès en natation se seront pas infinis et l’Homme va finir par atteindre la limite où la résistance de l’eau dépassera la force de la propulsion. Mais je veux essayer de me rapprocher de cette limite. » Pour cela, il s’est offert l’expertise d’un ancien s­ oldat du Special Air Service de l’armée de l’air b ­ ritannique dont la devise est : « Qui ose, gagne ». Une façon pour lui de faire revivre son rêve de ­gamin : « On ne cesse jamais d’apprendre, c’est tous les jours qu’il faut viser l’excellence, et je veux ­tirer le meilleur de chaque domaine. » Ambassadeur des montres Omega, maison avec laquelle il partage un très précieux rapport au temps, Peaty aurait peut-être fait un très bon pilote de chasse, mais il a préféré se battre contre la montre dans les couloirs des bassins. « Dans le bassin, c’est la guerre. Il faut avoir cet esprit de gladiateur dans l’arène et c’est ce que j’adore. Je veux laisser une trace dans l’histoire du sport et je sais qu’à force de victoires et de nouveaux records, j’y arriverai. » Instagram : @adam_peaty

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Ryder Cup : c’est de la balle ! Une fois tous les deux ans, la RYDER CUP réunit la crème des golfeurs américains et européens. Par équipe sur un mode de jeu inédit, ils s’affrontent dans une ­ambiance de stade de foot. Le golf peut être cool, et ce rendez-vous immanquable en est la preuve la plus éclatante. Changez d’avis sur la petite balle blanche.

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Texte GINO DELMAS


Quand le golf moderne passe en mode stade : à Chaska, Minnesota, le 2 octobre 2016, la Ryder Cup peut commencer.

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USA et Europe s’affronteront à nouveau fin septembre.

e golf ne vous a jamais passionné ? S’il y a un moment cette année qui peut vous faire changer d’avis sur ce sport qui peut paraître parfois hermétique, c’est la R ­ yder Cup. Tous les deux ans, cette compétition se pose en climax international en ­opposant les meilleurs Américains aux meilleurs Européens. En bonus, et pour la première fois dans l’histoire d’un sport où tous les plus grands rendez-vous se tiennent généralement en terre anglo-saxonne, l’affaire se passe en France, du 25 au 30 septembre. Entre l’Euro de foot 2016 et les JO qui poseront leur valise à Paris en 2024, un autre monument du sport s’installe tout près de Paris, sur les greens du Golf National de Saint-Quentin-en-Yvelines. En golf, il y a les tournois majeurs, équivalents des grands Chelems au tennis, le British Open, l’US PGA, ou le Masters d’Augusta… Et puis il y a la ­Ryder Cup. Différente sur la forme (USA contre Europe), sur l’ambiance (sur et au bord des greens), et même sur l’enjeu (aucun enjeu financier), juste l’honneur de garder la coupe pendant deux ans. Les joueurs les plus titrés donneraient père et mère pour avoir la chance d’être dans la ­sélection et goûter au cocktail unique de la Ryder Cup : une ambiance surchauffée, une densité de champions au centimètre carré digne d’un NBA All-Star Game, un niveau de compétition comparable à un dimanche soir de finale de Coupe ­Davis. Tous les deux ans, la Ryder Cup montre à ceux qui en doutent que le golf est passionnant. L’engouement international autour de cette compétition dépasse d’ailleurs très largement le cercle des initiés, puisqu’elle talonne la Coupe du monde de foot et le Tour de France au rang des événements sportifs les plus suivis dans le monde. Pourquoi ? 38

Avec 375 millions de foyers touchés dans 185 pays, la ­Ryder Cup est le troisième événement sportif le plus suivi au monde, après le Mondial de foot et le Tour de France. Sur place, ce sont près de 300 000 spectateurs qui se ­réunissent autour des fairways sur la semaine de tournois. Disputée une fois tous les deux ans, alternativement en Europe et aux ÉtatsUnis, cette rencontre au sommet draine une couverture médiatique colossale, et des moyens tout aussi importants engagés pour l’organisation. Le budget global de cette édition française s’élève à 36 millions d’euros, soit grosso modo autant que le Grand Prix de France de Formule 1, mais très loin du budget de l’Euro 2016, qui a couté près de 100 millions par jour de compétition, environ dix fois plus cher. La Ryder Cup est LE moment immanquable de la saison, et la pression est énorme pour les golfeurs ­sélectionnés, qui se savent ­regardés par un petit paquet de monde tout en représentant leur équipe. Non contents d’être tenants du titre, les États-Unis mènent 26 victoires à 13 depuis 1927.

Le golf en mode sport collectif

La grande originalité de la ­Ryder Cup, c’est qu’elle se joue en équipe. D’un côté, les États-Unis, de l’autre, ­l’Europe. Soit les deux principaux pôles géographiques du golf. Chaque équipe se compose d’un capitaine, de deux vice-­capitaines et de douze golfeurs. Les huit premiers de leur classement respectif sont sélectionnés d’office, les quatre autres soit choisis par les capitaines sur leur expérience et leur forme du moment. La rencontre comporte seize doubles (huit le vendredi, huit le samedi) et douze simples le dimanche, à chaque fois un dix-huit trous. Les doubles du matin se jouent en four-ball : c­ hacun des quatre joueurs joue sa propre balle et le meilleur score de chaque équipe est r­ etenu à chaque trou. Ceux de l’après-midi se déroulent eux en foursome : une balle par équipe, les joueurs la frappent chacun leur tour. Un match équivaut à un point, la première équipe à quatorze ou plus ­ramène la coupe à la maison. Les deux capitaines, le D ­ anois Thomas Bjørn et l’Américain Jim ­Furyk, ont une importance ­capitale, puisqu’ils composent les doublettes qui vont se rencontrer. Cette forme de jeu collective est plus lisible et plus ludique qu’un tournoi classique. À mi-chemin entre un All-Star Game NBA, puisque les tout meilleurs joueurs de la planète sont réunis (ce qui n’arrive quasiment jamais en temps normal), et la Coupe Davis, avec des sportifs ­individuels qui se regroupent ­derrière un drapeau. Sauf que

Jon Rahm monte en puissance : le Basque espagnol de 23 ans est un enfant du hip-hop. THE RED BULLETIN

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Un événement ­planétaire


Les Américains sont les détenteurs de la Ryder Cup.

Qui aurait imaginé de tels zozos sur un événement de golf il y a encore 10 ans ?


le niveau de compétition est ­encore plus élevé que sur un tournoi majeur, chaque coup ou presque est exceptionnel. Les joueurs adorent y participer, et ça se voit.

Une ambiance de stade de foot

Rickie Fowler (USA) a initié une fraîche ère du look golf.

Pas des supporteurs de foot mais bien des fans de golf.

Style et matos t­ enues notamment, où les ­déguisements, les drapeaux et les pancartes s’inspirent aussi de ce que l’on croise dans les tribunes des sports US. C’est également la seule fois où des supporteurs se rassemblent derrière le drapeau européen. Y compris les Anglais, qui ­arborent régulièrement des ­tenues bleues siglées des douze étoiles jaunes. S’ils ont quitté l’Europe politique avec fracas, ils font toujours partie de l’Europe du golf. Les supporters américains scandent leur soutien au rythme du traditionnel « USA ! USA ! ». La bataille des publics est féroce tout en restant bon enfant, et

« L’ambiance de la Ryder Cup est rare dans le golf. » le n ­ iveau de décibels s’envole sur chaque coup ou presque. Cela rejaillit forcément sur les ­golfeurs, qui sont survoltés. Le trash-talk va bon train, ils exultent après un beau coup, et les plus jeunes se lancent même dans des chest bumps, qu’on croise plutôt habituellement sur les parquets NBA ou les pelouses de NFL.

Athlètes modernes

Ce trophée vaut son pesant d’or (14 carats).

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Si vous avez en tête l’image du golfeur pro avec les tempes grisonnantes et une bedaine en formation, c’est que vous n’avez pas maté du golf depuis longtemps. Les professionnels sont plus fit que jamais, et sont même de vrais athlètes. Dans le sillage d’un Tiger Woods, l’évolution des techniques d’entraînement a ­intégré la musculation, les ­étirements, et le travail physiologique dans la préparation. Les golfeurs m ­ odernes tapent plus fort, plus loin, plus longtemps, et arrivent plus jeunes sur le c­ ircuit. Les abdos d’un Rory McIlroy n’ont pas (plus) grand-chose à envier à

Si l’Américain Bubba Watson continue à porter fièrement la visière, il reste une exception. Exit le pull sans manche ­jacquard et le pantalon bouffant, la tenue du golfeur n’a plus rien à voir avec le cliché BCBG qui l’a longtemps accompagnée. L’arrivée dans le golf de profils aux parcours différents et d’équipementiers sportifs « classiques » (Nike, Puma, adidas) ont fait évoluer l’étiquette sur les greens. Quand le rookie Rickie Fowler débarque un dimanche de 2010 tout d’orange vêtu, en clin d’œil aux couleurs de sa fac, le ton est donné. Aujourd’hui, en termes de coupes, de matières, les tenues se sont modernisées et peuvent se porter à la ville. À noter que pour la Ryder Cup, comme pour une Coupe du monde de foot, les deux équipes sont habillées par un équipementier neutre (pantalon, polo, casquette, veste, sac). Évidemment, le matériel a aussi connu de sérieuses évolutions. À l’instar de ce que l’on observe dans les autres sports avec l’essor de la data, la hi-tech a pris place à l’entraînement : les clubs, les applis, les jumelles qui c­ alculent la distance du drapeau au mètre près. L’importance du matériel positionne le golf en sport futuriste qui s’approche plus de la F1 que du basket ou du football. THE RED BULLETIN

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Si ce qui se passe sur les greens de la Ryder Cup est ­exceptionnel, c’est en grande partie grâce à l’atmosphère du public. En temps normal, et encore plus sur les plus grands tournois, l’étiquette en tribune impose des comportements très policés. Là, on lâche les chevaux. Plus populaire et plus détendue, l’ambiance de la Ryder Cup est rare dans le golf, à l’exception peut-être de l’Open de Phoenix, où la ­bronca du trou n° 1 est légendaire. Les tribunes de la Ryder Cup rappellent celles de foot, avec un mélange chamarré, à tous les sens du terme. Sur les

ceux de R ­ onaldo, et les épaules d’un Brooks Koepka rappellent celles d’un Rafa ­Nadal. Mais la force ne suffit pas en golf, et le petit jeu, qui réclame finesse et maîtrise, est crucial pour que la balle termine dans le trou. La préparation mentale s’est aussi invitée dans le quotidien des golfeurs. Bien sûr, il y a toujours quelques magiciens, un Sergio García ou un Phil Mickelson, qui continuent à saupoudrer de génie des coups impossibles, mais le niveau global est meilleur qu’il y a quarante ans. La Ryder Cup, c’est la crème du circuit mondial.


1–2–3 Novembre 2018 Grande Halle de la Villette

Bon Iver — Fever Ray Mac DeMarco — Étienne Daho CHVRCHES — The Voidz Blood Orange — Chromeo DJ Koze — John Maus Jeremy Underground Stephen Malkmus & the Jicks — Peggy Gou Unknown Mortal Orchestra — Bagarre Car Seat Headrest — Avalon Emerson Snail Mail — Rolling Blackouts Coastal Fever Dream Wife — Lewis OfMan Boy Pablo — G Flip & more to come #P4Kparis

pitchforkmusicfestival.fr


De la rue aux jets privés : Rickie Fowler a débuté sur des parkings.

Cinq joueurs qui la rendent cool

Rickie Fowler Le flambeur

Bubba Watson L’atypique

Autodidacte et gaucher, ­Bubba Watson ne fait rien comme tout le monde. Il porte du rose dès qu’il peut, balance publiquement préférer la sieste à l’entraînement, ­invente un hovercraft pour remplacer les voiturettes et pouvoir traverser les greens et les obstacles d’eau, tout en squattant le top 20 mondial depuis presque dix ans. L’Américain a notamment e­ nfilé à deux ­reprises la « veste verte » du vainqueur du ­Masters ­d’Augusta, l’un des majeurs les plus prestigieux.

Sergio García L’âme de la Cup

L’un des seuls joueurs au monde à avoir réussi un « ­albatros » (trois coups sous le par) sur l’exigeant parcours 42

du Masters d’Augusta. Voilà qui vous pose en homme. S’il a ­attendu presque vingt ans pour enfin glaner son premier majeur en 2017, l’Espagnol est un monument du golf européen et une star de la Ryder Cup. Depuis 1999, il a été de toutes les éditions (sauf 2010) et dispose de statistiques ­effrayantes.

Rory McIlroy Le petit génie qui a confirmé

Le Nord-Irlandais a commencé par briser les ­records de précocité, avant d’empiler les victoires chez les pros dès 2009, alors qu’il n’a que 20 ans. ­Réputé agressif, à l’image de celui d’un de ses amis proches, un certain Tiger Woods, son jeu spectaculaire soulève les foules. Ses trois saisons terminées

au premier rang mondial en ont fait une des rock stars du circuit, et un gros client en ­Ryder Cup.

Jon Rahm Le gros caractère

Passé pro depuis seulement trois ans, le Basque espagnol est l’un des g ­ olfeurs européens les plus solides. Formé aux US, il a appris l’anglais en ­mémorisant les paroles de chansons de Kendrick Lamar. Jeu puissant et caractère bouillant (il peut exploser un club de dépit), la Ryder Cup et son ambiance semblent ­taillées pour lui.

Du 25 au 30 septembre, le Golf National, Paris ; ­rydercup.com THE RED BULLETIN

GETTY IMAGES, PATRIK GIARDINO

Le golf a ses rock stars et ses magiciens, dont certains seront de la partie en France fin septembre.

Tenues flashy, cheveux longs, le Californien Rickie Fowler a immédiatement détonné dans le microcosme policé du golf. « J’aime repousser les limites, et j’aime le bruit », confiait-il en 2016. Ancien pilote motocross, il s’est entraîné toute sa jeunesse en frappant des balles depuis le bitume d’un parking. Depuis près de dix ans, il rajeunit l’image du golf avec son exubérance ­naturelle.


Attitude & Six Step présentent

17 NOVEMBRE 2018 INTERNATIONAL BREAKDANCE CONTEST

MONTPELLIER FRANCE SUD DE FRANCE ARENA

+ FESTIVAL «A CHANGE OF DIRECTION» DU 10 AU 17 NOVEMBRE BATTLE CREW KIDS / BATTLES 1Vs1 BBoys & BGirls / HIP HOP EN CREATION / STAGES / PARTIES / PROJECTIONS / RENCONTRES PROFESSIONNELLES


Ce groupe de Glasgow a fait le buzz dès ses débuts, en 2013. Ils n’ont pas eu besoin de forcer plus que ­nécessaire ce qu’ils étaient, et en réalité, ils ont même fait le contraire, ils ont continué à faire ce qu’ils ­savaient faire de mieux et c’est précisément ce qui leur a permis d’obtenir de si bons résultats. Alors que la plupart cherchent à repousser des limites naturelles pour offrir quelque chose d’innovant, Chvrches reconnaît la valeur de la zone de confort. « Nous, on ne se veut pas une alternative et c’est justement ce qui nous a rendus alternatifs sur la scène de la musique contemporaine », déclare Lauren Mayberry, ­depuis New York. C’est la chanteuse principale du groupe – qui a fait des études de journalisme et sait jouer de la batterie et du piano – qui, à cette occasion, parle au nom de ses compères Iain Cook (synthétiseurs et ­guitare) et Martin Doherty (synthétiseurs). La première chose qui a surpris le trio, c’est lorsque, en 2013, la BBC les a élus parmi les cinq nouveaux groupes les plus prometteurs. Leur troisième album Love Is Dead livre une électro-pop plus agressive que leurs travaux précédents. Désormais, grâce à leur ­collaboration avec le producteur Greg Kurstin, David A. Stewart (­Eurythmics) et Matt Berninger (The ­National), le groupe poursuit sa trajectoire sans ­chercher à se ­placer dans des situations extrêmes. 44

DANNY CLINCH

CHVRCHES a commencé à faire sensation dans le monde entier après ses deux premiers albums qui ont offert l’un des meilleurs sons de la musique synthpop. Love Is Dead est le nouvel opus de ce trio écossais qui augure le même succès. Pour y parvenir, ils affirment rester dans leur propre zone de confort. « Tout le monde dit qu’il faut en sortir, mais nous, on préfère faire le contraire : suivre le flux de tout ce qui nous entoure. » Ils nous expliquent comment tirer le meilleur parti de cette confortable zone qui ne convainc pourtant pas tout le monde.


Lauren, qui a débuté en faisant seulement les chœurs, a fini par devenir la leader du groupe.

La valeur de la zone de confort Texte BENJAMÍN ACOSTA


Ils ont rendu le son de Glasgow le plus pop possible. Et ça, c’est génial.

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THE RED BULLETIN


« Que seriez-vous prêt à faire gratuitement ? Voilà, vous avez votre job idéal ! » « Caler notre travail sur les charts ne nous intéresse pas. » the red bulletin : Est-ce que vous avez l’impression que, d’une certaine manière depuis que vous avez monté le groupe, vous vous connaissez bien ? lauren mayberry : Depuis notre rencontre à l’université, la communication s’est très vite développée entre nous. Le sens de l’humour a été déterminant. Le besoin d’apprendre les uns des autres aussi. Sans ces deux aspects, je crois que les choses n’auraient pas fonctionné. C’est comme dans un couple, sauf que là, on est trois, chacun avec une personnalité et des envies particulières. Ce sont ces différences qui créent la bonne combinaison. Il suffit d’être disposés à travailler dans ce sens.

DANNY CLINCH

Aviez-vous des attentes ­communes de ce qui pourrait arriver en jouant ensemble ? Non, pas du tout. D’ailleurs, au début, l’idée était que je fasse uniquement les chœurs. Le but n’était pas de monter un groupe, mais seulement de les aider pour l’enregistrement de deux chansons. Après, on s’est rendus compte qu’on fonctionnait bien comme équipe. De toute façon, il vaut mieux éviter d’avoir des attentes ou toute autre forme d’ambition. Pour nous, cela n’a pas de sens et, en plus, la seule chose que ça peut provoquer, c’est une distraction liée à un futur improbable.

THE RED BULLETIN

À votre avis, quelle est la ­raison de votre succès ? Sincèrement, je n’en sais rien. Ça tient peut-être au fait de savoir communiquer et d’avoir la chance de créer des chansons qui suscitent une proxi-

mité avec le public. La façon dont on le fait consiste à laisser une place à la musique qu’on aime, qui va de Cyndi ­Lauper, à Cocteau Twins, The Cure ou Depeche Mode. Pour écrire des chansons, on se base sur une méthode traditionnelle. Caler notre travail sur les charts ne nous intéresse pas. Notre paramètre est le besoin et le plaisir que l’on ressent à communiquer, parce que c’est ce qui donne véritablement du sens à ce que nous faisons. Et en direct, peu importe si on a déjà joué une chanson des centaines de fois avant, on l’interprète toujours comme si c’était la première. Si le public adhère, il le partage, et c’est bon pour nous. Avec une telle expérience, on y gagne tous et on passe un bon moment. D’où l’importance de ne pas s’ennuyer dans ce que l’on fait… Demandez-vous ce que vous seriez prêt à faire gratuitement et vous saurez quel est votre job idéal. Mais de toute façon, on ne voit pas les choses comme cela, on préfère assumer ce que l’on fait de manière naturelle. On considère qu’il est fondamental de se sentir bien pour pouvoir ­exprimer ce que l’on souhaite. La commodité est-elle un ­allié pour que le travail soit fluide ? De notre point de vue, le mieux c’est de créer les conditions nécessaires pour se sentir le plus à l’aise possible. Certains disent qu’ils travaillent mieux sous pression ou dans l’adversité, mais pour nous, c’est le contraire. Nous avons enregistré les deux ­premiers albums dans notre propre ­studio en sous-sol, et nous avons considéré ce refuge comme un lieu plein de

charme, un lieu qui inspire. C’est comme ça que nos efforts ont porté leurs fruits.C’est cette ambiance qui nous a amenés à faire de la synthpop. C’est le genre qui nous a choisis, pas l’inverse, parce que c’était les instruments dont on disposait. Nous avons profité des avantages du lieu et des outils à notre portée. Le fait de se situer dans un environnement confortable permet-il d’évoluer ? Cela nous a permis de faire une introspection, et aussi de passer du temps ensemble, d’échanger nos points de vue. Ça nous a donné la possibilité d’analyser la portée d’une idée précise et des appareils euxmêmes. Chacun analyse et tire profit de son instrument de manière différente et nous sommes d’accord sur l’importance de la base mélodique. La zone de confort existe aussi bien en studio que lors des concerts. Le secret est de toujours se sentir entourés d’amis. Cette sensation de confiance nous permet d’améliorer nos performances et d’avoir une plus grande concentration et agilité mentale pour assurer. Croyez-vous que c’est pour cela que vous avez trouvé un son qui vous distingue ? Je pense que c’est une ­question qu’on ne s’est jamais posée. Il nous était préférable d’aller de l’avant sans ce genre d’interrogations. Dans cette dynamique, le fait de choisir un genre ou un style qui accroche est inconscient et c’est pour cela même qu’on sent que ce qui est alternatif, c’est de ne pas être alternatif. Ce qui compte vraiment, c’est de conserver notre essence. Cela nous oblige à relever le défi de toujours être à la hauteur. chvrch.es   47


Des vies à

SAUVER L’an dernier, l’île de Porto Rico était dévastée par l’un des pires ouragans de ces dernières décennies. Découvrez pourquoi et comment le célèbre B-Boy CRAZY LEGS a sauté dans un avion pour venir en aide aux personnes sinistrées. Texte STEVE FRIEDMAN

Photos BALAZS GARDI


Richard Colon, alias Crazy Legs, à New York en décembre dernier, entre deux missions d’assistance post-ouragan sur l’île de Porto Rico.

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« M a maison est peut-être pulvérisée, mais j’ai besoin d’aider.  » Une semaine après que l’ouragan Maria a percuté Porto Rico, les sympathiques bungalows de l’hôtel Villas del Mar Hau à Isabela ne sont plus que désolation.

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es gens hurlent son nom. D’autres réclament un autographe. Est-il okay pour un selfie avec ce jeune couple ? Ou donner quelques conseils ? Est-ce qu’il va danser ? Tourner sur la tête ? Un jour ensoleillé à Helmond, en ­Hollande. Richard Colon, né dans le Bronx d’un père alcoolique et de la femme qu’il tabassait, a grandi dans la pauvreté, tellement honteux de ses chaussures quand il était gamin qu’il collait du gros scotch dessus pour cacher leur état de délabrement. Un voleur, à la petite semaine, c’est ça qu’il aurait pu être. Mais il a triomphé. Il n’est même plus Richie ­Colon. Ce n’est pas le nom que les gens hurlent en ce jour de début d’automne, un jour qui aurait pu être l’un des plus heureux de son existence. Mais il peut à peine respirer.

« A ppelez ça du B-Boying ou du break, mais pas du breakdance. » Crazy Legs, l’un des plus populaires et talentueux B-Boys de l’histoire, dans son art : la danse, le break, ici à Los Angeles en 2012.

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ans, dans deux maisons, l’une à New York et l’autre à Porto Rico. Il s’est produit en Égypte, en Ouganda et en Croatie, et probablement dans chaque capitale européenne. Il s’est rendu au Japon quarante fois. Et a cumulé plus de deux millions de miles en avion. Il a été juge de compétitions, a encouragé la motivation, et a servi d’exemple pour les apprentis B-Boys et B-Girls à travers la planète en leur disant que s’ils travaillaient dur et se fixaient sur leur rêve, eux aussi pourraient devenir quelqu’un de grand. Il s’est construit un quotidien confortable. Des gens l’aiment. Mais ce 24 septembre 2017, au festival hip-hop Red Bull Urban Matterz à ­Helmond, ça ne va pas. Pourquoi ne peut-il plus respirer ? Pourquoi se met-il à pleurer ? Il secoue la tête et s’écarte de la foule. Il dit à son vieux pote et photographe Joe Conzo qu’il doit quitter l’événement. Il a juste besoin d’être seul. L’ouragan Maria a percuté Porto Rico quatre jours auparavant. L’île est dévastée. Il n’y a plus du tout d’électricité. Les infrastructures sont détruites ou endommagées. Les malades ne peuvent pas se rendre à l’hôpital. Les hôpitaux manquent de tout. On ne peut même pas mettre les cadavres dans des chambres froides. Colon et Conzo se sont jetés sur les ­infos. La mère de Conzo est en vacances sur l’île. Le père de Colon était porto-­ ricain, et depuis qu’il a quinze ans, Legs s’est investi pour cette île qui a pris une place grandissante dans sa vie. Mais peu savaient – Legs inclus – à quel point cet investissement était profond. Il se souvient à peine être rentré à son hôtel ce jour-là. Avoir pris l’ascenseur pour monter dans sa chambre. Il se souvient par contre avoir téléphoné à Pete Perez et Jancy Gonzaez, des amis à Porto Rico. L’aéroport est fermé. Ils manquent d’eau. Il n’y a plus d’électricité. Les gens sont effrayés. Ça craint. Un max. Mais que peut-il faire ? Comment un type seul, toute star internationale de la danse qu’il est, peut-il venir en aide à une île entière ? Il s’installe devant son ordinateur. « Salut à tous, écrit-il à ses sponsors. J’ai sérieusement besoin d’aide. J’ai désespérément besoin que vous me souteniez pour faire connaître ma volonté d’aider ces gens dans la galère… Mes potes ont disparu, ma maison est peut-être pulvérisée, j’ai besoin de les aider… Tant de gens me contactent, je suis émotionnellement et mentalement épuisé. Je ne peux pas ­exprimer à quel point la pression est lourde. Je ne veux pas exagérer, mais nous sommes dans le désespoir. THE RED BULLETIN

CARLO CRUZ/RED BULL CONTENT POOL (1)

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Ils crient « Legs ! », « Legs, est-ce que je peux avoir un autographe ? », « Legs, est-ce que je peux t’offrir une bière ? », « Crazy Legs, tu es mon héros ! », « Crazy Legs !Crazy Legs ! » Il devait fuir tout ça. S’échapper. Lui qui a dansé pour la Reine d’Angleterre. Lui qui a tapé la discute avec Tina Turner et David Bowie. Gene Kelly, le danseur et acteur du fameux Singing in The Rain, lui a serré la main. Une nuit, alors qu’il était encore un gamin, il a bu du champagne Cristal avec Richard ­Branson, le patron de Virgin, bien avant que « le monde du hip-hop ne sache ce qu’était le Cristal ». Un pionnier de la danse athlétique en solo qui s’est extirpé des quartiers les plus pauvres des plus grandes villes US à la fin des années 70 et au début des années 80, Colon est vu comme l’un des plus grands et certainement le plus endurant des B-Boys. C’est sans conteste celui qui aura connu le plus de succès. Sa forme d’art (« N’appelez pas ça du breakdance. Appelez ça du B-Boying, ou du break, ou du B-Girling. Appelez ça du hip-hop. Mais n’appelez pas ça du breakdance ! ») a changé sa vie. Son fils étudie l’économie à l’université de Cornell (État de New York), et il vit avec sa compagne depuis quatorze


En route pour sa première mission post-Maria à Porto Rico. Crazy Legs s’apprête à devenir un sauveteur.

Le danseur, à droite, et le surfeur pro Dylan Graves, un membre de Waves for Water, découvrent la côte durement touchée d’Aguadilla, le 30 septembre 2017.

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«  M ais qu’est-ce qu’on doit faire, en fait  ?   » Colon et Graves trimballent de l’eau depuis un ruisseau contaminé. Ils s’en serviront pour montrer aux habitants comment utiliser les systèmes de filtration.

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­ incèrement. Crazy Legs. » Il lance aussi S un appel aux dons en ligne pour financer une mission à Porto Rico. Il pense ­atteindre les 10 000 dollars. Il a, depui, récolté près de 140 000 dollars. Et ses sponsors se manifestent. Il téléphone à Perez une fois de plus. « Quand tu verras des avions atterrir à nouveau, je serai dans l’un deux. »

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olon se souvient s’être demandé s’il devait emporter un flingue avec lui. Quatre jours après s’être effondré en Hollande, il est assis dans le cuir d’un jet privé Gulfstream ­Seven, entre Miami et Porto Rico, et se demande ce que tous ces gens, déjà dans le besoin en temps normal, doivent vivre maintenant qu’ils sont désespérés. S’ils vont d ­ érober les 300 filtres à eau qu’il leur apporte. Si une famille qui devait amener une mère mourante se faire soigner irait jusqu’à voler sa bagnole. Est-ce que les gens seraient armés ? Est-ce qu’il aurait dû apporter un flingue ? Et s’il en avait besoin, pourrait-il en trouver un ? Une semaine après la catastrophe ­naturelle la plus dévastatrice à avoir touché Porto Rico, tandis que le plus puissant gouvernement de toute l’histoire de l’humanité dit que ce n’est pas si grave, qu’il ne peut pas faire grand-chose, un danseur hip-hop a décidé d’aider le plus de gens possible à accéder à de l’eau potable. Ils sont 3,5 millions. Mis à part les membres de l’organisation humanitaire Waves for Water et les autres bénévoles internationaux qui se sont déplacés sur l’île, Colon est presque seul. Cette mission de sept jours lui revient par fragments, même maintenant. Il apprendra plus tard que c’est un syndrome de stress post-traumatique. Ce passé qui revient petit à petit, par flashes diffus mais vivaces. En voici quelques-uns : Voler à bord d’un jet G-7, en compagnie de six autres personnes, incluant des membres de l’organisation humanitaire Waves for Water. L’un des membres de la petite équipe de tournage qui l’accompagne se retourne vers lui alors qu’ils survolent l’Atlantique, le questionnant sur les infrastructures, ­l’aéroport, la population locale, comme s’il lui demandait : « Mais, qu’est-ce qu’on doit faire en fait ? » Ces vingt-cinq personnes qui l’assaillent sur la plage de Vera Pescara, lui demandant de l’eau et des systèmes de filtration, beaucoup… et son « instinct du ghetto » qui reprend le dessus, avant qu’il ne réalise qu’il doit « redescendre », avant que tout ne parte en sucette. « Je vais m’occuper de toi

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Le septième jour, il se met à pleurer. Pour ne plus s’arrêter. mon gars, dit-il. Je suis là pour toi, on est tous là pour prendre soin de vous, mais ­putain, s’il te plaît, calme-toi. » Tous ces gosses qui chialent, les bras ­tendus. Les personnes âgées, avachies sous le soleil, le regard suppliant… pour quoi ? De l’eau ? De l’ombre ? De l’air frais ? La saleté, et l’eau saumâtre. La chaleur, la fatigue, la fièvre… les effets du virus Zika qui s’empare de lui, et le choléra et la typhoïde qui menacent également, mais l’épargnent. Le désespoir. L’impuissance. Traîner ces sacs de glace, l’insuline et les systèmes d’éclairage solaires pour que les gens puissent voir, ou juste se sentir en ­sécurité dans la noirceur de la nuit. Le stand familial d’empanadas (spécialité locale) miraculeusement ouvert à côté de sa maison, et miraculeusement disposé à nourrir son équipe. Et comment il donne aux patrons le double de ce qu’il doit payer pour les repas, parce qu’ils manquent ­désespérément d’argent. Surfer ! L’absurdité d’une session de surf en plein chaos, et l’un des membres du crew, ce surfeur, qui lui dit : « Legs, mon pote, quand tu fais ce genre de truc, bosser comme un dingue, c’est hyper important que tu prennes soin de toi, que tu t’autorises un break, pour prendre les vagues. » Les gars de Waves for Water ont appris à Colon comment installer les systèmes de filtration d’eau portable, et il l’a appris aux habitants à son tour, et ces habitants l’ont appris à leurs voisins. Chaque jour, Colon et son équipe traversent des routes délabrées, pendant des heures, pour ­s’enfoncer dans les zones les plus dévastées de l’île. Une source, un réservoir, qu’importe, il fallait trouver un point d’eau, et là, réunir des gens. Parfois, ces gens étaient déjà là, attendant des ­secours. Quand Colon quitte l’île le 4 octobre, elle n’a pas vraiment changé : 90 % du ­territoire est privé d’électricité, et 86 % de moyens de communication. Mais c’est ­différent. De petits effets, dont certains personnels. Il a apporté des piles pour les 56

lampes et les radios des habitants, des barres énergétiques, des fruits. Et distribué des milliers de dollars, de ses propres poches, pour les gens qui lui demandaient de l’argent. Vingt dollars pour lui, cent dollars pour un autre. Et puis il y a eu des effets beaucoup plus importants. Chacun des systèmes de filtration installés peuvent filtrer près de 4 millions de litres d’eau, soit la consommation d’une famille de quatre personnes pendant vingt ans. Des gens qui auraient pu mourir de déshydratation ou de dysenterie. Sur les huit autres missions qu’il ­allait organiser à Porto Rico avant la ­tenue de son festival local Puerto Rico Rock Steady Festival, Colon, grâce à des aides de ses sponsors, partenaires et sa propre association humanitaire, Rock Steady for Life, allait distribuer encore plus de ­systèmes de purification et de ­systèmes d’éclairage solaires, particulièrement pour des zones reculées de l’île. Rock Steady a donné 16 000 dollars à un programme local pour la jeunesse, 16 000 dollars pour des projets agricoles durables, 20 000 dollars pour de la ­lumière, 30 000 autres pour la filtration des eaux. Tandis que le gouvernement américain continuait de dire que les choses n’étaient pas si dramatiques, que tous ces problèmes étaient, en fait, dus à des infrastructures de mauvaise qualité, que les Portoricains demandaient trop, un ­danseur hip-hop se levait chaque jour à l’aube pour distribuer de l’eau, des piles, de l’espoir. Il ne se souvient pas avoir ressenti quoi que ce soit durant son premier voyage. Il y avait trop de boulot à gérer, et pas d’énergie à dédier à quelque sentiment que ce soit. Le septième jour, alors qu’il se préparait à rentrer à New York, Colon s’est mis à pleurer. Et ne s’est plus s’arrêté.

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e la boxe, de la lutte ou du baseball, voilà ce dont il rêvait. Mais son père était un musicien, et il ­buvait, et sa mère n’avait pas d’argent de côté. Alors, que pouvait-il faire ? Une nuit, il a suivi son frère au coin d’une rue. Il y avait un poste à cassettes, et un type qui faisait des trucs bizarres avec son corps, et son frère a lancé un bout de carton sur le sol, puis s’est jeté dessus. ­Colon a pensé : « Mais qu’estce qu’il fout le f­ rangin, il va foutre la honte à la famille à se traîner par terre comme ça ! » Il y avait d’autres kids présents cette nuit-là, tous étaient membres d’une clique nommée la « Zulu Nation ». Colon a suivi son frère au coin des rues, s’est fait des potes, et a lui-même essayé de faire des

mouvements embarrassants avec son corps. Il était plutôt bon. Il avait dix ans. Sa famille a bougé du Bronx à Inwood, au nord de Manhattan, en 1979, et Colon était déjà à fond dans ses mouvements, au coin des rues. Tandis que les autres gosses jouaient à la marelle dans la cour, Colon cherchaient des salles de classes vides où il pourrait breaker. Il était occupé à travailler de nouveaux mouvements, un après-midi, quand la chef des pom-pom girls du bahut passa par là avec un tas d’autres filles. Elle l’a observé quelques minutes. « Ooooooh, ses jambes sont folles ! » Cette année-là, il devenait le Johnny Casino dans l’adaptation scénique de Grease de son école. Au moment où la clique de Johnny devait chanter Born to Hand Jive, Colon envoya des mouvements encore inédits dans le cadre d’un spectacle scolaire. Le public était en folie. « C’est alors que Richie est devenu Crazy Legs. » Sa famille retourna dans le Bronx en 1982. Et bientôt, il allait se produire pour de l’argent. Il a tout d’abord pris cinquante dollars pour danser dans un club nommé Negril. Le lendemain, il se pointait dans le resto grec à côté de la JFK High School où il était scolarisé pour commander un « bon gros steak avec des frites ». C’était la première fois qu’il se payait un repas lui-même, au resto. Il avait alors quinze ans, et officiait en tant que président du Rock Steady Crew, une clique de cinq cents danseurs, dont le plus âgé avait 21 ans. « Cette danse en solo accompagne le rap – des paroles scandées sur des percussions », pouvait-on lire dans le New York Times en 1981. Le Rock Steady Crew allait signer un contrat d’un million de dollars avec la maison de disques Virgin (d’où l’apéro avec Richard Branson). Colon a voyagé à Paris. Il a été la d ­ oublure de ­Jennifer Beals dans le film Flashdance. Il a joué son propre rôle dans le film Beat Street. Il a dansé au L ­ incoln Center, une institution culturelle à New York. Un jour de 1983, il se trouve à Hawaii. « Un mec blanc en pantalon à toile est venu vers moi et m’a dit : “Ce n’est pas vous que j’ai vu dans l’émission de David Letterman ?” C’est alors que je me suis dit : “C’est donc vrai, cette célébrité hors du ghetto, elle existe.” » Mais son père buvait toujours, et sa mère était toujours pauvre. Et quand bien même il était célèbre, et qu’on le payait pour danser, il buvait lui aussi. Et tapait de la coke. Voire pire. Faire du break ne nécessite pas beaucoup d’oseille, mais des bases. Il faut aussi THE RED BULLETIN


Porto Rico dans les tripes : la star du break et son pote local Peter Perez, chez lui à Isabela, le 29 septembre 2017.

faire ses preuves. Un prétendant au Rock Steady Crew des origines devait dépouiller quelqu’un dans la rue. « C’était devenu l’une des initiations du Crew. Tu devais dépouiller quelqu’un de son oseille et de ses baskets. Vite fait bien fait. » Même pour le plus doué des danseurs, cette « ghetto reality » viendrait rapidement percuter les limites du potentiel ­artistique. Et la désillusion s’installerait. « La danse était un point de départ, dit Colon, mais à un moment, la réalité te ­revenait à la gueule : “Qu’est-ce que je vais bien pouvoir raconter quand je vais postuler pour un job ?” Je vais écrire que je sais tourner sur la tête ? » Colon prend un job dans un centre de fitness, où il vend des abonnements. Et continue à picoler et planer. Lors d’une embrouille à propos d’un deal de came, un mec lui saute dessus et lui pète la ­mâchoire. Il veut se venger du type. Armé d’un flingue. Le jour où il se fait serrer par les flics, il sait qu’il est temps de changer de vie. Il se rend dans un centre d’aide social du Bronx, The Point, pour proposer ses ­services. Là, il enseigne le break aux gosses. Il parle à leurs parents de l’importance de l’école. Il emmène les gamins au THE RED BULLETIN

Colon explique aux résidents d’Isabela comment se servir des filtres à eau fournis par l’ONG Waves for Water.

La mort et la vie : le danseur montre aux habitants que les systèmes de purification peuvent transformer une eau toxique en eau potable.

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Avec une représentante de l’ONG Off The Grid Missions (à gauche), Colon est venu offrir de la lumière à une habitante.

Colon et son équipe ont vadrouillé à travers l’île pour procurer des systèmes de purification d’eau, de la nourriture, des piles et autres symboles d’espoir.

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cirque, ou voir des matches de basket des Knicks. Colon organise une compétition de break à Wetlands, une salle légendaire de New York, et confie l’organisation aux gamins : animation, vente de tickets, ­lumières, ventes de T-shirts. Il veut leur apprendre que le break, c’est beaucoup de choses différentes. Il n’y a pas que la danse pour être satisfait de soi, pour se trouver. Et il y a une règle : tu ne peux pas participer si tu n’assures pas à l’école. « Quand j’ai rejoint les Rock Steady, se ­remémore-t-il, la première chose que tu devais faire, c’était dépouiller quelqu’un. Avec mon programme, tu devais décrocher des bonnes notes. » Trois années durant, de 1993 à 1996, il est volontaire au Point. Laissant d ­ errière lui le reste de sa vie. Ce qui n’est pas simple, mais pas impossible. « Beaucoup de gens ont des difficultés pour réaliser que tu peux décider d’abandonner quelque chose, le faire vraiment, et te dédier à autre chose. » Depuis, Crazy Legs a enchaîné les ­récompenses dans le milieu associatif, et fut nominé aux MTV Awards pour sa ­collaboration chorégraphique avec le rappeur Wyclef Jean. Il est devenu une icône ­internationale du break, parmi les THE RED BULLETIN


plus respectées au monde, et l’un des ­ambassadeurs du break de Red Bull, ce qui le mène à travers la planète pour juger des compétitions ou participer à des ­spectacles et des workshops. Transmettre son amour de la danse et son sens du dépassement et de la volonté. La vie de Crazy Legs était plutôt cool. Jusqu’à cet ouragan.

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a mère a fait du mieux qu’elle a pu. Colon le sait, maintenant. Elle était jeune et pauvre, avec deux gosses. Que devait-elle faire ? Et son père. Ce n’est pas comme s’il était tout le temps occupé à faire du mal aux gens. Il était frustré, en colère, en recherche. « Ma génération, dit Legs, a été élevée par des gens qui étaient venus ici pour des opportunités qui n’existaient pas. » Il est en train de déjeuner dans le New Jersey, cogitant sur la vie dans le Bronx, discutant de ses liens avec Porto Rico. Quand il avait quinze ans, se souvient-il, il a dit à l’un de ses potes qu’il était fier d’être portoricain. « Et il m’a demandé tout de go : “Mais de quoi es-tu fier en fait ? Bouffe et ­musique mis à part, de quoi es-tu si fier, au fond ?” » Colon s’est alors mis à lire et se documenter sur sa culture. À poser des questions à ses parents. Penser de plus en plus à qui il était, et qui il voulait devenir. Il a réalisé qu’une identité ne se ­résume pas à lire, ou apprendre. Que pour certaines personnes, même si tes deux ­parents étaient portoricains (sa mère a grandi dans le Spanish Harlem), ce n’était pas quelque chose d’acquis. « Il y avait cette distinction entre ceux nés sur l’île et ceux nés hors de l’île. » Ce genre de distinctions le dérangeait par le passé, mais ne l’atteint plus désormais. Les gens grandissent, pensent d’une certaine manière, puis ils changent de point de vue, ou pas. On choisit de devenir c­ olérique, ou de comprendre.

«  C es gens ­v oulaient juste que l’on prenne soin d’eux.  » THE RED BULLETIN

Un B-Boy iconique aux genoux meurtris. Crazy Legs danse moins, mais reste un fervent ambassadeur de l’art du break.

Lui-même essaie de ne pas juger, mais de comprendre. Même quand on le pressait de donner de l’eau et des systèmes pour filtrer l’eau sur la plage de Vera ­Pescara. « Ils flippaient, c’est tout, dit-il. Ils voulaient juste s’assurer qu’on prendrait soin d’eux. » À présent, quand il se rend sur l’île, il se pointe, fait de son mieux, et repart ­aussitôt. « Fais ton job, et barre-toi ! Ou tu ­deviendras une charge… une autre bouche à nourrir, un autre corps qui aura besoin d’eau, ou d’un endroit pour ­dormir. » (Et à propos du type qui tenait à surfer, il est indulgent. « Ces types, ces surfeurs, ce sont des B-Boys de l’océan. ») Neuf mois après qu’il ait posé le pied sur une île tout juste dévastée, Colon ­organisait son sixième festival culturel Puerto Rico Rock Steady. Mais cette ­année, la plus grande difficulté pour ­organiser cet événement fut de trouver un endroit pour l’accueillir. Celui utilisé habituellement ayant été entièrement dévasté. Cette année, c’est donc au très chic Royal Isabela Resort que le festival se tient. Il y a des projections de films, des DJ’s, des fêtes autour de la piscine, des contests pour les B-Boys et B-Girls,

un concert, des ateliers, des battles. Et pour la première fois, un marché local, où les festivaliers ont pu acheter des produits d’artisans, et en apprendre un peu plus sur l’aide nécessaire à apporter à l’île. Le stress post-traumatique de Crazy Legs n’est plus si présent, il peut faire avec. Il peut faire avec pas mal de choses. Il a 52 ans, et mis à part une exhibition contre l’Allemand B-Boy Niels « Storm » Robitzky en Russie, il n’a pas spécialement prévu de continuer à danser. Ses ­genoux grincent, et il a subi trois interventions chirurgicales de la moelle ­épinière. Il a un fils à l’université, et une ­chérie depuis longtemps. Des fans partout dans le monde. Colon sait qui il vaut, et ce dont il est encore capable. Il sait ce que chacun d’entre nous peut faire. Colon se souvient du dernier jour de sa ­première mission à Porto Rico. Il ne pleure plus. Tous sont exténués. Quelqu’un a réussi à trouver des bières, ils boivent, tranquillement. Et c’est là qu’il réalise : « On a fait une pure action ! »

wavesforwater.org   59


Le grand maître des big walls, Tommy ­Caldwell, en route pour la première a­ scension libre du Dawn Wall d’El Capitan.

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ASCENSION IMPOSSIBLE L’ascension historique du Dawn Wall d’El ­Capitan, « de la difficulté la plus constante qui soit », réalisée par TOMMY CALDWELL et ­KEVIN JORGESON fait aujourd’hui l’objet d’un film documentaire qui raconte une histoire encore plus époustouflante que celle qui a fait la une des médias du monde entier. Texte DAVID HOWARD  Photos COREY RICH


« C’est une ascension de la difficulté la plus constante qui soit. Il n’existe rien qui s’en approche. » John Long, ancien grimpeur

Si

vous avez déjà mis les pieds au parc ­national Yosemite (USA) et que vous avez quelques rudiments d’escalade, la splendeur des images de The Dawn Wall ne vous surprendra pas. Ce documentaire ­raconte l’ascension d’El Capitan, l’un des big walls les plus spectaculaires au monde, en 19 jours par une voie que l’on pensait infranchissable. Le résultat est magnifique. « El Cap » se dresse, grandiose, dans la lueur du matin. Tommy Caldwell et Kevin ­Jorgeson s’agrippent à de minuscules prises qui semblent jaillir de la paroi de granit à la seule force de leur volonté. Les caméras survolent des profondeurs vertigineuses. Et pourtant, la scène la plus mémorable du film, véritable tour de force des réalisateurs, se déroule dans un décor tout sauf sensationnel : abri exigu, de la vapeur s’échappant d’un réchaud, le visage d’un grimpeur fatigué en arrière-plan. Flashback. Le film retrace six ans de quête d’un grimpeur déterminé à conquérir le Dawn Wall, la face la plus lisse et donc la plus imprenable d’El C ­ apitan. Les spécialistes du monde de l’escalade situent l’entreprise quelque part entre un projet effarant et du délire total. Pour l’ex-grimpeur John Long, c’est « une ascension de la difficulté la plus constante qui soit : il n’existe rien qui s’en approche ». Le film ­revient sur l’histoire de son héros : légende des big walls, Caldwell fait une fixation sur le Dawn Wall. Il unit ses forces avec J­ orgeson, un spécialiste du bloc, et ensemble, passent plusieurs années à ­planifier une voie de 32 longueurs et de 900 mètres. Ils se lancent enfin dans 62

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Au-dessus de la vallée de Yosemite, Jorgeson est au cœur d’une aventure de 19 jours : la première ascension libre du Dawn Wall d’El Capitan.

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Au début de leur ­expédition de 19 jours, Jorgeson équipe une longueur, tandis que Caldwell l’observe d’en bas.


l’aventure juste après Noël 2014, sous l’œil des réalisateurs Josh Lowell et Peter ­Mortimer. Les téléspectateurs auront tôt fait de découvrir que le point d’orgue de cette ­ascension est la 15e longueur, une longue traversée sur une bande rocheuse aussi lisse qu’un col fraîchement repassé et amidonné. Au cours des diverses missions de reconnaissance, aucun grimpeur n’aura réussi à enchaîner la série de mouvements impitoyablement précis nécessaire pour la franchir. Après plusieurs échecs, ­Caldwell a recours à une mystérieuse combinaison d’habileté et de détermination qui lui permet de passer. Jorgeson, lui, multiplie les échecs plusieurs jours durant ; sa frustration grandit d’autant. Puis Caldwell se résout à avancer – après tout, c’était son rêve – et vient à bout de plusieurs autres longueurs difficiles. Jusqu’à cette prise de conscience : il y parviendra. Mais seul.

R

etour au bivouac suspendu, le portaledge, et à son nuage de ­vapeur. Dans une transmission saccadée à demi-marmonnée, Caldwell déclare qu’il ne compte pas finir l’ascension sans son pote, peu importe son degré d’investissement dans ce projet ces six dernières années. ­Jorgeson hoche la tête. C’est très rapide, sans cérémonie, le moment est extrêmement fort et intime. C’est aussi ça qui donne toute son intensité et toute son ­humanité à ce film. En suivant ces ­grimpeurs immensément talentueux, on apprend à les connaître. Même les réalisateurs, qui supputaient une confrontation entre les deux hommes, sont abasourdis par cet échange. « On se disait que c’était de la folie que Tommy attende ­Kevin, se rappelle Mortimer. De toute sa vie, Kevin n’avait jamais grimpé à un tel niveau de difficulté, sur aucune autre voie en ­dehors du Dawn Wall. C’était une toute nouvelle limite à atteindre, et le ­voilà, au bout de deux semaines, le corps ravagé, les doigts en lambeaux, le monde entier pendu à ses moindres mouvements. » Si la suite avait été écrite, même Hollywood aurait trouvé ça too much. Ce n’est pas un hasard si Lowell et ­Mortimer (ainsi que le photographe d’aventure Corey Rich) sont ceux qui ont immortalisé ce passage délicat au niveau de la 15e longueur, et toute la splendeur vertigineuse de The Dawn Wall. Réalisateurs chevronnés, ils ont toute une série de films d’escalade primés à leur actif. Lowell rencontre le père de Caldwell il y a 30 ans, THE RED BULLETIN

quand Tommy en a 9. Il filme la fulgurante ascension de C ­ aldwell dans le monde de la grimpe. Jorgeson, 33 ans désormais, a aussi été filmé par Lowell en action à de nombreuses reprises. « C’est un ami, explique Caldwell. On a tous les deux eu beaucoup de chance de travailler avec lui. » Ces liens étroits ont aidé grimpeurs et réalisateurs à venir à bout d’obstacles de taille sur le plan logistique, à commencer par la difficile tâche des cameramen qui devaient rester suspendus des heures entières à des centaines de mètres dans les airs. Rich, photographe d’escalade de longue date, et Brett, frère de Lowell et accessoirement directeur de la photographie, ne se sont pas défilés. « Brett a des bras comme des troncs d’arbres, déclare Lowell. C’est le seul qui soit assez fort pour tenir la caméra immobile pendant

« Sur la paroi, grimpeurs et vidéastes forment une seule et même équipe. » Tommy Caldwell

TOMMY CALDWELL et KEVIN JORGESON

Ces deux athlètes d’exception ont bravé le Dawn Wall avec un objectif commun et des palmarès très différents. Caldwell (en haut) est spécialiste des big walls, tandis que Jorgeson est plus connu pour son expertise en bloc.

trois minutes de prise penché en arrière, dans son harnais, chaque muscle du corps tendu à l’extrême. » Car les réalisateurs voulaient varier les plans : depuis un avion, depuis le haut de la paroi rocheuse, et aux plus près des grimpeurs, sachant que les hélicoptères et les drones ne sont pas autorisés dans les parcs nationaux. Pour obtenir des images plus spectaculaires, Lowell et Mortimer improvisent alors une installation avec une corde descendant sur des centaines de mètres, qu’ils fixent à des rochers en bas de la paroi. Ils y nouent ensuite toute une série de cordes horizontales à différentes hauteurs, créant un cordage en toile d’araignée qui permettra aux cameramen de se tenir à 15 mètres de la paroi et à 600 mètres du sol. Pendant l’expédition, les deux opérations – grimper et filmer – fusionnent pour n’en former qu’une seule. « Quand on vit ensemble sur la paroi, il n’y a pas les c­ améramen d’un côté et les grimpeurs de l’autre, explique Caldwell. On est une seule et même équipe. Pour la dernière longueur, Brett et moi étions dans un ­portaledge et Kevin et Corey, dans l’autre. On travaille tous ensemble. Sur le plan ­logistique, ils faisaient tout autant partie de l’équipe de grimpeurs que nous de l’équipe de tournage. » Ce lien profond qui les unit est bénéfique. Caldwell a ­assez confiance en Mortimer et Lowell pour les laisser déballer les détails difficiles de son histoire. Entre deux sessions d’escalade sur El Capitan, les réalisateurs déterrent un ­événement douloureux qui a lieu en 2000 pendant une expédition au Kirghizistan, lorsque Caldwell est pris en otage par des militants avec sa petite amie de l’époque, Beth Rodden, et deux amis grimpeurs. Pour se sauver lui et ses compagnons, Caldwell précipitera l’un des ravisseurs dans le vide. Le mariage de Caldwell et Rodden est également évoqué, ainsi que le pénible divorce qui s’ensuivra. Plus tard, on a ­ pprend pourquoi ­Caldwell réalise ses mouvements surhumains avec la moitié de l’index gauche en moins (il est plus doué pour l’escalade que pour couper du bois.) Les réalisateurs ont réussi à passer presque inaperçus tout au long du film. On en voit juste assez pour se souvenir qu’il leur aura fallu grimper bien plus que pour l’ascension proprement dite. La capacité de l’équipe à se fondre dans le décor est salutaire, notamment quand Jorgeson bute à plusieurs reprises sur la 15e longueur. Rien ne nous est épargné,   65


La nuit tombe, mais Caldwell ne lâche rien, bien déterminé à arriver au bout de cette voie qui l’obsède depuis si longtemps.

ni les hurlements d’exaspération ni les ­jurons. « C’était l’un des moments les plus intenses et les plus exigeants que j’aie jamais connus en escalade, donc la dernière chose à laquelle je pensais, c’était Brett ou Corey en train de filmer, déclare Jorgeson. On était à fond sur ce projet depuis tellement longtemps qu’à ce moment-là, tout ce qui comptait, c’était avancer. » Lowell et ­Mortimer prennent part à l’action d’une autre manière, plus inattendue, celle-là : en protégeant les grimpeurs du monde ­extérieur. Les réalisateurs savent que cette 66

ascension est un événement de taille dans le monde de l’escalade et que c’est une aventure ­extraordinaire. Mais à ce momentlà, ils n’imaginent pas l’ampleur que prendra cette histoire, qu’elle fascinera le monde entier. C’est quand Lowell organise une interview des grimpeurs à mi-expédition avec John Branch du New York Times que les choses commencent à se gâter. Avec ­l’article de Branch en une, l’ascension ­déchaîne les passions. « Le matin suivant, se rappelle Lowell, ils recevaient des

­ ppels, des e-mails et des messages des a quatre coins de la planète. Ils n’étaient absolument pas préparés à cela, et je crois que Tommy, ça l’a vite refroidi, genre : “Oh, ça ne va pas le faire. On est en train de tenter l’expérience la plus difficile de notre vie et on s’est mis au centre des attentions.” » Ils accordent une autre interview à All Things Considered sur NPR. Et ils refusent tout le reste, même quand les journaux des télévisions nationales et autres émissions viennent rôder. THE RED BULLETIN


Le directeur de la photographie, Brett Lowell, s’est donné sans compter pendant le tournage.

« On était à fond sur ce projet depuis tellement longtemps qu’à ce moment-là, tout ce qui comptait, c’était d’avancer. » Kevin Jorgeson THE RED BULLETIN

C

aldwell fait tomber son téléphone pendant une longueur. Ce sera l’objet d’une plaisanterie au long cours entre les réalisateurs, curieux de savoir s’il ne l’aurait pas fait exprès. L’histoire fait la une des médias, Lowell et Mortimer s’en accommodent, tout en protégeant les grimpeurs du feu des projecteurs. « J’ai commencé à jongler avec les demandes, raconte Lowell. J’essayais de les protéger un peu pour qu’ils puissent rester dans leur bulle et se concentrer sur ce qu’ils avaient à

faire pour terminer l’ascension, parce que dans le pire des cas, ça aurait pu tout faire foirer. » Et le dénouement après cette ­discussion dans le portaledge, alors même que les deux grimpeurs avaient du mal à rester unis ? Personne n’aurait pu ­l’envisager s­ érieusement. Comme le dit ­Mortimer : « Trop Disney comme scénario… Faut pas abuser. » Après 19 jours totalement épuisants sur El Capitan, les réalisateurs s’attellent à une tâche encore plus colossale : monter un film retraçant les trois décennies d’aventures de Caldwell, sans compter des milliers d’heures d’enregistrement de la façade du Dawn Wall. Entre le montage et la production, les deux années suivantes auront été une suite de casse-têtes et de décisions difficiles, mais le projet n’a jamais faibli. « Pour nous, réalisateurs, raconter une histoire aussi incroyable et aussi personnelle avec des images aussi exceptionnelles, c’était l’opportunité d’une vie, ­explique Mortimer. On en a bavé, mais on est contents d’avoir fait partie de l’aventure. » RED BULL MEDIA HOUSE presents

TOMMY

CALDWELL

KEVIN

JORGESON

A RED BULL MEDIA HOUSE PRODUCTION IN ASSOCIATION WITH SENDER FILMS STARRING TOMMY CALDWELL KEVIN JORGESON EDITED BY JOSH LOWELL DIRECTOR OF PHOTOGRAPHY BRETT LOWELL CINEMATOGRAPHY COREY RICH CO-PRODUCED BY NICK ROSEN ZACHARY BARR PRODUCED BY JOSH LOWELL PHILIPP MANDERLA PETER MORTIMER DIRECTED BY JOSH LOWELL PETER MORTIMER WWW.DAWNWALL-FILM.COM

The Dawn Wall sur les écrans en septembre. dawnwall-film.com   67


TA K E F I VE

MATTHIEU NASSIF vous dit pourquoi il a inventé...

LE SAUT À CHEVAL SANS CHEVAL Lui-même acteur des concours hippiques en tant que cavalier, le Français a décidé il y a une quinzaine d’années d’y augmenter l’ambiance. Il inaugura alors le saut d’obstacles à cheval… sans cheval.

1 Croyez-y encore plus fort

Enfant, j’allais au club de poney et à la maison, comme tout gamin passionné par les chevaux, je m’amusais à faire des sauts : un balai posé sur deux poubelles, le tour était joué. Plus tard, alors que je faisais des concours hippiques, en cavalier de niveau national, j’ai décidé d’en faire un véritable show au cœur de ces mêmes concours : sauter des obstacles, mais sans cheval. Pourquoi pas ?! D’enfant sportif, hyper actif, je suis devenu le Horseman, l’homme-cheval !Pas pour la performance, mais pour prendre les meilleures courbes, faire les plus belles figures, des bruitages… avec, dans la tête, l’idée que j’étais accompagné d’un véritable cheval !

2 Améliorez votre idée folle

J’ai été booké sur des concours et j’ai décidé d’embarquer mes deux frères avec moi, ils étaient lycéens à l’époque, moi étudiant. J’ai convaincu mes parents et leurs professeurs pour qu’ils puissent m’accompagner, notamment à l’étranger. Nous sommes même partis à New York pour un show au Madison Square Garden, le temps d’un week-end. C’était surréaliste ! Notre public devenant fidèle, nous avons amélioré notre show, en discutant avec un chorégraphe, un costumier, un compositeur, afin de proposer un show complet, qui passerait du tragique au ­comique, bien rythmé. Avec la loi Evin, les sponsors alcool et tabac s’étant retirés des concours hippiques, les budgets se sont ­réduits et ils ne pouvaient plus booker des stars des spectacles hippiques comme ­Mario Luraschi. Nous étions accessibles.

3 Passion = crédibilité

C’est ma passion du cheval, mon profond respect pour les cavaliers et les concours hippiques, qui m’ont motivé à lancer Horseman, et c’est pour cela que les organisateurs de concours ont cru en nous. Quand la grippe équine a frappé l’Australie en 2007, les chevaux de spectacle n’ont pas pu y voyager pendant deux 68

ans. Les Horsemen, eux, le pouvaient. Nous y sommes allés cinq fois en un an. Nous étions les parfaits intervenants pour mettre les spectateurs dans le bon état d’esprit pour apprécier le concours. Après des passages télé, notre notoriété a explosé, nous devenions de plus en plus crédibles. Lors des Jeux équestres mondiaux à Caen en 2014, nous nous sommes produits devant 28 000 personnes !

4 Vous deviendrez essentiel

Tous les week-ends, il y a une dizaine de concours hippiques d’envergure à travers le monde et notre discipline y est devenue incontournable. Les cavaliers, ces stars de l’équitation, sont devenus des potes, et ils viennent nous consulter : comment est le sol ? Les éclairages ne sont pas trop violents ? Le résonnement des applaudissements n’est pas trop fort ? D’une idée décalée, l’homme-cheval est devenu une spécialité respectée, essentielle pour certains, de l’équitation.

5 Transmettre pour perdurer

À 20 ans, je pouvais enchaîner des prestations Horseman chaque week-end : représentation, apéro sur l’événement, club, semaine à la fac, et on remettait ça sans problème. Mais avec le temps, j’ai dû l’accepter : mes capacités de récupération n’étaient plus les mêmes. J’ai alors eu l’idée d’une Horseman School, pour former une Horseman Team. J’ai fait signe à des jeunes qui m’avaient envoyé des messages d’encouragement, afin de les initier. Avec mes frères, nous n’étions plus un phénomène isolé, je laissais mon ego de côté pour transmettre ma passion, faire perdurer ma discipline. Il y a aujourd’hui une dizaine de Horsemen internationaux, bon esprit et toujours d’attaque.

Je suis devenu le Horseman, avec dans la tête, l’idée que j’étais accompagné d’un vrai cheval ! » MATTHIEU NASSIF

Championnat du monde d’homme-cheval : le 29 septembre aux Herbiers (Vendée). Entretien PH CAMY Photo RIDEHESTEN.COM THE RED BULLETIN


Matthieu, 38 ans, tient Le Loubnane, resto ­libanais à Paris. Le ­record de hauteur de sa team ? 1,83 m.

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Il propose des shows exclusifs sur Internet, vous invite (sans engagement) à participer à un « chapeau numérique », ou se pointe chez ses fans pour un BBQ-spectacle VIP : si HAROUN rafraîchit cet art installé qu’est le stand-up, c’est avant tout pour ­satisfaire son appétit de création. Grâce à vous. Texte PH CAMY

BENJOY PHOTOGRAPHY

« En vrai, on s’en fout, c’est de l’humour »


Haroun (pas si) seul : son spectacle Internet etc., diffusé uniquement sur son site, cumule 1,7 million de visionnages.

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Ce sympathique artiste qui tente de se planquer grâce à un papier peint, est capable d’imiter poulpes et dinosaures à la perfection.

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Autant de coups de frais sur l’humour, à potentiel viral, et bien dans l’époque, qui amèneront idéalement de nouveaux spectateurs à ses spectacles chaque soir. Et autant de followers inconnus deviendront de probables Nathanaël. On pensait percevoir là une stratégie digitale hyper bien orchestrée, Haroun y voit une façon de rassasier son instinct de création. De créer pour créer, avant même la notion de succès.

BEN DAUCHEZ

athanaël est venu seul. En costume. Ce soir, il est l’un des rares types en costard (et le seul Nathanaël) parmi les 450 spectateurs réunis au théâtre Le République à Paris pour le spectacle ­d’Haroun. Nathanaël n’est plus seulement un spectateur, il ­devient un rouage comique que l’humoriste de 32 ans va intégrer à son spectacle, le rendant acteur d’une performance toute en maîtrise, très acide, et surtout très drôle. Car ce soir, comme ­Haroun se plaît à le dire quand il lance une vanne qui laisse son auditoire, disons, partagé... : « On rigole bien… » Contrairement à nombre d’humoristes de sa génération, ­Haroun ne débarque pas sur scène sur une musique de mauvaise boîte de nuit. Introduit par la voix de Google Home, il monte sur scène en marchant, hausse rarement le ton, pèse très bien ses mots, tranche dans le vif de l’actualité (toutes rubriques confondues), et nous pousse dans nos réserves pour éveiller intérêt et curiosité. Accompagné d’un tabouret, d’un verre et d’une ­touillette (important), sur une scène de quelques mètres carrés seulement, voici le Haroun dans sa version stand-up, celui qui se ­produit chaque soir au République. Pour beaucoup des spectateurs présents, Haroun est d’abord un humoriste rencontré sur Internet, celui qui a écrit un spectacle exclusivement diffusé en ligne à l’occasion des dernières élections présidentielles, celui de l’opération « Barbecue » où il se rendait chez des fans pour partager quelques grillades avec eux et leur offrir un court spectacle exclusif. Celui, aussi, qui élabore un spectacle, Internet etc., qu’il ne diffuse que sur un site dédié et y associe un « chapeau numérique », chacun étant libre de soutenir cette création avec une participation ­financière. Ou pas.

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« Tu crées pour créer, pas pour faire le buzz. »

the red bulletin : Haroun, nous avons assisté à votre spectacle la semaine dernière, et en fin de représentation, vous avez testé de nouvelles vannes. L’exercice semblait très délicat, on vous a senti en difficulté… haroun : Le soir où vous êtes venu, c’était lequel ? Il y avait un type tout seul, en costard, nommé Nathanaël, sur lequel vous avez passé quelques minutes… Oui, je me souviens. Ce soir-là, j’ai testé des trucs sur la Coupe du monde, les fans de foot, et sur les deuxièmes et les premiers dans les compétitions sportives… En fait, si tu ne prends pas ce risque-là, tu ne progresses pas… Quand tu testes des trucs sur scène, tu te découvres de nouvelles ressources que tu ne pourrais pas trouver seul chez toi à l’écriture. Certaines choses vont rester dans le spectacle, d’autres non. D’autres vont nourrir un spectacle unique, comme Internet etc., qui est visible sur un site que j’ai spécialement dédié à cette création, onrigolebien.com. Votre présence dans le monde digital, très habile, est-ce quelque chose de stratégique ou un truc générationnel : « Je dois être présent online, ça va de soi » ? Si tu veux que les gens viennent te voir, il faut leur donner quelque chose. Comme un rapport producteur-consommateur. Tu vas acheter des fruits et légumes un peu plus cher chez un mec parce que tu crois en son projet, parce que tu as envie de l’encourager, parce que c’est bon. Idéalement, je veux que les gens qui viennent dans la salle soient là parce que je leur ai déjà donné quelque chose sur Internet. On est dans l’échange. Comme pour le « chapeau numérique », le public doit être acteur, il ne doit pas attendre que ça vienne tout seul à la télé ou sur YouTube, c’est lui qui doit encourager. Combien de spectateurs ont vu votre spectacle en ligne, Internet etc. ? 1,7 million. Sachant que dans la salle du République, j’ai 450 spectateurs par ­représentation, ça fait beaucoup de représentations pour arriver à 1,7 million…   73


Du breakdance qu’il a pratiqué plus jeune avec son metteur en scène, Haroun a gardé un sens de la précision qui lui sert désormais sur scène.

Pensiez-vous atteindre de tels niveaux de vues de ce spectacle sur le site ? À la base, tu crées pour créer, pas pour te dire : « On va faire plein de tunes, ça va buzzer ! » Tu crées pour créer, après tu vois ce que ça donne. Aujourd’hui, il est possible de mettre en place une diffusion hyper-personnalisée de sa création, il y a encore plein de choses à inventer, dans le contact avec le public aussi. Au point que dans le monde réel cette fois, vous avez lancé une opération BBQ… Se pointer chez son public, ce n’est pas décevant, p ­ arfois ? Les gens étaient-ils cool à chaque fois ? C’est intéressant, hyper bien. Tout d’abord tu vas au-delà de tes a priori, 74

parce que tu te rends compte que dans le fin fond du Beaujolais ou de la Bretagne, il y a des gens qui te suivent, vraiment. Aussi, tout le monde aime le barbecue : le jardin, les bières, c’est forcément bonne ambiance. La troisième chose, c’est la ­possibilité de renouer avec le contact direct, en jouant devant six personnes dans un appart un spectacle adapté à leur ­région. L’idée, c’est de retrouver ce truc : « En vrai, on s’en fout, c’est de l­ ’humour. » Ce ne sont pas des enjeux de dingue, c’est de l’humour, tu fais des blagues pour faire des blagues, pas pour quelque chose en particulier. C’est vraiment votre moteur, créer pour créer, la blague pour la blague ?

Dans les trucs que vous faites chez Red Bull, en BMX ou en breakdance, il n’y a aucune utilité pour le monde. Le mec a juste envie de le faire. Tu fais kiffer les gens, donc tu t’entraînes pour les faire kiffer encore plus. À part la sensation ­vécue par le type et le spectateur, l’utilité est nulle. C’est juste une bulle d’émotion cool pour nous protéger de tout ce qui nous embête dans le monde. Êtes-vous proche de ces bulles ? Je viens du breakdance, comme mon ­metteur en scène Thierno Thioune, qui lui a persévéré, je fais aussi de l’apnée et de l’escalade de bloc depuis un an environ. Je suis le compte Instagram de Danny ­MacAskill (virtuose du VTT dont les vidéos THE RED BULLETIN


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« Quand tu officialises ton erreur, ton échec, ça devient spectaculaire. »

sont vues par des centaines de millions de personnes, ndlr) et je me dis : « Il a travaillé pour ça, il poste ça gratos pour moi », et ça me met dans un état sympa. Mais si, ­demain, il arrête, ça n’aura pas vraiment d’impact sur ma vie. De mon côté, c’est ­pareil, je ne veux pas trop me prendre au sérieux, ça reste des blagues, on n’est pas une ONG. Même si je parle de sujets qui me tiennent à cœur, je ne suis pas forcément là pour m’engager, ou donner mon avis. L’humour, sur une scène, pendant plus d'une heure, c’est éprouvant ? Plus tu le joues, moins c’est dur. Tu as quand même un coup de barre après. Mon spectacle régulier, au République, THE RED BULLETIN

je peux le faire deux, trois fois de suite. Un spectacle comme Internet etc., que j’ai joué trois fois sur scène pour les captations vidéo, les premières fois sont hyper physiques. Tu es tout le temps en train d’analyser ce que tu fais. Ça te prend ­vachement d’attention. À quel sport comparer le stand-up ? À du VTT de descente, par exemple. En descente, autant le mec ne pédale pas beaucoup tout le temps, mais il doit tout capter, tout le temps… Là il y a un arbre, là ça glisse, là il faut que je passe sur ce côté-là… Ce qui le fatigue, au-delà de ­l’effort à vélo, c’est sûrement cette concentration ultime. Comme un descendeur, vous reconnaissez votre parcours à l’entraînement, mais de nouvelles embûches sont toujours possibles en course ? Exactement, ça peut être un public qui ­rigole moins dans une zone de la salle que dans une autre. Il faut balayer toute l’assistance. Quelle est la zone à risque dans le ­public ? Un type qui sort des vannes ­essaie-t-il de prendre le dessus sur ­l’humoriste  ? Oui, ça peut arriver, et il faut le gérer sans créer une mauvaise ambiance, sans perdre ton rythme. Tu es gentil au début, puis tu deviens « méchant »… Les premières fois, tu peux créer une gêne dans le public, en prenant conscience que l’autre est lourd. Avec l’expérience, tu peux mieux appréhender le truc : « C’est gênant ce que tu es en train de faire. » Tu dois remporter cette joute : le type lourd te teste. Il veut savoir si tu es bon, si tu es capable de le calmer. Parfois, ça implique de lui donner la parole : « Vas-y, qu’estce que tu veux dire ? Messieurs Dames, désolé, nous a ­ llons passer un peu de temps avec ce monsieur. » Vous êtes vraiment arrivé à de telles ­extrémités lors d’un spectacle ? Bien sûr. Au Jamel Comedy Club, tu peux avoir ça. Tu as aussi des artistes qui ont un public qui filme beaucoup durant les spectacles. Ça ne m’est jamais arrivé de

manière assez insistante pour que je puisse réagir… peut-être que le mec est en train de gérer un truc avec sa baby-­ sitter sur son téléphone, ou son pote qui devait le rejoindre est coincé dehors. Parlez-nous de l’importance de la ­touillette dans votre spectacle… C’est un artifice, comme un décor. Lors d’une scène ouverte, on m’avait appelé pour monter sur scène et j’avais oublié que c’était mon tour, alors je suis monté avec mon verre, et comme certaines ­blagues ne marchaient pas très bien, j’ai dit : « Voilà, là ça ne marche pas bien, alors je touille… » Ça a commencé à rigoler, et j’ai gardé ce truc dans mon spectacle. Quand tu officialises ton erreur, ton échec, ça d ­ evient… spectaculaire ! On devrait assumer ses échecs au point de « s’en vanter », de les exposer ? Pour moi, la culture de l’échec, c’est dire aux autres : « Je viens de me planter, ne faites pas la même erreur que moi. » Ainsi, tu aides les autres, tu deviens une sorte de mentor, ou de « héros », tu leur fais un rapport de pourquoi tu t’es planté. Me planter en rodage, c’est parfait. Ça me permet de corriger ça, et de ne plus faire l’erreur sur cette vanne précise. Le non rire, un public qui ne réagit pas, ça vous fait flipper ou vous le gérez ­sereinement  ? Ça fait toujours flipper, parce que tu as écrit tout ça pour faire rire. Mais le fait de l’officialiser, de leur faire savoir que tu as compris que cette vanne n’était pas drôle, ça te libère, et ça libère les gens aussi, parce qu’ils sont stressés pour toi. Ils se demandent si ta prochaine vanne va m ­ archer ou pas. Il faut vite couper ça. Il y a aussi des moments d’improvisation qui se créent. C’est un exercice hyper riche, qui te fait beaucoup évoluer. ­Encore une fois, c’est pour montrer aux gens que leurs rires comptent. J’ai besoin d’un ­retour : est-ce que je garde cette vanne ou pas ?

Haroun en tournée jusqu’au 26 avril 2019, infos sur haroun.fr ; Internet etc. à voir sur onrigolebien.com   75


Priez le

SEIGNEUR DE LA TRAP

Cet organiste d’église devenu producteur a été élevé au rang des saints du hip-hop et de la trap music. Sans jamais prononcer le moindre juron. Texte CHRISTINA LEE  Photos ZOE RAIN


Zaytoven voit double : la journée, c’est orgue à l’église. La nuit, des beats de trap à fond.

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« Ma musique pour Gucci Mane était si crue, réelle que son impact était béton. » 78

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D

Maestro du studio : le son de Zaytoven a fait sensation, et fut très copié. THE RED BULLETIN

ans l’Église de la Vie Abondante, dans le Sud américain profond, le service est en cours. Parmi la quarantaine de fidèles, comme tous les dimanches, Xavier ­Dotson, alias Zaytoven, est présent. Il a ­ ttend la fin du sermon du pasteur K ­ endrick Meredith avant d’aller se r­ asseoir à son clavier ­Kronos. Pour jouer. Zaytoven étouffe un bâillement tandis que le pasteur Kendrick Meredith cite les Corinthiens. Le sermon d’aujourd’hui traite de la construction d’une équipe de rêve. « Je prie pour Zay tous les jours parce qu’il est au milieu d’une meute de loups, dit le p ­ asteur ­Meredith. Je prie pour qu’il agisse correctement. » Ces mots du pasteur Meredith pourraient être interprétés comme un commentaire acerbe à propos de la double vie que Zaytoven mène. L’homme de 38 ans est habité par deux activités visiblement contradictoires : ce père de famille et ­fidèle de l’église qui ne fume pas et ne boit pas est aussi un producteur légendaire de la trap : un genre musical synonyme de came, de violence et de dépravation. Zaytoven n’avais jamais entendu parler de trap – une expression du sud des ÉtatsUnis pour désigner une planque de drogue – avant de s’installer à Atlanta en 2000. Mais ce sous-genre du rap est d ­ epuis ­devenu complètement mainstream, au point de se retrouver au Louvre grâce au clip Apeshit de Beyoncé et Jay Z. ­D’ailleurs le travail de production de

Zaytoven pourrait bien être l’élément le plus influent dans l’essor spectaculaire de la trap ces dernières années. Afin de tirer profit de ce son emblématique, d’innombrables producteurs ont pris sa suite en Amérique du Nord, Amérique latine et en Asie, et une collaboration avec Zaytoven s’est avérée être un rite de passage pour des chanteurs de ­renom comme Future, Migos et Nicki ­Minaj, patrons de la musique « urbaine » internationale. Mais Zaytoven reste le même humble organiste qu’il a toujours été. Il y aurait peut-être juste cette lourde chaîne où son nom est inscrit en diamants. Le premier morceau que Xavier Dotson ait appris à jouer au piano fut Lord, I’m Available to You. Il n’a suivi que six semaines de cours de musique dans sa vie, qui se sont terminés lorsque ses parents, le pasteur Joe et la directrice de chœur Lura, n’en pouvaient plus de le voir pleurer. Il avait 6 ans, et son professeur était sévère. : « Elle prenait un crayon et pop! pop! sur mes doigts », dit-il en téléchargeant des chansons inédites sur son iPod, dans son studio de la banlieue d’Atlanta, Ellenwood. Tout ce que Zaytoyen, qui a 38 ans aujourd’hui, connaît de la manière de jouer sur un clavier, il l’a appris en écoutant et grâce à des musiciens d’église qu’il a connus lorsque son père, membre de l’armée américaine, a déménagé dans les villes de Grenada et Jackson (Mississipi). Ado, Zaytoven achetait des boîtes à rythmes avec l’argent qu’il gagnait en jouant à l’église et d’autres petits boulots. Depuis douze ans, il joue lors de la messe du dimanche de l’Église de la Vie Abondante à Conyers, en Géorgie. Il a récemment acheté des chaînes assorties pour lui et toute sa famille, avec sa devise inscrite dessus, « God Over Everything (trad. Dieu prime sur tout) ». Cette éducation pourrait expliquer pourquoi, lorsque la « prophétesse » chanteuse et voyageuse Dianne Palmer dit à Zaytoven il y a six ans que sa « musique sera formidable et traversera les frontières », il pensa qu’elle parlait des gospels qu’il jouait. C’était après son Grammy ­gagné en 2011 pour Papers de Usher, mais avant qu’il ne produise le méga s­ uccès de Migos, Versace (29 millions de vue sur YouTube) en 2013. « Je ne pensais pas du tout à la m ­ usique rap. Je pensais, “je joue à l’église, eh bien, on me voit à l’église”. Ça n’est qu’il y a six mois que j’ai compris à quoi Dianne ­Palmer faisait allusion. »   79


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t cette histoire n’est pas l’exemple le plus ­absurde de Zaytoven ­réalisant lentement l’étendue de son influence en dehors des espaces sacrés. Avant de devenir un producteur à plein temps, il y eut des nuits où il ne dormait que quatre heures entre des séances de studio dans la cave de ses parents et son boulot de coiffeur au centre commercial. En fait, il arrêta de couper les cheveux seulement après le succès de Versace. Il pensait qu’Icy, son hit avec Gucci Mane, le « Trap God », n’était qu’un coup de chance. Tout comme Papers, même après un Grammy. Tandis que des éléments de trap filtraient vers la musique électronique et la pop, il ­pensait que son temps était passé : « Ne sommes-nous plus en mesure de faire de la ­musique authentique ? » Ce n’est qu’après Versace, à cause du nombre croissant de personnes qui lui demandaient de prendre une photo et du nombre de ­mixtapes que l’on déposait chez lui, dix ans après qu’Icy ne soit passé à la radio, qu’il considéra devenir producteur à plein temps. Cela est peut-être dû au fait que ­Zaytoven n’a jamais aspiré à une carrière de producteur de hip-hop. Lorsqu’il était enfant, il écoutait The Chronic, le classique West Coast de Dr. Dre, en cachette de ses parents car c’était de la musique profane. Mais quand sa famille s’installe à Columbus, en Géorgie, il aménage un ­studio dans la cave familiale aux murs de bois, simplement parce que la musique est un loisir. Il ne s’attendait pas à ce que jusqu’à 25 artistes par nuit viennent faire des enregistrements après les avoir invités lors de soirées de scène libre. L’endroit est alors tellement fréquenté qu’il y ­installe même un fauteuil de barbier afin d’offrir des coupes aux rappeurs v­ enus en force. Tout cela est devenu sérieux quand Zaytoven a commencé à bosser avec Gucci Mane, un dealer qu’il dût convaincre de se mettre à rapper. Leur titre Bricks de 2009 est une collision énergique et percutante de batteries Roland TR-808, d’orgue en boîte et des visions de la marchandise poudreuse de Gucci dansant dans sa tête : « Des briques !Des briques toutes blanches ! » Ils étaient leurs fans mutuels les plus dévoués et Gucci enregistrait jusqu’à sept morceaux en commençant à 8 heures du matin, n’importe quel jour. Cela leur ­laissait assez de temps pour acheter des 80

tenues et retoucher quelques chansons, et les deux devinrent des panneaux d’affichages ambulants pour des morceaux tels que Trapstar. D’ailleurs ce titre fut prémonitoire : Gucci solidifia son image avec des hymnes comme First Day Out – à propos de sa sortie de la prison de Fulton County. (Zaytoven l’exhorta à balancer tout ce qu’il aura pu écrire en prison, de manière à adopter un freestyle qui fut plus dans le moment : « Ça me donnait des frissons. ») Et tandis que le statut de hors-la-loi de Gucci supplantait ses mérites artistiques, il continua à influencer des rappeurs comme Waka Flocka Flame, Mike Will Made It, Migos et Young Thug, entre autres. L’année dernière, cette influence se traduit par des disques de platine pour Party de Chris Brown et son propre Both avec Drake. Malgré tout, tandis que la trap s’ancre à Atlanta, Zaytoven n’est pas sûr de l’importance de son travail avec Gucci. « En écoutant T.I. and DJ Toomp, il y avait une résonnance mondiale. À entendre Gucci Mane et Zaytoven, cela sonnait comme si Zay faisait les beats dans sa cave, sans savoir ce qu’il faisait. Gucci Mane disait des trucs complètement décalés. Nous avions la musique la moins attrayante qui soit. Mais elle était tellement crue et réelle que son impact était béton. » Finalement, Zaytoven a compris ce que lui avait dit Palmer. Et sa cave actuelle n’est qu’un modeste témoignage de son influence. Le disque d’or pour Versace est accroché dans son studio, et le disque de platine pour Want Some More de Minaj est en face de sa table de billard. Zaytoven n’avait jamais entendu parler du rappeur chrétien Lecrae, titré d’un Grammy, avant qu’on ne l’approche pour produire Let the Trap Say Amen cette ­année. Mais Lecrae se souvient quand l’hymne de trap Make tha Trap Say Aye de Gucci et OJ da Juiceman s’est implanté dans l’Eastside d’Atlanta : « Je me rappelle que j’étais à un arrêt de bus et que les gens trappaient là. Cette chanson reflétait

Son église soutient ses activités en dehors de ses murs. THE RED BULLETIN


Des bacs aux charts : un Bitches Brew de Miles version trap ? THE RED BULLETIN

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Zaytoven pèse : mais son lifestyle est celui d’un honnête croyant fidèle à ses principes.

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THE RED BULLETIN


la situation de la plupart des dealers ici. » Zaytoven poursuit : « Lecrae était déjà un grand artiste. Mais le message qu’il essaye de faire passer aux personnes qui en ont besoin, devait avoir ce son. Les gens de mon environnement, ceux qui volent et tuent, avec les drogues et tout, ils veulent écouter de la trap. » Il peut sembler incongru que quelqu’un d’aussi croyant et dévoué que Zayotven évoquent ses « proches » avec autant de franchise. Mais d’une certaine manière, il n’a jamais cherché de compromis dans son engagement au sein de deux mondes si distincts. Tout producteur de rap légendaire qu’il soit, il n’a jamais loupé la messe du dimanche. Quand il se rend à des concerts avec ses potes le samedi soir, à des centaines de bornes, et quand tout le monde est bourré à deux heures du matin, Zaytoven, lui, est sobre, prêt à reprendre la route vers la Georgie, où il sera dispo le lendemain matin pour accompagner la chorale de l’église avec son clavier. Un jour, se souvient le pasteur Meredith, Zaytoven a abandonné Snoop Dogg en studio pour assurer ses fonctions à l’église. « Je suis le musicien leader à l’église, ça fait un paquet d’années, dit Zaytoven à propos de son rôle. C’est une place qui m’attend toujours, où je peux retrouver un équilibre, et rester focus. » Quand le pasteur mentionne « Zay » dans ses sermons, c’est sans jugement : l’église soutient ce que Zaytoven développe en dehors de ses murs. L’un de ses pasteurs a même présenté l’album Hard to Kill de Gucci Mane depuis la chaire – pas pour le critiquer, mais pour en faire la promotion. « Les gens me demandent comment on peut le laisser dehors faire cette musique et revenir le dimanche matin pour s’installer à l’orgue, dit Meredith. Je ne vois rien d’autre qu’un gars qui crée de la musique. Ce fidèle qui me questionnait n’honore-t-il pas un job tous les jours, lui aussi ? »

M

ême au sein de la scène trap ­d’Atlanta, où grouillent dealers et criminels, Zaytoven a toujours été accepté tel qu’il est. Ses parents ont ouvert la porte de leur cave à des rappeurs et producteurs, mais refusaient que s’y déroule le folklore habituel d’une telle clique. Il y était donc strictement ­interdit de fumer, de boire, de jurer et d’apporter des armes. Si l’une de ces THE RED BULLETIN

L « Ces mecs qui vendent de la came ont encore une âme. » La furie et la foi : son studio envahi de marlous, il a gagné leur respect en restant lui-même.

règles se trouvait transgressée, les parents se ­pointaient au sous-sol pour rectifier l’invité récalcitrant et Zaytoven lui-même. Cette persistance de Zaytoven à rester lui-même, loin de freiner son ascension de producteur, lui a permis d’être un talent encore plus solide. « Tout ce qu’il faisait dans la vie, l’église, le job de coiffeur, ces beats qu’il fabriquait dans la cave, tous ces gars qui venaient, faisaient de nous une famille heureuse », déclare son père Joe. Parallèlement, Gucci Mane fait l’éloge de Zaytoven auprès d’autres artistes en racontant qu’il ne fume pas, ne boit pas et ne jure pas, car c’est ainsi qu’il a été élevé. Son père et le « Trap God » attestent qu’il est rare de rencontrer quelqu’un d’aussi cohérent, qui reste toujours lui-même quelle que soit la personne qui se tient en face de lui, et qui sera toujours là quand on aura besoin de lui.

undi, Zaytoven et son père iront en salle de sport. Ils reviendront à la maison pour ranger un garage déjà propre. Lorsque ses enfants ­tendront la tête au-dessus de la rampe pour dire : « Papa, j’ai faim », il leur donnera à manger. Il fera quelques maquettes dans la cave, comme lorsque sa fille avait six mois et qu’il la berçait d’un bras tout en faisant les beats pour First Day Out de Gucci Mane de l’autre. Mardi, il pourrait aller à l’enregistrement en studio de Wild ’N Out, un show télévisé populaire présenté par Nick Cannon, en ville. Mais il a sa répétition de chorale. « Mon père est un gars sur qui l’on peut compter, dit Zaytoven. Lorsque vous me voyez dans cette petite église, voilà ce qui est ancré en moi : être une personne cohérente et fiable. C’est comme ça que je veux être. » Cette année pourrait bien apporter la plus grande visibilité que Zaytoven ait connue jusqu’à présent, avec un visage devenu aussi reconnaissable que sa musique est importante. Son propre label ­Familiar Territory Records s’est associé avec Motown pour son premier album Trapholizay, qu’il a inauguré avec une tournée en solo. Il se remet au R’n’B et sort un EP avec Tiffany Bleu, qui vient de signer un contrat chez lui. Et il figurera dans la suite de Birds of A Feather, film sur sa vie sorti en 2012, avec également Metro Boomin, Kash Doll et Trouble. Cette énergie constante est due à son indéniable talent, pour sûr. Mais elle est aussi liée à son unique « double vie », cette implication notoire dans deux communautés totalement différentes, et sa capacité à les rapprocher. « Ce truc de musique n’a jamais été un rêve, un truc que je voulais absolument faire, dit-il. Je pense que si Dieu m’a mis dans cette position, c’est peut-être à cause de mon caractère, ou parce que je peux influencer des gens, d’une certaine manière. Les mères de nombre de ces types sont probablement à l’église, et y étaient peut-être déjà étant jeunes, mais leur mode de vie a sûrement changé entre temps. L’église est la colonne vertébrale de la communauté, la trap et l’église se ­retrouvent donc quelque part au milieu. Beaucoup de ces types qui vendent de la came ou autre, ont encore un cœur. Ils ont encore une âme. »

zaytovenbeatz.com   83


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guide Voir. Avoir. Faire.

LES LUBIES ­D’INSTAGRAM

Envie de schtroumpfer votre latte ? On vous dit comment procéder.

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Le guide des rendez-vous sportifs et culturels à ne pas manquer. Page 91

OBJECTIF LUNE

Omega révèle la face cachée de la lune en hommage à la mission Apollo 8. Page 94

3 ROUES ET 7 CHEVAUX

L’Himalaya en tuk-tuk ? Oui, oui ! Un plan voyage osé et chaotique sur les pistes du nord de l’Inde. Page 86

THE RED BULLETIN

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Faire.

Arrêt étape : le pilote de l’équipe belgo-kéniane « Stealth Snail » admire la vue avant l’arrivée au Checkpoint de Sarchu en Inde.

RICKSHAW RUN

TROIS-ROUES SUR LE TOIT DU MONDE D’un côté la paroi rocheuse, de l’autre le vide et entre les deux : vous, dans un rickshaw. Êtes-vous prêt à vivre les 1 000 kilomètres les plus fous de votre vie ?

P

osée sur le bord du sentier, l’inscription sur la stèle annonce la couleur : « ­Taglang La. Altitude : 5 328 m. Vous êtes sur le deuxième col le plus élevé au monde. » Éboulis et rochers bordent les deux côtés du sentier boueux avec en toile de fond les

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sommets enneigés de l’Himalaya. Le vent glacial fait tourbillonner les flocons de neige dans l’air. À l’horizon, pas âme qui vive. Soudain, un tuk-tuk sort du virage en épingle. Un rickshaw dans l’Himalaya est en soi étonnant. Et qui plus est si le conduc-

En cas de panne, les concurrents ne disposent pas d’un numéro d’urgence, ils doivent se débrouiller seuls.

THE RED BULLETIN


GUI D E Inde

CONSEILS DE VOYAGE

VOTRE ITINÉRAIRE EN HIMALAYA

Pour se lancer en tuk-tuk sur les routes isolées de montagne, mieux vaut savoir demander son chemin… Leh

arrivée

Shimla

départ New Delhi

Avant le départ : chaque équipe personnalise son rickshaw et ses tenues vestimentaires.

Mumbai

Les routes rocailleuses entre Shimla et Leh ne sont ouvertes qu’entre juin et septembre, du moins, lorsqu’elles ne sont pas bloquées par la neige, la boue ou les épaves des accidents. Point culminant du voyage : le col Taglang La à 5 328 m d’altitude.

THE ADVENTURISTS, THE ADVENTURISTS/I SEE YOU BABY, CHICKEN MADRAS, THE ADVENTURISTS/MILA KIRATZOVA FLORIAN OBKIRCHER

Quand les pilotes débarquent dans les villages de l’Himalaya, les habitants exultent.

teur est déguisé en renne et son copilote en poulet ! Il s’agit de l’équipe britannique « Bums of Anarchy » qui, après six jours de course, atteint le point culminant de son périple en tête de la course la plus folle au monde. La première édition de la Rickshaw Run a lieu il y a douze ans en Inde. Trente-quatre équipes venues du monde entier parcourent en tuk-tuk la distance entre Kochi au sud à ­Darjeeling au nord-est du pays, soit 3 000 kilomètres. L’itinéraire n’est pas imposé. Les organisateurs britanniques de The ­Adventurists fournissent aux participants le rickshaw et les coordonnées GPS des stations-

THE RED BULLETIN

« Un rickshaw dans l’Himalaya est en soi étonnant. Et si en plus, le conducteur est déguisé en renne ! » service et des zones interdites. Pour le reste, les équipes sont ­livrées à elles-mêmes. Et pour cause : « Celui qui emprunte l’itinéraire le plus rapide a déjà perdu », préviennent les organisateurs. L’objectif du Rickshaw Run est d’aller à la rencontre de la population locale hors des

DEVISE

VACCINATION

Roupie indienne 1 euro = env. 80 roupies 1 roupie = 100 paisa

Hépatite A, B Typhus Rage

PHRASES CLÉS Namaste Dhaniyavad Haa/Nahin Apka nam kya hai ? Mera nam … hai. Mujie ye walah chayje ! … kahan hai ? Kitna dhur hai? Hamen madad kee zarurat hai !

Bonjour, Salut Merci Oui/Non Comment vous appelez-vous ? Je m’appelle… Je voudrais ceci ! Où se trouve…? C’est à quelle distance ? Nous avons besoin d’aide !

À ESSAYER

À ÉVITER

Rajma madra ; Paneer makhani ; Chole bhature.

La nourriture de marchands ambulants ; les aliments crus ; l’eau du robinet.

À VISITER Le monastère Shashur (Keylong) ; Suicide Point (Kalpa) ; le lac Tso Kar (près du Lotus Camp)

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GUI D E

Faire.

Inde

L’ENGIN

TOUT SAVOIR SUR LE RICKSHAW

Il est lent, bruyant et après un jour au volant, on a la sensation d’avoir été botté par un éléphant – le rickshaw est pourtant le véhicule de prédilection de l’Asie du Sud-Est.

L’INVENTEUR

MOTEUR Deux-temps à ventilation forcée

En 1947, l’ingénieur aéronautique et inventeur de la Vespa, Corradino D’Ascanio, met au point un scooter à trois roues pour relancer l’industrie d’après-guerre en Italie : le premier rickshaw est né (Piaggo Ape).

CYLINDRE 1 PUISSANCE 7 ch RÉGIME POINT MORT 5 000 t/min VITESSE 4, plus la marche arrière PNEUS 3 CEINTURE DE SÉCURITÉ 0 AIRBAG 0 RÉSERVOIR 8 litres / 1,4 réserve VITESSE MAX. 55 km/h (en descente) CYLINDRÉE 145,45 cm3 BATTERIE 12 V

LE CHAMPION Jagathish M est le conducteur de rickshaw le plus rapide au monde : en 2015, il parcourt 2,2 km à 80 km/h. Cela a valu à l’Indien une entrée dans le Guinness des Records.

LA STAR DE CINÉMA Le rickshaw le plus célèbre est le tuk-tuk vu dans le James Bond ­Octopussy, avec lequel Roger Moore traverse un marché à Delhi. Le v­ éhicule jaune se trouve aujourd’hui ­exposé au London Film Museum.

Quand le moteur ne repart pas, la bougie d’allumage est la première chose à tester.

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Le quotidien des pilotes : panoramas exceptionnels et absence de glissières de sécurité.

sentiers battus, de goûter au ­terroir loin des buffets d’hôtel et de gérer des problèmes dont on ne soupçonnait pas l’existence au départ. En somme, une véritable aventure sans filet de sécurité. Une préparation est déconseillée. Après dix-huit courses en Inde et au Sri Lanka, The ­Adventurists décident en juillet dernier de pousser l’aventure d’un cran en déplaçant la compétition dans l’Himalaya. En une semaine, les participants parcourent 1 000 kilomètres entre Shimla et Leh. Soit un départ à 2 276 mètres pour culminer à 5 328 mètres d’altitude avant de redescendre à 3 500 mètres, le tout à travers des sentiers rocailleux ­sinueux et sans glissières de s­ écurité, coincés entre la paroi rocheuse et le vide. Parcourir une telle distance dans un véhicule bigarré de sept chevaux est pour le moins audacieux, voire « irresponsable » selon les locaux. « C’est ainsi que l’un des habitants nous a qualifiés », explique Alby du Team Bums of Anarchy dans son blog. Ce dernier a plus d’une fois songé à balancer son rickshaw par-dessus la falaise et à abandonner (entre autres à cause du mal de l’altitude, de la fatigue et

des crampes aux fessiers dues aux douze heures de conduite cahotante par jour). Une fois, lui et son copilote Don ont failli être précipités dans le vide à cause d’un autobus qui les dépassait ; dans la vallée de Spiti, ils ont dû pousser leur véhicule dans une eau glacée à hauteur de genou, sans oublier les fréquentes nuits glaciales sous la tente. Alors pour quelle raison s’infliger un tel calvaire ? Pour Albi, sans hésitation : pour les paysages époustouflants qui s’offrent au détour de chaque ­v irage, de vastes espaces vierges dominés par les monts enneigés. Mais aussi pour les échanges chaleureux avec les habitants et la s­ olidarité entre les concurrents, lesquels s’entraident lorsque l’un d’eux connaît des difficultés ou nécessite de l’aspirine pour traiter une gueule de bois après une soirée bien arrosée dans un bar en tôle ondulée. Et enfin, surtout pour la nuit dans l’hôtel Ladakh ­Residency au terme de la course. Après les secousses du rickshaw, rien de tel qu’un bon lit douillet. Les organisateurs recommandent aux curieux une participation en Inde ou au Sri Lanka avant de tenter l’Himalaya. Rickshaw Run : inscription et information sur theadventurists.com

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THE ADVENTURISTS/RICHARD FOX/I SEE YOU BABY, CHICKEN MADRAS, THE ADVENTURISTS/MILA KIRATZOVA, GETTY IMAGES FLORIAN OBKIRCHER

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GUI D E

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food

TOP NIVEAU

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Pour quel resto devez-vous ­attendre des années avant d’obtenir une table ?

Le « smurf latte » du Matcha Mylkbar de Melbourne a enflammé la toile : 87 000 abonnés sur Instagram et des demandes worldwide.

#SMURFLATTE

CHÉRIE, J’AI SCHTROUMPFÉ TON LATTE ! Repéré sur Instagram, voici le latte Schtroumpf, ­inventé en Australie. On vous dit comment lui ­donner son i­ ncomparable couleur bleue.

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out d’abord : le nom est trompeur. La préparation de ce latte ne nécessite ni schtroumpf ni café, car l’invention du Matcha ­Mylkbar de Melbourne en Australie est 100 % vegan et a un goût de lait de coco chaud et citronné enrichi de spiruline. Cette dernière fournit de la vitamine B12 et des acides aminés, apporte une saveur marine (minimale) et procure la couleur

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bleue tant que la bonne poudre est utilisée. La spiruline disponible sur le marché ne donne que du vert et le résultat est souvent appelé « ninja latte ». Pour le bleu schtroumpf, il faut de la phycocyanine, une teinture végétale extraite des ­algues bleu-vert, disponible entre autres sous le nom de Magic Blue. Ce brevage n’a pas de propriété hallucinogène. Instagram : @matcha_mylkbar

INGRÉDIENTS POUR 1 VERRE • 120 ml de lait de coco • 1 bout de gingembre (taille d’un pouce) • 1 cuillère à thé de jus de citron frais • 1 cuil. à thé de sirop d’agave (alter­native non vegan : miel) • ½ cuil. à thé d’extrait d’algues bleu-vert

La raison de cette ­attente  : ­Baehrel est un one man show et ne prépare pour ses menus de 15 à 20 services que ce qu’il cultive sur sa parcelle de 12 hectares. Il fait même sa propre farine à partir de glands de chêne. Prix : à partir de 375 €/ personne. Le vin et les conseils sont évidemment à payer en extra.

PRÉPARATION Réchauffez lentement le lait de coco (ne portez pas à ébullition car la poudre d’algues ne conserve sa couleur que jusqu’à 70 degrés). Écrasez le gingembre dans un presse-ail et mélangez avec le jus de citron et le sirop d’agave. Incorporez le tout au lait chaud et ajoutez la spiruline. Damon Baehrel : vous avez le temps ? Il vous attend.

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@BRUNCHINGINTHEBURBS/TRISH O'FLAHERTY, SOLSTICE SUPERFOODS, JONNO RATTMANN, GETTY IMAGES

Cela est d’autant plus étonnant que son ­restaurant, qui ne compte que 20 places, se trouve à Earlton, un ­village de 1 500 âmes dans l’État de New York, à deux heures au nord de Manhattan.

WALTRAUD HABLE

Damon Baehrel (56 ans) n’a pas de ­formation en cuisine. Pourtant, vous devez attendre entre deux et cinq ans pour obtenir une table dans le ­restaurant qui porte son nom.


Faire.

septembre / octobre

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au 20 octobre

RED BULL DERNIER MOT : LES QUALIFS !

Tout le monde sait parler, certains savent rimer, seuls les meilleurs savent improviser. C’est la promesse du Red Bull Dernier Mot : mixe de battle de rap et d’impro, le tournoi revient avec des qualifications en octobre à Marseille (le 6), Nantes (le 13 octobre) et Paris (le 20) avant la finale à Paris le 24 novembre. Pour y accéder, il faudra un cerveau aiguisé. facebook.com/RedBullDernierMot

SARAH BASTIN/RED BULL CONTENT POOL, RANDY MOUANGA/RED BULL CONTENT POOL

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au 16 septembre Hello Birds Le festival met le bord de mer à l’honneur, le temps d’un rendez-vous festif et culturel. Cuisine, culture, patrimoine et musique sont au programme d’un week-end à consommer pieds dans l’eau ou sur le sable. Le rendez-vous va plonger les ­visiteurs dans une ambiance de concerts, d’expos photos, de balades ou de baignades. Cerise sur le taureau, le Red Bull Music Boom Bus, présent les 3 jours, se mêle à la fête. Saint-Malo ; hellobirdsfestival.fr

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au 23 sept. Scopitone Les ondes de ce festival des cultures électroniques et arts numériques vont transporter toute la ville. Parmi la riche programmation multidisciplinaire des quatre journées, Red Bull Music et Scopitone préparent un DJ set dans la cour du ­château des Ducs de Bretagne, le 22. Rendez-vous précédé d’un workshop conversation avec l’artiste (mystère) aux ­platines. Nantes ; stereolux.com

13

octobre Red Bull M.E.O Le Red Bull M.E.O by ESL (ou Electronic Sports League) est une compétition sur ­mobile. Rejoignez la qualification française le 13 octobre contre les meilleurs joueurs de Clash Royale de votre région et ­envolez-vous pour l’Allemagne en janvier où se jouera le titre mondial. Inscriptions sur la plateforme Play de l’ESL. Infos sur redbull.com/fr-fr/ events/meo

octobre Red Bull 3Style Depuis sa création en 2010, l’événement fait du bruit. L’étape française du championnat international de DJing à Nantes va le prouver. Elle désignera celui ou celle qui représentera la France en février à Taïwan lors de la finale internationale. Pour impressionner le jury, dont DJ Emii, participante de la dernière finale mondiale en Pologne, chaque DJ doit présenter au moins trois styles de son différents en 15 minutes. Nantes, Warehouse ; facebook.com/RedBullMusic3Style.com

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Voir.

LE GRAND PLONGEON

Une bataille aquatique épique, le nec plus ultra en matière de breakdance et les meilleurs musiciens en direct dans votre salon : voici quelques-unes des raisons de vous connecter à Red Bull TV ce mois-ci.

REGARDEZ RED BULL TV PARTOUT

Red Bull TV est une chaîne de télévision connectée : où que vous soyez dans le monde, vous pouvez avoir accès aux programmes, en ­direct ou en différé. Le plein de contenus originaux, forts et ­créatifs. Vivez l’expérience sur redbull.tv

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septembre   EN DIRECT

RED BULL CLIFF ­DIVING WORLD SERIES

Polignano a Mare, Italie. La dixième saison du Red Bull Cliff Diving se terminera à La Mecque européenne de la discipline. Les fans locaux ­espèrent que le plongeur wildcard ­Alessandro De Rose pourra répéter la ­victoire historique de l’an dernier chez lui, et les champions de 2018 se verront décerner le trophée King Kahekili. Le cadre est g­ randiose : les athlètes sont conduits à ­travers un salon privé pour accéder à des plateformes de plongée montées sur une terrasse sur le toit au-dessus de la mer Adriatique. Avant le grand plongeon.

Alessandro De Rose a remporté la ­victoire chez lui, en Italie, l’an dernier.

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L’Américain David Colturi s’est classé 2e à ­Polignano a Mare, en 2017.

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ROMINA AMATO/RED BULL CONTENT POOL, DAMIANO LEVATI/RED BULL CONTENT POOL, CHAD WADSWORTH/RED BULL CONTENT POOL, JAANUS REE/RED BULL CONTENT POOL, LITTLE SHAO/RED BULL CONTENT POOL

septembre / octobre

Musique de très haute qualité et interviews d’artistes influents. Restez à l’écoute…

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octobre   EN

DIRECT

AUSTIN CITY ­LIMITS

Cette retransmission immanquable du festival de ­musique d’une durée de trois jours vous est proposée au cœur du Texas, depuis le parc Zilker. Soit la capitale mondiale autoproclamée de la musique live.

DIGGIN’ IN THE CARTS

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au 7 octobre   EN

DIRECT

FIA WRC ROYAUME-UNI

Le WRC Wales Rally donne le coup d’envoi de l’ultime phase de la saison 2018. Le Français Sébastien Ogier a remporté son 5e titre de champion sur le terrain de M-Sport l’an dernier. R ­ épétera-t-il son exploit ?

septembre   EN

DIRECT

RED BULL BC ONE WORLD FINAL

Le battle de l’attitude, de l’adresse et du style atteint son paroxysme à Zurich où les 16 finalistes ­nationaux en découdront avec leurs meilleurs moves de breakdance.

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septembre  À L’ANTENNE

La série populaire de Red Bull Radio consacrée aux musiques de jeux ­vidéo ­légendaires et ­oubliés (tous les jeudis jusqu’au 15 novembre) ­approche de sa troisième saison. Nick Dwyer, ­journaliste basé à Tokyo, a écouté des centaines de milliers de pièces des époques du 8 et du 16 bits jusqu’à aujourd’hui. En chemin, il s’est lié à quelques stars du genre dont le compositeur de Street Fighter II, Yoko ­Shimomura, et Hiroshi Kawaguchi de Out Run. À ÉCOUTER SUR REDBULLRADIO.COM

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GUI D E

Avoir.

montres

OBJECTIF LUNE ET RETOUR : LE TRAJET DE LA MONTRE OMEGA DANS L’ESPACE

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6 Voici à quoi ressemble la face cachée de la lune.

OMEGA

UN SATELLITE AUTOUR DU POIGNET Un rendez-vous quotidien avec la lune – pas depuis la voûte céleste, mais en toute intimité, avec une réédition artistique signée Omega.

L’

Prix : 9 000 € ; omegawatches.com

Un aller-retour en sept temps. Une ­formalité pour le commun des Terriens, un grand défi pour les astronautes. 1 2 3 4 5 6 7

Lancement et mise en orbite terrestre Sortie de l’orbite Séparation de l’étage S-IVB Entrée en orbite lunaire Collecte de données et prise de photos Sortie de l’orbite lunaire Retour sur Terre et atterrissage

PHASES DE LUNE

Résistant à l’espace, ce garde-temps réalise un tour de force dans les 60’s. Beaucoup ont été testés, mais seul le Speedmaster d’Omega résistera aux énormes contraintes : une température fluctuant rapidement entre − 18 °C degrés et + 93 °C, une ­pression massive et la rouille liée à l’humidité extrême. Le mouvement est protégé par du plexiglas antichoc, sans quoi les éclats de verre ­auraient provoqué l’étouffement des astronautes.

WOLFGANG WIESER

Boîtier avec mouvement visible et citation de l’astronaute.

OMEGA (3), GETTY IMAGES

astronaute Jim Lovell est conscient d’être sur le point de voir un spectacle jusquelà invisible aux hommes : le côté obscur de la lune. « Rendez-vous de l’autre côté », lance le commandant d’Apollo 8. Lorsque la capsule réapparaît 34 minutes plus tard, le 24 décembre 1968, il livre ses observations : nombreux cratères profonds gris et impact de météorite, agrémentées de commentaires humoristiques tels que « Sachez que le Père Noël existe » contribuant aussi à la populaJim Lovell rité de ce jeune homme aujourd’hui âgé de 90 ans. À l’occasion du cinquantième anniversaire de la mission, Omega lance la Dark Side of the Moon Apollo 8. La face avant claire du cadran squeletté a été gravée au laser, tandis que le dos de la montre en ­céramique à base d’oxyde de zirconium représente le côté obscur du satellite terrestre.

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COMMENT APOLLO 8 A REJOINT LE CÔTÉ OBSCUR DE LA LUNE

Les aiguilles du chronographe sont ­vernies de jaune.

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Les journalistes de la SAS L’Équipe n’ont pas pris part à la réalisation de The Red Bulletin. La SAS L’Équipe n’est pas r­ esponsable des textes, photos, ­illustrations et dessins qui engagent la seule responsabilité des auteurs.

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Rédacteur en chef Alexander Macheck Rédacteurs en chef adjoints Waltraud Hable, Andreas Rottenschlager Directeur créatif Erik Turek Directeurs artistiques Kasimir Reimann (DC adjoint), Miles English Directeur photos Fritz Schuster Directeurs photos adjoints Marion Batty, Rudi Übelhör Responsable de la production Marion Lukas-Wildmann Managing Editor Ulrich Corazza Rédaction Christian Eberle-Abasolo, Arek Piatek, Stefan Wagner Maquette Marion Bernert-Thomann, Martina de Carvalho-Hutter, Kevin Goll, Carita Najewitz Booking photos Susie Forman, Ellen Haas, Eva Kerschbaum, Tahira Mirza Directeur global Media Sales Gerhard Riedler Directeur Media Sales International Peter Strutz Directeur Publishing Development & Product Management Stefan Ebner Management par pays & Marketing Sara Varming (mánager), Magdalena Bonecker, Kristina Hummel, Melissa Stutz, Stephanie Winkler Directeur créatif global Markus Kietreiber Solutions créatives Eva Locker (Dir.), Verena Schörkhuber, Edith Zöchling-Marchart Maquette commerciale Peter Knehtl (Dir.), Sasha Bunch, Simone Fischer, Martina Maier Emplacements publicitaires Andrea Tamás-Loprais Production Wolfgang Stecher (Dir.), Walter O. Sádaba, Friedrich Indich, Michael Menitz (Digital) Lithographie Clemens Ragotzky (Dir.), Claudia Heis, Nenad Isailovi c,̀ Maximilian Kment, Josef Mühlbacher Fabrication Veronika Felder Office Management Kristina Krizmanic, Yvonne Tremmel Informatique Michael Thaler Abonnements et distribution Peter Schiffer (Dir.), Klaus Pleninger (Distribution), Nicole Glaser (Distribution), Yoldaş Yarar (Abonnements) Siège de la rédaction Heinrich-Collin-Straße 1, 1140 Vienne, Autriche Téléphone : +43 (0)1 90221-28800, Fax : +43 (0)1 90221-28809 Web : www.redbulletin.com Direction générale Red Bull Media House GmbH, Oberst-Lepperdinger-Straße 11–15, 5071 Wals bei Salzburg, Autriche, FN 297115i, Landesgericht Salzburg, ATU63611700 Directeur de la publication Andreas Kornhofer Directeurs généraux Dietrich Mateschitz, Gerrit Meier, Dietmar Otti, Christopher Reindl

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CONCERTS, DJ SETS, CONFÉRENCE, CRÉATIONS INÉDITES …

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Le plein d’action.

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Le skate mène partout ! Comme au Curious Corner, maison des illusions du village de Chamarel sur l’île Maurice (océan Indien), où le rider français Rémy Taveira se retrouve au plafond lors du tournage de The Lost Continent (à voir sur Red Bull TV). Sur l’île, Rémy fut séduit par l’abondance des spots.

THE RED BULLETIN n° 81 sortira le 20 octobre 2018 98

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