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The Red Bulletin FR 09/22

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FRANCE SEPTEMBRE 2022

HORS DU COMMUN

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INCONTESTABLE

De l’ombre aux trophées, comment SAKEN est devenu un pilier de l’esport en restant authentique et en propageant sa force


THE ONLY TH ING M OR E R EWAR D I N G THAN CHAS ING YO UR D R EAM, IS CATC HI N G IT.

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WHAT AR E YOU BU I L DI N G FO R ?


Éditorial

CONTRIBUTRICES NOS ÉQUIPIÈRES

EVA MARTINELLO

Journaliste dédiée à l’esport, la Française collabore avec le site Dot Esports et rédige la section esport du magazine Sporteen. Eva vient de démarrer une collaboration avec L’Équipe, et pour ce numéro du Red Bulletin, elle a rencontré le champion Saken, dont elle a retenu sa maturité et son authenticité. « Il est devenu un compétiteur accompli, en accord avec lui-même et humble. Il n’a pas eu peur de parler de ses erreurs.» Page 26

L’HISTOIRE D’UNE RÉSURRECTION C’est celle de Lucas, surnommé Saken, par les milliers de fans qui composent le Blue Wall, les ultras de la Karmine Corp équipe au sein duquel le jeune Français excelle. Saken est un champion d’esport, du jeu vidéo de compétition (certains osent le terme de « sport électronique »). Il y a un peu plus de deux ans, Saken était sur le point de tout abandonner, au plus bas de sa jeune carrière. Parce qu’une nouvelle équipe lui a fait confiance, parce qu’il s’est fait confiance, parce que les fans de la KCorp lui ont fait confiance, lui et ses coéquipiers ont fait taire tous ceux qui prédisaient leur défaite. En 2022, Saken est un boss de l’esport français. Si ce monde reste encore un mystère à vos yeux, il se pourrait que notre sujet de couverture vous mette à jour sur la réalité d’un joueur pro, et vous permette de briller en société à propos de l’industrie de l’entertainment la plus puissante au monde : le gaming. À vous, les nouveaux arrivants, et à tous les ultras de la KCorp, nous souhaitons la bienvenue. Bonne lecture ! Votre Rédaction

LITTLE SHAO (COUVERTURE), SEBASTIEN PONS/ZNOWX

SHARAN DHALIWAL

La journaliste, auteure, et ­fondatrice du magazine sudasiatique Burnt Roti écrit sur la culture, la sexualité et la ­féminité, et pour ce numéro, elle a couvert le tout premier Flesh Festival en Angleterre. « C’était un moment magnifique dans mon parcours. Parler aux festivaliers a renforcé mon attachement à la communauté, explique-t-elle. La sécurité partagée engendre un amour intime. » Page 58

THE RED BULLETIN

DES HÉROS TRÈS ­DISCRETS Yannick (en haut) était en charge du sèche-­ cheveux lors de notre séance photo sur le surf en Suisse. Et Hubert (en bas), propriétaire de la vache Caïpirinha, lui a fait prendre la pose. Page 48

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CONTENUS septembre 2022

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6 Galerie : votre dose m ­ ensuelle

de folie photographique 12 Les femmes qui donnent de la force à la rappeuse Flo Milli 14 Luigi Cani sème des forêts 16 À l’intérieur de nos instruments 18 Vous vivrez bientôt sous l’eau 20 Heureusement pour nous, Marc Rebillet s’est fait virer 22 Sachons dire non, comme le fait Sienna Miller 24 La fripe devient consciente grâce à Bobby Kolade

26 E n ascension

Saken, le joueur pro de League of Legends qui a été dans le dur

38 C aisses

Avec la Course Red Bull Caisses à Savon, la rentrée sera déjantée

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48 S urfin’ Switzerland

Vous dire que la Suisse est l’autre pays du surf serait trop facile...

58 C hamps de liberté

Le futur des festivals inclusifs se joue-t-il déjà en Angleterre ?

68 F ou de sommets

Qu’est-ce qui pousse l’aventurier Ginge Fullen à monter là-haut ?

79 En mode viking : aux îles Féroé 84 Comment : cohabiter avec la nature 85 Fitness : courir mieux à 40 ans 86 Gaming : la F1 au féminin

Apprendre : la positive attitude Matos : le vélo en ville impec’ 96 Ils et elles font The Red Bulletin 98 Photo finale : Break On Through 87

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PAUL CALVER, HADRIEN PICARD/RED BULL CONTENT POOL, ELLIOT LE CORRE, DOM DAHER

Un sacré perso ce Ginge Fullen.

THE RED BULLETIN


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Toulouse en mode caisses à savon.

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Découvrez Saken, star de l’esport.

THE RED BULLETIN

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Le surf en Suisse, c’est possible !

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BOGOTÁ, COLOMBIE

KEVIN MOLANO/RED BULL ILLUME

Annoncée comme la plus longue course de descente urbaine au monde, la Red Bull Monserrate Cerro Abajo est une descente de folie sur la montagne Monserrate, culminant à 3 152 m d’altitude, dans la capitale de la Colombie, Bogotá. Un ride qui implique de négocier plus de mille marches, comme l’a fait le gagnant de l’édition 2020, le pro du VTT Tomáš Slavik, ici photographié par le photographe local Kevin Molano. Il semble que le pilote tchèque ait tellement apprécié le défi qu’il s’est lancé une dizaine de fois. D’où ce cliché qui lui a valu d’atteindre la ­demi-finale du concours Red Bull Illume. Instagram : @kevinmolanoph redbullillume.com

DAVYDD CHONG

En marches


THE RED BULLETIN

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LA PALMA, ESPAGNE

Passion bâtiment Ici, au Red Bulletin, nous aimons les grosses structures propices aux actions et aux photos d’enfer. Nous avons donc adoré cette photo prise dans l’imposant port brise-lames en béton de Tazacorte (Puerto Canarios) sur l’île de La Palma. L’interaction visuellement saisissante du skate et de l’ombre, avec le skateur local Abraham Cedres, a valu au photographe originaire de Tenerife, Jairo Díaz Dévora, une place en demi-finale du concours photo Red Bull Illume. redbullillume.com


DAVYDD CHONG JAIRO DÍAZ DÉVORA/RED BULL ILLUME, THOMAS MONSORNO/RED BULL ILLUME

LAC BAÏKAL, SIBÉRIE

Abstrait Cela ressemble à du Jackson Pollock, mais même le grand artiste abstrait n’a jamais peint sur une toile aussi immense. La vérité est encore plus impressionnante : l’alpiniste suisse Dani Arnold ici en « ascension » (­horizontale) à la surface gelée du lac le plus profond au monde. ­L’Italien Thomas Monsorno a bravé un froid de – 35 °C pour le photographier, et a remporté la catégorie Innovation by EyeEm du concours photo Red Bull Illume. thomasmonsorno.com redbullillume.com THE RED BULLETIN

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PARIS, FRANCE

Iconique Qui n’a jamais été soufflé.e par une photo ou une vidéo du Red Bull Cliff Diving, la plus impressionnante compétition de plongeon de haut vol ? Le 18 juin dernier, cette épreuve unique, habituellement installée dans des sites naturels, et parfois en milieu urbain, a passé un cap historique avec la première épreuve de son histoire dans une capitale. La plus belle au monde. De par son patrimoine architectural sans équivalent, Paris s’est révélée l’écrin ultime du ­second stop de la série mondiale 2022, qui aura vu l’élite des plongeurs s’élancer d’une plateforme de 27 mètres (hommes) et 20 mètres (femmes) de haut. Vous voyez ici l’Américaine Eleanor Smart « tomber du ciel » face à la tour Eiffel. Rien que ça. Instagram : @rominaamatophoto


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ROMINA AMATO/RED BULL CONTENT POOL


FLO MILLI

Force et motivation La rappeuse américaine présente sa playlist de titres inspirés et stimulants, œuvres d’artistes femmes novatrices. Flo Milli est incontournable. La jeune femme de 22 ans originaire d’Alabama — de son vrai nom Tamia Monique Carter — fait grand bruit depuis ses débuts en 2018 avec Beef ­FloMix, un hit devenu viral, suivi en 2019 par In The Party qui cumule près de 125 millions d’écoutes sur Spotify. En 2020, la sortie de sa mixtape Ho, Why Is You Here, est encensée par la critique. Son dernier single PBC (Pretty Black Cute) célèbre les femmes noires et met en lumière les microagressions auxquelles elles sont confrontées au quotidien. « Il est extrêmement important que les jeunes filles aient des modèles de femmes courageuses qui les inspirent », déclare-t-elle. Flo Milli nous dévoile ici les quatre musiciennes pionnières qui l’ont le plus inspirée. flomilli.com

Missy Elliott

Shakira feat. Wyclef Jean

Fergie

Pretty Girl Rock (2010)

Work It (2002)

Hips Don’t Lie (2006)

London Bridge (2006)

« Pretty Girl Rock était un hymne extraordinairement fort et indispensable à l’époque de sa sortie. Les paroles d’Hilson m’encourageaient énormément. La petite fille que j’étais avait besoin d’entendre ces mots pour gagner en assurance. Cette chanson m’a appris à ne pas avoir peur d’avoir confiance en moi et à ne pas me sentir coupable de rayonner sous prétexte que cela gêne autrui. »

« Chaque fois que j’écoute cette chanson, Work It, je repense à ma vie d’avant la célébrité, à la petite fille qui rêvait alors de devenir une star. J’adore quand Missy inverse ses mots — c’est tellement bien vu. Missy Elliott m’a beaucoup influencée. J’éprouvais une immense admiration pour cette femme noire au caractère bien trempé. Son écriture est d’une incroyable créativité. »

« Je devais avoir six ans quand j’ai découvert cette collaboration avec Wyclef Jean, et c’est l’une des premières chansons pop que j’ai adorées. Je me souviens m’être assise devant la télé pour regarder le clip vidéo et imiter le petit déhanché de Shakira. Elle a ouvert mon horizon musical au-delà du rap. Shakira avait un style unique en son genre. Je kiff son accent, son énergie et ses vidéos. »

« Fergie a changé la donne avec ses rythmes, son allure et son attitude. Quand j’étais à la maternelle, j’avais une radio et mes propres CDs, dont un avec cette chanson, (The ­Dutchess, le premier album solo de Fergie, ndlr). J’ai imaginé toute une chorégraphie que j’ai montrée aux filles de ma classe, puis nous l’avons présentée à un concours de talents. De là vient peut-être mon goût pour la scène. »

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THE RED BULLETIN

SCRILL DAVIS

Keri Hilson

WILL LAVIN

Scannez ce QR code pour ­accéder au podcast musical de Flo Milli sur Spotify.


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Le parachutiste établit un record en activisme, en semant d’un coup 100 millions d’arbres.

Le Germinator à l’œuvre : Luigi Cani largue 100 millions de graines au-dessus de l’Amazonie (photo du haut).

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THE RED BULLETIN

NINA ZIETMAN

L’homme qui semait la forêt

Luigi Cani détient le record du saut en parachute équipé du plus petit parachute et est le premier à sauter en wingsuit sur une moto dans le Grand Canyon, mais sa plus récente cascade a été pour lui la plus éprouvante. « J’en avais le souffle coupé, chose qui ne m’était jamais arrivée », confie le ­Brésilien aux onze records mondiaux de parachutisme et près de 14 000 sauts au compteur. « Mon cœur battait la chamade. J’ai cru que j’allais avoir une crise cardiaque. » En janvier dernier, Luigi Cani saute d’un avion survolant une zone déboisée de la forêt amazonienne avec un caisson contenant 100 millions de graines de 27 arbres endémiques. Depuis des décennies, la déforestation fait rage dans la plus grande forêt tropicale au monde. En 2021, les dégâts atteignent un niveau record sur les quinze dernières années selon l’Institut national de recherche spatiale du ­Brésil. Cani y voit l’occasion

JOE JENNINGS

LUIGI CANI

d’agir et de changer les choses pour cette zone de 100 km², située à 130 km de Novo ­Aripuanã, dans le nord du pays. Le projet a exigé cinq années de préparations minutieuses et des efforts colossaux pour obtenir les autorisations des autorités aériennes brésiliennes, construire une boîte biodégradable pour disperser correctement les graines, transporter 3,5 tonnes d’équipement et l’équipe de tournage en Amazonie. Les graines ont été récoltées à la main dans la forêt tropicale voisine deux mois avant l’opération afin de garantir son succès. Parmi les nombreux risques possibles, un certain nombre se sont concrétisés, ainsi trois caissons d’essai se sont abîmés quelques jours à peine avant le saut. « Le temps pressait, explique Cani. Il a fallu travailler toute la nuit pour colmater la fuite à temps. » Le jour J, la pression est à son comble. « Durant le saut, je bataille pour tenir le bac. Je manque de me casser le poignet et les doigts. Je réussis enfin à me stabiliser à environ 1 800 mètres d’altitude et je libère les graines exactement à l’endroit prévu. L’extase est totale ! » Une fois les graines au sol, leur taux de germination excède les 95 %, avec des arbres pouvant atteindre jusqu’à 50 mètres de haut. « La surveillance du site est assurée par satellite et le changement sera visible dans environ deux ans. » Mais les initiatives environnementales de Cani ne font que commencer. Ce dernier t­ ravaille déjà à sa prochaine cascade. Celle-ci combinera saut en parachute et élimination des plastiques dans les océans. « Je saute depuis 2 ­ 5 ans en repoussant sans cesse les limites, conclut-il. À 51 ans, le danger m’attire moins. Je veux désormais être utile. Tout comme le largage de graines, le projet qui suivra sera utile. » luigicani.tv ; Instagram : @luigicani


Fort intérieur C’est à s’y méprendre. Des photographies révèlent l’antre des instruments de musique et la surprenante beauté de leurs ­mécanismes.

Les murs rongés par le temps et le sol réparé avec des chutes de bois laissent penser au pre­ mier coup d’œil qu’il s’agit d’un skatepark délaissé au fond d’une grotte. Puis on s’aperçoit que la lucarne en forme de f est en fait l’ouïe d’un instrument à cordes. Nous sommes à l’inté­ rieur d’un violoncelle, photogra­ phié par Charles Brooks pour sa série Architecture in Music. « L’intérieur d’un violoncelle est fascinant. Bien des choses s’y produisent, raconte le Néo-Zélandais. Photographier un lieu minuscule avec une net­ teté parfaite sur toute la pro­ fondeur de champ incite notre cerveau à penser qu’il s’agit 16

Charles Brooks, ­violoncelliste accompli, découvre la photographie à l’âge de 15 ans et ­l’enseigne dans son école quelques semaines après s’y être initié.

d’un espace que l’on pourrait arpenter. » La relation de Brooks à la musique n’est pas nouvelle. Il fut le violoncelliste de l’orchestre le plus célèbre de Nouvelle-Zélande durant vingt ans. La musique et la photogra­ phie — passion née à l’adoles­ cence — tiennent une place égale dans son cœur, mais sa carrière de violoncelliste exige des sacrifices. « La musique classique est incroyablement compétitive, l’engagement doit être total », explique-t-il. Lorsqu’il se produit avec des orchestres à travers le monde, Brooks ne se déplace jamais sans son appareil photo, comme récemment avec le São Paulo State Symphony Orchestra. L’assassinat de ­plusieurs photographes dans la ville brésilienne le conduit cependant à braquer son objec­ tif sur ses seuls collègues musi­ ciens. Le confinement finira par ne lui laisser que les instru­ ments comme sujet. « Leurs entrailles restent méconnues, confie-t-il. Avant ce projet, je n’ai eu que deux fois l’occasion de

voir l­’intérieur d’un violoncelle. » Pour obtenir une netteté sur toute la profondeur de champ, Brooks utilise des projecteurs, une sonde spéciale et un Pana­ sonic Lumix. Il assemble ensuite les deux cents clichés qu’il prend avec des mises au point différentes, à l’aide d’un logiciel. « Le processus est long, il faut donc veiller à ce que la chaleur des lampes n’abîme pas l’instru­ ment. Je ne suis pas prêt à sacrifier un violoncelle vieux de 300 ans pour une belle photo ! » Désormais, Brooks donne libre cours à sa créativité et explore toutes les possibilités. « J’ai photographié un did­ geridoo et fut stupéfait de constater qu’il avait été sculpté par des termites et non une main humaine. Vous êtes face à cette espèce de tunnel extra­ terrestre dont la structure inté­ rieure est organique. » Afin de saisir les plus petits recoins des instruments, Brooks souhaite adapter l’imagerie utilisée en neurochirurgie. « L’idée est de pousser l’expérience le plus loin possible. » charlesbrooks.info THE RED BULLETIN

CHARLES BROOKS

ARCHITECTURE MUSICALE

TOM WARD

Basse intrusion : l’intérieur du violoncelle de Brooks, son instrument de prédilection, dégage une beauté envoûtante.


Détails clés : l’intérieur un brin menaçant d’un piano Steinway ; scène de film de science-fiction à l’intérieur d’un piano à queue Fazioli (ci-dessous).

THE RED BULLETIN

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Ce sous-marin de luxe pousse l’idée d’exploration de l’océan vers de nouvelles profondeurs.

Lorsqu’en 1620 le Néerlandais Cornelis Drebbel barre le premier sous-marin de l’histoire dans la Tamise, il est loin d’imaginer l’épopée sous-marine que son « bateau submersible » en bois enduit de graisse allait susciter. Quatre siècles plus tard, en 2005, son compatriote Bert Houtman fonde U-Boat Worx, fabricant de submersibles de loisirs qui propulse le tourisme subaquatique high-tech dans une autre dimension grâce notamment au lancement cette année du Nexus, un sous-marin au luxe inédit. Ultramoderne, le submersible peut plonger à 200 m de profondeur avec une autonomie de 18 heures. Ses huit pro18

Le Nexus rend le monde du silence accessible comme jamais.

marine préférée de Roy Heijdra. « L’endroit est l’un des plus étonnants. À seulement 100 m de la côte, on trouve des tombants atteignant jusqu’à 300 m de profondeur, avec de nombreuses épaves, de magnifiques coraux et une eau cristalline. » C’est aussi là que U-Boat Worx forme les futures pilotes pour les bateaux de croisières et ses clients privés. Si l’acquisition d’un Nexus — à partir de 5,2 millions d’euros — reste un rêve inaccessible au commun des mortels, réserver un voyage auprès d’opérateurs dans le cadre d’une croisière d’expédition constitue une alternative plus abordable. En attendant l’arrivée du Nexus encore en phase de conception, U-Boat Worx a lancé en mai l’UWEP (Underwater Entertainment Platform), un sous-marin pouvant accueillir 120 personnes dans un espace de 150 m² pouvant être transformé en restaurant, en casino ou même en lieu de mariage. « Notre objectif, conclut Heijdra, est et reste l’accès au monde sous-marin pour tous. » uboatworx.com THE RED BULLETIN

NINA ZIETMAN

Expérience ­subaquatique

pulseurs lui permettent de naviguer dans les courants. Il peut accueillir huit passagers plus le pilote, confortablement installés dans des sièges en cuir à l’intérieur d’une bulle de verre elliptique à 360 ° offrant une vue imprenable sur les fonds marins. « L’expérience est une immersion totale dans un autre monde, explique Roy ­Heijdra, responsable marketing de U-Boat Worx. Au-delà de 1,5 m de profondeur, les reflets disparaissent et le dôme devient invisible. On a l’impression d’évoluer en toute liberté. » Avec le pilote aux commandes et du champagne au frais grâce aux refroidisseurs de bouteille intégrés en option, vous observez la vie sous-marine dans des conditions idéales. « 79 % des océans sont encore inexplorés, et les créatures à découvrir nombreuses, explique Heijdra. Une aventure dans l’un de ces navires vous emmènera dans des lieux auxquels peu de gens ont accès. » L’île de Curaçao au large des côtes du Venezuela est la destination de plongée sous-

NEXUS

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Red Bull France SASU, RCS Paris 502 914 658

*Déplacement aux Etats-Unis et hôtel inclus Gran Turismo® 7 : Connexion Internet requise pour les caractéristiques présentées. Progression du jeu requise pour accéder à la plupart des véhicules. IL S’AGIT D’UN CONCOURS DE PHOTO VIRTUELLE. IL FAUT AVOIR UN COMPTE RED BULL (GRATUIT), UNE CONSOLE PS4/5, UN COMPTE PLAYSTATION™NETWORK, ET UN ACCES AU(X) JEU(X) POUR PARTICIPER. 09/05/22-10/30/22. Pour participer, suivez les étapes sur le site redbull.com/capturepoint pour soumettre une photo d’un jeu participant. Organisateur : Red Bull France SASU, RCS Paris 502 914 658. «PlayStation», «PlayStation Family Mark», «PS4 Logo», et «PS5 Logo» sont des marques déposées ou des marques déposées de Sony Interactive Entertainment Inc. Horizon Forbidden West est une marque déposée de Sony Interactive Entertainment LLC. « Gran Turismo » et « GT » sont des marques déposées ou des marques de commerce de Sony Interactive Entertainment Inc.


Marc Rebillet

C’est suite à un licenciement qu’il s’est improvisé musicien. Le voilà désormais adulé par des millions de fans fous de son style électro unique qui jongle avec les genres musicaux. Texte WILL LAVIN

Photo SHANE McCORMICK

Marc Rebillet ne s’est jamais dit qu’il deviendrait célèbre. Ou plutôt, il n’y croyait pas vraiment. Pourtant, cet improvisateur virtuose également connu sous le nom de Loop Daddy est actuellement l’un des musiciens les plus bouillonnants du net ; en robe de chambre et caleçon, cette star de YouTube réalise des performances en livestream complètement déjantées pour le plus grand bonheur de ses millions de fans. Si les chansons de Marc Rebillet abordent tous les sujets sans tabou, elles ne se limitent pas à la comédie. Fort d’une éducation musicale classique reçue jusqu’à l’âge de 15 ans, il compose des chansons profondes qui font preuve d’un réel talent musical. Malgré ses prédispositions naturelles pour la scène, Marc, né à Dallas d’un père français et d’une mère américaine, met de côté sa passion pour la musique pendant plus de dix ans pour embrasser une carrière d’employé de bureau. Jusqu’au jour où il perd son job dans un centre d’appels au Texas. « Si je ne m’étais pas fait virer, je ne me serais sans doute jamais lancé dans une carrière en pro. » Équipé d’un clavier MIDI et de sa marque de fabrique, une loop station Boss RC-505, Marc commence en 2016 à filmer ses performances en ­livestream depuis son appartement new-yorkais. Succès immédiat. Grâce à sa popularité endémique sur le web, il décroche quelques concerts dans la région, assez fier à l’époque d’avoir su convaincre plusieurs restaurants de le laisser jouer pendant l’heure du déjeuner. Depuis, il a trois albums et deux EP à son actif, s’est produit devant des milliers de personnes aux

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quatre coins du monde et joué avec certaines de ses idoles comme Flying Lotus ou Erykah Badu… « Un truc de malade » selon ses dires. Son père Gilbert l’a soutenu jusqu’à son décès des suites d’Alzheimer en 2018, lui répétant sans cesse qu’il était fait pour la scène. À 33 ans, avec une série web sur Amazon Music (We’ve Got Company) et une tournée européenne, Marc est enfin d’accord avec lui. the red bulletin : Comment avezvous réagi quand vos rêves de carrière musicale semblaient être au point mort ? marc rebillet : Je me suis répété le même discours : « Tu te prends pour qui ? Tu vieillis, tu n’as pas gagné un centime grâce à ta musique, et tu n’as sûrement pas l’éthique de travail nécessaire pour y arriver. Pourquoi t’accrocher à cette idée folle et stupide ? » Et puis un jour, tout notre département au centre d’appels s’est fait virer. J’ai reçu deux mois d’indemnités et j’ai pensé que c’était le bon moment pour se reprendre en mains. J’ai été voir un type pour qui j’avais bossé comme serveur et il m’a engagé pour jouer lors d’une fête de la bière organisée dans son restau. C’était la première fois de ma vie que j’étais payé pour faire de la musique. En un mois, j’avais trois sessions hebdomadaires et quelques dates de concerts ponctuels. Au fil de l’année, j’ai commencé à remplir des salles. L’humour occupe une place importante dans votre travail. S’agit-il d’un conflit intérieur pour vous qui êtes musicien de formation ? Je ne veux pas être considéré comme un musicien comique, car excepté Weird Al (Yankovic, ndlr) et

Le plus important, c’est la musique ? Elle est au cœur de tout. Il faut qu’elle soit bonne si je veux espérer faire un truc à peu près drôle dessus. Plus les années passent, moins je fais dans la provoc. J’ose espérer que c’est de l’humour moins tordu et plus raffiné. Je fais passer des messages plus sérieux, maintenant, et j’espère que ma musique est meilleure qu’à mes débuts. Cela vous a-t-il aidé que votre père croie en vos ambitions musicales ? C’était un type rempli de charisme et français jusqu’au bout des ongles. Il m’aimait plus que tout au monde et me donnait des conseils. Quand j’étais gosse, je voulais juste faire de la musique, mais lui me disait : « Non, tu dois te produire sur scène, tu dois faire ceci et cela … » C’était un bon vivant acharné qui passait son temps à dire des trucs comme « Oh lala, quelle bonne bouffe », et « Oh mon Dieu, regarde-moi ce ciel. Prends une bonne bouffée d’air. » C’est pour ça que votre musique est remplie de messages positifs ? Complètement ! J’ai eu la chance d’avoir reçu beaucoup d’amour dans mon enfance. Même dans les moments de stress ou d’angoisse, je suis plutôt heureux, dans le fond. Les gens le sentent. Et maintenant que j’ai compris que ça fait écho chez les autres, j’ai tendance à en rajouter une couche. Si le bonheur est contagieux, le mieux est de le répandre autour de soi.

marcrebillet.com

THE RED BULLETIN

SHANE MCCORMICK/TEAM MARC REBILLET

Une carrière sous la loop

­ enacious D, qui sont des icônes T ­indétrônables, je considère que ce n’est pas un genre musical légitime en soi. C’est essentiellement une parodie musicale : on exploite la musique pour faire des vannes. Je hais les parodies musicales. Je les hais, je les hais, je les hais ! Donc je ne veux pas faire partie de ce club. J’espère que ce que je fais est suffisamment solide pour être considéré comme du bon son et je rajoute deux trois trucs débiles par dessus. C’est ça mon dilemme : j’essaie d’abord d’être un musicien tout en ­faisant des trucs un peu loufoques.


« Même dans le stress ou l’angoisse, je suis plutôt heureux. »

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Sienna Miller

Plus jeune, Sienna Miller vivait sa vie comme on lui dictait. Désormais, l’actrice est seule aux commandes. Sa force ? Un petit mot en trois lettres… Texte RÜDIGER STURM

Sienna Miller, version party girl glamour, c’est fini. Grâce à des films comme American Sniper ou The Lost City of Z, elle a mûri, gagnant le respect du public et de ses pairs comme actrice « sérieuse ». Depuis peu, elle figure au casting de l’excellente série britannique Anatomie d’un scandale, diffusée sur Netflix. À 40 ans, Sienna Miller s’est enfin débarrassée des clichés qui lui collaient à la peau, et a entrepris un profond travail d’introspection. Elle nous explique dans cet entretien comment se libérer, progressivement, de modes de pensées archaïques, et comment elle s’y prend pour éduquer sa fille de neuf ans à devenir une femme forte et indépendante. the red bulletin : Vous avez réussi à vous imposer dans le monde du cinéma, comme l’atteste actuellement votre rôle dans la série Anatomie d’un scandale. Qu’est-ce qui a été décisif pour ­réaliser ce bond en avant dans votre carrière ? sienna miller : Je me suis dégagée des rôles très stéréotypés que l’on me proposait. Et j’ai concentré mon attention sur des réalisateurs avec lesquels je n’avais pas l’habitude de travailler. Il était aussi nécessaire que je cesse de penser à accepter un rôle pour rendre service ou pour faire plaisir à quelqu’un d’autre que moi. Avant, j’ai longtemps accepté de jouer pour un salaire moins élevé que celui de mon partenaire masculin dans un film… même quand je

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trouvais cela injuste ! Simplement parce que j’avais la sensation que je devais m’estimer heureuse qu’on me propose un job… Je ne ferai plus jamais cela. Je ne rendrai plus ce genre de « services » simplement pour plaire ou rester dans les petits papiers de certaines personnes. Maintenant, je dis non, sans détour. Quel fut le déclic ? Une solidarité féminine, la sororité, que je ressens de plus en plus fortement depuis quelques années. Quand je m’insurge contre quelque chose, je sens toute une armée de consœurs qui me soutiennent. Et aussi, à mon âge, j’ai une meilleure connaissance de la personne que je suis. Je suis quelqu’un de curieux, je veux être heureuse. Et cette lucidité sur mes priorités dans la vie me permet de trouver la paix intérieure et me donne de la force. Quels furent les obstacles à ­surmonter ? Je suis issue d’une génération de femmes qui ont accepté, du moins toléré, beaucoup d’injustices et de comportements inappropriés de la part des hommes. C’était plus simple que de protester. En outre, j’allais dans une école très conservatrice, où les idées progressistes n’avaient pas leur place. C’était le terreau idéal pour faire de nous de parfaits réacs.

Comment faites-vous pour ­préserver votre fille de 9 ans, ­Marlowe, de ces modèles cloisonnés avec lesquels vous avez été élevée ? Les conditions ont évolué, heureusement : il y a un changement de paradigme dans la société. Je me suis assurée qu’elle apprenne à penser de manière progressiste. C’est pourquoi j’ai choisi une école où les questions d’éthique et de responsabilité politique sont au centre des discussions. Nous avons déjà été ensemble manifester pour les droits des femmes. Elle a une autre conscience de la situation que moi au même âge. Elle ne cherche pas à faire plaisir. Je suis très fière de cela. Que faites-vous pour votre développement personnel ? Plus je vieillis, plus il est important pour moi de cultiver mon esprit. Je m’intéresse beaucoup à la psychologie et à la philosophie, deux matières que nous n’avions pas à l’école, et auxquelles je me suis ­formée par mes propres moyens. À chaque fois que je me découvre des lacunes dans un domaine, j’essaie de les combler. Et puis, je souhaite progresser dans mon métier. J’aimerais passer à la réalisation et m’impliquer davantage dans le développement créatif. Mais pas de projets à long terme. Pourquoi pas ? Parce que je vis dans l’instant ­présent.

Instagram : @siennathing

Comment avez-vous chassé tout cela ? Ce fut un long processus. Cela a commencé quand j’ai quitté l’école et que j’ai côtoyé le milieu culturel. Les gens y étaient plus ouverts, et cela a contribué à élargir mon horizon. J’ai THE RED BULLETIN

SHAYAN ASGHARNIA/AUGUST/PICTUREDESK.COM

Le pouvoir du non

ainsi commencé à remettre la société en question. Je me suis rebellée, j’ai viré de bord : d’une droite conservatrice, je suis passée à une gauche plus sociale.


« Si je me découvre des lacunes dans un domaine, je vais essayer de les combler. »

THE RED BULLETIN

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Bobby Kolade

Retourner le vêtement Le styliste ougandais de 32 ans bouscule l’exploitation de l’industrie mondiale de la friperie, en mode retour à l’envoyeur. Une belle pièce à la fois. Texte EMINE SANER

Photo IAN NNYANZI

Adolescent, à Kampala, la capitale de l’Ouganda, Bobby Kolade achetait des ­vêtements d’occasion et les faisait ­refaire par un tailleur selon ses propres conceptions : ceintures cousues à même les chemises, pantalons réassemblés avec des patchs. Près de vingt ans plus tard, devenu styliste pro, Bobby Kolade le fait dorénavant lui-même, sauf que ses créations ­modernes sont autant une déclaration politique qu’une déclaration de mode. L’Ouganda, comme de nombreux pays d’Afrique, possède une énorme industrie de vêtements de ­seconde main, alimentée par la surconsommation de fast fashion ­jetable dans les pays à haut revenu. Les vêtements, souvent donnés à des associations caritatives, sont expédiés dans les pays africains où ils sont ­revendus ou balancés à la décharge. Kolade change la donne. Né au Soudan et élevé à Kampala par sa mère nigériane et son père allemand, le designeur a étudié la mode à Berlin et passé plus de dix ans à travailler pour des maisons de couture, notamment Balenciaga et Maison Margiela à Paris. En 2018, il revient à Kampala et, trois ans plus tard, lance sa marque de vêtements, Buzigahill. Pour son premier projet, Return to Sender, Kolade et son équipe transforment les vêtements jetés par les consommateurs du Nord en pièces haut de gamme qui leur seront revendues. Traces de sueur non comprises. the red bulletin : Quand vous êtes-vous intéressé à la mode ? bobby kolade : À 14 ans, je découpais des vêtements et les faisais

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r­ ecoudre. Puis mon intérêt s’est ­développé à Berlin. J’étudiais le ­design graphique mais j’étais toujours avec les gens de la mode, alors j’ai changé de branche. Je voulais lancer une marque qui utiliserait du coton ougandais pour créer des vêtements durables, depuis un studio à Berlin. J’avais l’état d’esprit du Nord global, c’est-à-dire extractif : les emplois de haut niveau seraient en Europe pendant que les Ougandais ne seraient là que pour la production. J’ai continué mes recherches et, fin 2017, j’ai décidé de m’installer définitivement en Ouganda. Ça a été libérateur. Quand avez-vous pris conscience des problèmes liés aux vêtements de seconde main ? Vers 2015. Ado, j’allais au marché Owino à Kampala et fouillais dans les piles pour dénicher des vêtements sympas. Puis, à Berlin, je donnais des vêtements dans des bacs de charité. J’étais ainsi un acteur du circuit qui ignorait ce qui se passait. J’étais déçu de moi-même et furieux contre le système. Environ 80 % de tous les achats de textiles et de vêtements en Ouganda sont des achats d’occasion. Il est donc difficile d’être compétitif en tant que créateur et producteur. L’Ouganda produit un coton de classe mondiale mais 95 % est exporté en tant que matière première. Quel est l’impact du port de ces habits de seconde main ? Il y a beaucoup de choix et c’est abordable, mais culturellement, c’est un problème. Reste-t-il quelque chose d’ougandais ? Le pays a été ­dépassé par les styles occidentaux. J’ouvre un ballot de vêtements et toutes les aisselles des chemises

blanches sont tachées de sueur. Beaucoup de gens dans le Nord pensent que les Africains pauvres vivent tout nus et ont besoin de ces vêtements. Il faut que cette idée change. Il s’agit d’un commerce énorme et des gens gagnent beaucoup d’argent. Dans un monde idéal, les PDG des entreprises de vente au détail de vêtements devraient se demander : « Ce que nous faisons profite-t-il uniquement au Nord ? » Les habitants des pays plus riches ne peuvent acheter des vêtements bon marché que parce qu’ils exploitent les gens au niveau de la production et de l’élimination. Ça vous fait quoi, de transformer une fripe jetée en une pièce unique ? Les sentiments sont partagés. C’est très satisfaisant d’envoyer des colis aux clients des pays riches. Mais les vêtements de seconde main sont imprévisibles. Nous achetons de gros ballots et nous ne savons pas ce que nous allons recevoir. L’étiquette indique « Tee-shirts » mais nous ne savons pas de quel type, ni s’ils ont des trous ou des taches. Il est très difficile de mettre en place des processus de conception et de production. J’appelle cela le « design réactionnaire ». On ne s’ennuie jamais. Votre expérience dans la haute ­couture vous est-elle utile ? J’ai dû oublier presque tout ce que j’ai appris. Il y a un certain niveau de « ­rugosité » que nous avons dû intégrer dans nos créations. Nous n’élaborons pas de thèmes de collection. C’est le contenu du ballot qui dicte tout. Quel futur pour Buzigahill ? Nous cherchons un studio car nous travaillons à six dans mon salon. Il y a un énorme potentiel dans le domaine du recyclage, pour générer de nouvelles fibres à partir de déchets et aussi intégrer le coton ougandais dans la collection, mon rêve initial. J’aimerais introduire l’artisanat local, créer de petites usines et développer la fierté nationale à travers les vêtements. Toutes ces questions sont politiques, environnementales, et nous sommes en pleine catastrophe vestimentaire.

buzigahill.com

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« Ce que je fais, c’est du design réactionnaire. »

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EN

ASCENSION

Rencontrez le joueur de League of Legends ­LUCAS « SAKEN » FAYARD, qui a connu l’échec, avant de devenir une star de l’esport français. En restant lui-même et en élevant sa team. Texte EVA MARTINELLO

Photos LITTLE SHAO


Saken, 23 ans, joueur star pro de League of Legends au sein de la Karmine Corp. L’esport en France s’envole avec lui.

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Dans League of Legends, le personnage favori de Saken se nomme Ryze, un puissant sorcier qui utilise des pouvoirs fantastiques pour affronter ses adversaires.


Saken

« J’étais sûr qu’un jour, j’allais devenir excellent. »

S

oir de la Fête de la Musique. En ce 21 juin à l’Accor Arena de Paris, une foule de 12 000 personnes crie à pleins poumons pour l’entrée de sa star favorite. « Veuillez accueillir Saakeeen ! » Certains brandissent une pancarte à son effigie, d’autres montrent leur maillot à son nom ou tapent du pied pour faire vibrer la salle mythique où se produisent habituellement des monstres de la musique comme Metallica, Beyoncé ou Drake. Chanteur ? Comédien ? Rien de tout ça. Cette icône, c’est Lucas Fayard, pseudo Saken, 23 ans, joueur professionnel d’esport pour la structure Karmine Corp.

Pas n’importe qui

Deux semaines plus tard, nous le rencontrons aux locaux de son club, la Karmine Corp. L’interview aura lieu dans la salle d’entraînement de son équipe. Une vaste pièce aux grandes baies vitrées, dotée de six postes, pour les joueurs et leur coach : des PC dernier cri, avec clavier mécanique, et des micro-casques… Sans oublier les sièges gaming siglés Karmine Corp. Saken semble un peu stressé, mais se détend très vite quand il évoque sa maison. « J’ai tous mes repères ici. C’est un endroit incroyable. C’est là où j’ai toujours voulu être. » Et pour cause : Saken n’a jamais obtenu autant de succès qu’avec ce club, rejoint peu après sa ­création, début 2021.

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Saken

Et cet event à l’Accor Arena, nommé KCX2 pour « Karmine Corp Xpérience 2 » (après une édition au Palais des Congrès à Paris en juillet 2021), a été comme l’aboutissement de tout ce succès. Les yeux du joueur s’illuminent quand on mentionne le KCX : l’émotion est encore vive. « Je n’ai pas les mots… C’est une expérience tellement particulière. Ça me sidère de voir que tous ceux qui suivent la KCorp sont investis à 100 %. Et quand je fais de belles actions ou que je gagne des trophées, j’ai l’impression de leur rendre ce qu’ils m’envoient… C’est un échange. Je veux faire hurler les fans devant leur écran et les faire kiffer ! » Saken n’est pas n’importe qui dans ce club esport. C’est le pilier de son équipe principale, sur le jeu d’arène stratégique League of Legends (ou LoL). Depuis ses débuts au sein de cette dernière, il a remporté avec lui trois titres d’European Masters, soit le palmarès le plus élevé de son niveau de compétition, et un de Ligue Française (LFL). Pourtant, au lancement de la Karmine Corp sur LoL, rien ne lui prédit un tel succès : l’équipe étant formée de plusieurs joueurs sortant d’une pause ou d’une mauvaise saison,

beaucoup ne croient pas au projet. Et pourtant : elle écrase complètement la concurrence et rafle presque tous les trophées au cours de sa première saison. Tout y est : le succès, le style de jeu agressif qui dope les audiences et une ferveur de fans qui rivalise avec les ultras de clubs de foot, poussée par l’impulsion des fondateurs de la KCorp, des personnalités déjà connues du milieu : Kameto, joueur et influenceur connu sur LoL depuis de nombreuses années, et Prime, personnalité aux multiples casquettes, entre jeu vidéo, musique et sport. La ­Karmine est une success story comme on en voit rarement dans l’esport. Pour Saken, au cœur de l’équipe, c’est une véritable résurrection après six ans de carrière et une saison catastrophique en 2020 avec son équipe précédente qui a bien failli lui faire abandonner l’esport.

Sortis de nulle part

Saken s’est imposé sur la scène française il y a déjà des années. Jean « TraYtoN » Medzadourian, commentateur de LoL et ancien joueur professionnel, se remémore ses débuts de carrière avec lui, quand ils signent leur tout premier

Saken aux côtés de Doigby, host star de l’esport, s’apprête à recevoir un trophée de MVP.

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contrat semi-professionnel en 2017 avec un club qui vient de se lancer au nom de son sponsor, Gentside. C’est là que débute l’épopée de Saken. « C’était déjà un joueur très polyvalent, le meilleur de notre équipe, je pense. Il aimait tester de nouvelles choses, jouer de tout, beaucoup bouger. » Saken est plus mesuré : « Quand j’ai joué avec TraYtoN, j’avais 18 ans et j’étais un peu tête brûlée… » Déjà potes après s’être rencontrés sur le jeu, les deux joueurs deviennent coéquipiers. « On avait fait de bons résultats alors qu’on sortait de nulle part ! J’en ai des souvenirs de fou. » TraYtoN et Saken se souviennent d’un match particulièrement marquant : la finale de la Lyon Esport en 2017, leur tout premier gros tournoi, qui attire des joueurs venus de toute l’Europe. L’esport est alors en plein boom. À l’époque, on est encore loin des 12 000 ultras du KCX2, mais des centaines de fans sont là pour suivre la finale. Déjà, Saken s’illustre avec le champion, l’un des « personnages » du jeu, qui deviendra son pick signature chez la KCorp : le mage Ryze, avec lequel il gagnera son premier titre d’European Masters en 2021 (équivalent de la deuxième division européenne). Ce jour-là, pour les adversaires de Gentside, l’équipe LDLC, une chose est claire : ne laisser aucune chance à Saken, leur plus grande menace, de briller dans la partie. La finale durera près de quatre heures, avec une domination de Gentside, mais les dernières 45 minutes de la partie tournent à l’avantage de LDLC. La défaite de Gentside est déchirante ; Saken s’isole dans sa bulle, d’autres de ses coéquipiers sont en sanglots. Mais aujourd’hui, il en garde de très bons souvenirs. « J’ai vraiment été à rien de la gagner ! Mais j’ai performé et montré que je pouvais leur faire peur, même si on n’a pas gagné. C’est ça qui m’a le plus motivé. » Ce match attirera beaucoup de regards. L’équipe finira même par arriver jusqu’en quarts des European Masters en ligne l’année suivante. À ce moment-là, la THE RED BULLETIN

ELLIOT LE CORRE STYLE: CÉLINE BOURGEOIS, TENUES DE SAKEN PAR MARTIAN AGENCY, SNEAKERS: ADIDAS

« Je veux faire hurler les fans devant leur écran et les faire kiffer ! »


Un trône, comme un clin d’œil décalé à son rôle de pilier de la KCorp, et un grimoire, en r­ éférence à son perso, Ryze.


Saken traverse un mur d’ultras déchaînés lors du KCX2 organisé par la Karmine Corp.

compétition a déjà transformé Saken, qui n’a plus grand chose en commun avec l’enfant timide qu’il était au moment de découvrir le jeu. Avant de se dédier à LoL, Saken est un adolescent touche-à-tout, qui a un certain caractère malgré sa façade calme et discrète. Il cherche encore sa voie et passe plus de temps à courir sur les terrains de handball et à voir ses potes, que devant son PC. D’ailleurs, LoL est le premier jeu dans lequel il s’investit réellement. « J’aime bien tout ce qui est compétitif, et je pense que ça l’aurait fait avec tout ce qui aurait pu me tomber dessus à ce moment-là », nous avoue-t-il. Son cœur balance entre le 32

handball et le jeu vidéo, mais il se décide quand il dispute ses premiers tournois sur LoL. « Au début, je jouais sans ambition, mais j’ai vite appris et j’ai accroché. J’ai joué beaucoup jusqu’au lycée, je rencontrais des gens sur le jeu et on faisait des tournois en ligne juste pour le plaisir et gagner un peu de trucs. » À mesure qu’il gagne en expérience, le compétiteur monte dans le classement du jeu et nourrit des ambitions grandissantes ; le rêve d’entrer au Championnat du Monde, qui a lieu chaque année, s’installe dans un coin de sa tête. « J’étais sûr que j’avais des capacités que d’autres n’avaient pas, et qu’un jour, j’allais devenir excellent. »

Rêve et cauchemar

Lucas est quelqu’un qui ne fait pas les choses à moitié. Ce pourquoi il décide de tout lâcher quand sa première opportunité semi-professionnelle se présente, en abandonnant son DUT Réseaux et Télécommunications en cours de route, dans l’optique de le reprendre en cas d’échec dans l’esport. « Je devais faire le choix de ne me consacrer qu’à l’un des deux pour être à 100 %. Le plus dur, ça a été de convaincre ma mère… » Heureusement, il a déjà gagné son premier tournoi et son frère le soutient. « Il a dit à notre mère que j’avais un petit niveau, que je pouvais faire quelque chose. Elle a compris que c’était ce qui me passionnait vraiment, donc elle a accepté. » Son frère devient son premier supporter quand Saken se lance à corps perdu dans le jeu en rejoignant Gentside. À partir de là, il suivra tous ses matchs, de sa finale mythique de Lyon Esport en 2017 jusqu’au fameux KCX2. THE RED BULLETIN

JAMES CAO

« J’étais dans le doute, je réfléchissais à reprendre mes études. »


Saken

s­ egment de printemps compliqué, en milieu de tableau, l’équipe se transcende et devient vice-championne de celui d’été. « Il y a eu beaucoup de hauts et de bas, mais j’ai beaucoup appris. J’étais très peu à l’écoute des autres et j’étais assez gamin, je l’ai compris quand j’ai senti beaucoup de frustration de mes coéquipiers. Je me suis dit : peut-être qu’il faut que je change un peu. »

Paris-Berlin

Et les sacrifices de Saken payent. Chaque année, il s’impose un peu plus sur la scène française de LoL, jusqu’à son arrivée chez l’équipe académie de la structure esport Vitality : Vitality Bee, pour la création de la Ligue française de League of Legends en 2019. Cela promet de nouveaux sommets pour sa carrière : le club Vitality est alors le plus prestigieux en France et son équipe principale évolue en ligue européenne, soit le plus haut niveau de la compétition. L’équipe académie, en ligue nationale, c’est la petite porte pour espérer ensuite rejoindre la principale, installée à Berlin. « J’intégrais une très grosse organisation : Vitality, c’était le rêve. Ça me tenait à cœur de rester en France, voir ma famille, qui est très importante pour moi. En plus, j’étais dans leur équipe académie, donc je me disais que je pourrais peut-être aller en LEC (ligue européenne, ndlr), en plus avec une équipe française ! » Et effectivement, après un THE RED BULLETIN

Saken revient transformé pour la saison 2020. Pas seulement dans le jeu, mais aussi en dehors. Il est devenu plus mature et tout semble aller pour le mieux chez Vitality Bee, mais rien ne prédit qu’il va finir l’année au pied du mur. Alors qu’il commence sa saison en ligue française, il doit rapidement prendre un double-rôle en jouant aussi dans l’équipe de la ligue européenne, le midlaner titulaire étant bloqué par des problèmes de visa. Une situation supposée être provisoire, mais qui durera six semaines en tout, soit la majorité du ­segment de printemps. Pendant ces semaines, Lucas remplit à la fois son rôle en équipe académie à Paris et celui en équipe principale à Berlin. Au début, il voit cela comme une aubaine : son rêve, c’était de jouer en ligue européenne. Et s’il faut le faire dans des conditions moins qu’idéales, puisqu’il doit continuer à jouer aussi dans la ligue nationale, soit. « Dans l’équipe LEC, il y avait un joueur, Skeanz, comme point d’appui pour moi, je le connaissais depuis très longtemps. Je me suis dit qu’on allait devenir un duo légendaire, que ça allait être incroyable. J’y croyais vraiment. » Mais il se rend vite compte que ce rythme n’est pas tenable. Quand il s’entraîne avec l’équipe principale, l’équipe académie est obligée de trouver des remplaçants à chaque fois, ce qui affecte leurs performances. Et quand Saken revient dans l’équipe académie, il retrouve des joueurs confus. L’opportunité finit par se transformer en cauchemar. Comme Saken se replonge dans ces souvenirs, son visage

« En plus d’un joueur, Saken est ­devenu un leader. » TraYtoN, son ancien coéquipier

se ferme. « Plus les semaines avançaient, plus c’était compliqué au niveau du rythme. Et puis on a commencé à perdre dans les deux équipes. Je faisais quatre défaites par semaine… C’était une période assez horrible. À la fin, je voulais juste que ça s’arrête. » Au total, le joueur perd onze de ses douze matches en ligue européenne et dégringole en même temps en ligue française. Il termine le segment de printemps 2020 dans les abysses. « J’étais dans ma bulle, j’essayais de digérer tout ce qu’il s’était passé. J’ai perdu contact avec pas mal de monde. » Il arrive à se remotiver pour le segment d’été en ligue française, mais les ennuis continuent : l’équipe ­termine la saison sans avoir rempli ses objectifs, en milieu de tableau et sans qualification en European Masters. « Je m’étais dit : “Je donne tout, je vais montrer que je suis un très bon joueur, les problèmes seront réglés.” Mais le summer s’est mal passé, et c’est là où j’ai ­vraiment douté. » À terme, Saken est remercié par l’équipe Vitality Bee. Un dernier coup de massue pour Lucas après sa saison catastrophique, qui manque de le pousser à abandonner, à laisser tomber l’esport qui lui avait tant offert ces dernières années, et auquel il avait tout donné. Mais il perçoit une lueur d’espoir dans son horizon de vie plus que sombre : un recrutement potentiel et inespéré de la Karmine Corp. « J’ai douté à 100 % de ce que je devais faire. Je me souviens avoir appelé mon frère quand j’ai reçu l’offre du projet Karmine. J’avais des doutes, je réfléchissais à reprendre mes études. Lui voulait m’aider même si j’abandonnais, il me disait : c’est ton choix. » Avec le soutien de ses proches, la flamme ne s’est pas éteinte en Saken pour autant. Après une longue réflexion, il décide de parier sur sa dernière chance : il rejoindra la Karmine Corp. « J’étais obligé d’essayer car j’avais encore quelque chose à prouver. Je pensais que j’avais encore ce truc de plus que les autres, j’en étais persuadé au fond de moi ! » C’est cette flamme en Saken que la Karmine Corp avait bien remarquée quand elle cherchait à former sa première équipe, sur League of Legends. « Il n’a pas eu une période facile chez Vitality. Mais quand tu le voyais jouer, il ne dénotait pas des autres joueurs en ligue européenne, et ça, c’est rare quand tu joues en LEC pour la première fois. ­Surtout sur le mid, où on a pas mal de gros clients, nous raconte son coach 33


Saken

Rester soi-même

La midlane, c’est le poste central de l’équipe, qui est souvent le plus populaire et le plus convoité. Mais le maîtriser est loin d’être facile. Dans l’arène du jeu, il y a trois lignes, et le mid (pour middle) se situe sur celle du milieu. Cela la place logiquement au cœur de toute l’action du match : il faut savoir anticiper les mouvements des adversaires et s’y adapter rapidement. Tous les points d’intérêt de la carte du jeu sont à sa portée et tous les joueurs de la partie finiront par passer sur la ligne du midlaner. Cela ouvre un champ de possibilités énorme pour ce rôle, c’est pourquoi avoir confiance en son style de jeu est d’autant plus important sur le mid, ce dont Saken ne manque pas. « Il a des opinions tranchées mais il n’est pas têtu, explique Striker. Il peut explorer et aller sur tous les spectres de compos possibles. C’est quelque chose qui permet de faire progresser l’équipe, notamment au mid, qui est souvent le rôle où il y a le plus de champions possibles à jouer et qui change beaucoup en fonction de la meta (stratégie générale du jeu évoluant à chaque mise à jour, ndlr). » En effet, Saken sait s’adapter, mais il défend aussi sa propre vision du jeu. C’est une qualité qu’il juge indissociable de son identité. « Je veux jouer au jeu comme je le perçois, et c’est ce qui se

passe au sein de la KCorp. » Cela peut paraître simple, mais Saken a mis des années à réussir à l’affirmer, et la Karmine a été l’équipe avec laquelle il a pu le faire. « Je me suis inspiré de parcours comme ceux de Faker et Doinb », explique-t-il. Ces deux Sud-Coréens font partie des vétérans de LoL les plus respectés au monde, qui continuent d’inspirer toutes les générations de joueurs. « Doinb m’a beaucoup marqué parce qu’il a énormément galéré, mais il a quand même réussi à gagner les Worlds (associables à une Coupe du monde de LoL, ndlr). Il a eu de mauvais résultats dans sa carrière, je pense que ça peut forcer tout le monde à se remettre en question. Au bout d’un moment, tu perds la foi d’y arriver. » Saken se remémore la finale mondiale de League of Legends au Worlds de Paris en 2019, où Doinb avait été sacré champion, marquant une belle revanche que le Français identifiera plus tard à son propre parcours. « Plein de gens ne pensaient pas que c’était un très bon joueur, parce qu’il jouait de sa façon à lui… mais c’est là qu’il a été le meilleur : quand il a été dans son style. C’est pour ça que les parcours

« Quand les choses paraissent tendues, c’est lui qui va faire la différence. » Striker, coach de Saken

Le Blue Wall de la KCorp à l’Accor Arena. L’événement a affiché complet en dix minutes.

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comme Doinb m’ont motivé à rester fidèle à ma façon de jouer. » En effet, le Sud-Coréen n’est que peu reconnu pour les qualités-types d’un midlaner : gagner son duel contre l’adversaire en début de partie. Mais ses forces sont ailleurs : Doinb préfère sacrifier ses ressources pour permettre à son équipe de briller, une force non visible dans ses statistiques. Et pourtant, ce sera l’un des facteurs clés de la victoire de son équipe aux Championnats du Monde. « Je me suis beaucoup identifié à son style, explique Saken. Mon idéal de jeu, c’est de créer du mouvement ; rester en contrôle quoiqu’il arrive ; donner mes ressources à mes coéquipiers pour qu’ils puissent briller. »

D’outsider à pilier

C’est l’une des raisons pour lesquelles Saken est au sommet de son art chez la Karmine Corp. Quand l’équipe commence à jouer en 2021, tout roule parfaitement : Lucas et un autre joueur, ­Targamas, sont déjà très proches avant de rejoindre le club, ayant été coéquipiers chez Vitality Bee en 2020. Ils créent rapidement un cœur solide dans l’équipe. « Saken et Targamas voulaient rejouer ensemble : quand tu as deux profils comme ça, si tu peux les prendre, t’y vas. C’était important d’avoir des joueurs qui se comprennent et qui puissent être l’ossature de la lineup, raconte le coach ­Striker. Il y avait aussi déjà une ferveur des supporteurs, même si on était loin d’aujourd’hui, on avait déjà une fanbase consolidée qui commençait à faire parler d’elle », dit-il en faisant référence au ­premier projet-test du club l’année précédente lancé par Kameto. Nommée Kameto Corp, elle finit dans le top 3 de la Division 2 en 2020 – un niveau audessous de la Ligue Française (LFL), jusqu’à ce que le club soit renommé ­Karmine Corp et intègre la LFL. Il ne reste alors plus que le joueur Adam de l’équipe initiale, mais les fans sont déjà là pour suivre cette nouvelle itération qui évoluera un niveau au-dessus, et Kameto affiche de grandes ambitions, parlant déjà de rejoindre un jour la ligue européenne. Pour ces raisons, le projet convainc Saken et la machine est lancée. Le midlaner est plus motivé que jamais, mais il ne se met pas la pression pour des résultats : il veut simplement reprendre goût au jeu, offrir le meilleur de son jeu avant tout. C’est peut-être ça aussi, le secret de ses victoires. Beaucoup prédisent la KCorp en bas de tableau pour THE RED BULLETIN

JAMES CAO

actuel, Striker. Il est polyvalent, il peut s’adapter à toutes les situations et a cet aspect clutch : quand les choses paraissent t­ endues, c’est lui qui va faire la différence. »


« J’essaie de rester un pilier pour l’équipe ; il faut qu’on joue sur les forces de chacun pour gagner. »


« Je veux rester en contrôle et donner mes ressources à mes coéquipiers pour qu’ils puissent briller. » 36

THE RED BULLETIN


Saken

Concentré, Lucas « Saken » Fayard visionne son dernier match de compétition en LFL.

sa saison de lancement, mais elle crée la surprise. Elle écrase toute ­concurrence en ligue française et remporte le segment de printemps, ainsi que deux éditions d’affilée des European Masters (et maintenant 3), tournoi opposant les meilleures équipes des ligues nationales d’Europe. Une première historique. « Je ne m’y attendais pas ! Je n’avais pas d’objectifs, je voulais juste profiter avec des coéquipiers avec qui je m’entendais très bien. Avec Cinkrof et Targamas, on était très soudés, on revenait de phases difficiles. On s’est donnés à 100 %. C’était un peu comme une dernière chance ! » Un an plus tard, la Karmine Corp reste un pilier de la scène compétitive française. Ses matches dopent les audiences et sont aussi suivis à l’international. Tous les joueurs ont évolué vers d’autres structures, sauf Saken. L’outsider total à sa sortie de Vitality est devenu le pivot de l’identité de la Karmine Corp, un rôle qu’il essaie d’assumer autant dans le jeu qu’en dehors. « C’est quelqu’un de calme et posé, qui peut avoir l’air réservé car il n’est pas hyper expansif. Mais c’est différent dans le jeu : il peut être une voix pour guider ses teammates pendant le game. Il essaie de prendre une place de leader car c’est le plus ancien de la THE RED BULLETIN

« Saken a gagné le cœur des fans, c’est un peu le héros du peuple. » Yvan, ultra de la Karmine Corp line-up, il a beaucoup travaillé dessus et cette année, c’est carrément son rôle », raconte Striker avec une pointe de fierté. « En ce moment, c’est moins dans le jeu que j’essaie de m’améliorer, mais plutôt en dehors. En tant que coéquipier, c’est ce qui fait la différence entre un très bon joueur et un joueur excellent, explique Saken. J’essaie de rester un pilier pour l’équipe, de leur donner l’espoir qu’on reste soudés, sur la même longueur d’ondes. Il faut qu’on joue sur les forces de chacun pour gagner. »

L’amour du maillot

Retour au KCX2 de l’Accor Arena. Le triste chapitre Vitality de Saken est loin derrière lui : au bord de l’abandon, il s’en est relevé et en est sorti grandi.

Ce 21 juin 2022, avec son titre de champion de LFL et ses 3 trophées d’European ­Masters, Saken est la star. Pour conclure les matches de la soirée, il est invité au centre de la scène, pour recevoir le trophée de MVP (Most Valuable Player) des Ultras du segment de printemps, à la façon d’un joueur de NBA. Ce MVP des Ultras, présenté par Orange, est spécial : il a été voté par les fans uniquement. Le titre officiel, qui est lui voté par les experts de la ligue, il l’a déjà remporté l’été dernier. Symboliquement, c’est un supporteur aux couleurs du club qui le lui donne. Il fait partie d’un collectif d’ultras créé pour soutenir la Karmine, et qui s’est donné le nom de Blue Wall en référence à la couleur de son blason. L’aréna adoube Saken, mais il reste humble : en recevant le trophée, le joueur s’incline et esquisse un sourire de gratitude, presque gêné. « Il est resté lui-même malgré le succès avec la Karmine Corp, nous raconte son ancien coéquipier TraYtoN. La KC lui a permis de rebondir et c’est trop bien, car on aurait perdu un gros talent pour des erreurs qui n’étaient pas de son fait. À présent, il montre l’étendue du talent qu’il a toujours eu. En plus d’un joueur, c’est devenu un leader. » Né il y a plus de vingt ans, l’esport n’est plus une niche obscure. C’est maintenant une discipline exigeante suivie par des millions de fans à travers le monde. Elle suscite une ferveur au même titre que le sport dit traditionnel, faite de maillots, de drapeaux, de chants de supporteurs et de fortes émotions, dans la victoire comme dans la défaite. Saken y est devenu une référence nationale. Mais ses ambitions vont au-delà : briller à l’international, sur la scène mondiale. Mais pas sans la KCorp. « Il veut toujours chercher les Worlds, il veut monter en LEC avec la Karmine Corp, mais je pense qu’il a gagné autre chose en LFL : le cœur des fans. C’est un peu le héros du peuple ici », nous raconte Yvan, 27 ans, dans les gradins du KCX2. Armé de son maillot et d’une pancarte lumineuse, ce dernier est un ultra de longue date, qui suit Saken depuis ses années Gentside. « Son parcours est assez incroyable. On voit à quel point ça lui tient à cœur de jouer avec la KCorp. Il a l’amour du maillot, je trouve ça hyper respectable. Et ses titres montrent qu’il n’a pas besoin de la LEC pour briller ! » Twitter : @Saken_lol 37


À fond la caisse !

Les fous du volant de la COURSE RED BULL CAISSES À SAVON sont de retour pour une compétition déjantée et familial à vivre le 18 septembre à Toulouse et sur tous vos écrans. Condensé en images d’un concept unique. Texte LA RÉDACTION


Pas de pot Paris, 2014

ALEX LAUREL/RED BULL CONTENT POOL

Un véhicule à quatre roues fait maison, deux pousseurs, un pilote, un copilote, et une piste à obstacles à dévaler le plus vite possible (en espérant arriver au bout). Bienvenue à la course Red Bull Caisses à Savon : la compétition la plus fun au monde.

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Course Red Bull Caisses à Savon

De la casse Paris, 2014

PHILIPPE MONTIGNY/RED BULL CONTENT POOL, HADRIEN PICARD/RED BULL CONTENT POOL

La compétition est connue pour sa folie créative et sa bonne humeur, mais aussi pour ses crashs, nombreux. Parmi la cinquantaine d’équipages engagés sur chaque édition, peu arrivent au bout. Sans gravité, ces accidents laissent malheureusement les équipages en miettes, mais avec des souvenirs plein la tête (casquée).

De Bob humeur Paris, 2014 Une caisse à savons doit être ­artisanale (véhicule fait maison). Sa taille ne doit pas dépasser 2,50 mètres de large, 5 mètres de long et 2 mètres de haut. Son poids ne doit pas dépasser 80 kilos (à vide, sans son pilote et copilote), et sa garde au sol doit être d’au moins 30 centimètres.

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THE RED BULLETIN


Venez tous ! Paris, 2014 La course Red Bull Caisses à ­Savon est un événement familial ouvert à toutes les générations. Que vous soyez au bord de la piste ou posé relax sur le site du parcours (comme ici au domaine ­national de Saint-Cloud en 2014), il sera votre moment fort de la rentrée à Toulouse.

Au bord de la piste, ou en mode plus posé et relax, vivez la course à votre façon.


Course Red Bull Caisses à Savon


Pop stars Paris, 2017

ALEX LAUREL/RED BULL CONTENT POOL, PHILIPPE MONTIGNY/ RED BULL CONTENT POOL, VINCENT CURUTCHET/RED BULL CONTENT POOL

Ici, la créativité n’a pas de limites et il n’est pas rare de voir des équipages se présenter au départ de la course dans des costumes rendant hommage aux personnages les plus iconiques de la pop culture internationale.

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Si vous aimez les crashs, postez-vous sur les zones de virages et d’obstacles.

Tout le monde descend Paris, 2013 Sur cette course barrée, les zones de virages et d’obstacles sont particulièrement appréciées. Vous voyez ici l’édition 2013 au domaine ­national de Saint-Cloud, près de Paris, qui a réuni ­environ 30 000 personnes.


Course Red Bull Caisses à Savon

Avant Paris, 2014

TEDDY MORELLEC/RED BULL CONTENT POOL, ALEX LAUREL/RED BULL CONTENT POOL, PHILIPPE MONTIGNY/RED BULL CONTENT POOL

Présents sur le domaine national de Saint-Cloud en 2014, les membres de l’équipage Poliçons avaient eu l’excellente idée de concevoir un landau de police. Et semblaient équipés (jusqu’à leurs couches) pour gagner.

Après Paris, 2014 La piste implacable de la course Red Bull Caisses à Savon, et un rayon de braquage limité, en ont décidé autrement. Arrivant certainement trop vite sur ce petit saut visible en arrière-plan, notre brigade de choc s’est littéralement disloquée contre les glissières de sécurité. Ouch ! THE RED BULLETIN

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Les exploits des héros du jour feront le tour de la planète.

Fast and furious Paris, 2017 La course Red Bull Caisses à Savon n’est pas juste une sympathique course de bagnoles bricolées. Avec des conceptions dignes des plus grands constructeurs automobiles (on exagère à peine), certaines peuvent atteindre les 35 km/h.


Course Red Bull Caisses à Savon

COURSE R CAISSES À ED BULL SAVON.

Red Bull

Validé par des pros Paris, 2017

France SASU , RCS Paris

502 914

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PRÊT POU R UNE DE SCENTE D ÉJANTÉE ?

Des jurys constitués de sportifs, artistes et personnalités locales proches de Red Bull vont se succéder pour départager les équipages, au-delà du chrono, sur des critères comme la créativité, ou leur chorégraphie d’avant-course.

DIMANCH E 18 SEPTE MBRE, 14 Entrée g H - PECH ratuite. DAVID, TO Plus d’in ULOUSE formatio redbull. ns sur : com/ca issesasa von Pour votre

santé, pr atiquez une activ ité phys ique régu lière. ww w.mange rbouger.f r

TEDDY MORELLEC/RED BULL CONTENT POOL, HADRIEN PICARD/RED BULL CONTENT POOL

COURSE RED BULL CAISSES À SAVON

Le héros du jour Paris, 2013 Le temps d’une course totalement déjantée, des dizaines d’anonymes deviennent les héros d’un jour. Grâce aux retransmissions télé et en ligne durant et après l’événement, leurs visages et exploits ­feront le tour de la planète. THE RED BULLETIN

TOULOUSE, 18 SEPTEMBRE Rendez-vous pour le début de la compétition dès 14 heures sur la colline de Pech David. Vous pourrez suivre cet incroyable évènement sur Red Bull TV, la chaîne L’Équipe et Twitch. Infos sur redbull.com

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Surfin’ Switzerland

Pas de mer à des kilomètres à la ronde, pas un mètre de côte, pas de vagues déchaînées. Et alors ? La Suisse est un paradis de la glisse ! Nous avons surfé rivières, lacs et piscines, et trouvé la vague parfaite. Texte ALEXANDER NEUMANN-DELBARRE

Photos DOM DAHER


MOMENT OPPORTUN

Pour cette histoire, le p ­ hotographe Dom Daher nous ouvre son album des meilleures photos de surf en Suisse : ici, Ueli Kestenholz, un ami de Daher, utilise la vague d’étrave d’un bateau de plaisance sur le lac de Thoune.

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Surf

S

ur le pont de la Machine, à Genève, les passants incrédules observent les jeunes dans l’eau. Ils ne passent pas inaperçus. Les enfants les montrent du doigt. Les piétons s’arrêtent, bloquent le trottoir, c’est presque tous les soirs le même manège. Les journaux ne tarderont pas à écrire que les commerçants sont dérangés dans leur travail à cause de l’agitation qui règne au cœur de la vieille ville suisse. Nous sommes à l’été 1982, et la raison de ce remue-ménage, c’est une bande de jeunes avides de sensations, dont Gaël Vuillemin, 14 ans à l’époque. Debout sur des planches de surf, ils laissent se déverser sous leurs pieds les eaux tumultueuses du lac Léman qui se jettent furieusement dans le Rhône. « Avant notre ­première tentative là-bas, j’avais passé quatre semaines à faire du surf en France, raconte Gaël, aujourd’hui âgé de 54 ans. Quand je suis rentré, j’ai vu le pont et je me suis dit qu’on pourrait peut-être surfer ici aussi. » Alors ils tentent le coup. Ils attachent une corde au pont et s’en servent pour se hisser sur leurs planches. Quand ils la lâchent, ils se retrouvent pendant quelques secondes debout sur une vague, comme leurs idoles en Californie. Ils font du surf. En Suisse. Incroyable ! « On était guidés par notre passion et notre envie d’essayer, tout simplement, 50

explique Gaël. On n’avait pas l’impression d’être des pionniers. » Mais c’est exactement ce qu’ils étaient : des pionniers du surf. Dans un pays qui ne dispose pas du moindre centimètre de littoral maritime, ils ont été parmi les premiers à ne pas se laisser décourager par ce « détail ». Et ils se sont mis à chercher des moyens de ­surfer au pays des montagnes. « Je savais que le surf pouvait devenir populaire ici, poursuit Gaël, parce que beaucoup de mes amis à qui j’avais fait découvrir ce sport avaient accroché. » Mais quid de son essor ces dernières années ? Ça, il ne l’avait pas vu venir. On compte aujourd’hui près de 45 000  surfeurs et surfeuses actifs en Suisse, selon une estimation de l’association de surf Swiss ­Surfing. Un chiffre étonnant pour un pays sans accès à la mer, situé à une journée de trajet de la côte la plus proche avec des vagues exploitables. Le nombre de surfeurs par rapport au nombre d’habitants en Suisse est aussi élevé qu’en France, un pays baigné par la mer et connu pour ses

« Après avoir surfé l’Atlantique, je me suis dit : pourquoi pas aussi à Genève ? » Gaël Vuillemin

spots légendaires le long de l’Atlantique. La Suisse est bel et bien devenue un pays de surfeurs. Et ils sont de plus en nombreux à réaliser qu’ils n’ont même pas besoin de quitter leur pays pour s’adonner à leur passion. Comment cela est-il possible ? Qui sont ces gens qui, à l’instar de Gaël et de sa bande en leur temps, font éclore des spots de surf dans les eaux suisses ? Et surtout : où se trouvent-elles, les meilleures vagues du pays ?

Sur la trace des glisseurs heureux

Voilà deux ans que le surfeur amateur Esteban Caballero, le photographe Dom Daher et la journaliste Patricia Oudit ­sillonnent le territoire pour tenter de répondre à ces questions. Leurs découvertes, ils les partagent dans Landlocked, une web-série aussi instructive que divertissante. Ils ont rencontré des surfeurs comblés sur des vagues de rivière sans fin, vu des surfeurs intrépides sur les vagues glacées du lac de Neuchâtel et se sont rendus en Valais, dans une piscine à vagues géante qui pourrait bien transformer radicalement la pratique du surf en Suisse. Et partout où ils sont allés, raconte Dom, c’est le même constat encore et encore : « Le surf en Suisse a de multiples facettes et il y a vraiment de quoi s’éclater. » L’exemple parfait, c’est probablement la vague de rivière de Bremgarten, à une quinzaine de kilomètres à l’ouest de Zurich. Dès le début des années 70, des surfeurs auraient commencé à taquiner la vague ici. Aujourd’hui, Bremgarten est l’un des spots de surf les plus connus et THE RED BULLETIN


VAGUE INSTANTANÉE

Fantin Habashi s’entraîne dans le bassin de surf en plein air d’Alaïa Bay à Sion, le premier d’Europe.


LE DÉBUTANT

Image symbolique tirée de l’album de Dom ­Daher : un surfeur novice sur le point d’entrer dans l’eau vive urbaine.


Surf

En haut : les surfeurs suisses Esteban ­ aballero (à g.) et Valentin Milius. En bas : C ­Esteban fait des ronds sur le lac de Neuchâtel lors du tournage de la série Landlocked.

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En haut : Vincent Schneider surfe sur une r­ ivière à Bremgarten. En bas : Hale Woods, inventeur du Freeride World Tour, a fondé la Swiss Surfing Association en 1992.

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Surf

« La diversité des possibilités chez nous est incroyable. » Dom Daher Les surfeurs Valentin Milius et Esteban Caballero (à dr.) vissent leurs planches ­fabriquées par leurs soins. Ils sont les protagonistes de la web-série Landlocked.

depuis huit ans, le nombre de surfeurs augmente à vitesse grand V. En 2014, ils étaient 20 000 de moins qu’aujourd’hui.

Le petit monde des planches

En plein cœur de la ville de Zurich : le surfeur José Fernandes dompte la vague urbaine. La hauteur des vagues est adaptée électroniquement au niveau du surfeur.

les plus populaires de Suisse. Les conditions sont idéales au printemps et au début de l’été, quand la fonte des neiges fait monter la Reuss, créant ainsi une vague sans fin. Les surfeurs plongent dans l’eau vert foncé depuis la petite île au milieu de la Reuss, ils se hissent sur leurs planches et surfent la vague. Jeunes ou moins jeunes, débutants ou experts, spécialistes des vagues de rivière, vétérans des vagues de l’océan, peu importe. « Le plus impressionnant là-bas, c’est qu’on a vraiment l’impression d’être en train de surfer, s­ ’enthousiasme Esteban qui, dans ­Landlocked, sort régulièrement sa planche pour tester les vagues de son pays. On gare la voiture, on enfile sa combi, on embarque sa planche et c’est 54

parti. C’est comme un petit surf trip. On oublie le stress de la semaine, on a, pendant quelques secondes, cette sensation de se tenir debout sur sa planche. Et après, on rentre au camping, on se fait un barbeuc et on chille entre potes. » S’il y en a un qui sait parfaitement de quoi Esteban parle, c’est bien Benedek Sarkany. À 42 ans, le président de Swiss Surfing est aussi entraîneur de l’association, et il a sa propre caravane installée à Bremgarten. Ces dernières années, sur les rives de la Reuss, il a fait un constat qui se ressent aussi dans les chiffres de son asso :

Comment explique-t-il cela ? « D’une part, la Suisse est une nation de sports de glisse. Dès notre plus jeune âge, on nous met sur des skis ou un snowboard et on nous apprend à dévaler les pentes. Du ski et du snowboard au surf, il n’y a qu’un pas. Et d’autre part, on aime bien voyager. Il y en a beaucoup qui apprennent le surf à l’étranger et qui ont envie de continuer à leur retour. C’est comme cela qu’ils découvrent Bremgarten et toutes les autres possibilités. » Et elles ne manquent pas aujourd’hui. Ces dernières décennies, les surfeurs suisses ont découvert plusieurs nouvelles vagues de rivière, comme à Berne, Bâle ou Thoune. Les premières piscines avec des vagues statiques artificielles ont également vu le jour, telles que le centre de surf en plein air Urbansurf, au cœur de Zurich, ou le complexe indoor Oana Citywave à Ebikon. Bien sûr, il y a aussi la possibilité de traquer les vagues sur l’un des nombreux lacs suisses. Mais ça, c’est plutôt réservé aux plus motivés – et à ceux qui n’ont pas froid aux yeux. En février 2014, à Villette, sur le lac Léman, Greg Williams, surfeur lausannois et cofondateur de l’Association romande de surf, a probablement surfé les vagues les plus hautes jamais surfées sur un lac suisse. THE RED BULLETIN


VALEUR AJOUTÉE

L’athlète et monitrice de surf ­Fabienne Sutter lors d’une session photo pour The Red Bulletin dans les montagnes de la Région Dents du Midi. (La vache qui pose aussi pour nous s’appelle Caïpirinha).


L’AUTRE SURF

Le vent soufflait à une vitesse pouvant atteindre les 150 kilomètres à l’heure. « Les vagues devaient faire 1,50 mètre de haut et on ne pouvait surfer que quelques secondes, raconte Williams dans Land­ locked, mais, oh mon Dieu, quelle sensation unique de surfer sur son lac ! » Des vagues aussi hautes qu’en ce « Big Thursday », comme Williams l’appelle aujourd’hui, il n’y en a pas tous les jours. Mais selon Esteban, quelques jours par an, il serait possible de surfer sur certains spots du lac Léman et du lac de ­Neuchâtel. Il a lui-même eu cette chance sur le lac de Neuchâtel pendant le tournage de Land­locked. « Il faisait super froid et les vagues étaient minuscules, mais il n’empêche qu’on pouvait quand même surfer ! » Bien évidemment, il ne faut pas s’attendre à trouver des vagues comme celles de la mer sur un lac. Mais ce n’est pas impossible en Suisse. Pour cela, il faut se rendre un peu plus au sud. À Alaïa Bay, à Sion, niché au pied des Alpes suisses. « Depuis que ce complexe a ouvert ses portes, j’ai l’impression qu’on peut 56

« Surfer la vague de la rivière à Bremgarten, c’est comme un petit surf trip. » Esteban Caballero

Ueli Kestenholz en wingfoil sur le lac de Thoune. La voile et la planche sont dissociées l’une de l’autre.

vraiment faire du surf en Suisse », déclare Fabienne Sutter au sujet d’Alaïa Bay, un bassin de surf en plein air de la taille d’un terrain de football (et le tout premier bassin de surf d’Europe continentale), qui crée des vagues idéales de toutes tailles sur simple pression d’un bouton.

La connexion atlantique

À 31 ans, Fabienne est un peu une référence en matière de surf en Suisse : un parcours classique sur sa planche lui a permis d’atteindre un niveau exceptionnel. Ayant grandi dans le canton de Schwytz, elle fait du ski dès l’enfance, avant d’enchaîner sur le skate et enfin le surf à 18 ans, sur la côte Atlantique. Aujourd’hui, elle passe la majeure partie de l’année à Ferrol, village côtier au nord de l’Espagne, travaille comme monitrice de surf et a longtemps fait partie de la National Talents Team de Swiss Surfing. THE RED BULLETIN


Surf

Elle a goûté à la chasse aux vagues sur les rivières et les lacs suisses, mais ça ne l’a pas vraiment emballée. En revanche, elle ne tarit pas d’éloges sur Alaïa Bay, où elle s’est rendue peu après l’inauguration en 2019 : « On peut passer tant de temps sur la vague que l’on fait vraiment des progrès. » Selon elle, le complexe pourrait démocratiser la pratique du surf en Suisse et offrirait également de formidables opportunités aux athlètes de haut niveau. « C’est sûr que ce n’est pas la même chose que de surfer en mer, il n’y a que là que l’on peut ­ressentir le véritable esprit du surf. Mais quand on veut se perfectionner sur des points précis, c’est parfait. Parce qu’on peut passer vraiment beaucoup de

« Des vagues adaptées à chacun, c’est une petite révolution. » Benedek Sarkany

temps sur la vague. Et parce que notre coach peut nous faire sortir, nous donner des conseils et nous y renvoyer tout de suite pour les mettre en pratique. »

Une vague taillée sur mesure

Benedek Sarkany, de Swiss Surfing, parle même d’une « petite révolution ». D’après lui, c’est surtout pour les espoirs du surf qu’Alaïa Bay pourrait changer beaucoup de choses : « On peut faire du surf en Suisse dès l’âge de 8 ans, dans un environnement sûr, avec des vagues parfaitement adaptées aux capacités de chacun. Cela va permettre d’élever le niveau général du surf en Suisse. » Adam Bonvin, fondateur d’Alaïa Bay, renchérit : « C’est la même révolution que la création des remontées mécaniques, et elle donne une plus grande accessibilité au surf. Désormais, grâce à la piscine à vagues, les surfeurs sans accès à la mer ont leur propre spot. » Et peut-être même que le pays aura un jour sa première star du surf grâce à cela. En tout cas, c’est bien ainsi que le créateur de Landlocked, Dom Daher, voit les choses. Dans un avenir pas si lointain, il pense que les compétitions olympiques de surf pourraient se dérouler non plus en mer, mais dans des piscines similaires à celle d’Alaïa Bay. La conclusion de Dom : « Si Roger Federer est devenu ce qu’il est, c’est bien grâce à nos fantastiques courts de tennis, alors pourquoi n’aurions-nous pas le prochain Kelly Slater grâce à nos fantastiques installations dédiées au surf ? » neufdixieme.com

Landlocked

Histoires de surf suisses : la série sur un phénomène

Dans la série web Landlocked, des passionné.e.s de surf réuni.e.s autour du photographe Dom Daher montrent que la Suisse est aussi un paradis pour les surfeur.euse.s, bien qu’elle n’ait pas d’accès à la mer. À voir sur YouTube : Landlocked Swiss Surfing.

Le surfeur Sandro Sanchi s’entraîne au cœur de la vieille ville de Thoune : le spot de l’écluse du moulin est aussi appelé « le Monstre » en raison de sa puissance. THE RED BULLETIN

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Champs de liberté Avec 100 % d’artistes sous-représenté.e.s à l’affiche, le FLESH FESTIVAL s’élève face à des décennies de programmation dominée par les hommes – tout en organisant un nouveau genre de fête. Texte SHARAN DHALIWAL

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Photos ROXY LEE

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100 % libre : au Flesh Festival, on peut vraiment être soi-même.

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Flesh Festival

« Nous perturbons la norme et créons un espace pour la communauté. » Samantha Togni, organisatrice (à gauche)

D

e belles personnes défilent sur le petit quai de la gare de Radlett, un samedi matin, en attendant d’être emmenées vers un lieu à la hauteur de leurs tenues. C’est le week-end du tout premier Flesh Festival, un événement de camping queer de deux jours axé sur la musique house et techno, et il y a une certaine effervescence dans l’air. Au fur et à mesure que les trains arrivent de Londres et d’ailleurs, le groupe s’agrandit et tous se pavanent avant de se diriger avec élégance vers la navette qui les attend. Les noms, les pronoms et les sourires sont échangés puis tout le monde passe aux confidences. Quelqu’un est en retard ? Le bus l’attend. Personne n’est laissé derrière. Et à mesure que l’on se rapproche du site, les passagers forment des liens qui seront encore renforcés lors des visites tardives sous la tente pour échanger des playlists et des histoires. Ce nouveau rassemblement musical, le premier du genre à se tenir au RoyaumeUni, est une idée de Samantha Togni, DJ, productrice et directrice du l­ abel de musique électronique Boudica, de renommée internationale. Née en Italie et ­désormais installée à Londres, Samantha Togni crée des espaces qui offrent une ­tribune aux personnes non représentées dans l’industrie musicale, quels que soient leur sexe, leur culture et leur origine. Cette mission les a conduites à travers le monde, du Japon aux États-Unis, et les amène aujourd’hui, avec quelques ­milliers de festivaliers, dans un champ du sud de l’Angleterre. Dans deux champs à vrai dire, en bas d’une route de campagne à la limite du centre de la ville, dans le Hertfordshire.

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Le site du festival comprend deux grandes scènes ainsi que quelques tentes d’activités et de stands le long du terrain. L’équipe de sécurité, triée sur le volet par les organisateurs, est composée en majorité de gays et de femmes. Les fouilles des sacs et du corps sont faites dans le respect et les employés demandent poliment avant de poser un geste. Il s’agit de l’événement inaugural et, tandis que les organisateurs ressentent une légère panique lorsque les gens commencent à affluer, chez les festivaliers, le moral est au beau fixe. Tou.te.s ceux.elles qui entrent sur le site savent que cet événement est pour eux.elles : les personnes de couleur, les transgenres, les personnes non-binaires – tou.te.s ceux.elles que les manifestations classiques ne parviennent pas à accueillir. Les discussions sur l’inégalité entre les sexes dans les festivals traditionnels se

Ci-dessus : Samantha Togni, DJ, productrice, propriétaire de label et créatrice du Flesh Festival ; ci-contre : le designeur de mode Luis De Javier (gauche), le mannequin Georgia Palmer et un ami amateur de bandanas.

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Flesh Festival

sont multipliées ces dernières années. Le public exige enfin que les têtes d’affiche soient plus souvent des femmes, au lieu des mêmes vieux groupes masculins. Un rapport de 2017 de la BBC a révélé que 80 % des têtes d’affiche des festivals britanniques étaient des hommes. Cette inégalité a inspiré une initiative nommée Keychange et mise en place pour promouvoir le changement en soutenant les artistes sous-représenté.e.s dans l’industrie musicale. Shirley Manson, frontwoman du groupe rock emblématique des années 90, Garbage, et ambassadrice de l’organisation, s’est déclarée « complètement scandalisée » par les conclusions de la BBC. Mais lorsque l’étude a été mise à jour en 2022, celle-ci n’a montré qu’un changement minuscule : 74,5 % des têtes d’affiche des festivals sont toujours des hommes, qu’il s’agisse d’artistes solos ou de groupes. Seulement 13 % sont des femmes, tandis que 12 % offrent un mélange de musiciens masculins et féminins. Une seule tête d’affiche s’est identifiée comme non-binaire. Il semblerait que la pandémie ait causé une rechute et que les changements anticipés ont été mis au rancart. Le Flesh Festival a été créé pour contrer cette culture. « Immédiatement après la pandémie, nous avons vu les mêmes festivals proposer les mêmes programmes avec les mêmes grands noms, explique Togni. Et, comme toujours, la démographie était la même. Nous avons travaillé si dur sur la visibilité et la diversité, et voilà le résultat ? Cela a été une grande force derrière la création de Flesh. » Ici, 100 % de la programmation est composée d’artistes sous-représenté.e.s, dont 90 % de femmes, d’artistes trans et non-binaires issu.e.s d’un large éventail ethnique. « En tant que programmateurs et promoteurs de festivals, nous avons une responsabilité envers notre public, et nous voulions que tout le monde se sente représenté, explique Togni à propos du manifeste intersectionnel de l’événement. Je pense que la visibilité est primordiale pour inspirer la nouvelle génération, donc c’était notre priorité numéro un. Nous perturbons la norme et créons un espace pour la communauté. »

A

llyXpress, DJ populaire sur la scène nocturne queer de Londres et membre du collectif BIPOC Pxssy Palace, prend les platines de la scène principale à 13 heures, ses longues tresses

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Danse de la pluie : la foule du Flesh Festival n’a pas été découragée par la présence de nuages sombres et la menace d’averses le deuxième jour.

tombant en avant au gré de la musique. C’est la première fois qu’elle ouvre la scène principale d’un festival. « Il y a tellement de gens qui font de bonnes choses mais on ne les engage pas parce qu’ils n’ont pas un grand nom ou n’attirent pas un large public, exprime-t-elle plus tard à propos de la programmation. Il est nécessaire de donner aux artistes une plateforme, de leur offrir plus de couverture médiatique. » Se détendant après le spectacle dans l’espace VIP (un banc de pique-nique dans une section délimitée du terrain), AllyXpress – qui a déménagé de la Nouvelle-Zélande à Londres en passant par l’Australie – parle avec passion de son

art malgré les nombreux obstacles auxquels les artistes comme elle sont toujours confronté.e.s. « Dans les industries créatives, il est difficile de gagner de l’argent, dit-elle. Et si l’on est une femme, un trans ou tout ce qui n’est pas un homme blanc et hétérosexuel, le travail est triplement difficile. On ne nous fait pas de cadeau. Je suis une brunette imposante avec une énorme personnalité, donc tout ce que je fais est amplifié. On ne me donne pas le bénéfice du doute. Je suis coupable jusqu’à preuve du contraire. » Ce sont ces conversations avec les artistes émergent.e.s qui manquent dans l’industrie plus large des festivals, tout THE RED BULLETIN


comme les artistes non-binaires, trans et gender-fluid, les femmes de couleur et les artistes queers. Billie Eilish a attiré la plus grande foule au Reading Festival 2019 – un fait encore utilisé pour plaider en faveur du changement, tout comme les exemples de Florence + the Machine, Jessie Ware et Dua Lipa. Mais, disent les défenseurs d’un changement plus important, comme Togni, ce que beaucoup de ceux qui tentent d’améliorer la représentation dans la musique semblent oublier, c’est le fait qu’elle n’accommode toujours que de la blancheur hétéro. « En tant que programmatrice de festival, on voit que les gens se fient trop aux noms connus, explique Togni. Si nous n’encourageons pas les têtes d’affiche de demain, comment vont-elles devenir des têtes d’affiche ? Nous devons créer un écosystème plus durable pour survivre. »

L

« Ici, je ne me cache pas. Rien ne m’arrête et je n’ai pas peur. » Un festivalier transgenre

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e Flesh Festival ne vise pas seulement à représenter les personnes sur scène. Le week-end offre également un safe space à la foule, ce qui n’est pas toujours le cas sur la scène nocturne londonienne. Ici, les corps queers qui sont habituellement policés deviennent visibles. Toute timidité initiale est atténuée par le fait de voir les autres s’assumer : les strings font leur retour, les tétons sont rarement couverts, les cicatrices affichées fièrement. « Je suis simplement moi-même, je ne me cache pas. Rien ne m’arrête, et je n’ai pas peur », déclare un festivalier transgenre en couvrant ses cicatrices de crème solaire. Fin prêt, un harnais attaché à sa poitrine, il sourit fièrement. Deux personnes s’embrassent passionnément. Elles se perdent l’une dans l’autre, ignorant tout le monde et sachant qu’elles ne risquent rien. Quelqu’un passe près d’elles avec des chaps de cuir et elles se mettent à couiner d’excitation quand un ami leur donne une claque sur le derrière. « Ce que j’entends, c’est le sentiment d’être en sécurité, explique l’auteur et activiste Sabah Choudrey, qui a fait le voyage de Londres pour le festival. Vous pouvez le voir : des queers détendu.e.s au soleil, des personnes trans avec leurs cicatrices fièrement visibles, toutes sortes de genres exprimés de manière unique, l’appropriation culturelle au minimum, des POC derrière les terrasses et les stands… C’est ce qui m’a fait, en tant que personne trans de couleur, me sentir en sécurité et représentée. » Le festival montre son inexpérience avec des changements de pro63


L’artiste et directeur artistique Joel Palmer en mode déterminé ; à droite : le DJ, danseur et mannequin Lexii Thomas, et le performeur Arion. Très stylés.

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Flesh Festival

grammation de dernière minute, des absences, des fins de set abruptes et des tentes fermées – mais la plupart des festivaliers tolèrent ces cafouillages comme un processus d’apprentissage, et cela ne semble pas miner leur enthousiasme. Alors que le premier jour touche à sa fin, ceux.elles qui ont trop froid pour dormir seul.e.s sont accueilli.e.s dans les tentes des voisins pour la nuit, partageant leur chaleur corporelle en échange de ragots et d’histoires.

L

e dimanche commence avec des nuages sombres et une menace de pluie. Les festivaliers sont allongés sur le sol, encore en train de récupérer de la nuit précédente. D’autres envisagent des douches froides et se demandent si la consommation d’alcool est acceptable avant midi – beaucoup décident que oui.

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Tou.te.s ceux.elles qui entrent sur le site savent que l’événement est pour eux.elles : trans, ­personnes queers de couleur, non-binaires... « Le temps est homophobe », plaisante un groupe en se dirigeant vers le bar. Aisha Mirza, DJ de Londres, auteure et artiste de strip-tease sexpositif, jette les bases de l’offre musicale de la journée avec un set entrelacé de mash-ups bollywoodiens. Le classique Chaiyya Chaiyya d’A. R. Rahman – tiré du film indien Dil Se – est diffusé sur le site, et les corps bruns

se balancent de manière robotique sur la voix râpeuse de la chanteuse de Bollywood Sapna Awasthi, comme s’ils avaient été formatés pour passer en mode danse. « Le festival a une programmation incroyable, pleine de baddies (bad girls, ndlr) noires et brunes, dit Mirza après son set. Malheureusement, je pense que la scène musicale est trop dangereuse pour que les artistes queers et trans puissent y travailler en toute sécurité en général. Les espaces queers ne sont pas parfaits non plus, mais ils sont certainement préférables. » Mirza a passé beaucoup de temps dans les espaces queers et trans au sein de la scène musicale, ayant lancé son propre événement, Misery – une fête sobre QTIBPOC centrée sur la guérison et la joie. « Je crée ce genre d’espaces pour gagner ma vie, et j’ai vite appris que je n’en avais rien à faire de parler aux hommes blancs, explique Mirza. Mais je dirais que les hommes continuent de dominer. Enfin, c’est ce que j’entends. » Les chiffres viennent étayer cette observation. En 2020, une étude menée par l’organisation industrielle UK Music a révélé que la proportion de femmes travaillant dans la musique était passée de 45,3 % en 2016 à 49,6 % mais que, malgré cette hausse, la représentation féminine dans les postes à responsabilités était en baisse constante. Par rapport aux autres participant.e.s à l’enquête, les personnes issues de minorités ethniques et les femmes de l’industrie sont davantage représentées dans les tranches de revenus inférieurs, 33,6 % des personnes issues de minorités ethniques gagnant moins de 17 000 € et 59,4 % étant des femmes. Ces problèmes sont amplifiés par le fait que l’industrie s’appuie fortement sur les artistes noir.e.s pour vendre des disques et produire de la musique, mais les Noir.e.s occupent toujours moins d’un cinquième des postes de direction. Si l’on considère l’industrie musicale dans son ensemble, la diversité ethnique est passée de 17,8 % en 2018 à 22,3 % en 2020. Les espaces positifs créés par des ­événements tels que le Flesh Festival ­permettent aux gens de contourner cette réalité. Deux gros temps forts du weekend sont le set du DJ Afro-Pasifika. Et celui de l’autoproclamée « Indigenous Fem Queen » Shakaiah Perez, alias Lady Shaka. Née à Aotearoa – le nom maori de la Nouvelle-Zélande – Lady Shaka est l’une des artistes les plus attendu.e.s du week-end. Réputée à Londres pour être 65


Flesh Festival

L’ART D’ÊTRE SOI-MÊME Le collectif français Riposte, dont les membres se sont fait rejeter par les institutions parisiennes, a pris son envol à Londres. C’est en 2018, grâce à ses soirées expérimentales inclusives pour amateurs d’art et de musique non cis-hétéro, qu’il s’est fait remarquer.

THE RED BULLETIN : Pourquoi avez-vous fait le choix de vous installer à Londres ? EDEN : J’ai voyagé dans beaucoup de villes pour essayer de trouver ma place, je savais que Paris ne me convenait pas… Je me suis fait agresser un nombre incalculable de fois à cause de ma façon de m’habiller. C’étaient des regards lourds en permanence, surtout lorsque tu tiens la main d’une personne qui semble être du même genre. À Paris, c’était encore très compliqué, l’atmosphère est pesante, tandis qu’à Londres, c’était tout le contraire.

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valeurs queers et radicales n’étaient pas reflétées par le système capitaliste des galeries », explique le curateur de Riposte, Eden Topall-Rabanes, 29 ans, dont le travail d’artiste s’articule principalement autour des questions queers. Le collectif voit le jour au moment où Eden fait le constat qu’à l’époque, il n’existe pas de lieu artistique qui le représente, c’està-dire un espace où il peut expérimenter, s’amuser et casser les codes traditionnels de ce petit monde de l’art parfois pompeux et trop guindé. Chez Riposte, l’esprit de l’inconnu et du renouveau est omniprésent, comme le prouvent leurs événements qui peuvent ­parfois prendre un ton absurde : une fois, « tout pouvait se man-

ger » ; il y eût aussi un événement dans le noir ; et un autre où toutes les œuvres étaient blanches, qu’il s’agisse de peintures, de sculptures ou d’installations avec du matériel blanc, créant un effet d’optique frappant. À cela, s’ajoute la question d’acceptation de l’autre car pour Eden, « le sentiment de ne pas être à sa place dans le milieu traditionnel des galeries et des institutions artistiques en 2012, qui étaient très bobo cis-hétéro blanc, n’a fait que grandir avec les années. On allait à des openings qui ne correspondaient pas à nos valeurs, et, en tant que personne à barbe portant des jupes, dans ce milieu qui est très normé », c’était devenu invivable.

THE RED BULLETIN

RIPOSTE COLLECTIVE

D

e fêtes en appartement à des événements de plus de 1 200 personnes dans les lieux les plus insolites de Londres, Riposte est un espace pour les personnes trans et non-binaires qui encourage à sortir de sa zone de confort. The Red Bulletin a rencontré son fondateur, Eden Topall-Rabanes (photo), à l’occasion du Flesh Festival. Créé à Orléans, en France, en 2012, par un groupe d’élèves de l’ESAD (École supérieure d’art dramatique), Riposte prend ses quartiers à Londres après avoir tenté à multiples reprises de se faire une place dans l’Hexagone. « On ne se sentait pas à notre place dans les institutions artistiques, nos

Dans votre bio Insta, vous vous décrivez comme un projet de « raves artistiques » présentant des artistes de la communauté LGBTQIA+, c’est-à-dire ? À chacune de nos fêtes, il y a en plus des dizaines d’artistes : des photographes, peintres, illustrateur.rice.s, sculpteur.rice.s, performeur.euse.s, créateur. rice.s de bijoux, designeur. euse.s, etc… et une dizaine de DJ qui jouent principalement de la techno. Au total, on compte plus d’une soixantaine d’artistes tous genres confondus ! Nos célébrations ont lieu tous les deux mois et entre-temps, on travaille avec des artistes queers pour créer des installations, des performances, pour faire de cette fête un grand jeu. Les performances ont pour but de briser la glace entre les p ­ articipant.e.s. Par

MARIE-MAXIME DRICOT

Pourquoi était-ce plus simple à Londres qu’en France ? Dès que j’y ai mis les pieds, je l’ai remarqué. Tu es beaucoup plus libre de tes mouvements, je sors en jupe quotidiennement et j’ai très rarement eu des problèmes. Les passants me font des clins d’œil, ici, je me sens en sécurité. Et ça se ressent dans la scène londonienne, qui est pour moi la meilleure d’Europe ! Oui, même devant Berlin parce qu’elle est beaucoup plus libre, elle ne se prend pas autant au sérieux, et la musique est top. La seule chose qui nous manque, ce sont des lieux, car avec le prix de l’immobilier qui grimpe, on perd nos meilleurs clubs !


exemple, à l’occasion d’une soirée, Cupidon constituait des couples. Il prenait une personne par la main puis il l’emmenait rencontrer des inconnu.e.s et des artistes pour faire des fresques participatives. Mais on fait aussi des pièces qui font réfléchir aux notions de genres, de sexualité ou simplement des jeux vidéo, et des œuvres esthétiques. Et puis on propose de la nourriture, il y a un petit-déjeuner à 6 heures du matin, des endroits où s’allonger. Bref, c’est un mini festival. C’est ce qui vous distingue principalement des autres collectifs comme Pxssy Palace, qui propose un espace inclusif pour les femmes et les amateurs de hip-hop non cis-hétéro, et Inferno London, la rave légendaire LGBTQ+ de Londres fondée par Lewis Burton. Oui, notre particularité, c’est l’art qu’on crée à chaque édition et nos propositions hétérogènes, bien qu’on adore ces deux collectifs et qu’on travaille souvent main dans la main. Pxssy Palace est un collectif extraordinaire pour personnes queers racisé.e.s, et Inferno fait des grosses raves techno. Et puis, Riposte est plus rare, on organise des événements tous les deux mois, mais on est plus gros : 1 200 personnes, trois étages, plus de cinq salles, et on a plus d’artistes. Notre soirée est vraiment orientée art, bien qu’on partage l’esprit de fête techno. Quelle place la fête occupe-telle dans votre vie ? Je sors tous les week-ends depuis que j’ai 18 ans. J’ai grandi en banlieue parisienne, à Ivry-SurSeine dans le 94, entre des cités et dans des milieux qui n’étaient absolument pas queers.

« JE ME SENS PLUS EN SÉCURITÉ À LONDRES QU’À PARIS. » THE RED BULLETIN

La découverte des clubs m’a permis de trouver une forme de liberté dans une vie oppressante. Pourquoi ces endroits étaientils faits pour vous ? Très vite, je me suis épris de paillettes, de maquillage, de robes de soirées et d’autres costumes que je ne pouvais porter que dans ces lieux. À ce moment-là, briser les codes du genre et trouver des endroits safe, c’était très difficile. Il était impensable de me balader de ma banlieue jusqu’aux clubs dans le centre de Paris, en direction d’endroits comme le Marais (quartier gay de la capitale, ndlr) qui me semblaient bourgeois, pour la simple et bonne raison que je n’avais pas assez d’argent pour payer des taxis. Par conséquent, je sortais en pantalon et je me changeais aux vestiaires. Quel plaisir d’enlever ses vêtements normés et mettre sa petite jupe, quelle libération ! Vous souvenez-vous de votre première rave ? J’étais encore mineur, c’était dans les fins fonds de l’île de France, au terminus d’un RER et il fallait écouter le répondeur d’un numéro pour avoir les infos. Et comme on n’avait pas de voiture, on devait tout faire à pied, c’était une galère totale, bien qu’il y eût beaucoup plus de liberté à l’arrivée que dans tous les clubs parisiens qu’on a pu faire les années d’après. Pourquoi le collectif Riposte a-t-il choisi de s’associer au Flesh Festival ? Déjà, il y a un line-up d’enfer, et on était plus que partant.e.s pour venir les voir et impatient.e.s de créer un espace où on aurait le temps de développer des activités sur deux jours, comme la création d’une performance le premier jour que nous pourrions jouer le jour d’après dans le festival, ou encore une fresque collaborative et des vêtements. Des activités que l’on rêvait de faire depuis long­temps, mais nos fêtes sont de 6 à 10 heures du matin, ce qui est beaucoup trop court. C’est ce format différent qui nous a séduit.e.s tout de suite.

Ici, les corps queers qui sont habituellement policés ­deviennent visibles. Toute timidité initiale est atténuée par le fait de voir les autres s’assumer. à la fois une DJ qui lance les parties, et la directrice de Pulotu Underworld, un collectif mondial qui célèbre la musique et la culture du Pacifique. Alors que la foule se rassemble pour son set, le soleil se montre enfin. Lady Shaka sort de derrière les platines pour faire la fête avec la foule entre les chansons 212, d’Azealia Banks, et Waiting for Tonight, de J-Lo. Son énergie prend le dessus, transportant la foule dans son monde à elle, accueillie par des twerks et des cris d’approbation. À la fin de son set, tous les visages arborent de larges sourires. Les chakras sont alignés, les verres remplis, les rouges à lèvres étalés, les couches de vêtement enlevées. Tout le monde se sent à nouveau centré.

P

lusieurs heures de danse plus tard, les champs du Flesh Festival commencent à se vider, les festivaliers heureux mais un peu fatigués embarquent dans les navettes de retour. Malgré quelques petits couacs, le week-end fut un succès. La fondatrice, Togni, espère que d’autres personnes s’inspireront du Flesh Festival et continueront à aller de l’avant. Les organisateurs s’adressent à la communauté pour trouver de nouveaux et différents moyens de faire des progrès durables. Ainsi, cette année, ils ont organisé un concours pour les personnes queers de couleur, trans et intersexes, avec, pour prix, deux bourses d’études à l’école de DJ et de production musicale London Sound Academy, ainsi qu’un créneau pour jouer au Flesh. « Nous sommes une toute petite organisation et nous pouvons faire ce changement, dit Togni. Imaginez ce que de plus grandes organisations pourraient faire. N’ayez pas peur. Si cela n’existe pas, c’est une bonne chose. Prenez de nouvelles idées et frappez aux portes. Si vous pensez que la création d’un nouvel espace est utile, vous trouverez quelqu’un qui le pense aussi. » fleshfestival.com 67


Fou de sommets

À la rencontre de GINGE FULLEN, l’homme qui a gravi les points ­culminants de plus de pays que n’importe qui d’autre. Si son équilibre mental peut laisser perplexe, sa détermination à atteindre des s­ ommets ne fait aucun doute.

COURTESY OF GINGE FULLEN

Texte MARK JENKINS

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Fullen, qui a escaladé le point le plus élevé de 171 pays, soit plus que quiconque dans l’histoire de l’humanité, est un homme des extrêmes. Ici, il fait la fête au sommet du Ben Nevis en Écosse, la plus haute montagne des îles britanniques, dans un scaphandre d’époque.


Ginge Fullen

N

ous escaladons furtivement le portail cadenassé et pénétrons dans la zone interdite. Le jour se lève à peine que déjà, un immense nuage blanc enveloppe le pic du volcan face à nous, le coupant en deux. Cinq minutes à peine se sont écoulées et nous apercevons déjà une Jeep. Plongeant prestement derrière un buisson d’épines, nous rampons le long d’un talus pour épier l’horizon. Cinq hommes arpentent le paysage lunaire volcanique en file indienne. Sûrement des employés municipaux : ils ont déverrouillé le portail pour faire passer leur Jeep. Se faire repérer signera immédiatement notre arrestation. « Il faut les contourner », murmure Ginge Fullen, qui n’en est pas à son premier coup d’essai. Chauve, carrure de boxeur et accent du Yorkshire à couper au couteau, Ginge est né au Nigeria, a grandi en Angleterre et a fait le tour de monde une bonne dizaine de fois. Je ne connais personne d’autre qui ait été

arrêté dans plus de pays que moi. Nous sommes au beau milieu de la zone d’accès limité de Montserrat, l’une des îles Sous-le-Vent caribéennes. Étroite langue de terre de 18 km de long et 8 km de large entourée de mers chaudes d’un bleu émeraude, Montserrat, à 20 minutes à vol d’oiseau au sud-ouest d’Antigua, est l’un de ces minuscules territoires britanniques hérités des jours de gloire de ­l’Empire, et la seule île des Caraïbes à avoir un volcan en activité. Le but de notre expédition est d’escalader son sommet, opération parfaitement illégale mais partie intégrale d’une des listes de Fullen : escalader le point culminant de chacun des quatorze territoires britanniques. « Il me faudrait une liste de toutes mes listes », conclut Fullen. Plongeur-démineur dans le civil, Ginge Fullen débarrasse les océans des UXO, les munitions non explosées. Un travail difficile, dangereux, physiquement éprouvant… et très bien payé. Golfe Persique, mer Méditerranée, Atlantique ou Pacifique, les fonds marins de notre planète déchirée par les guerres sont jonchés de mines et d’explosifs.

Fullen avec une mine terrestre trouvée en route vers le sommet du mont Môco, le plus haut d’Angola. Il s’est également frotté à des contrebandiers de diamants et à des insurgés armés.

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COURTESY OF GINGE FULLEN

F

ullen rejoint la Royal Navy en 1984. Il n’a alors que 16 ans. Trois ans plus tard, le Herald of Free Enterprise chavire dans la Manche avec un équipage de 80 personnes et 459 civils à son bord. Fullen fait partie de l’équipe de plongeurs de la Royal Navy dépêchée sur les lieux pour sauver les 193 personnes encore à la merci des eaux mortelles. Il sauve plusieurs dizaines de vies, exploit récompensé par la médaille de bravoure de la Reine « pour actes de bravoure exemplaires ». Fullen travaille sous l’eau six mois par an et passe le reste de l’année sur les montagnes. Sans sponsors, il finance luimême ses expéditions à l’aide de ses économies durement gagnées. Il n’a ni Instagram, ni site web et n’emporte jamais de téléphone lors de ses périples. Ginge Fullen est sans doute l’un des plus grands


PAUL CALVER

« Je dois avoir une liste de toutes mes listes », déclare ­Fullen, qui a été ­photographié près de sa maison en Écosse le 17 juin dernier.

THE RED BULLETIN

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Ginge Fullen

collectionneurs de sommets au monde, et aussi l’un des plus méconnus. Il figure pourtant dans le Guinness des records : premier à escalader tous les plus hauts sommets d’Europe (47 en tout) et presque tous ceux d’Afrique, 53, à son actif (il lui manque encore le Soudan où il se prépare à r­ evenir pour cocher le numéro 54), il détient en outre le record de points culminants par pays : à l’heure actuelle, il a accompli ce tour de force dans 174 pays (pour les curieux, notre planète en compte 195).

A

Fullen n’a pas de sponsors, pas d’IG, pas de site web. Il part sans téléphone lors de ses expéditions.

COURTESY OF GINGE FULLEN(2), MARK JENKINS

u lieu de foncer droit vers les flancs fumants du volcan en activité comme le prévoyait notre plan, Ginge Fullen bifurque à gauche, direction plage, pour éviter d’être arrêté. Comme il s’y attendait, les vagues ont soulevé un banc de sable que nous pouvons longer sans être repérés. Je remarque au passage suffisamment de bois sec pour faire un feu si nous sommes obligés de bivouaquer. Nous n’avons emporté que de l’eau, des casse-croûtes

et des imperméables, mais sommes bien décidés à prendre autant d’heures ou de jours que nécessaires pour mener notre mission à bien. Sous nos pas se dressait autrefois un aéroport emporté dans l’Atlantique lors de l’éruption du stratovolcan actif de la Soufrière, en 1995. Plymouth, capitale de Montserrat située sur la partie ouest, a été ensevelie sous la boue et les débris pyroclastiques. Sur les 11 000 habitants de l’île ravagée aux deux tiers par l’éruption, la moitié vivait à Plymouth, fort heureusement évacuée à temps (les 19 personnes ayant perdu la vie avaient refusé de quitter leur ferme). Environ 4 000 habitants vivent actuellement sur l’île dans la partie nord recouverte de forêt tropicale. La partie sud, dévastée par l’éruption, est strictement contrôlée et interdite au public. Fullen et moi longeons rapidement la plage sur un kilomètre environ avant de s’orienter vers l’intérieur des terres pour emprunter un large ravin rempli de gravats aux parois hautes de trois mètres.

En cours de route, Fullen a atteint 53 sommets en Afrique et a souffert d’une liste tragicomique de problèmes médicaux. Et pourtant, il continue.

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Ginge Fullen prend un relevé GPS près du sommet des collines de la Soufrière, un volcan actif qui est le plus haut sommet de Montserrat.

Le ravin a été créé par un lahar (des coulées de boue composées de matières pyroclastiques, d’eau et de roches) qui s’est déversé du volcan en éruption. Telles de furieuses rivières de béton, les lahars détruisent absolument tout sur leur passage. Fullen connaît bien leur topographie depuis sa première mission de reconnaissance trois ans plus tôt. « J’ai remarqué que les patrouilles étaient fréquentes sur le versant ouest du volcan, là où se trouvait Plymouth, raconte-t-il. J’ai demandé négligemment si l’on pouvait escalader le volcan. On m’a répondu que rentrer dans la zone interdite était passible d’une amende de 1 000 dollars, d’un temps de détention indéterminé et d’une éventuelle déportation. » Ce qui motive notre décision d’emprunter le versant est du volcan, remontant à pas vifs le lit du lahar. L’île de Montserrat a été « découverte » en 1493 par Christophe Colomb lors de son deuxième voyage. Il lui a donné le nom d’un monastère espagnol. Bien que les THE RED BULLETIN

fouilles archéologiques attestent de la présence de peuples indigènes sur ces îles depuis au moins 5 000 ans, l’île était inhabitée à l’époque où Colomb débarque. En 1632, elle devient une colonie britannique et, en 1678, 1 000 esclaves africains suent sang et eau dans les plantations de canne à sucre. En 1810, l’île compte 7 000 esclaves.

E

n 1834 (soit trente ans avant les États-Unis) l’abolition de l’esclavage en Grande-Bretagne met fin au système des plantations. Aujourd’hui, après l’esclavage, les ouragans et les éruptions, Montserrat est un État-­providence du gouvernement britannique. On y trouve encore quelques expatriés anglais, mais l’île vit surtout de l’extraction de gravier (transporté par barges océaniques) et de rares touristes s’adonnant à la plongée sous-marine entre deux coups de soleil. À mi-chemin du volcan, nous cachons la moitié de nos rations sous le socle en pierre d’un moulin à vent pour la canne

à sucre, unique construction humaine ayant survécu à l’éruption. ­Fullen marque l’endroit sur son GPS. Tandis que nous poursuivons notre route, j’essaie d’en apprendre davantage sur mon compagnon d’aventures qui ne se laisse pas ­facilement tirer les vers du nez. En 1990, Fullen se brise le cou au rugby et doit porter un halo crânien pendant plusieurs mois. Une période d’inactivité bien plus insupportable que la douleur pour cet authentique athlète qui dévore les récits d’aventuriers tels que Tensing Norgay et Edmund Hillary depuis sa plus tendre enfance. C’est à cette époque qu’il décide d’escalader l’Elbrouz, en Russie, point culminant d’Europe avec ses 5 643 mètres ­d’altitude. Il accompli ce fait d’armes en 1992 puis se lance à l’assaut des plus hauts sommets des pays d’Europe de l’Est, se découvrant des dispositions naturelles pour ce genre d’alpinisme. Il finit par appeler le Livre Guinness des records pour leur poser une question : 73


PAUL CALVER

Le marquage des pics est sa passion. Mais être plongeur-­ démineur, c’est-àdire retirer les munitions non explosées en mer, est son vrai métier.

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Ginge Fullen

quelqu’un a-t-il déjà escaladé tous les sommets d’Europe ? « Réponse négative, explique Ginge Fullen avec un large sourire, mais ils ont aussitôt ajouté que c’était une fabuleuse idée. » Voilà comment ont débuté trente années d’une insatiable quête pour escalader le point culminant de chaque pays de la planète. Cette année-là, il s’est offert l’ascension du Kilimandjaro pour Noël, « malade comme un chien, saignant du nez, vomissant. Je m’adapte mal à l’altitude. J’ai le même problème sur toutes les montagnes », puis enchaîne avec le Denali en Alaska au printemps suivant, « toujours aussi malade ».

COURTESY OF GINGE FULLEN

E

n 1996, il s’attaque à l’Everest et fait une crise cardiaque à 6 000 mètres d’altitude. « Comme je m’adapte mal à l’altitude, j’ai d’abord pensé que c’était le MAM (le mal aigu des montagnes, ndlr). Mais la douleur à la poitrine a empiré à tel point que je ne pouvais quasiment plus respirer. J’avais l’impression qu’une main géante me broyait la poitrine et que mon sternum allait éclater en mille morceaux. » Fullen écrira plus tard : « Je ne l’ai jamais évoqué avant, mais ma plus grande peur est de mourir asphyxié. Vous allez me dire que j’aurais pu faire autre chose que plongeur en mer… mais si vous savez vous y prendre, c’est le genre de peur qui peut vous maintenir en vie. » De retour au camp de base, Fullen est mis sous oxygène et reçoit plusieurs injections de morphine avant d’être rapatrié par hélicoptère vers un hôpital de Katmandou. L’année suivante, il se rend au Shkhara, plus haut sommet de Géorgie à 5 193 mètres d’altitude, pour être aussitôt déporté à Moscou sans aucune raison valable. Lors de sa seconde tentative, le camp de base est pillé par des rebelles tchétchènes. Pour sa troisième tentative, il a juste assez de nourriture pour cinq jours mais atteint le sommet onze jours plus tard. Point le plus élevé de Turquie, culminant à 5 137 mètres, le Mont Ararat est interdit d’accès ; Ginge Fullen fait le tour de la montagne, soudoie les rebelles kurdes et atteint sa cime. Avec ce

THE RED BULLETIN

Au cours de ses aventures à travers le globe, Fullen s’est frotté à des éléphants, à des chiens de garde en colère, et à des insectes et serpents venimeux.

mélange de courage et de modestie qui le caractérise, Fullen gravit tous les points culminants d’Europe en 1999, et se tourne alors vers l’Afrique. « Je pense qu’il faut juste un peu de persévérance », lâche-t-il.

A

u fond du lahar, une immense barricade de végétation hérissée ne nous laisse d’autre choix que de faire demi-tour. Nous revenons sur nos pas pendant une demi-heure puis empruntons un lahar adjacent pour reprendre notre ascension. À midi, nous atteignons l’étroite crête séparant les côtés est et ouest de la montagne. Par malheur, nous sommes directement dans le champ de vision de l’observatoire situé côté ouest. Nous nous déplaçons aussi rapidement que possible le long d’une

« Sa check-list : y a-t-il des mines terrestres ? Des rebelles armés ? Des serpents venimeux ? »

colonne de lave décrépite, nous dissimulant tant bien que mal derrière des blocs de lave durcie, chancelants. Obligés de traverser une entaille sulfureuse jaune vif sur le côté nord-est du stratovolcan, nous contournons avec mille précautions les suppurations fumantes, tâtant la surface bouillonnante de la pointe de nos bâtons de trekking pour nous assurer de sa solidité. Cette délicate valse enfin achevée, nous nous enfonçons avec soulagement dans le nuage lenticulaire : ici, nous sommes invisibles. Mais les résidus volcaniques sont humides et glissants. Nous ralentissons notre rythme, ce qui permet à Fullen de poursuivre son récit. Il m’explique être le premier à avoir découvert, puis effectué, l’ascension du plus haut sommet d’Ouzbékistan puis du Bangladesh, avant d’ajouter : « Mais c’est en Afrique que mon aventure a vraiment commencé. » Il s’y installe en 2002 et passe une grande partie de l’année à voyager de pays en pays. Après des jours de négociations pour escalader le point culminant du Gabon, il est bloqué au sommet par un rocher de 6 mètres de haut. « J’ai essayé toutes les techniques connues, impossible d’escalader ce foutu rocher. » Il finit par redescendre de la montagne pour ramener un arbre mort dont il se sert comme échelle pour finir son ascension. Pour atteindre le plateau de l’Aïr, 75


Fullen a refusé de laisser les rebelles armés, les crises cardiaques, les maladies, les restrictions gouvernementales et autres entraver sa quête du sommet.

au Niger, Fullen emprunte le bus, puis un taxi, puis une Jeep et escalade le Mont Indoukat-n-Taglès en compagnie d’un guide touareg appelé Macmodon. Mais c’est surtout la pauvreté du pays et la multitude d’enfants mendiants qu’il décrit dans son journal intime. Lorsqu’il offre une canette de soda à une jeune fille, des garçons plus âgés essaient aussitôt de s’en emparer. Fullen intervient. « J’étais occupé ailleurs et quand je me suis retourné, elle versait les quelques centilitres de soda dans les bols que les mômes utilisaient pour mendier. Elle s’est contentée d’une minuscule gorgée. »

I

l s’y reprend à trois fois pour réaliser les 2 620 mètres d’ascension du mont Môco (Angola), zigzaguant entre mines terrestres, forces rebelles, autorités gouvernementales et trafiquants de diamants. Au Kenya, il se fait agresser et étrangler. Il s’en sort vivant mais se fait tout voler. Voici comment il résume son approche de la montagne en Afrique: « Si une zone est interdite, pas de ­problèmes, ne dites rien à personne. S’il y a des rebelles, pas de problèmes, il faut juste les connaître. L’éloignement géographique, pas de problèmes, il faut 76

juste être bien préparé. Les mines antipersonnel ? Pour les mines, pas de problèmes… il faut juste avoir de la chance. » Après une année passée sur les sommets d’Afrique, il ne lui reste plus que la Libye. Mais personne ne sait vraiment quelle montagne du désert est la plus haute et la région grouille de rebelles. Le danger est tel que l’un de ses meilleurs amis, un plongeur du nom de Dean ­Simpson, fait un pari avec un proche. « Soit Fullen va échouer, soit mourir au cours de sa tentative. Sans être morbide, chaque fois qu’il part en expédition, ses amis les plus sensés

Il n’a que faire de la célébrité. Il escalade des montagnes parce qu’il a le courage de le faire.

pensent presque tous la même chose. » Simpson termine sa lettre en ces termes : « P.S. : s’il atteint le sommet et qu’il meurt au retour, tu gagnes quand même ! » Au bout de trois périlleuses tentatives, Ginge Fullen est le premier à découvrir, puis escalader, le plus haut sommet de Libye, le Bikku Bitti, fin 2005 et meurt quasiment de soif lors de sa dernière tentative.

E

n 2007, soucieux de rembourser ses expéditions africaines, il travaille sur un navire ancré dans la baie du Bénin quand celui-ci est assailli par des pirates nigérians qui b ­ raquent un fusil sur sa tempe puis le frappent avec le plat de la lame d’une machette. L’un des capitaines est tué. Un événement que Fullen considère avec philosophie : « Les grandes compagnies pétrolières n’ont aucune morale, elles ont foutu les Nigérians dans la merde ; je peux comprendre leur colère. » À l’orée du pic de la Soufrière, la roche est recouverte de mousse. Pour éviter de déraper, nous creusons des prises dans la boue volcanique. À force de reptations, nous atteignons le bord du cratère où sévit un brouillard si dense que nous n’y voyons THE RED BULLETIN


Ginge Fullen

COURTESY OF GINGE FULLEN, MARK JENKINS

rien. Le vent en rafales nous p ­ récipite presque dans le cratère. « On va dire que c’est bon », annonce Fullen, qui vérifie son GPS : 930 mètres, soit 15 mètres de plus qu’avant l’éruption de 1995. La descente est horriblement cassegueule. Pour ne pas dégringoler dans le vide, nous nous servons de nos bâtons de trekking comme de piolets. Quand la pente se fait moins raide et que nous pouvons enfin nous déplacer en diagonale, je demande à Fullen s’il a une échelle d’évaluation pour ce genre d’escalade. Il en a bien une, qui n’a rien à voir avec les systèmes de classement numérique ou alphabétique utilisés aux États-Unis ou en Europe. 1. Y a-t-il des mines terrestres sur ou autour de la montagne ? 2. Y a-t-il des rebelles ou des conflits armés sur ou autour de la montagne ? 3. Y a-t-il des éléphants, des serpents ou insectes venimeux ou des maladies infectieuses sur la montagne ?

4. Y a-t-il des chiens de garde sur la montagne ? 5. Quelle est la distance à parcourir à pied, en bateau, en canoë, à dos de mule ou de chameau jusqu’à la montagne ?

C

onscients que nous sommes à nouveau dans la ligne de mire de l’observatoire, nous nous engouffrons prestement dans l’un des lahars. Immanquablement, l’écho des hélicoptères résonne bientôt à nos oreilles. Nous nous dissimulons dans une anfractuosité. Le bruit des hélices se rapproche, nous rampons encore plus profondément. Un hélicoptère passe à moins de 6 mètres audessus de nos têtes, puis un autre. Le ­ballet aérien se poursuit, mais ils ne nous voient pas. Nous restons longuement terrés ainsi, ne ressortant de notre cachette que lorsque le bruit des rotors a complètement disparu. « Manque plus qu’un comité d’accueil à l’entrée », crache ­Fullen avec amertume. Nous dévalons le

lahar pour ressortir là où nous avions aperçu la Jeep. Disparue. Une autre camionnette se cache dans l’ombre lorsque nous franchissons le ­portail. ­Personne autour. Elle appartient à ­Sammie, un éleveur de chèvres du coin âgé de 74 ans. Celui-ci accepte bien volontiers de nous ramener à Saint John’s. Au total, l’expédition n’aura duré que quelques heures. Debout à l’arrière du pick-up, je réalise que je viens de franchir un nouveau sommet et que j’ai eu la chance extraordinaire d’accomplir ce succès en compagnie de l’énigmatique Ginge Fullen. Loin de se la péter, Fullen est modeste, réservé et se fout de la célébrité. Il a son propre programme : il escalade des montagnes, pour découvrir des paysages uniques, s’immerger dans des cultures que la plupart d’entre nous ignorent, et pour trouver le courage de le faire, au mépris des obstacles, et de la douleur.

Fullen ne se laisse pas facilement dissuader. Ici, avec des hélicoptères planant au-dessus de lui, il se cache quelque part sur les collines de la Soufrière.

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PERSPECTIVES

TORD KARLSEN

HUGH FRANCIS ANDERSON

Expériences et équipements pour une vie améliorée

LE PARCOURS DU VIKING

Une randonnée à voile sur les îles Féroé

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PERSPECTIVES voyage

« En l’absence de masse terrestre au nord de notre position, un vent violent venu du fin fond du pôle Nord nous assaille. » Hugh Francis Anderson, journaliste voyageur

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Air Féroé Comment se rendre sur l’archipel Tous les vols internationaux atterrissent à Vágar. On peut aussi s’y rendre en ferry depuis Hanstholm, au Danemark, une traversée de 31 heures. La voiture de location est le moyen idéal pour explorer les îles reliées par des ponts, des tunnels et des ferries. Pour protéger leur écosystème fragile, les Féroé – à la différence d’autres pays scandinaves – autorisent le camping uniquement dans des lieux désignés. Les maisons d’hôtes proposent leurs services sur

booklocal.fo

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HUGH FRANCIS ANDERSON

l­’Atlantique Nord ; la position centrale des îles Féroé en fait une étape essentielle. La collecte des données de base terminée, nous disposons de trois jours pour explorer à loisir les Féroé avant la prochaine fenêtre météo pour rejoindre l’Islande, à 450 km au nord-ouest. Heide suggère de mettre le cap sur Mykines – la plus occidentale des dixhuit îles principales afin de s’y promener. La voile avant déployée, nous progressons à cinq nœuds (environ 9,5 km/h) et atteignons notre destination en deux heures.

TORD KARLSEN

e soleil perce d’obscurs nuages et illumine la mousse recouvrant les abruptes parois basaltiques du Stóri Drangur, une colonne rocheuse culminant à 70 mètres au-dessus de la mer de Norvège. Début sur la proue du Barba, un ­voilier de recherche, le fond de l’air qui balaie mon visage est encore froid bien que nous soyons à la mi-mai. À tribord apparaît l’île de Vágar avec son village aux douze habitants, Gásadalur. Au sud, la cascade de Skarðsáfossur se jette dans la mer par une fissure creusée dans la roche d’onyx que recouvre une riche prairie émeraude. Une vision mythologique. L’écrivain de voyage préoccupé par les questions d’environnement que je suis aime les contrées froides, inhospitalières où la vie prospère miraculeusement. À 61 ° de latitude nord, juste en dessous du cercle polaire, le climat océanique doux et le sol volcanique fertile des îles Féroé en font un endroit idéal. Au IXe siècle, les colons vikings baptisent l’archipel Føroyar (îles Féroé) « îles aux moutons ». Aujourd’hui, soixante-dix sous-races de cet oviné peuplent ces îles. Le ruissellement des fluides riches en nutriments de ces animaux dans l’océan, ajouté à celui de millions d’oiseaux de mer, alimente une abondante vie marine. Après un vol de Londres via Copenhague, je retrouve le capitaine du Barba, le biologiste marin Andreas B. Heide (l’homme au bonnet rouge au côté de l’écrivain sur la page précédente, ndlr), pour une étude sur les effets de la ­pollution plastique sur les baleines de


PERSPECTIVES voyage

Le Barba près de la cascade de Skarðsáfossur, et de Gásadalur, village aux rares habitants.

Le navire de recherche Barba près des arches de Risin et de Kellingin dans le nord des Féroé. La longue falaise de Mykines avance dans l’Atlantique (ci-dessous).

THE RED BULLETIN

Alors que nous escaladons la paroi abrupte de Mykines, en contrebas le fracas de l’océan sur la roche est omniprésent. Heide et moi longeons ensuite la falaise en direction du phare de l’île qui se dresse, telle une sentinelle de cet avantposte austère. De temps à autre, un macareux quitte son terrier pour voler aux alentours. L’île en abrite des milliers. Capturés traditionnellement à l’aide d’un fleyingarstong (un long bâton muni d’un filet), ils sont farcis de pâte puis cuits dans un pain appelé fyltur lundi (ou macareux farci en français). Alors que nous montons vers le phare, et en l’absence de masse terrestre au nord de notre position, un vent violent venu du fin fond du pôle Nord nous assaille. Au loin sous le phare, des phoques se prélassent sous le soleil intermittent, et entre deux rafales, l’atmosphère se réchauffe un peu. De nouveau à bord du Barba, je quitte le confort du carré pour prendre mon quart alors que nous naviguons de nuit vers Hestur, l’une des îles les moins peuplées. À proximité du cercle polaire, les îles profitent des longues journées, à ­l’horizon le coucher du soleil s’étire des heures durant. Les rires étouffés provenant du pont inférieur et la vue des falaises abruptes où l’herbe et la bruyère dansent dans le crépuscule vaporeux ­inspirent la sérénité. À Hestur, la pêche était jadis l’activité principale, mais en 1919, un accident en mer coûta la vie à un tiers de ses hommes ; aujourd’hui, peu de familles vivent sur cette île de 6,1 km². Nous débarquons sur le vieux quai de l’île et traversons l’unique village du même nom. Une brume s’installe accompagnée d’un silence sinistre. Une chaumière ­traditionnelle se dresse entre deux 81


PERSPECTIVES voyage La vie insulaire À faire et ne pas faire aux îles Féroé Couvrez-vous Le climat subarctique peut changer soudainement. Optez pour des sous-vêtements en laine, des couches intermédiaires chaudes, des pantalons et des bottes résistants, et un coupevent imperméable. Attention, fragile ! Les touristes sont bannis un weekend par an, à moins de participer à la préservation et à la réhabilitation des îles. L’écosystème est fragile, soyez respectueux des lieux en consultant le guide des randos sur : visitfaroeislands.com

­ aisons de pêcheurs du XIXe siècle. La m croix au sommet du clocher rouge de l’église oscille de-ci de-là. Au loin dans la montagne résonne le bêlement d’un mouton solitaire. Nous empruntons un sentier isolé puis la route vers le sommet et le lac Fagradalsvatn, le plus grand de l’île. Le photographe Tord Karlsen sort une canne à pêche. « Tu crois qu’il y a des truites ici ? », demande-t-il. Nous lançons quelques lignes dans l’eau sombre.

En vain. J’éprouve un sentiment d’isolement total. Notre scène de pêche, assis sur un rocher, pourrait aussi bien avoir lieu au IXe siècle que de nos jours. Nous repartons pour l’île de Streymoy où se trouve Tórshavn, la capitale des Féroé. Jusque-là, les personnes que nous croisons sont rares. Mais en accostant ici, Kári Mikkelsen, un plongeur local, se propose d’être notre guide. Avec près de 14 000 habitants, Tórshavn est un véritable centre, cabanes en rondins au toit

Le Barba naviguant le long de Stóri Drangur et Lítli Drangur, les deux arches entre l’île de Vágar et l’îlot de Tindhólmur.

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de paille (certaines ont plus de 400 ans) côtoient café d’origine unique et galeries d’art contemporain. ­Mikkelsen évoque la difficulté de préserver l’âme des îles face au tourisme. « Nous sommes proches de la nature et fiers de nos traditions qui nous ont permis de survivre ici, expliquet-il. Les traditions sont diverses, mais nous avons tous le bateau en commun. Et les moutons. » Le temps se lève. Pour Heide c’est le moment de filer vers l’Islande. Alors que nous passons la digue du port, deux bateaux à clins croisent à toute vitesse, tirés à la rame par des adolescents torse nu, soufflant et poussant des grognements, des petits bateaux en bois ­inscrits au patrimoine culturel de l’UNESCO et dont la conception est inchangée depuis le XVIIe siècle. Je réalise à cet instant que voir les îles Féroé depuis la mer est la façon dont les Féroïens ont toujours vu leur maison. Plus tard, en repassant devant la pointe ouest de Mykines et son phare, je contemple à nouveau la falaise et y vois à présent un paysage unique où l’homme et la faune vivent en harmonie depuis plus de mille ans. L’une des toutes dernières étendues sauvages.

Hugh Francis Anderson est un écrivain voyageur et journaliste anglais, basé à Tromsø, dans la région arctique de la ­Norvège ; hughfrancisanderson.com THE RED BULLETIN

TORD KARLSEN

Anderson (en tête) et Diane Seda, membre de l’équipage, regagnent le bateau dans la brume.

Conseil averti Kári Mikkelsen recommande la ­balade d’Eysturoy entre les montagnes Ritafjall et Knúkur, au ­départ de Norðragøta à Leirvík. « C’était la route principale quand mon père vivait dans la région. C’est ma randonnée préférée. »


HORS DU COMMUN Retrouvez votre prochain numéro en août en abonnement avec et avec dans une sélection de points de distribution et sur abonnement. RICARDO NASCIMENTO / RED BULL CONTENT POOL

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PERSPECTIVES la meilleure façon de… Rejeter la fatalité et se responsabiliser

Il est aisé d’être fataliste face au futur. Mais Philip A. Loring y voit plus une excuse que l’expression d’un pessimisme. « Face à un problème endémique, la cause profonde importe peu, on se contente de traiter les symptômes. » L’humanité mérite l’indulgence selon lui. « Il ne s’agit pas de nier, mais de pardonner. Imaginez un monde où chacun admet que l’homme est un être coopératif, généreux et bon par nature. Cela décuplerait les possibilités de changement. »

Cesser de croire à la magie

Marcher sur l’herbe Bravez l’interdiction s’il le faut, car, comme l’explique cet écologiste, sauver la planète implique de ne pas en avoir peur, mais au contraire, d’y adhérer pleinement.

Notre planète traverse une crise existentielle. Les experts du GIEC prévoient une augmentation des températures supérieures à 1,5 °C d’ici 2040, causant vagues de ­chaleur extrêmes, sécheresses, inondations record, déplacements massifs de population et extinction d’espèces vulnérables. La solution, selon les uns, consisterait à laisser la nature en paix. Mais d’autres comme l’anthropologue é ­ cologiste Philip A. Loring pensent le contraire : « L’homme peut coexister avec la nature et réparer les dommages causés, expliquet-il. Non pas en s’imposant des quarantaines, mais en s’intégrant à la vie des espèces, des paysages et des mers. » Ce professeur quadragénaire débute sa carrière dans l’informatique, mais une enfance à explorer les bois et le littoral du Maine, l’État américain le plus rural du pays, l’amène, à 28 ans, à ­étudier l’écologie. « Le 84

­fonctionnement solidaire de la nature m’a interpellé et je me suis demandé pourquoi l’homme en était exclu. Le temps passé avec des mentors indigènes en Alaska m’a appris qu’il n’en était rien ; nous sommes simplement conditionnés à le croire. J’ai alors cherché des situations où homme et nature pouvaient s’épanouir ensemble. » Ce faisant, Loring découvre d’innombrables études de cas, allant des éleveurs bovins aux méthodes traditionnelles de la région de Burren, en Irlande, aux pêcheurs de palourdes en Colombie-­Britannique où exploitation et préservation de l’écosystème vont de pair. Mais si beaucoup d’entre nous aspirent à mieux faire,

« Choisissez une action qui va dans le bon sens. » Philip A. Loring

la nécessité d’agir pèse sur les esprits, constate-t-il. « En changeant de mode vie, les gens passent par un stade que les anthropologues appellent liminal, ou de transition : ils sont motivés, mais impuissants et hésitants. » Pour réintégrer notre monde naturel, explique Loring, nous devons redécouvrir un savoir oublié. Voici comment...

Connaître son ­environnement

« Déterminer ce qui nous ­rattache à notre lieu de vie est primordial, précise Loring, autant que de reconnaître que cela dépasse notre histoire personnelle. » Il s’agit ici d’apprécier la relation profonde que les peuples autochtones entretiennent avec leur terre. « Connaître l’histoire des autochtones du Maine a changé ma perception des monuments dédiés aux colons. Revisiter l’histoire récente permet d’appréhender le monde qui nous a précédé. »

Dans le film Armageddon de 1998, Bruce Willis sauve la Terre en attachant une bombe nucléaire à un astéroïde. Ces scénarios hollywoodiens n’ont rien de réaliste. « La nature n’emploie pas de recette magique applicable en tout lieu, explique Loring. Le changement climatique ou nourrir la planète nécessite des solutions variées. L’agriculture régénératrice offre une alternative à l’agriculture intensive, par exemple, mais son application est fonction du lieu, des habitants et de leur relation à la terre. Mais les alternatives existent bien. »

Bien choisir ses batailles

« L’ampleur du problème écologique peut sembler insurmontable, reconnaît Loring, et peut décourager, pousser à l’inaction ou à la réaction impulsive. Dans ce cas, temporisez et choisissez une action qui va dans le bon sens comme manger des produits locaux et de saison ou participer à un programme d’observation des oiseaux. La mauvaise conscience n’est pas bonne conseillère. Le changement graduel est lent, mais soudain il advient. Le basculement est proche. C’est juste que nous n’en sommes pas encore conscients. »

conservationofchange.org THE RED BULLETIN

NINA ZEITMAN

CULTIVER


PERSPECTIVES fitness PROGRESSER

Top quarante La vie commence à 40 ans, dit-on. Une affirmation un tantinet exagérée pour l’athlète d’endurance Adam ­Bowden (photo, en bleu). Aujourd’hui âgé de 39 ans, il a représenté l’équipe de Grande-Bretagne en 3 000 mètres steeple en catégorie U23 lors des Championnats d’Europe d’athlétisme de 2003 et des Jeux du Commonwealth de 2006, et détient le record britannique de vitesse en Ironman 70.3. Mais, au seuil de son quarantième anniversaire en août prochain, ­Bowden prépare sa renaissance. Objectif : « être plus rapide à 40 ans » ! L’an dernier, Bowden délaisse l’Ironman 70.3 ­(distance du triathlon semi-­ Ironman de 100 km ou ­70,3 miles) pour se lancer dans le marathon et décroche une première victoire au Pays de Galles, en octobre, en 2 h 20 min 6 sec – un record personnel à l’époque. En avril, au marathon de Manchester, il fait mieux, avec 2 h 17 min 18 sec. Aujourd’hui, alors qu’il aborde sa cinquième décennie, B ­ owden se fixe comme objectif 2 h 10 min – un temps qui le placerait dans le top 10 à Londres, ou le top 5 à New York. « J’en ai encore sous le capot », affirme celui qui n’avait

jamais couru de marathon. « Les obstacles rencontrés durant mes jeunes années, mauvaise alimentation ou temps de repos insuffisant, ont été formateurs. » Quelle est sa méthode ?

Soyez à l’écoute

Pour certains, le corps est un temple ; pour Bowden, c’est une voiture de sport ­exigeant un entretien constant : « Quand on possède une ­Ferrari, on la bichonne. » Dans l’optique de sa conversion au marathon, il demande aux spécialistes de nutrition sportive de ­Precision Fuel & Hydration de lui concocter un programme personnalisé. « Bien manger, bien s’hydrater, des séances d’entraînement cohérentes et une récupération suffisante rendent l’âge insignifiant. »

Checkez le compteur

« Jeunes, nous repoussons les limites du corps sans nous soucier des signes qu’il nous envoie, explique Bowden. Du coup, certaines ­personnes sont cuites à la trentaine, alors qu’ils

« C’est incroyable ce que le corps peut faire. »

auraient pu durer jusqu’à la quarantaine. » L’âge nous rend attentifs à ces signaux. « Ils alertent le cerveau en cas de soif, de manque de protéines ou de glucides. Ces alertes ont toujours existé, mais il m’a fallu des années pour les remarquer. »

Un mal pour un bien

La douleur est l’indicateur par excellence : « Quand le corps a mal, il vous dit de ralentir. » Mais surmonter la douleur a beaucoup appris à Bowden. « J’ai connu des moments difficiles en course, mais c’est là aussi que le

corps montre d’incroyables capacités. En mettant son attention ailleurs, sur vos pas par exemple et en ayant un discours positif, c’est incroyable ce que le corps peut faire. »

Le plaisir avant tout

Le secret d’une vitalité durable, selon Bowden, tient sans doute au plaisir. « Je n’en ressentais plus avec l’Ironman. Les trois disciplines ne me laissaient guère de temps pour la famille. Revenir à la course à pied a été la solution. » La baisse de la pression a eu un effet bénéfique sur ses performances : « J’étais plus détendu en course et j’avais de l’énergie à revendre. »

Trouvez votre rythme

La course c’est comme dans la vie, selon Bowden, il faut vivre le moment présent et avancer pas à pas. « Durant mes triathlons, je pensais d’abord à mon départ du ­ponton. Une fois à l’eau, je visais la première bouée. Et pour le vélo, je découpais le parcours en segments, au lieu d’aborder les 90 km d’un coup. Avoir des objectifs intermédiaires aide à atteindre le but final. »

Instagram : @adamspeedytri

Adam Bowden

PRECISION FUEL & HYDRATION

HOWARD CALVERT

Pour de nombreux athlètes, l’âge rime avec déclin. Mais ce coureur de fond vit sa quarantaine à toute allure.

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PERSPECTIVES gaming RÉUSSITE

Permis de conduire Comment l’improbable nouvelle star du sim a pénétré le monde de la F1 et s’y fait entendre. au Texas, où aura lieu en octobre le Grand Prix des États-Unis. Elle s’initie au sim racing avec Sebastian Job, pro de Red Bull Racing Esports. « Le sim racing m’a ouvert les portes de Twitch », explique-t-elle à propos de sa chaîne où elle diffuse aussi ses tests de jeux comme F1 22 (photo). « Les gens me demandent comment faire pour réussir dans ce milieu. Il suffit de se lancer et de montrer ce dont on est capable. »

Trouvez votre formule

En avril 2020, F1elly jouait à Among Us, jeu d’ambiance multijoueurs populaire se déroulant dans un univers de science-fiction. « En pleine pandémie, j’ai décidé de télécharger TikTok. J’ai créé quelques TikToks sur Among Us et ça a cartonné. » Désormais, elle comptabilise près de 230 000 abonnés, et crée des contenus pour Red Bull Racing depuis qu’elle a trouvé sa voie dans l’univers de la F1.

« Je m’y suis intéressée de loin jusqu’au moment où j’ai découvert les radios des pilotes, qui diffusaient leur vécu au volant. » Elle délaisse alors ses parodies sur Among Us et crée des vidéos humoristiques sur la F1. La réaction sur TikTok est immédiate. « Le fait que je sois une outsider a certainement contribué à éveiller l’intérêt pour mon exploration de cet univers. » Aujourd’hui, Elly vit à A ­ ustin,

Et assumez-la. « Beaucoup de jeunes sur TikTok aspirent à devenir influenceur F1 sans montrer leur visage. » Créez votre image de marque, recommande Elly et n’ayez de cesse de vous améliorer. « Au départ, la F1 n’était qu’un jeu pour moi, désormais, je m’intéresse à sa réalité, à la Moto GP, aux courses d’endurance et à la Formule Drift. » Une fois

« Je veux inciter le sim racing à plus s’ouvrir aux filles. » F1elly

votre formule trouvée, tenezy-vous. « Soyez constant tout en vous renouvelant. »

Soyez un moteur

« Je suis une femme et j’ai un public, déclare Elly en direction d’une minorité en ligne à qui cela déplaît. C’est curieux de voir comment certaines rapportent tout au genre. J’adore les troller en retour, mais pas sûr que ce soit la réponse la plus efficace. » Encourager davantage de femmes à pratiquer le sim racing l’intéresse plus. « Je pense avoir de meilleures idées pour inciter le sim à plus s’ouvrir aux filles. »

Pensez humour

« Personne chez Red Bull Racing ne vous dira que je suis douée, mais je m’améliore », confie Elly. En ce moment, elle se prépare pour la Porsche Esports Supercup (PESC) AllStars, une course réservée aux influenceurs. « J’ai sous-estimé le niveau, admetelle. Ces gars-là vont vite. » L’expérience lui a appris qu’il ne faut pas prendre la chose trop au sérieux. « Si vous leur dites que ce n’est qu’un jeu, ils se fâchent. Mais cela n’en est pas moins du sim. Je les taquine quand même un peu. »

Retrouvez Elly sur tous ses réseaux : @F1elly. Le jeu F1 22 sur PlayStation, Xbox et Windows ; ea.com 86

THE RED BULLETIN

@F1ELLY

« Je réalise des streamings de cuisine, explique Elly au sujet de la diversification de ses contenus. Me voir évoluer dans d’autres contextes amuse mes abonnés. Je m’efforce aussi d’être une automobiliste modèle dans la vraie vie. » Ses streamings cuisine ont du succès, mais sont loin d’égaler ceux en F1.

TOM GUISE

Soyez divers


PERSPECTIVES apprendre

“A

lways look on the ­ right side of life…” b En français, « regarde toujours la vie du bon côté », chantait Eric Idle, le comédien des Monty Python. Mais dans un monde qui semble de plus en plus fou et incertain, cela peut s’avérer difficile à appliquer. « Qui ne souhaite pas être heureux ou plus heureux ? », interroge la psychologue anglaise Vanessa King, auteure de l’ouvrage intitulé 10 Keys to Happier Living et membre du conseil d’administration de l’organisation caritative Action for Happiness. King défend la théorie de l’élargissement et de la construction des émotions positives développée par la psychologue sociale américaine Barbara Fredrickson dans les années 90, qui suggère qu’une attitude positive peut générer un engagement plus fort, davantage d’action et une spirale ascendante de positivité partagée. Mais comment faire pour que cette bonne énergie circule ? Voici les étapes du bonheur selon King.

Mesurez votre plaisir

RACHAEL SIGEE

La philosophie grecque classique a identifié deux types de bonheur : hédoné (le plaisir) et eudaimonia (l’épanouissement dans la vie). Le défi, note King, consiste à équilibrer ces aspects à court et à long termes. « Lorsque l’on travaille à quelque chose d’épanouissant, comme par exemple, un nouveau projet ou une nouvelle relation, il arrive souvent que l’on ne se sente pas bien sur le moment, voire que l’on ressente une forme de douleur. Ainsi, de petits moments d’hédonisme, comme le plaisir instantané de l’achat d’une nouvelle paire de chaussures, peuvent aider en cours de route. »

Reconfigurez-vous

Êtes-vous du genre à voir le verre à moitié vide ? C’est normal, dit King, c’est un instinct de survie. « Notre cerveau a THE RED BULLETIN

évolué avec une tendance à la négativité. Il est programmé pour détecter les dangers éventuels. Si vous êtes dans la savane et que l’herbe bruisse, il est plus sûr d’interpréter ce signe comme l’approche d’un prédateur potentiel. » Ce que nous devons faire, dit-elle, est de recalibrer cette tendance naturelle en utilisant les méthodes suivantes...

Focus sur le positif

Une des pratiques suggérées par King est de réfléchir à trois bonnes choses de votre journée et de les noter. « Elles ne doivent pas nécessairement être énormes. Cela peut être quelque chose d’aussi simple que : “Un collègue de travail a remarqué que je traversais une période difficile et m’a envoyé un message sympa.” » Vous avez du mal à trouver ne serait-ce qu’un seul moment positif ? « Pensez au moins mauvais moment. À la longue, même dans les journées les plus difficiles, vous commencerez à chercher les bonnes choses et à les savourer. »

LES CLÉS DU BONHEUR

Ondes positives

Vous trouvez qu’il y a trop de négativité dans ce monde ? Peut-être que vous ne voyez pas les choses du bon côté…

Partagez l’amour

Lorsque nous échangeons des moments agréables avec d’autres personnes, notre cerveau produit une substance chimique de bien-être appelée l’ocytocine, aussi connue sous le nom de « hormone de l’amour » : elle est aussi libérée pendant les rapports sexuels, l’accouchement (pour l’accélérer) et facilite l’attachement mère-enfant. « Elle nous rapproche des autres. C’est quelque chose que nous pou-

« Les émotions désagréables ne sont pas mauvaises. » Vanessa King, psychologue

vons stimuler. Si quelqu’un vous fait part de quelque chose de bien qui lui est arrivé, engagez le dialogue, posez des questions. Ce sera bon pour vous aussi. »

Continuez

Maintenant que vous avez puisé dans votre positivité intérieure, entretenez-la. Pour cela, dit King, il faut adopter une nouvelle perspective sur ce que vous ressentez. « Parler d’émotions “positives” et “négatives” est trop simpliste. Si nous parlons de “plaisant” et de “désagréable”, ou de “plus heureux” plutôt que de “bonheur”, c’est plus réaliste et donc plus durable. »

10 Keys to Happier Living de Vanessa King, disponible sur actionforhappiness.org 87


Isis porte : un casque POC Myelin, pocsports.com ; des lunettes de soleil DRAGON ALLIANCE Clover LL Ion, dragonalliance.com ; un tee-shirt ELLESSE Albany, ellesse.com ; un sac banane COTOPAXI Coso 2L, cotopaxi.com ; une montre NIXON Siren, fr.nixon.com ; un short DICKIES Victoria, dickieslife.com ; des chaussettes STANCE Icon Crew, stance.eu.com ; des boots PALLADIUM Pampa X Smile 1990, palladiumboots.fr


PERSPECTIVES matos

Toujours impec’ Aller d’un point A à un point B en restant sec, c’est possible quand vos roues et vos fringues font le job. Que vous fonciez au ­bureau ou flâniez en allant à votre cours de yoga, avec le bon vélo, ça roulera tout seul. Photos ALEXANDER BEER

Jordan porte : un casque GIRO Caden II, giro.com ; des lunettes de soleil DRAGON ALLIANCE Tidal X LL, dragonalliance.com ; un tee-shirt FJÄLLRÄVEN ­Abisko Travel, fjallraven.com ; un sac à dos STUBBLE & CO The Roll Top, ­ stubbleandco.com ; un pantalon 686 Anything ­Cargo, 686.com ; des chaussettes STANCE Boyd Crew, stance.eu.com ; des chaussures ETNIES ­Marana, eu.etnies.com À gauche : vélo HAIBIKE ­Trekking 6 Mid, haibike.com À droite : vélo électrique ­RIBBLE Hybrid AL, ­ ribblecycles.co.uk

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PERSPECTIVES matos

Casque SCOTT SPORTS La Mokka Plus et ­lunettes de soleil Sway, scott-sports.com ; veste HELLY HANSEN Ride Cycling, ­hellyhansen.com ; tapis de yoga YOGI BARE Paws et sangles, yogi-bare.com ; legging ROXY Kelia ­Workout, roxy.fr ; chaussettes STANCE Icon Crew, stance.eu.com ; chaussures de course UNDER ARMOUR Flow Synchronicity, underarmour.fr ; vélo MARIN Kentfield ST 2, marinbikes.com

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VENTURE Equipment

Casque POC Omne Air Spin et lunettes de ­soleil Aspire, pocsports.com ; tee-shirt, short SPORTFUL Giara, et gants TC, sportful.com ; sac à dos OSPREY Talon Ghost 22, ­ospreyeurope.com ; vélo CANNONDALE Synapse Carbon 105 avec SmartSense, cannondale.com


VENTURE Equipment

Casque NUTCASE Vio Commute, ­nutcasehelmets.com ; ­lunettes de soleil MESSY WEEKEND Hobbes, m ­ essyweekend.com ; tee-shirt AFENDS Real Time, eu.afends.com


PERSPECTIVES matos

Casque SPECIALIZED Mode, specialized.com ; lunettes de soleil DRAGON ­ALLIANCE Opus LL H20, ­dragonalliance.com ; veste 686 Hydra 2,5 L All-Weather, 686.com ; sac à dos ORTLIEB Commuter, ortlieb.com ; THE RED BULLETIN

tee-shirt AFENDS Classic Hemp Retro, eu.afends.com ; pantalon 686 Everywhere, 686.com ; chaussettes STANCE Icon 200 Crew, stance.eu.com ; chaussures ECCO Street 720 M, global.ecco.com ; vélo MATE X, mate.bike

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PERSPECTIVES matos Casque NUTCASE Vio ­Commute, nutcasehelmets. com ; lunettes de soleil MESSY WEEKEND Hobbes, ­messyweekend.com ; tee-shirt AFENDS Real Time et chaussettes Smoke Organic Crew, eu.afends.com ; combinaison PICTURE ­ORGANIC ­Foday, picture-organic-­clothing.com ; montre NIXON Regulus ­Expedition, fr.nixon.com ; chaussures K-SWISS ­ Granada, kswiss.fr ; vélo CUBE Cargo Hybrid, cube.eu

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Casque SMITH OPTICS Maze, smithoptics.com ; lunettes de soleil DRAGON ­ALLIANCE Opus LL H20, d ­ ragonalliance.com ; tee-shirt SANTA CRUZ ­SKATEBOARDS Japanese­ ­Optical Dot, santacruzskateboards.eu ; sac à dos CHROME INDUSTRIES Union, short Cargo ­Barrage et gants, ­chromeindustries.com ; chaîne HIPLOCK, hiplock.com ; montre G-SHOCK GA-B2100, g-shock.eu ; chaussettes STANCE Boyd Snow, stance.eu.com ; chaussures ETNIES Marana, eu.etnies.com ; vélo CANNONDALE X PALACE Mad Boy, cannondale.com Coiffure et maquillage : MIRA PARMAR Mannequins : ISIS NOUR @ W Model Management ; JORDAN D @ 777 Casting Management


MENTIONS LÉGALES

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The Red B ­ ulletin est distribué chaque mois dans six pays. Vous d ­ écouvrez ici la couverture de l’édition US, qui met à l’honneur le tennisman Reilly Opelka. Le plein d’histoires hors du commun sur redbulletin.com

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Directeur de la publication Andreas Kornhofer Direction générale Andreas Rottenschlager (dir.), Sara Car-Varming Rédacteur en chef Andreas Wollinger Direction créative Erik Turek (dir.), Kasimir Reimann Direction artistique Marion Bernert-Thomann, Miles English, Tara Thompson Éditing David Pesendorfer Maquette Martina de Carvalho-Hutter, Kevin Faustmann-Goll, Cornelia Gleichweit Rédaction photo Eva Kerschbaum (dir.), Marion Batty (adj.), Susie Forman, Tahira Mirza, Rudi Übelhör Rédaction web Christian Eberle-Abasolo (dir.), Lou Boyd, Marie-Maxime Dricot, Melissa Gordon, Lisa Hechenberger, Elena Rodriguez Angelina, Julian Vater, Benjamin Wolf Editor in Chief Global Content Tom Guise Responsable des contenus audios Florian Obkircher Gestion de la rédaction Ulrich Corazza, Marion Lukas-Wildmann Gestion de l’édition Ivona Glibusic, Bernhard Schmied, Melissa Stutz Directeur Ventes médias & Partenariat Lukas Scharmbacher Directrice de Co-édition Susanne Degn-Pfleger Directeur éditorial Alexander Müller-Macheck Gestion de projet Co-édition, Marketing & Communication B2B Katrin Sigl (dir.), Katrin Dollenz, Thomas Hammerschmied, Teresa Kronreif, Eva Pech, Valentina Pierer, Stefan Portenkirchner, Jennifer Silberschneider, Sophia Wahl Solutions créatives Verena Schörkhuber-Zöhrer (dir.), Sara Wonka, Tanja Zimmermann, Julia Bianca Zmek, Edith Zöchling-Marchart Gestion commerciale Co-édition Alexandra Ita Rédaction Co-édition Raffael Fritz (dir.), Gundi Bittermann, Michael Hufnagl, Alexander Klein, Irene Olorode, Mariella Reithoffer, Wolfgang Wieser Directeur exécutif de la création Markus Kietreiber Gestion de projet création Elisabeth Kopanz Direction artistique Co-édition Peter Knehtl (dir.), Luana Baumann-Fonseca, Silvia Druml-Shams, Erwin Edtmayer, Simone Fischer, Andreea Gschwandtner, Lisa Jeschko, Araksya Manukjan, Carina Schaittenberger, Julia Schinzel, Florian Solly, Sophie Weidinger, Stephan Zenz Head of Direct to Consumer Business Peter Schiffer Direct to Consumer Business Marija Althajm, Victoria Schwärzler, Yoldaş Yarar Manager Vente et projets spécifiques Klaus Pleninger Service de publicité Manuela Brandstätter, Monika Spitaler Fabrication & Production Veronika Felder (dir.), Martin Brandhofer, Walter O. Sádaba, Sabine Wessig Lithographie Clemens Ragotzky (dir.), Claudia Heis, Nenad Isailović, Sandra Maiko Krutz, Josef Mühlbacher Finances Mariia Gerutska (dir.), ­Elisabeth Maier MIT Christoph Kocsisek, Michael Thaler IT Service Maximilian Auerbach Opérations Alice Gafitanu, Melanie Grasserbauer, Alexander Peham, Thomas Platzer, Raphaela Pucher Gestion de projet Dominik Debriacher Assistante du Management général Sandra Artacker Directeurs généraux Andreas Kornhofer, Stefan Ebner Adresse Am Grünen Prater 3, 1020 Vienne, Autriche Téléphone +43 1 90221-0 Web redbulletin.com Propriétaire, éditeur et rédaction Médias Red Bull Media House GmbH, Oberst-LepperdingerStraße 11–15, 5071 Wals bei Salzburg, Autriche, FN 297115i, Landesgericht Salzburg, ATU63611700 Directeurs généraux Dietrich Mateschitz, Dietmar Otti, Christopher Reindl, Marcus Weber

THE RED BULLETIN France, ISSN 2225-4722 Country Editor Pierre-Henri Camy Country Coordinator Christine Vitel Country Project M ­ anagement Alexis Bulteau, Alexis.Bulteau@redbull.com Traductions Willy Bottemer, Fred & Susanne ­Fortas, Claire Schieffer, Jean-Pascal Vachon, Gwendolyn de Vries Relecture Audrey Plaza Abonnements Prix : 18 €, 12 numéros/an getredbulletin.com Siège de la rédaction 29 rue Cardinet, 75017 Paris +33 (0)1 40 13 57 00 Impression Quad/Graphics Europe Sp. z o.o., Pułtuska 120, 07-200 Wyszków, Pologne Publicité Feel Good Media Olivia Chevallier +33 (0)6 26 14 61 47 olivia@feelgoodmedia.fr

THE RED BULLETIN Allemagne, ISSN 2079-4258 Country Editor Maximilian Reich Révision Hans Fleißner (dir.), Petra Hannert, Monika Hasleder, Billy Kirnbauer-Walek Country Project Management Nina Hahn Publicité Thomas Hutterer (dir.), Michael ­Baidinger, Maggie Childs, Franz ­Fellner, Ines Gruber, Wolfgang Kröll, Gabriele Matijevic-Beisteiner, Alfred Vrej Minassian, Nicole Okasek-Lang, Britta Pucher, Jennifer Sabejew, Johannes Wahrmann-Schär, Ellen Wittmann-Sochor, Ute Wolker, Christian Wörndle, Sabine Zölss

THE RED BULLETIN Royaume-Uni, ISSN 2308-5894 Country Editor Ruth McLeod Secrétariat de rédaction Davydd Chong Publishing Manager Ollie Stretton Publicité Mark Bishop, mark.bishop@redbull.com

THE RED BULLETIN Suisse, ISSN 2308-5886 Country Editor Stefania Telesca Country Coordinator Christine Vitel Country Project Management Meike Koch Media Sales & Brand Partnerships Christian Bürgi (dir.), christian.buergi@redbull.com Marcel Bannwart, marcel.bannwart@redbull.com Jessica Pünchera, jessica.puenchera@redbull.com Goldbach Publishing Marco Nicoli, marco.nicoli@goldbach.com

THE RED BULLETIN USA, ISSN 2308-586X Country Editor Peter Flax Rédactrice adjointe Nora O’Donnell Révision Catherine Auer, David Caplan Publishing Management Branden Peters Publicité Todd Peters, todd.peters@redbull.com Dave Szych, dave.szych@redbull.com Tanya Foster, tanya.foster@redbull.com

THE RED BULLETIN Autriche, ISSN 1995-8838 Country Editor Nina Kaltenböck Révision Hans Fleißner (dir.), Petra Hannert, Monika Hasleder, Billy Kirnbauer-Walek Publishing Management Bernhard Schmied Publicité Thomas Hutterer (dir.), Michael ­Baidinger, Maggie Childs, Franz ­Fellner, Ines Gruber, Wolfgang Kröll, Gabriele Matijevic-Beisteiner, Alfred Vrej Minassian, Nicole OkasekLang, Britta Pucher, Jennifer ­Sabejew, Johannes WahrmannSchär, Ellen Wittmann-Sochor, Ute Wolker, Christian Wörndle, Sabine Zölss

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Direction New York ! Le hip-hop y est né, et c’est là que la que la crème du breaking se retrouvera le 12 novembre prochain pour la finale mondiale du Red Bull BC One. Parmi les danseurs en compétition, B-Girl Carlota, 20 ans (photo), et B-Boy Mathis, 18 ans, tous deux vainqueurs de la sélection française lors du Red Bull BC One Camp à Lyon en mai dernier. Avec eux, deux wild cards, Kimie Alvarez et son frère Marlone. Soit quatre talents déterminés à faire briller le breaking français lors de l’événement majeur de la discipline au plus haut niveau.

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Le prochain THE RED BULLETIN sortira le 15 septembre 2022.

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BAPTISTE FAUCHILLE/RED BULL CONTENT POOL

Pour finir en beauté


Apolonia Sokol

Vicky R À travers le récit des premières expériences de personnalités que nous admirons le plus, qu’elles soient : athlètes, artistes, rappeurs, peintres, producteurs ou danseurs, le podcast Ma Première Fois revient sur les moments-clés qui ont dessiné leur carrière. Chaque semaine, la journaliste Kenza Naaimi retrace les parcours types et iconiques (musique, photographie, danse, football) de nos invités. Ensemble, ils auront l’occasion de discuter de tous ces épisodes initiaux, où ils et elles ont commencé leur passion pour en faire leur métier.

Un podcast The Red Bulletin en collaboration avec Trax Magazine.

Ryan Koffi

À retrouver sur toutes les plateformes de streaming.


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