Skip to main content

The Red Bulletin FR 09/21

Page 1

FRANCE SEPTEMBRE 2021

HORS DU COMMUN Votre magazine offert chaque mois avec

L’ÉPREUVE DE FORCE

Dans la fascination du photographe BEN THOUARD pour les tubes de Teahupo’o, le « mur de crânes »

Tout dans les bras : le Tahitien Matehau Tetopata échappe à la mâchoire du monstre aquatique.


T-TR1 Robot de téléprésence mobile commandé à distance

PRÈS DES YEUX, P R È S D U CŒ U R .

*

*DÉPASSER L’IMPOSSIBLE Prototype Toyota présenté. Indisponible à la vente. ©2020 Toyota Motor Corporation. Tous droits réservés.


Éditorial

À CHACUN SA DYNAMIQUE Ces lignes introductives nous permettent de sentir et de vous transmettre l’esprit de chaque nouveau The Red Bulletin. Ce qui nous saute aux yeux ce mois-ci, c’est la notion de dynamique qui réunit nos invités, malgré leurs réalités diverses. Celle des vagues que documente Ben Thouard dans un processus créatif mêlant défi physique et fascination. Avec le pilote F1 Max Verstappen, au-delà de l’idée attendue de vitesse, on aborde un nouvel état d’esprit et son potentiel premier titre de champion du monde. Chez la chanteuse Nai Palm, nous apprécions sa capacité à toujours avancer, malgré l’adversité. Enfin, sur une roue ou deux, les pneus massifs de jeunes riders new-yorkais à vélo propulsent une nouvelle donne culturelle et sociétale aux États-Unis : la Bike Life. À chacun sa dynamique, croyez en la vôtre.

CONTRIBUTEURS NOS ÉQUIPIERS

MARZ LOVEJOY

L’ancienne New-Yorkaise, ­désormais installée à ­Copenhague, a eu des questions ­directes avant d’accepter de couvrir la culture Bike Life. « Il est impératif que les Noirs, les métisses et les autres p ­ ersonnes marginalisées ­racontent nos histoires à notre manière », déclare Lovejoy, qui a auto-publié un livre et écrit pour le site très tendance office. En selle avec la Bike Life. Page 62

Belle lecture ! Votre Rédaction

BEN THOUARD (COUVERTURE)

BEN THOUARD

Nous avions sollicité Ben pour lui dédier un portfolio 100 % surf, mais le caractère hypnotisant des vagues dans l’ouvrage du Français nous a poussés à aussi publier des photos sans surfeurs. « L’aspect artistique, plus personnel de la photo de vagues m’a tellement attiré que j’ai plongé dedans, c’est le cas de le dire », explique-t-il depuis la Polynésie française où ce photographe réside et où il n’a qu’à se jeter à l’eau pour saisir ces formes aquatiques qui le passionnent. Page 24

Le photographe Ben Thouard s’immerge dans son métier – et dans les eaux de Tahiti – avec son kit photo étanche. « Je veux faire des images intemporelles », dit-il. Page 24 THE RED BULLETIN

3


CONTENUS septembre 2021

52

Devenu zen, Max remportera-t-il la saison de F1 ?

8 Galerie : des performances à

couper le souffle

14 Roulettes ruse : quand le skate

recycle le chewing-gum

15 Pour un espace plus féminin 16 Karishma Ali : la footballeuse

qui change la donne au Pakistan

18 Le télétravail devient mobile

avec ce camping-car de Nissan 20 Robby Naish : le dieu du windsurf glisse sur son destin

24 M er forte

Pour le photographe de surf Ben Thouard, le surfeur n’est plus forcément au cœur du sujet.

38 P assez au vert

Pour préserver la nature à laquelle il doit tant, l’ultra-­ traileur Xavier Thévenard ne prend plus l’avion. Et vous ?

44 S ous les cicatrices

Nai Palm, chanteuse du groupe australien Hiatus Kaiyote, a transformé en motivation ses plus rudes épreuves.

52 À son tour de briller

Nous avons rencontré le pilote de F1 Max Verstappen à Monaco. Un nouveau Max. Au max. Au rythme de la Bike Life newyorkaise, où le vélo est bien plus qu’un moyen de déplacement.

6

THE RED BULLETIN

FORMULA 1/ADRIAN GREEN, BEN FRANKE, TRÉ KOCH

62 E n roue libre


62

Quand la jeunesse US prend son envol sur une roue.

44

Nai Palm ne laisse pas les coups durs gâcher son voyage.

THE RED BULLETIN

75 Voyage : faites un saut en

Suisse méditerranéenne pour grimper les blocs du Tessin 80 Fitness : les bienfaits d’une bonne baignade en eau froide 81 Fitness 2 : un rameur d’intérieur qui vous transporte 82 Gaming : les jeux de survie peuvent-ils nous préparer aux dangers de l’aventure outdoor ? 84 Minimalisme : si vous suivez leurs conseils, vous ne garderez pas ce magazine longtemps… 86 Agenda : sur Red Bull TV ou dans la vraie vie, ce qu’il ne faut pas manquer 88 Matos : prêt(e) à bouger à moto ? 96 Ils et elles font The Red Bulletin 97 Photo finale : chute dans le Sud  7


LOS ANGELES, USA

Part de rêve

DENIS KLERO/RED BULL CONTENT POOL

Bluffant, comment le pionnier du freeride russe Pavel Alekhin s’affranchit des lois de la physique pour atteindre des sommets, et les nuages. Évidemment, la photo est arrangée. Cette image est l’œuvre du photographe et prodige de Photoshop Denis Klero, aussi compatriote de Pavel. « Je voulais transposer le vrai saut de Pavel, exécuté à Los Angeles, dans un environnement artificiel mais féerique, explique Klero. Car le talent de Pavel flirte avec les sommets. » Plus de photos de rêve : klero.ru


9


LANDMANNALAUGAR, ISLANDE

Beauté en extinction « L’histoire est toujours la même, affirme Chris Burkard. Un paysage magnifique menacé de disparaître. » À bord d’un Cessna, le photographe californien survole le cours des rivières glaciaires d’Islande serpentant les Highlands telles les racines d’une gigantesque plante. Le Piper-Cub jaune (volant 300 m plus bas) semble n’être qu’un simple puceron. Retrouvez l’ensemble du projet dans le livre de Burkard : At Glacier’s End. chrisburkard.com


GOLFE DE FINLANDE

Tour de contrôle

CHRIS BURKARD, VICTOR SUKHORUKOV/RED BULL ILLUME

DAVYDD CHONG

Les phares sont plus divertissants qu’ils n’y paraissent. Le photographe Victor Sukhorukov le prouve. Le Russe a dû surmonter deux obstacles : un épais brouillard et un drone capricieux pour filmer le BASE jumper Semjon ­Lazarev parti du haut des quarante mètres de ce phare situé en Russie, près de Saint-Pétersbourg. tankizt.com

11


RAUNHEIM, ALLEMAGNE

J’ai vu de la lumière...

ROBERT GARO/RED BULL ILLUME

Au volant de sa voiture, le photographe Robert Garo est passé maintes fois devant ce spot situé sur l’autoroute A3 au sud-ouest de Francfort sans jamais y prêter attention. Il finit par le remarquer un jour d’embouteillage. Il y revient de nuit pour examiner la structure de près. Celle-ci est, à sa grande joie, illuminée. Un décor idéal pour mettre en valeur le skateur Milan Hruška. Et une chance unique de briller lors du Red Bull Illume, le plus grand concours de photographie pour les sports d’aventure et d’action au monde. Plus de photos sur : robertgaro.net


13


Deux étudiants en design rendent les villes plus propres avec des roues de skateboard mentholées. Les adeptes des sports de glisse sont soucieux de préserver leurs terrains de jeu. Pour le surfeur ou le snowboardeur, un spot abîmé est une source de plaisir gâché. Aussi, lorsque Hugo Maupetit et Vivian Fischer, deux étudiants nantais en design de 23 ans, réfléchissaient à un nouveau moyen de rendre les rues de la ville plus propres, la communauté des skateurs est apparue comme une évidence. Leur projet ? Récupérer les chewing-gums usés pour les transformer en roues de skate. Contrairement à la rumeur, un chewing-gum avalé ne reste pas éternellement dans votre estomac, votre corps l’expulsera. Mais sur le trottoir, il y restera longtemps à cause des matières plastiques qu’il recèle : polyéthylène (utilisé dans la fabrication des sacs plastiques) et caoutchouc butyle (utilisé dans les pneus). 14

Étonné ? Rassurez-vous, vous n’êtes pas seul. Une étude réalisée en 2018 par Iceland, une chaîne de supermarchés britannique, révèle que 85 % des personnes interrogées l’ignoraient. Pire encore, plus de 80 % des milliards de chewing-gums mâchés chaque année atterrissent sur un trottoir. « Les rues de Nantes sont parsemées de taches blanches, explique Maupetit. Les skateurs constituent une

Adhésion durable : une plaque à chewing-gums.

THE RED BULLETIN

LOU BOYD

Mets la gomme

HUGO MAUPETIT, VIVIAN FISCHER

SKATE DURABLE

communauté très sensible à la protection de l’environnement, et recycler des chewing-gums nous a semblé être une excellente initiative. Le chewinggum évoque pour nous la souplesse que requièrent les roues de skate dont l’usure est rapide. » Maupetit et Fischer ont installé des plaques de collecte près des skate parks et des points de ralliement locaux, invitant les skateurs à y coller leurs chewing-gums. Les plaques sont ensuite envoyées dans une usine où elles sont broyées avec le chewing-gum. Le polyméthacrylate de méthyle, qui compose la plaque, stabilise la texture. Celle-ci est mélangée à un matériau non révélé par Maupetit, avant d’être moulée par injection puis usinée. Ainsi, une roue recycle entre dix et trente chewing-gums en fonction de la dureté souhaitée. Le projet est, pour l’heure en phase, d’expérimentation. Maupetit et Fischer espèrent y associer des marques susceptibles d’offrir plus de débouchés à leur initiative. Ils ont sollicité le fabricant de chewing-gum Mentos et la célèbre marque Vans, qui n’ont pas donné suite à ce jour. « Mentos est intéressé, mais Vans n’a pas encore réagi, confie Maupetit. Les marques gagneraient à développer des projets en faveur de l’environnement, mais ne le font souvent que sous la contrainte. » Maupetit fait également état de réticences de la part de l’autorité locale, pourtant principale bénéficiaire du projet. « Nous avons arrêté l’installation de nouvelles plaques, la ville ne nous a pas délivré d’autorisation pour les emplacements ciblés. Mais cela devrait changer prochainement. Il en va de l’intérêt de tous. Nantes pourrait ainsi réduire ses coûts d’entretien des espaces publics. » Instagram : @hugo_maupetit ; @vivian_fischer_


ROCKET WOMEN

L’espace universel

THIS IS ENGINEERING/ROYAL ACADEMY OF ENGINEERING

LOU BOYD

Enfant, Vinita Marwaha Madill rêvait de devenir astronaute. Aujourd’hui, elle encourage les ambitions des générations futures.

En 1993, Vinita Marwaha Madill a six ans. Dans la bibliothèque du coin, elle découvre un livre sur l’espace avec, sur l’une des pages, la photo d’Helen Sharman, première femme astronaute britannique et première femme d’Europe occidentale à aller dans l’espace. « J’ignorais alors l’existence d’une astronaute britannique, explique la femme de 34 ans, native de Londres. Le fait de voir à un jeune âge cette photo a été un déclic, réaliser mes rêves devenait soudain possible. » Cette découverte incite Marwaha Madill à s’engager THE RED BULLETIN

Marwaha Madill a conçu des combinaisons pour l’espace et rédigé des procédures pour les astronautes.

dans un parcours qui la mène à l’Université internationale de l’espace en France, à un emploi d’ingénieure des opérations spatiales au sein de l’Agence spatiale européenne (ESA) ; aujourd’hui, elle est chef de projet pour la société d’exploration spatiale et de robotique Mission Control Space Services à Ottawa (Canada). Désireuse d’encourager d’autres jeunes femmes à entrer dans l’industrie spatiale et à rejoindre le programme STIM (sciences, technologies, ingénierie et mathématiques) de la NASA, elle fonde en 2012 Rocket Women, une plate-

forme mondiale qui relate des parcours de femmes remarquables dans les domaines de l’espace, les sciences et l’ingénierie. Récemment, le site a mis à l’honneur Dr Chiara Manfletti, responsable des stratégies de l’ESA, et feue Katherine Johnson, mathématicienne de la NASA et pionnière afro-américaine dont les calculs ont été essentiels à de nombreuses missions spatiales, notamment l’alunissage historique d’Apollo 11 en juillet 1969. « J’ai également été inspirée par Sally Ride, la première Américaine à aller dans l’espace, confie Marwaha Madill. “On ne peut pas être ce qu’on ignore’’, disait-elle. Rien n’est plus vrai. » En plus d’être un réseau permettant aux étudiantes en STIM de rencontrer des professionnelles, Rocket Women propose une ligne de vêtements dont les revenus assurent une bourse d’études à de jeunes étudiantes à l’Université internationale de l’espace — une étape cruciale dans le parcours professionnel de Marwaha Madill. « Je n’aurais pas pu étudier à l’ISU sans cette bourse », insiste-t-elle. Anglaise originaire d’Inde, Marwaha Madill estime nécessaire de promouvoir la diversité dans le domaine des sciences et de ­l’ingénierie, une diversité de genre, mais aussi d’origine sociale et ethnique. « Au Royaume-Uni, environ 12 % des professionnels de l’ingénierie sont des femmes, et moins de 9 % sont issues de minorités ethniques. Statistiquement, une étudiante en ingénierie ou en STIM a de fortes chances d’être l’unique femme dans une salle de cours, d’où la nécessité d’une communauté qui vous soutient… L’ingénierie et les STIM doivent refléter la société, on ne le dira jamais assez, car les systèmes que nous concevons se destinent à tous. » rocket-women.com   15


Karishma Ali

Droit au but La star du foot pakistanais parle de ses victoires, de sa lutte pour l’égalité des sexes et de son combat contre les haters. Texte ALEXANDRA ZAGALSKY  Photo ABUZAR MIR

En 2016, Karishma Ali établit un record à double lecture. Choisie pour représenter le Pakistan aux Jubilee Games à Dubaï, la pépite du football, alors âgée de 19 ans, devient la première fille de sa ville natale, Chitral, à participer à un grand tournoi sportif. Dès l’âge de neuf ans, Ali se passionne pour le football. Ses années de lycée à Islamabad, ville plus ouverte à l’éducation physique des filles, donnent un coup de pouce à sa carrière sportive. Elle décroche une médaille d’argent à Dubaï, et rentre chez elle avec l’envie d’inciter les femmes au sport. Pour ce faire, Ali organise un stage de football pour lequel elle s’attend à un intérêt très limité : à sa grande surprise, plus de cinquante filles s’y inscrivent. Mais ce succès s’accompagne d’un revers. Le district de Chitral – région montagneuse isolée du nord du Pakistan – est particulièrement conservateur et patriarcal. Ali est l’objet d’abus et menaces en ligne. « Difficile d’être imperméable à la haine et aux critiques quand on a 18 ans, se souvient-elle aujourd’hui à 24 ans. Je m’endormais en pleurs. » Loin de se décourager, la jeune femme fonde en 2018 le Chitral Women’s Sports Club, qui propose aux filles de pratiquer le foot, le volley-ball, le cricket et même le ski. Le club compte actuellement plus de 200 licenciées âgées de 8 à 16 ans. En janvier 2020, elle organise un stage de football à Islamabad : 37 membres du club y participent, encadrées par des pros. « Les grands immeubles, les femmes au volant, tout cela les a impressionnées, confie-t-elle. Leur assurance sur le terrain était belle à voir. » Quant au club de Karishma, le Highlanders FC, il a participé cette année au championnat national

16

féminin en atteignant les quarts de finale, avant que la compétition ne soit annulée après qu’un conflit politique pousse la FIFA à suspendre, au printemps dernier, la délégation pakistanaise de football. Mais la jeune femme, qui a intégré le 30 Under 30 Asia, classement Forbes des jeunes entrepreneurs en 2019, ne recule jamais. Outre son académie de sport, elle dirige à Chitral un centre d’artisanat pour femmes, associé à des créateurs de mode et qui génère ses propres revenus. Désormais diplômée en gestion des affaires à l’université de Londres d’Islamabad, Ali ambitionne d’améliorer les infrastructures sportives de Chitral et de sa région. « Je veux construire un stade pour les filles et implanter des clubs dans toutes les vallées. Le foot est bien plus qu’un sport, c’est un levier de changement positif pour les communautés. » the red bulletin : Jouer au football n’est pas une mince affaire pour les filles de Chitral… karishma ali : Je le dois beaucoup à mon père. J’ai regardé la Coupe du monde 2006 à ses côtés. J’allais dehors et tapais dans tout ce que je pouvais. Mon père est très libéral et m’a encouragée à me lancer. Il a contribué à fonder la première école anglophone de Chitral en 2002. Les parents désireux d’y envoyer leurs fils devaient aussi y inscrire leurs filles. Mon jeu s’est beaucoup amélioré au lycée. Je tapais dans le ballon en Salwar kameez (l’uniforme traditionnel pakistanais, ndlr) avant les cours. Je me moquais d’être en sueur ou pas « jolie ». Vous attendiez-vous au succès dès votre premier stage ? Je n’avais que vingt formulaires d’inscription, mais les filles les ont photocopiés, le groupe a fini par être

beaucoup plus important que prévu. Elles m’ont montré qu’elles étaient prêtes à se battre pour leurs droits, et que je pouvais les aider. Au lieu d’inviter leurs pères et leurs frères à assister aux tournois, j’ai convié leurs mères, qui ont rarement l’occasion d’assister à de tels événements. Comment le stage d’été s’est-il transformé en club permanent ? Les joueuses dont je m’occupe viennent de quarante villages différents. Même avec un terrain attitré, de nombreuses filles marchaient jusqu’à deux heures pour s’y rendre. Depuis 2019, la subvention Made to Play (octroyée par Nike et Gurls Talk, une association pour la promotion du bien-être psychique des jeunes femmes, ndlr), nous permet de louer des Jeeps pour le transport. C’est ainsi que le nombre d’adhérentes a doublé. ­Chitral possède le taux de suicide le plus élevé du Pakistan, et un grand nombre de ces suicides concerne les jeunes femmes. Beaucoup sont issues de milieux défavorisés. Le football leur offre une nouvelle perspective. Il les éduque et les unifie. Le club est né du bonheur de jouer. Vos actions vous ont valu de figurer sur la liste Forbes 30 Under 30 Asia… Figurer parmi des leaders exemplaires est une grande fierté. J’ai tout de suite appelé mon père, qui n’a pu retenir ses larmes. On me prenait pour folle parce que je croyais en mes rêves, mais en devenant la première Chitrali à figurer dans Forbes, j’ai fait la une des journaux pakistanais. Cela a changé la perception que suscitent les sportives. Toute cette activité a néanmoins fini par vous attirer des trolls… À l’époque, cette haine m’a poussée à m’éloigner des réseaux sociaux pendant deux mois, j’étais secouée. Les insultes n’ont pas cessé, surtout après les qualifications d’Islamabad pour le championnat national féminin, mais vous savez, je n’ai pas reculé à 19 ans, alors aujourd’hui encore moins. Nul ne se mettra en travers de ma route. Je suis en feu.

Twitter : @karishmaAli22

THE RED BULLETIN


« Je tapais dans le ballon avant les cours. Je me moquais de ne pas être “jolie”. »

THE RED BULLETIN

17


Un business qui roule Voyage d’affaires ou voyage à faire, en camping-car, ça roule. Jusqu’à présent, si vous vouliez partir à la découverte du monde sans contrainte, vous deviez épargner et souvent démissionner. Mais la pandémie de l’an dernier a changé la donne. Le télétravail et les réunions en ligne ont banalisé le travail à distance. Une évolution qui a incité le constructeur automobile japonais Nissan à concevoir un camping-car d’un genre nouveau intégrant un espace bureau. Une manière d’allier vie nomade et vie professionnelle classique. Le bureau rétractable via une application mobile, peut accueillir une personne, un bureau, un écran grand format et une chaise ergonomique du 18

célèbre fabricant de meubles américain Herman Miller. Le sol transparent vous rappelle entre deux courriels que vous êtes sur un sentier de montagne ou au bord d’une plage. Après l’effort, place au ­réconfort : l’appli range le bureau, le moment est propice à une randonnée ou à une séance de surf. À votre retour, la lampe UV antibactérienne placée dans la boîte à gants désinfecte vos effets personnels. Le toit du véhicule tient lieu de terrasse avec chaise longue et parasol, idéal pour

l’apéro. Selon une étude menée en 2018 par MBO Partners, une société de solutions high-tech, 4,8 millions d’Américains se considéraient comme des « nomades numériques », un nombre en forte augmentation. « Le travail à la maison pose divers problèmes à beaucoup d’employés, explique Nissan à propos de son concept. En élargissant leur choix quant au lieu et à la ­manière de travailler, nous les aidons à surmonter ce ­problème.  » Présenté cette année lors de l’édition virtuelle du salon de l’automobile de Tokyo, l’Office Pod est encore au stade de concept qui, toutefois, s’appuie sur une version modifiée du fourgon ultracompact NV350, le projet est donc pris au sérieux en interne. « C’est le début d’une nouvelle ère où concevoir nos propres modes de vie devient possible, estime le constructeur automobile, et où notre lieu de travail correspond à notre idéal. » nissan.fr THE RED BULLETIN

NISSAN

NISSAN OFFICE POD

LOU BOYD

Mon Vanhattan : un cocktail sur le toit quand vous ne conduisez pas — pensez au frein à main.


Red Bull France SASU, RCS Paris 502 914 658

RED BULL AU GOÛT DE PASTÈQUE.

VIVIFIE LE CORPS ET L’ESPRIT®.

POUR VOTRE SANTÉ, PRATIQUEZ UNE ACTIVITÉ PHYSIQUE RÉGULIÈRE. WWW.MANGERBOUGER.FR


Robby Naish

À 58 ans, le plus grand windsurfeur de tous les temps surfe comme à son habitude et n’est pas prêt à raccrocher. Texte JÜRGEN SCHMIEDER

Robby Naish naît en 1963 à La Jolla, en Californie, cinq ans avant que le premier brevet de la planche à voile ne soit déposé. En 1976, il devient champion du monde de la discipline à seulement 13 ans. Il raflera ce titre 24 fois durant les deux décennies suivantes. « À aucun moment, je me dis que je peux en faire mon métier, confie Naish. L’idée d’une carrière ou me projeter dans l’avenir ne m’effleure même pas. Je vis l’aventure sans me poser de questions. » Plus de quatre décennies plus tard, l’aventure dure encore. À 58 ans, Naish remue toujours sa planche et son sport, une légende et l’incarnation vivante de l’évolution des sports nautiques à travers le monde. En 1968, le père de Naish, un surfeur passionné, installe la famille à Hawaï. Robby a cinq ans. Aujourd’hui, il y vit encore, mais le paysage autour de lui a bien évolué, au surf et à la planche à voile s’ajoute entre autres le kitesurf, le paddle (SUP), le surf foil. Au milieu des années 90, il lance sa propre entreprise, Naish Sails, et crée des équipements innovants pour ces sports émergents. « C’est venu naturellement sans calcul préalable. Planche à voile, waveboard, planche de slalom, kite, foil à aile gonflable, longboard ou SUP, sont des variantes auxquelles je me suis adapté parce que j’en avais les compétences et les moyens. » En 2016, Joe Berlinger, réalisateur en 2004 du rockumentaire ­Metallica: Some Kind of Monster, contacte Naish pour un film sur les plus grandes vagues au monde. Un peu avant le

20

début du projet, Naish se fracture le bassin lors d’une figure aérienne mal négociée et met sa vie en danger. Le film, sorti cette année, est le poignant témoignage d’un athlète face à une onde d’un autre genre, celle de sa propre mort. Rétabli, Naish a depuis vieilli et s’est assagi, mais son optimisme n’a pas pris une ride. « Mon dernier titre mondial date de plusieurs décennies, mais ne comptez pas sur moi pour ruminer le passé. Je suis aussi actif qu’il y a trente ans, et heureux d’être ce vieil athlète qui prend de l’ibuprofène au réveil, améliore sa technique ou développe de nouveaux sports pour inciter les plus jeunes à sortir et à s’amuser. » the red bulletin : L’ibuprofène n’explique pas tout. Comment entretenez-vous votre forme en dehors de l’eau ? robby naish : Mes pairs s’étirent, font une demi-heure de yoga par jour. Je déteste le yoga et m’étire peu. Pour moi, plus c’est raide, plus c’est fort. Il en va ainsi depuis mes 20 ans. N’importe quel entraîneur trouverait cela insensé. Les chutes dans l’eau ont peu d’impact ce qui n’empêche pas l’usure des articulations à un rythme certes bien plus lent qu’avec des blessures à répétition aux genoux, aux coudes et aux épaules. J’essaie d’aller sur l’eau tous les jours, car avec l’âge, l’inactivité se paie cher. La blessure reste le principal ennemi. J’ai travaillé dur pour me remettre de mes récentes fractures (en 2016, et une autre au pied droit en 2017, ndlr). À Hawaï, le fait de pouvoir surfer toute l’année aide aussi.

Certains disent qu’un athlète meurt deux fois : à la fin de sa carrière, puis à la fin de sa vie. Vous n’avez toujours pas rencontré votre première mort… Cette affirmation est très vraie. La plupart des athlètes tournent non sans peine la page après quelques années de carrière. Un passage difficile à vivre lorsque ce qui a le plus compté pour vous s’arrête soudainement. J’ai progressivement quitté la compétition, mais sans prendre ma retraite sportive. La compétition a toujours été secondaire, du coup ma vie a peu changé ; je participais à six ou sept compétitions par an sans courir après les points, tandis que le reste prenait plus de place. Conception, voyages promotionnels, vidéos, des journées bien remplies. De plus, mon éventail de sports s’est étoffé : kite, paddle, et plus récemment le foil et le wingsurf. J’ai plus de choses à faire que de temps pour les accomplir.

THE RED BULLETIN

CRAIG KOLESKY / RED BULL CONTENT POOL

Toujours à l’eau

Racontez-nous cette blessure… J’ai cru sur le coup que mon dos était brisé. La chute n’est pas violente, mais j’atterris mal, je serais incapable de la refaire même en essayant des centaines de fois. Le pied à l’arrière sort du strap et s’enfonce dans l’eau derrière moi tandis que la planche emporte le pied resté calé dans l’autre strap. L’aile se déplace à vive allure et je n’arrive pas à basculer le poids du corps vers l’avant. Je sens un craquement dans le dos en tombant à l’eau. Je remue les jambes pour vérifier si elles répondent et c’est le cas. Je conclus à un déchirement de ligament. Je me traîne sous le vent jusqu’à la plage où ma mine inquiète visiblement. L’instant d’après, je suis sur une civière à l’hôpital, puis dans un avion médicalisé pour Honolulu. Je venais de vivre ma première blessure grave, une expérience instructive, mais très désagréable.


« Le plus bruyant est rarement le plus brillant. »

THE RED BULLETIN

21


Robby Naish

À quel moment vous êtes-vous dit : « Je peux vivre de cette passion » ? Ma première compétition de planche à voile remonte à 1981, j’étais en classe de terminale. Mon dilemme était le suivant : soit je passais pro, soit je restais amateur pour espérer partir aux Jeux olympiques (en 1984, la planche à voile intègre les disciplines pour la première fois, ndlr). À l’époque, si un athlète perçoit le moindre dollar, il passe pro de facto et donc exclu des Jeux réservés aux seuls amateurs. J’ai fait don de mes deux premiers gains à mon lycée. C’est à ce moment que cette possibilité s’est concrétisée. J’ai été admis à l’université de Santa Cruz, en ­Californie et des sponsors proposaient de me payer pour faire de la planche à voile. J’ai repoussé d’un an mes études pour tenter l’aventure. Je n’ai pas fait marche arrière depuis. Nombre d’athlètes au succès ­précoce se sont brûlé les ailes. Pas vous. Pourquoi ? Cela tient à la chance, au fait de faire partie des pionniers. Ma personnalité a joué aussi : j’étais solitaire, peu sociable et égocentrique. Je fréquente peu de monde et ne sors

22

« Les regrets empoisonnent la vie. Ma vie, je l’aime. » quasi jamais avec des amis ; je suis un peu bizarre. J’ai ainsi évité les distractions susceptibles de déconcentrer un athlète. La lassitude peut parfois entamer la motivation chez certains. Je ne suis pas mû par des objectifs, je ne m’en suis d’ailleurs jamais fixé. Si l’objectif prend le pas sur le plaisir, l’envie de réussir finit par vous quitter. J’aime tout bonnement ce que je fais. Vous dites être peu sociable dans un monde pourtant dominé par les réseaux sociaux aujourd’hui… Ils permettent à chacun de se mettre en valeur et de se faire connaître sans l’aide d’un agent ou d’un photographe. Ça, c’est le côté positif. En revanche, il s’agit moins de devenir meilleur que d’obtenir des likes et un million de vues. L’auto-­promotion des athlètes n’a rien de nouveau, mais ce n’est pas très valorisant — c’est à celui qui sera le plus bruyant et en général c’est rarement le plus brillant. Je déteste les réseaux, mais impossible d’y échapper.

Avez-vous des regrets au regard de votre parcours ? Non, les regrets empoisonnent la vie et moi j’aime ma vie. Elle n’est pas parfaite, mais j’ai une sacrée chance d’être aujourd’hui qui je suis, comme je suis. D’avoir la liberté de faire ce que je veux, sans prendre pour acquis les gens qui financent ma passion. Cela peut s’arrêter à tout moment – l’avenir d’un sportif professionnel est des plus précaires. Alors je savoure ma vie comme il se doit.

En quête de la vague la plus longue

Un documentaire accompagne ­Naish dans sa dernière aventure. De la Namibie au Pérou en passant par le Costa Rica, Robby Naish a passé trois ans à sillonner le monde, chevauchant les plus grosses vagues sur son stand-up paddle. Accompagné du cinéaste Joe Berlinger, nommé aux Oscars, le surfeur découvre un nouveau sport, mais aussi une partie de lui-même. Cette aventure, probablement la plus émouvante de la carrière de Naish, est le sujet du documentaire The Longest Wave. Disponible sur Red Bull TV dès le 10 août ; infos : redbull.com

THE RED BULLETIN

THE LONGEST WAVE

Le rêve d’un ado : en 1976, Naish, 16 ans, sur la plage du Diamond Head on Oahu, Hawaï.

Cela peut être préjudiciable à un sport comme le windsurf ? Je ne me fais pas de souci pour le sport, mais cela change la donne. Le lien spontané avec la nature disparaît. Avant, on sautait dans un avion sans savoir quelle météo on aurait à destination. Maintenant, vous savez à l’avance quelle houle il y aura aux Fidji dans deux jours. Je vois beaucoup de jeunes doués en surf, et ils semblent s’amuser tout autant que nous à leur âge. Mais une fois rentrés chez eux, ils s’empressent de poster leurs figures au lieu d’apprécier l’instant et de se réjouir à l’idée de renouveler l’expérience.


MODÈLE SPEED LIGHT GREY LUNETTES DE SOLEIL SPORTS DE VITESSE


La vague de verre, décembre 2015 « Nous sommes sur la côte nord de Tahiti, avec des houles venant d’Hawaï, voire de plus loin. Une vague, un shorebreak, se forme juste au bord de la plage de sable noir, et en le remuant, cela crée toute cette variété de couleurs. Ici, c’est le lever du soleil, avec une falaise derrière, ce qui donne un côté très sombre. Les premiers rayons du soleil passent par-dessus la falaise et éclairent cette lèvre d’eau, donnant un fort contraste, comme s’il s’agissait de verre ou de dentelle. Je suis au bord de la plage et il ne faut pas se faire attraper par la vague, car ça peut faire mal. J’ai déjà perdu mon appareil photo et mes palmes dans de telles circonstances. On est comme démembré par l’impact de la lèvre sur le sable. » 24


MER FORTE

Le photographe BEN THOUARD capture des images des tubes implacables de Tahiti, et de ceux qui sont assez téméraires pour les chevaucher. Une passion pour les vagues devenue fascination.

Texte PH CAMY


Ben Thouard

Sortie de secours, août 2017 « Avec le surfeur australien Adrian Buchan sous la fameuse vague de Teahupo’o (considérée comme l’une des plus dangereuses au monde en raison de sa taille et de sa puissance, et parce qu’elle déferle sur un récif corallien acéré. Le nom du site de Teahupo’o vient du polynésien, et signifie « le mur de crânes », ndlr). Ici, à plusieurs centaines de mètres au large, les vagues roulent sur un récif corallien dépourvu de sable et de particules, et nous avons des conditions exceptionnelles, une clarté extraordinaire. On voit que la vague ne s’ouvre pas, qu’elle va s’écraser, alors Adrian décide de s’en sortir en la traversant. J’étais sur le point de filmer Adrian dans le tube, mais il a surgi à travers la vague au moment où elle se brisait. C’est ce qui donne cette image inhabituelle : Adrian debout sur sa planche, mais sous l’eau. »

26

THE RED BULLETIN


THE RED BULLETIN

27


Ben Thouard

En aveugle, avril 2016 « J’aime les clichés engagés, au plus près de l’action. Ici, avec le surfeur français William Aliotti à Teahupo’o, je suis juste sous le rebord d’une vague sur le point de s’écraser sur le boîtier étanche de mon appareil photo. Je suis déjà complètement sous l’eau, commençant mon plongeon pour échapper à l’impact, mais mon bras est encore hors de l’eau pour shooter. Et puis – hop ! – je tire mon bras sous l’eau. Je dois passer sous la surface pour éviter d’être projeté. Je shoote en aveugle et je joue avec le risque, avant que tout n’explose. » 28

THE RED BULLETIN


Chasseur de slabs, avril 2020 « En plus de mon travail de photographe de surf, je me suis intéressé à des endroits qui ne sont pas forcément des spots de surf, où les vagues prennent des formes incroyables. Ici, non loin de Teahupo’o, se trouve un surplomb de récifs où les vagues se brisent en tubes. Je suis dans l’eau avec un objectif de 300 mm (un télé­ objectif, ndlr), ce qui n’est pas courant pour photographier à la nage, mais qui me permet de me concentrer sur cette courbe, ce détail. J’adore la texture de la surface, et cette courbe gigantesque et majestueuse, de 4 à 5 m de haut. Ce genre de forme atypique a un nom : un slab. »

« Je shoote en aveugle et je joue avec le risque, avant que tout n’explose. » THE RED BULLETIN

29


L’attente, mai 2019 « Deux photos prises au même endroit, le même jour : Teahupo’o à 6 heures du matin. La brise matinale arrache l’écume de la lèvre de la vague, la lumière rasante du lever du soleil illuminant ces projections d’eau volante, avec ces grandes montagnes en arrière-plan. Sur la photo du haut, les surfeurs attendent, les yeux rivés sur le large. Sur celle du bas, un surfeur s’est élancé avec une vague, et les autres se positionnent pour la suivante. Je travaille beaucoup en jet ski, car il me permet d’être très mobile, réactif et, surtout, seul et autonome. Ici, je suis derrière les vagues, le regard tourné vers le rivage. Cela m’offre un angle complètement opposé. » 30

THE RED BULLETIN


Ben Thouard

« Si tu fais une erreur, l’océan ne pardonne pas » the red bulletin : Qu’est-ce qui vous a motivé à plonger votre appareil photo dans l’eau ? ben thouard : Je suis surfeur depuis tout jeune, mais je vivais à Toulon, pas la meilleure région pour le surf. Alors à l’adolescence j’ai commencé à faire de la planche à voile, puis de la photographie, en faisant un stage avec Bernard Biancotto, l’un des pionniers de la photo de windsurf. À 19 ans, j’ai pu aller à Hawaï pour faire des images de planche à voile. J’avais mon appareil photo et un boîtier étanche fait maison. Cela m’a conduit à Tahiti en 2008, et ce fut le coup de foudre. La culture, les gens, la qualité des vagues, la clarté de l’eau, la lumière changeante et les différentes atmosphères dans la même journée… tout était attirant. Je me suis installé ici pour développer ma photographie de surf. J’avais 22, 23 ans. À quel moment avez-vous décidé de prendre des photos de vagues sans surfeurs ? Environ six ans après mon installation à Tahiti. Il y a eu une évolution progressive dans mon travail. Cela peut paraître triste, mais désormais, pour moi, la photo de surf est davantage un travail ; la photographie de vagues est devenue une approche personnelle, une rêverie. Je voulais me libérer des contraintes de la presse ou des marques qui me passaient des commandes, et montrer ce qui m’attire dans l’océan, de manière intemporelle. La tenue, la planche du surfeur datent un cliché de surf, mais une bonne photo de vague sera toujours bonne dans vingt ans. J’ai travaillé dur sur le sujet, photographiant des vagues dans toutes sortes de conditions, puis j’ai commencé à vendre des photos en ligne. J’ai auto-publié mon livre dédié aux vagues, Surface, en 2018. Cette fin d’année, j’en sortirai un nouveau, sûrement intitulé Turbulences. Pourquoi photographier quelque chose d’aussi insaisissable ? Ce qui me fascine dans les vagues, c’est de saisir une image unique, qui peut être esthétique, graphique ou simplement belle ; une image qui traduit la puissance de l’océan : une forme majestueuse, une explosion, un vortex qui apparaît sous l’eau lorsque la vague se brise. Je trouve fabuleux de transmettre la beauté de la ­nature et de sa force. Que ressentez-vous dans les vagues ? De l’excitation. Et, quand c’est une grosse vague, un peu de peur, bien sûr. Je suis fasciné face à tant de beauté. THE RED BULLETIN

Ce que vous faites exige un haut niveau de forme physique. Quelle est votre routine côté fitness ? Je surfe autant que je peux, et j’ai une certaine hygiène de vie. En outre, je fais des prises de vue plusieurs fois par semaine et, lorsque les conditions sont bonnes, je suis dans l’eau trois heures le matin et trois heures le soir – c’est beaucoup de nage sur place, à attendre avec mon appareil, pas mal d’apnée aussi. Puis, soudain, une série de vagues arrive et il faut sprinter, pour échapper à la vague, ou se placer au bon endroit pour shooter, avant de plonger – une sorte d’apnée dynamique. De quel type de matériel avez-vous besoin ? J’utilise un Canon dans un caisson étanche Aquatech. C’est un classique des séries professionnelles 1D et 5D, qui peut prendre des rafales de 15 à 20 images par seconde avec un autofocus très rapide. J’utilise des objectifs classiques : fisheye, grand angle, ou autre lorsque les vagues sont plus grosses. On peut aussi utiliser un gros téléobjectif qui rentre dans le caisson étanche. J’ai à peu près 5 kilos de matériel en main. Comment manipulez-vous tout cela ? Avec une poignée façon fusil à harpon, ça me sert par exemple pour saisir les derniers instants d’une action avec le bras hors de l’eau. J’ai aussi des hublots interchangeables sur le boîtier étanche pour changer d’objectif, et des boutons pour régler la caméra et actionner l’obturateur – je photographie manuellement. Le tout attaché à mon bras avec un leash comme celui à la cheville du surfeur. Tu dois nager, te positionner, cadrer et faire la mise au point, et lorsque le surfeur se jette dans la vague à Mach 12, ne pas le rater. Et si tu fais une erreur, l’océan ne pardonne pas. C’est-à-dire ? Je me suis retrouvé projeté sur le récif comme si j’étais plaqué à un sol ­recouvert de lames de rasoir. Ça peut arracher tes palmes, ou bien ton leash te projette l’appareil au visage. Le but est d’être au cœur de l’action sans être enfermé dans la vague, et d’avoir toujours une solution de sortie. Ça n’est jamais lassant ? Je suis à l’eau depuis plus de quinze ans, mais je suis toujours étonné par ce que j’y vois. C’est toujours en mouvement et changeant, ça reste excitant. C’est la force de la passion. benthouard.com   31


Ben Thouard Master, mai 2019 « On me demande si j’ai trafiqué cette photo. Pas du tout, c’est une lumière complètement naturelle. Nous sommes une heure avant le coucher du soleil, avec une montagne derrière nous, à contre-jour, avec ce vent offshore qui vient arracher les embruns de la houle. Cela crée un jeu de lumière unique : des gouttelettes d’eau réfléchissant la lumière et contrastant avec le fond dans l’ombre. Deux éléments qui s’affrontent : l’eau et le vent. »

33


Le surfeur inconnu, mai 2019 « Sous la vague Teahupo’o. Ce jour-là, ­l’attente entre les vagues était très longue, parfois 25 minutes, ce qui m’a offert une telle clarté d’eau – on peut voir les poissons et le corail au premier plan. J’ai tourné toute la matinée pour obtenir deux ou trois photos, en me plaçant au fond de l’eau. Il faut anticiper la vague, plonger au bon moment, se retourner, préparer ses réglages et son cadrage – tout cela sous l’eau. On dirait que le surfeur vole, avec le soleil qui vient frapper le poisson. Cette image peut être apaisante à regarder, mais pas à prendre. Et je ne sais toujours pas qui est ce surfeur. »

34

THE RED BULLETIN


Ben Thouard Surf

Le local, avril 2015 « Une journée avec des conditions exceptionnelles : un océan calme et lisse comme un miroir, qui nous offre un beau swell de 2, 3 mètres. Et les prouesses techniques du local, Michel ­Bourez, qui se glisse avec aise sous la lèvre de Teahupo’o ! »

THE RED BULLETIN

35


« Avant cette image, il y a des années de photos ratées. »


Ben Thouard Full speed, juin 2016 « Matahi Drollet, surnommé le “Prince de Teahupo’o”, est l’un des surfeurs les plus doués au monde. Je l’ai photographié en utilisant une vitesse d’obturation plus lente, en attrapant tout ce qui passe pendant les dixièmes de seconde où l’obturateur reste ouvert, ce qui donne ce flou filé. C’est esthétique mais compliqué, car il faut avoir quelque chose de net dans l’image. Il a son regard fixé sur moi, et sa planche et ses jambes comme aspirées par cette machine à laver, ce qui permet de ressentir la vitesse et la puissance de la vague. Pour obtenir une telle photo, il faut de la chance, mais surtout de la détermination. J’ai pris des milliers de photos avant d’obtenir celle-ci – des années de photos ratées. Je suis sur un bateau avec d’autres photographes, tous en train de photographier la même chose, et je pense à cette technique en me disant : “Si tu n’obtiens aucune photo à la fin, ce n’est pas grave, mais si tu obtiens quelque chose, alors ce sera vraiment différent des autres.” »

Du pur bonheur, avril 2017 « Une photo toute simple, mais un moment magique. Il doit être 6 heures du matin, je suis parti sous la pluie, et au moment où j’arrive sur place, il y a cette grande percée de lumière dans le ciel, avec un grain qui vient de s’évaporer. Les petits plaisirs de la vie : on se lève tôt, on arrive à l’eau et on voit ça. La journée commence bien. Du pur bonheur. » THE RED BULLETIN

37


PASSEZ AU VERT

Il est l’un des meilleurs ultra-traileurs de la planète (trois victoires à l’Ultra-Trail du Mont-Blanc en 2013, 2015, 2018, entre autres) mais il a cessé de prendre l’avion pour préserver son terrain de jeu : la nature. Aucun trophée ne le fera changer d’avis. Comment suivre ses traces, même si on n’a pas le même rythme ? Le Jurassien XAVIER THÉVENARD, 33 ans, parle du déclic nécessaire pour adopter des comportements verts simples, et ce qu’il lui a fallu pour ­passer des paroles aux actes. Texte PATRICIA OUDIT  Photos JORDAN MANOUKIAN

Xavier Thévenard, dans la nature où il s’éclate depuis l’enfance, et où il est devenu une figure de l’ultra-trail.

38

THE RED BULLETIN


39


Xavier Thévenard

the red bulletin : Xavier, vous venez de courir la Lavaredo, dans les Dolomites en Italie, comment vous sentez-vous pour ce retour aux sentiers ? xavier thévenard : J’ai abandonné au 33e kilomètre. Je n’ai pas encore récupéré de mon Covid, en novembre, j’ai attrapé une forme très virulente, avec des gros problèmes de respiration à ne pas en dormir la nuit. J’ai passé dix jours au lit, mal, très mal. Au bout d’un mois et demi, ça allait mieux, mais ce virus, c’est un peu la roulette russe. Il y a des moments où ça va à peu près, d’autres où je souffre d’oppressions au niveau du thorax. C’est ce qui s’est passé sur cette course, j’ai eu des sensations d’étouffements, et toute mon énergie s’est dégradée. De toutes façons, au niveau plaisir, c’était zéro, donc ça ne servait à rien de continuer… On sait aujourd’hui qu’il existe un lien entre cette pandémie et la dégradation des écosystèmes par l’homme. Vous avez décidé bien avant le Covid de vous investir pleinement dans la ­protection de l’environnement. Jusqu’à ne plus prendre l’avion… C’est une décision que j’ai mûrie depuis des années. L’an passé, je suis allé en Corse en bateau pour ma tentative de record du GR 20*. Je n’ai pas fait ça pour créer le buzz ou la polémique, cela fait partie de mes engagements depuis tout jeune. J’ai toujours eu des convictions écologiques, toujours été un peu militant. Je me souviens qu’au collège et au lycée, j’avais déjà des sujets de discussion sur l’écologie, sur des choses et des actes qui me révoltaient. Par la suite, j’ai été influencé par des gens proches des ­théories de la décroissance ou de

« On donne des cours sur l’écologie à l’école, c’est bien, mais il faut une connexion physique avec la nature. » 40

l’effondrement comme Aurélien Barrau ou Pablo Servigne, ce sont des personnalités que je suis sur les réseaux. Ils me semblent aller dans le bon sens. *ratée d’une heure et 26 minutes en juillet 2020, battue en juin de cette année par le Corse Lambert Santelli en 30 heures et 25 minutes, soit 41 minutes de moins que le record détenu par François D’Haene depuis 2016. Aller dans le bon sens, ça commence par quoi ? Je ne veux pas donner de leçons, je ne suis pas un porte-parole, mais je considère que ça commence par avoir conscience de ses faits et gestes pour le bien commun. Aujourd’hui, avec cette crise sanitaire, on voit qu’on arrive à le faire : pour le bien commun, on met des masques, du gel hydroalcoolique, pour éviter de se mettre en danger les uns les autres. Pourquoi ne le ferait-on pas pour l’environnement ? Pourquoi ne pas se déplacer à pied, à vélo pour aller faire deux ou trois courses et acheter en vrac pour éviter les emballages, tout ce plastique ? Il y a 630 000 personnes en Europe qui décèdent tous les ans des effets de la pollution, soit 13 % de la population : sur la durée, ça tue beaucoup plus que le Covid*. Pourtant, on ne prend pas la mesure de la catastrophe. C’est moins immédiat qu’une pandémie, mais beaucoup plus mortel à terme. *à titre de comparaison, sur 15 mois, à compter du 1er avril 2020 au 30 juin 2021, le Covid a fait 860 000 morts.

de comportements parmi la faune, c’est le cas pour les oiseaux. On voit régulièrement des moineaux en altitude parce que les températures augmentent, des milans noirs qui sont là toute l’année alors qu’ils partaient migrer en Afrique pour se mettre au chaud. En montagne, les orages violents sont de plus en plus fréquents, en discutant avec les anciens, c’est flagrant, ils disent ne pas avoir connu ça. D’un autre côté, quand on entend les climatosceptiques, on s’aperçoit qu’ils font plein de raccourcis : par exemple, cette année, quand on voit les paquets de neige qui sont tombés, ils en concluent : le dérèglement climatique c’est du pipeau ! Sauf que c’est ni plus ni moins qu’un hiver normal, mais comme on n’en a pas eu depuis cinq ans, on finit par penser que c’est exceptionnel. Mais des – 20 °C dans nos régions, c’est normal ! C’est sur le long terme qu’il faut analyser le réchauffement, les causes, les conséquences. Là où je me rassure un petit peu, c’est que je vois encore ­certaines fleurs que je voyais gamin. Pouvez-vous nous éclairer sur le rapport bénéfice-contrainte de vos choix ? Ne plus prendre l’avion, c’est se priver de compétitions majeures… Bénéfices ? Que des plus. Et contraintes ? Franchement, il n’y en a pas tant que ça ! Quand je fais huit heures de route pour aller courir la Lavaredo dans les Dolomites, je découvre un univers de fou. Et quand je vois cette nature-là, magnifique, je me dis : a-t-on vraiment besoin d’aller aux États-Unis ? Derrière ta maison, il y a tellement à faire ! J’ai choisi un sponsor et des partenaires qui me suivent dans mes convictions, qui ne m’imposent pas d’aller à l’autre bout du monde pour faire des courses. Je ne perds pas mon énergie dans les aéroports, en plus je déteste ça, alors pour moi, c’est nickel. Pour l’anecdote, mon beau-père était

Que constatez-vous de ces effets, vous qui êtes en permanence sur le terrain ? Il y a le problème des déchets bien sûr, mais on constate aussi les changements THE RED BULLETIN


« Même pour l’ultra-trail du siècle, je ­resterai fidèle à mes engagements. Ou j’irai à la voile ! »


s’il y a un plateau d’anthologie, je resterai fidèle à mes engagements. Ou alors, j’irai à la voile ! Un de mes sponsors, Julbo, a de bons skippeurs, il y a peutêtre moyen de goupiller un truc ! Comment réagit la communauté trail à vos engagements ? Y a-t-il une prise de conscience ? Globalement oui de la part des coureurs, et y compris dans l’organisation des grandes courses, de plus en plus propres. Mais il y a encore des comportements choquants. Sans nommer personne, quand je vois sur Insta des traileurs faire les kékés avec leur grosse BMW, Mercedes ou faire de la moto trial sur les chemins, je me dis que l’image véhiculée n’est pas la bonne. Lorsqu’on pratique un sport comme le trail, où on est en permanence dans la nature, on ne peut pas utiliser sa notoriété à ça.

avec nous en Italie, il n’a jamais pris l’avion de sa vie, ce n’est pas pour autant qu’il n’est pas ouvert, pas cultivé, pas heureux ! On se crée des besoins, comme absolument aller à l’étranger. Pourquoi ne pas casser cette symbolique du tout consommation ?

Question avocate du diable : on vous propose l’ultra-trail du siècle à l’autre bout du globe, vous faites quoi ? Par rapport à l’avion, je me laisse juste la possibilité d’une urgence familiale ( les parents de Xavier vivent en Corse, ndlr), un problème de santé… Sinon, même

Comment la casser ? Pourquoi ne pas faire des lois : au même titre qu’on n’a pas le droit d’assassiner son voisin, pourquoi ne pas interdire les véhicules hyper-polluants qui sont néfastes pour le bien commun et tuent à petit feu. Si on va un peu loin, on participe tous à la destruction des espèces humaines et animales. Essayons de ­ringardiser cette image d’accumulation de biens de consommation. Dire que faire son jardin, cultiver ses légumes, c’est la classe !

« Je ne suis pas exemplaire, c’est impossible de l’être à partir du moment où l’on consomme. »

42

Comment discutez-vous de cette ­problématique avec vos sponsors ? Mon nouvel équipementier, On, veut bien faire les choses, c’est pour ça que je me suis engagé avec eux. L’idée est d’aller vers le 100 % recyclable, ce qui est déjà le cas avec un modèle de chaussures. Il y a d’autres démarches en cours pour limiter le packaging, ce beau ­carton… qui va finir à la poubelle. THE RED BULLETIN

ON-RUNNING.COM

Sera-t-il à l’heure pour le dîner ? Afin de réduire son empreinte carbone, Xavier peut ­enchaîner des dizaines de kilomètres de course rien que pour rendre visite à sa famille.

En termes d’écologie, nul n’est irréprochable. Quels choix faites-vous dans votre vie quotidienne pour consommer moins, mieux ? Je ne suis pas exemplaire, bien sûr, c’est impossible de l’être à partir du moment où l’on consomme. Mais on peut faire en sorte de se fixer quelques objectifs faciles à atteindre dans sa vie de tous les jours. Le problème, c’est qu’on va forcément se heurter à des paradoxes, à des méthodes contre-productives. Par exemple, avec ma copine qui est architecte, on est en train de rénover une vieille ferme, avec l’envie d’en faire une maison autonome, passive, sans déperdition d’énergie. Il y a beaucoup de travail en amont sur le choix et l’utilisation des matériaux, sur les techniques. Mais pour le terrassement, on est obligés de faire venir des pelleteuses, néfastes pour l’environnement… Ce qui est contradictoire avec notre projet d’éco-durabilité. Pour faire du propre aujourd’hui, il faut encore passer par du sale.


Xavier Thévenard

De la même manière, comment un ­circuit mondial de trail peut réduire son empreinte carbone ? J’avais évoqué l’idée d’un circuit trail par continent, avec l’idée de rassembler les meilleurs sur un seul championnat du monde dans un seul pays. Ce serait une solution pour limiter les déplacements. Je pense que ça peut le faire pour des trails pas trop longs, des 30 ou des 50 km, mais que cela ne fonctionne pas pour les ultras : dans ce genre de format, il faut venir avec 100 % de motivation, avec ses tripes, et on ne peut pas imposer à un coureur de venir, surtout si c’est à l’autre bout du monde, dans un désert ou un spot qui lui déplaira, dans lequel il aura zéro sensations. L’ultra nécessite déjà de s’entraîner dans des univers hostiles, dans la plus extrême difficulté, si en plus on doit courir 170 bornes sans prendre aucun plaisir… C’est de la torture. Il faut que les parcours nous fassent vibrer, en termes de décor, ­d­­’atmosphère. Moi, j’ai la chance d’avoir l’UTMB (Ultra-Trail du Mont-Blanc) à côté… Mais un Américain va larguer pas mal de gaz à effet de serre en volant jusqu’à chez nous.

« J’ai beau être ultra-traileur, 80 kilomètres en courant, ça pique un peu ! » À propos, connaissez-vous votre empreinte carbone ? A-t-elle baissé ces dernières années ? Très bonne question ! Il faut que je fasse le point à la fin de l’année. Pour le moment, on est à sept mois de l’année 2021, et mon plus gros voyage, c’est les huit heures de voiture que je viens de faire pour aller en Italie. On peut rajouter les quelques allers-retours Alpes et Jura en voiture, mais dès que j’ai pu, j’y suis allé à vélo, voire à pied. J’ai beau être ultra-traileur, ça fait quand même 80 kilomètres ! Ça pique un peu. Après, avec ma copine, on fait un maximum de co-voiturage.

Parlez-nous de votre engagement auprès des associations Mountain Riders et Une Bouteille à la mer, de vos prises de parole dans les écoles. Que dites-vous à ces jeunes ? Ce sont essentiellement des élèves de primaire et de collège, des publics auxquels je suis un peu habitué en tant qu’éducateur sportif. Je préfère montrer que dire, alors souvent, je les emmène dans la nature. On fait un peu de plogging (ramassage des déchets en marchant ou en courant, ndlr) que je pratique personnellement à chaque sortie. Je crée des équipes pour rendre le tout plus ludique, à celles qui ramassent le plus vite, je leur explique en passant combien de temps un déchet met à se dégrader… Je les amène dans une forêt bien rangée et bien droite d’épicéas, aménagée par l’homme et dans une autre zone sauvage et par la simple observation des sols, ils se rendent compte que l’empreinte humaine n’est pas forcément une bonne chose, que ça appauvrit. Juste à travers une balade, les sensibiliser à l’environnement, c’est déjà ça. J’ai des gamins parisiens qui n’ont jamais vu une vache en vrai et qui s’émerveillent de tout sur leur chemin… On devrait fondamentalement revoir notre rapport à la nature, faire en sorte que dès le plus jeune âge, on touche la terre de ses mains : on donne des cours sur l’écologie à l’école, c’est bien, mais il faut une connexion physique avec la nature. Cette nature est votre terrain de jeu depuis toujours… J’ai toujours baigné dedans, à faire des cabanes dans les bois, à soigner le petit corbeau tombé de son nid et à en faire un compagnon de jeu, à apprivoiser le marcassin abandonné et recueilli par ma mère et qui a fini par s’amuser avec notre chien. Tout ça m’a ancré dans la terre, m’a éveillé, émerveillé. Et quand tu es émerveillé, tu fais tout pour que ça dure, perdure, que le joyau ne soit pas abîmé. On ne peut pas se lasser de tout ça. Tous les mois de juin, l’odeur des foins me fait retomber en enfance.

Partir du bon pied : pour Xavier, une sortie en forêt ou sur un ­sentier peut déclencher une prise de conscience écologique. THE RED BULLETIN

À tous les gens qui courent et marchent dans la nature, où qui souhaitent s’y aventurer désormais, qu’avez-vous envie de dire ? Observez, regardez ! Prendre conscience de la beauté de la nature, s’imprégner de tout ça, et se dire qu’on est privilégiés. Et qu’on va tout faire pour le rester. Instagram : @xavierthevenard   43


Sous les cicatrices NAI PALM, chanteuse du groupe australien Hiatus Kaiyote, a fait face à l’adversité toute sa vie. Elle ­révèle ici comment son art et la force de la nature l’ont aidée à revenir plus forte. Texte LOU BOYD Photos TRÉ KOCH


Ils en font des caisses : (de gauche à droite) Perrin Moss, Paul Bender, Simon Mavin et Nai Palm du groupe Hiatus Kaiyote.

45


Nai Palm

Le

deuxième titre du nouvel album de Hiatus Kaiyote, Mood Valiant, s’ouvre sur des chants d’oiseaux. Pour la chanteuse et compositrice du groupe, Nai Palm – de son vrai nom Naomi Saalfield – il ne pouvait y avoir une toile de fond plus parfaite : le chant et la compagnie des oiseaux font partie de la vie de cette Australienne de 32 ans depuis toujours. « Mais ce n’était pas intentionnel, s’amuse Saalfield lors d’une conversation Zoom avec The Red Bulletin. Ce n’est pas un choix – on finit toujours avec les oiseaux. J’étais en train de faire l’enregistrement d’une piste vocale et ils étaient dehors. Ils avaient l’air vraiment cool, alors on s’est dit : “Pourquoi ne pas les garder en tant que touche environnementale ?” » La relation de Saalfield avec les oiseaux et les animaux sauvages est bien documentée dans la discographie de Hiatus Kaiyote : elle a jammé avec un hibou sur le deuxième album du groupe, Choose Your Weapon (2015), et son perroquet, aujourd’hui disparu, Charlie Parker – nommé d’après la légende de jazz – était souvent présent dans le studio lors des séances d’enregistrement du groupe. Bien que leur musique soit souvent décrite comme étant de la « future soul », les musiciens de Hiatus Kaiyote préfèrent parler d’un « truc gangster multidimensionnel et polyrythmique ». Un genre qui pourrait passer pour inaccessible mais qui s’avère être tout le contraire : non seulement des chansons des deux premiers albums de Hiatus Kaiyote ont été en nomination aux Grammy Awards (Nakamarra, avec Q-Tip et Breathing Underwater) mais le groupe a également été validé par des icônes musicales comme Prince et Erykah Badu en plus d’être samplé par Beyoncé, Anderson .Paak ou encore Drake. Naomi Saalfield, en compagnie de Paul Bender (basse), Simon Mavin (claviers) Perrin Moss (batterie), a passé les dix dernières années à créer une musique qui examine la relation entre toutes les composantes de la vie, de la science et l’art à la nation et à la culture, ainsi qu’entre les humains et le reste du monde naturel. « Nous essayons de faire une musique qui donne aux gens une multitude de choses différentes à découvrir, ditelle. Il y a tellement de détails qu’au fil des années, vous pouvez toujours trouver quelque chose de nouveau et continuer à avoir une relation avec les titres. » 46

« Nous essayons de faire une musique qui donne aux gens une multitude de choses différentes à découvrir. » THE RED BULLETIN


« Une femme sur cinq vit avec un cancer du sein, mais je n’ai jamais vu de femmes avec un seul sein. Si je ne pouvais pas voir d’exemples, alors j’allais en devenir un pour les autres. » 48

THE RED BULLETIN


Nai Palm

Bien avant la formation du groupe en 2011, les rencontres spontanées et oniriques avec des animaux sauvages faisaient partie intégrante de la vie de Saalfield. Née et élevée à Melbourne, elle a été contrainte de déménager à la campagne à l’âge de onze ans après la mort de sa mère des suites d’un cancer du sein. Puis son père est également décédé peu après dans l’incendie de sa maison. Ce déménagement dans la petite ville de Mount Beauty, dans l’État de Victoria, au sud-est de l’Australie, l’a éloignée de tout ce qu’elle avait connu jusque-là, mais il a également marqué le début d’une relation importante et durable avec la faune indigène. « J’ai vécu avec des gardiens animaliers et nous avions un dingo, un aigle royal et des ­wombats », se souvient Saalfield. Pour s’extraire de cette jeunesse dramatique, elle a commencé à jouer de la guitare et à passer la plupart de son temps à l’extérieur, se liant d’amitié avec un chiot dingo qui dormait près de la maison. «  Mon installation dans une vallée alpine très isolée et le temps passé avec la faune indigène ont été de beaux moments enrichis de vertus thérapeutiques, dit Saalfield. Les animaux manifestent vraiment de l’empathie, et j’ai souvent chanté pour eux. Je pense que le rôle de la musique et celui du musicien consistent avant tout à rappeler aux gens la magie et l’émerveillement. Pour moi, la nature est le meilleur exemple de la véritable magie qui existe dans le monde. » Sur le visage de la chanteuse, de la lèvre au menton, un tatouage trace la ligne d’une éraflure causée par un ami animal – un corbeau orphelin qu’elle a sauvé, élevé et libéré lorsqu’elle avait quinze ans. Pour Saalfield – elle-même orpheline – la relation avec le jeune oiseau et l’éraflure qu’il lui a laissée étaient imprégnées d’une signification plus profonde. « J’ai eu l’impression que c’était une leçon de ma mère. De la laisser aller tout en continuant de la porter en moi. »

C

es traumatismes précoces constitueraient un défi plus que suffisant pour quiconque, mais l’adversité a continué d’attendre Saalfield au tournant. Il y a trois ans, alors que Hiatus Kaiyote était en tournée aux États-Unis, on lui a diagnostiqué un cancer du sein – la même maladie qui a emporté sa mère. La chanteuse dit que le diagnostic l’a secouée d’une manière qu’elle n’avait pas connue jusque-là. Publiant la nouvelle sur Instagram à l’époque, elle a dit à ses fans : «  Je suis rongée d’anxiété tout en essayant de pratiquer le courage et la patience au quotidien face à la merde la plus effrayante et la plus angoissante que j’ai jamais eu à endurer. » Saalfield s’est envolée pour l’Australie où elle a subi une opération chirurgicale vitale. En 2019, elle a heureusement reçu un verdict de guérison. Avec le recul, elle considère que la musique a été l’exutoire par lequel elle a pu traiter et comprendre son expérience. Tout en se remettant de la mastectomie qui lui a sauvé la vie, Saalfield a pris contact avec d’autres personnes atteintes de ce cancer, et elle a pris publiquement position contre les normes de beauté qui, selon elle, peuvent pousser les femmes ayant subi une mastectomie à opter sans réfléchir pour une chirurgie superficielle. Afficher la beauté de son expérience est quelque chose qui a toujours semblé naturel chez elle. Ainsi, lorsqu’on lui a proposé une chirurgie reconstructive du sein après l’opération, elle a refusé. « J’ai été très ferme dès le départ sur le fait que je ne voulais pas de chirurgie reconstructive, explique-t-elle. C’est vraiment invasif et dangereux– vous introduisez un truc géant en silicone

THE RED BULLETIN

49


Nai Palm

« Soyez fier de vos cicatrices. Elles sont fortes et belles. » dans votre corps. » Bien qu’elle soit convaincue de sa décision, Saalfield a été choquée par la réaction du corps médical qui n’a guère fait preuve d’empathie et qui lui a recommandé un suivi psychiatrique. « Le chirurgien plastique m’a dit : “Vous risquez de le regretter plus tard et cela vous ferait sentir à nouveau normale”, dit-elle en secouant la tête. J’étais soufflée. Je me suis dit : “Qui es-tu pour décider pour moi ce que je vais regretter ? Je ne serai jamais normale. Cela a changé ma vie pour toujours.“ » Au lieu de cela, son torse arbore désormais un tout nouveau tatouage là où se trouvait autrefois son sein en plus d’une décoration dorée semblable – modelée sur son sein avant son ablation – qu’elle prévoit de porter sur ses tenues de scène. « Je ne serai plus jamais ce que j’étais, mais putain que c’est génial, ­dit-elle, soudainement animée. On m’a offert la possibilité de retourner la situation, tu vois ? Non seulement je ne vais pas avoir de reconstruction, mais je vais m’afficher avec ça. » Sa prise de position a suscité des centaines de messages de soutien et de gratitude de la part de femmes qui vivent une situation semblable. « Une femme sur cinq vit un cancer du sein et pourtant je n’ai jamais vu de femmes avec un seul sein dans la vraie vie. Jamais, pas une seule, dit Saalfield en haussant les épaules. J’ai décidé que si je ne pouvais pas voir d’exemples, j’allais en devenir un pour les autres. Montrer aux femmes une autre voie et montrer qu’elles peuvent encore être dans le coup. Portez vos cicatrices avec honneur – elles sont fortes et belles. » 50

Après les épreuves et les tribulations de ces trois dernières années, le Hiatus Kaiyote de 2021 est-il le même groupe qu’avant, ou Saalfield pense-t-elle que sa propre expérience et l’épreuve collective causée par la pandémie ont provoqué un changement de tonalité ? « Chaque chanson que nous faisons a son propre petit monde en soi, dit-elle, pensive, mais l’intention reste la même. » Après tout, il s’agit d’un groupe dont la musique a tendance à ne pas être tournée vers l’intérieur mais plutôt vers l’extérieur, vers le monde. Le titre phare de Hiatus Kaiyote, Nakamarra, sorti en 2012, invitait ses fans à se documenter au sujet de l’artiste aborigène Doreen Reid Nakamarra. Get Sun, le premier single de Mood Valiant, ­comporte un court extrait du documentaire Corumbiara: They Shoot Indians, Don’t They ? réalisé par le cinéaste brésilien Vincent Carelli en 2009. « Vous pouvez écouter Get Sun et vous dire que c’est amusant, dit Saalfield, ou vous pouvez aller plus loin et découvrir que c’est plus que cela. C’est un sujet de discussion et cela peut pousser les gens à s’informer sur ce qui se passe réellement, en particulier dans les communautés indigènes. En tant qu’artiste blanche dans l’œil du public, il est important pour moi de me concentrer sur des choses qui sont dignes d’amour et d’attention. » Cela signifie-t-il que Saalfield considère que sa musique a une ambition politique plus élevée dans le monde ? Elle secoue la tête. « Tout ce que je veux, c’est apporter de la beauté et un sanctuaire, parce que c’est ce que la musique représente pour moi. Quand j’ai l’impression que le monde va s’écrouler, la chose qui m’apporte la paix, c’est la musique. Elle m’a sauvé la vie. Si je peux jouer ce rôle pour quelqu’un d’autre, alors j’ai l’impression de faire davantage partie de l’univers et que ma vie a de la valeur. » Aujourd’hui, Saalfield est en forme, Hiatus Kaiyote a un nouvel album, le monde s’ouvre à nouveau, et le groupe prévoit d’entamer sa première tournée depuis 2018 – un nombre restreint de concerts un peu partout en Australie. La chanteuse dit que, même si elle est heureuse de pouvoir sortir et de recommencer à jouer avec le groupe, elle allait s’ennuyer de la vie plus calme qu’elle a mené ces deux dernières années qui a inclus l’adoption d’un chaton – « Pas un oiseau cette fois-ci, dit-elle en riant. Retournement de situation ! » – et la satisfaction procurée par un espace chez elle dédié à la création de musique et d’art. Saalfield révèle qu’au cours des douze derniers mois, elle s’est initiée au kintsugi – l’art japonais de réparation des objets fissurés ou cassés à l’aide d’une laque spéciale mélangée à de la poussière d’or ou d’argent, créant une soudure à la fois visible et esthétique – et a pratiqué cet art sur ses propres tuyaux cassés et ses vases dans sa maison. « Dans la vie, quand on casse quelque chose, souvent on le jette parce qu’il semble trop difficile d’en faire quelque chose d’autre, explique-t-elle lorsqu’on lui demande ce qui l’a attirée vers cet artisanat. Mais avec le kintsugi, vous décidez d’en faire quelque chose de beau d’une manière nouvelle et différente. La partie cassée est désormais illuminée. » hiatuskaiyote.com ; Instagram : @artykarateparty THE RED BULLETIN


En devenant le plus jeune vainqueur d’une compétition de F1 à l’âge de 18 ans, MAX VERSTAPPEN est vu comme l’Élu, voué à régner en maître sur les championnats du monde. Et l’année 2021 pourrait être celle du couronnement du Néerlandais. L’impétueux pilote qui avait tant de mal à contenir son impatience affiche à présent un calme olympien. Un Max de zen… Texte JUSTIN HYNES 52

MARKUS BERGER/RED BULL CONTENT POOL

À son tour de briller


Max Verstappen

D

En route vers une victoire éventuelle, six ans après l’accident spectaculaire qui a marqué ses premiers pas dans la compétition à l’âge de 17 ans, Max Verstappen est le favori du Grand Prix de Monaco 2021.

GETTY IMAGES

ans un peu plus de 96 heures, ici à Monaco, les concurrents s’élanceront pour le plus glamour des Grands Prix de F1. En raison des restrictions liées à la crise sanitaire, le terrain de jeu des stars et de la jet-set sur la Côte d’Azur n’accueillera pas les fastes habituels qui accompagnent la plus insolente des démonstrations de consommation ostentatoire dans le monde des sports mécaniques. Mais le niveau de la compétition reste spectaculaire. Pour Max Verstappen, ce week-end est un tournant décisif : à 23 ans, le pilote Red Bull Racing est impliqué dans son premier véritable duel pour la tête du championnat depuis ses débuts en 2015. Difficile de le croire quand on l’aperçoit à la marina du port de Fontvieille, car le Néerlandais dégage une incroyable sérénité. ­Retour sur la course qui a libéré le nouveau Max.


55


56

THE RED BULLETIN


Max Verstappen

O

GETTY IMAGES

n ne s’attendrait pas à une telle sérénité de la part d’un pilote automobile qui considère habituellement que tous les coups sont permis et accorde peu d’importance à la réputation prestigieuse de ses rivaux. Dès son arrivée dans le monde de la F1, Max Verstappen a remporté des courses. Il a d’ailleurs battu le record du monde du plus jeune vainqueur à l’âge de 18 ans, ce qui lui a valu le qualificatif de « futur champion ». Mais il aura fallu attendre cette année pour que les étoiles s’alignent et transforment le poids de cette destinée en possible réalité. L’an dernier, de nouvelles réglementations ont bouleversé le monde de la F1. Après que le fournisseur de pneumatiques Pirelli a dévoilé ses inquiétudes concernant les charges aérodynamiques infligées aux pneus des voitures de F1 les plus rapides jamais construites, des modifications ont dû être apportées aux monocoques afin de réduire drastiquement la déportance. Mercedes, septuple champion des constructeurs, et Lewis Hamilton, son septuple champion du monde, ont été les plus affectés, car les obscurs changements affectant les dimensions du fond plat et les écopes de frein arrière ont fait perdre aux Flèches d’Argent leur avantage historique, plaçant Hamilton à portée de volant. Pour l’équipe de Max Verstappen, ce vent de nouveauté a été plus clément. Totalement repensé, le groupe propulseur Honda a métamorphosé la Red Bull ­Racing RB16 2020 : autrefois capable de faire monter Max Verstappen sur le podium, mais rarement à la première place, cette voiture est devenue une

THE RED BULLETIN

« La saison va être longue et on ne peut pas se permettre de faire de grosses erreurs. » À gauche : Max Verstappen, contemplatif au port de Fontvieille (Monaco), quelques jours avant le début du Grand Prix iconique de la principauté.

concurrente féroce de Mercedes, que ce soit en termes d’élégance, de puissance ou de rapidité. Or, si Max Verstappen dispose désormais d’une arme redoutable pour renverser le maître incontesté Hamilton, en ce jour de Grand Prix à Monaco (le 23 mai), le pilote Red Bull se trouve toujours à 14 points du champion en titre après les premières courses de la saison. Dès l’ouverture du championnat à Bahreïn, Max Verstappen a affiché ses intentions en s’emparant avec panache de la pole position. Le rusé Lewis Hamilton a alors manœuvré pour piéger le jeune pilote dans un dépassement tardif un peu approximatif qui a assuré la victoire au Britannique. Max Verstappen a riposté pendant la course suivante à Imola, jouant des coudes dès le départ avec Lewis Hamilton qui avait cette fois pris la pole position, ce qui a propulsé le Néerlandais vers une victoire incontestée tandis que son rival devait se contenter de la deuxième place. Cependant, si cette rencontre éprouvante a montré que le pilote Red Bull ne se laisserait pas facilement intimider, les deux manches suivantes, qui ont eu lieu au Portugal et en Espagne, ont été de ­véritables master class dispensées par Lewis Hamilton. De son côté, Max Verstappen n’a eu de cesse d’accumuler les erreurs mineures : un léger dérapage au tour 14 sur le circuit portugais, puis un moment de confusion lors d’un appel au stand et une roue avant droite bloquée pendant son out lap à Barcelone. Ces petits soucis ont suffi pour apporter la victoire à l’invulnérable représentant de Mercedes dans la lutte la plus acharnée qu’ait connue le championnat de F1 depuis dix ans. Aujourd’hui, alors qu’il s’apprête à prendre le départ sur le circuit de Monaco, le jeune Néerlandais n’attend qu’une chose : la rédemption. Toutefois, un problème persiste : Max Verstappen n’a jamais brillé ici et il n’a jamais pu accéder au podium. Pour garder Lewis Hamilton à l’œil et éviter qu’un désagréable écart de 14 points ne devienne irrattrapable, Max Verstappen doit puiser au plus profond de lui-même. « Monaco, c’est un événement unique, répond Max Verstappen quand on lui demande ce qu’il attend du week-end. La piste est vraiment serrée. Il y a d’autres circuits urbains, mais rien d’aussi marqué. On ne peut pas se sentir plus à l’étroit qu’à Monaco. Surtout ­pendant les qualifications, lorsqu’on   57


Max Verstappen

points chaque week-end, même si nous ne réalisons pas la course parfaite. C’est une approche différente. » Cette vision des choses paraît à des années-lumière du Max Verstappen connu pour avoir menacé de frapper son rival Esteban Ocon après que le Français l’a percuté pendant le Grand Prix du Brésil en 2018, ou pour avoir tout risqué lors d’un dépassement tardif, brutal et ultraserré de la Ferrari de Charles Leclerc pour s’assurer la victoire lors du Grand Prix d’Autriche de 2019. Pour Max Verstappen version 2021, une seule chose compte : l’âpre lutte qui l’oppose à Lewis Hamilton. « Je me retrouve face à un septuple champion qui ne manque pas d’expérience, mais je dois tout mettre en œuvre pour le battre. Quand la victoire n’est pas envisageable, il faut se contenter du meilleur résultat possible, car la saison va être longue et on ne peut pas se permettre de faire de grosses erreurs, analyse-t-il. Lewis sait lui aussi parfaitement choisir ses moments et garder la tête froide quand ce n’est pas le jour et qu’il faut tout de même aller chercher des points. »

repousse toutes les limites. » Mais alors que la vision des murs qui se rapprochent dangereusement pouvait autrefois l’inciter à relâcher l’accélérateur et jouer son va-tout, Max Verstappen arbore un comportement différent cette année. Finies les démonstrations régulières de son tempérament volcanique. Fini l’entêtement qui l’a conduit à ignorer sciemment les drapeaux jaunes dans sa course vers la pole position au Mexique il y a deux ans, ou encore son obstination qui l’a relégué à la quatrième position sur la grille de départ. Tout cela a laissé place à un nouvel équilibre et une zénitude axée sur ce qu’il appelle « choisir le moment où l’on va briller ». « Vous devez comprendre que si ce n’est pas votre jour, il n’y a rien à faire. Il faut se contenter de ce que l’on a, explique-t-il. Jusqu’à l’an dernier, nous savions que nous ne pouvions pas remporter le championnat. Dans ce type de situation, vous sautez sur toutes les 58

­ ccasions pour gagner… au risque de o tout perdre. Enfin pas vraiment, mais vous franchissez les limites pour tenter d’obtenir un meilleur résultat. Aujourd’hui, notre voiture peut clairement concurrencer Mercedes. C’est plus qu’un miracle occasionnel. Nous devons veiller à engranger au moins quelques

J

THE RED BULLETIN

GETTY IMAGES

Devant le virage : Max Verstappen précède Valtteri Bottas, pilote Mercedes AMG Petronas, au niveau de la fameuse chicane pendant le premier tour de la course.

eudi après-midi. Alors qu’il reste 72 heures avant le début de la course, la probabilité d’une issue positive est mise à rude épreuve. Le nouveau coéquipier de ­Verstappen, Sergio Pérez, est le plus ­rapide lors de la première session d’essais libres du weekend, mais dans l’après-­midi, les deux Red Bull perdent le rythme. Sergio Pérez termine neuvième. Max Verstappen fait un peu mieux avec sa quatrième place, mais il reste toujours à quatre longs dixièmes de Charles ­Leclerc qui mène la danse avec sa Ferrari. Et surtout, il est juste derrière Lewis Hamilton. « Nous sommes trop lents, déplore-t-il. D’habitude, je me sens assez à l’aise dans la voiture, je trouve mon rythme rapidement, mais pas cette fois-ci. Ça ne me plaît pas. C’est le weekend le plus difficile de la saison. » Et en alimentant la guerre psychologique, Lewis Hamilton ne fait rien pour simplifier les choses. Lorsqu’on l’interroge sur les duels musclés qui se déroulent sur le circuit, le pilote Mercedes tente de prendre l’ascendant. « Je pense avoir réussi à éviter tout accident éventuel, affirme-t-il. Mais il nous reste 19 courses, et un accrochage est toujours possible. [Max] a peut-être le sentiment d’avoir beaucoup à prouver. Je ne suis pas dans


«  À ­présent, notre ­voiture peut enfin concurrencer Mercedes. » La Red Bull Racing RB16 a été modifiée pour la saison 2021 du championnat. Elle dispose notamment de nouveaux sidepods et d’un groupe propulseur Honda amélioré.


« Il existe d’autres circuits urbains, mais on ne peut pas se sentir plus à l’étroit qu’à Monaco. » Sur le circuit étriqué et tortueux de M ­ onaco, qui s’étend de MonteCarlo jusqu’au quartier voisin de La Condamine, il est pratiquement impossible de doubler.


Max Verstappen

à la deuxième place sur la grille de départ. Mais s’il éprouve de la frustration, le jeune Néerlandais n’en laisse rien paraître. Devant la presse, Verstappen ne blâme absolument pas le pilote de la Ferrari, affirmant qu’il n’y avait aucune raison de révoquer sa pole position. « Une action intentionnelle mérite certainement la révocation. Or, ce n’était pas le cas ici. Charles n’avait rien prémédité, explique-t-il aux journalistes à l’affût de la controverse. Nous repoussons tous les limites, et une erreur est vite a ­ rrivée. Dans l’ensemble, je suis très content. » On peut dire que Verstappen a un bon karma. Notons par ailleurs que Lewis Hamilton, mécontent de sa voiture, se trouve cinq places plus loin sur la grille.

D

GETTY IMAGES

On prend Verstappen de haut : le pilote néerlandais s’en va célébrer son butin à Monaco. Et envisage déjà la suite, dans un mode apaisé.

la même position que lui. » Max Verstappen sourit et refuse de mordre à l’hameçon. « Nous avons combattu avec ardeur et évité les contacts chacun de notre côté. Espérons continuer comme ça afin de rester tous deux sur le circuit et poursuivre notre affrontement. » Pendant les qualifications du samedi, Max Verstappen confirme sa réputation de futur champion qui le suit depuis qu’il a été le plus jeune vainqueur dans cette catégorie lors du Grand Prix d’Espagne 2016. Les qualifications, c’est le moment où les vrais champions de F1 excellent. Les courses de F1 modernes sont des exercices de maîtrise technique qui englobent des notions extrêmement complexes de gestion des pneumatiques, d’économie de carburant, ou encore de déploiement de l’énergie tactique des groupes propulseurs hybrides. De leur côté, les qualifications sont la substantifique moelle de la course : elles représentent l’alliance entre l’homme et la ­machine, avec la plus petite quantité de carburant possible, et un engagement ­absolu aux limites de l’adhérence. Or, sur le circuit de Monaco où il est quasiment impossible de doubler et où les ­résultats reflètent régulièrement la grille de départ, les qualifications sont primordiales. THE RED BULLETIN

Cette étape se solde par l’élimination des cinq pilotes les plus lents après chacune des deux premières séances, laissant au final les dix meilleurs se battre pour la pole position pendant douze minutes d’une intensité incroyable. Ratez vos qualifications, comme Max Verstappen en 2016, et vous feriez tout aussi bien de rester au lit le dimanche. Réussissez-les, et l’un des prix les plus prestigieux dans le milieu des sports mécaniques est soudain à votre portée. À Monaco, où les risques sont sensiblement accrus du fait de la proximité des rails et où les erreurs ne pardonnent pas, Max Verstappen choisit son moment pour briller… ou presque. Après avoir réussi haut la main les deux premières séances, il se maintient lors de la phase finale des qualifications et réussit à surpasser le héros local, Charles Leclerc, qui détenait le meilleur temps provisoire. Max Verstappen est 1 500 millièmes de seconde plus rapide que le Monégasque pendant le premier des trois secteurs du circuit – le retard de jeudi est de l’histoire ancienne – mais devant lui, Charles Leclerc heurte violemment le rail de la piscine. Dès que sa ­Ferrari accroche le rail à l’extérieur, le drapeau rouge est levé. Cela signe la fin du tour de Max Verstappen et le cantonne

imanche. Il reste trente minutes avant le début de la course. La pit lane ouvre et les voitures s’engouffrent sur la piste pour accéder à la grille de départ. Alors que Charles ­Leclerc monte la côte en direction de la place du Casino, on entend son cri de ­désespoir jaillir de la radio. « Non, non, non, pas la boîte de vitesses ! » Le pilote Ferrari se réengage dans la pit lane et le diagnostic tombe : l’arbre de transmission a été endommagé par l’accident de la veille. Max partira donc en tête de la course. Lorsque les lumières s’éteignent, le Néerlandais brille une fois de plus. Après avoir rapidement fermé la porte à tout débordement éventuel, il mène la course avec brio. Et pendant que Lewis Hamilton se retrouve coincé derrière des voitures plus lentes et lambine à la septième place, Max Verstappen prend confiance et remporte avec élégance et sans coup férir sa première victoire à Monaco. En cette fin de week-end, Verstappen domine la saison 2021, quatre points ­devant Hamilton : le champion immortel vacille. Max Verstappen version 2021 sera peut-être le pilote qui rapportera enfin un titre à Red Bull après huit ans de disette. Mais en ce dimanche à Monaco, le Néerlandais ne veut pas trop s’avancer… Depuis, et au moment où nous bouclons ce numéro, il a aussi remporté les GP de France, de Styrie et d’Autriche. « Je veux juste me concentrer sur la course à venir, déclare-t-il. Je refuse de mettre une pression inutile sur quiconque ou de parler à tort et à travers. Je n’ai pas besoin de battage médiatique. Rêver ? Ça ne mène nulle part. » verstappen.com ; redbull.com   61


En roue

libre

Comment la Bike Life s’est emparée de New York. Texte MARZ LOVEJOY  Photos BEN FRANKE

62


Jae Milez, un natif du Bronx vivant à Manhattan, en pleine démo de l’esprit Bike Life dans le Washington Square Park.


Bike Life

Si vous habitez New York, vous avez sans doute déjà vécu cette scène surnaturelle : simple marcheur, vous voilà soudain en train de nager au beau milieu d’un océan de cyclistes latinos et afro-américains. Comme une lame de fond, ils déferlent sur tout un quartier, debout sur leurs selles ou enchaînant les figures et autres wheelings défiant les lois de la gravité. Jae Milez, 23 ans, né dans le Bronx et élevé de l’autre côté du fleuve à Dyckman, ne se déplace plus que sur la roue arrière de son vélo (il a même carrément ôté la roue avant). À le voir s’élancer avec ses compagnons de route, on est gagnés par cette euphorie et cette liberté. Soudain, ils disparaissent, roulant déjà vers un autre quartier de New York, l’une des nombreuses villes américaines à revendiquer et à mettre en valeur cette culture marginale. Un phénomène qui s’étend à Newark, Boston, Philadelphie, Baltimore, Oakland et Los Angeles. La Bike Life, c’est un terme qui réunit le vélo et la vie. Une sous-culture qui, comme tant d’autres mouvements socioculturels, est née de la souffrance pour être sublimée par la créativité. Prolifiques, ces cyclistes passent leur temps à inventer de nouvelles figures et à perfectionner leur talent. C’est leur mode de vie, un mélange de passion pour le vélo, de positivisme… et d’une sérieuse envie de s’amuser. La Bike Life a beau être une culture majoritairement masculine, les filles ne sont pas en reste quand il s’agit de raser le bitume. De plus en plus nombreuses ces dernières années à grossir les rangs du peloton, elles alignent les wheelings et autres figures avec style et dextérité. C’est le cas de la rideuse Curly. En 2017, cette jeune fille originaire de la Lower East Side traîne dans son quartier quand elle voit un groupe de garçons défiler 64

Plus new-yorkais, tu meurs : un petit groupe de bikers sur le pont de Brooklyn avec Manhattan en arrière-plan. THE RED BULLETIN


« La vie est devenue plus belle sur une roue. Chaque jour, je fais naître des sourires sur mon passage. » JAE MILEZ

THE RED BULLETIN

65


Bike Life

devant elle, roue avant en l’air. « C’est ce qu’on appelle le destin, explique Curly. Cette sensation qu’une chose est faite pour toi. Mon seul but désormais est de garder ma roue en l’air. » Curly reconnaît qu’il lui a fallu énormément de temps pour maîtriser ces figures. « Au début je n’étais pas trop sûre de moi, du coup je m’entraînais toute seule sur un parking, raconte-t-elle. Mais j’ai décidé de sortir de ma zone de confort. Ce n’est pas seulement un sport de mecs. » La discipline demande du temps et du talent. Originaire du Bronx, Obloxkz, alias O, est adepte de la Bike Life depuis quatre ans. Au bout de deux ans de pratique, il s’est fait sponsoriser par Throne Cycles, une entreprise de vélos urbains de Los Angeles. Il suffit de l’observer pour comprendre pourquoi. Zigzaguant entre les voitures, les pieds sautant sur les pédales, la main frottant le sol alors que son vélo est à la verticale, Obloxkz a clairement les compétences d’un athlète professionnel. « On nous juge sur ce qui est visible, dit-il. J’aimerais juste qu’on nous respecte autant que les riders BMX. » La Bike Life devient plus connue, plus commerciale, plus politisée et malheureusement, plus contrôlée. Faire du vélo dans la rue semble une pratique anodine, mais des problèmes plus larges de justice sociale et de pratiques discriminatoires des forces de police ont un impact considérable. Disons-le tout net : les chiffres concernant le nombre de jeunes cyclistes noirs et latinos verbalisés dans la ville de New York sont très préoccupants. Selon la direction des transports de New York, plus de 86 % des cyclistes verbalisés en ville en 2018 et 2019 étaient noirs et hispaniques. Près de la moitié de ces contraventions concernaient des cyclistes âgés de 24 ans ou moins, et 51 % des cas impliquaient des jeunes Afro-Américains. Une attitude hostile qui reflète l’injustice

« Le vélo est fédérateur », assure Milez, 23 ans ; farouche défenseur de la communauté Bike Life, il prend les wheelings très au sérieux.

ambiante et les carences en matière de pratiques équitables, notamment envers les cyclistes noirs et latino-américains féminins, les jeunes filles, les personnes non-binaires, les membres de la communauté LGBTQI ou les personnes issues des quartiers défavorisés. Je suis une femme noire, je vais avoir 30 ans et je fais du vélo depuis dix ans. Être une cycliste noire, c’est se livrer au danger, à la peur, à l’angoisse. J’en suis bien consciente, mais c’est la seule

« Le vélo, c’est un exutoire plus positif que n’importe quel jeu vidéo ou réalité virtuelle. » JAE MILEZ 66

manière de faire bouger les choses. À l’heure actuelle, la discrimination est encore trop réelle, elle gangrène tous les éléments d’une culture, et celle du vélo n’est pas en reste : dans un article examinant les origines racistes, sexistes et classistes du cyclisme, l’auteur Taz Khatri énumère les préjugés encore trop présents en matière de race, de sexe et de socio-économie, soulignant que « les clubs cyclistes excluaient explicitement les Afro-Américains, les Américains d’origine asiatique, les pauvres et les Amérindiens ». Des données consternantes qui en disent long sur ce que cela représente d’être un cycliste noir ou latino-américain. Une seule solution : l’accessibilité. Ce sera la clé de l’acceptation sociale. Dans des ­interviews séparées, Jae, Curly et O évoquent la liberté, l’amitié, et décrivent le sens que le vélo donne à leur vie. THE RED BULLETIN


Obloxkz, originaire du Bronx, a un sponsor, 18 000 followers sur Instagram… et un désir légitime d’être respecté pour son talent.


Bike Life YourBoyFromBK offre un divertissement gratuit aux clients déjeunant dans le quartier de Soho à Manhattan.


La Bike Life, c’est être dans le flow du mouvement, c’est un mode de vie qui apporte positivité et bien-être.

69


Bike Life

Oui, la Bike Life réunit des petits prodiges qui s’entraînent jour et nuit. Mais le noyau dur de cette culture est avant tout une communauté soudée de passionnés.

« J’ai vu des membres de gangs adverses se réunir pacifiquement pour partager leur amour du vélo. » JAE MILEZ Amoureux de la Bike Life, Jae cherche de nouvelles solutions. Il est favorable à la création d’espaces intérieurs afin de s’entraîner librement sans se soucier de la météo, des conducteurs agressifs ou de la police. Conscient des enjeux politiques de la situation, il rencontre régulièrement le chef de police de son quartier. « Le vélo est fédérateur, dit-il. J’ai vu des membres de gangs adverses se réunir pacifiquement juste pour partager leur amour du vélo. Un exutoire plus positif que n’importe quel jeu vidéo ou réalité virtuelle. » Il pense qu’une fois que les autorités auront compris tous les bénéfices que représente la Bike Life pour les jeunes, elles prendront davantage en compte les initiatives liées au vélo dans leurs politiques publiques. La législation et les comportements suivront. Pour moi, le vélo a longtemps été un sport solitaire, je n’avais que deux amis qui en faisaient. Tout a changé en 2016 lorsque j’ai (littéralement) croisé le che70

min de Q dans les rues de New York. Mon mari et moi, on rentrait du travail à vélo quand soudain, on s’est retrouvés plongés dans un océan de bikers. Leur joie était si communicative qu’on a décidé de faire un peu de route avec eux. J’en ai profité pour me présenter à Q, vice-président d’Only The Rocketz, un club de cyclistes de New York. Et voilà. Tout d’un coup, j’avais un lien personnel avec la Bike Life. Mais la pandémie est venue bouleverser la vie des cyclistes. Le quotidien a changé : avec moins de circulation, les salles de sport fermées, et l’ennui général provoqué par la pandémie, les Américains ont commencé à enfourcher leur vélo comme jamais auparavant. Les ventes de vélos au printemps et à l’été 2020 ont augmenté de plus de 80 % par rapport à l’année précédente. Si la Bike Life a été touchée par le virus, elle l’a également été par l’actualité, tout comme beaucoup d’autres aspects de notre société. Nous avons subi une prise de conscience lente

et douloureuse en termes de justice sociale, et ma passion occasionnelle a pris une nouvelle ampleur : en réponse au poids d’être une femme noire, confrontée à la brutalité policière et au sentiment d’injustice provoqué par les violents assassinats de George Floyd, Breonna Taylor et de nombreux autres Afro-Américains, j’ai participé au lancement de la première édition annuelle de … And Still We Ride, une sortie à vélo rendant hommage aux femmes noires. Épaulée par Q et de nombreux bénévoles, j’ai organisé une grande manifestation réunissant des amoureux de la Bike Life et des gens qui n’étaient pas monté sur un vélo depuis des années. Jae Milez s’est joint à nous et a parcouru cinquante kilomètres en roue arrière. Notre manifestation a été reprise dans tout le pays, puis le mouvement s’est propagé dans le monde entier en signe de solidarité. Les gens étaient ultra motivés, solidaires et complètement dingues. Ils sont sortis dans la rue pour s’exprimer, leurs corps en mouvement comme autant d’actes de protestation. La maladie, le meurtre et le chaos les ont poussés à l’action, une expérience douce-amère qui nous a définitivement changés. Des lueurs d’espoirs sont nées de cette tragédie: des activistes en herbe prennent la parole, des gens font appel à la communauté, des groupes marginalisés se THE RED BULLETIN


« Ce n’est pas seulement un sport de mecs », déclare Curly, qui passe des heures à perfectionner sa technique du wheeling.

La Bike Life est bien plus qu’un sport : c’est une forme d’expression, un moyen d’affirmation et une passion.

THE RED BULLETIN

71


Le duo fait monter la sauce dans le quartier de Chinatown à New York. Ici, El Arte saute au-dessus de son pote Luis Banks.


Bike Life

Sur sa roue arrière, Luis Banks apporte une énergie dynamisante dans cette zone ­piétonne de Manhattan écrasée par la monotonie.

mobilisent, nous allons toujours de l’avant. Mais comme le souligne O, beaucoup de jeunes ont peu ou aucun revenus. Difficile pour eux d’acheter un vélo. « Si j’avais 100 vélos sous la main, je les donnerais tout de suite », ajoute-t-il, précisant qu’un bon vélo peut coûter entre 700 et 1 000 dollars. Euphorique, il nous explique son projet de collaboration avec des entreprises privées pour organiser des remises de vélos et des cours de création de contenu. C’est tout simple : offrez des perspectives intéressantes aux jeunes et ils y consacreront le temps et la concentration nécessaires. Mais outre l’aspect financier, c’est aussi l’infrastructure des

quartiers défavorisés qui freine les jeunes. Pas facile de construire une culture du vélo au milieu des nids-de-poule, dans des rues sans pistes cyclables ni panneaux de signalisation indiquant le droit des cyclistes à circuler. Pas étonnant que les cyclistes ressentent le besoin d’envahir les rues en masse pour se sentir en sécurité. Je suis née à Minneapolis, l’une des villes les plus cyclables d’Amérique, et je vis actuellement à Copenhague, l’une des villes les plus cyclables au monde. J’ai remarqué que les villes qui ont investi dans des infrastructures cyclables ont beaucoup à nous apprendre. À Copenhague, les habitants à vélo prennent

« On nous juge sur ce qui est visible. J’aimerais juste qu’on nous respecte autant que des riders de BMX. » OBLOXKZ THE RED BULLETIN

moins de congés maladie et font économiser 1 euro par kilomètre parcouru à la sécurité sociale. La Bike Life est une activité sportive et artistique, mais les avantages vont bien plus loin : une société en meilleure santé physique et mentale, une réduction de l’empreinte carbone, des économies sur les coûts de stationnement et les véhicules, une réduction de la criminalité, des opportunités de développement économique, des avantages en termes d’équité sociale. C’est surtout sur le plan personnel que ses avantages se ressentent. « Le vélo est synonyme de communauté et de famille, déclare Obloxkz. Quoi que tu fasses, même si c’est autre chose que du vélo, donne-toi à fond. » La Bike Life, c’est être dans le flow du mouvement, une culture et un mode de vie qui apporte positivité et bien-être. Alors, la prochaine fois que vous vous retrouverez plongé dans un océan de cyclistes, posez-vous cette question : « Où est ma place ? »   73


PRÊT À ATTEINDRE VOTRE PIC DE FORME ?

Pour votre santé, pratiquez une activité physique régulière. www.mangerbouger.fr


PERSPECTIVES Expériences et équipements pour une vie améliorée

GONFLÉ À BLOC

STEFAN KUERZI/RED BULL CONTENT POOL

SIMON SCHREYER

Une visite des blocs du Tessin en compagnie du maestro Giuliano Cameroni en Suisse méditerranéenne.

75


PERSPECTIVES voyage

« La plus grande concentration de passages ardus en Europe se trouve dans le Tessin. » Le pro de l’escalade Giuliano Cameroni, 24 ans, nous parle de sa terre natale

J

e n’étais pas né que, déjà, j’escaladais les blocs du Tessin. Ma mère ne ratait jamais une occasion de faire du bloc, même lorsqu’elle était enceinte. Mon jeune frère Diego et surtout mon père Claudio sont également connus chez moi en tant que grimpeurs. Mon père a même écrit quatre guides ­reconnus consacrés au Tessin. L’escalade est donc une véritable affaire de famille chez nous. Et les zones de blocs de la ­région constituaient mon terrain de jeu alors que je n’avais pas encore soufflé mes cinq bougies. Il y a quatre zones importantes de blocs dans le Tessin : Cresciano, Chironico, Brione et le col du Saint-Gothard. Elles sont toutes de première catégorie : les blocs de granit et de gneiss offrent des structures compactes qui offrent des prises. Il arrive rarement que l’une d’elles se casse. De plus, les blocs se présentent de telle manière que les mouvements semblent se décider d’eux-mêmes. On dirait que la Création a réfléchi pour nous. Dans le Tessin, il y a une plus grande concentration de passages ardus que n’importe où ailleurs en Europe. Et c’est exactement ce qui stimule les 76

Chez-soi de pierre : le pro de l’escalade Giuliano Cameroni sur un bloc dans le Tessin.

Tourbillons naturels du ruisseau de montagne limpide du Val Verzasca, dans le Tessin. Un coup de frais après avoir escaladé les blocs. THE RED BULLETIN


Comment s’y rendre En voiture : depuis Zurich, vous pouvez rejoindre le tunnel du Saint-Gothard en environ 1 h 30 (sans péage). Une vignette autoroutière pour dix jours coûte 9,40 € / 10,29 CHF. Nous vous recommandons d’y faire un arrêt car le col du Saint-­ Gothard est un bloc de rêve. Si vous empruntez le tunnel, vous atteindrez Bellinzone une heure après la sortie. De là, il ne vous faudra que quelques minutes pour ­gagner Cresciano.

Zurich Berne

Suisse

CANTON DU TESSIN Cresciano Lugano

En train : la durée du voyage de Zurich à Bellinzone est d’environ 2 heures. Prix des billets : 71 € / 77, 8 CHF.

STEFAN KUERZI/RED BULL CONTENT POOL, EVOLUTIONCENTER.CH, GETTY IMAGES (2) SIMON SCHREYER

Le village de Lavertezzo du Val Verzasca : pour faire du bloc et se baigner dans la nature.

Bon à savoir

grimpeurs ambitieux. Mon ­expérience m’a fait réaliser que chaque pierre possède sa propre énergie.

Hébergement : Barbara et Cornelia gèrent l’Ostello Cresciano qui devient de plus en plus populaire auprès des grimpeurs. Le petit-déjeuner est inclus, le wifi est gratuit et le salon confortable. Les alternatives incluent Airbnb ou trois campings (Al Censo, Bellinzone ou Agriturismo La Finca) si vous arrivez en monospace.

Que vous soyez débutant ou expert, ici tout le monde peut grimper

Voici trois blocs en détail. Ils sont situés dans ma région préférée, Cresciano. Commençons par le plus difficile, le ­niveau de difficulté (qui peut s’élever jusqu’à 9a) est indiqué entre parenthèses : Dreamtime (8b+/8c), 7 mètres de long, 3 mètres de haut, est un classique avec vingt et un mouvements suivis d’un jeté ou dyno à la sortie. La voie passe dans un dévers à 50 degrés, se THE RED BULLETIN

Pour les journées pluvieuses, il y a deux salles de blocs : Alpha Boulder à Giubiasco et le centre d’escalade Evolution (photo de gauche) à Taverne. S’il pleut : centre d’escalade Evolution à Taverne.

Infos : ostello-cresciano.online

77


PERSPECTIVES voyage

Le Ponte dei Salti, dans le Val Verzasca, invite les casse-cou à se jeter à l’eau.

78

« Dans le Tessin, la roche parle aux grimpeurs. » Giuliano Cameroni, 24 ans, pro du bloc

En outre, il se dégage de la région une atmosphère paisible. S’il y a trop d’animation à Cresciano (ce qui arrive rarement), vous pouvez toujours aller à ­Chironico dans le district de Léventine. Pour nous rafraîchir, mes amis et moi aimons nous baigner dans le Val Verzasca. Le ruisseau de montagne limpide de cette vallée idyllique crée des tourbillons naturels avec des courants agréables. Alternative attrayante : Ponte Brolla dans la vallée voisine de la Maggia. Vous pourrez y sauter dans l’eau depuis des hauteurs de plusieurs mètres et parfois observer des plongeurs de falaise ­professionnels. Plus sur Giuliano Cameroni : Instagram : @giuliano_cameroni ; redbull.com THE RED BULLETIN

SIMON SCHREYER

Pour se rafraîchir, une baignade dans le Val Verzasca

GETTY IMAGES, STEFAN KUERZI/RED BULL CONTENT POOL

monte de droite à gauche avant de ­revenir par le milieu. Ce que j’aime ici, c’est la fluidité des mouvements. La grotte des soupirs (7c), 4 m de long, 2 m de haut, est un toit caverneux avec de larges prises. Elle propose une séquence qui n’est pas trop difficile, mais qui demande de l’énergie. Les ­efforts demandés et l’acoustique ont inspiré le premier grimpeur, Fred N ­ icole, à lui donner ce nom. Il Cerchio Celtico (6a+), 4 m de long, 2 m de haut et probablement un ancien site de culte celtique, est situé sur une colline qui offre un panorama i­ncroyable. Cinq voies qui servent d’échauffement pour les experts, ou de point de départ pour les débutants, mènent au bloc. La plupart des blocs sont cachés au plus profond du paysage sauvage, loin de la civilisation. Autre atout de la région : dans le Tessin, on peut grimper toute l’année et le soleil est très souvent au rendez-vous !


HORS DU COMMUN Retrouvez votre prochain numéro en août en abonnement avec et avec dans une sélection de points de distribution et sur abonnement. LORENZ HOLDER/RED BULL CONTENT POOL

,


PERSPECTIVES fitness Frisson de joie : Rachel Ashe (à droite) et sa compagne Cory Hughes.

L’immersion peut accroître la résilience

« L’eau froide est un facteur de stress pour le corps, explique Rachel Ashe. Parvenir à surmonter le choc de l’immersion facilite la gestion du stress quotidien. La méditation consciente ne m’a pas été bénéfique, j’avais tendance à fabriquer ma pleine conscience. Plonger dans l’eau froide me force à sortir de ma tête. Beaucoup d’entre nous portent leur anxiété dans la poitrine. Le fait de pénétrer lentement dans l’eau libère cette anxiété sous l’effet du froid qui pénètre par les pieds et remonte le long du corps. »

En bonne compagnie

Piquer une tête dans une eau glacée peut sembler fou, pourtant cela peut changer votre vie comme le révèle la fondatrice des Mental Health Swims. En ce 1er janvier 2019, Rachel Ashe, 34 ans, participe à son premier Loony Dook, un événement consistant à prendre le jour de l’an un bain de mer dans l’eau glacée de l’estuaire du Forth, près d’Édimbourg (Écosse). « J’étais dans un sale état, mais j’ai couru avec des centaines de personnes et j’ai sauté dans l’eau. » Une eau à un ou deux degrés. « Après le choc, j’ai ressenti un calme profond, cela ne m’était pas arrivé depuis des années. Ce fut une révélation. » Depuis l’enfance, Ashe souffre de troubles psychiques ; en 2018, elle est diagnostiquée borderline. Ce premier bain glacé l’incite à poursuivre la pratique chez elle, à Swansea (Pays de Galles). Et ça marche, son état mental s’améliore sensiblement. « En hiver, j’étais 80

­ ouvent dépressive. Les bains s de mer ont éclairci mon horizon. Le froid mordant produit un incroyable effet sur la peau. J’ai le sentiment que tout redevient possible. » Après neuf mois de pratique sous les orages et la grêle, Ashe organise la première édition de la Mental Health Swim (trad. nage pour la santé mentale) à Caswell Bay, à 10 km de Swansea. « Je tenais à me retrouver dans la mer avec des personnes qui m’acceptent comme je suis, quels que soient mes états d’âme. » Près de trente personnes répondent à l’appel,

« Plonger dans l’eau froide me force à sortir de ma tête. »

de quoi encourager Rachel à rendre cette rencontre mensuelle. Aujourd’hui, la Mental Health Swim compte près de 90 groupes à travers le Royaume-Uni. En quoi l’eau froide améliore-t-elle le bien-être mental ? Le Dr Mark Harper, directeur de Mental Health Swims et anesthésiste au CHU de Brighton et de Sussex, étudie les bienfaits de ce type de baignade et ses effets sur l’inflammation. De plus, des tests montrent que l’exposition au froid aide à traiter la dépression et l’anxiété. « L’immersion en eau froide n’est pas un remède, précise le Dr Harper, mais elle procure un ensemble d’avantages — exercice, sociabilité, autonomie, réussite, plaisir — qui, associé à l’eau froide, est étonnamment bon pour la santé mentale. »

Pas d’équipement spécifique requis

« Portez ce qui vous plaît, maillot de bain, combinaison de plongée, tee-shirt et leggings, qu’importe. L’essentiel est ailleurs, dans le fait de plonger dans l’eau froide et d’en ressentir les bienfaits, de passer du temps avec ceux qui vous comprennent. »

Faites trempette, pas des longueurs

« Soyez toujours à l’écoute de votre corps. Ne nagez jamais seul. On ne prépare pas un triathlon. Parfois, le simple fait de s’enfoncer dans l’eau jusqu’à la taille suffit. Les séances sont encadrées par des secouristes formés aux troubles psychiques et aux règles de sécurité en eau froide, identifiables grâce à leur drapeau de pirates rose. »

Instagram : @mentalhealthswims THE RED BULLETIN

NINA ZIETMAN

Bienfaits froids

LAURA MINNS

ALLER MIEUX

« Le confinement a boosté les Mental Health Swims, confie Ashe. Le sentiment d’isolement a touché beaucoup de personnes au cours de l’année écoulée, les baignades ont été un réel soutien, une occasion de renouer des liens sociaux. Je veux montrer à ceux qui luttent pour leur santé mentale qu’ils sont plus forts qu’ils ne le pensent. »


PERSPECTIVES fitness

RAMER

Aviron à réaction

HYDROW

TOM GUISE

En plus de vous mettre en forme, ce rameur d’intérieur vous transporte sur les cours d’eau du monde entier. « Je peux vous apprendre à ramer en trois secondes », affirme Bruce Smith. Ce Bostonien de 51 ans est l’ex-entraîneur de l’équipe nationale d’aviron des États-Unis. Aujourd’hui, avec Hydrow, sa version révolutionnaire du rameur d’intérieur, Smith se lance dans le domaine du fitness high-tech. « L’aviron fait travailler 86 % du corps, renforce la densité osseuse et ménage les articulations, contrairement à la course à pied », explique-t-il. Estimant les anciens rameurs d’intérieur bruyants et encombrants, Smith voulait procurer la sensation de fendre l’onde. Hydrow y parvient grâce à un mécanisme électromagnétique contrôlé par ordinateur qui modifie la résistance jusqu’à 240 fois par seconde pour correspondre aux entraînements à l’écran, filmés en direct sur de véritables cours d’eau. Les utilisateurs peuvent se connecter en ligne et ramer en groupe. « Avoir l’impression d’être sur l’eau et travailler en parfaite synchronisation avec ses coéquipiers procurent une sensation particulière, dit Smith. C’est méditatif et énergisant. » hydrow.co.uk THE RED BULLETIN

Les utilisateurs de Hydrow se connectent pour ramer ensemble, et aussi partager leurs questions, leur motivation et leurs conseils.

81


PERSPECTIVES gaming Prenez vos repères

« Dans la zone, interdiction de se perdre, explique Nimara, qui vit en Roumanie. Souvenez-vous des points de repère et de leur emplacement. Utilisez une boussole et ne perdez pas de vue l’endroit où vous vous trouvez sur la carte. » Et s’il est trop difficile de voir devant vous (comme en cas de blizzard intense), réfléchissez avant de continuer.

Dormez malin

Le bon sens devrait toujours dicter l’endroit où vous dormez. « Nous n’obligeons pas les joueurs à camper dans des endroits spécifiques mais il est sage d’observer les ressources à portée de main. Ne campez pas là où vous n’êtes pas protégé des éléments, ou dans un endroit dangereux. »

Le bon vêtement

Dans le jeu comme dans la vie, la météo est imprévisible et vous devrez vous adapter. « Les joueurs doivent bien s’équiper. Vous devez donc utiliser les bons vêtements, réagir si vous avez chaud et soif, ou si vous avez froid. Nous nous sommes également penchés sur les techniques de bushcraft (art des bois), par exemple, la fabrication d’un bouclier de feu. Rassemblez du bois et mettez-le d’un côté du feu de camp pour qu’il serve de réflecteur ; plus efficace. »

SURVIVRE

Virtuel ou naturel ?

Quittez la ville pour les grands espaces depuis le confort de votre fauteuil de gamer. Mais allez-y préparé...

82

survie : le bois permet de construire des abris et sert de combustible, les traces mènent à des animaux et les rivières vous guident vers une végétation luxuriante. « Le jeu vous permet de vous frotter à la vie en plein air en utilisant des techniques de brousse, de chasse et de pêche pour survivre, explique Tudor Nimara (photo), concepteur principal des développeurs du jeu, FUN Labs. Mais nous voulions aussi des moments où vous pouvez simplement contempler les vues magnifiques et reconnecter avec la nature. » Voici quelques-unes des compétences en matière de nature sauvage que vous découvrirez dans le jeu et qui pourraient s’avérer utiles pour votre prochaine aventure dans la vie réelle...

Votre meilleur pote

« Ce jeu peut combler votre côté plein air. »

En rase campagne, vous êtes accompagné d’un ami fidèle. « Votre chien peut renifler les traces d’animaux et vous alerter en cas de danger. Dans ce jeu, vous ne pouvez vous déchaîner contre les grizzlis ou autres prédateurs, vous devez envisager de vous éloigner. Ici, la chasse est utilitaire, il ne s’agit pas de collectionner les trophées mais de mettre de la nourriture sur le feu de camp. » Open Country sur PS4, Xbox One et Steam ; opencountrygame.com THE RED BULLETIN

STU KENNY

« Quand on veut saisir une simple chose dans la nature, on s’aperçoit qu’elle est liée au reste du monde », écrivit John Muir, explorateur de légende, défenseur de l’environnement et père de l’important système des parcs nationaux américains, après avoir vu pour la première fois les montagnes de la Sierra Nevada en 1869. Une sensation que les joueurs d’Open Country, un nouveau défi de plein air de l’éditeur de jeux italien 505 Games, partageront sous peu. En contrôlant un personnage qui troque sa vie urbaine pour la nature, vous êtes lâché dans une gigantesque simulation immersive de grands espaces inspirée par les parcs nationaux de Yellowstone et de Yosemite. La compréhension de l’interconnexion de la nature est ici vitale pour la


ALPHATAURI.COM

© Jean Nouvel, Gilbert Lézénès, Pierre Soria et Architecture-Studio / Adagp, Paris, 2021


PERSPECTIVES Et si… on rangeait ? Toujours moins : pour Millburn (à gauche) et son pote Nicodemus, le bas de la photo est superflu.

Dites adieu au bazar Millburn et Nicodemus recommandent cinq ­techniques pour s’alléger. Le pourquoi

Vous vous sentez piégé par tous vos biens accumulés ? Les Minimalistes se libèrent de l’absurdité qu’est le matérialisme… Pour beaucoup, le minimalisme évoque l’esthétique : une pièce blanche dépouillée, la musique d’un unique instrument, un gadget dépourvu de boutons. Mais pour les amis Joshua Fields Millburn et Ryan Nicodemus, alias les Minimalistes, c’est le secret d’une vie heureuse. Natifs de Dayton, dans l’Ohio (USA), ces amis d’enfance découvrent le minimalisme en 2009, au moment où Millburn subit deux grands bouleversements en l’espace d’un mois : le décès sa mère et un divorce. « Ces événements m’ont forcé à faire le point et à revoir mes priorités qui incluaient alors réussite, statut social et accumulation, explique le quadragénaire. Un ménage américain moyen possède jusqu’à 300 000 84

objets, et le mien probablement davantage. » En se séparant des biens de sa mère, Millburn décide d’en faire autant avec les siens, et plus il se débarrasse de ses objets, plus il se sent libre. Déprimé, Nicodemus, 39 ans, rend visite à Millburn, ce dernier lui suggère de l’imiter. « Je travaillais 80 heures par semaine et négligeais des aspects importants de ma vie, tels que les relations humaines. J’ai alors cessé de faire passer les biens avant les personnes. » Podcasts, blog, conférences, livres et documentaires Netflix, les Minimalistes partagent leur philosophie avec des millions de personnes à travers le monde. Le message est simple : le vrai bonheur ne se trouve pas en

theminimalists.com

Objets saisonniers

« Un objet non utilisé depuis trois mois et qui ne sera pas utilisé dans les trois mois à venir, peut être éliminé. »

La règle des 20/20

« Pour chaque objet que vous conservez au cas où, demandez-vous si vous pourriez l’obtenir pour moins de 20 euros en moins de 20 minutes. Si c’est le cas, dégagez-le. Cela concerne généralement deux ou trois objets tout au plus. »

1 de plus, 10 de moins

« Séparez-vous de dix objets pour chaque nouvel objet acquis. Cela rendra vos achats plus judicieux, tout en vous obligeant à réévaluer constamment les possessions dont vous êtes prêt(e) à vous défaire. »

Combustion spontanée

« Imaginez pour un objet donné qu’il parte soudain en fumée. Vous seriez surpris du nombre de fois où vous vous sentirez soulagé. Si tel est le cas, défaitesvous en. » THE RED BULLETIN

LOU BOYD

Allégez-vous

adhérant au capitalisme et au consumérisme, mais en y renonçant. « La majorité d’entre nous passe sa vie à accumuler des objets au lieu de la vivre, déclare Millburn. En possédant uniquement le strict nécessaire, notre perception ira au-delà du simple monde physique et permettra à chacun de se reconnecter à l’essentiel. » Ou, pour citer le titre de leur dernier livre : « Chérissez les gens, pas les choses ». « Les objets ne sont pas nos ennemis », assure Millburn, et souligne qu’adopter ce mode de vie n’implique pas nécessairement de jeter tout ce que l’on possède. « Il ne s’agit pas de renoncer ou de bannir les objets, mais de posséder uniquement ceux qui apportent une réelle valeur ajoutée à nos vies. 90 % de nos effets personnels sont des rebuts prétendument essentiels qui nous encombrent. Désencombrer notre monde extérieur ouvre la voie à l’épanouissement de notre monde intérieur. »

JOSHUA WEAVER

SIMPLICITÉ

« Posez-vous au préalable la question suivante : “Comment vivre mieux avec moins ?” Si vous mettez quelque chose au rebut sans savoir pourquoi, celleci sera vite de retour. »


PERSPECTIVES agenda 17 AU 19 SEPTEMBRE VÉLO EN GRAND

Pourquoi seriez-vous prêt à tout risquer ? Pour la plupart d’entre nous, cette question n’est heureusement guère plus qu’hypothétique. Mais pour les surfeurs de cette série, elle est bien réelle. Nazaré, au Portugal, abrite les plus grandes vagues surfables de la planète, où des records et des corps peuvent être et ont été battus. C’est une légende qui a déjà été ­racontée, mais ce qui est rarement couvert, ce sont les enjeux humains : les familles, les partenaires et les animaux domestiques laissés de côté dans la poursuite de ce prix. Les deux premiers épisodes de cette série se concentrent sur les vies et les amours de la Française Justine Dupont et du Brésilien Pedro « Scooby » Vianna, qui risquent tout. redbull.com

Si vous aimez le vélo, ce nouveau rendez-vous est pour vous. Organisé sur le site (protégé) de l’île de loisirs de Jablines-Annet, en Seine-etMarne (77), Vélo en Grand s’annonce comme un rendez-vous grand public, ouvert aux familles comme aux sportifs, et aux convaincus comme aux curieux du vélo. Que vous l’aimiez urbain, électrique, pliant, cargo, gravel, de route, de voyage ou nature, votre vélo sera à l’honneur, lors d’initiations, courses, randos, animations (multiples) et même de compétitions, comme les championnats du monde de Wheeling (Bike Life), la Coupe du Monde MTB Eliminator et le Cyclo-Cross International de la Solidarité C2. Organisé par les équipes de Vélo Vert, dont on ne présente plus le magazine de VTT historique, ce premier festival du vélo en Île-de-France devrait être surprenant. veloengrand.com

KONSTANTIN REYER/RED BULL CONTENT POOL, VÉLO EN GRAND, LUKE WALKER/SAATCHI GALLERY, BEN MARR/RED BULL CONTENT POOL

DÉJÀ DISPO RISK VS REWARD: A NAZARÉ ANTHOLOGY SERIES

DÉJÀ DISPO ACCOMPLICE L’acquisition de son premier vélo est un moment important dans la vie de chacun. Ce film est un hommage à ce billet pour la liberté, au lien qui s’est tissé entre l’homme et son compagnon à deux roues. Mais les personnes qui racontent leur histoire ici ne sont pas n’importe qui – ce sont des légendes du cyclisme, qui se sont engagées sur une voie dès le moment où elles ont découvert ce que permettait un vélo. Pour Brandon Semenuk, ce parcours a conduit le Canadien à remporter le Red Bull Joyride pour la première fois en 2011. Pour l’Américain Paul Basagoitia, il s’est traduit par une chute au Red Bull Rampage en 2015 qui l’a laissé paralysé et a dû réapprendre à rouler. Bien plus qu’un simple film de vélo. redbull.com 86

THE RED BULLETIN


PERSPECTIVES agenda

JUSQU’AU 3 OCTOBRE ‒ LONDRES JR: CHRONICLES L’artiste de rue français JR est célèbre pour ses collages de photos à la fois épiques et intimes, et le monde entier est sa galerie. De 2008 à 2014, son projet Women Are Heroes a recouvert les toits, les trains et les murs d’Europe, d’Amérique du Sud, d’Asie et d’Afrique de photos de femmes vivant dans des bidonvilles. Pour Giants (photo ci-dessus) en 2017, il a érigé une

imposante photocopie d’un enfant regardant par-dessus le mur de la frontière entre les USA et le Mexique. Ces œuvres et d’autres sont présentées dans une exposition événement à Londres qui pourrait bien justifier un saut en Angleterre si l’actualité le permet.

Saatchi Gallery, Londres ; saatchigallery.com

17 ET 18 AOÛT PARIS CONQUEST

DÉJÀ DISPO FILER CREEK

Enfin, un gros événement de skate à Paris ! Le Red Bull Paris Conquest est une compétition internationale de street qui rassemblera 36 riders pros (24 hommes et 12 femmes) qui s’affronteront dans un format head-to-head, au sein d’un skatepark unique composé de sept spots parisiens iconiques reconstitués pour l’occasion au Trocadéro (non loin du Palais de Tokyo, place forte du skate dans la capitale). Les noms du Français Aurélien Giraud, de Leticia Bufoni (Brésil) et de Nyjah Huston (USA) sont évoqués à l’heure où nous bouclons ce numéro. Une retransmission en direct vous sera proposée sur Red Bull TV et Twitch, ainsi qu’un replay.

Il ne reste finalement que très peu de rivières à explorer sur la planète. Lorsque le Canadien Ed Muggridge a été contacté par son collègue kayakiste Sandy MacEwan pour effectuer une première descente de Filer Creek, un tronçon de 60 kilomètres d’eau vive qui s’étend de la côte de la Colombie-Britannique à l’océan Pacifique, il n’a pas pu laisser passer l’occasion. Le genre d’expédition dont il apprécie la « rudesse ». Partagez leur aventure en compagnie d’un autre kayakiste, Benny Marr, avec ce documentaire de 20 minutes disponible sur Red Bull TV. Une source d’inspiration pour l’esprit alors que nous recommençons à planifier nos propres aventures.

redbull.com

redbull.com

THE RED BULLETIN

87


PERSPECTIVES moto

En route

Parce qu’il y a des virées à rattraper, chopez le bon matos pour partir à moto. Photos OPHELIA WYNNE 88

THE RED BULLETIN


Moto DUCATI Monster 1200, ducati.com ; casque HEDON Bike Shed Club Racer Carbon Edition, hedon.com ; veste de denim SAINT Unbreakable Shearling Collar, eu.saint.cc ; t-shirt manches longues CYCLE ZOMBIES Basecoat, cyclezombies.com ; jeans BELSTAFF Longton Slim, belstaff.eu ; chaussettes STANCE Boyd 4, stance.eu.com ; chaussures VANS Sk8-Hi, vans.fr Ci-contre : moto HUSQVARNA Svartpilen 125, husqvarna-motorcycles.com ; veste cuir coquée Pink et crop top Laurie EUDOXIE, eudoxie.shop ; jeans SAINT Unbreakable High Rise Skinny, eu.saint.cc ; casque HEDON Hedonist Glass Ash, hedon.com ; lunettes 100 % Barstow, 100percent.com ; chaussettes STANCE Slacker stance.eu.com ; chaussures VANS Sk8-Hi, vans.fr


Moto MUTT MOTORCYCLES Razorback 125cc, muttmotorcycles.com ; veste Racer MALLE LONDON ; mallelondon.com ; t-shirt EUDOXIE Flor, eudoxie.shop ; short LEVI’S 501 Mid Thigh, levi.com ; casque HEDON Heroine Classic HFI, hedon.com ; lunettes 100 % Barstow, 100percent. com ; chaussettes STANCE Boyd Staple, stance.eu.com ; chaussures VANS Sk8-Hi, vans.fr


PERSPECTIVES moto

Gauche : moto HUSQVARNA Svartpilen 125, husqvarna-motorcycles.com ; casque HEDON Bike Shed Club Racer Carbon Edition, hedon.com ; veste de vol MALLE LONDON ML1, mallelondon.com ; surchemise P&CO Ripstop Fatigue, pand.co ; gants GOLDTOP Short Cuff Bobber, goldtop.co.uk ; pantalon DEUS EX MACHINA Jack Mechanics, shop.eu.deuscustoms.com. Droite : moto DUCATI Scrambler Icon Dark, ducati.com ; lunettes de soleil ZEAL OPTICS Divide, zealoptics.com ; veste P&CO Wayfare Waxed Canvas, pand. co ; sweat ASHLEY WATSON Cardington, ashleywatson.co.uk ; casque HEDON Heroine Racer, hedon.com ; gants GOLDTOP Predator, goldtop.co.uk ; pantalon DEUS EX MACHINA Indigo, deuscustoms.com ; chaussettes STANCE Joven, stance.eu.com ; DUKE + DEXTER chaussures Drake Tan Hiker, dukeanddexter.com THE RED BULLETIN

91


Casque HEDON Hedonist Tux, hedon.com ; veste en cuir EUDOXIE Pink, eudoxie.shop


Lunettes de soleil QUAY Nightfall, quayaustralia.co.uk ; veste BELSTAFF Pelham, belstaff.eu ; tee-shirt EUDOXIE Marie, eudoxie.shop ; jeans LEVI’S Ribcage Straight Ankle, levi. com ; casque HEDON Heroine Racer Two Face, hedon.com

93


Moto MUTT MOTORCYCLES Sabbath 250, muttmotorcycles.com ; casque HEDON Epicurist, hedon.com ; lunettes de soleil ZEAL OPTICS Crowley, zealoptics.com ; sac à dos CHROME INDUSTRIES Barrage Freight, chromeindustries.com ; hoodie DEUS EX MACHINA Venice Address, shop.eu.deuscustoms.com ; gants FUEL MOTORCYCLES Rodeo, fuelmotorcycles. eu ; pantalon P&CO 304 Service Fatigue, pand. co ; chaussettes STANCE Icon, stance.eu.com ; chaussures CONVERSE Chuck 70 Classic High Top, converse.com


PERSPECTIVES moto

Moto DUCATI Scrambler Icon Dark, ducati.com ; veste Sidewaze et pantalon Greasy Denim FUEL MOTORCYCLES, fuelmotorcycles. eu ; tee-shirt à manches longues BOLT Raglan, boltlondon.com ; gants GOLDTOP Quilted Café Racer, goldtop.co.uk Mannequins RAYANE B et HARRIET ROSE @ Select ; ETHAN DAVEY @ W ; DJ JAMES @ Supa ; coiffure et maquillage CÉLINE NONON avec des produits Dermalogica et Paul Mitchell THE RED BULLETIN

95


MENTIONS LÉGALES

THE RED BULLETIN WORLDWIDE

The Red ­Bulletin est ­actuellement distribué dans six pays. Vous découvrez ici la couverture de l’édition US, dédiée au pilote mexicain de Formule 1 Sergio Pérez. Le plein d’histoires hors du commun sur redbulletin.com

Les journalistes de SO PRESS n’ont pas pris part à la réalisation de The Red Bulletin. SO PRESS n’est pas r­ esponsable des textes, photos, ­illustrations et dessins qui engagent la seule responsabilité des auteurs.

96

Direction générale Alexander Müller-Macheck, Sara Car-Varming (adj.) Rédacteurs en chef Andreas Rottenschlager, Andreas Wollinger (adj.) Direction créative Erik Turek, Kasimir Reimann (adj.) Direction artistique Marion Bernert-Thomann, Miles English, Tara Thompson Maquette Martina de Carvalho-Hutter, Cornelia Gleichweit, Kevin Goll Rédaction photo Eva Kerschbaum (dir.), Marion Batty (adj.), Susie Forman, Tahira Mirza, Rudi Übelhör Rédaction web Christian Eberle-Abasolo (dir.), Marie-Maxime Dricot, Melissa Gordon, Lisa Hechenberger, Elena Rodriguez Angelina, Benjamin Sullivan Responsable des contenus audios Florian Obkircher Projets spécifiques Arkadiusz Piatek Gestion de la rédaction Ulrich Corazza, Marion Lukas-Wildmann Gestion de l’édition Ivona Glibusic, Bernhard Schmied, Melissa Stutz, Anna Wilczek Directeur exécutif Stefan Ebner Directeur Ventes médias & Partenariat Lukas Scharmbacher Directrice de Co-édition Susanne Degn-Pfleger Gestion de projet Co-édition, Marketing & Communication B2B Katrin Sigl (dir.), Mathias Blaha, Katrin Dollenz, Thomas Hammerschmied, Teresa Kronreif (B2B), Eva Pech, Valentina Pierer, Stefan Portenkirchner (communication), Jennifer Silberschneider Solutions créatives Verena Schörkhuber-Zöhrer (dir.), Sara Wonka, Julia Bianca Zmek, Edith Zöchling-Marchart Gestion commerciale Co-édition Alexandra Ita Rédaction Co-édition Raffael Fritz (dir.), Gundi Bittermann, Mariella Reithoffer, Wolfgang Wieser Directeur exécutif de la création Markus Kietreiber Gestion de projet création Elisabeth Kopanz Direction artistique Co-édition Peter Knehtl (dir.), Erwin Edtmaier, Andreea Parvu, Dominik Uhl Design commercial Simone Fischer, Martina Maier, Alexandra Schendl, Julia Schinzel, Florian Solly, ­S tephan Zenz Abonnements & Distribution Peter Schiffer (dir.), Marija Althajm, Nicole Glaser, Victoria Schwärzler, Yoldaş Yarar Service de publicité Manuela Brandstätter, Monika Spitaler Fabrication & Production Veronika Felder (dir.), Friedrich Indich, Walter O. Sádaba, Sabine Wessig Lithographie Clemens Ragotzky (dir.), Claudia Heis, Nenad Isailović, Sandra Maiko Krutz, Josef Mühlbacher Finances Mariia Gerutska (dir.), Klaus Pleninger MIT Christoph Kocsisek, Michael Thaler Opérations Melanie Grasserbauer, Alexander Peham, Yvonne Tremmel Gestion de projet Dominik Debriacher, Gabriela-Teresa Humer Assistante du Management général Sandra Artacker Éditeur et directeur général Andreas Kornhofer Adresse Am Grünen Prater 3, 1020 Vienne, Autriche Téléphone +43 1 90221-0 Fax +43 1 90221-28809 Web redbulletin.com Propriétaire, éditeur et rédaction Médias Red Bull Media House GmbH, Oberst-Lepperdinger-Straße 11–15, 5071 Wals bei Salzburg, Autriche, FN 297115i, Landesgericht Salzburg, ATU63611700 Directeurs généraux Dietrich Mateschitz, Dietmar Otti, Christopher Reindl, Marcus Weber

THE RED BULLETIN France, ISSN 2225-4722 Country Editor Pierre-Henri Camy Country Coordinator Christine Vitel Country Project M ­ anagement Alexis Bulteau, Alexis.Bulteau@redbull.com Traductions Willy Bottemer, Fred & Susanne ­Fortas, Suzanne K ­ říženecký, Claire Schieffer, Jean-Pascal Vachon, Gwendolyn de Vries Relecture Audrey Plaza Abonnements Prix : 18 €, 12 numéros/an getredbulletin.com Siège de la rédaction 29 rue Cardinet, 75017 Paris +33 (0)1 40 13 57 00 Impression Quad/Graphics Europe Sp. z o.o., Pułtuska 120, 07-200 Wyszków, Pologne Publicité PROFIL 17 avenue de Saxe 75017 Paris +33 (0)6 19 77 26 30 Thierry Rémond, tremond75@gmail.com

THE RED BULLETIN Allemagne, ISSN 2079-4258 Country Editor David Mayer Révision Hans Fleißner (dir.), Petra Hannert, Monika Hasleder, Billy Kirnbauer-Walek Country Project Management Nina Hahn Publicité Thomas Hutterer (dir.), Alfred Vrej Minassian, Franz Fellner, Ines Gruber, Thomas Gubier, Daniela Güpner, Wolfgang Kröll, Gabriele Matijevic-Beisteiner, Nicole Okasek-Lang, Britta Pucher, Jennifer Sabejew, Johannes Wahrmann-Schär, Ellen WittmannSochor, Ute Wolker, Christian Wörndle, Sabine Zölß

THE RED BULLETIN Autriche, ISSN 1995-8838 Country Editor Wolfgang Wieser Révision Hans Fleißner (dir.), Petra Hannert, Monika Hasleder, Billy Kirnbauer-Walek Publishing Management Bernhard Schmied Publicité Thomas Hutterer (dir.), Alfred Vrej Minassian, Franz Fellner, Ines Gruber, Thomas Gubier, Daniela Güpner, Wolfgang Kröll, Gabriele Matijevic-Beisteiner, Nicole Okasek-Lang, Britta Pucher, Jennifer Sabejew, Johannes Wahrmann-Schär, Ellen WittmannSochor, Ute Wolker, Christian Wörndle, Sabine Zölß

THE RED BULLETIN Royaume-Uni, ISSN 2308-5894 Country Editor Tom Guise (dir.), Lou Boyd Secrétariat de rédaction Davydd Chong (dir.), Nick Mee Publishing Manager Ollie Stretton Publicité Mark Bishop, mark.bishop@redbull.com Fabienne Peters, fabienne.peters@redbull.com

THE RED BULLETIN Suisse, ISSN 2308-5886 Country Editors Stefania Telesca Révision Hans Fleißner (dir.), Petra Hannert, Monika Hasleder, Billy Kirnbauer-Walek Country Project Management Meike Koch Media Sales & Brand Partnerships Stefan Brütsch (dir.), stefan.bruetsch@redbull.com Marcel Bannwart, marcel.bannwart@redbull.com Christian Bürgi, christian.buergi@redbull.com Jessica Pünchera, jessica.puenchera@redbull.com Goldbach Publishing Marco Nicoli, marco.nicoli@goldbach.com

THE RED BULLETIN USA, ISSN 2308-586X Rédacteur en chef Peter Flax Rédactrice adjointe Nora O’Donnell Révision David Caplan Publishing Management Branden Peters Media Network Communications & Marketing Manager Brandon Peters Publicité Todd Peters, todd.peters@redbull.com Dave Szych, dave.szych@redbull.com Tanya Foster, tanya.foster@redbull.com

THE RED BULLETIN


ABONNEZ-

VOUS

DÈS MAINTENANT! Recevez votre magazine directement chez vous :

12 € SEULEMENT POUR 10 NUMÉROS Simple et rapide, je m’abonne en ligne sur :

COUPON D’ABONNEMENT

À compléter et à renvoyer avec votre règlement sous enveloppe à affranchir à : THE RED BULLETIN (ABOPRESS) - 19 rue de l’Industrie - BP 90053 – 67402 ILLKIRCH OUI, je m’abonne à THE RED BULLETIN : 1 an d’abonnement pour 12 € seulement Mme

Melle

TRBMAG

PASSEZ VOTRE COMMANDE ICI

getredbulletin.com

M.

Nom Prénom Adresse CP Ville Email Je demande à recevoir gratuitement la newsletter THE RED BULLETIN Je joins mon règlement par : Chèque bancaire ou postal à l’ordre de THE RED BULLETIN DATE SIGNATURE Offre valable uniquement en France métropolitaine. Conformément à la loi « Informatique et Libertés » du 6 janvier 1978, vous disposez d’un droit d’accès et de rectification aux données vous concernant auprès de THE RED BULLETIN, adresse : 29 Rue Cardinet, 75017 Paris, France.


Pour finir en beauté

Plus qu’un plongeon extrême lors de la première étape des Red Bull Cliff Diving World Series, tenue à Saint-Raphaël le 12 juin dernier, cette image de l’athlète tchèque Michal Navratil est un symbole : celui d’une liberté bientôt retrouvée pour la France, avec les confinements et couvre-feux définitivement oubliés, quelques jours seulement après cet événement sensationnel. Un plongeon vertigineux de 27 mètres, dans le monde d’après.

98

Le prochain THE RED BULLETIN sortira le 23 septembre 2021

THE RED BULLETIN

ALEX VOYER/RED BULL CONTENT POOL

Le monde d’après


L’A BUS D’A LCOOL EST DA NGEREUX POUR L A SA NTÉ. À CONSOMMER AV EC MODÉR ATION.


Turn static files into dynamic content formats.

Create a flipbook
The Red Bulletin FR 09/21 by Red Bull Media House - Issuu