SUISSE SEPTEMBRE 2018, CHF 3,80
ALFONSO SABELLA
L’homme qui fait trembler la mafia
MORGHAN KING
L’avenir de l'haltérophilie se conjugue au féminin
ADAM DRIVER
L'acteur pour qui la gloire n’est pas un atout
Le sportif aérien Guillaume Galvani à 2 000 m au-dessus de la mer Égée... Parce qu’il connaît ses limites.
VOUS EN ÊTES CAPABLE 9 outils mentaux des pros de l’extrême pour surmonter vos défis quotidiens
GETREDBULLETIN.COM
DÈS MAINTENANT !
ABONNEZ-VOUS
HORS DU COMMUN
ÉDITORIAL
Job, rencard, famille, argent… On a tous mille raisons d’être anxieux face à certaines échéances majeures et de perdre tous ses moyens le moment venu. En discutant avec des pros de l’extrême (page 26), aventuriers ou sportifs, on en a tiré des conseils que vous pourrez adopter dans votre quotidien, et adapter à vos challenges persos. Des conditions particulières dans lesquelles ils évoluent, ils transmettent de quoi vous faciliter la vie et prendre du recul sur ces défis qui sont – en fait – à votre portée.
L’Américain Sam Kweskin a tiré le portrait de Morghan King, une athlète qui est passée du CrossFit à l'haltérophilie, terminant sixième de sa catégorie de poids aux Jeux olympiques de 2016. Page 38
Des défis, les patrons de l’iconique discothèque électro Rex Club à Paris en ont relevé par dizaines trente ans durant. En page 78, ils expliquent comment mener votre barque et la maintenir sur les bons flots face à l’adversité. Et avec 91 pays visités, B-Boy Lilou transmet quant à lui ses astuces de voyageur débrouillard page 68. Bonne lecture ! Votre Rédaction
4
CONTRIBUTEURS NOS ÉQUIPIERS
MARK BAILEY
Le journaliste anglais a interviewé des athlètes d’exception tels Usain Bolt et pour ce sujet de une, il a sondé la psychologie des aventuriers de l’extrême. « J’ai été bluffé par le fait que pour tous ces profils solides, la force mentale n’est pas innée. Leurs incroyables atouts psychologiques ont été acquis à force d’entraînement et d’actions sous haute pression… Nous pouvons donc tous apprendre de leurs techniques. » Page 26
FELIPE BARBOSA
« Elle est vraiment très sympa, on a passé un très bon moment sur ce shooting. J’espère qu’on le ressentira à l’image. » Une rencontre avec la cheffe d’orchestre Uele Lamore (prononcer Uèle) confirme ce SMS reçu de notre photographe Felipe Barbosa. La musicienne propage une passion contagieuse que le Brésilien, et Parisien d’adoption, a tenté de capter en la suivant dans le quartier asiatique de Belleville. « Uele yeah ! » Page 62
THE RED BULLETIN
TRISTAN SHU (COUVERTURE)
TOUT SE PASSERA EXTRÊMEMENT BIEN
humAn meets digitAl
Shaping New Realities
join us
FRiday, SeptembeR 7, 2018 10:00 – 20:00 SchiFFbau ZüRich
Artists AndreAs WAnnerstedt (sWe) UniqUe 3D AnimAtions Kuflex (rus) interActive immersive instAllAtions Christopher BAuder & roBert henKe (deu) AUDiovisUAl kinetic light Art instAllAtion proDUceD by WhitevoiD
©picture by Andreas Wannerstedt
speCiAl guest sophiA the roBot
www.volvoartsession.com volvo Art session — a plattform for innovation, Art and Design partner
SOMMAIRE septembre
REPORTAGES
2 6 En mode extrême
Leurs outils et techniques psychologiques pour atteindre les limites des capacités humaines vont vous aider au quotidien.
3 8 Femme forte
L’haltérophilie serait taillée sur mesure pour la gent féminine ?
4 6 Mafia blues ?
Les sacrifices du procureur Alfonso Sabella dans son combat sans relâche contre le crime.
5 2 Hors-piste
L’aventure vous attend sur la route du Škoda Euro Trek.
6 0 Trio gagnant
Ils sont frères, et férus de plongée en eaux troubles.
6 2 Un truc en plus
Uele Lamore a fait de sa passion sa profession : cheffe d’orchestre.
6 8 Le monde selon Lilou
Ce B-Boy a dansé sur toute la planète. Ses tips pour voyager.
7 8 Mélodie en sous-sol
Pour rester une référence mondiale, le Rex Club a su faire face.
46
68 TRIP ADVISOR
Pour propager sa passion du break, B-Boy Lilou a dansé dans 91 pays. Il partage ses trucs de voyageur hors du commun.
ALFONSO SABELLA
Il lutte contre les mafieux dans son pays, et prend soin de les laisser avoir plus peur de lui, que lui d’eux.
6
THE RED BULLETIN
BULLEVARD Un mode de vie hors du commun
10 Des zicos toujours sous l’eau 12 La relève prend le départ de
Red Bull Foiling Generation
14 Son côté obscur va si bien à
l’acteur Adam Driver... 16 Les aventuriers passent à table 18 L’hôtel de luxe très spacieux 19 La tchatcheuse Miss Red et son panthéon du dancehall 20 Une moto crache-flammes 2 2 Quand l’expert en sécurité ne fait pas le malin face au narco 24 Le plus bling-bling des SUV
GUIDE
Voir. Avoir. Faire. 88 Voyage : fantastique Hokkaïdo 90 Red Bull TV : restez branché 92 Fitness : lame tatouée 94 Agenda : ils donnent des ailes 96 Ours : ils et elles font le TRB
TYRONE BRADLEY, MATTIA ZOPPELLARO, SAM KWESKIN
98 Makes you fly : bonnet basque
38 ELLE FAIT LE POIDS
Morghan King, figure de proue d’une génération de filles pour qui l’haltérophilie n’est pas un sport genré.
THE RED BULLETIN
7
Vrais talents d e la nature N ATU RE LL E ME N T E N C A N E T T E S
CH-BIO-004 Agriculture UE/non-UE
BULLEVARD
GETTY IMAGES
U N
ST Y L E
D E
V I E
MUSIQUE DE L’EAU-DELÀ
H O R S
D U
C O M M U N
Robert Karlsson joue de son violon en carbone. Dans un aquarium contenant 1 60O litres d’eau. Son solo en apnée dure 1 minute 15.
Chants irréels, étranges instruments pour des musiciens plongés dans des aquariums géants… Immersion avec Between Music, premier groupe subaquatique. THE RED BULLETIN
9
« LES PREMIERS SONS PERÇUS DANS LE VENTRE DE NOTRE MÈRE SONT FILTRÉS PAR L’EAU »
E
n 2004, Laila Skovmand est dans sa cuisine, un bol d’eau à la main, lorsque lui vient une idée : chanter à la surface de l’eau. Les premiers essais ne sont pas concluants, mais la musicienne danoise n’en démord pas, elle veut trouver un moyen de chanter sous l’eau. Cinq ans plus tard, elle forme le premier groupe subaquatique. C’est plus que ce qu’elle espérait. Pour leur spectacle AquaSonic, les cinq membres du groupe Between Music sont en apnée dans des réservoirs d’eau et utilisent des instruments spécialement conçus à cet effet, jouant des morceaux dont la sonorité est incomparable aux sons à l’air libre. Depuis mai 2016, le groupe et ses cinq aquariums de 1 600 litres sont en tournée mondiale. D’Écosse en Russie, du Danemark en Australie, AquaSonic affiche partout complet, et les critiques sont dithyrambiques. Comment est-ce possible ? Pourquoi cette musique sous-marine fascine-t-elle tant ? Robert Karlsson, cofondateur et violoniste du groupe Between Music, nous dit tout. the red bulletin : Quel est l’instrument le plus aquatique ? robert karlsson : Nous avons d’abord essayé un v iolon bon marché dans une piscine. Ça rendait bien, mais il s’est abîmé au bout de quelques jours. Il nous fallait des instruments adaptés.
10
Nous avons fait fabriquer un violon en fibre de carbone résistant à l’eau. Nous avons aussi un hydraulophone, un orgue créé par deux Canadiens et qui génère des sons avec de l’eau sous pression au lieu d’air. Quels sont les défis à gérer ? L’aquarium agit comme une caisse de résonance, la moindre variation de la température de l’eau ou mouvement de l’instrument altère le son. Par conséquent, il faut être extrêmement précis et concentré lorsque vous faites de la musique sous l’eau. Jouer en apnée figure assurément parmi vos défis ? Oui. Nous avons travaillé avec des plongeurs et des professeurs de yoga pour apprendre à retenir notre souffle le plus longtemps possible. À quelle fréquence faitesvous surface en concert ? Le temps d’immersion dépend du niveau d’activité. Mon solo au violon dure une minute et 15 secondes. Pour le batteur, 30 secondes sous l’eau c’est long, car sous l’eau frapper le tambour exige trois fois plus d’énergie. Les temps de respiration sont intégrés à chaque partition. Comment faites-vous pour chanter sous l’eau. Cela paraît impossible… Laila, notre chanteuse, a développé une technique consistant à garder une bulle d’air dans la bouche. Si celleci s’échappe elle l’aspire avant de chanter la note suivante. Elle a commencé par de courtes voyelles, puis, les mélodies et des phrases plus longues ont suivi. Inspirer et expirer la bulle d’air, c’est
grâce à cette technique qu’elle peut chanter jusqu’à une minute sous l’eau. L’eau a-t-elle un effet acoustique spécifique ? Jouer sous l’eau impacte le son. Le son du violon et des autres instruments devient lointain. Cela me rappelle les vieux disques des années 1920. Pour les gens, notre musique évoque souvent le mystère. Musicalement, y a-t-il des choses possibles sous l’eau et impossibles à l’air libre ? Les ondes sonores voyagent beaucoup plus vite sous l’eau, de nombreuses percussions tendent à ressembler à des sons de musique électronique. En utilisant l’hydrophone (micro pour l’eau, ndlr) le musicien obtient des effets acoustiques vraiment intéressants en l’approchant de l’instrument, chose irréalisable à l’air libre. Vos concerts AquaSonic ont connu un succès mondial. Comment expliquez-vous l’attrait pour la musique sous-marine ? Au-delà des origines ou de la culture de chacun, tout être humain a un lien profond avec l’eau. Les tout premiers sons que nous percevons dans le ventre de notre mère sont filtrés par l’eau. Cela explique l’impact universel de notre musique.
betweenmusic.dk/aquasonic
THE RED BULLETIN
B U L L EVA R D
GETTY IMAGES
FLORIAN OBKIRCHER
Le rotacorda – conçu par un scientifique du MIT et joué par Nanna Bech – possède une manivelle manuelle entraînant une roue qui frotte les cordes. Le nom signifie « roue à cordes » en latin.
AquaSonic est un concert live du groupe de musiciens Between Music. Skovmand chante au premier plan et joue de l’hydraulophone, premier instrument à utiliser l’eau à la place de l’air. THE RED BULLETIN
11
L’embarqueuse Amanda Björk-Anastassov (à droite) et le barreur Max Wallenberg se battent pour la victoire lors du Red Bull Foiling Generation à Genève.
12
THE RED BULLETIN
B U L L EVA R D
Red Bull Foiling Generation
AVANT LA TEMPÊTE
DOM DAHER/RED BULL CONTENT POOL ARKADIUSZ PIATEK
Il se trame quelque chose ! Le week-end des 2 750 éclairs, les 32 meilleurs espoirs suisses de la voile brillaient de tous leurs feux sur le lac Léman. « Un condensé de talents en herbe », comme le déclarent Roman Hagara et Hans-Peter Steinacher, les fondateurs du Red Bull Foiling Generation, une série de courses pour les 16-20 ans, d’ailleurs convaincus de couver un futur vainqueur de l’America’s Cup. Notez que les deux qualifiés locaux, Max Wallenberg (16 ans) et Amanda Björk-Anastassov (18 ans) sont les jeunes champions du monde en titre de NACRA 15. foilinggeneration.redbull.com
THE RED BULLETIN
13
B U L L EVA R D
Côtoyer Gilliam vous a-t-il inculqué la persévérance ? C’est très inspirant d’être près de lui sur le set, car pour lui 14
Star Wars vous a rendu célèbre. Est-ce que cela génère de la pression ? Avant, personne ne savait qui j’étais, c’était génial. Maintenant, les gens me calculent. C’est en conflit direct avec mon boulot : être un espion, vivre ma vie, et être anonyme. Ce n’est pas productif. Comment vit-on sa vie ? Je me suis entouré de gens stables, mais je n’ai pas un bon équilibre entre job et vie perso. Votre passé de Marines vous a-t-il préparé à cela ? La leçon la plus importante que j’ai importée de l’armée sur un tournage, c’est le travail d’équipe. Il n’est pas question de vous ; vous faites partie de quelque chose de plus grand. Vous devez être présent pour vos partenaires et vous assurer que vous donnez votre meilleur pour qu’eux aussi donnent leur meilleur. C’est ainsi que vous remplirez votre mission, et c’est ça le plus important. J’essaie de tenir compte des gens car je ne prends pas à la légère le fait que nous fassions un film.
quixotemovie.com
Adam Driver
« MON MÉTIER… ÊTRE ANONYME » Son rôle obscur sous les traits de Kylo Ren dans Star Wars lui a ouvert les portes de la célébrité. Mais le Californien explique que la gloire ne l’aide pas dans son job.
THE RED BULLETIN
RÜDIGER STURM
the red bulletin : La soidisant malédiction sur ce film vous a-t-elle préoccupé ? adam driver : J’étais surtout excité par le fait de travailler avec des gens qui s’efforçaient de faire ce film depuis vingt ans. Ils sont vraiment tenaces. Nous avons fait une fête à la fin de la première semaine de tournage car comme on le voit dans Lost in La Mancha (le documentaire de 2002 sur la tentative avortée de tourner le film en 2000, ndlr), ils n’avaient qu’une semaine de travail dans la boîte. Je crois que tous les films réalisés ne sont rien de moins qu’un miracle, et que nous étions là au bon moment.
En quoi l’expérience fut-elle comparable à Star Wars ? Sur Star Wars, tout était plus contrôlé et aussi plus abstrait : « Fais-nous confiance, l’espace est derrière toi. » « On dirait que ton sabre laser fonctionne bien. » Je n’ai pas de préférence. L’un dispose d’un plus gros budget et peut vous mettre plus à l’aise, mais les spectateurs ne matent pas le film en se disant : « Ah, ils avaient un catering d’enfer. Je suis sûr que sa loge était cool. » La pression est la même. Le film doit être véridique. Les gens nous donnent deux heures et demie de leur temps,
et cela doit les marquer à vie. Ça a plutôt intérêt à être bien.
MATTHEW BROOKES/TRUNKARCHIVE.COM
J
e suis stressé rien qu’en mangeant de la soupe, en mode comment trouver le bon rythme pour ne pas roter au visage de mon interlocuteur ? », dit Adam Driver en blaguant sur les périls de la notoriété. En 2005, il devait surmonter une appréhension tout autre alors qu’il s’efforçait de rentrer au conservatoire des arts vivants de la Juilliard School à New York, après avoir été réformé des US Marines, suite à un crash en VTT. Il fait actuellement l’expérience d’une autre forme d’attente. À 34 ans, il a décroché le rôle (brièvement endossé par une palanquée d’acteurs, dont Ewan McGregor et Johnny Depp) du film que l’ex-Monty Python Terry Gilliam aura mis presque trente ans à réaliser, L’Homme qui a tué Don Quichotte. Certains ont même déclaré la production « maudite ».
c’est une catharsis. Il ne met pas de filtre sur ses sentiments – que ça marche ou que ça ne marche pas, c’est évident. Il crée une ambiance où tout le monde est prêt à démarrer au quart de tour, il encourage à suivre son instinct, à se faire confiance. Ça aurait très bien pu tourner en une dictature, genre : « Ça fait 25 ans que je couve ce projet, faites ce que je dis, un point c’est tout ! » Mais il a toujours l’air de ne pas savoir, ce qui est un bel enseignement. C’est quelque chose que j’ai remarqué chez lui et chez d’autres grands réalisateurs.
Driver, 34 ans : « Je fais de mon mieux pour me préserver de la presse, en restant respectueux. Rien n’est acquis. » THE RED BULLETIN
15
B U L L EVA R D
Bouffe de survie
CE SOIR, ON MANGE EN ENFER...
En cent ans, le matériel d’expédition s’est considérablement amélioré. C’est au tour de la qualité de la nourriture.
I
Pour son trek en Antarctique, Leo Houlding s’est servi du porc exquis.
« Des repas essentiellement végétaliens, car nombre de pays interdisent l’importation de viande », précise Fisher. Dans le cas de Saunders, « nous n’avons pas étiqueté les plats. Chaque étiquette ajoute 1,5 g. Ça finit par peser ». Seul un endroit manque au tableau de Fisher : « L’espace, à l’origine des aliments lyophilisés. L’un de nos rameurs intègre un habitat spatial en Pologne, j’espère que nous serons chargés de la nourriture. Créer des plats gastronomiques pour l’espace serait fantastique. » outdoorfood.com
COLDHOUSE COLLECTIVE/ADRIAN SAMARRA, MARTIN HARTLEY
TOM GUISE
l y a 106 ans, le capitaine Scott se rend au pôle Sud avec pour seule nourriture du ragoût à la viande grasse et aux biscuits. Affamé et frigorifié, il périt avec ses derniers compagnons le 29 mars 1912. Ils avaient sous-estimé leurs besoins alimentaires. En novembre dernier, Ben Saunders entreprend une expédition transantarctique en solitaire. Il emporte 65 rations lyophilisées, une par jour. Au menu, plats gourmets tels que riz
olognaise et risotto aux b cèpes. John Fisher, patron de la société Outdoorfood dans le Dorset (Angleterre), a créé la gamme Firepot après avoir consommé des plats lyophilisés peu goûteux lors d’une rando au Groenland. « Un simple mélange d’ingrédients desséchés. » Sa solution : concocter de vrais plats et les déshydrater. « Je me dis alors que si je parviens à les reconstituer avec de l’eau chaude, je crée mon entreprise. » En février 2017, il lance la gamme Firepot. Peu après, le grimpeur Leo Houlding le contacte. « Avec son équipe, il planifie l’ascension du Spectre en Antarctique, l’une des montagnes les plus éloignées au monde, et nous demande de nous occuper de la nourriture, se remémore Fisher. Nous leur réalisons plus de 400 repas. » Depuis, Outdoorfood mijote des plats sur mesure pour les aventures les plus extrêmes : pour des rameurs traversant l’Atlantique, menus pour un trail dans le désert du Namib, et les repas de Mark Beaumont pour son tour du monde à vélo en 2017.
Les rations de Ben Saunders en Antarctique : « 6 200 calories/ jour. Costaud. »
16
THE RED BULLETIN
Station Aurora
RESTER SUR TERRE, C’EST DÉPASSÉ !
Si jamais vous avez fait fortune d’ici 2022, vous pourrez passer douze jours dans l’espace. Les équipes de la Station Aurora y travaillent.
18
Pensez à faire un régime : la station Aurora offrira six fois moins d’espace que la station spatiale internationale ISS.
PIERRE-HENRI CAMY
rendre de la distance dans l’espace, dans l’hôtel dont on ne compte plus les étoiles… « Avec Aurora, on arrivera plus vite dans l’espace et à un coût moindre que les expériences annoncées à date », dit Frank Bunger, fondateur de la société américaine Orion Span, à l’origine du projet Aurora, station présentée comme « le premier hôtel de luxe spatial abordable » et capable d’accueillir 6 personnes, dont deux membres d’équipage. Bunger, « serial entrepreneur », est accompagné dans cette entreprise par David Jarvis, ingénieur ayant contribué à la station spatiale internationale (ISS), de Frank Eichstadt, designer industriel et architecte aéronautique qui a notamment collaboré avec la NASA, ainsi que de Marv LeBlanc, autre pro des missions dans l’espace.
séjour : 9,5 millions de dollars). Et il vous faudra verser 80 000 dollars d’arrhes de suite pour être parmi les premiers clients potentiels à chiller dans cette station lancée fin 2021 (si Orion Span boucle ses financements). À votre r etour sur terre, vous serez a ccueilli en « héros ». orionspan.com
Possible (sous conditions) : 3 mois de formation, dont 12 jours en orbite, et 9,5 millions de dollars… Vous y êtes !
ORION SPAN
P
Pour rejoindre la station début 2022, une simple formation de trois mois suffira. Phase 1 : en ligne. Phase 2 : avec les équipes d’Orion Span, dans leur centre de formation de Houston, Texas. Phase 3 : durant le séjour à bord d’Aurora. Menu du séjour ? Vous profiterez de l’impesanteur, en mode 24 h/24, forfait illimité ; vous apprécierez la vue depuis les nombreux hublots qui vous permettront d’admirer l’espace et votre planète favorite ; vous participerez à des ateliers, comme faire pousser de la nourriture en orbite, et pourrez converser avec des Terriens (vous n’en serez plus un) via Internet. Une expérience à plus de 320 km d’altitude, dans un espace de 42 m² en orbite terrestre basse, soit un tour de notre planète toutes les 90 minutes et 16 levers et couchers de soleil chaque 24 heures. De quoi vous motiver à lancer une start-up à succès pour pouvoir être parmi les premiers civils à se caler 12 jours à bord de la station Aurora (prix d’appel du
THE RED BULLETIN
B U L L EVA R D
Miss Red
« PÉTAGE DE PLOMBS ? TIGER À FOND ! » L’ardente MC a pioché 4 titres dancehall qui ont marqué sa carrière au fer rouge.
N
KASIA XACHARKO
FLORIAN OBKIRCHER
é en Jamaïque à la fin des années 70 comme petit frère déjanté et hautement énergétique du reggae, le dancehall bénéficie aujourd’hui d’un regain d’intérêt à l’échelle mondiale grâce à des hits signés Diplo ou Drake truffés de dance-beats très courts, typiques du genre. Le numéro le plus rafraîchissant et le plus innovant du moment vient tout droit d’Israël et s’appelle Miss Red. Son premier album K.O. est un véritable tourbillon acoustique où sa voix sauvage se superpose aux beats et aux basses. La chanteuse de 25 ans nous donne la liste des titres qui ont forgé son style. missred1.bandcamp.com
SUPER CAT REALITY (1988)
TIGER RAP PON RYDIM (1988)
« C’était l’un des chanteurs j amaïcains les plus populaires des années 1980, l’âge d’or du dancehall. Quand j’ai entendu son flow la première fois, je n’en croyais pas mes oreilles. Comment ce type pouvait-il à la fois rapper de manière si décontractée et chanter aussi bien ? Cette chanson va droit au but, elle parle de la vie difficile de Super Cat, mais son approche ultra positive du sujet est super contagieuse et inspirante. »
« Ce morceau, c’est l’incarnation de mon amour pour le dancehall. Car dans ce genrelà, l’enjeu, c’est toujours de trouver de nouveaux sons. “Rap Pon Rydim” : au début, on dirait un track de techno un peu déglingué, qui devient encore plus ouf quand Tiger s’y met : il crie, il hurle, de l’énergie pure ! Les passages agressifs de mon album sont très largement influencés par lui. C’est parfait quand il y a pétage de plombs ! »
THE RED BULLETIN
Miss Red crée le dancehall de demain sous l’aile du producteur The Bug.
RANKING ANN MOONLIGHT LOVER (1982) « Même avant l’évocation de la scène d’amour au clair de lune, tu sais que cette chanson va être cash. Ça tient à son flow, cool et sexy. Sa façon de chanter est très expressive, je m’en suis librement inspirée. Ranking Ann est une pionnière du dancehall au Royaume-Uni. Pour moi, elle est d’autant plus importante car je m’identifie fortement à ses textes. Logique, je suis une femme également ! »
LADY SAW CHAT TO MI BACK (2007) « Le message de ce titre se r ésume à ça : “Peu importe ce que tu attends de moi, parle à mon cul !” Dans sa musique, Lady Shaw montre très clairement que c’est elle qui décide, ce qui est sacrément courageux pour une artiste féminine. Certaines de ses chansons sont tellement explicites qu’une partie de la Jamaïque a censuré ses concerts. Pour moi, c’est un modèle. Elle dit ce qu’elle veut, et elle se contrefout des règles. »
19
B U L L EVA R D
VTR Customs
CETTE MOTO VA CRACHER DU FEU
Inspiré par l’avion qui a changé le cours de la Seconde Guerre mondiale, un ingénieur conçoit une moto lanceflammes pour gagner la plus folle des courses.
Weidmann sur la moto « Spitfire » qu’il a conçue. En arrière-plan : la pilote Amelie Mooseder, qui sait maîtriser cet engin de folie.
20
THE RED BULLETIN
PHOTOCAB/ANDRI MARGADANT
TOM GUISE
L
a Sultans of Sprint est une course de motos custom hors norme. Certes, il s’agit, départ arrêté, d’aller plus vite que l’adversaire sur 200 m de tarmac. Sauf qu’ici, la vitesse n’est qu’une partie de l’équation dans cette série de cinq courses à travers l’Europe. Soixante-dix pour cent, pour être exact. Les trente restants récompensent la créativité et la folie dans deux défis : Style et Mécanique, et Scary Factor, en plus des points pour le Party Monster Bonus. Le Scary Factor exige d’une bécane qu’elle déroute l’adversaire par sa simple présence ; le défi Bonus est plus cruel : le pilote doit danser le limbo sous une barre placée à la hauteur de sa moto. C’est donc un concours avec du contenu, du style et tout autre chose. Daniel Weidmann a tenu compte de tous ces paramètres en préparant sa participation à la série. Mais rien de bien nouveau pour ce propriétaire du magasin VTR Customs en Suisse (à Schmerikon, canton de Saint-Gall), un habitué du concours avec à son actif un podium et un prix du jury au Sprint d’Essenza, le moins fou de la série. Mais l’édition 2018 a innové : à l’habituelle Freak Class (catégorie ouverte aux motos 4 temps de 1 600 cm³) s’ajoute la Factory Class, unissant constructeurs et ateliers customs pour réaliser un modèle cent pour cent original. BMW s’est associée à VTR en proposant sa nouvelle R 1200 R comme base du projet. « L’objectif était de mettre au point la plus complexe des machines de tous les temps », explique Weidmann, inspiré par sa passion des avions de chasse de la Seconde Guerre mondiale, en particulier pour le Supermarine Spitfire de la
THE RED BULLETIN
Rare : VTR Customs a récupéré des instruments de bord d’un vrai Spitfire pour les intégrer à la moto.
Unique : le cadre de la moto a été allongé et abaissé. Tout est fait main, de la conception à la réalisation.
Royal Air Force britannique. Préférant le crayon et le papier à la conception sur ordinateur, l’équipe de Weidmann utilise marteaux, sacs de sable et roulage manuel pour donner à l’aluminium brut la forme d’une torpille évoquant le Warbird de 39-45. D’authentiques instruments de bord du Spitfire sont ajoutés, dont l’interrupteur de démarrage. Weidmann intègre même un système d’échappement cracheur de feu en l’honneur du nom et des flammes qui jadis jaillissaient du moteur Rolls-Royce Merlin. Scary Factor garanti. Conformément au règlement sur le rapport puissance/poids
de la classe Factory, VTR ne modifie pas le moteur boxer deux cylindres, mais allonge le cadre de 20 cm et l’abaisse de 130 à 90 cm, créant au passage un drôle d’hybride à piloter pour gagner le Party Monster Bonus. Il n’empêche, ses 125 chevaux lancés à 257 km/h permettent à la pilote Amelie Mooseder du team VTR de finir deuxième à l’épreuve d’ouverture du Sultans of Sprint à Monza (Italie) en mai dernier. Comme l’a dit un jour un fan du Spitfire, jamais, dans l’histoire des conflits humains, autant de gens furent redevables à une poignée d’autres. sultansofsprint.com 21
B U L L EVA R D
Comment…
NÉGOCIER AVEC UN NARCOTRAFIQUANT L’aventurier Aldo Kane s’est confronté aux dangers des volcans, des déserts et des océans, mais sa rencontre avec un esprit criminel reste peut-être la plus redoutable.
r évélateur. Pour certains de ces c riminels, le cartel est leur gouvernement. Est-on en droit de faire quelque chose parce que son “gouvernement” dit que c’est okay ? Que deviennent le bien et le mal quand le rapport de force s’inverse ? Reste qu’il est très difficile d’éprouver de l’empathie pour quelqu’un qui a fait sauter la cervelle de 257 personnes. »
Interpréter les signes
« À moins d’avoir été spécifiquement formé, vous trahissez toujours vos pensées à votre insu. Parlez à une personne pendant cinq minutes et vous saurez quand elle ment ou fait appel à sa mémoire, et si elle est inventive ou méthodique. Mais ces tueurs à gages sont difficiles à lire parce que la nature même de leur activité fait qu’ils vous dupent en permanence. »
S’attendre à tout
Ex-tireur d’élite des Royal Marines, Aldo Kane assiste les équipes de tournage en milieux extrêmes.
22
Pas de sentiment
« Dans les Royal Marines, j’ai appris à lire les gens, à évaluer les réactions, à réagir à la violence ou à l’éviter. Ce savoir m’a déjà été utile. Mais établir un lien avec un tueur professionnel est autrement plus délicat – le job d’un sicaire consiste à approcher sa cible et lui loger deux balles dans la tête. C’est le genre de personne douteuse et rusée, manipulatrice et sceptique. »
On ne vous a pas demandé votre avis
« Votre rôle est d’observer et non de juger. Il est facile de lancer des jugements dans le confort et la sécurité d’un salon. Le terrain seul est
Exploiter la vanité d’autrui
« Il faut les flatter pour qu’ils se prêtent au jeu. Ici, c’est différent parce qu’ils sont armés, pourtant, c’est leur ego qui nous a ouvert l’accès à leur monde et permis de filmer. V alorisez vos interlocuteurs et ils déplaceront des montagnes pour vous. Après l’interview, Popeye est devenu mondialement connu comme étant le bras droit de Pablo Escobar. Le monde est étrange, très étrange. »
THE RED BULLETIN
MATT RAY
E
xpert en sécurité, Aldo Kane assure la protection des équipes de tournage à l’étranger. Mais identifier les dangers ne va pas toujours de soi. Pour The Real Narcos, un documentaire anglais de Channel 4 sur les cartels du Pérou et de Colombie, Kane devait évaluer les risques liés aux interviewés. Des tueurs à gages appelés sicario ont accepté de témoigner devant la caméra, sans contrepartie. Kane rembobine : « Je me retrouve dans un café avec Jhon Jairo Velásquez Vásquez alias Popeye, principal lieutenant de Pablo Escobar, et lui demande de passer le sel, tout en parlant de sa femme et, parfois, des gens qu’il a étripés. »
GEORG ISMAR/AGE FOTOSTOCK, ALDO KANE
En 1992, l’ex-sicaire Velásquez Vásquez est condamné à trente ans de prison et libéré au bout de 22 ans.
« Dès que vous parlez de drogue, l’instinct disparaît, les gens tendent à agir de façon erratique : mal à l’aise, bizarre, parano. Et si vous ajoutez l’argent et la peur de la mort, vous pouvez vite vous retrouver dans de sales draps si la situation tourne mal. Même en limitant les risques, vous restez sur la corde raide. Je préfère encore être à l’intérieur d’un volcan en éruption. »
Nous avons créé cette montre en édition limitée en hommage à la Garde aérienne suisse de sauvetage Rega. Le second fuseau horaire salue sa disponibilité dans le monde entier, 24h/24. Chez Oris, le dévouement extraordinaire est quelque chose que nous apprécions particulièrement.
GMT Rega Limited Edition
B U L L EVA R D
Karlmann King
UN SUV QUI PÈSE
24
S
avez-vous ce qu’est le luxe ? Le luxe, c’est le gaspillage. Je me suis permis de gaspiller de l’air. » C’est ce qu’affirme Luciano D’Ambrosio, concepteur de Karlmann King, au sujet de l’aérodynamique du nouveau SUV, et il sait de quoi il parle. Ancien designer en chef chez l’Italien Bertone, il a dessiné des Lamborghini, des Bugatti et des Ferrari. « C’est stimulant de créer un produit aussi surprenant. J’ai conçu cette voiture avec une approche radicalement différente. » Sollicité par la société chinoise IAT pour concevoir
un modèle inspiré des chasseurs furtifs, le jeune homme de 60 ans y répond avec ce SUV de 2,5 m de large qui ne passe pas inaperçu. Basé sur le châssis de la Ford F550 4×4 nécessitant un permis utilitaire, ce Karlmann King présente une caisse polygonale en fibre de carbone et acier pour un poids de 4,5 tonnes (6 pour la version blindée), limitant la puissance du moteur V10 à 140 km/h seulement. « Tout le monde veut de la vitesse. Ce n’est pas une voiture pour aller vite », précise D’Ambrosio. Ni pour accueillir une famille. L’intérieur spacieux et agrémenté de
diamants ne dispose que de deux sièges. Son prix (1,6 million d’euros env.) en fait le SUV le plus cher au monde, une estimation qui se veut celle d’un objet d’art. « Soit on aime, soit on déteste, je ne veux pas d’entre-deux, prévient D’Ambrosio. Je prendrai l’indifférence comme un échec. » Mais avec seulement neuf commandes fermes, il admet que les réactions seront rares : « Vous aurez plus de chance d’en croiser une dans un film apocalyptique que sur le parking d’un supermarché. » karlmannking.com
THE RED BULLETIN
KARLMANN KING
Laissez passer ! Près de 6 m de long et 2,5 de large, ce SUV en édition limitée ne passe pas incognito.
WERNER JESSNER
Qu’importe la caisse en carbone, les diamants dans l’habitacle ou la vitesse dérisoire, il est ici en fait question d’une œuvre d’art. Son prix le prouve…
UN DÉFI INÉDIT DE TRAIL RUNNING AVEC GPS
1 SEPTEMBRE - 15 OCTOBRE 2018 Mesure-toi aux athlètes professionnels Rémi Bonnet (SUI) et Fernanda Maciel (BRA). Rends-toi à l’un des deux points de départ, enclenche ton GPS et défie leur temps record sur des crêtes à couper le souffle.
redbull.com/ridges
TRISTAN SHU
Guillaume Galvani et sa vue d’enfer sur le soleil couchant d’Ölüdeniz (Turquie).
PASSEZ EN MODE EXTRÊME Chaque jour, faire face au stress et à l’anxiété représente un véritable challenge mental. C’est en se confrontant à des situations extrêmes qu’aventuriers et athlètes d’endurance bâtissent leur c arrière. Ils savent donc parfaitement gérer ce que la plupart d’entre nous qualifieraient d’impossible. Voici leurs o utils et techniques psychologiques pour surmonter plus facilement les vicissitudes du quotidien… Texte MARK BAILEY
27
PASSEZ E N M ODE EXTRÊME
Trop éviter les risques peut entraver votre progression pro ou perso. Mais, comme le pense le Français Guillaume Galvani, tout le monde est c apable de gérer le risque. Le cas lorsqu’il s’élance en parachute – pendu sous un parapente – près d’Ölüdeniz (Turquie) à plus de 2 000 m au-dessus de la mer Égée pour la photo d’ouverture (prise par Tristan Shu) de ce sujet. « Je ne suis pas Superman, juste un gars ordinaire qui vit son rêve : voler comme un oiseau. » Galvani en est certain : vous pouvez réduire les risques si vous y consacrez le temps et les efforts nécessaires. « Les sports aériens ne sont pas sans risque. Mais ce risque peut être évalué, soupesé, calculé et même évité. Vous escaladeriez une montagne sans expérience ? Non ! Mais si vous développez des compétences dans un environnement contrôlé et adapté à vos capacités mentales et physiques, vous en retirez des idées, des analyses et des expériences qui vous montrent comment gérer le risque et connaître vos limites. » Une fois que la connaissance de soi a baissé le risque à un niveau raisonnable, vous en récoltez les fruits. « Quand je vole en wingsuit, dès que je suis prêt, que mes limites sont définies et que j’ai tout analysé, j’écoute mon corps et je me focalise sur mes mouvements. Le reste, c’est du plaisir à l’état pur. »
« Le risque peut être évalué, soupesé, calculé, et même évité. » 28
DAVID LAMA CONQUÉRIR SON ANXIÉTÉ COMME UN ALPINISTE Premier triathlon ou premier jour dans un nouveau job… Autant de sources probables d’anxiété, car vous êtes contraint de sortir de votre zone de confort. Mais l’alpiniste autrichien David Lama, qui a terminé la première ascension libre de l’impressionnante voie du compresseur sur le Cerro Torre (Patagonie) en 2012, sait bien que le fait d’affronter ses peurs est souvent le meilleur moyen de vivre sa vie à fond. Afin que que la crainte n’anéantisse pas vos objectifs de vie, vous devez apprendre à désamorcer l’anxiété avant qu’elle ne vous saisisse. Pour Lama, il faut élaborer mentalement des plans de bataille adaptés à tous les scénarios potentiels. « Si vous connaissez les difficultés associées à un nouveau
rojet, et si vous r éfléchissez à des p solutions, vous pouvez éviter l’état de panique, d évoile le jeune homme de 27 ans. L’anxiété est due à la peur de ce qui pourrait se passer, et non de ce qui se passe maintenant. Alors quand je me retrouve face à une immense paroi, je me demande : “Comment estce que je réagirais si mon partenaire d’escalade ou moi nous nous cassions une jambe à 5 000 ou à 7 000 m d’altitude ? Quelle stratégie emploierais-je pour nous redescendre de là en toute sécurité?” » En élaborant des plans mentaux selon les différentes situations, vous reprenez le contrôle : « Pour faire
« Plus vous vous testez, moins vous êtes susceptible d’avoir peur. »
COREY RICH/RED BULL CONTENT POOL, GUILLAUME GALVANI
GUILLAUME GALVANI RÉDUIRE LE RISQUE TEL UN EXPERT DES SPORTS AÉRIENS
isparaître l’anxiété, il faut y réfléchir d de manière réaliste. » David Lama insiste sur un autre secret pour surmonter l’anxiété : tester ses limites dans des environnements dépourvus de risques avant de s’attaquer à un gros challenge. « J’ai fait de l’escalade sportive toute ma vie. J’ai donc pu tester mes limites sans craindre les conséquences, car si je faisais une chute, les cordes et les pitons m’auraient empêché de me briser le dos, explique-t-il. Désormais, quand j’escalade d ’immenses montagnes, je connais mes limites. » La possibilité d’explorer votre esprit et votre corps dans un environnement sécurisé, qu’il s’agisse de tester un discours de mariage sur vos colocataires ou d’acquérir une expérience pratique avant de postuler à un emploi, renforce votre confiance en vous et contient votre anxiété. « Plus vous vous testez, moins vous êtes susceptible d’avoir peur », ajoute David Lama.
David Lama réalise la première ascension du gouffre des Trois Ponts au Liban en 2015.
PASSEZ E N M ODE EXTRÊME
selon la situation rencontrée. Pour surmonter la douleur ou l’ennui, elle faisait appel à la positivité : « Je me disais : “C’est amusant… une super excursion !”, ce qui amenait mon cerveau à éteindre les alarmes m’incitant à m’arrêter. » Lorsque sa motivation était au plus bas, Juliana adoptait un discours négatif pour retrouver de l’énergie : « Allez, grosse paresseuse, bouge-toi ! » Et si une catastrophe survenait, elle entrait en mode guerrier : « Alors, qu’est-ce que tu as dans le ventre ? C’est vraiment tout ce que tu peux faire ? » Parfois, il valait mieux en rire : « N’importe quoi, regarde ce que tu as fait ! » Du coup, ce problème ne lui semblait plus si grave. Que vous manquiez de motivation au sport ou deviez gérer une mauvaise passe, un scénario pour chaque situation peut vous aider à reconnecter vos pensées. « À certains moments, je me sentais fatiguée et malade, mais quand je passais le cap, j’avais un vrai coup de boost, s’amuse Juliana Buhring. Je me sentais euphorique. »
« Dans la douleur ou l’ennui, je me disais : “C’est une super excursion !” » Juliana Buhring lors de la Trans Am Bike Race (USA) en 2014. Elle termine 4e au classement général.
EDDY CLARK, DAMIANO LEVATI
JULIANA BUHRING APPRÉHENDER LES ÉPREUVES COMME UN(E) CYCLISTE UN TOUR DU MONDE
Expérience négative, échec personnel ou spleen peuvent altérer votre énergie et votre motivation. La cycliste d’endurance Juliana Buhring a appris à tenir bon malgré les épreuves lorsque, en 2012, elle est devenue la femme la plus rapide à avoir accompli le tour du monde à vélo. Pendant son périple de 29 060 km en 152 jours, elle a traversé un cyclone en Inde, échappé à des meutes de chiens déchaînés en Turquie et souffert d’hypothermie en Nouvelle-Zélande. « Vous apprenez bien vite que tout n’est que temporaire et que ce mauvais moment va passer », raconte Juliana Buhring, aujourd’hui âgée de 37 ans. Afin de conserver un mental d’acier pendant les périodes sombres, elle se parlait à elle-même. Cette technique psychologique se sert des mots pour modifier votre état d’esprit. « Mes propres encouragements me permettaient de prendre du recul et de savoir ce dont j’avais besoin », explique la cycliste germano-britannique. Elle s’est construit un large éventail de discours intérieurs
JEZ BRAGG DÉCOUVRIR LA PAIX INTÉRIEURE TEL UN ULTRA-TRAILER Monde digital qui donner le vertige, pressions lancinantes au travail… votre paix intérieure est troublée. L’ultramarathonien anglais Jez Bragg a découvert que la pensée consciente pouvait apaiser l’esprit, au bureau comme lors d’une course de 160 km. « Il faut se concentrer sur l’endroit où l’on se trouve et observer son environnement, révèle Jez qui, en 2013, a couru le trail de 3 000 km de Te Araroa à travers la Nouvelle-Zélande, usant 12 paires de chaussures jusqu’à la corde. Vous vous focalisez sur la vue, la météo, vos sensations… chaque composante de l’expérience, ancré dans le moment présent. » Le fait de vous centrer dans le présent vous empêche d’être envahi de « pensées catastrophes » et vous donne une meilleure vue d’ensemble. « Cela vous apprend à réfléchir aux quelques étapes qui vont suivre, et pas à la ligne d’arrivée. C’est très rassurant », ajoute l’athlète de 37 ans. Que vous profitiez de la pause-déjeuner pour faire une balade tranquille ou essayiez de vous calmer après une énorme dispute, le secret consiste à emmagasiner autant d’informations sensitives que possible, de la vue jusqu’à l’odorat : « Vous entrez dans un espace onirique qui vous aide à vous relaxer. » Il faut s’exercer régulièrement pour maintenir les pensées négatives à distance. « Quand je cours, j’analyse souvent mon propre état d’esprit, dit Jez. Ainsi, si je me sens mal, je peux savoir pourquoi. » Cette technique vous encourage à contrôler votre humeur : « Cela peut être déclenché par la faim ou une pensée négative. Alors je me dis : “Comment puis-je changer ça ?” Peut-être avec du repos ou un discours intérieur positif ? Ces vérifications empêchent l’esprit de se perdre. » Jez Bragg en a également noté les bénéfices dans son travail quotidien, dans l’univers de la construction. « Je pars dans mes rêveries et cela m’aide à résoudre mes problèmes. Je sors courir et je reviens avec des solutions pour mon travail, car je suis vraiment plus lucide. » THE RED BULLETIN
« Je sors courir et je reviens avec des solutions pour mon travail. » Le Te Araroa (« long chemin ») l’a conduit dans des montagnes volcaniques, des forêts denses et par-delà les cours d’eau.
31
PASSEZ E N M ODE EXTRÊME
BEN SAUNDERS SURMONTER LE CHAOS COMME UN EXPLORATEUR
« Dans cet environnement hostile, vous pouvez mourir en peu de minutes. » Malgré un planning carré pour son trek en Antarctique en 2013-2014, Ben Saunders est resté à la merci des éléments.
32
Une boîte mail qui déborde, un planning de travail délirant, des délais serrés ou de nouvelles responsabilités peuvent donner l’impression de perdre le contrôle, mais l’explorateur Ben Saunders affronte chaque jour des situations où il est véritablement question de vie ou de mort. « En milieu polaire, vous êtes livré à vous-même et vous pouvez vite vous sentir submergé, rapporte Ben Saunders qui, avec son équipier anglais Tarka L’Herpiniere, a parcouru 2 913 km à travers l’Antarctique en 2013-2014 et ainsi accompli la plus longue expédition polaire tractée par l’homme dans l’histoire. L’Antarctique est l’endroit le plus froid, le plus sec et le plus venteux au monde. Vous avez l’impression d’être un spationaute. Dans cet environnement hostile, vous savez que vous pouvez mourir en l’espace de quelques minutes. » Âgé de quarante ans, l’explorateur anglais affirme que tout le monde peut
profiter des stratégies psychologiques de domination du chaos qu’il a mises au point. Lors de cette épuisante expédi- tion de 105 jours en Antarctique, il s’est imposé une discipline stricte au travers d’un planning quotidien détaillé. Pour éviter les engelures ou survivre à une journée de folie au bureau, l’organisation de la journée minute par minute neutralise le stress et renforce le sentiment de contrôle. « En Antarctique, mon quotidien tournait autour de mes routines, dévoile Ben Saunders. Je me réveillais, j’allumais le poêle, je faisais fondre de la glace, je préparais le traîneau selon des règles très précises, puis je divisais la journée en blocs de temps et je m’arrêtais toutes les 90 minutes pour manger un bout et effectuer les tâches indispensables. Le planning et les routines rationalisent votre journée et vous avez la sensation de maîtriser le déroulement des événements. »
ANDY WARD, MARTIN HARTLEY
Il a utilisé des sacs de couleurs ifférentes (bleu pour la nourriture, d rouge pour les lunettes et les gants, etc.), ce qui lui a permis de rester hyperorganisé. « Vous devez être méticuleux : en Antarctique, le simple fait de laisser tomber un gant peut avoir des conséquences dramatiques », rappelle-t-il. Le respect de routines définies permet aussi de traverser une journée difficile en cas de fatigue ou de stress. « Vous fonctionnez en pilotage automatique, résume Ben Saunders. L’expédition en Antarctique a été si intense que j’ai perdu 22 kg. Mais avec de bonnes routines, vous savez ce que vous avez à faire, même quand vous n’êtes pas au m ieux physiquement et mentalement. » L’explorateur constate que ces stratégies organisationnelles sont aussi très efficaces pour lutter contre l’anxiété dans la vie quotidienne. « Même lorsque je prépare une expédition, je reste un maniaque des listes, plaisanteTHE RED BULLETIN
« En Antarctique, le simple fait de laisser tomber un gant peut avoir des conséquences fatales. »
t-il. Ma vie entière est organisée sur une application nommée Things : j’y conserve toutes les données relatives à mon entraînement, mes sponsors, mon aliment ation et mon équipement. Cela m’évite de devenir dingue, car je peux consulter mes listes à tout moment et accéder à l’ensemble de mes infos. » Selon Ben Saunders, tout tient dans le fait de compartimenter ses pensées. « J’ai appris à ne pas dépenser d’énergie mentale sur ce que je ne peux pas changer, ajoute-t-il. Dans les environnements polaires, vous ne contrôlez pas la visibilité, la vitesse du vent ou les conditions d’enneigement. Alors j’ai conservé l’énergie limitée dont je disposais pour ce que je pouvais changer : bien m’orienter, me déplacer efficacement. Le reste se met en place tout s implement. »
33
XAVIER DE LE RUE STRESS MINI FAÇON SNOWBOARDEUR
« Plus vous connaissez vos limites, plus vous pouvez les r epousser. » Passionné, Xavier de Le Rue part souvent en expédition, à la recherche de spots à rider.
34
On peut tous être confrontés au stress et à la peur : pour des questions d’argent, de boulot ou, comme le snowboardeur Xavier de Le Rue, 39 ans, pour des questions de survie. « C’est quand on a senti la vraie puissance de la montagne que l’on sait son pouvoir destructeur », dit c elui qui, depuis plusieurs années, parcourt le globe à la recherche des spots de freeride improbables. Une de ses plus folles idées fut de rider un volcan en activité dans l’archipel de Vanuatu (Pacifique sud). « Cette expérience vous apprend à être à l’écoute de vos pensées et à les gérer. » Car on peut vite se laisser submerger par les émotions et les informations qui se bousculent dans la tête en période de stress. « Il est impératif d’utiliser les deux hémisphères du cerveau pour évaluer la s ituation, explique l’ex-champion du monde de snowboard cross. Je d issocie la part logique de la part émotionnelle. J’analyse d’abord chaque risque en me demandant s’il est réel, et s’il y a une solution. C’est seulement après que j’écoute mon instinct. Si je sens que j’en suis capable, je me lance. S inon, je m’en vais. » Se confronter à ses problèmes, c’est dissocier les vrais qui appellent une action, de ceux qui n’en sont pas. Une technique imparable pour booster sa confiance, car « plus vous connaissez vos limites, plus vous pouvez les repousser ». Apprendre à défier sa peur, mais avec méthode : car si vous lui succombez, vous risquez de passer à côté des plus beaux moments de votre vie.
PASSEZ EN MODE EXTRÊME
« L’esprit est un outil indispensable à la survie. » Lors de l’émission TV Naked And Marooned tournée en 2013, Ed Stafford a dû survivre 60 jours sur l’île déserte d’Olorua dans l’archipel des Fidji.
TERO REPO/RED BULL CONTENT POOL, DISCOVERY
ED STAFFORD RESTER SEREIN À LA FAÇON D’UN AVENTURIER Vos soucis financiers ou votre déménagement peuvent vous causer de l’anxiété. L’aventurier Ed Stafford, qui entre 2008 et 2010 a été le premier homme à longer la totalité du fleuve Amazone à pied, savait pendant ces 860 jours qu’il était susceptible de rencontrer à tout moment des trafiquants de drogue ou des serpents venimeux ou bien d’être pris pour cible par une tribu indigène. Comme vous, il n’est pas un surhomme. Pour lutter contre l’anxiété, l’Anglais de 42 ans se concentre sur deux techniques capables d’aider n’importe qui à désamorcer les doutes et inquiétudes quotidiennes. « La première chose à faire est de méditer quotidiennement, THE RED BULLETIN
explique-t-il. À la maison, j’utilise une application nommée Headspace qui propose des sessions de méditation de 20 minutes pour vous aider à vous détacher de vos pensées négatives. J’ai tellement utilisé ces techniques que je peux désormais m’en servir en situation de survie. Vous pouvez par exemple imaginer vous asseoir sur le bas-côté d’une autoroute et voir toutes vos pensées négatives passer devant vous comme des voitures. Vous apprenez à ne pas vous précipiter devant elles ni les laisser vous emporter. Il vaut mieux les regarder passer. » Et si cela a fonctionné pour Ed Stafford lorsqu’il était tellement fatigué et affamé qu’il a commencé à ronger les os d’une souris morte, cela peut fonctionner pour vous aussi. La seconde tactique d’Ed découle de la philosophie aborigène. « Les peuples aborigènes pensent qu’ils ont trois cerveaux, raconte-t-il. Le plus grand d’entre eux est lié au ventre et à
l’instinct, le deuxième au cœur et aux émotions, et le plus petit est le cerveau logique, celui que la majorité des Occidentaux utilise au quotidien. Les aborigènes appellent ce cerveau logique ngan duppurru, terme qui désigne également un filet de pêche si enchevêtré qu’il est impossible de le réparer. » Stafford s’est rendu compte que, pour lutter contre l’anxiété chez soi comme pour survivre sur une île déserte, il est essentiel de revoir la priorité de ces trois cerveaux. « Si vous restez dans votre cerveau logique, vous ne pouvez pas éviter l’anxiété et la peur. Il vaut mieux suivre votre instinct pour savoir ce qui est bon ou mauvais, et déterminer ce qui vous rend heureux ou malheureux, puis utiliser vos cerveaux émotionnel et logique comme filtres avant de passer à l’action. » Pour Stafford, cette réflexion est l’une de ses plus grandes découvertes. « L’esprit est un outil indispensable à la survie. » 35
RAFA ORTIZ TROUVER SON FLOW COMME UN KAYAKISTE DE L’EXTRÊME
Pour battre votre propre record sportif ou vous sortir d’une avalanche de travail, vous devez trouver votre flow, ce sentiment irrépressible de concentration intense qui vous permet d’ignorer toutes les distractions et de vous focaliser sur le challenge qui vous attend. C’est précisément l’état d’esprit que Rafa Ortiz, kayakiste de l’extrême d’origine mexicaine, adopte lorsqu’il dévale des chutes d’eau mortelles, gardant en tête que le moindre manque d’attention peut lui être fatal. « Vous devez être capable de vous concentrer intensément, explique à 31 ans Rafa Ortiz, l’homme qui a conquis en 2012 les fameuses chutes de Palouse (57 mètres) dans l’État de Washington (États-Unis), atteignant à cette occasion des vitesses de 130, voire 150 km/h. Pour réussir, vous devez viser ce juste équilibre entre concentration et détente. Les distractions seront toujours présentes, mais vous serez si concentré qu’elles ne vous gêneront plus. Certaines de me plus grosses erreurs en kayak sont dues à des moments d’inattention. » En 2013, Rafa Ortiz a mis à profit son incroyable pouvoir de concentration pour descendre en kayak les eaux vives navigables les plus profondes au monde, à savoir une suite de cascades situées à Río Santo Domingo (Mexique) et qui peuvent atteindre jusqu’à 27 mètres de haut. Pour optimiser sa concentration à l’aube d’un grand challenge, il utilise la visualisation. Cette technique 36
f onctionne aussi bien en haut d’une piste de ski que pendant le trajet du matin pour aller au travail. « Je visualise toujours ce que je suis sur le point de faire sous la forme de milliers de minuscules images, raconte Rafa Ortiz. Ce processus aide à canaliser ses ressources mentales et à rester concentré. Je pense à mes trajectoires, à mes réactions, et à chaque vaguelette ou rocher que je risque de rencontrer en chemin. C’est un peu comme un entraînement en réalité virtuelle : vous visionnez une vidéo dans votre tête. Au moment fatidique, vous vous sentez extrêmement concentré parce que
vous avez l’impression d’avoir déjà vécu cette expérience. » La visualisation vous place dans un état de concentration ultime qui vous permet de trouver votre flow. « C’est l’alliance de la relaxation et de la concentration, dévoile Rafa Ortiz. Normalement, lorsque vous vous relaxez, vous vous dispersez, comme quand vous vous endormez. Mais la visualisation vous apprend à associer une relaxation totale à une concentration totale. C’est une sensation très intense qui prépare votre esprit et vous empêche d’être distrait afin que vous soyez au top à ce moment précis. »
PASSEZ EN MODE EXTRÊME
GREG MIONSKE/RED BULL CONTENT POOL, MICHAEL CLARK/RED BULL CONTENT POOL, KRYSTLE WRIGHT PHOTOGRAPHY
Dans ses livres, arah Marquis reS late 23 ans d’expérience de marche en solitaire.
SARAH MARQUIS ANTICIPER LES ÉPISODES DIFFICILES TELLE UNE AVENTURIÈRE
« Le flow, c’est l’alliance de la relaxation et de la concentration. » En 2017, Rafa Ortiz brave les impressionantes chutes de Spirit Falls, situées dans l’État de Washington (États-Unis).
Il est toujours compliqué de se projeter volontairement dans le pire à venir, d’autant plus lorsqu’il est inéluctable (soit parce qu’on a un défi à relever – question de dignité –, soit parce que la vie nous l’impose). Sarah Marquis, élue aventurière de l’année par le National Geographic en 2014, est une experte pour ce qui est de sortir de sa zone de confort. La Suissesse de 46 ans a parcouru l’équivalent de la Terre entière à pied, traversant des mois, voire des années durant les régions les plus hostiles du globe avec la curiosité pour moteur, la destination n’étant pas sa finalité. Afin de garder les idées claires avant un long périple, et pour se délester d’un poids, Sarah mise sur son allié : son corps ; elle l’utilise comme garde-manger. « J’ai un rituel avant de partir pour plusieurs mois, je prends 10 à 15 kilos. Je fais des réserves pour que mon corps tienne. » Végétarienne depuis presque toujours, elle se nourrit de ce qu’elle trouve dans la nature : « Quand je passe en mode survie, je mange du poisson que je pêche, des insectes, du miel sauvage, des fruits de baobab, des plantes, tout ce
que la pharmacopée peut m’offrir. » Dans l’outback et le bush australien, l’aventurière a appris à « chasser » sa ration quotidienne. Bien que l’Australie soit un pays « all-you-can-eat », Sarah mangeait rarement à sa faim. Et pourtant, après avoir souffert, le corps finit par s’apaiser. L’esprit par s’affranchir. « Durant les trois premiers mois (douze heures de marche quotidienne, ndlr), le corps et l’esprit se nettoient. Passé ce cap, le corps ne fait plus mal, l’esprit est libéré. » Devenir fort et surmonter les passages que l’on sait d’avance « difficiles » implique de prendre la mesure de sa propre vulnérabilité. Connecter avec ses instincts et son animalité afin de se fondre dans le paysage. « Plus qu’une expédition, ce fut une adaptation constante à mon environnement, aux dangers en tout genre. » La marche lui a appris à faire communier le corps et l’esprit, et lui a inculqué une précieuse leçon d’humilité : relativiser sa place (dans le monde et dans la chaîne alimentaire). Car au final, rien ne dure, pas même les épisodes difficiles.
« J’ai un rituel avant de partir pour plusieurs mois, je prends 10 à 15 kilos. » 37
Elles franchissent les étapes clés de leur sport deux fois plus vite que les hommes. Leurs muscles travaillent différemment de ce que nous pensions. Leur esprit de toute façon. Les athlètes comme l’Américaine MORGHAN KING posent un problème inattendu à la science : les femmes seraient-elles mieux adaptées à l’haltérophilie que les hommes ? Texte WILL COCKRELL Photos SAM KWESKIN
FEMME
38
FORTE
Morghan King, 32 ans, s’est mise sérieusement à l’haltérophilie il y a cinq ans seulement. Elle est déjà triple championne des États-Unis dans sa catégorie de poids, et a participé aux Jeux olympiques de 2016.
L’
haltérophile Morghan King s’entend poser de nombreuses questions stupides. « Donc tu fais du développé-couché à plein temps ? », lui demande-t-on souvent. (La réponse : « Non, pas vraiment. ») « On te badigeonne d’huile, tu montes sur scène et tu poses ? » (N’importe quoi.) « Mais tu es si petite ?! » Effectivement, King est vraiment minuscule – 1,53 mètre et 48 kilos, pour être précis. En revanche, proportionnelle-
ment à sa taille, elle est l’un des êtres humains les plus forts de la planète. Elle est aussi l’une des haltérophiles les plus brillantes des États-Unis – malgré le fait qu’elle s’y soit mise sérieusement il y a cinq ans seulement. L’année où elle a opté pour une carrière professionnelle, King avait déjà gagné les premières compétitions régionales dans sa catégorie de poids. Puis l’American Open. En 2015, elle battait le record féminin lors des Pan American Games. En 2016, elle représentait les États-Unis aux Jeux olympiques à Rio. Elle est actuellement l’une des favorites pour Tokyo 2020. Non seulement Morghan King est une athlète remarquable, mais elle est aussi un symbole : elle a largement contribué à rapprocher les femmes de l’haltérophilie. Et est responsable de l’intérêt croissant que les femmes portent à ce sport longtemps exclusivement masculin. Quelle importance attache-t-elle au fait d’être une femme forte exemplaire ? « Je me rappelle avoir voulu briser le record de Michael Johnson au 200 mètres lorsque j’étais écolière. Visiblement, je ne pense pas en catégories de sexe. »
’importe qui ayant été membre d’une N salle de sport au cours des cinquante dernières années a probablement pratiqué une forme ou une autre de lever de poids. Mais combien connaissent le nom d’un champion olympique d’haltérophilie ? Après avoir mené une existence de sport olympique marginal pendant presque un siècle (c’est depuis 1920 que l’on peut gagner des médailles en soulevant des haltères), l’haltérophilie reçoit enfin l’attention qu’elle mérite. L’association américaine USA Weightlifting a constaté une hausse de 125 % de ses adhérents entre 2012 et 2016. Cet accroissement concerne surtout les femmes. Elles constituent désormais 35 % des membres, alors qu’elles n’étaient que 19 % en 2007. Certains expliquent cela par les Jeux olympiques de Sydney en 2000, lors desquels les femmes haltérophiles ont été admises pour la première fois et qui ont été remportés par une Américaine : Tara Scott a gagné la première médaille d’or historique. D’autres pensent que cette tendance est due à la popularité du CrossFit, qui comprend des unités d’entraînement d’haltérophilie. D’autres estiment que c’est grâce à Morghan King. Après le football à l’université, King passe au semi-marathon et au triathlon. Puis elle découvre le CrossFit. Elle avait un talent remarquable, mais le CrossFit ne fut qu’une drogue inductive avant qu’elle ne succombe à l’haltérophilie. « J’étais en forme, me sentais bien, mais il manquait quelque chose. Je voulais un vrai sport. Je voulais gagner en force et me suis concentrée sur l’haltérophilie. Elle me donnait le sentiment de pouvoir tout contrôler. Tout dépendait de moi. Cela me donnait énormément de force. Toute ma vie, j’avais été la petite, j’avais toujours dû faire mes preuves. » Dans le milieu de l’haltérophilie, le boom féminin est souvent mis en rapport
King utilise des bandes adhésives aux pouces pour protéger sa peau. La magnésie maintient ses mains sèches.
40
THE RED BULLETIN
« L’haltérophilie me donne le sentiment de pouvoir tout contrôler. » King a toujours été sportive, mais au fond, l’haltérophilie lui a manqué jusqu’à ce qu’elle la découvre.
King montre un « épaulé-jeté », lors duquel elle pousse l’altère vers le haut. « Je suis tombée amoureuse de ce sport parce qu’il est rarement parfait », explique-t-elle.
avec les conditions physiques présumées parfaites que les femmes ont pour pratiquer ce sport – ce qui n’est bien sûr pas encore prouvé scientifiquement. Mais certaines performances sont tellement impressionnantes que les spécialistes du sport s’intéressent de plus en plus aux raisons physiologiques. De récentes études mettent en lumière des faits spectaculaires : il aura fallu soixante ans aux hommes – du premier championnat du monde en 1891 jusqu’en 1951 – pour être en mesure de soulever 180 kilos. Puis dix ans de plus pour que le premier homme arrive à soulever le double de son poids. Les premières compétitions pour femmes n’ont eu lieu qu’en 1987. Mais pour atteindre ces deux jalons majeurs, elles n’ont eu besoin que de la moitié du temps nécessaire à leurs homologues masculins. Même sans études scientifiques, Morghan King sait qu’elle est sur la bonne voie. Elle est consciente de son rôle de modèle. « C’est mon amie Holley Mangold 42
(qualifiée pour les Jeux olympiques de 2012, ndlr) qui m’a dit un des trucs les plus gentils : “J’espère que tu te rends compte de l’influence que tu as sur la nouvelle génération d’haltérophiles ! Tu leur montres de quoi sont capables les femmes, quelle que soit leur taille.” »
L
a proportion croissante de femmes n’a pas non plus échappé à l’haltérophile olympique Jasha Faye, le propriétaire de Marin Heavy Athletics, une salle de fitness spécialisée en haltérophilie olympique dans les environs de San Francisco. D’après Faye, la moitié de ses clients sont des femmes. Lorsqu’il a organisé une compétition locale en avril l’année dernière, la proportion était de 22 femmes pour 8 hommes. Avec sa taille (1,80 mètre) et son poids (100 kilos), des tatouages du torse aux orteils et une barbe impressionnante, Jasha Faye a l’air d’un entraîneur de CrossFit typique. Mais c’est en fait un haltérophile de la vieille école. Lorsque cet athlète de 45 ans a commencé, à 13 ans, à soulever des poids, il
n’y avait qu’une dizaine de femmes haltérophiles à San Francisco et alentours. Il se remémore que Jim Schmitz fut un des premiers à entraîner des femmes dans les années 70. Aujourd’hui, Schmitz a 72 ans et se souvient de femmes sapeurs-pompiers, ouvrières dans le bâtiment et de policières qui étaient pionnières dans leur métier et voulaient travailler leur force. Certaines d’entre elles voulaient même faire de la compétition – mais il n’en existait pas pour les femmes. Elles concouraient donc contre les hommes. « J’ai perdu quelques-unes de mes premières compétitions contre des femmes », se rappelle Jasha Faye. En 1987, la Fédération internationale d’haltérophilie autorisa les premiers championnats du monde pour femmes. Dix ans plus tard, la lady bar est inaugurée. Cette barre spécialement conçue pour les femmes est plus courte, censée être mieux adaptée à de plus petites mains et pèse 15 kilos, soit 5 kilos de moins que celle des hommes. « Les femmes sont celles qui s’entraînent tous les jours, développe Faye. THE RED BULLETIN
Elles sont plus coriaces, elles écoutent, ne sont pas têtues et ne sont pas menées par leur ego. » Morghan King ajoute : « Je pense que les femmes cherchent plus la perfection. Nous avons une approche plus technique. Nous nous demandons pourquoi et comment et nous posons d’autres questions qui en découlent. Nous sommes plus d isposées à apprendre. » Lorsque tous les mouvements pleins de force se réunissent dans une figure parfaite, c’est le moment qui rend les athlètes féminies accros, pense King. « Je suis effectivement tombée amoureuse de ce sport parce qu’il est rarement parfait, explique-t-elle. Et c’est pour cela que l’on vit parfois des moments magiques. » « Il est plus facile d’évaluer les succès remportés par les femmes si l’on ne considère pas l’haltérophilie comme un sport de musculation, dit Jasha Faye. Tu soulèves des poids, mais c’est le mouvement effectué qui compte, il a un début et une fin. Il est très fortement question de technique. Et cette technique, tu peux la perfectionner avec le temps. » Challen Schleh a commencé à s’entraîner avec Jasha Faye il y a deux ans. THE RED BULLETIN
« En haltérophilie, c’est la dextérité qui compte. Pas besoin de gros muscles pour être bon. » orsqu’elle a soulevé son premier poids, L elle a été conquise sur le champ. Cette femme athlétique de 31 ans avait commencé avec la gymnastique avant de devenir maîtresse de yoga. Lors d’une courte phase d’entraînement de CrossFit, quelques femmes l’ont beaucoup impressionnée. Elles avaient son âge mais soulevaient des poids incroyablement lourds. Schleh avait bien sûr déjà observé des gens soulever des poids dans ses cours de CrossFit, mais pas à ce niveau.
« J’ai ressenti une force primitive, il s’agissait de quelque chose d’essentiel rembobine-t-elle, soudain, un nouvel horizon sportif s’ouvrait à moi, un nouveau genre de l’être sportif. » Avant, c’est elle qui choisissait son sport ; cette fois, c’est le sport qui l’a choisie, dit-elle. « Je continue à faire du yoga et de la rando. Mais l’haltérophilie est devenue mon obsession. »
P
ersonne n’a été plus surpris que les scientifiques sportifs du succès et de l’explosion de performance des femmes haltérophiles. C’est probablement la raison pour laquelle il existe très peu d’études sur la force physique f éminine et encore moins sur les femmes haltérophiles. Voilà pourquoi les entraîneurs élaborent des programmes d’entraînement en suivant leur intuition. « Les seules données scientifiques sur l’haltérophilie en général proviennent de la Russie des années 80, et datent donc de l’époque soviétique », explique Andy Galpin, professeur à la California State University, à Fullerton. « Et si l’on veut avoir des données sur les femmes en particulier, il n’existe absolument rien. » 43
Galpin travaille avec des sportifs de tous les domaines, du joueur de football jusqu’au combattant d’Ultimate Fighting. Mais il voue un intérêt particulier à l’haltérophilie. Il est lui-même haltérophile, gère une association et a commencé à travailler avec King il y a six mois. Frustrés par le manque de données et décidés à ouvrir une nouvelle page dans le domaine de la physiologie de l’entraînement, Galpin et son équipe ont lancé leur propre étude. La première phase s’est terminée il y a peu de temps avec la biopsie neuromusculaire des jambes de quinze haltérophiles professionnelles, King incluse. Galpin prévoit une durée d’étude de deux à cinq ans mais se trouve déjà face à des premiers résul-
Les femmes ont franchi les étapes clés de leur discipline sportive deux fois plus vite que les hommes.
tats surprenants sur le travail musculaire. « Nous analysons entre autres quel pourcentage de la fibre musculaire est de type lent voire de type rapide, explique-t-il. (Les fibres de type rapide sont responsables des mouvements rapides, ndlr). Pendant longtemps, on pensait que les femmes avaient surtout des fibres musculaires de type lent. Mais maintenant, nous constatons exactement le contraire. Certaines femmes n’ont presque que des fibres de type rapide, contrairement à ce que soutient la doctrine. Peut-être que nous arriverons à la conclusion que les femmes sont tout aussi adaptées à ce sport que les hommes – voire mieux ? »
G
alpin est convaincu que les ressemblances entre hommes et femmes nous surprendront. L’ancien haltérophile d’élite Andrew « Bud » Charniga se penche sur ce sport depuis plus de quarante ans, détient même un record du monde junior et a par ailleurs travaillé avec des équipes féminines chinoises et russes au cours de sa carrière. Dans l’un de ces articles sur le sujet, il explique « qu’il est difficilement concevable qu’il existe un sport de musculation mieux adapté au corps féminin que l’haltérophilie ». Pour Charniga, qui entraîne aussi sa propre fille pour des compétitions internationales, une grande
agilité et une moindre tension musculaire sont les principales caractéristiques des haltérophiles douées. « En haltérophilie, c’est la dextérité qui compte, explique-t-il. Pas besoin de gros muscles pour être bon. Pas besoin d’être agressif non plus – ça ne fait que crisper les muscles. Il vaut mieux y aller de manière détendue. Cela permet de se servir de l’élasticité de ses muscles.» Charniga s’intéresse tout particulièrement au taux de testostérone chez les femmes (la testostérone est l’hormone sexuelle masculine). Car ce taux influence la fréquence de l’entraînement et la rapidité avec laquelle on récupère entre les entraînements. L’hypothèse de Charniga : leur taux de testostérone bas aide les femmes haltérophiles à mieux surmonter les énormes charges. Andy Galpin est d’avis que cela pourrait être vrai à la base, mais déconseille d’établir un programme d’entraînement reposant là-dessus avant qu’on en sache plus. « Il se pourrait aussi que ce soit l’œstrogène qui favorise la récupération, explique-t-il (l’œstrogène est l’hormone sexuelle féminine, ndlr). Mais nous ne le savons pas encore. Nous savons seulement que les femmes ont des avantages sur les hommes. Maintenant il ne nous reste plus qu’à trouver quels sont ces avantages. » Galpin souligne le fait qu’il n’est pas psychologue du sport. Cela dit il pense que les femmes ne sont pas seulement physiquement mieux dotées que les hommes pour pratiquer l’haltérophilie, mais aussi psychologiquement. « J’ai déjà travaillé avec plusieurs athlètes olympiques et professionnels. Et je dois reconnaître que les femmes supportent bien mieux la critique que les hommes. Je n’ai jamais besoin de convaincre des sportives à faire quelque chose. Elles veulent simplement des instructions fondées, je les leur donne et puis elles font leur truc. » Pour la plupart des femmes qui ont intégré l’haltérophilie à leur programme d’entraînement, l’amélioration de leur
Entraînement pour les JO de 2020. Lors des Jeux olympiques de 2016, King a brisé un record américain vieux de seize ans et s’est retrouvée sixième.
44
THE RED BULLETIN
« Nous n’écoutons plus les personnes qui nous disent ce que nous avons le droit de faire. Nous décidons nous-mêmes. »
« On me reconnaît même dans la rue désormais » : Morghan King est la porteuse d’espoir d’un sport.
condition physique parle d’elle-même. Beaucoup d’entre elles y voient la symbiose ultime des quatre mouvements de base : pousser, tirer, sauter et s’accroupir. C’est la raison pour laquelle l’haltérophilie fait partie intégrante de l’entraînement de tous les sportifs professionnels, du joueur de basket au catcheur. La skieuse américaine Mikaela Shiffrin, double championne olympique et triple championne du monde, soulève des poids afin de maintenir une meilleure tension du corps lors de ses slaloms. La sprinteuse LoLo Jones le fait afin d’aller au maximum de ses capacités lorsqu’elle saute les haies. « On se sert de tout son corps, tout est relié, explique Faye. On n’entraîne jamais une seule partie du corps, il ne faut pas non plus décomposer le mouvement. S’il ne fallait pratiquer THE RED BULLETIN
qu’un seul type d’entraînement qui inclut le plus de parties du corps possible, ce serait l’haltérophilie. »
C
omme tous les sportifs professionnels qui s’entraînent pour les Jeux olympiques, Morghan King vit dans une bulle de phases d’entraînement, de boissons énergétiques et de phases de récupération. Malgré tout, elle garde un lien très étroit avec le sport amateur. Elle nous raconte sa visite récente en Roumanie. Lors de son entraînement, elle remarqua qu’elle était entourée surtout de femmes. « Il y a cinq ans, les trois quarts auraient été des hommes », souligne-t-elle. La salle de sport dans laquelle elle s’entraîne comprend déjà dix plateformes d’haltérophilie. Et les
gens la reconnaissent dans la rue. « J’étais récemment dans l’un de ces clubs sportifs où l’on trouve une piscine, des courts de tennis, un sauna et tout ça, raconte-t-elle. Pendant que je soulevais mes poids, une fille est venue me voir et m’a demandé si j’étais Morghan King. Elle venait de faire un cours pour être admise à la fédération en tant qu’haltérophile de compétition – et imaginez, elle était encore plus petite que moi ! » Tout comme Charniga, Jasha Faye a également une fille qui est passionnée d’haltérophilie. Elle n’a que 13 ans. « Isabelle adore soulever des poids et elle adore son équipe, dit Faye. Elle est entourée de femmes fortes et belles, qui vont se coucher tôt et se nourrissent sainement, car elles sont passionnées. Elle est très fière lorsqu’elle va à l’école et qu’elle s’est déjà entraînée avant. » Le fait d’inspirer d’autres femmes semble autant motiver King que de gagner des médailles. Les femmes qui se présentent aux Jeux olympiques la motivent autant que les amateurs loin derrière elle. « Un grand nombre de ces sportives diraient probablement d’elles : “Lorsque j’étais gamine, j’étais un garçon manqué”, suppose King. On se retrouve assise entre deux chaises – on est toujours féminine, mais on ne rentre plus dans un certain tiroir. » Et c’est tant mieux. « Nous n’écoutons plus les personnes qui nous disent ce que nous avons le droit de faire. Nous décidons nous-mêmes. Il y a plein de petites filles là dehors qui éclipsent les garçons, et c’est tout à fait normal. C’est une très bonne chose. »
@kingmorghan sur Instagram 45
ALFONSO SABELLA
IL FAIT TREMBLER LA MAFIA
Le Sicilien ALFONSO SABELLA est le procureur anti-mafia le plus important de son pays. Sa devise ? « Le lâche meurt plusieurs fois par jour. L’homme courageux une seule fois. » Texte HOLGER POTYE
Photos MATTIA ZOPPELLARO
En trente ans de carrière, Alfonso Sabella a fait arrêter près de 300 mafieux.
47
« Tes ennemis doivent toujours avoir plus peur de toi, que toi d’eux. » Vivre dans la peur et la s olitude : le lot de tous les juges anti-mafia en Italie.
C’
est l’histoire d’un idéaliste engagé dans la lutte éternelle du Bien contre le Mal. Celle d’un homme qui a toujours cru en ces valeurs auxquelles même l’État italien semble ne plus croire : justice, ordre et sécurité pour tous. Alfonso Sabella a été juge et procureur dans les pôles anti- mafia de Palerme, Rome et à présent de Naples. Une série télévisée tirée de son autobiographie est sortie en Italie sous le titre Il Cacciatore (trad. Le Chasseur).
the red bulletin : Avez-vous une famille ? alfonso sabella : J’ai une fille, Carlotta, que j’ai eue avec mon ex-femme. Ma compagne actuelle est également magistrate, et s’appelle Diane, comme la déesse romaine de la chasse. Est-il possible, avec un tel métier, de protéger sa famille ? Je les ai protégées en les tenant le plus loin possible de moi : elles vivaient à Milan alors que je travaillais à Palerme, pendant sept longues années qui ont été les plus difficiles de ma vie. Je vivais comme un chien solitaire, parce que j’avais refusé que ma famille vive dans un appartement barricadé avec des sacs de sable aux fenêtres et des hélicoptères au-dessus de sa tête. Quelle conséquence cet éloignement a-t-il eu sur votre relation ? THE RED BULLETIN
Cela a entraîné la fin de notre mariage. Lorsque j’ai quitté Palerme et que nous avons pu revivre ensemble, nous nous sommes rendus compte que nous étions devenus étrangers l’un à l’autre. Mais c’est une question très personnelle.
jeunes dans les écoles, je cite toujours l’amiral Nelson s'adressant à ses troupes avant la bataille de Trafalgar : « L’Angleterre attend de vous que vous fassiez votre devoir. » C’est exactement ce que nous f aisons, mes collègues et moi.
Votre ami le plus proche, à l’époque de Palerme, était votre garde du corps. Au total, j’avais cinq hommes affectés à ma protection. Mon garde personnel était Leonardo Zarza, un jeune Carabinieri. Nous étions effectivement très proches. C’est lui qui a conduit ma femme à l’hôpital lorsqu’elle a accouché de notre fille. Il pensait qu’on n’arriverait jamais à temps s’il prenait ma voiture habituelle, une vieille guimbarde blindée très lourde à conduire. Leonardo a pris sa voiture privée, et je les ai suivis avec mon tank. C’est grâce à lui qu’on est arrivés à temps à la maternité.
Mais la peur de connaître le sort de tant d’autres juges avant vous... Justement, c’est le juge Giovanni Falcone qui a dit, avant d’être assassiné : « Le lâche meurt plusieurs fois par jour. L’homme courageux ne meurt qu’une fois. »
Difficile d’imaginer ce qu’a pu être votre quotidien, lorsque vous étiez au pôle anti-mafia de Palerme. Pouviez-vous partir en vacances, par exemple ? À l’époque, non. Aller au cinéma ? J’avais une collection impressionnante de cassettes vidéo. C’était la seule façon pour moi de regarder des films. Aller dans un cinéma public aurait été trop dangereux. Faire vos courses ? Impossible. Pas de courses, pas de sortie au restaurant non plus. Ce qui m’a au moins permis d’apprendre à faire la cuisine. Votre fille pouvait-elle fréquenter une école publique ? Oui, parce qu’elle vivait presque incognito à Milan, mais je ne pouvais pas lui rendre visite ni aller la chercher à l’école : cela aurait été trop risqué pour elle, et puis j’aurais inquiété les autres mamans. Comment ne pas perdre sa joie de vivre dans de telles conditions ? Je suis quelqu’un qui rit beaucoup. C’est parfois un rire amer, certes, mais moi et mon équipe avions un mot d’ordre : tes ennemis doivent toujours avoir plus peur de toi, que toi d’eux. Ce qui vous redonne le sourire… ? J’adore danser ! J’ai même aménagé une mini-discothèque dans ma maison. Qu’est-ce qui vous a poussé à choisir cette vie à haut risque plutôt qu’une vie pépère de juge de campagne ? Je voulais à tout prix réussir là où les autres avaient échoué. Quand je parle aux
Vous n’avez donc jamais peur ? Le moins possible. Dans votre livre, vous dites être un cacciatore, un chasseur de mafieux : comment comparer un magistrat à un chasseur de sangliers ? Parce qu’il y a beaucoup de ressemblances entre les deux. Un chasseur doit lire sa proie, ce que je savais faire plus facilement que certains collègues : en ayant grandi dans un tout petit village où tout le monde se connaît, j’ai appris très tôt à comprendre les multiples facettes de la nature humaine. Savoir observer, c’est une chose, mais il faut aussi savoir à quel moment passer à l’attaque. J’ai toujours préféré la patience et l’analyse à l’impétuosité. Je peux passer des heures le nez plongé dans des vieux dossiers pour essayer de mieux comprendre le comportement, le caractère, les habitudes des mafieux. Qui sont leurs contacts ? Où sont leurs planques ? Comment réagissent-ils à telle situation ? Voilà les questions qui m’importent. Un aspect décisif de la lutte anti-mafia, c’est l’art de savoir chercher. Il faut comprendre le passé pour prévoir le futur. Et quand je bloquais sur un dossier, j’avais recours à une méthode que les chasseurs utilisent parfois lorsqu’ils veulent absolument coincer une proie. Et qui consiste... … en une technique un peu brutale : encercler sa proie en incendiant son territoire. Une méthode que pratiquent les chasseurs les plus acharnés de mon village pour attraper un sanglier : on met le feu autour de la bête pour l’obliger à fuir dans une certaine direction, et on l’attrape au tournant. Je m’en suis inspiré dans ma traque anti-mafia, en faisant arrêter presque tous les hommes d’un mafieux que j’avais en ligne de mire – pour n’en laisser qu’un seul en l iberté. Puis lorsque ma v ictime prenait contact avec cette personne, je le coinçais. 49
« Patience et analyse... Je peux passer des heures dans de vieux dossiers afin de mieux comprendre le comportement des mafieux. » On ne naît pas héros, on le devient.
Pourquoi rester du bon côté, dans un pays où les voyous sont si populaires ? (Rires) Le monde du crime exerce une certaine fascination, c’est vrai, mais celui de la justice me passionne davantage. Prenez l’ancien parrain de la Cosa Nostra, Leoluca Bagarella, un père de famille exemplaire, paraît-il. Il jouait avec ses enfants, cajolait sa femme… avec les mêmes mains tachées du sang de ses innombrables victimes.
alimentaire à la gestion des déchets, des bitcoins au trafic de migrants. Ce n’est pas une raison pour ne rien faire. Prenez Giuseppe « Pino » Puglisi, assassiné le 15 septembre 1993, jour de son anniversaire. Ce prêtre apprenait aux jeunes et aux enfants à penser par eux-mêmes, leur donnait du boulot, les rendait autonomes. Il leur montrait que l’avenir, ce n’est pas avoir à choisir entre le statut de victime ou de mafieux. Forcément, ça n’a pas plu.
À quel moment avez-vous décidé de devenir le « Bon contre les truands » ? Très tôt : mes parents étaient tous deux avocats, mon père était très engagé socialement. Quand ma fille était petite, je lui lisais la Constitution italienne…
Le pape François a excommunié la mafia en 2014. En vain ? La mafia a un rapport très particulier à la foi. J’ai entendu dire de certains mafieux qu’ils faisaient le signe de croix avant de commettre un meurtre, ou qu’ils priaient Dieu de les aider lorsqu’ils étaient en cavale. Ce n'est pas de la religion, mais de la pure superstition. Quant à l’Église, il faut souligner qu’elle a entretenu au cours de l’Histoire une relation ambiguë avec la mafia. Rappelez-vous le mafieux Pietro Aglieri, arrêté juste après une messe qu’un prêtre venait de célébrer dans sa maison.
Et ça lui plaisait ? Elle adorait mes histoires ! Quand on est engagé depuis près de trente ans dans un combat aussi inégal, comment garder la foi ? John F. Kennedy a dit : « Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays. » Tout est donc possible. Mais c’est justement cet État que vous servez qui, par sa faiblesse et ses échecs répétés, a permis à la pieuvre de s’étendre et de gangréner des pans entiers de l’économie italienne : de l’agro50
Vous travaillez aujourd’hui au tribunal de Naples, et ne semblez pas vraiment décidé à raccrocher. Non, je me familiarise maintenant avec la Camorra (rires). C’est une lutte sans fin.
La série italienne Il Cacciatore s'inspire de l’autobiographie d’Alfonso Sabella. THE RED BULLETIN
IL FAUT QUITTER LA VILLE « L’aventure vous attend partout où vous la laissez vous surprendre », déclare l’acteur berlinois JOHANN VON BÜLOW. Outils de démonstration : une Škoda Kodiaq Scout et plusieurs centaines de kilomètres de chemins de terre en terrain accidenté, dans l’arrière-pays inhabité des Balkans. Texte ALEX LISETZ Photos ENES KUCEVIC
« Mais tu ne conduis qu’en ville, tu n’as pas besoin d’un SUV », s’exclama la femme de Johann von Bülow. Il dut admettre qu’elle avait raison. Il quitta donc la ville.
53
L’
orage éclate. Johann von Bülow se trouve à une heure et demie de route du prochain village et à quatre heures de son gîte. La pluie bat sur le toit et le pare-brise de son SUV, et des torrents couleur ocre déferlent sur le chemin étroit qu’il remonte en tressautant. Von Bülow, 45 ans et acteur, pourrait être tranquillement assis dans une loge de la salle de maquillage sur le tournage de Tatort. Ou bien dans un studio pour enregistrer un livre audio. Mais non, au lieu de cela, ses pneus tout-terrain de 19 pouces à profilé grossier s’enfoncent de plus en plus dans la boue. Il fait noir, de temps à autre un éclair illumine les falaises de l’autre côté de la vallée. Puis, après le prochain virage, la route s’arrête. « Décidemment, aujourd’hui tout va de travers », dit von Bülow. Petite pause dramatique. « C’est merveilleux ! »
JUSTE FAIS-LE
Johann von Bülow est un homme qui se contrôle et qui adore l’incontrôlable. La plupart du temps, c’est dans son métier qu’il peut se défouler. « Lorsque je joue, je veux lâcher tout contrôle et suivre mes instincts. C’est le seul moyen d’arriver à un résultat intéressant, c’est ainsi que je peux apprendre quelque chose de nouveau sur moi-même et sur le monde. » Von Bülow est habitué à lâcher prise, il a joué dans la série télévisée allemande Mord mit Aussicht (trad. meurtre avec vue), dans les films Elser, un héros ordinaire, et Kokowääh, et a dernièrement incarné le rôle principal dans Herr und Frau Bulle (trad. Monsieur et Madame flic), un nouveau feuilleton de la télé
« Nous pouvons tous nous évader de notre quotidien et vivre des aventures, à tout moment. » 54
Lors de son circuit off road à travers l’arrière-pays macédonien, l’acteur Johann von Bülow a découvert des villages abandonnés depuis des décennies.
ublique allemande qui passera sur les p écrans à partir du printemps prochain. « Peut-être bien que j’ai choisi de devenir acteur parce que ce métier me permet de vivre des expériences uniques, explique-t-il, mais pas besoin d’être acteur pour suivre ses instincts. Nous pouvons tous nous évader de notre quotidien et vivre des aventures, à tout moment. Il suffit de les laisser arriver. » La plupart du temps, von Bülow part dans la nature et s’adonne à des randonnées à ski dans le Valais, ou pratique le VTT ou la voile dans les Grisons. Mais cette fois-ci il a voulu s’attaquer à une nouvelle expérience. Il suit le parcours du Škoda Euro Trek, un off road tour pour SUV, de Sofia (Bulgarie) à Skopje (Macédoine). C’est la première fois, qu’il s’aventure hors des routes avec sa Škoda Kodiaq. Et au fond, c’est la faute de sa femme Katrin. « Elle était contre l’achat d’un SUV si ce n’était pour s’en servir qu’en ville. Et bien oui, je me suis dit qu’elle avait raison. » Voilà pourquoi il est sorti de l’agglomération avec son SUV. Mais il ne fait pas les choses à moitié.
LE RISQUE DU CHARME
Maintenant, avec ses 190 ch et sa boîte automatique à 7 vitesses, la Kodiaq de von Bülow chemine à travers la forêt, quelque part entre Kavadartsi et Prilep. Les montagnes de la Konecka se dressent à gauche et à droite tandis que de la grosse rocaille grince sous les pneus.
De l’autoradio retentit la musique d’une station de radio classique, le volume poussé au maximum, c’est du Mahler, du Schumann ou du Strauss, von Bülow n’est pas trop sûr. La dernière fois qu’il a croisé quelqu’un, c’était il y a deux heures : un berger. Ses chiens ont aboyé contre sa voiture avec assurance. Mais il vaut effectivement mieux qu’ils ne soient pas trop câlins : la forêt abrite des lynx, des loups et des ours. « Je me demande vraiment pourquoi je n’ai pas fait cela plus tôt », dit-il en respirant à pleins poumons les senteurs qui r emontent de la forêt, maintenant que la pluie s’est arrêtée. Car lors de cette aventure off road, aucune des excuses courantes qui nous empêchent de nous échapper de notre routine quotidienne n’est valable. Pas le temps ? Les pistes off road du centre des Balkans ne sont qu’à une journée et demie de route ou quatre heures de vol de Zurich. Pas d’argent ? Le coût de la vie en Macédoine ne représente qu’un quart de celui de la Suisse, le revenu moyen un seizième seulement. Expérience de conduite insuffisante ? Avec un SUV moderne à chaîne de transmission intégrale, même les débutants s’en sortent sur le terrain, car des outils comme un embrayage multidisque, l’aide au démarrage ou un différentiel régulé électroniquement aident dans les situations délicates. Le seul obstacle restant, c’est la peur de l’inconnu. « Je pense que nous devons prendre un peu de risques quelques fois, embraye THE RED BULLETIN
Avec ses 190 ch et une hauteur de caisse de 19 cm, la Škoda Kodiaq Scout est dans son élément sur des chemins de terre en pleine nature.
D’un Berlin trépidant à la solitude macédonienne : Johann von Bülow fait halte à Dunje, au bord de la plaine pélagonienne.
« J’ai remarqué que les personnes qui prennent des risques de temps en temps ont une aura particulière, elles rayonnent. » Von Bülow traverse les fossés du parc national de Galicica avec élan : surtout ne pas rester coincé ni s’embourber !
56
Première fois sur le terrain, mais souverain : les systèmes d’aide à la conduite de la Kodiaq permettent de rester cool même dans les situations délicates.
Une pierre pointue échappe à von Bülow. Un toc-toc-toc douteux se transforme vite en clac-clac-clac inquiétant. J ohann von Bülow. Démissionner d’un travail sûr, se couvrir de ridicule devant des inconnus, voyager dans un pays étranger. C’est cela qui nous fait avancer dans la vie. J’ai souvent remarqué que les personnes qui prennent des risques de temps en temps ont une aura particulière, elles rayonnent. Les risques modifient notre éclat naturel. »
LEGALIZE IT
Mais il est important de différencier le risque et l’imprudence. « Ça aussi, c’est comme le jeu d’acteur. Il faut activer son cerveau avant, lors de la phase de préparation. Mais une fois que tout est minutieusement et intelligemment préparé, on peut compter sur ses instincts. » C’est la raison pour laquelle von Bülow est accompagné de deux pros : Liviu Adam, un guide roumain de 4×4, d’enduro et de motoneige qui a participé à l’organisation des Red Bull Romaniacs, l’événement enduro le plus dur au monde. Et Vlado Shosholchev, un expert autochtone du off road qui a exploré les coins les plus cachés de Macédoine en voiture tout- terrain. « La Macédoine dispose de milliers de kilomètres de parcours off road captivants dans la nature sauvage avec des paysages intacts, développe Vlado Shosholchev. Mais le plus important pour faire de la Macédoine un paradis du off road, c’est notre code de la route : nous n’avons aucune interdiction en pleine campagne, il est possible de rouler partout avec des v éhicules tout-terrain et des motocross. » Une journée s’est écoulée, aujourd’hui von Bülow traverse le 58
Il n’y a pas d’interdiction de rouler off road en Macédoine. Pour que cela reste ainsi, il est important de traiter la nature et les habitants avec respect.
6 CONSEILS POUR LES NOVICES DU OFF ROAD par Liviu Adam, expert du tout-terrain (facebook.com/motorange.moto) Allez-y doucement La conduite sur le terrain obéit à ses propres lois. Commencez par des trajets faciles et gardez vos distances en fonction des limites de vos capacités et de celles de votre voiture.
Trouvez la bonne vitesse En roulant trop vite, vous risquez des accidents et des pannes. Un peu d’élan peut vous empêcher de rester coincé dans les passages délicats.
Restez continuellement en mouvement
Évitez les ornières profondes
La conduite la plus sûre est à une vitesse basse mais constante. Évitez les arrêts sur des passages raides ou dans la boue !
La caisse touche le sol et les roues n’ont plus de contact avec la piste ? Il n’y a plus que le tracteur du prochain village pour vous aider – la honte !
Adaptez la pression des pneus Selon la texture et l’état du sol , choisissez une pression élevée qui vous évitera de c rever, ou une pression basse qui vous apportera plus d’adhérence au sol.
Faites confiance à la voiture Grâce à des systèmes d’assistance, les voitures tout-terrain modernes savent ce qu’il faut faire. Laissez-vous porter par le flow au lieu de forcer.
THE RED BULLETIN
SOFIA
Départ
Samokov
ROUTE DU ŠKODA EURO TREK 2018 Autoroute ou route nationale O≠ road
Blagoevgrad
SKOPJE Arrivée
parc national de Galicica, entre les lacs de Prespa et d’Ohrid, avec Adam et Shosholchev. Le chemin est tantôt une grosse flaque de boue, une rampe raide ou un éboulis. Une couche de terre rouge de plusieurs centimètres reste collée aux pneus, la végétation est clairsemée, seules des molènes somptueuses foisonnent de part et d’autre du chemin. Ça ressemble un peu à l’Australie. Lors d’une pause, von Bülow brise le silence : « C’est bien joli que ce soit légal. Mais ne sommes-nous pas un peu des connards si nous traversons la nature vierge avec nos SUV ? » Shosholchev hoche de la tête. Il adore son pays, s’est souvent posé cette même question et a trouvé une réponse convaincante : « Nous ne pouvons préserver ce paysage extraordinaire qu’à condition d’établir un tourisme doux. Cela ne fait rien à la nature si une ou deux voitures passent ici par jour. C’est de l’industrie du bois qu’il faut protéger ce paysage. »
CONDUITE AUTONOME
Lors de la descente vers Ohrid, von Bülow a l’air bien plus détendu que la veille, lorsqu’il effectuait ses premiers kilomètres en tout-terrain. Aujourd’hui il porte des lunettes noires Tom Ford et une courte barbe roux clair. Ses doigts dansent sur le volant au rythme d’un album du Velvet Underground. « Tu peux tranquillement enlever les pieds des pédales, lui lance Liviu Adam, la voiture fait tout toute seule. » Et vraiment : sur le terrain raide et accidenté, le frein moteur contrôle parfaitement le v éhicule de 1,7 tonne. Von Bülow n’a même pas besoin de conduire : les roues trouvent elles-mêmes le chemin le plus sûr dans les ornières profondes. À côté, un précipice se profile et laisse deviner le bleu du lac d’Ohrid tout au fond. Avec ses deux à cinq millions d’années, c’est un des lacs les plus vieux au monde. Von Bülow lâche le volant, pour quelques mètres la voiture roule pratiquement de manière autonome. Nous revoilà arrivés à l’interaction entre le contrôle et le lâcher-prise. « Je ne suis pas encore là où j’aimerais être, dit von Bülow, j’aimerais bien pouvoir lâcher prise plus THE RED BULLETIN
Arrivée 1er jour Départ 2e jour Kavadartsi
Bitola Arrivée 2e jour Départ 3e jour
OFF ROAD À TRAVERS LES PARCS NATIONAUX
Comment profiter un max de votre virée en Macédoine. Véhicule d’essai
souvent dans la vie et avoir confiance que tout tournera bien sans que je m’en mêle. Que, comme disent les gens à Cologne, “et kütt wie et kütt” (trad. adviendra ce qu’il adviendra, ndlr). » Et c’est là que ça arrive. Dans un virage, une pierre pointue échappe à von Bülow, qui roule dessus à toute allure. Ça lui est déjà arrivé deux ou trois fois aujourd’hui, sans conséquences. Mais cette fois un toc-toc-toc douteux s’ensuit, qui se transforme vite en clac-clac-clac inquiétant, accompagné d’un sentiment mou à l’avant, à droite. Le pneu a crevé. Von Bülow a donc droit à sa prochaine aventure : changer une roue en terrain difficile. Liviu Adam lui montre ce à quoi il doit faire attention : d’abord, diriger la voiture vers un endroit à peu près droit et plus ou moins sec. Puis il stabilise le cric avec une planche trouvée au bord du chemin, afin qu’il ne s’enlise pas dans la boue. Von Bülow retire la roue de secours du toit et laisse Adam lui expliquer la marche à suivre. La nouvelle roue est enfin montée, la nuit tombe. Encore 80 kilomètres jusqu’à l’hôtel. À moins que... « Nous n’avons qu’à dormir dans les voitures, dit von Bülow. Une rivière murmure à côté du chemin creux, la vue sur le coucher de soleil rose-orange au-dessus du lac est époustouflante. Peut-être bien que nous entendrons une meute de loups hurler cette nuit », dit Shosholchev. Johann von Bülow opine du chef.
Škoda Kodiaq Scout 2.0 TDI SCR (1968 cc, 190 ch, 47 500 CHF)
Trajet Vol avec Austrian Airlines via Vienne ou environ 17 heures de voiture de Zurich à Sofia.
Location de SUV Par exemple Sixt à Sofia (sixt.com/car-rental/bulgaria/sofia) ou Hertz à Skopje (hertz.mk)
Infos générales En Macédoine, les feux sont obligatoires de jour et l’utilisation du téléphone portable au volant est interdite, même à l’arrêt. Limitations de vitesse : 50/80/120 km/h. Pas d’interdiction pour les parcours hors-piste.
Se restaurer Popova Kula Winery, Bulevar na vinoto br.1, Demir Kapija, Macédoine, +389 76 432630, popovakula.com.mk
Se loger Aurora Resort & Spa Hotel, Ul.3 BB, 2330 Berovo, Macédoine, +389 33 550965, auroraresort.mk
skoda.ch twitter.com/johannvonbuelow 59
TAK E F I V E
CALUM HUDSON, un type ordinaire qui adore…
… NAGER EN EAUX VIVES Employé de bureau en semaine, cet Anglais de 28 ans a un passe-temps peu commun : plonger dans des eaux h ostiles, en compagnie de ses frangins, Jack et Robbie.
2 Il y a tant de potentiel inexploité
Sur les 30 plus grandes rivières au monde, seules cinq ont été parcourues à la nage par le Slovène sexagénaire Martin Strel. Notre objectif, c’est de nager dans les sept plus gros maelströms de la planète. Avec un capitaine de bateau expérimenté et une bonne connaissance de l’endroit, on peut y accéder à certaines périodes de l’année. Nous en avons trois à notre actif : les tourbillons de Moskstraumen et S altstraumen (Norvège), et Corryvreckan (Écosse).
3 Risque n 1 : se faire manger
° On a eu droit aux orques dans l’océan Arctique, aux requins-bouledogues au Venezuela et aux requins blancs dans la baie de San Francisco. Une compagnie de production voulait nous filmer en train de remonter le fleuve Congo : on était sur le point d’obtenir les dernières autorisations quand on a entendu parler de cinq cas d’attaque de crocodile dans le fleuve. Au Venezuela, les fameux crocodiles de l’Orénoque (jusqu’à 7 m de long) m’ont aussi fait abandonner certains projets.
4 Ça peut donner froid
Une passion commune : (de g. à dr.) Robbie, Calum et Jack Hudson.
de vous reconnecter 1 Ilà s’agit la nature
Les lacs et les rivières peuvent devenir de formidables terrains d’aventure. » CALUM HUDSON
60
Nous avons grandi au plein air, dans la magnifique région de Lake District (un parc national au Royaume-Uni, ndlr). Puis il y a eu la fac, les soirées arrosées, et la vie à Londres avec sa routine métro-boulotdodo. Au bout de deux ans à Londres, nous avons vendu la maison de famille, et j’ai proposé à Jack et Robbie de descendre à la nage les 145 km de notre rivière, l’Eden, qui coule devant la maison, comme pour dire au revoir à ce lieu de notre enfance. Ce fut le début de l’aventure.
7 °C dans l’océan Arctique (grâce au Gulf Stream) et seulement 3 °C à Glasgow, en mars, lors des Red Bull Neptune Steps. En Arctique, il y avait un test d’hypothermie toutes les 30 minutes : il fallait décliner ses nom, prénom, date de naissance et réciter des multiplications. Une erreur, et c’était la sortie. J’étais paniqué à l’idée de ne plus savoir mes tables de multiplication !
5 Mais ça vous libère
La nage en eaux vives est un sport parmi les plus accessibles. Il suffit de bien connaître les coins où l’on nage : l’Écosse par exemple est moins domestiquée que l’Angleterre. Prenez les lacs et les rivières autour de chez vous : ils peuvent devenir de formidables terrains de jeu entre potes.
thewildswimmingbrothers.com Entretien TOM GUISE Photo JODY DAUNTON THE RED BULLETIN
Comme un truc en plus Un chef d’orchestre est vieux, fou, illuminé par le classique ? UELE LAMORE – ici en photo, en mode terrasse-détente – risque de vous faire changer d’opinion sur cette activité. Texte PH CAMY Photos FELIPE BARBOSA
Uele Lamore, 24 ans, sait comment diriger un orchestre de plus de 20 personnes et toujours rester zen.
62
Violon à 4 ans, guitare à 6, Uele s’est jetée dans la musique et ne s’en lassera jamais : tant que c’est frais !
the red bulletin : Uele, vous êtes aujourd’hui cheffe d’orchestre, mais vous avez débuté en autodidacte, exact ? uele lamore : Pour la guitare, je voyais de temps en temps des profs particuliers, mais j’avais surtout tendance à me plonger dans des magazines, pour y apprendre des choses différentes, explorer des genres variés… Avec un prof, tu dois te cadrer un truc, étudier un truc précis. Et puis j’ai commencé à expérimenter des logiciels de création musicale sur mon Mac, à utiliser des claviers, des cartes son, des instruments MIDI. C’est quand j’ai bougé aux USA que je suis entrée dans un cadre d’apprentissage plus « académique ».
ALISHA BATTH
D
ix minutes après l’avoir rencontrée au Championnet, bar resto lancé par son frère dans le XVIIIe à Paris, Uele Lamore nous a déjà parlé avec intensité et bonne humeur de jazz, de rock, de riffs de metal, de hip-hop, de la production musicale informatique, de « tester plein de trucs » (en musique), du violon qu’elle a débuté à 4 ans pour finalement se tourner vers la guitare à 6 ans car elle « détestait » sa nouvelle prof de violon, de sa double nationalité (France-USA) et de ses étés passés à New York chez son parrain, des Strokes, Arctic Monkeys et Babyshambles qui la rendaient folle alors qu’elle était pré-ado au point de monter son premier groupe à 12 ans, du R’n’B des origines, celui de Memphis ou Détroit… Si on est venus la voir, c’est pour connaître son approche du métier de cheffe d’orchestre, après qu’elle a suivi des études de musique pour créer et diriger sa propre formation, l’Orchestre Orage. L’idée ? « Je voulais devenir une cheffe d’orchestre spécialisée dans les créations originales, et faire se rencontrer des musiciens des divers horizons des musiques dites a ctuelles », explique Uele (prononcer Uèle). La jeune femme voit dans le R’n’B évoqué plus haut la source du déclic, de l’envie. « Dans tous ces trucs, comme tu en entends sur les compilations Shaolin Soul, tu avais des instruments à cordes partout, c’était hyper bien arrangé, et inconsciemment j’ai commencé à kiffer ça ! », dit-elle, avant de dérouler, en riant souvent, son parcours libre autant qu’« académique » et de nous faire comprendre pourquoi un chef d’orchestre en 2018 peut être autre chose que ce cliché coriace du « musicien classique ». THE RED BULLETIN
Qu’est-ce qui a motivé cette installation aux États-Unis ? Quand j’ai eu mon bac, à 17 ans, j’avais deux choix : intégrer une faculté d’archéologie ou une école de musique à Los Angeles pour laquelle on m’avait octroyé une bourse. Je me suis dit : « Tu as un passeport américain, la musique c’est ce que tu aimes, le seul truc où tu ne t’emmerdes pas au bout de dix secondes, alors fonce ! » J’ai donc intégré le Musicians Institute à Hollywood, en jazz moderne, pour une licence de guitare. Jusque-là, je n’étais pas vraiment familière du conservatoire ou du solfège.
Mais, comment, vivant en France, avezvous pu être acceptée dans cette école ? Sur audition, tout simplement. Une audition à distance, qui a débuté avec l’envoi d’une vidéo de moi qui jouais une œuvre de mon choix. Ensuite, ils veulent voir si tu sais lire la musique, si tu as des bases en théorie, en harmonie. Mais… on ne devient pas chef d’orchestre avec une licence de guitare ? En fait, après cette licence où on t’apprend à devenir un musicien de studio, pour faire court, j’ai été acceptée au Berklee College of Music, à Boston… Que veniez-vous chercher dans cette école considérée comme une institution, vous qui semblez avoir une approche plutôt libre de la musique ? Je venais faire un truc que je ne connaissais pas, de la « composition classique », alors je me suis spécialisée en direction orchestrale. J’ai étudié tous les compositeurs de musique classique du MoyenÂge jusqu’à aujourd’hui, j’ai appris à écrire des compositions dans des styles différents, j’ai appris l’histoire de ces musiques et de leurs compositeurs, l’orchestration, l’instrumentation, comment écrire avec un orchestre de quatrevingt, soixante ou vingt personnes, avec un quartet… tout !
« Si des gens kiffent toujours des trucs écrits il y a 300 ans, ça doit être hyper bien fait. » Avec l’Orchestre Orage qu’elle dirige, et les artistes qu’il invite, Uele propose des compositions originales tous les mois et demi.
65
« J’ai traîné avec pas mal de formations, de rock ou autre. J’ai une approche directe, de groupe plutôt que d’orchestre, et ça plaît aux musiciens. » Votre univers musical n’étant pas le classique, ça n’a pas dû être simple ? En fait, je suis devenue accro à tout ça, j’étais obsédée ! (rires) Je me disais : « Si des gens kiffent toujours des trucs écrits il y a 300 ans, ça doit être hyper bien fait. » C’est passionnant de comprendre pourquoi ça marche aussi bien. Il y a une approche technique, mais aussi ce truc ésotérique, artistique. Si tu restes concentré sur l’aspect pragmatique, c’est hyper bien écrit, et tout est là pour que les gens aiment écouter ça. C’est la pop de l’époque, avec des « couplets » et des « refrains », des trucs hyper « catchy »… (sourire) Dans le classique, on est tout de même loin des Babyshambles et des frasques de leur chanteur, Pete Doherty… Les gars du classique étaient vachement plus rock’n’roll que Pete Doherty ! (rires) Bach a passé sa vie à galérer, à jouer dans des églises paumées dans toute l’Allemagne, il avait je ne sais combien d’enfants, une vie pas facile. Il y avait aussi ce compositeur italien qui tuait ses femmes. Qui vous a transmis tout ça ? Des profs qui sont respectés dans leurs milieux, des mecs qui savent de quoi ils parlent et qui m’ont appris comment faire les choses sérieusement, à aller droit au but quand tu joues une partition, à ne pas se casser la tête mesure par mesure… À l’école, tu as le temps, mais dans la pratique, tu n’as pas le temps : il faut éluder les choses pas très importantes. Que comptiez-vous faire de tout ce que vous appreniez dans cette école ? Je voulais être cheffe d’orchestre spécialisée dans les créations originales, et les gens qui m’inspiraient le plus dans cette voie étaient les Hollandais du Metropole Orkest. C’est l’orchestre le plus prestigieux pour ce genre d’approche de la musique. Ils font de la création avec des artistes 66
de musiques actuelles, comme le saxophoniste Kamasi Washington, le groupe instrumental américain Snarky Puppy, le trompettiste français Ibrahim Maalouf… C’est l’orchestre pionnier, le meilleur ! (rires) En fait, en arrivant à Berklee, j’ai montré une vidéo à mes profs et je leur ai dit : « C’est ça que je veux faire ! » Et après vos années à Berklee, c’est ce que vous avez fait ? Je suis sortie première de ma promo, et des mois avant mon diplôme, j’avais commencé à harceler le chef d’orchestre du Metropole Orkest, qui m’a répondu : « On va faire le Nancy Jazz Festival, rejoins-nous ! » Donc j’ai déménagé en Hollande pour devenir son apprentie, en quelque sorte. J’ai pu évoluer au sein de mon orchestre favori, voir comment ça marchait derrière les concerts, l’organisation, la hiérarchie… De retour à Paris, je voulais monter mon orchestre ! Vous auriez pu y arriver sans Berklee et votre « stage » auprès de l’Orkest ? Non, car ils m’ont transmis les meilleurs outils pour apprendre. À Berklee, tout le monde est tellement bon que ça te booste de ouf, tu te pousses à 200 %. Tous les styles se mélangent, tous les instruments, toutes les nationalités, et les gens sont super ouverts d’esprit. « Tu veux faire de la direction d’orchestre ? Vas-y, grave ! » Dans un conservatoire plus traditionnel en France, ce sera peut-être « Non ! » (rires) Avec tout ce côté concours, les étapes obligées. Si tu veux devenir chef d’orchestre d’une grande symphonie, peut-être que c’est effectivement ce que tu dois faire. Un chef d’orchestre, c’est quoi, en fait ? Tu es chef d’orchestre à partir du moment où tu commences à diriger, mais si tu diriges une fois l’an, tu n’es pas chef d’orchestre. Il faut faire ça tout le temps. Et le cliché du mâle, vieux et dégarni qui ne jure que par le classique, ça n’existe plus
aujourd’hui. (rires) Un orchestre ça n’est pas que du classique. Tu as des mecs qui font de la musique de film, par exemple. En tant qu’autodidacte qui a intégré des formations plus académiques pour assouvir son envie de fraîcheur musicale, quel est votre concept ? Je fais de la création originale avec des artistes de musiques actuelles. Soit on écrit le truc de A à Z, soit on revisite le répertoire de l’artiste avec lequel on collabore. Dans mon orchestre, les membres ont entre 19 et 35 ans, la question de parité ne se pose même plus et on souhaite soutenir la scène musicale indépendante. Qu’est-ce qui fait de vous une cheffe d’orchestre particulière aujourd’hui ? Je n’ai pas une culture classique, mais je connais le langage des artistes avec lesquels je collabore : les « effets », les « prods »… Je peux retranscrire cela aux musiciens de mon orchestre. On a peu de répétitions générales avec l’orchestre avant un live, donc on va à l’essentiel. Si un musicien est en difficulté, on ne passe pas une heure à arranger le truc, il bossera au calme, et sera d’attaque pour la prochaine répétition. J’ai traîné avec pas mal de formations, de rock ou autre. J’ai une approche directe, de groupe plutôt que d’orchestre, et ça plaît aux musiciens. Combien sont-ils, et quelle dynamique leur suggérez-vous ? Entre 17 et 22, et j ’essaie de galvaniser tout le monde : chaque membre de l’orchestre est important. Le second violon assis au fond de la salle est aussi important que le « premier », qui est devant et je rappelle à tous les musiciens qu’ils ont un rôle à jouer. Même si ton intervention est très courte sur la durée totale d’un concert, tu es important. Vraiment. Tout manager devrait se comporter ainsi avec ses équipes ? Oui, et ça commence par faire confiance aux gens avec lesquels vous collaborez. Et savoir rester zen, aussi… Il faut réagir très vite face aux problèmes, tracer, ne pas paniquer. En cas de souci durant un concert, si je vois les yeux des musiciens me fixer, en mode « On fait quoi ?! », par mon attitude, j’essaie de leur transmettre un message de confiance, de sérénité : « Je sais, ne t’inquiète pas, j’ai compris ce qui se passe, on se détend… » (rires)
facebook.com/orchestreorage
THE RED BULLETIN
Uele et son parcours prouvent qu’en musique, audace et acadÊmisme peuvent engendrer le meilleur.
Old Delhi, 2018 : Lilou est venu en Inde pour prendre la température de la scène breakdance locale, en plein essor.
68
LE MONDE SELON LILOU
Le B-Boy franco-algérien LILOU est l’un des danseurs les plus talentueux au monde. Et sûrement celui qui a le plus voyagé pour propager sa passion, son art de la danse. Avec 91 pays visités à date, il a quelques astuces de voyage à partager avec vous.
LITTLE SHAO/RED BULL CONTENT POOL
Texte PH CAMY
De
sa banlieue lyonnaise, Vaulx-en- Velin, au Kazakhstan, en passant par le Nigeria, la Russie, le Laos, le Koweït, le Venezuela, l’Iran ou M acao, en vingt ans de carrière – jusqu’au sommet du breakdance, discipline dans laquelle il a insufflé audace et détermination jusqu’à décrocher des titres mondiaux, le parcours de Lilou, 34 ans, est intimement lié au voyage. Pour animer des cours de danse, parrainer des événements, être le sujet d’un projet vidéo ou photo, participer à une compétition de renom, ou bien faire partie d’un jury, le danseur s’est rendu dans près de cent pays. Paradoxal pour quelqu’un qui « déteste le process du voyage », l’attente aux aéroports, les embarquements, à répétition plusieurs dizaines de fois par an. Ce qui compte pour Lilou, Ali Ramdani dans le civil, c’est la destination, et à force de voir du pays, il en a tiré quelques astuces de voyageur tout-terrain qui pourraient bien vous servir lors de vos déplacements estivaux. Et les anecdotes de cet accro au voyage ne manquent pas de piment.
FAIRE DES IMAGES, C’EST UN PARTAGE
Partout où il bouge, Lilou produit des contenus vidéo et photo. Voici ses conseils pour réaliser des images sur vos prochains trips.
QUAND ÇA PART EN…
Voyager peut apporter son lot d’embrouilles, mais ce n’est pas au bout du monde que Lilou s’est retrouvé en situation périlleuse.
« Ça s’est passé dans mon quartier, à Lyon, à Vaulx-en-Velin. J’étais suivi par une équipe de tournage, deux gars avec moi, dont un Anglais. On était montés en haut d’une tour d’habitation, et les mecs du quartier ont pensé que c’était l’équipe d’une émission de reportage à scandale qui me suivait. Au moment où nous allions prendre l’ascenseur pour repartir du quinzième étage, quatre gars en sortent, dont un armé d’un calibre. Je connaissais deux des gars, je leur ai expliqué que nous tournions un documentaire sur mon histoire, mon parcours, là d’où je viens. “C’est pas M6 qui vient filmer, on va se recroiser souvent.” Ça les a mis en confiance, et ils nous ont proposé de les suivre pour filmer, de faire des drifts avec leur Mercedes… ils nous ont aidés, en fait. (rires) Finalement, l’embrouille ne se trouvait pas au bout du monde. »
« Pour filmer dans des endroits peu sûrs, commence par observer, avec ton matériel rangé dans un sac à dos discret, pas un sac photo. Explique aux gens pourquoi tu es là, et si le coin est vraiment louche, viens avec un local. C’est ce que tu dégages qui va être déterminant : si tu te pointes en mode “je viens photographier des animaux en cage”, ça risque d’être délicat. Il faut de l’échange, du partage… la confiance des gens, ça se gagne. Côté matos, je pars avec une petite caméra Osmo, un genre de petite boule, avec un stabilisateur, tu peux y fixer ton téléphone, qui te servira d’écran. Je prends aussi un appareil photo Reflex Canon 5D. Si je connais du monde là où je vais, je leur demande s’ils n’ont pas un pote ou un contact qui peut apporter du matos pour filmer, ou juste filmer. Il a son propre matériel, il parle la langue, ce sera lui le caméraman, et toi tu seras le sujet. Quand je suis tout seul, je filme moi-même, et quand je veux faire un passage de danse, je repère un gars qui semble un peu futé, j’allume la c améra, et je lui demande de filmer. »
VOYAGER SEUL OU EN ÉQUIPE ?
Ils parcourent le monde pour propager leur art : Lilou (à droite) et des membres des Red Bull BC One All Stars, soit l’élite des B-Boys mondiaux.
70
« En 2004, je fais mon premier voyage hors Europe, au Japon, pour les Freestyle Sessions. Là, je me dis : “Je peux voyager avec mes potes, pour faire quelque chose que j’aime.” On est partis à huit ! On a perdu la compétition, mais on a rigolé au max. Mon dernier pays visité, c’est le Cameroun, où je suis parti pour un projet de danse, j’étais le parrain d’un festival de danse, et pour y faire de la vidéo. Si tu pars en équipe, pars toujours avec des gens que tu connais bien. Le voyage à plusieurs, c’est souvent de la rigolade, mais aussi des galères d’organisation. Généralement, je fais un ou deux jours avec tout le monde, et ensuite j’évolue en équipe plus réduite, voire tout seul. Il ne faut pas essayer de tout le temps bouger avec l’intégralité de tes potes. » THE RED BULLETIN
LITTLE SHAO/RED BULL CONTENT POOL
Ses premières virées, il les fait avec son crew de danseurs, les Pockemon. Voyager en groupe ne veut pas dire « subir » le groupe.
« Pour moi, le voyage a commencé en bougeant de mon quartier, jusqu’au centre-ville de Lyon. » Lilou chez lui, à Lyon. Tous les ans, il y organise le Battle de Vaulx, événement de danse international.
« Un caleçon et un T-shirt dans ma banane, et voilà, je suis prêt… Je suis même déjà parti avec juste un sac en plastique ! » Au Nigeria, en 2017 : avant de monter sur ce taxi-moto pour une virée dans Lagos, Lilou teste sa robustesse.
LÉGER LE PAQUETAGE, VOIRE ULTRA-LÉGER !
Quand on prend le large plusieurs dizaines de fois par an, la préparation des affaires peut devenir un casse-tête. L’essentiel pour Lilou, ce sont ses bras et ses jambes…
« Je voyage léger ! Je prends toujours une paire de claquettes, ou de tongs, selon l’appellation. Parce que j’aime être à l’aise dans l’avion comme dans le pays. Et si tu ramènes ta paire de Air Max à 180 euros partout, ça peut être problématique… J’emporte un sac à dos, toujours ; mon bob aussi, parce que sous la pluie ou le soleil, ça sert, et ça fait aventurier. (rires) Un short, un T-shirt… C’est ça mon kit de voyage. Je suis déjà parti en Hollande ou en Espagne avec seulement une banane. Une banane et mes claquettes… (rires) Un jour que je partais à l’étranger pour deux jours et que j’étais blessé, je savais que je n’allais pas faire de démo, alors j’ai mis un caleçon et un T-shirt dans ma banane, et voilà, j’étais prêt… Je suis même déjà parti avec juste un sac en plastique ! (rires) Pour de courtes destinations en France, par exemple. En mode sac plastique, tu n’as pas vraiment l’impression de partir. (rires)
Un portrait de Lilou en Afrique du Sud, en 2016, par le photographe local Tyron Bradley. L’un des voyages les plus marquants de la carrière du B-Boy.
NOURRITURE : PENSEZ LÉGUMES !
TYRONE BRADLEY/RED BULL CONTENT POOL (2), LITTLE SHAO/RED BULL CONTENT POOL
Personnage intrépide, Lilou ne l’est pas forcément avec la nourriture, mais il sait trouver dans les légumes une bonne alternative.
« À l’étranger, je peux me contenter de plats super simples, je ne suis pas du genre “explorateur culinaire”, et j’ai plutôt tendance à aller sur les plats que je connais, ou approchants. Et comme je ne mange que halal, quand je vais dans des endroits où il n’y a pas de plats halal, je me transforme en végétarien. (rires) Et ça marche plutôt bien. Mais attention, j’aime vraiment goûter les spécialités locales, et une spécialité locale n’est pas forcément un plat de viande, tu as les légumes et ça inclut aussi le dessert. Quand je vais au restaurant à l’étranger, je privilégie les restaurants locaux, pas les adresses pour touristes : je vais là où le local mange. J’étais récemment à Taïwan et un type m’a recommandé un restaurant où il allait très souvent, je n’y serais jamais entré de moi-même, car l’endroit n’était pas attirant. La bouffe était super ! » THE RED BULLETIN
Le danseur Lilou s’est formé en France, et il sillonne toujours le territoire pour partager son expérience avec les B-Boys locaux. Ici à Toulouse, en 2017.
POUR CONNECTER FACILEMENT
Entrer en relation avec les populations locales peut transformer votre voyage. Tout commence par une simple petite conversation.
« Pour un premier contact avec la population locale, j’aime bien commencer par un petit magasin, une petite épicerie. Même si je n’ai pas faim ou soif, je viens acheter un petit truc, et je commence à parler avec le vendeur ou le patron, je pose quelques questions. Et si tu as envie de filmer dans ce genre d’endroit, commence aussi toujours par acheter quelque chose, 73
ou consommer un produit sur place, là tu pourras te présenter, discuter, et demander si tu peux filmer ou faire des photos. Concernant la langue, j’aime bien apprendre quelques bases sur place, plutôt qu’avant mon voyage. Les basiques, “bonjour”, “au revoir”, “merci”… et une insulte. Si l’insulte est bien choisie, bien sûr, et qu’on te demande quels mots tu connais dans la langue locale, ça fera toujours rire, ça va enclencher les connexions. Je le répète, une insulte qui fait rire ! (rires) Pour connaître les mots de base, tu peux demander à un vendeur, aux gens avec qui tu dois discuter pour n’importe quelle raison. »
BOUGEZ COMME LE FONT LES LOCAUX
À l’étranger, vaut-il mieux privilégier les transports en commun ? Pour Lilou, c’est avec la population locale qu’il faut se déplacer.
« Tout dépend du pays où tu te trouves, mais si tu vois des transports en commun routiers de groupe, monte dedans ! Au Sénégal, par exemple, les gens n’osent pas prendre les fameux cars rapides, ils n’ont pas l’habitude, ils pensent que c’est dangereux, bien au contraire, car tu voyages avec du monde. Si tu te fais agresser dans un van, ça se verra, alors que si tu te fais kidnapper par ton taxi… (rires) On m’a déjà reconnu dans un bus local ou autre, les types se demandaient ce que je faisais là. “Je dois aller d’un point A à un point B, si toi tu le prends, je le prends aussi.” Les transports locaux te permettent de voir comment se déplacent vraiment les gens. Si là où tu voyages, il y a surtout des taxis et que tu ne veux pas te faire arnaquer sur les tarifs, dis au chauffeur que ce n’est pas la première fois que tu viens, que tu te rends régulièrement dans ce pays pour bosser, et tu pourras négocier le tarif. »
CHEZ LE DOUANIER, VENEZ ÉQUIPÉ
Visiter un nouveau pays implique le consentement des autorités locales. Un B-Boy en vadrouille, voyageant léger, a de quoi attirer les soupçons des douaniers…
« Ça m’arrive souvent de finir en second contrôle à l’aéroport : avec un nom arabe, une barbe et un passeport bien rempli, ça peut susciter quelques 74
« Pour filmer ou photographier, il faut de l’échange, du partage… la confiance des gens, ça se gagne. » Ces vans sont pour lui le moyen de transport le plus inspirant en Afrique. Et un parfait support pour une photo rare.
Il est passé par là…
Quand nous avons demandé à Lilou de nous lister les pays, il lui a fallu un peu de temps. Finalement, il s’en est remémoré 91. Retrouvez une timeline de la carrière de Lilou sur : bboylilou.redbull.com
Sur cette carte, les pays en gris sont ceux sur lesquels Lilou n’a jamais posé les mains.
TYRONE BRADLEY/RED BULL CONTENT POOL
doutes chez les douaniers, on ne va pas se mentir. (rires) Et quand on te demande ce que tu fais dans la vie et que tu réponds “je suis danseur”… Dans certains pays, ce n’est pas considéré comme un métier. Même en France, tout le monde ne comprend pas. Au Kazakhstan, ils ont fouillé l’intégralité de mon téléphone, mes conversations WhatsApp, mes SMS, mes photos, etc. pour voir si je n’étais pas un espion, ou je ne sais quoi. Ma solution quand je me retrouve dans le petit bureau des douaniers ? Je leur montre très vite une vidéo où je danse, j’essaie de justifier tous mes voyages, et de leur prouver que je voyage vraiment beaucoup. Ça m’est déjà arrivé de danser devant les douaniers, ça a souvent été mon sésame de sortie. (rires) Désormais, avant chaque voyage, j’essaie de partir avec le maximum d’infos sur ma destination et le but de ma destination, j’amène une version imprimée de ma réservation d’hôtel, et les coordonnées précises de mes contacts sur place. Souvent, ton contact a un surnom, alors je demande son identité exacte, son numéro de téléphone… Si ton contact est surnommé Mickey, tu vas encore plus passer pour un con. (rires) »
LE VOYAGE EST AU BOUT DE LA RUE
En vingt ans de carrière, Lilou a évolué dans un nombre impressionnant de pays, mais pour lui, tout a débuté en sortant de son quartier, pour explorer Lyon.
« Pour moi, le voyage a commencé en bougeant de mon quartier, jusqu’au centre-ville de Lyon, pour rejoindre celui de l’Opéra. Quand tu es un jeune de banlieue, quand tu as 12 ans, c’est un voyage, et ce fut mon premier gros voyage, en fait. On allait du quartier à “la ville”. Tu danses avec tes trois ou quatre potes à Vaulx-en-Velin et là tu découvres un autre monde, d’autres gens, d’autres danseurs, des gars d’autres banlieues… De là, tout un cheminement s’est mis en place, du quartier à la ville, d’une ville de France à une autre, en fraudant le train ou en montant à six dans une voiture, puis d’un pays à un autre, et d’un continent à un autre… À l’époque où j’ai commencé à me déplacer, si je voulais aller danser à Marseille par exemple, il n’y avait pas de portables ni de GPS, j’arrivais à la gare St-Charles et il me fallait trouver le lieu du battle. Ça se passait comme ça, je devais aller à la rencontre du local, dans mon propre pays. » 75
Son meilleur souvenir de voyage… « Mes voyages à La Mecque. Je suis parti trois fois en Arabie saoudite pour donner des stages de danse, et à chaque fois, comme j’étais à une distance raisonnable de La Mecque, j’en ai profité pour faire un pèlerinage. Des gens économisent toute leur vie pour y aller ; moi, c’est la danse qui m’a donné cette possibilité. Je pourrais aussi te parler de l’Afrique du Sud, entre océan Atlantique et océan Indien. Je me suis dit : “Mec, tu es à la pointe de l’Afrique, c’est fou !” »
… et le pire « En 2013, quand je me suis blessé au tendon rotulien du genou droit, alors que je donnais des cours au Pakistan. J’étais en préparation du Red Bull BC One World Final à Séoul en Corée du Sud, une très grosse compétition, le championnat du monde dans le breakdance. On m’a annoncé un passage à l’hôpital, je me suis dit que localement, c’était une mauvaise option, j’ai préféré attendre d’être en France pour y aller. Je repartais le lendemain, j’ai passé une très mauvaise nuit, je pleurais dans l’avion, j’avais tellement mal. »
Jamais les Pharaons n’auraient imaginé que le Sphinx de Gizeh serait le témoin d’un move de break. Lilou s’en charge.
Lilou a eu pour habitude de s’entraîner dans les aéroports, aujourd’hui il met à profit ses transits pour éditer les vidéos de sa chaîne YouTube : TVlilou.
METTRE UN TRANSIT À PROFIT
Les destinations lointaines impliquent de longues heures de transits dans des aéroports. Lilou sait les exploiter au mieux.
NAIM CHIDIAC/RED BULL CONTENT POOL, LITTLE SHAO/RED BULL CONTENT POOL
« Par le passé, quand je me déplaçais avec mon crew de danseurs, on profitait des transits dans les aéroports pour s’entraîner, et comme le sol d’un aéroport est souvent lisse, c’était parfait. Aujourd’hui, quand je voyage tout seul, j’en profite pour lire, ou me poser dans un resto et travailler sur mon ordinateur, faire du montage vidéo, car je produis beaucoup de vidéos lors de mes voyages, à destination de ma chaîne YouTube, TVlilou, où je diffuse des vidéos de mes voyages ou des événements de ma structure, Street Off. Du temps perdu mis à profit pour mon média. »
EN AVION : NO STRESS, QUOIQUE…
Lilou ne compte plus le nombre de fois où il a pris l’avion. D’un naturel aérien plutôt serein, il raconte un vol où la fin semblait toute de même proche.
« Si jamais tu appréhendes de prendre l’avion, commence par un long courrier direct. Plutôt que te mettre en stress pour un simple Paris-Marseille. Je suis plutôt cool en avion, et les turbulences ont tendance à me bercer. Bon, un jour, durant un vol vers La Réunion avec ma femme, j’ai quand même cru que c’était la fin. On a eu droit à des turbulences comme jamais je n’en avais vécues. Ça criait dans
l’avion, ça bougeait vraiment beaucoup, l’avion faisait des bons… J’ai dit à ma femme : “Prie, c’est la seule chose que nous pouvons faire, ça n’est plus de notre ressort.” Finalement, ça s’est calmé, et nous sommes arrivés à bon port, sains et saufs. »
VOYAGEZ SANS APPRÉHENSION
Quand il s’agit de bouger, Lilou répond toujours positivement aux sollicitations. Sans se soucier de la réputation de la destination.
« Un pays que je ne connais pas ? J’arrive ! Je n’ai aucune appréhension quand il s’agit de voyager. Si on me propose de venir dans un pays, je dis toujours oui, c’est seulement après que je m’intéresse à la situation du pays. Peu importe que ce soit un pays “chaud”, en conflit, ou dit “dangereux”, j’y vais quand même. Car j’ai une parole. Si c’est une zone de tension, au contraire, je suis super excité d’y aller, car je vais me rendre dans un endroit où les gens ne vont pas. Et je serai peut-être le premier danseur étranger à y aller. Si je ne suis pas le premier danseur étranger dans un pays, j’essaie d’aller dans les quartiers des gens, sur leurs terres. Au Pérou, d’autres danseurs sont venus, mais ils ne sont jamais sortis du périmètre de l’événement. J’ai demandé à en sortir, pour passer du temps avec les gens, chez eux. Danser sur leur terre, c’est comme un trophée. » street-off.com instagram.com/lilou_officiel 77
Résistance en sous-sol De club pionnier à institution, LE REX est l’une des plus belles réussites culturelles françaises. Comment s’est-il maintenu au top, 30 années durant ? Ses patrons expliquent comment ils ont surmonté les difficultés en salle des machines pour maintenir le navire festif à flot.
DAVID BOSCHET
Texte SMAËL BOUAICI
LAURENT GARNIER aux platines du Rex Club lors d’un de ses fameux DJ sets all night long qui ont fait sa légende. Depuis 1992, le Français a boosté la réputation du club avec ses soirées Wake Up, qui ont vu défiler les pionniers de la house et de la techno.
79
Rex est le club dédié à la musique électronique encore en activité le plus ancien du monde, dixit Laurent Garnier. Depuis trente ans, le sous-sol du 5 boulevard Poissonnière est considéré comme le temple de la musique électronique à Paris, et les DJ’s house et techno les plus prestigieux du monde y sont passés pour mixer, de Carl Cox à Nina Kraviz en passant par Daft Punk ou Jeff Mills. Si la vitrine est clinquante, en coulisses, les équipes du Rex Club sont au four et au moulin pour maintenir le bateau à flot face aux embûches qui s’abattent régulièrement sur leur chemin. Les alertes à la bombe, inondations et autres DJ’s enfermés dans les toilettes sont presque anecdotiques comparés aux combats du quotidien qu’ont dû mener Christian Paulet, directeur du Rex de 1988 à 2004, et Fabrice Gadeau, qui a pris sa succession. Quand les clubbeurs se remettaient de leur nuit de folie dans le club, ces deux hommes de l’ombre passaient une partie de leurs journées à tenter de combler le trou créé par une soirée manquée, répondre à des convocations de la police ou à des médias en quête de scandale, aligner l’établissement sur des réglementations sans cesse plus lourdes ou négocier des cachets avec des agents de DJ’s de plus en plus avides. Avec philosophie et une vision à long terme, ils sont restés prospères. 80
Y CROIRE ET RESTER GROUPÉ
Monter des soirées électroniques dans un club parisien en 1988 ? La drôle d’idée de Christian Paulet a fait jaser à une époque où la house et la techno étaient encore des mots étranges : « Au début, mes potes rockeurs se moquaient de moi, se souvient-il. Il y a eu un combat, contre le milieu musical de l’époque, contre les médias, beaucoup, contre les autorités, le public mal informé… » À la fin des années 80 et au début des années 90, très peu de lieux jouaient ce genre de musique dans la capitale : La Luna et Le Boy – deux clubs gays – et le Rex, qui devient le premier lieu grand public à se lancer dans le clubbing électronique. Secteur qui s’avérera porteur, mais dont la vision n’est pas partagée par tous. « C’était un défi : tout le monde pensait qu’on allait se planter ! » Pour faire face aux haters de l’époque, l’équipe du Rex Club, qui s’est constitué un public régulier depuis l’arrivée de Laurent Garnier en tant que DJ en résidence en 1992, choisit de se protéger : « J’étais critiqué de tous les côtés, rappelle Christian Paulet. On nous traitait de drogués, pédés ou fachos. À partir de 1992, on savait qu’il fallait communiquer sur une cible restreinte. Tout affichage techno représentait un gros mot et un danger. Face à cette hostilité, on s’est repliés sur nous-mêmes. Nous avions tous le même âge et nous sommes devenus comme une petite famille, avec un noyau dur d’habitués éduqués à cette musique. Quand il y a ce type de solidarité et de fraternité, ça aide à surmonter pas mal d’obstacles. »
REX CLUB, FLORENT BRUNEL
Le
LE CINÉMA DU GRAND REX OUVERT EN 1932 Jusqu’en 1973, il hébergeait le Rêve, un dancing animé par un orchestre, renommé Rex Club avec l’arrivée du disco. Avec sa façade Art déco classée aux monuments historiques, le Grand Rex est un modèle réduit du Radio City Music Hall de New York.
THE RED BULLETIN
Le Rex, c’est une vision sur le long terme. NINA KRAVIZ La Sibérienne est l’une des grandes stars du clubbing mondial. Ancienne dentiste, la DJ/productrice est montée très vite parmi les artistes les plus cotés du circuit, et, à ce titre, est régulièrement invitée à mixer au Rex Club.
THE RED BULLETIN
81
n’étaient pas f orcément justifiées. » Des fermetures qui ont de lourdes conséquences financières, d’autant que la loi Évin empêche depuis 1991 les financements naturels avec des marques de tabac et d’alcool. Le 1er janvier 2008, l’interdiction de fumer dans les lieux publics a également pris au dépourvu de nombreux clubs parisiens. Pas le Rex, qui avait anticipé. « Nous, on avait déjà construit un espace fumeurs, mais d’autres clubs ont mis du temps à le mettre en place et ont subi une baisse de leur chiffre d’affaires. Une nouvelle loi sur le son arrive en octobre de cette année, on va devoir baisser le volume et installer des contrôleurs. Chaque loi ajoute une charge supplémentaire… »
RESTER INTÈGRE
ÊTRE INTRAITABLE
Dans les années 90, la France découvre les raves : médias et police assimilent le mouvement à la drogue et le Rex Club est surveillé de près. « Les autorités ont tendance à faire des amalgames et la menace était permanente sur le club, explique Christian Paulet. J’étais convoqué régulièrement le lundi à la préfecture ou au commissariat, même loin de Paris, à Melun ou Versailles. Pourquoi ? Parce que le moindre mec qui se faisait arrêter en banlieue avec des produits illicites annonçait qu’il avait acheté ça au Rex, comme un réflexe. » Pour protéger son activité, le directeur du club choisit d’être intransigeant. « J’étais hyperstrict là-dessus, je n’étais pas favorable à ça. On donnait des consignes très claires à l’équipe de sécurité sur l’usage et surtout la vente. C’était très réprimandé. C’est la seule façon de durer, c’est aussi simple que ça. Les autorités savaient que j’étais intraitable et on a évité beaucoup de fermetures comme ça. La préfecture m’a même félicité, affirmant que l’établissement était bien tenu, un compliment rarissime… »
ANTICIPER PLUTÔT QUE SUBIR
En France, les patrons adorent se plaindre des lois qui entravent la liberté d’entreprise. Mais ce n’est rien à côté des réglementations qui pèsent sur les night-clubs. « La législation est extrêmement dure avec les débits de boissons et bloque le développement des établissements de nuit, déplore Fabrice Gadeau. La fermeture administrative, qui n’existe qu’en France, est une épée de Damoclès. Chaque erreur commise, non pas par le club mais par un client (surconsommation d’alcool, bagarre, stupéfiants…) peut entraîner la fermeture temporaire du lieu. J’en ai connu deux depuis que je suis directeur, une de trente jours et une autre de quinze jours, qui 82
JEFF MILLS (ci-contre) Le pionnier de la techno de Detroit est réputé très exigeant. Le Rex Club, avec sa cabine taillée pour les DJ’s et son soundsystem de pointe, a répondu à ses attentes. DJ PIERRE (à droite) a lancé la vague Acid house qui submergea l’Angleterre avec son groupe Phuture et le tube Acid Tracks (1987). Une étincelle qui met régulièrement le feu au Rex.
THE RED BULLETIN
REX CLUB, T DILGE, ALBAN GENDROT, DAVID BOSCHET, GRATUITPOURLESFILLES.FR
SVEN VÄTH À LA MAISON Le DJ star allemand est venu mixer maintes fois au Rex Club au cours des trente dernières années. Il y était encore récemment pour fêter son anniversaire avec femme et enfants…
Malgré tous les obstacles, le Rex Club perdure. Il est devenu un phare des nuits parisiennes. Une success story qui va attirer les convoitises. Christian Paulet se souvient bien des loups. « Ce sont des promoteurs v éreux qui viennent pour les mauvaises raisons, qui se fichent du côté familial et de la musique et sont là juste pour faire de l’argent. On les détecte assez r apidement mais ils se renouvellent. À cause d’eux, on a connu des expériences malheureuses, des embrouilles, des escroqueries, de mauvaises fêtes, des DJ’s pas payés, des publics mal reçus, des soirées qui ne correspondent pas à ce qui était vendu. » Le succès amène aussi les politiques, qui veulent se montrer proches des préoccupations de ces jeunes électeurs. « Avec la reconnaissance, on a dû faire attention au détournement. Dès que ça commence à briller un peu, il y a des tentatives de récupération. Les hommes politiques, quand ils s’aperçoivent que ça devient i ncontournable pour les jeunes, changent d’attitude, il faut savoir l’utiliser à notre avantage en restant i ntègres. Quant aux marques qui voulaient s’afficher, on a fait des partenariats, mais on n’a jamais rien vendu. »
LE PUBLIC PARISIEN a vite adopté le club, l’un des premiers à faire venir les pionniers internationaux de la dance music. Ici, l’Anglais Carl Cox et Laurent Garnier partagent les platines dans la cabine du Rex lors de l’anniversaire des 25 ans du club en 2013.
Depuis 30 ans, le Rex est le phare des nuits parisiennes. INVESTIR POUR L’AVENIR
Mais organiser des soirées house et techno relève plus du sacerdoce que de la cash machine. « On y a souvent laissé notre chemise, raconte Fabrice Gadeau. Si je résume mon parcours de producteur, les cinq premières années, j’ai perdu de l’argent, les cinq suivantes, j’ai remboursé ce que j’avais perdu, et au bout de dix ans, j’ai enfin commencé à gagner ma vie. Il fallait être bien accroché : quand on gagnait, on gagnait très peu, et quand on perdait, on perdait beaucoup. » La chance du Rex Club, c’est qu’il fait partie d’une affaire familiale, adossé au cinéma le Grand Rex. P hilippe Hellmann, le défunt propriétaire, avait de l’affection pour le club, qui n’était pas une manne financière énorme mais disposait d’une très belle image, presque supérieure à celle du cinéma à l’international. Le club n’a pas la pression du THE RED BULLETIN
83
loyer et n’a pas besoin de dégager d’énormes bénéfices pour survivre, ce qui lui a permis d’investir dans le soundsystem, se procurant un avantage concurrentiel. « L’installation sonore a été refaite deux fois au cours des trente dernières années, reprend Fabrice Gadeau, et à chaque fois, l’investissement était démesuré par rapport au lieu. Mais le club a bâti son identité sur sa qualité sonore, on ne peut pas nous enlever ça. Le propriétaire a eu du mal à signer le bon de commande mais il ne l’a jamais regretté parce que le Rex est toujours là et n’a quasiment pas connu de pertes financières. »
SE JOUER DE LA SURENCHÈRE
Trente ans après les débuts du Rex, la musique électronique est dans tous les clubs, de plus en plus grands, et dans tous les festivals, de plus en plus nombreux. De pousse-disques, les DJ’s sont passés au statut de rock stars, et les cachets s’envolent. Avec sa jauge de 700 places, le Rex Club ne peut pas lutter avec les mêmes armes. « Les coûts en termes de programmation deviennent délirants. Aujourd’hui, les agents créent un déséquilibre sur le marché en vendant du DJ au kilo au prix le plus élevé. Ils sont payés au pourcentage et comme ils ont le choix, ils privilégient l’offre la plus importante. Certains artistes vont jouer dans des clubs qui ne leur plaisent pas mais où ils sont très bien payés, alors qu’ils préféreraient jouer au Rex mais ils ne toucheraient pas autant. On ne peut pas s’aligner avec des clubs de 2 000 personnes, à moins de multiplier le prix d’entrée par
deux, mais ce n’est pas la politique du club. » Face à l’inflation, le Rex Club garde la tête froide et compte sur les liens forgés avec les artistes depuis trois décennies pour rester dans la course. « Heureusement, il y a encore quelques artistes qui affectionnent le Rex et qui vont faire un effort financier connaissant la capacité et le prix d’entrée. Mais ce n’est pas la logique de tous. C’est un peu dommage. Cette situation risque de coûter cher à tout le monde car le système ne fonctionne que s’il est équilibré. »
LUCIDITÉ ET PERSÉVÉRANCE
L’autre difficulté pour le Rex et les clubs parisiens, c’est qu’ils sont considérés comme responsables de ce qui se passe sur leur palier. « Si un type boit une bouteille de whisky sur le parking d’un supermarché, personne n’ira fermer le magasin le lendemain parce qu’il a renversé un passant en sortant du parking, e xplique Fabrice Gadeau. Les clubs ne sont pas responsables de la toxicomanie ou de l’alcoolémie, mais s’il se passe quelque chose, on nous le reprochera et personne ne nous aidera. C’est comme avec la menace terroriste : après un attentat dans une église, on va s écuriser les églises. Après un attentat dans un club comme le Bataclan, on nous a demandé de nous sécuriser tout seuls. » Pour le directeur, ces lourdes responsabilités freinent l’arrivée d’investisseurs, effrayés par les risques trop élevés. Mais depuis trente ans, le Rex a maintes fois prouvé qu’il n’avait besoin de p ersonne…
rexclub.com
REJOIGNEZ LE DANCEFLOOR Une fois passée la porte du Rex, un impressionnant escalier rouge vif mène au saint des saints de la techno parisienne, sous le bas plafond constellé de 70 petites enceintes qui assurent une répartition optimale du son et font suer les danseurs de tous les côtés.
84
THE RED BULLETIN
Red Bull Music Festival : une semaine de shows inédits à Paris DU 24 AU 30 SEPTEMBRE, LE RED BULL MUSIC FESTIVAL INVESTIT LE REX CLUB ET D’AUTRES LIEUX POUR DES CONCERTS, SOIRÉES, PROJECTIONS ET CONFÉRENCES. DES CRÉATIONS ET PERFORMANCES INÉDITES À VIVRE, POUR MOURIR SANS REGRET. Tout-terrain : le violoncelliste Gaspar Claus.
REX CLUB, FLORENT BRUNEL, FIFOU, JEANNE LULA CHAUVEAU, MAXIMILIAN MONTGOMERY, HERVE DULONCOURTY
Un concert improvisé au Cabaret sauvage Voilà un concert que vous ne verrez nulle part ailleurs. Pour le Red Bull Music Festival, le compositeur et pianiste hors pair Christophe C hassol organise un cadavre exquis musical au Cabaret sauvage. à l’occasion de cette soirée conceptuelle, il a invité 15 musiciens (dont des pointures comme le saxophoniste Thomas De Pourquery, le Sébastien Chabal du jazz français ; Jacques, le bricolo de la scène électro ; l’ensorcelante chanteuse canadienne M élissa Laveaux ou le violoncelliste aventurier G aspar Claus) pour une session d’improvisation en duo. La règle est simple : chaque paire de musiciens aura cinq minutes pour inventer un rythme ou une mélodie sur scène avant de laisser la main sur la musique aux suivants. Magique ! Mercredi 26 septembre, Cabaret sauvage, parc de la Villette
Jeux vidéo à l ’honneur à la Gaî té lyrique Une bonne raison de décoller de votre console avec cette soirée inédite dédiée à la musique de jeux vidéo et à la culture gaming. Dans la salle 2.0 de la Gaîté lyrique, le festival nous ramène trente ans en
THE RED BULLETIN
a rrière avec le concert de deux géants de la musique japonaise, Yuzo Koshiro et Motohiro Kawashima, qui joueront la BO du jeu Streets of Rage, et une performance de l’Écossais Kode9, tous deux accompagnés des créations visuelles de l’illustrateur Konx-om-Pax. De son côté, la productrice parisienne Oklou expérimentera en mêlant sa voix à un jeu vidéo musical. La soirée sera lancée par un DJ set de Teki Latex, fondateur du groupe TTC, et Nick Dwyer, auteur des documentaires Diggin’ in the Carts, dédiés au gaming japonais du siècle dernier. Jeudi 27 septembre, La Gaîté lyrique Frais : Dinos va entrer à l’Élysée.
La nouvelle vague rap à l ’Élysée- Montmartre Et si l’on réunissait quelques-uns des meilleurs talents du rap francophone en studio avec un grand producteur américain ? Le concept avait été testé et approuvé lors de la dernière édition du Red Bull Music Festival Paris, avec le producteur californien The Alchemist et des MC’s comme Roméo Elvis ou Prince Waly. Cette année, c’est le beatmaker new-yorkais Harry Fraud, fournisseur de hits en série pour A ction Bronson, The Weeknd, French Montana ou Wiz Khalifa qui a été nommé chef d’orchestre. Il s’enfermera en studio avec neuf rappeurs pour enregistrer une mixtape, dont Krisy, qui travaille avec la star belge Damso, le Niçois Infinit’, le duo léthargique de Montreuil TripleGo, les Suisses Slimka et Di-Meh, ou encore Dinos avant de les retrouver sur la scène pour interpréter leurs morceaux tout juste sortis du four. Vendredi 28 septembre, Élysée Montmartre
Une soirée hommage à Prince au Rex Club Vingt-cinq ans après un aftershow devenu légendaire, Prince est de retour au Rex Club. En tout cas son esprit, par la grâce du génial et mystérieux DJ américain Moodymann. Parangon de la house de Detroit, Moodymann est bien plus qu’un simple fan du Kid de Minneapolis, qui nous a quittés en avril 2016 : il a transformé une de ses maisons en musée dédié à Prince, entre disques, T-shirts, chaussures et même bouteilles de soda. Pour cette soirée hommage exceptionnelle qui clôturera le Red Bull Music Festival Paris, Moodymann s’installera dans la cabine du Rex Club pour partager sa collection d’enregistrements rares de son idole, entre faces B, inédits, bootlegs, remixes… Une occasion unique de découvrir les facettes cachées d’une des plus grandes stars de l’histoire de la musique. Dimanche 30 septembre, Rex Club
Docteur en philo : l’Écossais Kode9.
Et aussi : Autre exclusivité avec le concert du fascinant producteur électronique américain Oneohtrix Point Never, qui dévoilera MYRIAD, l’adaptation de son dernier album à l’aune d’une création visuelle monumentale, pour une date unique en France dans la Nef du 104 (le 24 septembre). Importante également, la projection du film Quand tout le monde dort, de Jérôme ClémentWilz, qui suit les organisateurs de fêtes illégales dans la capitale (le 25 au MK2 Bibliothèque) ou la conversation avec Terry Riley, le pionnier de la musique minimaliste, le 28 au Couvent des Récollets. Enfin, la Station-Gare des Mines hébergera une fête de 10 heures entre tendresse et brutalité le 29, avec le projet ougandais Nihiloxica ou des nouveaux talents parisiens comme Miley Serious et des membres du collectif Bruits de la Passion. Détails sur redbullmusic.com/paris
10 h de fête : pour Miley Serious et tous ses copains.
85
guide Faire. Voir. Avoir.
Un surfeur prend la vague (froide) à Hokkaïdo, près d’Ishikari sur la côte ouest.
LE JOYAU DU JAPON Hokkaïdo est une destination unique pour le snowboard, le paddle ou la rando. Notre guide pour un séjour d’aventure (ou pas) sur l’île fantastique.
PICTUREDESK,COM
Texte EVELYN SPENCE
THE RED BULLETIN
87
Faire.
24 HEURES Hokkaïdo concentre seulement 5 % de la population nipponne sur plus de 20 % de la superficie du pays – une île où l’on peut dans une même journée passer des centres urbains aux parcs nationaux, des centres commerciaux aux volcans e nneigés. Avec 2 millions d’habitants, S apporo est la cinquième ville du Japon. Mais la capitale de l’île fait plus penser à Portlandia, une série sur Netflix (où l’on trouve en désordre des m icrobrasseries, d’immenses ceintures vertes et des gens
« Même les Japonais louent la qualité et la fraîcheur de la nourriture sur l’île. » CHUCK OLBERY, GUIDE ALPIN
v êtus de tissus techniques). Flânez le matin dans le parc de Moerenuma, œuvre du sculpteur Isamu Noguchi, et escaladez l’après-midi les falaises d’Otaru, l’un des meilleurs spots de l’île selon le snowboarder Ken Sasaki, ou les murs du NAC à Sapporo, un hangar d’escalade doté de 67 cordes en moulinette et des centaines de voies. Le parc forestier de Nopporo, à l’extérieur de la ville, abrite une forêt vierge rare avec 110 espèces d’arbres et des kilomètres d’itinéraires de randonnée plats.
LOGER À deux pas de la gare centrale, le Cross Hotel propose trois types de chambre : naturelle, urbaine et branchée. Le nouveau b Sapporo Susukino aux chambres (relativement) spacieuses se trouve au cœur de Susukino, le quartier noctambule de Sapporo. MANGER Dur de désigner le meilleur resto de ramen à Sapporo, mais le Menya Saimi mérite sa réputation. Le Sushi Miyakawa a obtenu trois étoiles Michelin en 2018. Le café (torréfaction locale Morihiko) et les donuts de l’élégant DxM sont un must. Sapporo est aussi réputée pour le jingisukan (du mouton grillé), les œufs de saumon et la soupe au curry. BOIRE Visitez la brasserie éponyme de Sapporo, mais ne zappez pas l’Odori, le biergarten de la ville, le plus grand du pays, et ses dix bières pression artisanales, dont la Tsuki et la Taiyo. Enfin, le Yamazaki et ses cocktails originaux valent le détour même si son légendaire barman n’est plus. SE BAIGNER Dans la ville de Jozankei, à une heure de route de Sapporo, un bus vous conduit à une douzaine de onsen (sources thermales). Le ticket du bus inclut l’entrée.
En mode rafting sur la rivière Shiribetsu.
88
Péninsule de Shakotan : idéale pour le paddle.
HOKKAÏDO POUR UN
LONG WEEK-END En hiver, le domaine skiable de Niseko cumule en moyenne 14 mètres de neige dont les flocons sont si gros que les habitants les appellent des « plumes de poulet » ou, plus poétiquement, fukai yuki saiko (poudreuse profonde). « C’est comme s’il en tombait 30 cm par nuit », confie le snowboarder Blake Paul, qui y a tourné des séquences. En été, les températures sont plus agréables que partout ailleurs au Japon, et la ville offre un large choix d’aventures à l’instar des villes de Queenstown (Nouvelle-Zélande) et Whistler (Canada). Du parapente au-dessus de l’Annupuri à 1 308 m avec l’Association de Parapente de Niseko Annupuri ou un tour sur l’île de N akano au milieu du lac Toya, une caldeira géante formée par le mont Usu, un volcan actif. Découvrez en rando le sommet du mont Yotei, sosie du Fuji, à 1 898 m d’altitude et son cratère massif (toujours actif). Ross Fin-
MANGER Pas de menu chez Ezo Seafoods, on choisit sa créature (crabes, pétoncles de Notsuke…) directement dans l’aquarium, et le serveur suggère la préparation. An Dining est le repaire posh des Japonais modernes et un appel au saké. BOIRE Gyu Bar (ou le Fridge Door Bar) est bondé. Le Toshiro’s a un large choix de whiskys japonais et ses barmen ne confondent pas Hibiki et Hakushu. SE BAIGNER Dans les eaux laiteuses du Goshiki Onsen au cœur d’une forêt de bouleaux sur les montagnes dominant la ville.
THE RED BULLETIN
PICTUREDESK.COM, GETTY IMAGES (4), SHUTTERSTOCK
HOKKAÏDO POUR
Japon LOGER Près d’Otaru, le ryokan moderne Kurama inclut l’alcool dans ses tarifs de nuit. À Asahidake Onsen, La Vista Daisetsuzan ressemble à un chalet mais se vit comme un ryokan de luxe : 10 types d’oreillers au choix. À Sapporo, le choix d’Udon est légendaire.
L’arrière-pays d’Hokkaïdo et ses onsen.
HOKKAÏDO POUR
UNE SEMAINE
LOGER Le minimaliste bi.blé est un hôtel-restaurant et boulangerie. Le cosy Annupuri Lodge est à deux pas de la station de ski Annupuri Niseko.
dlay, expatrié australien et fondateur du Niseko Adventure Centre (NAC) recommande un itinéraire vélo panoramique de 50 km. Le NAC a aussi récemment ouvert un parcours de cordes géantes avec une centaine d’éléments, dont un trapèze géant et une tyrolienne.
La station balnéaire de Niseko a une vue au top
THE RED BULLETIN
« Hokkaïdo est une expérience multisensorielle en 3D », affirme Matt Naiman, proprio de l’Annupuri Lodge à Niseko. Il préconise une virée en voiture de location en commençant par la péninsule sauvage de Shakotan, laquelle s’avance dans la mer du Japon. Les habitants la surnomment Shakotan Bleu pour son eau cristalline et turquoise. Vous y explorerez ses grottes côtières en kayak. Le parc national de Daisetsuzan, le plus grand du Japon, possède un réseau de refuges et trois belles villes de onsen en périphérie, « une destination fantastique pour la rando », assure Olbery. Si vous avez le temps, traversez le parc national Shiretoko, sa population d’ours est la plus dense au monde et représente le bout du monde pour le peuple autochtone Aïnou. L’île de Rishiri est, pour ses insulaires, le rêve des amoureux de la nature et de l’aventure, précise Sasaki ; sa piste cyclable de 20 kilomètres laisse admirer le paysage côtier du nord et déguster les fameuses algues konbu. Un voyage à Hokkaïdo n’est pas complet sans une nuit dans un ryokan, une auberge japonaise traditionnelle incluant généralement deux repas somptueux et l’accès à un onsen. Pour une expérience authentique (kimonos et lit en tatami), optez pour l’hôtel Nagomi No Yado Iida situé dans un bâtiment vieux de 120 ans.
MANGER À Kamoenai, petit village de la péninsule de Shakotan, les sushis du Katsuei Zushi sont une merveille. À Hakodate, le Tempura Tazawa propose un service tard et plus de 12 plats de fruits de mer et de tempura. Enfin, les 250 étals du marché de Hakodate ne manquent de rien, des brioches à l’encre de seiche aux bols de donburi. BOIRE La distillerie de whisky Nikka à Yoichi est connue pour son malt tourbeux. Et les soumissionnaires de Musu, à Kutchan, infusent leur alcool à partir de produits locaux. SE BAIGNER Noboribetsu est célèbre pour son onsen ; Takinoya en est l’un des meilleurs, une eau opaline et un accueil aux petits oignons.
Se rendre à Hokkaïdo : un vol de 90 minutes de Tokyo à Sapporo.
89
GUI D E
Voir.
EN DIRECT ET EN STÉRÉO Ce mois-ci, Red Bull TV vous emmène aux sources de l’enregistrement en studio, vous fait faire du skate et mordre la poussière.
18 août À LA DEMANDE
REGARDEZ RED BULL TV PARTOUT
Red Bull TV est une chaîne de télévision connectée : où que vous soyez dans le monde, vous pouvez avoir accès aux programmes, en d irect ou en différé. Le plein de contenus originaux, forts et c réatifs.
ANALOG IN VIENNA: ALBERT HAMMOND JR Enregistrer un album analogique sur vinyle constitue l’un des plus grands défis pour un musicien contemporain, à l’heure où le numérique abolit toute frontière artistique. Le guitariste des Strokes et artiste solo Albert Hammond Jr s’y est pourtant collé au studio Supersense à Vienne (Autriche) en mai dernier. Des morceaux enregistrés en une seule prise sans surimpression, montage ou pistes de fond et en présence de fans dévoués. Un set en toute intimité à voir sur Red Bull TV.
Vivez l’expérience sur redbull.tv
90
THE RED BULLETIN
Puissance pure : Albert Hammond Jr et son groupe en live à Supersense.
Francis Trouble, 4 e album solo du guitariste des Strokes, est sorti en mars.
THE RED BULLETIN
MARC SCHWARZ/RED BULL CONTENT POOL (2), BERND BORCHARDT/RED BULL CONTENT POOL, JAANUS REE/RED BULL CONTENT POOL, BARTEK WOLINSKI/RED BULL CONTENT POOL, CHRISTELLE DE CASTRO
août / septembre
Musique de très haute qualité et interviews d’artistes influents. Restez à l’écoute…
10
septembre À
LA DEMANDE
THE FLARE
Admirez les héros du skateboard de rue en action, des vétérans comme Mike Carroll et Rick Howard aux jeunes loups tels que Cody Chapman et Yonnie Cruz. Une vidéo intégrale des créateurs du film culte Fully Flared.
LIVE FROM BERLIN
17 25
au 19 août LIVE
RALLYE D’ALLEMAGNE
La neuvième étape du Championnat du monde WRC s’annonce riche en sensations fortes au cœur des vignobles de la Moselle. Victorieux en 2016, Sébastien Ogier tentera de détrôner Ott Tänak, le vainqueur 2017.
et 26 août LIVE
UCI MTB WC FRANCE
La Bresse, au nord-est de la France, accueille à nouveau la finale de la Coupe du monde VTT 2018. La dernière fois, c’était en 2011, le public sera donc bouillant pour supporter les icônes françaises du vélo de montagne.
8
septembre À L’ANTENNE
Durant cinq semaines (jusqu’au 12 octobre), Red Bull Radio fête les vingt ans de la Red Bull Music Academy en direct de Berlin, là où tout a commencé. Tous les jours, des directs des émissions les plus populaires de la station, dont Peak Time avec Vivian Host, mettent à l’honneur les parcours d’artistes passionnants issus de la dynamique scène musicale de la capitale allemande, ainsi que les 61 participants de l’Académie venus de 37 pays différents.
À ÉCOUTER SUR REDBULLRADIO.COM
91
GUI D E
Faire. UNE FORME DE CHAMPION DU MONDE
« JE SUIS PASSÉ PRO »
Aux Championnats du monde à Wuxi (Chine), l’ex-champion d’escrime Miles Chamley-Watson ambitionnait de toucher l’or en individuel et par équipe. Il livre ici les détails d’une quête sans répit.
Miles Chamley-Watson
Avec son 1,93 m et un torse couvert de tatouages, Chamley-Watson ne passe pas inaperçu, surtout en tenue blanche sur la piste de 14 x 2 m. En 2013, il devient le premier Américain à remporter un championnat du monde individuel, introduisant une action qui, depuis, porte son nom : toucher l’adversaire en passant le bras derrière le dos. Un coup à l’origine de la première vidéo virale de ce sport.
L’escrimeur US a mené la délégation US à l’or par équipe aux Championnats du monde de février 2018.
92
Chamley-Watson : l’or en individuel aux Championnats du monde 2013, et le bronze par équipe aux Jeux de 2016.
THE RED BULLETIN
fitness
M O U V E M E NT S
« L’escrime combine la puissance de la boxe et la ruse des échecs. » « L’escrime exige de la rapidité et la capacité d’anticiper les coups de l’adversaire. Je pratique la boxe et le box jump pour l’explosivité, que je combine avec des exercices de coordination main-œil. L’approche est progressive. Un des exercices consiste à être sur un tapis roulant tandis que mon coach me lance deux balles de tennis en m’indiquant laquelle des deux attraper. Chaque exercice vise à améliorer mes performances en escrime. Ma coordination main-œil et mes réflexes ont de fait gagné en précision. »
SO U PLESS E
THOMAS PRIOR (2), GETTY IMAGES (2), NIKE
ANDY LEWIS
« Le pilates : il ouvre le bassin et étend l’amplitude de mouvement. » « La souplesse est l’un des aspects clés en escrime : le bassin et les fessiers doivent être toujours détendus. En Asie (Corée, Chine et Japon sont de sérieux concurrents au titre), les meilleurs réalisent le grand écart sans séquelle. Je n’en maîtrise qu’un seul type. Mon 1,93 m ne me facilite pas la tâche. Mais c’est un aspect critique et nous prêtons désormais plus d’attention aux détails. En vol long courrier, j’effectue des étirements, surtout avant les longs repas. »
THE RED BULLETIN
N UTR ITI O N
« En général, je prends six repas par jour, dont trois avant 11 heures. » « Œufs et smoothies à base de banane, beurre d’arachide, Red Bull tropical, poudre de protéines et lait de coco forment le menu du matin. Avec 2 000 calories, le petit-déjeuner fournit le carburant de la journée. Pour la collation, de la viande de dinde séchée. Le déjeuner que je prends à la salle de sport inclut protéines, poulet ou équivalent, et légumes. Le dîner est très protéiné, faible en gras et riche en glucides complexes : poisson, saumon ou autre, avocat, riz brun ou quinoa. »
LE DIMANCHE, C’EST OPEN BAR Un fois par semaine je m’autorise tous les écarts : pizza, gnocchi à la crème, un régal, ou un burger. Tout est permis. C’est important car l’apport en graisses ne peut se limiter uniquement à l’avocat.
R ÉC U PÉ R ATI O N
« Prendre quotidiennement soin de mon corps améliore mon niveau. » « J’évolue en pro maintenant, donc prendre soin de mon corps est vital. Matin et soir, je fais des étirements. Et de la physio tous les jours entre l’entraînement en salle du matin et la session d’escrime l’après-midi. Parfois, j’utilise des ventouses ou l’acupuncture pour traiter les muscles en profondeur et les détendre. J’applique ces soins depuis les Jeux de 2012. Bains de sel, sauna russe une fois par semaine, massages, caisson de flottaison et cryothérapie complètent la panoplie. Et j’utilise quotidiennement un appareil de récupération Normatec. »
RÉCUPÉRER EN VOL « Je prends souvent l’avion. Plus d’un million de km parcourus. L’occasion de récupérer : je m’hydrate, je mange sain, porte des chaussettes de compression. Sur un long courrier, j’avale un complément alimentaire à la mélatonine. Au retour de Chine, j’ai dormi 11 heures d’affilée. »
93
GUI D E
Faire.
1
er
septembre Red Bull Ridges
Se mesurer aux meilleurs, sur la corde raide en mode accéléré. P endant un mois, les coureurs en montagne auront la possibilité de se frotter aux stars de la discipline, comme Rémi Bonnet ou Fernanda Maciel. Car en se connectant sur le réseau sportif Strava et à l’option Tracking, on apprend le temps qu’ils ont fait à l’entraînement et à qui ils se mesureront. Moléson (FR), Hoher Kasten (AI) ; redbull.com/ridges
1
er
et 2 septembre Powerman Duathlon
10 km de course, 150 km de vélo, et 30 km de course. La longue distance du Powerman Duathlon à Zofingue pousse les participants aux championnats du monde annuel à leurs limites. En 2018, le Duathlon le plus important à l’échelle mondiale fête ses 30 ans. Le record de temps est détenu par le Belge Joerie Vansteelant en 6 h 7 min 58 s. Le record de podiums va au Suisse Olivier Bernhard avec huit victoires. Zofingue ; powerman.ch
11
au 15 septembre Perskindol Swiss Epic Une course de vélo à travers les alpes valaisannes, avec un panorama sublime et une arrivée grandiose : la Swiss Epic conduit sur 322 km en cinq étapes et des milliers de mètres d’altitude jusqu’à Zermatt, au pied du Cervin. La course de VTT démarre pour les amateurs ambitieux et les pros à Bettmeralp sur le glacier d’Aletsch à 1 948 mètres. Bettmeralp ; swiss-epic.com
22 au 25 août
Une femme avec de l’eau jusqu’au cou ? Pas du tout. Evelinn Trouble (photo) est l’une des apparitions de la scène pop Suisse les plus extraordinaires et excitantes du moment. Elle sera sur la scène de l’Openair le 4e jour du festival, qui accueillait 80 000 spectateurs l’an dernier. Aussi au menu : Imagine Dragons, The Vaccines, Kendrick Lamar, Charlotte G ainsbourg, Incubus, Justice… Glattbrugg, Zurich ; zurichopenair.ch
29
septembre Red Bull BC One World Final Seize finalistes se rassemblent au Hallenstadion pour se disputer le titre de meilleur B-Boy et meilleure B-Girl au monde. Quinze d’entre eux seront sélectionnés par un jury, et les vainqueurs de 28 pays participants se disputeront la dernière place. Avant la finale, rendez-vous au Red Bull BC One Camp (au Komplex 457) avec des workshops, des battles, des conférences et des expositions. Hallenstadion Zurich ; redbull.com/bcone
94
THE RED BULLETIN
RETO SCHMID, LITTLE SHAO/RED BULL CONTENT POOL, BARTEK WOLINSKI/RED BULL CONTENT POOL
ZÜRICH OPENAIR
août / septembre
5
au 9 septembre Championnats UCI Mountain Bike Les 2,5 km du parcours de downhill planifié par la légende du VTT Steve Peat sont rapides, raffinés et offrent des sauts spectaculaires. Le parcours de cross-country n’a rien à lui envier. Parallèlement aux courses, de nombreux événements accueillent les spectateurs, dont des concerts et des discussions sur l’avenir du sport. Lenzerheide ; lenzerheide2018.ch
13
au 16 sept. Digital Festival Des rencontres entre hackers et managers, scientifiques et programmeurs pour repenser les structures existantes. Le but : reconnaître l es nouvelles opportunités pour le monde actuel. Dans le programme parallèle du festival, l’Orchestre de chambre de Zurich joue Les Quatre saisons de Vivaldi en symphonie digitale 2.0 – face à des techno beats. Schiffbau, Technopark, Zurich ; digitalfestival.ch
THE RED BULLETIN
15
septembre Red Bull Music 3Style Enflammer le public et le jury en 15 minutes : c’est l’objectif de tous les DJ’s qui prennent part au Red Bull Music 3Style. Les préliminaires auront lieu à Bâle avant la finale à Taipei (Taiwan). Bon à savoir : l’originialité est un critère determinant pour les jurés. Das Viertel, Bâle ; redbullmusic3style.com
22
septembre Chasing Cancellara Depuis son retrait de la compétititon en 2016 à 37 ans, le Suisse, champion olympique, champion du monde et vainqueur de courses mythiques, Fabian Cancellara aka Spartacus invite les cyclistes (amateurs et semi-pros) à une course, la dernière de l’année, sur une d istance de 16,7 km. Lugano ; chasingcancellara.com
95
MENTIONS LÉGALES SUISSE
THE RED BULLETIN WORLDWIDE
The Red Bulletin est actuellement distribué dans sept pays. L’édition américaine consacre sa couverture au rappeur philosophe Zaytoven. Le plein d’histoires hors du commun sur redbulletin.com
96
Rédacteur en chef Alexander Macheck Rédacteurs en chef adjoints Waltraud Hable, Andreas Rottenschlager Directeur créatif Erik Turek Directeurs artistiques Kasimir Reimann (DC adjoint), Miles English Directeur photos Fritz Schuster Directeurs photos adjoints Marion Batty, Rudi Übelhör Responsable de la production Marion Lukas-Wildmann Managing Editor Ulrich Corazza Rédaction Christian Eberle-Abasolo, Arek Piatek, Stefan Wagner Maquette Marco Arcangeli, Marion Bernert-Thomann, Martina de Carvalho-Hutter, Kevin Goll, Carita Najewitz Booking photos Susie Forman, Ellen Haas, Eva Kerschbaum, Tahira Mirza Directeur global Media Sales Gerhard Riedler Directeur Media Sales International Peter Strutz Directeur Publishing Development & Product Management Stefan Ebner Management par pays & Marketing Sara Varming (Dir.), Magdalena Bonecker, Julia Gerber, Kristina Hummel, Melissa Stutz Directeur créatif global Markus Kietreiber Solutions créatives Eva Locker (Dir.), Verena Schörkhuber, Edith Zöchling-Marchart Maquette commerciale Peter Knehtl (Dir.), Sasha Bunch, Simone Fischer, Martina Maier Emplacements publicitaires Andrea Tamás-Loprais Production Wolfgang Stecher (Dir.), Walter O. Sádaba, Friedrich Indich, Michael Menitz (Digital) Lithographie Clemens Ragotzky (Dir.), Claudia Heis, Nenad Isailovi c,̀ Maximilian Kment, Josef Mühlbacher Fabrication Veronika Felder Office Management Kristina Krizmanic, Yvonne Tremmel Informatique Michael Thaler Abonnements et distribution Peter Schiffer (Dir.), Klaus Pleninger (Distribution), Nicole Glaser (Distribution), Yoldaş Yarar (Abonnements) Siège de la rédaction Heinrich-Collin-Straße 1, 1140 Vienne, Autriche Téléphone +43 (0)1 90221-28800, Fax +43 (0)1 90221-28809 Web redbulletin.com Direction générale Red Bull Media House GmbH, Oberst-Lepperdinger-Straße 11–15, 5071 Wals bei Salzburg, Autriche, FN 297115i, Landesgericht Salzburg, ATU63611700 Directeur de la publication Andreas Kornhofer Directeurs généraux Dietrich Mateschitz, Gerrit Meier, Dietmar Otti, Christopher Reindl
THE RED BULLETIN Suisse, ISSN 2308-5886 Country Editors Pierre-Henri Camy, Arek Piatek Country Coordinator Christine Vitel Country Channel Management Melissa Stutz Publicité Marcel Bannwart, marcel.bannwart@redbull.com Contributions, traductions, révision Étienne Bonamy, Frédéric & Susanne Fortas, Suzanne K říženecký, Audrey Plaza, Claire S chieffer, Jean-Pascal Vachon, Gwendolyn de Vries Abonnements Service des lecteurs, 6002 Lucerne Hotline : +41 (041) 329 22 00 getredbulletin.com, abo@ch.redbulletin.com
THE RED BULLETIN Allemagne, ISSN 2079-4258 Country Editor David Mayer Révision Hans Fleißner (Dir.), Petra Hannert, Monika Hasleder, Billy Kirnbauer-Walek Country Project Management Natascha Djodat Publicité Martin Olesch, martin.olesch@de.redbulletin.com
THE RED BULLETIN France, ISSN 2225-4722 Country Editor Pierre-Henri Camy Country Coordinator Christine Vitel Country Project M anagement Alessandra Ballabeni : alessandra.ballabeni@redbull.com Contributions, traductions, révision Étienne Bonamy, Frédéric & Susanne Fortas, Suzanne K říženecký, Audrey Plaza, Claire S chieffer, Jean-Pascal Vachon, Gwendolyn de Vries
THE RED BULLETIN Mexique, ISSN 2308-5924 Country Editor Luis Alejandro Serrano Rédactrice adjointe Inmaculada Sánchez Trejo Secrétaire de rédaction Marco Payán Relecture Alma Rosa Guerrero Country Project Management Giovana Mollona Publicité Humberto Amaya Bernard, humberto.amayabernard@redbull.com
THE RED BULLETIN Autriche, ISSN 1995-8838 Country Editor Christian Eberle-Abasolo Révision Hans Fleißner (Ltg.), Petra Hannert, Monika Hasleder, Billy Kirnbauer-Walek Country Project Management Kristina Hummel Directeur Media Sales Alfred Vrej Minassian Sales Promotion & Project Management Stefanie Krallinger Digital Sales Bernhard Schmied Media Sales Franz Fellner, Thomas Hutterer anzeigen@at.redbulletin.com
THE RED BULLETIN USA, ISSN 2308-586X Rédacteur en chef Peter Flax Rédactrice adjointe Nora O’Donnell Éditeur en chef David Caplan Directrice de publication Cheryl Angelheart Country Project Management Melissa Thompson Publicité Todd Peters, todd.peters@redbull.com Dave Szych, dave.szych@redbull.com Tanya Foster, tanya.foster@redbull.com
THE RED BULLETIN Royaume-Uni, ISSN 2308-5894 Country Editor Ruth Morgan Rédacteur associé Tom Guise Rédacteur musical Florian Obkircher Directeur Secrétariat de rédaction Davydd Chong Secrétaire de rédaction Nick Mee Publishing Manager Ollie Stretton Publicité Mark Bishop, mark.bishop@redbull.com Thomas Ryan, thomas.ryan@redbull.com
THE RED BULLETIN
P RO M OT I O N
must-haves
1
2
3
5
4 1 GIBBON JIBLINE
Faites confiance au leader sur le marché et façonnez votre prochaine micro aventure avec Gibbon. Devenez membre de la plus grosse communauté de slackline au monde. Développée par des pros, la Jibline est idéale pour démarrer en slack lining et autorise même les slackliners ambitieux à tester la diversité du tricklining. Le design est soigné, l’usage sûr et le montage facile. Disponible dès à présent sur ochsnersport.ch
THE RED BULLETIN
2 EXPED CLOUDBURST 15
Sac à dos léger et imperméable, avec fermeture à enroulement, le modèle Cloudburst 15 fait le pont entre un packsack imperméable et un sac à dos léger, incroyablement polyvalent. Emportez-le comme summit pack dans l’Himalaya ou dans la jungle humide, comme sac à dos pour une virée à deux, en randonnée lorsque la météo est changeante, ou encore pour faire vos courses : les 15 l du Cloudburst contiendront tout le matériel nécessaire. exped.com
3 CLOSER DISTANCE , JEN DALE
La chanteuse suisse Jen Dale a créé un album tantôt comme une empreinte de mélancolie, tantôt comme une invitation à danser, qui toujours opère une certaine intimité avec son auditoire. Closer Distance contient des perles de soul qui retentissent de mots et d’émotions sincères, colorés d’empathie, de doute, de crise d’identité, d’amour, d’oubli de soi et d’espoir, sublimés par la voix incomparable de Jen Dale. jendalemusic.com
4 DÉRIVEUR REVERSO
Sans compromis, le dériveur démontable Reverso permet de s’affranchir des contraintes de la voile qui, parfois, prennent le pas sur le plaisir. Sa grande particularité est qu’il suffit seulement d’1 m³ une fois démonté pour le ranger. Plus besoin d’une place à terre, rangez facilement votre Reverso, montez-le en dix minutes grâce à son gréement simplifié. Plus d’infos sur skippers.ch/reverso
5 CHAUSSETTES –ID CUSHION
Des chaussettes sèches qui évacuent la transpiration et qui procurent la sensation de courir sur un coussin rembourré : les chaussettes de course –ID Cushion Quarter Crew avec leurs parties amortissantes offrent une protection optimale contre les chocs. Le tissu –ID tient vos pieds au sec et vous garantit un confort maximum. sol-id.ch
97
GUI D E
Le plein d’action.
makes you fly
Foulée basquaise
Le prochain THE RED BULLETIN sortira le 9 sept. 2018
98
THE RED BULLETIN
ALEXIS BERG
Boue, pierres, humidité – et 5 472 m d’altitude à surmonter : la course ZegamaAizkorri au Pays basque espagnol est l’un des trails runs les plus ardus au monde. Le vainqueur de 2018 : le Suisse Rémi Bonnet (ici à l’arrivée). Son truc : « Les montagnes donnent de la force. En courant, je pompe leur énergie et j’oublie la fatigue. »
R U O Y GET ICKET NOW T
UCI MOUNTAIN BIKE WORLD CHAMPIONSHIPS PRESENTED BY MERCEDES-BENZ
5.- 9. SEPTEMBER 2018 www.lenzerheide2018.com
Presenting Sponsor
Main Sponsors
Official Sponsors
Official Supplier
Official Broadcaster
* Marco Polo ACTIVITY 200 d, long, 136 ch (100 kW), prix de vente au comptant: CHF 41 600.– (valeur du véhicule de CHF 47 162.– moins rabais client et prime de vente au détail de CHF 5562.–). MERCEDES-SWISS-INTEGRAL inclus (10 ans de services gratuits et 3 ans de garantie complète, tous deux jusqu’à 100 000 km, selon premier seuil atteint). 6,9 l/100 km (équivalent-essence: 7,9 l/100 km, 183 g CO2/km (moyenne de toutes les voitures neuves vendues: 133 g CO2/km), émissions de CO2 de la mise à disposition du carburant: 31 g/km, catégorie de rendement énergétique: F. Modèle illustré: Marco Polo HORIZON 200 d, long, avec options (jantes alliage 7,5 × 18", vitres teintées, peinture argent adamantin métallisé, Intelligent Light System à LED), prix de vente au comptant: CHF 53 500.–. Offre valable jusqu’au 30.9.2018. Immatriculation jusqu’au 31.12.2018. Recommandation de prix sans engagement. Sous réserve de modification. ** Classe V 200 d, compacte, 136 ch (100 kW), prix de vente au comptant: CHF 42 600.– (valeur du véhicule de CHF 50 458.– moins rabais client et prime de vente au détail de CHF 7858.–). MERCEDES-SWISS-INTEGRAL inclus (10 ans de services gratuits et 3 ans de garantie complète, tous deux jusqu’à 100 000 km, selon premier seuil atteint). 6,9 l/100 km (équivalent-essence: 7,9 l/100 km, 183 g CO2/km (moyenne de toutes les voitures neuves vendues: 133 g CO2/km), émissions de CO2 de la mise à disposition du carburant: 31 g/km, catégorie de rendement énergétique: F. Modèle illustré: Classe V AVANTGARDE 200 d, longue, avec options (pack Sport, jantes alliage 8,0 × 19", rampe de toit anodisé, peinture métallisée bleu cavansite, vitres teintées, toit panoramique), prix de vente au comptant: CHF 58 100.–. Offre valable jusqu’au 30.9.2018. Immatriculation jusqu’au 31.12.2018. Recommandation de prix sans engagement. Sous réserve de modifications.
Deux modèles conciliant travail et loisirs. Le Marco Polo et la Classe V. Parfaits pour partir au travail ou en vacances. Tandis que la Classe V vous offre un intérieur spacieux pouvant accueillir jusqu’à huit personnes, le Marco Polo propose un couchage confortable et vous accompagne dans toutes vos aventures. Vous trouverez des informations complémentaires chez votre partenaire Mercedes-Benz ou sur www.marcopolo-vclass.ch
La famille Marco Polo dès:
La Classe V dès:
CHF 41 600.–* CHF 42 600.–** 10 ans de services gratuits et 3 ans de garantie complète inclus