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The Red Bulletin CF 07/20

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SUISSE JUILLET/AOÛT 2020 CHF 3,80

HORS DU COMMUN

LA VIE 100 INVITÉS SPÉCIAUX P O U R A L L E R D E L’AVA N T

Avec

SÉBASTIEN BUEMI NEYMAR JR SEVEN M A X V E R S TA P P E N FA N N Y S M I T H PETRA KLINGLER DA N I T S A PA R OV ST E L A R G É R A L D I N E FA S N AC H T JUDITH WYDER … et 90 autres talents inspirants

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Éditorial

QUOI QU’IL ARRIVE C’est le propre de la nature humaine que de résoudre les problèmes auxquels elle doit faire face. Depuis des milliers d’années, dans les moments difficiles, l’humanité a fait preuve de créativité pour envisager les situations menaçantes sous un angle nouveau et trouver des contre-mesures inventives. Grâce à cette capacité d’adaptation, nous avons survécu et vaincu des famines, des changements environnementaux et des maladies. En cours de route, de nombreux exemples de ce génie de l’évolution ont émergé des c­ ommunautés technologiques, sociales, ­économiques, ­artistiques et philosophiques. Cette ­capacité de transformation est un f­ ondement de notre existence.

Pour réaliser ce ­numéro, nous avons passé beaucoup ­d’appels. Le plus ­mémorable a été ­réalisé par notre ­éditrice de la photo, Tahira Mirza, avec les astronautes de la Station spatiale internationale. P. 60

Des penseurs, athlètes, auteurs, innovateurs, photographes, ­musiciens et autres a­ rtistes qui sont au cœur de ces processus d’adaptation et de d ­ épassement. À travers des photos, citations, interviews, textes et dessins, ils partagent avec vous leurs ­expériences personnelles et les opportunités qu’ils ont su saisir dans des situations de désespoir et d’incertitude.

Le psychologue Adam Yearsley tire des parallèles entre travail à domicile et voyages dans l’espace, et les ­défis que cela ­soulève. P. 40

ON SORT LES LEGO

Quand il n’est pas sur les pistes de F1, Sébastien Buemi construit avec ses e­ nfants une ­Porsche Lego. P. 50

Considérez ce numéro comme un manuel d’encouragement et d’initiatives, individuelles et collectives, pour persévérer, avancer et nous é­ panouir. Quoi qu’il arrive.

BEN THOUARD (COUVERTURE), THE LEGO GROUP

FARGO CIRCLE STUDIO/TOBY LEIGH

OPEN SPACE

Attachons-nous à une leçon de notre histoire : ­chacun de nous a le pouvoir d’ajuster sa pensée et ses actions pour développer cette compétence hors du commun. C’est l’idée derrière ce numéro spécial, pour lequel l’ensemble de nos éditions internationales (en France, en Suisse, en Autriche, ­en Allemagne, aux États-Unis ou e­ n Grande-Bretagne) ont rassemblé 100 personnes.

BIEN TÉLÉTRAVAILLER

Bonne lecture ! Vos Rédactions

THE RED BULLETIN

3


CONTENUS juillet / août 2020

100 héros partagent leur expérience

21

Sébastien Buemi

Petra Klingler 1 BEN THOUARD 2 CHRIS SAUNDERS 3 NORMAN KONR AD 4 DAN KR AUSS 5 T YRONE BR ADLE Y 6 JIM KR ANTZ 7 JANE STOCKDALE 8 KRYSTLE WRIGHT 9 KONSTANTIN RE YER 10 ALE X DE MOR A 1 1 MICHAEL MULLER 1 2 CAITLIN HUGHES 1 3 PETER RIGAUD 14 TOMASZ GUDZOWAT Y 1 5 PIP HARE 16 THOMAS DRESSEN 17 ADRIAN MAT TERN 1 8 DANITSA 19 CORINNA SCHWIEGERSHAUSEN 20 FANNY SMITH 21 PETR A KLINGLER 22 J. K . ROWLING 2 3 THOMAS ULRICH 24 RYAN SHECKLER 2 5 Y VON CHOUINARD 26 REMO K ÄSER 2 7 MAVI PHOENIX 28 ADAM YE ARSLE Y 29 DAN ATHERTON 30 GEE ATHERTON 31 R ACHEL ATHERTON 32 MAT THIAS WALKNER

29– 31

Rachel, Dan & Gee Atherton

18

Danitsa 4

34

Seven

46 JoJo

38

77

Cyril Despres

20 Fanny Smith

ax 64  MVerstappen

Dominic Thiem

3 3 ANGEL A EITER 3 4 SEVEN 3 5 MASSIMO BUONANNO 36 R APHAEL JAKOB 37 ROSE ANN DIMAL ANTA 38 DOMINIC THIEM 39 BILL McKIBBEN 4 0 SÉBASTIEN BUEMI 41 L ARS FORSTER 4 2 JUDITH W YDER 4 3 MARC WALLERT 4 4 ED O’BRIEN 4 5 BRIAN ENO 4 6 JOJO 47 NE YMAR JR 4 8 ANDREW MORGAN 49 JESSICA MEIR 50 CHRIS CASSIDY 51 MA X HEINZER 52 GÉR ALDINE FASNACHT 5 3 ED JACKSON 5 4 PASQUALE ROTELL A 5 5 WOLGANG Z AC 56 MARCO WALTENSPIEL 57 FELIX SEIFERT 5 8 MARCO FÜRST 59 MA X MANOW 60 NATASCHA BADMANN 61 DANIEL A RYF 62 CEDAR ANDERSON 6 3 LUK AS ESSLINGER 6 4 MA X VERSTAPPEN 6 5 CRISTAL R AMIRE Z 66 ALISA R AMIRE Z 67 K ATIE HENDERSON 6 8 McKENNA PET T Y

45

Brian Eno

47

Neymar Jr

26

78 Mike Horn

52 Géraldine Fasnacht

81

Parov Stelar

Remo Käser

42 Judith Wyder THE RED BULLETIN

LIAM LONSDALE/RED BULL CONTENT POOL, DAN WILTON, STELLA KNUCHEL, THOMAS STÖCKLI/RED BULL CONTENT POOL, WARNER MUSIC, PHILIP PLATZER/RED BULL CONTENT POOL, HADRIEN PICARD/RED BULL CONTENT POOL, PHILIPPE JACOB/RED BULL CONTENT POOL, SÉBASTIEN BARITUSSIO, JAN KOHLRUSCH, FLAVIEN DUHAMEL/RED BULL CONTENT POOL, ROMINA AMATO/RED BULL CONTENT POOL, RED BULL RACING/GETTY IMAGES, SHAMIL TANNA, LORENZ RICHARD/RED BULL CONTENT POOL, PHIL GALE/RED BULL CONTENT POOL

40

69 VL ADIK SCHOL Z 70 MIKE McCASTLE 7 1 PHILIPP VENETZ 7 2 MICHÈLE IMHASLY 7 3 DOMINIK IMHOF 74 STEPHAN DREESEN 75 JIMMY CHIN 76 MARCEL HIRSCHER 7 7 CYRIL DESPRES 78 MIKE HORN 7 9 GR ANDPOOBE AR 80 MICHAEL STR ASSER 8 1 PAROV STEL AR 82 JIMMY SPITHILL 8 3 PÉTER GUL ÁCSI 8 4 MARCEL HALSTENBERG 8 5 NORDI MUKIELE 86 LUK AS KLOSTERMANN 87 DAYOT UPAMECANO 8 8 MARCEL SABITZER 89 DIEGO DEMME 90 KONR AD L AIMER 91 TIMO WERNER 92 YUSSUF POULSEN 93 EMIL FORSBERG 94 MICHAEL KÖHLMEIER 95 BBOY JUNIOR 96 K ATSUYA EGUCHI 97 TITOUAN BERNICOT 98 ANDRE AS BREITFELD 99 TOM ÖHLER 1 00 SÉBASTIEN THIBAULT


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1

Photographe, 34 ans, FRA Avec sa vision du surf, il a remporté le Red Bull Illume 2019, plus grand concours de photos d’action et d’aventure au monde.

Ben Thouard

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La lumière au bout du tunnel « Cette photo a été prise dans un tube de Teahupoo, célèbre spot de surf au large de Tahiti, et futur théâtre des olympiades de surf en 2024. D’ici là, tous nos soucis actuels ne seront que de vagues souvenirs. Cette image du surfeur Anthony Walsh est une promesse de beaux jours à venir. » Instagram : @benthouard benthouard.com

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2

Photographe, 36 ans, RSA Installé à Paris, le natif de Johannesburg documente les scènes culturelles de son pays d’origine et celles du monde entier.

Chris Saunders

Cette femme est source d’inspiration « Elle, c’est Manthe Ribane, ­musicienne et artiste sud-­ africaine, dansant ici sur le toit de la station de taxis de Bree Street à J­ ohannesburg. Nous collaborons depuis des années. Manthe ne se contente pas ­d’aimanter tous ceux qui croisent son chemin : à travers ses représentations, elle communique aux spectateurs sa ­liberté et son énergie positive. » Instagram : @chrissaundersphoto chrissaunders.co

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3

Photographe, 43 ans, GER Berlinois et lauréat de l’European Design Award, il est connu pour son langage visuel alliant surréalisme et humour habile.

Norman Konrad

Bonjour voisin ! « Mes compositions d’images interrogent souvent notre vision de la normalité. Cette photo évoquait au départ la solidarité entre voisins. Depuis, elle a pris un nouveau sens pour moi : quand vous ne pouvez plus rendre visite à vos proches, ­communiquer avec eux devient encore plus important. » Instagram : @norman.konrad normankonrad.de

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Photographe, 48 ans, USA Il a démarré dans le photojournalisme au Wall Street Journal et propose une ­vision épique de la photo de paysages.

Dan Krauss

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La madeleine du grimpeur « Moses Potter escalade la voie Once Upon a Time extrêmement difficile, dans les montagnes de San Jacinto, chez lui dans le sud de la Californie. J’ai dû ­patienter un an avant de trouver un athlète capable de dominer sans corde cet OVNI en forme de bloc de roche. Pour moi, l’image symbolise la force et l’assurance qu’une personne peut développer en elle-même. » Instagram : @dankrauss dankraussphoto.com

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Photographe, 39 ans, RSA Venu d’Afrique du Sud, Tyrone fut pilote de BMX. Il utilise à présent son sens du timing pour créer des images d’action ou de pub.

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Tyrone Bradley

Mon miracle « La naissance de ma fille Lyra le 24 décembre 2019 est ce qui me vient à l’esprit lorsque je pense à la part de lumière chez l’humain. Nous avions à l’époque opté pour un accouchement ­naturel. Mais la nature en a déci­ dé autrement. Aujourd’hui, grâce aux progrès a­ ccomplis par la ­médecine, ma famille se porte bien. Ma gratitude va parti­ culièrement à cette équipe de femmes qui a pratiqué la ­césarienne en urgence. » Instagram : @tyrone_bradley tyronebradley.co.za

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Photographe, 65 ans, USA Connu comme chroniqueur de l’Ouest des États-Unis, il a remporté de nombreux prix, notamment pour ses sujets de The Red Bulletin.

Jim Krantz

La force originelle de la nature « Pour réaliser cette photo, j’ai cueilli une fougère dans mon ­jardin, je l’ai imbibée de résine d’époxy et l’ai posée sur une ­photo imprimée du virus. Les fougères sont extrêmement ­résistantes. Voilà plus de 300 millions d’années qu’elles poussent sur Terre. L’une d’elles s’est enroulée autour d’un tronc d’arbre juste devant ma fenêtre, d’où chaque jour, je vois la vie s’épanouir malgré des conditions très difficiles. » Instagram : @jimkrantzphoto jimkrantz.com

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Photographe, 37 ans, GBR L’Écossaise a couvert nombre d’événements sportifs et documenté les Coupes du monde de football à travers la liesse des supporteurs.

Jane Stockdale

Champions !

« Paris, 15 juillet 2018, 65e minute de la finale de la Coupe du monde de football entre la France et la Croatie. Près de la tour Eiffel, ce jeune supporteur de la France laisse éclater sa joie après le but de ­Kylian Mbappé qui porte le score à 4-1. Pour moi, c’est un grand moment d’émotion et d’énergie au terme d’un grand tournoi. » Instagram : @janestockdale_ janestockdale.co.uk

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Photographe, 33 ans, AUS Spécialisée dans l’outdoor, ses reportages se font en compagnie d’aventuriers, d’explorateurs et de chasseurs de tornades.

Krystle Wright

Et l’espoir apparaît « Cette photo a été prise lors d’une expédition de base-jump sur l’île de Baffin, à l’extrême nord-est du Canada. Un blizzard nous surprend et nous force au confinement sous la tente ­plusieurs jours durant. Grande est ma surprise lorsqu’un Inuk avec un attelage de chiens passe près du campement. À peine le temps de faire deux clichés et déjà le blizzard engloutit ­l’apparition. Je garde de cette ­expérience notre aptitude à développer d’incroyables capacités lorsque la nature nous impose de rester dans un isolement total. » Instagram : @krystlejwright krystlewright.com

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Photographe, 33 ans, AUT Cet homme est attiré par l’action, et ceux qui lui ont dédié leur vie. Il collabore donc régulièrement avec The Red Bulletin.

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Konstantin Reyer

Une lumière surgit des ténèbres « Peu après mon trentième anniversaire, je me rends avec ma petite amie à Cape Cod, au sud-est de Boston. Ce jour-là, un gros orage sévit lorsque soudain j’aperçois au loin cet arc-en-ciel. “C’est incroyable”, me dis-je tout en immortalisant l’instant. Depuis, j’ai cette photo toujours avec moi en signe d’optimisme et elle trône dans un cadre sur le mur de mon studio. » Instagram : @konstantinreyer konstantinreyer.com

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Photographe, 38 ans, GBR Ce Londonien immortalise l’expressivité des légendes du rock comme celle des ­artistes underground (encore) inconnus.

Alex de Mora

Chevalier flamboyant « J’ai photographié le musicien britannique Goldie en 2017 pour The Red Bulletin. Goldie est un producteur de drum and bass, membre de l’Ordre de l’Empire britannique, et il apparaît dans la distribution d’un James Bond – Le monde ne suffit pas. C’est un homme qui a toujours su profiter de tout ce que la vie a à offrir, et cela m’inspire. » Instagram : @alexdemora alexdemora.com

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Photographe, 59 ans, USA S’il a plutôt l’habitude de photographier les stars d’Hollywood, Muller s’intéresse aussi à la protection des requins blancs.

Michael Muller

Agir quand il le faut « Au fil des années passées à nager avec les requins, j’ai remarqué de plus en plus d’objets parasites ­accrochés aux animaux : des crochets dans la ­mâchoire, des émetteurs sur le ventre… Mais ce que notre expédition a vu ce matin-là dans le ­Pacifique nous a laissés pantois : un gros requin blanc traînant, accroché à sa nageoire, un lambeau de plastique. L’Homme a, heureusement, aussi une grande qualité : il est capable d’agir quand il le faut. » Instagram : @michaelmuller7 mullerphoto.com

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PDG de l’agence Magnum Photos, 40 ans, GBR Elle nous a adressé les photos de la légende de la boxe Mohammed Ali, pour qui les épreuves ont toujours été source de force.

Caitlin Hughes

Les planchescontacts de Thomas Hoepker, ­photographe chez Magnum, ­saisissent, en 1966, le champion du monde de boxe Mohammed Ali.

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Le portrait de Mohammed Ali ­réalisé par ­Thomas Hoepker a fait la une de The Red Bulletin en mai 2017, un ­hommage au 70e anniversaire de l’agence Magnum.

« Utilisons notre ­génie pour nous réinventer »

THOMAS HOEPKER

Les photoreporters de l’Agence Magnum couvrent des événements à travers le monde entier. Créée en 1947, l’agence est dirigée par Caitlin Hughes ­depuis 2019 : « En période d’agitation, la photographie est un média clé, explique la Galloise. Elle ­documente les bouleversements et interpelle les gens où qu’ils soient. Aujourd’hui, le soutien mutuel est primordial. À l’instar des fondateurs de cette agence il y a 70 ans, nous pouvons utiliser notre ­génie pour nous réinventer. » Instagram : @magnumphotos magnumphotos.com

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Photographe, 52 ans, AUT Il séjourne entre Vienne et Berlin et voit ses portraits publiés dans Vogue, The New Yorker, Vanity Fair ou National Geographic.

Peter Rigaud

Un homme d’exception « Cette photo de 2015 montre Josef Penninger ­généticien et virologue viennois, qui s’emploie ­actuellement avec son équipe à développer ­activement un traitement contre la Covid-19. J’admire l’attitude et le sang-froid de Penninger face à la crise. Les œuvres en arrière-plan s­ ’intitulent : Et si Dieu avait tort ? Une manière d’interroger la science sur ce qu’elle peut et doit faire. » Instagram : @rigaudpeter peterrigaud.com

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Photographe, 48 ans, POL Doté de neuf prix du World Press Photo, ses voyages l’ont conduit dans plus de cent pays où il shoote essentiellement en noir et blanc.

Tomasz Gudzowaty

Toujours un premier pas « Le titre de cette photo est un vers emprunté au Dao de jing, un recueil d’aphorismes du sage chinois Lao Tseu. Il dit ceci : “Un voyage de mille lieues commence toujours par un premier pas.” Cette image incarne la ­persévérance et la résilience de l’être humain. » Instagram : @tomaszgudzowaty gudzowaty.com

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Navigatrice, 45 ans, GBR Cette année, elle veut devenir la huitième femme à faire le tour du monde à la voile sans assistance lors du Vendée Globe.

Pip Hare

« Il y a toujours une éclaircie qui vous attend » Alors que sa préparation pour le fameux Vendée Globe est en stand-by, Pip Hare se remémore les moments délicats qui ont fait d’elle une véritable navigatrice. Texte JESSICA HOLLAND

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RICHARD LANGDON/OCEAN IMAGES

A

u tout début de ma carrière, alors que je voguais entre les îles Canaries et le Royaume-Uni, je me suis retrouvée la tête en bas dans un bateau qui fonçait, mât en avant, vers une énorme vague. C’était terrifiant. Les vagues dépassaient les 40 pieds (12 mètres), donc elles étaient plus hautes que le mât ! Et la vitesse du vent, supérieure à 70 nœuds (130 km/h), était celle d’un ouragan. Lorsque vous êtes dans le creux d’une vague, le vent est complètement étouffé. Tout est étrangement calme et il règne un silence de mort. Puis, quand le b ­ ateau arrive en haut de la vague, vous entendez un ­grondement et vous ressentez les vibrations de la vague qui se brise, tel un train de marchandises à l’approche. Lorsque le bateau a frappé la vague, j’ai eu l’impression d’être percutée sur le côté par un troupeau d’éléphants. J’étais ballottée dans tous les sens. Totalement impuissante. Je ne pouvais pas aller sur le pont, au risque de passer par-dessus bord ou de me casser quelque chose. Tout ce que je pouvais faire, c’était me cacher dans la cabine pendant les six heures les plus critiques de la tempête. Et sur un coup de roulis, je me suis retrouvée au plafond. Tout ce qui n’était pas solidement attaché me dégringolait dessus. Des bocaux en verre remplis de sauce chili sont tombés

La Britannique sort de Poole, son port d’attache, et s’engage dans la Manche pour une journée d’entraînement.

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Départ de la Fastnet Race, en Irlande, en juillet de l’année dernière.

« SEULE AU MILIEU DE L’OCÉAN, VOUS NE POUVEZ PAS ESQUIVER. » 28

J’ai découvert que je pouvais compter sur moimême en cas d’urgence. Cela m’a aussi appris que le mauvais temps ne dure pas éternellement. Certaines tempêtes sont dantesques – et les éclairs me filent encore une ­sacrée frousse – mais vous devez accepter le fait que vous ne pouvez rien y changer. Parfois, tout ce que vous êtes en mesure de faire, c’est de baisser les voiles et patienter. Il y a toujours une éclaircie qui vous attend.

L

un des exploits dont je suis la plus fière, c’est de monter seule au mât. La première fois que j’ai grimpé au mât en pleine mer, je n’étais vraiment pas rassurée. C’était pendant ma première course transatlantique en solitaire, à destination du Brésil, sur ce bateau de 21 pieds (6,4 mètres). Un tel bateau peut facilement dépasser les 20 nœuds (37 km/h). Ce sont de vraies fusées, avec des mâts de 12 mètres environ. Aucune communication satellite, aucun contact. Je naviguais depuis environ deux semaines et j’étais épuisée physiquement. J’avais perdu beaucoup de poids et j’étais à bout de forces. Je me trouvais au beau milieu de l’Atlantique, au point le plus éloigné de toute assistance. La tempête était très violente et un élément s’est détaché en haut de mon mât. Il s’est enroulé autour du mât, et le bateau aurait été en danger si je n’avais pas effectué la réparation nécessaire. J’ai réalisé que je devais grimper tout en haut, sous la voile déployée, et ­régler le problème. J’avais déjà grimpé au mât en solo quand j’étais à quai, mais jamais en pleine navigation. Mes mains tremblaient, j’entendais mon cœur battre dans mes oreilles, et mon cerveau était en surchauffe. Qui plus est, vous êtes totalement dépendant du pilotage automatique (la machine) qui ne doit pas changer de direction, ni rencontrer de problème quand vous êtes là-haut. Mais c’est le sport que j’ai choisi, et ce sont des situations dans lesquelles je me retrouve délibérément. C’est comme si vous vous saisissiez par le col et vous secouiez un bon coup en hurlant : « C’est ce que je veux être ! »

C

omme j’avais perdu plusieurs kilos et gagné en musculature dans la partie supérieure du corps, il m’a suffi, à mi-chemin, de me hisser en haut du mât à la force des bras. Lorsque je suis arrivée au sommet, je me suis dit : « Waouh, je ne savais pas que j’en étais capable. » C’est impressionnant tout ce que vous pouvez faire quand vous avez peur. J’ai réussi à régler le problème, prendre un selfie de la plus haute importance (sic) et redescendre. Après ce type d’épreuve, vous goûtez à un sentiment exceptionnel de fierté et d’endurance. Seule au milieu de l’océan, vous n’avez pas le choix : vous devez repousser vos limites. Il peut s’agir de quelque chose qui vous terrifie, que vous n’êtes pas sûr de pouvoir gérer physiquement, ou que vous n’avez jamais fait auparavant, mais il n’y a pas d’autre solution. Vous ne pouvez pas esquiver. Vous ne pouvez pas dire non. Lorsque je navigue en solitaire, je suis la meilleure version de moi-même. THE RED BULLETIN

MAXIME HORLAVILLE

du réfrigérateur et ont explosé : il y avait du verre et de la sauce chili partout. Je me souviens encore de cette odeur, vingt ans plus tard. Lorsque la tempête s’est enfin calmée, mon bateau était en piteux état, mais j’étais bien vivante. Cette expérience aurait pu me dégoûter de la navigation à jamais, et cela reste les pires conditions météorologiques que j’aie jamais endurées, mais elle m’a beaucoup appris. Vous ne vous rendez pas vraiment compte de la force qui est en vous jusqu’à ce que vous vous retrouviez dans ce type de situation, et même si j’étais morte de peur, j’ai simplement continué à faire ce que je devais faire.


DES AIIILES POUR VOTRE ÉTÉ. AU GOÛT DE PASTÈQUE.

U A E V U NO

STIMULE LE CORPS ET L’ESPRIT.


Thomas Dressen

« LE SOUTIEN DE MES ADVERSAIRES M’A DONNÉ LA FORCE POUR MON COMEBACK. »

Après son accident de Beaver Creek, dans le Colorado, Dressen a manqué une saison. « Quand j’étais encore à l’hôpital, beaucoup de mes adversaires m’ont écrit, se souvient-il. Lire comment ils avaient géré des situations similaires m’a donné de la force. » La saison suivante, il a terminé deuxième de la Coupe du monde de ­descente.

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Kayakiste, 24 ans, GER Il a l’habitude de conquérir les eaux les plus sauvages. Mais le vol qu’il a subi en 2018 a été son épreuve la plus difficile.

Adrian Mattern

Le jour où j’ai tout perdu, sauf ce câble... « J’étais au Chili pour une expédition en kayak quand des voleurs ont vidé ma voiture : appareils photo, ordi, téléphone… Tout avait disparu sauf mon câble de chargement. En tant que sportif professionnel, je vis de mes vidéos. Sans équipement, je ne pouvais plus rien produire – une catastrophe ! Je me suis alors dit : “Regarde ce que tu as déjà accompli : tu es sorti de nulle part pour devenir un pro du kayak.” Cela m’a donné du courage. Plus jeune, j’avais travaillé dans le bâtiment et j’avais aussi été videur. J’ai recommencé pour me payer du nouveau matos. Quelques mois plus tard, j’étais de nouveau sur l’eau. »

THE RED BULLETIN

PANTHERMEDIA, DANE JACKSON/RED BULL US ATHLETE, ENNO KAPITZA, GETTY IMAGES (2) MARC BAUMANN, NICLAS SEYDACK

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Skieur, 26 ans, GER Après sa victoire d’enfer à Kitzbühel en 2018, il a fait une grave chute et a reçu une aide inattendue alors qu’il était au plus bas.


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Chanteuse, 25 ans, SUI Danitsa répand le funk depuis son domicile en postant un clip vidéo chaque semaine en ligne.

Danitsa

MON EMPLOI DU TEMPS Samedi

Choix du morceau Dimanche

STELLA KNUCHEL

WOLFGANG WIESER

Composer ou re travailler le morceau avec le producteur

Danitsa déverse ­l’énergie du soleil « La musique représente beaucoup pour moi, c’est une forme de thérapie, et la possibilité de s’évader du quotidien. J’y trouve une occasion d’exprimer mes ressentis et l’opportunité de toujours apprendre quelque chose de plus, ­raconte Danitsa. Pendant cette THE RED BULLETIN

période très particulière, j’ai décidé de transmettre des vibes positives, en postant chaque vendredi une nouvelle composition ou un remix. Ce qui compte, c’est de recevoir une bonne dose de soleil. »

Lundi

Ré pé titions + mood boar d pour la réalisation du clip vidéo

Mardi

Enregistrement studio che z mon f rère + mixage

Mercredi

mini-clip vidéo f ilmé sur İphone avec ma sœur

Jeudi

Montage vidéo Vendredi

Publication du mini-clip vidéo

Tous les vendredis, un nouveau son sur Instagram : @danitsa_m   31


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Deltaplaniste, 48 ans, GER Pour cette cinq fois championne du monde de deltaplane, la perspective à vol d’oiseau aide aussi lors des crises au sol.

Corinna Schwiegershausen

Changeons de point de vue...

32

SAMO VIDIC/RED BULL CONTENT POOL, GETTY IMAGES

MARC BAUMANN

« Quand je me retrouve dans une situation périlleuse en ­deltaplane, je laisse passer le moins d’émotions possible. Ce qui m’aide : faire face, établir un plan, mettre à exécution. En Jordanie, par exemple, j’ai chuté d’un chameau et me suis fracturé la hanche. Blessée dans le désert, le plan est de demander de l’aide : à une touriste qui était médecin, puis aux gens qui m’accompagnaient. Au deltaplane, je dois les meilleurs moments de ma vie – et le pire : mon fiancé s’est écrasé et a péri dans l’accident juste avant que je ne parte vivre avec lui en Australie. Mais j’ai appris que la vie vous réserve un plan B qui peut vous rendre heureux. Là-haut, je me sens comme un moustique. Ce silence, cette sensation d’être dans l’ici et le maintenant… Beaucoup ont oublié qu’ils pouvaient s’octroyer ce genre d’instants à leur manière, sur terre. »

THE RED BULLETIN


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Athlète de skicross, 27 ans, SUI Que peut bien faire la championne de ski Fanny Smith en temps de confinement ? Elle affûte les skis de ses amis.

Fanny Smith

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Grimpeuse, 28 ans, SUI La championne du monde de bloc de 2016 utilise cette pause forcée pour surmonter les revers.

Petra Klingler

Petra Klingler prend le temps de recadrer ses pensées.

Le pouvoir de l’écriture

COURTESY OF FANNY SMITH (2), LIAM LONSDALE/RED BULL CONTENT POOL WOLFGANG WIESER CITATION DE J.K. ROWLING TIRÉE DU LIVRE LA MEILLEURE DES VIES, GRASSET & FASQUELLE

Affûtage des carres et fartage des semelles : que du plaisir pour Fanny Smith.

La championne qui choyait vos skis Avril 2020. Fanny Smith affiche sa bonne humeur. Dans son g ­ arage, elle enchaîne les paires de skis, d’abord ceux de sa famille, puis ceux de ses amis. Elle en est déjà à plus de vingt paires. Si la météo le permet, elle ­travaille dehors, sinon le garage fait très bien l’affaire. Dès qu’une paire est finie, elle la dépose devant la porte prête à être récupérée. Première au classement général de la Coupe du monde 2019 et deuxième en 2020, la spécialiste de skicross reste au contact de son métier (bien sûr, le s­ ervice de la c­ hampionne est ici gratuit) durant le confinement. Fanny Smith a même pensé à protéger les semelles des skis avec une couche de cire qui se retirera aisément lorsque la saison reprendra : « C’est la manière que j’ai de me rassurer et d’affirmer que tout fi ­ nira par rentrer dans l’ordre. » fanny-smith.com THE RED BULLETIN

« Qu’ai-je fait de bien ? Qu’ai-je appris de plus ? » Quand Petra Klingler termine un ­entraînement, elle se pose toujours ces deux questions. Et prend le temps de leur apporter au moins trois réponses chacune. La grimpeuse choisit soigneusement ses journaux intimes. Le carnet qu’elle tient dans les mains arbore des fleurs et rappelle que les bonnes choses prennent du temps. « Il est important pour moi d’écrire à la main. Je m’applique à une belle écriture et j’alterne les ­couleurs, ça me remonte le moral. » Il y a des jours où ­Petra Klingler n’écrit que

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quelques mots-clés, et d’autres où elle noircit des pages entières, qu’elle ­illustre et égaye avec ses dessins. Tenir un journal est un soutien moral infaillible et essentiel pour la championne d’escalade, depuis déjà un certain nombre d’années. Pendant les ­semaines qu’a duré la situation extraordinaire cette ­année, il fut tout spécialement salvateur : « Ce journal, explique Petra Klingler, m’a aidée à faire le ménage mentalement, comme on fait un m ­ énage de printemps dans sa maison.»

petraklingler.ch, @petra_klingler

Auteure, 54 ans, GBR La maman de la saga Harry Potter (450 millions de livres vendus) vivait de l’aide sociale et a essuyé douze refus de publication.

J. K. Rowling

« J’AI TRAVERSÉ PENDANT TROIS ANS UNE CRISE D­ IFFICILE, MAIS C’EST AUSSI SUR ELLE QUE J’AI PU BÂTIR MA ­NOUVELLE VIE. » Après maints refus, le premier manuscrit de Harry Potter a finalement été accepté par un éditeur, mais uniquement parce qu’il avait plu à sa fille de 8 ans. Une visionnaire.

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Aventurier et photographe, 52 ans, SUI Dirige des expéditions exclusives pour de petits groupes, jusqu’au pôle Nord. Vit à Beatenberg dans le canton de Berne.

Thomas Ulrich

Des glaçons dans la barbe et sur les cils : malgré le froid, tout va bien, pour l’instant.


THOMAS ULRICH/VISUALIMPACT.CH

« Comment j’ai survécu sur la banquise » Il a dérivé tout seul à travers l’Arctique et a appris, à la dure, comment rester cool. Texte WOLFGANG WIESER

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L

homme qui se fraye un chemin à travers l’océan Arctique, revêtu d’une combinaison imperméable orange vif, est Thomas Ulrich. C’est un ­habitué des aventures dans l’Arctique. Il sait que la force ne peut venir que du calme. C’est exactement pour cela qu’il est toujours en vie. L’histoire qui a marqué la vie de Thomas Ulrich jusqu’à aujourd’hui nous ramène en 2006, lorsqu’il voulait traverser l’Arctique, de la Russie au Canada, par ses propres moyens. Il prévoyait de parcourir les 1 800 kilomètres de son itinéraire en une centaine de jours – à ski et avec tout ce dont il avait ­besoin pour survivre chargé sur un traîneau. Pour faire face aux ours polaires, il s’était équipé d’un .44 Magnum : « On ne peut pas se promener ici

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sans arme à feu. Il faut être vigilant. » Après une ­semaine au Cap A ­ rctique, un endroit désolé en ­Sibérie, il décide de se mettre en route. « J’ai perdu patience et ça a été mon e­ rreur. » De plus, la glace était mince cette année-là, seulement 15 cm à ­certains endroits. Parce qu’à − 10 °C, il ne fait pas ­assez froid pour les conditions arctiques. Après quelques kilomètres, l’expédition tourne au désastre. La fine couche de glace sur l’eau ne supporte pas son poids, mais elle est malgré tout assez solide pour bloquer son bateau en caoutchouc. Thomas Ulrich doit se jeter dans l’eau glacée pour faire le brise-glace. Quand, au bout de deux heures, il atteint un floe sur lequel il peut grimper, il est « complètement crevé ». Mais le pire reste à venir. Une tempête pousse le floe contre la terre ferme. Il se brise. « Une fissure s’est ouverte, un mètre à côté de ma tente. Puis une autre, de l’autre THE RED BULLETIN

BØRGE OUSLAND/VISUALIMPACT.CH, THOMAS ULRICH/VISUALIMPACT.CH, ULI WIESMEIER/VISUALIMPACT.CH WOLFGANG WIESER

Faire des expéditions aux pôles, c’est se familiariser avec des conditions extrêmes. Ici, l’Arctique.


« La vie est incertaine, mais les changements ne sont pas catastrophiques. »

Son bateau en caoutchouc et sa tente seront emportés par la tempête.

côté, puis une troisième, une quatrième », se souvient Thomas. Pendant quatre jours, il est coincé sur ce fragment de glace secoué par les violentes rafales, montant et descendant sur la houle, et ­balayé par l’eau salée. Le vent emporte d’abord le bateau, puis sa tente. Au début, il perd presque la raison, persuadé que sa dernière heure est venue… Forcé à contempler l’océan, il s’aperçoit que cela contribue à le plonger dans un calme presque méditatif. Et il se dit : « La vie est incertaine, mais les changements ne sont pas des catastrophes. » Lorsqu’il est secouru par un hélicoptère, il a appris à se déplacer sur la glace fine. « Je sais maintenant comment rester calme lors de crises. Depuis, les changements ne me font plus ­paniquer.  » thomasulrich.com

Un ours polaire rôde… L’animal passe sans attaquer Thomas.

Les aurevoirs à son équipière Christine Kopp en Sibérie. THE RED BULLETIN

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Skateur, 30 ans, USA Sa fondation est dédiée aux enfants et aux athlètes souffrant de blessures.

Le skateur Ryan Sheckler a su s’accommoder du confinement et s’adonner à sa passion chez lui, comme ici sur sa table basse.

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« Mon programme d’entraînement varie chaque semaine au gré des consignes liées au confinement.* Au d ­ ébut, je m’entraînais seul au gymnase, en prenant soin de désinfecter le matériel. Puis, j’ai privilégié les séances à la maison, au skatepark, et le surf. Mais depuis la fermeture des plages, mon espace se limite pour l’essentiel à la maison. Quand la pandémie a commencé, j’ai usé ma planche dans nombre de spots locaux normalement interdits, des parkings et bâtiments vides, et j’ai atteint ainsi certains de mes objectifs. À présent, je fais profil bas, je respecte le confinement et éprouve un grand respect pour les personnes qui combattent le virus en première ligne. L’une de mes ­distractions consiste à transformer

mon intérieur en un mini spot. J’ai même fait du skate sur ma table basse récemment. Après un défi de pompes et un autre de kickflip sur Instagram, je varie les plaisirs et improvise un spot de skate parmi les meubles. Tout compte fait, la table basse s’y prête parfaitement. Une pratique prometteuse dans la ­situation actuelle. L’an dernier, au terme de la dixième édition de Skate for a Cause, organisée par la Sheckler Foundation, j’avais très envie d’étendre la portée de notre action. Les idées ne font pas défaut et cette pandémie ne manquera pas d’élargir les domaines de notre soutien à celles et ceux qui en auront besoin. » *Propos recueillis en avril 2020 THE RED BULLETIN

SABAS ROMERO/RED BULL CONTENT POOL(2), COURTESY OF RYAN SHECKLER

Table rase

JEN SEE

Ryan Sheckler


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Entrepreneur, 81 ans, USA Ce pionnier de l’escalade a forgé ses premiers pitons en 1957 et fondé la célèbre marque de plein air Patagonia en 1973.

Yvon Chouinard

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Chanteur, 24 ans, AUT Il s’est fait un nom en tant que rappeuse. Depuis fin 2019, il s’épanouit au masculin.

Mavi Phoenix

« Il n’y a vraiment aucune différence entre le pessimiste qui dit : “C’est sans e­ spoir, il n’y a plus rien à faire” et l’optimiste qui dit : “Il n’y a rien à faire, tout s’arrangera tout seul“. Dans les deux cas, rien ne se passe. Le meilleur remède contre la d ­ épression, c’est ­l ’activité.  » Le fondateur de la marque Patagonia, Yvon Chouinard, alors jeune homme, à son marteau-pilon « Little Giant » à Yosemite, Californie. Il vendait ensuite les pitons au cul de sa voiture.

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Lutteur, 23 ans, SUI Le fils du roi de la lutte suisse Adrian Käser a gagné à ce jour cinq fêtes de lutte et remporté 45 couronnes.

MAŠA STANIC, LORENZ RICHARD/RED BULL CONTENT POOL,IMAGO/AURORA SEBASTIAN FASTHUBER, YVON CHOUINARD ZITAT AUS DEM BUCH „SOME STORIES: LESSONS FROM THE EDGE OF BUSINESS AND SPORT”, PATAGONIA PUBLISHING

Remo Käser

« QUELLE LEÇON TIRER DE CETTE SITUATION ? QU’UN PEU PLUS D’HUMILITÉ FAIT DU BIEN À NOTRE SOCIÉTÉ DE CONSOMMATION. »

« En entraînement de muscu, je suis peu ­limité. Le problème, ce sont les entraînements de lutte : le ­combat d’homme à homme n’est plus autorisé en ce moment. » THE RED BULLETIN

Le premier pas

« J’aurais dû être un homme, je le sais depuis longtemps. Mais il y avait cette idée que je ne pouvais rien faire contre le fait d’être né femme. Ma décision de vivre en tant qu’homme a été prise lors de l’enregistrement de mon album. Tout s’est emballé, et j’ai été très créatif. Les gens autour de moi ne se doutaient de rien. J’ai été aidé par des témoignages d’hommes trans sur YouTube. Le fait qu’ils apparaissent sains et heureux m’a permis de dissiper beaucoup de mes craintes. Je dois réfléchir soigneusement à la façon dont je veux continuer. Un traitement hormonal ­modifie l’apparence et la voix. Ensuite on passe aux choses sérieuses. Je suis heureux d’avoir fait le premier pas. » Le premier album de Mavi Phoenix, Boys Toys, est sorti sur le label LLT Records.   39


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Psychologue, 48 ans, AUS/GBR Il a contribué au test Red Bull Wingfinder (wingfinder.com) avec lequel vous pouvez analyser vos qualités professionnelles.

Adam Yearsley Comment bénéficier de la situation

SIGNIFICATION « Je vais tirer une leçon de cette expérience. »

Dans le cas d’un travail à domicile forcé, on retrouve fréquemment les phases suivantes.

HUMEUR

REJET « Cela ne me concerne pas. »

STUPÉFACTION « Qu’est-ce qui se passe ? Je n’y crois pas. »

FRUSTRATION « C’est plus difficile que je ne le pensais. »

RÉSISTANCE « Il va falloir que cela cesse. »

EXPÉRIMENTATION « Je vais essayer quelque chose de nouveau. »

ACCEPTATION « Les choses sont comme elles sont. »

the red bulletin : Quel est le plus grand défi lorsqu’on est contraint au télétravail des ­semaines durant  ? adam yearsley : C’est passionnant, car lorsque nous sommes en télétravail pendant plusieurs mois, nous devons faire face au même genre de problèmes que ceux que rencontrent les astronautes qui se préparent à des voyages prolongés dans l’espace : comment se débrouiller en terrain confiné, tout seul ou en compagnie de peu de personnes ? Vous avez développé un programme de télétravail en dix points, que nous conseillez-­ vous ? Deux points parmi les plus importants : créer son propre espace de travail bien défini – aussi petit 40

soit-il et même si vous devez diviser une pièce. Autre chose importante : habillez-vous le matin pour travailler. Il faut donc s’habiller comme si on allait au bureau ? Exactement. Et le soir, lorsque

Dans l’ensemble, le télétravail joue un rôle de plus en plus important. Maintenant que nous nous sommes beaucoup entraînés, que peut nous apporter cette période ? Dans le meilleur des cas, la confiance de votre supérieur hiérarchique. En revanche les cadres devraient s’assurer du fait que leurs collaborateurs sont toujours conscients de l’utilité de leurs tâches. Et de manière générale, nous pouvons apprendre à être ­attentifs les uns aux autres. En vidéoconférence ou une fois retournés au bureau ? Les deux. Je vous conseille de toujours placer la personne avant le sujet à aborder : avant d’entamer la discussion, prenez une minute et demandez à votre collègue comment il ou elle va en ce moment. Dix stratégies de télétravail : redbulletin.com

THE RED BULLETIN

ANDREAS ROTTENSCHLAGER

Un psy nous parle du rapport entre le télétravail et les voyages dans l’espace, et comment une crise peut nous aider à mieux considérer nos collègues à l’avenir.

SANDRA SCHARTEL/DIE-PHOTOGRAPHIE

L’espace… de travail

vous avez fini, vous pouvez revêtir une tenue décontractée. Ainsi vous rentrez « mentalement à la maison ».

FARGO CIRCLE STUDIO/TOBY LEIGH

TEMPS


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Dan Atherton

Pilote VTT, 38 ans, GBR Un pionnier du VTT descente et un passionné d’enduro, toujours en quête de nouveaux trails.

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Gee Atherton

Pilote VTT, 35 ans, GBR Double champion du monde et une victoire en Coupe du monde. Il a aussi été pilote de rallye.

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Rachel Atherton

Pilote VTT, 32 ans, GBR Cinq titres de championne du monde, six Coupes du monde : son palmarès est historique.

DAN WILTON

RUTH MORGAN

L’union fait la force Ce n’est pas un hasard si les trois Atherton, fratrie la plus célèbre de la course de descente, vivent côte à côte (au Pays de Galles), font partie de la même équipe et ont lancé ensemble leur marque de vélo. Comme le dit Rachel, c’est le fait de savoir qu’ils peuvent compter sur la fratrie qui leur a permis ­d’atteindre des sommets. THE RED BULLETIN

La famille anglaise la plus couronnée en VTT : Rachel, Dan (dans son dos à gauche) et Gee Atherton.

« La compétition avec mes deux frères nous a toujours poussés à aller plus loin. Quand j’étais gamine, Dan me disait : “Tu peux être la meilleure pilote du monde si tu t’y mets à fond.’’ C’est grâce à cette foi que j’ai pu avoir la carrière que j’ai eue. Savoir que ta ­famille t’aime comme tu es, ça te donne des ailes. Si tu échoues, cela n’a aucune

i­ mportance. À l’époque des réseaux sociaux, il est vital de savoir nouer des liens physiques avec les gens. Facebook et Instagram, c’est du vent, alors que ma famille et mon équipe savent qui je suis vraiment, et ils sont là, que je perde ou que je gagne. »

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Pilote moto, 33 ans, AUT Pour Walkner, vainqueur du Rallye Dakar 2018, seules la préparation et la rigueur réduisent la dépendance aux aléas.

Matthias Walkner

Vaincre d’abord les petits détails « Foncer dans les dunes à pleine vitesse peut sembler risqué, à moins d’y être préparé. En revanche, il serait bien plus hasardeux de survoler les instructions du carnet de route, de s’égarer, ou encore de se doucher au bivouac avec la bouche ouverte (et avaler de l’eau potentiellement polluée). Cela reviendrait à se mettre soi-même hors course. L’échec ou le succès dépendent de ces détails qui n’ont l’air de rien, mais qui, au bout du compte, font toute la différence. »

Angela Eiter

« Soyez à l’écoute de votre corps » « Au début de ma carrière, la préparation n’intégrait pas la nutrition. L’idée qui avait alors cours était que plus on est ­léger, mieux on grimpe. Déterminée à réussir, je mangeais donc peu, d’abord en diminuant mes portions de moitié, puis de plus en plus jusqu’à glisser dans l’anorexie. Mon entraîneur a fini par le découvrir, par me réprimander et même m’interdire de grimper jusqu’à ce que j’ai retrouvé une alimentation normale. C’était l’incompréhension pour moi : on m’avait toujours vanté des modèles de minceur, et voilà qu’on me som-

En 2017, Angela Eiter devient la première femme à escalader la route La Planta de Shiva en Andalousie (9b).

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mait de manger. Le déclic est arrivé lorsque j’ai compris que la faim entravait ma progression. Je n’accumulais plus la masse musculaire nécessaire pour effectuer les mouvements compliqués. Ma force mentale diminuait tout comme la capacité à me concentrer. En reprenant du poids, j’ai senti mes forces revenir et mon estime de moi ­remonter. Par bonheur, mon entourage a su réagir rapidement à ma perte de poids. La leçon que je retiens de cette expérience est que les signaux que nous envoie notre corps doivent être entendus. Ils sont comme une injonction à laquelle nous devons obtempérer pour ne pas avoir un jour à le regretter. » THE RED BULLETIN

PHILIPP CARL RIEDL/RED BULL CONTENT POOL, KFOTO-KOCO MONCADA/KTM, BERNHARD HÖRTNAGL/ASP/RED BULL CONTENT POOL, LUKA FONDA/RED BULL CONTENT POOL WERNER JESSNER, SIMON SCHREYER

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Grimpeuse, 34 ans, AUT Retirée des compétitions d’escalade en 2013, elle devient, en 2017, la première femme à finaliser une voie 9b sur falaise.


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Chanteur, 41 ans, SUI Récompensé par le Swiss Music Artist Award en 2017 ; avec son album Brandneu, il chante pour la première fois en allemand.

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Batteur, 35 ans, SUI Après des études à Boston, il a joué dans le monde entier. Il est aussi producteur et vit à Ermatingen, près du lac de Constance.

Seven

Massimo Buonanno

Guitariste, 43 ans, SUI Joue également avec Müslüm et les Tequila Boys. Le Bernois poursuit en parallèle un projet solo intitulé 2forSoul.

Chanteuse et keyboardiste, 51 ans, USA Vit à Constance. Elle a accompagné Prince en tournée pendant sept ans. Depuis cinq ans, elle est membre du groupe de Seven.

Raphael Jakob

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Rose Ann Dimalanta

Instantané d’une home session de Seven (en haut à gauche) et de son groupe.

Soulfood to go

DIETRICH KAPULY

WOLFGANG WIESER

Les home sessions du roi de la soul suisse Seven offrent ce qu’il faut de bonnes vibes pour nous remonter le moral. Don’t worry… Lorsque Seven chante Immer noch, c’est bien sûr à sa chère et tendre qu’il pense. Dans une version à l’instrumentation minimaliste et à l’atmosphère néanmoins intense, ce titre parvient à diffuser ses vibes de bien-être d’une grande finesse. L’amour au temps du coronavirus, en somme. Le Suisse n’a pas besoin de déployer de grands moyens pour sa session de quarantaine : sa sublime voix de chanteur soul et trois formidables instrumentistes : Raphael Jakob, Massimo Buonanno et Rose Ann Dimalanta. Point final. Comment le groupe en est-il arrivé à organiser des home sessions diffusées sur Facebook ? « Le monde a perdu ses repères, chacun se bat avec ses problèmes et s’efforce de gérer au mieux la situation, explique Seven. Pour moi, dans des temps THE RED BULLETIN

comme ceux-là, il ne s’agit pas uniquement de prendre soin de soi, mais aussi de regarder autour de soi : qui a plus urgemment besoin d’aide et de soutien que moi ? C’est pourquoi, en tant ­qu’artiste qui ne peut pas se produire en concert ­actuellement, j’essaye de ne laisser aucune place aux aspects négatifs, afin d’envisager mon rôle ­autrement. Ou, comme le disait le compositeur ­Robert Schumann : « Envoyer de la lumière dans les ténèbres du cœur des hommes – tel est le devoir de l’artiste. » Concrètement : je fais de la musique à la maison et j’essaye d’envoyer des pensées et des ondes positives aux gens. Celles et ceux qui ont envie d’une ration supplémentaire trouveront leur bonheur dans la reprise du classique de Bob Marley Three Little Birds par ­Seven ; il le chante avec un tel feeling et en diffusant tellement d’optimisme qu’on a toutes les peines du monde à ne pas se mettre à bouger. Comme le dit d’ailleurs la chanson : « Don’t worry ’bout a thing, ’cause every little thing gonna be all right. » sevenmusic.ch ; Facebook : @sevensoul

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Tennisman, 26 ans, AUT Vingt années sur les courts à encaisser les bons comme les mauvais coups : Thiem est troisième au classement ATP.

Dominic Thiem

Maîtriser la courbe Comment un champion gère-t-il la pression ? Le joueur autrichien revient sur sa finale de l’Open d’Australie 2020 contre Djokovic.

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Une poignée de main après 3 h 59 heures de combat. Vainqueur de ­justesse : Novak Djokovic (à droite).

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5 1 er s e t

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« Perdre le premier set, ça fait toujours mal. Surtout contre d’excellents joueurs comme Djokovic. Alors pendant la pause, je respire un bon coup et je fais le point. C’était chaud, mais mon tour va venir. Et là, je sens un petit vent dans le dos : on ne peut pas ­influencer les éléments extérieurs, mais on peut s’y accrocher, s’en servir pour remonter. »

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2e set

« Djoko est maintenant exactement là où je veux l’avoir : son jeu est moins bon, hésitant. Mais il faut que je reste calme et concentré pour le maintenir dans cette situation aussi longtemps que possible. Ses fautes, plus nombreuses que les miennes, ne doivent pas me faire perdre mon calme, car il s’agit de ne pas l’énerver. »

3e set

4e set

3 « Je suis dans un bon flow : finis les moments de doute, on est passé au vrai tennis. Si je joue mal ou que je rate deux ou trois points, ça ne me fait rien, car je connais mes points forts, ceux qui m’ont amené à ce stade de ma carrière. Les erreurs sont vite oubliées, je me concentre sur la prochaine occasion, le prochain point à marquer. »

5e set

4 « Trois heures que je suis sur le court : on peut s’y sentir très seul. Dans ces moments-là, je me tourne vers mon box, où sont assis mon coach et ma famille. Je vois ces visages familiers qui me soutiennent, et leur énergie me booste énormément. Plus ça va mal, plus je les regarde : l’effet positif est immédiat. »

après le tournoi

5 « J’ai perdu. Et maintenant : le grand vide ! Les félicitations au vainqueur, la presse, les obligations. Pas cool. Pendant cinq jours, j’en bave. Mais ensuite, j’arrive à voir les choses ­autrement  : contre celui qui a remporté huit fois le tournoi, j’ai quand même assuré. Et il y aura certainement une revanche à prendre… »

THE RED BULLETIN

PHILIPP PLATZER/RED BULL CONTENT POOL, GETTY IMAGES

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CHRISTIAN EBERLE-ABASOLO

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Prévenir les épidémies grâce à la modélisation mathématique et à la simulation.

Visualisation du mouvement des particules bactérielles dans une pièce avec un système de ventilation par déplacement.

L’utilisation des mathématiques pour analyser la propagation des maladies épidémiques n’est pas un concept nouveau. Un des premiers modèles mathématiques compartimentaux de l’épidémiologie date de 1760 et a été présenté par Daniel Bernoulli pour étudier le taux de mortalité de la variole. Aujourd’hui, les médecins et les professionnels de la santé continuent à utiliser la modélisation mathématique et la simulation pour prévenir et contrôler les épidémies dans le monde moderne. Le logiciel COMSOL Multiphysics® permet de simuler des conceptions, des dispositifs et des processus dans tous les domaines de l’ingénierie, de la fabrication et de la recherche scientifique. Découvrez comment l’appliquer à l’analyse de la propagation des maladies épidémiques. comsol.blog/epidemiology-simulation


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Auteur et militant écologiste, 60 ans, USA McKibben a écrit 17 livres et a fondé une ­organisation internationale luttant contre le réchauffement climatique : 350.org.

Bill McKibben

Courage, soyons réalistes ! Dans cet essai, Bill McKibben nous questionne sur une approche courageuse de la vie, tels des aventuriers ou des athlètes outdoor. En champions du réel. Texte BILL McKIBBEN  Illustrations SÉBASTIEN THIBAULT

L

e petit microbe hirsute pourrait tout aussi bien être une armée d’envahisseurs extraterrestres : il est apparu soudainement, a frappé la planète entière en l’espace de quelques jours et nous a menacés avec des dégâts bel et bien réels. Pour une fois, nous avions un ennemi commun, et cet ennemi nous a incités à définir ce qui est « humain » de nos jours. De nombreux médecins et personnel médical ont voulu poursuivre leur travail malgré le manque de ­protection adéquate. À compter du tout premier docteur à Wuhan, qui s’est exposé non seulement à la maladie mais aussi à l’inquisition des autorités locales, des médecins et infirmières ont surmonté leurs inquiétudes et ont tout donné. Mais aussi les caissières, les livreurs, les boulangers, etc. Chacun savait qu’il prenait un risque, mais qu’il assurait un service essentiel. Ils ont donc pris sur eux et ont fait ce qu’il fallait faire. En agissant ainsi, ils ont tous – par leurs actes, non par leurs mots – exprimé une vérité fondamentale : la science relève de la réalité. Et c’est la réalité qui importe. Cela semble évident, mais ne l’est pas. Depuis des générations, une trop grande partie de notre société s’est comportée comme si la réalité n’était qu’une option. Nous avons regardé le monde à travers nos écrans. Des scientifiques nous disaient que la température était en train de grimper, que c’était grave. Mais nous n’y avons pas vraiment prêté attention. En fait, il semblait parfois que les seules personnes à prendre les changements au sérieux étaient celles (de moins en moins nombreuses) qui passaient le plus clair de leur temps à l’extérieur. Des agriculteurs qui ne pouvaient pas mettre en culture ; des pompiers qui se trouvaient confrontés

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à des incendies de plus en plus graves. Et des athlètes qui trouvaient la glace trop fragile pour l’escalader, des skieurs qui cherchaient la neige lors d’hivers de plus en plus chauds. Lorsque vous vous trouvez au beau milieu d’une cascade de glace, votre vie suspendue à vos crampons et à votre piolet, vous devez sérieusement tenir compte de la physique : la température de l’air est une question de vie ou de mort. Mais la plupart d’entre nous, la plupart du temps, ne ressentions pas cela. Nous avons commencé à nous convaincre qu’après tout, la science était peut-être négociable, que la physique viendrait peut-être à notre rencontre. Il est tellement simple de se réfugier dans un monde imaginaire lorsqu’on passe la majorité de son temps sur Facebook et Instagram. Le coronavirus a mis fin à cela, pour l’instant tout du moins. Tout à coup, nous avons été obligés de voir que la biologie était bien réelle. Il n’y avait pas moyen de faire faire demi-tour à ce virus, pas moyen de le forcer à un compromis. Nous étions dans l’obligation de changer, car lui n’allait pas le faire – et du coup nous avons chamboulé nos vies.

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ous nous sommes mis à l’abri, avons gardé nos distances. Tout à coup, chacun d’entre nous avait un point commun avec l’aventurier tirant son traîneau en Antarctique ou chevauchant son VTT sur la ligne de partage des eaux d’Amérique du Nord : c’est la réalité qui décidait. Nous allions devoir obéir à ses lois, pas aux nôtres. Beaucoup de personnes se sont retrouvées désarmées face à ces bouleversements : elles avaient grandi dans des villes ou des banlieues où la nature était masquée par toute une infrastructure. (Savez-vous d’où vient votre eau ? Et où partent THE RED BULLETIN


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« Tout à coup, chacun d’entre nous avait un point commun avec l’aventurier. » vos eaux usées ?) D’un seul coup, la nature dictait les règles : garder une distance de deux mètres, se laver les mains dix fois par jour, rester chez soi. Enfreignez les règles et vous pourriez bien mourir. Le temps est l’une des caractéristiques les plus perceptibles de la réalité physique. Si vous avez pour 3 heures d’oxygène dans votre bouteille, mieux vaut être de retour à la surface au bout de 2 h 45. Si la météo prévoit un orage au sommet de la montagne pour 17 heures, mieux vaut planifier votre randonnée de façon à être arrivé au parking avant les premiers éclairs, ou d’être au moins descendu sous la ligne de faîte des arbres. Si vous participez à une course, l’heure tourne. Mais dans le monde abstrait de la politique, le temps est suspendu : vous pouvez mener les mêmes débats pendant des années, d’une élection à l’autre. C’est une des raisons pour lesquelles les problèmes comme le réchauffement climatique sont tellement difficiles à traiter par les politiques. Car ces perturbations physiques reposent sur une réalité concrète, elles exigent des actions adéquates en temps utile : si vous ne faites rien, elles empirent irrévocablement. La molécule de dioxyde de carbone ne peut être persuadée ou contrainte à trouver un compromis. La physique et la chimie ne se négocient pas ; elles sont. Si vous mettez une quantité x de carbone dans l’atmosphère, la température augmentera de y degrés ; pas la peine d’argumenter qu’il ne faut pas qu’elle le fasse. C’est comme de dire à une avalanche de ne pas glisser : si l’angle et la neige remplissent les conditions, elle va se déclencher. Votre seul choix dans cette histoire est d’être sur son chemin, ou pas. 48

Ainsi, imaginons qu’il y a trente ans, nous ayons pris au sérieux les mises en garde des scientifiques, lorsqu’ils nous ont prévenus de l’augmentation anthropogène de la température de la planète et de ses conséquences désastreuses. Nous aurions pu prendre un minimum de mesures et aujourd’hui, nous aurions surmonté le pire de la crise climatique. Une petite taxe sur les émissions de carbone, et cet énorme pétrolier qu’est notre économie mondiale aurait changé sa trajectoire de quelques degrés à tribord – un changement de cap minimal qui aurait eu des répercussions considérables. Mais ce n’est pas ce que nous avons fait – nous avons continué tout droit, et maintenant nous sommes vraiment dans le pétrin, face à des changements si importants que même avec un effort considérable, nous ne pouvons plus les empêcher. Il est toujours plus simple pour ceux qui contrôlent le monde de continuer à faire comme ils font ; l’inertie est une force puissante et profitable. Nous avons donc fini par vivre dans ce monde imaginaire parce qu’il était plus simple pour nous tous de ne pas changer.

L

a pandémie du coronavirus a donné un coup de projecteur sur ce problème. Les pays qui ont agi très vite – en faisant des tests, en empêchant les rassemblements de personnes – ont connu des perturbations et leur économie en a pris un coup. Puis le pire est passé. Or les pays qui on tardé – qui ont simplement espéré s’en sortir en attendant que tout passe – se sont retrouvés avec beaucoup plus de victimes, beaucoup plus de dépenses et beaucoup plus de peur. Le fait est que l’on ne peut échapper à la réalité. Un monde habitué à vivre par le biais de ses écrans oublie cela. Si quelque chose se passe mal dans votre jeu vidéo, vous pouvez le réinitialiser et tout recommencer. Mais si quelque chose tourne mal dans le monde réel, il faut y faire face. Si vous n’affrontez pas le problème immédiatement, ou si vous prenez la mauvaise décision, les difficultés s’amplifient ; si vous choisissez la mauvaise descente le long d’un couloir, vous risquez de vous retrouver au-dessus d’un surplomb infranchissable. Dans le monde réel il n’y a pas moyen de tricher. Nous parlons beaucoup de courage lorsqu’il s’agit d’aventure : le courage de surmonter ses peurs, le courage de voguer vers l’inconnu, le courage de risquer sa vie. Mais il serait bien possible que le courage ultime consiste simplement à faire face à la réalité, à être honnête avec soi-même. Il n’y a absolument aucun point positif concernant la pandémie qui a dévoré cette année – qui a consumé tellement de personnes. Mais la majorité d’entre nous a survécu, et ce qui ne nous tue pas devrait nous rendre plus intelligents. Dans ce cas précis, cela veut dire comprendre que la réalité n’est pas une option. Le courage, c’est se confronter au monde dans lequel nous vivons, et non le monde dans lequel nous aimerions vivre. C’est se confronter à la réalité, très concrètement, et très vite. THE RED BULLETIN


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Pilote, 31 ans, SUI Il est double vainqueur des 24 heures du Mans et a deux fils avec lesquels il construit des voitures de course LEGO.

Sébastien Buemi

« Quand on ne peut sortir d’entre ses quatre murs, le LEGO offre une super occasion de créer quelque chose de ses mains, en famille ou en solo. Au début, c’est un amoncellement de pièces et à la fin, vous obtenez un morceau de technologie qui fonctionne, avec lequel les adultes peuvent aussi s’amuser. Jules, l’aîné de mes deux fils, a quatre ans. Avec lui, j’ai l’impression de construire 50

THE RED BULLETIN

WERNER JESSNER

des véhicules Lego 24 heures sur 24. En ce moment, nous travaillons sur une moto de cascadeur avec un ­camion, ensuite nous ferons une ­Porsche du Mans qu’il a choisie. Trois conseils de ma part : soyez ­organisé et ne mélangez pas les kits. Deuxièmement : assurez-vous d’avoir suffisamment d’espace pour assembler les kits. Troisièmement : faites participer les enfants à la r­ echerche de pièces. Leurs petits yeux de lynx trouvent parfois ce que nous, les adultes, avons manqué dix fois ! »

THOMAS STÖCKLI/RED BULL CONTENT POOL, THE LEGO GROUP

Quand le pilote auto passe en catégorie LEGO

Une Porsche 911 RSR, avec ses 1 580 pièces : un jouet cool à l’échelle 1:8.


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Vététiste, 26 ans, SUI Il faisait du vélo avant même de marcher. Pas étonnant que ce champion de VTT ne se sente à l’aise qu’en selle.

Lars Forster

Judith Wyder

PHUL GALE/RED BULL CONTENT POOL, JAQUES GROBLER

WOLFGANG WIESER

Le cyclisme est une autre façon de dire qu’on est libre

Avant d’enfourcher son vélo de montagne pour franchir des collines et des vallons, Lars Forster ­médite : « … et je visualise le meilleur scénario. » Il poursuit la méditation en ces temps de confinement bien qu’il ne monte pas quotidiennement sur son vélo. Elle l’aide à chasser les pensées négatives : « Je pense aux bons moments des prochains jours et des prochaines semaines. Je fais ainsi le plein d’énergie positive. » Le jeune homme de Rapperswil (canton de Saint-Gall) est une personne joyeuse particulièrement chaleureuse. Est-ce son caractère originel, ou bien la pratique du VTT qui le met dans cet état ? « Comme je pédale depuis ma petite enfance, il est

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Coureuse d’orientation et de trail, ­physiothérapeute, 32 ans, SUI La Bernoise explique ici comment elle se motive à dépasser ses limites.

difficile de répondre à cette question de manière objective. Je pense que c’est un mélange des deux. » Il passe ses journées à la maison avec sa petite amie et sur son vélo : « L’entraînement à l’extérieur est autorisé, c’est pourquoi je suis souvent sur la route. » Et il poursuit sa réflexion et s’interroge : « Qu’est-ce que la liberté pour moi ? » La r­ éponse lui vient tout naturellement : « Prendre mon vélo et parcourir notre belle nature. » Ou, pour p ­ araphraser ce vers d’un classique rock de Janis J­ oplin : le cyclisme, au fond, n’est rien d’autre qu’une façon de dire qu’on est libre.

« Quand je m’entraîne, je ­remarque régulièrement que le corps se défend contre la tension. Cela ne s’explique pas, pas plus que cela ne peut se mesurer. Ce n’est qu’une sensation. Une sensation qui me fait réaliser que je m’approche de ma l­ imite. Je me conditionne alors intensément avec des monologues intérieurs pour retrouver une nouvelle ­motivation. Ce que je me dis dans des moments comme celui-­ci  ? « Tu es capable de r­ elever ce défi, profites-en ! Tu es capable de gérer cette ­situation. »

larsforster.ch

Judith Wyder sur le terrain. Pour se motiver lors de courses particulièrement exigeantes, elle se dit : « Tu peux le faire, profites-en ! » indurance.ch THE RED BULLETIN

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Coach en résilience, 47 ans, GER Pris en otage par un groupe terroriste il y a vingt ans, il est aujourd’hui spécialiste des situations de crise.

Marc Wallert

L Comment sa captivité peut vous aider

Otage durant 140 jours : face au défi de sa vie, il découvre en lui des ressources insoupçonnées. Aujourd’hui, il vous aide à s­ urmonter les crises. Texte PETER PRASCHL

e dimanche de Pâques de l’année 2000, Marc Wallert (27 ans à l’époque) et ses parents se trouvent sur l’île de Sipadan en Malaisie, quand ils sont enlevés, avec 18 autres touristes et employés de leur hôtel, par un groupe de terroristes islamistes. Emmenés au fin fond de la jungle sur une petite île des Philippines, ils y resteront quatre mois et demi, à subir le manque de nourriture, les menaces de mort, les attaques régulières de l’armée philippine, tout ceci dans des conditions sanitaires déplorables. Marc Wallert, qui travaillait avant cet événement tragique comme conseiller et manager pour des entreprises internationales, est aujourd’hui ­expert et coach en résilience auprès de personnes et d’organisations. Comment a-t-il fait pour surmonter la plus dure épreuve de sa vie ? ­Réponse en neuf points.

1 Accepter la situation

Lorsque mes parents et moi avons été pris en otages, notre première pensée a été : « Ah, si ­seulement nous n’avions pas annulé cette plongée de nuit, nous serions certainement libres à l’heure qu’il est. » S’il est normal et compréhensible d’avoir une telle réaction, c’est aussi terriblement contreproductif. Parce que lorsqu’on est pris dans une ­situation difficile, la première des choses à faire est de l’accepter, et non de lui tourner le dos : c’est comme ça, on ne peut pas revenir en arrière, on ne peut plus changer le passé. Mais ce que l’on peut faire, c’est y faire face et l’affronter du mieux possible. Et parce que cela va nous demander toute notre énergie, autant ne pas la gaspiller.

2 Rester réaliste

Cela veut dire ne pas céder à la panique, sans basculer non plus dans un optimisme irréaliste. Il y a un équilibre à trouver entre trop de stress et pas assez. Si la peur paralyse, il est tout aussi dangereux de se voiler la face, car on risque de ­s’effondrer si la situation empire. Nos kidnappeurs nous avait dit (au d ­ ébut) que nous serions libérés

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Marc et d’autres otages (en haut à g.), auprès de sa mère malade (en haut à dr.), dans le camp (en bas à g.) et lors de sa libération .

au bout de deux, trois jours… et au final, nous sommes ­restés ­prisonniers pendant 140 jours. Il est donc primordial de rester réaliste quant aux risques que l’on court, de se préparer mentalement et physiquement à un très long scénario, d’apprendre à g ­ érer ses sentiments et son alimentation… Sans cela, chaque coup dur supplémentaire peut nous entraîner un peu plus vers le bas.

STEPHANIE WOLFF, REUTERS

3 Imaginer une fin heureuse

Avant de participer à une compétition importante, les sportifs de haut niveau se préparent ­aussi mentalement, ils font un travail de visualisation : certains se projettent des images dans la tête, par exemple en s’imaginant sur le podium, ou en train de battre leur propre record. Cette technique, je l’ai aussi utilisée en captivité, en visualisant une fin heureuse à ce qui m’arrivait. Je me suis ainsi imaginé après ma libération, assis à la terrasse d’un café au Luxembourg (où je travaillais à l’époque) en train de commander un cappuccino. Cela m’aidait à renforcer mon état émotionnel.

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« Nos ravisseurs on dit ­vouloir couper nos têtes… J’ai lâché aux autres : “Là, il s’agit de garder la tête sur les épaules !“ »

4 Se retirer dans sa bulle

À trop se laisser ronger par les difficultés, on devient fou. D’où l’importance de savoir aussi ­déconnecter de temps en temps : en lisant, en ­méditant, en s’adonnant à une pratique spirituelle. Pendant notre captivité sur l’île, nous avions pris l’habitude de nous raconter, le soir, toutes les choses positives de la journée. Nous imaginions des plats délicieux, nous nous racontions des histoires. Le fait de sortir la tête de mes problèmes me donne ainsi plus de force pour pouvoir les affronter.

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5 Se bouger

C’est justement dans ces situations où l’on est contraint à la passivité et à l’attente qu’il convient de ne pas y céder et de rester actif, tant qu’on peut. Quand nous étions dans la jungle, nous avons construit des toits pour nous protéger de la pluie, nous avons écrit ce qui nous arrivait. Subir entièrement une situation affaiblit encore davantage, alors que rester actif crée une dynamique de renforcement.

6 Aider les autres

7 Garder le sens de l’humour

Lorsque plus rien ne marche, la dernière des armes pour venir à bout d’une situation, c’est de ­savoir en rire. Certes, l’humour n’apporte aucune solution, mais il permet, au moins pour un instant, de libérer la tension. Lorsque nos ravisseurs nous ont dit qu’ils allaient nous couper la tête, j’ai lâché aux autres : « Là, il s’agit de garder la tête sur les épaules ! » Évidemment, l’humour ne doit pas se faire aux dépens des autres, chacun ayant sa propre sensibilité, surtout en situation de crise.

« Quelles sont les choses que je veux encore faire avant de mourir et celles dont je peux me passer ? »

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Marc Wallert avec les otages libérés (deuxième à gauche) ; ­retrouvailles avec sa mère, libérée avant lui (en bas).

8 Prendre soin de soi

Faire du sport, se bouger, faire attention à son alimentation et à son hygiène corporelle : toutes ces choses qui sont déjà importantes en temps normal deviennent absolument vitales lorsqu’on est face à soi-même. Pour plusieurs raisons : parce que c’est important pour l’estime de soi, parce que ça nous occupe l’esprit, mais aussi (et surtout) parce que ça nous permet de tenir physiquement face aux ­difficultés. Si nous n’avions pas accordé un soin ­méticuleux à notre hygiène corporelle lorsque nous étions prisonniers au fin fond de la jungle, les conséquences auraient pu être fatales, tout simplement.

9 Tirer des leçons

Même si ça peut paraître étrange, il faut voir chaque crise comme une opportunité pour avancer et faire évoluer sa vie. Reprendre exactement la même vie qu’avant, comme un robot, c’est laisser passer cette chance. Au contraire, il est important d’utiliser le temps qui nous est offert pour réfléchir aux questions auxquelles on n’a pas le temps de penser : qui suis-je ? Quelles sont les choses que je veux ­encore faire avant de mourir, quelles sont celles dont je peux complètement me passer ? De telles situations nous apprennent à mieux apprécier la vie. REUTERS, PICTUREDESK.COM

Surmonter une situation de crise est beaucoup plus facile à plusieurs que lorsqu’on est tout seul, c’est évident. Il est donc essentiel de garder le contact avec les gens, tant qu’on a accès à un ­téléphone ou à Internet. Pouvoir échanger des conseils ou des expériences, apporter du réconfort, s’aider mutuellement ou tout simplement rire avec quelqu’un de temps en temps : tout ça permet de mieux supporter la situation. Sans oublier le fait que se sentir utile, investi d’une mission, peut être incroyablement salvateur lorsqu’on est contraint à la passivité. Durant ces 140 jours, je me suis ­surtout occupé de ma mère, qui supportait très mal les conditions de détention. Voir que l’on avait besoin de moi m’a donné encore plus de force pour tenir.

Crises : les surmonter, les utiliser, chez Econ Verlag. En allemand.

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Pointure du rock, 52 ans, GBR Avec Radiohead, le guitariste a joué dans des stades partout sur la planète. Mais pour trouver l’inspiration, il tient à s’isoler.

Ed O’Brien

« Les oiseaux ont des talents naturels de chanteurs d’opéra »

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MARCEL ANDERS

« En 1998, je n’étais pas satisfait de ce qui se passait avec le groupe. Nous étions en tournée pour OK Computer (troisième album, multi-platine, ndlr) et c’était tout simplement trop pour moi. J’étais épuisé, déprimé, et je buvais trop. Je n’arrivais pas à gérer ce succès rapide et soudain, ni l’exposition médiatique. Lorsque je suis rentré chez moi, j’ai retrouvé la solitude grâce à de longues balades dans la ­nature. C’était le meilleur moyen pour me vider la tête et chasser les idées noires. Écouter et ­observer les oiseaux faisait partie de ce rituel. Mon grand-père adorait observer les oiseaux. Dans mes souvenirs d’enfance les plus anciens, lors de nos vacances en Cornouailles, il portait des jumelles et nous montrait les oiseaux. Ils l’émerveillaient. Je n’appréciais pas tellement cela lorsque j’étais jeune, mais en vieillissant, je suis tombé moi-même de plus en plus sous le charme. Ce que je préfère, c’est être au beau ­milieu de la nature, parmi les arbres, en compagnie de tous les oiseaux.

Les sons qu’ils sont capables de produire sont fantastiques si l’on considère la taille de leur corps. La gamme vocale de certains en fait l’équivalent de chanteurs d’opéra. J’aime tout particulièrement les écouter à l’heure bleue du petit matin, lorsqu’ils entrent en concurrence pour trouver un partenaire d’accouplement… C’est vraiment magnifique. L’ambiance est tellement joyeuse, vitale et inspirante. Les oiseaux représentent la liberté et l’indépendance, voilà. Le Pays de Galles (où O’Brien a composé la musique pour son premier album solo, Earth, ndlr) est un paradis ornithologique. Les populations d’oiseaux y sont incroyablement variées. J’aime tout particulièrement les phragmites aquatiques. Ils sont extrêmement rares, mais ce sont des créatures merveilleuses et leur chant est spectaculaire. C’est toujours exaltant de les regarder vaquer à leurs petites affaires. » La voix des oiseaux sur Birdsong Radio ; rspb.org.uk

UNIVERSAL MUSIC, NATURE PHOTOGRAPHERS LTD/ALAMY

À chaque fois qu’il se sent vide et épuisé, le guitariste de Radiohead se ressource en écoutant le chant des oiseaux.

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Musicien et producteur, 71 ans, GBR Eno est celui qui a propulsé Roxy Music, inspiré David Bowie, réinventé Coldplay et inventé la musique ambient. Entre autres.

Brian Eno

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Chanteuse, 29 ans, USA Numéro un des charts US à 13 ans, elle s’est brouillée avec son label et n’a pas pu sortir de musique pendant dix ans.

JoJo

Il y a du changement dans la répétition

SHAMIL TANNA, SOME WONDERFUL OLD THINGS/ALAMY, WARNER MUSIC

FLORIAN OBKIRCHER

En 1975, avec l’artiste Peter Schmidt, il publie une boîte de 113 cartes pour aider les artistes en panne d’inspiration. David Bowie, REM et Coldplay ont utilisé ses Stratégies obliques pour explorer de nouvelles voies dans leur créativité. Sur l’une d’entre elles, on lit « La répétition est une forme de changement », qui invite à l’inspiration même quand la vie semble stagner. « La répétition est une occasion pour votre cerveau de devenir inventif, dit Eno. Il existe un essai écrit en 1959 par le cybernéticien Warren McCulloch intitulé Ce que l’œil de la grenouille transmet au cerveau de la grenouille. On venait de découvrir que l’œil de la grenouille reste immobile. Essayez de fixer quelque chose du regard, et progressivement, tout ce que vous regardiez va disparaître, car les cônes et les bâtonnets dans votre œil saturent et vous ne voyez plus ce que vous observiez. L’œil de la grenouille fonctionne ainsi. Elle est assise, son regard sature, et lorsqu’une mouche passe, c’est la seule chose qu’elle voit. Lorsque vous êtes absorbé dans une boucle, vous vous concentrez sur des détails que vous ignoriez jusque-là. Ainsi ne désespérez pas si la vie semble tourner en boucle. La répétition est un exercice extrêmement utile. »

À la fin des années 70, David Bowie a utilisé les Stratégies obliques pour créer sa légendaire trilogie berlinoise d’albums, dont Heroes.

En 2004, le premier album de Joanna « JoJo » Levesque arrive en tête du Top 40 américain et dans le Top 10 européen.

Où vous mènera le tapis de course ? « Pendant dix longues années de ma vie, je n’étais pas en possession de ma propre voix. C’était horrible. Comment faire face ? Je pense qu’il est important d’avoir une structure de soutien composée de personnes qui croient en vous coûte que coûte, même lorsque vous ne voyez pas encore où vous allez. Je me concentrais sur ce que je pouvais contrôler et avançais pas à pas. C’est comme sur un tapis de course : on court à fond pendant trois minutes, puis on ralentit deux minutes. Pendant ce temps, on reprend ses forces pour les mobiliser lors du sprint suivant. » Good to Know, le nouvel album de la chanteuse JoJo vient de s­ ortir sous son propre label, Clover Music ; iamjojoofficial.com

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Footballeur, 28 ans, BRA L’attaquant du PSG, et international brésilien, compte parmi les meilleurs joueurs de football au monde, et les plus suivis sur les réseaux.

Neymar Jr Inbox: THE POWER OF LIFE ISSUE Re

Thoughts in these times

To

The Red Bulletin

From Neymar da Silva Santos Júnior <neymar@xxxxxxxxxx>

Message d’un ami au Brésil À l’heure où le monde vivait une expérience commune, nous avons reçu cet email inhabituel…

Friday, 10 April, 2020 at 09:57

Olá Se eu pensar só em mim e na minha equipe, o PSG, pergunto a você: Tinha momento mais inadequado para os campeonatos pararem ?? Mas acho que agora é hora da gente cuidar do planeta, de salvar vidas. É hora dos especialistas e governantes tomarem as decisões mais corretas possíveis para salvar o maior número de vidas. Os dirigentes de clubes e federações terão as respostas adequadas para esta questão. Eu vou continuar treinando, todos os dias, esperando o retorno aos gramados porque eu sei que o esporte voltará. O esporte é muito importante na vida de cada ser humano e voltará ainda mais forte, tenho certeza. Eu passei um bom tempo em reclusão, isolamento em razão das lesões que sofri em 2018 e 2019. Foram momentos muito difíceis mas que me deram um aprendizado muito grande relacionado a manter foco, me recompor e recuperar a autoconfiança. Então este momento, individualmente, eu conheço bem e sei exatamente o que fazer para pra manter a cabeça boa. A grande diferença é que agora não e uma questão individual. Essa pandemia parou o mundo e não sabemos quando nem como as coisas ficarão depois que isso tudo passar. Não é só uma questão de “manter o foco”, mas de preocupação com as nossas famílias, com as pessoas que amamos e com o planeta. Vamos ficar em casa, cuidando uns dos outros e esperar esse momento passer São três cães, o Poker, o Flush e o Truco. São meus zagueiros neste período. Hahahahaha Eles moram no Brasil e é muito bom passar esse período com eles, sempre gostei muito de cachorros. E não tem muita técnica pra treinar com eles não, é só jogar à bola e correr q eles vêm todos juntos pra me desarmar... E vou te falar, eles dão trabalho pra mim… hahahahaha Eu que tenho que melhorar pra enfrentá-los. Hahahahahahaha

TRADUCTION

Valeu, um abraço, Neymar Jr

Salut,

En 2018-19, mes blessures m’ont imposé de longues périodes d’isolement, des périodes difficiles, mais où j’ai beaucoup appris, notamment à rester concentré, à guérir et à ­retrouver la confiance en moi. De ce fait, le moment que nous vivons me parle, et je sais comment agir pour garder la tête froide. La nouveauté tient au fait que je ne suis pas le seul à vivre cette situation. La pandémie a figé le monde et nous ignorons ce qu’il ­adviendra lorsqu’elle s’arrêtera. Nous ne savons même pas quand elle finira. Nous devons garder la tête froide, mais nous préoccuper aussi de nos proches, de ceux qui nous sont chers en ce monde. Soyons patients, respectons le confinement et prenons soin les uns des autres. Mes trois chiens, Poker, Flush et Truco sont mes adversaires ces temps-ci. Hahahahaha Ils ne quittent jamais le Brésil, et c’est super de passer du temps avec eux. J’ai toujours aimé les chiens. L’entraînement avec eux reste techniquement limité. Je me contente de courir avec le ballon en les empêchant de me le chiper… Et croyez-moi, ce n’est pas une mince affaire… Hahahahaha

Neymar Jr, chez lui, au Brésil, près de Rio de J­ aneiro avec ses « partenaires » du moment.

Je dois m’améliorer pour les battre ! Hahahahahahaha Courage et prenez soin de vous, Neymar Jr 58

THE RED BULLETIN

HADRIEN PICARD/RED BULL CONTENT POOL

TOM GUISE

Si je ne pensais qu’à moi et à mon équipe, le PSG, je me dirais : est-ce vraiment le moment le plus opportun pour que les championnats s’arrêtent. Mais je pense que l’heure est à la sauvegarde de la planète et des vies humaines. Les experts et les autorités étatiques doivent à présent prendre les décisions adéquates pour sauver le plus grand nombre de vies. Les responsables des clubs et des fédérations sauront faire face à la situation. Je m’entraîne tous les jours, en attendant de retrouver le terrain. Le sport sera bientôt de ­retour, j’en suis sûr. Il tient dans la vie de chacun une place importante, qui ne manquera pas de se développer à l’avenir.


« Le sport sera bientôt de retour, j’en suis sûr. » Neymar Jr et son tee-shirt du tournoi de football à cinq qui porte son nom.


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Satellite habitable en orbite terrestre basse, la Station spatiale internationale (ISS) héberge entre trois et six humains qui se relaient tous les six mois environ.

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Andrew Morgan

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Jessica Meir

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Chris Cassidy

L’équipage de l’ISS

Ingénieur de vol de la NASA, 44 ans, USA. L’ancien médecin de l’équipe de parachutistes de l’armée américaine est ­d evenu astronaute en 2013. Sa dernière mission à bord de l’ISS a duré neuf mois.

Ingénieure de vol de la NASA, 42 ans, USA. Le 18 octobre 2019, Jessica Meir a effectué la ­première sortie dans ­l ’espace entièrement féminine avec son homologue américaine Christina Koch.

Ingénieur de vol de la NASA, 50 ans, USA. Ancien membre de l’armée américaine et des Navy SEALs, Cassidy a entrepris sa formation d’astronaute en 2004. Actuellement à bord de l’ISS pour la seconde fois.

-0:45

Flanquée de Morgan (à gauche) et de Cassidy, Jessica Meir discutait avec The Red Bulletin depuis l’ISS le 10 avril.

Le chat vidéo est devenu normal. Banal. Pour la conversation en direct à laquelle nous dédions cet article, une seule des deux personnes était sur Terre. Original. Entretien TAHIRA MIRZA  Texte TOM GUISE

Alors que Jessica Meir préparait son vol de retour sur Terre depuis la Station spatiale internationale en avril dernier, elle allait retourner dans un monde différent de c­ elui qu’elle avait quitté le 25 septembre 2019, depuis Baïkonour (Kazakhstan). Cela ne tient pas qu’au Covid-19. Toute personne qui contemple la planète bleue depuis l’espace expérimente l’overview effect : vous voyez la Terre telle qu’elle est vraiment : une boule de vie fragile, sans frontières nationales ni conflits humains, suspendue dans le vide, protégée par l’atmosphère. Au moment de l’entretien avec The Red Bulletin, Andrew Morgan a déjà passé neuf mois dans la Station. Que peut-il nous raconter sur l’isolement ? « C’est mon domaine !, rit-il. L’une des choses les plus importantes est de vivre selon une routine. Nous avons un programme et nous le suivons à la 60

lettre. Nos exercices, notre hygiène personnelle, notre sommeil… Tout est programmé. Une autre de nos réalités qui s’applique très bien à la situation sur Terre en ce moment est d’être un bon équipier, de penser à l’impact de nos gestes sur les autres. » Jessica Meir évoque les bénéfices à retirer de la situation présente : « Pour nous, s’adapter aux changements et aux obstacles imprévus fait partie de notre travail quotidien. C’est l’une des choses auxquelles les astronautes sont préparés. La crise terrestre actuelle comporte de nombreux aspects terribles, mais j’espère que tout cela aura aussi des impacts positifs. Ce que nous pouvons faire, c’est essayer de voir le bon côté des choses. Par exemple, privilégier les liens avec nos êtres chers. Les gens correspondent davantage qu’avant cette pandémie, et contactent les membres de leur famille plus régulièrement. Faire ressortir un peu plus cette dimension humaine innée, rappeler aux gens ce qui est vraiment important… avec un peu de chance, nous allons y accorder plus d’importance. » Toutes les vidéos des missions de l’ISS sur youtube.com/user/NASAtelevision

THE RED BULLETIN

NASA

Si loin et pourtant si proches


Meir (photographiée par sa collègue Christina Koch) lors d’une sortie de maintenance dans l’espace au cours de sa récente expédition. Sous elle, l’océan Pacifique au large de la Nouvelle-Zélande.

16 levers et couchers de soleil par jour, 109 m de largeur et 73 m de long : l’ISS orbite autour de la Terre à une altitude maintenue entre 350 et 400 km toutes les 90 minutes, à plus de 27 500 km/h. THE RED BULLETIN

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Épéiste, 32 ans, SUI Lors des championnats du monde 2018, l’escrimeur, dans le top 10 depuis 2009, a remporté l’or avec l’équipe suisse.

Un adversaire sympa à la maison Lorsque Max Heinzer prend son épée dans sa maison de Küssnacht (canton de Schwytz), son adversaire, lui, est déjà prêt. D’ailleurs, il l’est toujours… L’opposant du jeune ­athlète est un bras artificiel accroché au mur, brandissant son fer. L’écuyer muet lui rend de pré­­ cieux services depuis 2011 : « Je l’ai construit après une blessure afin de pouvoir m’entraîner à la maison. » Il se compose d’une ossature en acier chromé et d’une coque en 62

Fine lame : Max Heinzer s’entraînant à la maison.

­ atériau d’isolation, mousse et de m film plastique, l’engin est fixé sur une armature de douche, ce qui ­permet de régler la hauteur. Dans les circonstances actuelles, une chose est sûre, Max Heinzer est ravi d’avoir ce compagnon chez lui, toujours prêt à croiser le fer : « Il est mon plus ­féroce adversaire. » THE RED BULLETIN

VALERIANO DI DOMENICO/RED BULL CONTENT POOL, RDB/BLICKSPORT/BENJAMIN SOLAND

WOLFGANG WIESER

Max Heinzer


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Snowboardeuse (et plus), 39 ans, SUI Cette pro du snow freeride, du base-jump et du wingsuit a dû, avant de réaliser des exploits, apprendre la patience.

Géraldine Fasnacht

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Ex-rugbyman, 31 ans, GBR Paralysé suite à un mauvais plongeon, il épate les médecins par la détermination avec laquelle il retrouve sa mobilité.

Ed Jackson

En attendant Verbier Aucune pente n’était trop raide ou trop rapide pour elle. Dès ses quinze ans, Géraldine Fasnacht trépigne, elle n’a qu’une obsession : participer à l’Xtreme de Verbier, la compétition de ski freeride la plus dingue des années 90. Refus des organisateurs : trop jeune ! L’intrépide ado ravale sa déception… et patiente : « Je m’entraînais énormément et participais souvent à des courses, que je remportais, la plupart du temps. » En 2001, six années après le premier refus, un coup de fil : elle est admise à Verbier. Géraldine remporte la compétition. Le début de sa carrière pro dans le freeride.

Rire et se reconstruire Depuis son accident qui l’a rendu quadriplégique en 2017, Jackson écrit dans un journal les hauts et les bas de son incroyable aventure. Presque totalement paralysé, il a travaillé sans relâche à la poursuite de son objectif. Aujourd’hui, il peut marcher, et il a même gravi plusieurs sommets, comme le mont Snowdon (au Pays de Galles) ou le pic Mera (au Népal), au profit de son association caritative, M2M Presents. Extrait du 289e jour de son journal…

WOLFGANG WIESER, RUTH MORGAN SEBASTIEN BARITUSSIO, MATT KELLY

Ed s’est fracturé les vertèbres C6 et C7 et brisé un disque après un plongeon dans une piscine lors d’un barbecue familial en 2017.

Géraldine Fasnacht s’éclate à Verbier. Suivez-la sur Insta : @geraldinefasnacht THE RED BULLETIN

« J’ai vite compris que l’humour serait une super manière d’apporter de la légèreté dans mes périodes les plus sombres. La plupart des rugbymen me comprendront si je dis qu’il y a quelque chose d’incroyablement réconfortant à se faire emmerder par ses potes.

Il n’ont pas mis bien longtemps avant de commencer à me mettre en boîte. Le premier cadeau auquel j’ai eu droit à l’hôpital de la part d’un de mes amis – qui savait parfaitement que je ne pouvais pas bouger du cou jusqu’aux orteils –, c’était des balles de jonglage. Il me les a fait tomber sur la poitrine en me disant : “Voilà, mon gars. Comme tu vas rester ici un moment, je me suis dit, autant que tu apprennes quelque chose de nouveau.” Certains trouveront ça dégueulasse, moi, ça m’a bien fait marrer. J’ai alors réalisé à quel point il était important de continuer à rire malgré toute cette merde – et je n’ai pas arrêté depuis. J’ai encore les balles : elles m’ont aidé à améliorer ma force de préhension, donc rira bien qui rira le dernier. »   63


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Promoteur de spectacles, 45 ans, USA Depuis 2007, son entreprise Insomniac est à l’origine des plus grands événements de musique électronique aux États-Unis.

Pasquale Rotella

Rien ne peut arrêter la fête Un monde en confinement, un roi de la culture festive qui ne perd pas le nord, et l’histoire d’un moment d’autoisolement qui fut le point de départ d’une party à l’échelle planétaire. Texte LOU BOYD  Photos WOLFGANG ZAC

Quinze jours après la fête Beyond Wonderland, le photographe Wolfgang Zac a pris ces clichés lors du HARD Summer Staycation Virtual-A-Thon, du promoteur Insomniac, dirigeant ses modèles depuis son ordi. En bas à droite, Disinfecto assainit le DJ booth des bureaux d’Insomniac, entre deux sets d’artistes.

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Pour documenter les mega teufs virtuelles d’Insomniac, Wolfgang Zac est devenu photographe de fête à distance : « Je ne me rappelle plus qui est la fille sur la photo, mais plus de 50 000 personnes la suivent sur I­ nsta. Je l’ai appelée sur FaceTime et me suis r­ etrouvé dans son salon. J’ai eu du mal à la prendre en photo, car elle tenait toujours à prendre la pose. Lorsque je lui ai demandé si elle avait à boire, elle a pris son verre de vin. J’avais ma photo. »

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L

e vendredi 20 mars 2020 devait être le coup d’envoi du festival tant attendu Beyond ­Wonderland, en Californie du Sud. Mais alors qu’une crise mondiale s’apprêtait à tout arrêter, les fans d’EDM commencèrent à s’inquiéter. Le 19 mars, la Californie imposa un confinement dans tout l’état : le festival était mort. Mais pas pour le fondateur de Beyond Wonderland, Pasquale ­Rotella, qui y vit une occasion de faire quelque chose d’exceptionnel, et transforma ce week-end en premier rave virtuel du monde. La fête dura deux jours, et 3,5 millions de fêtards se sont retrouvés pour ce qui pourrait bien être le plus grand rassemblement musical de tous les temps – sauf que personne n’était présent physiquement. En tant que boss d’une boîte de promotion d’événements et festivals, Insomniac, Rotella est notamment en charge du plus grand festival d’EDM d’Amérique du Nord, l’Electric Daisy Carnival. Mais cette fois, un nouveau défi l’attendait lui et son équipe. « Ce n’est pas une idée particulièrement ­géniale ni folle que nous avons eue là, mais nous sommes les premiers à l’avoir réalisée à cette échelle, dit-il depuis sa maison de Los Angeles. Ça s’est passé de manière très naturelle : “Il va falloir tout repousser et organiser un rave-a-thon virtuel.” Je ne sais même pas comment le mot rave-a-thon

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« Casey (en haut à gauche) est apparue dans l’appartement de son copain qui dansait à l’écran, puis elle a disparu. » En bas, Ducky prend la pose après son DJ set du HARD Summer Staycation.

m’est venu, mais l’équipe n’a pas hésité un instant. Ils étaient tous d’accord : “Bien sûr, on va faire un rave virtuel.” » Le rave-a-thon virtuel de Beyond Wonderland fut diffusé en direct sur Twitch et YouTube, les ­artistes prévus pour le festival jouaient leurs sets dans un espace prévu à cet effet. Tandis que les participants publiaient des photos et des vidéos live les montrant en train de danser « à la soirée », le hashtag #virtualbeyond afficha une montée en flèche et le trafic internet explosa. L’Electric Daisy Carnival compte 400 000 participants ; le rave-a-thon en avait neuf fois plus. Si les gens s’étaient déplacés comme pour les précédentes éditions, cela aurait été un événement sur place, la foule aurait rempli une quarantaine de fois le Stade de France. « Je ne pensais pas que cela prendrait une telle ampleur, dit Rotella. Il s’agissait d’abord de satisfaire notre communauté, ceux qui avaient acheté des tickets, mais c’est allé bien plus loin. Nous avons toujours été un événement très californien, donc pour le coup, avoir des participants qui nous ont rejoint depuis la Chine, la Corée, l’Australie et partout sur terre, c’était exceptionnel. » Des scènes classiques de festival sont apparues sur les écrans. « Les gens brandissaient des bâtonnets luminescents, étaient sur leur trente-et-un, THE RED BULLETIN


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Photographe, 52 ans, AUT Un « créateur d’instantanés » basé à L.A. : « J’utilise peu de matos : pas de lumières ni de réflecteurs, juste un flash sur l’appareil. »

Wolfgang Zac

« J’ai adoré Devault (le DJ à gauche, ndlr), dit Zac. Son style de musique est underground, sombre, différent. Je voulais que sa musique soit visible dans ma photo. Je l’ai fait marcher dans les bureaux d’Insomniac. Cette ­lumière sur son front est un pur hasard, elle provient d’une e­ nseigne de sortie de s­ ecours. Pour moi, cela décrit sa musique. »

Quand une fête bat son plein… loin. Comment notre photographe a documenté une fête en ligne à travers un écran d’ordi. Wolfgang Zac et sa femme ­Claudia, qui est également sa partenaire créative, étaient dans l’impossibilité de rentrer à Los Angeles lors du confinement. Elle a élaboré le screen shoot utilisé pour immortaliser la fête pendant qu’elle battait son plein (voir ci-dessous). « Nous nous sommes dit : “Comment pouvons-nous vaincre l’isolement et rester créatifs ?”, explique Zac. À force de faire des images à travers mon objectif et celui du téléphone de quelqu’un d’autre, tout en passant par l’écran de mon ordinateur, j’en ai eu le tournis. Je suis fasciné par l’intimité que dégagent ces clichés, même par écrans interposés. »

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« Gerhard et Uschi sont des Autrichiens établis à Londres, se souvient Zac. J’ai pris ces photos sur leur terrasse. J’ai été ­surpris par leurs tenues ­légères, car c’était déjà le petit matin, et dans leur fuseau horaire il faisait froid. Ce sont des ravers inconditionnels. »

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« Ce cliché de @_sriacha (en bas) est l’un de mes préférés. Elle était avec son chien, encerclée de ­canettes de bière – un peu comme une fille dans les étoiles qui boit de la bière. J’ai pris P ­ asquale Rotella (à gauche) tout à la fin. Il cherchait l’afterparty. »

dansaient avec des totems – c’était dingue », rit ­Rotella. Les fêtards faisaient tourner des cerceaux de LED et se mettaient sur les épaules de leurs amis, les bras en l’air. Le plus curieux, c’était de voir les lasers illuminant des murs de salons, des bébés ébahis observant leurs parents qui dansaient, et des chiens faisant la sieste sur des canapés derrière trois personnes qui dansaient le pogo – la liberté des festivals saisie dans des millions de foyers individuels. Un message circulait en bas de l’écran : “Stay home. Stay safe. Stay positive.” (trad. Restez chez vous. Restez en bonne santé. Restez positifs.)» Pour l’équipe de Rotella, l’expérience était également unique. « Nous avons organisé toute la partie artistique de l’événement dans nos bureaux, chaque membre de l’équipe était doté de masques et de gants. » Une équipe de sept personnes s’est ­occupée de transformer la zone d’accueil des bureaux d’Insomniac en une scène pour DJ d’un niveau costaud avec lasers, animations et effets digitaux. « Notre hall d’entrée classique avec ses flyers sur une table et une télé diffusant les vidéos de nos fêtes s’est transformé en un monde fantastique. Nous ne pourrons plus jamais revenir à notre hall d’entrée d’avant. » Le Jour J, Rotella s’est installé en sécurité à deux mètres des platines, trônant dans un fauteuil THE RED BULLETIN

tel un roi fou savourant son spectacle privé. Chaque personne sur scène avait deux mètres ­d’espace libre, tous les DJs portaient des masques, et entre les sets, un personnage mystérieux en ­combinaison Hazmat nettoyait les tables de mixage. « Ce n’est pas n’importe qui ; c’est Disinfecto, ­explique Rotella. Il a fait un carton. Les artistes n’avaient pas le droit d’accéder à la scène avant qu’il n’ait tout passé au désinfectant. » « Des panneaux encourageaient les ravers à L­ evez vos mains aseptisées et les samples de la v­ edette Kill the Noise criaient Restez dans votre p ­ utain de maison ! » Rotella explique que « nous ne voulions surtout pas passer pour des inconscients qui ne prennent pas au sérieux la situation actuelle. Notre communauté de danseurs est bâtie sur l’idée d’être la meilleure version de nous-mêmes, capable de faire les bons choix. Il y a assez de distractions ­négatives par ailleurs ; nous prônons la positivité ». Après l’immense succès du premier rave-athon virtuel, Rotella a fait de cette fête en ligne un événement hebdomadaire, accumulant des millions de personnes par-delà toutes les frontières. « Désormais les membres de notre communauté sont plus interconnectés que jamais, s’émerveille Rotella. Nous allons continuer ! » socal.beyondwonderland.com/livestream   69


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Goût de la liberté, indépendance et décision spontanée, voilà ce qui unit les quatre athlètes de l’équipe Red Bull Skydive. Mais alors, comment vivent-ils une inactivité imposée ?

L’équipe Red Bull Skydive

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Quelques minutes

Quelques heures

Quelques jours

« Briquer la cuisine pour pouvoir à nouveau la nettoyer après avoir essayé une nouvelle recette. »

« Passer l’équipement en revue, me promener et trouver de nouveaux spots de BASE jump. »

« Tester la durée de vie d’une PlayStation. »

Felix Seifert

Max Manow

« Observer les abeilles et rempoter les plantes en souffrance. »

« Développer et mettre en place de nouvelles approches pédagogiques pour former les jeunes parachutistes. »

« Regarder la machine à laver tourner afin de m’assurer qu’elle est bien branchée. »

Marco Fürst

« Je médite. » Max Manow

Marco Fürst

29 ans, AUT

57 Felix Seifert

27 ans, AUT

59 Max Manow

31 ans, GER

Felix Seifert

« Me faire une boule à zéro et regarder mes cheveux pousser. » Marco Waltenspiel

« Penser à de nouvelles chorégraphies. » tous en chœur

redbullskydiveteam.com Les gars, il faut que vous alliez prendre l’air. Il y a urgence !

WOLFGANG LIENBACHER, MICHAEL GROESSINGER/RED BULL CONTENT POOL

WERNER JESSNER

Marco Waltenspiel

Marco Waltenspiel 35 ans, AUT

Optimiser son temps...

Marco Fürst

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Triathlète, 53 ans, SUI Elle a remporté six fois l’Ironman à Hawaï. Avec un peu d’ingéniosité, elle poursuit les entraînements sur la Grande Canarie.

Natascha Badmann

Une chambre à air autour des chevilles, un mousqueton...

… un élastique à fixer dans le bassin de 8 mètres et...

… c’est parti pour enchaîner les longueurs. Malin.

COURTESY OF NATASCHA BADMANN, DAN VOJTECH/RED BULLCONTENT POOL, IGNAZ KOENIG/RED BULL CONTENT POOL, @DANIELARYF WOLFGANG WIESER

Natascha s’attache Le monde de Natascha s’est rétréci d’un coup : finies les longues courses au grand air, les embardées à vélo et les vagues de l’Atlantique à parcourir à la nage. Au lieu de ça, une petite piste de 500 mètres, un vélo d’appartement, un tout petit bassin de 8 mètres de long… et un séjour sur la Grande Canarie qui se prolonge, involontairement, les vols vers la Suisse étant tous annulés. Des conditions qui auraient pu devenir étouffantes, si Natascha Badmann n’avait pu compter sur les bonnes idées de son compagnon : « Toni est à la fois coach, cuisinier, mécano, etc. » Après avoir adapté le circuit et le vélo d’appartement aux entraînements de Natascha, il a eu l’idée de l’attacher par les pieds dans le petit bassin, la chambre à air de son vélo faisant office de fixation. Un pis-aller qui lui permet, finalement, de ­découvrir « chaque jour de nouveaux avantages ». nataschabadmann.ch

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Triathlète, 33 ans, SUI Daniela Ryf garde espoir pour le triathlon d’Hawaï en octobre. Elle ne perd pas le sourire en s’entraînant dans sa baignoire.

Daniela Ryf

« UN MOIS SANS ­NAGER  ? IMPOSSIBLE POUR MOI. J’AI DONC CHERCHÉ UNE SOLUTION DÈS LE PREMIER JOUR DE CONFINEMENT. LA CRÉATIVITÉ FAIT UN BIEN FOU. » Daniela Ryf est confinée chez elle à Feld­ brunnen, dans le canton de Soleure. Toutes les piscines étant fermées, la triathlète ­effectue donc ses longueurs dans sa bai­ gnoire. Plus sérieusement, la multiple cham­ pionne du monde applique les consignes ­du Conseil fédéral. Elle reste chez elle et s’en­ traîne à l’intérieur avec la roue abdominale et le tapis roulant. Daniela focalise ses ef­ forts sur son objectif de la saison, l’Ironman d’Hawaï prévu au mois d’octobre.

L’humour est de mise : Daniela Ryf reste dans le bain.

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Inventeur, 40 ans, AUS Cet as de l’autonomie inventive devenu apiculteur développe des prototypes dans son jardin.

Cedar Anderson

Le miel a du pot

FLOW

RACHAEL SIGEE

Comment le bricolage de jardin d’un inventeur australien obstiné a révolutionné l’apiculture moderne.

Cedar Anderson a pour habitude de trouver lui-même des solutions à ses problèmes depuis qu’il s’est fabriqué son propre kart pour aller à l’école, à huit ans. Aujourd’hui, sa voiture est adaptée pour fonctionner à l’huile végétale usagée, et il vole au travail à l’aide d’un paramoteur électrique qu’il a construit lui-même. « Quand j’étais gosse, nous n’avions pas la télé, alors nous allions bricoler dans l’atelier, raconte Anderson, qui a été élevé au sein d’une communauté de la Nouvelle-­ Galles du Sud orientée vers la nature et le développement durable. Nous étions pauvres, nous devions être inventifs. On nous encourageait à tout expérimenter. Lorsque j’ai réalisé que la récolte de miel était un travail difficile et pas très propre, et qu’un certain nombre d’abeilles se fait écraser lors de la procédure, je me suis dit qu’on pouvait faire mieux. » Au bout de dix ans de recherche avec son père Stuart, apiculteur, il a trouvé une solution : la ruche à écoulement (flow hive en anglais). Les alvéoles dans chaque cadre sont séparées verticalement et non horizontalement, afin que le miel puisse être extrait à l’aide d’un robinet, ne causant aucun stress aux abeilles. « C’était fou, explique Anderson, nous développions nos inventions et ­vivions dans une cabane, et un jour nous avons lancé une campagne de crowdfunding qui déboucha sur des commandes de l’ordre d’un million de ­dollars en deux heures ! » Aujourd’hui, plus de 75 000 ruches Flow Hive sont utilisées dans 130 pays. Cette ­invention a fait des dizaines de milliers de nouveaux apiculteurs, mais malgré son ­succès, Anderson reste un authentique ­inventeur bricoleur. « Je pense que beaucoup d’entre nous ont des idées géniales, déclare-t-il, or peu d’entre nous les réalisent. Un trait de caractère essentiel est l’obstination. Je ne lâche pas le morceau. » honeyflow.com

La ruche Flow Hive est taillée au laser dans du bois issu d’une gestion forestière d ­ urable, ici du thuya occidental (en haut). L’homme au miel, Cedar Anderson (ci-contre).

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Athlète de CrossFit, 27 ans, SUI A quitté Zurich pour s’installer chez ses parents à la campagne, où il peut s’entraîner à son aise.

Lukas Esslinger

California Dreamin’ L’athlète de CrossFit Lukas Esslinger a toujours tenu à ses rêves, même si la concrétisation de ceux-ci se situe à 9 548 kilomètres (par voie aérienne) de Zurich. Il s’agit des CrossFit Games mondiaux de 2020, qui devaient le faire venir là où ce sport a débuté : dans un ranch de Californie. « Si on me laisse entrer dans le pays, je serai de la partie », promet Lukas Esslinger. En attendant, l’étudiant en master ­Finances et Comptabilité à Saint-Gall s’entraîne actuellement chez ses p ­ arents à la campagne. Il se tient prêt, au cas où son rêve ­devienne réalité.

Instagram : @esslingerlukas

LORENZ RICHARD/RED BULL CONTENT POOL

WOLFGANG WIESER

Affûté : Lukas ­Esslinger, star de CrossFit.

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Pilote de Formule 1, 22 ans, NED Le pilote Aston Martin de Red Bull Racing est aussi un grand fan de sim racing et de compétitions esport.

Max Verstappen

Un très Grand Prix

Comment Max Verstappen a fait de l’annulation du GP d’Australie la compétition esport en direct la plus suivie de l’histoire. Texte TOM GUISE

Verstappen était bien sûr d’attaque pour piloter cette année, mais lorsque le premier Grand Prix de la saison 2020 de F1 – prévu à ­Melbourne – a été annulé un jour avant les qualifications, c’était mal barré. De l’autre côté de la planète, dans un bureau près de Silverstone, en Angleterre, Darren Cox trouvait tout cela palpitant. L’organisateur d’événements esport y vit un défi, car il avait déjà transformé des joueurs ordinaires en pilotes réels comme avec GT Academy sur ­Playstastion. Une idée germe dans son esprit : mettre sur pied une compétition esport de très haut niveau... en seulement trois jours. Max Verstappen était LE pilote en or pour y participer. « J’ai toujours possédé un simulateur, mais lorsque j’ai commencé la F1, je n’y ai plus joué, dit le pilote Red Bull. Je m’y suis remis il y a un an. » C’est cette course qu’il attendait. Voici comment ces 72 heures se sont ­déroulées...

11 h 30 UTC, mardi 12 mars

L’idée darren cox : Je me suis réveillé, ai lu le journal et me suis dit qu’il n’y aurait pas de course dimanche. max verstappen : McLaren s’était retirée, et dans l’après-midi, les écuries ont toutes décidé de ne pas participer à la course. dc : J’ai eu une conversation avec mon équipe, et nous avons concocté un plan. Nous n’avions encore de confirmation d’aucun commentateur, studio ou pilote de course. Nous ne savions pas quelles voitures ni quels circuits nous allions utiliser, mais d’ici 72 heures, nous serions en direct. mv : J’ai commencé à planifier mon temps libre. Entre mon planning de F1, j’ai des séances en simulateur chez Red Bull, mais une fois chez moi je suis sur mon propre simulateur. Il n’est pas aussi sophistiqué que celui de Red Bull, mais assez pour jouer.

13 heures UTC, vendredi 13 mars

La course est annoncée dc : Il nous fallait au moins dix pilotes. Nous avions déjà António 74

Félix da Costa, qui est sur les podiums de championnat de ­Formule E, et Rudy van Buren (qui a remporté la première saison de World’s Fastest Gamer en 2017, ndlr). Il s’est très vite investi et s’est enquis si nous avions de la place pour Max. mv : Un ami m’a demandé si je pouvais participer à cette course. Tout s’est décidé à la dernière minute. dc : Il n’y a pas eu de négociations tendues avec son management. Il s’est proposé de lui-même. Le seul problème était de savoir s’il arriverait à rentrer d’Australie à temps.

14 h 50 UTC, samedi 14 mars

Verstappen est confirmé dc : Nous avons discuté du meilleur logiciel de simulation : iRacing ou rFactor. Nous avons opté pour le second. Il y a cinq ans, des équipes de F1 se sont servies d’une version comme outil de simulation pour leur écurie. Il est très avancé. mv : Je participe surtout à des événements iRacing, et ce n’est pas idéal de changer si l’on veut être à la hauteur. Il faut du temps pour s’adapter. J’aurais aimé avoir plus de temps pour me préparer. dc : Nous avons opté pour des manches de 15 minutes, l’approche dynamique du rallycross, avec une finale de 20 minutes. mv : Ils voulaient plus de pilotes de F1 réels que de coureurs sim afin d’attirer les spectateurs. J’en avais affronté quelques-uns en F3, en karting ou en F1 – dont un certain nombre de grands noms. dc : Nous avions des pilotes en Grande-Bretagne, en Europe, aux USA, dont certains n’avaient jamais utilisé rFactor. Il est impossible de juste se connecter et se lancer ; donc sept gars se sont occupés du centre d’assistance afin de les aider. L’un d’eux a fait 48 heures d’une traite. mv : Les huit meilleurs pilotes des trois manches passaient en finale. Le combat entre les coureurs de sim était rude. dc: En mettant pilotes réels et sim dans les mêmes manches, les pilotes réels ne se qualifieraient pas. THE RED BULLETIN


dc : Nous avons réglé les dommages de collision en les diminuant de 50 %. Nous ne voulions pas que tout le monde réintègre son stand après le premier tour, mais pas non plus que tout le monde se rentre dedans au premier virage.

13 h 03 UTC, dimanche 15 mars

La course commence dc : 72 heures après avoir planifié notre course, le départ est donné. mv : J’ai remporté ma qualification, en grande partie contre d’autres pilotes de course de la vie réelle. Mais la vraie course a eu lieu dans un autre groupe. dc : Au bout de dix minutes, nous avions 52 000 spectateurs – le stream le plus suivi toutes plateformes confondues à ce moment. En tout, plus de 500 000 personnes ont regardé l’événement en ligne.

14 h 47 UTC, dimanche 15 mars

La finale

Verstappen dans un simulateur : « C’est un bon moment pour le gaming. Les gens sont ­nombreux à nous regarder. »

VERSTAPPEN.NL, RED BULL RACING/GETTY IMAGES

11 heures UTC, dimanche 15 mars

Max arrive deux heures avant le début de la course dc : Le circuit était celui du Nürburgring et la voiture inspirée d’un modèle de F1 de 2012, que certains pilotes F1 trouvaient trop nerveuse. mv : C’est la première fois que je la conduisais. Même si tu es bon dans la vraie vie, dans le simulateur, tu ne peux pas aller vite tout de suite. Les coureurs de sim avaient plus l’habitude de la conduire. THE RED BULLETIN

« Dans le simulateur, tu ne peux pas aller vite tout de suite. » Max Verstappen

mv : J’ai été éjecté au premier tour et me suis retrouvé dernier. Ma course était terminée, mais je n’ai pas abandonné. J’ai essayé de dépasser le plus de personnes possible (Max a terminé onzième ; Van Buren troisième, ndlr). dc : Contre d’autres pilotes de course, en simulateur, Max est probablement le meilleur. Mais il ne passe pas douze heures par jour dans le simulateur. S’il s’y mettait, il serait parmi les premiers d’ici peu. mv : J’aime la course en simulateur, mais je préfère nettement la vraie. Peut-être qu’un jour je combinerai les deux, mais je ne lâcherai jamais la Formule 1. dc : En 72 heures seulement, nous avons trouvé des gens aux Pays-Bas pour gérer le jeu, à Londres pour la retransmission chez eux, et 46 pilotes du monde entier prêts à se connecter. Si trois jours plus tôt vous m’aviez dit qu’un jeu de course ferait partie des vingt canaux les plus visionnés sur YouTube ou Twitch, je vous aurais ri au nez.   75


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Groupe indie-pop, USA Leur premier LP, When My Heart Felt V ­ ­olcanic, fut décrit par le magazine musical anglais NME comme « sacrément brillant ».

The Aces

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Cristal Ramirez

Voix/guitare, 24 ans Très précoce, Cristal a monté son premier groupe avec sa sœur Alisa dès l’âge de huit ans.

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Alisa Ramirez

Batterie, 22 ans Aiisa a réalisé le clip de Daydream, le premier single de leur prochain ­album Under My Influence.

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Katie Henderson

Guitare, 24 ans Dernière à rejoindre le groupe en 2008, elle est la spécialiste de la technique et du studio des Aces.

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« Mon mantra est un refrain » Lorsqu’elle s’est lancée dans le grand bain de la musique, Cristal Ramirez du groupe The Aces a trouvé l’inspiration dans un titre de rock. « J’ai toujours été fan de ­Paramore et de Hayley Williams (chanteuse de ce groupe de rock US, ndlr), confie-t-elle, et j’écoutais beaucoup l’un de leurs titres, Last Hope, à sa sortie en 2013. Je terminais le lycée, déterminée à poursuivre une carrière musicale, mais évidemment, j’avais des doutes. C’est Last Hope qui m’a ­incitée à suivre mon rêve. J’aime le refrain: “Gotta let it happen, so let it happen” (trad. il faut laisser ­aller, donc laisse aller) – c’est

­ uissant. La fille reconnaît qu’elle p n’est pas dans la meilleure des ­situations, mais qu’il faut rester calme et laisser les choses advenir. Ça rejoint cette idée de se concentrer sur les choses qu’on peut contrôler et ne pas perdre son énergie pour les choses qui échappent à notre contrôle. Ce ­refrain, c’est comme un mantra, dans un sens. Il m’a aidée quand j’ai déménagé à L.A. et que je n’avais pas encore signé notre contrat d’enregistrement. Ça me rappelle des moments de joie et de découverte de moi-même. »

Le groupe Paramore et son Last Hope ont positivement inspiré Cristal, des Aces.

The Aces, Under My Influence, dispo sur Red Bull Records ; theacesofficial.com

McKenna Petty

FLORIAN OBKIRCHER

Basse, 24 ans Comme tous les membres du groupe, elle a grandi en Utah. Cristal la surnomme son « gourou du yoga, de la cuisine et des réseaux ».

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RED BULL RECORDS

The Aces : (de la gauche) Cristal, Katie, Alisa et McKenna.

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Skateur, 31 ans, GER Connu pour ses vidéos, ce natif d’Allemagne de l’Ouest a dû surmonter les conséquences d’une erreur médicale avant de percer.

LORENZ HOLDER/RED BULL CONTENT POOL, JONATHAN MEHRING/RED BULL CONTENT POOL

MARC DECKERT

Vladik Scholz

Un revenant : grâce à son style élégant, Vladik Scholz s’est imposé dans le street, mais il revient de loin.

« Dans mon quotidien je ne voyais que des choses positives. Même marcher avec des béquilles » Maintenir sa tête hors de l’eau quand les kickflip ne sont plus possibles. Vladik raconte sa rude épreuve. THE RED BULLETIN

« À 23 ans, je subis une rupture du ligament au pied gauche dont on se remet normalement en quelques mois. Mais le médecin omet de constater une lésion du cartilage. L’articulation s’enflamme et ma guérison est remise à on ne sait quand. Mon sponsor me lâche et je dois vivre avec 300 € par mois. Une résistance à la frustration grandit en moi. Je décide de ne voir dans les gestes du quotidien que l’aspect positif. ­Ainsi, prendre l’escalier avec les béquilles est avant tout un excellent exercice ! Je m’inscris à l’université et lis abondamment. Un an et trois opérations plus tard, je suis sur pieds. Je décroche un partenariat avec Red Bull grâce à des vidéos réalisées avant la blessure. Voyages et vidéos s’enchaînent à nouveau. La vie r­ eprend son cours. » Instagram : @vladikscholz   77


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Athlète d’endurance, 32 ans, USA Parmi les hommes les plus forts du monde, il détient le record mondial de tractions sur une journée (5 804) réalisées avec un sac à dos de 15 kilos.

Mike McCastle

Et si on se musclait là tout de suite ?

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Flexion de l’avant-bras

Extension du dos

Le matos Drap, cadre de porte Comment faire Faites un nœud au bout du drap, calez-le dans la porte. Prenez le drap au-dessus de votre tête. Mettez-vous sur la pointe des pieds, vos talons touchant le battant de la porte. Maintenant, pliez les deux bras derrière votre tête et étirez-vous. Le dos doit rester droit. Les bénéfices Exerce les triceps, la ceinture scapulaire et la tension corporelle. Répétitions De 15 à 20, en plusieurs séries.

Le matos Serviette, valise avec un poids (de 15 à 25 kg) Comment faire Enfilez une serviette dans la poignée de la ­valise, attrapez ses ­extrémités par en-dessous. Le dos droit, levez les deux bras jusqu’à la hauteur de la poitrine et abaissez-les à nouveau complètement. Les bénéfices Renforce la ceinture ­scapulaire et les bras, ­façonne les biceps. Répétitions De 15 à 20, par séries. Vous pouvez augmenter le poids de chaque série.

Le matos Fauteuil, oreiller Comment faire Mettez l’oreiller sur le dossier de la chaise. ­Posez vos hanches sur le bord, appuyez vos pieds contre le mur. Croisez vos bras sur votre poitrine. Penchez-vous ­lentement vers l’avant jusqu’à ce que le haut du corps soit incliné à 45 °, redressez-­vous en serrant les fesses. Respirez lentement ! Ce que cela apporte Renforce le bas du dos. Répétitions Au moins 15, par deux ou trois séries.

THE RED BULLETIN

CAMERON BAIRD, GETTY PREMIUM

« QUAND LES CHOSES DEVIENNENT DIFFICILES, JE PENSE À UNE PERSONNE DE QUI JE PRENDS LE FARDEAU. »

Extension du triceps

WERNER JESSNER

Le fitness maison vous botte ? Le costaud McCastle explique comment transformer votre salon ou votre chambre d’hôtel en salle de muscu. Côté mental, il fait chaque exercice au nom d’une personne précise.


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Air Zermatt a été fondée en 1968. À ce jour, ces spécialistes du secours en montagne ont assuré plus de 50 000 sauvetages par hélicoptère.

Air Zermatt

Pour la survie d’une fillette

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Philipp Venetz

Michèle Imhasly

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Dominik Imhof

Stephan Dreesen

Soins, 44 ans, SUI Il est le directeur médical d’Air Zermatt depuis 2020 : « La fillette s’en est sortie pratiquement indemne. »

Paramédical, 28 ans, SUI Le secouriste n’est pas prêt d’oublier l’intervention : « J’en avais des sueurs froides. »

Transport, 40 ans, SUI L’ambulancière de 40 ans, à la tête du centre de formation d’Air Zermatt, a relaté l’intervention dans les détails.

Pilotage, 47 ans, SUI Arrivé illico sur place avec son équipage : « Nous avons tout tenté pour la sauver. »

TERO REPO, PASCAL GERTSCHEN, CHRISTIAN PFAMMATTER

WOLFGANG WIESER

Une intervention hors du commun des Suisses d’Air Zermatt : le sauvetage d’une petite fille après 13 heures de lutte acharnée. Située dans le canton du Valais, en Suisse, cette crevasse rocheuse mesure à peine 20 centimètres de large. Mais en ce jour d’octobre 2017, une fillette de 2 ans y tombe en jouant. Elle en ressortira près de 13 heures plus tard, pratiquement indemne : « Cette expérience nous a tous marqués », dit le directeur médical d’Air Zermatt, Philipp. En effet, pendant ces 13 heures, les secouristes ont tout tenté pour sortir la fillette de cette crevasse de six à sept mètres de profondeur. « Toute idée était bonne à prendre », raconte le pilote, Stephan Dreesen. Michèle Imhasly, secouriste, avait notamment proposé de faire descendre un enfant assuré dans la crevasse pour récupérer la fillette. Cette idée s’est avérée irréalisable de par la forme de la crevasse, de plus en plus étroite. Finalement, les sauveteurs se sont armés de pelles, de pioches et d’une excavatrice pour creuser une issue. Et ­enfin, des spécialistes ont fendu le dernier rocher qui les séparait de la f­ illette. À deux heures du ­matin, elle était transférée en ­hélicoptère à l’hôpital de Berne.

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Air Zermatt lors d’une de leurs ­interventions avec le Cervin en toile de fond.

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Alpiniste et cinéaste, 46 ans, USA Le co-réalisateur du film récompensé aux Oscars en 2019, Free Solo, a ­escaladé (et skié) l’Everest.

Jimmy Chin

Chin a organisé et dirigé des expéditions d’alpinisme et d’escalade en Chine, au Népal, en Argentine, au ­Groenland, au Pakistan, à Bornéo, en Tanzanie et sur d’autres montagnes aux quatre coins de la planète.

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La vie sous cloche L’alpiniste et vidéaste Jimmy Chin a vu passer bien des tempêtes au-dessus de sa tente. Jimmy Chin, athlète, photographe et cinéaste d’aventure de North Face, a accompagné des équipes dans la réalisation de grandes choses, et il en sait beaucoup sur l’isolement. En effet, l’ascension de sommets de 8 000 mètres implique souvent de passer des journées entières en confinement avec quelques personnes, dans une tente. Lors de cet entretien, en avril, Jimmy Chin était au calme avec sa femme et partenaire de ­cinéma, Elizabeth Chai Vasarhelyi, ainsi que leurs deux enfants, dans leur maison du Wyoming. Chin nous livre ses réflexions sur les moments de promiscuité entre humains, sous une cloche de toile, quand l’altitude se fait importante, le climat menaçant, et l’espace réduit.

Soyez bien entouré

« Les expéditions d’alpinisme de haut niveau exigent une grande confiance, il est donc essentiel de choisir les bonnes personnes. En général, je m’entoure d’individus qui peuvent non seulement rester calmes dans des situations difficiles, mais qui s’y impliquent, et s’y épanouissent ».

Être bloqué autorise à bouger

« Quand vous êtes confiné pendant longtemps, vous devez rester en mouvement. Sinon, vous vous raidissez. Il y a beaucoup d’exercices que vous pouvez réaliser dans une tente. Je fais des pompes, des abdominaux, des planches, des supermans et beaucoup d’étirements. »

Garder son calme et transporter de la neige : une source de bienfaits

TRACY ROSS

« Rester positif dans une situation que vous ne pouvez pas contrôler constitue un défi mental. Si vous ne voulez pas laisser la peur ou l’anxiété prendre le dessus, évaluez votre situation, réfléchissez aux résultats potentiels, analysez-les, et soyez productif. Prendre soin des autres de manière proactive est aussi étrangement apaisant. Personne ne veut sortir et faire fondre la neige pour trouver de l’eau. Mais si vous vous levez, que vous mettez tout votre équipement, que vous sortez dans la tempête et que vous revenez préparer des boissons chaudes pour tout le monde, vous finirez par vous sentir utile, et bien. »

CHRIS FIGENSHAU, MIKEY SHAEFER

Les bénéfices de l’imprévu

« On parle souvent de la façon dont les tempêtes passent. Mais c’est surtout la façon dont on les surmonte qui compte. J’ai voyagé pratiquement sans ­arrêt ces dernières années. Alors la situation que je vis actuellement, cette forme particulière de promiscuité, me permet de ralentir, de passer du temps avec ma famille et d’évoluer, dans une certaine limite, dans un endroit que j’aime — j’en suis reconnaissant. »

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Légende du ski alpin, 31 ans, AUT 8 victoires en Coupe du monde, 2 fois l’or aux JO et 7 titres de champion du monde… et jeune retraité.

Épuisante pour qui ? En première ligne, pour les gens qui bossent avec moi. Les prestataires, artisans ou ouvriers auxquels je peux faire appel. En les côtoyant, j’ai vite remarqué que ce ne sont pas eux qui sont bizarres, comme je pouvais le penser, c’est moi. Ils ont un rythme de travail qu’ils vont devoir tenir durant toute leur carrière, alors que je n’ai eu à tenir le mien qu’une dizaine d’années maximum. Personne ne supporte une vie professionnelle à un tel rythme. J’ai dû comprendre que ça ne me servait plus à rien, dans ce nouveau quotidien, de réfléchir en sportif pro. Sauf si l’on veut à tout prix être le meilleur dans n’importe quel domaine.

Marcel Hirscher

« Réfléchir en sportif pro ne me sert plus à rien » Déjà un an de retraite pour celui dont le nom aura marqué à jamais l’histoire du ski alpin : comment Marcel Hirscher a dû apprivoiser sa nouvelle vie. Entretien DANIEL WINKLER  Photos FELIX KRÜGER

the red bulletin : Par les temps qui courent (l’interview a eu lieu en avril 2020, ndlr), on va commencer sans originalité avec une question que l’on vous posait tout le temps quand vous étiez un sportif professionel et que vous détestiez : comment allez-vous ? marcel hirscher : Bien, aucun problème de santé à signaler, donc tout va bien. On vit une époque où les gens ­aiment tout planifier et organiser. Êtes-vous aussi un adepte des to-do-lists ? Plus vraiment. Mais avant, oui, j’étais une to-do-list à moi tout

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seul, il était inévitable d’être hyper ­méthodique si je voulais arriver au résultat souhaité. Aujourd’hui, je suis tellement content de ne plus être dans ce schéma-là. Pendant dix ans, ça a très bien fonctionné, mais maintenant, je ne suis plus obligé de le faire. Au contraire, il s’agit pour moi d’en faire moins. Et ça marche ? Au début, c’était horrible, extrêmement difficile, parce qu’on croit, en tant que sportif de haut niveau, que chaque jour doit être mis à profit à 100 % : c’est une approche qui n’a plus aucun sens maintenant, car elle peut être épuisante à la longue.

Depuis que vous avez pris votre retraite sportive en 2019, vous souhaitez donc vous détacher du « système Hirscher » dans votre vie de tous les jours ? Oui, je suis en plein dans cette phase, voire uniquement au tout début. Toutes les habitudes que j’ai acquises dans ma vie passée, il va me falloir du temps pour les déconstruire. C’est un autre type d’entraînement, sauf que là, je ne suis pas pressé. Il est midi, j’ai bossé dans mon jardin depuis sept heures et demie, et je remarque que c’est une magnifique journée. Alors pourquoi terminer aujourd’hui ce que j’ai commencé ? Avant, il ne fallait ­jamais remettre au lendemain ce que je pouvais faire le jour-même : allez, je me fais encore deux descentes, on ne sait jamais. Et puis on va essayer ces chaussures aujourd’hui, on ne sait jamais. Ce qui marchait pour le sport n’est pas tenable au quotidien. Mais ça, je dois encore apprendre à le faire. Votre vie de sportif vous a aussi infligé de sacrées leçons, comme lors de votre fracture à la cheville en août 2017. À l’époque, vous disiez que ça vous permettait de souffler un peu. Cette blessure a été une véritable aubaine. Enfin une pause – si douloureuse, pénible et amère fut-elle d’un point de vue purement sportif. Évidemment, la rééducation n’a

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pas été une partie de plaisir, mais au bout du compte, j’ai vécu cette période comme un cadeau, car elle m’a permis de me maintenir encore deux années à ce niveau. Sans ça, j’aurais dû arrêter plus tôt. Cette période spéciale de votre carrière ressemble plus à un nouveau départ revigorant qu’à une véritable pause. Pendant six semaines, j’ai enfin pu lâcher la pression. Ça ne veut pas dire que je n’ai plus rien fait, mais l’intensité a changé, je n’aurais pas pu continuer à ce rythme. Et puis, au bout d’un moment, l’horloge ­interne reprend : tic-tac, tic-tac… Aucune patience ! Avoir six globes en poche, c’est un bonheur, mais aussi une malédiction : à chaque nouvelle victoire, la pression augmente, on se dit que l’année suivante sera encore plus difficile. Même si je savais que je pouvais le faire, ça commençait à devenir de plus en plus lourd. Avec cette fracture de la cheville, la pression a disparu d’un coup. Jusqu’à ce que mon horloge interne recommence et que les JO se pointent à l’horizon. Durant votre carrière, est-ce que vous perceviez cette admiration que les gens vous portent toujours aujourd’hui, quels que soient vos résultats ? Chaque victoire ne dure qu’une journée et je me disais toujours que je pouvais faire mieux. Alors, je n’avais aucunement conscience de ce rapport qu’avaient les gens

« Chaque jour doit servir à évoluer. Stagner, c’est ­ennuyant.  » THE RED BULLETIN

avec moi. Je m’en rends compte maintenant, mieux que jamais. Ce n’est pas que l’estime des gens à mon égard ait changé, mais j’y prête maintenant plus attention et surtout je l’accepte enfin, ce qui n’était pas évident avant. Faut-il vraiment se jeter à fond, voire à l’extrême, dans ses projets pour réussir ? C’est en tout cas comme ça que je le vivais. Mieux valait être premier pendant deux ou trois ans que de rester dans la moyenne. Lors de ma troisième ou quatrième Coupe du monde, sur les 21 jours qui ont précédé la finale, j’en ai passé 18 sur la piste, les trois autres sur la route. Et tant pis si je devais m’écrouler complètement le lendemain de la finale. Vous avez donc décidé de raccrocher en 2019. Ressentez-vous encore le choc du passage à la retraite ? (Il rit.) Je comprends le désarroi de ces retraités qui se retrouvent tout à coup dans un quotidien flou et presque vide. Mais une fois qu’on y remédie, ça devient un pur bonheur. Je suis ravi d’avoir découvert le ski de randonnée, l’hiver dernier. Je prépare tout mon matos pour le lendemain, et au moment de partir en montagne, je suis super excité. Ce que je préfère dans le ski de rando, c’est que tu peux vraiment aller où tu veux, davantage qu’en été. J’ai eu un vrai déclic quand j’ai senti que j’avais une passion, une fascination pour ce sport. Ça sonne comme un retour à l’enfance, que vous avez passée dans un refuge alpin dans les montagnes autrichiennes, juché à 1 500 mètres d’altitude... C’est la sérénité de mon enfance, le silence, que j’aime retrouver grâce à ça. Pouvoir profiter de la nature est un véritable privilège. Un jour où je traversais une période particulièrement stressante, j’ai calculé que j’avais donné plus d’une centaine de coups de fil en une seule journée. La plupart concernaient des détails, des questions logistiques du genre qui amène quoi, qui s’occupe de quoi… Aujourd’hui, il y a des jours où mon portable ne sonne pas et je mesure la chance que c’est. Au début, ça te manque peut-être, mais

« En une journée, j’avais donné plus d’une centaine de coups de fil. » très vite, tu te mets à aimer ça. Ce fut le changement le plus significatif dans ma première année de retraite. En devenant papa en octobre 2018, vous avez accueilli un mini-­ prof dans votre vie. Que vous enseigne votre fils ? La patience, ce qui, quand on a des enfants, devient le projet de toute une vie. J’avais dit après sa naissance que l’aventure commençait pour moi, et c’est vrai. Avant, c’était sympa, mais c’est maintenant que les choses sérieuses commencent, celles qui comptent ! Et qu’est-ce qui compte ? De comprendre que chaque jour doit servir à évoluer. Stagner, c’est ennuyant. Qu’espérez-vous aujourd’hui ? J’espère que les gens sauront tirer de la situation actuelle les leçons nécessaires pour faire enfin bouger les lignes. Que diriez-vous au Marcel ­Hirscher d’avant la retraite, celui qui vivait tout à fond, si vous le rencontriez aujourd’hui ? (Il réfléchit longuement.) Qu’est-ce qu’on veut ? Le succès tout de suite, ou peut-on se satisfaire de quelques globes de cristal en moins ? J’ai souvent senti que j’avais besoin de faire des pauses, mais si je m’étais écouté, aurais-je fini ma carrière avec huit globes chez moi ?

Instagram : @marcel__hirscher

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Pilote d’exception, 46 ans, FRA Quintuple vainqueur du Dakar à moto, puis passé pilote auto, cette légende du rallyeraid connaît Mike Horn depuis douze ans.

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Cyril Despres

Aventurier, 53 ans, RSA Son nom est connu partout : Mike a fait des dizaines de fois le tour de la Terre, mais n’avait jamais pris part au Dakar.

Mike Horn

« Mike m’a fait me surpasser ! »

Extirpé d’une mission en Arctique, Mike Horn rejoint le Dakar pour y épauler Cyril Despres. Boosté par l’aventurier, le pilote se souvient. « Fin octobre 2019, je n’ai pas de co-pilote pour le rallye Dakar. Je pense de suite que Mike est la seule personne capable de faire ça au pied levé. Je parviens à le contacter début décembre. Il est dans le dur, dans une expédition en Arctique (qu’il terminera le 29 décembre, ndlr), à reculer sur la glace, à passer au travers. Mais il dit oui de suite : il est super motivé par le désert, car il veut toujours apprendre. 84

Le 3 janvier, à 6 heures du matin, je le récupère à Djeddah (Arabie saoudite) et à 11 heures, il est à ma droite dans le buggy où l’on va passer 12 heures par jour d’ici deux jours. Physiquement, Mike vient de vivre l’une de ses plus dures expéditions, il n’a pas du tout récupéré, pas vu le soleil depuis quatre mois, il est très amaigri, boursouflé. Malgré son état de fatigue, il est passé de − 30 °C à + 30 °C, il ingurgite deux mois de données en 48 heures. Dans la voiture, il me fait me surpasser en allant plus vite, il donne une telle énergie… Quand on doit abandonner ce Dakar 2020 pour donner notre moteur à un des deux jeunes du Red Bull Off Road Junior Team, il réagit vite et bien. Je me souviens d’un moment fort en émotion, où l’un des jeunes qui avait perdu tout espoir de bien figurer au classement était limite en larmes. Mike lui explique alors que le plus important est la rapidité avec laquelle il va rebondir. Il est toujours à l’écoute, avec des messages percutants. Dès qu’il sentait que les gens du team étaient fatigués, il faisait un speech. “Si on tient deux minutes de plus, si on fait une b ­ êtise de moins, on sera plus forts.” De ce Dakar à ses côtés, j’ai retenu une chose : Mike n’est pas un surhomme, il est juste super humain. » @cyril_despres ; @mikehornexplorer

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SEBASTIAN DEVENISH, FLAVIEN DUHAMEL/RED BULL CONTENT POOL, PHILIPPE JACOB/RED BULL MEDIA HOUSE PATRICIA OUDIT

Familier des missions glaciales (photo à gauche), Horn est passé de l’Arctique à l’Arabie saoudite en juste un mois pour le Dakar.


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Gamer-streamer, 35 ans, USA Il s’est constitué une fanbase en devenant l’un des speedrunners les plus éblouissants du monde.

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David Hunt

Cycliste d’endurance, 37 ans, AUT En 2018, il traverse le continent américain en un temps record. Il anime des entraînements en ligne sur la musique de Parov Stelar.

Michael Strasser

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DJ et producteur, 45 ans, AUT Le co-fondateur du genre électro swing a fait un carton en 2018 avec son titre The Sun, en tête des charts électro US.

Parov Stelar

Sur le bon tempo Parties communes

CAMERON BAIRD, JAN KOHLRUSCH, CRAIG KOLESKY, SAMUEL RENNER

JEN SEE, CHRISTIAN EBERLE-ABASOLO

David « GrandPOOBear » Hunt a fondé sa communauté en ligne suite à une galère. Voici sa vision pour vous lancer. Un grave accident de snowboard oblige le streamer David « GrandPOOBear » Hunt à changer de passion. Condamné à rester chez lui, sa longue convalescence lui pèse. Un jour, un ami l’invite à le regarder jouer à Halo en ligne. À sa grande surprise, Hunt est immédia­ tement conquis.

Amis instantanés « Streamer, c’est comme avoir plein de nouveaux potes d’un coup. Quelle que soit votre passion, les jeux vidéo ou dire du mal d’Harry Potter, votre cercle d’amis s’élargit ­instantanément. Et même si seules cinquante personnes partagent vos goûts à travers le monde, vous les rencontrerez sur internet. C’est génial. » Trouvez vos semblables « Imaginons que vous êtes passionné de Fortnite. Vous allez sur Twitch à la page Fortnite et sélectionnez les utilisateurs qui semblent vous correspondre ; le genre de THE RED BULLETIN

­ ersonne avec qui vous p traîneriez volontiers. Puis intéressez-vous aux amis de ces derniers. Mes streamers préférés sont souvent les streamers ­favoris de mes amis streamers. »

Créez votre stream « Un débutant expert ça n’existe pas. Et jouer tout en dialoguant avec 2 000 personnes est très difficile. Le gaming c’est une histoire de communautés et quand vous débutez, votre communauté reste à construire. Le plus dur est d’attirer les dix premiers spectateurs. Aussi, lancez-­vous avec l’idée de vous amuser. » Soyez vous-même « N’imitez personne. Être original sera plus payant. Mais sachez que vous ne ferez pas l’unanimité : si vous connaissez Internet vous savez que c’est loin d’être un endroit bienveillant et rationnel. Trouvez votre voie, imposez-vous, en y prenant du plaisir. Et pensez à le partager ! »

Michael Strasser a parcouru 22 642 km à vélo en 84 jours, 11 h et 50 min, de l’Alaska à la Patagonie, en résistant à des rafales de 100 km/h au Pérou. Une performance qu’il doit en partie à la musique et aux encouragements d’une même personne, un artiste qu’il ne connaissait pas en se lançant.

Cher Michael, je m’appelle Marcus, alias Parov Stelar, nom qui te parlera sans doute plus. Si je comprends bien, tu t’apprêtes à vivre des ­moments exceptionnels. Avant tout, sache que tu as tout mon respect. C’est formidable de voir des êtres qui repoussent les limites du possible.

Ton expédition me rappelle beaucoup mes ­débuts en musique. À ce moment-là, nombreux dans mon entourage ne me parlaient que de ce qui n’était pas réalisable. Mais tu es un battant toi aussi. Comme on dit, « qui veut, peut ». Je te souhaite la réussite dans ton projet, dans ton aventure ! Et si ma musique peut contribuer à te porter sur un ou deux kilomètres, j’en serais d’autant plus ravi. Bonne route.

Merci Marcus ! Ces mots m’ont porté déjà à travers onze pays. Salutations du Pérou !

Et oui, le Mambo Rap que j’écoute en boucle m’a poussé à lui seul sur 2 000 km.

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Skipper, 40 ans, AUS Il rêvait de gagner la Coupe de l’America ­depuis qu’il avait quatre ans. À 30 ans, il fut le plus jeune skipper à obtenir ce trophée.

Jimmy Spithill

Seule la victoire compte pour ce double vainqueur de la Coupe de l’America. Mais c’est bien la difficulté et l’échec qui l’ont élevé. « Pour moi, la Coupe de l’America a été le terrain d’entraînement le plus dur mais aussi le plus honnête. Il n’y a pas de seconde place, vous êtes premier ou rien. Même frôler la victoire est un échec. Le sport est épanouissant et gratifiant de nombreuses manières. On y apprend comment se relever après une défaite. Cette pression pousse la technologie, le design et la construction à leurs limites extrêmes, jusqu’au point de rupture. Le fait est que si vous n’avez pas quelques avaries en chemin, c’est que vous ne repoussez probablement pas assez vos limites. 86

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BRETT HEMMINGS/RED BULL CONTENT POOL, LUNA ROSSA/CARLO BORLENGHI

« Lorsque les temps sont durs, on voit ce qui nous anime »

Dans ces conditions extrêmes, ce n’est pas en gagnant que l’on apprend à se connaître mutuellement ; c’est lorsque les temps sont durs que l’on voit ce qui nous anime. Qui est capable d’être sincère ? Et d’apprendre ? Et surtout, de ressortir plus fort de cette situation. C’est là que naissent les meneurs : ils saisissent cette occasion d’apprendre, et de devenir de meilleures personnes. Un meilleur co-équipier. J’ai vécu cela lors de chaque compétition, l’épisode le plus célèbre étant probablement celui de la Coupe de l’America dans la baie de San Francisco (en 2013, lorsque l’équipe de Spithill, Oracle Team USA, pénalisée avant même le début de la compétition, a fait un comeback extraordinaire en enchaînant huit régates victorieuses, ndlr). Aussi lors de la Coupe de l’America qui se déroule actuellement, lorsque des erreurs techniques ont provoqué le démâtage du bateau par mon équipe, Luna Rossa, dans les deux cas, nos erreurs ne nous ont ni affaiblis, ni coûté la victoire ; elles nous ont rapprochés et forcés à progresser. Aujourd’hui, la planète entière a un gros défi à relever. Nous pouvons profiter de ce que nous a appris le sport pour être francs, honnêtes et en ­ressortir plus forts et plus intelligents pour le futur. » lunarossachallenge.com

RUTH MORGAN

Le grand monocoque volant AC75 de Luna Rossa, l’équipe de Spithill, a démâté dans les eaux agitées au large de Marina di Capitana, en Sardaigne, pendant l’entraînement pour les AC World Series de Cagliari. Le mât ne s’est pas brisé et aucun équipier n’a été blessé.


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Équipe de football, GER Quel est le secret de leurs romontadas ? L’énergie que ce groupe puise dans les émotions, comme lors de son match à Dortmund.

RB Leipzig

83 Péter Gulácsi

30 ans, HUN, gardien

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Impossibles à stopper « Cette saison, nous avons été menés sérieusement au score à Dortmund et à Mönchengladbach, des situations mal engagées que nous avons su renverser. Bien sûr, être menés à la pause met un coup au moral, mais dans ces moments, l’émotion peut faire la différence. Comme celle que peut susciter un discours enflammé de notre entraîneur. Grâce à lui, nous abordons la ­seconde période avec une énergie renouvelée. Les cadres comme Marcel Sabitzer ou Konrad Laimer sont alors particulièrement sollicités. Leurs petites actions, gestes ou duels remportés signalent la r­ évolte de l’équipe, preuve que l’équipe vit toujours. Et une fois que nous inscrivons le premier but, nous devenons impossibles à stopper. Nous sommes re­ venus contre ces deux équipes grâce à cette dynamique. »

Nordi Mukiele

22 ans, FRA, arrière droit

87 Dayot Upamecano 21 ans, FRA, arrière central

89 Diego Demme

28 ans, GER, milieu relayeur

91 Timo Werner

24 ans, GER, attaquant

84 Marcel Halstenberg 28 ans, GER, arrière gauche

86 Lukas Klostermann 23 ans, GER, latéral droit

88 Marcel Sabitzer

26 ans, AUT, milieu offensif

90 Konrad Laimer

22 ans, AUT, milieu relayeur

92 Yussuf Poulsen

25 ans, DEN, attaquant

93 Emil Forsberg

28 ans, SWE, attaquant

IMAGO IMAGES, RB LEIPZIG (11)

JOHANNES MITTERER

Duels décisifs : l’attaquant du RB Leipzig Yussuf Poulsen saute plus haut que Dan-Axel Zagadou de Dortmund.

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Écrivain, 70 ans, AUT Connu pour ses talents de conteur, l’Autrichien est une figure incontournable du paysage littéraire germanophone.

Michael Köhlmeier

Ignace Semmelweis, l’ange-gardien des jeunes mères C’est une histoire véridique : celle d’un médecin dont le courage et l’obstination ont changé la face du monde. Texte MICHAEL KÖHLMEIER  Illustration BENE ROHLMANN

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d’Amérique, fut telle que je ne pus m’empêcher de lâcher un : “Na, sowas!” (trad. ben ça alors), ce à quoi l’homme qui se tenait derrière le comptoir me répondit : « Ah, vous parlez allemand ! » C’est ainsi que je fis la connaissance de Jeff et Rita Conner, un couple de pharmaciens qui restèrent la plus belle rencontre que je fis lors de mon périple américain en 1996. À l’époque, Jeff avait déjà dans les 70 ans, et Rita était à peine plus jeune. Tous les deux avaient appris quelques mots d’allemand, « en souvenir de leurs lointains ancêtres » qui avaient émigré d’Allemagne un siècle auparavant pour venir s’installer dans le Dakota du Nord. Ils étaient originaires de Cobourg, comme ma mère, qui venait de cette même petite ville de Bavière. Ce point commun suffit à Jeff et Rita pour justifier une invitation à dîner chez eux le jour même. Plus tard dans la soirée, quand leur fils, également pharmacien, vint nous rejoindre, la famille Conner entreprit de me raconter pourquoi ils avaient baptisé leur pharmacie du nom du célèbre docteur Ignace Semmelweis.

C

ar ce fut lui qui, plus de 150 années avant ma rencontre avec Jeff Conner, avait sauvé la vie de son arrière-arrière-grand-mère, une certaine Charlotte Könner. À l’époque, Charlotte vivait à Vienne et travaillait comme femme de chambre chez un couple de Viennois aisés. Elle eut le malheur de tomber enceinte, une situation fort embarrassante pour une femme célibataire et sans le sou. L’auteur des faits se trouvait être… son cousin, qui était aussi son voisin de palier puisqu’il travaillait comme jardinier dans la même demeure et avait donc sa chambre sous les combles, juste à côté de celle de Charlotte. Les patrons de la jeune femme décidèrent de la faire accoucher à l’hôpital, dans les services du proTHE RED BULLETIN

HEIKE BOGENBERGER, PICTUREDESK.COM

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n jour que je me promenais dans la ville de Bismarck, capitale du Dakota du Nord, aux États-Unis, je tombai par hasard, perdu au beau milieu d’un complexe d’immeubles en fausses briques, sur une pharmacie d’apparence assez banale. Elle était accolée à un supermarché, non loin de la Corpus Christi Catholic Church et arborait au-dessus de l’entrée de grosses lettres rouges qui indiquaient : SEMMELWEIS PHARMACY. Ça tombait bien : j’avais justement besoin d’aspirine et de comprimés de charbon. Je poussai donc la porte de la pharmacie – et eu l’impression d’être entré dans une autre dimension. Comme si j’avais atterri tout à coup dans le décor d’un film qui se serait déroulé à Vienne ou dans une petite ville autrichienne, autour des années 1900. Le sol était fait d’un joli carrelage en damier noir et blanc, et face à la porte, un imposant comptoir en cerisier, au coin duquel avaient été sculptées des têtes représentant le dieu-guérisseur Esculape, s’étirait sur toute la longueur de la pièce. Taillées dans le même bois de cerisier aux chaudes teintes rougeâtres, de hautes étagères, flanquées de deux échelles montées sur rail, recouvraient les murs sur presque quatre mètres : chacune des planches était décorée d’une petite plaque et affichait, sagement alignés les uns à côté des autres, des dizaines et des dizaines de récipients en verre de toutes les tailles, pots et flacons soigneusement étiquetés, et puis ça et là des mortiers, des balances d’apothicaire et ­différents instruments de mesure. Ce qui retint mon attention, ce fut la fontaine en pierre taillée qui était posée à droite de l’entrée et d’où jaillissait un jet d’eau à une hauteur de cinquante centimètres. Ma surprise, en voyant ce décor complètement improbable dans ce coin perdu


« Un mystérieux démon faisait des ravages dans le service du professeur Klein. »

fesseur Klein, qui était aussi un ami de la famille. Or, le département d’obstétrique qu’il dirigeait avait à l’époque une réputation si catastrophique que les Viennoises préféraient accoucher dans la rue ­plutôt que dans son hôpital. On racontait alors qu’un mystérieux démon y officiait, un monstre qui fauchait les vies des patientes : 15 % des jeunes femmes qui venaient y accoucher finissaient à la morgue. Un risque que Charlotte ne voulait prendre à aucun prix, non, elle préférait encore accoucher sous les combles, toute seule même, si on lui refusait une sage-femme. Charlotte s’était jetée en larmes aux pieds de sa patronne, lui confessant qu’elle avait fauté avec un amant et voulait racheter sa faute, qu’elle acceptait pour cela de travailler gratuitement un jour par semaine : « Ne me livrez pas à ce démon ! », avait-elle supplié en pleurant. Même son cousin Hermann avait imploré ses maîtres d’épargner sa cousine, elle était la seule ­famille qui lui restait, lui qui avait promis à sa tante, sur son lit de mort, de veiller sur sa chère cousine… Évidemment, ni Hermann, ni Charlotte ne dirent mot du caractère « plus que familier  » de leur relation. Mais les patrons demeurèrent inflexibles : tout ceci, après tout, n’était que balivernes et superstiTHE RED BULLETIN

tions. Charlotte Könner fut donc expédiée le jour de l’accouchement dans les services du redouté ­professeur Klein, et c’est ainsi qu’elle rencontra celui qui lui sauva la vie : Ignace Semmelweis. Contrairement à ses collègues, ce jeune docteur de trente ans ne pouvait se résoudre à accepter « comme une fatalité » ce taux de mortalité anormalement élevé : il faut dire que les patientes du docteur Klein étaient souvent issues des couches populaires, à une époque où les femmes aisées préféraient encore accoucher chez elles. Les moins fortunées se retrouvaient donc à l’hôpital, livrées à elles-mêmes, seules et sans aucune possibilité de protester. La révolution de 1848 venait d’être écrasée par la monarchie et Metternich maintenait l’empire d’une main de fer, le conservatisme des idées avait triomphé. Semmelweis ne se préoccupait pas de politique mais plutôt du sort de ces jeunes mères, et n’eut de cesse de chercher les causes de ces hécatombes qui frappaient le service du docteur Johann Klein.

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r il s’avérait que c’était justement dans ce même service que les cours d’anatomie étaient dispensés aux étudiants et aux jeunes médecins… Non pas sur des poupées de cuir ou de cire comme cela était normalement le cas dans les universités, mais   89


sur de vrais cadavres. Ces cours faisaient la fierté du professeur Klein, qui se targuait d’offrir à ses ­étudiants les meilleures conditions d’apprentissage de toute la monarchie. En regardant les statistiques, Semmelweis s’aperçut pourtant que le taux de mortalité des parturientes avait brusquement augmenté après la création de ces nouveaux cours d’anatomie sur cadavres. Comme on ne connaissait pas encore l’existence des bactéries et des virus, Semmelweis dut procéder à tâtons pour établir une éventuelle causalité entre la dissection de cadavres et la fièvre puerpérale qui décimait les patientes de Klein. Il proposa donc aux médecins qui sortaient d’une autopsie de se laver les mains avant d’examiner leurs patientes. Cette idée saugrenue lui valut immédiatement d’être raillé… et mis au ban de la communauté médicale. Pour qui se prenait-il, ce jeune Hongrois qui osait donner des conseils à ses supérieurs ? Mais Semmelweis insista, prescrivant même de désinfecter les mains non pas au savon, mais avec une solution d’hypochlorite de calcium. Klein finit par céder et accepta de tenter l’expérience sur un mois. Les résultats furent spectaculaires, avec un taux de mortalité proche de zéro.

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eff Conner et sa femme Rita me racontèrent alors, très fiers, que l’arrière-arrière-grand-mère Charlotte avait sa part dans ce succès qui marqua à jamais l’histoire de la médecine. Car au moment où elle fut admise à l’hôpital pour accoucher, Semmelweis était, de son côté, sur le point d’abandonner son combat contre ses collègues. C’est lui-même qui, plus tard, a avoué à Charlotte que juste avant leur rencontre, il avait pris la décision de quitter son poste à Vienne et de rentrer chez lui en Hongrie. Il était ensuite entré dans la salle où les parturientes étaient allongées, une dernière fois, et ce fut à cet instant que Charlotte s’est agrippée à lui, en le suppliant : « Je vous en prie, docteur, protégez-moi de ce monstre qui emporte les mères, j’ai commis des fautes mais je ne veux pas mourir avant de les avoir réparées, et la seule façon pour moi de les expier, c’est de faire de mon enfant un homme bon et droit ! » Le docteur Semmelweis s’assit au bord

« Semmelweis conseilla aux médecins qui sortaient d’une autopsie de se laver les mains avant d’entrer en salle d’accouchement : on se moqua de lui. » 90

de son lit et elle se mit à lui confesser le péché de chair qu’elle et son cousin avaient commis, mais elle aimait H ­ ermann, et lui aussi, d’ailleurs n’avait-il pas demandé au prêtre d’intercéder en leur faveur pour leur permettre de se marier, comme c’était parfois le cas chez les gens de la noblesse. Charlotte implora le médecin de façon si touchante, lui répétant comme une litanie qu’il était son ange-gardien, que le jeune Hongrois en eut les larmes aux yeux. Il se ressaisit, rassembla une dernière fois ses forces pour cette ultime mission – même si je devais n’en sauver qu’une seule, que ce soit cette femme-là ! Il retourna voir ses supérieurs et leur ordonna de se laver les mains avant chaque accouchement. Celui de Charlotte Könner se déroula sans aucun problème et elle mit au monde un fils qu’elle baptisa Ignace, comme elle l’avait promis à celui qu’elle considérait dorénavant comme son sauveur. Et ce fils, avait-elle dit, deviendrait docteur, car Hermann et elle allaient travailler dur pour lui payer des études. « Bon, il n’est pas devenu médecin, poursuivit Jeff, mais tout de même, Ignace est devenu pharmacien, c’est comme un petit médecin, finalement. » Ignace Könner ouvrit une pharmacie à Vienne et eut quatre enfants. L’aîné – baptisé Ignace comme son père – devint également pharmacien et partit en Bavière pour ouvrir une pharmacie dans la petite ville de Cobourg. Son fils aîné – encore un Ignace ! – décida plus tard d’émigrer aux États-Unis : le Dakota du Nord cherchait à attirer les émigrés allemands et avait même troqué le nom de sa capitale Edwinton pour un nom aux consonances plus germaniques : Bismarck. Ce fut donc lui, Ignace troisième du nom, qui entreprit d’angliciser son nom de famille : Conner au lieu de Könner. « Voilà, c’est notre histoire, conclut Jeff. Je ne m’appelle pas Ignace, certes, mais je suis moi aussi pharmacien. Il y a quelques années, nous avons décidé de transformer la pharmacie. » Rita intervient : « Et ça nous a coûté très cher ! » « Nous avons reconstitué au détail près l’intérieur de l’ancienne pharmacie de Cobourg, en nous basant sur d’anciennes photos, explique Jeff. Aujourd’hui, la pharmacie est une véritable attraction touristique dans la région, comme l’abbaye bénédictine de ­Richardson. » Rita m’explique alors que « la fontaine est la réplique exacte de celle qui se trouvait à l’entrée de la pharmacie de Cobourg, elle aussi porte le nom de celui qui a sauvé la vie de Charlotte Könner. » « Et celle de nombreuses autres mères », ajoute Jeff. Mes hôtes me dévoilent alors le prénom de leur fils qui est venu nous rejoindre : Ignace Conner.

I

gnace Conner : c’est à lui que j’ai voulu écrire récemment, alors que la pandémie de Covid-19 était en train de bouleverser le monde. « Cher Ignace, vous souvenez-vous de moi ? » Une réponse me parvint de Bismarck, Dakota du Nord : « Bien sûr que je me souviens de vous. Mes parents sont décédés il y a une dizaine d’années, mais ils ont souvent pensé à vous. Je souhaite que nous pensions tous les uns aux autres, en ces temps troublés. » « Oh oui, ai-je répondu, Je le souhaite aussi. » THE RED BULLETIN


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Breakdancer, 39 ans, FRA Enfant, Junior Bosila Banya pouvait à peine courir. Depuis, le Franco-Congolais a percé dans l’élite mondiale du break.

BBoy Junior a vécu une enfance difficile, mais grâce à son mental, il a transformé ses désavantages en une force formidable. « J’ai attrapé la polio à l’âge de trois ans. J’ai découvert ma différence en constatant que je ne courais pas aussi vite que les autres ­enfants. Je n’ai pas baissé les bras pour autant et me suis orienté vers des sports tels que le tennis de table et la boxe ; au football, je ­gardais les buts. Quand les gens font allusion à mes ­limites, je redouble d’efforts et leur prouve a­ insi qu’ils ont tort. J’essaie toujours de faire de mon ­handicap une force. 92

La danse est le meilleur exemple de ma f­ açon de voir les choses. Petit, j’imitais Michael Jackson en regardant ses vidéos. Les pas que je n’arrivais pas à reproduire, je les compensais en inventant des mouvements inspirés de la gymnastique et des arts martiaux et que j’exécutais sur les mains. À 12 ans, j’ai découvert des danseurs de rue à la télévision et à ma grande surprise, leurs mouvements ressemblaient aux miens. Je dansais le break sans le savoir. Dès cet instant, j’ai mis les bouchées doubles, ma passion était toute trouvée. Très vite, les autres enfants ne voyaient plus en moi le petit handicapé, mais le gars aux mouvements incroyables. Puis deux coachs de breakdance m’ont remarqué et pris sous leur aile. Face à l’adversité, j’adopte la même attitude. Plutôt que de m’attarder sur ce que je n’ai pas ou sur ce qui me fait défaut, je me ­focalise sur ce que j’ai et ce que je veux. »

Instagram : @bboyjuniorofficiel

THE RED BULLETIN

TYRONE BRADLEY/RED BULL CONTENT POOL, LITTLE SHAO/RED BULL CONTENT POOL

« Je me focalise sur ce que j’ai et veux »

FLORIAN OBKIRCHER

BBoy Junior


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Développeur de jeux, 55 ans, JPN Il a rejoint Nintendo en 1986, a travaillé sur Super Mario World, Star Fox et Wii Sports. Son jeu le plus célèbre : Animal Crossing.

Katsuya Eguchi

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Plongeur et surfeur, 21 ans, FRA Basé à Moorea, où 2019 fut une année noire pour les coraux, le Polynésien a fondé Coral Gardeners.

Titouan Bernicot

Quand la console… console jeu original en 2001, Eguchi s’est inspiré de sa propre ­expérience de déménagement. À 21 ans, il s’est d ­ éplacé de près de 500 km pour aller travailler au bureau de Nintendo à ­Kyoto. « J’avais laissé ma ­famille et mes amis derrière moi. Il était important de pouvoir ­parler et jouer avec eux. » Il a donc conçu un jeu qui, plus tard, lorsqu’il fut père, permettait à ses enfants de savoir qu’il leur rendait v­ isite pendant leur dodo : « Mes ­enfants pouvaient y jouer après l’école, et moi je m’y adonnais quand je rentrais à la maison, le soir. C’était une façon de participer à leurs ­activités, même en étant ­absent. » Très personnelle, sa création a, depuis, t­ ouché des millions de personnes.

animal-crossing.com

NINTENDO, BEN ONO

TOM GUISE, PATRICIA OUDIT

Nous sommes le 27 mars, un vent de panique souffle sur la planète gaming : la Nintendo Switch n’est plus disponible. Une semaine plus tôt, le nouveau jeu d’Animal Crossing pour Switch, New Horizons, ­arrivait sur le marché, lancé en même temps qu’une édition limitée de la console. La popularité du jeu, exacerbée par des adeptes cherchant à se distraire pendant le confinement, s’est également ­manifestée à un niveau plus profond. Votre personnage vit sur une île où il peut cueillir des fruits, pêcher, d ­ écorer sa maison et, surtout, découvrir les îles des autres joueurs, dont les fuseaux horaires et les saisons correspondent à leur emplacement réel. Une consolation pour ceux qui ne peuvent plus rendre visite à leurs amis ou aux membres de leur famille. Pour sortir son

Captures d’écran d’Animal Crossing: New Horizons : « Il y est question de la famille et d’amitié », dit Eguchi. THE RED BULLETIN

Régénérer les récifs coralliens, c’est continuer à respirer.

L’espoir est permis 40 % des coraux sont morts, mais Titouan Bernicot se bat pour sauver les 60 % restants, et envisager leur régénération. C’est essentiel. « Une bouffée d’oxygène sur deux que vous prenez vient des océans, et leurs poumons sont les ­coraux, explique le surfeur et plongeur. Pour continuer à respirer, il nous est impératif de les préserver. La mission première de mon projet Coral Gardeners est d’y sensibiliser le grand public via des actions dans les écoles et des campagnes en ligne. Nous avons donc mis au point un programme original en proposant aux gens, où qu’ils soient, d’adopter un corail. J’ai planté mon premier spécimen à 16 ans : en quelques mois, il avait triplé de volume, et fourmillait de crabes ! Si l’on y parvient à grande échelle, nos lagons renaîtront. ­Retrouver les récifs coralliens d’antan peu sembler utopique, et pour certains, le corail actuel est foutu… Moi, j’ai envie d’imaginer des alternatives ! Il existe des coraux ­super résistants, comme ceux de la mer Rouge, ­capables de supporter une chaleur extrême. Les ­coraux profonds sont aussi une source d’optimisme : les scientifiques cherchent à savoir s’ils peuvent se reproduire, et éventuellement produire des larves capables de ré-ensemencer des récifs de surface, plus fragiles face au réchauffement. Si le monde de demain r­ éduit drastiquement son empreinte ­carbone, ­l’espoir est donc permis. » coralgardeners.org   93


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Biohacker, 46 ans, GER Cet homme sait comment « hacker » son organisme pour améliorer sa santé et ses performances.

Andreas Breitfeld

Tenir un journal personnel le soir

Ce truc marche à tous les coups, car il nous oblige à « pré-digérer » les expériences et émotions de la journée, permettant au cerveau de mieux tirer profit des phases de sommeil profond.

Couper le wifi la nuit !

Le sommeil est vital pour notre système immunitaire, lutter contre le stress, nous régénérer et ­intégrer les informations reçues dans la journée. Mais pour un vrai sommeil réparateur, trois choses essentielles : obscurité totale, température fraîche et, surtout, n’oubliez pas d’éteindre le wifi, nom de nom ! La pollution des ondes est un véritable facteur de stress.

Le matin : pas de téléphone

Les premières trente minutes de ma journée sont sans écran. Ni téléphone, ni PC, ni radio, rien que la lumière, l’air, la fraîcheur du petit matin, un grand verre d’eau filtrée, regarder le ciel, sentir les éléments. En laissant votre cerveau reptilien faire une bonne grasse matinée, vous abaissez votre niveau de stress pour toute la journée.

La câlinothérapie

Les situations difficiles peuvent faire reculer notre cerveau de 500 millions d’années, selon ce biohacker allemand réputé. Ses astuces quotidiennes peuvent le maintenir au présent. « C’est dingue : le stress a pour conséquence de nous replonger 500 millions d’années en arrière, tout au fond de la partie la plus primitive – sur l’échelle de l’évolution – de notre cerveau : le ­cerveau reptilien. C’est cette zone qui gère toutes les fonctions nécessaires à la seule survie, la respiration, le cœur, la digestion, la faim, la reproduction… et la peur – court-circuitant automatiquement la créativité et la réflexion. Bien sûr, c’est parfois très utile, mais en ces temps particulièrement anxiogènes, il est important de ne pas laisser le petit crocodile dicter ses lois dans notre tête afin de conserver une bonne qualité de vie : un sommeil réparateur, un système immunitaire au top et une bonne humeur à toute épreuve. Pour cela, il suffit d’aller bio­ hacker son jardin intérieur. Mode d’emploi. » 94

Méditation et lumière rouge

Pour remettre de l’ordre dans mes idées, je n’ai pas trouvé mieux que la méditation quotidienne. Chaque jour, je médite face à un appareil diffusant de la lumière rouge, ça booste le renouvellement cellulaire et l’énergie. J’utilise un matos ­sophistiqué trouvé sur theflexbeam.com, mais une simple lampe infrarouge fait l’affaire.

De l’eau filtrée et enrichie, toujours

30 dl pour 10 kg de masse corporelle, voilà la quantité d’eau (évidemment filtrée) qu’il faut boire tous les jours. Le matin, l’eau que je bois est enrichie en oxygène, ce qui aide à inhiber les inflammations internes. Mon générateur d’oxygène est un Aquacentrum, une marque allemande.

Sortir prendre l’air

Cela peut paraître une banalité, mais l’air frais et la lumière naturelle valent toujours mieux que l’air confiné sous lumière artificielle.

Respirer par le nez

La bouche est faite pour parler, manger et embrasser. Pour la respiration, il y a le nez. Respirer par le nez, c’est essentiel. Faites-y attention. Instagram : @breitfeld_biohacking THE RED BULLETIN

STEFAN WAGNER

Comment se passer du stress

ANDREAS BREITFELD

Rouge de bonheur : Breitfeld se laisse irradier tous les jours.

Autre possibilité pour commencer une belle ­journée sans stress : prendre un bain d’ocytocine en faisant le plein de câlins. L’ocytocine est cette hormone dite « de l’attachement » qui agit comme un inhibiteur de stress. Personne à serrer dans vos bras ? Peut-être avez-vous un chat ? Sinon, une Echobell, ce dispositif qui émet des sons et des vibrations, marche vraiment bien.


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Pilote de VTT, 36 ans, AUT Multiple champion du monde de trial au style engagé, il a fait du mal à plus d’un vélo, tout en sachant vite les réparer.

CHAMBRE À AIR

Extraction à l’aide de cuillères Changer le boyau exige de batailler avec un pneu ­récalcitrant. Voici comment y parvenir sans peine.

Tom Öhler

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Réparer son vélo comme un chef

Couchez la roue à terre. Insérez deux cuillères à soupe, entre la jante et le pneu, à une largeur de main de distance de l’une de l’autre.

Oui, c’est possible. Chaîne rouillée, roues ­voilées ou crevées… Ses astuces permettent de réparer son vélo dans sa cuisine, avec des ustensiles qui se transforment en outils LA CHAÎNE

La bougie élimine la rouille La paraffine est efficace contre le grincement de la chaîne et lubrifie les engrenages.

2 Appuyez sur les deux cuillères simultanément pour extraire le pneu de la jante. En cas d’échec, augmentez la distance entre les cuillères.

3 Redressez la roue et tirez le pneu vers le bas. Vous pouvez à présent retirer le boyau défectueux.

DÉVOILER UNE ROUE

1 Nettoyez la chaîne avec un chiffon pour éliminer saleté et huile.

À l’aide d’un couteau à beurre Le centrage d’une roue voilée s’avère moins fastidieux qu’on pourrait l’imaginer.

1 Retirez le pneu et le fond de jante. (La tâche ne nécessite pas d’outil ­normalement.)

ARMIN WALCHER/RED BULL CONTENT POOL

WERNER JESSNER

SASCHA BIERL

2 La roue arrière doit être ­démontée. Pour ce faire, ­retournez le vélo et rabattez les attaches ­rapides vers l’arrière.

2 Coincez un stylo sur le cadre avec la pointe alignée sur le bord de la jante. Puis faites tourner celle-ci, pour repérer les parties à recentrer.

3 3

Augmentez la tension des rayons dans les zones non marquées en serrant les vis avec le couteau.

Les bougies sont à base de paraffine, composant de nombreux ­lubrifiants. Faites défiler plusieurs fois la chaîne dans un récipient contenant la cire préalablement fondue dans une casserole.

4 Remettez la roue en place et supprimez l’excès de cire à l’aide d’un chiffon. Le tour est joué !

THE RED BULLETIN

« EN CAS DE NÉCESSITÉ, VOTRE CUISINE VOUS FOURNIT TOUT CE DONT VOUS AVEZ BESOIN POUR REDEVENIR MOBILE. »   95


MENTIONS LÉGALES Rédacteur en chef Alexander Macheck Rédacteur en chef adjoints Andreas Rottenschlager Directeur créatif Erik Turek Directeurs artistiques Kasimir Reimann (DC adjoint), Miles English, Tara Thompson

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The Red ­Bulletin est ­actuellement distribué dans six pays. Vous voyez ici la Une de l’édition américaine, ­illustrée par Sébastien Thibault. Le plein d’histoires hors du commun sur redbulletin.com

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THE RED BULLETIN Suisse, ISSN 2308-5886 Country Editor Wolfgang Wieser Country Coordinator Christine Vitel Country Channel Management Meike Koch Publicité Marcel Bannwart (D-CH), marcel.bannwart@redbull.com Christian Bürgi (W-CH), christian.buergi@redbull.com Traductions, révision Lucie Donzé, Susanne & Frédéric­ ­Fortas, Suzanne K ­ říženecký, Audrey Plaza, Claire S ­ chieffer, Jean-Pascal Vachon, Gwendolyn de Vries Impression Quad/Graphics Europe Sp. z o.o., Pułtuska 120, 07-200 Wyszków, Pologne Abonnements Service des lecteurs, 6002 Lucerne getredbulletin.com, abo@ch.redbulletin.com

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P RO M OT I O N

must-haves

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4 1  STYLÉE, CONNECTÉE ET UTILE

La nouvelle montre AlpinerX Alive allie l’art de l’horlogerie suisse à un écran tactile AMOLED et à la technologie connectée. Elle combine toutes les fonctions importantes liées au sport et à la santé. Le moniteur de ­fréquence cardiaque développé par Philips, le suivi de l’hydratation et le traceur GPS font de cette montre un partenaire idéal de la vie quotidienne. alpinawatches.com

THE RED BULLETIN

5 2  PROTECTION ACTIVE

Lors d’un jogging pendant la pause déjeuner ou d’une séance d’entraînement après le travail, une protection solaire adaptée est indispensable. Daylong™ SPORT, compact, pratique et d’absorption rapide vous soutient durant vos défis sportifs. Ne bouchant pas les pores de votre peau, résistant à l’eau et à la transpiration, Daylong vous protège dans toutes les circonstances. daylong.ch

3 BASKETS ÉCOLOS

Ces baskets classiques, blanches et naturelles, fabriquées à partir de matériaux écologiques et recyclés, sont un must pour tout trendsetter. Avec leurs couleurs, elles donnent également un style unique. La semelle intérieure amovible en mousse EVA recyclée et en liège résistant vous procure un confort inégalé. Enfin, le design innovant confère aux baskets Genesis G-Soley un look intemporel. genesisfootwear.com

4  LA TOUCHE SUISSE

Thömus ouvre de nouvelles perspectives en matière de technologie et de design avec son dernier-né, le Lightrider E2 Pro qui offre une autonomie sans pareil. Avec une seule charge de ­batterie et une conduite ­exceptionnelle grâce à son cadre parfaitement structuré de 29 pouces, elle affiche un faible poids (à partir de 18,5 kilos). Le Lightrider E2 Pro, le VTT électrique de demain. thoemus.ch

5  THE BACKPACK

Il sera votre compagnon de tous les jours, à deux pas de chez vous ou au bout du monde. Avec son compartiment supérieur et son espace rembourré pour un ordinateur portable 15 pouces, vos objets les plus importants sont toujours protégés et à portée de main. Le compartiment principal s’ouvre complètement et permet d’y ranger le sac CIA de Db conçu pour un appareil photo. douchebags.com

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Illustrateur, 39 ans, CAN Il dessine pour Time, Wall Street Journal et The Guardian. Ses images sont des ­critiques de la société aux couleurs vives.

SÉBASTIEN THIBAULT

Sébastien Thibault

Les héros, c’est nous

ANDREAS WOLLINGER

« Quand la vie te donne des citrons, fais-en une limonade ! ». La référence au proverbe a inspiré Sébastien Thibault, l’auteur de cette illustration : « C’est en prenant le contre-pied de la situation que m’est venue l’idée de transformer la vague géante qui nous menace en cape de superhéros. » sebastienthibault.com

Le prochain THE RED BULLETIN disponible le 9 août 2020.

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ALPHATAURI.COM


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