FRANCE JUIN 2021
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« TU ES TON SEUL MOTEUR »
Comment le pilote PIERRE GASLY est devenu son propre modèle français pour réussir en F1
Éditorial
LES HÉROS NE SERVENT À RIEN On tient cette vérité choquante d’un champion ! Pour lui, l’exemple à suivre, le mec ou la nana qui motive, celui que l’on peut imiter, dont il faut s’inspirer, est présent en chacun d’entre nous. C’est que nous a raconté le pilote de Formule 1 Pierre Gasly, qui a toujours su trouver en luimême un moteur pour se dépasser, persévérer, quand il faisait du karting, gamin, ou pour ces dimanches où il doit batailler avec 19 adversaires lors de dramatiques courses automobiles. Un mec accessible (mais vorace au volant), le Rouennais propage sa foi en l’autopropulsion dans un sujet exclusif de 12 pages, dont les p hotos ont été réalisées sur le circuit de Monza, en Italie. Pierre y a remporté son premier Grand Prix en septembre dernier, libérant ainsi la France d’une malédiction en F1 qui durait depuis… 1996.
CONTRIBUTEURS NOS ÉQUIPIERS
SANDRO BAEBLER
« Quel plaisir de travailler avec lui dans un lieu lui évoquant des émotions positives, dit le photographe suisse à propos de Pierre Gasly. Son professionnalisme et sa joie enfantine pour le sport automobile a contaminé tout le monde sur le plateau, ajoute celui qui est publié dans Vogue, Rolling Stone ou Wired. Sur le côté de la piste, un graffiti résumait assez bien l’expérience de Pierre à Monza : “Eat pasta and ride fasta!” » P. 20
Belle lecture ! Votre Rédaction DUSTIN SNIPES
SANDRO BAEBLER (COUVERTURE)
« J’ai passé des mois à étudier la photo nocturne des cieux », explique ce photographe de portrait et de sport de L.A., qui a pu capturer des clichés d’enfer de la Red Bull Air Force descendant au-dessus de Marfa (au Texas) par une nuit étoilée. « Quelle chance de travailler avec des gens qui repoussent les limites de la créativité. » Dustin est publié dans ESPN The Magazine, Sports Illustrated et The New York Times Magazine. P. 32
Retour à Monza : le pilote français Pierre Gasly très bien accompagné sur l’ovale d’un circuit mythique, lors de notre shooting avec Sandro Baebler. THE RED BULLETIN
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CONTENUS juin 2021
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Stand de tir : voici celui qui améliore les joueurs NBA.
6 Galerie : plein les yeux, pour
vous mettre en jambes 12 Playlist : ce que passe le rappeur 24kGoldn pour séduire 13 Comment le soleil pourrait bousculer l’industrie automobile 14 Si vous tenez à votre téléphone, ne lisez pas cet article 16 La chanteuse Ashnikko s’écrit des lettres d’amour, et elle se fait plaisir 18 Pour vous mettre à la fenêtre, partout dans le monde, sans bouger de chez vous
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20 S on propre héros
50 L’aimant à humains
3 2 Feu du ciel
58 I l y a un os
Pierre Gasly (le pilote de F1 de la Scuderia AlphaTauri) se motive lui-même pour être le meilleur des Pierre Gasly. Et rouler vers le succès. Une nuit dont on se souviendra au Texas, avec les évolutions aériennes hallucinantes des pros de la Red Bull Air Force.
40 L e bon move
De ses débuts à Casablanca à son apprentissage avec une icône du break en Scandinavie, le parcours peu conventionnel d’une danseuse qui voit grand.
Axel Carion catalyse les belles âmes grâce au vélo : comment ses courses d’endurance lui ont permis d’être un rassembleur et d’être un meilleur vivant. Pour revenir aux origines de l’humanité, deux plongeurs intrépides se glissent dans des cavités sous-marines et glauques au Mexique.
70 C ’est intelligent
Si l’intelligence artificielle (IA) vous laisse sceptique, ce chercheur pourrait bien vous faire voir le futur positivement.
THE RED BULLETIN
CHRISTIAN ANWANDER, KLAUS THYMANN, BIKINGMAN/DAVID STYV
Danser : Sina est sortie de son cercle premier, pour s’en créer un plus vertueux.
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Plonger : là où personne ne veut aller, pour saisir la préhistoire.
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Rouler : cet homme à vélo, seul, ne l’est jamais vraiment.
THE RED BULLETIN
77 À faire : lancez-vous sur les
Dents du Midi en Suisse comme le rider VTT Vincent Tupin 82 Gaming : un jeu écolo par des chercheurs russes. Rien que ça 83 Hi-tech : dronez de l’intérieur 84 Red Bull TV : les discussions sur canapé, c’est bon pour Michel Drucker. Ici, c’est de l’action pure qui vous attend 86 Équipement : pour bouger en montagne cet été, dotez-vous du meilleur matos 96 Ils et elles font The Red Bulletin 98 Photo finale : c’est la kayakiste Nouria Newman qui gère la chute de ce numéro
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VALLÉE DE YOSEMITE, USA
Garder la ligne
« Voyagez sans attentes, avec votre appareil photo à vos côtés, déclarait le photographe de sports d’aventure Tyler Roemer à la BBC en 2012. Vous ne savez jamais ce que vous allez voir. » Une éthique partagée par Brian Mosbaugh, athlète américain dont le nomadisme lui permet d’assouvir ses passions pour le BASE-jump, la slackline et l’escalade. Pour ce tournage dans la vallée de Yosemite – le foyer spirituel du highlining – Mosbaugh avait les deux pieds sur une ligne à plus de 600 m du sol ; et Roemer un doigt sur son déclencheur. tylerroemer.com ; Instagram: moabmonkey
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TYLER ROEMER
DAVYDD CHONG
LOS ANGELES, USA
Russe meilleur À l’envolée succède la retombée, mais entre les deux, la possibilité d’admirer l’art du freerider russe Pavel Alekhin : une acrobatie aérienne à VTT quelque part dans la cité des anges, immortalisée par son compatriote Denis Klero. Atterrissage immédiat… Instagram : @vishneviy ; klero.ru
DAVYDD CHONG DENIS KLERO/RED BULL CONTENT POOL, NAIM CHIDIAC/RED BULL CONTENT POOL
DUBAÏ, ÉMIRATS ARABES UNIS
Vol sec
Pour leur projet, The Breaking Pointe, l’Espagnol Horacio Llorens et le Brésilien Rafael Goberna ont fait voler en mars dernier leur parapente entre les jets de la fontaine du Palm Jumeirah, à Dubaï. Une performance à travers la plus grande fontaine au monde préparée avec soin. La répétition en paramoteur spécial des deux pros — photographiés ici par le Libanais Naim Chidiac — s’est déroulée dans ce désert où il n’y a pas la moindre goutte d’eau. On ne sait toujours pas pourquoi… redbull.com
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CHAMONIX, FRANCE
DAVYDD CHONG
Êtres en mouvement
UTMB/CHRISTOPHE PALLOT
Ce saisissant cliché pris par le photographe Christophe Pallot à Chamonix lors de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc 2019 peut s’expliquer de deux manières : soit le Français a opté pour une vitesse d’obturation lente afin d’obtenir ce mouvement fluide et multicolore, soit il a réussi à saisir l’esprit collectif unissant les participants de cet ultramarathon épique de 170 km, une explication moins probable, mais bien plus attrayante. Hallucinant. Instagram : @christophepallot
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24KGOLDN
Le vers galant Le MC connu pour son énorme succès Mood révèle les quatre morceaux qui le mettent bien pour un premier rencard. Le rap emo, mélange de hip-hop, de mélodies rock indé et de textes lyriques, connaît un succès depuis une dizaine d’années, porté par des artistes comme Lil Uzi Vert et XXXTentacion dont les albums caracolent en tête du hit-parade américain. Mais l’étoile montante se nomme Golden Landis Von Jones, 20 ans, alias 24kGoldn. Le Californien, chanteur, auteurcompositeur et ex-enfant acteur, est révélé en 2019 avec Valentino, titre devenu platine. Mood sorti en 2020 et en tête des ventes achèvera de l’établir durablement. Ce titre qui évoque une relation toxique passerait mal pour un premier rendez-vous, mais les quatre qu’il nous propose ici briseront la glace. Premier album, El Dorado, sur Columbia Records ; 24kgoldn.com
« Le morceau date du début des années 2000, mais il n’a pas pris une ride. Toutes les répliques d’un premier rendezvous y sont : “Salut Beauté, quoi de neuf ? Laissons-nous aller.” Tout est dit, pas besoin d’en rajouter. Je me vois bien en compagnie d’une fille dans une voiture avec cette chanson, les vitres baissées, en route vers le lieu de notre premier flirt. » 12
Paper Planes (2007)
« Un premier rendez-vous devrait toujours être l’occasion de savourer l’ambiance en veillant à ne pas la perturber. Paper Planes fait partie de ces chansons avec un petit côté bop qu’on aime écouter en allant à la plage. Je l’ai découverte en regardant le film Slumdog Millionaire, dans la folle scène de train où ils font de l’auto-stop à travers l’Inde. Un moment marquant. »
50 Cent featuring Nate Dogg 21 Questions (2003)
A$AP Rocky featuring Drake, 2 Chainz & Kendrick Lamar
« “M’aimerais-tu si j’étais sans le sou ? M’aimerais-tu dans un bus ? M’aimerais-tu si je grillais des hamburgers dans un restau ?” Ces questions extraites du morceau devraient servir de test lors d’un premier rencard. La nostalgie peut exercer un puissant attrait. Si l’on ne peut pas apprécier de vieux morceaux ensemble, mieux vaut ne pas donner suite. »
« Parfois, il faut savoir être cash dès le début. Ça simplifie les choses au final. Donc, comme le disent les paroles, “J’aime les garces. C’est mon putain de problème”… mais peut-être que nous pouvons le résoudre ensemble. Le flow de Kendrick sur ce morceau est dingue. Cette chanson au casting de stars est sans doute la plus sous- estimée qui soit. »
Fuckin’ Problems (2012)
THE RED BULLETIN
WILL LAVIN
Hey Ma (2002)
M.I.A.
JORDAN WHITE/JAY
Cam’ron featuring Juelz Santana
Silence ! On roule : à grande vitesse, l’aérodynamisme de cette auto élimine le bruit du vent.
APTERA EV
L’alternative
APTERA MOTORS
LOU BOYD
Deux concepteurs réinventent la voiture pour créer un véhicule propulsé à l’énergie solaire. « Lorsque vous faites le plein d’essence de votre voiture, seuls 25 % de ce plein produisent de l’énergie — le reste part en fumée, explique Chris Anthony, PDG de la société Aptera Motors à San Diego. De plus, 60 % de cette énergie servent à éliminer la résistance de l’air extérieur. » Ces statistiques sont à l’origine de l’initiative de Chris Anthony et Steve Fambro dont l’objectif est de créer un véhicule aussi robuste qu’une F1, plus silencieux qu’une voiture lambda et plus efficace qu’une moto, le tout sans jamais passer à la pompe à essence. La carrosserie de l’Aptera est couverte de cellules photovoltaïques, mais il en faut plus pour rouler à l’infini grâce à l’énergie solaire. Aptera signiTHE RED BULLETIN
fie « sans ailes » en grec, en référence à la forme de la voiture qui ressemble à un avion sans ailes dont la conception repose entièrement sur la fluidité. « L’objectif était d’obtenir une traînée nulle ou proche de zéro, explique Fambro. Cela a décuplé l’autonomie, et a imposé cette forme. » Lors de la conférence TED 2007 en Californie, Fambro dévoile, en grande pompe, un prototype hybride dieselélectrique affichant une
consommation de 1,5 litre au 100, à 88 km/h — un record historique. La suite est un interminable feuilleton de financement, de rachat d’entreprises, où les deux fondateurs finissent dépossédés de leur société. Point mort. Mais le duo refait surface l’année dernière avec une nouvelle structure et un nouveau modèle solaire électrique « sans recharge ». En huit jours, ils reçoivent des acomptes pour 3 000 véhicules, soit plus de 85 millions d’euros. Sept semaines plus tard, les commandes doublent. Avec un coefficient de traînée de 0,13, la voiture consomme 160 Wh d’énergie au kilomètre. Ainsi, à charge pleine, sa batterie de 100 kWh lui garantit 1600 km d’autonomie. Cela ne signifie pas que l’on puisse couvrir cette distance chaque jour : les panneaux solaires assurent dans le meilleur des cas 103 km par jour. « C’est comme si par magie, votre réservoir augmentait de 8 litres d’essence durant la nuit, explique Fambro. Vous retrouvez votre voiture avec plus d’énergie que lorsque vous l’avez garée. » Et pour la recharger, une prise ordinaire suffit. Son châssis monocoque inspiré des F1 la rend très sûre en cas d’impact, et le modèle à transmission intégrale passe de zéro à cent km/h, en 3,5 secondes. Toutefois, Fambro et Anthony savent que l’industrie auto peut encore leur barrer la route, mais ils sont convaincus que les temps changent. « Pour l’heure, nous sommes l’exception, dit Fambro, mais nous espérons faire du véhicule solaire électrique la norme pour le monde de demain. » En réalité, ils défient aussi un autre véhicule écologique bien établi. « L’efficacité du vélo est bien moindre, affirme Anthony. Bientôt, se rendre à l’épicerie en Aptera sera une sérieuse alternative au vélo. » aptera.us 13
Et si l’on vous disait que l’acquisition de votre téléphone finance en partie la guerre ? Cet innovateur propose une alternative éthique. « Fabriquer des téléphones est destructeur », déclare Bas van Abel, fondateur de Fairphone. La remarque peut sembler étonnante de la part d’un fabricant de smartphones, mais la position de van Abel concernant l’objet culte de la vie moderne est à contre-courant. Avant de créer son entreprise, le Néerlandais n’avait jamais possédé de téléphone portable. Son but n’a jamais été de produire un énième smartphone, mais un téléphone pour le bien de tous. D’une durée de vie de deux à trois ans, les smartphones dépassent en nombre la population mondiale. Leurs centaines de composants sont issues de minerais provenant 14
Tête pensante : Bas van Abel, fondateur de Fairphone.
THE RED BULLETIN
JESS HOLLAND
Appel urgent
souvent de zones de conflit et dont les profits financent des milices violentes. Ces matériaux sont parfois extraits dans des conditions de travail dangereuses et néfastes pour l’environnement. L’assemblage est réalisé dans des usines pour des salaires de misère. Les méthodes employées pour rendre l’appareil plus mince, comme coller la batterie au boîtier, rendent l’appareil inutilisable en fin de vie. Van Abel, quant à lui, aime les choses qui durent. Il a grandi à Nimègue, la plus ancienne ville des Pays-Bas. Ses parents se sont rencontrés à leur adolescence ; lui-même, âgé aujourd’hui de 43 ans, a connu son partenaire à l’âge de 15 ans. Après des études en design numérique, il rejoint en 2003 la société Waag, une organisation à but non lucratif qui utilise la technologie comme vecteur de progrès socioculturel. Durant les dix ans qu’il y passe, il découvre l’utilisation de minéraux de conflit dans les produits technologiques et prend
FAIRPHONE
FAIRPHONE
conscience des dégâts liés à leur fabrication. Le Fairphone est un moyen d’attirer l’attention sur ce problème. En 2013, son financement participatif pour « le premier smartphone éthique au monde » génère 25 000 précommandes. « Les gens payaient 300 € pour quelque chose qu’ils n’obtiendraient peut-être jamais, explique-t-il. Dans l’industrie, tout le monde nous répétait que ça n’intéresserait personne. » L’entreprise a produit trois autres modèles depuis, dont le Fairphone 3+ en septembre dernier. Livré avec un tournevis, l’appareil se répare facilement et sa modularité permet de l’actualiser avec des composants plus récents, tels qu’un nouvel appareil photo arrière de 40 mégapixels. Le plastique utilisé est recyclé à 40 % et les minéraux proviennent de sources éthiques, bien que toujours situées en zones de conflit. « Aller en Australie, pays sans conflit armé, n’a aucun intérêt ; mais agir pour l’amélioration des conditions de travail au Congo et le traçage des minerais est plus sensé », explique van Abel, initiateur de la Fair Cobalt Alliance dont le but est de promouvoir des pratiques éthiques de la mine à la fabrication, permettant à d’autres fabricants de devenir éthiques en passant par ce circuit d’approvisionnement. « Apple a probablement des iPhones contenant de l’or issu du commerce équitable sans même le savoir. » Fin 2020, plus de 200 000 Fairphones ont trouvé preneurs, une goutte d’eau comparée aux 2,2 milliards d’iPhones produits depuis 2007, mais la preuve que l’alternative existe. « La solution est entre les mains du consommateur, insiste Van Abel. Acheter un nouveau téléphone commence toujours par une personne qui creuse la terre en RDC. Ceci dit, votre regard sur votre téléphone va changer. » fairphone.com
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Bienfaits autogérés
Les algorithmes de votre téléphone sont conçus pour nous mettre en concurrence de manière obsessionnelle et nous pousser à consommer. Les obsessions ne sont pas propices à la sérénité et au bien-être.
Texte FLORIAN OBKIRCHER
Ashnikko adore les entrées remarquées. En février 2020, lors de la cérémonie des BRIT Awards, organisée à l’O2 Arena de Londres, la chanteuse et rappeuse défile sur le tapis rouge en bottes à semelles compensées, tandis que deux hommes musclés et masqués portent ses énormes queues de cheval bleues. Son message : « Marre du patriarcat ». L’enfance d’Ashton Nicole Casey dans une petite ville de Caroline du Nord ne rime pas avec flamboyance et idéaux libéraux. À l’adolescence, sa famille s’installe en Estonie puis en Lettonie. Elle y découvre alors le féminisme sur Tumblr et s’éduque sur le genre et la sexualité. À 18 ans, Casey se fixe à Londres pour lancer sa carrière musicale. Ashnikko incarne toutes ses idées, un personnage plus grand que nature inspiré de la culture cybergoth et manga, et dont la musique fusionne rythmes trap et mélodies accrocheuses prônant l’émancipation avec des textes crus à faire rougir un professeur d’éducation sexuelle. Ashnikko perce en 2019 avec Stupid, un single en duo avec la rappeuse américaine Yung Baby Tate, devenu viral sur TikTok et disque d’or aux États-Unis. Sa vidéo compte à ce jour, plus de 53 millions de vues sur YouTube. L’année 2021 débute avec la sortie de sa première mixtape, Demidevil, avec un autre talent pop futuriste, Grimes, en guest. Ashnikko, 25 ans, évoque pour nous les relations toxiques, l’estime de soi et les sextoys en réalité virtuelle…
the red bulletin : Plus de deux millions de jeunes femmes, dont Miley Cyrus, ont repris votre texte Stupid boys think that I need them sur TikTok. Qui vous a inspiré cette phrase ? ashnikko : Le jour de l’enregistrement, je parlais à mon ex. Selon lui, je devais notre relation à sa générosité et que je ne pouvais pas vivre sans lui. Ça a fait bien rire la femme indépendante et autonome que je suis. C’est le genre de mentalité que je veux bannir. Nombre de vos chansons débutent comme des lettres d’amour à vous-même après une rupture difficile. Oui, toutes mes chansons sont en fait des lettres d’amour à moi-même. Il n’y a pas mieux pour booster la confiance en soi. Quand vous êtes mal, cela génère parfois un dialogue intérieur négatif dont il est difficile de se défaire. Le remplacer par des pensées positives devient alors vital. Mes lettres d’amour me servent à ça. Je m’en écris encore. Les bas font partie de la vie. Mes lettres contribuent à mon équilibre. Je m’encourage, parce que je m’aime. Comment s’écrit-on une bonne lettre d’amour ? La clé d’une lettre réussie est la constance ; il faut le faire régulièrement. Si une lettre vous semble trop contraignante, de simples affirmations à lire quotidiennement suffisent. Pourquoi l’estime de soi semble-telle si difficile à atteindre ? Le système dans lequel nous vivons n’a pas notre bonheur pour objectif.
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La positivité sexuelle est un de vos thèmes récurrents. Dans Clitoris! The Musical, le dernier titre de Demidevil, vous dites : « Pourquoi mon orgasme est-il censuré à la télé, alors que les garçons cis peuvent éjaculer librement »… J’ai toujours trouvé hilarant que dans les comédies romantiques, on voit les mecs jouir, tandis que les femmes gardent leur soutien-gorge pendant le coït. Comme si c’était le cas dans la vraie vie. La scène dure cinq secondes, où seul lui jouit. Je trouve ça ridicule. Un vagin éprouve aussi du plaisir. Alors, pourquoi le censurer ? Est-ce pour cela que vous qualifiez vos chansons de « cuntry music » et plaidez pour la normalisation de ce mot ? Le mot « cunt » (chatte, ndlr) est jugé offensant et haineux, pourtant son origine est féministe. Son étymologie signifie « mère » et « corps de femme ». Mais il a été perverti au fil des ans, tout comme le mot « sorcière ». Jadis, lorsque les femmes s’écartaient des limites qui leur étaient imposées, elles passaient pour des sorcières. De la même manière, le mot « cunt » découle du pouvoir. Nous devrions l’utiliser plus souvent. Il est à la racine du mot « country », c’est-à-dire « la mère patrie ». Quels sont vos projets ? J’adorerais concevoir un sextoy. Le plaisir des femmes doit devenir une priorité et elles doivent l’apprendre de manière sereine dès leur plus jeune âge, dans le cadre d’une éducation sexuelle plus large. À quoi ressemblerait votre sextoy ? Je ne sais pas encore. Il aurait un lien avec la réalité virtuelle. Je vous en dirais plus dès que j’en aurais parlé avec des spécialistes de la RV. ashnikko.com
THE RED BULLETIN
WARNER MUSIC
La chanteuse de pop futuriste a pris confiance en elle en s’écrivant des lettres d’amour et nous encourage à ne pas avoir peur de nommer le sexe féminin.
« Mes titres sont des lettres d’amour à moi-même. »
THE RED BULLETIN
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Fenêtre avec vues, ligne 1 : Tellaro (Italie) ; Chamonix (France) ; Arizona (USA). Ligne 2 : Fire Island (USA) ; Édimbourg (Écosse) ; Grytting (Norvège).
WINDOWSWAP
Zoom avec vues Une vue est une invitation à la rêverie et lorsque cette vue englobe le monde, la rêverie tourne à la méditation. En avril 2020, Vaishnav Balasubramaniam et Sonali Ranjit sont comme la quasi-totalité du monde, confinés dans leur logement douillet, mais exigu, à Singapour. L’accès à l’extérieur du couple se limite alors à leur fenêtre. En consultant leur compte Instagram, ils découvrent une photo montrant une belle vue depuis la maison d’un ami à Barcelone. Le couple s’amuse alors à imaginer un moyen d’échanger les vues. Les deux publicitaires 18
demandent à leur ami une courte vidéo de sa vue. Le W indowSwap est né. Le projet en ligne réunit des vues du monde entier. Les visiteurs peuvent ainsi visionner des centaines de vidéos disponibles. Des poules dans un jardinet à Kettering, des ruelles sous la pluie à Mumbai, un coucher de soleil sur une plage d’Hawaï, il suffit de rafraîchir votre navigateur pour changer de vue de manière aléatoire. Un voyage hors de vos
murs pour un instant d’ailleurs. « Vous y découvrez des vues que vous ne verrez jamais dans un magazine de voyage ou dans tout autre média, explique Ranjit. Observer l’arrière-cour ou la ruelle de quelqu’un donne à l’endroit un supplément de vie. » Le besoin d’échapper au confinement a inspiré l’idée de WindowSwap, mais sa conception révèle au couple un moyen d’échapper aussi au monde virtuel. « Nous voulions créer un espace de sérénité et non à l’instar de TikTok des sensations induites par la dopamine, explique Balasubramaniam. L’idée de pouvoir liker ou commenter afin de favoriser le lien entre les gens s’est posée, mais le choix de la simplicité l’a emporté. » Le site est un espace de méditation en continu, sans échanges entre utilisateurs. Les vidéos captent toute votre attention. « Cela rappelle les débuts d’internet, ajoute-t-il. Lorsqu’il s’assimilait à un espace de jeu où la critique, la gêne et la surenchère n’y avaient pas voix. » Avec le lancement de WindowSwap, le couple a visiblement atteint l’objectif d’élargir leur horizon — ils disposent désormais de plus de 600 vidéos des quatre coins du globe. « L’une d’entre elles retient particulièrement mon attention. On y voit des rangées de maisons entrecoupées de ruelles et au loin, des pyramides. Une vue improbable », conclut Balasubramaniam. window-swap.com THE RED BULLETIN
ALESSIO (ITALY), CONSTANCE (FRANCE), ELIZABETH (USA), EMMA (USA), IDIL (SCOTLAND), JUDAH (NORWAY), NALLE (FINLAND), SEBASTIAN (CHINA), YACHAR (EGYPT) LOU BOYD
Ligne 3 : Norola (Finlande) ; Xishuangbanna (Chine) ; Fayoum (Égypte).
Déterminé : Pierre Gasly, le pilote de Formule 1 français de la Scuderia AlphaTauri, de retour à Monza pour un shooting photo exclusif.
« La motivation, je la trouve en moi-même »
En France, si vous vous lancez dans le football, le rap ou la cuisine, les exemples à suivre sont nombreux, et les titres pleuvent sur les plus brillants des talents. Pour faire carrière en Formule 1, difficile de s’inspirer d’une icône locale. En se concentrant sur lui-même, en étant son propre mentor et son challenger privilégié, PIERRE GASLY est parvenu à décupler sa performance. Texte PH CAMY Photos SANDRO BAEBLER
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Piscine à débordement. Mer Egée en contrebas. Hôtel branché. Au top, la Grèce. Sur son transat, smartphone en main, cocktail dans l’autre, un touriste français (il existe vraiment, ndlr) s’agite depuis quelques minutes, comme pris de spasmes. Soudain, il exulte, hurle ! Sur son écran, vient de se produire quelque chose d’ultra rare : la victoire d’un pilote compatriote en F1. Le Rouennais Pierre Gasly (24 ans alors) a remporté son premier Grand Prix. Après avoir rejoint l’élite de la F1 en 2017 au sein de la Scuderia Toro Rosso, puis avoir intégré Red Bull Racing, pour finalement se voir rappelé chez Toro Rosso (la junior team de Red Bull Racing, devenue Scuderia AlphaTauri), et s’être imposé comme plus jeune pilote de l’Histoire sur un podium (en 2017 au Brésil, devant Lewis Hamilton), Pierre Gasly offre à la France sa première victoire depuis Olivier Panis en 1996. Pour tout Français dingue de sports mécaniques, en vacances ou pas, ce jour est monumental. Enfin, notre pays s’est retrouvé un héros en F1 ! Un héros sans héros, car il n’a toujours cru qu’en lui-même. 22
GETTY IMAGES
6 septembre 2020
Dramaturgie : Pierre le sait, sur un circuit de F1, tout peut arriver, les drames effroyables comme les victoires inspirantes.
THE RED BULLETIN
« En rejoignant les Hamilton, Vettel et autres, je ne les percevais pas comme des héros. »
THE RED BULLETIN
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L ’espoir d’une nation de fans
L’adversaire qui n’existait pas
À 21 ans, comment ne pas se sentir perdu, voire illégitime, en intégrant une compétition qui manque si cruellement de moments français dans son histoire récente. Comment, du coup, ne pas voir dans les pilotes étrangers, ceux qui gagnent, des exemples auxquels on veut ressembler. « En rejoignant les Hamilton, Vettel et autres, je ne les percevais pas comme des héros, rembobine Gasly, mais je suis quelqu’un qui observe, et je pense qu’il y a toujours de bonnes choses à apprendre des autres, que ce soit en F1 ou pas. Que ce soit dans d’autres sports, ou même dans le business, qu’est-ce qui fait que cette personne réussisse dans ce qu’elle entreprend, comment a-t-elle réussi à atteindre ses objectifs et à être différente des autres ? » En s’installant en F1, tout de suite, Pierre a nourri une ambition personnelle d’amélioration et de progression, sans jamais se mettre en miroir des autres pilotes, mais en se challengeant luimême, pour faire mieux que l’autre. « Si je me nourris de ce que je peux observer autour de moi, chez un autre, c’est dans
GETTY IMAGES
Si Michael Schumacher a été sa motivation pour devenir pilote de F1 au début des années 2000, alors qu’il n’était qu’un gamin féru de karting, Pierre n’a pas souvenir d’une victoire française en Grand Prix. En vrai. Même au cœur de cette super classe du sport automobile, il n’a jamais pu se féliciter qu’un compatriote gagne la course pour laquelle ils ont tous bataillé. En fait, le premier pilote français victorieux que côtoiera Pierre, c’est Pierre lui-même. Ce fameux 6 septembre, sur le circuit de Monza, aux portes de Milan, Gasly prend la tête d’un Grand Prix fou, pour la garder jusqu’à la ligne d’arrivée, vingt cinq tours plus tard. Et s’il y est parvenu, ce n’est pas en se remémorant l’une des 51 victoires d’Alain Prost. Il n’était pas né quand le légendaire pilote roulait. Ou celle de Panis, en mai 1996. Gasly était alors âgé de trois mois. Inutile de se chercher un héros ou un mentor quand un simple miroir suffit à vous motiver au quotidien. « Dans tout ce que je fais, la motivation, je ne la trouve pas chez quelqu’un d’autre, mais en moi-même, nous dit
Pierre depuis l’hôtel anglais où il est en quarantaine à l’approche de son début de saison 2021. C’est moi que j’ai envie de challenger. Je ne viens pas pour rattraper un autre, ou faire comme untel. » Quand Pierre débarque dans le game de la F1 en Malaisie, le 1er octobre 2017, la compétition est dominée par Lewis Hamilton et Sebastien Vettel, et les références françaises sont Esteban Ocon (alors 8e du classement général) et Romain Grosjean (12e). Le dernier podium français (pour Grosjean), date de 2015. Alors, forcément, un nouveau gladiateur frenchie sur la grille, et c’est toute une nation de fans de F1 qui se prend à espérer. Pierre sourit. « La question que l’on n’a cessé de me poser le jour de ma première course en F1, c’est : ce sera vous le prochain ? Vingt-et-un ans… cela faisait très longtemps que les gens n’avaient pas eu la chance d’entendre la Marseillaise et de goûter au succès à travers la Formule 1. C’est l’un des plus gros sports pour le public français, et je pense qu’on y a un vrai ADN, à travers des pilotes comme Alain Prost, et tous les autres, tous ceux qui ont pu avoir du succès dans la discipline. »
Ensemble ! Derrière le Français, ce sont des dizaines d’équipiers qui se donnent, avec un but commun : la performance ultime.
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THE RED BULLETIN
« Mets-moi une personne en face et je serai à 4 000 % pour la démonter. »
International : aux côtés de Pierre cette saison, on trouvera le Japonais Yuki Tsunoda, l’autre pilote de la Scuderia AlphaTauri.
« Les choses que tu ne fais pas, ton voisin les fera à ta place, quelqu’un d’autre les fera à ta place. » un seul but : m’aider à me faire grandir et à me développer pour devenir une meilleure personne, un meilleur athlète, ou un meilleur pilote. » En discutant avec Pierre, on comprend vite qu’il n’a jamais eu besoin d’exemple, que c’est sa propre motivation qui a toujours importé, sa capacité à se dépasser, quelle que soit la voiture dans laquelle il s’est glissé durant sa carrière de pilote : mini kart, kart, KF3, F4, Formule Renault 2.0, World Series Renault 3.5, GP2 (ou Formule 2), Super Formula et enfin F1. Donnez-lui juste une voiture et un challenger. « Je n’ai pas besoin de grand-chose, en fait… Mets-moi une personne en face et je serai à 4 000 % pour la démonter », assène le Français. Et si aucun adversaire ne traîne dans le coin, si l’on n’est pas en jour de course, Pierre sait sur qui compter pour se motiver… « Quand je suis tout seul à la gym, c’est pareil. Même quand je m’entraîne, il faut que j’en fasse plus : contre moi-même. » Être le Gasly le plus performant face à ses habituels homologues du dimanche peut finalement sembler évident, mais au fond de lui, Pierre pense aussi aux pilotes qui n’évoluent pas encore en F1. « Mes adversaires d’aujourd’hui, les autres pilotes, je les connais, mais demain ? Dans cinq ans ou dans dix ans ? Ça sera quelqu’un d’autre. C’est une question de mentalité, quand je suis tout seul à m’entraîner, qu’il n’y a personne en face, ce que je fais, c’est pour quand demain, quand ce nouveau mec, ce nouveau pilote sera là, je sois sûr de le battre. »
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Gasly contre Gasly
L’un de ses récents posts Instagram résume l’état d’esprit du pilote de la Scuderia AlphaTauri : “Everyday is a new opportunity to become a better version of yourself.” Okay. On en lit des formules philosophiques éculées sur les réseaux THE RED BULLETIN
Occupé : la saison 2021 de Formule 1 s’annonce chargée pour Pierre, avec 23 Grand Prix (un record !) et seulement deux pilotes français seront alignés, Gasly et Esteban Ocon.
sociaux, exact ? Mais notre bonhomme est un pilote de Formule 1, qui « se butte » pour se montrer digne de ses déclarations. Et qui s’exécute. « Chaque jour, j’ai envie de me réveiller en me disant que je peux être meilleur que la veille. Et chaque jour, j’ai envie de me coucher en me disant que j’ai été meilleur que la veille. J’ai cette mentalité : qu’est-ce que je vais faire aujourd’hui pour être sûr d’être meilleur que Pierre ? Ça fonctionne aussi dans la vie de tous les jours et chaque jour est une nouvelle opportunité. L’important, c’est que l’envie vienne de toi, de l’intérieur. En te rappelant bien d’une chose : tu es ton seul moteur. » S’auto-propulser, se confronter à soimême pour être d’attaque quand l’adver-
saire se présentera. Malgré un environnement d’écurie, de coaches, de techniciens, mécaniciens, managers ou médias, en course, le pilote de Formule 1 agit seul, une heure et trente minutes environ dans un cockpit dont l’étroitesse ferait s’évanouir un claustrophobe. C’est peut-être, finalement, pour ces instantslà, ce lieu-là, que si peu d’humains connaissent, que Gasly se motive au quotidien. Des situations où l’extrême solitude est appréciable. « Être en tête d’une course, c’est vraiment la meilleure sensation, et j’ai clairement vécu ça à Monza l’an dernier : tu es devant, il n’y a plus personne qui te précède… À ce moment-là, tu n’as qu’une seule chose en tête : attaquer et être au max de ce que tu peux faire. Cela m’a rappelé des bons 27
souvenirs en Formule 2 et Super Formula. » Car si un autre pilote vous colle aux basques, c’est finalement votre propre maîtrise de la course qui vous permettra de l’emporter. Et durant ces quelques minutes en tête vers la victoire à Monza, c’est bien l’ultime combat de Gasly contre Gasly qui s’est joué, jusqu’à un dénouement magnifique.
Talent et travail
Une victoire historique, à domicile (Pierre habite Milan, proche de Monza, depuis 2020), pour un pilote que personne n’a ménagé depuis ses débuts – à commencer par lui-même – et qui subissait en cette saison 2020, de ses propres mots, « énormément de pression ». La formule long terme, mais régulière de Gasly, semble avoir payé ce jour-là. « Si j’ai réussi à gérer ce moment, c’est parce que chaque jour, je fais le nécessaire pour être au meilleur niveau. Je fais attention à mon sommeil, à ma nutrition, je sais que je pousse plus que quiconque… À l’entraînement, je fais attention à chaque détail de la préparation. Je sais que Pierre fait tout le nécessaire pour être à 200 %. » On pourrait oser dire que la fameuse course italienne a été plus facile à gagner qu’une autre, avec un Hamilton pénalisé et relégué à l’arrière, et un Verstappen aux stands. Qu’importe, il fallait être dispo. « Cette chance à saisir, j’étais plus que prêt à la saisir, explique Gasly. J’avais abattu le travail nécessaire en amont, j’avais les cartes en main pour gagner une course le jour où ça arriverait. Si je n’avais pas été préparé au max, je n’y serais pas arrivé. » L’acharnement est l’un des fondamentaux de Pierre. Au moment où il se pointait en rendez-vous avec sa mère pour séduire des sponsors en karting, jusqu’au moment où le patron de Red Bull Racing lui a expliqué qu’il n’avait plus sa place dans son écurie et devait s’en retourner chez Toro Rosso (devenue depuis AlphaTauri), le jeune pilote s’est toujours impliqué avec autant de conviction. Et dans les moments les plus éprouvants de sa carrière (comme lorsque son ami d’enfance, Anthoine Hubert, se tue en Formule 2 sur le circuit belge où Pierre devra rouler en Grand Prix le lendemain), il n’a eu que deux choix : 1. Se morfondre 2. Continuer, et s’investir encore plus. Et il n’a pas pensé une seule seconde à la première option. « C’est le travail qui fait la différence, je tiens à le préciser. Et, j’assume ce que 28
« L’important, c’est que l’envie vienne de toi, de l’intérieur. En te rappelant bien une chose : tu es ton seul moteur. » Branché : Pierre porte du AlphaTauri, la griffe mode qui prête son nom à son écurie de F1. Derrière lui, sa Honda NSX.
THE RED BULLETIN
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Borné : dès ses débuts en kart, Pierre Gasly n’avait qu’une idée en tête, être un pilote de F1. Et devenir Champion du monde.
« Que j’aime ou que je n’aime pas ce qu’exige la F1, rien à f**tre. »
Fin de shooting pour Pierre, il retrouvera Monza le 12 septembre pour le Grand Prix d’Italie.
Monza : archives de la F1 Le circuit de Monza n’est pas seulement historique dans la carrière de Pierre Gasly, il s’agit du plus ancien circuit du championnat au monde. C’est dans ce lieu chargé d’histoire automobile que nous avons été accueillis pour réaliser les photos de notre sujet de une avec le photographe Sandro Baebler. Fait rare, Pierre a pu y circuler avec sa voiture « civile », une superbe Honda NSX. « Voir mon nom inscrit au panthéon du Temple de la vitesse est une fierté qui s’ajoute au bonheur de la victoire », déclarait Pierre le jour de sa victoire à Monza alors que son patronyme venait s’ajouter à ceux de ses prestigieux prédécesseurs, comme Michael Schumacher, Ayrton Senna, Alain Prost ou Lewis Hamilton (5 fois vainqueur sur ce circuit). En septembre 2021, c’est à Monza que se déroulera le centième Grand Prix d’Italie, et en 2022, ce seront les cent ans de ce temple du sport auto. « Ce seront deux années mémorables pour tous les amoureux de Monza, et je suis impatient de voir le programme préparé pour cette importante étape », a ajouté le pilote rouennais. THE RED BULLETIN
je vais te dire : j’ai le talent qui va avec. Sinon, je n’en serais pas là aujourd’hui. Si tu es au départ d’un Grand Prix, c’est que tu as du talent, oui, mais aussi que tu as atteint un certain niveau d’excellence, en travaillant dur. Quand on arrive au plus haut niveau, le talent tout le monde en a, vraiment tout le monde, mais tout passe par le travail. Tu regardes en foot, Cristiano, Mbappé ou un Messi, ils ont tous un talent inné, mais après, ce qui va faire la différence c’est le travail qu’ils ont accompli pendant toutes ces années, pour tirer un maximum de leur talent. »
En milieu hostile
Ceux qui n’auraient pas eu l’opportunité de le rencontrer pourraient se dire que ce garçon évoque facilement son talent, et « se la pète un peu », à évoquer des Mbappé ou Messi ? Mais que penseraientils s’il abordait la F1 en dilettante ? Le Rouennais est sincèrement engagé dans sa mission, heureux d’être là où il rêvait d’évoluer alors qu’il était un gosse qui faisait ses premiers tours au volant sur un circuit. Mais rêver ne suffit pas. Gasly : « Aux gamins qui voudraient arriver en F1 et qui pourraient me prendre comme exemple, je dirais qu’il faut toujours se dire, chaque jour, que les choses que tu ne fais pas, ton voisin les fera à ta place, qu’un autre le fera à ta place. Beaucoup de gens veulent atteindre un certain niveau, accéder à des choses, mais ils ne s’en donnent pas les moyens. Des morts
de faim qui veulent y arriver, il y en a des milliers, mais si tu n’es pas un mort de faim toi-même, si tu n’es pas prêt à faire les sacrifices nécessaires pour arriver au top niveau, ça ne sert à rien. » Après tout, avec une passion aussi franche (on l’a compris : il vit pour la F1), sa détermination (depuis ses premiers tours de kart), sa résilience (le voyage Toro Ross puis Red Bull Racing puis Toro Rosso/AlphaTauri sans vaciller, - pour y signer une victoire légendaire, la seconde pour cette écurie), et son naturel accessible, on aurait le droit de considérer Pierre Gasly comme un héros français de la Formule 1, mais tout dans son discours invite à nous concentrer sur nous-même, nous dépasser, nous auto-motiver, plutôt qu’admirer qui que ce soit. Lui inclus. Car dans son milieu, la notion de mentor ou d’idole n’existe pas. « En F1, les autres pilotes ne te donnent pas de conseils (sourire). À chaque course, je me bats contre 19 adversaires… et peu importe qu’ils s’appellent Fernando, Charles, Carlos ou Ricciardo… au final, c’est la même chose : tous ces mecs-là, je veux les battre. Et pour battre des mecs qui sont excellents, il faut que tu sois excellent toi-même, que tu sois à la recherche de la perfection sans arrêt. » Les fondus de la série Drive to Survive sur Netflix le savent, son sport est l’un des plus dangereux et hostiles – et pas seulement sur la piste. Mais comment une personne aussi abordable, si bon esprit, a pu se faire à un monde si brutal, fait d’hommes transformés en torches, et de patrons intraitables ? Comment a t-il pu choisir d’évoluer dans un monde où rien n’est pardonné ? « Si ton but ultime est d’être le meilleur, rien ne te paraîtra un sacrifice, explique le jeune pilote. Rien ne pourra te rendre triste. Si tu veux y arriver, tu dois passer par là, que ça te plaise ou non, et tu le feras parce que tu sais où tu veux aller. Je sais où je veux aller, et si je suis sûr que ce que je fais me rendra meilleur. Alors, que j’aime ou que je n’aime pas ce qu’exige la F1, rien à f**tre. Si ça me rapproche d’un titre de champion du monde, je le fais ! » Instagram : @ pierregasly 31
ÉTOILES FILANTES
Les mystérieuses illuminations audessus de Marfa, au Texas, attirent des curieux du monde entier. Mais un photographe a utilisé ce lieu pour capturer un autre type de phénomène céleste – les membres de Red Bull Air Force. Texte NORA O’DONNELL Photos DUSTIN SNIPES
Coup de foudre Cette image est constituée de 48 photos assemblées. Six appareils photo ont pris chacun huit clichés en pose longue des parachutistes de Red Bull Air Force alors qu’ils sautaient de l’avion, puis se mettaient en formation, et disparaissaient derrière les montagnes. « Un light painting abstrait avec un ciel nocturne infini », dit le photographe Dustin Snipes.
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C
omme beaucoup d’aventures mémorables, tout a commencé par une idée folle – dans ce cas, concrétisée par le photographe américain Dustin Snipes. « Plus l’idée est folle, mieux c’est, estime Dustin. Parce que c’est le signe que cela n’a probablement pas été fait auparavant. » Dans le désert de l’ouest du Texas, aux États-Unis, la Voie lactée offre un ciel nocturne éclatant d’étoiles. Près de la petite ville de Marfa, l’altitude élevée et l’absence de pollution lumineuse offrent des conditions idéales pour observer ces merveilles astronomiques – 34
et pour examiner les mystères de la région. Depuis plus d’un siècle, les habitants du secteur signalent des orbes étranges et pulsatiles de différentes teintes, communément appelées les Marfa Lights. Qu’il s’agisse d’OVNI ou simplement de reflets atmosphériques de phares ou de petits feux, le plaisir réside dans la spéculation. Snipes a alors sauté sur l’occasion d’y photographier les membres de Red Bull Air Force. Et si ces parachutistes de classe mondiale incarnaient ce phénomène et devenaient les Marfa Lights eux-mêmes ? Le photographe de Los Angeles a passé des mois à planifier le concept, en évaluant des centaines de variables avec une équipe d’experts. « Plus que pour n’importe quelle photo que j’ai prise, il y
Page de droite : pour devenir visibles dans un ciel sans lune, les parachutistes de Red Bull Air Force se sont enveloppés dans des lumières LED ; ils ont également ajouté de la pyrotechnie pour aider à montrer la vitesse et l’énergie de leur formation durant la chute libre. Les hommes d’élite deviennent ainsi des comètes humaines. THE RED BULLETIN
RED BULL AIR FORCE
Snipes (à gauche, avec son équipe) s’est rendu pour la première fois à Marfa en septembre dernier pour les repérages. « Il a fallu des mois de planification. Il y avait beaucoup d’éléments en mouvement à rassembler. »
avait tellement d’inconnues », dit-il. Après avoir passé au crible les clichés de sites iconiques locaux comme autant de potentiels fonds à sa mise en scène photographique, Snipes et les membres de Red Bull Air Force se sont installés dans le ranch historique de Cibolo Creek, un espace de 120 km² qui offre de nombreuses possibilités de prises de vue à longue distance. Snipes a également consulté l’Association internationale Dark Sky afin de déterminer le meilleur moment pour capturer la Voie lactée tandis qu’elle se déplace dans le ciel. Mais, même après avoir calculé la fenêtre nocturne parfaite, Snipes devait encore trouver comment photographier des corps illuminés tombant de 3 000 mètres d’altitude avec seulement quelques minutes pour s’exécuter. L’installation a requis un total de neuf appareils photo, dont six reflex numériques Canon EOS-1D X Mark III que Snipes a montés sur une base faite sur mesure, lui permettant des prises de vue à 180 °. « J’ai pensé à la citation de JFK à propos du voyage sur la Lune, raconte Snipes : “Nous ne l’avons pas fait parce que c’était facile, mais parce que c’était difficile.” Rester assis chez soi à ne rien faire, c’est naze, non ? » 36
Alerte rouge Après le coucher du soleil, le 15 novembre 2020, Snipes prépare son équipement pour le premier des trois sauts de la soirée. D’habitude, c’est au sol que cet Américain documente le mouvement, en tant que photographe spécialisé dans le sport. THE RED BULLETIN
RED BULL AIR FORCE, DAN WIX
« Plus l’idée est folle, mieux c’est. Cela signifie que cela n’a jamais été fait. »
Feu rouge Pour obtenir un effet de comète, Snipes avait besoin que les parachutistes activent des pièces pyrotechniques le plus longtemps possible. Personne dans l’équipe n’a rechigné. Le moment le plus délicat ? Localiser la zone d’atterrissage dans l’obscurité totale. Les phares de deux pick-ups ont servi à désigner l’endroit.
« On a fait ce shooting parce qu’il était difficile à réaliser. » Snipes a demandé aux parachutistes de faire des expériences pendant les trois sauts, en utilisant uniquement les lumières LED dans certains cas et la pyrotechnie dans d’autres. « Les LED ressemblaient à des lignes ondulantes, dit-il. Mais la pyrotechnie a ajouté tant de variations et a donné un aspect plus mystérieux au concept. »
Pied à terre Guidés par les deux petites lumières des phares au sol, ils atterrissent en toute sécurité. « Tout le reste était entouré de collines… puis de ténèbres pures, dit le capitaine Jon D eVore. Bien sécuriser notre zone d’atterrissage était indispensable. »
Machine de guerre
RED BULL AIR FORCE
Pour capturer les membres de Red Bull Air Force avec une vue panoramique, Snipes a construit un support maison pour six appareils photo reflex numériques Canon EOS-1D X Mark III. Chacun d’eux a pris huit photos différentes du saut en pose longue, du début à la fin. La structure devait être assez légère pour voyager, mais assez robuste pour a ccueillir tout l’équipement. Il a fallu cinq jours à Snipes pour la construire. THE RED BULLETIN
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À L’ENVERS ET DANS LE BON SENS Même sous cet angle, Sina garde une vue d’ensemble.
L’ I N C R OYA B L E TRANSFORMATION DE SINAMARIA NEUGEBAUER EN
#SOULSISTERSINA SINA, B-Girl de 26 ans, de père tyrolien et de mère marocaine, s’est longtemps sentie « moitié-moitié ». Le temps de comprendre que, loin d’être un poids, il s’agit plutôt d’un parfait mélange. Elle s’entraîne à réaliser des saltos à Casablanca, apprend à faire confiance à une légende et à accepter les voyages sans destination. Texte WOLFGANG WIESER Photos CHRISTIAN ANWANDER
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« Il faut s’imprégner de l’atmosphère, la comprendre, sans lui laisser le pouvoir de nous irriter. »
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« C’est le moment pour moi de montrer ce dont je suis capable. C’est mon moment de gloire. »
CONFIANTE
Regard ouvert, pose classique. Sina a appris à s’affirmer.
L
orsque Sina s’avance dans le cercle, elle sait ce qu’elle veut. Elle compte créer quelque chose d’unique en 45, 60 secondes maximum. « C’est mon moment de gloire », déclare-t-elle. Le cercle, le cypher, c’est sa scène. Une scène pas comme les autres. Toujours unique, sans cesse renouvelée. Formée de personnes qui sont à la fois ses amis, ses juges, ses concurrents et sa source d’inspiration. Des B-Boys. Des B-Girls. Comme Sina, 26 ans. Le « B », c’est pour « break », et c’est aussi le nom de sa danse (le terme plus répandu de « breakdance » est rejeté dans le milieu car considéré comme une construction médiatique). Et elle a été la première Autrichienne en finale du plus grand et du plus important concours de break au monde, le Red Bull BC One. Avant de pouvoir vivre son moment de gloire, Sina doit d’abord conquérir le cypher. « Il faut s’imprégner de l’atmosphère, explique Sina, la comprendre. » Cela passe aussi par le fait d’interpréter correctement les gestes difficilement reconnaissables des B-Girls et des B-Boys qui sont attirés vers le centre comme elle. Et s’il le faut – car rien ni personne ne doit désormais se mettre en travers de son chemin – éviter que quiconque lui prenne sa place. Souvent, l’esquisse d’un pas suffit à sécuriser l’espace, et une légère rotation de l’épaule est parfois nécessaire pour bloquer le passage vers le centre. Cela demande de la présence et de la précision. Et le sens de la situation : « Souvent, je me mets directement au sol. Comme ça, j’ai toute la place pour moi », dit Sina. Ce qui fait la différence, c’est la force et la confiance en soi – et aussi en ses propres capacités. Car s’approprier les moves – les mouvements – des autres breakeurs, c’est mal vu. Ceux qui le font sont rapidement qualifiés de sales copieurs ou de « biters », comme on les appelle dans le jargon du break. « On a le droit de s’inspirer, de répondre, de développer, de réagir, d’évoluer, mais copier, ça non ! jamais ! », déclare Sina. Quand Sina parle de son monde, elle le fait souvent avec une hésitation à peine perceptible, comme si elle réfléchissait encore une fois à ce qu’elle s’apprête à dire. En dehors de sa scène, elle est « plutôt réservée » selon ses mots. Spectatrice plutôt qu’actrice. Mais dès qu’elle s’empare du cypher, rien n’est plus pareil et elle devient le centre de son monde. « C’est le moment pour moi de montrer ce dont je suis capable. Et ce moment, je le savoure », déclare-t-elle, ou pour faire simple : « C’est mon moment de gloire. » C’est l’histoire d’un voyage vers la lumière, l’histoire de l’incroyable transformation de Sinamaria Neugebauer en #SoulSisterSina. Et c’est dans un palais que cette histoire commence.
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UNE VIE DE RÊVE À TAROUDANT
Le Palais Salam est situé avenue Moulay Ismail, au centre de Taroudant. Près de 80 000 personnes vivent dans cette ville du sud du Maroc. Elle se trouve sur la route de Ouarzazate, la porte du Sahara, à quatre heures de route de là. Certains considèrent Taroudant comme la petite sœur de Marrakech, d’autres comme sa grand-mère. Car avec son mur d’enceinte de six kilomètres de long en argile brun rouge, elle ressemble à la métropole marocaine d’un million d’habitants. Le palais qui date du XVIIIe siècle a longtemps été le siège du gouvernement du pacha. Sina, qui grandit derrière ses murs, ne s’intéresse pas à tout cela. Elle joue avec les chatons qui surgissent de nulle part et disparaissent comme ils sont venus, barbote dans la piscine et quand elle en a envie, elle se paye une glace à la fraise. Les pluies sont rares et, même pendant l’hiver, la température ne descend guère en dessous de dix degrés. Elle mène une vie ensoleillée, insouciante, comme une petite princesse heureuse. « J’ai eu une enfance merveilleuse, je me sentais très libre », déclare Sina. En réalité, le palais est un hôtel. Et Sina vit dans un des appartements avec ses parents. Sa mère, Keltouma, est berbère, son père, Arthur, tyrolien. Tous les trois, ils passent l’été en Autriche et l’hiver au Maroc. Ici comme là-bas, le père organise des excursions, la mère planifie, dessine et l’assiste avec des conseils. À cinq ans, Sina accompagne son père dans le désert pour la première fois. « On a dormi dans la voiture, c’était génial. » La légèreté de l’enfance disparaît avec le début de l’école. « Mes parents pensaient que j’aurais un meilleur avenir si nous vivions tout le temps en Autriche. » La famille déménage à Innsbruck : « À six ans, j’ai vu la neige pour la première fois. » La vie au palais s’estompe peu à peu. Lui manquait-il, ce royaume au bord de la mer ? 45
SINA ET LES B-BOYS
Ses mouvements sont fluides : Sina lors de notre shooting à Vienne avec Arno (à gauche) et Imad.
« On a le droit de s’inspirer, de répondre, de développer, Sina hésite avant de répondre : « Au Maroc, il y a toujours un peu plus d’animation. » L’époque de l’école n’évoque aucun souvenir particulier à Sina. Elle la résume en une seule phrase : « Je me sentais bloquée. » Après le bac, plus rien ne vient se mettre en travers de sa route. Elle travaille chez Snipes, une chaîne de vêtements streetwear, et se fait suffisamment d’argent pour aller vivre à Casablanca pendant trois mois avec une amie.
DES SALTOS SUR LA PLAGE DE CASABLANCA
Comme Taroudant, Casablanca est une ville marocaine. Mais c’est bien là leur seul point commun. La cité portuaire sur la côte atlantique compte trois millions et demi d’habitants, soit 43 fois plus que Taroudant. L’arabe parlé ici n’a pas grand-chose à voir avec le dialecte que connaît Sina, le darija. Elle se retrouve tout à coup avec des problèmes de communication dans le pays de son enfance. Et sortir seule le soir n’est pas la meilleure décision qu’elle pourrait prendre. Mais qu’est-ce qui peut bien 46
pousser une jeune fille de 20 ans à partir pour une ville aussi immense ? C’est toute la question. La réponse de Sina est simple : « Je savais que les gens d’ici s’entraînaient bien, que je pouvais apprendre quelque chose d’eux, et je voulais aussi revenir à mes racines. » Ces gens dont Sina parle, ce sont les B-Boys et les B-Girls qui entourent le célèbre breakeur marocain The Wolfer. Elle a rencontré le crew l’année d’avant, en 2013, au Red Bull BC One à Agadir, dont elle a entendu parler lors d’une visite dans son ancienne ville de Taroudant. Sina demande à sa mère de la conduire à Agadir, à 83 kilomètres de là. Sans même savoir si elle pourra participer. Elle danse sur la promenade le long de la plage, réussit les présélections malgré son peu d’expérience en break à ce moment-là, mais fait l’impasse sur les battles : « Ma mère voulait rentrer, mais ça ne m’a pas embêtée, c’était une belle journée. » Elle pressent déjà que cette manière de danser peut être un moyen d’accéder à sa nouvelle vie : « Ce que j’ai le plus aimé, c’est la confiance en eux qu’ils avaient tous. THE RED BULLETIN
de réagir, d’évoluer, mais copier, ça non ! Jamais ! » Les enfants. Les débutants. Ils ont tout de suite osé. Chacun voulait montrer ce qu’il savait faire. » Et c’est pour cela qu’elle doit aller à Casablanca. Parce que c’est là-bas que se trouvent The Wolfer et sa bande. « Je savais que je voulais danser, et je voulais aller au Maroc parce que les gars m’avaient bien inspirée à Agadir. Ils étaient déjà très connus à un niveau international, et je me suis dit que si je voulais m’améliorer, je devais m’entraîner avec des gens meilleurs que moi – c’est bien ce qu’on dit, qu’il faut s’entourer de gens qui ont atteint l’objectif que l’on vise. » Et ils dansent dans la rue, le soir, après 20 heures, quand les magasins sont fermés. Le principe est simple : pour gagner, il faut oser. « Il faut réussir à s’imposer, mais on n’y arrive pas, on est trop gentil, trop timide, on reste en retrait », se rappelle Sina. Et quand elle dit « on », c’est d’elle-même qu’elle parle. Sina sort de sa zone de confort, elle prend des risques : « J’ai tenté des figures acrobatiques pour la p remière fois, je n’aurais jamais osé avant. » Elle s’exerce à faire des salTHE RED BULLETIN
tos sur la plage – et se fait mal au bras. Luxation de l’épaule, elle doit retourner en Autriche. L’escapade dans son nouveau monde se termine un mois plus tôt que prévu. Mais c’est loin d’être la fin du voyage.
LE DESTIN SCANDINAVE D’UNE AUSTRO-MAROCAINE
Les mois qui suivent, elle voyage beaucoup : en Allemagne, en Hollande, en Espagne. Mais surtout, elle se rend en Suède. Et elle y reste même un an. Elle veut se mettre à l’épreuve. Perfectionner ses techniques de break. Fredrick « Freeze »Herranen enseigne là-bas. Membre du célèbre Ghost Crew scandinave, c’est une véritable légende du break depuis les années 1980. Lui, il sait. « Nous avons beaucoup discuté. À propos de mes doutes quant à ma capacité à y arriver un jour… » Elle ne finit pas vraiment sa phrase parce qu’elle se remémore ce que Freeze lui a dit un jour à midi, il y a des années, et l’importance de ses mots : « Est-ce que tu te souviens de ce qu’untel ou untel a fait ce matin ? 47
HOMMAGE
Son chapeau Kangol est un clin d’œil aux prémices du breaking, vers la fin des années 1970.
trouver sa propre perspective, comme Freeze le lui avait conseillé en Suède. Elle est douée pour ce qu’elle fait, e qui lui permet de se démarquer. Et maintenant, Sina, quelle est la suite du programme ? « Aucune idée, je ne m’entête plus à suivre un objectif. Je sais seulement que mon voyage n’est pas encore terminé. »
SE DÉTOURNER D’UN CERCLE POUR CRÉER LE SIEN
Non, bien sûr, personne ne s’en souvient. Si tu n’es pas bonne, les autres n’y pensent plus après. Mais cela veut dire aussi que tu n’as pas besoin de te prendre la tête avec ça. C’est seulement quand tu seras bonne qu’on te remarquera. Tu dois changer de perspective. » Ces paroles la font réfléchir. Mais il n’y a pas que la sagesse de Freeze qui joue, son corps aussi lui envoie des signaux : « Quand j’étais en Suède, j’avais une espèce de lumbago qui m’embêtait. J’avais sans arrêt des blocages au niveau de la nuque, de l’épaule gauche et du coude gauche. Personne n’a pu me dire d’où ça venait. » Sina décide alors de prendre sa guérison en main : « J’ai repris le contrôle sur tout ça. » Mais pas en faisant plus d’efforts en tout cas. Elle apprend au contraire à lâcher prise. Elle réfléchit beaucoup. Aujourd’hui, elle déclare : « J’ai eu besoin de danser pour avoir plus confiance en moi, pour retrouver mes racines. Avant, j’étais déconnectée. Aujourd’hui, le Maroc fait autant partie de ma vie que l’Autriche. Je ne me sens plus moitié-moitié. » Et comme pour prouver sa nouvelle force, elle souligne : « Je suis un joli mélange. » Soudain, tout devient plus simple : en 2016, elle épouse The Wolfer en Autriche, et un an plus tard, ils fêtent cela une fois encore au Maroc. Elle explique qu’elle appelle son mari Mustafa, mais qu’elle n’a pas pris son nom, Ajdour (qui se prononce « Achdour »), parce qu’elle n’avait pas envie de s’embêter avec la paperasse. Sa marque de prêt-à-porter « From The Soul » décolle bien. Le nom est funky, mais avant tout honnête : « Il est parfait, dit Sina. Parce que je suis la seule à pouvoir dire ce qui me touche au plus profond de mon âme. » Et elle est la première Autrichienne à arriver en finale du BC One. Elle a appris ce que cela signifiait de 48
Lors du shooting pour The Red Bulletin, Sina est toute en blanc. « Un compromis », déclare-t-elle. Les tenues colorées qui avaient été prévues au départ ne fonctionnent pas. Alors, Sina mise d’abord sur un chapeau Kangol en version peluche d’un blanc immaculé. En hommage au break qui émerge à la fin des années 1970, début des années 1980. Ensuite, elle enfile un polo blanc vintage assorti. Elle l’a raccourci, a ajouté des œillets et un ruban dont les extrémités convergent en une boucle sur le devant, créant ainsi une pièce « From The Soul » qui dévoile le ventre. Elle complète le tout avec un pantalon blanc et des baskets blanches. Cela ressemble à tout sauf à un compromis. Et il suffit de la regarder bouger pour comprendre une phrase qu’elle a dite au cours de l’un de ses entretiens : « Pour faire du break, il faut un corps d’athlète et un esprit d’artiste. » Encore mieux que cette phrase, il y a ce commentaire qu’elle dit en passant, mais qui reflète parfaitement ses efforts, ses combats et sa transformation : « Vous savez, à un moment, on se rend compte qu’on n’a plus envie de prouver quoi que ce soit. On réalise que l’ambiance du cypher qu’on rêvait d’intégrer il y a peu de temps n’est finalement pas pour soi. Dans des moments comme celui-là, je fais un pas de côté. » Avant, ce pas de côté aurait amorcé son retrait, aujourd’hui, c’est le début d’une offensive. Sina crée ainsi son propre cercle. Avec des B-Girls et des B-Boys qui la suivent. Elle est assez forte pour cela depuis un moment déjà. Suivre Sina : @soulsistersina
THE RED BULLETIN
« Je ne suis pas rigide quant à la d estination. Je sais juste que le voyage n’est pas terminé. »
L’aimant à humains
Voilà cinq ans, l’ultra-cycliste AXEL CARION organisait sa première épreuve du BikingMan, format de courses d’exploration à vélo qui lui permet de réunir de beaux échantillons d’humanité à chaque édition. Un concept à succès qu’il a réussi, à coup d’audace et de système D, à faire rouler, malgré les coups de freins de l’époque. Comment parvient-il à rassembler les gens ces temps-ci, et pourquoi ça lui est vital.
BIKINGMAN/DAVID STYV
Texte PATRICIA OUDIT
Ce qu’aime Axel Carion, 35 ans, c’est rassembler les gens, et c’est le vélo qui le lui permet. Pas de simples balades, mais des courses d’endurance où chacun se dépasse à sa façon.
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the red bulletin : Axel, et si vous nous racontiez d’abord votre dernière aventure : votre Belle Évasion ? Une nouvelle histoire de rencontres... axel carion : Je suis parti dix-huit jours avec le journaliste sportif Cédric Ferreira, le 11 février dernier pour traverser douze régions, en allant dormir chez l’habitant, sans carte, ni planning. En sollicitant les fameux followers Instagram, des fans au sens large, de 20 à 60 ans, qui ne sont pas que des likes, mais des vrais gens prêts à se mobiliser. C’est l’une de mes plus belles aventures humaines à ce jour. Elle prouve à quel point le vélo est un trait d’union fantastique pour connecter les gens, si tant est que le gars qui soit dessus en ait envie ! Cela vous a permis de prendre la température d’une France confinée, qu’on prétend repliée sur elle-même ? J’ai vu que je n’étais pas le seul « maboule » à avoir envie de vivre dans ce contexte ubuesque, tout en respectant les gestes barrières. J’ai cet exemple en tête : il est 17 h 45, on est dans la région de Grenoble, on sait qu’on va passer la nuit la plus froide à − 10 °C, on n’a pas d’hôte, rien à manger car tout est fermé à cause du couvre-feu, on en est déjà à se mettre en quête d’un abribus fermé sur trois côtés. Mélanie, 23 ans, apparaît alors sur une route paumée, un gamin d’un an et demi à l’arrière. On lui demande où l’on peut trouver quelque chose à manger, et elle me demande ce qu’on fiche là. En deux mots, je lui raconte et elle me répond : « Venez chez moi, j’habite à trois kilomètres. » Elle n’a rien à voir avec les courses de vélo que j’organise, le BikingMan, mais elle accueille deux inconnus chez elle. Il se trouve que la semaine d’avant, elle était tombée en panne précisément au même endroit et qu’elle avait dû rentrer à pied 52
car personne ne s’était arrêté pour l’aider. Elle a pris ça comme un signe ! C’est un exemple parmi d’autres d’accueil spontané que l’on a reçu. Le vélo est l’un des moyens de locomotion qui permet et facilite la rencontre. Quand tu es un voyageur ou un explorateur à vélo, tu provoques une empathie naturelle. Comment est née cette Belle Évasion ? Dans la vie d’avant-Covid, j’aurais dû être à Oman, dans le cadre d’une course, à
« Le vélo est l’un des moyens de locomotion qui permet et facilite la rencontre. »
cette époque. Je me suis dit : on est déjà mi-février, la vie passe et je n’ai rien fait ! J’ai décidé que s’il n’y avait pas de confinement, je ferais un truc en France. Et que j’en profiterai pour sonder les gens, voir comment ils réagissent, et surtout, comment ils réapprennent à vivre avec le risque. Je lance donc l’idée à ma communauté sur les réseaux sociaux, leur explique qu’il n’y aura pas de record, juste une envie de renouer le lien. Et là, je reçois une avalanche de réponses, plus de 120 contacts en quelques heures, à tel point que j’ai dû faire un tableau en géolocalisant les gens, pour avoir des plans « SOS » de gîte et de couvert. Ensuite, on a juste planifié nos deux premières étapes, pour définir le sens de notre voyage et après, c’était au jour le jour, avec les aléas de l’aventure. Chaque THE RED BULLETIN
Les multiples visages du BikingMan Les courses d’endurance d’Axel Carion attirent aussi bien les routiers affûtés que les cyclistes (vraiment) amateurs. Galerie d’humains épatants, que le Français a su rassembler, partout sur la planète.
BIKINGMAN/DAVID STYV
Yoshie Yabu (53 ans) Japonaise habitant aux ÉtatsUnis. « C’est la première Biking Woman à terminer l’événement 0, en transportant les cendres de son père dans ses sacoches pour les libérer à Cuzco à l’arrivée de la course au Pérou ».
Une inconnue leur ouvre sa porte : Axel et Cédric, chez Mélanie lors d’une étape de La Belle Évasion, en février (en haut à gauche). Que ce soit au départ de Taïwan (photo du bas) ou à l’arrivée au Portugal (haut à droite), les participants, si différents soient-ils dans leurs profils et objectifs, ont en commun une volonté de vivre une grande aventure. Une jubilation collective rendue possible grâce aux exploits parfois solitaires d’Axel (grande photo), qui a perçu dans le voyage à vélo et les rencontres qu’il provoque, une façon de devenir meilleur. THE RED BULLETIN
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atin, on se levait à 5 h 15, on regardait m où l’on voulait aller le soir dans un rayon de 180/200 km, on prenait notre liste, et si personne n’était dans ce périmètre, on envoyait une demande : « Si vous connaissez des gens dans ce coin, dites-le nous ! » Et ça a marché : quinze nuits sur dix-sept, on a dormi chez l’habitant. On n’a bivouaqué que deux fois. Vous prouvez qu’en ayant autant de contraintes, et en respectant les règles, on peut vivre une superbe aventure. Et tout de même rencontrer des gens ! C’est dans ma nature de me battre : plus on me contraint, plus je trouve des ressources. Pour survivre, je dois sans cesse me réinventer, et je pense que l’instinct de survie de l’être humain permet à beaucoup d’entre nous de s’en sortir. L’homme fonctionne en meute. Au début, quand tu veux en sortir, la meute va tout faire pour te retenir, dans le but de protéger. Puis, quand elle s’aperçoit que tu es suffisamment armé et motivé pour t’en sortir tout seul, elle va t’aider. C’est ce vous avez ressenti en créant le BikingMan ? L’impression de quitter votre meute ? Exactement. Je suis aussi parti du principe qu’on est tous faits pour être dehors et mobiles. Si on fait le compte, on a infiniment plus de millénaires de nomadisme que de sédentarité. Tout le monde a ça dans son ADN. Pour continuer sur l’image de la meute, je me sens comme
Dawn Barnable (40 ans) « Cette Canadienne habitant à Dubaï a acheté un vélo quelques mois avant la course pour traverser le désert omanais et les montagnes corses ! Elle est aussi finisheuse de l’épreuve de Taïwan. » Dawn est la preuve vivante que l’épreuve est accessible à toutes et tous.
« Je me sens un déclencheur, qui a été identifié et sélectionné par le groupe. »
Le BikingMan dans la peau : Carion donne tout à sa course, cette épreuve d’endurance à vélo devenue nécessaire pour certains des hommes et femmes qu’il y rassemble. Et pour lui-même.
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L’arrière-boutique du vélo entrepreneur Quel est le quotidien de cet organisateur d’événements sportifs qui passe en moyenne 700 h sur son vélo par an. Et ses bottes secrètes. Nombre d’heures par jour passées au téléphone, sur l’ordi ou en visio : quand il ne roule pas, Axel est derrière un écran de 7 à 21 heures. Gestion du sommeil, avantpendant-après l’organisation d’une épreuve : 48 heures avant le départ, Axel dort généralement moins de 5 heures. Pendant, c’est nuit blanche les 48 premières heures de course puis micro-sommeil jusqu’à vendredi soir (la soirée des finisheurs). Il lui arrive d’enchaîner la semaine suivante avec une reco à vélo d’un parcours BikingMan de 1 000 km ! Nombre de contacts dans son téléphone : plus de 1 500. Contact qu’il peut appeler dans la minute : Didier Martin, ou David Styv, ses deux collaborateurs. 7j/7, 24h/24, il ne tombe jamais sur leur répondeur et peut toujours compter sur leur soutien. Rendez-vous le plus improbable qu’il ait décroché : avec l’ambassadeur de Taïwan au Sultanat d’Oman pour décrocher l’autorisation de faire le BikingMan Taïwan quelques semaines avant l’épreuve sportive sur l’île. Plus gros coup de bluff : avoir tenu les participants, les volontaires, les sponsors, l’organisation du BikingMan en haleine avant le départ de l’épreuve Corsica 2020 alors que la préfecture avait tenté d’interdire le rassemblement. Plan B ultime : un vélo, car une fois sur cette machine, les solutions naissent d’instinct. Objet fétiche : un médaillon, souvenir d’enfance, entouré de ses trois frères et trois sœurs, bienveillants. En pensant à eux, rien n’est impossible. THE RED BULLETIN
un déclencheur qui a été identifié et sélectionné par le groupe. Depuis tout petit, on m’a mis dans cette position de leader, et je n’ai fait qu’épouser le rôle que les gens, au gré des rencontres, ont défini pour moi. Pourquoi ? Peut-être parce qu’à la base, j’avais du bagout, le sens de la dérision, je ne sais pas.
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Septembre 2020, vous organisez le BikingMan Portugal. Fin octobre, c’est l’épreuve en Corse. Comment rassemble-t-on les gens quand tant d’autres annulent leurs événements ? En juillet dernier, je reçois un coup de téléphone du Portugal pour m’annoncer que je n’aurais aucun soutien de leur part. J’étais persona non grata à cause d’un potentiel cluster. Je leur ai dit : « Je maintiens l’épreuve. Cet événement, c’est toute ma vie, que vous ayez perdu tout courage, ce n’est pas mon problème, ne venez pas le répercuter sur une boîte privée qui prend des risques. Et il y a des solutions. » S’en est suivi un bras de fer. Que j’ai remporté, puisqu’au final, le départ a été donné avec 70 personnes (au lieu des 150 prévues) dans le strict respect des gestes barrières. Pour la Corse, on commence avec le couvre-feu et on continue avec un confinement ! La course devait commencer le samedi, le mardi, je recevais une interdiction de la préfecture
Georgina Panchaud (28 ans) Vétérinaire britannique, silhouette fine comme une allumette mais qui a le feu sacré dès qu’il s’agit de pédaler, même au cœur d’une tempête de sable omanaise. « Elle aime se mettre en danger : elle a traversé la jungle taïwanaise en solitaire ! » THE RED BULLETIN
de Corse du Sud, suivie le mercredi d’un ordre d’annulation alors que le lundi on m’avait donné le feu vert. Ça s’est finalement réglé avec mon avocat, le vendredi, 17 h 30 alors que 180 familles de vingt nationalités différentes allaient débarquer le lendemain sur l’île. En quatorze courses, vous avez dû faire face à des situations compliquées… À chaque départ de BikingMan, je pose toujours cette question : qu’est-ce qui pourrait nous arriver qui ne nous est pas encore tombé sur la tête ? Et j’en ai eu des galères ! Quand en 2019, sur l’épreuve du Pérou, une route dans la Cordillère des Andes s’effondre, ou en 2020, en Corse, j’ai un cadreur qui tombe de la bagnole sur la tête, trauma, PLS en plein milieu de la route, je me prends quatre heures de logistique alors que j’ai le couvre-feu… Pour rester calme, j’ai ma boîte au trésor/à outils dans laquelle je vais puiser : les ressources de toutes mes expéditions passées. Quelques exemples tirés de votre boîte à outils de Mac Gyver ? L’expérience d’avoir raclé la neige en Bolivie à 5 400 m d’altitude avec un couvercle de casserole pour dégager un véhicule bloqué dans une congère de 100 m de long avec des cyclistes au bout de leurs vies. Ça a duré quelques heures. Pas le choix. Cette ressource que j’appelle un marqueur est dans le top 3 des images que je convoque quand la situation est limite. Plus globalement, comment passe-t-on de simple pratiquant à organisateur multicartes ? Au départ, je ne suis pas un pratiquant au sens classique du terme. Je suis un attardé du vélo, j’ai commencé à 26 ans, il y a dix ans. Mais dès que je suis monté sur un vélo, en 2011, j’ai compris que j’allais partager cette aventure totale, de A à Z, parce que le format sans-assistance pour lequel j’ai opté est une pratique qui m’a révélé à moi-même. Grâce à cela, je me suis dit, tiens, je peux devenir quelqu’un de meilleur. À l’époque, je ne pensais qu’à gagner de l’argent, à monter, monter… Je savais qu’en continuant comme ça, j’allais devenir un gros con. Le voyage à vélo m’a amené à rencontrer des gens différents, souvent de manière éphémère, mais c’est cette brièveté, assortie à l’éloignement qui aide à mieux échanger, à ne jouer à aucun autre jeu
Leurs différences les rassemblent… Ils s’impliquent dans les BikingMan avec la même volonté, malgré des profils et des moyens différents. Le plus jeune participant : Jonathan Lefrançois, 24 ans. Le plus vieux : Charles Vegezzi, 78 ans. Le plus expérimenté : Jacques Barge (voir plus haut) en nombre de courses et d’épreuves complétées. Le moins expérimenté : Loïc Lastennet, 28 ans, un Corse qui s’est inscrit en 2018 et qui a couru avec un sac à dos, sans pédales automatiques, en short ! Le plus équipé : le Britannique Niel Copeland, 46 ans, un coach passionné de statistiques, qui a fait presque toutes les courses. Sur son vélo en titane, capteur de puissance, cardiofréquencemètre, trousse à outil ultra minimaliste… Le moins équipé : le Brésilien de 29 ans Leandro Carlos Da Silva Oliveira ; il a terminé la course du Pérou en passant à 5 000 m d’altitude avec des sandales et des sacoches fabriquées avec des bocaux en plastique. Une légende ! Le plus performant : Rodney Soncco, le Péruvien sous globules (voir son portrait). Le moins performant : L’Américain Jonathan Poon, 36 ans. Il vit en Chine et n’a toujours pas terminé son premier BikingMan mais a participé à quatre courses ! Il n’abdique jamais. 55
« Les participants se rendent compte que dans un milieu hostile, ils arrivent à s’en sortir. » que celui de la vérité. Exemple, le Jordanien qui m’a hébergé dans le désert lors d’une de mes récentes expéditions ne parlait pas un mot de français. On a juste bu du thé et regardé les étoiles. Mais le lien était établi. Puissant, indéfectible. C’est aussi de cela qu’est né BikingMan. J’avais peur que tout cela, ces possibilités de rencontres, ne disparaisse. Vous dites souvent que le BikingMan, des courses qui rassemblent des humains aux profils totalement variés dans l’épreuve, est un pur produit de son époque. En quoi ? Il répond à ce besoin viscéral et urgent de se confronter au risque et donc à son instinct. Parmi les participants, nombreux sont ceux qui ne se sont jamais réellement exposés. Or, ils se rendent compte que plongés dans un milieu hostile, ils arrivent à s’en sortir. Cela produit des chocs, change des vies. Ce n’est pas le chrono qui les motive, c’est le fait de pouvoir vivre grande aventure de leur vie. On vit dans une société occidentale d’où le risque est relativement absent, sans plus vraiment de rituels de passages, il faut aller le chercher ailleurs. C’est cela, comme d’autres, que j’apporte. Force de persuasion, format et challenge motivant, vous venez de le rappeler, mais quelles sont les étapes pour devenir un catalyseur ? Tout d’abord, il y a l’esprit communautaire : je suis le cinquième d’une fratrie de sept enfants (trois frères et trois sœurs), j’ai grandi en meute dans la campagne d’Eure-et-Loire. « Faire société », se rassembler, est l’un de mes premiers défis pour me faire une place dans cette famille et cela m’a forgé un esprit de groupe. Ensuite, j’ai su me déraciner. En 2006, je suis parti en échange universitaire, sur une île magique : Oahu (Hawaï). L’enseignement dans une langue étrangère et tous les contacts locaux m’ont aidé à apprécier l’inconnu et à apprendre à m’adapter à un environnement nouveau. Même au paradis, ce n’est pas chose aisée. En 2008, après avoir enchaîné les petits boulots, de 56
oissonnier à chauffeur, j’ai appris à p nager à contre-courant : mon premier « boulot s érieux » (développer l’énergie solaire en France) a été un job de prêcheur où il m’a fallu persuader les chefs d’entreprise de consommer différemment l’énergie. En 2011, je teste mes l imites lors de mon premier voyage à vélo avec deux amis : 1 200 km de la Slovaquie à la Moldavie, loin du tourisme de masse avec un vélo de 45 kg ! Enfin, en 2015, je pars traverser la Cordillère des Andes (240 jours à vélo). Je découvre et teste alors à grande échelle l’aptitude que j’ai à créer du lien avec des inconnus. Je suis aidé par toutes ces familles de tous les milieux chez qui je loge. Impossible de ne pas avoir confiance en l’humanité après un voyage pareil. Cela aide à prendre du recul et ne pas juger l’autre. Pourquoi rassembler tous ces gens et aller en rencontrer vous-même vous assure une forme de bien-être ? Gamin, j’avais des migraines terribles. Personne n’a jamais su pourquoi. J’entendais les autres jouer, alors que
Jacques Barge (69 ans) Un cas, cet Ardéchois, ancien rugbyman pour lequel le vélo a changé la vie après un grave accident de voiture qui l’a délesté de sa rotule droite. « Jacques a neuf courses à son actif ! Il prouve que l’on peut commencer à se mettre à tout âge à la longue distance. »
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La Corse, une épreuve emblématique, car la toute première course du circuit BikingMan.
Le Roi (vraiment sympa) de l’incruste Comment se faire des potes (qui vous offrent gîte et couvert) en cours de route. La technique « Carion » éprouvée lors de la Belle Évasion.
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Fabian Burri (31 ans) Il est suisse, peintre en bâtiment. « Le genre de type qui a fait presque toutes les courses ultra-distance de la Terre et qui bosse entre chacune pour continuer à voyager. » Un concentré de motivation et de passion.
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Partir SUR LA ROUTE À VÉLO car les Français ont la « petite reine » dans les veines. Attacher des SACOCHES DE BIKEPACKING sur le vélo car l’accueil du voyageur à vélo est excellent (testé et approuvé aux quatre coins du globe et maintenant confirmé en France (voir tip n° 5). Avoir CONFIANCE DANS SES FOLLOWERS : ces gens derrière les écrans existent vraiment et n’attendent finalement qu’une chose : se rassembler physiquement pour partager un moment de vie. Choisir LE PIRE MOMENT de l’année (saison, climat) et foncer. Les gens aiment voir d’autres gens prendre des risques, ça les booste pour en prendre aussi à leur tour et venir à votre rencontre. Emporter DE LA BONNE HUMEUR dans ses sacoches et avoir une bonne capacité de récupération, car l’accueil en France est chaleureux et gastronomique (et souvent très bien arrosé !). BIKINGMAN 2021 : EN ROUTE Cette saison, il y aura quatre étapes en France en plus du Brésil, du Portugal et d’Oman pour un total de sept courses. 16 mai : Brésil 7 juin : Corse 21 juin : France (Cols des Alpes) 19 juillet : Quelque part en France (épreuve mystère) 9 août : Auvergne-Rhône-Alpes 6 septembre : Pyrénées sauvages 4 octobre : Portugal bikingman.com
Rodney Soncco (31 ans) Ce Péruvien originaire de la vallée sacrée est un mutant (merci les globules rouges de la Cordillère des Andes). Entre deux Calzone qu’il prépare en tant que pizzaiolo à Bellusco (Italie), il a gagné toutes les courses de 2018 et 2019.
j’étais paralysé, et c’est resté un traumatisme. J’étais bloqué dans ma souffrance, avec des barrières infranchissables. Depuis ce temps-là, je ne supporte pas le fait d’être enfermé, de ne pas pouvoir échanger. Il faut que j’aille vers les autres, comme pour conjurer cette souffrance originelle. Vous qui gérez l’imprévu dans ce monde sans trop de perspectives, savez-vous de quoi demain sera fait en ce qui concerne votre avenir et celui du BikingMan ? Personnellement, je rêve d’une traversée intégrale de l’Himalaya, comme l’ont fait Alexandre Poussin et Sylvain Tesson. Y faire le plein de spiritualité. Quant au BikingMan, j’ai fait un peu évoluer le format de départ en 2020. Aujourd’hui, c’est 1 000 km à faire en moins de 120 heures. 1000 km, c’est la bonne jauge pour ne pas rentrer dans la zone rouge du manque de sommeil et garantir l’intégrité physique des participants tout en maintenant l’esprit d’aventure. Avec la Covid, je risque de rentrer dans une zone de turbulences avec les autorités de tous les pays concernés par mon circuit, Oman, B résil, Laos, Taïwan. Je n’en suis pas à mon dernier tribunal administratif… Mais je vais continuer à avancer, pour connaître mes limites et celles des autres. 57
LES MONDES ENGLOUTIS Sous la jungle mexicaine se trouvent d’étroites cavités sous-marines. Elles n’apparaissent sur aucune carte et leur exploration n’est pas sans risque. Mais pour deux plongeurs souterrains intrépides, le jeu en vaut la chandelle : leurs découvertes dans ces lieux encore inconnus pourraient tout changer. Texte KLAUS THYMANN et RUTH McLEOD Photos KLAUS THYMANN
Klaus Thymann pénètre dans l’eau de la grotte, qui a pris une teinte jaunâtre en surface à cause de l’acide tannique de récentes chutes de pluie. Il tient fermement son appareil photo et surveille tout signe de fuite au niveau du caisson étanche. Un phare de plongée éclaire la voie qu’il s’apprête à emprunter, tout comme la lampe qui surmonte son casque… sa « troisième main » comme il aime à l’appeler.
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laus Thymann se trouve à 300 mètres de profondeur, dans une grotte souterraine du Mexique, 9 mètres en dessous d’une jungle incroyablement dense. Il se fraye un chemin dans la galerie qui, avec ses 60 centimètres du sol au plafond, lui laisse à peine la place de passer. Le plongeur-photographe danois prend un cliché de ce qui ressemble à des ossements humains préhistoriques. Il lui a fallu pour cela faire la planche, bras tendus, et jouer avec le volume d’air contenu dans ses poumons pour ajuster sa position dans l’eau. Si la moindre partie de son corps touchait quelque chose, il pourrait détruire ces artefacts à jamais en agitant le limon, et perdre par la même occasion toute visibilité. Soumis à une pression des plus intenses, Klaus Thymann, qui estime avoir passé plusieurs centaines d’heures dans des grottes du même type au cours de sa carrière, n’a jamais été aussi stressé. Mais il sait bien que perdre son calme l’amènerait à épuiser trop vite son oxygène et sans doute à se noyer. C’est la plongée souterraine sous sa forme la plus extrême. À ce niveau, on peut même parler de spéléologie. La plupart des itinéraires sondés par Klaus 60
Thymann et son partenaire de plongée, Alessandro « Alex » Reato, n’ont pas encore été cartographiés, et les deux compères sont les premiers humains de l’histoire moderne à poser le regard sur cet environnement mystérieux. Se faufilant adroitement dans des espaces si étroits qu’ils nous oppresseraient, ces explorateurs sous-marins découvrent des endroits où personne ne peut ou ne veut aller. Ils s’équipent de manière à éviter toute catastrophe en cas de problème, ce qui arrive finalement assez souvent. « La question n’est pas vraiment de savoir si, mais plutôt quand vous allez avoir un problème : il faut juste y être préparé, confie Klaus. Impossible d’avoir un compagnon de plongée. Je me glisse souvent dans des anfractuosités si étroites que personne ne peut m’y suivre. » « Concernant notre équipement, nous avons presque tout en double. Comme on dit, deux c’est un, et un c’est rien. La préparation et l’organisation du matériel se font avec une précision militaire. Le moindre objet peut nous sauver la vie. Le fait est que je n’aime pas prendre des risques. Je travaille de façon méthodique et je ne dévie pas de mon protocole. J’ai aussi suivi un entraînement professionnel
En haut à gauche : vous ne pouvez pas le voir du ciel, mais l’exubérance de la jungle cache un accès à des grottes submergées. En haut : elles ont beau être remplies d’air, les bouteilles de plongée font 9 kilos chacune. Elles doivent donc être apportées sur site par bateau, une à une. THE RED BULLETIN
Trouver l’entrée « Notre porteur, Jesus, marche devant le 4×4 et éclaircit la végétation à l’aide de sa machette, mais à un moment, route et jungle ne font plus qu’un. Nous sortons de la voiture et marchons, fixés aux coordonnées GPS qui marquent l’emplacement d’un cénote, notre point d’accès au réseau hydrograTHE RED BULLETIN
phique souterrain. Pour le trouver, nous sondons nos contacts mayas, identifions la direction p robable de l’eau sur une carte, plongeons et recherchons de la lumière au-dessus de nous, et discutons avec des personnes ayant informé Alex de la présence d’un trou dans la jungle. » 61
Voyage dans le temps « Je fais de la plongée souterraine depuis moins de dix ans, mais j’ai toujours plongé. Une fois que je suis entré, je n’ai qu’une envie : aller encore plus loin. Faire de la plongée souterraine, c’est un peu comme 62
pénétrer dans une capsule temporelle. Le temps n’existe plus, car aucun facteur extérieur ne vient vous perturber : pas de lumière du jour, pas de bruit… juste le son de votre respiration. Quand on nage, on accède à notre passé et on retrouve ce que personne n’a
pu voir pendant des centaines, voire des milliers d’années. Mais quand on fait de la plongée sous-marine, le temps est d’une importance capitale : il faut absolument garder conscience du temps qui passe pour rester en vie et connaître ses limites. » THE RED BULLETIN
« La plongée souterraine n’est pas faite pour tout le monde. On atteint le stade ultime de claustrophobie. » poussé et je suis expérimenté. Tout au long de sa carrière éclectique, le journaliste, photographe et explorateur Klaus Thymann, aujourd’hui âgé de 46 ans et résidant à Londres, a ouvert de nouvelles voies dans les glaciers d’Ouganda et du Congo. Il a été la première personne à plonger en scaphandre autonome dans le lac le plus clair au monde, le fameux Blue Lake de Nouvelle-Zélande, et il a mené plusieurs expéditions sur les montagnes des six continents, tout cela dans le but d’accroître les connaissances et de sensibiliser au changement climatique. Il affirme que cette mission revêt la même importance : « Notre expédition a un objectif précis. J’ai besoin d’un but. Le monde ne tire aucun avantage à ce que vous soyez la centième personne à atteindre le sommet d’une montagne, même si je respecte ceux qui y arrivent. Je m’efforce de revenir à des expériences qui profitent à la science et nous aident à adopter un comportement réfléchi sur cette planète. » C’est au Mexique, là où Alex Reato habite désormais, que Klaus Thymann a rencontré pour la première fois en 2016
le plongeur souterrain et ancien cartographe militaire italien par l’intermédiaire d’amis communs. Tous deux se sont vite rendu compte qu’ils partageaient une même passion pour la cartographie et qu’ils adoraient sortir des sentiers battus. Alex Reato avait de son côté exploré plus de 60 kilomètres de galeries souterraines dans le pays. « Comme Alex, j’aime aller là où personne ne va, raconte Klaus Thymann. Même la plupart des experts en plongée souterraine ne voudraient pas descendre le long d’une corde pour rentrer dans un trou à peine plus grand qu’eux au beau milieu de la jungle, après avoir marché pendant des kilomètres dans une végétation effroyablement dense. La plongée souterraine n’est clairement pas faite pour tout le monde. On atteint le stade ultime de la claustrophobie. Avec Alex, j’ai l’impression d’avoir trouvé mon alter ego. » Lorsqu’Alex Reato a contacté Thymann l’an dernier pour lui parler de la découverte de cet ancien squelette, l’explorateur danois a foncé. « Même sans les ossements et les fantastiques perspectives offertes sur notre passé, notre mission serait utile et pourrait par exemple servir une cause environnementale, comme la cartographie des rivières souterraines dans l’optique d’en faciliter la protection, révèle Thymann. Les grottes mexicaines sont uniques en leur genre : il s’agit du plus grand réseau souterrain au monde et nous avons le devoir de le préserver pour son habitat, ses récifs et ce qu’il apporte, mais aussi tout simplement parce qu’il s’agit d’un immense site archéologique. »
En haut à gauche : Klaus Thymann, qui apporte la seule source de lumière dans l’obscurité complète de cette grotte, suit le fil d’Ariane. Le paysage change constamment : « En deux coups de palmes, vous vous retrouvez dans un endroit complètement différent. » À droite : Alex Reato prépare son masque pour la plongée. THE RED BULLETIN
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« Les découvertes que l’on peut faire sont extrêmement impressionnantes… Il y a de quoi rester humble. » Des calculs reposant sur les niveaux d’eau historiques leur ont appris que ces os pourraient avoir plus de 9 000 ans, ce qui les ferait figurer parmi les plus vieux ossements découverts dans le pays. La mission consistait désormais à documenter l’invention et prélever un échantillon pour analyse le plus vite possible, afin que les ossements soient officiellement protégés des pilleurs de sites archéologiques. « Nous savions que nous devions garder le secret sur l’emplacement exact des ossements, indique Klaus Thymann. Il arrive parfois qu’après une découverte archéologique, les gens reviennent sur place et ne retrouvent plus rien. On ne peut pas clôturer tous les lieux avec des fils barbelés… Même s’il s’agit probablement d’une infime minorité de personnes mal intentionnées, elles suscitent un risque démesuré. » Quand il planifie une plongée, Klaus Thymann arrête de consommer de l’alcool au moins une semaine avant sa sortie. Il fait du sport tous les jours et s’impose un régime strict : pas de kilos superflus dans des espaces si exigus. « Pendant plusieurs semaines, je me suis préparé chez moi, en Europe. Alex m’avait envoyé un croquis de la zone des ossements, et nous avons discuté de l’approche à adopter, et de nos rôles : tandis qu’Alex mènerait l’exploration, je la documenterais et je produirais le matériel dont les archéologues et les scientifiques auront besoin. » Lorsque Klaus est arrivé à Tulum pour retrouver Alex et partir dans la jungle, il était, comme à son habitude, préparé à toute éventualité. « Avant de pénétrer dans la grotte, j’ai ressenti un mélange d’excitation extrême et d’incrédulité, raconte-t-il. Il est extraordinaire d’observer des os humains préhistoriques. Autour de soi, tout est tellement impressionnant. Il y a de quoi rester humble. On se sent comme une minuscule pièce d’un gigantesque puzzle. C’est une façon très saine de voir les choses. Cela vous rappelle que votre petite vie n’est pas si importante. »
Matos Une mission de ce type nécessite près de 45 kg d’équipement. 1. Deux bouteilles distinctes avec détendeur et manomètre 2. Palmes : un modèle normal, légèrement plus long et lourd que les palmes conçues pour la spéléologie, afin de contrebalancer le poids de l’appareil photo 3. Tenue de plongée : une combi de 5 mm d’épaisseur, une cagoule, un gilet de 3 mm et des chaussons 4. Lampe de plongée secondaire (premier dispositif de secours), fixée au casque 5. Casque, adapté pour supporter les dispositifs d’éclairage 6. Gilet stabilisateur avec deux vessies, la seconde étant un dispositif de secours 7. Lampe principale, fixée à une batterie avec un câble 8. Phare de plongée 9. Marqueurs de ligne, pour l’orientation 10. Troisième lampe (second dispositif de secours)
11. Sacoche avec outils et pièces de rechange, dévidoirs et masque de rechange pour les plongées en grande profondeur 12. Appareil photo dans son caisson étanche, avec dôme et poignée 13. Flash sous-marin 14. Un masque 15. Chronomètre qui affiche le temps et la profondeur (dispositif de secours en cas de panne de l’ordinateur de plongée) 16. Appareil photo compact dans son caisson étanche (dispositif de secours) 17. Parachute de palier, qui peut être fixé à une ligne et gonflé en surface ou, lorsqu’il est immergé, remonter rapidement l’appareil photo jusqu’à la surface 18. Dévidoir principal 19. Ordinateur de plongée 20. Ardoise de poignet, utilisée pour l’orientation 21. Grande ardoise et crayon (avec dragonne), utilisés pour prendre des notes plus complètes
klausthymann.com ; filoariannadive.com 64
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Entièrement équipé « La communication sous l’eau est difficile, vous ne pouvez pas parler. Donc vous utilisez des signes. Mais la plupart du temps, vous n’y voyez rien dans les grottes, alors vous avez recours à des signaux lumineux. Pour réaliser une tâche complexe, nous nous servons d’une ardoise et d’un crayon. Et la plongée souterraine, c’est éprouvant : vous devez sans cesse surveiller plusieurs données essentielles : temps, profondeur, votre conso d’oxygène et l’orientation. Par conséquent, chaque nouvelle tâche complexe, comme une opération de photogrammétrie THE RED BULLETIN
(sondage et cartographie) ou de photographie sous-marine, devient délicate. Je dois savoir, au toucher, où chacun de mes équipements se trouve pour être en mesure de les détacher immédiatement même si je n’ai aucune visibilité. Par exemple, mon crayon est attaché à un sandow autour de mon poignet. Je peux avoir besoin de cet outil pour écrire afin de recalculer mes réserves d’oxygène ou vérifier la direction que je dois prendre. C’est crucial. Et j’ai toujours un couteau sur moi pour tailler mon crayon sous l’eau si besoin. » 65
Lentement mais sûrement « Après avoir nagé pendant plusieurs centaines de mètres, je me retrouve dans une annexe de la grotte, juste au-dessus d’ossements préhistoriques : un crâne et des dents éparpillées sous le fin limon. L’espace est hyper exigu. Un faux mouvement perturberait complètement le site et entraînerait de graves dommages. Cela soulèverait aussi un nuage de limon : la visibilité serait alors nulle et la situation deviendrait critique. J’ai si peu de place que je ne peux même pas nager. Je fais la planche, en étirant tous mes membres. Alex me guide : il me tient par les chevilles et me fait doucement bouger. Pour bien me positionner, je fais des signes avec les mains : index vers l’avant et Alex me pousse vers l’avant. Nous avons répété
cette situation et je sais quoi faire. Je libère un peu d’air contenu dans mes poumons et je descends d’environ 5 cm, juste assez pour éviter d’effleurer la partie la plus basse du plafond de la grotte. Le moindre mouvement devient une prouesse. Nous nous déplaçons centimètre par centimètre, sur une grille imaginaire, afin de tout documenter. Je garde un œil sur mes manomètres pour m’assurer que je n’utilise pas trop d’oxygène et que j’ai toujours le temps de sortir. L’ensemble de l’opération dure environ 70 minutes. Je prends environ 500 photos de la zone où se trouve le crâne. Ces clichés seront intégrés dans un modèle photogrammétrique afin que les scientifiques puissent explorer la grotte sur un écran d’ordinateur. »
Les bulles produites par les plongeurs s’accumulent et fusionnent en haut de la grotte. Il ne faut absolument pas qu’elles entrent en contact avec la roche karstique poreuse qui les entoure. Même un très léger impact endommagerait les lieux.
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S’orienter
Dans cette grotte inconnue, Alex Reato pose un nouveau fil d’Ariane à partir de son dévidoir d’exploration et il le noue sur une stalagmite.
« La cartographie est une grande partie de mes activités. Pour une carte de glaciers ou de nouveaux itinéraires de trek en Ouganda, j’essaie de représenter les nouveaux terrains de manière conceptuelle, simple et pratique. Ces réseaux hydrographiques souterrains sont les seuls endroits de la planète qui n’ont pas encore été cartographiés. C’est exaltant. Et risqué : la grotte peut s’effondrer, le plongeur peut faire une
crise cardiaque sous l’eau… En réalité, la plupart des décès en plongée souterraine sont dus à des erreurs d’orientation. Vous devez suivre une ligne, mais les grottes ne sont pas de simples routes à sens unique. Elles ressemblent davantage à des toiles d’araignée difformes. Si vous ne tournez pas au bon endroit, vous risquez de vous éloigner de la surface de l’eau et potentiellement de manquer d’air. »
Une lampe UV permet d’évaluer l’état des ossements. Dessous : à côté d’une mâchoire intacte, une molaire qui renferme peut-être de l’ADN exploitable.
Preuves anatomiques « De nombreux indices nous montrent qu’il s’agit d’un squelette préhistorique. Pour le moment, nous nous référons aux niveaux d’eau historiques et à la profondeur actuelle de l’eau. En associant ces deux mesures, vous constaterez que l’hypothèse est parfaitement plausible. Le site se trouve à 10 mètres de profondeur. Autrement dit, la dernière fois que les grottes de cette zone étaient sèches, c’était il y a entre 8 000 et 10 000 ans. Par ailleurs, il est complètement insensé d’imaginer qu’un corps ait pu d ériver dans ces grottes à contre-courant. Ces osseTHE RED BULLETIN
ments font donc potentiellement partie des plus anciens restes humains découverts au Mexique. Il faudra attendre la datation exacte pour en avoir le cœur net. Pour le moment, nous nous extrayons de la grotte. La mission est un franc succès. Nous avons de quoi déposer une demande auprès des autorités mexicaines afin de prélever un échantillon pour analyse. L’ADN pourra dévoiler des informations fascinantes sur nos ancêtres et mettre en évidence l’immense valeur archéologique de ces rivières souterraines. » 69
IA : I COMME INCONVÉNIENT, OU A COMME AVANTAGE ? Chercheur reconnu en intelligence artificielle, RICHARD SOCHER est une véritable pointure dans son domaine. Il nous explique quels sont les enjeux autour de l’IA, et quelles compétences humaines seront, à l’avenir, de plus en plus demandées. Entretien JÜRGEN SCHMIEDER Photos JEREMY JACKSON
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L’HOMME QUI MURMURAIT À L’OREILLE DES MACHINES
Richard Socher, 37 ans, directeur de recherche chez Salesforce jusqu’en 2020 et e xpert inter national en intelligence artificielle.
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endons-nous à l’évidence : nous, pauvres humains, n’avons plus aucune chance face aux machines ! Elles nous battent déjà aux échecs, savent conduire mieux que nous, et sont capables, en traitant des sommes colossales de données, de faire émerger des prédictions que nous n’aurions jamais soupçonnées. À l’allure où ça va, nous allons bientôt abdiquer face à un Big (Data) Brother omnipotent qui régnera sur nos vies en utilisant la reconnaissance faciale et ses copines Siri ou Alexa pour nous espionner et décider de tout à notre place. La dictature de la machine : fantasme ou réalité ? Cette question montre à quel point le débat autour de l’avènement de l’IA soulève des interrogations. Mais en dehors des scénarios dystopiques qui alimentent l’industrie du cinéma, y a-t-il vraiment raison de s’inquiéter, ou peut-on considérer avec sérénité le fait que l’IA prenne, dans nos vies, de plus en plus de place ? C’est ce que pense Richard Socher, qui fut jusqu’en 2020 directeur de recherche en intelligence artificielle chez Salesforce, l’un des leaders américains des technolo72
gies numériques. Diplômé de la prestigieuse université de Stanford, cet informaticien allemand a également travaillé dans un lieu mythique de la Silicon Valley, surnommé « Office 221 », qui a vu passer les fondateurs de Google, Larry Page et Sergey Brin. Après avoir fondé en 2014 MetaMind, plateforme de deeplearning utilisant l’IA, il revend son bébé deux ans plus tard à Salesforce. Aujourd’hui PDG de la startup SuSea, qu’il a fondée, Richard Socher poursuit ses recherches sur les applications pratiques de l’IA. Nous lui avons demandé de dresser un premier bilan sur les appréhensions et les réalités d’un domaine en constante évolution. the red bulletin : Vous avez dit en parlant de l’IA : « Elle nous montre qui nous sommes vraiment. » D’où cette première question : qui sommes-nous ? richard socher : Nous devons plutôt nous demander : quel est le propre de l’Homme ? L’un des critères que nous aimons utiliser pour nous différencier des autres espèces, c’est notre intelligence. Ça peut paraître simpliste, mais ça soulève surtout beaucoup de questions autour de ce qu’est vraiment l’intelligence, et l’IA nous révèle justement des découvertes très intéressantes à ce sujet. Par exemple ? Le fait de constater que des tâches a priori basiques sont en réalité difficiles à exécuter pour l’IA, et qu’inversement, des activités supposées complexes sont relativement faciles à automatiser. On s’en rend compte en comparant le jeu des échecs, qu’un ordinateur peut apprendre assez facilement, et le travail d’un agent de nettoyage et d’entretien, qui va être extrêmement difficile à remplacer par l’IA, car il nécessite la combinaison de réflexions à la fois abstraites et concrètes : comment ranger de manière logique et pratique ?
LANGUES À VENIR
Richard Socher aborde des domaines aussi variés que la linguistique informatique et la PNL pour créer des logiciels capables de nous aider à prendre de meilleures décisions.
Qu’est-ce que la machine arrive aujourd’hui à faire mieux que l’Homme ? Les tâches répétitives, par exemple l’interprétation d’images médicales, mais aussi le traitement et l’analyse de gros volumes de données. Salesforce propose THE RED BULLETIN
ainsi un service de « gestion des leads et des opportunités », destiné aux entreprises qui ont des gros fichiers clients et qui ne savent pas toujours qui contacter en premier pour vendre un produit. Ce service utilise l’IA pour répertorier les évolutions en cours dans un secteur – par exemple l’embauche d’un nouveau directeur commercial dans une boîte – pour passer en revue les e-mails déjà envoyés et émettre des prédictions de clients p otentiels en dressant une liste de dix personnes qui pourraient être intéressées. Un gain de temps qui augmente l’efficacité des commerciaux de 30 %. Ce n’est pas très bon pour leur ego… Oui, mais si on leur explique comment on en est venu à ces conclusions et pourquoi ils devraient appeler ces clients-là, ils seront beaucoup plus confiants.
« Je crois que l’intelligence artificielle va encourager la communication entre les Hommes. Il y aura de moins en moins de tâches ennuyantes et répétitives. » THE RED BULLETIN
Les progrès réalisés en IA ont souvent été utilisés pour des jeux : les échecs, le poker, le jeu de Go. Ce ne serait pas plus intéressant de se concentrer sur ses applications dans la vie quotidienne ? C’est ce que je pense aussi. Évidemment, un ordinateur qui bat un joueur humain au jeu de Go, c’est impressionnant, et cela a d’ailleurs influencé la façon dont on y joue désormais. Mais en dehors du domaine ludique, cette application n’a pas vraiment apporté de changement majeur, parce que les algorithmes utilisés pour les jeux peuvent rarement être appliqués dans le monde réel, où tout n’est pas aussi bien ordonné et réglé que sur un échiquier. Dans la réalité, il faut autant considérer ce qui est du ressort de l’aléatoire et du hasard que ce qui est prévisible par des calculs de probabilités. Pourtant, quand une machine bat un humain aux échecs, on a tendance à crier à l’avènement de la dictature des robots et à la disparition de l’espèce humaine. Ça dépend des cultures. Au Japon, l’automatisation est vécue comme quelque chose de positif et les robots sont davantage perçus comme des aides que comme des ennemis ou des voleurs de boulot. 73
BOOSTEZ VOTRE CV : LE MEILLEUR PROFIL EN 2021 Personne n’est capable de traiter en une journée une liste de 10 000 clients ou de fouiller l’ensemble du net pour avoir une info. Cette tâche-là, l’algorithme de Google le fait beaucoup mieux que nous. Jusqu’où cela va nous mener ? On peut voir les progrès de l’Histoire comme des « sursauts d’efficience » : la machine à vapeur, l’électricité, Internet. L’intelligence artificielle est le prochain sur la liste et cette avancée va bouleverser l’espèce humaine. Il y a 250 ans, 90 % des gens travaillaient dans les champs et il était alors vital d’être fort physiquement. Aujourd’hui, d’autres qualités sont nécessaires, et c’est ce type de changement que va nous apporter l’IA. Sur le long terme, je reste optimiste, mais j’ai quelques inquiétudes sur le court terme. Lesquelles ? Prenons l’exemple des chauffeurs routiers : ils font un métier très pénible, doivent constamment rester concentrés même si la route est droite sur des centaines de km ; ils sont souvent séparés de leurs familles, doivent traverser plusieurs fuseaux horaires… Ce n’est pas une vie facile, et on pourrait considérer les travaux effectués pour remplacer peu à peu ce type de boulot comme une bonne chose en soi. Mais les chauffeurs routiers vous diront : « J’adore mon métier, j’aime être seul et je ne veux rien faire d’autre. » Ce qui peut se comprendre. Dans 150 ans, quand on demandera aux gens s’ils veulent conduire un camion toute la journée, ils auront probablement la même réponse que nous lorsqu’on nous demande aujourd’hui si nous voulons rester toute la journée à travailler en plein soleil dans les champs jusqu’à avoir des cales aux mains. Ils répondront : « Non, c’est absurde, il y a des machines pour ça ! »
Mais aujourd’hui, que dire aux routiers qui craignent pour leur travail ? Que nous avons encore le temps ; et c’est là que doivent intervenir les responsables politiques et économiques pour préparer les gens et leur expliquer qu’il y aura 74
Quelles sont les compétences les plus recherchées actuellement par les entreprises ? LinkedIn a analysé les données de ses millions d’utilisateurs et leurs offres d’emploi.
SOFT SKILLS
HARD SKILLS
1. CRÉATIVITÉ
1. BLOCKCHAIN
Pour sortir du lot, il faut avoir des idées – et pour cela, être créatif. C’est la compétence humaine la plus recherchée par les entreprises actuellement.
2. FORCE DE PERSUASION Avoir des idées est une chose. Savoir les vendre en est une autre : il faut être en mesure de les expliquer pour convaincre son équipe, puis ses clients.
3. ESPRIT D’ÉQUIPE Bosser tout seul dans son coin, c’est fini : aujourd’hui, les différents services des entreprises sont de plus en plus appelés à collaborer sur des projets. Savoir travailler en équipe est un atout.
4. ADAPTABILITÉ Le monde du travail évolue à vitesse grand V. Dans ce contexte de constantes mutations, les entreprises cherchent des gens qui n’ont pas peur du changement.
5. INTELLIGENCE ÉMOTIONNELLE Pour faire durer une entreprise, il faut soigner ses relations sur le long terme avec ses partenaires. Ce qu’aucune machine ne peut faire mieux qu’un humain.
Inventée pour les cryptomonnaies, cette technologie est désormais utilisée pour tout type de ressources numériques, mais les vrais pros restent rares.
2. CLOUD COMPUTING Les entreprises utilisent le Cloud pour leurs services numériques. Les spécialistes de systèmes comme Microsoft Azure sont très demandés.
3. RAISONNEMENT ANALYTIQUE Reconnaître un problème, y trouver une solution, penser en réseau, voir les corrélations… Une compétence qui vaut de l’or.
4. INTELLIGENCE ARTIFICIELLE L’IA doit avant tout être développée et améliorée par des humains. Ce secteur connaît un boom sans précédent et donc un fort besoin de personnel qualifié.
5. DESIGN UX C’est l’ensemble des paramètres, stratégies, conceptions qui garantissent aux clients une bonne User Experience. S’y connaître dans ce domaine reste un atout de taille pour les entreprises.
THE RED BULLETIN
d’autres domaines faits pour eux. La question de savoir si les machines vont nous voler nos boulots n’est peut-être pas la bonne question à se poser. Quelle serait la bonne question ? La raison d’être de la médecine, c’est d’avoir des gens en bonne santé – et pas de créer du travail. En radiologie par exemple, l’utilisation de l’intelligence artificielle s’est avérée très efficace et peu coûteuse. Il y a trop peu de radiologues, et l’intelligence humaine n’est pas faite pour examiner tous les jours, pendant des heures, des images en noir et blanc. Cet argument ne rassure pas forcément celles et ceux qui craignent pour leur travail. C’est vrai, mais c’est justement pour cette raison que la politique doit convaincre les gens, et que les systèmes sociaux doivent aider à la transition. Il faut aussi montrer qu’il y a des qualités qui vont être de plus en plus demandées, comme la créativité, l’empathie, savoir reconnaître un problème ou travailler en équipe. La machine fait le diagnostic, et le médecin en parle à son patient ? On peut dire ça, même si le médecin peut faire beaucoup plus : un médecin sera par exemple capable de combiner les analyses de plusieurs machines, et découvrir ainsi une nouvelle maladie, un nouveau virus. Cette combinaison de savoirs abstraits et concrets est difficile à automatiser. N’oublions pas que les performances d’une machine dépendent des données qu’on lui fournit. Et c’est justement ce qui peut créer des « biais » en amont des algorithmes, servant ainsi des stéréotypes et des préjugés : n’est-ce pas le principal problème de l’intelligence artificielle ? C’est ce que je pense. L’IA n’est pas conçue pour être raciste ou sexiste, elle fonctionne avec les données qu’elle reçoit. Un exemple : une banque demande à l’ordinateur : « À qui dois-je autoriser ou interdire un crédit ? » Or ses données montrent que peu de femmes, dans le THE RED BULLETIN
« C ’est lié à la culture : au Japon, l’automatisation est vécue comme quelque chose de positif et les robots sont davantage perçus comme des aides que comme des ennemis ou des voleurs de boulot. » passé, ont demandé un crédit de création d’entreprise. L’ordinateur pourra donc percevoir une demande émanant d’une femme comme a priori négative. C’est là où l’intelligence artificielle nous tend un miroir, en disant : « Voyez ce que vous avez fait dans le passé. » Mais il est possible, également, d’y remédier. Il est plus facile de modifier un algorithme que la mentalité de 10 000 chefs d’entreprise qui ont toujours favorisé les hommes. C’est vrai, et il y a une chose à ne pas oublier : l’intelligence artificielle est ce qu’on appelle une technologie « omni-use ». C’est-à-dire ? On peut l’utiliser pour tout. Comme avec un marteau, que l’on peut utiliser pour construire une maison ou pour frapper quelqu’un. Ou une voiture, qui peut transporter des gens – ou les écraser. De même, on peut se servir d’Internet pour partager des connaissances – ou faire du commerce illégal. C’est la même chose pour l’IA. La reconnaissance faciale, par exemple, peut aider à retrouver des criminels, mais elle peut aussi être utilisée à des fins beaucoup moins nobles. L’idée est de ne pas diaboliser la technologie, mais d’y mettre un cadre, grâce à la politique. Vous ne trouvez pas que c’est justement la dernière révolution industrielle qui a transformé l’Homme en
machine ? Avec le travail à la chaîne, les tâches répétitives et sans aucun intérêt. Face à cela, le rôle de l’IA n’est-il pas de redonner à l’Homme son humanité ? Tout à fait ! Et je crois que l’IA va encourager la communication entre les Hommes. Il y aura de moins en moins de tâches ennuyantes et répétitives, les métiers autour de l’humain vont gagner en considération : un infirmier en maison de retraite qui a étudié l’histoire fera peut-être un meilleur travail parce qu’il pourra mieux comprendre ses pensionnaires. Mais il faut évidemment qu’il soit payé en conséquence. Que conseilleriez-vous aux écoliers d’aujourd’hui ? Quelles seront les compétences à avoir demain ? D’abord : l’informatique, parce qu’on ne peut rien comprendre à l’IA si on ne sait pas programmer. Ensuite : les mathématiques. Mais aussi : l’éthique, l’art, la géographie. Bref, toutes ces matières délaissées actuellement par les parents – parce qu’elles ne mènent soi-disant à rien. Or, ça peut changer : on arrive déjà à se débrouiller parfaitement en orthographe grâce à l’intelligence artificielle. Mais mobiliser sa créativité et toutes ses connaissances pour pondre une histoire captivante, ça, l’IA ne peut pas le faire. Le plus important, pour les écoliers du futur, sera d’avoir un mélange de connaissances en informatique et en sciences humaines. 75
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PERSPECTIVES Expériences et équipements pour une vie améliorée
BIEN EN SELLE
MAXIME RAMBAUD
RUEDI FLÜCK
Le freerider français Vincent Tupin, 26 ans, nous emmène au paradis des vététistes, la Région Dents du Midi, en Valais.
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PERSPECTIVES voyage
« Je suis souvent à l’étranger, mais je dois dire que la Suisse a vraiment tout pour plaire quand on est rider ! » Vincent Tupin aka Vinny T, 26 ans
C
haque année, j’attends le printemps avec impatience, car cela sonne la réouverture des bikeparks. L’occasion d’enchaîner un bon nombre de kilomètres. Les itinéraires de la Région Dents du Midi dans le canton du Valais, au sud du lac Léman, non loin de la frontière française, offrent des conditions idéales – les opportunités de rouler sont vraiment nombreuses grâce aux remontées mécaniques (quatre dans la Région Dents du Midi, vingt-et-une au total pour les Portes du Soleil) et les pistes sont super variées. Si je devais choisir une piste préférée, ce serait soit la bleue soit la rouge à Morgins, j’hésite vraiment entre les deux. Dans mon sport, beaucoup ont choisi de faire carrière dans la compétition, mais il y a d’autres moyens de gagner sa vie en faisant du VTT. Moi, je me concentre sur l’aspect visuel et je réalise des vidéos et des photos avec mes amis. Pour me remettre dans le bain en début de saison, j’aime bien m’entraîner sur la piste de Coupe du Monde de Champéry, qui accueillera les épreuves de downhill des Championnats du Monde 2025 ! Elle est raide et vraiment pas évidente, donc pas trop fréquentée. Et le paysage des sept 3 000 qui dominent le Val d’Illiez est tout simplement magnifique. 78
Vinny T réalise un drop de 10 mètres construit (puis détruit) exprès pour les besoins du film.
Ça fait aussi un super décor pour nos vidéos. Pour les tournages, on construit souvent nos propres pistes. Il n’y a rien de tel que de trouver sa ligne dans un nouveau tronçon de forêt en tirant le meilleur parti du terrain et en faisant le moins de terrassements possible. Il nous arrive souvent de bosser pendant des jours pour une seule prise de vue ou quelques descentes. C’est ce qui nous permet de toujours trouver de toutes nouvelles perspectives vraiment cool. Et j’en profite pour perfectionner mes tricks et ma position. On le voit bien par exemple dans la vidéo The Old World – A Mindtrip Through Europe.
Un film réalisé par Tilman Brothers avec différents athlètes dans toute l’Europe, et notamment à Morgins. Même si je me rends dans des endroits incroyables à l’étranger pendant la saison – comme au Red Bull Rampage, dans le paysage fantastique de l’Utah, aux États-Unis – je dois dire que la Suisse a vraiment tout pour plaire quand on est rider. La Région Dents du Midi regorge non seulement de parks et d’itinéraires, mais offre également de nombreuses possibilités pour faire de longs circuits en enduro ou en e-bike. Oui, je roule souvent en e-bike quand je vais me balader en solo ou pour mes longues THE RED BULLETIN
PERSPECTIVES voyage
Berne
S’y rendre En transports publics, prenez les CFF jusqu’à Aigle, puis continuez jusqu’à Champéry ou Val-d’Illiez avec l’AOMC, et de là, prenez le bus jusqu’aux Crosets ou Morgins. En voiture, empruntez l’autoroute A9 via Vevey au bord du lac Léman en direction du Valais/ Simplon jusqu’à la sortie St-Triphon. De là, traversez
Suisse
Région Dents du Midi
Monthey, puis Troistorrents et continuez jusqu’à Champéry, Les Crosets, Val-d’Illiez, Champoussin ou Morgins. regiondentsdumidi.ch
JULIAN MITTELSTÄDT/TILLMANN BROTHERS ENTERTAINMENT, JBBIEUVILLE.COM RUEDI FLÜCK
L’équipe de prod allemande Tilman Brothers et Vinny T s’activent sur le tournage.
Bon à savoir La Région Dents du Midi est située en plein cœur du domaine des Portes du Soleil et regroupe six villages- stations valaisans. Ils sont tous reliés les uns aux autres par des remontées mécaniques et comptent en tout plus de 600 kilomètres de parcours VTT balisés. 11 pistes de descente, dont la légendaire piste de Coupe du Monde de Champéry 12 itinéraires VTT et e-bike, dont le circuit panoramique Grand 8 4 remontées VTT 5 magasins de location de VTT et e-bikes
Pas moins de 21 remontées mécaniques à travers les Portes du Soleil. THE RED BULLETIN
Les Portes du Soleil disposent en tout de 21 remontées mécaniques, de 5 bikeparks avec 50 pistes de descente entretenues en permanence et un tour enduro de 80 km – le tout accessible avec un seul et unique forfait. Infos : regiondentsdumidi.ch
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« Les pistes des Crosets sont idéales pour débuter en DH. » Vincent Tupin, spécialiste du VTT freeride
qui redescendent aux Crosets. Pour ceux qui veulent profiter de leur journée au maximum, il est possible de faire un tour en revenant à Morgins par le Col des Portes du Soleil et en traversant le Vallon de They. Et pour finir, il faut que je vous parle de la Pointe de Bellevue, un endroit un peu à l’écart qui vaut vraiment le détour. Comme son nom l’indique, c’est un point de vue de haute catégorie : situé à un peu plus de 2 000 mètres d’altitude, il offre un splendide panorama sur la Région Dents du Midi et même au-delà. L’idéal, c’est d’y monter en e-bike tôt le matin ou pour le coucher du soleil. La vue s’étend du lac Léman au Chablais, et presque jusqu’à Martigny, au fin fond du Bas-Valais. Un paysage de rêve qui donne envie de profiter d’un bon pique-nique ou d’un apéro entre amis. Retrouvez Vincent Tupin en action sur Instagram : @vinny_t_ THE RED BULLETIN
LITESCAPE.MEDIA, JULIAN MITTELSTÄDT/TILLMANN BROTHERS ENTERTAINMENT
sorties. Bien sûr, avec le poids supplémentaire de la batterie et du moteur, il faut faire des compromis quant à la maniabilité du VTT. En contrepartie, on peut rouler plus longtemps en montée. Pour quelqu’un qui viendrait pour la première fois dans la Région Dents du Midi et qui voudrait se mettre à la descente, les pistes des Crosets sont idéales pour débuter. Les riders qui sont déjà un peu plus aguerris pourront se perfectionner à Morgins. Mais les pistes là-bas nécessitent davantage de pratique. En cas de petite faim pendant une sortie, il y a de quoi faire avec les dizaines de buvettes d’alpage de la région. Et les adeptes de hamburgers seront servis avec le restaurant « Chez Joe » à Champéry. Un lieu à ne manquer sous aucun prétexte, c’est la Pointe des Mossettes. Elle est accessible en télésiège avec le vélo, et elle propose des pistes de downhilll, Grand-Conche et Le Loquet,
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Avec les 600 km de pistes des Portes du Soleil, la Région Dents du Midi constitue un terrain de jeu exceptionnel.
HORS DU COMMUN Retrouvez votre prochain numéro en juin en abonnement avec et avec dans une sélection de points de distribution et sur abonnement. LORENZ HOLDER/RED BULL CONTENT POOL
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PERSPECTIVES gaming de vue de la conception de jeux, on appellerait cela une gamification. Il existe des jeux numériques dans lesquels vous pouvez atteindre certains niveaux en faisant la vaisselle. » Et si vous n’avez pas envie de vous asseoir devant un écran, vous pouvez appliquer la gamification à une simple promenade. « Randomisez votre itinéraire et voyez ce qui se passe. Ce n’est pas quelque chose que les gens considèrent généralement comme un jeu, mais c’est un moyen de laisser libre cours à votre curiosité pendant une activité familière. »
Soyez un autre
Game of Life Résoudre les problèmes du monde est bien sûr une utopie, mais, comme le dit cette conceptrice de jeux, trouver des réponses peut être fun. Les concepteurs de jeux ne sont pas les premiers que l’on penserait à contacter lorsque l’on est aux prises avec une crise mondiale. Mais une nouvelle génération de gamers aide les scientifiques à s’attaquer aux grandes questions du monde réel – de la mutation génétique à l’exploration de l’espace en passant par le recyclage – en les décomposant en puzzles amusants et abordables. Le festival de conception de jeux expérimentaux Now Play This, à Londres, a demandé à des chercheurs scientifiques, des gamers et 82
des artistes de se réunir pour jouer, en construisant des paysages environnementaux imaginaires et en réagissant à une simulation de négociations climatiques à l’ONU, afin de voir ce qu’ils pouvaient apporter. L’un des ateliers était animé par Jana Wendler, conceptrice de jeux et géographe urbaine, qui apprend aux gens à examiner la vie urbaine moderne par le jeu. Selon elle, en s’attaquant aux grands problèmes par ce biais, nous pouvons tous nous investir pour rendre le monde meilleur, tout en améliorant notre vie quotidienne.
Prendre confiance
Il est plus facile de tester dans le cadre d’un jeu, en sécurité, les grandes décisions que nous ne nous sentirions pas à l’aise de prendre dans la réalité, explique Wendler. « Cela permet de changer les choses sans qu’il y ait de conséquences réelles. Cela inspire confiance dans l’activisme et le travail en dehors du jeu. Lorsque vous jouez, vous interagissez avec le monde, ses habitants et ses idées. »
Travailler ensemble
« Les jeux ont un potentiel énorme pour rassembler des perspectives différentes, dit Wendler à propos de l’interactivité sociale du jeu. Il peut être difficile, pour les chercheurs, de transmettre les informations scientifiques qu’ils souhaitent partager. De leur côté, les concepteurs de jeux racontent des histoires et font interagir les gens avec l’information. Utiliser un jeu qui combine ces deux éléments crée un espace pour quelque chose de nouveau. »
Gamifiez votre vie
Entreprendre des tâches quotidiennes et appliquer un système de points peut augmenter la productivité. « Du point
« Lorsque vous jouez, vous interagissez avec le monde. »
Soyez créatif
La gamification ne demande rien d’autre que de voir le monde physique d’une manière plus ludique. « Oubliez l’idée que vous devez apprendre à coder et à utiliser des graphiques compliqués pour être un gamer. Réutilisez les objets qui vous entourent. Vous n’avez besoin de rien, vous pouvez faire des choses sympas avec du carton. Il suffit de mettre une LED dans un bouchon de bouteille pour concevoir un accessoire l umineux avec lequel jouer. Amusez-vous avec les choses à votre disposition, et voyez où cela vous mène. »
Now Play This se déroule à Londres, nowplaythis.net ; Les travaux de Jana Wendler sur playfuel.co.uk THE RED BULLETIN
LOU BOYD
CRÉER
ALEKSEY KOLMAKOV, GRETA SANTAGATA
Innovateur : le jeu de société Ecologic consacré à l’exploitation minière durable, créé par les chercheurs scientifiques russes Marat Sabirov et Alexey Kolmakov.
Nous sommes tous limités, dans la vie réelle, à notre propre point de vue, mais les jeux nous permettent de voir les choses sous un autre angle. « Avec les jeux, on peut examiner les récits en s’amusant. Dans un jeu de catastrophe, il y a un héros qui va nous sauver, mais ce n’est pas comme ça qu’on va s’attaquer au changement climatique. Alors, que peut-on y explorer d’autre ? Introduire les perspectives indigènes, par exemple. »
PERSPECTIVES gaming
Vendu séparément, le contrôleur de mouvements est conseillé aux pilotes acrobatiques aguerris. Il inclut un bouton de freinage d’urgence et de vol stationnaire instantanés.
PILOTER
Soyez le drone
DJI
TOM GUISE
Un drone, par définition, n’a pas de pilote à bord. Cependant, qu’en serait-il si vous pouviez vous y glisser et prendre les commandes ? Désormais, c’est comme si vous y étiez… Les drones à vol immersif (FPV) ne sont pas nouveaux. Dès 2011, les drones avec caméras associées à un casque permettent aux pilotes de vivre la course en immersion. Depuis le marché s’est développé, mais peu démocratisé. Doté d’un casque et d’une caméra 4K 60 fps à 150° avec transmission à faible latence, le DJI FPV offre la première alternative abordable (1 349 €). Son contrôleur de mouvements intuitif permet au débutant de voler rapidement à 50 km/h. Le mode Sport avec son autostabilisation tutoie les 100 km/h, tandis que le mode M, 100 % manuel, invite les Top Gun à faire parler leur agilité à haute vitesse, jusqu’à 155 km/h. dji.com THE RED BULLETIN
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PERSPECTIVES au programme
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JUIN – LIVE Plongeon extrême RED BULL CLIFF DIVING Après des éditions mémorables à La Rochelle devant près de 70 000 personnes, le Red Bull Cliff Diving, la plus impressionnante des compétitions de plongeon extrême, revient en France les 11 et 12 juin. Dans un format plus confidentiel, au Cap du Dramont, à Saint-Raphaël. Orlando Duque, légende désormais retraitée de la discipline, ne sera pas présent. Mais le mythique Gary Hunt (qui représentera notre nation pour la première fois), spécialiste de ces plongeons d’un autre monde, sera de la partie. Tout comme les athlètes de la catégorie féminine qu’accueille désormais la compétition pour la première fois en France. Pour en profiter : l’étape française de ces Red Bull Cliff Diving World Series sera diffusée en direct sur Red Bull TV le 12 juin, et disponible en replay par la suite. La plus belle façon de plonger dans l’été.
VTT FAST LIFE SAISON 4 Le monde des courses de VTT est compétitif, dangereux et rapide. Plongez dans la saison de la Coupe du Monde Mountain Bike UCI et découvrez les coulisses des meilleures équipes, des meilleurs coureurs et des meilleures courses du circuit. Sans oublier deux héros français de la DH, le VTT descente, Myriam Nicole et Loïc Bruni, dont vous pourrez suivre les évolutions cette saison.
Exploration UNDERWATER EXPLORER: DISCOVERING HUMAN BONES IN MEXICO Vous avez certainement découvert ce formidable projet dans notre story en page 60, vous pouvez désormais vous connecter à Red Bull TV pour y découvrir un documentaire de 25 minutes, produit par The Red Bulletin, sur les incroyables recherches sous-marines du plongeur explorateur Klaus Thymann afin de découvrir des ossements humains préhistoriques au Mexique, dans la péninsule du Yucatán. Si vous êtes claustrophobe, accrochez-vous !
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THE RED BULLETIN
DEAN TREML/RED BULL CONTENT POOL, KLAUS THYMANN, BARTOSZ WOLI SKI/RED BULL CONTENT POOL
redbulltv.com
PERSPECTIVES montagne
Positive altitude Pour prendre un peu de hauteur, ou juste l’air, pour un jour, ou plusieurs, en mode pro ou détente, équipez-vous bien, et échappez-vous dans nos accueillantes montagnes.
TECHNIQUE Primaloft X Norrona Trollveggen Primaloft100 Zip Hood Développée pour les montées et les descentes exigeantes dans les environnements alpins difficiles, la veste Trollveggen PrimaLoft100 Zip Hood est la veste isolante à capuche la plus technique et la plus durable de la gamme Norrona. Elle utilise la technologie Prima Loft Cross Core avec l’aérogel. Constitué à 95 % d’air, l’aérogel est le matériau solide le plus léger et l’un des isolants les plus efficaces. 300 € ; primaloft.com
ESSENTIELLE Gore® Wear R7 Gore-Tex Shakedry™
Vestes De haut en bas :
GÉNÉREUSE Arc’teryx Gore Tex Beta Lt Le design minimaliste d’une création Arc’Teryx associée à la protection de la technologie Gore-Tex. Cette veste propose également une face intérieure dotée d’une technologie tricot, de deux zips de ventilation aux aisselles, d’une capuche Storm Hood™ ajustable, de deux poches grandes capacités équipées de zips WaterTight™ et, enfin, de tirettes RS™ pour bloquer toute entrée d’eau (tout comme son zip frontal). Rassasiés ? 400 € ; arcteryx.com
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PATRIMONIALE Timberland Ecoriginal waterproof Dryvent Technology « Robuste comme des fringues Timberland », disait Raekwon, sur le premier album du Wu-Tang Clan. Cette veste Ecoriginal est faite à partir de 100 % de polyester ripstop recyclable Rebotl, et sa membrane Timberdry permet de rester au sec en toutes circonstances. À son CV, ajoutons 4 poches, une capuche réglable et un patch de manche en nubuck. Rappeurs et randonneurs la plébisciteront. Pour l’éternité. 320 € ; timberland.fr
rotection légère et très p efficace grâce à l’isolation Primaloft® Eco 100 g (composée à 80 % de polyester recyclé post-consommation). Son traitement DWR TM Teflon EcoElite sans PFC assure une grande imperméabilité tout au long de la journée. 165 € ; pictureorganic-clothing.com
MULTIPLE Picture Murakami Jkt Sa construction body-mapping et l’utilisation de la technologie Polartec® Power Stretch® en font une veste ultra stretch offrant une grande liberté de mouvements. Elle fournit également une
« Quand les athlètes peuvent porter sur eux toutes leurs affaires sans qu’elles ne glissent ou rebondissent, donc sans risque d’être déconcentrés, ils n’ont pas besoin de multiplier les couches », précise- t-on du côté de la marque. Athlète ou non, cette veste imperméable, hautement respirante et légère vous protégera. « La technologie innovante SHAKEDRY™ permet à l’eau de perler et de rouler en surface. Ainsi quand il s’arrête de pleuvoir, il suffit de quelques mouvements pour que la veste redevienne sèche. » 300 € ; gorewear.com THE RED BULLETIN
PERSPECTIVES montagne
IMPÉNÉTRABLE Haglöfs Lim breathe GTX Shakedry L.I.M. : pour Less Is More, ou quand la légèreté garantit l’essentiel. Cette veste vous accompagnera quelles que soient les réjouissances météorologiques que vous rencontrerez. Ultra-légère et ultra-respirante, elle se positionne différemment grâce à sa couche waterproof ajoutée à sa couche de tissu première (et non cousue à elle). 380 € ; haglofs.com
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PERSPECTIVES montagne
Sacs à dos
Sac de couchage
EXCEPTIONNEL Arc’teryx Aerios 45
DOUILLET Sea To Summit Spark Spo
Le port de ce sac de 45 L est confortable et le matériau léger, mais il incorpore un quadrillage ripstop en polymère à cristaux liquides pour une robustesse et une résistance exceptionnelles. Le compartiment principal vous permet de transporter votre équipement volumineux, tandis que les poches sur la ceinture, le harnais et les côtés du sac conservent tous vos petits objets essentiels en sécurité et à portée de main. Le panneau dorsal AeroForm, d’une extrême respirabilité, vous confère un confort maximal. 250 € ; arcteryx.com
Ultralégers et tech niques, les sacs de la gamme Spark™ sont conçus pour vous gar der au chaud en optimi sant leur poids et leur taille une fois emballés. Avec des tissus ultra légers 7D et 10D pour réduire au maximum le poids et des dimen sions du sac de cou chage une fois emballé, et un duvet d’oie Loft RDS 850+ ULTRA-DRY Down™ pour une capa cité d’isolation maxi male. Son rembourrage vertical ne se déplace pas et évite les zones de froid. Dès 239,95 € ; seatosummit.com
TOUT-TERRAIN Salomon Outlife Duffel Pour de courtes ou longues virées, ce sac est composé de matières robustes, sans PFC, sélection nées pour leur impact environnemental réduit : nylon balis tique, matières ripstop lourdement enduites et attaches en métal. Ultra-pratique, facile d’accès, il dispose d’un zip imperméable sur toute la longueur, de poignées robustes et d’un compartiment extérieur doublé dédié aux chaussures et aux affaires sales. Dispo en modèle petit (25 ou 45 L) ou grand (70 ou 100 L). De 100 à 160 € ; salomon.com
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ASTUCIEUX Raidlight Responsiv 6 L La nouvelle version du Sac gilet Res ponsiv 6 L est fait pour transporter les essentiels, sur les entraînements et courses de courtes et moyennes distances. La poche principale offre un stockage de 5 L, compatible avec la poche à eau ainsi que 8 poches au total faciles d’accès pour les gels, téléphone… Ce gilet s’adapte à toute morphologie avec le Freelock System (boucle micrométrique) de façon à l’oublier en le portant ! 120 € ; raidlight.com THE RED BULLETIN
PERSPECTIVES montagne
Vélos NOUVEAU Cannondale Gravel Topstone Carbon Lefty
SANDY CARSON PHOTOGRAPHY
Le Topstone Carbon Lefty, issu de la nouvelle gamme de gravels Topstone Carbon, est un vélo de gravel haute performance unique en son genre. Cannondale a utilisé son système de suspension arrière révolutionnaire KingPin et l’a complété avec la nouvelle fourche spécifique gravel Lefty Oliver et de gros pneus 650b pour créer un nouveau type de gravel ; une machine qui permet aux cyclistes de repousser leurs limites tout en roulant plus facilement que jamais. De 3 799 à 8 899 € ; cannondale.com THE RED BULLETIN
MACHINE Canyon Torque:ON 8 Le nouveau VTT Canyon à assistance électrique, combinant les capacités du Torque avec la puissance du nouveau système d’assistance Shimano EP8. Avec sa suspension arrière de 175 mm et son cadre aluminium à toute épreuve, le Torque:ON est parfait pour rider les montées les plus raides et les pistes les plus rapides sans l’aide d’une navette ou d’une remontée mécanique. Doté d’une option Dual Battery, il permet des sorties encore plus longues sur les sentiers. 4 499 € ; canyon.com
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PERSPECTIVES montagne
Chaussures de trail De haut en bas
SEREINE On Running Cloudventure
d’usure Vibram®LiteBase. 150 € ; arcteryx.com
Leur technologie Balanced Cushioning invite à une course naturelle (proximité avec le sol) et permettrait de prévenir les éventuelles blessures (travail différent sur les muscles et tendons). La semelle extérieure MaxTrac™ apporte une adhérence maximale à la course, et l’intermédiaire, Quantic™, à haut niveau d’amorti, est conçue pour les sorties longues. 160 € ; altrarunning.eu
Nommée Missiongrip™, sa semelle extérieure offre une traction supérieure afin de maîtriser n’importe quel chemin. Son composé caoutchouc « collant » a été sélectionné pour renforcer la sensation de sérénité sous le pied, même sur surfaces lisses. Et le matériau de son empeigne, en maille, offre une ventilation optimale pour un confort de refroidissement, même lors d’ascensions exigeantes. 159,95 € ; on-running.com
BRANCHÉE Under Armour Summit Fat Tire
VALIDÉE Saucony Peregrine 11
LÉGÈRE Arc’teryx Norvan SL 2
Les anciens de la street, actifs sur le bitume, ont déjà validé cette maison : faites-en de même dans l’outdoor ! S’appuyant sur une base de crampons en caoutchouc PWRTRAC™ et d’un amorti PWRRUN, cette Saucony se distingue par sa polyvalence, même si le terrain que vous pratiquez est périlleux. 140 € ; saucony.fr
« Liberté transcendante du trail running, ADN unique du modèle antérieur, mais plus de résistance, plus de confort et plus de légèreté que sa grande sœur… » Voici des ingrédients associables à ce modèle de la très prisée maison Arc’Teryx, présentée (ici en jaune) comme l’une des chaussures de trail les plus légères jamais créées, notamment grâce à sa semelle
Son amortie vous dit quelque chose ? Pensez à un mix de bibendum Michelin et de pneus de VTT et vous comprendrez mieux la proposition de ce modèle doté de la technologie UA HOVR™, revendiquant une sensation « zéro gravité ». Son système de laçage avec cordon de serrage élastique, sa languette perforée et sa semelle extérieure Michelin® (on vous avait prévenus) crantée, lui offrent maintien, adhérence et style. 170 € ; underarmour.fr
ZACH DOLEAC
POLYVALENTE Altra Timp 3
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PERSPECTIVES montagne
Chaussures de rando De haut en bas
AMÉRICAINE Merrell Moab Speed GTX Des générations d’Américains ont foulé leur destin des Merrell aux pieds. Proposée en version low-cut ou mid-cut, cette paire dotée d’une semelle intermédiaire FloatProFoam™ et de crampons en caoutchouc Vibram® Ecodura mérite votre adhésion de par son adhérence remarquable. Son plus ? Elle est en partie fabriquée avec des matériaux recyclés. 145 € ; merrell.com
RARE On Running Cloudrige Dessinée en Suisse, cette chaussure s’inspire de la tige du modèle trail Cloudventure Peak en ripstop ultra léger qui apporte un fit proche du pied
et une protection à l’abrasion. La languette en maille 3D assure la ventilation nécessaire pour les randonnées sous la chaleur. Signature de la gamme Outdoor de On, la semelle extérieure Missiongrip™ garantit adhérence et traction grâce à son pattern efficace sur les terrains changeants. 209,95 € ; on-running.com
AUDACIEUSE La Sportiva Aequilibrium Top GTX La Sportiva vous gâte, avec un modèle à la « capacité de marche THE RED BULLETIN
exceptionnelle », que garantit la technologie Double Heel de son talon. Cette chaussure ultra- légère vous est recommandée pour les vias ferratas, le trekking, les traversées de glaciers, et les terrains mixtes. Vous aviez bien prévu de traverser des glaciers cet été ? 439 € ; lasportiva. com
LUNAIRE Hoka One One Tennine Hike De la rando à la rave party ! Où que vous mènent vos foulées, vous succomberez à Hubble®, sa géométrie allongée au talon. Et si vous êtes soucieux du développement durable, sachez qu’elle intègre la technologie GORE-TEX Leaf sur sa doublure imperméable – ainsi que du polyester recyclé dans son collier, ses lacets, sa tirette arrière et les sangles de son empeigne. 250 € ; hokaoneone.eu
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PERSPECTIVES montagne
LÉGÈRE Polar Grit X Un modèle multisports outdoor (ci-dessus) doté d’un design léger, d’une autonomie prolongée et de nouvelles fonctionnalités telles que Hill Splitter, les prévisions météorologiques et le guidage d’itinéraire. Pesant seulement 64 grammes, elle bénéficie é galement d’un top rapport poids/batterie, offrant jusqu’à 40 heures d’entraînement continu avec toutes les fonctionnalités entièrement actives, et même jusqu’à 100 heures grâce à plusieurs options d’économie d’énergie. 429,90 € ; polar.com
Montres ENDURANTE Garmin Enduro La montre GPS à l’autonomie record (ci-contre). Conçue pour les épreuves longue durée, elle dispose d’une batterie pouvant tenir plusieurs semaines, d’un boîtier compact avec verre solaire Power GlassTM et ultra léger équipé de fonctionnalités avancées pour l’entraînement et la pratique du trail running. 799 € ; garmin.fr
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INFORMATIVE Suunto 9 Baro Avec 120 heures de suivi en continu, elle est conçue pour durer. Cette version baromètre (à gauche) vous donne des infos d’altitude plus précises combinant données GPS et renseignements d’altitude barométrique. À partir des données du baromètre, elle fournit aussi des renseignements sur l’environnement extérieur comme la pression de l’air au niveau de la mer. 499,03 € ; suunto.fr THE RED BULLETIN
PERSPECTIVES montagne
Lunettes Izipizi Speed La marque française propose ces lunettes de soleil sans correction, aux verres de catégorie 1 à 3 qui garantissent une protection 100 % UV. Un modèle à la monture englobante offrant un large champ de vision tout en se protégeant du vent dans des sports comme le vélo. 60 € ; izipizi.com
Oakley Sutro Lite La famille Sutro s’agrandit avec une version demi-cerclée de ce modèle populaire, pour un meilleur champ de vision. Ces lunettes masque hautement enveloppantes vous protègent des intempéries et améliorent la vision grâce à la technologie des verres Prizm™. 166 € ; oakley.com/fr
Oakley Clifden Ce modèle pour la montagne associe la technologie des verres Prizm™ à une monture haute qualité dotée de protections latérales et d’un système de blocage de pont pour plus de protection, ainsi que d’une dragonne intégrée pour les ranger aisément. 237 € ; oakley.com/fr
Julbo Montebianco 2 Les lignes du modèle Julbo désormais iconique ont été redéfinies avec une allure plus moderne accentuant sa sportivité et son dynamisme. Côté confort, elles bénéficient de nouvelles branches Grip Tech et d’un nez anti-dérapant qui en font au rang de référence. 80 € ; julbo.com THE RED BULLETIN
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PERSPECTIVES montagne
Veste hydratation
Bâtons
PORTEUR La Sportiva Racer Vest
PLIABLES Raidlight Carbon Ultra
Ce gilet ultra léger et technique dédié au monde des compétitions de ski et trail offre une respirabilité maximale grâce aux tissus en mesh combinés à des filets élastiques porte-objets. Il dispose de 7 poches porte-objets, 3 postérieures dont une conçue pour contenir les systèmes d’hydratation les plus populaires, 4 à l’avant pour des matériaux variés dont l’une avec zip pour éviter la perte d’objets pendant le trajet. À vous de jouer ! 109 € ; lasportiva.com
Pensés pour optimiser l’expérience du trail running, ces bâtons sont légers, compact et pliables facilement en 3 brins (encombrement de 40 cm une fois pliés). Grâce à des rondelles polyvalentes et des poignées ergonomiques 3D en mousse EVA, ils apportent un confort exceptionnel. Leur pointe en carbure de tungstène est durable dans le temps et ce quels que soient les terrains, permettant d’évoluer dans tous types d’environnements. 130 € ; raidlight.com
Pistolet de massage RÉPARATEUR Therabody Theragun Elite Grâce à ses performances, le Theragun Elite (thérapie par percussion) est un partenaire bien-être au quotidien. Capable d’offrir un traitement totalement personnalisé, les protocoles présentés sur l’application mobile Therabody permettent de réduire les tensions musculaires, qu’elles soient dues à vos activités quotidiennes, professionnelles ou sportives. 399 € ; theragun.com
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PERSPECTIVES montagne
Réchaud ESSENTIEL Jetboil Stash
Short MALIN Gore Wear® Ultimate 2In1
Jetboil dévoile son tout nouveau réchaud Stash, léger et compact. Un réchaud autonome avec brûleur en titane et marmite de cuisson FluxRing de 0,8 L. Le système Jetboil le plus léger jamais fabriqué (200 grammes), il est 45 % plus léger qu’un Jetboil Flash. Sa conception emboîtable et compacte permet de l’emporter partout et facilement. 149,90 € ; jetboil.fr
Ce short pour homme est idéal pour les coureurs qui s’attaquent aux longues distances et qui ne veulent pas d’un sac sur leur dos, ou pour ceux qui ont besoin d’un espace de stockage supplémentaire et accessible. Il offre une solution astucieuse : des poches filets intégrées à la taille, spacieuses, pour y loger des barres énergétiques, des soft flasks et autres choses. La poche arrière à la taille peut même contenir une veste SHAKEDRY™. 149,95 € ; gorewear.com
Tente
FUDERHEUBERG/PHILIPP-REITER
SPACIEUSE The North Face Dôme Summit Series Choix de prédilection des professionnels de la montagne, la tente dôme de campement Summit Series™ de 2 mètres pour huit personnes offre une durabilité sans faille dans les conditions les plus difficiles. Le dôme géodésique de 2 mètres est recouvert d’oxford en nylon ultra-résistant. Les arceaux en aluminium Easton 7075-T9 créent des parois abruptes optimisant l’espace intérieur et votre confort. La tente est également dotée de deux fenêtres extérieures, d’une aération effet cheminée et d’attaches à l’intérieur du vélum – superficie : 11,2 m². 6 900 € ; thenorthface.fr THE RED BULLETIN
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MENTIONS LÉGALES
THE RED BULLETIN WORLDWIDE
The Red Bulletin est actuellement distribué dans six pays. Vous découvrez ici la couverture de l’édition britannique, qui met en lumière la championne d’athlétisme Morgan Lake. Le plein d’histoires hors du commun sur redbulletin.com
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Direction générale Alexander Müller-Macheck, Sara Car-Varming (adj.) Rédacteurs en chef Andreas Rottenschlager, Andreas Wollinger (adj.) Direction créative Erik Turek, Kasimir Reimann (adj.) Direction artistique Marion Bernert-Thomann, Miles English, Tara Thompson Maquette Martina de Carvalho-Hutter, Cornelia Gleichweit, Kevin Goll Rédaction photo Eva Kerschbaum (dir.), Marion Batty (adj.), Susie Forman, Tahira Mirza, Rudi Übelhör Rédaction web Christian Eberle-Abasolo (dir.), Lisa Hechenberger, Elena Rodriguez Angelina, Benjamin Sullivan Responsable des contenus audios Florian Obkircher Projets spécifiques Arkadiusz Piatek Gestion de la rédaction Ulrich Corazza, Marion Lukas-Wildmann Gestion de l’édition Ivona Glibusic, Bernhard Schmied, Anna Wilczek Directeur exécutif Stefan Ebner Directeur Ventes médias & Partenariat Lukas Scharmbacher Directrice de Co-édition Susanne Degn-Pfleger Gestion de projet Co-édition, Marketing & Communication B2B Katrin Sigl (dir.), Mathias Blaha, Katrin Dollenz, Thomas Hammerschmied, Teresa Kronreif (B2B), Eva Pech, Valentina Pierer, Stefan Portenkirchner (communication), Jennifer Silberschneider Solutions créatives Verena Schörkhuber-Zöhrer (dir.), Sara Wonka, Julia Bianca Zmek, Edith Zöchling-Marchart Gestion commerciale Co-édition Alexandra Ita Rédaction Co-édition Raffael Fritz (dir.), Gundi Bittermann, Mariella Reithoffer, Wolfgang Wieser Directeur exécutif de la création Markus Kietreiber Gestion de projet création Elisabeth Kopanz Direction artistique Co-édition Peter Knehtl (dir.), Erwin Edtmaier, Andreea Parvu, Dominik Uhl Design commercial Simone Fischer, Martina Maier, Alexandra Schendl, Julia Schinzel, Florian Solly, S tephan Zenz Abonnements & Distribution Peter Schiffer (dir.), Marija Althajm, Nicole Glaser, Victoria Schwärzler, Yoldaş Yarar Service de publicité Manuela Brandstätter, Monika Spitaler Fabrication & Production Veronika Felder (dir.), Friedrich Indich, Walter O. Sádaba, Sabine Wessig Lithographie Clemens Ragotzky (dir.), Claudia Heis, Nenad Isailović, Sandra Maiko Krutz, Josef Mühlbacher Finances Mariia Gerutska (dir.), Klaus Pleninger MIT Christoph Kocsisek, Michael Thaler Opérations Melanie Grasserbauer, Alexander Peham, Yvonne Tremmel Gestion de projet Dominik Debriacher, Gabriela-Teresa Humer Assistante du Management général Sandra Artacker Éditeur et directeur général Andreas Kornhofer Adresse Heinrich-Collin-Straße 1, 1140 Vienne, Autriche Téléphone +43 1 90221-0 Fax +43 1 90221-28809 Web redbulletin.com Propriétaire, éditeur et rédaction Médias Red Bull Media House GmbH, Oberst-Lepperdinger-Straße 11–15, 5071 Wals bei Salzburg, Autriche, FN 297115i, Landesgericht Salzburg, ATU63611700 Directeurs généraux Dietrich Mateschitz, Dietmar Otti, Christopher Reindl, Marcus Weber
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Pour finir en beauté
« Je n’ai jamais eu aussi froid de ma vie. Mais j’ai appris à dépasser cela et d’autres obstacles en profitant de ce qui m’était donné de vivre. » La championne du monde de kayak Nouria Newman, 29 ans, revient sur son trip dans les eaux remuantes islandaises en octobre dernier. Soyez les bienvenus dans une virée dont la Française a le secret, avec cette chute, énorme… « Je voulais l’affronter depuis si longtemps. Ce n’est pas juste la chute, mais aussi le décor ! Tu descends au milieu de colonnes de basalte, et dans la roche, il y a ces sources qui jaillissent. C’est fou ! » Extrême Islande, la vidéo du trip, sur redbull.com
Le prochain numéro de THE RED BULLETIN sortira le 17 juin 2021
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DAVID ARNAUD/RED BULL CONTENT POOL
Soyez les bienvenus
L’ESPRIT DE COMPÉTITION N’EST PAS CONTRAIRE À L’ESPRIT D’ÉQUIPE Félicitations à Stéphane Peterhansel pour sa belle victoire & merci de nous avoir offert notre 17ème Victoire sur le DAKAR !
WHAT AR AREE YO YOU BUI L DI NG FOR? FOR? WHAT U BU ILD ING P H O TO BY B Y FLAVIAN F L A VILN MEL E DU PHOTO D U HA HAM
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