FRANCE MAI 2022
HORS DU COMMUN
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LE
CHAMPION La vraie vie de MAX VERSTAPPEN, nouveau boss de la Formule 1
DES BRASSEURS UNIS POUR ÉLABORER UNE MEILLEURE BIÈRE.
L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ. À CONSOMMER AVEC MODÉRATION.
Éditorial
CONTRIBUTEURS NOS ÉQUIPIERS
ALICE AUSTIN
Pour son reportage sur la tournée européenne du groupe de metal javanais Voice of Baceport, la journaliste basée à Tel Aviv s’est appuyée sur sa riche expérience de la musique, de la politique et de la sous-culture. « Un instant, elles prient, l’instant d’après, elles font du head-banging sur scène, r aconte-t-elle. Et elles étaient constamment entourées par la presse qui posait des questions difficiles sur l’Islam. » Page 58
FORMULA 1/ADRIAN GREEN (COUVERTURE)
LITTLE SHAO
DERRIÈRE LE MAX Le Champion du monde 2021 de F1, Max Verstappen, n’est pas un profil consensuel. Son pilotage excite des centaines de milliers de fans, quand d’autres préfèrent son adversaire le plus coriace, détrôné l’an dernier, Lewis Hamilton. Plus cool, plus stylé, dit-on souvent à propos du Britannique. Mais qui est vraiment le pilote néerlandais ? Il a bien voulu répondre à 33 questions (33 : son numéro fétiche en Formule 1). Elles pourront parfois vous paraître saugrenues (The Red Bulletin assume toujours !), mais nous pensons que les réponses de Max (certaines sont expéditives, car il n’arrondit jamais les angles) donnent un aperçu de sa réalité : un garage rempli de bolides de luxe ? Neen. Une animosité viscérale envers le génie anglais de la F1 ? Il n’en est rien. Une vie privée bling-bling en dehors des circuits ? Quand il n’est pas dans sa F1, Max est plutôt du genre à se caler dans son simulateur... de F1. Ce « turbo talk » avec l’actuel numéro 1 vous offrira un regard plus authentique sur le vrai Max. Bonne lecture ! Votre Rédaction
Rares sont les B-Boys et les B-Girls qui n’ont pas été pris en photo par Little Shao. Partout où le break s’exprime, ce danseur et photographe français pointe son appareil pour documenter l’évolution des talents les plus inspirants. Depuis plus de dix ans, il a été le témoin de l’évolution d’une scène artistique et culturelle en mutation permanente. Le break se régénère perpétuellement à travers l’œil de Shao, qui nous offre un portfolio « gravitation » exclusif à l’occasion de son exposition dans les rues de Paris. Page 26 Face au patron : Max Verstappen (presque) incognito lors de son talk express avec notre expert en sport auto, Gerald Enzinger. Page 40 THE RED BULLETIN
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CONTENUS mai 2022
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6 Galerie : votre dose m ensuelle
de folie photographique 12 Une moto carrément lunaire 13 Playlist : chansons pour Morales 14 Un portail vers les gens du bout du monde 16 En mode Jurassic Park, ils veulent relancer le mammouth 17 Nos masques deviennent bijoux 18 Pas besoin d’entendre pour mixer et faire la fête 20 Kieran Reilly : le triple flair en BMX, c’est lui ! 22 Denisa Dragomir : elle atteint des sommets, au pas de course 24 Asma Elbadawi : basketteuse, poète et bien plus encore
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26 L ittle Shao
Grâce au photographe le plus chaud de la scène break, les danseurs se jouent de la gravité
40 M ax Verstappen
Changez de point de vue sur le Champion du monde de F1
48 T he Rag & Bone Man De la ferraille des décharges, il créé des engins hallucinants
58 Voice of Baceprot
Mal vues par certains, chez elles ou ailleurs, rien n’arrête leur passion pour la musique metal
68 J ason Paul
On a tenté de suivre le boss mondial du parkour, et on a presque réussi
KEFFER, LITTLE SHAO, BENJAMIN EAGLE/RED BULL CONTENT POOL, CHRISTOPH VOY
Rien n’arrête ces filles du metal.
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Dans l’atelier d’un as du recyclage.
THE RED BULLETIN
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Prenez votre envol avec le portfolio de Little Shao.
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Parkour à Francfort avec Jason Paul.
THE RED BULLETIN
77 Voyage : prêts pour une
vadrouille au cœur des volcans ?
82 Gaming : trop bon sur Fortnite,
le joueur anglais le plus payé de l’histoire a failli arrêter d’y jouer 83 Un paddle bien gonflé 84 Jouons à chat avec Greg Ball 85 Courez pour ceux qui ne courent pas, où que vous soyez, lors du Wings For Life World Run 86 VTT : les bikes électriques et les accessoires qui vont bien pour peut-être enfin vous lancer ! 96 Ils et elles font The Red Bulletin 98 Photo finale : une cyber soirée
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PAGE, ARIZONA, USA
DAVYDD CHONG
Rock ’n’ Roll !
NOAH WETZEL/REDBULL ILLUME
« Vélo de descente sur l’épaule, Blake a escaladé les 240 mètres de schiste chaud et meuble et a dévalé pour une dernière ligne au coucher du soleil. Déchirant et tailladant la face, Blake a hurlé dans ce cadre, accompagné par les hululements et les cris de Jack. » Après quatre jours de shooting sous le soleil près de la frontière entre Arizona et Utah avec les freeriders Blake Sommer et Jack Graham (fin 2020), ce moment de magie est venu comme une récompense pour le photographe d’action américain Noah Wetzel. Sans oublier sa place en demi-finale du concours photo mondial Red Bull Illume. noahdavidwetzel.com
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IBIZA, ESPAGNE
Bleu profond
DEAN TREML/RED BULL ILLUME, TRISTAN SHU/RED BULL ILLUME
DAVYDD CHONG
L’Ullal de na Coloms d’Ibiza – alias la « grotte de lumière » – est terriblement difficile d’accès, car il faut emprunter une route dangereuse et non balisée. Mais ce que nous pourrions qualifier de dissuasif, un plongeur de falaise le voit comme un défi. Preuve avec l’Espagnole Celia Fernández et ce cliché du Kiwi Dean Treml – finaliste de la catégorie RAW by Leica du Red Bull Illume. Instagram : @deantreml
HAUTES-ALPES, FRANCE
Étincelant Comme son nom l’indique, Jean-Baptiste Chandelier a l’habitude de se suspendre dans les airs. Mais le parapentiste français ressemble-t-il toujours à un avion en détresse lorsqu’il atterrit ? « Il a eu l’idée de pimper ses chaussures avec des pierres allume-feu pour barbecue afin de créer une traînée d’étincelles lorsqu’elles touchent le sol à grande vitesse », explique Tristan Shu, dont cette photo lui a valu une place en demi-finale du concours photo Red Bull Illume. Coupez les moteurs… tristanshu.com
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JENNIFER LAVAUD
BIARRITZ, FRANCE
Force basque Athlétiques, les sauveteurs côtiers jonglent entre course, natation, kayak, paddle et plongeon de falaise. C’est pour honorer ces héros du littoral que le Red Bull Ocean Rescue, cinq sports en une course, a eu lieu le 12 février sur le sable et l’océan démonté de Biarritz. Voyez ici les seize hommes et six femmes engagés à l’assaut de leur planche sur la Grande Plage. redbull.com
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Après avoir conçu les motos les plus folles de la planète, il se lance dans la conception d’un deux-roues pour la Lune : la moto Moon…
L’idée de vivre sur une autre planète a toujours fasciné Nico Müller. Graphiste et fondateur de Hookie Co., un atelier de customisation de motos établi à Dresde (Allemagne), Nico construit des motos repoussant les limites des routes terrestres, ce qui l’amène un jour à envisager un modèle destiné à un environnement extra- terrestre. « L’espace et l’ingénierie sont mes addictions », confie l’Allemand de 35 ans. En 2020, il découvre sur Insta ce qui pourrait enfin unir ses deux passions : l’illustration d’une 12
moto lunaire, dessinée par le designer industriel russe Andrew Fabishevskiy. « J’ai flashé, se souvient Müller. J’ai dit à ma femme Sylvia que j’allais la construire. » Müller contacte Andrew Fabishevskiy. Durant neuf mois, les deux hommes élaborent des concepts, testent des matériaux et construisent des prototypes. Résultat : leur première moto lunaire (photo) voit le jour, un exosquelette ultraléger en aluminium découpé au laser avec habillage en Kevlar de qualité spatiale pour une protection renforcée, et des pneus sans air — réparer une crevaison dans le vide spatial a peu de sens. Ils baptisent leur engin Tardigrade, nom de l’animal le plus résistant sur Terre, une créature microscopique capable de survivre dans des conditions extrêmes, y compris dans l’espace.
THE RED BULLETIN
NINA ZIETMAN
Cycle lunaire
DAVID OHL
HOOKIE TARDIGRADE
La vitesse maximale de la Tardigrade est de 15 km/h (proche de celle des buggys lunaires utilisés par les missions Apollo) et son autonomie de près de 110 km. « Elle est conçue pour une mission précise d’où l’absence de carénage ou de lignes élaborées et j’aime cette moto pour cette raison, son design fonctionnel qui est pour moi la plus grande forme d’art », s’enthousiasme Müller pour qui science, ingénierie et design font bon ménage. « Chaque discipline est une forme d’art, leur synergie crée des solutions. Ce projet s’affranchit de la géopolitique, des stéréotypes et du statu quo. » L’existence de la Tardigrade doit beaucoup au dépassement de ces contraintes terriennes et à l’équipe internationale. À la fin des années 1960, la NASA envisage d’emmener des motos sur la Lune allant jusqu’à fabriquer une variante électrique d’une mini-moto Honda équipée d’un système de refroidissement à la cire d’abeille, mais se contentera finalement du rover lunaire. Pour l’heure, l’agence spatiale n’a pas encore sollicité Müller et Fabishevskiy. « Je pense vraiment que cela pourrait être une option pour les missions futures, assure Müller. L’espace de stockage d’un rover lunaire permettrait d’embarquer quatre Tardigrades bien plus légères. » D’ici là, la moto sera visible à l’exposition ADV:Overland au Petersen Automotive Museum de Los Angeles, où ses créateurs espèrent qu’elle inspirera d’autres passionnés. « Notre moto est inédite, affirme Müller. J’espère que la Tardigrade suscitera l’envie d’essayer de nouvelles choses d’être ouverts à de nouvelles aventures et à l’exploration d’horizons différents. » hookie-tardigrade.co
DAVID MORALES
Bonnes bases Ces titres ont façonné la jeunesse du DJ iconique et motivé sa carrière. Icône de la house, David Morales est un DJ pionnier. Né à Brooklyn, et âgé aujourd’hui de 59 ans, il bâtit sa renommée dans les années 80 sur les scènes des clubs new-yorkais et est au firmament de sa popularité dans les années 90 avec ses productions et remixes pour Mariah Carey et Jamiroquai, ainsi que ses propres albums solos. « La musique est essentielle pour moi, confie-t-il, elle m’a même sauvé la vie. » Il nous révèle ici quatre de ces bouées de sauvetage. L’album Life is a Song de David Morales est déjà disponible. djdavidmorales.com
WILL LAVIN
Scannez ce code QR pour accéder à la playlist de David Morales sur Spotify.
The Jackson 5
The O’Jays
Double Exposure
The Jimmy Castor Bunch
ABC (1970)
Put Your Hands Together (1973)
Ten Percent (1976)
It’s Just Begun (1972)
« Quand j’étais enfant, cette chanson passait sur toutes les radios pop, on ne pouvait pas y échapper. En première ou deuxième année à l’école primaire, nous devions réaliser un exposé sur un groupe célèbre et interpréter une de leurs chansons. Certains ont choisi The Partridge Family ; moi, les Jackson 5 pour chanter ABC. C’est l’une des premières chansons qui m’a marqué pour la vie. »
« Jeune, je n’avais pas les moyens d’acheter des disques, mais cela ne m’empêchait pas de traîner chez les disquaires. Ce disque est le premier 45 tours que je me suis offert dès que j’ai pu. À la maison, notre chaîne hi-fi était pourrie. Pourtant, j’ai placé l’enceinte sur le bord de la fenêtre et écouté ce morceau une centaine de fois d’affilée. Ma mère aurait pu mettre le disque en miettes tellement elle en avait marre. »
« Dans le quartier où j’ai grandi, il y avait des fêtes dans les parcs avec des DJ’s. Je me souviens qu’à l’âge de 13 ans, j’ai vu l’un d’eux installer son matériel. C’était la première fois que je voyais deux platines et une table de mixage, et il jouait Ten Percent. Son break m’a époustouflé. C’était le premier single 12 pouces sorti chez Salsoul Records. Je me suis procuré un exemplaire que j’écoutais en boucle. »
« Ce disque a été comme une remise de diplôme pour moi. Il me rappelle mon adolescence, quand je faisais du graffiti et du break. J’étais le meilleur danseur de la bande, on m’appelait Flaco Larock, nom que j’avais fait floquer en lettres fluorescentes à l’avant d’un T-shirt. Dans mes battles en discothèque, ce morceau mettait le feu au dancefloor avec son break et son intro d’enfer. »
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Les Terriens d’en face John Lennon chantait un monde où nous aurions pu vivre en fraternité. Aujourd’hui, un technologue lituanien effectue un pas de plus vers cet idéal.
Sur son site web, Benediktas Gylys, 30 ans, se décrit comme « investisseur providentiel actif, passionné de crypto passif, auteur de livres à succès sur les plantes, président de fondation, animateur de talk-show à la radio » et le plus intrigant, « fabricant de portails ». Le terme peut évoquer des passerelles interdimensionnelles ou des trous de ver spatio-tempo14
rels, pourtant, l’activité de l’entrepreneur lituanien a bien les pieds sur Terre. Ses portails en béton et acier de 3,4 m de haut pesant onze tonnes sont des interfaces vidéo bidirectionnelles fonctionnant 24 heures sur 24 qui permettent au commun des mortels de rencontrer son prochain par-delà les frontières pour ainsi unir le monde, selon lui. Pour Gylys, ses portails sont des « sculptures d’art technologiques » conçues pour résister à un usage en extérieur durant des décennies. Leur forme circulaire symbolise la forme de la planète et celle de nos yeux qu’il considère comme « un accès à l’âme humaine ». Les deux premières structures de son réseau Unity Portal séparées d’environ
THE RED BULLETIN
LOU BOYD
PORTAL UNITY NETWORK
CICI CROSSROADS, DAINIUS ŠCIUKA
Portal Unity Network : no stress, ce n’est pas un préquel de Stargate.
500 km, une à Vilnius en Lituanie et l’autre à Lublin en Pologne, sont désormais en service 24H/24 et offrent une connexion vidéo en direct, sans filtre, un « pont visuel » entre les habitants de ces villes. L’un des objectifs du réseau est de permettre à chacun de ressentir « l’effet de surplomb », un choc cognitif dont témoignent les astronautes lorsque, depuis l’espace, ils regardent notre fragile planète. « La proximité physique que permet le portail élimine le sentiment de distance et permet une rencontre au-delà des frontières, explique Gylys. L’idée que nous nous faisons de notre chez-soi s’élargit et passe du simple point géographique à la planète entière. » Grâce à ces ponts visuels à travers le monde, Gylys espère œuvrer au rapprochement des cultures et encourager les gens à repenser le sentiment d’appartenance. « L’humanité fait face à de nombreux défis potentiellement fatals : polarisation sociale, changement climatique, problèmes économiques, explique-t-il. Ces défis ne souffrent pas d’un manque de scientifiques, de dirigeants, d’activistes, de connaissances ou de technologies de qualité, mais bien du tribalisme, du manque d’empathie et d’une perception isolée du monde, souvent limitée à nos frontières nationales. » La prochaine étape, selon Gylys, est de multiplier les portails, relier Vilnius à Londres et à la capitale islandaise de Reykjavík dès l’an prochain. « Nous allons déployer un réseau mondial sur tous les continents, chaque portail permettra de se connecter avec des humains du monde entier, poursuit-il. Nous sommes tous les passagers d’un vaisseau spatial minuscule et fragile, la Terre, et ce voyage ne se poursuivra que si nous formons une communauté mondiale. » portalcities.org
Red Bull France SASU, RCS Paris 502 914 658
PILOTEZ AVEC PIERRE ET MAX Jouez sur redbull.com/racers pour avoir une chance de vivre une expérience Red Bull et remporter de nombreux prix.
Le livre Jurassic Park de Michael Crichton sorti en 1990 était de la pure science-fiction. Mais comme un sage l’a dit un jour, « la vie se fraye toujours un chemin ». Accrochez-vous…
Cet été, les cinéphiles découvriront le sixième opus de la franchise Jurassic Park, Jurassic World : Le Monde d’après. À ce stade, on pensait que tout le monde avait admis que l’idée de ressusciter des créatures préhistoriques représentait une pure folie existentielle. Pourtant, un groupe de scientifiques fait visiblement exception. Colossal, une société américaine de biotechnologie, projette d’ici cinq ans de ramener à la vie le mammouth laineux disparu à la fin de l’ère glaciaire il y a environ 11 000 ans. « La science-fiction m’a toujours fasciné », confie Ben Lamm, 40 ans, cofondateur de Colossal. Cet entrepreneur 16
Ci-dessus, l’équipe de Colossal, aux États-Unis, travaillant à la renaissance du mammouth laineux et à la sauvegarde d’espèces menacées ; (en haut) les fondateurs Ben Lamm (à gauche) et George Church avec leur premier bébé sans doute.
texan de 40 ans avait jusque-là lancé et cédé des entreprises spécialisées dans les logiciels d’apprentissage en ligne, les jeux en RV et l’intelligence artificielle. Pas vraiment le profil type d’un homme désirant ressusciter une mégafaune disparue depuis des lustres. Ce changement, il le doit à sa rencontre avec George Church, professeur de génétique à Harvard qui, en 2015, réussit à insérer des séquences d’ADN d’un mammouth laineux dans le génome d’un éléphant d’Asie. En septembre dernier, ils fondent ensemble Colossal. Leur but : transformer les tissus hybrides éléphant/mammouth en embryons et procéder à une gestation dans des utérus artificiels spécialement conçus à cet effet. « Colossal coche beaucoup de cases pour moi, explique Lamm. La découverte de CRISPR, une technologie permettant de modifier des gènes, et l’existence d’un proche parent du mammouth laineux, l’éléphant d’Asie, nous offrent les moyens de gagner ce pari. »
THE RED BULLETIN
LOU BOYD
Résurrection
JOHN DAVIDSON
COLOSSAL BIOSCIENCES
Mais pour paraphraser Ian Malcolm, théoricien cassandre incarné par Jeff Goldblum dans Jurassic Park en 1993, ces scientifiques sont si obsédés par cette possibilité qu’ils en oublient de se demander si la chose est souhaitable. Cependant, Lamm et Church l’assurent, il ne s’agit pas de s’enrichir avec un safari-parc pour mammouths laineux, mais de créer un moyen puissant de lutter contre le changement climatique. « De nombreux modèles scientifiques démontrent que la réintroduction de la mégafaune dans l’Arctique contribuerait à le reverdir, explique Lamm. Les prairies sont plus efficaces pour absorber le carbone, un facteur clé du réchauffement climatique. » Le projet pourrait d’ailleurs aboutir dans un avenir proche. « Nous espérons avoir nos premiers bébés mammouths d’ici quatre à six ans, déclare Lamm. La bonne nouvelle est qu’aucun obstacle technologique ou scientifique majeur ne nous barre la route, et j’ai la chance de travailler avec de brillants scientifiques. » Mais Benn Lamm se réjouit surtout d’un autre avantage de la technologie génétique de Colossal utilisée pour le mammouth, celui d’éviter l’extinction des espèces aujourd’hui menacées. « Prenez le rhinocéros blanc du Nord : il ne reste que deux individus, deux femelles dont une désormais trop âgée pour fournir des ovules », explique-t-il. Le recours à la mutagenèse, prélèvement non invasif d’échantillon de tissu et le déclenchement d’une mutation génétique, permet à Colossal de recréer cet ovule. « En combinant la technologie génétique et l’utérus artificiel, nous serons en mesure d’aider à la conservation des espèces. Une perspective pour moi tout aussi excitante et inspirante que les mammouths. » colossal.com
Quand les masques usagés deviennent matière première. En bas : leur mutation en diamants artificiels.
UPCYCLING
De déchets à diamants
YOURMOOD.NET
SIMON SCHREYER
Alchimie high-tech : comment le fabricant de bijoux suisse Mood transforme les masques bucco-nasaux usagés pour en faire quelque chose de raffiné tout en protégeant la nature. Depuis deux ans, au cours desquels le coronavirus a restreint nos libertés, ils nous protègent : les masques bucco- nasaux sont devenus des accessoires gênants mais incontournables de notre quotidien. Mais ce qui aide les gens met l’environnement en danger. Une grande partie des dizaines de milliards de masques en polypropylène usagés finissent dans les ordures ménagères. Beaucoup jonchent aussi les trottoirs ou la nature. Une « île » de plusieurs kilomètres carrés de masques en plastique dérive déjà dans l’océan Pacifique. Selon les chercheurs, ils ont THE RED BULLETIN
Les diamants sont éternels (mais pas les masques, e spérons-le) : l’upcycling durable peut être aussi beau que cela.
une vie de quelques siècles. Heureusement, la nécessité est mère de l’invention. Ne pourrait-on pas faire quelque chose de beau et de précieux avec cette source de matière première ? C’est la question que s’est posée le fabricant de bijoux suisse Mood. L’entreprise d’Orbe, dans le canton de Vaud, fabrique depuis 2004 des bagues stylées composées d’une monture en acier ou en titane et d’accessoires (ou « addons ») les plus variés, qui peuvent être échangés au gré de l’humeur. Des pierres précieuses issues de déchets : pour son projet futuriste de recyclage de masques, Mood a entamé
une collaboration : un diamant de laboratoire peut être fabriqué à partir d’un masque usagé sous haute pression (150 kilobars) et à haute température (1 200 à 1 400 °C). Ceux-ci sont ensuite transformés en addons pour les bagues. Avec 50 000 clients dans le monde, on peut donc s’attendre à ce que de nombreux masques de protection soient bientôt portés au doigt en tant que diamants. Ceux qui souhaitent soutenir le projet peuvent tout simplement envoyer leurs masques usagés au Mood Store d’Orbe. Toutes les informations à ce sujet se trouvent sur le site web. yourmood.net 17
Rencontre avec un DJ qui organise des soirées musicales pour la communauté des sourds et leur apprend à réaliser leurs propres mixes.
En entrant dans un club, vous n’entendez pas seulement la musique, vous l’éprouvez : vous sentez les basses se répercuter dans le corps. Pour Troi Lee, ces vibrations sont plus qu’une sensation ; elles représentent son portail vers la musique car ce Londonien est un DJ sourd. Il porte un gilet vibrant appelé Woojer, qui convertit le son en retour physique, ce qui lui permet de ressentir viscéralement le rythme. 18
THE RED BULLETIN
NINA ZIETMAN
Sentir le son
Le DJ a fondé la Deaf Rave en 2003 après avoir constaté le manque d’endroits où la communauté des sourds pouvait se rencontrer, en dehors des réunions mensuelles dans les pubs. « Nous faisons la fête comme n’importe quel autre être humain, mais nous sommes presque invisibles. J’avais l’habitude d’aller dans des raves tout le temps, mais mes copains sourds ne venaient pas. Ils disaient que c’était pour les entendants. » Après avoir été DJ dans des fêtes privées, Troi Lee a fondé la Deaf Rave pour que la communauté sourde puisse se produire et se rassembler. Le premier événement a vendu 900 billets, et Deaf Rave n’a cessé de se développer depuis. Le plus grand défi pour Lee a été de trouver d’autres DJ’s sourds pour le rejoindre :
TROI LEE
DEAF RAVE
« C’est comme chercher une aiguille dans une botte de foin. » En janvier dernier, Lee a lancé des ateliers pour DJ’s sourds. Ils utilisent une grille sonore avec des formes d’ondes codées en couleur pour visualiser les fréquences. « Le tempo est le facteur le plus important. Même si vous avez l’impression d’être dans le temps, vous devez le ressentir », explique Lee. C’est là qu’intervient le gilet Woojer. Il est doté de six haptiques audio, dont deux transducteurs de basse dans le dos. L’un des participants étant sourd et aveugle, le gilet est essentiel. « Nous ne pourrions pas enseigner ces ateliers de DJ’s sans cette technologie », explique Lee. Les ateliers de ce type ont un impact énorme. Selon un rapport de 2017 du Joint Commissioning Panel for Mental Health et de l’association caritative pour la santé des sourds SignHealth, entre 30 et 60 % des personnes sourdes au Royaume-Uni sont touchées par des problèmes de santé mentale. « Il y a une souffrance profonde dans notre communauté, dit Lee. C’est mon travail d’apporter du bonheur et une bonne ambiance à travers les événements. Nous avons besoin d’être à nouveau ensemble en personne. » En 2019, Deaf Rave a organisé son premier festival dans le parc Victoria de Londres. La performance visuelle est aussi importante que la musique lors de ces événements ; les artistes de signsong et de signrap se produisent aux côtés de danseurs de feu et de comédiens. Tout est dirigé par des sourds, des artistes aux vendeurs de billets. « Je suis vraiment passionné par l’élimination des barrières pour la communauté sourde. Grâce aux ateliers de DJ’s, nous aurons une toute nouvelle génération de personnes sourdes. C’est le début d’un nouveau chapitre. » deafrave.com
Kieran Reilly
Tour de force Pour améliorer sa maîtrise du double flair et réussir un triple flair en première mondiale, ce BMXer britannique a d’abord dû goûter aux joies de la répétition, à outrance. Texte CHARLIE ALLENBY
Photo EISA BAKOS
Il est 20 heures par une soirée glaciale de janvier dernier, et Kieran Reilly a froid, dans les deux sens du terme. Ce BMXer freestyle de 20 ans, originaire de Gateshead (nord-est de l’Angleterre), se trouve à l’Asylum Skatepark, dans le Nottinghamshire, et regarde fixement une rampe de lancement construite sur mesure en direction d’un imposant quarterpipe de 3,18 m. Son objectif : réaliser le premier triple flair au monde. Trois backflips complets suivis d’une rotation à 180 ° : le triple flair nécessite des installations adaptées afin de laisser suffisamment de temps pour toutes ces pirouettes, mais aussi un état d’esprit en béton : assumer les risques – et les coups violents – qui accompagnent les inévitables échecs répétés. Reilly l’a tenté en mai 2021, sans succès. « Je me suis planté tellement de fois que j’ai commencé à me dire que j’allais me crasher inévitablement, je n’arrivais pas à dépasser ce blocage mental, se souvient-il. Cette fois-ci, dit-il, j’ai une impression de déjà vu. » Puis le miracle se produit. Après des heures de loupés, Reilly fait des flips, des vrilles et pose les deux roues parfaitement à l’atterrissage, sprintant littéralement dans le skatepark, hurlant de triomphe. Ceux qui ont suivi l’ascension de ce rider phénoménal connaissaient son potentiel : de la vidéo YouTube d’un Reilly de 11 ans réalisant un 720 sur une rampe dans son skate-
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park local en 2012, à sa signature avec le team Tall Order de la légende du BMX Bas Keep et à sa participation à son premier contest international, le Festival international des sports extrêmes (FISE) de Montpellier, en France, six ans plus tard. En décembre 2020, Keep lui a remis son propre casque officiel Red Bull. « C’était certainement l’un des meilleurs moments », déclarait K ieran à l’époque. D’autres allaient venir. the red bulletin : Quand avezvous réalisé que vous aviez peutêtre un don pour le BMX ? kieran reilly : Lorsque j’ai commencé à participer à des compétitions en amateur à 10 ou 11 ans, j’ai vu où en étaient les autres jeunes de mon âge. J’aimais le côté compétitif, mais j’aimais aussi savoir que j’avais fait plus d’efforts que les autres enfants. C’était une bonne sensation de voir que cela portait ses fruits.
En grandissant, ne subissiez-vous pas une pression pour « trouver un vrai travail » ? Mes parents voulaient que j’aie quelque chose d’autre sur quoi m’appuyer. Ils veillaient simplement sur moi. J’ai donc fait de la menuiserie pendant trois ans, mais je n’ai pas du tout aimé ça. Mais cela a débloqué un nouvel état d’esprit ; j’ai réalisé que si je ne me donnais pas à fond quand je faisais du vélo, je serais coincé dans ce travail. Je suis devenu discipliné et je me suis mis beaucoup de pression. J’allais au skatepark seul. Pas pour socialiser, mais pour devenir un rider pro. Pour y arriver, je devais travailler aussi dur, sinon plus, que tous ces autres gars.
Qu’est-ce qui vous a poussé à continuer à vous améliorer ? Lorsque je fais du vélo, je passe un meilleur moment quand je me dépasse. J’ai un riding plutôt agressif et j’aime avoir peur ; et j’aime ressentir la sensation de pouvoir surmonter cette peur, cette poussée d’adrénaline qui survient. Un grand nombre de vos tricks exigent que vous manœuvriez tout en tournant à des vitesses incroyables. Comment parvenez-vous à ralentir les choses dans votre esprit ? Ce n’est pas le « sens de l’araignée » de Spider-Man, mais plutôt de la mémoire musculaire. Faire des choses similaires pendant si longtemps vous donne une meilleure conscience aérienne. Vous savez comment les choses vont s’aligner. Qu’avez-vous ressenti en rentrant ce triple flair ? Ma première pensée en atterrissant a été : « C’est bon, j’ai assez donné, j’ai trop souffert. » J’étais épuisé, j’avais pris une raclée, et j’étais content d’avoir enfin réussi. Un truc secret vous a aidé ? J’ai fait du CrossFit, changé mon régime alimentaire et beaucoup travaillé sur mon mental. Essayer de comprendre la peur plutôt que de lui laisser prendre le dessus, en la transformant en excitation. Et j’ai fait beaucoup plus de doubles flairs, être familier de la rotation. Qu’est-ce que cette expérience vous a appris sur vous-même ? Cela m’a rendu humble. Si cela avait été facile, cela n’aurait pas changé ma vision de la peur et ne m’aurait pas donné le coup de pouce nécessaire pour arriver là où je suis maintenant. J’ai été au bord du gouffre et j’ai été marqué au fer rouge. À présent, je vais comparer tous mes futurs défis à celui-ci. Pour voir Kieran rentrer son triple flair en première mondiale, scannez le QR code.
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« J’avais pris une raclée, mais j’étais content d’y être arrivé. »
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Skyrunning
Des jambes en béton Denisa Dragomir est une adepte des marathons en haute montagne. Cette championne du monde de skyrunning explique comment courir à 3 000 m d’altitude sans flancher. Texte JOHANNES MITTERER
Photo ALEXIS BERG
Quand elle était gamine, Denisa Dragomir (29 ans aujourd’hui) a assisté un jour à une compétition de course, remportée par une fille : ce fut pour elle une révélation. Une fois rentrée chez elle, la fillette annonce à son père : « Moi aussi, je veux remporter des compétitions ! » À dix ans, Denisa participe à sa première course, avant de remporter sa première médaille junior en steeple, une course de demi-fond avec obstacles. À dix-huit ans, elle découvre le skyrunning lors d’une compétition – qu’elle remporte également. « Quand je faisais du steeple, je m’entraînais parfois avec mon coach dans les montagnes, et je m’y sentais vraiment à l’aise », confie cette athlète roumaine. Le skyrunning est une course qui se dispute sur des distances de 20 à 49 kilomètres à 2 000 mètres d’altitude minimum, sur des terrains escarpés, avec un dénivelé d’au moins 1 200 mètres. La Skyrunner World Series est la compétition-reine de cette discipline extrême. the red bulletin : Vous souvenez-vous de votre premier « skyrun » ? denisa dragomir : Je croyais que je m’étais paumée parce que je ne voyais personne autour de moi. En fait, celle qui était en deuxième position était deux minutes derrière moi ! J’ai compris que j’avais gagné la course quand j’ai entendu les félicitations de mon équipe.
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Courir un marathon est déjà une épreuve en soi, alors pourquoi vouloir le faire en grimpant des montagnes ? On s’entraîne en grande partie comme pour un marathon normal, sur du plat. Ce que je trouve d’ailleurs beaucoup plus difficile – il faut toujours que je me force à continuer. Alors que l’entraînement en altitude, une fois par semaine, est plus agréable – peut-être parce que c’est moins monotone et que l’on doit sans cesse adapter sa course aux variations du terrain. Et le manque d’oxygène ? Chez moi, en Roumanie, il y a un endroit situé à 2 000 mètres d’altitude où je m’entraîne chaque été, pour ne pas me laisser surprendre lors des compétitions. Les parcours de skyrunning passent parfois par des zones très escarpées, avec des pentes abruptes de chaque côté : vous n’avez jamais peur ? Non, car je sais toujours à quoi m’attendre – un aspect fondamental : bien étudier le parcours sur la carte pour s’y préparer. Je conseille aux gens de démarrer l’entraînement au moins quatre mois avant la date et de regarder le profil de la course. Si tu ne te sens pas prêt, laisse tomber et reviens l’année suivante, sans quoi tu t’exposes à des risques.
d’altitude sur des crêtes très étroites et partiellement enneigées. Quand j’y repense, je me dis : ne refais plus jamais ça ! Une seule erreur aurait pu m’être fatale. Comment se prépare-t-on à de telles épreuves ? En s’entraînant énormément, par exemple à la salle de gym avec la presse, ou mieux encore, directement en montagne. Il faut des jambes en béton – et ne pas avoir peur des terrains instables. Avez-vous une stratégie particulière en compétition ? J’essaie de ne pas griller toutes mes forces pendant les montées, pour conserver mon énergie tout le long du parcours. Il y a quelques années, j’ai dû abandonner une course autour du lac de Garde, en Italie, parce que j’avais essayé de talonner une concurrente lors d’une montée. Résultat : j’étais complètement épuisée. Un souvenir douloureux. Économiser ses forces, quitte à se laisser distancer ? Oui, il faut vraiment oublier les autres et se concentrer sur sa course. Et comme je sais qu’en descente, je suis plus rapide que la plupart des autres coureuses, je peux rattraper mon retard dès que ça redescend, si j’ai économisé assez d’énergie. Parce que je peux compter sur mes jambes. Avez-vous déjà eu envie d’abandonner pendant une course ? Bien sûr. On passe toujours par des moments comme ça, quand on court. Que faites-vous dans ces cas-là ? On doit se rappeler que ça ne dure pas plus de deux ou trois minutes, et qu’on va se sentir mieux tout de suite après. Il faut donc apprendre à supporter ces quelques minutes.
Instagram : @dragomir.denisad
Vous êtes-vous déjà sentie en danger lors d’une course ? Oui, une fois, lors du Maratona del Cielo en Italie, parce que je ne m’étais pas suffisamment préparée. Or, il y avait un passage de sept kilomètres à plus de 2 500 mètres THE RED BULLETIN
« Il faut se concentrer sur sa course et oublier les autres ! »
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Asma Elbadawi
Poètesse, artiste visuelle, activiste, basketteuse… Cette « meuf du Yorkshire » est tout ça, et bien plus. N’essayez pas de la cataloguer ! Texte RACHAEL SIGEE
Photo SADIA MIR
Quand elle recevait les corrigés de ses devoirs, les pages étaient remplies de rouge. « À l’école, l’écriture était ma hantise. On me répétait sans cesse que j’avais une mauvaise orthographe », se souvient Asma Elbadawi. Elle souffrait en fait de dyslexie. En découvrant la poésie, un nouvel univers d’expression s’est ouvert à elle. « La dyslexie permet de penser en dehors du cadre, de faire des associations qui sortent de l’ordinaire », explique-t-elle. C’est probablement cette capacité à voir le monde autrement qui a fait d’elle non seulement une poètesse, mais aussi une basketteuse et une artiste visuelle ; actuellement, elle est artiste en résidence à la Jan van Eyck Académie (Pays-Bas), et a publié son premier recueil de poèmes en anglais, Belongings, une exploration de son double héritage en tant que femme soudanaise britannique. Mais c’est surtout son militantisme dans le monde du sport qui l’a fait connaître : en 2017, son engagement a permis l’abrogation de l’interdiction du port du voile dans les compétitions de basket. « Je suis une meuf du Yorkshire, je me suis battue pour mes convictions. On était toutes solidaires, explique la jeune femme née au Soudan et qui a grandi à Bradford (Angleterre). J’ai pris conscience de la force du collectif et appris qu’il ne faut jamais minimiser la force de sa voix. » Un combat qui pourrait remplir toute une vie, mais pas celle d’Elbadawi, dont les passions s’étendent à des domaines aussi d ivers que variés. « Enfant, j’aimais le sport, l’art, la poésie. Des occupations sans avenir, me
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isait-on. Mais moi, je n’envisageais d rien d’autre. » Comme elle l’écrit dans son poème Banshee : « Être autre chose que moi-même serait une tragédie. » the red bulletin : Comment concilier basket et poésie ? asma elbadawi : Ce n’est pas simple. La poésie, c’est la vulnérabilité et l’ouverture aux autres, tout le contraire du sport où il faut être la plus forte. On peut me pousser et me bousculer, je réussirai quand même mon tir. La poésie m’a aidée à devenir une meilleure basketteuse. Quelles qualités vous ont apporté ces deux univers ? En sport, je suis du genre perfectionniste. Quand j’ai commencé à lire ma poésie sur scène, je faisais plein d’erreurs et tout le monde s’en foutait. J’ai réalisé que c’était normal de se tromper. Ce sont deux parties de moi-même complémentaires, je ne peux pas m’imaginer vivre sans elles. Je suis une personne sensible, la poésie me permet d’exprimer cette sensibilité sans que cela affecte d’autres aspects de ma vie. Mais je suis également quelqu’un de déterminé, j’ai besoin de tester mes limites physiques et mentales pour garder le cap. J’ai fait au mieux pour faire coexister ces deux facettes de ma personnalité dans un monde qui n’a pas encore su créer un environnement entièrement favorable aux femmes en tant qu’athlètes.
Que répondre à ceux qui disent que les athlètes ne devraient pas exprimer leurs opinions ? C’est une question que je me pose souvent. La première fois où j’ai été confrontée au racisme dans le sport, j’ai eu l’impression qu’on me punissait pour avoir osé m’exprimer. J’ai longtemps pensé que les athlètes devaient se contenter de pratiquer leur sport sans émettre d’opinions sur les questions politiques ou humanitaires et que, pour leur propre sécurité, ils feraient mieux de rester neutres. Puis j’ai fini par comprendre ce que cela représentait que d’avoir une tribune publique. Si vous êtes un athlète et que vous avez une tribune, votre devoir est de défendre ceux qui ne peuvent pas le faire euxmêmes. Les athlètes ont besoin d’avoir une personnalité, une opinion, et ils doivent prendre la parole face à une injustice. Est-il important de remettre en question les attentes des autres ? À mon avis, on juge les autres à travers le prisme de nos expériences ou celles de nos communautés. La manière dont nous percevons les limites des autres peut les empêcher d’atteindre leur potentiel. Ne laissez personne définir qui vous êtes et qui vous pouvez devenir dans ce monde.
Instagram : @asmaelbadawi
Quels obstacles les femmes voilées rencontrent-elles dans le sport ? Les femmes de ma communauté ne savent pas vraiment comment deveTHE RED BULLETIN
SADIA MIR/REDEFINING CONCEPTS
Dribbler les difficultés
nir athlète professionnelle. C’est en partie dû à un manque de visibilité : les gens imaginent que nos familles sont hostiles à ce genre d’occupation. Quand j’étais petite, j’aimais beaucoup le netball, mais mes profs d’éducation physique ne me poussaient pas vraiment à aller dans des équipes locales ou nationales, alors que c’est le seul moyen d’arriver un jour à représenter son pays. C’est l’un des plus grands obstacles, le second étant la différence de salaire entre hommes et femmes, notamment au niveau de l’élite. Je connais trop de sportives qui enseignent à mi-temps ou travaillent dans une banque pour pouvoir continuer à pratiquer leur sport.
« La poésie a fait de moi une meilleure basketteuse. »
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Sans gravité Le photographe Little Shao côtoie les B-Boys de Paris et d’ailleurs depuis dix ans. Ses copains danseurs sont des superhéros : ils défient les lois de la physique avec grâce, et véhiculent une légèreté qui aide à transcender toutes les épreuves. Images choisies de l’expo en plein air qui leur rend hommage. Texte NINA KALTENBÖCK 26
Nuit blanche à Philly
Philadelphie, Pennsylvanie, USA, 2017 Drud, un B-Boy originaire d’Ukraine, avait encore de l’énergie à revendre après le Silverback Open, un événement de break. « À une heure du mat, on est passés sous ce pont que j’ai trouvé cool. J’aime bien la façon dont la lumière tombe directement sur la tête de Drud, élancé et souple, et les ombres projetées sur le sol. Sans flash », se souvient Little Shao.
Little Shao
« One-shots only ! J’ai une vision très précise de ce que je veux réaliser. » Little Shao
Donne des ailes Mumbai, Inde, 2019
« Une scène unique. Si j’avais loupé le moment pour enclencher, je n’aurais capturé que le move du B-Boy brésilien, Bart, à l’aube aux portes de la ville », raconte Little Shao dans un sourire. Ce backflip, réalisé dans le cadre de la finale mondiale du Red Bull BC One qui désigne le champion du monde de break chaque année, a donné des ailes aux Indiens.
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Entre les murs
Los Angeles, USA, 2016 Le Français Abel Djilali est plus qu’un danseur, c’est un acrobate, un cascadeur… « Nous nous sommes retrouvés à LA en 2016. C’est là que l’idée d’une collaboration est née. Ayant trouvé cet endroit super graphique, le Walt Disney Concert Hall, je lui ai demandé de faire un wall flip très en hauteur afin d’avoir son reflet sur le mur d’en face. Cette photo me donne vraiment l’impression qu’il s’engouffre dans une vague. »
En mode after
Paris, France, 2022 Danseur-chorégraphe depuis près de dix ans pour Madonna, « Marvin Gofin est l’un des artistes les plus créatifs que je connaisse, dit Shao à propos de cette photo prise tôt, un matin... au sortir d’un club. Il a collaboré avec de gros artistes internationaux tels que Dr. Dre, Rihanna ou encore Matt Pokora en France. Guettez sa série sur la danse, intitulée I-Art, qui sort très prochainement. »
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Little Shao
Sous hypnose
Paris, France, 2017 Jean Michel Premier, alias Diablo, est un danseur debout au style unique, dont les mouvements ont des propriétés quasi hypnotiques. Par sa danse, il change notre regard sur ce que nous qualifions de « possible ». « Diablo a sauté d’un monument de cinq mètres de haut, je l’ai photographié en contre-plongée », éclaire Little Shao. Une prise de vue qui nous transmet l’intensité de ce danseur originaire du quartier des Moulins, à Nice. THE RED BULLETIN
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« Une photo, c’est une question d’équilibre, et ce sur quoi on veut mettre le focus. » Little Shao
Street ballet Chicago, Illinois, USA, 2016
Mannequin et danseuse classique, Renee Lee hèle un taxi par un lundi matin d’octobre froid et pluvieux, mais avec grâce. « Il n’a fallu qu’un seul saut, se réjouit Little Shao. Comme je suis moi-même danseur, je sais quelles sont les lignes qui ont de l’allure. De son côté, Renee était surtout satisfaite de ne pas avoir les cheveux dans les yeux, et que son visage soit dégagé. » Ce détail fut-il crucial pour que la photo soit sélectionnée en finale du concours photo mondial Red Bull Illume ? THE RED BULLETIN
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Little Shao
50 nuances de gris Paris, France, 2020
La Défense, quartier d’affaires à l’architecture ultra moderne, est le plus grand parc de bureaux en Europe. Devant ce mur coloré, l’acrobate Andrea Catozzi fait des siennes. Pour Little Shao, c’était du ton sur ton : « Je suis daltonien. La façon dont je vois le monde, c’est mon superpouvoir. »
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En plein vol
Paris, France, 2019 « J’ai rencontré la danseuse et chorégraphe suisse Daniela Neugebauer alors qu’elle se produisait à l’Opéra de Paris. Nous étions installés en haut des grands escaliers de la Bibliothèque François Mitterrand et j’ai réussi à prendre cette photo en l’isolant dans les airs », se félicite Little Shao. Ce cliché fait partie de son expo, Danse à Paris et ailleurs, visible sur deux sites : 28 clichés sont accrochés le long des grilles de la tour SaintJacques, rue de Rivoli, et 32 autres jalonneront les voies sur berges, au niveau de Châtelet.
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Little Shao
Le parc magique
Sceaux, France, 2018 Promenade matinale dans le parc de Sceaux avec Francis Quessary, alias 6Franc, son coéquipier de la R.A.F Crew. La lumière était magistrale et le fond de l’air frais… Une atmosphère digne d’un film. « Celle-ci, c’est la dernière photo que j’ai prise, sur le chemin du retour. Pour moi, elle évoque un moment magique », s’exclame Little Shao.
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« Le break a fait de moi un photographe exigeant. Je m’efforce de ne jamais me répéter dans mon travail. » Little Shao
Air Diop
Paris, France, 2019 Ablaye Diop travaille comme danseur, performeur et chorégraphe. Il est connu pour danser de manière très expressive avec ses bras. Little Shao, toujours aussi impressionné : « Nous avons fait un shooting près des Olympiades. J’adore cet endroit ! Ablaye donnait l’impression de pouvoir marcher dans les airs. »
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Little Shao
Ne te retourne pas… Paris, France, 2019
Lment, le vainqueur du Red Bull Dance Your Style Cuba, débarquait pour la première fois à Paris. Dans sa valise : son talent de B-Boy, un grande humilité vis-à-vis de la capitale française, et le vertige. « J’avais la tour Eiffel dans le dos, ce qui a au moins permis à Lment d’oublier que trois pas derrière lui, c’était le vide… »
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« Mes passions, des obsessions, ce sont la photo, le gaming, et le break. » Little Shao
Autoportrait à Hong Kong : « Ce n’est pas photoshopé, tout est dans le mouvement d’épaule. »
LE PHOTOGRAPHE
LITTLE SHAO Peu de fans de break et de danse urbaine connaissent le nom de Thinh Souvannarath, mais Little Shao (son surnom), ça leur parle ! Il est l’un des plus talentueux photographes de leur scène, et a également shooté certains des plus grands noms de la musique pop, comme Madonna ou Justin Bieber. Ce surnom, il le doit à ses potes. « J’étais le plus petit du crew, j’avais le crâne rasé et je faisais des mouvements comme un moine Shaolin », raconte l’artiste de 39 ans d’origine vietnamienne. Shao est entré en contact avec la culture hip-hop dans les banlieues défavorisées de Paris, où il a grandi. Quelques années passées à un poste d’analyste commercial dans une banque le décident finalement à changer de voie : « Je veux montrer et partager ma façon de voir le monde. » Depuis, sa devise est simple : ne pas faire tous les jours la même chose. Et le fait qu’il soit daltonien ne l’a jamais limité : « Ma façon de voir le monde, c’est mon superpouvoir ! » Instagram : @littleshao ; son exposition Danse à Paris et ailleurs est à voir jusqu’au 20 mai. Deux sites : le long des grilles de la tour Saint-Jacques, et sur les voies sur berges à hauteur de Châtelet.
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33 QUESTIONS AU NOUVEAU BOSS DE LA F1 L’actuel champion du monde de F1, MAX VERSTAPPEN, évoque ses héros, son rapport à l’argent, ses applis favorites et Hollywood.
Texte GERALD ENZINGER Illustrations DAN LEYDON
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UN DÉPASSEMENT D’ANTHOLOGIE
Verstappen (à droite) dépassant Lewis Hamilton à Abu Dhabi lors de l’ultime tour du dernier Grand Prix de la saison 2021, pour décrocher son premier titre de champion du monde.
GETTY IMAGES
P MAX VERSTAPPEN, TENANT DU TITRE
À 24 ans, le pilote est en pleine confiance, parle quatre langues et respire la sérénité. « Après la plupart des courses, je dors bien », confie-t-il. THE RED BULLETIN
our croiser un Hollandais en pleine ascension, l’aérodrome de Zell am See, près de Salzbourg (en Autriche) est tout indiqué. Cette région a été la rampe de lancement de bien des carrières : l’Innsbruckois Otto Mathé y marque l’histoire de son empreinte lors des courses sur glace des années quarante et cinquante avec une Porsche construite de ses mains. Harald Ertl, l’un de ceux qui ont sauvé Niki Lauda des flammes de sa voiture sur le Nürburgring en 1976, est natif de Zell. Et Nico Rosberg a fréquenté l’école maternelle du coin, celui-là même qui, en 2016, finira champion du monde devant Lewis Hamilton lors de l’ultime course de la saison. Un scénario qui s’est reproduit lors de ce dimanche mémorable de décembre 2021 durant lequel Max Verstappen
est parvenu, lors de l’ultime GP d’une saison longue de 6 409 kilomètres, à ravir la couronne d’Hamilton en le dépassant au dernier tour. C’est donc à Zell que nous rencontrons Max, le nouveau roi de la F1, dans le cadre de sa première interview en 2022. Au menu, 33 questions pour tenter de saisir la quintessence de ce pilote surdoué. Nous retrouvons un Max détendu, profitant de la fraîcheur hivernale pour se régénérer après une saison incandescente. Logique pour quelqu’un qui regarde toujours devant lui et ne s’attarde guère sur le rétroviseur pour ressasser le passé. Mais il n’a que 24 ans, est donc de treize ans le cadet de Hamilton, qui, comme M ichael Schumacher, a encore six titres de champion du monde d’avance. Cependant, parmi les pilotes, rares sont ceux qui doutent de la capacité de Verstappen à devenir un jour le pilote le plus couronné de l’histoire de la Formule 1.
1 Combien de fois avez-vous refait ce dernier tour de course à Abu Dhabi dans votre tête ? Pas tant que ça. J’ai bien sûr vu les images, mais ensuite je suis parti en vacances où il a été peu question de Formule 1. Après une telle saison, le sentiment de fatigue prédominait.
2 Comment avez-vous vécu ce dernier tour ? J’ai soudain été pris de crampes dans la jambe de l’accélérateur (au mollet droit, ndlr). Mais dans une telle situation, tu supportes tout. J’ai travaillé toute ma vie pour ce moment. Mon père et moi en avons toujours rêvé. J’espère surtout que ce n’est que le début.
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Formule 1
6 Qui, selon vous, est le plus grand champion de tous les temps ?
3 La star de rallye Sébastien Ogier déclarait au début de sa carrière : « Je préfère être champion du monde une fois contre Sébastien Loeb que trois fois sans lui. » Diriez-vous la même chose pour Lewis Hamilton après l’avoir battu lors de ce duel de titans, alors qu’il est encore au sommet de sa gloire ? Non, cela n’a que peu d’importance pour moi. L’objectif reste toujours le même : gagner le Championnat du monde ! Et pour y parvenir, il faut battre beaucoup de bons pilotes, et pas seulement Lewis.
« TONTON » MICHAEL
Enfant, Max partait en vacances avec la légende de la F1 Michael Schumacher (ici en 1996 avec son épouse Corinna).
5 Durant votre enfance, M ichael Schumacher, ami de votre père, était comme un oncle pour vous. Que restet-il de cette époque ?
Je garde beaucoup de bons souvenirs de cette époque. Nous partions en vacances l’été ensemble, en France, mais aussi en hiver. Avec le recul, ces beaux moments sont devenus précieux, même si à l’époque, je n’avais pas vraiment conscience de ce qu’ils représentaient.
4 Quelle est votre relation avec Hamilton ? Nous nous affrontons en course, avec un grand respect mutuel. C’est l’un des plus grands pilotes que la F1 ait connus. 42
C’est là une question difficile tant les légendes en F1 sont nombreuses. Et c’est encore plus vrai dans le sport en général. Honnêtement :
je n’en sais rien.
7+8 Comment décririez-vous la F1 à un martien qui débarquerait soudainement ? Il faudrait déjà que nous parlions la même langue, c’est essentiel, sans quoi ça va être compliqué (rires). Mais comment expliqueriez-vous votre sport à un extraterrestre ? Je lui décrirais les moments forts, en insistant surtout sur le fait qu’il faut aller vite en ligne droite, être bon en freinage et, bien sûr, ressentir la force centrifuge dans les virages.
UNE ACCOLADE APRÈS UN FINISH AU COUDE À COUDE
Lewis Hamilton et Max après la finale de la saison 2021. THE RED BULLETIN
9 Vous avez décidé qu’en tant que champion du monde, vous rouleriez désormais avec le numéro 1. Lewis Hamilton n’a jamais activé cette prérogative. Pourquoi ce changement de numéro ? Simplement parce que le 1 est le plus beau numéro en Formule 1, et les saisons où tu peux le choisir sont peu nombreuses. Pour moi, ce choix est une évidence. Le numéro 33, que j’ai porté jusqu’à présent, n’était pas un premier choix non plus, le 3 m’aurait davantage convenu. Mais Daniel Ricciardo l’utilisait déjà quand j’ai débarqué en Formule 1. Laissons à présent le sportif Max Verstappen pour en s avoir un peu plus sur l’homme. Et le meilleur moyen d’y parvenir est de lui parler de son sujet favori : les voitures.
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10 Vous êtes le premier champion du monde de Formule 1 dont l’enfance s’est déroulée au XXI e siècle. Quelle est la première voiture qui vous a impressionné ? La première dont je me souviens est la Arrows (en haut à droite, ndlr). Mon père la pilotait en F1, au début des années 2000. Elle était orange, une voiture magnifique !
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RAPIDE COMME UNE FLÈCHE : LA PREMIÈRE VOITURE QUI A MARQUÉ MAX.
La Arrows orange, pilotée par son père Jos (ici, lors d’une course à Montréal en 2000).
11 Combien de voitures possédezvous ? Suffisamment. Max n’est pas du genre blingbling, et ne se définit pas par ses possessions, dont il ne se vante jamais. Son penchant pour la Porsche GT3 RS, qu’il a récemment utilisée au Portugal pour une course sur circuit, n’est cependant pas un secret. On l’a également aperçu au volant d’autres voitures de sport : Aston Martin (DB11), Ferrari (488 Pista) et Honda (NSX).
12 Vous êtes la première p ersonne à avoir signé un contrat de pilote de F1 (à seize ans à Graz, ndlr), avant même d’avoir passé votre permis de conduire. Comment s’est passé votre examen pour le permis ?
J’étais très nerveux le jour de l’examen, car en cas d’échec je ne pouvais pas le repasser. Juste après, je devais m’absenter pendant deux mois, et je voulais absolument partir avec mon permis en poche. Du coup, la pression était grande. L’examinateur était strict, je n’ai bénéficié d’aucun régime de faveur. Heureusement, tout s’est bien passé.
13 Si vous pouviez supprimer une règle de circulation, quelle serait-elle ? Aucune. Elles me conviennent toutes. Je roule peu de toute façon, et que la vitesse soit limitée sur les routes me semble normal. Cela ne me dérange pas. C’est bien comme ça. 43
Formule 1
Un jeune homme lambda de 24 ans aurait déjà investi tout son argent dans une caisse ; Max, lui, gagne des millions en pilotant des voitures. Parlons donc affaires.
14 Combien d’argent liquide avez-vous en poche ? Trois fois rien. Il m’arrive de n’avoir aucun sou sur moi. Mais je ne me sépare jamais de ma carte de crédit. Ne pas avoir de liquide sur soi est une tradition chez les pilotes de F1. En témoigne l’anecdote rapportée par Agnes Carlier, ancienne responsable des relations publiques de Niki Lauda. Après la finale du Championnat du monde de 1984, elle passe plusieurs semaines avec Lauda et son coéquipier Alain Prost lors d’une tournée promo pour Marlboro. Lauda, économe assumé, parie avec Prost qu’il ne dépensera pas un dollar. Il gagne son pari, obligeant Prost à lui verser une centaine de dollars.
15 Êtes-vous p lutôt actions ou cryptomonnaies ? Pas crypto pour l’instant ! 44
MAX AU SOMMET
Le Néerlandais à Abu Dhabi, juste après son titre mondial, exulte en brandissant son trophée.
16 Quelle a été le montant de votre première prime après une victoire ? Je ne sais plus, c’était au tout début, 100 ou 200 €. Ou peut-être un jeu de pneus.
17 Vous êtes-vous fait plaisir pour ce titre en vous offrant un cadeau spécial, par exemple ? Non, pas du tout. Je n’étais pas à la maison pendant plusieurs semaines, et à mon retour, j’ai repris l’entraînement sur le simulateur, comme d’habitude. Je n’ai donc pas fait de shopping. THE RED BULLETIN
22+23 Son directeur d’équipe, Christian Horner, raconte que durant le GP des ÉtatsUnis 2021, Max a joué près de 14 heures à FIFA. Une façon pour lui de couper avec la dure réalité de la F1, mais aussi le moyen pour cet homme ambitieux d’assouvir son besoin et sa passion de la compétition.
DANS LES BRAS DE KELLY PIQUET, 33 ANS,
la fille du triple champion du monde de Formule 1 Nelson Piquet (BRA). Max et Kelly sont en couple depuis octobre 2020.
GETTY IMAGES, RED BULL RACING/GETTY IMAGES
Max n’est pas du genre à mener grand train. Il réside certes à Monaco, mais demeure discret et apprécie la principauté avant tout pour ses avantages logistiques tels que les conditions d’entraînement. Contrairement à son rival Lewis Hamilton, Max n’est pas très jet-set. Sa petite amie Kelly Piquet, fille du triple champion du monde de Formule 1 Nelson Piquet, et sa famille – son père Jos et ses 107 Grands Prix, sa mère Sophie Kumpen, l’une des plus rapides pilotes de karting au monde qui a même battu Jenson Button à plusieurs reprises, et sa sœur Victoria, qui vient d’avoir son deuxième bébé – passent avant les soirées huppées.
18 Comment dormez-vous après une course ? Parfois bien, parfois mal. Cela dépend bien sûr aussi du résultat. Mais la plupart du temps, plutôt bien.
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On raconte sur Internet que vous auriez un niveau de classe mondiale à FIFA – classé 21 e mondial sur FIFA Ultimate Team en j anvier 2019. Confirmez-vous l’info ? Je me débrouille très bien à FIFA. Je ne suis pas un pro, mais je m’amuse bien.
Est-ce que vous cuisinez ? Non.
Comment vous évaluez- vous ? Plutôt bon. Pas mauvais. Je suis bon !
20 Comment vous recentrez- vous quand le moral flanche ? Je m’occupe, je me change les idées. Par exemple, je me mets au simulateur. Ou je passe du temps avec mes amis ou ma famille.
21 Votre série TV préférée ? Aucune actuellement. Plus jeune, j’en aimais une différente chaque année.
JOINDRE L’UTILE À L’AGRÉABLE
Max très concentré sur son simulateur de conduite.
24 Quand on est pilote de course de profession, peut-on encore trouver une activité de loisirs capable de rivaliser avec la F1 en termes de montée d’adrénaline. Qu’aimez-vous faire pendant vos loisirs ?
À vrai dire, le simulateur est mon passe-temps favori.
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Formule 1
25 Nous sommes persuadés que votre vie fera un jour l’objet d’un film, tout comme votre duel épique avec Lewis Hamilton en 2021. Qui verriez-vous dans votre rôle ? J’espère que cela n’arrivera jamais. Je m’en passe bien ! Mais si c’était le cas, je voterais pour Leonardo DiCaprio. Ce serait bien. « On n’apprend pas pour l’école, mais pour la vie. » Ce vieil adage s’applique bien à Max, sinon comment expliquer autrement ses compétences techniques et linguistiques. Il parle couramment le limbourgeois (sa langue maternelle, répandue dans la région frontalière germano-hollandaise belge), le néerlandais, l’allemand et l’anglais, et maîtrise, dans une moindre mesure, l’italien, le français et le portugais.
26 Vous n’étiez pas un élève heureux à l’école… Je détestais l’école, je n’aimais rien, sauf l’histoire.
27 Quelle autre langue aimeriez- vous apprendre ? Le mandarin. 46
PORTRAIT DE STAR : LEONARDO DiCAPRIO
Si sa vie devait un jour faire l’objet d’un film, Max souhaiterait être incarné par l’acteur oscarisé de 47 ans.
28 Votre appli préférée ? WhatsApp.
29 Quelle autre question le journaliste Verstappen poserait-il au champion du monde Verstappen ? Aucune, je pense que tout a été dit ou presque.
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MAX VERSTAPPEN AVEC DEUX DE SES PRINCIPAUX MENTORS
Le directeur de Red Bull Racing, Helmut Marko…
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GETTY IMAGES, RED BULL CONTENT POOL
Très bien, alors concluons avec une question sur deux de vos principaux mentors : les Autrichiens Helmut M arko et Franz Tost. Qu’est-ce qu’ils vous évoquent ? L’année chez Toro Rosso avec Franz à la tête de l’équipe a été géniale. Franz est un fin connaisseur de la F1, nous échangions beaucoup à chaque course et c’est encore le cas aujourd’hui, même si, depuis, j’ai changé d’équipe.
31 Et Helmut Marko ? Helmut Marko m’a fait signer mon premier contrat en F1, j’ai vécu avec lui beaucoup de bons moments et j’espère que cela continuera de nombreuses années.
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Une petite question à son mentor par procuration, Max la lui transmettra.
32 Helmut Marko, quelle a été l’évolution de Max au cours de ces sept années passées à ses côtés ? À 24 ans, il fait déjà preuve d’une grande maturité même si cela ne saute pas aux yeux. Auparavant, il perdait son sangfroid au moindre problème technique à l’entraînement. Aujourd’hui, il reste imperturbable. Et il est resté solidaire de l’équipe même dans les années où nous savions que le titre était hors de portée. Mais comme d’autres champions, ce qui le caractérise, c’est sa concentration totale, qu’on peut parfois confondre avec un manque d’égards. Mais lui, il ne se dit qu’une chose : « Je veux gagner et je fais tout pour. »
… et Franz Tost, directeur de la Scuderia AlphaTauri, avec lequel Max entretient un contact étroit.
33 Max, quelles leçons tirez- vous de votre saison déjà légendaire de 2021 ? Qu’il ne faut jamais lâcher et croire en ses chances jusqu’au dernier tour !
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Métal orgie Les innovations durables n’ont jamais été aussi pertinentes, mais PAUL FIRBANK, The Rag and Bone Man, applique des méthodes du passé pour construire un avenir meilleur… et un gravity bike constitué de morceaux de ferraille.
BENJAMIN EAGLE
Texte RICHARD EDWARDS
Paul Firbank dans son atelier. Il travaille sur le gravity bike, un vélo construit avec des morceaux de ferraille.
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The Rag and Bone Man
L’atelier de Firbank, une caverne d’Ali Baba de pièces détachées. Il a mémorisé la place de chaque objet et peut trouver ce dont il a besoin en un clin d’œil.
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est une mine de contrastes. On pourrait même parler de musée en activité. Ou de chaos organisé. Sur l’un des murs, une partie de l’ancien grand huit de la ville. Au sol, un enchevêtrement de pièces de ferraille et de tabourets de bar finement travaillés. L’un d’eux a même le disque de frein d’une P orsche pour socle. Plus loin, on découvre un lustre fabriqué à partir d’un moteur d’avion Rolls Royce qui cohabite de façon assez incongrue avec une rangée de crics de voitures rouillées. « Parfaits pour des lampes », glisse Firbank. Sur un autre mur encore, les pales d’un moteur à réaction récupéré dans un cimetière d’avions du coin. Firbank précise qu’avant, celles-ci auraient été passées à la meuleuse pour éviter leur remise en circulation sur le marché noir. « Mais maintenant, ils me laissent les récupérer, ils savent que je les modifierai à ma sauce. » Ailleurs encore sont suspendus de petits robots construits à l’époque où il débutait dans ce métier tombé en désuétude. Au siècle dernier, le chiffonnier faisait partie du décor des villes et villages britanniques. Ces brocanteurs, traînant leur chariot à pied ou à cheval, arpentaient les rues pour récupérer des déchets à revendre, avec une prédilection pour les os et les
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a vie de Paul Firbank est pleine de contrastes. À l’époque de sa rencontre avec Lizzie, sa future femme, il portait une crête iroquoise rose et squattait le canapé rempli de poussière d’un ami. Rien de plus normal pour cet ancien tatoueur qui travaillait comme plâtrier. Difficile d’imaginer qu’un jour, il produirait des objets d’art pour les plus grands hôtels, qu’on lui confierait la fabrication du trophée du champion du monde de speedway, ou que tous ces objets seraient faits de morceaux de ferraille. Mais désormais, le rêve est devenu réalité pour cet ingénieur artisanal surnommé The Rag and Bone Man. Lorsque Firbank et Lizzie nous reçoivent dans leur atelier de Margate, une cité balnéaire du comté de Kent, dans le sud-est de l’Angleterre, une lueur dans le regard de ce père de famille quarantenaire laisse penser qu’il est toujours prêt à dégainer la teinture rose et la tondeuse à cheveux si l’envie lui prend. À l’image de sa vie, son atelier, noyé dans une enfilade de garages et d’entrepôts au-delà d’une terrasse victorienne surplombant la mer (qui abrite l’un des plus grands parcs éoliens flottants du pays)
THE RED BULLETIN
« Je fais ça pour le plaisir, pas pour l’argent. »
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DAMIAN GRIFFITHS
Bric-à-brac : une sélection des créations de Firbank disponibles à la vente. En haut (de g. à dr.) : lampe de bureau fabriquée avec des extincteurs et un piston d’avion léger ; horloge murale avec anneau de stator d’avion ; tabourets de bar à partir de crics de construction, sièges de tracteur et pédales de camion. Au milieu : appliques murales à partir de pistons d’aviation et d’extincteurs ; lustre avec moteur radial des années 30 ; globe lumineux à partir d’un compresseur d’avion et de la corne de brume d’un phare. En bas : lampe à partir d’un tambour de frein de camion, des bielles d’une péniche, de bras de suspension de Land Rover, de composants de moteur à réaction et d’un morceau de balayeuse ; miroir mural de moteur à réaction ; chaise en capot de Coccinelle. Page suivante : canapé de siège de voiture Daimler.
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chiffons qui étaient recyclés à l’époque sous forme de papier coton, de manches de couteau, de jouets et autres bibelots. Un rapport du milieu du XIXe siècle sur la pauvreté dans la capitale londonienne en recensait un bon millier essayant de gagner leur vie au prix d’un dur labeur. S’ils ont survécu à la Seconde Guerre mondiale, la modernisation de la collecte publique des déchets ménagers dans les années 80 a définitivement sonné le glas de cette profession que le public britannique rattache désormais à une série populaire sur deux chiffonniers londoniens, Steptoe and Son. « Le chiffonnier était une figure anonyme, presque invisible, qui déambulait à des heures indues, en marge de la société, à la recherche de déchets, explique Lizzie. Il cherchait avant tout à gagner sa vie », ajoute Firbank. Aujourd’hui, le travail du couple s’aligne dans la grande tradition du chiffonnier, avec un degré de débrouillardise plus pertinent que jamais. Ils précisent que cette pratique ne se limite pas au continent britannique, et qu’elle est loin d’avoir disparue de la surface de la planète. « On en a vu des centaines en Chine », rapporte Lizzie de son séjour à Pékin en tant qu’artiste en résidence. Ils avaient des vélos qu’ils appelaient des « pigeons volants », équipés de deux roues arrière. Ils ratissaient les trottoirs à la recherche d’objets abandonnés aux pieds des immeubles, comme des refroidisseurs d’eau. Ils les empilaient sur des hauteurs vertigineuses. L’un récupérait les cartons, l’autre décollait le scotch, chacun avait son rôle. Firbank ne fait pas dans le carton, mais n’hésite pas pour autant à fouiller les casses, les décharges et autres lieux qui en feraient frémir plus d’un. Et ses audacieuses recherches payent. Si le butin d’un chiffonnier britannique de l’époque allait de 2 à 30 € par jour, il vous faudra débourser une centaine d’euros pour acquérir un simple cintre fabriqué à partir de vieux clubs de golf sur le site officiel de Firbank. Un miroir encadré dans une chambre de combustion de moteur à réaction coûte plus de 1 000 €, un fauteuil fabriqué à partir d’un capot de Coccinelle travaillé au marteau 3 300 €. Mais pour les Firbank, les bénéfices n’ont pas toujours été au rendez-vous, loin s’en faut.
déduit, il nous restait grosso modo 120 €. On allait tout claquer dans un restau argentin du coin : on mangeait un énorme steak accompagné de beaucoup de bouteilles de vin rouge. Puis on tenait jusqu’à la fin du mois prochain, en croisant les doigts pour je vende quelque chose. » En 2011, Lizzie propose d’organiser une exposition de leur travail. « On a tout vendu en moins de 48 heures. Résultat : j’ai démissionné et depuis, on bricole. » La pression économique est retombée mais sa dévotion est restée intacte. Firbank fait preuve d’un véritable talent alchimique que Red Bull met à l’honneur dans un récent documentaire sur son nouveau projet : un gravity bike (trad. vélo à gravité), ou selon ses propres termes, « un vélo à traction sans selle ni pédales ; il faut simplement s’allonger dessus. Un engin du tonnerre pour dévaler les pentes à fond la caisse ». Il est équipé de roues de BMX provenant d’une casse voisine et d’un siège d’avion en guise de fourche. Quant à l’avant du vélo, il s’agit d’un énorme morceau d’avion aérodynamique, qu’un badaud qualifie d’avion Concorde. À un moment, Firbank gare sa camionnette sur le bas-côté et récupère une tête de lit en fer forgé abandonnée. « Les tubes les plus fins feront un bon cadre pour le vélo, remarque-t-il, avant de lâcher subrepticement : Je rends service au pays et je nettoie la nature, c’est déjà pas si mal. » Curieusement, Firbank n’utilise ni plans, ni croquis. « Le résultat final n’aura rien à voir avec la version papier. Pour inventer certains mécanismes, il m’arrive d’utiliser les jouets de mon fils, avec leurs écrous et leurs boulons, c’est bien plus pratique. » Une révélation surprenante, surtout s’y l’on tient compte du degré de complexité de ce vélo, voire de l’ensemble des ses créations. Et Fairbank d’enfoncer le clou en
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vant de s’installer dans cette région côtière, le couple vivait à Londres, où Lizzie travaillait dans une boîte d’encadrement de tableaux. Les affaires de plâtrier de Paul stagnaient, il cherchait de nouvelles pistes et avait fini par décrocher un poste de soudeur. Un an plus tard, il était à la tête du département de métallurgie de l’entreprise. « On recevait notre paye à la fin du mois et une fois qu’on avait tout
« La quantité de gaspillage dans ce pays me remplit de honte. » THE RED BULLETIN
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Firbank démonte un turboréacteur De Havilland Goblin (1942) pour en faire un lustre « vaisseau spatial ».
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irbank fait ensuite appel à son ami et illustrateur Max Paternoster pour dessiner les décalques du vélo. C’est d’ailleurs le seul moment où l’on voit l’ébauche d’un plan. Ces deux-là sont comme des frères : comme Firbank, le processus créatif de Paternoster marche lui aussi à l’instinct. « J’ai ce besoin irrépressible de produire, c’est bizarre et difficile à décrire. J’ai l’habitude de griffonner tous les soirs. C’est quand on est à moitié endormi que nous viennent les idées les plus folles. » Perdu dans ses réflexions devant un grand tableau noir dans l’atelier de Firbank, ce dernier finit par lâcher : « Je vais partir sur une ambiance Tron à base de lignes. » Pour le bricoleur, ce ne sont pas les plans mais les composants qu’il déniche qui dictent le produit final. « On peut tomber sur un matériau qui va, d’une certaine 54
« On me voit comme un écolo, mais au début, je recyclais de vieux trucs faute d’argent. » manière, influencer la forme du vélo, sa maniabilité, sa durée de vie. On ne peut pas lutter contre un matériau. » Cette quasi-humanisation des objets laisse furtivement entrevoir l’esprit de cet homme qui discerne un potentiel vivant là où d’autres ne voient que de la ferraille. « Certaines parties de ce vélo ont déjà atteint les 1 000 km/h, souligne-t-il en désignant les pièces d’avion. Ces bouts de métal ont eu une vie dingue. » Mais travailler avec des matériaux récupérés en bordure de route ou dans les casses peut être très dangereux. « On ne connaît pas toujours les propriétés du métal, poursuit-il. Une fois, j’avais trouvé une épaisse tige d’acier que j’essayais de plier avec une grosse cintreuse. J’aurais dû la bloquer parce qu’elle ne réagissait pas comme prévu. Elle a fini par se briser net, une partie a frôlé ma tête avant d’aller se fracas-
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avouant d’abord que c’est le premier vélo qu’il construit au cours de ses vingt-deux ans de carrière, puis en précisant lors d’une étape cruciale de la fabrication qu’une simple erreur de sa part au niveau des angles pourrait se révéler fatale. « Cela pourrait fausser la direction du vélo ou le rendre instable, il risquerait de partir dans tous les sens en accélérant. »
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Firbank sur sa fraiseuse. Travailler sur du métal de récupération aux propriétés inconnues comporte des risques.
« Certaines des pièces du gravity bike ont atteint plus de 1 100 km/h. » ser plus loin dans l’atelier. Si elle m’avait touché en plein front, je ne serais pas en train de vous parler. J’ai failli perdre la vue. Je sais que je n’aurais pas dû insister, mais j’étais crevé et j’avais bu quelques bières. » Firbank admet qu’il n’était pas l’élève le plus assidu. Ses meilleurs souvenirs, c’est quand il était malade. Il pouvait alors accompagner son père, prof de sciences dans une autre école. Firbank se délectait
du spectacle de ces élèves ravis de pouvoir faire des expériences à base de canettes de Coca et de becs Bunsen. « Les notions de santé et de sécurité n’existaient pas à cette époque, se souvient-il. Papa trouvait toujours des trucs intéressants et brodait ses leçons autour. Les élèves étaient complètement subjugués. » Après l’école, Firbank poursuit des études d’ingénieur. « Au lieu de faire comme tout le monde, je fabriquais des pièces pour mon vélo, ce qui exaspérait mes camarades. Les profs, eux, s’intéressaient à mes recherches et me donnaient des idées pour que j’essaie différentes approches. » Inutile de chercher plus loin, c’est bien cette attitude qui a affûté sa curiosité actuelle au point de trouver, stricto sensu, des trésors au milieu des poubelles. Une démarche qui semble faire des émules, d’ailleurs.
Le gravity bike dans sa version finale, avec la déco « Tron vibes » de l’artiste Max Paternoster.
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« Quand on a lancé The Rag and Bone Man, on nous faisait remarquer à quel point c’était écologique, mais en réalité, j’ai commencé à recycler des vieux matériaux pour une raison purement économique : c’était moins cher que d’acheter du matériel standard. Un gros morceau de métal coûte les yeux de la tête et parallèlement, les gens jettent leurs disques de frein. Moi, j’utilise des embouts d’extincteurs, il n’y a qu’à se baisser pour les ramasser dans les casses. Le gaspillage dans ce pays me remplit de honte. Les appareils modernes ne sont plus conçus pour être réparés ; ils se cassent pour que les gens en achètent un neuf. J’aime les vieux matériaux parce qu’ils étaient faits pour durer. Ils étaient conçus pour que les pièces puissent être remplacées, c’était la solution la plus abordable. »
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MAX PATERNOSTER
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es principes de durabilité, Lizzie et lui les appliquent au quotidien. Ils se sont dit oui en 2017 (dans un mur de la mort de fête foraine, bien entendu) et ont acheté une maison qu’ils restaurent petit à petit. Un projet qui progresse « très lentement », admet Firbank à regret, même si le couple met toute son ingéniosité au service du projet. « On buvait une quantité astronomique de lait, donc j’ai acheté une machine à broyer le plastique », expliquet-il en désignant une grande boîte remplie de bouchons de bouteilles concassés. Il indique ensuite un mixeur à pâtisserie qui sert au lavage. « On utilise une presse de 20 tonnes pour les compresser dans de grands moules afin d’en faire des carreaux. Une fois cuits, on les utilisera pour la salle de bains. » Voilà le genre de cerveau que les gouvernements feraient bien d’exploiter pour réduire les émissions de CO². Tant pis pour la COP26. En attendant, des restaurants et des hôtels, de l’Australie à Singapour, font régulièrement appel à son ingéniosité. Et il termine tout juste sa « saison des trophées », comme il l’appelle, la fabrication d’objets en argent pour des compétitions organisées l’été, comme cette coupe pour le Malle Mile Beach Race, un rallye motos qui a lieu annuellement dans sa ville en septembre. Celle-ci devra attendre sagement dans son atelier, la marée est montée si vite cette année que l’événement a été écourté. Les Firbank reviennent à peine de Silverstone où Fabio Quartararo, le pilote français de MotoGP et champion du monde en titre, a soulevé la coupe du Grand Prix de Grande-Bretagne conçue et réalisée par ses soins. « J’étais en face de ce motard quand il a reçu le trophée, raconte Lizzie. J’ai pensé à la quantité de travail investie, et tout le chemin parcouru pour en arriver là, j’en ai eu les larmes aux yeux. » Qui se ressemble s’assemble, dit le dicton, et c’est également vrai dans le domaine des objets atypiques. Des rencontres que Firbank décrit avec le même enthousiasme que s’il venait de découvrir un gisement de sièges de tracteurs. « On vendait un fauteuil de coiffeur des années 50 et ce qui restait d’un moteur d’avion d’époque dans une brocante auto, et ce type a négocié un prix avec nous, en nous disant qu’il était retraité et en nous demandant si on pouvait le livrer à domicile, se souvient-il. En gros, il nous a bien eus. »
Un croquis de Paternoster illustrant la moto de ses rêves. Son nouveau projet avec Firbank : une tronçonneuse géante.
Car l’adresse était celle d’un immense manoir. « Il a envoyé un de ses employés à notre rencontre. En roulant dans l’allée, on a aperçu des machines à vapeur d’époque. Une pièce abritait quatre Rolls Royce des années 20, une autre quatorze camions de pompiers, eux aussi des années 20. » Une collection haut de gamme tellement énorme que, selon Firbank, le propriétaire avait dû déménager dans un petit cottage à côté du manoir. « Vous connaissez cette moto, la Vincent Black Shadow ? Il vient de s’en vendre une à plus de 700 000 €. Ce type en avait 22 dans une pièce ! Ce ne serait même pas possible de toutes les vendre en même temps, le marché s’effondrerait. » Nul ne sait ce qu’il adviendra du gravity bike, mais une chose est sûre : Firbank aura du mal à s’en séparer, même s’il reconnaît l’avoir échappé belle lors de sa première sortie. « J’ai fait du 96 km/h et les freins, qui venaient d’un VTT Argos modèle enfant, ont fondu. Je pense qu’on aurait pu faire du 110 km/h… On fera peut-être un nouvel essai. » En attendant, le voilà déjà lancé sur son prochain projet : « Un objet d’art à partir d’un moteur radial d’avion des années 30. On va en faire une tronçonneuse géante. Max s’occupe des dessins qui nous serviront ensuite de modèles pour la fonte. » Qu’il s’agisse de construire des appareils électriques à partir d’avions d’époque, d’adapter une profession disparue aux défis modernes ou de participer au développement durable en recyclant les déchets de ceux qui prennent notre planète pour une poubelle géante, on a tous quelque chose à apprendre de la vision du monde de Firbank : il faut parfois creuser un peu pour voir la vraie valeur des choses. « Tout ne tourne pas autour de l’argent ou de la ferraille, philosophe-t-il. Oubliez la perfection, lancez-vous et vous en tirerez toujours quelque chose. L’important, c’est le plaisir. »
Pour revivre en images la fabrication du Gravity Bike par The Rag and Bone Man, c’est par ici : theragandboneman.co.uk/redbull-gravity-bike 57
FULL METAL MINETTES Le groupe de metal 100 % féminin VOICE OF BACEPROT s’est habitué aux préjugés, que ce soit dans sa province natale et conservatrice de Java Ouest, pour avoir adopté la « musique du diable », ou en Occident, pour porter un hijab. Mais sur scène, une seule chose compte pour le jeune trio : la puissance du rock. Texte ALICE AUSTIN
Photos KEFFER
Voice of Baceprot : (de gauche à droite) Widi Rahmawati (basse), Euis Siti Aisyah (batterie) et Firdda Marsya Kurnia (voix et guitares), photographiées à Rennes en décembre dernier.
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itti, Widi et Marsya, les jeunes femmes qui forment le groupe de metal Voice of Baceprot, se présentent comme un pack de trois. Elles se tiennent par le bras quand elles marchent et leur taille est semblable au point qu’on pourrait les prendre pour des triplées. Elles rient aussi tout le temps. C’est un rire contagieux, le son de la jeunesse et de la découverte. Personne au monde n’est tout à fait comme elles. Voice of Baceprot – Baceprot signifie « bruyant » en soundanais, leur langue maternelle – est originaire de Singajaya, un petit village de Java Ouest, en Indonésie. À Singajaya, il n’y a ni wifi, ni studio d’enregistrement mais une famille de cinq personnes y vit avec 35 € par mois. Voice of Baceprot (souvent abrégé en 60
VOB) s’est formé en 2014 après que les trois amies sont tombées par hasard sur l’album Toxicity (2001) du groupe de metal américain System of a Down en farfouillant sur le PC de leur conseiller d’orientation scolaire. Sitti, alors âgée de 14 ans, a pratiquement passé tout un mois à apprendre la partie de batterie sur le modeste kit de leur école. Marsya a fait de même à la guitare, ainsi que Widi à la basse, et au bout d’un mois, elles avaient maîtrisé leur première reprise. Le professeur dont elles avaient piraté l’ordinateur, Ahba Erza, a été épaté par leur passion et leur talent et s’est dédié à cultiver la semence qu’il avait plantée par inadvertance.
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l est 12 h 30, un samedi de décembre froid et ensoleillé à Rennes, et le groupe, installé dans un resto à ramen, ajoute de la sauce pimentée dans sa soupe. « Elles trouvent la nourriture ici un peu fade », explique Nadia Yustina, leur manager. Le concert de ce soir aux Rencontres Trans Musicales est la toute première prestation du trio dans un festival européen, mais si elles sont nerveuses, elles le cachent bien. Elles parlent entre elles dans un mélange de soundanais et d’anglais, essayant d’expliquer pourquoi elles n’ont pas d’amies. « Dans mon village, quand on me voit, on me tourne le dos THE RED BULLETIN
En transe : voilà ce qui arrive si l’on demande à Marsya de parler de son hijab ; VOB brave le froid pour une séance photo aux abords de la salle (ci-contre).
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comme ça », dit Marsya (nom complet : Firdda Marsya Kurnia), la chanteuse et guitariste de 20 ans. Elle se tourne, et seuls les plis noirs de son hijab sont visibles, avant de se retourner avec un sourire éclatant. « C’est vrai ! » « Oui, ajoute la batteuse Sitti (Euis Siti Aisyah), 20 ans également, mais certaines personnes qui étaient méchantes à l’école nous envoient maintenant des messages quand elles veulent quelque chose. » La bassiste Widi (Rahmawati), l’aînée du groupe qui a 21 ans, secoue la tête d’un air désapprobateur. Bien qu’elles n’aient pas d’amies, les VOB ont beaucoup de followers : 163 000 en hausse sur leur Instagram collectif, et plus de 30 000 chacune. L’Indonésie est la plus grande nation à majorité musulmane du monde et Java Ouest est particulièrement conservateur. Beaucoup dans la communauté de VOB croient que la musique est haram (c’est-àdire interdite par la loi islamique) et n’ont donc pas bien réagi lorsque le trio s’est aventuré dans le metal. On a même jeté une pierre à la tête de Marsya. Sur une note qui emballait le projectile était écrit : « Arrête de faire la musique du diable ! » Un motocycliste l’a également renversée volontairement et la vitrine de la boutique de sa mère a été fracassée. Une fois, un chef religieux a coupé l’alimentation électrique principale juste avant que VOB ne monte sur scène, et leur manager a reçu des menaces au téléphone qui l’enjoignaient de dissoudre le groupe. Les VOB ne sont pas là juste pour le fun d’une tournée en Europe : ces jeunes femmes ont tout sacrifié pour faire de leur rêve une réalité. Les trois musiciennes engloutissent leurs nouilles. Elles sont affamées après une série d’interviews ce matin. Elles ont eu du mal à répondre aux questions d’une journaliste française qui s’est focalisée sur leurs hijabs. « Ici en France, a-t-elle dit, nous pensons que les femmes qui portent le voile sont opprimées. L’êtes-vous ? » « Ce ne sont pas des voiles intégraux, a dit Nadia. Ce sont des hijabs. » « Très bien, des hijabs. Êtes-vous opprimées ? » Marsya a expliqué que la religion lui apporte la joie et la force, qu’elle porte son hijab par choix et qu’elle le voit comme un symbole de paix et de beauté. Les membres du groupe ne sont pas surprises par ces questions, mais commencent à en avoir assez. Nadia leur a expliqué la perception de l’Islam en Europe avant le début de la tournée : « J’ai dû leur expliquer quels étaient les stéréotypes afin qu’elles puissent s’y préparer. »
On a même jeté une pierre à la tête de Marsya, avec ce message : « Arrête de jouer la musique du diable ! »
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e metal est énorme en Indonésie. Même le président du pays, Joko Widodo, âgé de 60 ans, se décrit comme un metalleux. La scène est florissante avec des festivals comme Hellprint, Hammersonic et Rock In Solo qui attirent des centaines de milliers de fans chaque année. Nadia gère des groupes de cette scène qui a été dominée par les hommes pendant des dizaines d’années mais
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Feedback positif : mission accomplie pour la c hanteuse/ guitariste Marsya (ci-contre) ; T-shirt de la tournée Fight Dream Believe de VOB, première aventure européenne (en haut) ; Marsya a composé son discours émouvant sur son smartphone juste avant de monter sur scène (ci-dessus).
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Back in black : les trois potes sont souvent serrées l’une contre l’autre et se marrent (en haut) ; les tenues de tournée de VOB ont été conçues dans un tissu traditionnel porté dans leur province de Java Ouest, avec des ornements de groupe rock.
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La vie en tournée : « Bonsoir Rennes ! » (en haut). L’heure qui a précédé leurs débuts dans un festival européen, les membres du groupe ont à peine parlé et se sont consciencieusement chauffées sur leurs instruments dans le backstage (ci-dessus).
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Dieu leur a donné le rock : Voice of Baceprot pose devant le public des Rencontres Trans Musicales. Le groupe fait le signe des cornes et joue la « musique du diable », mais les musiciennes affirment que leur foi leur permet de garder les pieds sur terre.
elle a été intriguée par l’appel d’Ahba Erza, en 2017, lui demandant son assistance pour gérer VOB. Elle a fait onze heures de route depuis Jakarta pour rencontrer le groupe dans son village, et a passé deux heures à expliquer les pièges, la hiérarchie et la politique de l’industrie musicale, et ce qu’il faut attendre de la célébrité. Puis elle a demandé si elles avaient des questions. Marsya s’est lancée : « Comment mange-t-on dans un avion quand la nourriture vole tout autour ? » « Oui, a ajouté Widi, d’un ton grave, et comment fait-on pour faire pipi ? » C’est à ce moment-là que Nadia a su qu’elle devait faire partie de leur aventure. En 2017, VOB s’est produit à travers l’Indonésie, est passé à la télévision nationale, et a fait l’objet d’un article dans le quotidien britannique The Guardian. 66
L’année suivante, elles ont sorti leur premier single, School Revolution, une chanson de thrash-metal complexe qui mettait en valeur leur prouesse technique et leur habileté dans l’écriture. Ce single a propulsé le groupe sur la scène internationale et des articles dans le New York Times et des reportages à la BBC, à la radio publique américaine NPR et chez le radiodiffuseur public allemand DW ont suivi. Puis la pandémie du coronavirus est arrivée et a tout arrêté. Mais Nadia a vu dans cette interruption le moment idéal pour peaufiner les compétences autodidactes du groupe. Elle a donc fait à nouveau le long trajet jusqu’à leur village pour expliquer à leurs familles pourquoi les trois jeunes femmes devaient déménager dans la capitale, Jakarta. C’est là que VOB partage désormais un appartement, même si elles passent beaucoup de temps chez Nadia, à barboter dans sa THE RED BULLETIN
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Sur les visages du public, la surprise se mêle au plaisir : mais comment un si petit trio peut-il produire autant d’énergie ? piscine entre deux répétitions du groupe. Le trio a passé l’année dernière sous la supervision de membres des groupes de rock indonésiens Musikimia et Deadsquad et du bassiste de jazz, Barry Likumahuwa. Mais arriver à ce stade n’a pas été une sinécure. Comme pour leurs luttes au sein de leur communauté villageoise, VOB a dû se battre pour être accepté sur la scène metal indonésienne. Certains groupes locaux n’ont pas apprécié que trois jeunes femmes viennent leur voler la vedette. Ils médisaient dans leur dos et prétendaient que VOB payait pour se produire dans les festivals. Nadia ne s’est pas laissée faire et leur a dit sa façon de penser. Aujourd’hui, après cinq ans de travail, les VOB ont leur soutien total. Leur single God Allow Me (Please) to Make Music, sorti en 2021, a été diffusé sur toutes les grandes stations d’Indonésie et repris par tous les metalleux de la scène. Les morceaux de VOB abordent des sujets tels que la tolérance religieuse, le changement climatique, la misogynie ou la guerre, et Nadia admet qu’elle se sent parfois coupable de la responsabilité qui pèse sur leurs épaules. « C’est à elles de montrer au monde ce que signifie l’Islam en Indonésie, dit-elle, et de montrer aux jeunes d’Indonésie qu’ils peuvent faire tout ce qu’ils veulent. »
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haque hiver, les Rencontres Trans Musicales embrasent la ville de Rennes. Le festival annonce quelles seront les tendances et présente ce qui sera le prochain gros truc dont on parle. Daft Punk, Cypress Hill, Björk, MIA, Portishead et Nirvana ont tous joué ici. Ce soir, VOB se produit dans le Hall 3, une énorme salle de la dimension de deux terrains de football. Le groupe et son manager se tiennent serrés, les unes contre les autres, dans les coulisses. Nadia chuchote quelque chose de sérieux, puis elles se serrent fort, tapent du pied et se libèrent. Alors que la salle de concert se remplit, leurs rires légers se transforment en un silence nerveux. Le groupe porte des tenues noires faites de matériaux traditionnels de leur province de Java Ouest. Sitti est assise sur un ampli et joue de la batterie en fermant les yeux. Marsya récite silencieusement les paroles, et Widi
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gratte une basse imaginaire, le visage un peu plus pâle que d’habitude. « Tu sais, nous avons l’impression d’être seules quand nous sommes sur scène, dit Sitti. Alors nous nous promettons que lorsque nous ne sommes pas sur scène, nous restons toujours près l’une de l’autre. » Les lumières s’éteignent. C’est l’heure. Le groupe se met en place sur la scène. Lorsque les lumières se rallument, les trois femmes semblent minuscules face à cette vaste foule dans cet immense espace. Mais Sitti lève ses baguettes au-dessus de sa tête et frappe quatre fois le charleston et c’est comme si elles se mettaient à grandir. La foule est frappée de plein fouet par un tsunami sonore. Sur les visages de la foule, un mélange de surprise et de plaisir. Mais Comment un si petit trio peut-il produire autant d’énergie ? « Bonsoir, France ! » dit Marsya alors que leur premier morceau s’achève avec fracas. « Nous sommes Voice of Baceprot. Merci de votre accueil ! » La réponse est assourdissante. Le groupe se lance dans School Revolution. Les photographes dans la fosse font du head-banging entre deux clichés. Derrière, des hardos d’âge mûr procèdent au signe des cornes traditionnel au-dessus de leurs têtes. Marsya s’approche du micro alors que les dernières notes résonnent. Sa nervosité a disparu pour faire place au charisme d’une frontwoman expérimentée. « Avant ce concert, nous avons eu quelques interviews et tout le monde nous a posé des questions sur nos hijabs, dit-elle, debout, les jambes écartées, fixant le public d’un air de défi. Et vous savez quoi ? On dirait que nous sommes venues ici pour un défilé de mode. Alors maintenant, je vais vous le dire : nous sommes venues ici pour réaliser nos rêves et vous montrer que notre hijab est un signe de paix, d’amour et de beauté ! » La foule hurle son approbation. « Et vous savez ce qu’on fait quand quelqu’un pose des questions sur nos hijabs ? poursuit-elle. Voilà ce qu’on fait… » Sitti martèle sa batterie, fait des roulements, frappe ses cymbales. Les metalleux hurlent en signe d’approbation. « Et vous savez ce qu’on fait quand quelqu’un utilise des mots haineux à notre égard ? Voilà ce qu’on fait… » Avec ses doigts emplies d’une fougue juvénile, Widi se déchaîne sur sa basse et la fait vrombir si gravement que les amplis semblent possédés. « Et vous savez ce qu’on fait quand on nous demande si le hijab est notre choix ? Voilà ce qu’on fait ! » Le groupe se lance dans Killing in the Name de Rage Against The Machine. Et alors que Marsya hurle dans le micro, Sitti malmène sa batterie et Widi sa basse, il est indéniable que quelque chose de spécial se passe ici. C’est comme si Voice of Baceprot pouvait changer le monde. voiceofbaceprot.com 67
LE PROFESSIONNEL Jason Paul, 30 ans, est l’un des cent traceurs à Francfort. Parmi leurs spots favoris : le métro.
On reconnaît les champions de parkour à leurs doigts. L’auteur Marc Baumann (à dr.) s’extasie sur les puissantes mains de Jason Paul.
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UN JOUR AVEC
SPIDER-MAN Les athlètes de parkour surmontent les obstacles urbains avec des moves aussi élégants que spectaculaires. The Red Bulletin a suivi JASON PAUL, le champion du monde de la discipline. Texte MARC BAUMANN
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Certains utilisent les murs comme rampe de lancement. Jason Paul sait aussi les remonter ou (comme ici) y faire un backflip.
Parkour
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es phrases que je prononce le plus souvent ce jour-là à Francfort sont « Ne te fais pas mal ! », suivies de : « Tu es sûr que ça va marcher ? ». C’est ce qui se passe quand on se promène avec Jason Paul: on se fait constamment du souci pour lui. Son boulot consiste à se tenir en équilibre le long de précipices vertigineux ou à sauter en prenant son élan sur la balustrade étroite d’un pont alors que derrière, c’est le vide. Un faux pas et c’est fini. Jason est un type super sympa, en plus d’être le père d’une petite fille. Ce serait donc super sympa s’il avait encore quelques années devant lui. Au départ, je croyais qu’une expérience de parkour serait une question d’agilité et de rebond, mais au final, j’ai beaucoup appris sur mes propres peurs. Et sur la question des risques que l’on peut prendre dans la vie. Lorsque je pars tôt le matin de Munich, ma copine me dit à deux reprises de faire attention à moi, et me l’écrit encore une autre fois par SMS. Dans mon sac, il y a une protection dorsale, des genouillères et des protège- poignets, soit mon vieil équipement de skate. Je ne sais pas ce que l’on porte pour le parkour. Je connaissais à peine ce sport avant, mais j’avais l’impression qu’il provoquait écorchures et entorses, vu tous ces sauts, ces roulades au sol, ces murs qu’on grimpe… Question : où puis-je, en ce lundi matin, trouver une araignée radioactive pour me piquer…
THE RED BULLETIN
PARÉ. Le pro Jason n’a pas besoin d’équipement particulier, juste des vêtements confortables, et d’un bonnet.
PRÉLIMINAIRES. Quelques pompes pour s’échauffer. Jusque-là, notre auteur (à droite) arrivait tout juste à suivre Jason.
Petite auto-évaluation franche : je suis trop gros et maladroit. Je mesure 1,90 m et frôle les 100 kilos. Je joue souvent au foot, je pratique un peu le vélo de course, parfois le skate ou le surf. Le pire à l’école pour moi, c’était la gymnastique au sol et aux agrès ; le parkour semble être un mix des deux. Je dois être la personne la plus inapte pour cela. « Le parkour est dans nos gènes, nous sommes tous grimpés aux arbres quand nous étions des singes », lance Jason Paul. Sauf que son singe était un jeune chimpanzé alors que le mien était un orang-outan paresseux. Notre échauffement prend une tournure préhistorique : Jason balance ses bras, puis les fait tournoyer avant de se pétrir les mains. Mes
« LE PIRE À L’ÉCOLE POUR MOI, C’ÉTAIT LA GYMNASTIQUE AU SOL ET AUX AGRÈS. LE PARKOUR SEMBLE ÊTRE UN MIX DES DEUX. » JASON PAUL
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Parkour
MAÎTRISE TON CORPS ! Jason Paul montre à notre auteur comment garder l’équilibre au skatepark d’Osthafen, sur les rives du Main.
chevilles craquent, pas les siennes. Au fait, ces mains ! Au premier regard, on ne devine pas un champion du monde chez Jason : il arrive en chemise Hugo Boss et chaussures en cuir. Mais une fois changé (hoodie, baggy, baskets, casquette), sa puissance corporelle est flagrante. Et puis, ces mains ! Deux fois plus épaisses que les miennes, pleines de callosités et de durillons. Quand on veut se suspendre à la façade d’un immeuble à une hauteur mortelle, il faut de tels doigts.
DANS CE SPORT, IL S’AGIT DE SE DEMANDER QUELS RISQUES ON PEUT PRENDRE DANS LA VIE.
Monter sur le mur
Nous allons du skatepark à un terrain de foot en dur. La clôture qui l’entoure fait environ cinq mètres de haut. « Tu peux monter là-haut ? », demande le photographe. Hop, Jason s’exécute. J’arrive à 2,50 m de hauteur, puis j’ai trop mal aux doigts à cause du fil de fer. Lui se tient en équilibre en haut, puis saute sur une deuxième clôture proche et se laisse glisser vers le bas. Ça, c’est de l’échauffement. Jason m’assigne mon premier exercice : bondir sur un mur de la hauteur de mes hanches, puis sauter en bas, style parkour, c’est-à-dire plus vite, plus élégamment et en rebondissant mieux que ce que l’on ferait normalement. J’y arrive à peu près. « C’est vous le gars du Red Bull Parkour ? » Avant de continuer, trois jeunes du coin l’ont reconnu et demandent de faire un selfie avec notre champion. Jason Paul a commencé à pratiquer ce sport en 2004, à l’âge de 13 ans. Rien ne laissait présager un grand talent. « Je n’ai 72
FIN DE PARCOURS. Ici, Marc aurait dû faire un wall flip 360 très stylé. Note : 11/20.
jamais fait de gymnastique ou quoi que ce soit. J’ai seulement joué au handball, j’étais gardien de but. » Et il aimait les films de Jackie Chan. Ce qui a fini par déclencher sa passion, c’est un documentaire sur des jeunes de la banlieue parisienne qui faisaient du parkour, les Yamakasi. Leur chef de file était David Belle dont le père était pompier et soldat. Ce dernier a utilisé ses exercices de gymnastique d’abord pendant la guerre, puis pour sauver des gens de maisons en feu. Son fils en a fait un sport. La source d’inspiration du père de David remonte en revanche à bien loin : à la Méthode naturelle de l’officier de marine Georges Hébert, vers 1900. Dans le parkour original, il n’y a qu’une seule règle : pas d’accessoires. Seul le corps vient à bout des obstacles.
L’élégance ? Elle se travaille…
L’exercice suivant est appelé lazy vault. Cette fois, le mur est à hauteur du nombril. Le tout se déroule à peu près comme suit : on part de biais, prend appui sur une main, franchit l’obstacle avec la jambe d’élan et la jambe d’appui, pose la deuxième main sur le mur, pousse légèrement et on continue à courir devant soi. Un mouvement fluide et rapide… pour Jason. En ce qui me concerne, le photographe essaie de trouver des angles qui m’avantagent. « Il m’a fallu six mois pour apprendre à rouler correctement sur le béton », explique Jason. La première fois qu’il est tombé d’un mètre de haut, il s’est cogné la tête tellement fort qu’il a vu des étoiles. Changement de décor. Un pont très fréquenté qui enjambe le Main. Près d’un passage souterrain, un mur en pente. Au-dessus, Jason fait un reverse vault, c’est-à-dire une sorte de rotation à 360 °. On démarre avec un élan, on pose les deux mains en même temps et on se projette ensuite – le dos vers le bas – en effectuant une rotation complète du corps par-dessus. Important : les deux pieds doivent être suffisamment hauts THE RED BULLETIN
SANS FAÇON
Cette acrobatie est trop périlleuse pour notre auteur : Jason, lui, se fait plaisir.
Parkour
IL ME MANQUE L’ÉLAN, LA ROTATION ET L’ÉLÉGANCE. ENTRE-TEMPS, JASON FAIT UN SALTO ARRIÈRE.
À LA VOLÉE. Le parkour a été inventé à l’origine pour pouvoir franchir plus rapidement les obstacles dans des situations d’urgence.
dans les airs, sinon on reste suspendu et on se cogne le dos contre le sol. Avec de l’aide, j’y arrive à peu près.
L’abeille tueuse...
On continue vers le pilier du pont à côté de la chaussée. Là, un wall spin sur la paroi du pont qui se dresse en biais. Je ne peux pas expliquer ce que c’est exactement, car je n’ai pas tout compris, ou plutôt mon corps n’a pas suivi. Tout est raté : l’élan, la rotation, l’élégance. Alors que l’on passe au niveau supérieur, Jason Paul profite d’une pause dans la discussion entre le photographe et moi, prend quatre pas d’élan et saute du mur incliné à quatre mètres de distance sur le parapet du pont. En-dessous, une fosse bétonnée de quinze bons mètres de profondeur. Le parapet est large comme la main. Notre photographe lui demande de reproduire le saut. Nouvelle course d’élan, saut, atterrissage au millimètre près et vlan, en équilibre. Puis j’essaie… et je me tue. Non, bien sûr, je n’essaie même pas. Je ne veux pas que Jason 74
recommence. « Et si tu glisses ? », je demande. « Je ne glisse pas, répond Jason. N’essaie pas de me convaincre. » « Et si ça arrivait ? » « Il y a dix-huit ans d’expérience de parkour derrière ce saut, je ne prends donc pas les mêmes risques que toi », assène-t-il. Il ajoute qu’il est aussi convaincu de sauter sur la rambarde et de ne pas glisser que je le suis de pouvoir sauter sur un trottoir et de ne pas tomber. À 100 %. Bien. Jusqu’à l’histoire de l’abeille. Une fois, Jason s’est fait piquer par une abeille pendant un saut, ce qui l’a déstabilisé et lui a fait perdre l’équilibre et rater son atterrissage. Heureusement, le saut n’avait rien de vraiment risqué. Et, bon, d’accord, une autre fois, il avait pourtant vérifié x fois la stabilité d’une branche, mais au moment de réaliser la figure proprement dite, celle-ci s’est cassée. « J’ai interprété cela comme un rappel : le risque ne peut jamais être complètement éliminé. » Une centaine d’adeptes de parkour à Francfort font partie d’un groupe
WhatsApp, amateurs autant qu’avertis. C’est avec eux qu’il a rendez-vous. « Je choisis de passer du temps avec ceux qui pensent comme moi. Pas avec des mecs qui me poussent dans la surenchère. » La nouvelle génération d’adeptes du parkour se risque à des choses qui sortent de sa zone de sécurité pour des likes sur les médias sociaux. Sur Instagram, les gens surenchérissent tous les jours avec des sauts toujours plus dangereux. Jason Paul, lui, s’intéresse davantage au rythme des exercices successifs, à leur enchaînement. Il a découvert le breaking durant la pandémie, il associe maintenant la danse au parkour.
Un jeu contre soi-même
« Il nous faut encore quelques beaux motifs, s’exclame le photographe, le soleil commence à descendre. » Jason s’élance dans un backflip, un salto arrière, sur le mur artistiquement tagué d’un immeuble. Nous adhérons tous les trois implicitement sur le fait que je suis hors jeu depuis longtemps. L’athlète THE RED BULLETIN
Cela fonctionne même pour les débutants, comme on peut le voir ici. On reconnaît le pro à son reverse vault…
s’amuse encore un moment dans le métro, réalise divers sauts et figures en s’appuyant sur une machine, jusqu’à ce qu’un quidam sympa, mais pressé, nous demande de libérer l’espace : « Le métro arrive dans une minute, il faut que j’achète mon billet. » Nous continuons à marcher jusqu’à la tour de la Banque centrale européenne, devant laquelle se trouve un pont. Jason grimpe et marche sur le rebord du pont. Hauteur : dix mètres. « Attention, je vais sprinter… », lance-t-il. Et il se met à courir. Le parkour est un jeu dans lequel on se bat contre soi-même : qu’est-ce que tu oses faire ? Qu’est-ce que tu peux contrôler ? Et comment fais-tu pour gagner un mètre, plus loin ou plus haut ? « À chaque session, j’essaie de pratiquer une figure qui me fait peur, explique Jason Paul. Le plus difficile est de faire la différence entre ce qui me fait peur mais que je peux réaliser, et ce qui me fait peur et que je ne peux pas faire. » Il est « sacrément prudent », estime-t-il. Autant, suppute-t-il, que le peuvent être les sportifs THE RED BULLETIN
qui deviennent triples champions du monde dans les sports d’action. Mais ses visites chez le médecin en disent long : jusqu’à présent, un seul bras cassé et trois ligaments déchirés en presque vingt ans de pratique. Sa fille de deux ans lui fournit de nouveaux arguments sans appel : « Si je me blesse, je ne pourrai plus la porter ni la soulever pour jouer avec elle. » Quand la nuit tombe, nous nous disons au revoir. Et alors que je me promène sur les quais du Main, je remarque que mon regard a changé. Je scrute les balcons des appartements. Je me demande si et comment je pourrais grimper jusqu’au toit de l’immeuble. Tranquillement. La ville acquiert une dimension supplémentaire, je ne la pense plus seulement en termes de longueur et de largeur, mais aussi de hauteur et de profondeur. Je me sens comme Spider-Man. J’ai envie de franchir une barrière de sécurité en effectuant un gracieux lazy vault. Je grimpe dans le train en boitant. Instagram : @thejasonpaul
« À CHAQUE SESSION, J’ESSAIE DE PRATIQUER UNE FIGURE QUI ME FAIT PEUR. » JASON PAUL
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PERSPECTIVES Expériences et équipements pour une vie améliorée
ADOBE STOCK
CHAUD DEVANT !
La globe-trotteuse allemande Ulla Lohmann nous propose un safariphoto sur l’Etna et le Stromboli. 77
PERSPECTIVES voyage
« On se sent minuscule dans le ventre de la Terre mère, et conscient d’être là où tout a commencé. » Ulla Lohmann, guide de voyage et photographe, évoque ici la magie des volcans.
L
es volcans m’ont toujours fascinée. À 18 ans, j’ai remporté le concours « Jugend forscht » (trad. Jeunesse et Recherche) en Allemagne et me suis offert un voyage autour du monde avec l’argent du prix. Quelque temps plus tard, me voilà dans le Pacifique Sud, à Vanuatu, avec mon sac à dos, visitant l’intérieur d’un cratère. Le lac de lave était impressionnant, mais petit. L’expérience n’en était pas moins captivante et a marqué la naissance de ma passion pour les volcans, une passion qui ne m’a plus quittée. Chaque volcan a son propre caractère. L’Etna par exemple, me fait penser à une femme agitée, toujours au bord de la rupture : elle explose un instant, puis retrouve son calme, jusqu’à ce que la pression redevienne supportable. Voisin de l’Etna, le Stromboli est à l’antipode. Je vois en lui un vieil homme allant son chemin en toute quiétude, et lorsque l’envie d’éructer le prend, il le fait en toute insouciance. La proximité géographique de ces deux volcans si différents fait tout l’intérêt de ce safari-photo en Sicile et à Stromboli.
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Une coulée de lave sur le Stromboli : le flux s’écoule dans la mer le long de la Sciara del Fuoco (trad. le chemin de feu).
Un bateau assure la liaison entre la Sicile, Stromboli et Vulcano (ici en photo). THE RED BULLETIN
Vulcano en vue : la Sicile et les îles Éoliennes portent l’empreinte de l’activité volcanique.
Le voyage En avion, en train ou en voiture ; puis, le ferry ou un bateau. L’Etna et le Stromboli se situent tous deux à l’extrême sud de l’Italie. Stromboli est une petite île située aux abords de la Sicile. Un ferry via Catane et le port de Milazzo vous y emmène. Plusieurs itinéraires conduisent au sommet du volcan. Ulla Lohmann recommande la route pittoresque de Ginostra. L’ascension de l’Etna est relativement facile, un téléphérique dessert la partie inférieure : le Funivia dell’Etna dépose
Italie
Rome
les passagers à 2 504 mètres d’altitude, le sommet se situant à 3 357 mètres. Un bus 4×4 conduit ensuite les adeptes du confort à environ 3 000 mètres.
Stromboli Vulcano Etna SICILE
Catane
ULLA LOHMANN (2), ADOBE STOCK (2) WERNER JESSNER
Dans le volcan Je pratique la photographie depuis plus de vingt ans. Je suis certes géographe de formation, mais la photographie et les voyages restent mes passions de toujours. J’aime à croire que je suis une conteuse d’histoires, et la photo est mon mode d’expression. Je suis toujours en vadrouille. Pour financer mes voyages, j’ai même été cuisinière sur un bateau. Cela m’a permis de parcourir le monde et je ne compte pas m’arrêter. Mon mari et moi détenons le record du monde de la plus longue descente en rappel dans un volcan actif : 600 mètres ! Ce fut l’une des expériences les plus intenses de ma vie. J’avais l’impression d’être dans le ventre de la Terre. Cela n’a rien d’agréable, mais c’est incroyablement THE RED BULLETIN
Bon à savoir
Une éruption sur l’Etna : selon Ulla Lohmann, le volcan a l’âme d’une femme agitée.
L’Etna (3 357 m d’altitude) est le plus haut volcan actif d’Europe, son sommet compte quatre cratères et près de 400 cratères secondaires. Son activité millénaire a entraîné à plusieurs reprises la destruction de la ville de Catane, posée à son pied. Son éruption en 44 av. J.-C. aurait été si violente que le nuage de cendres a obscurci le ciel jusqu’à Rome et aurait été à l’origine des mauvaises récoltes en Égypte et en Chine. La dernière éruption remonte au mois d’octobre 2021, avec des nuages de cendres projetés à 9 000 mètres d’altitude.
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PERSPECTIVES voyage
Lave n’est pas magma Mais nul besoin d’être au cœur d’un volcan pour sentir sa magie, son odeur de soufre, son énergie explosive ! Et l’adrénaline n’est pas à vrai dire ma tasse de thé, bien au contraire. Je planifie soigneusement mes expéditions en calculant chaque risque. Je ne m’aventure sur les volcans que lorsque les conditions sont sûres. Et pour ne rien laisser au hasard, je consulte les scientifiques et les observatoires. J’ai également une formation en gestion de l’environnement et mon conjoint est géologue. Nous agissons de manière avisée. Les amateurs de volcans doivent garder plusieurs 80
« Plus on en sait sur un volcan, plus on est capable de sentir son âme. » La photographe Ulla Lohmann, 44 ans, partage volontiers son savoir avec ses hôtes.
choses à l’esprit : les volcans sont des montagnes qui génèrent leur propre climat. Les gaz qui en émanent favorisent la formation de nuages, ce qui explique les fréquentes précipitations près du sommet. Une veste étanche et un sac à dos résistant protégeant l’appareil photo et les objectifs sont donc recommandés ! Pensez d’ailleurs à emporter des téléobjectifs, car on ne peut pas toujours s’approcher autant qu’on le souhaiterait. J’utilise un 24-105 mm standard. Je dispose également d’un 100-500 mm, mais son poids devient problématique en montagne. Par ailleurs, même si un trépied reste nécessaire, celui-ci n’a nul besoin d’être sophistiqué. Il permet surtout de réaliser des photos très différentes de celles prises à main levée. Une photo doit avant tout susciter la curiosité. Et pour ce faire, le photographe doit maîtriser le sujet qu’il photographie. Ce qui, selon moi, est important : la différence entre le magma et la lave, le moment où les coulées de lave se sont formées, le type de gaz dans chaque volcan. Plus on en sait sur un volcan, plus on est capable de sentir son âme.
ullalohmann.com THE RED BULLETIN
ADOBE STOCK, SEBASTIAN KAYSER
puissant. Les impressions sensorielles vous submergent : la terre tremble, les gaz piquent le nez et le lac de lave bouillonne dans un vacarme assourdissant. En levant la tête, le ciel n’apparaît plus que derrière une toute petite ouverture qui semble hors de portée. En regardant vers le bas, dans le ventre de la Terre, on se sent tout à coup minuscule. Vous réalisez que vous êtes là où tout a commencé. Les volcans sont à l’origine de la vie sur notre planète. Un sentiment de gratitude vous envahit.
WERNER JESSNER
Le voyage à la découverte des volcans de l’Italie du Sud débute à Catane, la ville située au pied de l’Etna (ici en arrière-plan).
Attitude présente
ROAD TO JAPAN
FRANCE 2022
15 MAI-14H
MONTPELLIER
ZENITH SUD
FESTIVAL « A CHANGE OF DIRECTION » DU 8 AU 14 MAI BATTLE CREWS KIDS / 1VS1 B-BOYS & B-GIRLS / CONCERTS / SPECTACLES / JAM INFO & BILLETTERIE : WWW.BATTLEOFTHEYEARFRANCE.COM Disponible dans tous les points de vente habituels : fnac.com, magasins Fnac, Carrefour, magasins U
PERSPECTIVES gaming Choisir son arme
Toutes les manettes ne se valent pas. « Elle doit être confortable, avec des palettes à l’arrière. Je les utilise pour éditer (construire des bâtiments, ndlr) dans Fortnite, explique Ashman. La tension du joystick est également importante : pas trop rigide ou lâche. J’ai essayé toutes les manettes possibles, mais la Xbox Elite 1 est ma préférée. »
Se prendre en main
Utiliser une manette à un niveau d’élite nécessite une gymnastique des doigts : « Pour appuyer sur le bouton de saut dans Fortnite, vous devez retirer votre pouce du stick droit et vous en perdez le contrôle », explique Ashman. Pour compenser, il utilise une technique appelée « la griffe » : « Appuyez sur les boutons avec votre index et ne retirez jamais votre pouce du stick. Mes mains s’y sont adaptées. »
« J’ai presque arrêté de jouer à Fortnite - c’était trop facile. » Jaden « Wolfiez » Ashman
Le coup du fil
Jaden Ashman, recordman sur le jeu vidéo Fortnite, explique comment battre les guerriers du clavier et de la souris avec votre fidèle manette. Jaden Ashman est comme beaucoup de jeunes de 18 ans. Le Londonien joue régulièrement au jeu de bataille royale en ligne Fortnite et, sous son gamertag Wolfiez, il fait du live-streaming sur Twitch... pour 795 000 followers. Mais voyez-vous, Ashman n’est pas non plus comme les autres jeunes de 18 ans. En 2019, à l’âge de 15 ans, il a participé à la première Coupe du monde de Fortnite et est arrivé deuxième dans l’épreuve des Duos avec son coéquipier Dave « Rojo » Jong, remportant 2,25 millions de dollars (1,8 million de livres à l’époque) à eux deux. Ashman est ainsi devenu le plus jeune 82
millionnaire de l’histoire du sport électronique. Jaden a commencé à jouer à Fortnite peu après la sortie du jeu en juillet 2017. « J’ai presque arrêté, parce que c’était trop facile et que je trouvais ça un peu ennuyeux, se souvient-il.
Dans ce monde rempli d’avatars, gardez le contrôle.
Puis j’ai réalisé que cela pouvait en fait être une bonne chose. » À son retour de la Coupe du monde, remportée au stade Arthur Ashe de New York, suivie en direct par plus de 2,3 millions de téléspectateurs, il a pu acheter à sa mère la maison dans laquelle ils vivent encore. Cependant, ce qui distingue vraiment Ashman de ses rivaux, ce ne sont pas ses gains – les plus élevés de tous les joueurs britanniques d’esports – mais sa maîtrise d’une manette, un contrôleur, outil courant pour les joueurs réguliers de Fortnite, mais une rareté pour l’élite jouant sur PC. Ashman gagne gros avec sa manette. Voici comment...
Sachez faire pause
C’est en pratiquant que l’on devient parfait, mais il faut aussi savoir faire des pauses et rester en bonne santé. « J’ai eu des problèmes de main à cause d’un usage excessif, ce qui a ralenti mes résultats pendant un certain temps », admet Ashman. Il a consulté un kiné, qui lui a indiqué des échauffements à faire avec les doigts. « J’ai une routine de cinq minutes pour étirer mes mains avant de jouer. »
Suivez Jaden Ashman sur Twitch et Instagram sous son gamertag : @wolfiez THE RED BULLETIN
TOM WIGGINS
Contrôleur freak
Tous les réflexes du monde ne serviront à rien si le jeu ne peut pas vous suivre. « Les manettes sans fil ont une latence de quelques millisecondes, alors j’utilise des manettes filaires. Je désactive également la fonction rumble. Lorsque l’on vous tire dessus, vous ne voulez pas que la manette tremble dans vos mains. »
MARK ROE/RED BULL CONTENT POOL
JOUER
VENTURE PERSPECTIVES Equipment matos PADDLE
Sur un nuage À la recherche d’un stand-up paddle exceptionnel ? Ne vous laissez pas décourager par le vent : optez pour une planche gonflable Ride MSL Red Paddle de 3,5 m.
Le leash de 2,43 m entortillé s’adapte aux chevilles et aux poignets.
Des sangles élastiques maintiennent le matériel sur la planche.
La pagaie est en fibre de carbone pour plus de légèreté et de résistance.
TIM KENT
La pompe Titan II SUP (incluse) à double chambre gonfle la planche plus vite et plus facilement.
THE RED BULLETIN
Les planches gonflables durent plus longtemps que les planches rigides, résistent mieux aux chocs et sont plus faciles à transporter et à ranger. red-equipment.fr
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PERSPECTIVES à vous de jouer… Oubliez la peur
« Quand vous avez peur de vous blesser, c’est là que vous vous blessez, parce que vous êtes préoccupé. Le chase tag consiste à faire confiance à son corps et à ses instincts. Il y a un joueur appelé Sketchy Andy qui est tellement déterminé à obtenir un tag qu’il se jette d’un côté à l’autre du quad. Il s’est ouvert le visage plusieurs fois. »
Connaître le quad
« Chaque année, les obstacles restent assez constants, ce qui permet d’apprendre de nouvelles manœuvres. Xavia Rodriguez Alvarez, joueur mexicain, a un truc, le Guac Track : une boucle autour des obstacles au-dessus du sol le plus efficacement. Ma force est d’être proche du sol et de glisser sous les obstacles. »
Réflexe primaire
REJOINDRE
« Vous essayez de pousser votre poursuivant ou votre évadé dans une certaine zone. Vous tapez du pied et des mains pour faire paniquer votre adversaire et son cerveau se fixe au son qui arrive d’un côté du terrain, le forçant à aller dans l’autre sens. »
L
e tag, en anglais, plus connu sous le nom de « chat » chez nous, est l’un des jeux les plus primitifs de l’enfance. Les compétences requises pour gagner, fuir et esquiver le chat, sont nées d’un besoin ancestral de survivre dans la nature : chasser, esquiver, s’échapper. Pour Greg Ball, ces capacités se sont traduites directement par une carrière de compétiteur dans le World Chase Tag (WCT), une compétition intense et rapide entre un poursuivant et un évadé dans une arène remplie d’obstacles, appelée « quad ». Celui qui réussit en 20 secondes remporte le round. Le jeu est d’une simplicité diabolique, mais il est passionnant à regarder car les concurrents sont des maîtres en matière de gymnastique et de parkour.
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Le Britannique de 25 ans a découvert le chase tag dans son école de parkour locale. Ayant grandi avec les films de Jackie Chan, de Spider-Man et la première poursuite de Casino Royale de James Bond (2006), il a été immédiatement conquis. « J’adore ce sport parce qu’il vous met en mode combat ou fuite, explique Ball. Il y a peu de sports où c’est tout ou rien. »
Artiste de l’évasion : Greg Ball, athlète de parkour, trois fois champion du monde de Chase Tag et finaliste de Ninja Warrior UK.
Après avoir remporté deux championnats du monde WCT consécutifs entre 2016 et 2018 avec son équipe, Marrero Gang, et s’être hissé jusqu’à la finale 2019 de Ninja Warrior UK, Ball a désormais les yeux rivés sur une quatrième couronne WCT en juin prochain. Parmi les concurrents, on trouve l’équipe française Blacklist, dont le capitaine est Sébastien Foucan, fondateur du freerunning, l’un des adversaires de Ball dans Ninja Warrior UK, et l’homme poursuivi par James Bond dans la scène du chantier de Casino Royale. Foucan est un ami, un mentor, un rival et un héros d’enfance, mais Ball n’est pas intimidé. « Faites abstraction de vos pensées et ne faites qu’un avec le quad », dit-il. Voici les conseils de Ball pour éviter d’être le chat…
Intimidation game
« L’équipe UGen que Marrero Gang a battue en finale du WCT 2018 a des joueurs qui aiment nous intimider. Sketchy Andy vous fixe, gonfle sa poitrine, il entre dans le quad comme un animal. Mais il est facile de les déstabiliser. Ça doit marcher, ils ne nous ont pas encore battus. »
L’enfant intérieur
« Une chose que j’ai apprise de Sébastien Foucan est d’ajouter du ludique dans sa vie. Cela marche très bien avec le chase tag car, après tout, ce n’est qu’un grand jeu. Plus on s’amuse, plus on commence à jouer et plus on s’améliore. Si on le prend trop au sérieux, on se plante. »
Instagram : @greg_balll ; worldchasetag.com THE RED BULLETIN
HOWARD CALVERT
Le maître du World Chase Tag, Greg Ball, nous enseigne une version intense et pro d’un vieux classique des cours de récré.
JOHN MEYER
Le chat des pros
PERSPECTIVES Wings for Life World Run
COMMENT ÇA MARCHE ?
App-solument fantastique ! Qu’est-ce qui rend Wings for Life World Run si spécial ? Le 8 mai 2022, les participants prendront son départ dans le monde entier à 13 heures, heure française, et ce, où qu’ils se trouvent. C’est possible grâce à l’application ! Elle sera votre meilleure amie pendant cette course hors du commun, vous motivera et vous tiendra connecté(e) avec le monde entier.
Avec le Goal Calculator, vous pouvez fixer votre objectif de course individuel pour le jour de la course. Choisissez votre objectif de course et découvrez ici le temps dont vous disposez et l’allure que vous devez tenir pour l’atteindre le 8 mai. Grâce à la check-list pratique, vous pouvez également vous assurer que vous êtes parfaitement préparé(e) pour le jour de la course.
Téléchargement
Communauté
L’application Wings for Life World Run est disponible sur l’App Store pour iOS et sur Google Play pour les appareils Android.
Que vous soyez débutant(e), en course, pro ou en fauteuil roulant, tout le monde peut participer à Wings for Life World Run. La devise : tout le monde est gagnant.
Après le téléchargement, vous pouvez vous inscrire soit avec votre profil Facebook, soit avec votre e-mail. Accédez à l’appli grâce à ce QR Code.
Rejoignez une équipe ou invitez vos amis, famille ou collègues et créez votre équipe. Et chaque participant compte, car tous les frais d’inscription sont directement reversés à 100 % à la recherche sur la moelle épinière.
Préparation
Avec le son
Le format de course de Wings for Life World Run est unique : la ligne d’arrivée vous suit comme une catcher car virtuelle, qui se lance à votre poursuite 30 minutes après le départ. Votre course s’achève dès qu’elle vous dépasse.
Le jour de la course, une expérience audio particulière vous attend : une voix vous encourage et célèbre avec vous vos objectifs d’étape, tandis que la voix de la catcher car, Maxine Éouzan vous motive. Jamais un événement de course virtuel n’aura été aussi réel !
Faites un test avec l’appli ! Démarrez un Preparation Run et faites-vous déjà chasser pendant l’entraînement pour voir combien de temps vous pouvez distancer la catcher car.
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Check-list
Pour les mises à jour et les informations sur la course, consultez le site : wingsforlifeworldrun.com
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PERSPECTIVES matos
Lancez-vous Notre sélection de vélos de montagne électriques pour les moins masos d’entre vous, qui s’épargneront ainsi bien de la peine lors d’une sortie prochaine… Photos MADS PERCH
ORBEA Rise Hydro e-bike, orbea.com
Casque SCOTT Stego Plus, scott-sports.com ; lunettes de soleil RED BULL SPECT DAFT-005, specteyewear.com ; pull à capuche 7MESH Callaghan, 7mesh.com ; sac à dos POC Reform Enduro Jersey and Column VPD, pocsports.com ; short ENDURA SingleTrack, gants MT500 D30 et chaussures MT500 Burner Clipless, endurasport.com ; montre solaire GARMIN Instinct, garmin.com ; protège-genou BLUEGRASS Solid, met-helmets.com ; chaussettes STANCE Duration Crew, stance.eu.com ; ORBEA Rise Hydro e-bike, orbea.com
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Ci-contre : casque SCOTT SPORTS Stego Plus, scott-sports.com ; lunettes de soleil POC Devour, pocsports.com ; veste 7MESH Copilot, 7mesh.com ; short MONS ROYALE Momentum, eu. monsroyale.com ; THE RED BULLETIN
gants GIRO La DND, giro.co.uk ; chaussettes STANCE Duration Crew, stance.eu.com ; chaussures RIDE CONCEPTS Hellion, rideconcepts.com ; e-bike CANNONDALE Moterra Neo 4, cannondale.com
Ci-dessus : anorak TSG Corp, ridetsg.com ; gants SIXSIXONE Raji, s ixsixone.com ; casque POC Kortal, pocsports.com ; short FASTHOUSE Crossline 2.0, f asthouse.com ;
protège-genou BLUEGRASS, met-helmets.com ; chaussettes STANCE Boyd Mid Crew, stance.eu.com ; e-bike CANYON Spectral:ON CFR, canyon.com
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Ci-contre : lunettes de soleil OAKLEY Sutro Lite Sweep, oakley.com ; tee-shirt ENDURA GV500 REIVER S/S, e ndurasport.com Cette page : tee-shirt MONS ROYALE Icon Relaxed Tie Dyed et chaussettes Atlas Crew Digital Denim Tie Dyed, eu.monsroyale.com ; talkie-walkie MILO Action Communicator, okmilo.com ; short FIVE TEN BOTB, a didas.fr ; gants SIXSIXONE Raji, sixsixone.com ; lunettes de soleil POC Devour, pocsports.com ; MET Terranova MIPS Helmet, met-helmets.com ; chaussures FIVE TEN Freerider Pro Primeblue, adidas.fr
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Ci-dessus : e-bike MONDRAKER Crafty Carbon RR, mondraker.com Ci-contre : e-bike CANYON Spectral:ON CFR, canyon.com
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Depuis le haut, dans le sens des aiguilles d’une montre : casque FASTHOUSE Bell Sixer MIPS, fasthouse.com ; lunettes de soleil OAKLEY Sutro Lite Sweep, oakley.com ; chemise POC Rouse, pocsports.com
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Casque SCOTT SPORTS Stego Plus, scott-sports.com ; lunettes de soleil POC Devour, pocsports.com ; veste 7MESH Copilot, 7mesh.com ; sac à dos OSPREY Raven 14 Hydration, ospreyeurope.com
Lunettes de soleil OAKLEY Sutro Lite Sweep, oakley.com ; veste 7MESH Copilot, 7mesh.com ; gants SIXSIXONE Raji MTB, sixsixone.com
Casque MET Roam MIPS, met-helmets.com ; lunettes de soleil SMITH Leadout, smithoptics.com ; pull à capuche POC Mantle Thermal, p ocsports.com ; teeshirt 7MESH Gryphon L/S, 7mesh.com THE RED BULLETIN
Lunettes de soleil RED BULL SPECT Dakota-004, specteyewear.com ; sac à dos OSPREY Raptor 10 Hydration, ospreyeurope.com ; tee-shirt MONS ROYALE Tarn Merino Shift, eu. monsroyale.com ; p rotège-coude et protège-genou BLUEGRASS skinny, met-helmets.com ; gants et casque TSG, r idetsg.com ; short RAPHA Trail, r apha.cc ; chaussettes STANCE Duration Crew, stance.eu.com ; chaussures RIDE CONCEPTS Tallac, r ideconcepts.com ; e-bike YETI CYCLES 160E T1, y eticycles.com
Mannequins : LOTTIE HAYES @ Select ; JEFERSON ALVARENGA @ PRM Maquillage : VICTORIA POLAND
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The Red B ulletin est distribué chaque mois dans six pays. Vous d écouvrez ici la couverture de l’édition suisse, qui met en lumière l’athlète Ajla Del Ponte. Le plein d’histoires hors du commun sur redbulletin.com
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Direction générale Alexander Müller-Macheck, Sara Car-Varming (adj.) Rédacteurs en chef Andreas Rottenschlager, Andreas Wollinger (adj.) Direction créative Erik Turek, Kasimir Reimann (adj.) Direction artistique Marion Bernert-Thomann, Miles English, Tara Thompson Maquette Martina de Carvalho-Hutter, Kevin Faustmann-Goll, Cornelia Gleichweit Rédaction photo Eva Kerschbaum (dir.), Marion Batty (adj.), Susie Forman, Tahira Mirza, Rudi Übelhör Rédaction web Christian Eberle-Abasolo (dir.), Marie-Maxime Dricot, Melissa Gordon, Lisa Hechenberger, Elena Rodriguez Angelina Responsable des contenus audios Florian Obkircher Gestion de la rédaction Ulrich Corazza, Marion Lukas-Wildmann Gestion de l’édition Ivona Glibusic, Bernhard Schmied, Melissa Stutz Directeur exécutif Stefan Ebner Directeur Ventes médias & Partenariat Lukas Scharmbacher Directrice de Co-édition Susanne Degn-Pfleger Gestion de projet Co-édition, Marketing & Communication B2B Katrin Sigl (dir.), Katrin Dollenz, Thomas Hammerschmied, Sophia Wahl, Teresa Kronreif (B2B), Eva Pech, Valentina Pierer, Stefan Portenkirchner (communication), Jennifer Silberschneider Solutions créatives Verena Schörkhuber-Zöhrer (dir.), Sara Wonka, Julia Bianca Zmek, Edith ZöchlingMarchart, Tanja Zimmermann Gestion commerciale Co-édition Alexandra Ita Rédaction Co-édition Raffael Fritz (dir.), Gundi Bittermann, Mariella Reithoffer, Wolfgang Wieser Directeur exécutif de la création Markus Kietreiber Gestion de projet création Elisabeth Kopanz Direction artistique Co-édition Peter Knehtl (dir.), Erwin Edtmaier, Andreea Parvu, Carina Schaittenberger, Dominik Uhl Design commercial Simone Fischer, Martina Maier, Alexandra Schendl, Julia Schinzel, Florian Solly, S tephan Zenz Direct to Consumer Business Peter Schiffer (dir.), Marija Althajm, Victoria Schwärzler, Yoldaş Yarar (abonnements) Manager Vente et projets spécifiques Klaus Pleninger Service de publicité Manuela Brandstätter, Monika Spitaler Fabrication & Production Veronika Felder (dir.), Martin Brandhofer, Walter O. Sádaba, Sabine Wessig Lithographie Clemens Ragotzky (dir.), Claudia Heis, Nenad Isailović, Sandra Maiko Krutz, Josef Mühlbacher Finances Mariia Gerutska (dir.), Simone Kratochwill MIT Christoph Kocsisek, Michael Thaler IT Service Maximilian Auerbach Opérations Alice Gafitanu, Melanie Grasserbauer, Alexander Peham, Thomas Platzer Gestion de projet Dominik Debriacher, Gabriela-Teresa Humer Assistante du Management général Sandra Artacker Éditeur et directeur général Andreas Kornhofer Adresse Am Grünen Prater 3, 1020 Vienne, Autriche Téléphone +43 1 90221-0 Fax +43 1 90221-28809 Web redbulletin.com Propriétaire, éditeur et rédaction Médias Red Bull Media House GmbH, Oberst-Lepperdinger-Straße 11–15, 5071 Wals bei Salzburg, Autriche, FN 297115i, Landesgericht Salzburg, ATU63611700 Directeurs généraux Dietrich Mateschitz, Dietmar Otti, Christopher Reindl, Marcus Weber
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Pour finir en beauté
Basculer dans un autre monde, être un autre soi, le temps d’une soirée… C’est ce qu’a permis le Red Bull Immersion, à la Machine du Moulin Rouge, à Paris, le 8 mars dernier. Lors de cet événement expérientiel, les fans de jeux vidéo et d’anticipation ont pu s’immerger dans des zones futuristes, leur permettant de s’engager dans des expériences interactives. À travers diverses quêtes, ils ont pu interagir avec des cosplayers (notre photo), se faire tatouer et se déguiser pour vivre une soirée hors du commun.
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Le prochain THE RED BULLETIN sortira le 26 mai 2022.
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