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The Red Bulletin CF 05/21

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SUISSE MAI 2021 3,80 CHF

« ÇA S'EST FAIT EN SPEED ! » «  LES MECS DE LA SÉCU NOUS HORS DU COMMUN

COURAIENT APRÈS »

EXTRA WINGS FOR LIFE WORLD RUN

ABONNEZ-VOUS DÈS MAINTENANT : GETREDBULLETIN.CH

TOUTES LES INFOS SUR LA COURSE ÉVÉNEMENT

COMMENT LE PHOTOGRAPHE JAKE DARWEN CAPTURE LES PLUS BELLES ACTIONS DE SKATE SOUS LA PRESSION


Polestar 2 — 100% électrique – pourquoi attendre plus longtemps ?

Une nouvelle Polestar 2 dans quelques semaines. polestar.com


É DI TO R I A L

BIENVENUE

TAREK A LA ­SOLUTION

La B-Girl de 26 ans Sina raconte le temps qu’il lui a fallu pour trouver ses racines. Page 40

VIRAGE TRÈS SERRÉ Le photographe Jake Darwen met en scène des skateurs toujours sur leurs gardes. Page 20

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tonnes de bananes sont englouties chaque année lors de Wings for Life World Run. Plus de chiffres en page 14.

JAKE DARWEN (COUVERTURE), CHRISTIAN ANWANDER

Bonne lecture ! La Rédaction

LE TRAIT DE LA FIN

Nicolas Mahler (autoportrait ci-contre), le dessinateur de BD primé fait désormais partie de notre équipe. Page 98

4

NICOLAS MAHLER

À LA ­DÉCOUVERTE DE SOI

Vous pouvez bien sûr tranquillement lire cet éditorial jusqu’à la fin, ou filer directement en page 64. Mais si vous le faites, ­revenez quand même nous voir pour parcourir le reste de ce numéro qui – comme chaque mois – fait la part belle aux profils hors du commun ! Page 64 donc, vous pourrez voir Tarek Rasouli photographié par l’Autrichien ­Philipp ­Horak. ­Rasouli… ce nom ne vous évoque probablement pas grand-chose, sauf si vous êtes pro dans le monde du cyclisme. Car Tarek ­Rasouli est le plus important gestionnaire de vélos en Europe ! Et il est en fauteuil roulant depuis son accident. Alors pourquoi passer directement en page 64 ? Parce que vous y verrez un homme lumineux, au ­regard franc et au sourire ravageur, bien dans sa peau et bien dans sa vie. Pour preuve : le wheelie qu’il réalise avec son fauteuil, comme un joyeux clin d’œil à son interlocuteur. Un grand homme, et une grande histoire.

THE RED BULLETIN


ALPHATAURI.COM

© Jean Nouvel, Gilbert Lézénès, Pierre Soria et Architecture-Studio / Adagp, Paris, 2021


CONTENUS The Red Bulletin mai 2021

ENDURANCE SUJET DE COUVERTURE

20 LA MAGIE DE L’INTERDIT Le photographe de skate Jake Darwen revient sur les moments forts de ses plus belles images.

WINGS FOR LIFE I

Le marathonien Tadesse

WINGS FOR LIFE II

­ braham soutient ses homoloA gues érythréens pour trouver une vie meilleure en Suisse.

38 MOTIVATEUR

Marcus « Büxi » Büchel, sans ses skis, susurre de doux encouragements à tous ceux qui téléchargent l’appli !

B-GIRL

40 DANSE LIBRE Comment le break a révélé Sina à elle-même : l’histoire d’un cheminement et d’une passion entre deux cultures.

PARACHUTISME

50 C OMÈTES HUMAINES

Cascades aériennes dans un ciel nocturne : un phénomène lumineux unique en son genre sous la voûte étoilée du Texas.

6

VTT

40 ELLE DANSE  et est la première Autrichienne à accéder à une finale Red Bull BC One.

64 B IEN INSPIRÉ

Depuis qu’il est en chaise roulante, Tarek Rasouli est la cheville ouvrière de la scène vélo.

INNOVATION

34 AIDE À DOMICILE

8 GALERIE 14 L’ADDITION, S’IL VOUS PLAÎT !

La Suissesse Camille Chenaux court avec dévouement pour le Team Vatican.

70 L A VÉRITÉ SUR L’IA

Richard Socher sur les bienfaits et les dangers de ­l’intelligence artificielle.

PERSPECTIVES EXPÉRIENCES POUR UNE VIE AMÉLIORÉE

77 VOYAGE En parapente sur le MontBlanc avec le guide Calum Muskett.

38 IL VOUS ENCOURAGE  à donner votre maximum via l’appli Wings for Life World Run !

82 W INGS FOR LIFE WORLD RUN L’appli sous toutes ses coutures. 83 G AMING Jacob Mourujärvi ou comment on devient gamer pro. 84 T ENDANCE Notre sélection d’irrésistibles du mois. 86 M ATOS La passion ne se commande pas, contrairement à ces motos. 92 BOULEVARD DES HÉROS Coco Chanel ou le mythe (élucidé) de la petite robe noire.

16 OBJET TROUVÉ 18 LE MOMENT PHILO : SOCRATE

9 6 MENTIONS LÉGALES 9 8 LE TRAIT DE LA FIN

58 ELLE COURT, ELLE COURT pour l’amour du sport, des études… et du Vatican !

THE RED BULLETIN

DUSTIN SNIPES, CHRISTIAN ANWANDER, MATTIS KUMMER, NICOLA CARIGNANI

58 AU NOM DU PAPE


50 ÊTRES DE LUMIÈRE Il ne s’agit pas d’entités extraterrestres, mais de 4 parachutistes enturbannés de LED… Si, si !

THE RED BULLETIN

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ALDEYJARFOSS, ISLANDE

Espionnage Quand vous êtes photographe, vous allez là où l’action vous mène. « Je travaillais sur un projet concernant les glaciers islandais, se souvient le photographe tchèque Jan Kasl, quand les gars de FlyOver Iceland nous ont appelés pour venir les voir filmer en hélicoptère. » Par une heureuse coïncidence, FlyOver Iceland – une attraction qui présente des vols simulés sur écrans géants – filmait le kayakiste américain de l’extrême Evan Garcia plongeant dans une cascade de vingt mètres de haut. De quoi ­donner à Kasl juste ce dont il avait besoin pour ce behind the scene. jankaslphoto.com


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JAN KASL


NEOM, ARABIE SAOUDITE

Une hallu

ERIC VARGIOLU/DPPI/RED BULL CONTENT POOL

DAVYDD CHONG

La paréidolie est le nom donné à la perception ­imaginaire de motifs, d’objets ou de visages là où ils n’existent pas réellement. Ici, Anton Shibalov, Dmitrii Nikitin et Ivan Tatarinov tracent la ­silhouette d’un énorme dragon endormi lors du ­rallye Dakar en janvier dernier. Ou se pourrait-il qu’il s’agisse tout simplement des Russes sillonnant Neom – le site d’un méga-projet de construction controversé en Arabie saoudite – dans leur ­camion Team ­Kamaz Master ? Quoi qu’il en soit, le photographe français Éric Vargiolu était présent pour capturer les deux bêtes pour la postérité. Instagram : @eric_vargiolu

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LAAX, SUISSE

DEAN TREML/RED BULL CONTENT POOL

Voir, c’est croire

Lorsque le soleil s’enfonce dans une mer de nuages à Laax, une légende du freestyle prend son envol. Pour son projet de film Snomx, le Suisse Mat ­Rebeaud, 38 ans, voulait montrer ce qu‘une ­machine électrique pouvait faire dans la neige. Mais atterrir sur un câble de remonte-pente après avoir sauté par-dessus le tremplin à droite de l’image serait trop beau, même pour un p ­ ilote de sa classe : la prouesse, sensationnelle à première vue, est une illusion d’optique. Pour voir la vidéo, il suffit de scanner le QR code ci-contre ou d’aller sur redbull.com/snomx   13


L’A D D I T I O N , S ’ I L VO U S P L A Î T  !

WINGS FOR LIFE WORLD RUN

Courir tous ensemble Et de huit ! Le 9 mai, des gens à travers le globe courront à nouveau pour la bonne cause. Du participant le plus âgé à la consommation record de bananes, présentation d’une odyssée en quelques chiffres impressionnants.

l’âge du doyen de la course à ce jour : un Sud-Africain ayant parcouru 7,24 km.

km, la distance franchie par le sauteur à ski Andreas Goldberger, qui, l’an dernier, avait fait le tour du lac Mondsee.

personnes participent en fauteuil roulant.

110

tonnes de bananes consommées pendant la course depuis 7 ans, l’équivalent de 18 éléphants.

2 800 000

euros collectés pour la seule ­édition de 2020.

110 410

7 378 113,6

59

6

projets de recherche dans 13 pays soutenus par Wings for Life avec pour but commun de vaincre la paraplégie.

continents, 13 fuseaux ­ oraires et 195 pays sont h ­traversés par les participants.

250 000

22 287

699 150

nouvelles lésions de la moelle épinière chaque année (50 % liées aux accidents de la route).

Inscrivez-vous sur : ­wingsforlifeworldrun.com

personnes ont participé au Wings for Life World Run depuis 2014. 14

THE RED BULLETIN

CLAUDIA MEITERT

Le numéro de dossard de la Russe Nina Zarin, lauréate pour la deuxième fois consécutive en 2020 où elle a avalé 54,23 km avant d’être rejointe par la ­voiture-balai virtuelle.

km couverts par les coureurs en sept ans, soit près de dix aller-retour Terre-Lune.

équipes (un groupe de participants avec un objectif commun) se sont formées à ce jour — soit plus que le nombre de clubs de football en ­Allemagne.

4 070

GETTY IMAGES, MARKUS BERGER FOR WINGS FOR LIFE WORLD RUN

32,43

95


DES AIIILES POUR L’ÉTÉ.

AU GOÛT DE FRUIT DU DRAGON.

U A E V U O N

STIMULE LE CORPS ET L’ESPRIT.


O B J E T T RO U V É

La couverture d’Abbey Road. Le passage piéton est classé monument n ­ ational depuis 2010.

THE BEATLES

Au bout du rouleau

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THE RED BULLETIN

GETTY IMAGES, ALAMY

Authentique rouleau de papier toilette de 1969, provenant des Studios Abbey Road à Londres. Entre février et août 1969, le plus célèbre groupe pop du monde enregistre son ultime album, Abbey Road, du nom des studios. Une découverte qui vaut bien un papier : « À l’époque, tout se déroulait sans problème, peut-on lire dans une lettre d’un directeur général de EMI, sauf ce papier toilette, que les Beatles trouvaient trop rêche et trop lisse. Ils jugeaient aussi ridicule le fait que le sigle EMI soit imprimé sur chaque feuille du rouleau. Ce dernier fut immédiatement remplacé. »


e c n a i f n o c t n e m e r è i t n e s i Je fa . e s r u o c e d s e r u s s u a h c s e àm nning u R l e ff y R e t s li ia Laura, spéc

La course en tête.


L E M OM EN T PHILO

SOCRATE DIT :

« Connais-toi toi-même grâce aux médias sociaux » Sur la place du marché d’Athènes, Socrate n’avait pas son pareil pour réfuter les visions du monde de ses contemporains. Dans notre interview fictive menée par Christoph Quarch, il nous explique les nombreuses similitudes entre le marché antique et les médias ­sociaux, scène de l’autopromotion par excellence.

Qu’entendez-vous par là? On les appelle des utilisateurs. Oui, je sais bien. Mais qu’est-ce qu’un utilisateur ? Voyez plutôt : chez nous, en Grèce Antique, tous attirants. » C’est pour cela que vous n’avez connaissaient l’injonction inscrite pas de compte Facebook ? à l’entrée du temple de Delphes : Oh, je pourrais bien créer un compte, car finalement, « Connais-toi toi-même ! » Pour cette raison, je demanderais à chaque utilisateur s’il est capable d’expliquer les médias sociaux et le marché d’Athènes sont identiques : tu peux y déambuler sous un avatar fictif et te ce que signifie être un utilisateur. Vous voyez ce que je confondre avec ton profil, mais tu peux aussi utiliser veux dire ? les médias sociaux pour dialoguer, en commençant à te connaître toi-même et en prenant ces représenOui, bien sûr. Et qu’est-ce qu’un utilisateur, selon tations de soi pour ce qu’elles sont vraiment : de suvous? perficielles ombres chinoises qui t’empêchent d’être Faisons comme si nous étions en présence d’un utilisateur et posons-lui la question : « Hey, utilisateur, vraiment toi-même. qui es-tu ? – « Quelle drôle de question ! Regarde mon profil et tu verras bien qui je suis. » – « D’accord, je vois SOCRATE (v. 470–399 av. J.-C.) est la figure de proue de la phiune photo et des informations sur ta personne. Mais losophie européenne. De son vivant, le penseur grec s’était rencela n’est sûrement pas tout. » – « Évidemment, je ne du célèbre par ses réfutations d’une connaissance de soi et du peux tout de même pas comprimer toute ma vie sur monde trop subjective, attirant sur lui les foudres de certains mon profil. » – « J’espère bien, mais dans ce cas, tu es de ses concitoyens qui l’ont condamné à mort lors d’un procès de toute évidence quelque peu différent de ton profil. controversé. Autrement dit : ton profil est une photo de toi, mais tu CHRISTOPH QUARCH, 56 ans, est un philosophe allemand, n’es pas identique à cette photo… » Vous voyez où je théologien, coach en entreprise et auteur de nombreux ­ouvrages philosophiques. veux en venir ?

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BENE ROHLMANN

Vous voulez dire que les gens se mettent en scène ? La plupart. C’est comme à l’époque sur le marché d’Athènes : « Les gens sont les gens ont besoin d’attention. Ils veulent être reconnus, admirés. prêts à tout pour Pour cette raison, ils sont prêts se rendre séduisants, à tout pour renvoyer une image positive et se rendre attirants, mais ils en o ­ ublient mais ils en oublient d’être positifs d’être naturellement et attirants. C’est dommage.

DR. CHRISTOPH QUARCH

the red bulletin : Les médias sociaux permettent aux gens de se montrer et de se rencontrer même en étant physiquement dans des lieux différents. N’est-ce pas là un outil formidable pour engager la conversation ? socrate : Ah, vous me tendez une belle perche, mon cher ami. Vous savez bien que je suis un grand amateur de discussions. Et pourquoi pas encore chatter ou twitter ? Mais un point reste à éclaircir: qui sont-ils vraiment, ceux qui communiquent sur les médias sociaux ?

Vous voulez dire que ce n’est pas celui que nous sommes réellement qui surfe sur la toile, mais une représentation de soi ? C’est exactement là où je veux en venir. J’irais même plus loin : une photo peut être réelle ou fictive. Elle peut être une restitution fidèle de ce qu’elle représente mais peut tout autant être une caricature, ce qui est souvent le cas : cette photo postée sur les médias sociaux ne permet pas de savoir qui vous êtes réellement mais montre ce que vous voudriez être. C’est presque toujours un idéal que vous vous faites de vousmême. Et c’est souvent une vulgaire contrefaçon.


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La course en tête.


P O RT FO L IO

«  On devait faire vite, on avait les gars de la sécurité aux fesses » Jake Darwen, photographe de skate, sur les coulisses de ses plus belles photos. Texte ANDREAS WOLLINGER

Encerclé

Anthony Schultz, Séoul, Corée du Sud, 2016 « Ce full pipe est situé devant le plus grand centre commercial de la capitale. Le problème, ce sont les gars de la sécurité. Nos potes ont fait diversion, ce qui a laissé le temps à Anthony de faire exactement deux essais, après quoi, ils nous ont dégagés. »

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Technicien de surface

Casey Ainsworth, Adélaïde, ­Australie, 2015 « Un jour, Casey a découvert cette surface très raide, idéale pour réaliser des figures. On y est revenus le soir pour être tranquilles. Et c’est là qu’on a vu que le toit du stade était illuminé. D’un coup, ce spot devenait une tuerie. »

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P O RT FO L IO

En classe éco

Marius Syvänen, Tugun, Australie, 2018 « Trop beau pour être vrai ! Ce bowl se trouve à quelques encablures de la piste d’atterrissage de l’aéroport de Tugun. Marius et moi avons compté que les avions passaient toutes les 20 minutes. Dès qu’on en entendait un arriver, Marius se lançait. Ça a duré assez longtemps pour qu’on trouve le bon timing, mais ça en valait vraiment la peine ! »

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Jeux d’enfants

Jake Hayes & Jordan Trahan, Los Angeles, USA, 2019 « Une session de cours d’école classique, en plein été. Mon flash a presque explosé à cause de la ­chaleur. Les riders, eux, gardaient la tête froide. La synchronisation de leurs kickflips au-dessus de la table est absolument parfaite. »

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L.A. confidentiel

Marquise Henry, Los Angeles, USA, 2020 « Je suis fan de l’éclairage en contre-jour. Dès que j’en ai la possibilité, je le pratique. L’art et la manière dont l’ombre se fond dans le sol et l’aura lumineuse qui se dessine autour de la silhouette de mon sujet : j’adore ! »

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Le dénicheur

Louie Dodd, Melbourne, ­Australie, 2016 « Partout où Louie va skater, on a e­ nvie de sortir son appareil photo et de mitrailler. Il a du flair pour dénicher le cadre idéal. Cette structure abstraite se trouve en plein cœur de Melbourne. »

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Aquaman

Dean Palmer, Pékin, Chine, 2014 « J’ai toujours voulu photographier quelqu’un dans un jet d’eau ou une fontaine mais je n’ai jamais trouvé la personne qui était prête à se mouiller. Pendant notre voyage en Chine, j’ai demandé à Dean s’il était d’accord pour faire un ­essai. Au bout de cinq minutes, il était trempé. On est rentrés à l’hôtel, il a pris des ­affaires de ­rechange, et on y est retournés. »

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Faire son trou

Franky Villani, Los Angeles, USA, 2020 « Au début de la pandémie, j’ai arrêté de prendre des photos pendant un mois. Jusqu’à ce qu’on comprenne que les établissements scolaires désertés constituaient des endroits sûrs pour shooter : personne à la ronde. Franky a opté pour un trick passablement difficile, le 50-50 grind hippie jump : au-dessus de la barrière, droit dans le trou qu’on voit dans le grillage. »

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Déconstruction

Gabriel Summers, Melbourne, Australie, 2015

« Nous ignorons jusqu’à aujourd’hui qui a construit ce mur et pourquoi. Il s’agit d’une installation sauvage, avec des clous et des planches de contreplaqué, les unes sur les autres. Gabriel devait trouver l’équilibre en se servant de son skate comme d’un balancier, et croiser les doigts pour que tout se passe bien. Ce qui fut le cas. »

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À l’âge de 16 ans, une blessure au genou met un terme au rêve de Jake Darwen de devenir skateur pro. Pendant ses six mois de congé maladie, le jeune Néo-Zélandais ­originaire d’Auckland en profite pour forger sa créativité : il s’achète un appareil-­photo, une manière de rester présent dans le milieu, à défaut de pouvoir rider. Ce qui n’était qu’un hobby au départ se transforme rapidement en une véritable passion. Il l’aborde de la même façon que le skate : « Tu ne peux pas t’empêcher de t’améliorer. Ça rend addict. » Après cinq années passées en Australie, Jake Darwen a finalement posé ses bagages à Los Angeles et fait partie, à seulement 28 ans, des photographes de skate les plus réputés du globe. Un œil averti, une connaissance de la complexité des tricks et un timing parfait sont ses meilleurs atouts. « C’est comme ça qu’on amène une photo de skate à raconter une histoire… », conclut-il. Instagram : @jakedarwen

Jour de fête

Jake Hayes, Chongqing, Chine, 2014 « Nous étions en train de changer de spot quand ces drapeaux ont piqué ma curiosité. J’ai grimpé sur un arbre pour avoir l’angle adéquat pendant que Jake balançait quelques kickflips. Heureusement, sur ce coup-là, la sécurité ne nous a pas embrouillés. »

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Wings for Life World Run I

« Avec un objectif, tout est possible » Tadesse Abraham, 38 ans, détient en Suisse le record du marathon. Quand il ne court pas, il prend son temps et aide les personnes qui, comme lui, trouvent en Suisse une patrie d’adoption. Entretien KARIN CERNY  Photos JANOSCH ABEL

Il court 200 kilomètres par semaine et se livre à la sieste prolongée quand le temps le lui permet. La vie de Tadesse Abraham est un savant mélange de répit et de prouesses. Depuis 2016, il détient le record suisse du marathon — avec 2 heures, 6 minutes et 40 secondes, établi à Séoul. Le chemin du succès fut cependant long. Né en Érythrée, il profite d’une course en Belgique pour demander l’asile à la Suisse en 2004 dont il devient citoyen en 2014. Sa parfaite intégration est depuis érigée en exemple. Désormais, il vient en aide aux jeunes qui, comme lui, sont issus de l’immigration. Le 9 mai prochain, son « Équipe de Réfugiés THSN » participera à la course Wings for Life à Genève. TSHN signifie « The Human Safety Net » (filet de sécurité humain, TDR), un dispositif d’aide à la création d’entreprise destiné aux réfugiés.

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the red bulletin : Où vous trouvez-vous en ce moment même ? tadesse abraham : Je suis dans un camp d’entraînement en Éthiopie et je viens de déjeuner. Ce matin, j’ai couru 21 kilomètres, et dix autres sont au programme cet après-midi. Addis-Abeba se situe à près de 2 400 m d’altitude. Êtes-vous gêné par l’altitude ? L’altitude me convient. J’ai grandi dans un environnement similaire. Je m’acclimate vite. L’Éthiopie, c’est un peu chez moi, je maîtrise la langue du pays, en apprécie la cuisine, et les partenaires d’entraînement ne manquent pas. De plus, les parcours sont très variés. Vous avez grandi dans une ferme de l’Érythrée voisine. Comment en êtes-vous venu à la course à pied ? Enfant, je rêvais de devenir coureur cycliste. Mais un jour, j’ai fait une chute sans gravité pour moi, mais le vélo était bon à jeter. Mes parents n’ayant pas les moyens de m’en acheter un nouveau, je marchais dix kilomètres pour me rendre à l’école. Puis, j’ai commencé à courir pour éviter les retards à répétition. À 16 ans, j’étais le plus rapide de mon

école. Mon professeur m’a encouragé à continuer à courir. J’ai suivi son conseil. Aviez-vous des modèles ? Pas au début, nous n’avions pas la télé dans notre village. Je ne connaissais pas les champions de l’époque. L’important pour moi était de participer et de gagner les compétitions. En 2004, vous fuyez l’Érythrée sous régime autoritaire pour la Suisse. Parliez-vous allemand ? Pas un mot. C’était difficile, mais le sport a fortement contribué à mon intégration. Est-ce de là que vient votre engagement social pour les personnes ayant une situation comparable à la vôtre ? Absolument ! Beaucoup ont honte de ne pas maîtriser la langue. Je veux les aider à surmonter leurs inhibitions. Leur faire comprendre que parler est crucial, même avec une grammaire approximative. Vous dirigez la « THSN Refugee Team ». Pouvez-vous nous en dire davantage ? C’est un projet que j’ai amorcé avec la compagnie d’assurance Generali Suisse. Il s’agit d’intégrer par le sport des jeunes issus de l’immigration et ayant un passé de réfugié. À l’entraînement, la parole se libère, ouvrant la voie à de nouvelles idées et amitiés. L’intégration à l’équipe est-elle conditionnée par un niveau de performance ? Non, le groupe est hétérogène : hommes, femmes, débutants et

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« Il n’y a pas que la victoire. L’esprit d’équipe est essentiel. » La philosophie sportive de Tadesse Abraham.

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Wings for Life World Run I

« Que l’un de mon équipe soit plus fort que moi, ne me pose aucun problème. »

Le chemin du bonheur

Dans sa course, Tadesse Abraham a rencontré une nouvelle patrie, et sa femme. Avant de s’exiler en Suisse à l’occasion d’une compétition en Europe, « Tade », comme le surnomment ses amis et ses fans, était déjà un athlète accompli en Érythrée. Puis, alors qu’il court pour son pays d’adoption, il croise Senait, sa future femme, une marathonienne amateure qui s’entraîne alors pour le marathon de New York. Elle a grandi en Suisse, travaille dans la finance, et partage avec son mari des racines érythréennes. Ils vivent à Genève avec leur fils Elod. tadesse-abraham.ch

­ thlètes confirmés. À Genève, a l’équipe compte actuellement une vingtaine de personnes. Une autre devrait bientôt voir le jour à Zurich, dès que le Corona le permettra. Nous aidons les réfugiés souhaitant devenir des athlètes de haut niveau, mais aussi ceux qui ont un projet d’apprentissage ou de formation. Quel est votre rôle ? Je suis le grand frère, l’ami à qui l’on peut facilement parler, du moins, plus aisément qu’à un patron. Je suis l’un d’entre eux, une clé vers la solution. Y a-t-il dans le groupe des coureurs susceptibles de devenir vos rivaux un jour ?

Cinq sont très doués. Je n’ai jamais eu peur de me mesurer à plus fort que moi. Celui qui gagne s’en donne les moyens. Que ce soit l’un de mon équipe ne me pose aucun problème. Cela souligne au contraire la qualité de mon travail. Le sport ne peut se résumer à la victoire ou à la performance. L’esprit d’équipe est essentiel. Le marathon est somme toute une activité plutôt solitaire, non ? Bien sûr, vous êtes seul en compétition. Mais m’entraîner sans équipe est pour moi inconcevable. Sans elle, je ne quitterais pas le canapé lorsqu’il pleut. Comment faites-vous en compétition pour solliciter vos réserves d’énergie ? La pensée positive est efficace. Je ne me préoccupe jamais des adversaires. Je me focalise sur ceux qui me soutiennent, ma famille, mon équipe, mon club, tous ceux qui m’attendent à l’arrivée. Dès lors, j’avance à plein régime. Comment gérez-vous la pression ? Bien sûr, la pression peut être parfois source de stress. Surtout quand je représente mon pays et que les attentes sont grandes. Je pense plus à ma patrie qu’à moi-même. Quand des millions de personnes croient en vous, vous ne voulez pas les décevoir. Mais cela me pousse aussi à me surpasser.

ne suis pas obnubilé par le parcours. Je démarre et le reste suit naturellement. Vous vous préparez actuellement pour les Jeux olympiques de Tokyo qui débuteront fin juillet. Craignez-vous une annulation liée à la pandémie de Corona ? L’athlète que je suis doit croire à 100 % que les Jeux auront lieu pour garder sa motivation. Toute autre attitude serait contre-productive. Quels conseils donneriez-vous à de jeunes coureurs ? Ayez un objectif et tout devient possible. Restez concentré et positif quoiqu’il arrive, mais critique quant à vos performances. Ceci mis à part, l’entraînement ne doit pas devenir une obsession, un sportif de haut niveau doit aussi profiter de la vie. Nous ne sommes pas des machines. Passer du temps avec ses amis doit être possible. Que faites-vous pour déconnecter ? J’adore dormir, même en journée. Une heure de sommeil et je suis à nouveau plein d’entrain. La compagnie de ma famille me permet de vivre dans l’instant présent. Et j’aime la randonnée. Pour ça, vous êtes au bon endroit en Suisse. Oui, nous vivons en bordure de forêt, j’adore ses différentes ambiances avec la lumière changeante et les chants d’oiseaux. Ça peut paraître naïf, mais moi, ça me rassure. En chemin avec Tadesse Abraham — sur Instagram : tadesse_abraham_official

Avez-vous des rituels avant une course ? Pas vraiment. Je me signe au départ et à l’arrivée, je suis croyant. Mais, je 36

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Wings for Life World Run II

L’ancien skieur Marco Büchel, 49 ans, encouragera tous les participants suisses à la course mondiale Wings for Life en tant que voix de l’application officielle. Outre le plaisir de courir, « Büxi » a une raison très personnelle de le faire. Texte HANNES KROPIK

Qu’est-ce qui vient à l’esprit de Marco Büchel lorsqu’il pense à la course mondiale Wings for Life ? « Les sourires sur les visages des participants. Nous étions comme une communauté assermentée. » Cette année, l’ambassadeur pour la fondation Wings For Life, depuis de nombreuses années déjà, sera plus proche que jamais de cette communauté : en tant que voix dans les oreilles de tous les participants suisses, il les encouragera via une application. Le 9 mai prochain, le top départ de la course sera donné en simultané dans le monde entier. Büchel prend son rôle très au sérieux : « Je veux que les participants s’amusent et se donnent à fond ! » Chacun prendra le départ individuellement, pour courir, virtuellement via l’application, tous ensemble. Durant sa carrière, l’ex-skieur du Liechtenstein, 49 ans, est considéré comme un compétiteur intrépide qui ne perd jamais l’objectif de vue. Büxi, comme le surnomment ses amis et collègues, a à son actif quatre victoires en Coupe du monde. La première à l’âge mûr de 31 ans, et la dernière à 36 ans. Aujourd’hui, le vice-champion du

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slalom géant de 1999 se consacre aux projets caritatifs dont la course mondiale Wings for Life. « La liberté de mouvement n’est pas qu’un simple mot pour moi. Il n’y a pas de place au fatalisme face à la paraplégie ! Les personnes qui souffrent d’une telle invalidité doivent pouvoir compter sur la possibilité de recouvrer un jour leur système nerveux, même partiellement. Utiliser les frais d’inscription à la course pour soutenir la recherche est une formidable idée. » Marco n’ignore pas le danger que représente la vitesse dans le sport. « Le risque de la blessure, je connais. Un ligament croisé arraché, une jambe cassée, c’est la routine. Mais la paraplégie est une tout autre affaire. On s’interdit même d’envisager une telle éventualité. » Marco Büchel n’a pas oublié ce 8 décembre 2001, jour où son homologue suisse Silvano Beltrametti, troisième du Super G la veille, chute dans la descente à Vald’Isère, en France : « Lors de la réunion le soir, le directeur de l’équipe suisse nous annonce que Silvano ne remarchera plus jamais. Le sentiment que rien ne pouvait nous arriver vole en éclats, nous tombons dans les bras les uns des autres et pleurons à chaudes larmes. » Le lendemain, Marco est au départ du slalom géant. « Que pouvais-je faire, le ski était toute ma vie. » Des paraplégiques, Marco en connaît plus d’un

Tous concernés Les données le confirment : nul n’est à l’abri d’une lésion de la moelle épinière. La moitié des cas sont dus à des accidents de la route, 24 % à des chutes et seuls trois pour cent concernent des athlètes de sports extrêmes. Des milliers de personnes se retrouvent le 9 mai 2021 lors de la course mondiale Wings For Life, afin de collecter des fonds et renouveler ainsi leur soutien à la recherche sur la moelle épinière. Tous les bénéfices lui sont reversés. Toutes les informations sur les avancées et la course sur wingsforlifeworldrun.com

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MATTIS KUMMER

Une voix qui porte

parmi ses amis et relations. Nul n’est à l’abri. Cela arrive chaque jour, un accident de la circulation, une chute. Seuls 9 % des lésions de la moelle épinière concernent des a ­ thlètes en exercice. Parmi ceux-ci, Roland Gassner : « C’est depuis son lit d’hôpital qu’il découvre à la télévision la course mondiale Wings For Life. Il m’appelle et me dit : “Büxi, il faut que la course vienne chez nous aussi, au Liechtenstein !” Chaque année, nous encourageons un plus grand nombre de personnes à y participer. Et qui sait, nous aurons peutêtre bientôt notre propre course. » À ce jour, le record personnel de Marco Büchel, avant que la voiture-balai ne le rattrape, pointe à 22 kilomètres. Il se réjouit de l’enthousiasme de ses compatriotes liechtensteinois pour l’événement : « Nous empruntons un parcours classique le long du barrage du Rhin, à la frontière avec la Suisse. L’an dernier, il y avait foule au départ, tout le monde guettait le coup d’envoi sur son smartphone. Et soudain, ils se sont tous mis à courir, en même temps. » Marco a surtout aimé « les visages souriants des participants. Nous formions une communauté soudée, consciente de courir pour ceux qui ne le peuvent pas. »


« Je veux que les participants se donnent à fond. » Marco Büchel, motivateur officiel de la course mondiale Wings for Life.

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SENS DESSUS DESSOUS

Même sous cet angle, Sina garde une vue ­d’ensemble.


B-Girl

L’ I N C R OYA B L E TRANSFORMATION DE SINAMARIA NEUGEBAUER EN

#SOULSISTERSINA SINA, B-Girl de 26 ans, de père tyrolien et de mère marocaine, s’est longtemps sentie « moitié-moitié ». Le temps de comprendre que, loin d’être une tare, il s’agit plutôt d’un parfait mélange. Elle s’entraîne à réaliser des saltos à Casablanca, apprend à faire confiance à une légende et à accepter les voyages sans destination. Texte WOLFGANG WIESER Photos CHRISTIAN ANWANDER

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B-Girl


« Il faut ­s’imprégner de l’atmosphère, la ­comprendre, sans lui laisser le pouvoir de nous irriter. »

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« C’est le ­moment pour moi de montrer ce dont je suis capable. C’est mon ­moment de gloire. »


B-Girl

CONFIANTE

Regard ouvert, pose classique. Sina a appris à s’affirmer.

L

orsque Sina s’avance dans le cercle, elle sait ce qu’elle veut. Elle compte créer quelque chose d’unique en 45, 60 secondes maximum. « C’est mon moment de gloire », déclare-t-elle. Le cercle, c’est sa scène. Une scène pas comme les autres. Toujours unique, sans cesse renouvelée. Formée de personnes qui sont à la fois ses amis, ses juges, ses concurrents et sa source d’inspiration. Des B-Boys. Des B-Girls. Comme Sina, 26 ans. Le « B », c’est pour « break », et c’est aussi le nom de sa danse (le terme plus répandu de « breakdance » est rejeté dans le milieu car considéré comme une construction médiatique). Et elle a été la première Autrichienne en finale du plus grand et du plus important concours de break au monde, le Red Bull BC One. Avant de pouvoir vivre son moment de gloire, Sina doit d’abord conquérir le cercle. « Il faut s’imprégner de l’atmosphère, explique Sina, la comprendre. » Cela passe aussi par le fait d’interpréter correctement les gestes difficilement reconnaissables des B-Girls et des B-Boys qui sont attirés vers le centre comme elle. Et s’il le faut – car rien ni personne ne doit désormais se mettre en travers de son chemin – éviter que quiconque lui prenne sa place. Souvent, l’esquisse d’un pas suffit à sécuriser l’espace, et une légère rotation de l’épaule est parfois nécessaire pour bloquer le passage vers le centre. Cela demande de la présence et de la précision. Et le sens de la situation : « Souvent, je me mets directement au sol. Comme ça, j’ai toute la place pour moi », dit Sina. Ce qui fait la différence, c’est la force et la confiance en soi – et aussi en ses propres capacités. Car s’approprier les moves – les mouvements – des autres breakeurs, c’est mal vu. Ceux qui le font sont rapidement qualifiés de sales copieurs ou de « biters », comme on les appelle dans le jargon du break. « On a le droit de s’inspirer, de répondre, de développer, de réagir, d’évoluer, mais copier, ça non ! jamais ! », déclare Sina. Quand Sina parle de son monde, elle le fait souvent avec une hésitation à peine perceptible, comme si elle réfléchissait encore une fois à ce qu’elle s’apprête à dire. En dehors de sa scène, elle est « plutôt réservée » selon ses mots. Spectatrice plutôt qu’actrice. Mais dès qu’elle ­s’empare du cercle, rien n’est plus pareil et elle devient le centre de son monde. « C’est le moment pour moi de montrer ce dont je suis capable. Et ce moment, je le savoure », déclare-t-elle, ou pour faire simple : « C’est mon moment de gloire. » C’est l’histoire d’un voyage vers la lumière, l’histoire de l’incroyable transformation de Sinamaria Neugebauer en #SoulSisterSina. Et c’est dans un palais que cette histoire commence.

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UNE VIE DE RÊVE À TAROUDANT

Le Palais Salam est situé avenue Moulay Ismail, au centre de Taroudant. Près de 80 000 personnes vivent dans cette ville du sud du Maroc. Elle se trouve sur la route de Ouarzazate, la porte du Sahara, à quatre heures de route de là. Certains considèrent Taroudant comme la petite sœur de Marrakech, d’autres comme sa grand-mère. Car avec son mur d’enceinte de six kilomètres de long en argile brun rouge, elle ressemble à la métropole marocaine d’un million d’habitants. Le palais qui date du XVIIIe siècle a longtemps été le siège du gouvernement du pacha. Sina, qui grandit derrière ses murs, ne s’intéresse pas à tout cela. Elle joue avec les chatons qui surgissent de nulle part et disparaissent comme ils sont venus, ­barbote dans la piscine et quand elle en a envie, elle se paye une glace à la fraise. Les pluies sont rares et, même pendant l’hiver, la température ne descend guère en dessous de dix degrés. Elle mène une vie ensoleillée, insouciante, comme une petite princesse heureuse. « J’ai eu une enfance merveilleuse, je me sentais très libre », déclare Sina. En réalité, le palais est un hôtel. Et Sina vit dans un des appartements avec ses parents. Sa mère, Keltouma, est berbère, son père, Arthur, tyrolien. Tous les trois, ils passent l’été en Autriche et l’hiver au Maroc. Ici comme là-bas, le père organise des excursions, la mère planifie, dessine et l’assiste avec des conseils. À cinq ans, Sina accompagne son père dans le désert pour la première fois. « On a dormi dans la voiture, c’était génial. » La légèreté de l’enfance disparaît avec le début de l’école. « Mes parents pensaient que j’aurais un meilleur avenir si nous vivions tout le temps en Autriche. » La famille déménage à Innsbruck : « À six ans, j’ai vu la neige pour la première fois. » La vie au palais s’estompe peu à peu. Lui manquait-il, ce royaume au bord de la mer ?   45


B-Girl

SINA ET LES B-BOYS

Ses mouvements sont fluides : Sina lors de notre shooting à Vienne avec Arno (à gauche) et Imad.

« On a le droit de s’inspirer, de répondre, de développer, Sina hésite avant de répondre : « Au Maroc, il y a toujours un peu plus d’animation. » L’époque de l’école n’évoque aucun souvenir particulier à Sina. Elle la résume en une seule phrase : « Je me sentais bloquée. » Après le bac, plus rien ne vient se mettre en travers de sa route. Elle travaille chez Snipes, une chaîne de vêtements streetwear, et se fait suffisamment d’argent pour aller vivre à Casablanca pendant trois mois avec une amie.

DES SALTOS SUR LA PLAGE DE CASABLANCA

Comme Taroudant, Casablanca est une ville marocaine. Mais c’est bien là leur seul point commun. La cité portuaire sur la côte atlantique compte trois millions et demi d’habitants, soit 43 fois plus que Taroudant. L’arabe parlé ici n’a pas grand-chose à voir avec le dialecte que connaît Sina, le darija. Elle se retrouve tout à coup avec des problèmes de communication dans le pays de son enfance. Et sortir seule le soir n’est pas la meilleure décision qu’elle pourrait prendre. Mais qu’est-ce qui peut bien 46

pousser une jeune fille de 20 ans à partir pour une ville aussi immense ? C’est toute la question. La réponse de Sina est simple : « Je savais que les gens d’ici s’entraînaient bien, que je pouvais apprendre quelque chose d’eux, et je voulais aussi revenir à mes racines. » Ces gens dont Sina parle, ce sont les B-Boys et les B-Girls qui entourent le célèbre breakeur marocain The Wolfer. Elle a rencontré le crew l’année d’avant, en 2013, au Red Bull BC One à Agadir, dont elle a entendu parler lors d’une visite dans son ancienne ville de Taroudant. Sina demande à sa mère de la conduire à Agadir, à 83 kilomètres de là. Sans même savoir si elle pourra participer. Elle danse sur la promenade le long de la plage, réussit les présélections malgré son peu d’expérience en break à ce moment-là, mais fait l’impasse sur les battles : « Ma mère voulait rentrer, mais ça ne m’a pas embêtée, c’était une belle journée. » Elle pressent déjà que cette manière de danser peut être un moyen d’accéder à sa nouvelle vie : « Ce que j’ai le plus aimé, c’est la confiance en eux qu’ils avaient tous. THE RED BULLETIN


de réagir, d’évoluer, mais copier, ça non ! Jamais ! » Les enfants. Les débutants. Ils ont tout de suite osé. Chacun voulait montrer ce qu’il savait faire. » Et c’est pour cela qu’elle doit aller à Casablanca. Parce que c’est là-bas que se trouvent The Wolfer et sa bande. « Je savais que je voulais danser, et je voulais aller au Maroc parce que les gars m’avaient bien inspirée à Agadir. Ils étaient déjà très connus à un niveau international, et je me suis dit que si je voulais m’améliorer, je devais m’entraîner avec des gens meilleurs que moi – c’est bien ce qu’on dit, qu’il faut s’entourer de gens qui ont atteint l’objectif que l’on vise. » Et ils dansent dans la rue, le soir, après 20 heures, quand les magasins sont fermés. Le principe est simple : pour gagner, il faut oser. « Il faut réussir à s’imposer, mais on n’y arrive pas, on est trop gentil, trop timide, on reste en retrait », se rappelle Sina. Et quand elle dit « on », c’est d’elle-même qu’elle parle. Sina sort de sa zone de confort, elle prend des risques : « J’ai tenté des figures acrobatiques pour la p ­ remière fois, je n’aurais jamais osé avant. » Elle s’exerce à faire des salTHE RED BULLETIN

tos sur la plage – et se fait mal au bras. Luxation de l’épaule, elle doit retourner en Autriche. L’escapade dans son nouveau monde se termine un mois plus tôt que prévu. Mais c’est loin d’être la fin du voyage.

UN MENTOR PRÉDESTINÉ POUR SINA

Les mois qui suivent, elle voyage beaucoup : en Allemagne, en Hollande, en Espagne. Mais surtout, elle se rend en Suède. Et elle y reste même un an. Elle veut se mettre à l’épreuve. Perfectionner ses techniques de break. Fredrick « Freeze »Herranen enseigne là-bas. Membre du célèbre Ghost Crew scandinave, c’est une véritable légende du break depuis les années 1980. Lui, il sait. « Nous avons beaucoup discuté. À propos de mes doutes quant à ma capacité à y arriver un jour… » Elle ne finit pas vraiment sa phrase parce qu’elle se remémore ce que Freeze lui a dit un jour à midi, il y a des années, et l’importance de ses mots : « Est-ce que tu te souviens de ce qu’untel ou untel a fait ce matin ?   47


B-Girl

RÉVÉRENCE

Le chapeau est un clin d’œil aux prémices du breaking, vers la fin des années 1970 et au début des années 1980.

trouver sa propre perspective, comme Freeze le lui avait conseillé en Suède. Elle est douée pour ce qu’elle fait, ce qui lui permet de se démarquer. Et maintenant, Sina, quelle est la suite du programme ? « Aucune idée, je ne m’entête plus à suivre un objectif. Je sais seulement que mon voyage n’est pas encore terminé. »

COMMENT CRÉER SON PROPRE CERCLE

Non, bien sûr, personne ne s’en souvient. Si tu n’es pas bonne, les autres n’y pensent plus après. Mais cela veut dire aussi que tu n’as pas besoin de te prendre la tête avec ça. C’est seulement quand tu seras bonne qu’on te remarquera. Tu dois changer de perspective. » Ces paroles la font réfléchir. Mais il n’y a pas que la sagesse de Freeze qui joue, son corps aussi lui envoie des signaux : « Quand j’étais en Suède, j’avais une espèce de lumbago qui m’embêtait. J’avais sans arrêt des blocages au niveau de la nuque, de l’épaule gauche et du coude gauche. Personne n’a pu me dire d’où ça venait. » Sina décide alors de prendre sa guérison en main : « J’ai repris le contrôle sur tout ça. » Mais pas en faisant plus d’efforts en tout cas. Elle apprend au contraire à lâcher prise. Elle réfléchit beaucoup. Aujourd’hui, elle déclare : « J’ai eu besoin de danser pour avoir plus confiance en moi, pour retrouver mes racines. Avant, j’étais déconnectée. Aujourd’hui, le Maroc fait autant partie de ma vie que l’Autriche. Je ne me sens plus moitié-moitié. » Et comme pour prouver sa nouvelle force, elle souligne : « Je suis un joli mélange. » Soudain, tout devient plus simple : en 2016, elle épouse The Wolfer en Autriche, et un an plus tard, ils fêtent cela une fois encore au Maroc. Elle explique qu’elle appelle son mari Mustafa, mais qu’elle n’a pas pris son nom, Ajdour (qui se prononce « Achdour »), parce qu’elle n’avait pas envie de s’embêter avec la ­paperasse. Sa marque de prêt-à-porter « From The Soul » décolle bien. Le nom est funky, mais avant tout honnête : « Il est parfait, dit Sina. Parce que je suis la seule à pouvoir dire ce qui me touche au plus profond de mon âme. » Et elle est la première Autrichienne à ­arriver en finale du BC One. Elle a appris ce que cela signifiait de 48

Lors du shooting pour The Red Bulletin, Sina est toute en blanc. « Un compromis », déclare-t-elle. Les tenues colorées qui avaient été prévues au départ ne fonctionnent pas. Alors, Sina mise d’abord sur un chapeau Kangol en version peluche d’un blanc immaculé. En hommage au break qui émerge à la fin des années 1970, début des années 1980. Ensuite, elle enfile un polo blanc vintage assorti. Elle l’a raccourci, a ajouté des œillets et un ruban dont les extrémités convergent en une boucle sur le devant, créant ainsi une pièce « From the Soul » qui dévoile le ventre. Elle complète le tout avec un pantalon blanc et des baskets blanches. Cela ressemble à tout sauf à un compromis. Et il suffit de la regarder bouger pour comprendre une phrase qu’elle a dite au cours de l’un de ses entretiens : « Pour faire du break, il faut un corps d’athlète et un esprit d’artiste. » Encore mieux que cette phrase, il y a ce commentaire qu’elle dit en passant, mais qui reflète parfaitement ses efforts, ses combats et sa transformation : « Vous savez, à un moment, on se rend compte qu’on n’a plus envie de prouver quoi que ce soit. On réalise que l’ambiance du cercle qu’on rêvait d’intégrer il y a peu de temps n’est finalement pas pour soi. Dans des moments comme celui-là, je fais un pas de côté. » Avant, ce pas de côté aurait amorcé son retrait, aujourd’hui, c’est le début d’une offensive. Sina crée ainsi son propre cercle. Avec des B-Girls et des B-Boys qui la suivent. Elle est assez forte pour cela depuis un moment déjà. Suivre Sina : #soulsistersina En live : Sina sera présente lors du Red Bull BC One Cypher Austria le 25 mai prochain à Vienne (Autriche). redbull.com/cypheraustria

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« Je ne suis pas rigide quant à la ­destination. Je sais juste que le voyage n’est pas terminé. »


Parachutisme

ÉTOILES

FILANTES

Les mystérieuses illuminations au-dessus de Marfa, au Texas, attirent des curieux du monde entier. Mais un photographe a utilisé ce lieu pour capturer un autre type de phénomène céleste : les Red Bull Air Force. Texte NORA O’DONNELL Photos DUSTIN SNIPES

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RED BULL AIR FORCE

Torche humaine Un parachutiste de la Red Bull Air Force dans le ciel nocturne de Marfa, au Texas. Cette petite ville américaine est célèbre pour son mystérieux phénomène lumineux, les Marfa Lights. Afin de les ­recréer pour un projet photo, les athlètes ont allumé des fusées pyrotechniques sur leurs chevilles peu après le décollage.


Parachutisme

Coup de foudre Cette image est composée de 48 photos différentes. Six appareils photo ont pris chacun huit c­ lichés en pose longue des membres de la Red Bull Air Force alors qu’ils sautaient de l’avion, puis se mettaient en formation, et disparaissaient derrière les montagnes. « Un light painting abstrait avec un ciel nocturne infini », commente le photographe Dustin Snipes.

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Parachutisme

« Plus l’idée est folle, mieux c’est. Cela signifie qu’elle n’a jamais été réalisée. » Dustin Snipes

C

omme beaucoup d’aventures mémorables, tout a commencé par une idée folle – dans ce cas, concrétisée par le photographe américain Dustin Snipes. « Plus l’idée est folle, mieux c’est, estime ­Dustin. Parce que c’est le signe que cela n’a probablement pas été fait auparavant. » Dans le désert de l’ouest du Texas, aux États-Unis, la Voie lactée offre un ciel nocturne éclatant d’étoiles. Près de la petite ville de Marfa, l’altitude élevée et l’absence de pollution lumineuse offrent des conditions idéales pour observer ces merveilles astronomiques – et pour examiner les mystères de la région. Depuis plus d’un siècle, les habitants du secteur signalent des orbes étranges et pulsatiles de différentes teintes, communément appelées les Marfa Lights. 54

Qu’il s’agisse ­d’OVNI ou simplement de reflets atmosphériques de phares ou de petits feux, le plaisir réside dans la spéculation. Snipes a alors sauté sur l’occasion d’y photographier la Red Bull Air Force. Et si ces parachutistes de classe mondiale incarnaient ce phénomène et devenaient les Marfa Lights eux-mêmes ? Le photographe de Los Angeles a passé des mois à planifier le concept, en évaluant des centaines de variables avec une équipe d’experts. « Plus que pour n’importe quelle photo que j’ai prise, il y avait tellement d’inconnues », dit-il. Après avoir passé au crible les clichés de sites iconiques locaux comme autant de potentiels fonds à sa mise en scène photographique, Snipes et la Red Bull Air Force se sont installés dans le ranch historique de ­Cibolo Creek, un espace de 120 km² qui offre de nombreuses possibilités de prises

Alerte rouge Après le coucher du soleil, le 15 novembre 2020, Snipes prépare son équipement pour le premier des trois sauts de la soirée. D’habitude, c’est au sol que cet Américain documente le mouvement, en tant que photographe spécialisé dans le sport. THE RED BULLETIN

DAN WIX, RED BULL AIR FORCE

Le photographe Dustin Snipes (à gauche, avec son équipe) s’est rendu pour la première fois à Marfa en septembre dernier pour les repérages. « Il a fallu des mois de planification. Il y avait beaucoup d’éléments en mouvement à rassembler. »


L’ascension avant la chute Pour devenir visibles dans un ciel sans lune, les Red Bull Air Force se sont enveloppés de ­lumières LED ; ils ont également ajouté de la pyrotechnie pour aider à montrer la vitesse et l’énergie de leur formation durant la chute libre. Les para­ chutistes d’élite sont ainsi devenus des comètes humaines.


« On a fait ce shooting parce qu’il était difficile à réaliser. » Dustin Snipes Snipes a demandé aux parachutistes d’utiliser soit les lumières LED dans certains cas, soit la pyrotechnie : « Les LEDs ressemblaient à des lignes ondulantes, dit-il. La pyrotechnie a ajouté de la variations et a donné un aspect plus mystérieux au concept. »


Parachutisme

Pied à terre

RED BULL AIR FORCE

Guidés par les deux petites ­lumières des phares au sol, ils ­atterrissent en toute sécurité. « Tout le reste était entouré de collines… puis de ténèbres pures, se souvient le capitaine Jon ­Devore. Il était indispensable de bien sécuriser notre zone d’atterrissage. »

Machine de guerre Pour capturer la Red Bull Air Force avec une vue panoramique, Snipes a construit un support pour six appareils photo reflex numériques Canon EOS-1D X Mark III. Chacun d’eux a pris huit photos ­différentes du saut en pose longue, du début à la fin. La structure devait être assez ­légère pour voyager, mais assez robuste pour accueillir tout l’équipement. Snipes a mis cinq jours pour la construire. THE RED BULLETIN

de vue à longue distance. Snipes a également consulté l’Association Internationale Dark Sky afin de déterminer le meilleur moment pour capturer la Voie lactée tandis qu’elle se déplace dans le ciel. Mais, même après avoir calculé la fenêtre nocturne parfaite, Snipes devait encore trouver comment photographier des corps illuminés tombant de 3 000 m d’altitude avec seulement quelques minutes pour s’exécuter. L’installation a requis un total de neuf appareils photo, dont six reflex numériques Canon EOS 1D X Mark III que Snipes a montés sur une base faite sur mesure, lui permettant des prises de vue à 180 °. « J’ai pensé à la citation de JFK à propos du voyage sur la Lune, raconte Snipes ; nous ne l’avons pas fait parce que c’était facile, mais parce que c’était difficile. Rester assis chez soi à ne rien faire, c’est naze, non ? » La vidéo des sauts sur redbull.com

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Endurance

AU NOM DU SAINT PÈRE La coureuse suisse CAMILLE CHENAUX, 30 ans, a battu tous les records du Vatican. Elle a suscité l’étonnement dans le monde entier. Comment a-t-elle appris à utiliser l’équilibre parfait entre stress et sérénité comme force motrice ? Texte CHRISTOF GERTSCH Photos NICOLA CARIGNANI

UN ANGE COMME SPECTATEUR

Camille Chenaux traverse le Pont des Anges pour se rendre au centre de Rome.

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E

lle a terminé huitième, à plus d’une demi-­minute de la vainqueure, ignorée par la foule de la Piazza del Popolo. Pourtant, ce samedi de septembre 2018 a changé sa vie. Car une personne l’a remarquée pendant la course du mile à Rome : un prêtre espagnol chargé d’une mission importante. En tant que sous-­ secrétaire du Conseil pontifical pour la culture, il était chargé de créer Athletica Vaticana, la première fédération sportive officielle du Vatican. Pour cela, il lui fallait des coureurs et des coureuses liés d’une manière ou d’une autre au plus petit État du monde. « N’est-ce pas la fille de Philippe Chenaux ? », a-t-il demandé. La Suissesse Camille Chenaux, alors âgée de vingtsept ans, courait en amateure et avait un passé de footballeuse et de triathlète également en amateure. Elle a passé ses premières années en Suisse, puis a vécu en Belgique et en France avant de s’installer en Italie. Deux ans plus tôt, elle avait obtenu son master en études européennes et, en septembre 2018, avait commencé sa thèse de doctorat consacrée au populisme en Allemagne et en Italie à l’Università Roma Tre. 60

UNE VISION CLAIRE

Le fait qu’elle n’ait commencé à s’entraîner régulièrement que tardivement semble être un avantage.

« JE ME SUIS JURÉE D’ESSAYER DE DEVENIR UNE ATHLÈTE PROFESSIONNELLE. » THE RED BULLETIN


Endurance

« JE N’AURAIS PAS ÉTÉ CAPABLE DE POURSUIVRE UNE CARRIÈRE PRO À VINGT ANS. »

Et oui, Camille Chenaux est la fille de Philippe Chenaux, professeur d’histoire de l’Église à l’Université pontificale du ­Latran. Pour le prêtre espagnol, cela faisait d’elle une athlète potentielle de ­l’Athletica Vaticana.

Religieuses, gardes suisses et menuisiers font partie de l’équipe

PICTUREDESK.COM

Quand l’association a été présentée lors d’une spectaculaire conférence de presse début 2019 dans le Bureau de presse du Saint-Siège, elle comptait soixante membres, incluant religieuses, menuisiers, pharmaciens, employés de musée, gardes suisses… et la fille de l’un des professeurs du pape. Dans les semaines qui ont suivi, les médias du monde entier ont parlé de l’équipe d’athlétisme du pape. On a appris que certains coureurs du Vatican se retrouvaient depuis des années pour leur entraînement matinal sur les rives du Tibre en rêvant, bien sûr, de voir un jour le drapeau du Saint-Siège parmi les ­délégations à l’ouverture des JO. Mais on leur a également dit qu’ils devaient rester réalistes et que leur premier objectif était de participer aux Jeux des petits États d’Europe, une manifestation multisports biennale à laquelle peuvent participer les pays européens de moins d’un million d’habitants. En fait, on pourrait dire que cette fédération est un mouvement amateur dont le but est également de porter le message papal dans le sport. Qui aurait pu deviner que Camille Chenaux, l’équipière providentielle, aurait bientôt des ambitions beaucoup plus grandes ?

Camille détient tous les records de course du Vatican

Deux ans après la création de l’Athletica Vaticana, elle est de loin la meilleure coureuse du groupe, détenant le record du THE RED BULLETIN

SOUDÉS

Camille Chenaux et les membres d’Athletica Vaticana devant l’impressionnante toile de fond de la Basilique Saint-Pierre.

temps, l­ ’ancienne coureuse du dimanche et bientôt docteure en sciences politiques est désormais prise au sérieux quand elle affirme vouloir se qualifier pour les championnats d’Europe d’athlétisme de 2022. Et, qui sait, pour les Jeux olympiques de 2024.

Une approche sereine : « Je n’ai plus rien à me prouver. »

RAYONNANTE

Le pape François serre la main de « son » ambassadrice Camille Chenaux.

Vatican sur toutes les distances entre 1 000 et 10 000 mètres. Elle n’est pas de classe mondiale, loin de là, mais elle a actuellement trente ans et il n’y a pas une seule course où elle ne pulvérise pas ses meilleurs temps. Mis en perspective, le temps qu’elle a réalisé au 1 500 mètres l’année dernière l’aurait placée au huitième rang de la liste des meilleurs résultats suisses de la saison. Ainsi, en peu de

Comment cela s’est-il produit ? Camille Chenaux raconte que tout a commencé par une promesse qu’elle s’est faite à elle-même lorsqu’elle était enfant. « J’étais une grande fan de sport, je regardais de nombreuses compétitions à la télévision. Je me suis jurée qu’à un moment donné, je tenterais d’être une athlète professionnelle. » Ses parents ont longtemps fait obstacle à ce rêve : ils ne s’opposaient pas à ce que leur fille fasse du sport, mais insistaient pour que l’école passe en premier. À l’époque, Camille Chenaux avait parfois du mal avec cette exigence mais aujourd’hui, elle considère l’obligation de ses parents comme un coup de chance. « Je n’aurais pas été capable de poursuivre une carrière professionnelle à vingt ans. Maintenant, bien que mon   61


Endurance

corps ait dix ans de plus, ma tête a aussi dix ans d’expérience en contrepartie. » Tout d’abord, elle sait aujourd’hui exactement comment elle doit s’alimenter, « une véritable science au sein du sport ». Deuxièmement, elle a appris pendant ses études à faire face aux situations d’examen et à laisser le stress la pousser plutôt que la ralentir. Enfin, elle fait preuve d’une certaine sérénité : « J’ai déjà réussi dans mes études, je n’ai rien à me prouver dans le sport. »

Une vie entre thèse et entraînement intensif à la course à pied

En étudiant le cas de la coureuse Camille Chenaux, on peut se poser des questions intéressantes : quelle est la capacité d’un corps plus âgé mais qui n’a pas été malmené pendant de nombreuses années au plus haut niveau ? Existe-t-il une alternative à l’obsession omniprésente de la jeunesse dans le sport ? Qu’est-ce qui est le plus important en situation de compétition : le corps ou l’esprit ? Mais elle ne se sent pas concernée du tout par ces questions. Quand elle court, elle répond à un besoin fondamental. Elle raconte : « Quand je cours, je regarde le ciel et je me mets à rêver. Je suis en contact avec la nature, sous le soleil, la

« J’AI EU DU SUCCÈS À L’UNIVERSITÉ, JE N’AI RIEN À ME PROUVER AVEC LE SPORT. » 62

pluie, la neige. La course à pied a quelque chose de mystique pour moi, c’est un voyage à la découverte de moi-même. » C’est en partie parce qu’elle veut savoir où sont ses limites. D’où ces efforts presque illimités, l’équilibre quotidien entre thèse et course de fond : le matin, elle travaille de sept à neuf heures et court de dix heures à midi ; l’après-midi, elle travaille de deux à quatre heures et court de cinq à sept heures. « Avant, je croyais qu’il n’y avait pas de place dans la vie pour deux activités aussi intenses. Aujourd’hui, je sais qu’il vaut mieux avoir les deux : le sport me distrait de l’université, et l’université fait que je ne m’inquiète jamais longtemps si les choses ne vont pas bien à l’entraînement. »

« QUAND JE COURS, JE ME SENS LIBÉRÉE DE TOUT, JE SUIS TRÈS PROCHE DE MOI-MÊME. »

À chaque étape, Camille a précisé ses objectifs

La plupart du temps, elle s’entraîne seule, mais Athletica Vaticana lui fournit un entraîneur professionnel qui lui prépare un programme. « Quand je cours, je me sens libérée de tout, je n’ai besoin de personne, je suis très proche de moi-même. » Camille Chenaux parle de son sport avec tant de passion, mais aussi de détachement, qu’on en oublierait à quel point sa carrière est jeune. Lorsque le prêtre espagnol l’a abordée ce samedi de septembre 2018, son entraînement était loin d’être aussi sérieux qu’aujourd’hui. Elle n’a pas non plus immédiatement réalisé qu’Athletica Vaticana lui offrait la possibilité de réaliser son rêve d’enfant. « Ce n’est que lorsque j’ai augmenté mes efforts et que je me suis améliorée de compétition en compétition que j’ai commencé à formuler les objectifs que je poursuis maintenant. »

En ce qui concerne ces objectifs, il reste toutefois un problème qui ne relève pas de son domaine de compétence. Aux Jeux olympiques de toute façon, mais aussi aux Jeux des petits États, seuls les comités nationaux comptant au moins cinq fédérations sportives distinctes sont autorisés. Le Vatican a certes une équipe de football et de cricket mais ses membres ne se rencontrent que pour le plaisir. Il est possible qu’une exception soit faite un jour pour l’équipe d’athlétisme du pape, mais la prochaine occasion ne se présentera pas avant 2023 : Athletica Vaticana THE RED BULLETIN


UN BON JEU DE JAMBES

n’était pas encore autorisée aux derniers Jeux des petits États qui se tinrent au Monténégro en 2019 et les compétitions de cette année à Andorre ont été annulées pour cause de Covid-19.

Un message très subtilement ­formulé à l’intention des jeunes

Camille Chenaux, qui se décrit comme une croyante modérée, sait tout cela, mais elle souligne également qu’Athletica Vaticana représente pour elle autre chose. Elle compte plus de 50 000 followeurs sur Instagram et l’année THE RED BULLETIN

­ ernière, elle a fait la couverture d’un d livre où elle apparaissait en compagnie du pape François. « Grâce au sport, je peux toucher des jeunes qui, autrement, n’auraient peut-être pas de contact avec l’Église ­catholique.  » Elle ne pensait probablement pas non plus qu’elle dirait cela un jour, alors qu’elle reprenait son souffle sur la Piazza del Popolo en septembre 2018, satisfaite d’elle-même mais aussi complètement épuisée… et presque totalement ignorée du public.

Toujours très concentrée, même en s’entraînant sous un ciel bleu lumineux.

Instagram : @thesportyblonde

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WHEELIE

Ce qui était amusant sur le vélo est devenu une ­nécessité au quotidien dans un fauteuil roulant. (Ce qui ne veut pas dire qu’il ne s’amuse pas).

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VTT

VOICI LE BIKE MANAGER LE PLUS IMPORTANT D’EUROPE Avant son accident, TAREK RASOULI, 47 ans, était un vététiste supérieur à la moyenne. Mais depuis qu’il est en fauteuil roulant, il est un pilier de la scène cycliste et a transformé toute une industrie pour le mieux. Texte WERNER JESSNER Photos PHILIPP HORAK

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VTT

tablir une liste de dix personnes qui vous ont influencé professionnellement et que vous souhaitez inviter à dîner. Cette tâche occupe Tarek Rasouli, 47 ans, depuis des jours. Dix noms, pas un de plus. Les légendes des débuts, les superstars d’aujourd’hui, les promoteurs visionnaires de bikeparks, les vidéastes de ­légende, les entraîneurs dévoués, les clients devenus amis, tous mus par la passion de leur métier : un véritable who’s who de la scène cycliste. Dix noms seulement ? Tarek raye puis ajoute, mais la liste est toujours beaucoup trop longue.

Un nouveau départ : l’optimisme comme planche de salut

Le départ : un sonny boy conquiert le monde du vélo Si vous voulez savoir pourquoi cet homme dispose d’un si bon réseau, il vous faut remonter dans le temps, autour du changement de millénaire. Si, à l’époque, vous étiez fan de VTT, vous aviez probablement chez vous un poster ou un magazine arborant Tarek. Le ­Munichois était le seul Européen parmi les légendaires « Fro-Riders », la première équipe professionnelle de freeride du fabricant culte Rocky Mountain. Cet être d’exception menait une double carrière : dans le BMX et en tant que modèle photo. Il était beau mec et un sacré rider, une combinaison rare et convoitée, ­surtout en Europe. Une fois son bac en poche, il s’est lancé dans une carrière ­auto-gérée. « J’étais mon propre one-man show global : manager, attaché de presse, coach et plus encore. J’étais surchargé de travail mais souvent sous-­entraîné. Parfois, la séance photo elle-même constituait mon entraînement. » Mais cela fonctionnait. Il gagnait son argent avec des shows et des courses de BMX. Et puis 66

grand embrouillamini. Lorsque les riders ont finalement pu prendre le remontepente pour gagner Sun Peak afin de faire les repérages avant le tournage, Tarek s’est exclamé : « Quelle belle vue depuis le fauteuil roulant ! » Il voulait dire « télésiège ». Cette exclamation était presque prophétique. Peu de gens savent que le demi-frère de Tarek, qui vit en Autriche, est en fauteuil roulant depuis un accident d’escalade. Il a brièvement pensé à lui. Deux heures après avoir prononcé ces mots, le destin a frappé. L’aire d’atterrissage était trop petite et il a sauté trop haut. À plusieurs mètres dans les airs, il a lâché son vélo. À la réception, sur ses pieds, la vertèbre lombaire supérieure a lâché. Il a immédiatement ressenti une douleur horrible. Et une perte de sensations. Et l’intuition que sa carrière de ­cycliste était irrévocablement terminée.

MUSHROOM DROP

Tarek Rasouli a été le premier à sauter le stunt qui est plus tard devenu iconique à Moab, dans l’Utah (USA).

en sonny boy avec mannequins, teufs et glamour, même si les choses n’étaient pas toujours roses en coulisses. Mais qui s’en souciait : « Après ma première apparition dans Kranked, j’ai dû signer des autographes par dizaines, ce que toutes les couvertures et le succès sportif en BMX ne m’avaient jamais apporté. »

Le choc : un crash qui a soudainement tout changé Pour Kranked IV, le tournage était prévu à la fin de l’été 2002 en Colombie-Britannique (Canada), berceau du freeride. Une nouvelle montagne, une grande confusion au sujet des permis de t­ ournage, un

Lorsque Tarek Rasouli a posé les bases de tout ce qui allait suivre, il se trouvait encore dans un hôpital au Canada. Dans la chambre à trois lits du centre de rééducation de Murnau en Allemagne, Tarek était coincé entre son voisin de droite complètement paralysé, et celui de gauche ne pouvant plus bouger qu’un bras. « En comparaison, ma paraplégie est une sinécure ! Mobilité totale des bras, des mains, et même des abdominaux ! De quoi puis-je me plaindre ? » Un trait que le trialiste de légende Danny MacAskill admire chez Rasouli : « Je n’ai jamais, jamais, jamais entendu Tarek se plaindre. » Certes, au fond de ­lui-même, c’est parfois une autre histoire. « Bien sûr que je souffre. Tous les jours. Mais d’autres sont bien plus mal lotis. » En sa compagnie, on ne pourrait deviner sa souffrance. De la même manière qu’on oublie que cet homme charismatique d’où fusent toutes ces idées est en fauteuil roulant. C’est aussi son assurance et son esprit d’initiative qui l’ont rapidement mis en contact avec des personnes partageant les mêmes idées. Comme par exemple, avec les créateurs de la fondation Wings For Life qui soutient la recherche afin de guérir les lésions de la moelle épinière. Tarek est ambassadeur de la fondation depuis plus de quinze ans et encourage les personnes atteintes de paraplégie à prendre leur destin en main. THE RED BULLETIN

SCOTT MARKEWITZ

É

ceci : « En 1999, sur la piste qui se trouve près de chez moi, j’ai fini deuxième. J’ai pleuré à la ligne d’arrivée, j’étais tellement déçu. » Tarek avait déjà 24 ans. Il a mis le BMX de côté et s’est entièrement concentré sur le VTT, et la production de vidéos. Grâce à des vidéos de plus en plus remplies d’action, il s’est frotté au monde du freeride qui s’établissait au même moment en Colombie-Britannique. Le support, à cette époque, était la cassette VHS et la série culte s’appelait Kranked. C’est là que les dieux se rencontraient. Grâce à son professionnalisme, mais aussi à son style, Tarek s’est hissé jusqu’aux Fro-­ Riders. Ses sponsors l’ont mis en scène


LE RÉSEAU DE TAREK RASOULI Il est le point de convergence de tous ces gens : notre homme connaît tout un chacun dans le monde du vélo - et les réunit.

LE VIDÉASTE CULTE DEREK WESTERLUND

De New World Disorder à Where the Trail Ends : il plante le décor pour les athlètes.

LE HÉROS DU COIN ERIK FEDKO

LA SUPERSTAR DE YOUTUBE FABIO WIBMER

BORIS BEYER/RED BULL CONTENT POOL(2), BRYAN RALPH, PHILIP PLATZER/RED BULL CONTENT POOL, COLIN MEAGHER, YORRIX CARROUX, JONNIE BOER, DAVE MACKISON/RED BULL CONTENT POOL, KLAUS BAUER

Tarek a découvert le meilleur freerider allemand lors d’un petit événement.

Le natif du Tyrol oriental a les idées, Tarek et cie les diffusent à travers le monde.

LE GOUROU DE ­L’ÉVÉNEMENTIEL TODD BARBER

LA MEILLEURE SŒUR NATHALIE TANOS

Inventeur du Red Bull Rampage et autres méga shows de vélo.

Amie, collègue de travail, ­associée chez Rasoulution.

LA MÉDECIN DR. CHRISTINE BACHMANN Traite les protégés de Tarek et d’autres athlètes.

L’ENTRAÎNEUR LORENZ WESTNER S’occupe du corps des athlètes, même dans les situations difficiles.

L’ICÔNE TRIALISTE DANNY MacASKILL L’homme qui ne cesse de nous étonner est désormais plus un ami qu’un client de Tarek.

LA HAUTE VOLTIGE DU FREERIDE EMIL JOHANSSON LE VISIONNAIRE DES BIKEPARKS KORNEL GRUNDNER A mis Leogang sur la carte des vélos, aussi grâce aux événements de Tarek.

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Le freerider au potentiel sportif peut-être le plus ­important au monde figure sur le réseau de Tarek.

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SUR PIED

Tarek a récemment été en mesure de faire à nouveau ses propres pas, avec le soutien high-tech de l’exosquelette EksoNR d’Ekso Bionics et toujours accompagné d’une physiothérapeute. C’est ainsi qu’il sera sur la ligne de départ de Wings for Life Word Run le 9 mai prochain.

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VTT

La révolution : un tout nouveau genre d’événements cyclistes Après une intense période de rééducation, Tarek a repris là où il s’était arrêté avant l’accident : il ne s’est pas plaint et s’est débrouillé tout seul. Il a joué de ses contacts, a rejoint le magazine Bike et y a décroché un contrat pour une chronique régulière consacrée à la scène cycliste. On a fini par lui demander s’il se sentait assez confiant pour organiser un événement. Il ne l’avait jamais fait auparavant, mais il caressait le rêve depuis longtemps d’enthousiasmer les gens au-delà de la scène du vélo. Et il a donc choisi un endroit non pas caché dans les montagnes, mais près de Constance, avec des bonnes vibes et une ambiance festive. « Ride to the Lake » allait plus tard ­devenir le Red Bull District Ride, un ­spectacle de vélo devant des dizaines de milliers de spectateurs qui se tient maintenant dans le quartier de la vieille ville de Nuremberg. Encouragé par le succès remporté à Constance, Tarek a fondé avec une amie une agence événementielle : Rasoulution. L’enthousiasme et l’optimisme avec lesquels Tarek s’est lancé ont donné vie à des choses qui, autrement, n’auraient jamais fonctionné. La passion qui l’animait à l’époque brûle toujours ­aujourd’hui : lorsqu’il envoie en primeur le pilote top-secret de la dernière vidéo de Danny MacAskill, The Slabs, il est ­heureux comme un roi parce qu’un de ses athlètes a une fois de plus réussi à accomplir quelque chose d’incroyable et qu’il a pu lui-même y contribuer.

PHILIP PLATZER FOR WINGS FOR LIFE WORLD RUN

La famille : un foyer d’où émergent les stars mondiales du vélo Rasoulution s’occupe également de management d’athlètes, exactement ce que Tarek a fait pour lui-même, mais de façon beaucoup plus pro. La liste des personnes qui ont mis leur confiance en Rasoulution est révélatrice : la mégastar de Youtube ­Fabio Wimber ; le super talent allemand Erik Fedko ; Danny MacAskill, depuis longtemps plus un copain qu’un client. Quand on est chez Rasoulution, on fait partie d’une famille. Lorsque la star suédoise Emil Johansson a souffert pendant des mois de mystérieux problèmes de dos, Tarek l’a fait transporter par avion à ­Munich où des spécialistes ont diagnostiqué un blocage de vertèbre ainsi qu’un problème auto-immun persistant. Au bout THE RED BULLETIN

de dix mois, Emil a pu faire son retour sur le vélo : « Sans l’engagement personnel de Tarek, je ne sais pas comment les choses auraient tourné. Je lui en suis super reconnaissant ! » Au total, Rasoulution compte onze athlètes sous contrat. Comment sont-ils choisis ? « Un talent particulier. Et leur personnalité est très importante. Leur ouverture, leur sociabilité et leur sens des réalités. » La décision finale est prise par Tarek. Un jeune du coin comme Erik Fedko a autant de chances de réussir qu’un Japonais jusqu’ici complètement inconnu du nom de Tomomi Nishikubo, que Tarek a découvert par des vidéos. Vous pouvez aussi suivre un parcours

Avec Tarek pour une bonne cause le 9 mai Wings for Life World Run Tous les participants prendront le départ à 13 h (11 h UTC) pour Wings for Life World Run. Chacun court individuellement, une appli vous encourage et vous signale lorsque le Catcher Car virtuel vous a rattrapé. Toutes les recettes vont à la recherche sur la moelle ­épinière. wingsforlifeworldrun.com

Une union forte pour la recherche Comment la Fondation Wings For Life œuvre à guérir la paraplégie. Rééducation assistée par robot, protéines qui favorisent la repousse des nerfs, IA qui développe des thérapies sur mesure… dans le monde entier, la fondation Wings For Life, soutenue par des ambassadeurs tels que Tarek Rasouli, promeut des projets de recherche révolutionnaires pour guérir la paraplégie, et permet à de nombreuses personnes touchées de connaître une vie meilleure. wingsforlife.com

classique comme Fabio Wibmer qui a r­ etenu l’attention à 16 ans lors d’un workshop de vélo organisé par Tarek et Danny MacAskill, qui a mûri avec prudence et a décroché le succès de l’année sur Youtube avec Fabiolous Escape avant d’atteindre la célébrité mondiale : le clip Wibmer’s Law a été visionné 160 millions de fois au moment de mettre sous presse.

Le résultat : le monde du vélo à un tout nouveau niveau. Tout cela apparaît comme un conte de fées. Mais une chose est sûre : la scène du freeride serait loin d’être aussi professionnelle et sérieuse si Tarek et son équipe n’avaient pas relevé le niveau. Des types comme MacAskill ou Wibmer sont maintenant connus de tous les jeunes bikers. De plus, le fait que les ­événements soient devenus beaucoup plus sûrs tandis que les cascades, elles, sont toujours plus époustouflantes, est à mettre au crédit, encore une fois, de ­Rasouli. Quand il dit, depuis son fauteuil, qu’une zone d’atterrissage doit être élargie, qui oserait désapprouver ? Ou qu’il y a une position de caméra mieux adaptée pour capter l’action des kids ? Ou bien mille petits détails que seul quelqu’un qui a tant donné à ce sport ­depuis près de trente ans connaîtrait ? « Et pourquoi n’y a-t-il que trois pump tracks mais des centaines de terrains de football dans la région de M ­ unich ? » Vous avez une idée du défi que Tarek s’est lancé pour les prochaines années. Le seul problème insoluble reste celui des dix personnes les plus importantes dans sa carrière. Les gens qui ont un réseau de relations aussi serré ne peuvent être corsetés. Il leur faut des événements pour rencontrer tout le monde. Pas étonnant que Tarek Rasouli organise luimême ces événements. Cet homme est comme un poisson dans l’eau. Où serait-il aujourd’hui s’il n’y avait pas eu cet accident ? « Je serais probablement resté un rider trop longtemps et j’aurais manqué beaucoup de choses. » Assis là comme ça, au Red Bull Rampage ou au Red Bull District Ride, quand les jeunes sont dehors et qu’ils roulent, quand tout va bien, il se souvient parfois des mots prononcés : « Quelle belle vue depuis le fauteuil roulant ! » rasoulution.com

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Innovation

IA : I COMME INCONVÉNIENT, OU A COMME AVANTAGE ? Chercheur reconnu en intelligence artificielle, RICHARD SOCHER est une véritable pointure dans son domaine. Il nous explique quels sont les enjeux autour de l’IA, et quelles compétences humaines seront, à l’avenir, de plus en plus demandées. Entretien JÜRGEN SCHMIEDER  Photos JEREMY JACKSON

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L’HOMME QUI MURMURAIT À L’OREILLE DES MACHINES

Richard Socher, 37 ans, directeur de recherche chez Salesforce jusqu’en 2020 et e­ xpert inter­ national en intelligence artificielle.


Innovation

R

endons-nous à l’évidence : nous, pauvres humains, n’avons plus aucune chance face aux machines ! Elles nous battent déjà aux échecs, savent conduire mieux que nous, et sont capables, en traitant des sommes colossales de données, de faire émerger des prédictions que nous n’aurions jamais soupçonnées. À l’allure où ça va, nous allons bientôt abdiquer face à un Big (Data) Brother omnipotent qui régnera sur nos vies en utilisant la reconnaissance faciale et ses copines Siri ou Alexa pour nous espionner et décider de tout à notre place. La dictature de la machine : fantasme ou réalité ? Cette question montre à quel point le débat autour de l’avènement de l’IA soulève des interrogations. Mais en dehors des scénarios dystopiques qui alimentent l’industrie du cinéma, y a-t-il vraiment raison de s’inquiéter, ou peut-on considérer avec sérénité le fait que l’IA prenne, dans nos vies, de plus en plus de place ? C’est ce que pense Richard Socher, qui fut jusqu’en 2020 directeur de recherche en intelligence artificielle chez Salesforce, l’un des leaders américains des technologies numériques. Diplômé de la prestigieuse université de Stanford, cet informaticien allemand a également travaillé dans un lieu mythique de la Silicon Valley, surnommé « Office 221 », qui a vu passer les fondateurs de Google, Larry Page et Sergey Brin. Après avoir fondé en 2014 Metamind, une plateforme de deeplearning utilisant l’IA, il revend son bébé deux ans plus tard à Salesforce. Aujourd’hui PDG de la startup SuSea, qu’il a fondée,

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Richard Socher poursuit ses recherches sur les applications pratiques de l’IA. Nous lui avons demandé de dresser un premier bilan sur les appréhensions et les réalités d’un domaine en constante évolution. the red bulletin : Vous avez dit en parlant de l’IA : « Elle nous montre qui nous sommes vraiment. » D’où cette première question : qui sommes-nous ? richard socher : Nous devons plutôt nous demander : quel est le propre de l’Homme ? L’un des critères que nous aimons utiliser pour nous différencier des autres espèces, c’est notre intelligence. Ça peut paraître simpliste, mais ça soulève surtout beaucoup de questions autour de ce qu’est vraiment l’intelligence, et l’IA nous révèle justement des découvertes très intéressantes à ce sujet. Par exemple ? Le fait de constater que des tâches a priori basiques sont en réalité difficiles à exécuter pour l’IA, et qu’inversement, des activités supposées complexes sont relativement faciles à automatiser. On s’en rend compte en comparant le jeu des échecs, qu’un ordinateur peut apprendre assez facilement, et le travail d’un agent de nettoyage et d’entretien, qui va être extrêmement difficile à remplacer par l’IA, car il nécessite la combinaison de réflexions à la fois abstraites et concrètes : comment ranger de manière logique et pratique ? Qu’est-ce que la machine arrive aujourd’hui à faire mieux que l’Homme ? Les tâches répétitives, par exemple l’interprétation d’images médicales, mais aussi le traitement et l’analyse de gros volumes de données. Salesforce propose ainsi un service de « gestion des leads et des opportunités », destiné aux entreprises qui ont des gros fichiers clients et qui ne savent pas toujours qui contacter en premier pour vendre un produit. Ce service utilise l’IA pour répertorier les évolutions en cours dans un secteur – par exemple l’embauche d’un nouveau directeur commercial dans une boîte – pour passer en revue les e-mails déjà

envoyés et émettre des prédictions de clients p ­ otentiels en dressant une liste de dix personnes qui pourraient être intéressées. Un gain de temps qui augmente l’efficacité des commerciaux de 30 %. Ce n’est pas très bon pour leur ego… Oui, mais si on leur explique comment on en est venu à ces conclusions et pourquoi ils devraient appeler ces clients-là, ils seront beaucoup plus confiants. Les progrès réalisés en IA ont souvent été utilisés pour des jeux : les échecs, le poker, le jeu de Go. Ce ne serait pas plus intéressant de se concentrer sur ses applications dans la vie quotidienne ? C’est ce que je pense aussi. Évidemment, un ordinateur qui bat un joueur humain au jeu de Go, c’est impressionnant, et cela a d’ailleurs influencé la façon dont THE RED BULLETIN


LANGUES À VENIR

Richard Socher aborde des domaines aussi variés que la linguistique informatique et la PNL pour créer des logiciels capables de nous aider à prendre de meilleures décisions.

fouiller l’ensemble du net pour avoir une info. Cette tâche-là, l’algorithme de Google le fait beaucoup mieux que nous. Jusqu’où cela va nous mener ? On peut voir les progrès de l’Histoire comme des « sursauts d’efficience » : la machine à vapeur, l’électricité, Internet. L’intelligence artificielle est le prochain sur la liste et cette avancée va bouleverser l’espèce humaine. Il y a 250 ans, 90 % des gens travaillaient dans les champs et il était alors vital d’être fort physiquement. Aujourd’hui, d’autres qualités sont nécessaires, et c’est ce type de changement que va nous apporter l’IA. Sur le long terme, je reste optimiste, mais j’ai quelques inquiétudes sur le court terme. Lesquelles ? Prenons l’exemple des chauffeurs routiers : ils font un métier très pénible, doivent constamment rester concentrés même si la route est droite sur des centaines de km ; ils sont souvent séparés de leurs familles, doivent traverser plusieurs fuseaux horaires… Ce n’est pas une vie facile, et on pourrait considérer les travaux effectués pour remplacer peu à peu ce type de boulot comme une bonne chose en soi. Mais les chauffeurs routiers vous diront : « J’adore mon métier, j’aime être seul et je ne veux rien faire d’autre. »

« Je crois que l’intelligence artificielle va encourager la communication entre les Hommes. Il y aura de moins en moins de taches ennuyantes et répétitives. » on y joue désormais. Mais en dehors du domaine ludique, cette application n’a pas vraiment apporté de changement majeur, parce que les algorithmes utilisés pour les jeux peuvent rarement être appliqués dans le monde réel, où tout n’est pas aussi bien ordonné et réglé que sur un échiquier. Dans la réalité, il faut autant considérer ce qui est du ressort de l’aléatoire et du hasard que ce qui est prévisible par des calculs de probabilités. THE RED BULLETIN

Pourtant, quand une machine bat un humain aux échecs, on a tendance à crier à l’avènement de la dictature des robots et à la disparition de l’espèce humaine. Ça dépend des cultures. Au Japon, l’automatisation est vécue comme quelque chose de positif et les robots sont davantage perçus comme des aides que comme des ennemis ou des voleurs de boulot. Personne n’est capable de traiter en une journée une liste de 10 000 clients ou de

Ce qui peut se comprendre. Dans 150 ans, quand on demandera aux gens s’ils veulent conduire un camion toute la journée, ils auront probablement la même réponse que nous lorsqu’on nous demande aujourd’hui si nous voulons rester toute la journée à travailler en plein soleil dans les champs jusqu’à avoir des cales aux mains. Ils répondront : « Non, c’est absurde, il y a des machines pour ça ! » Mais aujourd’hui, que dire aux routiers qui craignent pour leur travail ? Que nous avons encore le temps ; et c’est là que doivent intervenir les responsables politiques et économiques pour préparer les gens et leur expliquer qu’il y aura d’autres domaines faits pour eux. La question de savoir si les machines vont nous voler nos boulots n’est peut-être pas la bonne question à se poser. Quelle serait la bonne question ? La raison d’être de la médecine, c’est d’avoir des gens en bonne santé – et pas de créer du travail. En radiologie par exemple, l’utilisation de l’intelligence artificielle s’est avérée très efficace et peu coûteuse. Il y a trop peu de radiologues,   73


Innovation et l’intelligence humaine n’est pas faite pour examiner tous les jours, pendant des heures, des images en noir et blanc. Cet argument ne rassure pas forcément celles et ceux qui craignent pour leur travail. C’est vrai, mais c’est justement pour cette raison que la politique doit convaincre les gens, et que les systèmes sociaux doivent aider à la transition. Il faut aussi montrer qu’il y a des qualités qui vont être de plus en plus demandées, comme la créativité, l’empathie, savoir reconnaître un problème ou travailler en équipe. La machine fait le diagnostic, et le ­médecin en parle à son patient ? On peut dire ça, même si le médecin peut faire beaucoup plus : un médecin sera par exemple capable de combiner les analyses de plusieurs machines, et ­découvrir ainsi une nouvelle maladie, un nouveau virus. Cette combinaison de savoirs abstraits et concrets est difficile à automatiser. N’oublions pas que les performances d’une machine dépendent des données qu’on lui fournit. Et c’est justement ce qui peut créer des « biais » en amont des algorithmes, servant ainsi des stéréotypes et des préjugés : n’est-ce pas le principal problème de l’intelligence artificielle ? C’est ce que je pense. L’IA n’est pas conçue pour être raciste ou sexiste, elle fonctionne avec les données qu’elle reçoit. Un exemple : une banque demande à l’ordinateur : « À qui dois-je autoriser ou interdire un crédit ? » Or ses données montrent que peu de femmes, dans le passé, ont demandé un crédit de création d’entreprise. L’ordinateur pourra donc percevoir une demande émanant d’une femme comme a priori négative. C’est là où l’intelligence artificielle nous tend un miroir, en disant : « Voyez ce que vous avez fait dans le passé. » Mais il est possible, également, d’y remédier. Il est plus facile de modifier un algorithme que la mentalité de 10 000 chefs d’entreprise qui ont toujours favorisé les hommes. C’est vrai, et il y a une chose à ne pas oublier : l’intelligence artificielle est ce qu’on appelle une technologie « omni-use ». C’est-à-dire ? On peut l’utiliser pour tout. Comme avec un marteau, que l’on peut utiliser pour construire une maison ou pour frapper quelqu’un. Ou une voiture, qui peut 74

BOOSTEZ VOTRE CV : LE MEILLEUR PROFIL EN 2021 Quelles sont les compétences les plus recherchées actuellement par les entreprises ? LinkedIn a analysé les données de ses millions d’utilisateurs et leurs offres d’emploi.

SOFT SKILLS

HARD SKILLS

1. CRÉATIVITÉ

1. BLOCKCHAIN

Pour sortir du lot, il faut avoir des idées – et pour cela, être créatif. C’est la compétence ­humaine la plus recherchée par les entreprises actuellement.

2. FORCE DE PERSUASION Avoir des idées est une chose. Savoir les vendre en est une autre : il faut être en mesure de les expliquer pour convaincre son équipe, puis ses clients.

3. ESPRIT D’ÉQUIPE Bosser tout seul dans son coin, c’est fini : aujourd’hui, les différents services des entreprises sont de plus en plus appelés à collaborer sur des projets. Savoir travailler en équipe est un atout.

4. ADAPTABILITÉ Le monde du travail évolue à vitesse grand V. Dans ce contexte de constantes mutations, les entreprises cherchent des gens qui n’ont pas peur du changement.

5. INTELLIGENCE ÉMOTIONNELLE Pour faire durer une entreprise, il faut soigner ses relations sur le long terme avec ses partenaires. Ce qu’aucune machine ne peut faire mieux qu’un humain.

Inventée pour les cryptomonnaies, cette technologie est ­désormais utilisée pour tout type de ressources numériques, mais les vrais pros restent rares.

2. CLOUD COMPUTING Les entreprises utilisent le Cloud pour leurs services numériques. Les spécialistes de systèmes comme Microsoft Azure sont très demandés.

3. RAISONNEMENT ANALYTIQUE Reconnaître un problème, y trouver une solution, penser en réseau, voir les corrélations… Une compétence qui vaut de l’or.

4. INTELLIGENCE ARTIFICIELLE L’IA doit avant tout être développée et améliorée par des humains. Ce secteur connaît un boom sans précédent et donc un fort besoin de personnel qualifié.

5. DESIGN UX C’est l’ensemble des paramètres, stratégies, conceptions qui garantissent aux clients une bonne User Experience. S’y connaître dans ce domaine reste un atout de taille pour les entreprises.

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transporter des gens – ou les écraser. De même, on peut se servir d’Internet pour partager des connaissances – ou faire du commerce illégal. C’est la même chose pour l’IA. La reconnaissance faciale, par exemple, peut aider à retrouver des criminels, mais elle peut aussi être utilisée à des fins beaucoup moins nobles. L’idée est de ne pas diaboliser la technologie, mais d’y mettre un cadre, grâce à la politique. Vous ne trouvez pas que c’est justement la dernière révolution industrielle qui a transformé l’Homme en machine ? Avec le travail à la chaîne, les tâches répétitives et sans aucun intérêt. Face à cela, le rôle de l’IA n’est-il pas de redonner à l’Homme son humanité ? Tout à fait ! Et je crois que l’IA va encourager la communication entre les Hommes. Il y aura de moins en moins de tâches ennuyantes et répétitives, les métiers autour de l’Humain vont gagner en considération : un infirmier en maison

« C ’est lié à la culture : au Japon, l’automatisation est vécue comme quelque chose de positif et les robots sont davantage perçus comme des aides que comme des ennemis ou des voleurs de boulot. » de retraite qui a étudié l’histoire fera peut-être un meilleur travail parce qu’il pourra mieux comprendre ses pensionnaires. Mais il faut évidemment qu’il soit payé en conséquence. Que conseilleriez-vous aux écoliers d’aujourd’hui ? Quelles seront les ­compétences à avoir demain ? D’abord : l’informatique, parce qu’on ne peut rien comprendre à l’IA si on ne sait pas programmer. Ensuite : les mathématiques. Mais aussi : l’éthique, l’art,

la géographie. Bref, toutes ces matières délaissées actuellement par les parents – parce qu’elles ne mènent soi-disant à rien. Or, ça peut changer : on arrive déjà à se débrouiller parfaitement en orthographe grâce à l’intelligence artificielle. Mais mobiliser sa créativité et toutes ses connaissances pour pondre une histoire captivante, ça, l’IA ne peut pas le faire. Le plus important, pour les écoliers du futur, sera d’avoir un mélange de connaissances en informatique et en sciences humaines.

HORS DU COMMUN theredbulletin.com

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« Le retour à travers les glaciers et les murs de roches rendent la descente souvent difficile et périlleuse. Désormais, ce n’est pas à pieds que je redescends, mais par les airs. » Calum Muskett, alpiniste et guide de montagne

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ur l’étroite crête menant au sommet du Mont-Blanc, la neige crisse sous mes pieds. Plus que quelques pas, et me voilà sur le toit de l’Europe. Des nuages voilent le versant français de la montagne, et la brise glaciale couvre mes cils de gel. Il est 7 heures du matin en ce 1er septembre 2019, pour ma première expédition sur le Mont-Blanc. L’interdiction estivale de pratiquer le parapente dans la région est à présent levée. Je suis pris de nausée alors que je défais mon sac. L’effort pour atteindre le sommet m’a épuisé. La vallée de ­Chamonix est à plus de 3 500 mètres en contre-bas. D’ici, le retour du MontBlanc à travers les glaciers et les murs de roches rend la descente difficile et périlleuse. Désormais, ce n’est pas à pieds que je l’effectue, mais par les airs. Je pratique l’alpinisme depuis 2006, après une formation sur les falaises et les rochers au nord du Pays de Galles, mon pays natal. Aujourd’hui alpiniste et guide de montagne professionnel, je vis au rythme des saisons et partage mon temps entre les montagnes de Snowdonia et la vallée du Giffre en Haute-Savoie. Il y a deux ans, mon initiation au parapente m’a ouvert à de nouveaux horizons. L’ascension du Mont-Blanc nécessite normalement trois jours, le recours à deux téléphériques et un voyage en train. Désormais, je peux quitter Chamonix au petit matin, gravir la montagne et être de retour à temps pour un second petit-déjeuner. Voler a quelque chose de libérateur : la pression 78

Solide comme un roc sur la voie Incroyable.

liée au décollage où nulle erreur est permise disparaît aussitôt que les pieds balancent dans le vide, se jouant ainsi des lois de l’évolution pour rejoindre un temps le domaine des oiseaux. Je démêle les lignes recouvertes de givre et étends la voilure. Dix minutes plus tard, je m’élance dans le vide et l’air frais du matin en direction de l’Italie, heureux de ne pas avoir à marcher davantage, et me réjouissant par avance du cappuccino qui m’attend au café près du terrain ­d’atterrissage. Le paralpinisme a le vent en poupe. Comme son nom l’indique, il associe parapente et alpinisme. Les restrictions limitées et une excellente infrastructure font des Alpes un endroit idéal pour la THE RED BULLETIN


Comment s’y rendre Lieu Vallée de Chamonix Aéroport le plus proche Genève, Suisse

France Italie

Ascension Via 6 téléphériques Altitude Plus de 4 000 m, regroupant 11 des plus importants sommets du massif du MontBlanc. Restrictions ­saisonnières L’accès au massif est fermé en juillet et en août.

JAKE HOLLAND

CALUM MUSKETT

Temps fort : Muskett au petit matin sur la crête enneigée menant au bivouac d’Eccles.

Décollage immédiat : le Gallois prend son envol à 4000 m d’altitude. THE RED BULLETIN

pratique de la discipline. Celle-ci ne date pas d’hier. Il y a quarante ans, des pionniers tels que le Français Jean-Marc ­Boivin, décollaient déjà des plus hauts sommets de la planète. Le décollage réussi de Boivin depuis l’Everest en 1988 marque l’apogée de cette époque pionnière. Depuis, la technologie et l’intérêt pour le parapente ont privilégié le vol de distance, en améliorant notamment la glissance et la portance des ailes. L’actuel record du monde de distance est de 564 kilomètres en ligne droite, établi par trois pilotes brésiliens en 2016, tandis que le plus haut vol jamais enregistré a été réalisé la même année par le Français Antoine Girard, au-dessus du Broad Peak au Pakistan avec une incroyable altitude de 8 157 mètres. Les précurseurs du paralpinisme portaient d’énormes sacs de plus de 12 kilos (sans compter l’équipement d’alpinisme), rendant les expéditions en montagne pour le moins peu commodes. Les progrès technologiques récents ont permis de mettre au point des voilures « monocouche », les classiques étant à double couche avec alvéoles d’air. Ces nouvelles ailes équipées d’un harnais de sécurité ultraléger pèsent à peine 1 kilo et se rangent dans un sac de taille moyenne. Cette évolution a donné un nouveau souffle à ce sport. Mais vitesse et légèreté ne sont qu’une facette du paralpinisme ; pour moi, le véritable attrait se situe dans son association avec l’escalade technique, dont les descentes en rappel peuvent être longues et risquées.   79


PERSPECTIVES voyage

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« Le paralpinisme a le vent en poupe. » Calum Muskett

ultralégère. Un endroit de rêve pour un premier vol ! J’entame ma course de décollage équipé de crampons pour plus d’adhérence à la neige. L’aile légère s’élève rapidement et sans difficulté au-dessus de ma tête. Dès que le bord d’attaque flirte avec le soleil, l’air chaud de la vallée s’engouffre dans la voilure et me soulève délicatement. Derrière, Jake et Paul décollent en toute sécurité et manifestent leur joie. Ces expériences partagées font du paralpinisme un sport unique. Autrefois le moment le plus pénible de la journée, la descente, est à présent attendue avec impatience. Nous atterrissons dans la vallée près du café et nous planifions déjà notre prochaine aventure. Calum Muskett est alpiniste professionnel, guide de montagne et ambassadeur de Rab, Scarpa et Petzl. Retrouvez ses cours d’alpinisme et de ski sur mesure sur : muskettmountaineering.co.uk THE RED BULLETIN

JAKE HOLLAND

Septembre 2020, je suis de retour sur le Mont-Blanc en compagnie de mes amis Paul et Jake. Nous tentons une deuxième ascension en empruntant la voie « Incroyable », la plus difficile sur le Pilier Rouge du Brouillard, un imposant monolithe de granit posé à 4 000 mètres ­d’altitude. Il fait beau et le soleil est cuisant. La fonte de la neige dévoile une vertigineuse paroi rougeâtre, que nous gravissons à la main. Après une journée d’escalade, nous atteignons le refuge Eccles, une minuscule cabane en tôle suspendue sur le versant du glacier et point de décollage fiable. L’emplacement est impressionnant, et la pente convexe enneigée fortement inclinée idéale pour s’envoler – du moins lorsqu’elle n’est pas verglacée. Paul et Jake se tiennent debout sur une corniche taillée dans la neige à 30 mètres de moi. Encadré par Jake, Paul s’apprête à effectuer son baptême avec une aile tandem monocouche

CALUM MUSKETT

Itinéraire de vol : (ci-dessus) Muskett survole le glacier du Brouillard et ses nombreuses crevasses ; (ci-dessous) atterrissage imminent dans la vallée Val Veny, en Italie.


PROMOTION

PERFECT MATCH Trouver une bonne chaussure de course, ce n’est pas bien compliqué – mais trouver la chaussure parfaite relève du grand art. C’est là que le SportXX Ryffel Running entre en jeu…

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uiconque se met à courir ne peut ignorer LA question centrale : quelle est la chaussure qui me convient le mieux ? Tout d’abord, la chaussure de course parfaite, celle qui satisferait tous les coureurs, n’existe pas. Il n’y a que des chaussures adaptées à chaque individu – et c’est ce que révèle la nouvelle analyse 3D des pieds et de la course de SportXX Ryffel Running.

Un fonctionnement en plusieurs étapes Avant d’arriver sur les étagères, chaque chaussure doit passer par le laboratoire. Elle y est radiographiée, mesurée et classée dans les moindres détails. Puis, durant la phase d’analyse en magasin, un scanner 3D de pointe mesure les pieds du client, avec une précision de deux millimètres, en quelques secondes : la longueur, la largeur, la hauteur, ainsi que le volume et la forme statique du pied constituent les infos décisives – elles sont ensuite comparées à la base de données des chaussures. L’étape suivante correspond à la première

mise en mouvement. L’analyse professionnelle de la course s’effectue grâce à une plaque de mesure de la pression. Elle fournit des informations sur le contact du pied, la progression de la charge, la pronation, la phase de poussée et le style de course. À l’issue de tout le processus, le client découvre sa chaussure idéale. L’analyse 3D du pied et de la course est gratuite et disponible dans toutes les succursales SportXX Ryffel Running. Il suffit de prendre rendez-vous en ligne, ou de passer spontanément dans l’une des 25 agences pour bénéficier de ce service : sportxx.ch/running-analysis

Les meilleurs conseils des coureurs, pour les coureurs L’équipe de coureurs ­ assionnés veille à ce p que chaque client trouve la paire de chaussures adaptée à son pied.


PERSPECTIVES fitness

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L’appli des possibles Pourquoi s’entraîner avec l’application Wings for Life World Run est une bonne idée ? La preuve avec ces quatre captures d’écran. La course Wings For Life World Run a ­ ura lieu virtuellement cette année. Partout dans le monde, le 9 mai, tous les coureurs prendront le départ à la même heure… individuellement. Pour participer, inscris-toi sur l’appli gratuite ­disponible sur iOS et Android.

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La télécharger L’application Wings for Life World Run-App est disponible dans l’­App Store et sur Google Play. Après l’avoir téléchargée, tu peux t’inscrire via ton profil Facebook ou avec une adresse e-mail.

Une expérience­ audio « As-tu trouvé ta vitesse de croisière ? Super, ça va tout seul ! » Le jour J, c’est Marco « Büxi » Büchel qui sera ton motivateur­­ ­personnel pour te susurrer de doux conseils et encouragements. Sans oublier : des mises à jour de la course des autres participants sur la planète, des infos sur les ­kilomètres parcourus, la distance avec la Catcher Car, etc.

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Entraînement

Communauté

L’appli te permet de simuler le grand jour : en t’entraînant comme si une voiture-balai te prenait en course notamment.

Crée ta propre équipe virtuelle mondiale ou rejoins l’une de celles qui existent déjà, n’importe où dans le monde. Ensemble, vous ­serez plus forts. L’as du ski Marco Büchel (photo) fait partie de l’équipe du Liechtenstein.

Le but étant d’atteindre l’objectif que tu t’es fixé avant qu’elle ne te rattrape.

Lors de Wings for Life World Run, des milliers de personnes du monde entier courent simultanément pour une bonne cause : les recettes servent à financer des projets de recherche visant à soigner les lésions de la moelle épinière. wingsforlifeworldrun.com THE RED BULLETIN

HANNES KROPIK

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WINGS FOR LIFE RUN, MATTIS KUMMER

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Même si tu cours seul : grâce à l’appli, tu fais partie de la communauté mondiale.


PERSPECTIVES gaming PLAY

confie-t-il. J’ai beaucoup appris. De tireur frénétique peu loquace pour qui seules les stats comptaient, je suis devenu un joueur d’équipe plus ouvert et plus honnête. » Une expérience positive qui l’incite à quitter CS:GO. « J’étais pris dans une spirale négative avec des équipes auxquelles je ne croyais plus. C’est là que l’idée de devenir l’un des meilleurs joueurs de VALORANT m’est venue. Un défi excitant. »

Votre carrière est en jeu

YUNG ELDR

JOE ELLISON

Il est peu probable qu’un conseiller en orientation vous suggère de gagner votre vie en jouant à des jeux vidéo. Pour cela, mieux vaut s’en remettre à une superstar de l’esport. Partout dans le monde, des étudiants préparent en ce moment un examen important, mais pas celui que l’on croit. Red Bull Campus Clutch est un tournoi esport mondial destiné aux étudiants. Ceux-ci s’affrontent dans VALORANT, un jeu de tir à la première ­personne pratiqué en équipe. Avant son lancement, le premier test du jeu diffusé en direct, bat le record d’heures de visionnage en une journée (34 millions, et jusqu’à 1,7 million de spectateurs simultanés). Et ce jeu fait désormais partie de ceux capables de séduire des joueurs de jeux rivaux tels que Fortnite et Overwatch. Les participants à Campus Clutch n’évoluent certes pas dans la même catégorie, mais les équipes gagnantes de chaque pays disputeront en mai la finale mondiale, avec à la clé un chèque de 20 000 euros et un espace de jeu dernier cri pour leur campus. De quoi inciter certains à changer d’orientation pour devenir athlète d ­ ’esport professionnel. Jacob « pyth » Mourujärvi pourrait leur enseigner une chose ou deux. Ce Suédois de 27 ans, membre de l’équipe d’élite G2 Esports, est l’un des meilleurs joueurs de VALORANT au monde. Il y a neuf ans, il étudiait l’inforTHE RED BULLETIN

Vivre positivement

« Je dormais de 8 heures du matin à 17 heures et jouais le reste du temps, se souvient-il. J’ai changé de routine dès que j’ai entrevu la possibilité d’en faire mon métier. J’ai adopté une attitude pro. »

« Les “haters” sont toujours les plus bruyants, affirme pyth. Avec CS:GO, j’étais harcelé sur Twitter, et menacé de mort pendant les matches. Je pratiquais des exercices de recentrage, mais trop irrégulièrement. » Pour lutter contre le stress, il se met au tir en ligne. « Je m’entraînais sur AimLab, en écoutant de la musique pour positiver. » La solution viendra d’un changement total de décor. « Les fans de VALORANT sont parmi les plus solidaires, explique-t-il, en insistant sur l’importance d’avoir de bons compagnons de route. »

Faire ses preuves

Regarder vers l’avenir

Shooters d’élite : les persos de VALORANT Phoenix (g.) et Jett.

matique. « Je n’avais pas de plan de carrière, mais travailler avec les ordinateurs ­m’intéressait  », explique-t-il. À l’époque, il joue à Counter-­ Strike: Global Offensive, qui vient d’être lancé. Puis d’autres joueurs l’invitent à rejoindre leur équipe. Et c’est  désormais son quotidien. Un parcours atypique, dont pyth a tiré de précieuses leçons. Florilèges.

Se discipliner

Lorsqu’il quitte l’école à 18 ans, Mourujärvi joue quinze heures par jour à CS:GO.

Pyth est un virtuose de « clutch », capable de retourner une situation à la dernière seconde, comme en février dernier lorsque G2 rafle la première édition de Red Bull Home Ground, ou en 2014 en venant à bout, seul contre quatre, des Ninjas in Pyjamas dans un match CS:GO. Deux ans plus tard, il rejoint leur équipe. « Faites vos preuves et vous serez remarqué, prometil. Ne brûlez pas les étapes. Bâtissez votre ascension pas à pas en prenant du plaisir, sinon ça ne marchera pas. »

Se réinventer

« Ne brûlez pas les étapes, bâtissez votre ascension pas à pas. »

En 2015, pyth participe à la création de la nouvelle équipe CS:GO canadienne Luminosity Gaming, une expérience inédite. « Je jouais en solo et ­voulais prouver ma valeur,

À 27 ans, Mourujärvi fait figure de vétéran en esport. Mais mais il entend poursuivre sa carrière lorsque le temps de la compétition sera révolu pour lui. « Coacher serait une bonne façon de rester dans l’esport. Beaucoup se contentent de jouer tous les jours en négligeant le collectif et la stratégie. Une équipe doit se renouveler. Liverpool en Premier League de foot anglais est un bon exemple. Elle s’est renforcée en achetant le défenseur Virgil van Dijk. Il n’est pas capitaine de l’équipe, mais son leadership et son assurance profitent à l’équipe. » VALORANT sur Microsoft ­ Windows ; playvalorant.com. Le Red Bull Campus Clutch est à suivre sur redbull.com. Pyth est sur twitch.tv/pyth

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UNE HISTOIRE DE FAMILLE LES KRAVITZ DÉCLINENT LA MARQUE YSL CHACUN À LEUR MANIÈRE Qu’est-ce que sent une star du rock ? « Un mélange de lavande légère, de bois de cèdre noir et d’encens mystique », le tout concentré dans Y Le Parfum d’Yves Saint Laurent. Sa fille Zoë n’est pas en reste : elle fait de même avec le rouge à lèvres YSL. loreal.com

Que du bon ! DAVID SIMS/YVES SAINT LAURENT BEAUTY ÖSTERREICH, COURTESY OF FERRAGAMO, COUCH CONSOLE, NICOLAS HOLTZMEYER/RED BULL CONTENT POOL, SAMSONITE EUROPE

Des objets de collection triés sur le volet, des conseils et des rendez-vous. Texte WOLFGANG WIESER

CHAUSSEZ-VOUS POUR ENTRER LE MUSÉE VIRTUEL DE SALVATORE FERRAGAMO Cette paire de souliers rouges est votre ticket d’entrée symbolique pour le musée virtuel du visionnaire de la mode, Salvatore F­ erragamo. Il est conçu comme un mot d’ordre : allez-y ! Si vous a­ imez la mode et l’histoire, cliquez et votre plaisir n’en sera que plus grand. ferragamo.com

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PERSPECTIVES tendance BONJOUR CONSTANCE GARMIN ENDURO Cette montre sait tout de ­celui qui la porte. Notre fonction préférée ? La mesure de la constance, c’est-à-dire le maintien de la v­ itesse et de la régularité avec lesquelles on aborde les sentiers à vélo. Plus la valeur est basse, mieux c’est. Elle signale aussi quand faire des pauses ! garmin.com

UNE VIE ÉQUILIBRÉE THE COUCH CONSOLE Certains disent que la vie sur le canapé, ce n’est pas la vraie vie. En revanche, vous, vous trouverez votre équilibre. La Couch Console met à votre disposition tout ce dont vous avez besoin pour une journée ­relax. Bien entendu, un succès sur Kickstarter. ­Disponible à partir de mai. couchconsole.com

DAVANTAGE DE CONFORT Un bracelet en nylon respirant assure un ajustement parfait.

IL A DE LA RESSOURCE Un port USB externe permet de recharger son téléphone.

COURIR & VOLER RED BULL X-ALPS Les 33 athlètes qui participeront à la 10e édition du Red Bull X-Alps devront ­parcourir plus de 1 000 kilomètres. Mais ces chiffres ne vous disent rien des efforts que les participants devront déployer : le parcours à ­travers les Alpes ne peut être réalisé qu’à pied ou en parapente. redbullxalps.com

LE SAC À DOS URBAIN SAMSONITE SECURIPAK Enfin, un sac à dos qui ne prétend pas vouloir grimper au sommet. Au contraire, il est clairement conçu pour le citadin du XXIe siècle. Fait d’un matériau appelé Recyclex (oui, à partir de bouteilles en PET recyclées), il est anti-déchirure, doté d’une fermeture antivol et permet de recharger vos ­appareils électroniques. samsonite.com

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PERSPECTIVES motos

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Passion deux-roues En solitaire mais jamais seul, ­concentré mais détendu : sur ces deux-roues motorisées, on laisse le quotidien derrière soi et on fait le plein de sensations pour le cœur, la tête et l’esprit. Texte WERNER JESSNER

Le choix du cœur HONDA CB1000R BLACK EDITION Vieux proverbe de bikers : « Les Hondas roulent toujours. » En cas de doute, la fonction l’emporte sur l’émotion. Car pourquoi rouler en moto sinon justement pour rouler ? Avec l’exceptionnelle CB1000R et ses 145 ch, les émotions viennent d’ellesmêmes. Dans l’ombre de sa Black Edition, la CB cache bien ses talents, comme l’écran couleur TFT 5 pouces avec connectivité smartphone pour commandes vocales. Un joyau de perfection dans un écrin de discrétion… jusqu’au premier virage où les petits malins disparaîtront de votre rétro.

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n moto, on ne fait pas que voir le monde ; on est à son écoute, on le sent pleinement. À peine descendu, on se demande déjà quand on pourra s’envoyer sa prochaine dose de ­bonheur. La moto n’est pas qu’un moyen de déplacement : c’est une nourriture spirituelle qui entraîne la coordination, la vision, et permet d’exprimer sa personnalité. Alors que toutes les libertés sont menacées de disparaître, une au moins reste immuable : enfiler le casque, démarrer sa bécane et rouler. ­Vitesse ou détente, aventure ou confort. Pas de fausse vie dans le vrai : cette vérité a deux roues.

Cylindrée : 998 cm³ Puissance : 145 ch Prix : à partir de 15 630 CHF honda.ch

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PERSPECTIVES motos

Le bonheur sans permis BRIXTON RAYBURN Attention, drogue du débutant ! Cette moto ressemble à une custom de luxe, une grosse cylindrée ou un bolide pour rebelles. En fait, c’est une 125 que l’on peut conduire avec le permis voiture. Dernière née de la jeune marque autrichienne Brixton, la Rayburn combine le look roadster avec un solide moteur monocylindre refroidi par air. Le top du top : la selle en cuir sur ressorts. Le bon goût ne ­dépend pas du cylindre : même dans la catégorie 8 litres, plus de raisons de conduire des scooters en plastique bas de gamme. Cylindrée : 125 cm³ Puissance : 11 ch Prix : 4 190 CHF brixton-motorcycles.com

Autour du monde KTM 1290 SUPER ADVENTURE S La liberté totale ! Sauf que dans la réalité, c’est moins fun de rouler par un vent glacial avec les fesses meurtries et les genoux trempés. Pour un grand tour, on opte pour cette moto qui protège de tout ce qui pourrait gâcher le plaisir au-delà de mille km. Équipé d’un puissant moteur et tout confort, le nouveau modèle de KTM a 5 modes de conduite, de la pluie au rallye, un écran 7 pouces et un réservoir de 23 litres pour couvrir des distances énormes. Cylindrée : 1 301 cm³ Puissance : 160 ch Prix : à partir de 19 499 CHF ktm.com

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Fusée pour la route DUCATI MULTISTRADA V4 Bruyante, inconfortable, peu fiable mais sensationnelle : parfaite définition de la Ducati, avant que cette marque légendaire ne soit reprise par le groupe VW, opérant ainsi un changement radical. La superbe Multistrada et son moteur V4 de 170 ch est taillée sur mesure aussi bien pour les cols alpins d’Italie que pour les chemins escarpés de Grèce. Son système et sa suspension électroniques, tout comme

son pare-brise, sont à la pointe du progrès. Reste à espérer que vous serez de retour à temps pour la première révision, fixée à 60 000 km (décidément, les clichés sur la technique italienne ne sont plus ce qu’ils étaient). Cylindrée : 1 158 cm³ Puissance : 170 ch Prix : à partir de 19 990 CHF ducati.com

Taillée sur mesure BMW R NINET Celui qui recherche le plaisir authentique et considère la moto comme l’expression de sa personnalité choisira une R ­nineT. Pour la saison 2021, la R nineT est encore plus affûtée. Grâce à sa courbe de couple ­favorisant un meilleur passage, le moteur tourne encore mieux en plage moyenne. Le caractère brut du caisson de moteur ­refroidi par air a été conservé pour des sensations pures. En plus des modes de conduite et de l’ABS intégral, on dispose désormais d’un régulateur de vitesse et plusieurs détails ­optiques ont été affinés. Encore plus de couleurs et d’accessoires sont disponibles pour personnaliser votre R nineT et en faire un modèle unique. Cylindrée : 1 170  cm³ Puissance : 109  ch Prix : 16 850 CHF bmw-motorrad.ch


PERSPECTIVES motos

Pour toutes les routes BMW F 900 R Maniabilité précise, design sportif et puissant moteur bicylindre en ligne : la BMW F 900 R, ou le plaisir de rouler en toutes circonstances. Même sans options, ce roadster dynamique est équipé d’un embrayage assisté et de plusieurs modes de conduite. Avec ses 105 ch, la puissance est toujours au rendez-vous. Grâce à l’écran TFT et à la BMW connectivity, on garde un œil sur les informations importantes, que l’on soit en route pour le bureau ou à l’assaut des virages alpins. Cylindrée : 895 cm³ Puissance : 105 ch Prix comme illustrée : 9 900 CHF bmw-motorrad.ch

Esprit libre HARLEY-DAVIDSON PAN AMERICA Différente des autres : cela fait des années qu’Harley-­ Davidson porte fièrement cette bannière, jusqu’à en ­devenir un cliché usé. Comment s’en est-t-elle sortie? En construisant un modèle que personne n’attendait. Une enduro moderne taillée pour l’aventure. Avec ses 145 ch, ses instruments numériques, ses sérieuses compétences

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tout-terrain et son système de freinage radial, cette Harley brise les conventions comme seuls les esprits libres savent le faire. Quand on constate qu’on fait toujours la même chose, pensons Harley ! Cylindrée : 1 250 cm³ Puissance : 145 ch Prix : à partir de 16 700 CHF harley-davidson.com

Good Vibes MOTO GUZZI V7 SPECIAL On achète certaines motos pour leur look, d’autres pour leur bruit, et la légendaire série V7 de Guzzi pour ses vibrations. Le moteur V2 refroidi par air, monté sur l’axe longitudinal, vous secoue d’une telle manière que quiconque l’essaie n’est pas prêt de l’oublier : il va droit au cœur. Pour son centenaire, le moteur légendaire passe à 850 cm³. Des instruments

a­ nalogiques aux jantes à rayon, la version Special de la Guzzi fait la part belle aux classiques intemporels. Une espèce en voie d’extinction dans notre époque de numérisation à outrance. Cylindrée : 850 cm³ Puissance : 65 ch Prix : 10 890 CHF guzzimoto.ch THE RED BULLETIN


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B O U L E VARD DES HÉRO S

COCO CHANEL

GRANDE DAME DE LA PETITE ROBE NOIRE L’auteur autrichien MICHAEL KÖHLMEIER raconte les destins hors du commun de personnages inspirants, dans le respect des faits et de sa liberté d’écrivain. Ici, l’histoire d’une Cendrillon devenue icône internationale de la mode.

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BENE ROHLMANN, CLAUDIA MEITERT MICHAEL KÖHLMEIER

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GETTY IMAGES

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a révolution française, si vion’arrivera pas à tenir tête à la curiosité de lente fut-elle, n’a pour autant pas journalistes toujours plus pressants. Elle réussi à balayer l’esprit de classe : sait que nier les faits ne sert à rien, sinon le paradoxe – certains y verront au à la faire passer pour une menteuse, une contraire une conséquence logique fille indigne qui trahit père et mère. Elle – veut qu’il ait perduré plus longtemps en sait aussi qu’une telle posture la rendrait France que dans d’autres pays européens. trop vulnérable aux attaques de potentiels Officiellement banni, il a continué à dicrivaux. Ne pouvant se déjouer de la presse, MICHAEL KÖHLMEIER ter les codes sous-jacents de la société franL’écrivain est considéré elle décide de l’utiliser en se forgeant son comme l’un des meilçaise : si bien qu’à la moitié du XXe siècle, propre mythe. leurs conteurs du monde le seul mérite ne faisait pas le poids face À quoi pensez-vous en entendant son germanophone. Dernière à un titre de noblesse, du moins pour les nom, Coco Chanel ? Au parfum, bien sûr, parution en français : roturiers et autres gens du peuple qui vouson célèbre N°5. Mais aussi et surtout à la La petite fille au dé laient se mesurer aux grands de ce monde. fameuse « petite robe noire », sa pièce anthoà coudre, Éd. Jacqueline Chambon, 2017. logique, l’une des créations les plus imporLa noblesse avait son passé pour elle, son tantes de l’histoire de la mode. Un p ­ etit histoire, ses généalogies qui défiaient les bout de tissu tout simple, un fourreau dans lequel la siècles : contre le prestige des origines, seul celui que femme se glisse comme dans un écrin et qui a survécu l’on se fabrique de toutes pièces au moyen de légendes aux modes et à sa créatrice. J’imagine que les jeunes pouvait rivaliser. Qui savait, de son vivant, s’entourer femmes d’aujourd’hui sont nombreuses à connaître d’un halo de mystère et se façonner l’aura d’un personnage de roman, gagnait le droit de frayer avec la Coco Chanel et la petite robe noire, sans se douter crème de la haute société. que l’une ne va pas sans l’autre. La little black dress C’est ce qu’a très tôt compris Gabrielle Chasnel, est même devenue un sigle en anglais : LBD. Surnommée « l’uniforme de toutes les femmes de goût », j’ai lu de son surnom Coco Chanel (1883-1971). Elle qui récemment qu’elle figure encore dans la plupart des est née et a grandi dans des conditions qui, plus que garde-robes de la gente féminine. modestes, furent véritablement misérables. Elle qui a connu la faim et le froid. Sa mère meurt quand la i la grande Mademoiselle n’a pas réussi à enjolipetite n’a que douze ans. Son père, un camelot, l’envoie alors avec ses deux sœurs chez les bonnes sœurs, ver son passé de petite pouilleuse, elle a su entourer de légendes l’origine de ce vêtement devenu dans un orphelinat où elle apprend le métier de couturière. C’est le sort des petites filles de basse souche : culte. Elle aura d’ailleurs cette remarque ironique sur devenir « cousette » pour espérer, plus tard, ne pas les interviews qu’elle donne : quatre-vingt-dix-neuf mourir de faim. De ces années de misère, Gabrielle, fois sur cent, on lui demande comment lui est venue devenue « Coco », voudra se cacher : elle cherche à l’idée de la petite robe noire. Au début, Gabrielle faire taire cette enfance vécue comme une honte, à la veut se donner l’air cultivé et cite la grande héroïne maquiller, à l’embellir. Mais la presse insiste, fouille et de Tolstoï, Anna Karénine, comme source d’inspiration. Avant de constater qu’un tel modèle sied mal finit par faire tomber le masque. Coco Chanel est une au monde de la mode : après tout, quelle femme femme visionnaire, mais aussi réaliste : elle sait qu’elle


moderne voudrait être habillée comme un personnage de roman du XIXe siècle ? Son siècle à elle était celui de l’Amérique : le pays du jazz et du roi Dollar, mais aussi et surtout celui du rêve américain et de ses milliers d’histoires de crève-la-faim qui se sont forgé un destin à la force du poignet. Une interprétation moderne de ces contes de fée pour enfants qui faisaient alors et font encore les choux gras d’une presse avide de romanesque. Rien d’étonnant, donc, à ce que la mythique reine du style ait donné naissance à non pas une, mais

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trois légendes autour de sa petite robe noire. À l’orphelinat d’Aubazine, la petite Gabrielle reçoit, en cadeau de Noël, un livre de Charles Perrault, où figure l’un de ses contes les plus connus : Cendrillon ou la Petite Pantoufle de vair. Cette histoire relatant le sort tragique d’une jeune fille humiliée par sa belle-mère et obligée de se coucher dans les cendres de la cheminée capte l’attention de l’adolescente, qui racontera plus tard l’avoir lue très souvent à ses sœurs et aux autres pensionnaires, en y ajoutant chaque fois des détails.

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BO U LEVAR D DES HÉ RO S

Alors qu’elle est enfin invitée à se rendre au palais du prince, Cendrillon ne possède aucune robe pour la ­circonstance, uniquement quelques haillons salis par la cendre et la suie. De ces quelques bouts de tissus noircis, la jeune fille parvient à se faire une robe. La coupe est simple, il n’y a ni rubans, ni plis, ni fioritures – la petite robe noire est née. Cette version de l’histoire, touchante et kitsch à souhait, sentait encore trop le joli conte pour enfants : si elle contentait celles et ceux qui voulaient y croire, ce n’était pas la clientèle visée. Ce vêtement détonait en effet par sa sobriété, mais aussi par l’érotique qu’il dégageait, d’une manière qui était à l’époque encore inédite. Coco Chanel le sentit instinctivement : une légende doit susciter la controverse, faire naître des contre-scénarios pour apporter un peu de dynamique à l’ensemble, provoquer la polémique – et la polémique est une bonne chose, car elle oblige à prendre parti, à choisir son camp, à se battre pour la cause que l’on considère comme juste.

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a deuxième histoire est moins innocente, elle a même un parfum de scandale. C’est pour cette raison que Coco ne l’a jamais racontée elle-même mais en a allumé les mèches. À l’orphelinat d’Aubazine, Gabrielle apprend le métier de couturière sous l’égide d’une jeune nonne, qui détone dans ce cadre austère par sa beauté et sa douceur. La religieuse – tour à tour nommée Michelle, puis Manon ou encore Louise – s’éprend de sa jeune apprentie au point de la préférer à toutes les autres pensionnaires. L’amour est réciproque, même s’il est de nature différente : Gabrielle savoure les compliments et les sucreries qu’elle reçoit, la douceur des mains caressant ses cheveux. Michelle – puisqu’il faut lui choisir un nom – voue à l’adolescente de quatorze ans un amour bien réel, et ces sentiments sont d’autant plus vifs et douloureux qu’ils sont ressentis pour la première fois. Elle est entrée au couvent alors qu’elle n’était qu’une enfant, offerte à Dieu pour absoudre le péché de ses parents qui avaient rompu leur mariage et espéraient ainsi réparer leur faute. Ordonnée à seize ans, elle ne connaît de l’amour que celui du Seigneur, dont on parle mais qui n’existe pas. Ou qui n’existe plus. Ou qui n’a jamais existé. C’est un amour qu’on ne peut toucher, et si on le touche, qui a la froideur du marbre dont sont faites les statues des églises. Comment un être vivant,

« Une légende doit susciter la controverse, faire naître des contrescénarios, provoquer la polémique. » 94

vibrant de tous ses sens, aurait-il pu s’amouracher d’un personnage de livre ? La jeune nonne a vingt ans lorsque Gabrielle croise son chemin, faisant voler en éclats toutes ses aspirations spirituelles ; la ferveur chaste qu’elle vouait jusqu’alors au Christ lui paraît soudain bien fade, comparée à celle qu’elle ressent devant le visage doux et farouche de la jeune fille. Elle ne veut plus être religieuse, elle veut l’amour, le vrai. Un jour, alors qu’elles se retrouvent seules toutes les deux, Michelle – c’est ce qui dit la légende – se serait déshabillée devant son élève, jetant sa chasuble de moniale à ses pieds. Gabrielle aurait alors pu voir cette belle jeune femme, simplement vêtue d’une légère combinaison, toute simple, toute noire. Cette histoire, jureront les amis de la modiste plus tard, n’est jamais sortie de la bouche de Coco Chanel, qui n’a mentionné qu’à une seule reprise ce fait anodin : la petite robe noire lui rappelait une femme qu’elle avait vue, enfant, à l’orphelinat, et qui portait une mince combinaison noire. Le goût du public pour les histoires croustillantes a fait le reste, transformant cette anecdote banale en drame amoureux. Une aubaine pour les affaires de la créatrice, qui n’a jamais démenti cette légende – pas plus qu’elle ne l’a confirmée.

L

a troisième légende est une synthèse des deux premières : plus sage que la précédente, elle est assez coquine pour avoir, en son temps, choqué les âmes prudes qui la jugeaient même blasphématoire. La voici : chaque année durant la semaine sainte, les pensionnaires d’Aubazine devaient coudre de larges pans d’étoffe pour décorer l’église de l’abbaye. Encore aujourd’hui, il est courant de voir, les jours précédant Pâques, ces grands draps violets orner les croix et les autels des églises catholiques. Par une erreur de livraison, un pan de tissu noir atterrit à l’abbaye : la jeune Gabrielle s’en aperçut et s’empara du précieux butin. Elle était alors une adolescente qui rêvait d’aventures et fréquentait en cachette, avec ses amies, les garçons du voisinage. Les jeunes gens s’étaient donné rendez-vous à un bal organisé dans le village pour fêter Pâques : tout le monde y viendrait en habits du dimanche. Tout le monde, sauf Gabrielle, qui ne possédait qu’une vieille robe toute raccommodée. Qu’à cela ne tienne : elle décida de s’en fabriquer une à partir du tissu qu’elle avait trouvé à l’abbaye. Comme elle ne savait pas encore bien coudre et n’avait pas assez de tissu pour un modèle trop compliqué, elle choisit la coupe la plus simple possible – celle qui allait faire le succès de sa petite robe noire.

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uelle que soit la part de vérité, la petite robe noire est devenue légende. Avec le temps, ce petit bout de tissu s’est non seulement émancipé de sa créatrice, mais aussi de toutes les rumeurs et les histoires qui ont entouré sa naissance – comme ces roses qui dissimulaient le château de la Belle au bois dormant, une autre parente éloignée de Cendrillon.

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