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The Red Bulletin FR 04/20

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FRANCE AVRIL 2020

HORS DU COMMUN Votre magazine offert chaque mois avec

À LA POINTE DE L’ESCRIME Comment MILES CHAMLEY-WATSON a dominé ses troubles de l’attention grâce au fleuret et rafraîchi son sport au plus haut niveau


Éditorial

LA GUEULE DE L’EMPLOI ? Costaud ce rappeur dans le magazine ! Pardon ? Vous voyez le fleuret… le masque ? Oui, il s’agit bien d’un sportif. Surprenant ? Pour ceux qui pensent qu’un champion d’escrime ressemble à… un champion d’escrime. Alors d’accord, Miles Chamley-Watson a autant d’encre et de blingbling sur le corps qu’un MC au sommet des charts, mais il s’agit bien d’un athlète au sommet de sa discipline. Celui qui a injecté une bonne dose de cool et de style dans une spécialité que beaucoup considèrent à tort comme old school et à des années lumière du lifestyle des nouvelles générations. C’est pourtant le fleuret qui a aidé cet Américain né à Londres à surmonter ses troubles de l’attention et à en devenir l’un des patrons mondiaux. Et Miles Chamley-Watson ne sera pas le seul à vous surprendre dans ce numéro…

MICHAEL MULLER (COUVERTURE), FRANCK GAZZOLA/UNDER THE POLE/ZEPPELIN NETWORK

Votre Rédaction

CONTRIBUTEURS NOS ÉQUIPIERS

FRANCK GAZZOLA

Enfant inspiré par le Commandant Cousteau dans les années 80, ce photographe français d’aventure basé en Australie ne s’imaginait pas que sa carrière l’amènerait un jour à vivre sous la mer avec l’expédition Under The Pole page 56. Sous la banquise, dans les vagues du Pacifique ou près des sommets, il s’accomplit dans les ­lumières naturelles et lorsque les conditions de reportage ­deviennent plus compliquées.

ANDY LEWIS

« J’avais perdu le contact avec ce sport jusqu’à ce que la génération de Miles arrive et ravive mon amour », déclare l’ancien escrimeur. Aujourd’hui éditeur basé à L.A. et auteur de quatre livres, Lewis a écrit pour Fortune, le Los Angeles Times et le Hollywood Reporter. « Entendre Miles raconter son histoire sur la façon dont l’escrime a changé sa vie m’a rappelé toutes les façons dont l’escrime a changé la mienne. » Page 26

Le photographe Franck Gazzola à l’entrée de la capsule et Ghislain Bardout (assis) sont partis pour trois jours ­d’immersion dans le cadre du projet Under The Pole. THE RED BULLETIN

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CONTENUS avril 2020

26 L’autre escrime

Le fleuret devait juste venir en aide à Miles Chamley-Watson, il en est devenu une icône pop

36 C oureurs de cœur

Pour le Wings for Life World Run, ils seront des milliers à s’élancer partout sur la planète

4 8 Perdre le contrôle

Elle aurait pu persévérer dans le ballet, la street dance a changé la vie d’Angyil McNeal

56 R écif en danger

Séjourner trois jours sous l’eau permet un état des lieux accéléré du monde du dessous

68 L e point sur le rap

Que savez-vous vraiment de ce rap français qui cartonne ?

6 Galerie : ouvrez bien vos yeux ! 12 Le dentier qui pourrait sauver la

vie des joueurs de foot américain

14 Pour votre prochain voyage en

Angleterre, plongez dans le vrai

16 La dernière interview de Daniel

Craig en tant que James Bond ? 18 La solution pour les sans-abri se trouve probablement dans des maisons imprimées 20 De retour dans la série Star Trek, Picard est loin d’être congelé 22 Des ballons et de l’art : pour ­penser la Syrie autrement 24 Exclusif : Alicia Keys vous dit ce qu’elle écoute sur ses rollers ! 4

80 Au Vietnam, oserez-vous vous

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C’est nécessaire : le 3 mai, vous serez à Rouen pour courir avec nous.

lancer dans ces grottes de l’envergure d’une cathédrale ? 84 Un incroyable casque développé pour la réalité virtuelle 85 Du pilotage réel au virtuel… au ­pilotage réel à nouveau, la roue tourne pour James Baldwin 86 Une montre Omega dédiée à 007 et créée en collaboration avec l’acteur Daniel Craig 88 Les meilleurs événements en France et les programmes les plus chauds à suivre sur Red Bull TV : ne ratez rien ! 90 Matos : du vélo, du vélo, du vélo ! 96 Ils et elles font The Red Bulletin 98 Nouria Newman dans les rapides de Patagonie

THE RED BULLETIN

ATIBA JEFFERSON, QUENTIN MAHÉAS/LA CLEF PROD, VINCENT CURUTCHET FOR WINGS FOR LIFE WORLD RUN

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Vous vous posez des questions sur le rap ? Mehdi a les réponses.


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Issue d’un quartier tendu, Angyil s’est faite grâce à la danse.

THE RED BULLETIN

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LA CHAUSSÉE DES GÉANTS, IRLANDE DU NORD

Figé dans le temps Aussi remarquables que soient ses ­talents de rider BMX, l’Autrichien ­d’origine croate Senad Grosic peine à rivaliser avec cette merveille naturelle qu’est la Chaussée des Géants. « L’histoire de cette image remonte à environ 60 millions d’années. Une coulée de lave se refroidit et laisse ce vaste champ de pierres hexagonales », explique le photographe allemand Lorenz Holder. Ce dernier saisit ce ­cliché alors que le soleil se couche sur ce site inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. « De nos jours, rares sont les lieux sur terre où l’on peut admirer ces formations. » lorenzholder.com


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ENGELBERG, SUISSE

En noir et blanc ?

ELIAS LUNDH/RED BULL ILLUME, DAVID JARAMILLO RAMÍREZ/RED BULL ILLUME

Les photos primées ne sont pas toujours celles qui ont été imaginées ni planifiées en amont. Certaines parmi les plus étonnantes au monde sont le fruit d’un moment non prémédité. Ce cliché du skieur professionnel de haute montagne William ­Larsson, réalisé par le photographe Elias ­Lundh pour le concours Red Bull Illume, en est une belle illustration. « Ce jour-là, William et moi partons avec une tout autre idée en tête, mais toutes nos tentatives échouent, explique Lundh. Sur le chemin du retour, nous faisons quelques essais près d’une grande paroi rocheuse. C’est seulement au moment où j’utilise le drone que m’apparaît le potentiel de l’image. En appuyant sur le déclencheur, je comprends que nous ­tenons là quelque chose de spécial. » Instagram : @eliaslundh


SABANETA, COLOMBIE

Terrain glissant Le mouvement du skateur Felipe ­Marin prend des allures de BD dans cette surprenante œuvre d’art du photographe colombien David Jaramillo Ramírez et du graphiste Camilo Bustamante. « J’ai voulu illustrer la capacité de l’athlète à vaincre ses propres peurs, explique Ramírez. Ici, la partie graphique figure les peurs qui hantent l’athlète dans l’exercice de sa passion. » davidjaraphoto.com

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PARC NATIONAL TSINGY DE BEMARAHA, MADAGASCAR

À exploit extraordinaire, préparation extraordinaire. Cela explique la présence du grimpeur Albert Villarroya Farrarós à Madagascar, pays non moins exceptionnel afin de préparer son tour du monde à pied. Une odyssée qui conduira l’Espagnol à travers les plus célèbres chaînes de montagne de la planète pendant quinze ans. Au menu, terrains rocheux évoquant la planète Mars et aiguilles calcaires abruptes où une concentration de tous les instants sera de mise, comme ici dans la réserve naturelle de Tsingy de Bemaraha. Hors des chemins balisés, le calcaire y devient instable et imprévisible. Un vrai test pour tout randonneur téméraire, et une préparation ­mentale et physique idéales pour un homme sur le point de faire le tour du globe…

TYRONE BRADLEY

Une leçon par foulée


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Les bienfaits du mal aux dents Ce protège-dents high-tech préserve le sourire des athlètes, mais pourrait aussi leur sauver la vie. La NFL (National Football League) a un problème de commotion cérébrale. Une étude datant de 2018 révèle que chaque match de la saison de football américain compte, en moyenne, 0,41 com­motion cérébrale. Toujours selon cette enquête, plus de cent anciens joueurs souffrent actuellement d’en12

En plus de parer aux traumatismes dentaires et maxillaires, le premier protège-dents connecté alerte sur de potentiels dommages cérébraux.

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PREVENT BIOMETRICS

PREVENT BIOMETRICS

céphalopathie traumatique chronique (ETC), une maladie dégénérative du cerveau due aux coups répétés à la tête. En clair, les joueurs de football américain professionnels pratiquent un sport nuisant gravement à leur santé et les instances restent impuissantes face au problème. Prevent Biometrics, une start-up basée à Minneapolis, pense avoir la solution contre les blessures graves à la tête. Elle affirme avoir développé la première technologie capable de mesurer avec précision et en temps réel les impacts ­crâniens, en utilisant non pas les casques des joueurs, mais leurs protège-dents. « Les solutions disponibles à ce jour utilisent des capteurs placés dans les casques ou dans tout autre couvre-chef, a récemment déclaré à Forbes David Sigel, directeur général de Prevent Biometrics. Ces produits se sont avérés imprécis du fait que le casque bouge indépendamment de la tête. » Le protège-dents Prevent ­Biometrics enregistre la puissance, l’emplacement, la direction et le nombre d’impacts subis par le joueur puis transmet instantanément ces ­données à l’entraîneur au bord du terrain. « La communauté scientifique a par ailleurs établi que l’arcade dentaire supérieure constituait le point de mesure le plus précis, poursuit Sigel. Le crâne y est solidement fixé. Si le protège-dents Prevent Biometrics ne permet pas de diagnostiquer une commotion cérébrale, il aide les entraîneurs à mieux évaluer les blessures durant le match et à agir plus rapidement pour éviter des dommages irréversibles. » Ce dispositif minuscule pourrait résoudre l’un des plus gros problèmes du sport américain et rendre le football plus sûr. Il faut en tout cas l’espérer.


Plus besoin de ­penser au jeton pour le casier de la pistoche…

bien plus radical. Cela équivaut à un changement total d’environnement. » Pour s’en convaincre, Lewis recommande de localiser un site près de chez soi avant de s’aventurer plus loin. « Vérifiez au préalable la profondeur de l’eau et repérez le point d’accès et de sortie du lieu de baignade, conseille-t-elle. Les berges peuvent présenter des difficultés, mieux vaut être accompagné(e). Enfin, certains sites tels que les rivières en milieu urbain peuvent présenter un taux élevé de bactéries. La prudence est donc de mise. »

Le top des spots wild swimming selon Sian Fairy Pools, Glenbrittle, Isle of Skye, Écosse

« Un masque de plongée permet d’apprécier une visibilité sous l’eau exceptionnelle. Cela ressemble à une grotte avec ses petits lagons et arcs sous-marins où se faufiler. »

Goldiggins Quarry, Bodmin Moor, Cornouailles

« Un bassin naturel profond et magnifique dans une ancienne carrière bordée de rochers qui sont autant de plongeoirs de hauteurs différentes. »

Sharrah Pool, Dartmoor National Park, Devon

Plongez dans le vrai Sian Anna Lewis livre ses meilleurs plans de baignade en pleine nature au Royaume-Uni. Pour votre prochain trip au UK... qu’importe le Brexit ! La popularité du wild swimming — se baigner dans des étendues d’eau naturelle telles que les lacs, les rivières ou les océans — séduit toujours plus de monde ces dernières années. Une étude publiée par Sport England en 2019 révèle que plus de 4,1 millions de personnes au Royaume-Uni s’y sont adonnées entre novembre 2017 et novembre 2018. Journaliste de voyage et d’aventure, Sian Anna Lewis en est 14

l’une des plus ardentes partisanes en ligne et est à l’origine de bien des adeptes. « Nager en plein air dans un cadre naturel procure un sentiment de paix, confie Sian Anna Lewis, auteure du guide d’aventure au féminin The Girl Outdoors. Si vous travaillez en ville, passez beaucoup de temps sur votre ordinateur et menez une vie casanière, se promener est bien sûr génial, mais plonger dans l’eau est

« Cette piscine à l’eau cristalline couleur d’émeraude se cache au bout d’un chemin longeant une rivière. Vous y nagerez entouré d’arbres au cœur de la forêt. Féerique. »

Kenwood Ladies’ Pond, Hampstead Heath, Londres

« Nul besoin de quitter Londres pour pratiquer le wild swimming. Cet endroit est l’un de mes préférés. En été, on en vient même à oublier que l’on est à Londres. Le pied ! »

Tongue Pot, Eskdale, Lake District

« On se croirait dans les tropiques si ce n’était l’eau glacée : petites chutes d’eau et succession de bassins en enfilade connectés. Certains sont parfaits pour y sauter. » thegirloutdoors.com THE RED BULLETIN

JACOB LITTLE

NAGE SAUVAGE


C’est la fin d’une époque : Mourir peut attendre signe la dernière apparition de Daniel Craig sous les traits de James Bond. En quatorze ans, il sera devenu l’un des 007 les plus populaires. Comment a-t-il fait ? the red bulletin : Vous incarnez un commissaire excentrique dans À couteaux tirés. Cherchez-vous une alternative au personnage de James Bond ? daniel craig: Je ne pensais pas à ça. Le scénario était excellent ! Une comédie de surcroît ! C’est rare. Le scénario de Mourir peut ­attendre vous a-t-il déçu ? Au contraire. Il a été écrit par l’incroyable Phoebe Waller-Bridge, la créatrice de la série Fleabag. C’était un privilège qu’elle s’implique dans ce projet, car n’ayant pas d’expérience avec Bond, elle apportait quelque chose d’original. Et puis c’est un processus collaboratif, on se base sur les éléments des romans. Quelle a été votre contribution ? Si j’ai une idée à 3 heures du matin, je l’écris, j’en parle à l’équipe, je les harcèle presque. Nous tournons ici pendant plusieurs mois, j’ai besoin de savoir comment tout va se passer. Les réalisateurs et les scénaristes définissent le scénario. Tolèrent­ils votre engagement ? Peu m’importe, car c’est ma façon de travailler. Notre but à tous, c’est de faire un bon film. Plus le scénario est bon, plus nous, les acteurs, sommes détendus et à même d’improviser. 16

Quelle est l’idée derrière le concept de Bond ? Avant d’interpréter un rôle, je l’analyse de près : qu’est-ce qui l’influence ? Pourquoi se comporte-t-il ainsi ? Je lui confère une profondeur psychologique pour le rendre intéressant, avec ses conflits intérieurs. Ainsi, je rends le personnage crédible. C’est comme ça que j’ai appris mon métier. Les derniers James Bond lèvent le voile sur la vie personnelle de l’agent 007. Pourquoi ? Ça a commencé avec Skyfall. Il semblait logique de poursuivre dans cette veine. Bond vieillit. Ce n’est pas un pochoir, c’est un individu dont l’histoire se poursuit d’un film à l’autre. Sans étoffer sa biographie, nous l’avons utilisée pour déclencher certains rebondissements dans l’intrigue. N’y a-t-il pas un côté de déjà-vu avec tous les films d’agent secret au cinéma ? Ce serait hypocrite de prétendre le contraire. Mais vous savez, on essaie toujours de réinventer la roue dans le milieu du cinéma. L’objectif est d’offrir au public un divertissement en rapport avec le présent. On se laisse influencer par d’autres films, sans les copier. C’est ça la clé.

Quand vous avez endossé le rôle, vous n’avez pas fait l’unanimité. Comment avez-vous réussi à vous imposer ? J’ai tout de suite expliqué à la productrice, Barbara Broccoli, que je comptais sur la solidarité de l’équipe de réalisation. J’avais besoin d’être en confiance sur le plateau afin de pouvoir faire comme si j’étais vraiment James Bond. Pour me sentir partie intégrante du film, je devais pouvoir donner mon avis sur le scénario, le tournage, tout ça. Et c’est comme cela que ça s’est passé. Verra-t-on encore des films de James Bond au cinéma dans ­cinquante ans  ? Ce sera sans moi ! Le personnage perdure car jusqu’ici, il a été préservé : les producteurs ne l’ont pas vendu à Hollywood. Ils ont réussi à donner à chaque film une identité propre. Si l’aspect financier était la seule chose qui intéressait les studios, Bond ­ne serait plus Bond depuis longtemps. Rendre chaque nouvel opus meilleur que le précédent, voilà qui pourra le garder pérenne. À condition que le public aime ! Sinon, il n’y a rien que je puisse faire.

Mourir peut attendre, le 8 avril au cinéma

THE RED BULLETIN

RÜDIGER STURM

« Le but, c’est de faire un bon film »

Les films de Bond collent-ils à l­ ’actualité  ? Elle fait partie de la donne. Mais il ne s’agit pas non plus d’épouser servilement les souhaits des fans. Le personnage de Bond a quelque chose d’intemporel. Il n’y a que comme ça qu’une histoire classique peut être racontée. Un film aussi peut vieillir rapidement.

ERIK TANNER/CONTOUR

DANIEL CRAIG


« Le personnage de Bond a quelque chose d’intemporel. » Daniel Craig prend congé de 007 après quatorze ans de bons et loyaux services.

THE RED BULLETIN

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ICON BUILD

Solution en béton À défaut de pouvoir imprimer des billets pour aider les sans-abri à se loger, une société imprime des maisons pour les héberger. est de régler le problème des sans-abris. Ces derniers sont estimés à environ 150 millions à travers le monde, ajoutés aux 1,6 milliard de personnes vivant dans des logements précaires. Icon et New Story veulent fournir un habitat sûr et abordable aux familles dont la rue est le seul horizon. Cinquante unités sont prévues pour la communauté de Tabasco, en collaboration avec l’organisation mexicaine de logement L’État mexicain de Tabasco accueille dans l’une de ses zones rurales deux petites maisons compactes. A priori, elles n’ont rien de particulier, pourtant ces habitations pourraient révolutionner le logement. Elles ne se bâtissent pas, mais s’impriment en 3D. Procurer un toit aux habitants les plus pauvres de Tabasco marque la première phase du projet de l’entreprise Icon et de l’ONG New Story dont le but 18

social Échale. Les maisons — d’une superficie de 46 m² intégrant deux chambres, un salon, un bureau et une salle de bain — sont conçues avec les familles qui y vivront, puis imprimées en 3D sur les fondations avec un ciment spécial. Le toit, les portes, les fenêtres, la plomberie et l’électricité exigent une intervention humaine. L’objectif d’Icon est d’imprimer une maison en moins de 24 heures, pour un coût de 3 600 € environ. Les familles bénéficieront d’un prêt à taux zéro sur sept ans qu’elles rembourseront à raison de 10 € par semaine. « Il faut garder à l’esprit la spécificité de ce projet : nous ne sommes pas une société de R&D obsédée par l’innovation, explique Alexandria Lafci, cofondatrice de New Story. Le projet exclut le profit. Ces maisons sont destinées à des gens avec des besoins que nous impliquons à chaque étape du projet. Ce projet peut concrétiser un rêve de durabilité et d’équité sociale », explique Gretel Uribe, la responsable du développement pour Échale. L’imprimante 3D Vulcan II est disponible à l’achat dans le monde entier afin que d’autres villes puissent l’activer. iconbuild.com THE RED BULLETIN

ICONBUILD.COM

L’imprimante ­3D Vulcan II en action (ci-contre) ; le ciment spécial ­utilisé par l’imprimante, le Lavacrete (ci-dessous) ; la première maison à impression 3D homologuée, conçue par Icon et New Story à Austin, Texas (à gauche).


COURONS POUR CEUX QUI NE LE PEUVENT PAS

3 MAI 2020

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Comment l’occasion d’incarner à nouveau un personnage dans la nouvelle mouture de la série Star Trek a fait réfléchir l’un des acteurs les plus iconiques au monde sur le présent.

L’an dernier, l’acteur mythique Sir Patrick Stewart s’est vu présenter l’occasion de revoir son passé et sa carrière en reprenant l’un de ses rôles les plus acclamés, celui du Capitaine Jean-Luc Picard de l’USS Enterprise, pour Star Trek : Picard, la série télévisée d’Amazon Prime. Quinze ans durant, entre 1987 et 2002, Stewart détenait le rôle inspirant du Capitaine et dirigeant dans la série Star Trek : La Nouvelle Génération ainsi que dans quatre films, faisant passer un message de justice, de diplomatie et d’égalité. « Étant donné que notre monde avance d’un pas pour en reculer de deux par la suite, dit Stewart à propos de la nouvelle version de son personnage, je pense qu’il présente un grand nombre de traits de caractère de l’homme que nous avons connu dans La Nouvelle ­Génération : sa modestie, sa passion pour l’humanité et pour le ­futur du système solaire. » L’acteur de 79 ans raconte à The Red Bulletin ce que cela lui a fait de reprendre ce rôle emblématique après plus de dix-huit ans, et de ­revenir à une ­série aussi puissante dans le nouveau paysage extra-­terrestre de 2020...

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the red bulletin : Lorsqu’on vous a offert le rôle, avez-vous senti l’envie de revenir ? patrick stewart : Pas du tout ! Lorsque j’ai rencontré l’équipe de réalisateurs et de scénaristes, c’était pour leur dire que je ne reviendrais pas. Mais ils m’ont fait une proposition que je ne pouvais pas refuser… Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce nouveau chapitre, et tout ­particulièrement dans votre ­personnage  ? Nous habitons et travaillons dans un monde différent. Picard s’est détourné du monde et vit dans son château avec son chien, à cultiver du vin. Il est mécontent, fâché et coupable ; il a l’impression d’avoir échoué. Après tant d’années loin du personnage de Picard, avez-vous eu du mal à le retrouver ? Cet homme ne m’a jamais quitté ; il est toujours resté à l’intérieur de moi. Nous nous ressemblons en ce qui concerne nos convictions et notre vue sur le leadership. C’était une expérience épuisante et exaltante, mais je ne l’ai pas trouvée difficile. Par contre, ce que j’ai trouvé dur, c’est de retravailler avec mes anciens collègues de ­plateau Jonathan (Frakes, qui joue le commandant Riker, ndlr) et Brent (­Spiner, qui joue le lieutenant commandant Data, ndlr). Ils m’ont beaucoup taquiné.

Avez-vous toujours été aussi engagé politiquement ? J’ai été membre du parti travailliste pendant de nombreuses années, même si j’ai quelques doutes aujourd’hui. Star Trek a toujours soutenu la diplomatie et l’optimisme. Comment avez-vous vécu le fait de tourner ce nouveau chapitre tout en vivant à une époque beaucoup moins porteuse d’espoir pour un grand nombre de personnes ? Je pense qu’il y a toujours de l’espoir. Même si la situation est sombre en ce moment, d’autant plus en Europe, nous devons croire en un futur meilleur. Nous représentons le temps présent dans cette nouvelle série. C’est l’une des choses à laquelle nous croyions depuis le début, en faisant cette série : un monde plus juste, plus doux, et un monde plus modeste. C’est également ce que nous avons essayé d’intégrer à ce nouveau chapitre.

Star Trek : Picard actuellement sur Amazon Prime Video

JESS HOLLAND

Aujourd’hui se pense demain

La plupart des sujets politiques dans les séries paraissent plus importants et actuels que jamais, en 2020. Pensez-vous que les thèmes sous-jacents sont plus graves aujourd’hui ? Clairement, il est plus important que jamais d’être politique. L’année dernière je me suis même vu proposer de prendre la nationalité américaine et de faire campagne pour un siège au Sénat. C’était une proposition sérieuse.

SEBASTIAN KIM/AUGUST

PATRICK STEWART

THE RED BULLETIN


« Dans Star Trek, nous représentons le temps présent. »

THE RED BULLETIN

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Peinture, littérature, musique ou encore architecture, l’héritage culturel de la Syrie est abondant. Sa contribution au monde remonte à 9 000 ans avant Jésus-Christ. Mais avec les conflits et notamment le début de la guerre civile en 2011, cet apport culturel est éclipsé par les factions en guerre et les effusions de sang. De jeunes artistes syriens tentent aujourd’hui de changer la donne en mettant à l’honneur l’abondance de nouveaux talents créatifs dans un pays que les médias relèguent aux mauvaises nouvelles. Alýa Ola Abbas est l’une des artistes de l’ALya Art Studio. Son projet novateur, Stereotype Inversion, vise à présenter la Syrie comme un lieu de créativité et d’espoir. « Je travaille et vis dans un pays qui 22

ALYA ART STUDIO

Élever la Syrie Avec ses œuvres qui redonnent vie, la créatrice ­syrienne Alýa Ola Abbas interroge la vision du monde sur son pays d’origine. Pour un futur positif.

subit la guerre depuis environ dix ans, l’impact néfaste a fini par me perturber, explique-telle. Je travaille à partir de scènes du quotidien devenues des clichés et les remplace par des lieux pleins d’espoir afin d’interroger la situation et transformer ces lieux. » Abbas utilise la photographie, le film et les installations pour saisir des lieux à travers la Syrie. « La série de photos se compose

d’environ sept images aux ­histoires différentes, préciset-elle. Les ballons symbolisent les idées créatives et les inventions modernes des gens d’ici ; pour leur donner confiance et renforcer leur détermination à atteindre la qualité de vie qu’ils souhaitent. » Chaque image est constituée de cinquante couches de photographies, associant des vues et des ballons afin de susciter des récits renouvelés de ces espaces. « Notre vie est faite de convictions, nous devons donc penser positivement et aspirer à un pouvoir réel, concret, affirme Abbas à propos de son projet. Les dernières pièces de Stereotype Inversion conceptualisent mes points de vue artistiques sur les questions sociales. » Instagram : @alya_art_studio THE RED BULLETIN

ALÝA OLA ABBAS

Le souffle est dans le ballon : aperçu du projet Stereotype Inversion.


ALICIA KEYS

Roller skate of mind Quand l’artiste habituée des Grammys mais aussi actrice et militante veut souffler, elle le fait en roller, à l’écoute des sons qu’elle partage ici. L’Américaine Alicia Keys est un profil incontournable dans le monde de la musique. Depuis son succès en 2001 avec le single Fallin’, la New-Yorkaise enchaîne les disques multiplatines, cumule quinze Grammys et s’impose comme actrice et productrice de films. Mais Keys est aussi activiste politique et sociale, et mère de deux garçons. Pour la sortie de son septième album studio, ALICIA, la jeune femme de 39 ans révèle que le roller l’aide à se changer les idées. « Je le pratique beaucoup en famille, confie Keys. C’est super sympa. Et la musique entraînante en patins à roulettes est vivifiante, une vraie sensation de bonheur. » Nous vous livrons ici une sélection de sa playlist… aliciakeys.com

Post Malone

Alicia Myers

Dr. Dre feat. Snoop Dogg

Alicia Keys

« Les chansons de Post Malone sont super sur la piste quand tu es en roller. J’adore Congratulations (single du rappeur new-yorkais sorti en 2017, ­ ircles ndlr), mais je pense que C est encore meilleur. Ce morceau (classé quatrième de l’US Billboard Hot 100, ndlr) est ­génial, encore plus en roller, on a immédiatement envie de bouger. »

« J’adore l’écouter quand je suis en roller. (Elle chante.) “I wanna thank you, Heavenly Father, for shining your light on me… I know it couldn’t have happened without you.” Le rythme est incroyable – vous ne patinez plus, vous volez. C’est merveilleux. Un grand kiffe à découvrir absolument la prochaine fois que vous allez patiner. »

« La G-funk vous met le feu sur la piste. Tous les morceaux de The Chronic, un classique du hip-hop, de Dr. Dre et Snoop Dogg sont un bon choix. J’insiste, tout l’album est sublime, mais surtout Nuthin’ But A ‘G’ Thang. C’est le genre de morceau avec du ressort, qui vous oblige à bouger, à vibrer, à ­danser et à vous éclater. Tout est là. »

« Ai-je cité un de mes morceaux ? Bien sûr que du Alicia Keys en roller c’est de la bombe – du moins Time Machine, et No One (2007). Durant mon enfance, il y avait un endroit dans le Bronx appelé “Skate Key“ où je traînais avec mes amis. Pendant que tous les autres patinaient, nous r­ estions là, sages et mignons. (Rires) »

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Nuthin’ But A ’G’ Thang (1992)

Time Machine (2019)

THE RED BULLETIN

MARCEL ANDERS

I Want To Thank You (1981)

SONY MUSIC

Circles (2019)


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« L’escrime, c’est ma Ritaline  », ­plaisante Miles Chamley-­Watson, ici à Los Angeles le 18 décembre 2019.

L’AUTRE CÔTÉ DE LA LAME

Connu pour son style caractéristique comme pour ses atouts a ­ thlétiques, l’escrimeur américain MILES CHAMLEY-WATSON a surmonté une jeunesse turbulente pour devenir la première star mainstream dans un sport de niche vieux comme le monde. Tokyo est dans son viseur. Texte ANDY LEWIS  Photos MICHAEL MÜLLER

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our les non-initiés, il peut être difficile de suivre une compétition d’escrime. La lame bouge à une vitesse folle, la pointe semble disparaître sur les uniformes d’un blanc éclatant et la façon de compter les points reste un vrai mystère. Mais c’est tout autre chose lorsque Miles Chamley-Watson entre en scène. Ses mouvements fluides et élégants sont si singuliers – une touche entre les jambes ou encore une pichenette derrière le dos et totalement indéfendable sur le côté opposé de l’adversaire, baptisée la « Chamley-Watson » – qu’il est

impossible de ne pas faire la différence entre le vainqueur et le vaincu. Avec son style décontracté et imprévisible, et ses enchaînements inédits, Miles est aussi un phénomène en dehors de la piste (longue et étroite où s’affrontent les escrimeurs). Avec ses origines afro-américaines, son mètre quatre-vingt-treize, ses cheveux décolorés et son torse couvert de tatouages, il détonne dans un sport encore associé à des images de jeunes propres sur eux et qui respectent à la lettre les règles du marquis de Queensberry. Il cultive son look unique et soigne THE RED BULLETIN


Miles a remporté une médaille aux JO et cinq m ­ édailles aux championnats du monde en individuel et par équipes.

sa réussite en tant que premier Américain à avoir remporté un championnat du monde d’escrime en individuel, ce qui lui permet de représenter des sponsors haut de gamme, d’entamer une carrière de mannequin, d’être reconnu sur les réseaux sociaux et de fréquenter de nombreuses stars. En transcendant un sport longtemps resté confidentiel, Miles Chamley-­ Watson est devenu le premier escrimeur à entrer dans le mainstream. Il a fait de l’escrime un sport qui compte, en tordant le cou à de nombreux postulats sur les THE RED BULLETIN

sponsors et les revenus dans une discipline où les sommes d’argent qui entrent en jeu sont comparables à une simple erreur d’arrondi dans les sports professionnels les plus reconnus. Il offre un modèle ou a minima une source d’inspiration à d’autres athlètes de sports mineurs. Il leur montre comment dépasser le post-amateurisme, mais aussi maîtriser les réseaux sociaux et les univers virtuels, dans un monde où tous les athlètes peuvent jouir de leur quart d’heure de célébrité à l’occasion des Jeux olympiques du XXIe siècle. Et nous n’avons pas

encore parlé de son histoire personnelle fascinante. Qui aurait cru que l’escrime lui permettrait de maîtriser ses troubles du déficit de l’attention sans médicaments ? « C’est assez dingue de penser que la plupart des escrimeurs ont deux boulots, vivent chez leurs parents ou n’ont aucun sponsor. C’est dingue que cela arrive seulement maintenant. Alors que ce sport existe depuis la nuit des temps », s’étonne Miles Chamley-Watson quand on lui parle de son succès inattendu, tandis qu’il s’installe dans un fauteuil des   29


bureaux de Red Bull à Santa Monica. Nous sommes à la mi-décembre et Miles Chamley-Watson, vêtu d’un sweat-shirt de l’équipe des États-Unis et d’un teeshirt avec son propre logo MW, nous parle de sa vie et de sa carrière. Il a fait étape quelques jours à Los Angeles, entre un test olympique à Tokyo et Noël qu’il fêtera à New York.

N

é à Londres d’une mère anglo-­ africaine et d’un père anglo-­ jamaïcain, Miles Chamley-Watson est arrivé à New York quand il avait neuf ans avec sa mère et son beau-père (son père vit toujours au Royaume-Uni). « Quand j’étais gosse, j’étais insupportable. Avec mon hyperactivité bien ­costaude, j’étais une vraie tornade. Impossible de me dire quoi que soit. J’étais une petite tête brûlée directement débarquée de Londres, raconte-t-il avec un fond d’accent britannique qui s’accentue à mesure qu’il s’enthousiasme. À l’école, les autres gamins me demandaient tout le temps de dire tel ou tel mot. Ça me gonflait !, se remémore-t-il. La moitié du temps, j’étais un fichu Blanc, et l’autre moitié, un métis de Londres. » Exit l’école publique, ses parents ­l’inscrivent au programme Quest de la Dwight School de Manhattan, destiné aux enfants souffrant de trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) et d’autres troubles de l’apprentissage. Dans le cadre de ce programme, Miles Chamley-Watson devait pratiquer un sport. L’une de ses enseignantes, Ellen Grayson, qui par la suite est devenue son mentor et son amie, l’a encouragé à tester le programme d’escrime dirigé par son mari, Eric. Ils pensaient que cela ­l’aiderait à se concentrer. Sa mère ne lui a demandé qu’une seule chose : « Tu dois t’y tenir pendant au moins trois mois. » « Il a adoré ça dès le premier jour, se souvient-elle. Jamais je ne l’ai entendu dire : « Je ne veux pas aller m’entraîner. » Depuis les tout premiers cours, il a voulu se surpasser, surtout quand les enfants se moquaient de lui. « Quand est-ce que tu vas t’en servir, de ton escrime ?, se moquaient-ils. Je leur répondais : “Vous verrez bien.” » Miles Chamley-Watson choisit le fleuret, qui descend tout droit des armes d’entraînement ancestrales et se révèle plus léger et flexible que les autres armes d’escrime, à savoir le sabre et l’épée. Au fleuret, il faut viser le torse uniquement. Le score est calculé électroniquement. Un léger appui sur un petit ressort de la pointe du fleuret allume une lumière. La veste conductrice 30

« Il y aura toujours d’autres LeBron James, avance-t-il. Mais il n’y aura j­ amais qu’un seul Miles. »


« JE VEUX ÊTRE DANS STAR WARS. JE SERAIS INCROYABLE. »


e­ nregistre une lumière colorée si la cible est atteinte, et une lumière blanche dans le cas contraire. Miles Chamley-Watson décrit l’escrime comme « un sport intime et pur ». Il adore la vitesse (la pointe du fleuret, qui peut atteindre 160 km/h, est l’un des objets les plus rapides dans le sport) et le danger (le champion olympique Vladimir Smirnov a été tué en 1982 lorsqu’une lame a transpercé son masque et traversé son œil). Mais par-dessus tout, il aime le face-à-face avec l’adversaire. « Vous croisez littéralement le fer. Vous êtes devant votre adversaire, à armes égales. Qui sera le meilleur ? » Sa mère est convaincue qu’il aime avoir les projecteurs braqués sur lui. « Tout repose sur lui. Il n’y a personne d’autre à blâmer », explique-t-elle. Lorsque Miles Chamley-Watson dit : « Je mets mon masque d’escrime… et je deviens Superman », il serait aisé d’y voir

S’AMUSER COMME UN ­CHAMPION D’ESCRIME Quand Miles arrive au Red Bull High Performance Center de Santa Monica, son entraîneur Tyler Jewell sait que l’escrimeur, réputé pour sa vivacité, risque de s’ennuyer à enchaîner les répétitions. Alors, il réserve un quart des sessions d’entraînement à des activités plus fun. Tyler Jewell a ainsi imaginé plusieurs jeux concurrentiels afin de remplacer les traditionnels exercices d’escrime. Voici cinq routines qui permettent à l’escrimeur de continuer à s’impliquer et rester réactif. 1. UN AIR DE DODGEBALL Miles Chamley-Watson se tient entre deux lignes espacées de 2 mètres environ : il doit esquiver une balle de tennis tout en déchiffrant le petit symbole marqué dessus. 2. DOUBLE VOLANT Dans cette variante déjantée du badminton, lorsqu’un joueur rate un volant, il doit courir le ramasser tandis que la personne en face sert immédiatement un autre volant. 3. PRENDRE LA BALLE AU BOND Tyler Jewell envoie une balle de tennis à Miles Chamley-Watson et attend le dernier moment pour lui demander d’attraper la balle avec la main gauche, la droite ou les deux. 4. AU PIED DE L’ARC-EN-CIEL Tyler Jewell jette plusieurs balles colorées au-dessus de Miles Chamley-Watson qui doit uniquement attraper la couleur demandée. 5. . DING DONG Miles Chamley-Watson doit lancer une medecine-ball de 9 kilos à 3 mètres de hauteur afin de toucher une cloche accrochée au bout d’une corde. C’est aussi dur que ça en a l’air.

32

la énième vantardise d’un athlète au sommet. Il ne serait d’ailleurs pas le ­premier à idolâtrer l’Homme d’acier : tout le monde sait que Shaquille O’Neal s’est fait tatouer le « S » de Superman. Mais il est difficile de ne pas y voir quelque chose de plus profond pour Miles Chamley-­Watson. En vérité, se transformer en superhéros armé d’une épée lui permet d’échapper à ses troubles du comportement. Lorsque les Grayson ont émis l’idée que l’escrime aiderait le jeune Miles à se concentrer, ils ont visé juste. Une étude de 2012 a notamment montré que les sports comme l’escrime, qui nécessitent des adaptations et des déplacements constants, requièrent « une attention visuelle et une flexibilité considérables », ce qui peut être mis en corrélation avec des améliorations de l’attention, du traitement des informations et d’autres fonctions cognitives. Et il a toujours rejeté les traitements médicaux contre le TDAH. « L’escrime, c’est ma Ritaline », plaisante-t-il. L’avènement de Miles est survenu en même temps que l’avènement de l’escrime américaine, passée du statut de discipline obscure à celui de sport de niveau mondial au début du millénaire. En 2008, il remporte le championnat mondial junior par équipes, le tout premier pour les Américains, mais aussi ­participé à la première de ses douze compétitions seniors, championnats du monde et Jeux olympiques confondus. En 2010, il se hisse à la cinquième place aux championnats du monde. En 2012, il fait une brève apparition au rang de n° 2 mondial avant de terminer sur une décevante 25e place lors de ses premiers Jeux olympiques. L’année suivante, ses résultats sont colossaux : il remporte ses premiers championnats du monde en individuel pour les États-Unis et la première médaille par équipes du pays, une médaille d’argent. Aux Jeux olympiques de Rio de 2016, il termine 19e, tandis que l’équipe masculine américaine de fleuret repart avec sa toute première médaille en décrochant le bronze face à l’Italie. En 2019, son équipe décroche enfin le titre qui leur a longtemps échappé : celui de champion du monde. Il fait partie de la plus grande génération de fleurettistes américains. Depuis neuf ans, le quatuor infernal, composé de

Miles Chamley-Watson, Gerek M ­ einhardt, Alexander Massialas et Race I­ mboden, représente les États-Unis au fleuret, ce qui constitue une longévité exceptionnelle. Les exploits individuels de chacun pourraient en faire des candidats tout à fait crédibles au titre de meilleur fleurettiste américain de tous les temps. Miles Chamley-­Watson est le premier d’entre eux avec son titre mondial en individuel, alors qu’Alexander Massialas remportait une médaille d’argent à Rio et se classait n° 1 mondial. Gerek M ­ einhardt aussi a atteint le rang de n° 1 et fut le p ­ remier Américain à remporter une médaille aux championnats du monde (le bronze en 2010), tandis que Race Imboden fut le premier à remporter un titre de la Coupe du monde qui récompense les résultats de toute une saison. Il faut le préciser, car c’est assez rare : les quatre hommes sont très proches, notamment en raison de la dizaine d’années passées ensemble à parcourir le monde. Miles Chamley-Watson est sans surprise le premier à se faire remarquer. « Vous pouvez faire confiance à Miles pour mettre l’ambiance dans un dîner d’équipe ou une réunion et vous faire rire, même si vous n’étiez pas parti pour », s’amuse Gerek Meinhardt. L’étrange tandem formé par Miles Chamley-­Watson et Gerek Meinhardt, qui partagent la même chambre lors des tournois depuis leur adolescence, est le plus solide. Pourtant, au contraire de Miles Chamley-Watson, Gerek Meinhardt est toujours d’humeur égale, calme, studieux et rigoureux. « Nous étions amis quand nous étions enfants, et nous avons grandi ensemble, ajoute Miles. Si vos amis ne sont pas là pour vous pousser, vous motiver à vous surpasser, alors changez d’amis. »

À

l’université de Pennsylvanie, il avait la réputation de s’habiller à la mode pour trois francs six sous en mixant par exemple un sweat à capuche bon marché avec un jean qu’il avait savamment déchiré. Aujourd’hui, de grandes maisons comme Gucci et Prada sont ravis de le voir porter leurs créations. « J’adore les vêtements, confie-t-il. Vous enfilez un costume et vous pouvez faire ce que vous voulez. » Sa mère raconte aussi qu’il a ­toujours été « maniaque avec ses affaires.

CE QU’IL AIME, C’EST LE FACE-À-FACE AVEC L’ADVERSAIRE : « CROISER LE FER. » THE RED BULLETIN


Pour lui, l’escrime devrait être plus populaire. « Si on peut voir du bowling à la télé, pourquoi pas de l’escrime ? »


SA DEVISE : « IL FAUT CRÉER UN HÉRITAGE, ET NON UN MOMENT. »


Toujours ! Il se montre particulièrement obsessionnel avec son équipement de compétition ». « Si mes affaires ne sont pas d’un blanc immaculé, je ne combats pas, ajoute-t-il. Mon équipement doit être nickel. J’ai au moins huit tenues. À côté de moi, Batman peut aller se rhabiller. »

E

n 2012 sont apparus les tatouages. Des anneaux olympiques d’abord, puis d’autres sur les bras, un ange sur le dos, et Bruce Lee sur la jambe. Rien sur la gorge et le visage (« beaucoup trop agressif »). À chaque nouveau tournoi, c’est un rituel : un nouveau tatouage. « Je suis accro, concède-t-il. J’adore l’art. L’histoire. Souffrir. » Sa présence assidue dans le public de la New York Fashion Week lui a permis d’apparaître dans Vogue et d’être invité au Gala du Met. Depuis, il a arpenté les podiums pour Tommy Hilfiger et VFiles, et posé entre autres pour Rag & Bone, Todd Snyder et Coach. Ses divers sponsors, qui incluent Tiffany, Nike, les montres Bucherer et le champagne Mumm, reflètent parfaitement son attrait pour la mode. Son agent dans le mannequinat, Steven Bermudez chez IMG, met en avant « l’aura, la vision et la personnalité » de Miles, ainsi que son style très personnel. La mère de l’athlète explique que l’escrime l’a aidé à se démarquer. « Les gens veulent en savoir plus sur lui, car c’est un escrimeur, ce qui est assez inhabituel. » Il sait aussi se servir des réseaux sociaux. En témoignent tout un tas de vidéos YouTube consacrées à ses gestes inventifs et à sa passion pour son sport, ainsi que ses 146 000 followers sur Instagram. « Il a façonné sa carrière sur les réseaux sociaux de manière incroyable, et cela met indéniablement un coup de projecteur sur l’escrime », souligne Gerek Meinhardt. Le cercle amical de Miles Chamley-­ Watson inclut aussi bien des acteurs que des athlètes professionnels (parmi lesquels le champion de Formule 1 Lewis Hamilton, devenu un ami très proche). Avec plus de visibilité que n’importe quel autre escrimeur jusqu’à présent. Il n’y a que lui pour apparaître dans les tabloïds comme le possible nouveau crush de Rihanna (pour info, ils sont juste amis). Miles considère sa réussite en dehors de la piste d’escrime – une « saine distraction » qui lui apporte la sécurité financière dans un sport où les opportunités de gagner de l’argent sont quasi inexistantes – comme un excellent moyen de

promouvoir l’escrime. Et toute hype mise à part, il se voit toujours comme le gamin qui ne rentrait pas dans les cases, à l’accent bizarre et qui pratiquait un drôle de sport. « Les enfants peuvent se retrouver en moi, car je parle au nom des enfants victimes de harcèlement. Je m’adresse aussi aux sportifs et aux enfants qui veulent devenir des modèles, quel que soit leur domaine de prédilection, ajoutet-il. Pas forcément aux enfants qui font de l’escrime. Juste aux enfants en général qui pratiquent des sports mineurs. » Tout est résumé dans la devise qu’il s’est créée (en plein milieu d’un vol vers la Chine pour les championnats du monde) afin de se motiver : « Crée un héritage, et non un moment. » Les Jeux de Tokyo tiennent à la fois de l’héritage qu’il construit et du grand moment, et pour l’heure, Miles fait partie des cinq escrimeurs en lice pour occuper l’une des quatre places de l’équipe nationale (le petit nouveau, Nick Itkin, champion du monde junior 2018, s’est immiscé et occupe la première place des qualifications à la fin de l’année 2019). Miles a eu quelques revers ces derniers temps, mais la qualification repose sur l’ensemble des meilleurs résultats des athlètes, et un seul tournoi peut totalement changer la donne. Il faudra donc attendre le dernier tournoi, à savoir les championnats nationaux qui se dérouleront au mois d’avril. Ce fut la même chose en 2012, l’année où Miles devait terminer dans les huit premiers pour rejoindre l’équipe olympique. À cette époque, il avait terminé cinquième. Nous sommes le lendemain de l’avant-première mondiale du dernier Star Wars quand Chamley-Watson arrive au Red Bull High Performance Center de Santa Monica, un peu avant 10 heures. Comme beaucoup, il est fan de Star Wars depuis son plus jeune âge. « Ils savent ce qu’ils font », concède-t-il à propos des combats de sabre laser pendant le film. Puis, avec ce charmant mélange d’enthousiasme juvénile et d’arrogance tranquille, il lâche : « Je veux être dans Star Wars. Ça serait trop cool ! Je serais incroyable », ajoute-t-il sans hésiter, comme si le recruter en tant que guerrier Jedi était une évidence. Improbable ? Devenir une star de cinéma ne semble pas moins étonnant aujourd’hui que l’idée de décrocher un titre de champion du monde, alors qu’il maniait un fleuret pour la première fois à la Dwight School et que les enfants lui demandaient, pour se moquer, de « jouer à l’épée ». Instagram : @fencer   35


qui ne le peuvent pas

VINCENT CURUTCHET FOR WINGS FOR LIFE WORLD RUN

COUREZ POUR CEUX


La plus exceptionnelle des courses au monde, le Wings for Life World Run, revient à Rouen. Pour un kilomètre ou cinquante, chaque foulée compte. Texte HANS HAMMER

Rouen, le 8 mai 2016 : ils sont plus de 4 000 à s’élancer, rejoignant un total planétaire de 130 732 coureurs.

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E

Combien de kilomètres pensez-vous pouvoir parcourir si vous participez à la plus grande course au monde ? 10 ? 20 ? 30 ? 40 ?!? Vous voyez ici Simon Munyutu, le vainqueur de l’édition 2015 organisée à Rouen et dans ses environs. Sa distance ? 74 kilomètres…

1 but aider au financement de la recherche en vue de trouver un remède contre les lésions de la moelle épinière 38

THE RED BULLETIN

VINCENT CURUTCHET/LEO FRANCIS/MARCEL LÄMMERHIRT/WINGS FOR LIFE WORLD RUN

n pleine nature, en ville, sur des circuits automobiles, dans des tunnels, sur des ponts géants, dans des zones désertiques ou au bord de la mer, de jour, de nuit, sous la neige, la pluie, le soleil, les mains sur une poussette ou en poussant un ami en fauteuil roulant, en jonglant avec un ballon, déguisé(e) en nonne ou en Hulk… Tous les ans ­depuis 2014, une course hors du ­commun réunit des milliers de personnes qui s’élancent à la même heure, presque partout dans le monde, en respect d’une seule règle : courir le plus longtemps possible, jusqu’à ce qu’une catcher car (voiture balais) les rattrape, officialisant ainsi la fin de leur performance. Les quelques ­dizaines d’euros versés pour leur inscription sont intégralement reversés à la fondation caritative Wings for Life, dont le but est de lutter contre les ­lésions de la moelle épinière et ré-­ offrir de la mobilité à des personnes qui en sont atteintes. Vous êtes désormais tout à fait informés du principe du Wings for Life World Run, qui a ­attiré plus de 120 000 participants en 2019. Cette année, cette course formidable revient en France, à Rouen et si vous habitez trop loin de sa ligne de départ, vous pouvez devenir l’organisateur de votre propre course locale, grâce à l’App Run sur smartphone. Bonne course à toutes et tous !


3 mai départ à 13 heures du Wings for Life World Run 2020 à Rouen et partout sur la planète en simultané

Pour ces participants allemands aux abords de Munich durant l’édition 2019, le Wings for Life World Run passe au vert.


La seule course où la ligne d’arrivée vous rattrape ! Qu’importe la distance, votre effort contribuera à développer la recherche et entretenir l’espoir.

186 nationalités étaient engagées en 2019

92 km

100 % des inscriptions à la course et des donations vont à la recherche sur les lésions de la moelle épinière 40

NURI YILMAZER FOR WINGS FOR LIFE WORLD RUN

le record absolu du Wings for Life World Run à Dubaï en 2017


323 courses organisées sur toute la planète en 2019 Qu’importe la manière, tout le monde a une bonne raison de participer. À l’exemple de ce concurrent sud-africain lors de la course organisée à Pretoria en 2015.


1 103 276 km parcourus au total par tous les participants de l’édition 2019 du Wings for Life World Run

1 mariage sur l’édition 2019 du Wings for Life World Run… et 1 demande en mariage

CRAIG KOLESKY/NURI YILMAZER/TEDDY MORELLEC

Trop loin, Rouen ? Alors lancez-vous avec l’appli mobile Wings for Life World Run, comme ce gaillard à Paris en 2019. Au-dessus : du love pour cette coureuse turque.

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Ci-dessus : tandis que d’autres camarades courent sous la pluie ou la neige de par le monde, des conditions idéales pour les participants brésiliens à Rio en 2019. Ci-dessous : à 12 000 km de là, le Portugais Hélder Santos à Dubaï, Émirats arabes unis, le 8 mai 2016. Il remporte la course avec 54,34 km parcourus.

15 pays impliqués dans la r­ echerche

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MARCELO MARAGNI/JORGE FERRARI/SEBASTIAN MARKO/RICHARD STRÖM

Australie Autriche Belgique Canada Finlande France Allemagne Italie Portugal Espagne Suède Suisse Royaume-Uni Uruguay USA

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Ci-dessus : Trins, Autriche. La course principale est organisée à Vienne, à 500 km de là, alors ces coureurs se sont rassemblés grâce à l’App Run mobile du Wings for Life World Run, pour une sortie fraîche ! Ci-dessous : la version suédoise de l’événement, sur le pont reliant l’île d’Öland au continent.

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EDITOR

ILLUSTRATOR


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C’est ici que vous êtes attendu le 3 mai. Vos frais d’inscription seront intégralement reversés à la recherche contre les lésions de la moelle épinière.

projets de ­recherche ont été lancés depuis 2005 grâce à la fondation à but non lucratif Wings for Life, fondée en 2004

JULIEN CROSNIER FOR WINGS FOR LIFE WORLD RUN

ROUEN VOUS ATTEND !

Le 3 mai à Rouen, il y aura (plus ou moins) deux stars en ville : vous, et la fameuse Catcher Car du Wings for Life World Run, cette voiture qui s’élancera 30 minutes après votre départ, et accélérera progressivement jusqu’à a­ tteindre le plus performant des coureurs du jour. La d ­ ernière édition du Wings for Life World Run à Rouen a eu lieu en 2016, avec près de 4 000 participants, dont Anna Wasik, la femme la plus endurante de la journée, avec 43,44 km abattus, et Teddy Benzancon, arrêté par la voiture à l’approche du 60e km. Cette année, cette course ouverte à tous vous entraînera pour des foulées mémorables aux abords de la cathédrale ou sur les rives de la Seine. ­Départ à 13 heures précises ! Et n’oubliez pas, si vous êtes dans l’incapacité de rejoindre Rouen, vous pouvez participer grâce à l’App Run sur téléphone mobile, et préparer votre course (à Rouen ou ailleurs) en visitant le site wingsforlifeworldrun.com. Pour rejoindre le départ du Wings for Life World Run à Rouen et contribuer à la recherche sur les lésions de la moelle épinière, l’inscription à la course est de 39 €.

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« L’art peut inspirer un changement global », dit la danseuse Angyil, qui posait ici à Kansas City le 13 janvier.

Perdre le contrôle

Née dans la zone à Kansas City, ANGELA «ANGYIL» MCNEAL a combattu l’adversité avec le ballet, mais c’est dans la danse de rue qu’elle a trouvé son terrain d’expression. Texte LAKIN STARLING  Photos ATIBA JEFFERSON

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K

ansas City, par un après-midi glacial, dans l’enceinte de la Paseo Academy of Fine and Performing Arts. Derrière les doubles portes qui mènent à l’auditorium de l’établissement, Angyil McNeal, ancienne élève de sa promotion 2010 et à présent artiste de street dance de renommée mondiale, boucle la boucle. Aujourd’hui, son établissement est l’un des lieux choisis par The Red Bulletin pour le shooting photo. Bouillonnante d’énergie, Angyil s’anime à chaque flash, comme un oiseau. Ses bras se tordent dans le dos comme des ailes, et en l’espace de quelques secondes, elle se contorsionne et se retrouve le sommet du crâne au sol, les yeux rivés sur l’objectif. Angyil McNeal a un charisme hallucinant. Elle maîtrise son corps à la perfection. « J’ai senti que ça n’allait pas », annonce-t-elle après avoir terminé un saut en tournoyant sur elle-même. Sans voir le cliché, elle corrige son pas et finit à l’endroit exact du repère. Cette p ­ récision 50

est le résultat des cours de danse classique qu’Angyil McNeal a commencés à l’âge de 10 ans. Toutes ces années de discipline transparaissent au travers de l’élégance et de l’attitude qu’elle apporte à sa technique de hip-hop. « J’ai commencé par la danse classique, la danse moderne et le jazz, puis j’ai été sélectionnée pour participer au stage de danse Alvin Ailey, raconte-t-elle. À l’époque, il se passait beaucoup de choses autour de chez moi et je ne voulais pas m’en mêler. Pour rester en dehors des problèmes, je dansais. » Angela « Angyil » McNeal est née au printemps 1992 à Kansas City, dans le Missouri. Élevée par une mère célibataire, Angyil a huit frères et sœurs qui, selon elle, ont parfois tenu le rôle de « cinq mères et trois pères ». C’est vrai qu’ils ont tout fait pour protéger la petite Angyil dans les conditions de vie difficiles des quartiers chauds de Kansas City où ils vivaient. Bien que sa famille ait apporté à Angyil une structure et un avenir plus prometteur, elle se souvient clairement de la douleur dont elle a été témoin et qu’elle a ressentie autour d’elle dans son enfance. « Nous déménagions souvent, se rappelle-t-elle. Vivre dans une maison pendant moins d’un an était parfaitement normal. » Parmi les nombreux quartiers dans lesquels la famille McNeal a vécu, Troost et Prospect sont

les endroits où Angyil est restée le plus longtemps. « Prospect était vraiment l’un des pires quartiers à l’époque, et j’ai vu beaucoup de violence. Il y avait des fusillades, des gens se faisaient renverser… », révèle-t-elle, avec un sourire nerveux. Nous pénétrons le studio de danse de l’école pour le shooting. C’est ici que son amour pour la danse s’est mué en passion dévorante. Son entrée en ces lieux, la Paseo Academy, a permis à Angyil McNeal d’avancer malgré l’environnement violent de son adolescence dans un quartier gangréné par le trafic et la consommation de drogue. Pourtant, Angyil McNeal a récemment fait l’acquisition d’une maison à Prospect, ce quartier dont elle est issue. Nous nous y rendons après le shooting. C’est un bungalow modeste mais spacieux, situé tout en haut d’un bloc, pas loin de son lycée. En ce moment, Angyil McNeal danse avec Red Bull, le Cirque du Soleil et World of Dance. Ce n’est donc pas rare pour elle de visiter trois pays en une seule semaine.

« Mon quartier était l’un des plus violents. » THE RED BULLETIN


La précision d’une ­ allerine, et la rage b d’une danseuse hiphop. Angyil au complet dans l’auditorium de son ancien bahut.


P

our la plupart des danseurs techniques, commencer la danse classique au collège, comme ce fut le cas pour Angyil McNeal, aurait été considéré comme un début très tardif. Mais le nombre incalculable d’heures passées à pratiquer pour les réunions de famille, ainsi que son envie et son talent naturel, l’ont aidée à se mettre à niveau. « Je suis convaincue que, lorsque vous êtes passionné par quelque chose, peu importe le moment auquel vous commencez. Votre passion vous aidera à rat-

traper votre retard , confie-t-elle. Vous resterez debout jusqu’au milieu de la nuit pour rattraper toutes ces années perdues. » Cette soif de danser s’est encore amplifiée quand, à 16 ans, elle a compris que la rigueur de la danse classique étouffait sa liberté de pensée et d’expression. Cette discipline était devenue trop stricte pour l’adolescente pleine d’énergie : Angyil sentait qu’elle avait plus à dire avec son corps que ce que la danse classique ne lui permettrait jamais. « Pendant un moment, la danse classique m’allait bien, parce que j’oubliais une grande partie de ma vie qui était faite de douleur, explique-t-elle. Mais en grandissant, je me suis rendu compte qu’on ne peut pas échapper à ce traumatisme. On ne peut pas échapper à la réalité. Et je voulais m’y plonger à corps perdu. J’avais l’impression qu’en danse classique, je devais faire semblant d’être quelqu’un que je n’étais pas tout le temps, poursuitelle. Je devais rassembler mes cheveux dans un chignon, mettre du maquillage et faire comme si tout allait bien. Mais j’ai des cheveux afro et j’en ai eu marre de les enduire de gel pour être sûre qu’ils ne s’échapperaient pas. Mon cœur me disait : “Ce n’est pas toi.” Cette vie-là ne me ­correspondait plus. » Après avoir obtenu très tôt son diplôme à la Paseo Academy, Angyil McNeal a raccroché ses pointes et suivi ce que lui dictait son cœur, à savoir pratiquer le hip-hop – et notamment le popping – à plein temps. Beaucoup de gens ont été déçus de la voir abandonner ce qu’ils pensaient être un billet pour la gloire. Finie l’élite du stage Alvin Ailey de Kansas City. Elle a pris la direction de New York pour travailler après avoir décroché son diplôme du secondaire. Pour Angyil McNeal, il n’y avait pas de retour en arrière possible. Si elle s’en allait, elle devait prendre des risques. À 16 ans, elle a déménagé dans le Bronx, à New York, avec la niaque pour seul bagage. Au début, sa famille était sceptique quant à son déménagement si lointain à un si jeune âge, mais elle en était

« J’avais la dalle, dans tous les sens du terme. » 52

aussi très fière. « J’avais la dalle, se ­souvient-elle. Dans tous les sens du terme. » Endurcie par son enfance à ­Prospect et à Troost, Angyil McNeal avait déjà quelques tuyaux pour réussir dans la vie, et elle s’est rapidement adaptée à la Grosse Pomme. Elle s’est fait des amis et a commencé à se produire dans le métro et dans la rue avec d’autres danseuses. Une fois, son crew a été arrêté pour mendicité lors d’une performance dans un train, mais elle revendique fièrement les clichés pris par la police, lorsque tout le monde a vogué. « Je me disais : “Si je dois aller en prison, c’est comme ça que je veux que ça arrive” », s’amuse-t-elle. La brutalité des New-Yorkais n’a pas non plus dissuadé Angyil McNeal de danser. Elle s’est installée en ville et a continué à performer dans la rue pendant quatre ans. La plupart du temps, elle THE RED BULLETIN

GETTY IMAGES

Quand elle n’est pas sur les routes, elle aime se retrouver chez elle dans sa communauté. Sa maison possède un soussol qu’elle veut transformer en salle de gym et de danse. Dans le séjour, des bandes sur le sol délimitent les contours des meubles qu’elle n’a pas eu le temps d’acheter. Nous nous asseyons donc sur des couvertures, comme si nous nous nous trouvions dans un espace de méditation. À 27 ans, Angyil McNeal a ressenti le besoin d’un peu de sécurité et de tranquillité, ce dont elle a tant manqué dans son enfance. Très tôt, elle a appris que pour danser à un niveau professionnel et réussir en dehors de sa ville natale, elle devait se débarrasser de ses peurs. Le talent de cette dernière a éclos durant son enfance, dans son jardin, pendant les fêtes d’été organisées avec sa famille. La jeune Angyil présentait ses mouvements de danse. Si ses sœurs aînées se moquaient d’elle au début, elle a tellement progressé que sa mère et ses sœurs ont réalisé qu’elle avait un réel talent.


Une star de la danse urbaine dans la salle où elle a commencé sa formation en danse classique, avant de se lancer dans le freestyle.

revenait chez elle avec un peu d’argent, et tout comme ses prestations dans le ­jardin familial, la rue lui offrait un espace gratuit pour pratiquer et améliorer ses mouvements. « Cela m’a appris à avoir confiance en moi, dévoile-t-elle. Cette période-là a vraiment été très dure. Elle a forgé mon caractère. »

À

18 ans, elle a eu une vision encore plus claire de son avenir dans la danse en s’inscrivant à son premier battle officiel. Débordante d’enthousiasme, Angyil McNeal s’est envolée pour Kansas City afin de concourir, mais comme elle l’explique, elle a perdu à cause d’obscures politiques et de la partialité des juges qui ont supposé qu’elle était une New-Yorkaise sur le terrain adverse, et non originaire de Kansas City. Cette défaite a marqué un tournant dans sa vie et l’a incitée à étudier et

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­travailler assez dur pour pouvoir vivre de ses battles. La journée a été longue. Angyil McNeal fait une petite pause pour se ­verser un verre de vin blanc. Elle n’a pas souvent l’occasion de se détendre, et même pendant les moments de repos ou de calme, elle prend le temps d’échauffer ses muscles et de faire quelques pompes ou des squats pour garder la forme. Elle passe pratiquement toute sa vie dans des chambres d’hôtel à travers le monde, et il n’est pas rare qu’elle se fabrique son petit module de gym avec des chaises et des tables. Après une journée passée ensemble et une orgie de plats asiatiques, Angyil McNeal annonce qu’elle veut intégrer une session cardio et monter les escaliers en courant. Logique. Connue pour ses démonstrations de freestyle dans la plupart de ses performances et de ses battles, elle aime rester

sur le qui-vive. En 2017, après huit années à vivre à New York, Angyil McNeal a osé déménager en Europe et se lancer dans la bataille. Avec à peine 90 dollars sur son compte en banque, elle s’est installée à Amsterdam où elle a passé plusieurs mois à squatter des canapés avec des amis à Berlin, à Paris et au Danemark pour des compétitions. « Je gagnais tous les battles, raconte-telle. Les gens finissaient par se demander : “Mais c’est qui, cette fille ?” » Angyil McNeal était déjà connue aux États-Unis, mais sa réputation, ainsi que ses vidéos virales où on la voit dominer ses adversaires, se sont répandues à une vitesse grand V. Quand « Angyil la fille sympa » passe en mode battle, c’est scotchant. Elle devient obnubilée par la défaite de son adversaire. En octobre dernier, au Red Bull Dance Your Style World Final de Paris, une compétition   53


« La danse m’a aidée à ­surmonter les traumatismes. »


Lopez. Et sur le morceau « bluesy » et pêchu de C2C, Down the Road, elle a époustouflé le public avec ses pops explosifs. Le coup de grâce ? Toute sa performance était freestyle. « Ils m’ont demandé de ne pas en faire, explique-telle. Et je leur ai dit : “Oh, bien sûr. Pas de freestyle. Vous vous fichez de moi ?” Je n’allais pas leur dire, mais c’était clair que j’allais faire du freestyle ! », s’exclame-t-elle.

A Un phénomène à Paris : Angyil sur la finale mondiale du Red Bull Dance Your Style 2019.

mixte regroupant différents styles de street dance, elle a balayé l’un de ses concurrents lors d’un battle, sur un solo étourdissant au son de Get Ur Freak On de Missy Elliott. Elle ne planifie aucun de ses mouvements et pourtant tout est si fluide et énergique qu’on a parfois l’impression qu’Angyil McNeal disparaît complètement. (Lors de la finale mondiale, qui est le point d’orgue de plus de cinquante événements dans trente pays, Angyil McNeal a été la première finaliste officialisée.)

TOMISLAV MOSE/RED BULL CONTENT POOL

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n véritable Gémeaux, elle accède facilement à ses autres facettes. « Je peux me référer à des personnages de films et m’en inspirer », explique-t-elle. Ce personnage peut avoir des pouvoirs surnaturels, comme être capable de grimper aux murs. Ou se montrer un peu inquiétant. « J’ai aussi un petit côté Joker, ajoute-t-elle. Tout dépend du son. » Certaines de ses ­contorsions paraissent particulièrement étranges pour le public, et je lui demande si réaliser ces poses incroyables ne lui semble pas aussi un peu surréaliste. « Par moments, je me vois et je me dis : ce n’est pas moi, admet-elle. Je suis comme possédée. Quelquefois, quand ça prend le dessus, je ne contrôle plus rien. À ce moment-là, c’est cette sensation qui contrôle tout, et elle me contrôle moi. » Les mouvements de danse d’Angyil McNeal dégagent une réelle spiritualité. Plus tôt dans l’après-midi, l’équipe s’est arrêtée pour la filmer en train de danser

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« J’essaie d’être aussi vulnérable que possible. » dans la rue : c’était comme si elle commandait au soleil de briller au-dessus d’elle alors qu’elle glissait tout en légèreté sur les flaques de neige fondue. Si ses vœux sont entendus, c’est qu’elle s’efforce de rester à l’écoute de soi-même. « Quand vous vous autorisez à être vous-même et que vous acceptez votre vulnérabilité, vous ne savez pas ce qu’il va se passer. En tant qu’artiste, j’essaie d’être aussi vulnérable que possible et de ressentir les choses au maximum », confie-t-elle modestement. Selon elle, il est toujours possible de s’améliorer et de faire des progrès. Par conséquent, elle apprécie ses victoires mais reste humble. Il y a quelques années, elle a été invitée à un concours télévisé de la NBC, World of Dance, et on lui a même proposé de contourner les auditions pour être assurée de concourir. Si Angyil ai été rapidement éliminée pendant la deuxième saison, son style unique a eu un réel impact sur ce show. Pour l’un de ses solos effectués à l’occasion du reality-show, Angyil McNeal s’est glissée sur scène devant les célèbres juges Ne-Yo, Derek Hough et Jennifer

ngyil McNeal a beaucoup appris de toutes ces opportunités et elle ne tient rien pour acquis. Depuis sept ans, elle enseigne la danse dans le monde entier. Au début, elle ne se sentait pas forcément prête à endosser un tel rôle, mais elle savait l’importance d’un mentor dans un univers comme la danse. « Ce serait égoïste de ma part de priver les gens de la même expérience et de les rejeter juste parce que je me sens comme ci ou comme ça dans ma vie personnelle ou que je n’ai pas envie d’enseigner. » Ce dévouement à diffuser son art laisse une impression d’authenticité sur les personnes qui l’entourent et les lieux où elle se rend. Il y en a même une preuve tangible. Dans son ancien quartier, on peut voir une fresque d’Angyil McNeal, réalisée par le collectif artistique IT-RA de Kansas City. Sur un mur situé à l’angle de la 31e et de Troost, vous pouvez voir Angyil McNeal en ange noir, qui danse sur la ville. Et voir la véritable Angyil McNeal danser juste devant est un moment tout simplement inoubliable. « La danse m’a aidée à surmonter les traumatismes et toute cette folie, conclutelle. Je suis sûre que ça peut être la même chose pour beaucoup d’autres. Les arts, quels qu’ils soient, peuvent inspirer un changement global. »

Red Bull Dance Your Style 2020 Après une édition 2019 marquée par la ­présence d’Angyil pour sa finale mondiale à Paris, le Red Bull Dance Your Style, un concours de dance ouvert à tous les styles, revient en France avec trois dates qualificatives courant mai (dans des villes tenues secrètes pour le moment) et une ­finale française à Bordeaux en septembre. C’est cette fois en Afrique du Sud que la grande finale planétaire du Red Bull Dance Your Style aura lieu, en fin d’année. Plus d’infos sur redbull.com   55


VUE À 360 °

Les dômes de la ­capsule développée par Ghislain Bardout permettent de contempler les profondeurs marines sans faire de vagues.


RÉCIF EN DANGER

L’homme connaît mieux la face cachée de la lune que les océans de sa propre planète. Deux explorateurs français, GHISLAIN et EMMANUELLE BARDOUT, ont plongé avec un prototype de capsule submersible unique pour faire un état des lieux et combler ces lacunes. Texte FELIX DIEWALD Photos FRANCK GAZZOLA   57


BAPTÊME SOUS-MARIN Août 2019, Polynésie française, site de Moorea. L’équipe du projet Under The Pole ­s’active pour l’installation et la mise en lévitation de la capsule par vingt mètres de profondeur.

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POURQUOI UN TEL PROJET ? « Under The Pole, c’est à la fois une solution : promouvoir une société décarbonée, et une inspiration : stimuler la passion de l’exploration et de la découverte tout en étant raisonnables pour nous et nos enfants. » Ghislain Bardout


PRÊTE À ­L’EMPLOI Si ça ne fuit pas dans un sens, ça ne fuira pas dans l’autre. C’est comme cela qu’on teste l’étanchéité de la c­ apsule.

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PASSE-PARTOUT Submersible, la ­capsule ne laisse pas de trace. Elle est idéale pour épouser la vie récifale.

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longer implique toujours de remonter au bout de quelques heures. Ghislain ­Bardout, explorateur et fondateur du projet Under The Pole, a fait l’expérience inverse : plonger dans l’optique de ne pas remonter… avant trois jours : « J’ai déjà plongé des milliers de fois. Se dire que là, on va rester en bas, c’est contraire à l’instinct, nous ne sommes pas des poissons ! Trois jours, ça semble long, mais en fait, le temps passe vite. C’est une s­ ensation familière, comme de faire du camping, mais sous l’eau. Le cap difficile à passer, ce sont les secondes avant de plonger. »

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Au petit matin, entre 4 et 5 heures, le récif corallien de Moorea, en Polynésie française, s’éveille. La quiétude nocturne fait place à une agitation grouillante mais méthodique. Ils sont deux ou trois par sessions de 72 heures à se relayer au fond de l’eau pour assister à cette chorégraphie matinale. Par vingt mètres de fond, Ghislain s’exclame, ému, la voix teintée d’hélium : « Là… je réalise mon rêve ! » Emmanuelle à son tour : « Vivre sous la mer, c’est un rêve d’enfant. C’est ce que m’a inspirée le Commandant Cousteau quand je regardais ses aventures à la télé. Expérimenter cela moi-même, c’est vraiment exceptionnel. » Le spectacle aquatique est d’autant plus grisant qu’il a lieu dans un prototype submersible conçu par les Bardout, qui permet de séjourner sous l’eau trois jours d’affilée, une première ! « La capsule est un habitat sous-marin d’où l’on peut observer le récif en continu, jour et nuit. Elle nous permet de sortir travailler et d’explorer le récif sans limite de temps dans la zone des 15 à 35 mètres de profondeur en étant extrêmement discret, précise Emmanuelle. J’ai plus appris sur la vie des p ­ oissons et du récif en trois jours dans la capsule qu’en quinze ans de

POUR LE ­MEILLEUR Ils partagent leurs vies, leurs passions et leurs carrières : ­Ghislain Bardout, 40 ans, ingénieur et plongeur professionnel, et Emmanuelle Périé-Bardout, 41 ans, skippeuse et experte polaire.

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LE PROJET UNDER THE POLE III À bord du WHY, les deux explorateurs, leurs deux enfants et un chien ont passé trois ans autour du monde, d’un pôle et d’un océan à l’autre. Leur aventure se terminera au pôle Sud.

juillet et août 2017 avril 2018 à septembre 2019 octobre 2019 à février 2020 mars à mai 2020

ARCTIQUE

Sept mois sur place, de ­septembre 2017 à mars 2018

Concarneau, ­Bretagne

PAC I F I Q U E

Polynésie ­française AT L A N T I Q U E

A N TA R C T I Q U E

UNE CAPSULE DE VIE La saturation est l’équilibre que le plongeur atteint après un certain temps de séjour en immersion. À partir de ce moment, le plongeur peut rester à cette profondeur sans augmenter le temps nécessaire au retour en surface.

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plongée sous-marine. Avant, j’avais l’impression de ne faire que des incursions sous la mer. » La grande innovation réside dans la possibilité pour des chercheurs humains de se fondre dans les profondeurs océanes. « C’était très reposant d’observer l’océan par ce biais, souligne Ghislain. Être là sans restriction contrairement à ce qu’on apprend quand on commence à faire de la plongée. Je pouvais regarder le temps passer et les abysses. C’est mon rêve depuis que je suis gamin, et c’est un accomplissement en tant qu’explorateur. » Au bout d’un certain temps, la faune aquatique s’habitue à la capsule, voire elle THE RED BULLETIN


PAS DE ­PRESSION Le retour à la surface se fera en douceur : tous les trois mètres, le palier de décompression à respecter est de 25 minutes.

la colonise. « Les dômes offrent une vision panoramique sur l’océan et la vie du récif, en mode diurne et nocturne. C ­ e ne sont plus les poissons qui sont en aquarium, c’est nous. Et en fond sonore, le chant des baleines », raconte Emmanuelle. Des modèles similaires ont été construits par l’industrie pétrolière dans les années soixante. Mais il s’agissait alors de gros containers de plongée, de scaphandres lourds, difficiles à monter et très coûteux. Cette capsule est facile à transporter et peu coûteuse, afin de proposer un observatoire submersible de longue durée. THE RED BULLETIN

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n quoi est-elle révolutionnaire ? « Notre vie est hors de l’eau. R ­ ester sous l’eau pendant une longue période est un défi, nous avons donc besoin d’un abri et d’une atmosphère respirable. D’où le mélange d’hélium et d’oxygène insufflé dans la capsule grâce à un système d’aération sur mesure. Quand nous avons respiré l’atmosphère pour la première fois et compris que tout fonctionnait, ce fut fantastique !, s’exclame Ghislain. C’était l’aboutissement de trois ans de travail. » Révolutionnaire aussi « parce que sur un projet comme celui de la capsule, il faut savoir

innover : toutes les phases sont compliquées, de la construction à la phase opérationnelle ». C’est en 2010, trois ans après le début de la mission Under The Pole, que l’ingénieur et plongeur Ghislain Bardout et la skippeuse et experte polaire Emmanuelle Périé-Bardout décident de quitter leur vie, leur boulot et leur maison en France, pour se consacrer à l’étude des fonds marins. Et pour fonder une famille. La première expédition, Under The Pole I, les mène au pôle Nord. « C’est à ce moment-là que j’ai réalisé que ce monde était voué à disparaître, à court ou moyen terme, car la   63


UN PROTOTYPE UNIQUE Elle permet à l’équipe de séjourner trois jours de suite sous l’eau. Entre deux sessions de plongée, les nageurs peuvent s’y restaurer et dormir. Son concepteur, Ghislain Bardout, la compare à un portaledge comme ceux que les grimpeurs utilisent pour dormir à même une paroi.

1 3,6 MÈTRES CUBES

C’est l’espace dans la caspule de 3,2 m de long pour 1,5 m de diamètre. Trois plongeurs peuvent y tenir.

2 DÔMES EN PLEXIGLAS

Ils offrent une vue panoramique sur les alentours et permettent d’observer la vie du récif de jour comme de nuit.

4 ATMOSPHÈRE

Une machine a été programmée électroniquement pour insuffler un mélange d’hélium et d’oxygène dans la capsule. Le CO2 rejeté est évacué par un système de filtres.

3 ACCÈS

Il se fait par un moonpool dans le sol de la capsule. Bien que l’accès soit ouvert, l’eau ne pénètre pas à l’intérieur, et réduit la pression de l’air.

5 BALLAST

La capsule, attachée à ces grands réservoirs eux-mêmes posés au sol, flotte dans l’eau en bougeant (marge d’un mètre) au rythme des courants.

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CAMPING SOUS-MARIN Longue de 3,20 m et d’un diamètre de 1,5 m, la capsule offre le confort d’une tente améliorée. Elle compte trois couchettes métalliques.


L’UNION FAIT LA FORCE La mission Under The Pole a œuvré avec le Criobe, un éminent laboratoire français pour l’étude des écosystèmes coralliens.

ALARMANT Après un inventaire des colonies susceptibles de se reproduire, les plongeurs n’en ont trouvé qu’une seule. Le rapport du GIEC (sept. 2019) annonce une disparition programmée des coraux pour 2050. 66

SURVIE DE ­L’ESPÈCE En 2019, les coraux ont consacré l’essentiel de leur énergie à leur survie au détriment de leur reproduction. Ici, un cliché rare de la « ponte » des coraux.

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À TOUTES FINS UTILES ­ acifique et monde, en traversant le P ­l’Atlantique, d’un pôle à l’autre. Leur capsule innovante dans les bagages. « J’adore aller à la découverte d’endroits reculés. De nos jours, l’exploration en tant que telle doit aller de pair avec une mission scientifique afin de développer nos connaissances et notre compréhension de l’environnement, de l’impact du réchauffement climatique sur la biodiversité et enfin pour proposer des actions civiles. Il est essentiel d’inciter les générations futures à vivre de manière altruiste. »

G banquise était déjà en train de fondre. C’est tragique, parce que le réchauffement climatique a des conséquences flagrantes sur la biodiversité et sur la manière de vivre des gens. » Après une période de doutes existentiels et financiers, la vente de leur maison et un regain de motivation, ils renchérissent avec Under The Pole II, direction le Groenland, en 2014 et 2015. « Mener une telle mission d’exploration implique beaucoup d’énergie. Je suis prêt à m’investir à fond, car c’est ma passion », déclare Ghislain. Deux enfants et un chien plus tard, en 2017, Under The Pole III voit le jour : une expédition de trois ans autour du THE RED BULLETIN

hislain et Emmanuelle Bardout passent plusieurs mois avec leur équipe de douze personnes sur leur goélette, le WHY, un clin d’œil au Pourquoi-Pas ? du Commandant Charcot. « 90 % des fonds marins nous sont inconnus. Nous possédons plus de cartes détaillées de la face cachée de la lune que des abysses de notre planète. » Selon les Bardout, élargir nos connaissances des océans constitue le plus gros challenge du siècle. Et cela afin de mieux préserver la planète et de réduire les dommages liés au dérèglement climatique. Car après avoir fait le constat de la fonte de la banquise au début des années 2000, ils furent les témoins très récemment de multiples dégâts touchant 40 % du massif corallien : reproduction menacée (l’équipe a pu assister à la ponte des coraux, un phénomène très rare à observer n’ayant lieu que lors d’une fenêtre de neuf jours chaque année), blanchissement à cause du réchauffement des eaux de surface, etc. Face au vide de connaissances en la matière, Under The Pole III a hébergé le programme Deep Hope, qui consistait en l’analyse du rôle des coraux

La capsule sera financièrement ­abordable pour les missions scientifiques à venir.

mésophotiques. Le plus profond corail rapporté par les plongeurs gisait à − 172 mètres. « À titre professionnel, mon sentiment le plus fort dernièrement, ça a été à la fin du programme Deep Hope parce que j’ai vraiment eu l’impression que les expéditions Under The Pole avaient servi à quelque chose, en faisant naître un espoir pour la biodiversité. » L’émission des gaz à effet de serre, et le CO2 notamment, ont des répercussions néfastes sur les océans et les écosystèmes. Si cela continue, dans trente ans, la quasi-totalité du récif corallien sera détruit. « Et le fond de l’eau ne sera plus qu’un vaste désert. Car tout est lié, développe Ghislain. La mer fait partie de nos vies. » Il ne faut pas seulement montrer des images, il faut aussi chercher des solutions scientifiques et porter un message public. C’est ce qu’Emmanuelle fait, en lançant cet avertissement dans l’espoir d’être entendue : « Mon souhait, c’est que nos résultats soient entendus à un niveau politique. Car ce que nous avons constaté depuis le début d’Under The Pole, c’est que le temps passe trop vite. Les décisions prises par les gouvernements sont trop lentes à être appliquées et à très court terme, la Terre est menacée, les océans sont menacés. Il faut que ces décisions et ces changements aient lieu maintenant ! » underthepole.com   67


Texte PIERRE-HENRI CAMY

« LE RAP EST UNE MUSIQUE POPULAIRE COMME LES AUTRES »

Le rap français n’a jamais été aussi varié et copieux. MEHDI MAIZI, journaliste spécialisé et présentateur du Rap Jeu fait le point sur la musique n° 1 des « jeunes ».


QUENTIN MAHÉAS/LA CLEF PROD

Un Julien Lepers new school ? Non ! Mehdi Maizi et ses invités du jour pour le Rap Jeu diffusé sur Red Binks, une chaîne YouTube dédiée au rap.

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V « Techniquement, on peut rapper sur n’importe quoi : sur de la house ou sur un accordéon. »

the red bulletin : Mehdi, depuis une dizaine d’années, vous vous êtes imposé comme un spécialiste du rap, et avez interviewé les grands noms de cette musique, souvent présentée comme « la plus écoutée en France ». On vous connaît également en tant qu’animateur du programme Rap Jeu, sur Red Binks, une chaîne YouTube ­dédiée au rap français. Qu’on l’aime ou non, le rap est partout ou presque aujourd’hui, mais comment le définir exactement ? mehdi maizi : Cela fait à peu près une trentaine d’années qu’il existe en tant qu’industrie musicale en France, et pendant longtemps, on pouvait le résumer à deux ou trois courants, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. En 2020, le rap n’est plus uniquement un genre underground, même si l’on pourra citer des artistes qui pratiquent toujours un rap confidentiel, ou alternatif, mais il est un genre très vaste, extrêmement diversifié, avec plein de sous-genres, comme l’afro trap ou le cloud rap. Comme tous les genres musicaux qui durent, se renouvellent et s’imposent dans le temps, le rap est extrêmement riche, avec des stars, des gens moins connus, des carrières brisées. C’est une musique populaire comme toutes les autres, avec ses contrecultures, ses contre-pouvoirs. L’association « rap et populaire » doit déplaire à ses fans les plus hardcore ? Devenir populaire, c’est la victoire du rap. Même si certains nostalgiques le

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TEDDY MORELLEC, QUENTIN MAHÉAS/LA CLEF PROD

ous adorez le rap français ? Vous le détestez ? Vous en êtes un expert ou n’en connaissez strictement rien ? Qu’importe : lisez cet article ! Mehdi Maizi (en photo à gauche), journaliste musical spécialisé dans cet univers et présentateur de l’émission Rap Jeu, vous offre une mise à jour sur la musique favorite des « jeunes ». Pour changer de point de vue sur ce(s) genre(s), ou vous conforter dans vos skills. Il vous l’assure : le rap français est bien plus que du rap.


Ils cumulent des millions d’écoutes sur les plateformes de streaming : Koba LaD (en haut) ­toujours bien équipé. À sa droite, Jok’Air et le buzzer rouge de Rap Jeu, la plus décalée des émissions dédiées au rap. En dessous, Di-Meh prend de la hauteur lors du tournage d’un freestyle de la chaîne Red Binks sur YouTube. À sa gauche, gourmette et canette pour le Barlou en chef, Seth Gueko.


Qui ne connaît toujours pas Charo ? Ci-dessus : le rappeur Niska accompagné de Maes. À leur droite, Hatik, récemment révélé dans la première série dédiée au rap français, Validé. En dessous : le plateau de Rap Jeu, qui accueillait fin 2019 les rappeurs belges et toujours verts Caballero et Jeanjass, que vous voyez ici en pleine ­réflexion suite à une question fatale de Mehdi.


Quand il ne fume pas à fond, Lorenzo kick à fond sur les tournages de Red Binks.

r­ egretteront, il est devenu une musique ­populaire comme une autre, avec ses bons et mauvais côtés.

APOLLINE CORNUET/QUENTIN MAHÉAS/LA CLEF PROD

Quelle est la force du rap en France ? Sa capacité de renouvellement. Ça n’est pas une musique qui est figée. Le rap est une musique qui regarde toujours vers l’avant. Du coup, il est très compliqué de définir « le son rap ». Techniquement, on peut rapper sur n’importe quoi : sur de la house ou sur un accordéon. Le rap est assez malléable, c’est pour cela qu’il y aura toujours de nouveaux artistes, de nouveaux genres, de nouveaux sous-genres, de nouveaux producteurs qui relèvent le truc. Parce qu’on peut faire le rap avec rien, et aussi relever le rap avec rien. « Avec rien », ça veut dire quoi ? Prenons l’exemple de Pi’erre Bourne, qui a été un producteur américain très important ces dernières années. Il fait de la musique à base de logiciels, voire même de kits qui sont déjà prédéfinis, et qu’il modifie un petit peu, on pourrait même parler d’instrumentaux par accident, mais son travail a amené quelque chose de nouveau en termes de sonorités. Vous citez ce producteur américain, mais en observant les rappeurs français actuels, on a l’impression qu’ils se motivent dans le rap grâce à leur environnement immédiat : les autres THE RED BULLETIN

« Demain, un rappeur bourgeois de province peut se lancer dans le rap et devenir très important. » artistes de leur quartier ou département, pas forcément ceux des USA, comme ce fut le cas par le passé… Le rappeur français inspire le rappeur français désormais ? Il y a en effet beaucoup de jeunes rappeurs aujourd’hui qui n’ont écouté que du rap français, voire très peu d’autres genres musicaux par ailleurs. Je le vois dans l’émission Rap Jeu, avec une épreuve comme le Roland Gamos, où il faut citer des collaborations entre différents rappeurs. Quand j’essaie de les lancer sur des artistes américains, beaucoup d’entre eux sont assez fébriles. C’est une vraie différence avec les années 2000, où il était à la mode de dire qu’on n’écoutait pas de rap français mais que des rappeurs américains. Dire que l’on écoutait ses homologues français, c’était la honte, et aujourd’hui, on a complètement dépassé ça. Dans Rap Jeu, justement, on a pu voir des rappeurs peu au fait des artistes locaux majeurs d’il y a une vingtaine d’années… On se souvient du fameux

« C’est qui IAM ? », sorti en toute sincérité par un rappeur de 19 ans extrêmement populaire, Koba LaD... C’est l’une des séquences de Rap Jeu qui a le plus tourné sur les réseaux sociaux, mais il y en a eu d’autres, comme l’artiste Marwa Loud qui dit qu’elle ne sait pas qu’Ärsenik sont un duo, ou RK qui se trompe dans le nom de l’album d’IAM, L’école du micro d’argent, alors que c’est un disque mythique. Pour certains jeunes rappeurs comme Dinos, il est important de connaître tous ses classiques, à l’inverse, pour d’autres, absolument pas. L’histoire du rap français est relativement ancienne, avec ses chapelles et ses écoles, libre aux artistes de les connaître ou pas. C’est l’avantage et l’inconvénient de cette musique : comme les jeunes y font la loi, le respect des aînés et la volonté de transmettre une culture ne sont pas forcément présents. En revanche, c’est une musique qui n’a pas le temps de se reposer, de regarder derrière, et qui va toujours chercher la nouveauté. Du fait de cette dynamique toujours innovante, voire expérimentale du rap français avec toutes ses nouvelles formes de rap apparues ces dernières années, comment définir ce qu’il est musicalement ? Il y en a des dizaines de formes, et il se renouvelle toujours. Le rap en tant que musique ou son est compliqué à définir.   73


Ambiance metal pour Youv Dee, le fan d’Iron Maiden.

Le flow du rap a connu nombre de ­mutations, et peut paraître plus facile aujourd’hui, moins complexe pour une oreille peu experte. Est-ce qu’il reste intéressant pour les vôtres ? Le flow du rap aujourd’hui est toujours très travaillé. J’ai interviewé le rappeur Isha, qui a 33 ans et qui rappe depuis longtemps. Je lui demandais s’il était plus dur de faire des morceaux très actuels de trap ou de boom bap à l’ancienne. Il m’a répondu : « Des morceaux de trap. Parce que des morceaux de boom bap, rapper 8 minutes en faisant des rimes, je sais le faire. Mais la trap, c’est faire de l’économie de mots, placer les bons mots aux bons endroits, trouver une autre manière de rimer, de faire des punchlines, de trouver des refrains. » Comme l’explique Isha, le rap aujourd’hui n’est pas moins travaillé, c’est une autre manière de travailler et d’écrire. Un rappeur qui va rimer 12 minutes sans ­refrain, ça peut sembler plus impressionnant qu’un morceau de 2 minutes où il y a moins de mots, mais ça ne l’est pas forcément. Quand comme moi tu as bouffé énormément de rap « traditionnel », tu as envie d’être surpris, de voir de nouvelles choses, de voir jusqu’où le rap peut aller. Le rap dans ses sonorités les plus ­innovantes est-il déjà présent sans que nous en soyons encore conscients ? On dira peut-être aujourd’hui d’un son que ce n’est pas du rap alors qu’il deviendra un standard d’ici quelques ­années, voire décennies ? 74

Exactement. Si on cryogénisait un ­auditeur de 1995 et qu’on le réveillait en 2015 pour lui faire écouter le groupe PNL, à aucun moment il ne se dira que c’est du rap. Mais pour celui qui a écouté du rap depuis 1995, l’évolution est beaucoup plus logique, car il a vu par quoi le rap est passé. De même, si l’on fait écouter du rap des années 90 à des fans de PNL ou de rap actuel en leur disant « Écoute ! Écoute comment le mec rappe, il est bon ! », ils vont trouver ça profondément chiant, alors que c’est bien du rap et que ces gens sont des fans de rap. On entend souvent dire que le rap en France est la musique numéro un, la plus écoutée… Est-ce une réalité ? Ce sont des notions qu’il faut relativiser. Quand on regarde le top des streamings, il n’y a que des rappeurs, c’est une réalité. Si Gambi ou Heuss L’Enfoiré font plus de streams que Patrick Bruel, est-ce que cela veut dire qu’ils sont plus connus en France que Patrick Bruel ? Je ne pense pas. Si Patrick Bruel et Heuss L’Enfoiré sortent un album demain, Heuss L’Enfoiré fera de meilleurs chiffres en streaming que Patrick Bruel, mais il va vendre peutêtre cinq mille CD là où Patrick Bruel va en vendre quatre-vingt dix mille. Ce sont deux canaux très différents. Le streaming est en grande majorité utilisé par des jeunes, qui en grande majorité écoutent du rap, donc, forcément, le streaming est devenu le terrain de jeu des rappeurs. Là où dans les supermarchés et hypermarchés, c’est la variété qui vend des palettes de CD quand il y a de grosses sorties. Le succès du rap, au-delà des rappeurs eux-mêmes, est également très lié au travail des producteurs, qui créent les instrumentaux du rap. Par le passé, ils n’étaient pas forcément mis en avant, mais il semble qu’aujourd’hui, ils sont beaucoup plus identifiés... Il y a toujours eu des producteurs dans le rap, mais ils sont en effet beaucoup plus mis en avant. La preuve de cette évolution est l’avalanche d’albums réalisés par des producteurs, qui invitent des artistes et sortent un album. On peut citer les projets de Myth Syzer, Ikaz Boi, DJ Weedim ou Ghost Killer Track… Cela prouve un intérêt du public et du milieu pour ce genre de projets centrés autour de producteurs. Ils sont davantage respectés et identifiés, c’est une vraie nouveauté dans le rap français. Même les topliners sont identifiés aujourd’hui...

« Quand je vois les artistes en promo ou lors de nos émissions, ils sont à l’heure, très respectueux, entourés d’attachés de presse. C’est une industrie, ils viennent au travail. »

Dans le « gamos » du duo de rappeurs DTF.

C’est quoi, un topliner ? Ce sont des gens qui, en studio, trouvent des mélodies pour des morceaux. C’est quelque chose qui était peu évoqué par le passé, car ça pouvait impliquer que le rappeur ne faisait pas tout lui-même, mais maintenant on sait que ça existe, notamment sur de gros albums, comme ceux de Booba. A partir du moment où Booba a tombé le masque et reconnu qu’il ne faisait pas tout lui-même, ça a décomplexé pas mal de gens. Les métiers de l’ombre sont plus identifiés que par le passé, et c’est un signe que cette musique se porte bien. Cela permet aussi de dire aux jeunes que dans l’industrie du rap, on peut être autre chose qu’un rappeur. Le rap assume des choses qu’il n’aurait pas forcément assumées par le passé ? Clairement. À partir du moment où le très puissant rappeur américain Young Thug s’affiche en robe sur la pochette de l’un de ses albums, tout en étant super gangster dans ses textes, les gens ont THE RED BULLETIN


« Rap Jeu prouve aux gens que l’on peut parler du rap différemment »

Le MC-acteur Gringe sur scène à Garorock.

APOLLINE CORNUET/QUENTIN MAHÉAS/LA CLEF PROD, WILLIAM K/LA CLEF PROD

compris qu’on pouvait faire à peu près tout ce qu’on voulait dans le rap. Tout le monde peut rapper aujourd’hui. Demain, un rappeur bourgeois de province peut se lancer dans le rap et devenir très important. Si le mec est bon, cela ne posera de souci à personne. Et il pourra collaborer avec des rappeurs plus street. Les ­barrières sont tombées à ce niveau-là. La personnalité multiple du rap ­français en 2020 s’explique inévitablement par ses évolutions ces trente ­dernières années. Quels ont été selon vous les moments fondamentaux de son histoire ? En fait, il y a eu deux chocs côté business dans l’histoire du rap français : quand Skyrock décide de devenir une radio rap en 1996, puisque ça accompagne le développement du rap et lui donne ses premiers gros succès, ses disques d’or. Et quand vingt ans plus tard, le streaming est comptabilisé dans les ventes de musique : le streaming est venu sauver le rap commercialement. Toute cette musique qui était téléchargée, écoutée de manière illégale par le passé, est devenue légale, comme par magie. Vous êtes au contact de l’essentiel des artistes et des intervenants du business rap. Dans les coulisses, quel est le vrai visage du rap aujourd’hui ? Estil toujours aussi sulfureux qu’on veut bien le croire ou nous le faire croire ? S’est-il assagi ? Assagi, je ne sais pas. Je n’ai pas connu le rap dans les années 90, car j’étais trop THE RED BULLETIN

SCH, Dinos, Bigflo & Oli, Niska, Seth Gueko, Mac Tyer, Kalash Criminel, Oxmo Puccino… Depuis un an, sur Red Binks, une chaîne YouTube dédiée au rap, les patrons du genre défilent sur le plateau de la déjà culte émission Rap Jeu : un quizz d’un nouveau genre imaginé par Mehdi Maizi. « Contrairement aux kids d’aujourd’hui, j’ai un ADN télé assez fort, explique Mehdi, le créateur du format Rap Jeu. J’ai beaucoup regardé la télé étant gamin, j’ai bouffé du jeu télé, donc je voulais depuis longtemps faire un jeu télé sur le rap, avec les codes de YouTube. Pour transmettre de la connaissance sur le rap, sans être chiant. Pendant longtemps, en France, on a très peu ri du rap, alors qu’il y a plein de choses qui sont risibles dans cet univers, que l’on peut détourner ou parodier, sans s’en moquer. Cela s’est confirmé quand les auteurs de Rap Jeu sont entrés dans la boucle et que le côté fun de l’émission a commencé à se d ­ essiner. Dans Rap Jeu, on peut plaisanter avec les artistes et les gens, et en retirer quelque chose. Ce concept est peut-être le point de départ de plein d’autres ­projets, car il prouve au public que l’on peut parler du rap différemment. »

Retrouvez Rap Jeu ainsi que des freestyles et projets studio exclusifs sur Red Binks : youtube.com/redbinks

« Un rappeur qui va rimer 12 minutes sans refrain, ça peut sembler plus impressionnant qu’un morceau de 2 minutes où il y a moins de mots, mais ça ne l’est pas forcément. » jeune, mais depuis une dizaine d’années que je suis actif dans cet univers, j’observe un milieu globalement très professionnel. Quand je vois les artistes en ­promo ou lors de nos émissions, ils sont à l’heure, très respectueux, entourés d’attachés de presse. C’est une industrie, ils viennent au travail. Avant d’être à temps plein dans le journalisme musical, j’ai bossé en entreprise, dans le conseil, dans un cadre très classique, et je n’ai pas vu dans le rap une différence fondamentale dans la manière dont les gens travaillent. Même si je m’amuse dans ce que je fais, la manière dont les gens travaillent dans cette industrie est celle de l’entreprise. C’est un milieu assez sain, et il y a parfois une différence entre ce que les rappeurs disent et ce qu’ils vivent. Les rappeurs sont assez jeunes et souvent encore innocents vis-à-vis de pas mal de choses. C’est un milieu assez normal, même s’il y a des gens extravagants dans le rap, comme partout. Venant d’un métier classique, qu’estce que cela vous a apporté d’évoluer dans le monde du rap ? Pourquoi il faut s’intéresser à cette musique, cette industrie ? À la base, ce qui m’a fait tomber dans le rap, ce sont les textes, un phrasé et des thèmes qui me touchaient, que l’on n’entendait pas dans d’autres genres musicaux. J’étais jeune, et le rap, en tant que musique de jeunes, m’apparaissait comme un truc pour ceux qui veulent conquérir le monde, ou plein d’idéalisme. Puis, plus tard, c’est d’avantage la musique qui m’a plu. Puis sa capacité à évoluer en permanence. Ce rap en tant que monstre polymorphe, qui peut prendre n’importe quelle apparence : on peut rapper sur n’importe quoi. Ce qui m’intéresse aujourd’hui, ça peut être le producteur à la mode, ou ce qui vient ­dynamiter cette musique.   75


C’EST LE PREMIER PAS QUI COMPTE

Une randonnée de quinze ans autour du monde : Albert ­Villarroya Farrarós s’entraîne pour ­l’aventure de sa vie.

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THE RED BULLETIN


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Albert Villarroya Farrarós s’entraîne pour son « world walking tour » d’une durée de quinze ans.

À

l’âge adulte, beaucoup d’entre nous aspirent à ­découvrir le monde. Pour ce faire, il y a les adeptes de l’année sabbatique ou ceux des week-ends d’escapades entre amis. Mais rares sont ceux qui sont aussi déterminés à explorer la planète qu’Albert Villarroya Farrarós. Ce passionné d’aventure basé à ­Chamonix s’est mis en tête de parcourir le globe en quinze ans. À 18 ans, il met fin à ses études et sillonne les Pyrénées à vélo. Resté sur sa faim, il envisage une aventure en solitaire de grande envergure, seul moyen selon lui d’éprouver une liberté totale en pleine nature. Avec le soutien du fabricant de chaussures Merrell, V ­ illarroya ­Farrarós s’entraîne pour atteindre cet objectif ambitieux. « Le physique et le mental sont les aspects clés de la préparation, explique-t-il. Le matin, j’escalade en solitaire des voies faciles, ou je pratique le bloc avant de partir au travail. L’après-midi, je fais de la course verticale avec des séries de sprints et de longues distances pour me préparer au défi qui m’attend. » Que peut motiver une entreprise d’une telle audace ?

Si quelque chose vous gêne, changez cela !

« Soit vous changez la chose ellemême, soit votre point de vue sur elle, dans les deux cas vous êtes seul en mesure d’agir, explique Villarroya Farrarós. Cela peut se traduire par le simple fait de parler à un inconnu pour créer un véritable lien humain,

THE RED BULLETIN

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LES MQM FLEX 2.0 GTX DE MERRELL Été pluvieux, averse d’hiver ou neige, ces chaussures gardent vos pieds au sec.

se rendre au travail à pied au lieu de prendre le bus, explorer une forêt, escalader une nouvelle montagne ou faire une randonnée à ­travers le monde. « Je viens du petit village de Sant Cugat, près de Barcelone. J’avais tout ce dont on peut rêver à mon âge : une maison, des amis, une famille et une petite amie qui m’aimait. Pourtant, j’avais l’impression de manquer de temps pour profiter de la vie. Je menais une vie rangée, réglée, sans la possibilité de faire de nouvelles rencontres. Cela devait cesser. « À dix-huit ans, j’ai décidé de partir en voyage, retrouver la nature et la sensation de liberté. J’ai travaillé tout l’été, obtenu deux semaines de vacances et me suis lancé à vélo à ­travers les Pyrénées. L’objectif était d’avaler des kilomètres jusqu’à épuisement. Et très vite, mon escapade de deux semaines m’a semblé déjà lointaine, un sentiment de vide m’a envahi. Changer de vie devenait alors une évidence. J’ai alors pris un vol pour l’Amérique du Sud avec l’idée de rentrer à pied. La distance étant trop grande pour l’évaluer en kilomètres, je me suis concentré sur ce qui m’importait le plus : le facteur humain. Mon objectif était alors très simple : r­ encontrer le plus de gens possible, découvrir leur mode de vie, leur culture et leurs centres d’intérêt, être en parfait accord avec moimême et adopter un mode de vie

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plus sain. De là est née l’idée folle d’un tour du monde à pied. Le projet était de parcourir toutes les grandes chaînes de montagne du monde en courant, marchant, et escalader les sommets si les conditions s’y prêtent. Mon idée a plu au fabricant de chaussures M ­ errell avec qui je collabore depuis. « Pour la préparation, nous avons choisi Madagascar qui, avec sa chaleur, ses jungles et ses montagnes isolées, constitue un terrain d’entraînement difficile. J’y ai découvert à ma grande joie des habitants attachants pouvant m’offrir l’interaction que je souhaitais y trouver. Il ne s’agissait pas de marcher sur la lune ou d’un grand chamboulement. Mais de faire le premier pas et de garder la cadence. »

Rando, course, balade… Merrell propose un modèle unique se prêtant à toutes ces activités, quelle que soit la teneur en eau dans les collines et les montagnes. La nouvelle Merrell MQM Flex 2 convient aussi bien aux coureurs de fond assidus qu’aux randonneurs amateurs. Cette deuxième génération d’un modèle très prisé bénéficie d’une tige athlétique résistante, d’une semelle intermédiaire souple et d’une semelle extérieure adaptée à la montagne, alliant les caractéristiques ­appropriées aux deux usages. Joggeur urbain occasionnel, marathonien ou fan de basket, avec cette chaussure la météo n’est plus un obstacle. La membrane GORE-TEX apporte confort et style, et garde les pieds au sec par tous temps.

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Sa conception inédite et élastique réduit poids et points de pression. D’où un ajustement et une sensation de confort au max pour aller plus loin, longtemps.

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L’humidité issue de la transpiration s’échappe et préserve ainsi votre confort, même lors d’une activité intense.

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PERSPECTIVES Expériences et équipements pour une vie améliorée

OXALIS ADVENTURE

JOSHUA ZUKAS

SPÉLÉOLOGIE Hang Son Doong, Vietnam

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PERSPECTIVES voyage

Merveille sauvage, la grotte Hang Son Doong n’est accessible qu’au prix d’un trek éprouvant.

L

a crête sur laquelle j’avance avec prudence est longue de 50 mètres et effilée comme un rasoir. Elle surgit d’un cratère béant sculpté dans les entrailles de la Terre. « Quelle vue », lance mon guide Hieu. Je regarde vers le bas et en déduis qu’il plaisante, car mes yeux rencontrent le noir absolu d’un gouffre cosmique où en cas de chute je disparaîtrais dans le vide. Mais pour l’heure, le risque de glisser et de m’entailler la jambe me préoccupe davantage. C’est le troisième jour de notre excursion à la grotte de Hang Son Doong au Vietnam. Apparue il y a environ cinq millions d’années, elle est à ce jour la plus grande au monde : 5 km de long, 200 m de haut et 150 m de large, assez spacieuse pour abriter un pâté de maisons new-yorkais, gratte-ciel inclus. Sa taille imposante ne facilite pas pour autant sa localisation. Ce n’est qu’en 1991 que Hô Khanh, un bûcheron local, la découvre par hasard dans le parc national de Phong Nha-Ke Bang, au centre du Vietnam — un parc d’une superficie inférieure à Hong Kong — en cherchant un abri lors d’une tempête. Il mettra ensuite près de deux décennies pour la retrouver. En 2009, alors que la nouvelle de sa découverte se répand, il rejoint une expédition menée par la British Caving Association. Celle-ci mettra des mois à reconstituer son itinéraire. Pour atteindre la grotte, notre équipe de dix personnes traverse jungles et rivières souterraines et campe dans de vastes cavités. J’arrive enfin au bout de la crête. Alors que Hieu détache mon harnais, j’en profite pour me familiariser avec le lieu. Je comprends vite que mon guide ne plaisantait pas sur la vue, et que ce dont il parlait ne se trouve pas au-dessus de nous et pas en dessous. Obnubilé par mes pieds, je n’avais pas remarqué l’ouverture béante dans le toit de la grotte. Cet effondrement du plafond qu’on appelle doline résulte d’un séisme remontant à environ un demi-million d’années. Une brèche à travers la jungle où pénètre un gigantesque rayon de lumière révélant dans la grotte 80

un s ­ pectacle des plus insolites : une luxuriante forêt tropicale souterraine recouvre le lit de la grotte. Hang Son Doong abrite des espèces végétales qui ailleurs, ont disparu depuis des centaines de milliers d’années. Plus fraîche et plus humide qu’à l’extérieur, la grotte a favorisé l’éclosion d’un écosystème unique en son genre. Un milieu en revanche peu accueillant pour l’homme : ce matin, je me suis réveillé tout trempé dans ma tente. « Les pieds risquent de pourrir s’ils ne sèchent pas », m’avait-on prévenu avant le départ. Emboîtant le pas à Hieu, je remonte de l’abysse vers la lumière, bientôt englouti par la jungle souterraine. Une énorme stalagmite improbable recouverte de mousse perce à travers le feuillage : « On appelle ça le gâteau de mariage », explique Hieu. Cela m’évoque plutôt un énorme tas de moisissure. « Vous pouvez monter au sommet si vous le souhaitez. » Je contemple le panorama. Le gazouillis des oiseaux me parvient de la surface à quelques centaines de mètres au-dessus. L’endroit est si préservé qu’on imagine sans peine ce que Hô Khanh a dû ressentir en pénétrant ici pour la première fois. À ce jour, le nombre de personnes ayant atteint le sommet de l’Everest est supérieur à celui des personnes ayant

Trek au parc national Phong Nha-Ke Bang.

THE RED BULLETIN


La « Grande Muraille du Vietnam », haute de 90 mètres, constitue l’ultime obstacle.

RYAN DEBOODT, OXALIS ADVENTURE

GETTY IMAGES

Hanoi

pénétré dans Hang Son Doong, mais cela pourrait bientôt changer. Une fois son statut de plus grande grotte du monde confirmé, de nombreux aventuriers l’ont ajoutée à leur liste d’aventures. Pour faire face à l’afflux de visiteurs, un promoteur immobilier vietnamien propose en 2014 la construction d’un téléphérique de 10 km reliant le parc national de Phong Nha-Ke Bang à la grotte. Les autorités locales rejettent le projet suite à l’opposition massive des militants écologistes. En 2016, le président Obama s’invite dans le débat, déclarant lors de son dernier discours au peuple vietnamien : « Les THE RED BULLETIN

Parc national Phong Nha-Ke Bang

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PÉRIODE : de janvier à août GROUPE : Six à dix personnes S’Y RENDRE : vol de Hanoi ou d’HôChi-Minh-Ville à destination de Dong Hoi Airport, avec transfert à l’hôtel à Phong Nha pour un briefing. oxalisadventure.com

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PERSPECTIVES voyage

La grotte abrite des espèces végétales qui, ailleurs, ont disparu depuis des centaines de milliers d’années.

En surface Hang Son Doong n’est pas l’unique grotte. Le parc national de Phong Nha-Ke Bang est un ­véritable paradis pour spéléologues. HANG PYGMY Hang Son Doong en plus petite. Après une marche à travers la jungle humide, son entrée immense ouvre sur un ­jardin souterrain, avec quelques ­escalades à la corde vertigineuses.

L’intérieur de l’incroyable Hang Son Doong au Vietnam.

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La plus grande salle (200 mètres de haut) dépasse les 146 mètres de la pyramide de Khéops. L’Arc de Triomphe (50 mètres) semble petit devant certaines stalagmites (80 mètres), et la plus grande église au monde, la basilique Saint-Pierre de Rome (220 mètres de long), pourrait se ­glisser dans les 280 mètres de la plus grande doline. 200 m 175 m Pyramide de Khéops 146 m

150 m 125 m

Basilique Saint-Pierre

100 m 75 m Arc de Triomphe

50 m

50 m 25 m

Stalagmites

THIEN DUONG Initiation aux dominions souterrains de la région, la « Paradise Cave » dispose d’une passerelle en bois et de systèmes d’éclairage professionnels et, chose incroyable, l’accès à l’entrée est possible en voiture.

Le paquetage Ce qu’il faut emporter BOULES QUIES Vous avez fui l’humanité, mais pas la foule. Le camping abrite des milliers de martinets très bruyants au moment d’aller se nourrir à 5 heures du matin. SPRAY ANTI-BESTIOLES N’arrachez jamais une sangsue de votre peau. Ses dents s’y coinceraient et augmenteraient le saignement. Un coup de spray suffit à la faire ­lâcher prise. DU TALC La seule façon d’éviter les mycoses aux pieds est de les sécher au moins une fois par jour. Oubliez la serviette humide, le talc fera bien mieux le job. THE RED BULLETIN

GETTY IMAGES, KEVIN GOLL

Hang Son Doong, la géante

RYAN DEBOODT

merveilles naturelles comme la baie d’Halong et la grotte Son Doong doivent être préservées pour nos enfants et petits-enfants. » Pour l’instant, Hang Son Doong n’est pas menacée et reste accessible au prix d’un trek éprouvant sous une humidité extrême, avec en bout de route un mur de calcaire de 90 m de haut : « la Grande Muraille du Vietnam ». Le franchir nécessite échelle et corde. En 2009, une première équipe d’étude mal préparée a dû rebrousser chemin. En tant qu’écrivain de voyages d’aventure installé au Vietnam, je cultive une saine addiction aux grottes, et les salles géantes de Hang Son Doong sont un excellent shoot. Cependant, les deux dolines géantes restent à mon goût le plus impressionnant, surtout la nuit. Avec 280 m de large — plus de deux fois la longueur d’un terrain de football — la plus grande des deux est une fenêtre en forme de goutte d’eau sur un ciel noir scintillant d’étoiles. Le seul lieu au monde où l’on peut les admirer depuis un camping souterrain.

HANG VA À quelques kilomètres de Hang Son Doong et sans doute reliée à celleci, les stalagmites symétriques et ­coniques de Hang Va émergeant de l’eau verte des bassins rocheux font la joie des photographes.


HORS DU COMMUN Retrouvez votre prochain numéro le 30 avril avec et le 7 mai avec dans une sélection de points de vente et en abonnement. RICARDO NASCIMENTO / RED BULL CONTENT POOL


PERSPECTIVES gaming

Six caméras — deux à l’avant, une au-dessus, une en dessous, et une sur les ­côtés — pour une vison à 310 °.

DÉCOUVREZ

Maître sensoriel HTC Vive Cosmos

Doté d’un arceau positionné sur le haut du crâne, le casque se ­relève comme une ­visière.

Les écouteurs se rabattent et s’ajustent verticalement aux oreilles. La prise mini jack permet d’utiliser d’autres écouteurs.

Une réalité virtuelle convaincante ne se limite pas à la création d’un monde numérique, celle-ci doit intégrer la façon dont nous percevons notre environnement. En 1935, Stanley G. Weinbaum évoque pour la première fois la notion de « réalité virtuelle » dans son roman de science-fiction Pygmalion’s Spectacles. La technologie s’efforce depuis de concrétiser sa vision et le HTC Vive Cosmos marque une nouvelle étape dans cette quête. Le casque rabattable est ainsi équipé de six caméras de captation de mouvements « inside-out » ne nécessitant aucun capteur externe (« outside-in ») pour se situer dans l’espace réel. Le joueur peut ainsi éviter les objets extérieurs ou s’en servir. Un accessoire sans fil (non inclus) libère les écouteurs du PC. Enfin, les manettes ergonomiques sont dotées de motifs éclairés qui permettent aux caméras de mieux les détecter. Ce n’est pas encore la Matrice, mais nous nous en approchons. vive.com 84

THE RED BULLETIN


PERSPECTIVES gaming

PERFECTIONNER

L’art de conduire sans conduire

VIVE, WORLD’S FASTEST GAMER

TOM GUISE, MATT RAY

James Baldwin accède à la gloire en devenant le gamer le plus rapide au monde. Après avoir fait ses armes sur des simulateurs. Le réalisme des simulateurs de courses ne cesse de progresser. Les jeux tels que iRacing et Assetto Corsa numérisent des circuits célèbres. Résultat : une expérience toujours plus exaltante, le risque d’abîmer une machine coûteuse et inflammable en moins. Le tournoi World’s Fastest Gamer oppose stars de l’esport à celles des circuits réels, brouillant un peu plus les limites entre les deux mondes. En octobre dernier, James Baldwin, 22 ans, devient le deuxième homme à décrocher ce titre, et obtient un contrat d’un million de dollars pour piloter dans le monde réel. Le Britannique triomphe six ans après avoir renoncé à sa carrière de kart et de Formule Ford pour raison financière et parce qu’il jugeait son talent limité. Voici comment le jeu l’a remis en piste…

Baldwin sur le circuit californien de Laguna Seca.

« J’ai connu la peur de ma vie en accélérant à peine. » James Baldwin sur le pilotage réel Piloter sans compter

Vitesse de réaction

En 2010, une étude de chercheurs en sciences cognitives de l’université de Rochester révèle que les gamers mettent 25 % moins de temps à prendre une décision correcte en analysant une situation. « Les jeux ont amélioré mon temps de réaction, explique Baldwin, et ma compréhension des facteurs de vitesse tels que l’usure des pneus et l’analyse du temps au tour. » THE RED BULLETIN

Baldwin débute le sim ­racing en 2017 ; deux ans plus tard, il reçoit le prix du gamer le plus rapide au monde des mains de Juan Pablo Montoya, sa première idole en F1.

Le coup est dur pour Baldwin lorsqu’il atteint ses limites en pilotage réel : « Enfant, on est émerveillé à l’idée d’accéder à la F1. Puis arrivé en pro, vous êtes battu, et comprenez que vous n’êtes pas aussi doué que vous le pensiez. Mais aujourd’hui, les sim initient à tous les aspects de la course, jusqu’au lien qui existe entre usure des pneus et freinage. Le tout sans vous ruiner, avec un temps de piste illimité. »

Gagner en confiance

Les simulateurs n’éliminent pas une chose : ce cap psychologique lorsque vous montez dans une vraie voiture.

« Une dirt car n’a l’air de rien, mais son rapport puissance/ poids est de 850 ch pour 650 kilos soit plus que celui d’une F1. J’ai connu la peur de ma vie en appuyant à peine sur l’accélérateur. » Il effectue ensuite 70 % du tour à plein régime. « Faites abstraction de la vitesse et imaginez-vous dans un simulateur. »

Trouver le rythme

Le jeu vidéo répétitif crée une immersion totale et rend les tâches complexes plus aisées. Mais Baldwin expérimente l’opposé sur le circuit à Laguna Seca en Californie. « Ma voiture rencontre un problème aisément surmontable avec plus de présence d’esprit, au lieu de cela, je fais un tête à queue et me retrouve au milieu de la piste dans la direction opposée. » Une alerte qui lui permet de trouver son rythme et filer vers la victoire.   85


PERSPECTIVES équipement

MATOS

Le temps ne meurt jamais Omega Seamaster Diver 300M Édition 007 En 2006, Daniel Craig endosse pour la première fois le rôle de James Bond dans Casino Royale. À un moment du film, l’agent du Trésor britannique Vesper Lynd, incarné par Eva Green, sonde les goûts de l’impénétrable 007 en matière de montres : « Rolex » demande-t-elle ? « Non, Omega », réplique-t-il. Dès cet ­instant, Craig se distingue de toutes les incarnations plus guindées de ses prédécesseurs. En vérité, 007 porte une Omega depuis 1995 et Pierce Brosnan dans GoldenEye. Et le lien entre l’horloger suisse et Bond — plus précisément la 86

ligne Seamaster — date de plus longtemps encore. Ian Fleming, le créateur du séduisant agent secret, s’inspire de vrais commandos rencontrés lors de son affectation aux renseignements de la marine britannique durant la Seconde Guerre mondiale et fait de Bond le commandant de la Réserve Navale Royale. En 1957, Omega lance la première ­Seamaster 300 en prenant pour modèle les montres-bracelets étanches de l’armée britannique durant la Guerre mondiale avec un joint torique en caoutchouc inspiré par les sous-marins de l’époque.

omegawatches.com THE RED BULLETIN

TIM KENT, OMEGA

Craig dans Casino Royale (2006), avec une Omega Seamaster Planet Ocean 600M.

La montre séduit les plongeurs de la marine britannique et en 1967, le ministère de la défense sollicite Omega pour une version « mil-spec » (spécification militaire), gravée d’un « 0552 » au dos qui indique la propriété de la Royal Navy. En 1995, la costumière de Bond, Lindy Hemming, prépare Brosnan pour GoldenEye, et décide que « le commandant Bond, officier de marine, plongeur et gentleman, portera la Seamaster au cadran bleu. » Depuis, la Seamaster 300 ne quitte plus le poignet de 007. Pour marquer la dernière de Craig dans la peau de l’élégant espion dans Mourir peut attendre à l’affiche le 8 avril, Omega crée avec la collaboration de l’acteur, cette Seamaster Diver 300M Édition 007 de 42 mm en titane de grade 2. « Omega a pris en compte mes suggestions, confie Craig. Par le passé, la maison m’a présenté des montres en titane et ma réaction demeure la même : la montre sait se faire oublier. Ils m’ont offert de la fabriquer. La différence en ­ inime, mais énorme en poids reste m confort. » L’influence de Craig s’est aussi exercée sur le bracelet de rechange NATO. « Depuis des années, je porte les montres avec ces bracelets. » L’authenticité militaire est également garantie. « Nous parlons ici d’héritage, celui des montres Omega de l’armée ­britannique durant la Seconde Guerre mondiale, poursuit-il. La montre intègre tous les ­éléments que je souhaitais voir réunis. » Le numéro de série au dos du boîtier est le plus significatif : « A » désigne la couronne vissée ; « 007 » se passe ­d’explication ; « 62 » est l’année du premier film, James Bond 007 contre Dr No ; « 923 7697 » identifie une montre de plongée ; et « 0552 » est un code naval.

TOM GUISE

Daniel Craig reçoit de son père sa première Omega le jour de ses 18 ans. Trente-quatre ans plus tard, l’agent 007 a le ­privilège de créer son propre modèle.


ILLUSTRATOR

PERSPECTIVES équipement

XX

EDITOR

La nouvelle Omega honore la dernière mission de Daniel Craig dans la peau de James Bond. THE RED BULLETIN

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CALENDRIER mars-avril

au 27 avril RED BULL CAN YOU MAKE IT? Voyager à travers l’Europe pendant sept jours avec des canettes de Red Bull comme seule monnaie d’échange, c’est le concept du Red Bull Can You Make It?. Cette année, la destination est B ­ erlin et toutes les astuces seront permises pour s’y rendre depuis cinq points de départ en Europe, en respect de règles strictes : argent, téléphone, ordinateurs, tablettes ou autres dispositifs interdits. Imagination et toupet prennent le dessus dans une aventure à suivre sur canyoumakeit.redbull.com.

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au 12 avril PACO TYSON Le festival de la culture club et rave inaugure son label avec les sessions d’Antigone, Paul Ritch et Discord aux Red Bull Studios Paris. Ces artistes se produiront sur l’événement, alignés avec des noms confirmés ou en devenir des scènes techno, house, hardtek et trance. Le Red Bull Boom Bus sera aussi de la partie pour une édition ­familiale avec son lot de propositions et d’aménagements sympathiques à destination du public. Parc de la Chantrerie, Nantes ; pacotyson.fr 88

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au 25 avril RED BULL ­NEYMAR JR’S FIVE Le tournoi de football à cinq est de retour en France avec un concept fort : à chaque but encaissé, vous perdez un joueur, ou joueuse (car le Red Bull Neymar Jr’s Five est aussi ouvert aux filles). Les étapes qualificatives auront lieu à compter du 10 avril. La ­finale française aura lieu à Paris le 16 mai. Et en juillet, les gagnant(e)s se rendront à Rio pour la finale mondiale, et un match potentiel contre Neymar. redbullneymarjrsfive. com THE RED BULLETIN

SANDRO ARABYAN/RED BULL CONTENT POOL, HADRIEN PICARD/RED BULL CONTENT POOL, PHILIPPELEVY.NET, DUTCH PHOTO AGENCY/RED BULL CONTENT POOL, ALESSANDRO SIMONE/RED BULL CONTENT POOL

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CALENDRIER mars-avril

28 mars au 4 avril FREERIDE ­WORLD TOUR  LIVE   La face déchiquetée du Bec des Rosses à Verbier, en Suisse, est un endroit parfait pour la finale du Freeride World Tour. T ­ oujours un moment fort, voici un parcours qui sépare les meilleurs des autres. L’année ­dernière, la Suissesse Elisabeth Gerritzen et le Français Wadeck Gorak ont remporté la catégorie ski, et Marion Haerty (FR) et Jonathan Penfield (US) ont remporté l’or en snowboard. Remettront-ils ça en 2020 ?

21 et 22 mars UCI MTB WORLD CUP DOWNHILL  LIVE   Pour 2020, la Coupe du monde de ­descente dispose d’un tout nouveau site de ­lancement. Utilisé dans le p ­ assé par les teams et les marques de suspension pour des tests, Lousã au Portugal sera certainement une première étape populaire parmi les concurrents. THE RED BULLETIN

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et 5 avril SUPER ­FORMULA 2020  LIVE   Le championnat japonais de Super ­Formula et sa grille de départ internationale est l’une des plus rapides compétitions de sport auto. Le week-end àS ­ uzuka ouvre la saison et le vainqueur sera désigné après sept courses.

24 mars au 5 avril DOOINIT FESTIVAL Le festival hip-hop rennais reçoit cette année le producteur The Alchemist (notre photo) et DJ Nu-Mark, mais aussi les rappeurs ­Illa J, Awon, Sa-Roc et CJ Fly. Cette célébration du son hip-hop ­accueillera également une soirée jazz et la projection de la série-­ documentaire Lost in Traplanta. Rennes ; dooinit-festival.com

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mars RED BULL UCI PUMP TRACK Sauts, virages serrés et inclinés : le Red Bull UCI Pump Track World Championship de Lyon est ouvert aux BMX et VTT sur la piste indoor de WeRide, et ça va envoyer ! Avec des runs en solo pour débuter et déterminer les 32 meilleurs temps, puis les knock-out heat finals, entre pros et amateurs, qui d ­ ésigneront les grands gagnants (un homme et une femme) qui s’envoleront pour l’Autriche et les championnats du monde les 4 et 5 septembre. Park indoor WeRide, Vaulx-en-Velin ; weride.fr, redbull.com   89


PERSPECTIVES spécial vélo

En selle  !

Que ce soit pour dévaler les sentiers forestiers, avaler du kilomètre ou se déplacer en ville, on vous présente ici une sélection maison du matos vélo pour aborder 2020 sur deux roues… et avec style !

VÉLOS

Le vélo qu’il vous faut ? Route, trail ou gravel : une offre pour chaque pratique.

Texte JOE LINDSEY

CANNONDALE CAAD 13 ULTEGRA Les séries CAAD de chez Cannondale proposent un excellent rapport performance/prix et le cadre aluminium de cette 13e génération est un must de souplesse et de stabilité. En Shimano Ultegra, avec une fourche carbone et des roues Fulcrum, il peut jouer dans la cour des grands. Env. 2 099 € ; cannondale.com

MARIN PINE MOUNTAIN 2 Ce vélo au cadre en acier et à la transmission basse est fait pour les longues virées et le bikepacking. Vélo de trail par excellence avec son cintre Bedroll et ses nombreux points de fixation, il favorise les sessions en singletrack, grâce à sa fourche RockShox et sa tige de selle Dropper. Env. 2 099 € ; marinbikes.com

EN MONTAGNE

Hautement désirable Canyon Neuron CF SLX 9.0 LTD Qui a dit que les vélos de trail devaient être lourds ? Si le Neuron affiche un débattement avant de 130 mm et des pneus imposants de 29 x 2,35 pouces, le modèle CF SLX 9.0 LTD pèse moins de 12 kilos. Fourche suspendue de chez Fox Factory, amortisseurs à quatre fixations (le top du top en matière de solidité en VTT), dérailleur arrière et freins à disque Shimano XTR, roues en carbone de chez DT Swiss : autant de qualités qui en font le vélo de trail idéal pour les équipées lointaines.  5 999 € ; canyon.com 90

SALSA WARBIRD GRX 600 Le Warbird a évolué et débarque avec son cadre en carbone agrémenté de fixations multiples pour sacs, bouteilles et garde-boues. Incontournable : sa géométrie typiquement gravel, gage de confort et de stabilité. Doté de la mécanique Shimano GRX il est taillé pour l’aventure. Env. 2 900 € ; salsacycles.com THE RED BULLETIN


PERSPECTIVES spécial vélo

SPECIALIZED STUMP­JUMPER EVO COMP ALLOY 29 Chez Specialized, la gamme EVO s’adresse aux fans de vitesse et de sentiers un peu techniques. Avec son cadre en alu M5, un cockpit tout en finesse, un boîtier plus bas et un angle de direction plus fermé, il reste stable même lancé à grande vitesse ou dans des virages serrés. Les amateurs de bosses ne seront pas en reste, grâce à son large pneu avant, sa fourche Fox typique des vélos de descente et son débattement avant de 150 mm. 3 499 € ; specialized.com

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PERSPECTIVES spécial vélo

EN VILLE

L’effet électricité Aventon Level 92

D’un coup moitié moindre que celui d’un e-bike de même catégorie, le Aventon Level vient agacer l’un des derniers arguments qui restaient aux adversaires du vélo électrique : le prix. Avec son moteur capable de monter jusqu’à 45 km/h, on peut enfin aller aussi vite en montée qu’en descente. Cerise(s) sur le gâteau pour ce vélo :

ses freins hydrauliques, ses garde-boues haute protection, son porte-­bagages et son design urbain assurément classe.

Env. 1 455 € ; aventon.com

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PERSPECTIVES spécial vélo

MATOS

Jamais en difficulté Un bon vélo, c’est bien mais n’oubliez pas l’essentiel !

SACOCHE DAKINE HOT LAPS GRIPPER Cette sacoche a la taille parfaite pour y ranger les outils indispensables à toute balade en VTT : chambre à air, cartouche CO2 et kits de réparation. Discrète et compacte, elle sait se faire oublier aux côtés d’autres incontournables, comme le kit d’hydratation. Env. 20 € ; dakine.com

À L’AVENTURE

Barrez-vous ! Sacoche de selle Revelate Terrapin 14L Pour les trips de plusieurs jours, on a trouvé la sacoche de bikepacking ultime, capable de transporter en toute sécurité votre matériel, sans déséquilibrer votre monture : la Terrapin 14L se fixe aisément de part et d’autre de la selle et n’en bouge plus de tout le voyage. Robuste, elle contient un sac étanche ­amovible et compressible. Env. 140 € ; revelatedesigns.com

KIT D’ÉCLAIRAGE BLACKBURN LUMINATE 360 Un kit réunissant deux modèles de lampe Blackburn avec deux balises latérales de 85 lumen. Les lampes avant et arrière projettent 400 et 65 lumen et sont réglables. Batteries rechargeables de six heures. Env. 100 € ; blackburndesign.com

EN VILLE

Compact Tern HSD S8i MINI-POMPE SILCA TATTICO Une petite pompe en métal suffisamment puissante pour regonfler tout type de pneu et assez compacte pour tenir dans n’importe quelle poche. Le nec plus ultra : une version Bluetooth qui indique la pression de gonflage, pour encore plus de précision. Env. 50 € ; silca.cc THE RED BULLETIN

Voici l’un des rejetons les plus aboutis de la marque Tern, qui s’est fait une réputation dans le vélo pliable : ce longtail cargo de la ligne Haul Stuff Daily (HSD) dispose en effet d’une capacité de chargement impressionnante pour un vélo de cette taille, grâce à son long porte-bagages pouvant accueillir colis ou siège enfant. Équipé d’un moteur Bosch Active Line pour une vitesse jusqu’à 32 km/h, d’un guidon pliable et d’une fourche téléscopique, le HSD S8i se range facilement dans un coffre de voiture.

Env. 3 699 € ; ternbicycles.com   93


PERSPECTIVES spécial vélo

À PORTER

Un style pratique Votre monture est stylée, parée et équipée, et vous ?

VESTE À CAPUCHE 7MESH OUTFLOW Voici une veste à capuche qui aura toute sa place dans votre sacoche : chaude et respirante grâce à son ­système isolant Primaloft Gold ­Active, elle est aussi légère et très peu ­encombrante. Pratique ! Env. 260 € ; 7mesh.com

SUR LA ROUTE

Trek cool... Trek Domane SL 5 Disc Un vélo qui donne envie de tracer toujours plus loin, en toute sérénité. Suspensions IsoSpeed avant et arrière, rangement interne, large dégagement des pneus (jusqu’à 32c pour affronter même les routes les plus difficiles) et freins hydrauliques hyper puissants : autant d’atouts qui en font un compagnon fiable et très confortable pour les longues sorties.  Env. 2 699 € ; trekbikes.com

POMPES

À vos pieds Chaussures Pearl Izumi Pro Road v5 Pour la 5 e version de sa chaussure star, Pearl a misé sur la sobriété. La semelle en fibre de carbone a été entièrement repensée afin d’éliminer le superflu, avec au final un gain de poids de 22 % et une meilleure respirabilité. Le tissage rappelle celui des chaussures de foot et la rend particulièrement agréable à porter pendant l’effort. Deux bandes élastiques viennent parfaire le maintien du pied.

Env. 365 € ; pearlizumi.com 94

SAC À DOS OSPREY METRON Robuste, avec une grande capacité de rangement, ce sac de 26 L peut ­diminuer grâce à un système de compression par sangle. En vrai sac de cyclisme, il dispose d’une suspension AirScape anti-transpiration dans le dos et se montre très compact. Env. 140 € ; ospreyeurope.com

POCHETTE RAPHA ESSENTIALS Que faire de votre smartphone et de vos objets de valeur en virée ? ­Placezles dans cette pochette étanche à la pluie et la transpiration, avec une cloison souple pour les papiers et cartes de crédit, ainsi qu’une poche zippée pour les pièces de monnaie. Env. 30 € ; rapha.cc THE RED BULLETIN


PERSPECTIVES spécial vélo

LIV ENVILIV ADVANCED PRO 2 DISC Avis aux mordues de vitesse : avec son cadre et sa fourche aérodynamiques, ce modèle de chez Liv est conçu pour les coureuses. Ajoutez à cela un cadre en fibre de carbone, des roues en carbone ajustables selon la force du vent et le terrain, des freins hydrauliques, et vous obtenez la parfaite monture pour fendre la bise en toute sécurité. Env. 3 799 € ; liv-cycling.com

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La reine des rapides

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La championne du monde de kayak extrême Nouria Newman (en photo), parcourt les rivières les plus sauvages au monde. Ainsi, l’année dernière, la Française s’est jointe à ses compagnons kayakistes Erik Boomer et Ben Stookesberry pour un voyage en Patagonie afin de s’attaquer aux trois voies d’eau les plus féroces de la région connues sous le nom de « triple couronne ». redbull.com


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