Skip to main content

The Red Bulletin FR 03/21

Page 1

FRANCE MARS 2021

HORS DU COMMUN Votre magazine offert chaque mois avec

MYRIAM NICOLE

HEAVY MENTAL Dans la tête de deux icônes du VTT descente à la reconquête de leurs titres mondiaux… Quand la force de l'esprit peut faire la différence

LOÏC BRUNI


* Plus de confort. Plus de capacités. Plus Lefty. Equipé de pneus 650 47c pour plus de douceur sur route et plus d’adhérence hors route. Doté aussi de notre pension arrière super-léger Kingpin et de notre fourche révolutionnaire Lefty Oliver afin de créer le vélo ultime jamais conçu. cannondale.com

EN ACTION TOPSTONE CA RBON LEFT Y 1 7,999 €

Topstone Carbon Lefty More give More go More Lefty*


Éditorial

SOUS LEURS CASQUES Derrière les masques de protection, sous les deux casques en « fusion » sur notre couverture, il y a un gars et une fille parmi les plus abordables que vous pourriez rencontrer. Deux icônes bon esprit d’un sport, le VTT de descente, où ils ont atteint les plus hautes sphères mondiales. Après une saison « très particulière », ils sont plus que jamais convaincus que leur force d’esprit pourra leur permettre de faire la différence sur des pilotes tous aussi bien préparés, équipés et motivés qu’eux. Rassembler Loïc Bruni et Myriam Nicole entre Noël et le jour de l’An n’était pas seulement une occasion pour eux de se retrouver entre amis, mais surtout l’opportunité de connaître leurs convictions sur une arme invisible, qu’ils nous recommandent à tous d’optimiser : notre mental.

CONTRIBUTEURS NOS ÉQUIPIERS

GAVIN BOND

Le photographe britannique est abonné aux shootings de mode plutôt qu’à des missions dans le milieu des sports ­mécaniques, mais il s’est r­ etrouvé sur la course Mint 400 dans le désert du Nevada. « Ce fut mon dernier shooting avant que la pandémie ne frappe, se souvient-il. Mais ­esquiver les camions et porter un masque contre la poussière ne m’a finalement pas préparé à ce qui allait suivre en 2020. » P. 20

Belle lecture ! Votre Rédaction JÉRÉMY BERNARD

JEREMY BERNARD (COUVERTURE)

Photographe de ski freeride et de sport depuis dix ans, Jérémy s’épanouit à présent dans le photojournalisme. « Pour ce shooting de couverture, c’était drôle de se retrouver un 29 décembre à La Grand-Combe pour shooter du vélo DH, dit le co-fondateur du site neufdixieme.com, car à cette époque, je suis sur mes skis. Et pas facile de canaliser les deux phénomènes, Myriam et Loïc, peu avares en facéties pour nous faire marrer. » P. 42

50 % de notre couverture : la championne de VTT de descente française Myriam Nicole. Une forte tête. THE RED BULLETIN

3


32

Changer le game : Fif donne de la force aux femmes du rap et présente dix talents à suivre.

42

déconfiner vos rétines 12 Comment un skieur pro ­aujourd’hui en ­fauteuil roulant peut vous ­motiver à courir 14 Le bleu de travail du futur ne passera pas à la machine 15 À quoi pourraient ressembler les cinémas de demain 16 Faire d’une fin un début, avec le créateur des skis Black Crows 18 Playlist : le son de la révolution selon le rappeur Common

Rencontre avec Loïc Bruni (photo) et Myriam Nicole, pour savoir ce qu’ils ont dans la tête.

4

THE RED BULLETIN

FELIPE BARBOSA, JEREMY BERNARD, EVA BERTEN

6 Galerie : ces photos ont de quoi


CONTENUS mars 2021

70

Quand B-Girl Jilou se bouge pour les autres ladies.

20 Tempête du désert Le photographe anglais Gavin Bond dans la fureur du MINT 400, une course folle et motorisée dans le désert du Nevada.

3 2 Elles font le rap

Fif a interviewé l’essentiel de la scène rap française, et nous présente certains de ses talents féminins parmi les plus bouillants.

42 D eux fortes têtes

Deux des meilleurs descendeurs VTT de tous les temps réunis pour une mise au point sur leur détermination mentale.

THE RED BULLETIN

52 L a vague afro

Un livre nécessaire apporte un courant contraire sur le cliché du surfeur blond aux yeux bleus.

64 N on-stop

Le profil rare de Monki, à la fois joueuse de foot, DJ, et activiste sociétale et culturelle.

79 À faire : le VTT sauce viking 84 Fitness : une séance de l’espace 86 Rétro : Game & Watch is back ! 87 Gaming : infiltrez-vous 88 Avec l’élite du babyfoot… 89 À voir : sur Red Bull TV 90 Matos : un vélo vous attend 96 Ils et elles font The Red Bulletin 98 Image de fin : délire omnisport

70 L a force en elle(s)

L’Allemande Jilou ne danse pas que pour assouvir sa passion : elle espère aussi motiver sa communauté au changement.

5


ARROYOMOLINOS, ESPAGNE

La France met le feu En motocross quand vous gagnez une course, il est de bon ton d’envoyer une signature aérienne pour célébrer votre performance et régaler le public. C’est ce qu’exécute le pilote français de 20 ans, Tom Vialle (Red Bull KTM Factory Racing), quand il passe la ligne d’arrivée de la douzième étape du championnat du monde de MX2, le 11 octobre 2020, sur la piste d’Intu Xanadù. L’Avignonnais sera finalement sacré Champion du monde MX2 2020 pour sa seconde ­saison dans cette discipline. Instagram : @tomvialle28


 7

SAMO VIDIC/RED BULL CONTENT POOL


TURDA, ROUMANIE

Passion sous-sol Ancienne mine de sel devenue ­attraction touristique, la ­Salina Turda est une merveille souterraine dont les structures brillent comme des anémones de mer dans la pénombre. La reine du Red Bull Cliff Diving, Rhiannan I­ ffland, n’avait d’yeux que pour le lac, à 112 m sous terre. « C’est la toute première plongée souterraine dans une mine de sel, raconte l’Australienne à propos de son plongeon en octobre 2020. Avec une densité 17 % supérieure à celle de l’eau de mer, l’impact y est différent. On est repoussé à la surface. » @rhiannan_iffland ; joergmitter.com


 9

JOERG MITTER/RED BULL CONTENT POOL


YAKUTAT, ALASKA

Top secret Le photographe de sports d’action Dom Daher était sur le Freeride World Tour à Haines, en Alaska, lorsqu’il a reçu un message de l’ex-freerideuse Anne-Flore Marxer. « Elle a dit qu’il y avait du vent dans le Yakutat et que nous devrions y aller juste après l’événement, se souvient le Français. Alors, le lendemain, nous sommes allés là-bas - dans un tout petit avion. » Yukutat, dans le sud-est de l’Alaska, compte 600 habitants (« le flic de la ville connaît tous les numéros de téléphone par cœur »), et un secret bien gardé : une vague, que les locaux, comme Andrew (photo) viennent surfer à loisir. domdaher.com


  11

DOM DAHER


Condamné au fauteuil roulant, l’ex-skieur pro freestyle Mike Shaw réussit à courir dix kilomètres. Il veut traverser le Canada avec un millier d’amis. Un an, quatre mois et 17 jours, c’est le temps qui s’est écoulé entre le jour où Mike Shaw apprend qu’il ne marcherait plus jamais et sa participation à une course à pied. En décembre 2013, l’entraîneur canadien de ski acrobatique fait une grave chute qui provoquera une paralysie de ses quatre membres. Le diagnostic (quadriplégie incomplète) est rude, mais n’entame en rien sa détermination. À peine opéré, Mike entame un entraînement intensif. Trois mois plus tard, il quitte l’hôpital. Seize mois après, il participe à la course Wings for Life World Run. Il parcourt dix ­kilomètres avant d’être rejoint par la voiture-balai. Une performance incroyable. De plus, cette compétition lui tient à cœur car tous les frais d’inscription vont à la recherche sur la moelle épinière. « Le remède n’existe pas encore, précise l’athlète de 34 ans. J’ai eu de la chance, mais la blessure fait toujours partie de mon quotidien. Mes bras et mes jambes restent en partie insensibles et je perds l’équilibre une cinquantaine de fois par jour. » Il évoque ici, le rôle essentiel de l’entourage et les raisons qui font de la gratitude un ­remède efficace contre la détresse.

the red bulletin : Après votre opération, le médecin vous a annoncé que vous ne marcheriez plus jamais. Mais vous avez refusé son diagnostic. Pourquoi ? mike shaw : Je suis un optimiste invétéré. Quand quelque chose ne marche pas, je me dis toujours que ce n’est qu’une question de temps. Le freeski m’a appris à me relever. La chute fait partie de la progression. Il faut savoir se relever, remonter la pente et tenter le saut à nouveau. Avec le temps, cette attitude a fini par devenir une seconde nature. Dans votre livre Never Part of the Plan (ndlr : Cela n’a jamais fait partie du plan), vous écrivez que la gratitude vous a permis de traverser les moments les plus difficiles. Pouvez-vous nous en dire plus ? Quelques semaines après l’accident, j’étais au fond du trou. D’horribles crampes m’accablaient, je souffrais le martyre. J’ai failli renoncer à maintes reprises. Puis, j’ai découvert dans la gratitude un outil. Une révélation. Lorsqu’on traverse une période difficile, la gratitude est rarement le premier réflexe. C’est pourtant dans ces moments-là qu’elle s’avère le plus efficace. À l’hôpital, je n’ai pas eu à chercher bien loin pour trouver cas plus désespéré que le mien. Le but était de changer de perspective, se dire que lorsqu’une porte se ferme, quatre autres s’ouvrent. Elles s’ouvrent de surcroît sur une terrasse surplombant l’océan !

Souhaitez-vous encourager les gens à reproduire l’exemple de #TeamCoast2Coast ? Absolument ! Former une équipe et se fixer un objectif commun est extrêmement motivant, mais les gens ne nous ont pas attendus pour se lancer. Faire partie de cette communauté mondiale est une force.

Wings for Life World Run Une course à laquelle participent des milliers de coureurs à travers le monde simultanément. Votre course prend fin dès que la voiture-balai (virtuelle) vous dépasse. Coup d’envoi le 9 mai 2021. Vous pouvez participer via l’appli — en solo, avec des amis ou au sein d’une course organisée, mais aussi dans l’un des douze grands Flagship Runs, si les circonstances le permettent. Inscriptions et formation de votre équipe : wingsforlifeworldrun.com

En 2017, vous avez lancé #TeamCoast2Coast, une communauté de coureurs Wings for Life avec 12

FLORIAN OBKIRCHER

« C’est la gratitude qui m’a sauvé »

de grandes ambitions. Pouvez-­ vous nous en dire davantage ? J’ai parlé de Wings for Life à mon ami Jim Mullan. Il vit à Halifax et est paraplégique comme moi. Il me dit : « Pourquoi ne pas rassembler suffisamment de personnes pour traverser virtuellement le Canada de Vancouver à Halifax, d’une côte à l’autre, soit 5500 kilomètres ? » Nous étions alors à un mois de la course. Nous avons mis #TeamCoast2Coast en ligne et avons réussi à inscrire 100 personnes. En 2019, nous avions plus de 900 inscrits qui couraient pour nous dans tout le pays via l’application. Il nous a manqué 150 km pour atteindre notre objectif. Cette année, nous visons un renfort de 1000 coureurs afin d’aller au bout.

ROYCE SIHLIS

MIKE SHAW

THE RED BULLETIN


« Le but était de changer de perspective. » THE RED BULLETIN

13


GUARDIAN XO

Chaud devant : le Guardian XO ne pèse que 68 kg, s’enfile et se retire en seulement 30 secondes, idéal pour un robot à la demande.

L’homme amélioré

14

le métier comporte le maniement d’objets lourds, ou des tâches pénibles, en réduisant la contrainte physique », explique Wolff. Un aspect qui n’a pas manqué d’éveiller l’intérêt des forces armées. Les activités logistiques de l’armée américaine, l’une des plus importantes au monde, perdent selon les estimations de Wolff, environ 27 millions

de jours de travail par an. Cette perte n’est pas liée aux combats, mais à la construction, au transport et à la production. « La pénibilité du travail est telle que nos collaborateurs ne peuvent exercer ce métier plus de cinq à sept ans. Le Guardian XO leur permet de poursuivre leur activité professionnelle aussi longtemps qu’ils le souhaitent. » La combinaison pourrait convenir à d’autres domaines d’activité humaine physiquement exigeante, tels que les services d’urgence et les secours en cas de catastrophe. Mais, alors que certains spécialistes étudient des solutions entièrement automatisées, comme les drones ou les robots à IA, Wolff pense que l’intuition et l’intelligence humaines restent la clé : « Contrairement aux alarmistes, nous pensons que l’IA est loin d’être au point et que le Terminator qui remplacera l’homme n’est pas encore né. Le travail humain a encore un bel avenir, par conséquent, la meilleure option est d’augmenter l’homme pas de le remplacer. » sarcos.com THE RED BULLETIN

DAN ESCOBAR

Si l’on en croit la science-­ fiction, l’exosquelette robotique fera bientôt partie de notre garde-robe. Le Guardian XO, premier exosquelette au monde à propulsion intégrale, créé par la société américaine Sarcos Robotics en partenariat avec l’armée américaine, nous rapproche un peu plus de ce futur. Mais, contrairement à l’Iron Man de Marvel ou à l’armure de Tom Cruise dans Edge of Tomorrow en 2014, cette combinaison n’est pas destinée au combat. Elle permet d’accomplir des tâches manuelles et de changer ainsi notre quotidien de manière considérable. La quête d’un exosquelette motorisé fonctionnel n’est pas nouvelle. Dès 1965, General Electric lançait son Hardiman, mais son poids excessif (680 kg), sa mobilité limitée et brutale le rendaient inapte à une utilisation humaine. Depuis, de nombreux prototypes ont vu le jour, essentiellement des exosquelettes partiels destinés aux personnes handicapées des membres inférieurs. Ben Wolff PDG de Sarcos, tient toutefois à préciser que le Guardian XO est « un robot humanoïde portable, complet et fonctionnel » capable de soulever aisément 90 kg (45 kg par bras), doté de 24 degrés de liberté, assurant à son opérateur un déplacement sans encombre. « L’exosquelette convient à toute personne dont

LOU BOYD

Mi-homme, mi-machine, cet exosquelette pourrait devenir le bleu de travail du futur.


Votre future salle de cinéma ressemblera peut-être à cela.

OMA CINEMA

Ça va flotter

OMA CINEMA

LOU BOYD

La menace qui pèse sur les salles de cinéma pousse deux Parisiens à s’inspirer du passé pour les sauver. « Aller au cinéma pourrait bientôt devenir chose du passé », déclarait Patty Jenkins, réalisatrice de Wonder Woman 1984, en octobre dernier, après que la sortie de son blockbuster ait été reportée pour la troisième fois. En 2020, l’effet dévastateur de la COVID-19 sur le calendrier des sorties en salle frappe également le dernier James Bond repoussé à 2021. Même un réalisateur de renom comme Christopher Nolan ne parvient pas avec son Tenet à ramener les spectateurs devant le grand écran. Le mode de socialisation change, et l’expérience de la salle de cinéma telle que nous la connaissons, assis côte à côte, rangée après rangée, risque de disparaître à jamais. Mais survivre, c’est évoluer, comme le prouvent les THE RED BULLETIN

a­ rchitectes parisiens Pierre et ­Nicolas Chican et leur « cinéma vertical ». Oma Cinema remplace la configuration des salles de cinéma traditionnelles par des alvéoles accueillant de petits groupes. Accrochés verticalement face à l’écran, les sièges posés sur cet « écrin » procurent le réconfort social dont les spectateurs ont besoin, même si à l’origine l’idée répondait moins à un besoin de sécurité qu’au désir de créer une expérience plus immersive. « Nous voulions exploiter toute la hauteur de l’écran et en rapprocher les spectateurs », explique Nicolas

Spectaculaire : l’espace d’accueil de l’Oma Cinema.

à propos d’une structure qui superpose le public sur une pente de 50 %, au lieu des 25 % d’une salle classique. « Les spectateurs auront la sensation de flotter devant l’écran. » Cela évitera aussi qu’une personne de grande taille gêne la vue de celle assise derrière. La conception impressionne par son style futuriste et sa ressemblance avec le Sénat galactique de Star Wars, une comparaison qui a surpris les frères. « Cela nous évoque plus des loges d’opéras ou de théâtres, explique Nicolas. Chaque balcon peut être agrémenté de canapés, de fauteuils, ou d’un nombre réduit de sièges de cinéma. » Le premier Oma Cinema doit ouvrir à Paris cette année. « C’est dur pour les cinémas, l’innovation est un moyen de trouver de nouvelles façons de ramener le public dans les salles pour y voir des films en compagnie. Rien de tel que de se retrouver entourer de proches et regarder un film sur un écran immense avec un son surround. Le streaming ne pourra jamais égaler cela. » omacinema.com   15


En 2020, le skieur et cofondateur des skis Black Crows, Camille Jaccoux, découvre la station de ski fantôme de Rio (Nouveau-Mexique). Et lance une série sur ces lieux d’altitude abandonnés. Quand une fin devient un début. Des lieux quittés en urgence, laissés dans un abandon soudain. En survolant le domaine skiable de Rio au Nouveau-Mexique (États-Unis), ­déserté depuis vingt ans, le photographe Chris Dahl-Bredine, recruté pour les besoins du tournage par ­Camille Jaccoux, raconte ces rivières qui se créent là où la neige se met à fondre, tous ces endroits aimés qui finissent par se rejoindre. Pour le ­cofondateur de la marque de ski Black Crows, Rio est un spot unique, mystique. Joe Musich, le gardien de la station fantôme depuis 2009 dit, lui, qu’il s’y passe des choses étranges, à 2 895 m d’altitude. « Tout a été laissé en plan, de la caisse enregistreuse au matériel de ski et de snowboard. Même les pistes sont restées plus ou moins en l’état », confirme Camille Jaccoux qui a produit avec le freeskieur Julien Régnier le premier épisode The Ghost Ski Resorts, appelé à devenir une série. « L’idée nous est venue il y a deux ans, lors d’un trip ski en Oregon. On nous a parlé de ces stations fantômes dans l’Est des États-Unis. Souvent des micro-domaines qui ont poussé comme des champignons dans les années 50 et 60 et qui ont disparu au fil du temps, pour des

16

raisons économiques et/ou à cause du réchauffement climatique. » ­Camille Jaccoux se documente, et découvre que ces stations de ski fantômes existent dans le monde entier. Il s’intéresse surtout aux sites à l’architecture très présente, témoins d’un passé et d’une vie riches. « Avec Julien, nous avons eu envie de nous réapproprier un domaine mécanisé via le ski de randonnée. De rencontrer des gens qui ont vécu là, leur faire raconter leur histoire. En tant que skieur, vivant à Chamonix, ça me parle, je vois tous les jours des changements, des choses qui disparaissent, à cause du réchauffement climatique. Les éboulements se ­multiplient, la limite pluie-neige remonte, les glaciers reculent. En plaisantant, et de façon un peu cynique, je dis souvent que le ski, ce n’est pas un métier d’avenir… » Pourtant, son film dit clairement le contraire. Se réinventer. Créer. Ne pas écouter les empêcheurs de rider en rond.

Rio : station fantôme Lodges, hôtels et condominiums désertés, remontées mécaniques rouillées : peu à peu, les chutes de neige qui atteignaient en moyenne 6,60 m chaque hiver sont devenues irrégulières à Rio, dont l’éloignement des principales grandes villes a précipité la faillite. La station de ski a fonctionné entre 1982 et 1990, puis entre 1995 et 2000. Le 9 janvier 2000, la vie de ce domaine familial, seul vivier d’emploi dans la région, s’est brutalement arrêtée. Les repas préparés ont pourri sur place, les lits faits l’ont été pour rien… The Ghost Ski Resorts, ­Chapter 1 à voir sur la chaîne YouTube de la marque de skis Black Crows.

PATRICIA OUDIT

Planches de salut

Dans le cas qui nous occupe, trouver spatule à son pied. Quand il lance Black Crows autour d’une table en 2006 avec le freeskieur Bruno ­Compagnet, de manière instinctive, l’industrie est ancienne et globalement assez conservatrice. « Black Crows, c’est un projet fait à la maison, par un petit groupe créatif. Ça a toujours été dur, intense, un truc de passionnés. Bien sûr, au début, on nous a dit que le ski, c’était mort, mais on avait envie de s’infiltrer dans une niche, avec comme seul plan marketing d’avoir des produits qui nous ressemblent, de bons skis qui collent à un besoin ressenti sur le terrain, qui font sens, qui parlent aux skieurs de la première benne, mais aussi à nos familles. À l’époque, aucun ski ne nous faisait vraiment rêver. On a eu plutôt raison de se lancer et d’y croire, car on est devenus la marque indépendante numéro un sur le marché du ski aujourd’hui. Il y a toujours des choses à faire C’est un peu à l’image de The Ghost Ski Resorts : tant que la neige sera là, les gens auront envie de skier. » Dans la vidéo, le photographe Chris Dahl-Bredine évoque ainsi le renouveau du ski de rando dans la région du Nouveau-Mexique. Cette idée de pouvoir malgré tout profiter de cette nature redevenue pure, ­intacte. Camille Jaccoux que l’on voit skier dans le film entre les plus grands trembles de la planète, constate cet appétit vers un retour au mouvement autonome, éloge de la lenteur. « Aujourd’hui, le ski de randonnée représente entre 30 et 35 % de nos ventes. Et ce phénomène monte en puissance partout… » Planches de salut ? Camille ­Jaccoux et ses stations fantômes prouvent en tous cas qu’il est possible de donner une seconde vie à ce qui semblait perdu.

JULIEN REGNIER

CAMILLE JACCOUX

THE RED BULLETIN


« Tant que la neige sera là, les gens auront envie de skier. » THE RED BULLETIN

17


COMMON

Lumière sonore Le rappeur, acteur et activiste américain livre quatre morceaux qui incarnent le son de la révolution.

Queen Latifah

Yasiin Bey (fka Mos Def)

Gil Scott-Heron

Imagine (1971)

UNITY (1993)

Umi Says (1999)

« Comment ne pas être sensible à cette chanson quand on est soi-même un rêveur qui croit à un monde meilleur d’amour, de compassion et de joie ? L’imagination est un formidable moteur. Nos créations naissent souvent d’une idée ou d’un sentiment d’espoir. Les paroles stimulantes nourrissent ma foi en un changement possible. J’y vois le germe de la révolution. »

« L’unité doit être le but d’une révolution. Tout au long de l’Histoire, l’énergie et la domination masculines ont été n ­ ocives pour le monde. Queen Latifah autonomise les femmes, leur dit qu’elles sont des reines et qu’elles doivent exiger le respect. La révolution n’a pas de sens sans des femmes au pouvoir, sans meneuses respectées et honorées. »

« Mos m’a fait écouter l’album avant sa sortie et je me souviens lui avoir dit : “C’est l’un des meilleurs disques que je n’ai jamais écoutés.” C’était émouvant et exaltant. Je vois en cette chanson, en particulier les paroles “My Umi [mère en arabe] m’a dit illumine le monde de ta lumière”, un acte révolutionnaire. Éclairer le monde en fait partie. »

The Revolution Will not Be ­Televised (1971)

18

« J’étais très jeune quand j’ai découvert ce morceau. C’était spécial parce que je n’avais ­jamais entendu quelqu’un parler sur de la musique auparavant. En grandissant, j’ai prêté ­attention à ce qu’il disait. Gil Scott-Heron représente la quintessence de la révolution : le courage, l’intelligence, et des mots forts. » THE RED BULLETIN

MARK LEIBOWITZ

John Lennon

FLORIAN OBKIRCHER

Le militantisme social et l’apologie de la positivité sont depuis longtemps les marques de fabrique de Lonnie Rashid Lynn Jr, alias Common. En 2020, le natif de Chicago est de toutes les manifestations. Auteur de deux livres à succès, il est aussi au casting de plusieurs films dont Selma (2014) pour lequel il cosigne la chanson Glory, il incarne le rôle du leader des droits civils James Bevel et a signé treize albums. Avec son dernier opus, A Beautiful Revolution Pt.1, l’artiste de 48 ans récipiendaire d’un Oscar, d’un Emmy et d’un Grammy, entend guérir et inspirer les victimes d’injustice raciale et sociale. Les quatre titres classiques qu’il nous livre ici, ont selon lui, le pouvoir de changer le monde. thinkcommon.com


U LT IM ATE - © Focal 77 - *Repousser les limites.

3D FIT NOSE

P H OTO C H R O M I C PA N O R A M I C SCREEN GRIP TECH FULL VENTING

c yc l i s t e _ t r i c o l o re

NOUVELLE BRANCHE

27 G .

CUSTOM F I T

PUSHING THE LIMITS*


Tempête du désert C’était l’un des derniers rendez-vous majeurs dans les sports mécaniques avant le confinement mondial l’an dernier. En mars, THE MINT 400 donne un nouveau coup d’accélérateur. Le plus ancien rallye du désert américain a subi de nombreux bouleversements, mais il se montre toujours aussi sauvage… Texte TOM GUISE Photos GAVIN BOND


2020 : le double vainqueur (2013 et 2018) Bryce Menzies s’élance sur le Mint 400 à bord de son pick-up capable de sauter sur plus de 45 m. « Vous devez boucler quatre tours de 100 miles [160 km], explique l’Américain. Cette course est mythique. »

21


D

es moteurs qui rugissent sur 688 km à travers le désert de Mojave… The Mint 400 naît en 1968 d’un coup publicitaire visant à attirer les foules pour la chasse au cerf annuelle de The Mint, un hôtel-­ casino situé à Las Vegas. Mais la course, qui ­démarre et se termine juste devant les lumières du Las Vegas Strip, devient très vite la « plus grande course tout-terrain des États-Unis ». « J’y suis allé pour la première fois en 2018, raconte le photographe britannique Gavin Bond. C’était le 50e anniversaire de la course et je n’y connaissais rien. Mon producteur à L.A., un fan de mécanique, s’était inscrit avec son propre pick-up de course et je l’ai accompagné. J’ai adoré… Je devais absolument revenir pour prendre des photos. » Et c’est ce qu’il a fait en mars 2020. Mais Gavin Bond ignorait à l’époque que ses clichés figureraient parmi les derniers avant un véritable cataclysme : 12 jours plus tard, le monde entier entrait en confinement. 22

Une année s’est écoulée. Beaucoup de choses ont changé mais, contre toute attente, The Mint 400 est de retour. Ce n’est pas la première fois que l’événement se trouve menacé : il a même disparu pendant vingt ans. En effet, lorsque Jack Binion a acheté l’hôtel-casino The Mint en 1988, il a supprimé la course, craignant que cela ne nuise à ses affaires. Il a fallu ­attendre 2008 pour que Matt et Joshua Martelli, réalisateurs de la célèbre série sur les sports mécaniques Ken Block’s Gymkhana, en achètent les droits. Aujourd’hui, The Mint et beaucoup d’autres casinos des environs ont fermé leurs portes depuis longtemps, remplacés par des complexes de loisirs. Mais la course est toujours là, comme à l’époque de Steve McQueen et consorts – et de la naissance du journalisme gonzo. C’est d’ailleurs en couvrant The Mint 400 pour Sports Illustrated que Hunter S. Thompson a trouvé l’inspiration et écrit son Las Vegas Parano. « Vous ne pourriez pas faire plus américain », ajoute Gavin Bond à propos de cette course. THE RED BULLETIN


Les motos au départ la veille de la grande course. « À l’origine, elles partaient en même temps que les voitures, et c’était dingue, dit Matt Martelli, coorganisateur de l’événement. Mais cela a pris fin en 1976 pour des raisons d’assurance. Les motos ont finalement réapparu en 2018. » Deux catégories classiques (19801990 et Avant 1980) se mêlent aux concurrents professionnels et amateurs, à une catégorie réservée aux femmes, et aux équipes père/fils.


« C’est avant tout une histoire de famille. Un gars conduit un pick-up, son fils est au volant d’un autre pick-up, et sa fille est sur la moto. » Gavin Bond, photographe

À gauche : le pilote Red Bull américain Seth Quintero près de son UTV Pro NA (un véhicule utilitaire tout-terrain doté d’un moteur à aspiration naturelle, soit sans compresseur ni turbocompresseur). En 2019, ce talent ­originaire d’Alabama et tout juste âgé de 16 ans est entré dans l’Histoire en devenant le plus jeune vainqueur de la catégorie UTV Pro Turbo de The Mint 400. En 2020, Seth Quintero n’a malheureusement pas pu terminer sa course à cause d’un accident. En face : pick-up et UTV en action.

24

THE RED BULLETIN


THE RED BULLETIN

  25


En haut : Matt Martelli décrit le début de la course : « Le calme avant la tempête : pendant les prochaines six à douze heures, le désert de Mojave sera le théâtre d’une lutte sans merci sur une distance de 400 miles ». « Des hélicoptères gravitent tout autour des pilotes pour leur donner des informations sur les concurrents qui les précèdent », explique Gavin Bond. À gauche : « Il y a trois stands : deux dans le désert et un au départ

26

de la course, dévoile Gavin Bond. J’ai su par la radio que Bryce Menzies, en photo sur cette page, tout à droite, allait se ravitailler, alors je me suis dépêché de regagner le stand et j’ai pris une belle photo de son team prêt à intervenir. » À droite : « Je n’ai pas remarqué le sticker Trump/Pence lorsque j’ai pris cette photo. » Sur les concurrents qui affichent leurs opinions politiques, Martelli reste neutre : « Chacun son favori. » THE RED BULLETIN


« Lorsqu’ils arrivent, les véhicules sont en sale état, raconte Gavin Bond. Le mécano en dessous répare une pièce tombée pendant la course. Les couleurs sur la tôle proviennent des lumières de la scène où a lieu la remise des prix. Même le dernier des derniers reçoit une petite médaille. »

THE RED BULLETIN

27


Joseph Jepsen de l’équipe Diamond J Racing dans son buggy à roues ouvertes Alumi Craft. « Il roule dans la catégorie Class 10, qui ­regroupe des véhicules de course équivalents et où règne une concurrence ­féroce », précise Matt Martelli. « J’utilise un objectif à longue focale, mais je suis sans doute trop proche, reconnaît ­Gavin Bond. Vous êtes là, au beau milieu de nulle part en compagnie de cinq ou six autres photographes qui essaient tous d’obtenir le meilleur cliché, et parfois vous vous laissez distraire. »


« Il n’y a pas de dispositifs de délimitation en plein désert, juste quelques drapeaux, indique Gavin Bond à propos de la sécurité des photographes sur The Mint 400. Une voiture peut soudain perdre le contrôle et vous foncer dessus. Dans ce cas-là, barrez-vous ! »

29


« C’est le début de la course, explique Gavin Bond. Derrière le véhicule orange en haut, à droite, on voit la scène où s’est produit le groupe Eagles of Death Metal la veille. Ici, la lutte fait rage. Les véhicules descendent de la colline pour s’engouffrer dans le désert, pour échapper à leurs adversaires. »

30

THE RED BULLETIN


À gauche : les véhicules sur la grille de départ après les qualifications. « Sur ma gauche, je pouvais voir le grand huit du Buffalo Bill’s Resort & Casino, raconte G ­ avin Bond. C’est là que les participants séjournent, à environ 40 minutes du Strip. La nuit est à 18 $ et le lieu laisse à désirer. Le genre d’endroit où s’arrêtent les gens qui ne vont même pas jusqu’à Vegas. »

En haut : l’ancien vainqueur Travis Chase (à droite) et son copilote Jacob Lauxen arborent la médaille qu’ils ont ­reçue pour avoir terminé la course. Ils ont notamment affronté Donald Cerrone, combattant de l’UFC 246 qui s’était incliné face à Conor McGregor deux mois avant la course.  L’événement attire un certain type de personnages du genre sensationnel.

The Mint 400 à Las Vegas du 3 au 7 mars ; themint400.com THE RED BULLETIN

31


« Il n’y a pas de misogynie institutionnelle dans le rap » FIF TOBOSSI, cofondateur du média hip-hop Booska-P et animateur du Mouv’ Rap Club, présente 10 femmes (artistes, directrice artistique, réalisatrice, curatrice, journaliste, consultante en image…), qui font évoluer l’industrie du rap, pour le meilleur. Texte SMAËL BOUAICI

FELIPE BARBOSA

Photos FELIPE BARBOSA & CHRIS SAUNDERS

32

THE RED BULLETIN


THE RED BULLETIN

  33


« Plus on mettra les femmes en avant, plus il y en aura qui réussiront. »


U

n homme pour parler de femmes ? Oui mais pas n’importe lequel. Depuis presque vingt ans, le journaliste Fif Tobossi, qui a cofondé le média de référence Booska-P, traîne dans les coulisses du rap français. En 2019, il a lancé une série de cinq portraits vidéo, Les Femmes du rap, pour mettre en avant les businesswomen qui comptent dans l’industrie, et au passage balayer certains clichés sur les cultures urbaines. Pour The Red Bulletin, Fif nous raconte les motivations qui l’ont poussé à se mobiliser pour ses collègues féminines, avant de nous présenter dix figures qui sont en train de changer le rap français, dans l’ombre ou sous les feux de la rampe.

FELIPE BARBOSA

the red bulletin : Qu’est-ce qui vous a poussé à lancer cette série consacrée aux femmes du rap ? fif tobossi : Ça a commencé il y a quelques années : dans une soirée, je me suis retrouvé entouré d’amies qui travaillent dans l’industrie et qui m’ont demandé de faire plus de sujets sur les filles. L’idée a mûri, et en 2019, après l’épisode Booba vs Kaaris à Orly, j’ai entendu les grands médias évoquer l’histoire du rap, en disant que c’était un milieu misogyne, en sortant des textes de leur contexte. C’est à ce moment que j’ai décidé de faire mon enquête, d’aller voir les filles du rap et leur demander leur avis sur leur place et le sexisme dans cette industrie. On parle souvent à la place des femmes, donc j’ai décidé de leur donner la parole. Et d’après elles, si, dans le rap, il peut y avoir des mauvais comportements individuels, il n’y a pas de misogynie institutionnelle, comme on peut le voir dans d’autres milieux comme le cinéma ou la musique classique.

THE RED BULLETIN

« On voit de plus en plus de femmes, et surtout des femmes qui font du bruit. »

C’est aussi un sujet qui vous concerne personnellement. ? Oui, j’ai été élevé par ma mère, seule, j’ai une fille de dix ans, et j’ai envie qu’elle soit fière de moi. Peut-être que ma fille aura envie de travailler dans le milieu du rap, mais pour cela, il faut qu’elle ait des modèles, et c’est ce qui m’a fait prendre conscience de la nécessité de mettre les femmes en avant. Je sais que ça peut paraître discriminant de présenter uniquement des femmes, mais c’est nécessaire pour faire évoluer la situation. Il faut le faire jusqu’à ce que ça devienne normal. En plus de la série Les Femmes du rap avec Mouv’ (dont la saison 2 arrive en février), vous travaillez sur un documentaire sur le même sujet. Oui, ce sera un plus long format, probablement un 90 minutes, avec des artistes, des managers, etc., des filles et des garçons qui évoquent la relation entre le rap et les femmes. Avec ce documentaire, je veux montrer qu’il y a plein de femmes qui entreprennent des projets et que le public ne connaît pas. J’espère que ça va débloquer les choses. Qu’est-ce qui manque pour qu’il y ait plus de femmes artistes dans le rap ? C’est compliqué pour un être humain de se lancer dans un projet artistique, on a peur d’être jugé, et j’ai l’impression que les filles se posent plus de questions que les garçons avant de se lancer. Pourquoi ? Parce qu’elles vont peut-être se faire attaquer sur leur physique, alors que ça n’arrivera jamais pour un homme. Aya Nakamura a fait avancer les choses, c’est la première femme noire qui a un tel succès. Et quand on voit les critiques parfois racistes qu’elle reçoit… Mais la situation a changé pour les femmes dans les musiques urbaines. Avant, on avait une tête d’affiche et des artistes plus underground. Aujourd’hui, il y a Aya Nakamura, Wejdene, Le Juiice, Meryl, Chilla, Doria, Lous and the Yakuza… On voit de plus en plus de femmes et surtout des femmes qui font du bruit. Et ça motive les jeunes qui veulent se lancer. Plus on mettra les femmes en avant, plus il y en aura qui réussiront.   35


Leïla Sy

Le futur des réalisateurs français

36

CHRIS SAUNDERS

« Leïla s’occupe de tous les clips de Kery James, mais aussi d’autres rappeurs, et c’est avec lui qu’elle a réalisé le film Banlieusards (2019) pour Netflix. Elle fait partie des gens qui comptent dans l’industrie du rap. Elle a bouclé un gros film avec peu de budget, dans un temps réduit, et aujourd’hui, elle a l’embarras du choix pour ses prochains projets. Ce n’était pas facile au début, parce que c’est une femme noire, mais elle a fait ses preuves. Aujourd’hui, c’est la femme que tout le monde s’arrache pour réaliser des films. Elle devait également s’occuper de la scénographie du concert de Jul au Vélodrome de Marseille, qui a été reporté à 2021. Leïla figurait aussi dans la saison 1 de la série Les Femmes du rap, j’avais été la voir sur le tournage du clip Khapta de Heuss L’Enfoiré et Sofiane. Sur un plateau, elle tient tout le monde, qu’il y ait 10 ou 100 personnes. Cette fille, c’est le futur des réalisateurs français. » THE RED BULLETIN


Ouafa Mameche Rap et littérature

« Ouafa est journaliste, notamment sur Mouv’ dans l’émission After Rap, pour le site Abcdr du Son, et elle est passée par OKLM, la radio de Booba. Elle est responsable éditoriale musique pour Red Bull France, et a monté il y a cinq ans sa propre maison d’édition, Faces Cachées, qui a sorti le livre du rappeur Manu Key, Les Liens sacrés, en novembre 2020. Depuis cette saison, elle anime des conférences à La Place, un centre culturel dédié au hip-hop, où elle fait intervenir différents profils, des artistes comme Lous and the Yakuza, des écrivaines comme Faïza Guène… Tout ce monde des cultures urbaines qui n’est pas considéré à sa juste valeur dans les médias traditionnels. En créant et en animant ces espaces d’expression, Ouafa, qui figure dans la saison 2 de la série Les Femmes du rap, raconte nos histoires, les histoires du hip-hop, des quartiers, des gens qui nous ressemblent. C’est important, de belles histoires, on en a plein. »

« Ouafa raconte les histoires des gens qui nous ressemblent. » THE RED BULLETIN

37


Neefa

Le Juiice

La trap mama « Le Juiice est arrivée dans le rap depuis seulement deux ans, et elle a rapidement lancé son propre label Trap House, fin 2019, avec l’idée de mettre en avant des artistes féminines. Son premier projet sorti en novembre 2020 s’intitule Jeune CEO et elle affirme d’emblée ses ambitions. Elle est très forte techniquement, j’aime son attitude et ce qu’elle dégage. Je l’avais reçue à la radio sur Mouv’ dernièrement et elle est vraiment parfaite dans son style, sans tomber dans des extrêmes comme une Cardi B ou Lil’ Kim à l’époque. C’est une des rares artistes de trap en France, un genre de rap très influencé par les ÉtatsUnis, et elle a tout ce qu’il faut pour le porter. Et elle n’en est qu’au début, elle a une marge de progression incroyable. »

38

Mariama Barry Entre rap et mode

« Mariama est consultante business lié à l’image, elle travaille sur le rapprochement entre la mode et la musique urbaine en France. Elle est l’une des premiers agents image à s’être lancée en indépendante et reste la seule femme noire réputée dans le milieu. Elle s’occupe notamment de l’image du rappeur S.Pri Noir depuis plus de deux ans. Leur collaboration a permis d’élever ses relations avec des marques comme Moncler, Maison Margiela, Amiri ou encore ­Balmain. Aujourd’hui, grâce à ce travail, il est devenu une référence car il est le seul rappeur français avec à son actif différentes campagnes digitales pour Boss Sports, Cartier Eyewear et Dior Parfums. Elle travaille aussi avec d’autres rappeurs depuis peu et elle aimerait un jour signer Aya Nakamura ! Son job, c’est d’aller au contact des marques pour leur proposer des opportunités de partenariats image pour les artistes qu’elle accompagne. Avec ce travail, elle permet d’élargir encore plus les possibilités pour le rap français en le connectant à ce monde très fermé de la mode et du luxe. »

« Neefa a un profil intéressant, parce qu’elle fait son truc toute seule. Elle n’est pas encore très identifiée (elle a travaillé chez OKLM en tant que journaliste et chroniqueuse dans l’émission La Sauce), et elle parle de rap sur sa chaîne YouTube, Mec C’est l’heure, et sur son compte Instagram @neefneef. Elle n’est pas affiliée à un média, c’est juste une fille qui aime le rap et qui en parle bien. C’est une vraie passionnée avec une grosse culture, et dans quelques années, son profil va grimper. Elle a d’ailleurs démarré le podcast Tier List avec Mehdi Maïzi, Sandra Gomes et Yérim Sar, une émission qui classe les albums classiques du rap français et qui devrait lui apporter plus d’exposition. C’est une voix fraîche dans ce marché. Elle montre qu’on peut être une fille passionnée de rap et en parler sans complexe. » THE RED BULLETIN

SCOPITONE MEDIA, CHRIS SAUNDERS

Le rap sans ­complexe


« Neefa est une voix fraîche dans le rap. »


Magali Renner

Davinhor Thug & sexy

« Magali fut l’une des premières, il y a dix ans, à connecter les marques avec les rappeurs. Elle a d’abord travaillé chez Nike, et si tu voyais un artiste porter la dernière paire, c’était grâce à elle… À l’époque, les marques s’associaient ponctuellement avec de gros artistes comme Diam’s ou Sinik, mais pour elle, il fallait avant tout miser sur les artistes de demain et leur donner de la force grâce à cette opportunité. Et elle a réussi à imposer des rappeurs qui n’étaient pas spécialement des gros vendeurs et pas les plus évidents à pousser en interne. Elle a ensuite monté sa boîte et a collaboré avec le label SPKTAQLR créé par Oumar Samaké et avec Beats by Dre. Aujourd’hui chez ­Adidas, elle dirige le département en charge des relations artistes depuis deux ans. Elle est notamment responsable des partenariats avec Dinos, Vald, Dosseh, Meryl, Oboy ou encore 13 Block… Et de la collaboration avec la série Validé de Franck Gastambide diffusée sur Canal+. Aujourd’hui, toutes les marques veulent des rappeurs, mais quand elle a commencé, elle a été une des rares à œuvrer pour ça. Elle a contribué à changer l’industrie de l’intérieur. »

40

Narjes Bahhar

La papesse du streaming français « Narjes, c’est une femme de terrain, elle a couvert l’Afrique en long et en large pour Trace TV et d’autres médias pendant longtemps, elle est passée par Radio France et en septembre 2019, elle a été recrutée comme Global & French Rap Editor chez Deezer. Aujourd’hui, elle est la figure du rap sur la première plateforme de streaming française, elle est aussi à Mouv’ dans l’émission After Rap et présente les artistes de demain dans New Comers sur la chaîne YouTube de Mouv’. C’est un vrai 4×4 cette fille, elle est passionnée, et même si elle n’est pas connue du grand public, en ayant la main sur les playlists rap de Deezer, elle a l’équivalent du pouvoir d’un Laurent Bouneau chez Skyrock, et c’est important d’avoir une femme à ce type de poste à responsabilités. C’est ce genre de personnes que j’ai envie de mettre en avant et on pourra découvrir son portrait dans Les Femmes du rap saison 2. Au départ, elle était réticente mais finalement, elle a accepté parce que si ces femmes ne sont pas mises en avant, rien ne va jamais changer. »

« Davinhor, elle kicke ! Il y a très peu d’artistes comme elle en France, elle assume complètement son côté sexy et son côté thug. Elle a une fougue, une attitude, un charisme incroyables. Elle dégage vraiment un truc. On a besoin de rappeuses qui assument et qui s’assument. Avant, on avait des profils de petite sœur, à la Kenza Farah, puis il y a eu Shay, qui était la première rappeuse francophone qui assumait sa sexualité. Elle a été énormément critiquée dans les commentaires sur ses vidéos, mais elle a ouvert la voie pour des filles comme Aya Nakamura, Le Juiice ou Davinhor. Les filles ont le droit de faire ce qu’elles veulent ! Il faut arrêter l’hypocrisie : quand c’est au Lido, c’est ­élégant, et quand c’est dans le rap, c’est vulgaire ? Il faut plus de rappeuses comme Davinhor. Plus on en verra, plus vite ça deviendra ­normal.  »

CHRIS SAUNDERS, FIFOU, CAPITOL RECORDS, ALEXANDRE CAREL

La connexion marques et rap

THE RED BULLETIN


Pauline Duarte

Première femme noire à la tête d’un label de rap « Ancienne directrice de Def Jam France, elle est devenue directrice du label Epic Records (Sony) en juin 2020. C’est la première femme noire à être directrice d’un label en France, et c’est toujours la seule d’ailleurs. C’est aussi la sœur de Stomy Bugsy, un rappeur dont j’ai toujours été fan. Pauline est une femme déterminée, elle a toujours su ce qu’elle voulait et c’est pour ça qu’elle en est là. C’est une professionnelle qui a des convictions et du flair. Par le passé, elle a réalisé de beaux coups chez Def Jam, en rassemblant des artistes comme Lacrim, SCH, Alonzo, Kalash Criminel, Kaaris ou Koba LaD et elle est en train de constituer une écurie chez Epic, avec sa première signature Gazo cet été et le rappeur belge Frenetik à l’automne. C’est une bosseuse qui a une vision, et c’est bien d’avoir ce genre de modèles. Elle fait partie des premières figures féminines de l’industrie du rap, et elle a motivé plein de filles. » THE RED BULLETIN

« Pauline est une bosseuse qui a une vision. »

Doria

La nouvelle génération qui s’assume « Doria, j’aime beaucoup. Elle dégage un truc, je la trouve très forte, elle est signée chez AWA, le label du producteur à succès Kore. J’aime bien son grain de voix, il te marque direct, et elle a ce côté mélancolique, kickeuse… Elle sait tout faire, en fait. Elle a son propre style et ne ressemble à aucune rappeuse. Comme les autres artistes que je présente ici, elle a son univers, et c’est une femme libérée, qui s’assume. Aujourd’hui, les femmes qui rappent ne se cachent plus, il n’y a plus ces ressemblances avec Diam’s. À une époque, il y avait peutêtre ce mot d’ordre qui circulait en maisons de disques : “Il nous faut la nouvelle Diam’s.” Mais aujourd’hui, les filles ne veulent pas être Diam’s, elles respectent, elles connaissent, mais elles veulent être elles-mêmes. Et Doria représente parfaitement cette nouvelle génération. »   41


Deux fortes têtes

La saison qui s’annonce pour LOÏC BRUNI et MYRIAM NICOLE – deux Français parmi les pilotes de VTT descente les plus doués et appréciés au monde – sera celle de la reconquête. Il faudra aller vite, bien sûr – plus que les autres – et surtout, avoir du mental pour aborder à la perfection les rares minutes qui vous élèvent au sommet de la DH mondiale. Texte PH CAMY  Photos JEREMY BERNARD


Patrouille de France : deux talents supersoniques du VTT descente à l’œuvre dans les sous-bois de La Grand-Combe. Ojectif commun : le monde ou rien.

43


D

escendre, à une vitesse folle, et à VTT, des pistes sur lesquelles vous n’oseriez même pas poser vos souliers de rando Quechua : c’est l’expertise de Loïc Bruni, 26 ans, et Myriam Nicole, 31. En 2019, le natif de Nice a été vainqueur de la Coupe du monde et champion du monde de VTT DH (pour Downhill), et la kinésithérapeute héraultaise s’est également octroyé le titre de championne du monde de VTT DH. En 2020, ces trophées leur ont échappé. Plutôt que de leur demander pourquoi, nous les avons rencontrés pour une interview en marche avant, afin de connaître leur soif de reconquête, les dynamiques mentales dont ils seront armés pour les six étapes de la Coupe du monde, et l’étape unique du Championnat du monde à venir. Comment maîtriser des challenges

« Tout le monde s’entraîne au même niveau, et il n’y a plus grand chose à cacher aux autres, que ce soit du côté physique ou technique. Les derniers petits détails se jouent vraiment sur le mental. » Myriam Nicole 44

f­ ulgurants, quand la domination au ­classement ou le titre mondial se joue en à peine trois minutes, lors d’un run où tout peut arriver ? Car pour les deux Français habitués des sommets de la ­descente (Loïc affiche six titres mondiaux, et Myriam deux), les phases finales d’une saison de DH se jouent sur moins de trente minutes, soit moins qu’une mi-temps de football ! Au-delà des défis physiques et de pilotage qui se présenteront à eux, l’aspect mental des courses sera d’une importance extrême. Entretien bicéphale avec la paire la plus conviviale du circuit. the red bulletin : Myriam, vous qui connaissez bien Loïc Bruni, pourquoi est-ce un pilote à part ? myriam nicole : Loïc est impressionnant de sérénité, de consistance, à mesure que l’on avance dans le calendrier de la saison ou sur un jour de ­compétition, il reste posé, tranquille, et quand ça devient décisif, tu ne le vois pas venir, et il remet le couvert avec une nouvelle victoire ! Je pense que c’est sa force, sa capacité à monter en puissance, sereinement, jusqu’aux derniers runs. Sans parler de son style, impressionnant, toujours clean, magnifique. Il est unique. Quel va être son moteur pour cette nouvelle saison, après une année 2020 sans aucun titre ? myriam nicole : Sa première motivation pourrait être le fait qu’il n’a pas gagné les championnats du monde en 2020. Je me dis qu’il y a forcément un peu de frustration. Qu’est-ce qu’il possède que vous n’avez pas ? myriam nicole : C’est un entrepreneur, un avant-gardiste, que ce soit sur les aspects technologiques de son sport, son entraînement, ou sa capacité à bien s’entourer, à créer son cercle de performance. Il est dans l’action. Loïc, à votre tour, que diriez-vous à propos de Myriam ? loïc bruni : Myriam Nicole ? C’est l’icône féminine du VTT DH, avec tant de victoires à son actif. Celle qui s’est toujours battue pour revenir de blessures. Pompon (le surnom de Myriam, ndlr) est une personne adorable, ceux qui la connaissent en ont tous l’image de la championne magnifique… En vrai ? C’est un cas soc’ ! (rire général) THE RED BULLETIN


Pilotes iconiques : à respectivement 26 et 31 ans, ils ont fait vivre au VTT DH certains de ses plus beaux instants.


« La force de Loïc, c’est sa capacité à monter en puissance, sereinement, jusqu’au dernier run. » Myriam Nicole 46

28.12.2020 : sur ce spot de VTT très prisé proche d’Alès (Gard), Loïc Bruni clôture une année rocambolesque en mode pur plaisir.

THE RED BULLETIN


Qui pourrait être sa plus rude adversaire cette saison ? loïc bruni : Même si je pense qu’elle l’apprécie beaucoup, je dirais Marine Cabirou, la Française qui a gagné la Coupe du monde de VTT DH en 2020. Petit à petit, Marine s’est beaucoup inspirée de Myriam, et elle a beaucoup appris sur les faiblesses des autres filles, pour capitaliser dessus. C’est une adversaire sérieuse et ça va être beau de voir Myriam l’affronter. Quel a été le plus dur moment de la carrière de Myriam ? loïc bruni : Je me souviens de ce 11 avril 2019… On faisait ensemble une séance d’entraînement à La GrandCombe (près d’Alès, sur le site où ont été réalisées les photos de cette parution, ndlr) et Myriam est tombée à cause du vent. Elle s’est déboîté le pied, elle s’est défoncé plein d’os… On ne savait pas trop quoi dire, on ne savait pas à quel point c’était grave. Les nouvelles des médecins ont été mauvaises. On était à deux semaines du début de la saison de Coupe du monde, et ça tournait mal. Ça a dû être horrible à gérer mentalement. Mais Myriam n’a pas lâché, elle est allée se faire des sessions de rééducation dans son coin, et elle a réussi à surmonter cela. Au final, elle a remporté le ­Championnat du monde cette même année ! Myriam, Loïc vient d’évoquer le mental, comment est le vôtre à l’approche de cette nouvelle saison, que vous n’abordez pas en tenante d’un des deux titres mondiaux ? Est-ce que vous commencez à passer dans un mode particulier dans votre tête ? myriam nicole : Je pense que le mental, c’est en nous. C’est vraiment connecté à tout ce qu’on fait tous les jours, ce qui nous fait nous lever le matin : être meilleure tous les jours. À l’entraînement, tout le temps. Revenons quatre, cinq ans en arrière. Votre mental était-il déjà aussi fort ? Est-ce qu’un mental, de sportif de haut niveau ou pas, ça s’améliore ? Quels sont les déclics ? myriam nicole : C’est coach Phil ! (rires) loïc bruni : Comme dirait notre coach, Philippe (les deux riders sont accompagnés par le même coach mental, P ­ hilippe Angel, ndlr), un mental, ça s’optimise. THE RED BULLETIN

En 2019, à l’endroit où a été prise cette photo, une blessure mettait à mal la saison de Myriam… qu’elle clôtura avec un titre de championne du monde !

« Si tu as l’intelligence émotionnelle ­suffisante pour te donner le déclic, tu peux a ­ rriver à ­optimiser ton mental par toi-même. » Myriam Nicole

Ça se travaille, bien sûr. On a tous du mental, mais chacun avec des capacités différentes pour le développer. Il y en a qui sont capables de choses plus que d’autres personnes, malheureusement. Pourquoi, selon vous ? loïc bruni : Certaines personnes n’ont jamais vraiment eu conscience de leur potentiel mental, ou n’ont pas trouvé les clés pour le développer. Quand j’ai commencé, j’étais très loin d’avoir un mental d’acier. J’ai travaillé dessus, parce que je

sentais que j’étais très irrégulier, je n’arrivais pas à enchaîner les week-ends de compétition, et je pense qu’au cours des trois ou quatre dernières années, mon mental a été ma force. Comme le disait Pompon, des fois ça ne va pas forcément, ou je ne roule pas comme je voudrais, et puis, au final, personne ne m’a vu venir et je gagne la course. Je pense que c’est lié à tout ce travail, à cette expérience avec Philippe. Il arrive à trouver les clés pour t’amener à ce niveau-là. Tout le monde a-t-il besoin d’un ­Philippe Angel  ? loïc bruni : Pas forcément. Tu vas parler à certaines personnes d’un coach mental et elles vont te dire : « Non merci ! », parce qu’elles sont capables de faire un travail mental elles-mêmes. Et d’autres vont te dire : « Pas question ! », parce qu’elles n’ont pas la capacité d’assumer qu’elles ont besoin d’aller plus loin mentalement. L’important, c’est d’être bien entouré. Quand tu vas faire le choix d’un entraîneur, d’un psy ou d’un coach mental, il faut que tes tripes te donnent confiance en cette personne. Car elle peut te dire des choses qui vont un peu chambouler tes croyances, et si tu n’as pas confiance, tu vas détester le mec…   47


parce que ça peut être dur à entendre. Si tu as confiance, tu vas te jeter corps et âme dans son accompagnement, et les progrès seront flagrants. Même notre entraîneur physique, Nicolas Arschoot, que nous partageons avec Myriam, et qui vient du BMX, se fait former mentalement par Philippe. Votre coach mental coache votre coach physique ?! loïc bruni : Pour être plus à l’écoute, pour s’adapter plus rapidement, pour progresser et être le meilleur coach, un des meilleurs du circuit, alors que d’autres ne feront pas cette démarche. Myriam, pensez-vous qu’il faut être accompagné(e) pour développer ou optimiser son mental, ou est-ce que chacun(e) d’entre nous a la capacité à fortifier son mental seul(e) ? myriam nicole : C’est plus facile si tu te fais accompagner, mais si tu as l’intelligence émotionnelle suffisante pour te donner le déclic, tu peux arriver à optimiser ton mental par toi-même. En te plongeant dans des livres, ou toutes ces choses super intéressantes sur la positive attitude. Dans votre vie quotidienne, votre ­mental de championne vous aide-t-il ? myriam nicole : C’est tous les jours, tout le temps, dans toutes les actions. Comme on dit, le sport, c’est l’école de la vie. Par exemple, j’ai appris à moins péter des câbles dès qu’il y a le moindre petit changement ou le moindre petit coup de stress. Éviter de partir un peu dans tous les sens. (rires) loïc bruni : Malgré tout, on restera ­toujours les mêmes à l’intérieur, et je fais toujours plein de conneries sur le vélo ou en dehors, mais si je prends l’exemple de mes relations humaines, je pense que j’arrive à mieux m’adapter, à mieux répondre aux attentes des autres personnes. Ce que tu apprends sur le sport, tu arrives à l’adapter dans plein d’autres domaines. Que ce soit dans les relations avec ma famille, ma copine ou mes sponsors, j’ai réussi, je pense, à installer une forme de « statut », j’arrive à mieux les écouter. Ça surprend même quelques personnes qui auraient pu me prendre pour un jeune athlète qui s’éparpille. La sérénité qu’évoquait Myriam à votre propos sera-t-il l’un de vos atouts cette saison ? 48

« Le négatif, il y en aura toujours, ça fait partie de la vie. Le seul truc qui va faire la différence, c’est comment tu l’intègres à ta recette. »

Ça peut paraître bête, mais des fois, c’est là que ça se joue.

Loïc Bruni

myriam nicole : C’est vrai, tout le monde s’entraîne au même niveau, et il n’y a plus grand chose à cacher aux autres, que ce soit du côté physique ou technique. On fait tous de plus en plus des tests, on a tous des vélos au top, du coup les derniers petits détails se jouent vraiment sur le mental : comment tu es dans ta tête au départ de la course.

loïc bruni : Le mental, c’est le facteur qui différencie Myriam et moi de la ­plupart des autres athlètes en descente, même s’il y en a plein qui commencent à travailler dessus et à prendre ça au sérieux. Sur une course, on est tous très rapides, très performants, on s’entraîne tous pour atteindre la perfection, plus ou moins, et nos vélos marchent vraiment bien, donc, ce qui va nous différencier, pour 2, 3 dixièmes de secondes, c’est le mental. Qui va avoir le plus envie ? Qui va être le plus prêt dans sa tête pour aller chercher la victoire ?

Des départs de course, dans vos runs finaux, en Coupe ou Championnats du monde, il n’y en a finalement pas tant que ça sur une saison complète. La Coupe du monde UCI de VTT DH compte six étapes, et le Championnat du monde se déroule sur une date dans l’année. Au final, hors qualifications, vous roulez peut-être trente minutes sur une saison entière pour accéder à deux titres mondiaux potentiels… Cela paraît incroyable ! La pression doit être forte… Comment être méga focus, 100 % concentré(e) sur ces quelques dizaines de secondes qui peuvent faire de vous le meilleur descendeur ou la meilleure descendeuse au monde ? loïc bruni : Notre sport, c’est beaucoup de travail en amont, invisible pour les

Moment de détente et plein d’énergie entre deux prises de vue. Quand leur saison sera lancée en avril, Loïc et Myriam se soutiendront mutuellement. THE RED BULLETIN


Ayant atteint les sommets mondiaux de sa discipline, Myriam associe un mental optimisé à son expérience du circuit.

« Myriam Nicole ? C’est l’icône féminine du VTT DH, avec tant de victoires à son actif. Celle qui s’est toujours battue pour revenir de blessures. » Loïc Bruni


« Tout faire à la perfection, ça n’arrive que certaines fois dans une vie. » Loïc Bruni 50

100 % style : rares sont les pilotes ­capables d’associer à leur science du ­pilotage une telle ­notion d’aisance.

THE RED BULLETIN


gens qui nous regardent sur les courses, mais qui est pourtant très important. Tout ce qu’on va faire en amont, physiquement, mentalement, sur le vélo, quand je suis au départ d’une Coupe du monde, je vais m’appuyer sur ces choses-là pour être prêt. Pour n’être perturbé par aucune question au moment où je dois mettre 100 % d’engagement et prendre des risques. Votre check-list mentale doit être ­validée à 100 % ? loïc bruni : Je le sais : le vélo est prêt, je suis prêt, pour donner la meilleure performance. Le travail en amont, se poser des questions, et les réponses à ces questions, de ton entourage, par exemple, seront bénéfiques. Si j’ai un rendez-vous galant ce soir, est-ce que je dois le préparer au maximum, et consulter mon entourage ? loïc bruni : Si tes potes te disent à longueur de temps que tu es trop laid et que tu as les dents déboîtées, tu vas aller à ton rendez-vous, mais tu ne vas pas être le même que si tes potes te disent : « Mec ! T’es beau gosse aujourd’hui, vas-y ! » L’entourage, toi-même, les questions que tu peux te poser, tout ça, en amont, ça compte pour donner ton meilleur sur ces instants très courts, ces quelques minutes ou secondes déterminantes. Être super bien préparé(e), avoir tout questionné, avoir discuté avec ses amis, son équipe, ses collègues, ça peut permettre de dégager tout aspect négatif de son esprit quand arrive l’instant fatal où tout se joue sur une poignée de minutes, que ce soit en compétition ou dans la vie ? loïc bruni : Le négatif, il y en aura toujours, ça fait partie de la vie. Le seul truc qui va faire la différence, c’est comment tu l’intègres à ta recette. Si tu arrives à le transformer en quelque chose de neuf ou de positif, c’est très bien. Si tu n’y arrives pas, là ça va être plus compliqué. Dans des situations comme un entretien d’embauche, par exemple, difficile de ne pas se prendre la tête avec ce qui pourrait mal tourner, le truc à ne pas dire, le geste à ne pas faire, et transformer tout ça en positif ou force… loïc bruni : Si tu sais que la personne qui va te recevoir peut-être coriace, tu peux choisir de débrancher, en te disant : « Pas grave, j’y vais au talent, pour me THE RED BULLETIN

faire plaisir, totalement moi-même. » Au meilleur des cas, elle t’adore. Au pire, elle t’envoie chier… On est tous ­confrontés à des choses négatives au quotidien, et on a parfois très peu de temps pour y faire face, c’est la façon dont on va les gérer qui vont nous remettre sur le bon pied. Qu’est-ce qui peut vous poser souci à quelques secondes de vous engager sur un run pour remporter une finale ou une manche de Coupe du monde ? loïc bruni : Si un type te dit : « Oh putain, j’ai vu Minnaar passer, trop classe par rapport à toi, il a fait ça vachement plus vite. » (Greg Minnaar est un pilote sud-africain parmi les plus titrés au monde, ndlr.) Là, non seulement on te dit qu’un mec va plus vite que toi, donc c’est négatif, et en plus c’est subjectif, c’est un

autre mec qui te dit ça ! Il va falloir que, rapidement, tu procèdes à une analyse dans ta tête pour retourner ça d’une manière à te pousser à être meilleur, ou à ce que ça ne te perturbe pas du tout. C’est assez chaud, mais j’arrive de mieux en mieux à le faire. Pas question de penser à Minnaar au moment où je me lance. Myriam, c’est la même dynamique de votre côté ? myriam nicole : Oui, il faut se servir du travail qu’on a fait en amont, de tout ce travail mental, physique, technique, pour le mettre en œuvre au moment donné. Est-ce que tout ce travail préparatoire se concrétise d’une certaine manière à l’instant T ? myriam nicole : Il vous permet de vous créer une bulle, positive, au départ de la course, qui fera que vous êtes prêt à laisser s’exprimer votre meilleur potentiel. Un titre de championne du monde de VTT DH, hormis vos préparations et runs de qualifications, ça se joue sur une journée, avec un run final qui peut ne pas dépasser trois minutes… Qu’est-ce qu’on a dans la tête dans ces conditions très particulières ? myriam nicole : J’essaie de prendre chaque course de la même manière, que ce soit une course régionale ou un championnat du monde. Inconsciemment, forcément, il y a plein de choses qui ne vont pas être pareil, mais dans ma tête c’est la même. Je donne le meilleur, en fonction de mes ressources du moment.

Six étapes (seulement) pour vaincre Agenda de la Coupe du monde UCI de VTT DH 2021 24-25 avril : Maribor (Slovénie) 22-23 mai : Fort William (Royaume-Uni) 12-13 juin : Leogang (Autriche) 3-4 juillet : Les Gets (France) 4-5 septembre : Lenzerheide (Suisse) 18-19 septembre : Snowshoe (USA) *25-29 août : championnats du monde UCI de VTT 2021 à Val Di Sole (Italie)

Et si on échoue, si on se loupe, si l’entretien d’embauche, le rendez-vous important pour développer son business, se passe mal, si on n’est pas le plus rapide sur la ligne d’arrivée en championnat du monde ? loïc bruni : Quand ça ne veut pas, ça ne veut pas. Tu auras beau tout faire ­nickel, tu vas taper une pierre… Mais si tu oublies de l’avoir vue, c’est parce que tu as mal préparé aussi. C’est très, très compliqué de tout faire à la perfection. Mais de toute façon, tout faire à la perfection, ça n’arrive que certaines fois dans une vie. Tu ne peux pas être parfait tous les jours.

Instagram : @loicbruni29 ; @myriam_nicole   51


Le premier livre-anthologie sur la culture du surf en Afrique va paraître : avec ses 30 500 km de littoral, il était grand temps que l’Afrique déferle enfin sur la planète surf. SELEMA MASEKELA, co-éditeur du livre Afrosurf, nous explique pourquoi. Texte FLORIAN OBKIRCHER

TATE DRUCKER, NICOLE SWEET

La vague africaine


À suivre de près : Sung Min Cho (page opposée), moniteur pour l’ONG Surfers Not Street Children, est sur le point de devenir le premier surfeur pro du Mozambique. Ci-contre, le Sénégalais Chérif Fall est le premier surfeur noir à avoir remporté à deux reprises le West Africa Tour.

53


F

ilm-documentaire de légende produit en 1966, The Endless Summer raconte le périple de deux surfeurs parcourant le monde pour la vague parfaite. Leur voyage les mène notamment au Ghana, sur la plage de Labadi. Le film les montre surfant sous les regards interloqués d’une foule de locaux. Comme si les G ­ hanéens n’avaient jamais vu ça de leur vie. Alors qu’on peut remarquer au loin, pendant que les deux Américains arrivent sur la plage, que de jeunes Ghanéens sont justement en train de s’amuser dans les vagues avec une planche ! Mais le film ne s’y attarde pas. Un symbole : la culture surf s’est construite essentiellement autour de l’image du surfeur blond aux yeux bleus. C’est ce monopole que le projet Afrosurf – anthologie de 300 pages, fruit d’une collaboration entre le présentateur-­activistemusicien-surfeur Selema M ­ asekela et le label de surf africain Mami Wata – essaie de rompre. En présentant toute la richesse et la vivacité de la culture surf en Afrique, du Maroc à la Somalie en passant par le Mozambique, le Sénégal, l’Afrique du Sud et d’autres pays. Au total : 200 photos, 18 pays, 14 histoires et 25 portraits de surfeurs et surfeuses réunis dans un livre qui vient briser les stéréotypes de la culture surf. Où l’on apprend que la première description de ce sport n’a pas été faite par le botaniste du capitaine Cook, sur une plage de Tahiti en 1767, mais par un aventurier allemand en 1640, dans ce qui est aujourd’hui le Ghana. Pour Masekela, 49 ans, « Ce livre va changer l’image que se fait le monde sur la culture du surf. » 54

La beauté sauvage des plages du Liberia a attiré l’attention de la communauté surf grâce au documentaire S ­ liding Liberia (2007), qui présente notamment le pionnier du surf libérien Alfred Lomax. THE RED BULLETIN


ARTHUR BOURBON

« Je vois des gens perplexes devant des photos d’Africains en train de surfer. »

THE RED BULLETIN

55


« Je suis arrivé à la réception de l’hôtel, surf sous le bras : tout s’est figé autour de moi. »

Pourquoi avez-vous ressenti le besoin de le faire ? Depuis ma jeunesse, 99,9 % des représentations que l’on nous a montrées sur le surf n’ont jamais inclus des gens qui me ressemblaient. Comme si tu devais être blond aux yeux bleus pour être pris au sérieux dans le monde du surf. C’est l’image-type que tout le monde se fait d’un vrai surfeur – alors même que ce sport a été (officiellement, ndlr) inventé par les Polynésiens. Mais également, comme le livre nous l’apprend, par les Ghanéens : comment se fait-il que cette information ait été si longtemps occultée, même dans le milieu du surf ? Il y a un phénomène de « whitewashing » dans l’Histoire, avec cette manière un peu bizarre de la représenter comme si une 56

certaine catégorie de personnes avait ­toujours été la première à faire des trucs, parce qu’elle était meilleure que les autres, plus talentueuse, voire carrément élue par Dieu… On a tous été convaincus de ce genre de choses, non ? D’où la profusion de clichés et de mythes : je vois des gens réellement perplexes devant des photos d’Africains en train de surfer et de le faire à un très haut niveau. Quand j’ai commencé à apprendre à surfer, on me disait : « Comment ça se fait que tu apprennes à surfer quand les gens comme toi ne savent pas nager ? » La plupart des films de surf sont bâtis sur ce scénario : des surfeurs (blancs, ndlr) qui se rendent dans des pays exotiques pour aller surfer des vagues incroyables pendant que les autochtones les regardent depuis la plage, incrédules… puis les mecs repartent. The Endless Summer est un exemple-type de ce genre de films. Vous vouliez aborder ce phénomène de « whitewashing » dans l’histoire du surf ?

Chez les Bikoumou, le surf est une affaire de famille : Kelly (en haut) a appris aux côtés de son père Patrick, surfeur passionné, qui gère un resto sur la plage de Pointe-Noire, au Congo.

Nous ne cherchons pas à dire « Hey, tout ce qu’on vous a raconté sur le surf est un mensonge ! », mais plutôt à élargir le prisme de la perception du surf et à montrer aux gens la richesse du continent africain. Ce livre ne fait qu’égratigner la surface de la surface. Selon Grant « Twiggy » Baker, surfeur pro d’Afrique du Sud, la culture surf africaine est sur le point d’exploser, comme ce fut le cas pour les Brésiliens, dix ans plus tôt. C’est aussi votre avis ? THE RED BULLETIN

GREG EWING, ALAN VAN GYSEN

the red bulletin : Comment vous est venue l’idée de ce livre ? selema masekela : Le vœu qu’a fait mon père (Hugh Masekela, légende sud-africaine du jazz, ndlr), juste avant de mourir, était que je poursuive son œuvre : renforcer auprès du public les liens et la curiosité d’explorer le continent africain. Après sa mort (en 2018, ndlr), je me suis demandé comment réussir à perpétuer son héritage. Et j’ai réalisé que je devais le faire par le surf. Une discussion est née autour du livre et de comment se servir du surf pour montrer la beauté de l’Afrique en général ; pour montrer des images et raconter des histoires que jamais personne n’avait entendues jusqu’à présent.


2018 : le Sud-­Africain Mikey February (né en 1993, un an avant les premières élections démocratiques locales) est le premier Africain non blanc qualifié pour les Championnats du monde de surf.


réception avec ma planche de surf sous le bras : d’un coup, tout s’est figé, plus personne ne bougeait, et tous les regards étaient fixés sur moi. C’était quelque chose que les gens n’avaient pas l’habitude de voir.

Absolument. Personne n’avait vu venir le fameux « tsunami brésilien » : les Brésiliens, ils dérangeaient un peu, parce qu’ils étaient différents culturellement. Leur passion du surf était différente, et personne ne comprenait tout ce que ça leur avait coûté d’atteindre le niveau mondial. Quand la vague brésilienne a déferlé en 2011, elle a tout chamboulé sur son passage : la communauté surf a eu du mal à encaisser et à accepter cette nouvelle domination et le niveau de performance des Brésiliens, à tel point qu’ils ont même cherché à « excuser » ce style [sud-américain]. Je n’ai jamais cru que les Brésiliens pourraient intégrer les équipes des plus grandes marques mondiales, mais aujourd’hui, c’est eux qui dominent les championnats du monde. Et je pense que le tsunami africain est en train de se former. L’Afrique est un vaste continent avec une population jeune : la question n’est donc pas de savoir si la vague va déferler, mais plutôt quand. Pourquoi maintenant et pas dix ans plus tôt ? Parce que maintenant, on a des exemples à suivre : en 2018, le Sud-Africain Mikey February est ainsi devenu le premier Africain noir à participer aux Championnats du monde. Un événement qui a ouvert la voie à des tas de gosses, partout sur le continent, ainsi qu’aux surfeurs noirs à travers le monde. C’était gran58

diose. Avant Mikey, ils ne savaient pas qu’eux aussi pouvaient faire comme lui : en Afrique, le surf était considéré, d’un point de vue historique, comme un sport de Blancs. Pour quelle raison ? En Afrique du Sud, par exemple, c’était un sport qui faisait l’objet d’une stricte séparation sous l’Apartheid : je me souviens avoir été arrêté à North Beach près de Durban en 1991. C’était peu après l’abrogation du Separation Act (le Group Areas Act, qui assignait les différentes communautés raciales à des zones urbaines spécifiques, ndlr), donc techniquement, j’étais autorisé à aller sur cette plage. Mais l’idée de me voir là en train de m’adonner à « leur sport » en toute tranquillité, c’était insupportable pour les flics, et ils m’ont observé pendant trois jours avant de trouver un prétexte quelconque pour pouvoir m’arrêter. Voilà comment c’était, à l’époque. Je me ­souviens, dans un hôtel, être arrivé à la

« Historiquement, en Afrique, le surf était considéré comme un sport de Blancs. »

Il y a pourtant bien un point commun à tous les surfeurs interviewés dans Afrosurf : c’est cette connexion spirituelle qui les lie à l’océan. Dans la culture africaine, le surf n’est pas considéré comme un simple passetemps sexy, il y a un profond respect pour l’océan. Dans sa jeunesse, quand mon père a commencé à partir en tournée dans les townships d’Afrique du Sud, ma grand-mère lui demandait une seule chose : de lui rapporter des bocaux ­remplis d’eau de mer de différentes provinces, qu’elle conservait chez elle, dans son salon. Mon père a également composé une ode à Mami Wata, l’énergie ­spirituelle de l’océan. Cet aspect spirituel se reflète-t-il dans la façon dont les Africains abordent le surf ? Dans les cultures indigènes, le sentiment de communauté et de proximité est omniprésent. En Afrique du Sud, la philosophie Ubuntu est fondée sur ce lien de partage qui unit toute l’humanité. En appliquant cette philosophie au surf, on ne peut qu’obtenir quelque chose de radicalement différent. Un tel esprit de communauté fait-il de vous un meilleur surfeur ? Si vous regardez les meilleurs surfeurs du monde, quelles que soient leurs o ­ rigines THE RED BULLETIN

MAGNUS ENDAL, MARCO GUALAZZINI

Fondé en 2012, le Bureh Beach Surf Club est le 1er club de surf de la Sierra Leone. « Quand on a ouvert, très peu savaient ce qu’était le surf », dit son co-fondateur Jahbez Benga.

Dans le livre, plusieurs surfeurs soulignent le fait qu’une des grandes caractéristiques de la culture surf africaine, c’est justement qu’il n’y ait pas de culture, et qu’ils l’inventent au fur et à mesure. C’est vrai. Sans cette imagerie et ces ­clichés autour du surf propagés par les magazines et par des traditions qui te dictent ce qu’il faut faire ou penser, on peut avoir une approche différente. C’est dans cet espace de dilettantisme et de nouveauté que la magie opère. Il en est de même en art, en musique et dans la vie en général : l’absence de structures dogmatiques – réelles ou perçues – qui te dictent ce qui est juste ou non, a toujours été propice à l’émergence de bouleversements culturels.


« La question n’est pas de savoir si la vague africaine va déferler, mais plutôt quand. »

En 2015, le photographe Marco ­Gualazzini s’est rendu en Somalie, à Mogadiscio (en haut), ravagée par la guerre. Aujourd’hui, la plage du Lido (à gauche), fréquentée par les femmes, les surfeurs et les jeunes Somaliens, est devenue le symbole de la renaissance de la ville : un signe d’espoir pour le pays. THE RED BULLETIN

59


Grant « Twiggy » Baker, Sud-Africain : « Dans vingt ans, il y aura autant de surfeurs noirs africains dans les compétitions mondiales qu’il y a de surfeurs brésiliens aujourd’hui. »


MARTIN CAPRILE ,DJIBRIL DRAME

C’est grâce à ses performances qu’Aita Diop, 15 ans, a pu obtenir une bourse auprès de l’Association internationale de surf. La jeune fille peut se consacrer à sa passion : « Sur l’océan, je me sens libre et heureuse. »

61


« En Afrique, il y a un profond respect de l’océan. »

Le photographe Alan Van Gysen révèle dans Afrosurf ses spots de surf préférés sur le littoral africain : comme cette plage au sud de l’Angola et ses « vagues longues de 3 km ».


Pour l’animateur américain Selema Masekela, le surf est plus qu’un sport. Tous les bénéfices tirés du livre iront aux ONG africaines Waves for Change et Surfers Not Street Children, références en surf-thérapie.

ALAN VAN GYSEN, YORIYAS YASSINE ALAOUI ISMAILI

Joshe Faulkner, champion sud-africain de l’Open tour : « Être un surfeur noir veut dire beaucoup. C’est un sport dominé par les Blancs, mais Mikey February a ouvert la voie. »

ethniques ou culturelles, il r­ essort que beaucoup se sont bâtis dans l’adversité ; qu’ils ont dû surmonter quelque chose pour arriver au top niveau. Kelly Slater a grandi dans un foyer chaotique, marqué par l’alcoolisme, et le surf est devenu son échappatoire. Mais prenons aussi les histoires de ces surfeurs brésiliens : beaucoup ont grandi dans des communautés très soudées, au milieu des favelas, n’est-ce pas ? Ils ont tous réussi à venir à bout des difficultés économiques. Quand on apprend à lier la culture avec le talent, le travail acharné et les opportunités, c’est à ce moment-là qu’on s’élève. Dans son essai, Mikey February écrit : « J’ai le sentiment que ce sont justement les communautés surf africaines qui vont avoir une énorme influence sur le reste du monde. » C’est aussi votre avis ? Oui, et Mikey dit aussi que l’expression africaine est brute et honnête : il n’y a pas de chichi, aucune intention d’impressionner qui que ce soit. C’est un aspect important, parce que toutes les expériences que tu fais sur la terre ferme vont t’influencer en tant que surfeur. C’est ce que tu exprimes : ce que tu manges, ce que tu écoutes comme musique, comment tu danses, ta culture, tes traditions. Tous ces trucs que tu ne peux pas recréer ailleurs et qui vont influencer ta manière de surfer. C’est pour ça que les Brésiliens ont cette touche bien à eux, que les ­Tahitiens dansent d’une certaine manière. En fait, c’est ce qui donne au surf toute sa richesse, sa profondeur et sa diversité. Et c’est ce qui rend le surf génial.

« Le Maroc est une nation de surf : on a 3 000 km de littoral et des vagues de classe mondiale », raconte Ramzi Boukhiam, qui représentera son pays pour l’arrivée du surf aux JO. THE RED BULLETIN

mamiwatasurf.com/pages/afrosurf   63


Nonstop La carrière musicale de Lucy M ­ onkman, alias MONKI, fait face à une pause imposée. La DJ et animatrice radio anglaise a dû trouver une a ­ lter­ native afin de canaliser son énergie débordante - et sa vie n’a jamais été aussi agréable. 64

Texte EMMA FINAMORE Photos GREG COLEMAN THE RED BULLETIN


Grâce à son inébranlable éthique du ­travail, Monki, 29 ans, est passée de ­stagiaire dans une station de radio pirate à DJ, ­podcasteuse et footballeuse accomplie.


« En quittant l’école, j’ai eu le sentiment que je n’avais pas le droit à l’erreur. » 66

DJ, productrice, fondatrice d’un label et animatrice radio, Lucy Monkman - plus connue sous le nom de Monki - a apporté certaines des sonorités électroniques les plus fraîches et les plus innovantes qui soient aux oreilles britanniques. À 29 ans, Monki est peut-être une version actualisée de qui elle était durant sa jeunesse mais elle n’a rien perdu de l’énergie et de l’ambition d’adolescente passionnée de football et de musique. Elle s’est fait un nom grâce à une émission sur les ondes de Radio 1 de la BBC, au label qu’elle a fondé et à d’innombrables tournées internationales en tant que DJ. Elle s’est aussi fait connaître sur le terrain de foot – elle joue en cinquième division de football féminin, pour le Dulwich Hamlet FC THE RED BULLETIN


Ladies – et en tant que podcasteuse ; sa série sur la Coupe du monde féminine de 2019, Football Inside Out, a remporté la catégorie « sport » aux British Podcast Awards. Monki a grandi à Kingston upon Thames, dans la banlieue sud-ouest de Londres. À la maison, elle baignait dans la musique électro, avec les Chemical Brothers, The Prodigy et 808 State sur la chaîne stéréo de sa mère, les tubes garage que son oncle jouait, ainsi que dans le dubstep et la grime qu’elle écoutait sur les radios pirate. « Je me suis vraiment mise à la musique grâce à la radio », dit Monki, en soulignant l’importance des pirates comme Rinse FM et Déjà Vu, qui transmettaient les rythmes et les voix THE RED BULLETIN

de l’underground vers les jeunes oreilles assoiffées. « Je me souviens de les avoir écoutés tard dans la nuit et d’avoir entendu des musiques de danse que je n’avais jamais entendues auparavant. » Ces stations ont été un espace dans lequel les sonorités produites localement ont pu se développer et se diversifier, à l’écart des redevances, des annonceurs et des organismes de réglementation. Non contente d’être une fan, Monki a décidé de faire partie de ce monde. Après avoir entendu la DJ Annie Mac jouer à la radio un soir le dubstep glacial de Skream, Let’s Get Ravey et le remix de In For The Kill de La Roux, elle a quitté l’école le lendemain. La jeune fille de 16 ans a réussi à décrocher un stage chez Rinse à une époque charnière où les artistes avec lesquels la station travaillait explosaient. Elle était notamment chargée de l’approvisionnement en champagne quand, en 2010, la station a obtenu un permis d’émettre et est devenue légale. « C’était vraiment passionnant : j’étais entourée de DJs que j’admirais et je me sentais vraiment inspirée d’être là, sur cette station de radio de l’East End. » Tout comme le fondateur de Rinse, Geeneus, qui a créé sa station à l’âge de 16 ans en connectant ses platines à un émetteur fait maison dans un appartement au 18e étage dans le borough de Tower Hamlets, Monki a réussi à se faire une place dans le monde de la musique grâce à son oreille exceptionnelle, mais aussi à son talent de bricoleuse et à son inébranlable éthique du travail. Elle a utilisé son temps à la station pour affiner ses compétences en ingénierie et en mixage, et pour forger des liens essentiels avec l’industrie. Un soir, après son quart de travail, elle a enregistré un set de vingt minutes qu’elle a envoyé à Annie Mac, une héroïne de son enfance, avec qui elle s’était connectée des années plus tôt via MySpace. C’est ainsi que Mac a offert à Monki sa toute première date, au KOKO de Camden Town, dans le nord de Londres. En plus de ses passages dans les clubs emblématiques comme le Ministry of Sound ou Fabric, la jeune DJ a obtenu une émission sur Radio 1Xtra à la BBC puis, à 21 ans seulement, une place convoitée à la chaîne Radio 1, toujours à la BBC. « Quand j’ai quitté l’école, j’ai eu le sentiment que je n’avais pas le droit à l’erreur, dit-elle. Je n’avais pas d’autre choix. C’était donc mon mantra à cet âge,

« J’ai fait le plein pendant dix ans et d’un coup, tout s’est arrêté. » c’était une sorte de mentalité du tout ou rien. Et ça a marché. » Cette attitude a permis à Monki d’atteindre le sommet de son art en matière de musique. Elle est aujourd’hui une force majeure dans le domaine de la deep house et de la techno, et une sélectionneuse habile lorsqu’il s’agit de créer des ambiances qui plaisent au public. En plus de jouer de tout, du disco à la soul en passant par l’electronica et le piano house, sur les ondes et dans les clubs, Monki a produit et publié sa propre musique, produisant des EPs avec un riche mélange de producteurs, de MCs et de chanteurs. Elle a sorti un EP live avec F ­ abric alors qu’elle était encore adolescente, mêlant house, garage britannique et grime. Monki a également son propre label, ZOO Music, et elle a mis son énergie à profit sur la route chaque année, jouant partout dans le monde ou, en ­Angleterre, aux soirées Monki & Friends dont elle est l’organisatrice. Mais la pandémie a frappé.  J’ai fait le plein pendant dix ans et tout d’un coup, tout s’est arrêté net », explique Monki. Les clubs ont été fermés, les tournées ont été suspendues et elle s’est retrouvée chez elle sans grand-chose à faire. Pour quelqu’un qui avait toujours eu une vision très claire de l’avenir, même à l’adolescence – « Quand j’ai quitté l’école, je me suis dit : “Voici mon plan sur dix ans, je veux être sur Radio 1 à 26 ans.” » – cela a été un choc sérieux. « Je n’ai jamais été autant à la maison depuis dix ans, dit Monki. Ce que nous avons tous perdu, c’est une connexion avec les gens. Ça a été une perte énorme. Je pensais que je pourrais mieux gérer cela, mais en fait j’étais assez déprimée. » Mais l’éthique de travail de Monki ne lui a pas permis de ralentir longtemps. Le foot lui a donné un autre objectif, un endroit pour canaliser son énergie. Le « beau jeu » faisait en fait partie de son plan de carrière initial avant de tomber amoureuse de la musique. Mais à 14 ans,   67


Dans le mix : Monki est aussi bien à l’aise en studio que sur un terrain de foot (page ci-contre), en jouant pour les Dulwich Hamlet FC Ladies.


LIAM ASMAN

elle a découvert que, à l’époque, les femmes n’étaient pas payées pour jouer. « Vous pouviez jouer pour Arsenal ou Chelsea, mais ce n’était pas votre gagnepain, dit-elle. À l’époque, les joueuses ­anglaises devaient payer leur propre équipement ! Cela m’a brisé le cœur. Alors je m’en suis détachée. Si je ne peux pas le faire comme je veux, alors je n’ai pas envie de le faire. » C’est au milieu de la vingtaine, alors que sa carrière musicale battait son plein, que le football est revenu dans la vie de Monki. « Ça a pris du temps, ditelle, mais j’ai réalisé que le sport me manquait vraiment. » Après être revenue au jeu par le biais de matches à cinq, Monki a rejoint le Dulwich Hamlet FC Ladies et a commencé à vivre une « double vie », pour reprendre ses mots. « J’ai gardé le football et le sport distincts de la musique. Je ne traînais pas avec mon équipe, je venais juste m’entraîner et jouer. Je n’ai pas dit à tout le monde ce que je faisais. Je voulais juste jouer au football. Je voulais être traitée comme tout le monde. Mais quand elles l’ont découvert, elles m’ont traitée de la même façon. Tout le monde est égal. C’est pour ça que j’aime le sport, tout le monde se fout de ce que vous faites. » Aujourd’hui, Monki est un pilier du club. « Je suis tellement impliquée avec Dulwich Hamlet. Ma petite amie en est la capitaine, et nous sommes comme des ambassadrices pour le club, dit-elle à propos de son revirement. Je travaille avec elles en participant à des activités communautaires et je gère leurs réseaux sociaux en tant que bénévole. Je suis à fond dedans. » Rebaptisées en 2019 après neuf ans sous le nom d’AFC Phoenix – une équipe qui, pendant une grande partie de cette période, n’avait même pas de tenues coordonnées – les Dulwich Hamlet Ladies se sont retrouvées sur une trajectoire ascendante, attirant des foules plus nombreuses que de nombreux clubs plus haut placés dans la hiérarchie du football. L’année dernière, lors de leur première saison en première division de London & South East, elles étaient en tête du classement lorsque, malheureusement, le championnat a été annulé en raison de la pandémie. Le club est aussi une sorte de famille : les joueuses et les supporteurs se sont mis ensemble pour réunir plus de 10 000 livres lorsque leur manager adoré, Farouk Menia, est décédé en 2019 ; et il apporte un soutien vital à la communauté LGBTQ. THE RED BULLETIN

C’est grâce à son amour du sport que Monki a réussi à se libérer de son isolement. Elle a profité de cette période pour renouer avec l’entraînement et aussi pour mettre à profit son nouvel enthousiasme pour la diffusion des sports. Cette envie s’est encore renforcée lorsque Football Inside Out a remporté le British ­Podcast Award. « Cela m’a ouvert les yeux, dit-elle en parlant de la prise de conscience qu’elle pouvait combiner ses deux mondes. J’adore la radio – le podcasting était quelque chose que je voulais faire de toute façon – mais ça, c’était autre chose, pas de la musique. C’était vraiment intense, mais ça a été une grande expérience. » N’ayant jamais fait les choses à moitié, Monki a depuis présenté The Kick Off – une soirée de la Ligue des champions de l’UEFA en direct présentée par Heineken et Defected – et a travaillé avec la légende du sport Peter Crouch sur BT Sport. L’inconfortable changement de rythme provoqué par l’apparition de la pandémie est devenu pour Monki, l’occasion de repenser à l’avenir. « J’en suis lentement arrivée à la conclusion que j’aime participer à des shows, mais que je ne veux pas que cela constitue toute ma vie, dit-elle. Cette année a été consacrée à ce que je veux faire au-delà des tournées et des soirées. Pendant le deuxième confinement, j’ai fait équipe avec un groupe d’autres personnes pour travailler sur des idées en vue d’une plateforme sportive féminine qui, je l’espère, sera lancée cette année. » La plateforme n’a pas encore de nom, mais elle a une éthique forte : « Il y a quelques grands créateurs de contenus footballistiques et sportifs, mais ce que nous voulons faire, c’est nous concentrer moins sur le sport lui-même et davantage sur l’encouragement aux femmes afin qu’elles puissent évoluer dans n’importe quelle fonction. » Monki cite une étude récente de l’organisme public Sport ­England, qui a révélé que 39 % des femmes ne sont pas assez actives, les ­raisons les plus courantes étant la peur du jugement et le manque de confiance en soi. « Tout le monde n’aime pas le sport comme j’aime le football, mais il est tellement important de faire de l’exercice, même si c’est seulement se promener avec ses potes. » Il allait de soi que Monki allait mettre son énergie débordante au service d’un projet comme celui-ci, étant donné qu’elle a contribué à la représentation

« Il est tellement important de faire de l’exercice. »

féminine dans plusieurs domaines dominés par les hommes. Elle a notamment réussi dans le monde largement masculin de la musique électronique, devenant la toute première femme d’origine sudest asiatique à animer une émission à Radio 1 – « Je n’en ai pris conscience qu’en 2020. Je ne me voyais pas comme cette personne à l’époque. J’aurais aimé le célébrer davantage ». Mais malgré ses projets d’améliorer la santé de nombreuses femmes et le fait que des jeunes filles asiatiques ont contacté Monki pour lui dire combien elle les inspirait, elle ne se considère pas comme une personne dédiée à la cause de l’égalité. Ses efforts pour dépasser les limites sont plus personnels et se concentrent uniquement sur sa ténacité à faire ce qu’elle aime, malgré les risques et les obstacles. Maintenant, en trouvant l’espace dans le diagramme de Venn où ses passions se chevauchent, elle a trouvé les outils nécessaires pour traverser des moments étranges - et même en ressortir plus forte. « J’ai l’impression d’être plus ’moi’ en vivant de cette façon, avec plus d’intégrité, dit-elle. Et c’est ça le but, non ? C’est littéralement ça. » monkidj.com   69


La force en elle(s) Dès son enfance, JILOU R ­ ASUL, a pris confiance en elle grâce à la danse. Aujourd’hui, elle est l’une des meilleures breakdanceuses au monde, et se sert de ses compétences pour lutter pour la justice. Texte ANNE WAAK Photos EVA BERTEN


Renversant : Jilou, 27 ans, qui fait ici un air freeze, est une danseuse urbaine aux pieds légers.

71


Jilou est née à Fribourg, en Allemagne, et vit maintenant à Berlin. Elle a commencé à danser en 2006, à l’âge de 13 ans.

72

THE RED BULLETIN


« Ce qui me pousse à danser encore aujourd’hui ? Cela me rend heureuse. C’est tout. »

Ci-dessus : pour ce backflip, il n’y a que quelques centimètres entre la tête de Jilou et le sol dallé. Ci-contre : le break offre à Jilou une liberté de mouvements sans l­ imite, comme avec ce chair freeze.

THE RED BULLETIN

73


J

ilou ne reste pas en place. Elle effectue des mouvements minimaux à partir des hanches et fait une vague avec les bras tendus de chaque côté de son corps. C’est l’une des dernières journées chaudes de la fin de l’été, le soleil brille encore de tous ses feux dans un ciel sans nuage. Sur la Spree qui serpente entre les immeubles gouvernementaux dans le centre de Berlin, les embarcations de plaisance passent les unes après les autres devant le lieu du shooting photo. La jeune fille de 27 ans se tient devant un mur de béton gris et bouge presque instinctivement au son de la musique qui joue sur le plateau. Même lorsqu’il s’agit de faire son portrait, la danseuse a du mal à rester en place. C’est cette envie incontrôlable de bouger qui a fait de Jilou ce qu’elle est aujourd’hui : l’une des meilleures B-Girls au monde. Lors du Red Bull BC One, le championnat du monde officiel de breakdance où les seize meilleurs B-Girls et B-Boys s’affrontent selon un système d’élimination directe et qui s’est tenu à Mumbai en 2019, Jilou a atteint les quarts de finale. Elle estime qu’elle ne méritait pas sa défaite contre la Japonaise MiMz. Ce qui n’est guère étonnant quand on connaît ses ambitions : « J’ai toujours voulu être la meilleure, dit Jilou. D’abord dans mes cours de break, puis dans ma ville, puis dans toute l’Allemagne, et maintenant dans le monde entier. » Elle est loin d’avoir atteint son but, et la danse seule ne lui suffit pas. Elle trouve également dans son art la motivation de faire une différence dans le monde. Née à Fribourg en 1992, Jilou Rasul a commencé le

74

ballet très tôt. Mais les mouvements stricts ne convenaient pas à cette enfant turbulente. Elle est ensuite passée à la gymnastique artistique à l’âge de six ans. Quand, à 13 ans, Jilou s’en est lassé et qu’elle a commencé à faire du breakdance au club, elle était déjà superflexible et capable de faire des handstand et des flic-flac. Lorsqu’on lui demande ce qui l’a amenée à danser à l’époque, et qui la pousse encore aujourd’hui, elle répond simplement : « Cela me rend heureuse. C’est tout. » Avant d’ajouter dans la foulée qu’elle est accro à l’adrénaline. L’excitation provoquée par la pratique de phases risquées, les défis lancés à son propre corps et la rivalité avec les autres a rapidement exercé un attrait irrésistible chez Jilou. Huit mois seulement après avoir commencé à faire du breakdance, elle a participé à sa première B-Girl-Battle et est arrivée deuxième. Et elle a encore beaucoup de projets devant elle. Si l’on se fie à Jilou, les quarts de finale du Red Bull BC One de l’année dernière ne resteront pas longtemps le point culminant de sa carrière. Jilou ne veut pas seulement devenir la meilleure danseuse au monde, « mais la meilleure de tous ». Elle ne se contente pas de danser extrêmement bien dans son style caractéristique, à la fois acrobatique et léger comme une plume. Elle utilise la confiance qu’elle tire du breakdance pour quelque chose de plus grand. Jilou se bat pour elle ainsi que pour les autres B-Girls afin qu’elles obtiennent une véritable opportunité de rivaliser avec leurs homologues masculins. Parce qu’il n’y a pas de différence entre le break et presque tous les autres aspects du sport et de la vie en général : les femmes sont défavorisées, gagnent moins pour des réalisations équivalentes et doivent se défendre contre les ­agressions.

Jilou ne veut pas seulement devenir la meilleure danseuse au monde, « mais la meilleure de tous ». THE RED BULLETIN


Militante positive : ­Jilou se bouge pour des causes comme l’égalité ou encore l’antiracisme.

THE RED BULLETIN

75


Elles doivent se battre pour être prises au sérieux et être remarquées. « Le break est un type de danse influencé par les hommes et dont une part importante a été développée par eux, explique Jilou. En ce qui concerne les types de mouvements, il favorise l’aspect masculin et est jugé en conséquence dans les compétitions. Ce n’est pas juste. » Jilou s’élève contre cette inégalité de traitement. Haut et fort.

P

ourtant, les B-Girls ont toujours fait partie de cette culture urbaine : née en 1968, la NewYorkaise Daisy Castro a dansé sous le pseudonyme de Baby Love en tant que seule femme du Rock Steady Crew, fondé à la fin des années 1970. Elle avait 15 ans lorsque, avec sa voix et son visage, elle a fait entrer le break du Bronx dans la culture populaire avec la chanson Hey You, The Rock Steady Crew, qui a également passé des semaines dans le top 10 des charts en Autriche et en Allemagne en 1983. Mais il faudra attendre 2004 pour que les premières 76

compétitions de B-Girls aient lieu dans le cadre du Battle of the Year, la plus grande compétition de break au monde depuis 1990 et toujours la plus importante à ce jour. Les femmes de cette scène ont acquis une nouvelle visibilité mais elles restent encore minoritaires à ce jour. Jilou ne fait pas que danser contre cette réalité. Parce qu’elle considère également qu’il est de sa responsabilité d’encourager une nouvelle génération de B-Girls dans son sillage, elle donne à quatre jeunes danseuses internationales des cours à distance gratuits une fois par semaine. Et elle s’exprime sur son blog au sujet des formes de discrimination qu’elle subit. Elle a désarmé les auteurs de commentaires haineux qui l’insultaient anonymement sur le web en écrivant : « Merci d’avoir pris le temps de m’écrire. Vous devez beaucoup penser à moi. Je semble occuper toutes vos pensées. » En mai 2020, elle décrit sur les réseaux sociaux comment elle a été harcelée sexuellement et agressée par un B-Boy alors qu’elle était adolescente.

Un message qui a fait le tour de la planète Cette photo de Jilou lors d’une ­manifestation Black Lives Matter à Berlin est devenue virale. Le B-Boy US Boxwon est à l’origine de ce message : le hip-hop est un cadeau de la culture noire fait au monde.

THE RED BULLETIN

MIRLEY ALLEF @AFRALLEF, STYLING: MEILYNN LINDLAR/BASICS

En novembre 2020, ­Jilou participait au Red Bull BC One W ­ orld Final, une coupe du monde de break.


En même temps, elle exhorte les gens à écouter et à croire les témoignages des femmes (et des hommes) qui révèlent avoir vécu de telles expériences. Jilou a le don magnifique de rester visiblement de bonne humeur et réglo face à tous les défis comme en témoignent, par exemple, les vidéos de la compétition de Mumbai. Lorsqu’elle danse face à sa concurrente MiMz, elle a un sourire presque euphorique, pas agressif. Après le duel, elle va – malgré la défaite – vers sa concurrente, qui est en train d’emballer ses affaires au bord de la piste, lui tape sur l’épaule et l’enlace, comme pour dire : « Nous avons toutes les deux le même objectif et nous devons nous serrer les coudes. » D’une manière générale, la solidarité est l’un des thèmes qui la définissent au

« J’aime découvrir ce qui est possible et jusqu’où je peux aller ; ce que je peux demander de plus à mon corps. »

Tout-terrain : le break ­permet à Jilou de s’exprimer partout, comme ici à côté de la Spree. THE RED BULLETIN

quotidien. Fille d’une Allemande et d’un Kurde irakien, Jilou est constamment confrontée au racisme dans sa vie de tous les jours. Bien qu’elle soit mieux lotie que beaucoup d’autres personnes issues de minorité visible, il était important pour elle de participer à l’importante manifestation Black Lives Matter qui a eu lieu à Berlin début juin en réponse à l’assassinat de George Floyd par des policiers à Minneapolis. Jilou portait un panneau dont l’inscription – une citation du B-Boy américain Boxwon – rappelait aussi indirectement l’origine du break : « Le hip-hop est un cadeau de la culture noire au monde. »

Q

uant à son parcours professionnel, Jilou se voit encore dans une période d’essai pour devenir ce qu’elle veut être. « J’aime découvrir ce qui est possible et jusqu’où je peux aller ; ce que je peux demander de plus à mon corps. » Elle a recouvert le plancher de son appartement compact de PVC, le transformant en espace d’entraînement. Sa devise : toujours prête. Mais elle pense aussi déjà à ce qui peut arriver après sa carrière active de danseuse. Elle est inscrite à un cours par télé-enseignement en gestion de la culture et des médias à l’université de Hambourg, mais en dehors de la formation, de l’enseignement et des compétitions qui reprendront lentement après le confinement, elle n’a pas vraiment le temps d’étudier en ce moment. Dans la quête de son but, elle ne veut pas être distraite par quoi que ce soit ou qui que ce soit. Cet objectif est clair : tout en haut. « J’aimerais être la danseuse la mieux payée de toutes. » Pour elle, il ne s’agit pas tant d’argent que de la valeur accordée à une personne et donc aussi à un type de sport. Il n’y a pas encore de B-Girl ou de B-Boy qui ait un contrat d’un million de dollars. Mais, dit-elle, il ne suffit que d’un seul pour que la glace se brise. « Je veux qu’une nouvelle ère commence. » Cela implique de connaître sa propre valeur en tant qu’athlète et de négocier les contrats avec acharnement. La question de savoir si la détermination seule suffit pour obtenir une telle somme dans le domaine du breakdance reste ouverte : les ambitions de Jilou forcent le respect. Elle montre ensuite le tatouage coloré qui s’étend sur son épaule gauche et qui montre, entre autres, une formule compliquée. C’est une fonction mathématique qui reste toujours positive et qui tend vers l’infini. Comme Jilou.

Instagram : @bgirljilou   77


ABONNEZ-

VOUS

FRANCE JUILLET/AOÛT 2020

HORS DU COMMUN

DÈS MAINTENANT!

LA PUISSANCE DE

LA VIE 100 INVITÉS SPÉCIAUX P O U R A L L E R D E L’AVA N T

Votre magazine offert chaque mois avec

Avec

CY R I L D E S P R E S NEYMAR JR C H A R L I XCX B B OY J U N I O R MIKE HORN M A X V E R S TA P P E N J . K . R OW L I N G DOMINIC THIEM ROSALIA BRIAN ENO … et 90 autres talents inspirants

001_TRB0720_FR 1

13.05.2020 12:04:52

Recevez votre magazine directement chez vous :

12 € SEULEMENT POUR 10 NUMÉROS Simple et rapide, je m’abonne en ligne sur :

COUPON D’ABONNEMENT

À compléter et à renvoyer avec votre règlement sous enveloppe à affranchir à : THE RED BULLETIN (ABOPRESS) - 19 rue de l’Industrie - BP 90053 – 67402 ILLKIRCH OUI, je m’abonne à THE RED BULLETIN : 1 an d’abonnement pour 12 € seulement Mme

Melle

TRBMAG

PASSEZ VOTRE COMMANDE ICI

getredbulletin.com

M.

Nom Prénom Adresse CP Ville Email Je demande à recevoir gratuitement la newsletter THE RED BULLETIN Je joins mon règlement par : Chèque bancaire ou postal à l’ordre de THE RED BULLETIN DATE SIGNATURE Offre valable uniquement en France métropolitaine. Conformément à la loi « Informatique et Libertés » du 6 janvier 1978, vous disposez d’un droit d’accès et de rectification aux données vous concernant auprès de THE RED BULLETIN, adresse : 29 Rue Cardinet, 75017 Paris, France.


PERSPECTIVES Expériences et équipements pour une vie améliorée CYCLISME POUR VIKINGS

H+I ADVENTURES

Parcourez les fjords de Norvège

79


PERSPECTIVES voyage « “Facile” n’est pas un mot que j’associerais à ce paysage ravagé par les glaciers. Vous aurez du boulot et vous vous sentirez parfois tout petit, mais cela rend la chose d’autant plus gratifiante. » Ross Bell, photographe VTT

80

H+I ADVENTURES

es premiers sons que j’entends au réveil sont le doux ronronnement du moteur et le bruit des vagues qui clapotent sur la coque en bois. Le navire s’est arrêté. Je quitte ma couchette et me dirige vers le pont, accueilli par une brume froide qui me frappe le visage. Nos vélos, rangés dans le coin, sont trempés. Devant nous se dressent les montagnes Trollstigen, nommées d’après la route qui serpente sur 55 kilomètres en traversant la chaîne. Le nom norvégien pourrait se traduire par « échelle du troll », ce qui est tout à fait approprié vu sa pente raide de neuf pour cent et ses onzeépingles à cheveux. Ce col est énorme et aujourd’hui nous allons le gravir. C’est le troisième jour d’une semaine d’aventure en VTT à travers les fjords norvégiens – ces anciens bras de mer ­formés par les glaciers où les montagnes rencontrent des rubans d’eau couleur émeraude. Notre logis flottant est le HMS Gåssten, un navire de guerre suédois à la retraite, luxueusement réaménagé pour accueillir dix passagers qui navigue dans ce labyrinthe de voies n ­ avigables, de montagne en montagne, à la recherche d’un paradis de l’arrière-pays. En tant que photographe de VTT, mon travail m’a conduit de la Nouvelle-­Zélande au Canada, de la Namibie à l’Équateur, mais la Norvège est une destination que je convoitais depuis longtemps, impatient de monter jusqu’à mille mètres par jour et de parcourir certaines des pistes les plus exigeantes au monde, du point de vue technique, avec les fjords spectaculaires en toile de fond. Notre guide, Ole, prépare l’itinéraire de la journée. Notre groupe de huit personnes va parcourir 22 kilomètres dans les montagnes couvertes de nuages. Après que nous nous soyons embarqués dans la yole avec les vélos, notre capitaine, Sven, nous emmène à terre et nous

ROSS BELL

L

Les matelots du HMS Gåssten, Sven et Tash, aident à ranger les vélos après une longue journée en montagne. THE RED BULLETIN


PERSPECTIVES voyage Portage : Bell et son groupe utilisent la technique du « hikea-bike » à travers les montagnes escarpées des Trollstigen.

Une fois sur la côte atlantique érodée, c’est le départ.

parcourons « l’échelle du troll » en camionnette, avant d’abandonner la piste et d’escalader le glacier à pied, nos vélos sur le dos. “Earn your turns”, littéralement « méritez-­le », est une phrase qui me vient à l’esprit alors que je mets péniblement un pied devant l’autre, au grand dam de mes ­mollets et de mes cuisses. Les montagnes semblent flirter avec nous lorsqu’elles se voilent et se dévoilent, laissant entrevoir l’ampleur du terrain que nous allons affronter. Bien que nous soyons à la mi-août, des vestiges de l’hiver précédent s’accrochent encore aux cavités alors que nous avançons sur des plaques de neige THE RED BULLETIN

boueuse, atteignant notre destination par un lac d’eau de fonte cristalline. Notre pause est juste assez longue pour nous permettre de reprendre notre souffle – l’attrait d’une descente héroïque est trop fort. La roue avant pointant vers la descente, je desserre un peu mes leviers de frein et commence à lutter contre la gravité. Des sections de rocs escarpés et lisses sont reliées par d’étroits lacets en singletrack exigeant, jonchés de rocailles dangereuses pour les pneus. Quelques tactiques s’offrent à vous, allant de l’approche mesurée

à advienne que pourra. La décision doit être prise rapidement, sinon le terrain vous fera payer rapidement. Il ne faut pas longtemps avant que mes freins ne se mettent à chauffer et que mes bras commencent à me faire mal lorsque je dévale le flanc de la montagne, la terre volant dans toutes les directions. Mais je ne m’arrête pas et mon sourire s’élargit à mesure que le parcours de montagnes russes suit les contours de la colline et que nous nous frayons un chemin à travers les sousbois luxuriants.   81


PERSPECTIVES voyage

Vers le bleu : le groupe descend vers les eaux turquoise du fjord depuis les pentes du Liahornet.

Parcourir les fjords exige un top niveau de forme physique et de compétences en VTT, pour affronter montées techniques, descentes en singletrack et rocailles. Voici des points à approfondir… Technique du « hike-a-bike » : couchez votre vélo sur le sol, la transmission tournée vers le bas. Placez votre main gauche sur la fourche, la droite sur la manivelle du pédalier. Accroupissez-vous et soulevez le vélo au-dessus de votre tête. Posez le tube diagonal sur votre dos/sac à dos.

Quand nous nous approchons du fond de la vallée, la pente - et mon niveau d’adrénaline - diminue alors que nous longeons une rivière qui traverse des stries argentées de bouleaux. Ce changement de rythme bienvenu me permet d’apprécier ce magnifique paysage alors que nous atteignons le bord du fjord, prêts à repartir au large pour dîner à bord du Gåssten. « J’ai gardé le meilleur pour la fin », dit Ole, tout sourire, le dernier jour, en désignant le Liahornet, la

Sortez votre vélo 4 à 5 fois par semaine, par tous les temps, pour vous familiariser avec les sentiers raides et glissants. Entraînez-vous à rouler sur les racines, les rochers et les dénivellations. Veillez à ce que votre vélo soit bien entretenu : une purge de frein, des plaquettes neuves et des pneus adhérents peuvent s’avérer payants. Préparez-vous à travailler dur, tant physiquement que mentalement. Les montées et les descentes constitueront des défis, quelles que soient vos capacités.

82

Fjord escort Utilisé comme dragueur de mines par la marine suédoise de 1973 à 1999, le HMS Gåssten à coque en chêne fut l’un des derniers navires en bois à servir dans une force navale. Propriété du capitaine Sven Stewart, ce navire de 24 mètres de long a été réaménagé avec cinq cabines et un salon. Sa taille lui permet de pénétrer des fjords difficiles d’accès.

porte d’entrée de 961 mètres de haut de la chaîne de montagnes qui accueille le fjord – Norddalsfjorden – dans lequel nous avons jeté l’ancre. Nous allons monter jusqu’à son sommet par un sentier escarpé de quelque 7 kilomètres. En traversant le village de Liabygda et ses fermes environnantes, j’apprécie la brève occasion de pédaler avant que les choses ne redeviennent sérieuses et que nous devions porter nos vélos. Les pentes sont si raides que, quel que soit votre niveau de forme, vous vous retrouverez le plus souvent à monter à pied. Le visage rouge et suant, nous atteignons le sommet, notre bateau est à peine un pixel au milieu d’une vaste bande bleue en dessous de nous. Le plus dur est passé. Tout est en descente à partir d’ici. Après cela ? La promesse d’une croisière dans le mondialement célèbre Geirangerfjord, où Sven fera un arrêt à la base des chutes des Sept Sœurs, hautes de 410 mètres, pour un plongeon d’après-randonnée dans les eaux glacées pour apaiser nos corps fatigués.

Ross Bell est un photographe de sports d’action d’Écosse ; rossbellphoto.com. Il a fait ce voyage avec H+I Adventures qui organise des circuits de VTT dans le monde entier et qui prévoit une autre tournée des fjords norvégiens en août, mountainbikeworldwide.com THE RED BULLETIN

H+I ADVENTURES

À améliorer


Red Bull France SASU, RCS Paris 502 914 658

RED BULL SANS SUCRE MAIS RED BULL QUAND MÊME.

POUR VOTRE SANTÉ, ÉVITEZ DE MANGER TROP GRAS, TROP SUCRÉ, TROP SALÉ. WWW.MANGERBOUGER.FR


PERSPECTIVES fitness

ENTRAÎNEMENT SPATIAL

Comme au ciel Préparateur physique des astronautes, le professeur Jörn Rittweger nous révèle comment se déroule un ­entraînement en apesanteur. Bonus : exercices de l’espace à l’usage des Terriens.

84

Quels effets produit l’espace sur le corps des astronautes ? En quelques jours, les astronautes éliminent un litre de liquide sous forme d’urine pour éliminer le sang qui n’est plus stocké dans leurs jambes. Au début, beaucoup souffrent du « mal de l’espace ». L’apesanteur désactive

LE MULTIFONCTION Idéal pour développer les ­muscles (squats, banc, presses, ­soulevé de terre, etc.), l’appareil d’exercice contre résistance (ARED) est le ­préféré des astronautes. Une barre de poids sur deux colonnes et une résistance générée par la pression de l’air.

« Dans l’espace, l’entraînement est crucial pour la santé psychique » Jörn Rittweger, spécialiste en physiologie spatiale

TAPIS ROULANT Un harnais maintient les ­astronautes sur le tapis roulant pendant leur jogging. Les vibrations générées par les pieds sont p ­ arfaitement amorties afin de ne pas endommager la station spatiale. MACHINE À SAUT Les astronautes l’utiliseront pour simuler les sauts sur Terre. L’appareil stimule les muscles extenseurs et fléchisseurs du dos et des jambes. La machine est actuellement développée par le DLR et entrera en service dans deux ans. THE RED BULLETIN

TOM MACKINGER

Avant de rejoindre le Centre aérospatial allemand, vous avez mené des études sur l’alitement. En quoi cela consistet-il ? jörn rittweger : Il s’agit d’expériences sur des sujets alités pendant plus de soixante jours durant lesquels nous testons des protocoles incluant l’entraînement, l’alimentation et la stimulation électrique afin d’éviter la détérioration physique. Nous pou-

Comment les astronautes gardent-ils la forme ?

vons ainsi simuler nombre de situations auxquelles les astronautes sont confrontés dans l’espace. Le corps humain et l’apesanteur ne font pas bon ménage… C’est vrai. La gravité est sans doute le seul facteur environnemental stable depuis le début de l’évolution. Tous les autres éléments ont évolué, la température de l’air, la composition gazeuse de l’atmosphère, le rayonnement UV.

Quand la pesanteur est abolie

FLORIAN OBKIRCHER

the red bulletin :

Arrimée au tapis roulant : l’astronaute italienne Samantha ­Cristoforetti à bord de la Station spatiale internationale en 2015.

ESA/NASA

La vie à bord de l’ISS (Station spatiale internationale) n’est pas une partie de plaisir. Les astronautes sont exposés à une radioactivité 300 fois supérieure à celle sur Terre. Les premiers jours dans l’espace sont désagréables, les os et les muscles se détériorent rapidement. Pour y remédier, le professeur Jörn Rittweger, chef du département Métabolisme musculaire et osseux du Centre aérospatial allemand (DLR), développe depuis 2009 des machines de fitness entre autres pour l’ISS. Il nous explique ici, comment se muscler et transpirer dans l’espace.


PERSPECTIVES fitness

En attendant la mise à feu Trois exercices que l’experte en astrofitness Nora Petersen, de l’Agence spatiale européenne, prescrit aux astronautes en vue d’un séjour dans l’espace.

le système d’équilibre dans l’oreille et tout se dérègle. Résultat : ils se sentent très malades. L’apesanteur affecte-t-elle également les muscles ? Oui, l’atrophie musculaire débute rapidement. Les muscles n’agissent et ne se renforcent qu’en présence d’une force de résistance. Or, dans l’espace, ils ne sont plus soumis à la force de gravité, comme sur Terre. La résistance disparaît. Sans la force de gravité, le système physiologique du corps devient tout simplement inopérant. Envoyer des astronautes bodybuildés dans l’espace peut être une solution ? La perte de muscles, d’os et de volume sanguin n’occasionne pas de gêne dans l’espace. Les problèmes commencent au retour des astronautes sur Terre. Mais ceux-ci sont bien pris en charge par les médecins. En revanche, les choses se compliquent pour une mission sur Mars, qui peut durer deux ans et demi. Et à ma connaissance, le système de santé sur Mars n’est pas encore au point. Le métier d’astronaute semble peu recommandé pour la santé. Il le serait assurément si scientifiques, médecins et ingénieurs, n’en comprenaient pas les dangers et ne savaient pas comment les éviter. D’où l’importance d’une préparation physique complète pour l’espace ayant pour objectifs de maintenir les astronautes en bonne santé, et de préparer au mieux leur retour sur Terre. THE RED BULLETIN

Quelles sont la fréquence, la durée et l’intensité de cette préparation ? Environ deux heures par jour, six jours sur sept. Cela inclut la préparation et le suivi. La préparation physique n’a pas toujours été une priorité et en cas de difficultés ou de planning serré, elle était la première à être sacrifiée. Mais ces dernières années, la prise de conscience quant à son importance a accru l’attention qu’on lui accorde. Outre le matériel utilisé sur l’ISS, qu’en est-il de la dimension mentale de la préparation ? Dans l’espace, l’entraînement est crucial pour la santé psychique. L’exercice physique sécrète des substances messagères dans les muscles, comme l’interleukine-6 ou le BDNF. La première est nécessaire à l’équilibre du bilan énergétique avec le foie et le tissu adipeux, la seconde l’est pour le cerveau. Les recherches montrent que les structures cérébrales responsables du comportement sont altérées en cas d’isolement et de manque d’exercice. Cela peut conduire à l’apathie, au stress et à l’irritabilité. Le sport réduit le stress et la station spatiale offre la possibilité de s’isoler. À quoi ressemble une séance de sport en apesanteur ? Ce n’est pas si différent que sur Terre. L’entraînement dans l’ISS nécessite le port d’un harnais pour éviter de flotter. Une fois habitués, les astronautes ne ressentent aucune différence.

dlr.de (site en anglais)

1. LE CONCOMBRE ROULANT Objectif : gainage et maîtrise du corps Mouvement : position allongée, les bras et les jambes tendus de sorte que seul l’abdomen touche le sol. Rouler de manière contrôlée sur son propre axe longitudinal sans toucher le sol des pieds ou des mains. Bras et jambes étirés en permanence. Ajuster l’intensité et le nombre de répétitions en fonction de l’état de forme.

2. SQUATS AVEC POIDS Objectif : renforcement général, en particulier les jambes, le dos et la ceinture abdominale. Mouvement : effectuer les squats avec la barre sur l’épaule, en gardant le dos droit, la colonne cervicale neutre et les genoux alignés sur les ­orteils. Maintenir la tension du corps pendant le mouvement. Adapter le poids et le nombre de répétitions selon l’état de forme.

3. LE TIRAGE BARRE Objectif : renforcement du dos et des épaules Mouvement : comme pour le soulevé de terre, attraper l’haltère ou la barre de poids en gardant le dos droit, et la ramener sous la poitrine dans une position stable, penchée en avant, les jambes fermes et les coudes près du corps. Adapter le poids et le nombre de répétitions ­selon l’état de forme.

85


PERSPECTIVES gaming

AMUSEMENT

C’est l’heure de jouer

Le jeu et l’horloge unis sur l’affichage principal. L’horloge numérique apparaît dans les graphiques de Super Mario Bros.

Gunpei Yokoi est célèbre pour avoir conçu la console Game Boy originale de N ­ intendo en 1989 mais ce n’était pas la première fois que l’inventeur japonais façonnait la culture populaire. Dans les années 70, alors qu’il était dans un train, Yokoi a observé un homme d’affaires tapoter distraitement 86

sur sa calculatrice pour passer le temps. Cela lui a donné l’idée de lancer un jeu intégré à une montre. Entre 1980 et 1991, soixante consoles Game & Watch ont été lancées par Nintendo, chacune d’elles dotée d’une horloge et d’un jeu addictif. Des dizaines de millions d’exemplaires ont été vendus, amorçant l’as-

cension de Nintendo jusqu’à devenir le géant des jeux qu’il est aujourd’hui. Yokoi est mort en 1997 mais son influence se fait sentir dans nombre de jeux avec lesquels nous nous amusons aujourd’hui – la croix directionnelle sur les manettes de jeux modernes est apparue pour la première

fois sur le Donkey Kong Game & Watch de 1982. Cette nouvelle version célèbre le 35e anniversaire de Super Mario Bros tout en présentant une variante Mario de Ball, le jeu original de Game & Watch, lancé il y a quarante ans. Et il donne toujours l’heure. nintendo.fr THE RED BULLETIN

TIM KENT

Le Game & Watch de Nintendo porte bien son nom : il donne le jeu et l’heure.


PERSPECTIVES gaming HITMAN 3

Avancez en silence Tel une ombre, l’ex-soldat d’élite Billy Billingham vous conseille sur les compétences majeures en matière de jeux d’infiltration.

GAMESPRESS

Les jeux d’infiltration sont une espèce rare. Ils sont contre-­ intuitifs par rapport à nos instincts en situation de jeu. Ils demandent au joueur d’éviter l’action plutôt que de s’y engager, en se faufilant à travers des missions sans se faire repérer. Ghost of Tsushima, une aventure de samouraïs, et Marvel’s Spider-Man (tous deux sur PlayStation) appartiennent à ce type de jeu. C’est également le cas de la série Metal Gear et de la franchise Hitman. Dans Hitman 3, les joueurs entreprennent une fois de plus des missions en tant que meilleur tueur à gages au monde, l’agent 47, en choisissant de se faufiler sans être détecté ou de donner l’assaut, les armes à la main. La première approche permet de gagner des bonus, et c’est une attitude qui peut rapporter gros dans des situations réelles. Mark « Billy » Billingham MBE est un ancien soldat décoré des SAS (Special Air Service) qui a participé à des opérations secrètes en Afghanistan et en Irak ; il a été garde du corps de stars hollywoodiennes comme Russell Crowe, Tom Cruise et Angelina Jolie. Il est aussi consultant et instructeur dans l’émission de télé-­ réalité anglaise SAS: Who Dares Wins. Il révèle les techniques qui l’ont gardé en vie et qui pourraient vous aider vers la complétion de Hitman 3...

Procédez lentement

« La discrétion est toujours de mise pour quelque opération que ce soit - on ne peut rien contre l’élément de surprise, THE RED BULLETIN

Au sommet de l’infiltration : l’Agent 47 reprend du service dans le jeu Hitman 3.

dit Billingham. En prenant le temps d’approcher de quelque chose à la dérobée, vous prenez le contrôle. Si vous pouvez entrer tranquillement, sortez tranquillement, mais parfois la vitesse et l’agressivité peuvent vous aider à obtenir ce dont vous avez besoin. Pesez le pour et le contre en vous basant sur votre intelligence. »

Avancez pratique

« Tout est bien ajusté ? Sans attaches de velcro ou quoi que ce soit qui peut faire du bruit dans vos poches ? Collez toutes les pièces de métal sur votre arme avec du ruban adhésif. Avec un viseur nocturne, vous aurez une lueur verte sur le visage. Il faut donc le dissimuler. Assurez-vous de savoir sur quel type de sol vous allez marcher, portez des chaussures à semelles souples et ne trimballez pas un équipement encombrant. »

Soyez silencieux

« Quand il fait nuit, l’ouïe est votre sens principal. Approchez-vous de la cible avec le

vent de face pour éviter que le bruit ne se transmette. Déplacez-vous lentement, de 8 à 10 cm à chaque pas, en cherchant les branches, les filspièges et tout ce qui pourrait faire du bruit. Si une patrouille passe à proximité, contrôlez votre respiration ou retenez votre souffle, mais n’oubliez pas qu’elle sera distraite par son propre bruit. »

essayez de passer ce seuil, par exemple, cela devient bruyant. Vous devez alors préserver l’élément de surprise. L’étape suivante est l’attaque ; cela pourrait être une entrée explosive. L’onde de choc de l’attaque demandera une seconde à votre cible pour réaliser ce qui se passe. À ce moment-là, vous êtes déjà à l’intérieur. »

Prêt pour l’action ?

Restez serein

« Nous utilisons ce que nous appelons un système d’« escalade ». Le point le plus bas de l’escalade est la discrétion, mais une fois que vous

Le one-man show de ­Billingham, An Audience with Mark “Billy” Billingham présente des histoires inspirantes. markbillybillingham.com

« Passer beaucoup de temps en mode furtif peut être contre-productif - cela vous met sur les nerfs. Votre cœur s’emballera et votre corps réagira là où il y a du danger et de la peur. Mais vos sens seront plus aiguisés. Beaucoup d’opérations sont invisibles et inaudibles, mais il est pratiquement impossible de s’approcher de quelqu’un et de l’assommer. L’élément de surprise vous amènera à une étape, puis il faudra peut-être qu’il y ait du bruit. »

Hitman 3 sur S ­ tadia, Windows, Nintendo Switch, PlayStation et Xbox ; hitman.com   87


PERSPECTIVES à vous de jouer

Loin d’être un simple jeu de bistrot, le babyfoot est une activité sérieuse et compte parmi ses aficionados des athlètes de classe mondiale.

J

-P Thompson s’entiche du babyfoot à l’adolescence à Nantes. Il n’est alors qu’un joueur de bar moyen abusant de la roulette, une pratique contraire aux règles. Il joue sur des tables bancales mal éclairées, dont l’instabilité décide souvent de l’issue du match. Un quart de siècle plus tard, Thompson a fait de ce sport son métier avec une seule certitude : le foosball, sa dénomination originale dérivée, paraîtrait-il, de l’allemand fußball, mérite d’être reconnu comme étant plus

qu’un jeu de bistrot. « Beaucoup ignorent que ce sport requiert de réelles compétences, explique ce passionné de 39 ans, aujourd’hui basé à Londres. Lorsque vous contrôlez la balle et interdisez la roulette, cela devient un jeu de stratégie en temps réel, exigeant des aptitudes physiques et mentales. » Une exigence qu’atteste l’attelle au poignet de Thompson, conséquence d’une entorse lors d’un tournoi qu’il a remporté. Son projet est de populariser ce sport grâce au Foosball Club – un espace dédié au

Étape 1

Le snake shot Comment maîtriser ce coup gagnant.

Bloquez le ballon avec les pieds posés juste au-dessus de la balle.

2 Placez le poignet sur la poignée et déplacez la balle latéralement face au but.

3 Faites glisser le poignet pour exécuter la roulade arrière.

88

5

4

La roulade à 340° expédie le ballon avec force dans le but.

Bloquez la poignée pour éviter la roulette (interdite) à 360°.

Prendre son pied : le Franco-­ Britannique J-P Thompson, fondateur du Foosball Club, au nord de Londres.

verra le potentiel que s’il voit quelqu’un en jouer. » Le jeu vidéo Pac-Man met fin à l’âge d’or du babyfoot, mais le niveau pro résiste. Ses règles clés incluent la victoire au premier qui marque cinq buts, la roulette est interdite, un but encaissé donne droit à engager, et la technique demeure capitale comme l’illustre le snake shot. Ce coup qui augmente la puissance d’un tir en faisant tourner la poignée avec le poignet (voir à gauche) a été popularisé par le joueur américain Terry Moorea et a contribué à raviver l’intérêt pour le jeu. En 2006, Thompson conduit la toute première équipe nationale britannique aux championnats du monde ITSF Bonzini en France : « Nous découvrons un stade avec 100 tables et plus de 500 participants. L’équipe ne fait pas long feu, mais ce stade a changé ma vie. » Thompson quitte son emploi d’analyste commercial et crée un championnat de babyfoot à Londres, fédérant une communauté dynamique dans toute la ville. En 2016, il conseille Lionel Messi à l’occasion d’une publicité de chips Walkers Crisps, devenant ainsi l’un des rares au monde à avoir expliqué à l’Argentin comment jouer au foot. « Le babyfoot est une histoire de passion et d’envie de rendre justice au potentiel du jeu, souligne Thompson. Jouer comme un pro n’est pas une fin en soi, mais la maîtrise décuple le plaisir. On en devient accro dès qu’on y prend goût. »

foosballclub.co.uk THE RED BULLETIN

STUART KENNY

Dans l’élite du babyfoot

nord de Londres et ses quatre tables aux normes de la fédération internationale de football de table et fabriquées par le leader italien Garlando. « C’est la vitrine de ce sport, poursuit-il. Dans certains endroits, les conditions de jeu sont déplorables, les poignées des tables sont tordues, les balles abîmées, les barres non huilées et l’éclairage absent. » Le babyfoot a sa propre fédération et donc des joueurs pros. Dans les années 80, un championnat offrait un million de dollars au champion, et en tournoi les récompenses pouvaient comprendre une Porsche 911. Dans le bar et le restaurant du Foosball Club, les écrans diffusent des vidéos des stars du baby. Thompson cite Robert Mares, un pro au Colorado : « Si vous donnez une guitare à quelqu’un, il n’en

CHRISTINA LOCK

EN MODE PRO


PERSPECTIVES au programme

déjà disponible GAMBLE « Un film sur le vélo de montagne »… Lâchez les plus acharnés des descendeurs en mode no limit, et qu’est-ce que vous obtenez ? De la vitesse brute, une bande-son percutante et des spots vierges qui ne le resteront pas longtemps.

DUNCAN PHILPOTT, CHRISTIAN PONDELLA/RED BULL CONTENT POOL, GASTON FRANCISCO/RED BULL CONTENT POOL, TETON GRAVITY RESEARCH

déjà disponible THE LAST ASCENT Will Gadd de retour sur le Kilimandjaro… Il y a six ans, Will Gadd a fait plusieurs premières ascensions des tours de glace du Kilimandjaro. ­Aujourd’hui, alors que l’emblématique calotte glaciaire de la montagne disparaît rapidement, il y retourne pour faire une dernière ascension.

déjà disponible SKATE TALES Pour certains, le skateboard est un mode de vie. Dans cette série, le skateur Madars Apse voyage dans le monde entier pour faire du skate avec des gens qui poussent la culture du skateboard à leur manière et pour apprendre d’eux.

déjà disponible MAKE BELIEVE Le film Make Believe célèbre les athlètes qui allient imagination et engagement, qui ont choisi de vivre leur vie d’une manière particulière, de la conception à la réalité, et qui choisissent de faire et de croire en leurs rêves.

THE RED BULLETIN

89


MATOS vélo

Pourvu que ça roule ! Le vélo est l’une des pratiques les plus adaptées à nos temps incertains. Voici une sélection de matos que l’on vous souhaite d’utiliser en toute liberté. Texte PATRICIA OUDIT

Pour les kings du single

Une montée…

BMC Fourstroke 01 LT TWO

MOUSTACHE Samedi 29 Trail 8

Si les single tracks (monotraces), c’est votre truc, que vous n’êtes accro ni au chrono ni à la perf, mais que vous avez un gros niveau d’enthousiasme, ce vélo vous permettra d ­ ’exceller lorsque le contrôle et l’adhérence comptent autant que la puissance et l’efficacité. 5 999 € ; fr-fr.bmc-switzerland.com

CÔTÉ VTT

… ce n’est qu’une descente qui a mal tourné ! Grâce à sa g­ éométrie équilibrée et à sa cinématique de ­suspension exclusive, ce Moustache est aussi à l’aise en montée qu’en descente, aussi stable que maniable, aussi fun qu’efficace. Et merci à son moteur Bosch Performance Line CX. 5 999 € ; moustachebikes.com

Sac coule de source CAMELBACK H.A.W.G. Pro 20 Plus de stress lors des sorties engagées. Un nylon Ripstop protège ce sac-gourde des potentiels dommages liés aux chutes et autres égratignures de la nature. Une durabilité maximale associée à une capacité de stockage légèrement supérieure à 20 litres, suffisante pour vos essentiels. 169,99 € ; camelbak.com

Sortez masqué KENNY Ventury Phase 1 La phase 1 est la version la plus économique du masque VENTURY. Elle comprend le masque avec l’ensemble de ses éléments techniques, et est livrée avec une monture de couleur unie et un écran iridium de série. Vous trouverez également dans sa boîte une housse de protection. 89,95 € ; kenny-racing.com

Crâne au top SMITH Mainline C’est le tout premier casque intégral de la marque, qui y a passé plus de deux ans de recherche et de ­développement. Conçu en étroite collaboration avec ses athlètes enduro, il est taillé pour les ­descentes mouvementées, et offre une sécurité ­optimale et un confort inégalé. 300 € ; smithoptics.com/fr

90

THE RED BULLETIN


MATOS vélo

Le choix ultime CANNONDALE Scalpel Carbon LTD

FABIO PIVA

Attaquer là où les autres ne peuvent pas. Accrocher quand les autres glissent. Sa suspension est la plus avancée ­jamais réalisée pour le cross-country. Suspension révolutionnaire + géométrie agressive + poids plume = vélo de XC u ­ ltime. 6 999 € ; cannondale.com/fr-fr

THE RED BULLETIN

91


MATOS vélo À FOND DE GRAVEL

Stabilité tous terrains SPECIALIZED Diverge Sport Carbon

Ride agressif BMC URS 01 Two Son cadre super-léger est conçu pour la compétition et sa géométrie Gravel optimisée pour un pilotage moderne et agressif. Ce modèle présente un angle de chasse ouvert à 70 ° pour une partie avant et un empattement longs, gages de stabilité. 6 499 € ; fr-fr.bmc-switzerland.com

Ici, on a augmenté l’allonge du cadre, ouvert l’angle de direction et accru le déport de fourche, ce qui en fait un vélo extrêmement rassurant. Une potence plus courte permet d’équilibrer la longueur totale sur le vélo, rapprochant le poste de pilotage pour conserver une direction agile sur la route. 3 499 € ; specialized.com/fr/fr

La définition du confort MOUSTACHE Dimanche 29.5 Grâce à un cadre aluminium haut de gamme, et à un centre de gravité abaissé maximum, ce modèle délivre une sensation de pur confort. Sa fourche carbone et ses haubans absorbent les vibrations. Quant au moteur, il peut délivrer 3 fois votre puissance et ce jusqu’à 600W. 4 499 € ; moustachebikes.com

KingPin, kesako ? CANNONDALE Topstone Carbone Lefty 3

Efforts optimisés POLAR Vantage V2 Personnalisation des zones de fréquence cardiaque, de vitesse et de puissance, test Leg ­Recovery (récupération des jambes) pour comprendre comment le corps réagit à l’entraînement : un modèle multisport développé en collaboration avec des athlètes de renom. 499 € ; polar.com

92

Il s’agit d’une technologie de suspension révolutionnaire, pour une conduite plus radicale sur les chemins de terre et plus confortable sur la route. Associée à des roues de 27,5’’ à haut volume, cela donne le vélo le plus polyvalent et confortable jamais conçu par la marque. 4 199 € ; cannondale.com/fr-fr

Pas de coup de la panne SPECIALIZED S-Works Turbo Creo SL EVO C’est l’un des vélos électriques les plus légers de sa catégorie. Son cadre en carbone et son moteur poids plume développant jusqu’à 240 watts d’une assistance puissante et silencieuse. Et aucun risque de tomber en panne avec ses quasi 130 km d’autonomie maximale de sa batterie ­interne. 12 499 € ; specialized.com/fr/fr

THE RED BULLETIN


MATOS vélo No speed limit JULBO Fury Cette monture racée à l’écran cylindrique et ­photochromique au large champ de vision taillé pour la vitesse bénéficie d’un maintien total grâce aux grips de nez et de branches. Ventilation optimale du visage. S’adapte sous tous les casques. 95 € ; julbo.com

Haute énergie SIDI Sixty Pour fêter les soixante ans de la marque, un modèle au design minimaliste favorisant l’aérodynamisme, doté d’une semelle en carbone légère et résistante qui fournit le maximum d’énergie à votre coup de pédale. Le tout assorti d’un système de fermeture renforcé par des velcros haute-sécurité. 339,95 € ; sidi.com

POUR LA ROUTE

Aérodynamisme Bluetooth CUBE Litening C:68X SLT carbon´n´prizmblack Pas moins de 30 % de réduction de prise au vent : c’est la promesse de ce cadre en carbone hightech équipé d’un groupe sans fil mettant à portée de doigts changement de vitesses précis et ­freinage puissant. Son nouveau jeu de roues ­complète l’aérodynamisme. 7 599 € ; cubebikes.fr

Flex au top Armure antigel ODLO Zeroweight Ceramiwarm Thermorégulation et respirabilité supérieures sont les maîtres-mots de cette veste qui protège sans jamais compromettre la flexibilité. Un vrai bonus que d’avoir la quantité de chaleur nécessaire pour profiter du plein air et être ­performant sans jamais se soucier du froid. 85 € ; odlo.com

THE RED BULLETIN

CANNONDALE SuperSix EVO Hi-MOD Disc Ultegra Ses nouvelles bases arrière, son ­collier intégré et sa tige de selle augmentent la souplesse de 18 % par rapport au cru précédent. Afin de trouver l’équilibre entre légèreté et aérodynamisme, ce modèle est doté d’une nouvelle gamme de tubes au profil tronqué réduisant la traînée. 5 299 € ; cannondale.com/fr-fr

Protection garantie ! GIRO Helios Spherical Une conception sphérique à l’ergonomie parfaite, façon « rotule », a été associée à un système optimisant la redirection des forces en cas d’impact. Au-delà de la protection avancée de la tête, quinze aérations offrent une capacité de r­ efroidissement exceptionnelle. Rembourrage antimicrobien en mousse. 249,95 € ; giro.com

93


MATOS vélo Independance Day CANNONDALE Adventure Neo 3 EQ Une autonomie de 120 km pour une seule charge : voici de quoi prendre le large sur un vélo qui présente une belle alchimie entre fonctionnalité et plaisir, confort et capacité. Avec lui, même la vitesse devient stylée. 2 699 € ; cannondale.com/fr-fr

Circuits courts B’TWIN ELOPS 120 E

ÉLECTRIQUES ET VILLE

Aristo-vélo RAYVOLT Ambassador Vingt kilos et 250 watts d’une élégance sobre qui flirte avec le non conventionnel, pour aboutir à un look hésitant entre rétro et le néo-classique : on s’imagine parcourir fièrement la ville à son guidon, celui du plus ­mythique modèle de la marque. 3 650 € ; rayvoltbike.com

94

Il est tout équipé (porte-bagages, garde-boue, éclairage intégré, etc.) et conçu pour les déplacements courts en ville (batterie à recharger tous les jours). Moteur roue arrière 36 volts, 250 watts, avec un couple de 35 Nm max. 799 € ; decathlon.fr

Fixie à bon prix B’TWIN Speed 500 ELOPS Un look de single speed (une seule vitesse) mais avec les fonctions ­ tilitaires du vélo de ville. Des pneus larges avec une bonne accroche. u Un bon compromis urbain, agile, rapide et compatible pour une utilisation fixie grâce à son moyeu flip/flop (en achetant pignon fixe + contre-écrou). 230 € ; decathlon.fr

THE RED BULLETIN


MATOS vélo L’urbain dopé LE VÉLO MAD Le Sport Il s’agit d’une conduite sportive, car portée par une position vers l’avant pour le conducteur. Quant au cadre fermé, la barre centrale et le guidon droit, ils forment un ensemble racé. Puissance : 250 watts, autonomie moyenne : 50 km. 1 790 € ; levelomad.com

VAE stylé ELECTRA Navigator Go Le tout dernier Beach Cruiser de la marque. Son moteur central de 250 watts fournit une alimentation fiable. Les pneus 26’’ x 2,8’’ contribuent au confort, ainsi que ses freins à disque hydrauliques avant et arrière qui assurent des arrêts en douceur. 3 299 € ; electra.trekbikes.com

Le vélo du futur ?

Vélotaf hybride

CANYON Precede On

NAKAMURA E-Summit SUV

Designers et ingénieurs ont recherché la fonctionnalité maximale pour un usage quotidien, et une circulation urbaine facilitée. Cela a fait mouche puisque ce vélo a remporté le German Design Award 2021. Le puissant moteur Bosch et la batterie intégrés au cadre rendent le tout très esthétique. 4 299 € ; canyon.com

Le vélo de ville au cadre dynamique qui convient aux vététistes ! Son moteur central peut développer un couple de 80 Nm (Newton mètre) permettant de s’attaquer aux côtes les plus raides sans effort. Petit plus : sa déco réfléchissante et un allumage automatique des feux pour les ­virées nocturnes. 1 799 € chez Intersport ; nakamura.fr

THE RED BULLETIN

95


MENTIONS LÉGALES

THE RED BULLETIN WORLDWIDE

The Red ­Bulletin est ­actuellement distribué dans six pays. Vous découvrez ici la une de l’édition US, avec le basketteur des 76ers de Philadelphie, Matisse Thybulle. Le plein d’histoires hors du commun sur redbulletin.com

Les journalistes de SO PRESS n’ont pas pris part à la réalisation de The Red Bulletin. SO PRESS n’est pas r­ esponsable des textes, photos, ­illustrations et dessins qui engagent la seule responsabilité des auteurs.

96

Direction générale Alexander Müller-Macheck, Sara Car-Varming (adj.) Rédacteurs en chef Andreas Rottenschlager, Andreas Wollinger (adj.) Direction créative Erik Turek, Kasimir Reimann (adj.) Direction artistique Marion Bernert-Thomann, Miles English, Tara Thompson Maquette Martina de ­Carvalho-Hutter, Kevin Goll Rédaction photo Eva Kerschbaum (dir.), Marion Batty (adj.), Susie Forman, Tahira Mirza, Rudi Übelhör Rédaction web Christian Eberle-Abasolo (dir.), Elena Rodriguez Angelina, Benjamin Sullivan Projets spécifiques Florian Obkircher, Arkadiusz Piatek Gestion de la rédaction Ulrich Corazza, Marion Lukas-Wildmann Gestion de l’édition Ivona Glibusic, Bernhard Schmied, Anna Wilczek Directeur exécutif Stefan Ebner Directeur Ventes médias & Partenariat Lukas Scharmbacher Directrice de Co-édition Susanne Degn-Pfleger Gestion de projet Co-édition, Marketing & Communication B2B Katrin Sigl (dir.), Mathias Blaha, Katrin Dollenz, Thomas Hammerschmied, Teresa Kronreif (B2B), Eva Pech, Valentina Pierer, Stefan Portenkirchner (communication) Solutions créatives Verena Schörkhuber-Zöhrer (dir.), Sara Wonka, Julia Bianca Zmek, Edith Zöchling-Marchart Gestion commerciale Co-édition Alexandra Ita Rédaction Co-édition Raffael Fritz (dir.), Gundi Bittermann, Mariella Reithoffer, Wolfgang Wieser Directeur exécutif de la création Markus Kietreiber Gestion de projet création Elisabeth Kopanz Direction artistique Co-édition Dominik Uhl (dir.), Stefanie Werth, Andreea Parvu Design commercial Peter Knehtl (dir.), Simone Fischer, Martina Maier, Alexandra Schendl, Julia Schinzel, Florian Solly, Stephan Zenz Abonnements & Distribution Peter Schiffer (dir.), Marija Althajm, Nicole Glaser, Victoria Schwärzler, Yoldaş Yarar Service de publicité Manuela Brandstätter, Monika Spitaler Fabrication & Production Veronika Felder (dir.), Friedrich Indich, Walter O. Sádaba, Sabine Wessig Lithographie Clemens Ragotzky (dir.), Claudia Heis, Nenad Isailović, Sandra Maiko Krutz, Josef Mühlbacher Finances Mariia Gerutska (dir.), Klaus Pleninger MIT Christoph Kocsisek, Michael Thaler Opérations Melanie Grasserbauer, Alexander Peham, Yvonne Tremmel Gestion de projet Gabriela-Teresa Humer Éditeur et directeur général Andreas Kornhofer Adresse Heinrich-Collin-Straße 1, 1140 Vienne, Autriche Téléphone +43 1 90221-0 Fax +43 1 90221-28809 Web redbulletin.com Propriétaire, éditeur et rédaction Médias Red Bull Media House GmbH, Oberst-Lepperdinger-Straße 11–15, 5071 Wals bei Salzburg, Autriche, FN 297115i, Landesgericht Salzburg, ATU63611700 Directeurs généraux Dietrich Mateschitz, Dietmar Otti, Christopher Reindl, Marcus Weber

THE RED BULLETIN France, ISSN 2225-4722 Country Editor Pierre-Henri Camy Country Coordinator Christine Vitel Country Project M ­ anagement Youri Cviklinski, youri@redbull.com Traductions Willy Bottemer, Fred & Susanne ­Fortas, Suzanne K ­ říženecký, Claire Schieffer, Jean-Pascal Vachon, Gwendolyn de Vries Relecture Audrey Plaza Abonnements Prix : 18 €, 12 numéros/an getredbulletin.com Siège de la rédaction 29 rue Cardinet, 75017 Paris +33 (0)1 40 13 57 00 Impression Quad/Graphics Europe Sp. z o.o., Pułtuska 120, 07-200 Wyszków, Pologne Publicité PROFIL 17 avenue de Saxe 75017 Paris +33 (0)6 19 77 26 30 Thierry Rémond, tremond75@gmail.com

THE RED BULLETIN Allemagne, ISSN 2079-4258 Country Editor David Mayer Révision Hans Fleißner (dir.), Petra Hannert, Monika Hasleder, Billy Kirnbauer-Walek Country Project Management Natascha Djodat Publicité Thomas Hutterer (dir.), Alfred Vrej Minassian, Franz Fellner, Daniela Güpner, Gabriele MatijevicBeisteiner, Wolfgang Kröll, Nicole Okasek-Lang, Britta Pucher, Jennifer Sabejew, Thomas Gubier, Johannes Wahrmann-Schär, Ellen Wittmann-Sochor, Ute Wolker, Christian Wörndle, Sabine Zölß

THE RED BULLETIN Autriche, ISSN 1995-8838 Country Editor Wolfgang Wieser Révision Hans Fleißner (dir.), Petra Hannert, Monika Hasleder, Billy Kirnbauer-Walek Publishing Management Bernhard Schmied Publicité Thomas Hutterer (dir.), Alfred Vrej Minassian, Franz Fellner, Daniela Güpner, Gabriele MatijevicBeisteiner, Wolfgang Kröll, Nicole Okasek-Lang, Britta Pucher, Jennifer Sabejew, Thomas Gubier, Johannes Wahrmann-Schär, Ellen Wittmann-Sochor, Ute Wolker, Christian Wörndle, Sabine Zölß; Kristina Krizmanic (Team Assistant)

THE RED BULLETIN Royaume-Uni, ISSN 2308-5894 Country Editor Ruth Morgan Rédacteur associé Tom Guise Rédacteur musical Florian Obkircher Secrétariat de rédaction Davydd Chong (dir.), Nick Mee Publishing Manager Ollie Stretton Publicité Mark Bishop, mark.bishop@redbull.com Fabienne Peters, fabienne.peters@redbull.com

THE RED BULLETIN Suisse, ISSN 2308-5886 Country Editor Wolfgang Wieser Révision Hans Fleißner (dir.), Petra Hannert, Monika Hasleder, Billy Kirnbauer-Walek Country Project Management Meike Koch Manager des partenariats ­commerciaux Stefan Bruetsch Publicité Marcel Bannwart (Suisse alémanique), marcel.bannwart@redbull.com Christian Bürgi (Suisse romande), christian.buergi@redbull.com Goldbach Publishing Marco Nicoli, marco.nicoli@goldbach.com

THE RED BULLETIN USA, ISSN 2308-586X Rédacteur en chef Peter Flax Rédactrice adjointe Nora O’Donnell Révision David Caplan Publishing Management Branden Peters Country Project Management Laureen O’Brien Publicité Todd Peters, todd.peters@redbull.com Dave Szych, dave.szych@redbull.com Tanya Foster, tanya.foster@redbull.com

THE RED BULLETIN


HORS DU COMMUN Retrouvez votre prochain numéro en mars en abonnement avec et avec dans une sélection de points de distribution et sur abonnement. AARON BLATT / RED BULL CONTENT POOL

,


Pour finir en beauté

Le prochain THE RED BULLETIN sortira le 25 mars 2021.

98

THE RED BULLETIN

OLIVER GODBOLD/RED BULL CONTENT POOL

Vous allez voir triple Pour son dernier projet With or Without Snow, le speedrider français Valentin Delluc réinvente avec humour sa spécialité (un mélange audacieux de vol et de ski). En mal de neige, fin 2020, profitant des derniers beaux jours, il est parti voler entre les massifs des Hautes-Alpes et la vallée des Écrins, jusqu’au lac de Serre-Ponçon. Le voici qui arrive à destination, passant en mode ski nautique ! Vidéo sur redbull.com


Turn static files into dynamic content formats.

Create a flipbook
The Red Bulletin FR 03/21 by Red Bull Media House - Issuu